Actes des apôtres, ch. 3 à 5

Un peuple pour Son nom

Christian Briem

Traduit de l’allemand, Commentaire sur Actes 3, 4, 5.
Collection « Un peuple pour Son Nom » parties 3 et 4
Ed. Christliche Schriftenverbreitung, Éditions CSV 1994 et 2000


Table des matières abrégée :

1 - La guérison de l’homme impotent — Actes 3:1-11

1.1 - Pierre et Jean — Actes 3:1

1.2 - La neuvième heure — Actes 3:1

1.3 - L’homme impotent à la Belle porte — Actes 3:2-3

1.4 - Le miracle de guérison — Actes 3:4-8 — Pauvreté et richesses

1.5 - Admiration — Actes 3:9-11

2 - Le second discours de Pierre — Actes 3:12-26

2.1 - Au portique de Salomon — Actes 3:11

2.2 - Résumé

3 - La première persécution — Actes 4:1-22

3.1 - Outrage par l’autorité religieuse — Actes 4:1-2

3.2 - Délibérations et décisions impuissantes — Actes 4:13-14

4 - Vers les leurs — Actes 4:23 (& 23-31)

4.1 - Une « loi de la nature » — Actes 4:23

4.2 - Une corporation particulière — Actes 4:23

4.3 - Une prière des premiers chrétiens — Actes 4:24-31

5 - Toutes choses communes — Actes 4:32 à 5:11

5.1 - Un cœur et une âme — Actes 4:32a

5.2 - Du péché dans l’assemblée

5.3 - Un « mais » significatif — Actes 5:1-2

5.4 - Le véritable péché d’Ananias — Actes 5:2a

5.5 - Sur le péché qui habite en nous

5.6 - L’épouse est-elle une aide ? — Actes 5:2a

5.7 - La présence de Dieu — Actes 5:3-4

5.8 - Deux indications pratiques — Actes 5:3-4

5.9 - Le Saint Esprit est Dieu — Actes 5:3a,4c

5.10 - La sainteté qui convient à Sa maison — Actes 5:3-4

5.11 - Un péché à la mort — Actes 5:5-6

5.12 - La mort de Sapphira — Actes 5:7-11

6 - De nouveau devant le sanhédrin — Actes 5:12-42

6.1 - Des signes et des miracles (*) — 5:12-14

6.2 - La détention et la libération des apôtres

6.3 - L’arrestation des apôtres — Actes 5:26

6.4 - De nouveau une comparution — Actes 5:24-26

6.5 - Une double accusation — Actes 5:27, 28

6.6 - La répartie des apôtres — Actes 5:29

6.7 - Ce que Dieu fait et ce que les hommes font — Actes 5:30

6.8 - Exalté pour donner — Actes 5:31

6.9 - Les témoins de la grâce — Actes 5:32

6.10 - Gamaliel — Actes 5:33-34


Table des matières détaillée :

1 - La guérison de l’homme impotent — Actes 3:1-11

1.1 - Pierre et Jean — Actes 3:1

1.2 - La neuvième heure — Actes 3:1

1.3 - L’homme impotent à la Belle porte — Actes 3:2-3

1.4 - Le miracle de guérison — Actes 3:4-8 — Pauvreté et richesses

1.5 - Admiration — Actes 3:9-11

2 - Le second discours de Pierre — Actes 3:12-26

2.1 - Au portique de Salomon — Actes 3:11

2.1.1 - Comment le serviteur se cache — Actes 3:12

2.1.2 - Jésus, le serviteur de Dieu — Actes 3:13

2.1.3 - Le Saint et le Juste — Actes 3:14

2.1.3.1 - Christ comme homme pouvait-Il pécher ?

2.1.3.2 - L’auteur (ou : prince) de la vie — Actes 3:15

2.1.4 - La foi au Seigneur Jésus — Actes 3:16

2.1.5 - Ce qui a été fait dans l’ignorance — Actes 3:17

2.1.6 - Le Christ de Dieu souffrant — Actes 3:18

2.1.7 - Un discours juif — Actes 3:19-20

2.1.8 - Effacer les péchés d’Israël

2.1.9 - Le rétablissement de toutes choses — Actes 3:21

2.1.9.1 - Ne pas spiritualiser les prophéties

2.1.9.2 - « Tu es digne »

2.1.10 - Pas de réconciliation universelle

2.1.11 - Le deuxième envoi de Christ — Actes 3:19-20

2.1.12 - Christ le prophète — Actes 3:22, 23

2.1.13 - Christ la semence d’Abraham — Actes 3:24-26

2.2 - Résumé

3 - La première persécution — Actes 4:1-22

3.1 - Outrage par l’autorité religieuse — Actes 4:1-2

3.1.1 - Résistance contre la résurrection

3.1.1.1 - La résurrection d’entre les morts — Actes 4:3

3.1.2 - La Parole de Dieu n’est pas liée — Actes 4:4

3.1.3 - Devant le sanhédrin — Actes 4:5-6

3.1.4 - Le sanhédrin

3.1.5 - La comparution — Actes 4:7

3.1.6 - Le troisième discours public de Pierre — Actes 4:8-10

3.1.6.1 - Une bonne œuvre — Actes 4:9

3.1.6.2 - Jésus le Nazaréen — Actes 4:10

3.1.6.3 - Christ la pierre — Actes 4:11

3.1.6.4 - Il n’y a de salut en aucun autre — Actes 4:12

3.2 - Délibérations et décisions impuissantes — Actes 4:13-14

3.2.1 - Étonnement

3.2.1.1 - Un commandement suspect — Actes 4:15-18

3.2.2 - La réponse des apôtres et leur libération

3.2.2.1 - Obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes — Actes 4:18-19

3.2.2.2 - La crainte des hommes — Actes 4:21-22

4 - Vers les leurs — Actes 4:23 (& 23-31)

4.1 - Une « loi de la nature » — Actes 4:23

4.2 - Une corporation particulière — Actes 4:23

4.3 - Une prière des premiers chrétiens — Actes 4:24-31

4.3.1 - Trouver refuge dans la prière à Dieu — Actes 4:24a

4.3.2 - Dieu le Souverain — Actes 4:24b

4.3.3 - Être dirigés par la Parole de Dieu — Actes 4:25, 26

4.3.3.1 - Actes 4:27-28

4.3.4 - L’accomplissement du Psaume 2

4.3.4.1 - La double onction du Seigneur

4.3.4.2 - Un accomplissement partiel

4.3.4.3 - Le plein accomplissement du Psaume 2

4.3.4.4 - Le conseil de Dieu se réalise — Actes 4:28

4.3.5 - Les demandes de la prière — Actes 4:29

4.3.5.1 - Les menaces — Actes 4:29a

4.3.5.2 - Parler et se taire — Actes 4:29b

4.3.5.3 - Annoncer sa Parole (contenu de la prédication) — Actes 4:29b

4.3.5.4 - La hardiesse — Actes 4:29c

4.3.5.5 - Des signes et des miracles — Actes 4:30

4.3.6 - La réponse de Dieu — Actes 4:31

5 - Toutes choses communes — Actes 4:32 à 5:11

5.1 - Un cœur et une âme — Actes 4:32a

5.1.1 - Communauté de biens — Actes 4:32b

5.1.2 - Le témoignage rendu à la résurrection de Christ — Actes 4:33a

5.1.3 - Une grande grâce — Actes 4:33b

5.1.3.1 - Amour fraternel et désintéressement — Actes 4:34-35

5.1.3.2 - Barnabas — Actes 4:36-37

5.2 - Du péché dans l’assemblée

5.3 - Un « mais » significatif — Actes 5:1-2

5.4 - Le véritable péché d’Ananias — Actes 5:2a

5.5 - Sur le péché qui habite en nous

5.6 - L’épouse est-elle une aide ? — Actes 5:2a

5.7 - La présence de Dieu — Actes 5:3-4

5.8 - Deux indications pratiques — Actes 5:3-4

5.9 - Le Saint Esprit est Dieu — Actes 5:3a,4c

5.10 - La sainteté qui convient à Sa maison — Actes 5:3-4

5.11 - Un péché à la mort — Actes 5:5-6

5.12 - La mort de Sapphira — Actes 5:7-11

5.12.1 - Tenter Dieu

5.12.2 - La discipline dans l’assemblée (lier, délier)

5.12.3 - Le mot « assemblée » — Actes 5:11

6 - De nouveau devant le sanhédrin — Actes 5:12-42

6.1 - Des signes et des miracles (*) — 5:12-14

6.1.1 - Trois groupes parmi les Juifs — 5:13

6.1.2 - Se joindre [ou : ajoutés] au Seigneur — 5:14a

6.1.3 - Une multitude tant d’hommes que de femmes — 5:14b

6.1.4 - Ils étaient tous guéris — 5:15-16

6.2 - La détention et la libération des apôtres

6.2.1 - L’inimitié du « libre-penseur » — 5:17-18

6.2.2 - L’intervention de Dieu — Actes 5:19-20

6.2.3 - Toutes les paroles de cette vie — Actes 5:20

6.2.4 - Perplexité des adversaires — Actes 5:21-25

6.3 - L’arrestation des apôtres — Actes 5:26

6.4 - De nouveau une comparution — Actes 5:24-26

6.5 - Une double accusation — Actes 5:27, 28

6.6 - La répartie des apôtres — Actes 5:29

6.6.1 - La bénédiction de l’obéissance

6.7 - Ce que Dieu fait et ce que les hommes font — Actes 5:30

6.8 - Exalté pour donner — Actes 5:31

6.9 - Les témoins de la grâce — Actes 5:32

6.10 - Gamaliel — Actes 5:33-34

6.10.1 - Le conseil de Gamaliel — Actes 5:35-39

6.10.2 - La libération des apôtres — Actes 5:40

6.10.2.1 - Des coups pour les serviteurs du Seigneur

6.10.3 - Plus que vainqueurs — Actes 5:41-42


1 - La guérison de l’homme impotent — Actes 3:1-11

Le chapitre 2 du livre des Actes a mis devant nous une série d’événements significatifs, dont le plus important était sans aucun doute l’effusion du Saint Esprit au jour de la Pentecôte. Par ce baptême du Saint Esprit, l’assemblée de Dieu, le corps de Christ, a été formée. Cet organisme nouvellement créé se compose de tous ceux qui croient en Christ et en l’œuvre de rédemption qu’Il a accomplie. Christ Lui-même dans la gloire est la tête de ce corps. Ce moment-là est le début de l’existence de l’église ou assemblée de Dieu sur la terre — avec toutes ses conséquences bénies pour ceux qui en font partie.

Dans son grand discours devant les Juifs de Jérusalem, Pierre avait montré que la mort de Christ correspondait tout à fait aux pensées et aux conseils de Dieu. La mort expiatoire de Son Fils était le fondement de la rémission des péchés, et même de toute bénédiction que Dieu voulait offrir aux hommes. Cependant les hommes étaient entièrement responsables pour ce qu’ils ont fait de Son Fils : ce sont les Juifs qui L’ont cloué à la croix par la main d’hommes iniques et qui L’ont fait périr. Mais Pierre avait alors montré de quelle manière ceux qui, parmi le peuple juif, se repentaient de leurs péchés et confessaient le nom du Seigneur Jésus, étaient introduits dans le domaine des bénédictions chrétiennes, et recevaient non seulement la rémission de leurs péchés, mais aussi le don du Saint Esprit.

Finalement le ch. 2 a présenté les caractéristiques bénies qui distinguaient les premiers chrétiens (2:42-47). L’assemblée de Dieu était quelque chose de nouveau et sorti parfait des mains de Dieu, et ceux qui la formaient n’étaient pas seulement heureux pour eux-mêmes, mais ils jouissaient de la faveur de tout le peuple. Ceux qui devaient être sauvés étaient ajoutés chaque jour par le Seigneur à cette assemblée nouvelle.

Le ch. 3 du livre des Actes revient maintenant sur le sujet des voies de Dieu envers les Juifs. Il y a au moins deux raisons remarquables pour cela. D’une part Dieu avait commencé avec l’assemblée (église) une œuvre et un témoignage entièrement nouveaux, et Il avait introduit l’ère chrétienne qui allait maintenant suivre son cours. D’autre part les Juifs étaient justement ceux qui avaient crucifié le Seigneur de gloire. Y avait-il encore des voies quelconques de Dieu à leur égard ? Un jugement immédiat et impitoyable était-il la seule réponse juste de Dieu envers eux ?

Le Seigneur Jésus avait pourtant prié sur la croix « Père, pardonne-leur, car ils ne savent ce qu’ils font ! » (Luc 23:34). Cette prière ne pouvait pas restée sans être entendue. Et c’est ainsi que, dans Sa grâce, Dieu repoussa le jugement temporel, et fit offrir encore une fois aux Juifs la possibilité de revenir et de se repentir. Le jugement n’arriverait que lorsque toute possibilité aurait été épuisée pour les inciter à faire demi-tour, jusqu’à ce qu’il soit clarifié s’ils rejetteraient un Christ glorifié aussi bien qu’ils avaient rejeté un Christ abaissé. S’ils se repentaient et se convertissaient, alors leurs péchés seraient effacés, et au lieu du jugement Dieu leur enverrait des temps de rafraîchissement, et Il leur enverrait Jésus Christ préordonné.

Voilà, en bref, le contenu du deuxième discours de Pierre selon ce ch. 3. L’occasion extérieure pour ce discours a été la guérison de l’homme impotent — un miracle qui comporte indiscutablement une signification symbolique et prophétique comme nous allons le voir tout de suite. Avec cela nous avons achevé l’esquisse des deux parties de ce chapitre, la guérison de l’homme impotent (3:1-11) et le discours de l’apôtre Pierre (3:12-26).


1.1 - Pierre et Jean — Actes 3:1

« Et Pierre et Jean montaient ensemble au temple, à l’heure de la prière, qui est la neuvième » (3:1).

Déjà au ch. 2 v.43 Luc avait parlé de ce que beaucoup de prodiges et de miracles se faisaient par les apôtres. Mais ce n’était manifestement pas l’intention de l’Esprit Saint de les dépeindre ni de les détailler. C’est Lui qui conduisait la plume de l’historien sacré, et Il l’a fait s’en tenir à cette brève mention. Mais maintenant il nous fait donner un récit détaillé d’un miracle particulier qui non seulement a manifestement suscité une attention particulière, mais qui comportait une signification particulière. L’écrivain ne donne aucune indication sur la date de cette circonstance, mais nous pouvons admettre qu’elle s’est déroulée peu après le jour de la Pentecôte.

Ce n’est pas la première fois que nous voyons ensemble les deux apôtres Pierre et Jean dans les parties historiques du Nouveau Testament. Au temps de la vie du Seigneur Jésus, ils formaient, ensemble avec Jacques le frère de Jean, une sorte de cercle intérieur des disciples autour du Sauveur. Le Seigneur leur avait accordé d’assister à la guérison de la fille de Jaïrus (Marc 5:37 et suiv.). Ces trois disciples avaient eu aussi le privilège d’être témoins oculaires de Sa gloire magnifique sur la montagne de la transfiguration (Marc 9:2 et suiv.). Et quand l’ombre de la croix se profilait déjà sur Lui, Il les avait pris au jardin de Gethsémané, où Il avait été dans l’angoisse du combat, et où malheureusement ils dormirent au lieu de veiller et prier (Marc 14:33). (*)


(*) Note Bibliquest : voir aussi Pierre et Jean ensemble dans la maison du souverain sacrificateur (Jean 18:16).


Pierre et Jean se retrouvent aussi devant nous, eux deux seuls, dans les récits historiques de l’Écriture sainte. C’est à eux que le Seigneur avait confié la mission de préparer la fête de la dernière Pâque dans la chambre haute (Luc 22:8). Ils étaient les deux ensemble quand, au jour de la résurrection du Seigneur, Marie avait couru leur apporter la nouvelle que le tombeau du Seigneur était vide. C’est ensemble qu’ils avaient alors couru au sépulcre pour contrôler la véracité du récit qui leur avait été fait (Jean 20:2-8). Plus loin dans le livre des Actes, nous les retrouvons de nouveau ensemble quand les apôtres de Jérusalem les envoyèrent en Samarie pour visiter et assister spirituellement les nouveaux convertis qui s’y trouvaient (8:14). Dans notre chapitre maintenant nous les voyons, les deux, Pierre et Jean, montant ensemble au temple à l’heure de la prière.

Ce terme « ensemble » pour ces deux hommes parle à nos cœurs de manière paisible mais touchante. Ces deux disciples du Seigneur se comprenaient, même si leur service était tout différent. Il n’y avait pas de jalousie, pas d’envie, aucune ombre.

Un exemple particulièrement beau de ce lien étroit entre Pierre et Jean allant ensemble, apparaît dans la scène de la chambre haute en Jean 13. Le Seigneur Jésus s’apprête à parcourir les derniers pas de Son chemin sur la terre, vers la croix. Il rassemble les douze encore une fois dans la chambre haute autour de Lui. Il leur lave les pieds dans une grâce insondable. Il leur montre par-là ce qu’Il voulait faire pour eux quand Il les aurait laissés pour retourner vers son Père. Son amour ne cesserait pas, Il continuerait à s’occuper d’eux. Son Être intérieur est troublé à la pensée que ce sera justement l’un d’eux qui Le livrera. Les disciples bouleversés par cette parole, sont dans la perplexité, se demandant qui cela pourrait être : « Seigneur, est-ce moi ? ».

Nous sommes alors témoins d’une scène dont la beauté n’est guère surpassable. Pierre voudrait découvrir le secret du cœur du Seigneur, de qui il s’agit, et il prend l’initiative. Inconsciemment, il ne se sent pas assez proche du Maître, en tout cas pas aussi proche que son confrère Jean qui est « dans le sein de Jésus ». Il lui fait alors comprendre par un petit signe que les autres n’ont peut-être guère remarqué, qu’il voudrait qu’il demande au Seigneur de qui Il parle. Celui-ci penché sur la poitrine de Jésus, lui dit « Seigneur, lequel est-ce ? » (Jean 13:25). Alors le Seigneur Jésus condescend à le désigner par le morceau trempé. Ainsi Pierre et Jean arrivent ensemble à faire ce que Pierre ne se sentait pas en état de faire tout seul, à savoir de découvrir le secret du Seigneur caché dans Ses paroles. Merveilleuse grâce de la part du Seigneur ! Mais aussi comportement touchant de ces deux disciples ! Pierre, comme souvent, est l’élément actif. Sans éprouver la moindre jalousie, il sait que Jean est plus proche du Seigneur que lui, et il est prêt à se mettre en retrait et à utiliser son frère et sa proximité du Seigneur. Jean, à son tour, ne tire aucune fierté de sa position particulière et de son intimité avec le Seigneur. En toute simplicité, il se laisse utiliser par son frère, et fait ce qu’il lui a indiqué. Y a-t-il quelque chose à ajouter ? On penserait presque que c’est un petit morceau du ciel.

Pour revenir maintenant au livre des Actes, Jean paraît se tenir ici tout à fait dans l’ombre de Pierre. Si c’était nous qui l’avions écrit, nous en aurions sûrement dit davantage au sujet de Jean et des paroles qu’il a certainement prononcées. Mais dans le récit inspiré de Luc de la première partie du livre des Actes, c’est Pierre qui est nettement au premier plan. Le Seigneur lui avait confié les clefs du royaume des cieux (Matt. 16:19), et il était réservé à lui seul de faire entrer les différents groupes de croyants dans le royaume sur la terre. C’est pourquoi Pierre est toujours celui qui parle, tandis que nous n’entendons pas un seul mot qui ait été prononcé par Jean.

Malgré cela ils allaient les deux ensemble, chacun remplissant le service que le Seigneur lui avait confié. Si l’un devait être appelé à glorifier Dieu à la fin par la mort de martyr, et si l’autre était inversement destiné à rester « jusqu’à ce que je vienne » selon l’expression du Seigneur — ils suivirent tous les deux leur Seigneur et Maître qui les devança pour aller au ciel (Jean 21:18-23). Bien-aimés, voilà ce qui nous conduit encore aujourd’hui au commun accord, et à marcher ensemble. Que le Seigneur nous accorde de regarder à Lui seul et de Le suivre Lui ! Combien notre chemin serait alors simple et paisible, y compris dans nos jours de la fin plus souvent caractérisés par des conflits l’un contre l’autre, que par des ententes l’un avec l’autre !


1.2 - La neuvième heure — Actes 3:1

Ainsi nous voyons Pierre et Jean monter ensemble au temple, à la neuvième heure. Bien que le Saint Esprit ait fait Son habitation en eux, et que par-là ils formaient le corps de Christ avec les autres croyants, — bien qu’ils aient tenu parmi ces croyants une place particulière en tant qu’apôtres de Jésus Christ, ils restèrent initialement fermement enracinés dans le culte juif. Ils cherchaient à répondre aux obligations de la Loi avec peut-être davantage de fidélité qu’avant ces grands événements.

Nous avons souvent de la peine à le comprendre. Nous ne disons pas que cela était bon en soi, ni que cela correspondait à la pensée de Dieu. Mais il faut nous rendre compte que l’assemblée du Dieu vivant existait déjà en ces jours-là, mais que l’enseignement sur sa nature, sa position et sa vocation n’était pas encore donné. Paul, l’instrument choisi par le Seigneur pour l’enseigner, n’était même pas encore converti. Nous pouvons ainsi comprendre que les premiers chrétiens, tous issus du peuple juif, cherchaient à observer fidèlement la Loi, comme Jacques l’exprime plus tard : « Tu vois, frère, combien il y a de milliers de Juifs qui ont cru ; et ils sont tous zélés pour la Loi » (21:20).

Comme les paroles de Jacques le montrent, ce n’est que plus tard que les croyants d’origine juive comprendront que le temps de la mise à l’épreuve de l’homme sous la Loi avait pris fin avec la mort de Christ, et qu’une nouvelle époque avait débutée, celle de la grâce ; et même alors ils ne le comprendront que faiblement. Cette mauvaise compréhension comportait un danger grave pour la jeune communauté chrétienne. Nous le verrons à plusieurs reprises dans la suite de ce livre des Actes. Cependant Dieu, dans Sa longue patience, a supporté cette période transitoire entre la dispensation juive et la dispensation chrétienne, avec le système à double voie qui s’y rattachait, si l’on peut s’exprimer ainsi. Ce n’est que lorsque la destruction de Jérusalem et, avec elle, la mise de côté définitive du culte juif furent imminentes, que Dieu requit des croyants Juifs qu’ils sortent hors du « camp » une bonne fois pour toutes (Héb. 13:13).

La neuvième heure était devenue l’heure de la prière au cours des siècles parmi les Juifs. C’était le temps « entre les deux soirs », au cours duquel l’holocauste du soir, joint à une offrande de gâteau, était offert comme partie de l’holocauste continuel (Ex. 29:39 et suiv.). En même temps, à l’intérieur du sanctuaire, on faisait fumer les drogues odoriférantes sur l’autel d’or (Ex. 30:7-9 ; Luc 1:9-10). L’historien Juif Josèphe (37 à 100 après JC), auquel nous sommes redevables de la connaissance de cette particularité intéressante, dit que l’holocauste du matin et du soir chez les Juifs, étaient toujours accompagnés d’un service de prières public. Nous comprenons donc pourquoi la neuvième heure est appelée ici l’heure de la prière.

C’était une heure particulière, une heure sainte, et beaucoup de souvenirs s’y rattachaient. C’est à cette heure-là que le prophète Élie invoqua le nom de l’Éternel sur l’autel de Dieu rebâti au mont Carmel, loin du temple de Jérusalem, pour que l’Éternel lui réponde, et lui réponde avec du feu consumant son holocauste. Et c’est au moment même, nous pouvons l’admettre, où les drogues odoriférantes remplissaient le sanctuaire de Jérusalem de leur odeur agréable, que Dieu avait répondu à Son serviteur devant l’autel lointain du Carmel et avait envoyé le feu du ciel pour tout consumer, le taureau, le bois, la pierre et la terre. Cela avait été le signe qu’Il était, Lui, le vrai Dieu, le seul Dieu (1 Rois 18:36 et suiv.).

Des siècles plus tard, ce fut de nouveau au temps de l’offrande du soir, lorsque Daniel captif à Babylone était en prière, que l’ange Gabriel vint vers lui pour lui donner la prophétie de portée si vaste sur les soixante-dix semaines, dont la dernière n’est pas encore accomplie aujourd’hui (Daniel 9:21 et suiv.).

Des siècles passèrent encore jusqu’à ce que cette heure revienne d’une manière extraordinaire comme heure de la prière. Celui dont Gabriel avait annoncé la venue et la mort au prophète, était suspendu sur la croix, — le Messie qui devait être retranché et n’aurait rien. À cette heure-là, « la neuvième heure, Jésus s’écria d’une forte voix, disant : Éli, Éli, lama sabachthani ? c’est-à-dire : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » (Matt. 27:46). Cette prière ne trouva aucun exaucement à ce moment-là — qui peut le comprendre ? — Peu après, le Sauveur était mort.

Et maintenant Pierre et Jean allaient à cette heure du jour au temple, pour y être des témoins du Crucifié, et pour y révéler devant tous la puissance de Son nom.


1.3 - L’homme impotent à la Belle porte — Actes 3:2-3

« Et on portait un homme qui était boiteux dès le ventre de sa mère, lequel on mettait tous les jours à la porte du temple, appelée la Belle, pour demander l’aumône à ceux qui entraient dans le temple : cet homme, voyant Pierre et Jean qui allaient entrer dans le temple, leur demanda l’aumône » (3:2, 3).

Incontestablement Dieu était derrière la scène. Dans Sa providence, Il avait disposé les choses de manière que l’homme impotent fût assis à la Belle porte au moment où Pierre et Jean y passèrent. Rien de ce qui concerne les Siens n’a lieu par hasard. Dieu a toujours les choses en main et Il poursuit Son dessein en se servant de tout. Cela se passa dans ce cas comme dans celui du vieillard Siméon dont il est dit : « il vint par l’Esprit dans le temple » (Luc 2:27).

Nous ne voulons pas débattre de la question de savoir quelle porte du temple portait le surnom de Belle (*). Cela est sans importance. Ce qui s’y passait est beaucoup plus important. Si belle et magnifique que fût cette porte, l’homme impotent de naissance n’avait aucune force pour s’en servir et pour la franchir. Il était tellement dénué de ressource et de force qu’il dépendait d’hommes miséricordieux pour le porter à cette porte et le remporter chaque jour, pour pouvoir demander l’aumône aux passants. Il y avait déjà longtemps que cela se passait, car l’homme était âgé de plus de quarante ans (4:22). Peut-être avait-il même vu en son temps le Seigneur Jésus passer à cette porte ? Bien des choses vont dans ce sens. Mais à l’inverse du paralytique de Jean 5 auquel le Seigneur avait demandé « Veux-tu être guéri ? », celui-ci n’avait fait l’expérience d’aucune guérison. Il y avait beaucoup de malades et de paralytiques au jour du Seigneur en Israël, mais tous ne furent pas guéris par Lui.


(*) Il s’agit vraisemblablement de l’entrée principale du temple, et il est incontestable qu’elle portait à juste titre son surnom de « Belle porte » : l’historien Josèphe parle d’une porte qui surpassait toutes les autres en grandeur et en beauté, et qui avait été entièrement fabriquée avec du bronze de Corinthe.


Cet homme impotent n’est-il pas une image frappante de l’état dans lequel se trouvait le peuple juif à ce moment-là ? Malgré tout l’éclat de leur religion et la richesse de leur tradition, malgré leurs efforts zélés à l’égard du culte, ils étaient en dehors de la vérité, entièrement sans ressources et sans force pour garder les commandements et les ordonnances de Dieu, et pour accéder à la présence de Dieu.

Nous apprenons ici la nature de la « religion ». Quand Jésus leur Messie vint à eux pour les sauver de leurs péchés (Matt. 1:21), « ils le prirent et le tuèrent et le jetèrent hors de la vigne ». Ils commirent par-là le pire péché imaginable devant Dieu qui leur avait envoyé Son Fils bien-aimé (Marc 12:1-9). Tout cela ne les empêchait pas le moins du monde de continuer imperturbablement leur culte extérieur comme si rien ne s’était passé. Voilà en fait, ce qu’est la « religion » : le maintien d’une forme extérieure de culte, et en même temps le refus intérieur du Seigneur Jésus, le centre de toutes les pensées de Dieu.

Si nous nous souvenons que l’homme était âgé de plus de quarante ans, ce nombre complète le tableau. Quarante est dans l’Écriture le nombre de la mise à l’épreuve de l’homme placé sous une responsabilité ; et effectivement l’homme sous la Loi avait été mis à l’épreuve de toute manière, et s’était révélé être autant dénué de toute force qu’incapable de garder cette Loi. Certes la Loi est sainte, et le commandement est saint, et juste et bon dit la Parole de Dieu (Rom. 7:12) ; mais à cause de la chair, c’est-à-dire du péché de l’homme, ce commandement était sans force (Rom. 8:3). C’est pourquoi, il n’a rien pu faire pour l’accomplir (Héb. 7:18, 19). L’homme impotent ne se faisait pas d’illusion sur son véritable état, mais les hommes religieux — à l’époque c’était des Juifs, aujourd’hui ce sont des chrétiens — ont « la forme de la piété, mais en ont renié la puissance » (2 Tim. 3:5) — ces hommes religieux ne croient pas qu’en réalité ils sont des impotents. Ils se vantent d’être très proches du royaume de Dieu, ou même d’y être dedans, mais ils s’illusionnent.

Quelle image parlante pour nous que cet homme impotent à la porte du temple ! Être dans le domaine du temple, directement à côté de la Belle porte, — et pourtant dehors ! N’en est-il pas ainsi de beaucoup de chrétiens de nom ? Ils s’adonnent beaucoup aux rites religieux et aux coutumes et à l’observance de certaines cérémonies.

Or sans Christ, toutes ces formes sont creuses et vides. Elles ne donnent ni puissance, ni la vie à ceux qui leur font confiance au lieu de se fier à Christ. Et si quelqu’un pense pouvoir venir dans la présence de Dieu par l’obéissance aux commandements de Dieu, celui-là ne connaît ni sa propre incapacité ni la sainteté absolue de Dieu. Combien il est dur à l’homme d’admettre qu’il n’a aucune force pour faire le bien et pour abandonner le mal — pas de force pour venir à Dieu ! L’homme naturel est effectivement sans force, et tels nous étions tous (Rom. 5:6).

Cependant combien il est bon que cette histoire de l’homme impotent ne s’arrête pas là ! Cela aurait été une image désespérante, un tableau sans perspective. Nous pouvons au contraire apprendre beaucoup de sa suite en voyant la grâce de Dieu qui s’abaisse vers cet homme pitoyable ! Il reçut beaucoup plus que ce qu’il espérait et demandait de ces deux esclaves de Dieu. Et Dieu est encore aujourd’hui le Même, le Dieu de toutes grâces.


1.4 - Le miracle de guérison — Actes 3:4-8 — Pauvreté et richesses

« Et Pierre, ayant, avec Jean, arrêté ses yeux sur lui, dit : Regarde-nous. Et il les regardait attentivement, s’attendant à recevoir quelque chose d’eux. Mais Pierre dit : Je n’ai ni argent ni or, mais ce que j’ai, je te le donne : Au nom de Jésus Christ le Nazaréen, lève-toi et marche. Et l’ayant pris par la main droite, il le leva ; et à l’instant les plantes et les chevilles de ses pieds devinrent fermes ; et faisant un saut, il se tint debout et marcha ; et il entra avec eux au temple, marchant, et sautant, et louant Dieu » (3:4-8).

Ce qui amena Pierre et Jean à arrêter les yeux sur l’homme impotent qu’on venait d’apporter, ne nous est pas communiqué. Le paralysé de Lystre dont la guérison est dépeinte au ch. 14 avait, après tout, déjà entendu parler de Paul, et quand Paul « fixa les yeux sur lui », il vit dans le regard de cet homme la foi pour être guéri (14:9). Cela n’est pas dit ici. Nous pouvons en déduire que c’est le Saint Esprit qui inclina en même temps le regard des deux apôtres sur cet homme et sur son sort misérable. Manifestement ils virent en lui un objet de la grâce de Dieu dans lequel la puissance du nom de Jésus devait se montrer selon la volonté de Dieu.

À la suite de la parole lui commandant « Regarde-nous », l’homme n’attendait rien d’autre qu’un don quelconque de charité susceptible de soulager un peu sa misère. Mais Pierre n’avait ni argent ni or à donner. En cela il était semblable au grand apôtre des nations, l’apôtre Paul, qui parlait de lui-même et de ses collaborateurs comme étant « pauvres », et il ajoute : « mais enrichissant plusieurs ; comme n’ayant rien, et possédant toutes choses » (2 Cor. 6:10).

Combien cela montre l’élévation du vrai christianisme, qu’on puisse être pauvre du point de vue terrestre, et cependant posséder la capacité d’enrichir spirituellement les autres ! Pierre et Jean, Paul et d’autres serviteurs du Seigneur étaient satisfaits d’être pauvres quant au monde, de ne rien avoir ici-bas, tandis qu’ils pouvaient, par la grâce de Dieu, communiquer à d’autres quelque chose des richesses spirituelles qu’ils possédaient.

Cependant le modèle parfait pour un tel état d’esprit béni se trouve dans notre Seigneur et Sauveur lui-même. « Car vous connaissez la grâce de notre Seigneur Jésus Christ, comment, étant riche, il a vécu dans la pauvreté pour vous, afin que par sa pauvreté vous fussiez enrichis » (2 Cor. 8:9). Le Seigneur Jésus était « riche » dans un sens et dans une mesure que nous ne pouvons pas nous représenter : Il était et Il est Dieu, le Fils ; comme tel Il habite la lumière inaccessible (1 Tim. 6:16), Il était depuis toute éternité l’objet de l’amour du Père (Jean 17:24). Rien ne Lui manquait, tout était sous ses ordres, non seulement pour Lui-même, mais aussi pour les autres.

Cependant Il devint pauvre à cause de nous, « Il s’est anéanti lui-même, prenant la forme d’esclave » et est devenu un homme. Mais comme homme, Il s’est abaissé encore davantage (Phil. 2:5-8), et Sa pauvreté était manifeste pour tous.

Il était plus pauvre que Ses créatures, plus pauvre que les renards et les oiseaux, car eux ont des tanières et des nids ; mais Lui, le fils de l’homme, n’avait pas où reposer sa tête » (Matt. 8:20). Quand Il se vit dans la nécessité de payer l’impôt du temple à cause de son disciple irréfléchi Pierre, Il ne put pas simplement prendre le nécessaire dans Sa bourse pour payer l’impôt des didrachmes. Un poisson pris à l’hameçon dut Lui apporter le statère : « prends-le, et donne-le-leur pour moi et pour toi » (Matt. 17:24-27). Quand, pour répondre à la méchanceté des Juifs, Il voulut leur montrer l’image de l’empereur sur une pièce de monnaie, Il dut dire : « Montrez-moi la monnaie du tribut ». Ils Lui apportèrent alors un denier, de sorte qu’Il put leur transmettre Son enseignement (Matt. 22:17-21). Jamais notre Seigneur et Sauveur n’était devenu aussi pauvre !

Mais il dût devenir encore plus pauvre, apprendre ce que c’est que d’être abandonné non seulement des hommes, mais de Dieu, de Celui dont toute Sa joie avait été d’être dépendant de Lui et de faire Sa volonté. « Tu as éloigné de moi amis et compagnons ; ceux de ma connaissance me sont des ténèbres » (Ps. 88:16-18). « Mon Dieu ! mon Dieu ! pourquoi m’as-tu abandonné, te tenant loin de mon salut, des paroles de mon rugissement ? … Ma vigueur est desséchée comme un têt… tu m’as mis dans la poussière de la mort » (Ps. 22:1, 15).

Une pauvreté qu’on ne peut pas se représenter, un abaissement sans fond ! Le Seigneur Jésus les a endurés à cause de nous, afin que par-là nous fussions enrichis, et enrichis d’une richesse sans mesure ! Nous Le louerons pendant toute l’éternité pour cette grâce. Il voudrait aussi nous aider à Le considérer davantage, Lui et Sa pauvreté, afin que nous Lui ressemblions davantage chaque jour !

Non, Pierre n’avait pas de richesses terrestres, et vers la fin de sa vie, il avertit encore ses frères de ne pas paître le troupeau en vue d’un gain honteux (1 Pierre 5:2). Mais il voulut donner ce qu’il avait à l’homme impotent : « mais ce que j’ai, je te le donne : Au nom de Jésus Christ le Nazaréen, lève-toi et marche ».

« Ce que j’ai » ne se rapporte pas à une quelconque capacité ou puissance basée sur la personne de Pierre. C’est bien plutôt qu’il a plu au Seigneur dans Sa grâce, au commencement de l’ère chrétienne, de conférer à Pierre et à d’autres hommes la capacité d’accomplir des miracles avec Sa puissance.

Cette capacité est désignée d’une manière générale en 1 Cor. 12 (v.9, 10, 28) par les expressions « opérations de miracles », et spécialement « dons de grâce de guérisons ». Tout cela dépend du Seigneur, — de Sa force, et de Sa volonté. L’homme n’est qu’un instrument utilisé par Lui. Et ainsi Pierre put accomplir ce miracle de guérison seulement dans la puissance de Son nom, et en outre cela ne pouvait s’accomplir que parce qu’à ce moment-là cela correspondait exactement à la volonté du Seigneur. Les deux hommes Galiléens ne se sentaient pas seuls. Ils avaient conscience de la proximité du Seigneur Jésus qui leur avait dit : « Voici, moi je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la consommation du siècle » (Matt. 28:20), et dans la dépendance du Seigneur, ils comptaient maintenant sur le déploiement de Sa puissance depuis le ciel.

Quand le Seigneur Jésus séjournait sur la terre, Sa puissance n’était pas parvenue à cet homme impotent. Mais maintenant qu’Il était glorifié dans le ciel, cet homme impotent trouva dans la puissance de Son nom la guérison désirée. C’est ce que Pierre confirme plus tard hardiment devant le sanhédrin : « Si aujourd’hui nous sommes interrogés au sujet de la bonne œuvre qui a été faite à un homme impotent, et qu’on veuille apprendre comment il a été guéri, sachez, vous tous, et tout le peuple d’Israël, que ça été par le nom de Jésus Christ le Nazaréen, que vous, vous avez crucifié, et que Dieu a ressuscité d’entre les morts ; c’est, dis-je, par ce nom que cet homme est ici devant vous plein de santé » (4:9, 10).

Le malade était impotent dès le ventre de sa mère, et n’avait jamais fait un seul pas ; ses pieds et ses genoux n’avaient jamais porté le poids de son corps. Et maintenant Pierre lui dit « Lève-toi et marche ». Pour lui montrer que ce n’était pas des paroles vaines, Pierre fit quelque chose qu’il avait vu faire par son Seigneur (Matt. 9:25 ; Marc 5:41) : « Et l’ayant pris par la main droite, il le leva ». C’est à ce moment-là au plus tard qu’a dû devenir active, chez cet homme impotent, la foi en Celui dont Pierre avait parlé, — avant même que sa main le saisisse. Avec l’agilité d’un homme habitué à se servir de ses membres, l’homme impotent se leva d’un bond. Ses pieds et ses chevilles qui avaient été sans force pendant quarante ans devinrent si fermes en un seul instant, qu’il put se tenir debout et marcher. Il n’eut pas besoin pour cela de s’appuyer sur aucun bras, aucune canne, ou toute autre aide. Celui que, jusqu’alors, on portait à la porte du temple, était maintenant capable d’aller avec eux dans le temple, et il marchait et sautait et louait Dieu. Quel spectacle ce dut être !

Nous nous souvenons aussi que le récit de ce miracle — comment les pieds et les chevilles de l’homme impotent sont devenus fermes — émane de la plume d’un médecin ! « Luc le médecin bien-aimé » (Col. 4:14) devait être, selon les pensées de Dieu, celui qui a raconté cet événement miraculeux dans tous ses détails. Combien tout cela est propre à nous conduire à la louange de Celui qui est notre Dieu et Père !


1.5 - Admiration — Actes 3:9-11

« Et tout le peuple le vit marchant et louant Dieu ; et ils le reconnurent comme celui qui était assis, pour demander l’aumône, à la Belle porte du temple, et ils furent remplis d’étonnement et d’admiration de ce qui lui était arrivé. Et comme il tenait par la main Pierre et Jean, tout le peuple étonné accourut vers eux au portique appelé de Salomon » (3:9-11).

Ce qui arriva à l’homme impotent eut lieu en plein jour en présence de beaucoup de témoins. À cette heure de la prière, beaucoup de Juifs passaient par la Belle porte pour participer au service de la prière. Aucune confusion n’était possible, car ils le reconnaissaient clairement comme celui qui était jusque-là assis à la Belle porte du temple et qui mendiait. Tout le peuple le voyait maintenant marcher, et même aller dans le temple avec eux et louer Dieu. Ainsi il était devenu auprès de cette nation un témoin vivant de la puissance de Christ ressuscité.

Cependant quel en fut le résultat du côté du peuple ? Y eut-il une bouche pour s’ouvrir et louer Dieu d’avoir fait quelque chose de si grand parmi eux ? Nous n’entendons rien de cela, pas un seul mot. Il n’est rapporté que de l’étonnement et de l’admiration. Au vu du miracle important auquel ils avaient assisté, c’était une réaction décevante : cela revenait seulement à de l’étonnement, rien de plus. À quoi était due cette faible réaction ? Peut-être à ce que Pierre avait parlé du nom de Jésus Christ le Nazaréen ? C’est certainement l’incrédulité dans le cœur des Juifs à l’égard du nom de Jésus Christ qui était en réalité à l’origine de la froideur de cette réponse.

Cela conduit alors à la question de savoir pourquoi Dieu a permis que ce miracle ait lieu parmi les Juifs à ce moment-là ? Il avait déjà auparavant cherché à réveiller leurs consciences au jour de la Pentecôte, et Il leur avait fait parler par le miracle des « langues étrangères ». À ce moment-là, trois mille Juifs s’étaient convertis à Christ sous l’effet de la première prédication de Pierre. Dieu voulait offrir encore une fois Sa grâce à ce peuple, ce peuple coupable. Il était prêt à les guérir comme Il avait guéri l’homme impotent ; une fois de plus Il allait parler à leurs cœurs et à leurs consciences par le moyen de Pierre. Mais pour qu’il y ait guérison, il ne fallait pas méconnaître la personne de Son Fils (cela est encore valable pour les Juifs vivants aujourd’hui, aussi bien que pour tous les hommes qui ne sont pas encore sauvés). C’est pour cela qu’Il donnait cette nouvelle preuve provenant du ciel que Jésus Christ, le Nazaréen qu’ils méprisaient et rejetaient, était le vrai Messie, le roi d’Israël. Car c’est dans la puissance de Son nom qu’avait été opéré le miracle de guérison. Celui qu’ils avaient cloué à la croix par la main d’hommes iniques et qu’ils avaient mis à mort, Celui-là vivait. Élevé par la droite de Dieu, Il était assis sur le trône de Son Père dans la gloire du ciel. Voilà les points essentiels du langage proféré par le miracle opéré au milieu d’eux. Allaient-ils le comprendre ? Jusqu’à présent, en tout cas, c’est comme s’ils se bornaient à se frotter les yeux d’étonnement.

Mais ce miracle préfigurait aussi ce que Dieu, dans Sa grâce, avait l’intention de faire avec ce peuple. C’est son aspect prophétique. Dans plusieurs passages de l’Ancien Testament, Dieu avait parlé du royaume de paix qui allait venir sur la terre, un royaume effectif dans lequel le Roi de justice régnerait. Même si maintenant par leur faute ils ressemblaient à l’homme impotent à la Belle porte du temple, — sans force, sans ressource, mis dehors, — le jour viendrait où « le boiteux sauterait comme le cerf » (És. 35:6). « … Les rachetés y marcheront. Et ceux que l’Éternel a délivrés retourneront et viendront à Sion avec des chants de triomphe ; et une joie éternelle sera sur leur tête ; ils obtiendront l’allégresse et la joie, et le chagrin et le gémissement s’enfuiront » (És. 35:9, 10). Dieu mettra Son Esprit au dedans d’eux, et fera qu’ils marchent dans Ses statuts (Éz. 36:27). Le dernier prophète de l’Ancien Testament parle également de ce temps-là quand il dit : « Et pour vous qui craignez mon nom, se lèvera le soleil de justice ; et la guérison sera dans ses ailes ; et vous sortirez, et vous prospérerez comme des veaux à l’engrais » (Mal. 4:2). L’ancien impotent qui se lève d’un bond et saute, ainsi que sa marche et son entrée dans le temple, louant et bénissant, tout cela parle symboliquement de la restauration d’Israël dans des temps futurs. C’est justement le sujet du second discours de Pierre qui suit maintenant.

Avant de quitter cette section, nous voulons nous poser la question en tant que rachetés du temps de la grâce : n’avons-nous pas justement toutes les raisons de « rayonner de joie » (És. 60:5), de « chanter de joie » (És. 65:14) et de marcher dans les voies du Seigneur ? L’homme impotent avait eu une guérison temporelle, et il louait Dieu pour cela. Le peuple d’Israël obtiendra une bénédiction merveilleuse sur la terre, et « son cœur frissonnera et s’élargira » (És. 60:5) ; l’habitante de Sion pousser des cris de joie (És. 12:5, 6). Mais nous maintenant, nous sommes déjà bénis de manière incomparablement plus élevée, « bénis de toute bénédiction spirituelle dans les lieux célestes en Christ » (Éph. 1:3). Nous connaissons Dieu comme notre Père ; notre patrie est le ciel, la maison qu’Il habite depuis l’éternité (Jean 14:2). Ne devrions-nous pas « offrir… sans cesse à Dieu un sacrifice de louanges, c’est-à-dire le fruit des lèvres qui confessent son nom » (Héb. 13:15) ? Ne devons-nous pas désirer avec davantage de ferveur, de marcher d’une manière digne de Dieu qui nous a élevé si haut, et nous a appelés à Son propre royaume et à Sa propre gloire (1 Thess. 2:12) ?

Nous pouvons comparer le fruit des lèvres avec les clochettes d’or au bord du vêtement du souverain sacrificateur, et la marche avec les grenades (Ex. 28:33). De même que dans l’éphod du souverain sacrificateur, les clochettes et les grenades s’alternaient, — « une clochette d’or et une grenade, une clochette d’or et une grenade, sur les bords de la robe, tout autour » (Ex. 28:34), — ainsi aussi Dieu voudrait que le témoignage pour Lui et la marche comme fruit pour Lui, soient chez nous en équilibre et en harmonie.


2 - Le second discours de Pierre — Actes 3:12-26

Nous arrivons maintenant à une section importante du livre des Actes. Nous n’allons pas seulement être rendus plus familiers avec les voies de Dieu envers Israël, mais la personne du Seigneur Jésus est introduite de manière si variée et dans des relations si multiples devant nous, que nos cœurs débordent de bonheur quand nous contemplons cela.


2.1 - Au portique de Salomon — Actes 3:11

Une fois le service de la prière et la présentation de l’offrande du soir achevés, Pierre et Jean, accompagnés de l’homme impotent guéri, sont manifestement sortis de la cour intérieure vers l’extérieur, vers l’Est où se trouve la colonnade ou portique de Salomon. L’admiration et l’étonnement remplissaient la foule en voyant l’ancien impotent marcher avec les apôtres. « Tout le peuple étonné accourut vers eux au portique appelé de Salomon » (3:11).

Josèphe rapporte que ce portique était une relique du temps de Salomon, et avait été préservé de la destruction au travers des siècles. Le Seigneur s’était aussi tenu dans ce portique, quand les Juifs l’environnèrent et lui demandèrent s’Il était le Christ (Jean 10:23, 24). Le lieu était manifestement approprié pour recevoir de plus grandes foules, et c’est pourquoi nous y retrouvons les apôtres, plus tard dans le livre des Actes (5:12), avant qu’ils soient mis en prison et qu’ils soient battus.

Ce portique de Salomon offrait également de la place pour beaucoup de passants, et fournissait aux apôtres l’occasion de parler à un grand auditoire. Si la signification spirituelle du miracle échappait à la plupart des Juifs, nous pouvons comprendre que Pierre a eu là l’occasion rêvée pour la leur montrer clairement. L’homme guéri à côté de lui servant de preuve vivante de la puissance de Dieu, Pierre saisit l’occasion sans hésiter. Le Seigneur l’avait fait pécheur d’hommes, et maintenant qu’il voit les flots en mouvement, c’est avec audace qu’il jette pour ainsi dire le filet.


2.1.1 - Comment le serviteur se cache — Actes 3:12

« Et Pierre, voyant cela, répondit au peuple : Hommes israélites, pourquoi vous étonnez-vous de ceci ? Ou pourquoi avez-vous les yeux fixés sur nous, comme si nous avions fait marcher cet homme par notre propre puissance ou par notre piété ? » (3:12).

Pierre, calme et réfléchi, commence par poser deux questions à ses auditeurs : pourquoi s’étonnent-ils de la guérison du paralytique ? Il n’y avait pas longtemps qu’un homme avait été parmi eux et avait accompli des miracles plus grands que celui-ci. Il avait fait un bien indicible au milieu d’eux, et guéri tous ceux que le diable avait asservi à sa puissance (10:38). La langue des muets s’étaient déliées, les yeux des aveugles avaient été ouverts, et même des morts étaient ressuscités. Une grande foule d’entre eux n’était-elle pas venue alors à Béthanie « non seulement à cause de Jésus, mais aussi pour voir Lazare qu’Il avait ressuscité d’entre les morts » (Jean 12:9) ? Dans d’innombrables occasions, Jésus avait fait parmi eux tellement de choses merveilleuses que, si on les écrivait toutes une à une, le monde même ne pourrait contenir les livres qui seraient écrits (Jean 21:25). Pourquoi alors cet étonnement en ce moment, puisque la même puissance agissait à nouveau parmi eux ?

C’était, selon ce que ressentait Pierre, comme si le regard de la foule s’était détaché de l’homme impotent pour se fixer sur Pierre et Jean. Avec sa seconde question, Pierre prend les devants contre toute admiration qui aurait germé en faveur d’eux : « Pourquoi avez-vous les yeux sur nous, comme si nous avions fait marcher cet homme par notre propre puissance ou par notre piété ». Il ne supportait pas un seul instant la pensée que quelque qualité personnelle chez eux eût opéré ce miracle. Dès qu’il a vu bourgeonner dans le cœur des hommes de l’admiration ou de l’honneur pour les instruments utilisés par Dieu, il se retire sans hésiter à l’arrière-plan en tant que serviteur, et il met d’autant plus expressément le Seigneur Jésus au premier plan. Voilà ce qui convient pour un serviteur du Seigneur, et cela seul correspond à la dignité et à l’élévation de Celui que le serviteur sert.

Le Nouveau Testament nous donne des exemples de personnes qui ont agi autrement que Pierre. Nous en citerons deux, l’un positif, l’autre négatif :

Le premier exemple est le Seigneur Jésus lui-même. S’Il vint dans une situation analogue à celle de Pierre, Son comportement fut fort différent de celui de Son disciple. Ayant lu le prophète Ésaïe dans la synagogue de Nazareth et s’étant assis, les regards de tous les gens présents se fixèrent sur Lui, tendus. Pourtant Il n’interrompit pas le flot de leur attente ou de leur admiration, ni ne l’inclina dans une autre direction. L’attente des gens était dirigée sur Lui, et Il accepta l’hommage qui s’y rattachait. Il ferma le livre et le mit de côté. Alors Il se présenta aux Juifs comme étant Lui-même l’accomplissement des Écritures, comme étant le Messie attendu par Son peuple (Luc 4:16-22).

Nous comprenons naturellement la raison de la différence de comportement du Seigneur : c’était la dignité de Sa personne. Elle ressortait comme allant de soi, presque comme un accessoire inséparable, et le cœur d’un vrai disciple s’en réjouit toujours de nouveau. Bien que le Seigneur fût ici-bas dans une profonde pauvreté et dans l’abaissement, et qu’Il ait pris la place de serviteur, Il était néanmoins le Seigneur de tous, et acceptait l’hommage de Sa créature (Matt. 28:9 ; Marc 5:33 ; Luc 8:47).

Le second exemple d’un autre comportement est celui de Simon le magicien en Actes 8. Non seulement il exerçait une puissance satanique, mais il se disait être quelque grand personnage (8:9). Et quand les hommes, du plus petit au plus grand, s’attachaient à lui et disaient : « Celui-ci est la puissance de Dieu appelée la grande », il permettait qu’on lui attribue cet honneur. L’homme naturel aime s’élever et se faire honorer.

Mais les apôtres ici en Actes 3 donnaient tout l’honneur à Dieu et à Son serviteur Jésus. Le miracle avait bien eu lieu, Pierre le confirme expressément. Mais la puissance qui l’avait opéré était divine. S’il y avait un honneur quelconque à rendre, c’était à Dieu seul.

On raconte que Léonard de Vinci, ayant achevé à Milan son célèbre tableau de « la cène », avait invité un ami pour expertiser l’œuvre en privé et donner son jugement sur elle. « Exceptionnel » s’exclama son ami, « la coupe là-bas fait contraste directement avec la table, comme de l’argent pur et brillant ». Là-dessus le peintre prend tranquillement un pinceau à la main, et badigeonne la coupe sans hésiter, en disant : « mon intention était d’attirer le regard du spectateur d’abord sur la personne de Christ, et tout ce qui détourne l’attention de Lui doit être effacé ».

C’est exactement la manière dont Pierre et Jean s’effacèrent de la scène pour que le Seigneur la remplisse. Combien il est important pour un serviteur du Seigneur d’éviter tout ce qui pourrait obscurcir la personne du Seigneur ! Pierre et Jean sont des exemples à imiter quant à la manière dont l’esclave du Seigneur se dérobe à la vue. Paul réalisait aussi que nous avons le merveilleux trésor de la connaissance de Dieu « dans des vases de terre afin que l’excellence de la puissance soit de Dieu et non pas de nous » (2 Cor. 4:7). Même si Pierre n’était pas un homme instruit, Paul l’était. Pourtant « ses paroles et sa prédication n’étaient pas en paroles persuasives de sagesse, mais en démonstration de l’Esprit et de puissance, afin que votre foi ne repose pas sur la sagesse des hommes, mais sur la puissance de Dieu » (1 Cor. 2:4, 5). Apollos était un homme éloquent et puissant dans les Écritures (18:24), et pourtant il ne faisait pas étalage de ses capacités et de ses connaissances pour se plaire à lui-même, mais il cherchait à « enseigner diligemment les choses qui concernaient Jésus » (18:25) et à « contribuer beaucoup par la grâce à l’avancement de ceux qui avaient cru » (18:27). Ces serviteurs du Seigneur ne tenaient pas en petite estime le don qui leur avait été confié et le service qui s’y rattachait, bien au contraire, et ils y étaient fidèles (1 Cor. 4:1, 2). Mais quand eux-mêmes ou leur don étaient placés au premier plan, alors ils montraient clairement qu’ils n’étaient rien : « De sorte que ni celui qui plante n’est rien, ni celui qui arrose, mais Dieu qui donne l’accroissement » (1 Cor. 3:7).


2.1.2 - Jésus, le serviteur de Dieu — Actes 3:13

Pierre se met maintenant à parler du serviteur unique et parfait de Dieu, et à montrer ce que ses auditeurs avaient fait de Lui.

« Le Dieu d’Abraham et d’Isaac et de Jacob, le Dieu de nos pères, a glorifié son serviteur Jésus, que vous, vous avez livré, et que vous avez renié devant Pilate, lorsqu’il avait décidé de le relâcher » (3:13).

Il montre d’abord clairement que le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, le Dieu de leurs pères, opérait encore au milieu d’eux. C’était indiscutablement une grande grâce, mais le but propre de Son action était de glorifier Son serviteur Jésus. Voilà l’essentiel, et ils devaient apprendre à le voir.

Ce qui frappe, c’est que Pierre ne parle pas du « Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ » comme on le trouve plus tard dans les épitres (Éph. 1:3 ; 1 Pierre 1:3). Ce nom ou cette qualification de Dieu indique une révélation complète que Dieu a donné de Lui-même dans Son Fils Jésus Christ. Le vrai christianisme est caractérisé par cette révélation. Les auditeurs au portique de Salomon n’étaient pas des chrétiens. Le nom de Dieu comme « Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob », c’est-à-dire Dieu des pères d’Israël, portait un caractère juif évident. Tout le discours de Pierre en est imprégné. Dieu s’était révélé sous ce nom à Moïse (Ex. 3:6). Mais ce n’était qu’une révélation partielle de Dieu, et non pas la pleine révélation de Son Être comme on la connaît dans le christianisme.

Pierre, dans son discours, nomme le Seigneur Jésus sous huit noms ou aspects différents. La première chose qu’il dit de Lui, c’est qu’Il est Son serviteur, c’est-à-dire le serviteur de Dieu. C’est un titre touchant et plein d’honneur de notre Seigneur, même s’il n’est pas le plus élevé, et de loin. Les titres les plus élevés de Fils de Dieu et Fils du Père, ne sont pas mentionnés par Pierre, bien qu’il ait reçu personnellement de la part du Père une révélation au sujet de « Christ, le Fils du Dieu vivant » (Matt. 16:16-18). Nous devons également avoir présent à l’esprit, d’une part que Pierre avait devant lui des Juifs, et d’autre part que Dieu avait réservé à deux autres hommes de présenter Son Fils dans Sa Déité essentielle et dans Son caractère de Fils : ces deux hommes sont Paul et spécialement Jean. Dans les Actes des Apôtres, seul Saul de Tarse annonce publiquement, et pour la première fois, que Jésus est le Fils de Dieu (9:20).

Le service de Pierre allait dans une autre direction ; il parle de Christ en rapport avec le conseil de Dieu à l’égard d’Israël et de la terre. À cause de cela, Pierre L’a en général devant lui dans Son humanité. Cette humanité ne Lui était pas essentielle, Il l’a prise en grâce, et la gardera pour toujours. Il est important d’être tout à fait au clair sur ces vérités qui concernent Sa Personne. Le Seigneur Jésus est Dieu et Homme dans une seule et même personne. Quelquefois c’est un côté qui est mis en avant, et d’autres fois c’est l’autre côté. Quand Il est présenté dans Son humanité, Il ne cesse pas d’être Dieu. Cela devrait être profondément ancré dans nos cœurs, spécialement lorsque nous parlons ou entendons parler de Lui comme l’homme Christ Jésus. Combien nous oublions vite la grandeur de Sa personne !

Pierre est réellement hardi. Il insiste sur le fait que Jésus, le rejeté et le crucifié, est serviteur de l’Éternel. Ésaïe avait déjà parlé de Lui en disant : « Voici mon serviteur que je soutiens, mon élu en qui mon âme trouve son plaisir » (És. 42:1). En Matthieu 12 cette citation se rapporte directement au Seigneur Jésus (Matt. 12:18). Quand Il était dans ce monde, Il était le serviteur de Dieu au milieu du peuple d’Israël. Quelle pensée insondable que celle-ci : le Seigneur Jésus « serviteur » ! Comme homme Il a servi Son Dieu en tout ce qu’Il faisait et disait, et combien Il l’a fait de manière parfaite ! C’était Sa joie, Sa nourriture de faire la volonté de Celui qui L’avait envoyé. Son motif d’action le plus profond pour tout ce qu’Il faisait et disait, se trouvait toujours dans la volonté de Son Père.

Le chemin de l’amour qui sert L’isolait ; Il parcourut ce chemin avec dévouement jusqu’au bout. En Lui s’accomplissait l’image du serviteur hébreu d’Exode 21:5. Il aimait son « maître », sa « femme » et ses « enfants », et ne voulait pas sortir libre, Il voulait servir à toujours. Dans la honte la plus profonde et la moquerie caustique du côté de Sa créature, Son service sur la terre eut son sommet dans Sa mort en sacrifice volontaire, pour donner sa vie en rançon pour plusieurs (Marc 10:45).


Délaissé de la foule

Qui goûtait ta faveur ;

Battu et fouetté,

Couvert de honte et d’opprobre


Couronné d’épines en dérision,

Sans disciples qui te suivaient,

Trahi et renié,

Entouré seulement d’ennemis.


Tu allas ainsi jusqu’à la croix,

Comme serviteur fidèle de Dieu,

Poussé par l’amour éternel,

Obéissant et juste.


Avant d’aborder le verset suivant, il y a encore une petite particularité à noter dans l’usage qui est fait du terme « serviteur », et elle n’est pas sans importance. Le mot utilisé ici en grec (pais) signifie originellement un garçon, un gars. Cependant quand il est parlé d’autres personnes en tant que « serviteurs de Dieu », l’Écriture sainte utilise toujours le mot doulos = esclave. Quand Paul en Tite 1:1 se nomme « esclave de Dieu » (une expression fréquente sous cette forme ou sous une autre), c’est le mot doulos = esclave qui est utilisé. Cependant quand il s’agit du Seigneur, l’Écriture sainte évite le mot « esclave ».

Dieu avait fait savoir à son peuple terrestre par le prophète Ésaïe que Son serviteur serait élevé et placé très haut (52:13-15). C’est ce qu’est le Seigneur maintenant. Il avait été sur la terre, et y fut rejeté. Mais tout ce qu’ils ont fait de Lui, Dieu l’a retourné en son contraire. Il L’a glorifié et L’a fait asseoir à Sa droite, selon ce qu’annonçait le Psaume 110 v.1. C’est là qu’Il est maintenant, Lui Jésus de Nazareth glorifié.

Or ils étaient coupables de L’avoir « livré ». Le mot pour « livré » est le même que celui utilisé par le Saint Esprit pour décrire ce que Judas Iscariote a fait avec le Seigneur. Comme exemple particulier de ce reniement, l’apôtre pouvait avoir sous les yeux la scène devant le tribunal de Pilate, quand les principaux sacrificateurs ont proclamé : « Nous n’avons pas d’autre roi que César » (Jean 19:15).

C’est de cette manière qu’ils L’avaient livré au gouverneur romain, alors qu’Il était en leur pouvoir. Et quand Pilate, convaincu de l’innocence de Jésus, voulut Le libérer, ils ont rajouté quelque chose de terrible : Ils ont renié leur propre Messie devant le pouvoir public romain. Que les Romains L’exécutent !


2.1.3 - Le Saint et le Juste — Actes 3:14

Pierre n’épargne pas ses auditeurs. Avec une grande puissance, il place devant eux les détails de leur péché. Et il fait ainsi pénétrer l’épée de la Parole de Dieu encore plus profondément dans leur cœur :

« Mais vous, vous avez renié le saint et le juste, et vous avez demandé qu’on vous accordât un meurtrier » (3:14).

Ce serviteur de Dieu était plus qu’innocent ! Il était le Saint et le Juste. Or ils Lui préférèrent un meurtrier, et même ils demandèrent qu’on le leur accordât. Encore une fois Pierre utilise ce terme de « renier », il n’a pas honte de l’utiliser. « Vous avez renié le saint et le juste ».

Qui était cet homme qui, avec tant de hardiesse, inculpait deux fois (3:13,14) les Juifs de reniement de leur propre roi ? Quelques semaines auparavant, il avait lui-même renié son Seigneur et son Maître, et l’avait même fait trois fois en l’accompagnant d’imprécations et de jurements : « Je ne connais pas cet homme » (Marc 14:66-72).

Cependant combien la grâce de Dieu est insondable ! C’est par cette grâce que Pierre avait été restauré. Le regard du Seigneur l’avait atteint, et c’est en pleurant amèrement qu’il avait quitté la scène de son triste reniement.

Combien ont dû être douloureux pour Pierre les jours où son Seigneur bien-aimé, à qui il avait fait si mal, gisait dans le tombeau ! Sans perspective de réparation du passé, Pierre devait sentir profondément son péché. Mais « la tristesse qui est selon Dieu opère une repentance à salut dont on n’a pas de regret » (2 Cor. 7:10). Ce n’est pas par hasard que le Seigneur Jésus apparut justement à ce disciple comme premier témoin masculin de Sa résurrection (Luc 24:34 et 1 Cor. 15:5) pour parler avec lui, et ensuite pour le réhabiliter publiquement devant ses compagnons (Jean 21:15-23). Pierre a été restauré si parfaitement de sa profonde chute, qu’il peut maintenant se tenir devant cette grande foule, et reprocher à ces Juifs rassemblés le péché précis dont il s’était lui-même rendu coupable ! — Qui d’entre nous n’aurait pas également toute raison de glorifier la grâce du Seigneur ? Combien nous avons pu faire souvent l’expérience de cette grâce dans son caractère qui guérit et restaure ! Pendant l’éternité, nous rendrons grâce à notre Dieu pour cela, et nous louerons Sa grâce.

Pierre nomme ici deux autres noms ou, autrement dit, un double titre du Seigneur. Il est « le saint et le juste ». L’article commun devant « saint et juste » relie les deux titres, dans une certaine mesure, en un tout unique, et cependant il s’agit de deux traits de caractère différents dans la personne du Seigneur Jésus.

Arrêtons-nous brièvement sur le premier. Le Seigneur Jésus est le Saint. Dans l’Ancien Testament ce nom de Dieu est utilisé comme tel, Dieu se donnant Lui-même ce titre : « car je suis Dieu et non pas un homme, — le Saint, au milieu de toi » (Osée 11:9). Et parce que Christ est Dieu et Homme dans une seule personne, Il est aussi nommé le Saint. La sainteté est une qualité qui se réjouit dans la pureté et qui refuse le mal. Elle présuppose une force intérieure contre le mal, ce qui n’est pas le cas de l’innocence.

Christ sur la terre a été celui qui a été « mis à part de ses frères ». Cela correspond parfaitement à ce que Jacob avait prophétisé dans sa bénédiction au sujet de Joseph (Gen. 49:26). Et quand, à la fin de Son chemin, Il quitta cette scène de péché et revint à Son Père pour être là-haut le point d’attraction pour nos cœurs, ce fut aussi un pas de sanctification : « Et moi, je me sanctifie moi-même pour eux, afin qu’eux aussi soient sanctifiés par la vérité » (Jean 17:19). Maintenant Il est à la droite de Dieu, et dans ce sens Il est séparé des pécheurs (Héb. 7:26). De tout cela, nous voyons que la sainteté implique effectivement un état de séparation, et la sanctification une action de se séparer pour Dieu.

Mais le Seigneur Jésus est aussi le Juste. Ce titre est aussi utilisé à l’égard de Dieu dans l’Ancien Testament : « l’Éternel est juste » (Ex. 9:27). La justice est en harmonie pratique avec l’être (la nature) et la position d’une personne. Quand le Seigneur était homme sur cette terre, Il a manifesté en tout une parfaite harmonie avec l’être (la nature) de Dieu qui est lumière et amour. C’est pourquoi dans le Nouveau Testament, Il est de nouveau nommé « le Juste » (Actes 7:52 ; 22:14 ; 1 Pierre 3:18 ; 1 Jean 2:1). Chacun de ces passages mérite d’être médité, mais il faut nous en tenir ici à les citer.

En tant que Saint et Juste le Seigneur Jésus a pris une place de séparation unique parmi les hommes. Dès la naissance Il était le Saint, comme nous allons encore le voir tout de suite. À l’inverse, tous les autres hommes étaient et sont par nature des pécheurs, des injustes. David confesse : « Voici, j’ai été enfanté dans l’iniquité, et dans le péché ma mère m’a conçu » (Ps. 51:5). La Parole de Dieu ne laisse aucune incertitude quant à l’état naturel de l’homme : « Il n’y a point de juste, non pas même un seul » (Rom. 3:10).

Si malgré tout, des hommes sont nommés « saints » et « justes », c’est parce qu’ils ont été justifiés par la foi et par la grâce de Dieu sur la base de l’œuvre de Christ (Rom. 3:24, 26 ; 5:1). Mais tandis que ces traits de caractère de saint et de juste constituent la nature du Seigneur, ce qui Lui est propre, dans le cas des croyants ils caractérisent une position ou une nature accordée par Dieu (1 Cor. 6:11 ; 1 Pierre 1:2 ; 2 Pierre 1:4) — ce qui est une différence essentielle à laquelle nous devons toujours faire attention.

Si le Seigneur Jésus est maintenant le Saint et le Juste, alors cela donne déjà la réponse à une question souvent posée, celle de savoir si Christ comme homme pouvait pécher.


2.1.3.1 - Christ comme homme pouvait-Il pécher ?

Du fait qu’il est si important d’être tout à fait au clair sur cette question, nous voulons malgré tout l’aborder. Il y a même des enfants de Dieu qui sont d’avis que Christ aurait tout à fait pu pécher ; sinon, pensent-ils, Il n’aurait pas pu été tenté et il Lui aurait été facile d’accomplir l’œuvre de la croix.

Mais nous devons toujours prendre garde aux déductions de l’esprit humain dans les choses divines, tout spécialement quand il s’agit de la sainte personne du Seigneur Jésus. Dans nos pensées sur la personne de Jésus, nous ne devons en aucune manière quitter le terrain de la révélation de Dieu. Nous sommes en outre toujours rappelés à la prudence par cette parole du Seigneur : « Personne ne connaît le Fils, si ce n’est le Père » (Matt. 11:27).

Dans quelques passages de l’Écriture Sainte, nous rencontrons des déclarations importantes sur la sainteté de la Personne du Seigneur Jésus. Si on s’y soumet par la foi, tous les doutes disparaissent rapidement. Au moment où le Seigneur devait naître, Dieu envoya Gabriel à Marie et lui fit dire : « L’Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-haut te couvrira de son ombre ; c’est pourquoi aussi la sainte chose qui naîtra sera appelée Fils de Dieu » (Luc 1:35). Il n’a pas été engendré de l’homme, mais de l’Esprit Saint. Tandis que tous les hommes dérivent de ce qui est en bas, Lui dérive de ce qui est en haut (Jean 8:23). La Personne de Celui qui est devenu un vrai homme, est descendue du ciel, le Fils de l’homme (Jean 3:13). Le premier homme, créé et placé dans le jardin d’Éden, n’était pas du tout saint, mais seulement innocent. La capacité à pécher était en lui, et cela s’est bientôt manifesté. Ce n’était pas le cas de notre Seigneur. Il n’était pas simplement innocent : Il était saint. Déjà comme enfant, Il était « le Saint », et Il l’est resté, et c’est ce qu’Il est. C’est un trait de la nature de sa personne. Dans le Nouveau Testament Il est souvent appelé « le Saint », outre notre passage d’Actes 3, dans les passages suivants : Jean 6:69 ; 1 Jean 2:20 ; Apoc. 3:7. Dans Son humanité, Il était aussi saint que dans Sa Déité. Cela exclut toute possibilité de péché.

L’Écriture Sainte nous enseigne que le Seigneur Jésus « n’a pas commis de péché » (1 Pierre 2:22), et qu’Il n’a « pas connu le péché » (2 Cor. 5:21) et « qu’il n’y a pas de péché en Lui » (1 Jean 3:5). Il ne « connaissait » pas le péché qui Lui était entièrement étranger, à Lui et à son Être Saint. Seule une telle personne, sainte en elle-même, pouvait « être fait péché » par Dieu, contrairement à quelqu’un qui aurait déjà porté en lui-même un germe quelconque de péché. La déclaration la plus absolue est certainement celle de l’apôtre Jean qui, traduite littéralement, s’exprime de la manière suivante : « il n’y a pas de péché en lui » — il y en a chez les autres, mais pas chez Lui. Quand le Seigneur se mit en route vers Gethsémané pour aller à la croix, Il dit : « le chef du monde vient, et il n’a rien en moi » (Jean 14:30). Le diable n’a trouvé en Lui aucun point d’ancrage pour le péché, quelle que soit la profondeur où le chemin du Seigneur Le menait.

Ainsi il a été rendu témoignage à l’absence de péché en Christ par Dieu au moyen d’un ange, par trois apôtres différents et finalement par le Seigneur lui-même. Qui oserait au vue de tels témoignages, maintenir malgré tout l’idée que le Seigneur aurait pu pécher ? Cela équivaudrait à un blasphème contre Sa Personne. Certainement « le Seigneur a été tenté en toutes choses comme nous », mais l’Écriture s’empresse d’ajouter « à part le péché » (Héb. 4:15). Comme Jacques 1 nous le montre, il y a des tentations par mises à l’épreuve provenant de l’extérieur (Jacq. 1:2), et des tentations par mises à l’épreuve provenant de l’intérieur (Jacq. 1:14). Les tentations que le Seigneur Jésus a endurées étaient uniquement et exclusivement celles de la première sorte (de l’extérieur). Ainsi le diable s’est efforcé de détourner le Seigneur du chemin de l’obéissance par le moyen de circonstances extérieures, — la faim par exemple (Matt. 4:3). Cependant la deuxième sorte de tentations (de l’intérieur), Il ne les a pas connues. La parole du Seigneur déjà citée en Jean 14 trouve sa confirmation en Hébreux 4:15 : « qui a été tenté en toutes choses… à part le péché ».


2.1.3.2 - L’auteur (ou : prince) de la vie — Actes 3:15

Pierre arrive maintenant au sommet de sa présentation montrant à quel point les Juifs avaient péché à l’égard du Seigneur Jésus, quand il dit :

« Et vous avez mis à mort l’auteur (ou : prince) de la vie, lequel Dieu a ressuscité d’entre les morts ; ce dont nous, nous sommes témoins » (3:15).

Dans les versets 13 à 15 il y a une progression presque dramatique des contrastes :

1° Jésus est le serviteur de Dieu, les Juifs l’ont renié,

2° Jésus est le Saint et le Juste, les Juifs ont demandé à sa place un meurtrier,

3° Jésus est l’auteur (ou : prince) de la vie, les Juifs l’ont mis à mort.


C’était le sommet de la méchanceté d’avoir mis à mort l’auteur (ou : prince) de la vie. Ils avaient prié pour qu’on épargne la vie d’un meurtrier, tandis qu’ils avaient mis à mort l’auteur (ou : prince) de la vie. Quelle absurdité étonnante dans tout cela, — étonnante seulement quand on ne connaît pas le cœur de l’homme !

Ce sont des faits incontestables que Pierre présente à leur conscience. Quelqu’un pouvait-il les nier ? C’était là exactement la manière dont ils avaient agi avec Jésus. Or c’était un fait tout aussi incontestable (et dont ils étaient témoins) que Dieu avait fait avec Lui exactement le contraire, et qu’Il L’avait ressuscité d’entre les morts. Personne d’entre eux ne pouvait s’enhardir à contredire cette affirmation.

Nous avons ici devant nous un nouveau nom ou titre du Seigneur Jésus « l’auteur (ou : prince) de la vie ». C’est bien le titre le plus élevé que Pierre utilise au sujet du Seigneur dans ce discours, et il se rapproche fortement de la manière de voir de l’apôtre Jean.

Justement Jean avait été conduit par l’Esprit de Dieu à annoncer le Seigneur Jésus comme « la vie éternelle qui était auprès du Père et qui nous a été manifestée » (1 Jean 1:2). Son Fils Jésus Christ, « lui est le Dieu véritable et la vie éternelle » (1 Jean 5:20). « En elle (la Parole était Dieu) était la vie, et la vie était la lumière des hommes » (Jean 1:4). Il était au commencement, Lui, la Parole, et tout fut fait par Lui. Rien de ce qui est, n’a été fait sans Lui (Jean 1:1-3). Par Lui, nous dit la lettre aux Hébreux, Dieu a fait les mondes (1:2). « Car par lui ont été créées toutes choses, les choses qui sont dans les cieux et les choses qui sont sur la terre, les visibles et les invisibles, soit trônes, ou seigneuries, ou principautés, ou autorités : toutes choses ont été créées par lui et pour lui ; et lui est avant toutes choses, et toutes choses subsistent par lui » (Col. 1:16, 17).

Oui, bien-aimés, tel est notre Seigneur et Sauveur : l’auteur (ou : prince) de la vie ! Combien Il a voulu s’abaisser pour accomplir l’œuvre de la rédemption — Il est la source de toute vie, aussi bien dans le domaine naturel que spirituel, et c’est Lui qui maintient tout en vie. Combien nos cœurs sont réjouis non pas seulement d’entendre parler de Lui comme serviteur de Dieu, mais de voir Sa gloire comme Dieu et de Le voir, Lui, comme l’auteur (ou : prince) de la vie !

Le mot grec pour « auteur » (archegos) n’est utilisé que quatre fois dans le Nouveau Testament, et toujours à propos du Seigneur Jésus. Il désigne ou bien quelqu’un qui précède les autres comme prince ou conducteur (5:31 ; Héb. 12:2), ou bien quelqu’un qui est l’auteur ou le fondateur d’une chose. Dans notre verset le Seigneur Jésus est l’auteur de la vie et en Héb. 2:10 l’auteur du salut — Ce sont deux vérités étroitement apparentées.


2.1.4 - La foi au Seigneur Jésus — Actes 3:16

« Et, par la foi en son nom, son nom a raffermi cet homme que vous voyez et que vous connaissez ; et la foi qui est par lui a donné à celui-ci cette entière disposition de tous ses membres, en la présence de vous tous » (3:16).

Quelle force indescriptible réside dans le nom de Celui qu’ils avaient méprisé comme étant le Nazaréen, et qu’ils méprisaient encore ! Même si la puissance est présente en principe, encore faut-il la foi au nom du Seigneur Jésus pour faire l’expérience de cette puissance sur soi-même, pour se la rendre utile si l’on peut s’exprimer ainsi. C’est un principe valable de manière tout à fait générale. Nous le trouvons appliqué ici où il s’agit d’une guérison purement corporelle. Nous pouvons l’appliquer au sens figuré à tout homme et spécialement au peuple Juif.

La puissance du nom de Jésus est arrivée à l’homme impotent par le moyen des serviteurs du Seigneur. Sans doute Pierre avait prononcé les paroles du v. 6 avec la foi en la puissance de ce nom, et cela apparaît être la signification véritable de ce verset. Cependant il n’est pas complètement à exclure qu’à côté de cette foi, il faille signaler la présence de la foi également du côté de l’homme impotent.

Faisons attention à ceci que la puissance réside dans le nom de Jésus. Le « nom » est là, comme on l’a souvent remarqué, pour [représenter] la personne, pour [représenter] ce que la personne a révélé d’elle-même. Et ainsi nous pouvons dire que ce malade a été guéri dans la puissance de ce que Jésus Christ a révélé de Lui-même. Si nous pensons en outre à ce que le nom de Jésus signifie — l’Éternel est salut — alors la manière de s’exprimer de notre verset devient d’autant plus significative.

Du fait que l’expression « par la foi en son nom » signifie littéralement « sur la base de la foi en son nom », nous pouvons dire d’une manière tout à fait générale que la foi est toujours le fondement sur lequel Dieu donne guérison et salut. Quand Dieu rencontre dans le cœur d’un homme la foi dans le nom de Son Fils, Il répond sur la base de cette foi et Il accorde le salut. Plus tard dans les épîtres du Nouveau Testament nous trouvons ce principe clairement appliqué à la guérison et au salut du pécheur par rapport à ses péchés. L’homme est justifié « par la foi », c’est-à-dire sur le principe de la foi, — et non pas « par ses œuvres » (Rom. 4:4, 5 ; 5:1).

La deuxième moitié du verset exprime alors encore quelque chose d’important au sujet de la foi : « la foi qui est par lui a donné à celui-ci cette entière disposition de tous ses membres, en la présence de vous tous » (3:16). Ici, en grec, dans l’expression « par lui », « par » traduit une autre préposition que dans la première moitié du verset (« dia » et non pas « epi » comme précédemment), et elle indique le moyen ou l’instrument par lequel quelque chose est opéré.

C’est donc le Seigneur Jésus lui-même qui suscite la foi par son Esprit. La foi n’est pas le résultat des efforts de l’homme, mais elle est un don de Dieu : « Car vous êtes sauvés par la grâce, par la foi, et cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu ; non pas sur le principe des œuvres, afin que personne ne se glorifie » (Éph. 2:8, 9). Dans les Philippiens aussi, il est parlé de la foi comme de quelque chose qui est accordé, quand il est dit : « Parce qu’à vous, il a été gratuitement donné, par rapport à Christ, non seulement de croire en lui… » (Phil. 1:29). Il faut bien penser à cela afin que les croyants soient préservés de toute obscurité et de tout orgueil.

De manière inattendue nous avons passé de la guérison dans le domaine naturel à la guérison ou au salut dans le domaine spirituel. Effectivement la guérison de l’homme impotent préfigure le salut que Dieu veut accorder aujourd’hui à tout homme (1 Tim. 2:4 ; Tite 2:11 ; 2 Pierre 3:9). Nous avons déjà vu l’application au peuple d’Israël. Les principes déjà considérés en rapport avec la foi demeurent en tous cas les mêmes, inchangés. « Or, sans la foi il est impossible de lui plaire ; car il faut que celui qui s’approche de Dieu croie que Dieu est, et qu’il est le rémunérateur de ceux qui le recherchent » (Héb. 11:6).

La guérison du corps de l’homme impotent dans la puissance du nom de Jésus a eu lieu en parfait accord avec le message adressé par Pierre aux Juifs. Cet homme impotent avait été choisi pour manifester la puissance et la grâce du nom de Jésus. Mais aujourd’hui, nous ne devons plus nous attendre à de tels miracles comme suite de l’exercice d’un don à caractère de signe.

Le nom de Jésus n’a naturellement rien perdu de sa puissance. Cependant les opérations de miracles, comme aussi le parler en langues, étaient réservés au temps du commencement, pour confirmer le témoignage alors qu’il était encore nouveau, et que le Nouveau Testament n’était pas encore écrit.

Nous avons vu cela en Actes 2 quand nous nous sommes occupés du miracle du parler en d’autres langues. Mais nulle part dans le Nouveau Testament nous ne trouvons une continuation des dons miraculeux en rapport avec l’église. Au contraire, de tels « miracles du siècle à venir » (Héb. 6:5) auront une place bien établie dans le royaume millénaire.


2.1.5 - Ce qui a été fait dans l’ignorance — Actes 3:17

En toute clarté, Pierre a dû montrer à ses frères juifs leurs péchés, et il a dû blesser leurs consciences. A-t-il lu maintenant sur leurs visages un bouleversement grave ? En tout cas, de manière inattendue, il change de ton et ce sont des paroles consolantes de grâce qui suivent. Il avait dû tracer des sillons profonds dans leurs cœurs, mais ses paroles qui ont suivi ont dû tomber comme du baume dans le cœur de ses auditeurs :

« Et maintenant, frères, je sais que vous l’avez fait par ignorance, de même que vos chefs aussi » (3:17).

Pierre présente maintenant la vérité d’un autre côté. Il avait dit : « Vous avez mis à mort le prince de la vie ». Mais maintenant il leur montre que c’était dans les pensées de Dieu que Son Christ souffrît, le Juste pour les injustes.

On peut effectivement être de deux manières sous « le sang de Christ ». Avec une témérité qu’on ne peut guère surpasser, le peuple entier s’était écrié sous la direction de ses conducteurs : « Que son sang soit sur nous et sur nos enfants » (Matt. 27:25). Or c’est quelque chose de tout à fait différent (et même directement contraire) de se trouver sous la protection du sang de l’agneau pascal. Le sang de Christ était certes sur eux, mais comme culpabilité et pour le jugement — non pas comme protection et pour purification. Pierre devait les mettre de cette manière sous le sang de Christ. Ils s’étaient chargés de la culpabilité du sang. Les principaux sacrificateurs eux-mêmes savaient que l’argent qu’ils avaient donné à Judas Iscariote était « le prix du sang » (Matt. 27:6).

Mais alors arrive ce revirement subit dans le discours de Pierre, et il leur offre grâce et pardon. Bien que le sang de Christ ait été versé par eux, il le présente maintenant comme versé pour eux — il ne présente plus l’effusion du sang de Christ comme leur péché, mais comme le moyen d’en être libéré. C’est le retournement plein de grâce de « Christ crucifié par vous » en « Christ crucifié pour vous ».

Merveilleuse grâce de Dieu ! Pierre voulait les conduire à la repentance, et les amener par-là sous la protection du sang. Leurs pères n’avaient-ils pas été autrefois en sécurité derrière le sang de l’agneau mis sur les deux poteaux et le linteau des portes dans leurs maisons, tandis que l’ange de l’Éternel frappait tous les premiers-nés dans le pays d’Égypte (Ex. 12) ? En face de ses frères juifs, Pierre est animé ici du même désir que plus tard l’apôtre Paul, quand il dit : « Frères ! le souhait de mon cœur, et la supplication que j’adresse à Dieu pour eux, c’est qu’ils soient sauvés » (Rom. 10:1).

Cependant comment peut-il dire : « Et maintenant, frères, je sais que vous l’avez fait par ignorance, de même que vos chefs aussi » ? C’est que cette action dans l’ignorance a deux côtés, l’un négatif, l’autre positif. Le sens négatif, c’est qu’il était honteux pour eux de ne pas connaître les Écritures ni la puissance de Dieu (Matt. 22:29). Ils avaient dans les mains les saintes Écritures de l’Ancien Testament, et ne voyaient pas qu’elles s’étaient accomplies dans le Seigneur Jésus. Ils avaient entendu les paroles de grâce et de vérité comme elles n’avaient encore jamais été entendues sur la terre, et ils n’en avaient tiré aucun profit. Dieu avait authentifié Son Christ par des prodiges, des miracles et des signes qu’Il avait faits par Lui au milieu d’eux (Actes 2:22). Cependant ils ne comprenaient pas ce langage. Quelle ignorance manifestaient-ils devant tout cela, quel aveuglement !

Si nous passons maintenant au côté positif, il s’ouvre un abîme de miséricorde de Dieu. Nous avons déjà rappelé la prière du Sauveur mourant sur la croix : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent ce qu’ils font » (Luc 23:34). Par ces paroles le Seigneur les avait placés dans la position d’homicides involontaires, et non pas de meurtriers. Cela faisait une immense différence, et c’était en fait une miséricorde insondable ! Pour l’homicide involontaire, il y avait espoir, mais pas pour le meurtrier. L’homicide involontaire se différencie du meurtrier par le fait qu’il a frappé quelqu’un « par mégarde, sans en avoir l’intention » (Josué 20:3). Comme l’ordonnance de Dieu en Nombres 35 le montre, l’homicide involontaire pouvait s’enfuir dans une ville de refuge, et y trouver protection contre le vengeur de sang (Nb. 35:11).

Combien cela nous parle de manière si saisissante, de ce que le Seigneur Jésus voulait être pour ce peuple coupable : une « ville de refuge » où ils pouvaient trouver protection contre le jugement mérité !

Pierre se rattache directement aux paroles de son grand Modèle, et les met également au bénéfice de l’ignorance : « Frères, je sais que vous l’avez fait par ignorance ». Et quand un peu plus tard, Étienne, le premier martyr chrétien, s’écriera en mourant : « Seigneur, ne leur impute point ce péché » (7:60), c’est le même esprit de grâce qui le remplira. Dans sa première lettre aux Corinthiens, l’apôtre Paul rappelle aux croyants que les « chefs de ce siècle » n’ont pas connu la sagesse de Dieu, « car s’ils l’eussent connue, ils n’eussent pas crucifié le Seigneur de gloire » (1 Cor. 2:7, 8).

Paul lui-même se considérait comme le plus grand des pécheurs parce qu’il avait persécuté l’assemblée de Dieu. Mais il glorifiait la surabondante grâce du Seigneur parce qu’il lui avait été fait miséricorde « parce qu’il avait agi dans l’ignorance » (1 Tim. 1:13). Il se plaçait ainsi par la foi sur le terrain de la grâce, et mettait sa confiance en ce que la prière du Seigneur serait également exaucée à son égard. Or il ne pensait pas qu’à lui, mais il voyait dans son cas un exemple de tous ceux qui viendraient à croire pareillement : « Mais miséricorde m’a été faite, à cause de ceci, savoir qu’en moi, le premier, Jésus Christ montrât toute sa patience, afin que je fusse un exemple de ceux qui viendront à croire en lui pour la vie éternelle » (1 Tim. 1:16). À la fin de sa vie, tandis qu’il était tout seul, et que personne ne l’avait assisté dans sa défense devant l’empereur, mais que tous l’avaient abandonné, ce serviteur béni du Seigneur pouvait dire dans le même état d’esprit que son Maître : « Que cela ne leur soit pas imputé » (2 Tim. 4:16).

Quand nous passons tout cela en revue, avec un œil spirituel, cela nous remplit d’un profond bonheur et d’une profonde paix. Quel Sauveur et Seigneur nous avons, qui pouvait exprimer une pareille demande sur la croix — une demande dont la portée et l’effet s’étend jusqu’à nous ! La porte de la grâce est depuis lors largement ouverte, à la fois pour les Juifs de l’époque, et pour les gens d’aujourd’hui. Innombrables sont ceux du temps de la grâce qui ont profité de la miséricorde de Dieu, et qui sont venus à la foi au Seigneur Jésus pour la vie éternelle. Tous ceux-là font partie du « fruit du travail de son âme » (Ésaïe 53:11).

Et les Juifs ? — Tournons-nous maintenant à nouveau vers eux pour voir comment la grâce de Dieu a cherché à atteindre leurs cœurs !


2.1.6 - Le Christ de Dieu souffrant — Actes 3:18

Comme l’apôtre Paul le fera plus tard, Pierre justifie ce qui s’est passé sur la Parole de Dieu, l’Ancien Testament. Le Nouveau Testament se développe à partir de l’Ancien, comme les branches à partir d’un tronc. Si l’incrédulité refuse l’Ancien Testament, alors le Nouveau tombe aussi pour elle. On ne peut pas tenir ferme Christ et l’évangile, et en même temps nier l’autorité de l’Ancien Testament.

C’est pourquoi dans le livre des Actes comme dans les épîtres, il est montré à de multiples reprises comment l’enseignement du Nouveau Testament est étayé par celui de l’Ancien Testament. Bien que la vérité du Nouveau Testament aille bien au-dessus de ce qui est révélé dans l’Ancien Testament, elle est néanmoins en parfait accord avec l’Ancien Testament.

« Mais Dieu a ainsi accompli ce qu’il avait prédit par la bouche de tous les prophètes, savoir que son Christ devait souffrir » (3:18).

Ce que Dieu avait fait annoncer auparavant par la bouche de tous les prophètes, s’est accompli en Christ. Ici il n’est d’abord parlé que de Ses souffrances. Dans sa première épître, Pierre montre cependant comment « l’Esprit de Christ » a opéré dans les prophètes de l’Ancien Testament, et a rendu témoignage par avance « des souffrances qui devaient être la part de Christ et des gloires qui suivraient » (1 Pierre 1:10, 11).

Le Seigneur Jésus, une fois ressuscité, attira l’attention sur les prophètes et leur double témoignage, alors qu’Il devait reprocher aux disciples d’Emmaüs leur incrédulité : « Ô gens sans intelligence et lents de cœur à croire toutes les choses que les prophètes ont dites ! Ne fallait-il pas que le Christ souffrît ces choses, et qu’il entrât dans sa gloire ? Et commençant par Moïse et par tous les prophètes, il leur expliquait, dans toutes les Écritures, les choses qui le regardent » (Luc 24:25-27 ; comparer v. 44-46).

Il y avait donc deux domaines complètement différents dans les prophéties dont les prophètes avaient parlé. On peut les comparer à deux sommets de montagne. De loin (car la vue prophétique est « de loin », comp. Héb. 11:13) ces deux sommets paraissent être proches l’un de l’autre. Quand on s’approche, on s’aperçoit qu’ils sont séparés par une large vallée, loin l’un de l’autre. Ainsi en est-il des prophéties sur le Seigneur Jésus. D’un côté elles contiennent les souffrances de Christ, d’un autre côté elles parlent aussi de Sa gloire. Les accomplissements respectifs de ces deux domaines sont très éloignés dans le temps, mais de loin on ne pouvait pas le voir nettement. Nous savons aujourd’hui qu’entre ces deux « sommets », il y a une large vallée — tout le temps de la grâce. C’est dans cette vallée, dans ce temps de la grâce, que nous vivons aujourd’hui.

Les souffrances de Christ appartiennent au passé pour nous, tandis que le déploiement visible de Sa gloire est encore futur. Or, même si les souffrances de notre Seigneur Jésus relèvent chronologiquement du passé, l’intention du Saint Esprit est néanmoins d’occuper les saints de toutes les époques avec cet objet élevé. Même dans la gloire du ciel, nous verrons le Seigneur Jésus comme un « Agneau comme immolé » (Apoc. 5:6). De même dans notre verset, nous sommes dirigés sur cet objet, et les paroles utilisées par Pierre ici, sont saisissantes : « savoir que son Christ devait souffrir ». Nous désirons nous arrêter un peu sur ces paroles !

Son Christ est un titre supplémentaire de notre Seigneur qui, lorsque nous y réfléchissons, élargira notre regard sur Ses perfections. « Christ » est la forme grecque pour le mot hébreu « Messie », et à son tour ce mot signifie « l’Oint ». « Son Christ » signifie donc le « Christ de Dieu », le « Messie de Dieu », l’« Oint de Dieu ». Le Seigneur Jésus n’était pas seulement « Son serviteur », mais Il était aussi « Son Christ », « Son Oint », Celui qui est venu directement de Dieu et que Dieu a oint Lui-même ! Quelle dignité cela donne à la personne de notre Seigneur !

Dans le chapitre suivant, il nous est transmis mot à mot une prière des premiers chrétiens. Elle est adressée au Dieu Souverain. Dans cette prière, ceux qui prient parlent du Seigneur Jésus comme de l’Oint de Dieu. Pour cela ils citent le Psaume 2 : « Les rois de la terre se sont trouvés là, et les chefs se sont réunis ensemble, contre le Seigneur et contre son Christ » (4:26). Ensuite ils continuent à parler à Dieu de « ton saint serviteur Jésus que tu as oint ». Les rois dans l’Ancien Testament étaient oints d’huile, mais un honneur bien plus grand fut accordé au Seigneur Jésus comme homme vivant sur la terre : « Dieu l’a oint de l’Esprit Saint et de puissance » (10:38). Nous avons déjà parlé là-dessus quand nous nous sommes occupés du ch. 2 v.33.

Mais le Christ de Dieu devait souffrir. Dieu en avait parlé par la bouche de tous les prophètes. Il ne s’agissait pas du tout d’une pensée de Dieu venue après coup. Cela coupe l’herbe sous les pieds de toute la critique incrédule. Au contraire, combien les déclarations de Dieu se sont vérifiées dans la vie et la mort du Seigneur ! Le Seigneur Jésus a souffert durant toute Sa vie. Son âme sainte souffrait de toutes les formes de l’incrédulité et du péché qu’Il percevait autour de Lui. Bien des soupirs sont sortis de sa poitrine quand Il a vu se dresser devant Lui d’une manière toute particulière l’incrédulité et les conséquences du péché (Marc 7:34 ; Jean 11:33). Vivre dans un monde de péché au milieu de gens réduits en esclavage sous la puissance de Satan, cela ne pouvait signifier qu’une souffrance insondable pour Celui qui était le Saint. Le prophète avait bien parlé de Lui comme « l’homme de douleur » (És. 53:3). Comme tel, Il a aussi porté sur Son cœur dans Sa sympathie parfaite, le fardeau des faiblesses et des maladies de Sa créature vendue au péché (Matt. 8:16-17).

Mais alors sont venues encore les souffrances à la croix, ayant « été fait un peu moindre que les anges à cause de la passion de la mort » (Héb. 2:9). Il semble que Pierre, dans notre verset, a spécialement en vue ces souffrances particulières pour l’expiation de nos péchés et de notre culpabilité, — non pas tant Ses souffrances durant Sa vie de consécration à Son Dieu. Dans les paroles déjà mentionnées du Seigneur ressuscité « Ne fallait-il pas que le Christ souffrît ces choses », le Sauveur pensait manifestement aux souffrances de la croix. Ces souffrances ne peuvent être comparées à rien d’autre. Ce n’est pas seulement quelque chose d’unique, mais ce sont des souffrances qui ne peuvent pas se répéter. À la croix de Golgotha Il a souffert de la part des hommes à cause de la justice, et de la part de Dieu à cause du péché, à cause de notre péché. Lisons seulement Ésaïe 53, et nous y trouverons les différents côtés de Ses souffrances à la croix. « Mais il plut à l’Éternel de le meurtrir ; il l’a soumis à la souffrance » (És. 53:10) — voilà la souffrance insondable pour expier notre culpabilité, celle qu’Il a endurées durant les trois heures de ténèbres. Là Il a porté nos péchés (1 Pierre 2:24), là Il a été fait péché par Dieu afin que nous devenions justice de Dieu en Lui (2 Cor. 5:21). Là Il a été abandonné de Dieu, et la fureur de Dieu a pesé lourdement sur Lui (Ps. 22:1 ; 88:6, 7, 16-18).

Ce n’est qu’une personne parfaite et divine qui pouvait endurer un tel jugement contre le péché, et sortir de là sans dommage personnel. Y a-t-il quelque chose de plus insondable que de voir le Seigneur Jésus sur la croix, souffrant sous la main de Dieu ?


Là Tu fus abandonné par Lui le Dieu saint.

Qui peut saisir Ta douleur et la détresse de Ton âme ?


Le salaire que nous méritions pour notre inconduite,

Tu as dû le recevoir selon le saint conseil de Dieu.


Pour nous des pauvres, Tu as fait quelque chose de si glorieux.

Nous glorifions Ta miséricorde et T’adorons avec actions de grâce !


Bien que les prophètes aient parlé expressément des souffrances de Christ, il apparaît que les Juifs n’y étaient pas du tout préparés, et les disciples du Seigneur non plus. Pensons seulement à la protestation que Pierre lui-même avait un jour formulée (Matt. 16:22) ! Mais ici il nous est rappelé encore une fois que les prophètes en avaient parlé, et que Dieu avait tout accompli dans Son Christ.

Avant de quitter ces versets, signalons encore quelques passages qui parlent du Christ de Dieu, mais en relation avec Ses gloires qui ont suivi Ses souffrances. C’est l’autre « sommet de montagne » dont nous avons parlé.

Déjà Anne, la mère de Samuel, fut choisie par le Saint Esprit pour témoigner prophétiquement de l’Oint de Dieu et de Son élévation : « L’Éternel jugera les bouts de la terre, et il donnera la force à son roi, et élèvera la corne de son oint » (1 Sam. 2:10). Si maintenant nous faisons un grand saut depuis ce livre ancien de la Bible jusqu’au dernier livre, nous trouvons encore deux fois le titre de « son Oint » en Apoc. 11 et 12. À la septième trompette qui introduit directement le jugement final, nous entendons une voix forte dans le ciel disant : « Le royaume du monde de notre Seigneur et de son Christ est venu, et il régnera aux siècles des siècles [d’éternité en éternité] » (Apoc. 11:15). Et quand au milieu du temps de tribulation, trois ans et demi avant l’apparition du Seigneur Jésus en puissance et en gloire, le diable sera jeté du ciel sur la terre, alors le ciel voit le royaume de Dieu venu en puissance, et éclate de joie disant : « Maintenant est venu le salut et la puissance et le royaume de notre Dieu et le pouvoir de son Christ » (Apoc. 12:10).

Le Christ de Dieu a souffert autrefois, et tout ce que les prophètes ont dit là-dessus a eu son accomplissement. Quant à ce que les prophètes ont témoigné sur les gloires de Christ qui suivraient, cela s’accomplira avec la même exactitude. Dieu n’aura pas de repos tant que Son Christ n’aura pas pris la place qui lui revient, la place de puissance et d’élévation absolues.


2.1.7 - Un discours juif — Actes 3:19-20

Nous avons déjà remarqué que la porte de la grâce pour les Juifs était encore grande ouverte. Mais cette porte ne pouvait être utilisée qu’accompagnée de repentance. Ce principe vaut pour les Juifs de l’époque, autant qu’aujourd’hui pour tout homme. La bonté de Dieu veut en premier lieu « pousser à la repentance » (Rom. 2:4), et si elle n’y parvient pas, le chemin vers Dieu reste fermé, Ses bénédictions restent inaccessibles, et il n’y a plus que le jugement à attendre. C’est la raison pour laquelle Pierre, au jour de la Pentecôte, avait déjà appelé le peuple à la repentance, et qu’il recommence maintenant à le faire. Il est vrai qu’il a maintenant en vue d’autres conséquences, comme nous allons le voir tout de suite.

« Repentez-vous donc et vous convertissez, pour que vos péchés soient effacés : en sorte que viennent des temps de rafraîchissement de devant la face du Seigneur, et qu’il vous envoie Jésus Christ, qui vous a été préordonné » (3:19, 20).

En rapport avec le ch. 2 v.38 nous avons vu ce que signifie la « repentance », non pas simplement un regret des conséquences du péché commis, mais une authentique transformation de l’état d’esprit, liée à la douleur devant Dieu au sujet de la faute commise. C’était ce que le peuple ne faisait pas : se repentir.

Nous devons faire attention à ce que les paroles de l’apôtre s’adressent à la nation dans son ensemble, à la nation juive. Souvenons-nous aussi de ce que ce n’est pas une prédication « chrétienne ». En contraste avec le discours du ch. 2, l’intention de Dieu n’est pas ici de présenter les bénédictions du christianisme aux auditeurs juifs de Ses messagers. C’est pourquoi on n’y trouve rien sur le don du Saint Esprit ou sur le temps de l’assemblée. On retrouve dans ce discours ce qui est typique de la prophétie en rapport avec la terre et avec Israël : Le temps de la grâce, la période de l’assemblée, sont entièrement omis. Et ainsi Pierre introduit immédiatement les « temps de rafraîchissement », et il leur dit que si, comme nation, ils se repentent et se convertissent, c’est-à-dire qu’ils reviennent de leurs mauvaises voies, alors viendraient pour eux les temps de rafraîchissement dont les prophètes de l’Ancien Testament ont parlé de bien des manières ; et Christ reviendrait, Dieu Le leur enverrait.

Naturellement nous pouvons appliquer ce témoignage de l’apôtre Pierre dans un sens restreint aux personnes individuellement et au temps présent : pour se mettre d’accord avec Dieu, il faut en tout cas qu’il y ait la repentance envers Dieu et la foi au Seigneur Jésus (20:21). Mais ceci est une application de ce passage, ce n’en est pas l’explication. Ici il s’agit du peuple d’Israël, et spécialement de la nation juive. Ils avaient été les Juifs qui avaient renié le Saint et le Juste et qui avaient mis à mort l’Auteur (ou : le Prince) de la vie. Il fallait se repentir de cela, et se détourner consciemment de ces mauvaises voies. Alors leurs péchés seraient effacés avec toutes les conséquences bénies qu’avaient montrées les prophètes d’autrefois.

Si nous gardons à l’esprit le caractère juif de ce discours et de son contenu, il ne nous est pas si difficile de comprendre pourquoi l’apôtre appelle le peuple tout entier à la repentance, pourquoi il parle d’effacer leurs péchés et il parle de temps de rafraîchissement pour Israël, bien que le temps de l’assemblée ait déjà commencé. Dieu savait naturellement que les Juifs et leurs conducteurs rejetteraient de nouveau Sa grâce, et rejetteraient pareillement Son Christ dans la gloire, comme ils L’avaient rejeté dans Son abaissement. Mais tant que ceci n’était pas complètement prouvé, Il fait tout pour atteindre leurs consciences, et repousser Son action en gouvernement se traduisant par un jugement (temporel) sur eux. Combien il est bon de savoir que Dieu, selon Sa connaissance parfaite, poursuit imperturbablement Son conseil une fois qu’Il l’a pris, et Il l’exécute !

Cela aide à clarifier la question de savoir ce qui se serait passé si les Juifs avaient accepté à ce moment-là le message de la grâce. En soi ce sont des questions oiseuses. L’auteur se rappelle s’être fatigué, étant jeune, sur la question de savoir comment Jacob serait parvenu à la bénédiction promise s’il ne l’avait pas obtenue par subterfuge. Or de telles questions sont totalement vaines. Dieu sait toute chose par avance, et dans Sa connaissance absolue, Il poursuit le chemin qu’Il a décidé dans Son conseil. Que se serait-il passé si le peuple s’était repenti et s’était converti ? Naturellement tout ce que Dieu avait promis à Israël serait arrivé à la suite et directement, et les temps de rafraîchissement seraient venus pour le peuple. Mais le conseil de Dieu n’était pas cela pour le moment, et Il savait que les choses évolueraient autrement. Néanmoins Il fait adresser encore une fois cet appel au peuple.

Effectivement nous avons ici devant nous un principe important, qui figure déjà dans l’Ancien Testament. Quand Dieu prononce Son jugement sur un peuple ou sur une ville, et que ce peuple ou cette ville revient de ses mauvaises voies, alors Il peut suspendre le jugement qu’Il a annoncé, ou bien le différer à plus tard. C’est ce qu’on lit en Jér. 18:7-10 : « Au moment où je parle au sujet d’une nation et au sujet d’un royaume, pour arracher, pour démolir, et pour détruire, si cette nation au sujet de laquelle j’ai parlé se détourne du mal qu’elle a fait, je me repentirai du mal que je pensais lui faire… ».

Ce n’est pas seulement dans le livre de Jérémie, mais aussi dans beaucoup d’autres livres de l’Ancien Testament qu’on trouve des exemples de cette manière d’agir de Dieu. Il lance aux pécheurs des appels à la repentance par le moyen de Ses messagers qui font connaître Ses intentions quant au jugement à venir. Et s’ils écoutent Ses prophètes, Il les épargne du jugement.

Jonas le savait, car il dit : « Tu es un Dieu qui fais grâce et qui es miséricordieux, lent à la colère et grand en bonté et qui te repens du mal dont tu as menacé » (Jonas 4:2) ; malheureusement ce caractère de Dieu ne le conduisit qu’à l’irritation (Jonas 4:1). Quand il proclama le jugement sur Ninive selon la mission que Dieu lui avait confiée, et que les gens de Ninive crurent Dieu, nous entendons la parole : « Et Dieu vit leurs œuvres, qu’ils revenaient de leur mauvaise voie ; et Dieu se repentit du mal qu’il avait parlé de leur faire, et il ne le fit pas » (Jonas 3:10).

Pierre n’annonce certes aucun jugement ici, cependant l’épée du jugement de Dieu était suspendue sur le peuple juif. Dans Son grand discours prophétique de Matthieu 24 à 25, le Seigneur avait prédit le jugement sur Jérusalem : « En vérité, je vous dis : Il ne sera point laissé ici pierre sur pierre qui ne soit jetée à bas » (Matt. 24:2). Déjà précédemment Il avait accusé les conducteurs du peuple d’hypocrisie, et Il avait dû leur dire : « Voici, votre maison vous est laissée déserte, car je vous dis : Vous ne me verrez plus désormais, jusqu’à ce que vous disiez : Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! » (Matt. 23:38, 39). Et c’est ainsi que Pierre appelle le peuple à la repentance et à revenir, ce peuple qui avait mis à mort son propre Messie. S’ils revenaient à Dieu de tout leur cœur, ils seraient épargnés du jugement de Dieu, et Dieu leur offrirait une plénitude de bénédictions sur la base de la mort de son Fils.


2.1.8 - Effacer les péchés d’Israël

Quand Dieu, dans ses voies solennelles, aura amené le peuple d’Israël à la repentance devant Lui, alors Il pardonnera et effacera les péchés du peuple. Cela sera l’une des bénédictions essentielle et fondamentale de la nouvelle alliance. Parce que le sang de Christ, le « sang de l’alliance » (Héb. 10:29) a déjà été versé, nous croyants du temps de la grâce, nous possédons déjà cette bénédiction immensurable. Cependant le peuple d’Israël ne la possédera qu’en relation avec la nouvelle alliance.

La nouvelle alliance n’est pas encore conclue car le peuple d’Israël persiste encore dans l’incrédulité. L’épître aux Hébreux nous enseigne cependant au sujet de jours à venir, au cours desquels cela changera complètement. Elle nous donne l’éclaircissement quant à l’identité de ceux avec qui sera conclue la nouvelle alliance : « Voici, des jours viennent, dit le Seigneur, et je conclurai, pour la maison d’Israël et pour la maison de Juda, une nouvelle alliance » (Héb. 8:8). Et cette citation de Jérémie 31:31-34 se termine par les paroles remarquables : « car je serai clément à l’égard de leurs injustices, et je ne me souviendrai plus jamais de leurs péchés ni de leurs iniquités » (Héb. 8:12 ; comparez 10:17).

En général nous pensons trop peu au fait qu’en tête du chapitre si connu d’Ésaïe 53 se trouvent les paroles du résidu Juif croyant. Ces paroles « Et nous, nous l’avons estimé battu, frappé de Dieu, et affligé ; mais il a été blessé pour nos transgressions, il a été meurtri pour nos iniquités » (És. 53:4, 5) seront prononcées un jour par le résidu restauré de Juda. Dieu versera sur la maison de David et sur les habitants de Jérusalem l’esprit de grâce et de supplications, et ils regarderont vers Celui qu’ils ont percé autrefois. Et toutes les tribus du pays se lamenteront sur Lui ou à cause de Lui. Et il y aura une très grande lamentation en ce jour-là dans Jérusalem (Zach. 12:10 et suiv. ; Apoc. 1:7). Ce sera le jour de l’apparition du Messie. Nous en reparlerons plus tard.

Sous l’effet de cette grâce surabondante, le résidu croyant prononcera alors les paroles du Psaume 103 : « Il ne nous a pas fait selon nos péchés, et il ne nous a pas rendu selon nos iniquités … Autant l’Orient est loin de l’Occident, autant il a éloigné de nous nos transgressions » (Ps. 103:10-12). Et les Israélites croyants se serviront aussi des paroles du prophète Michée : « Il ne gardera pas à perpétuité sa colère, parce qu’il prend son plaisir en la bonté. Il aura encore une fois compassion de nous, il mettra sous ses pieds nos iniquités ; et tu jetteras tous leurs péchés dans les profondeurs de la mer » (Michée 7:18, 19). Dieu lui-même se souviendra des promesses prononcées longtemps auparavant : « C’est moi, c’est moi qui efface tes transgressions à cause de moi-même ; et je ne me souviendrai pas de tes péchés » (És. 43:25). « J’ai effacé comme un nuage épais tes transgressions, et comme une nuée tes péchés » (És. 44:22). « Si vos péchés sont comme le cramoisi, ils deviendront blancs comme la neige ; s’ils sont rouges comme l’écarlate, ils seront comme la laine » (És. 1:18).

Oui, le pardon suivra la repentance. Cela aura lieu au début du règne de mille ans, mais c’est en principe valable pour tous les temps, y compris aujourd’hui. Nous pouvons tous nous appliquer ces merveilleuses promesses de l’Ancien comme du Nouveau Testament, car le fondement en est le même : le sang de Jésus Christ, le Fils de Dieu ; il nous purifie de tout péché (1 Jean 1:7). Quelle sécurité cela confère au croyant, quand il s’appuie en pleine confiance sur ces déclarations absolues de Dieu !

Peut-être, y a-t-il parmi nos lecteurs un enfant de Dieu, dont l’âme tendre et faible recommence toujours à être tracassée par des doutes à l’égard de son salut. Considère donc ces paroles que Dieu a prononcées sur le pardon des péchés ! Que fait-Il des péchés qui te mettent dans une si profonde détresse ? Il « les a jetés derrière son dos », « Il ne s’en souvient plus », « Il les a éloignés de nous », Il les a jetés « dans les profondeurs de la mer », et Il les a dissipés « comme un nuage », et Il nous a faits « blanc comme la neige », « Il nous en a purifiés », « Il nous a pardonnés ». Oui, parce que Dieu a jugé son Fils pour nos péchés, Il est « fidèle et juste » quand Il nous pardonne nos péchés, et qu’Il nous purifie de toute iniquité » (1 Jean 1:9). Les croyants du temps de la grâce ont, en Christ, la rédemption, la rémission (= le pardon) de leurs péchés (Éph. 1:7 ; Col. 1:14) — « par son sang ». Peut-il y avoir un fondement plus sûr que celui-là ? Dieu se repose satisfait sur l’œuvre de Son Fils. Ne devons-nous pas faire également entièrement confiance à cette œuvre ?


2.1.9 - Le rétablissement de toutes choses — Actes 3:21

Il n’y aura pas seulement le pardon des péchés du peuple, mais il viendra aussi des temps de rafraîchissement de devant la face du Seigneur pour eux. Du fait que ces « temps de rafraîchissement » sont pratiquement identiques aux « temps du rétablissement de toutes choses » du verset suivant, nous voulons nous en occuper tout de suite dans notre méditation :

« … lequel il faut que le ciel reçoive, jusqu’aux temps du rétablissement de toutes choses dont Dieu a parlé par la bouche de ses saints prophètes de tout temps » (3:21).

Le Saint Esprit se sert de ces deux expressions pour résumer les prophéties innombrables des prophètes de l’Ancien Testament. Ces descriptions en partie ardentes de ces temps de bénédictions concernent toutes sans exception le règne millénaire de Christ sur la terre. Ici, il n’est question que du côté terrestre de la bénédiction. Si l’on ne voit pas ce point, ce verset présente des difficultés énormes. Il n’est absolument pas parlé du côté céleste. L’assemblée aura sa sphère de bénédiction dans le ciel, tandis que la sphère de bénédiction d’Israël sera sur la terre.


2.1.9.1 - Ne pas spiritualiser les prophéties

Quant aux prophéties de l’Ancien Testament et à leur signification prophétique doctrinale, il ne faut pas les spiritualiser, c’est-à-dire leur donner une signification figurée, comme malheureusement cela se fait trop souvent, — mais il faut les prendre à la lettre. Autrement le peuple d’Israël n’aurait plus aucun avenir. Mais selon les pensées de Dieu ce peuple a un avenir sur la terre, et même un très grand ! Dieu tient à ce que Son Christ exerce un jour Sa domination sur la scène où Il a été rejeté. Quand Il introduira de nouveau Son premier-né sur la terre (Héb. 1:6), le rafraîchissement et le rétablissement en seront le résultat béni. Et alors non seulement « Israël fleurira et poussera » (És. 27:6), mais le prophète continue : « et il remplira de fruits la face du monde ». Et les nations de la terre obtiendront des bénédictions indescriptibles par le moyen d’Israël. Jérusalem sera le centre de la bénédiction de la terre : « Et il arrivera que tous ceux qui resteront de toutes les nations qui seront venues contre Jérusalem, monteront d’année en année pour se prosterner devant le roi, l’Éternel des armées, et pour célébrer la fête des tabernacles » (Zach. 14:16).

Si nous mettons en garde contre une pure spiritualisation des déclarations de Dieu dans l’Ancien Testament, il y a plusieurs raisons à cela. Nous en avons déjà abordé quelques-unes, mais nous voulons encore une fois préciser tout ce qui est en jeu si l’on accorde la moindre place à de telles pensées.

D’abord la crédibilité des déclarations de Dieu sont par-là mises en doute, et cela est déjà suffisamment grave. Si on nous recommande de ne plus comprendre littéralement ce que Dieu a prédit au sujet des temps glorieux de bénédiction, mais de nous en tenir à une interprétation spirituelle, alors il n’y a plus de royaume de Dieu visible sur la terre. Or cela touche directement la gloire de la personne de Son Fils qui doit constituer le centre de ce royaume. Aux yeux de Dieu la glorification et la domination de Son Oint ne sont pas du tout des pensées secondaires. Au contraire c’est absolument une des plus importantes. « Car il faut qu’il (Christ) règne jusqu’à ce qu’il (Dieu) ait mis tous les ennemis sous ses pieds » (1 Cor. 15:25). Voilà le second point essentiel. Il s’y rattache, comme nous l’avons vu, tout l’avenir d’Israël. Inutile de dire qu’en outre, l’interprétation spirituelle fait perdre la différence entre Israël et l’assemblée (église) de Dieu, et avec elle beaucoup de bénédictions pour ceux qui ne voient plus cette différence.

Il y a encore un autre côté qui ne doit pas rester dans l’ombre. Il est dans l’intention de Dieu de combler l’homme surabondamment, de le couronner de bonté et de compassions (Ps. 103:4). Satan a cherché dès le début à contrecarrer ce plan de Dieu. Il susurre que Dieu ne serait pas aussi bon qu’Il le dit (les paroles de Satan en Genèse 3 vont dans ce sens), et il paraît avoir du succès à cet égard : l’homme l’a écouté et est tombé dans le péché. Combien ont été et sont terribles les conséquences pour les hommes pécheurs sans repentance ! Pourtant Dieu n’abandonne pas Son conseil de grâce. Avec la mort et la résurrection de Son Fils, Il a non seulement établi la base pour une nouvelle création (2 Cor. 5:17 ; Apoc. 21:1-7), mais Il a aussi établi la base pour que la première création, souillée et gâtée par le péché, « soit affranchie de la servitude de la corruption, pour jouir de la liberté de la gloire des enfants de Dieu » (Rom. 8:21).

Au jour du règne de mille ans, même la création inférieure, le monde animal, sera affranchie de la malédiction et des gémissements, selon ce que l’on peut tirer de la prophétie bien connue d’Ésaïe : « Et le loup habitera avec l’agneau, et le léopard couchera avec le chevreau ; et le veau et le jeune lion, et la bête grasse, seront ensemble, et un petit enfant les conduira. La vache paîtra avec l’ourse, leurs petits coucheront l’un près de l’autre, et le lion mangera de la paille comme le bœuf. Le nourrisson s’ébattra sur le trou de l’aspic, et l’enfant sevré étendra sa main sur l’antre de la vipère. On ne fera pas de tort, et on ne détruira pas, dans toute ma sainte montagne ; car la terre sera pleine de la connaissance de l’Éternel, comme les eaux couvrent le fond de la mer. Et, en ce jour-là, il y aura une racine d’Isaï, se tenant là comme une bannière des peuples : les nations la rechercheront, et son repos sera sa gloire » (És. 11:6-10).

Oui, cette pauvre terre, qui a vu tant de misères et de souffrances, connaîtra une « régénération » (Matt. 19:28), selon la bonté effective de Dieu. L’ancien mensonge de Satan apparaîtra ouvertement dans toute sa fausseté, et l’adversaire lui-même sera lié pour mille ans dans l’abîme. Dieu disposera de nouveaux cieux et une nouvelle terre, qui seront « nouveaux » dans un sens moral (És. 65:17 ; 66:22). Comme on l’a déjà remarqué, cela trouvera son accomplissement au temps du règne de mille ans. Les nouveaux cieux et la nouvelle terre d’Ésaïe 65 et 66 ne doivent naturellement pas être confondus avec le nouveau ciel et la nouvelle terre d’Apocalypse 21. Car dans l’état éternel toutes choses seront « nouvelles », non pas seulement dans un sens moral, mais dans un sens absolu.


2.1.9.2 - « Tu es digne »

Quand il est question du rétablissement de toutes choses, cela souligne qu’un jour toutes choses étaient bonnes, mais qu’elles ne sont pas restées ainsi. Dieu avait fait toutes choses bien (Gen. 1:31). Mais l’homme a mis en désordre tout ce que Dieu lui avait confié à administrer, et il a plus ou moins tout perdu. Il a failli à tous égards. Nous pouvons observer toutes les époques [dispensations] des voies [ou : manières d’agir] de Dieu envers l’homme, et dans chacune l’homme a failli. Quoi que soit ce par quoi Dieu a mis l’homme à l’épreuve, l’homme s’est montré indigne dans toutes les relations, et incapable de garder ce que Dieu lui avait confié.

Combien est réjouissante la pensée qu’un jour Dieu mettra toutes choses dans les mains de Christ, et qu’Il ramènera tout à sa juste place, et qu’Il rétablira toutes choses. Il est le seul homme capable de le faire. « Le plaisir de l’Éternel prospérera en sa main » (És. 53:10).

Même si en Actes 3 nous n’avons que le domaine terrestre, c’est pourtant la même pensée que nous trouvons en Colossiens 1. Elle s’étend là à tout l’univers, à toutes les choses créées (non pas les personnes). Sur la base de Son sang versé à la croix, Il réconciliera toutes choses avec Dieu, toutes les choses qui sont sur la terre et toutes les choses qui sont dans le ciel (Col. 1:20), c’est-à-dire qu’Il ramènera tout en accord avec Lui.

En Apocalypse 5, les anges du ciel louent le Seigneur Jésus glorifié, et disent de Lui : « Digne est l’Agneau ». Et pour souligner la dignité de Sa personne, ils ajoutent sept choses que l’Agneau est digne de recevoir : puissance, richesse, sagesse, force, honneur, gloire et bénédiction (Apoc. 5:12). Chacun de ces points avait été confié à l’homme, et il a failli en chacun d’eux. Nébucadnetsar avait reçu la puissance. Il l’a utilisée et « il tuait qui il voulait, et il conservait en vie qui il voulait » (Daniel 5:19). Mais il l’a utilisée pour faire de tous les hommes de son royaume des idolâtres. Il a été indigne. Combien Salomon a été riche et abondamment pourvu de sagesse par Dieu ! Cependant il a fini par se détourner vers l’idolâtrie par ses nombreuses femmes étrangères. Il n’a pas été digne. Quelle force Dieu avait confié à Samson ! Jusqu’à aujourd’hui cette force est restée proverbiale parmi les hommes. Mais comment s’est terminé son chemin ? Lui non plus n’a pas été digne ; aucun des hommes ne l’a été.

Mais quand les sept choses seront remises entre les mains de Christ, Lui en fera bon usage. La Parole dit qu’Il « a été manifesté, afin qu’il détruisît les œuvres du diable » (1 Jean 3:8). Quel temps béni et quel monde béni ce sera, quand cela trouvera son plein accomplissement !


2.1.10 - Pas de réconciliation universelle

Nous devons cependant remarquer ce que le rétablissement de toutes choses ne signifie pas : la réconciliation de tous les hommes. Toutes les bénédictions dépeintes sont pour les « rachetés de l’Éternel » (Ps. 107:2 ; És. 62:12), et ne sont que pour eux. Pour entrer dans le royaume de Dieu, y compris le royaume visible sur la terre, il faut la nouvelle naissance, comme le Seigneur l’avait déjà dit à Nicodème (Jean 3:3 et suiv.). Le « docteur d’Israël » aurait dû savoir ces choses d’après les Écritures (Éz. 36:25-27).

Même si le mot « choses » dans ces diverses tournures ne figure pas dans le grec, il ressort néanmoins du contexte que l’allusion concerne des changements dans les relations et les structures sur la terre, et non pas un salut de tous les hommes. La phrase va encore plus loin : « dont Dieu a parlé par la bouche de ses saints prophètes de tout temps ». Dieu avait parlé de tout temps par les prophètes de ces choses qui un jour, caractériseraient Son royaume sur la terre. La pensée que Dieu restaurerait une fois toutes les personnes, voire même le diable, est entièrement contraire à l’Écriture Sainte, et n’est qu’une méchante fausse doctrine. On ne trouve nulle part dans la Bible la pensée que les gens morts, qui sont entrés dans l’éternité sans être réconciliés, puissent avoir part à un rétablissement. Un prophète de Dieu a-t-il jamais parlé d’un rétablissement des injustes morts ? Le rétablissement dont ces prophètes ont parlé, concerne les événements et les relations sur la terre (*), non pas les gens qui ont quitté cette vie sans être réconciliés.


(*) La restauration d’Israël dans la « régénération » (Matt. 19:28 ; Tite 3:5) est également incluse dans ce rétablissement : « et ainsi tout Israël sera sauvé » (Rom. 11:26).


Ne nous laissons donc pas tromper, et pensons bien à ceci, que derrière les enseignements faux ou mauvais, il y a le diable et ses démons (1 Tim. 4:1) ! Ils ont un intérêt secret à corrompre le « sain », le « bon » enseignement de la Parole de Dieu. Car l’adversaire sait beaucoup mieux que beaucoup de gens, y compris des croyants, toute l’importance du pur enseignement de l’Écriture pour une vie de foi saine. Si cet enseignement est falsifié, les fondements de notre foi sont facilement ébranlés. C’est pourquoi le diable prend l’enseignement de la Parole de Dieu beaucoup plus au sérieux que beaucoup de rachetés du Seigneur, et il essaie par tous les moyens de saper la vérité révélée. Non seulement il veut causer du tort aux croyants, mais il voudrait porter atteinte à la gloire de la Personne dont toute l’Écriture rend témoignage.


2.1.11 - Le deuxième envoi de Christ — Actes 3:19-20

Quelque chose dont nous n’avons pas encore parlé expressément, c’est que les temps de rafraichissement pour Israël viendront en relation avec le fait que Dieu enverra Jésus Christ qui leur a été préordonné. De ce qui a déjà été dit, nous pouvions certes le déduire, mais nous voulons insister encore un petit peu sur ce côté de la vérité. Elle n’est pas seulement d’une grande importance pour les Juifs, mais aussi pour nous chrétiens.

Quand le Seigneur Jésus a été ici-bas la première fois, Il y est venu comme « l’envoyé » du Père. Dieu a envoyé son Fils dans ce monde. « Car Dieu a tant aimé le monde, qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse pas, mais qu’il ait la vie éternelle. Car Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde afin qu’il jugeât le monde, mais afin que le monde fût sauvé par lui » (Jean 3:16, 17). Voilà l’aperçu que donne l’évangile de Jean sur cet envoi de Christ : Dieu a envoyé son Fils unique dans le monde pour le sauver. C’est l’aspect universel. Mais en ce qui concerne les circonstances effectives et la mission immédiate, le Seigneur Jésus était envoyé au peuple juif pour le sauver de ses péchés. Sous ce point de vue étroitement juif, le Seigneur disait : « Je ne suis envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël » (Matt. 15:24). Nous avons déjà rappelé la parabole de la vigne, et nous savons que la vigne est une image d’Israël : « Ayant donc encore un unique fils bien-aimé, il le leur envoya, lui aussi, le dernier » (Marc 12:6).

Bien que le Seigneur Jésus soit Dieu, Dieu le Fils, c’est justement dans l’évangile de Jean qu’est présentée Sa dépendance volontaire de Dieu comme Homme. Il s’est fait envoyer par Dieu, Il est et reste toujours parfaitement dépendant de Lui. C’est pourquoi le Seigneur Jésus, dans cet évangile, se présente souvent comme Celui qui a été envoyé par Dieu le Père. Une fois Il dit aux Juifs : « Si Dieu était votre père, vous m’aimeriez, car moi je procède de Dieu et je viens de lui ; car je ne suis pas venu de moi-même, mais c’est lui qui m’a envoyé » (Jean 8:42). Eux avaient quelqu’un d’autre pour père, le diable, et c’est pour cela qu’ils haïssaient et qu’ils mirent à mort Christ, le Fils du Père.

Si donc Christ n’est plus sur la terre, c’est parce que l’homme ne voulait pas de Lui. C’est la raison pour laquelle, il est dit ici : « Il faut que le ciel le reçoive, jusqu’aux temps du rétablissement de toutes choses ». Si la terre ne souhaite pas sa présence, alors à sa place le ciel Le reçoit. Par-là s’accomplit ce qui est dit au Psaume 110 (v.1) : « L’Éternel a dit à mon Seigneur : Assieds-toi à ma droite, jusqu’à ce que je mette tes ennemis pour le marchepied de tes pieds ». Voilà la place que Christ occupe aujourd’hui, la place de puissance et du bon plaisir de Dieu. Il est parlé quatre fois dans l’épître aux Hébreux de ce qu’Il s’est assis (ou : est assis) : « à la droite de la Majesté dans les hauts lieux » (1:3), « à la droite du trône de la Majesté dans les cieux » (8:1), « à la droite de Dieu » (10:12), « à la droite du trône de Dieu » (12:2).

Mais Il ne va pas rester là. Le petit mot « jusqu’à ce que » de Actes 3 et Ps. 110 en dit beaucoup à cet égard ; il marque un certain espace de temps. Le ciel doit Le recevoir jusqu’à ce que … Il s’est assis jusqu’à ce que … Qu’attend-il ? Attend-Il d’aller chercher Son épouse céleste, l’assemblée ? C’est ce qu’on dit souvent et c’est certainement vrai, mais l’Écriture met l’accent sur autre chose : « … attendant jusqu’à ce que ses ennemis soient mis pour marchepied de ses pieds » (Héb. 10:13). Oui, Dieu mettra les ennemis de son Fils comme marchepied de ses pieds au travers d’un jugement terrible, c’est-à-dire qu’Il les soumettra entièrement. Jusque-là Christ attend dans le ciel à la droite de Dieu. Voilà la patience de Christ (2 Thess. 3:5 ; comparez Apoc. 1:9 et 3:10), à laquelle nous pouvons avoir part.

Dans l’intervalle, durant ce temps d’attente qui est indiqué par ce « jusqu’à ce que » et qui correspond au temps de la grâce, Dieu rassemble de tous les peuples de la terre « un peuple pour son nom », l’assemblée (15:14).

Mais alors viendra le moment où Dieu enverra de nouveau Son Christ. Il ne viendra pas, alors, dans l’abaissement, mais « sur les nuées du ciel, avec puissance et une grande gloire » (Matt. 24:30 ; 26:64). C’est ce que les deux anges avaient exprimé quand Il fut élevé de la terre, et que les disciples regardaient fixement vers le ciel : « Hommes galiléens, pourquoi vous tenez-vous ici, regardant vers le ciel ? Ce Jésus, qui a été élevé d’avec vous dans le ciel, viendra de la même manière que vous l’avez vu s’en allant au ciel » (Actes 1:11). Alors Ses pieds se poseront sur la montagne des Oliviers (Zach. 14:4), et par-là le temps du rétablissement de toutes choses sera alors introduit. Sans doute Christ prendra Lui-même en main le jugement final et purifiera la terre de tous les péchés et rébellions, comme nous le montre Apoc. 19:11.

Pour le résidu croyant d’Israël, Sa venue sera la délivrance de ses ennemis acharnés et de toutes les détresses et tribulations. À la dernière page de l’Ancien Testament, Dieu donne à ce résidu des derniers jours la promesse suivante tellement précieuse : « Et pour vous qui craignez mon nom, se lèvera le soleil de justice ; et la guérison sera dans ses ailes » (Mal. 4:2). Oui, pour ceux d’Israël qui craignent Dieu, Jésus Christ viendra comme le soleil de justice. Il instaurera Son royaume au milieu d’un peuple de franche volonté (Cant. des Cant. 6:12), et Il régnera en justice pour la bénédiction de tous les peuples (Ps. 72:2 ; 96:13 ; 98:9 : És. 32:1). « Celui qui domine parmi les hommes sera juste, dominant en la crainte de Dieu, et il sera comme la lumière du matin, quand le soleil se lève, un matin sans nuages ; par sa clarté l’herbe tendre germe de la terre après la pluie » (2 Sam. 23:3, 4).

Tous ces passages, et encore beaucoup d’autres, montrent que les prophètes ont parlé de la venue de Christ et des temps de rafraîchissement qui suivraient. Ce dont par contre ils n’ont pas parlé, et qui doit être soigneusement dissocié de ce qui leur a été révélé, c’est l’enlèvement des saints. Cette vérité ne se trouve que dans le Nouveau Testament, et ce n’est que l’apôtre Paul qui la révèle dans toute sa plénitude.

Le Seigneur Jésus est le premier à parler des plusieurs [nombreuses] demeures dans la maison de Son Père, et de ce qu’Il reviendra pour prendre les Siens auprès de Lui « afin », dit-Il, « que là où moi je suis, vous, vous soyez aussi » (Jean 14:2, 3). Le Seigneur a révélé à l’apôtre Paul davantage de détails là-dessus. En 1 Thess. 4 nous apprenons ce que l’apôtre devait nous communiquer « par la Parole du Seigneur » à ce sujet : « Car le Seigneur lui-même, avec un cri de commandement, avec une voix d’archange, et avec la trompette de Dieu, descendra du ciel ; et les morts en Christ ressusciteront premièrement ; puis nous les vivants qui demeurons, nous serons ravis ensemble avec eux dans les nuées à la rencontre du Seigneur, en l’air ; et ainsi nous serons toujours avec le Seigneur » (1 Thess. 4:15-17).

Espérance bienheureuse ! Elle ne dépend en aucune manière de l’accomplissement d’un quelconque événement prophétique. Elle peut s’accomplir à n’importe quel jour. Elle n’est pas liée à un événement terrestre. À l’inverse, la venue de Christ pour établir Son royaume sur la terre, dépend tout à fait de l’arrivée de certaines conditions préalables. Pensons seulement à ce que le peuple juif devra d’abord être amené à voir ses péchés et à en être affligé. Ou bien au fait que Dieu doit encore faire venir sur la terre les jugements de Sa providence. Jusque-là Christ attend à la droite de Dieu.

Il y a encore une dernière différence à ajouter : dans le Nouveau Testament, quand la venue du Seigneur pour l’enlèvement est présentée, il est évité de dire que Dieu L’envoie. Un père n’envoie pas son fils pour recevoir son épouse. Mais quand il s’agit de la venue du Seigneur pour établir son royaume, alors cette expression plus administrative est utilisée : Dieu L’envoie.


2.1.12 - Christ le prophète — Actes 3:22, 23

« Moïse déjà a dit : ‘Le Seigneur, votre Dieu, vous suscitera d’entre vos frères un prophète comme moi ; vous l’écouterez dans tout ce qu’il pourra vous dire ; et il arrivera que tout âme qui n’écoutera pas ce prophète sera exterminée d’entre le peuple’ » (3:22, 23).

Christ était aussi le prophète par lequel Dieu a parlé au peuple. Pierre laisse maintenant la pensée élevée du royaume millénaire dans son aspect terrestre, et continue à exhorter ses frères. Celui qui avait été au milieu d’eux, avait été réellement le prophète, tout comme Moïse avait été un prophète de Dieu. C’est de Lui que Moïse avait parlé, et avait dit que Dieu Le susciterait, et qu’ils devraient L’écouter. Dieu avait ordonné la peine de mort pour le cas où quelqu’un n’écouterait pas ce prophète. Ils tenaient beaucoup à Moïse, ils mettaient en lui leur espérance (Jean 5:45). Ils savaient aussi citer ses paroles : « Moïse a dit… » (Matt. 22:24). Mais avaient-ils écouté cette parole de Moïse ? Avaient-ils reconnu en Christ celui dont Moïse avait parlé comme étant le prophète qui devait venir ?

Une femme de Samarie, méprisée des Juifs, avait vu en Lui un prophète qui lui avait dit tout ce qu’elle avait fait (Jean 4:19, 29). Et quand les gens en Israël voyaient les signes qu’Il faisait, ils reconnaissaient aussi ici et là qu’il s’agissait du prophète qui doit venir dans le monde (Jean 6:14). « Celui-ci est véritablement le prophète » avaient-ils confessé dans une autre occasion, tandis qu’ils écoutaient Son enseignement sur le Saint Esprit (Jean 7:40). Mais les Juifs en général rejetaient le Seigneur comme le grand prophète. C’est ce que Pierre leur reprochait indirectement. Le prophète avait parlé, et ils n’avaient pas écouté. Ses auditeurs étaient sans doute dans une situation très dangereuse.

À celui qui tenait ce discours, il avait été permis de voir aussi Moïse en gloire sur la montagne de la transfiguration. Il avait alors commis la faute grave de mettre sur un pied d’égalité Christ, Moïse et Élie en suggérant de faire des tentes pour eux. Mais Dieu le Père veillait jalousement sur l’honneur de Son Fils, et ainsi Moïse et Élie durent passer à l’arrière-plan, puis disparaître, faisant place à Celui à qui la voix venant de la nuée rendait témoignage : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, écoutez-le » (Luc 9:35). Oui, « écoutez-le » ! — écoutez ce prophète dont Moïse avait parlé, mais qui était en fait plus qu’un prophète, qui était le Fils bien-aimé du Père. Aussi dans les six premiers versets d’Hébreux 3, Il est mis en contraste d’une manière bénie avec Moïse. Moïse était un type et un serviteur, tandis que Christ est le Fils sur la maison de Dieu.


2.1.13 - Christ la semence d’Abraham — Actes 3:24-26

« Et même tous les prophètes, depuis Samuel et ceux qui l’ont suivi, tous ceux qui ont parlé, ont aussi annoncé ces jours. Vous, vous êtes les fils des prophètes et de l’alliance que Dieu a établie avec nos pères, disant à Abraham : ‘Et en ta semence seront bénies toutes les familles de la terre’ » (3:24, 25).

Le témoignage prophétique que Moïse a commencé à rendre à Christ, a été poursuivi par Samuel et par les prophètes qui ont suivi.

Samuel, qui fut aussi le dernier des Juges, est nommé ici, comme le premier des grands prophètes après Moïse. En Actes 13 aussi, les deux titres sont liés en rapport avec la personne de Samuel : « Il leur donna des juges, jusqu’à Samuel le prophète » (13:20). Il peut paraître difficile de trouver des déclarations de Samuel témoignant du Seigneur Jésus aussi clairement que les paroles de Moïse déjà citées. Mais Samuel était le prophète qui a oint David comme roi, et qui a parlé d’établir David comme roi (1 Sam. 13:14 ; 15:28 ; 28:17). En outre, nous savons que les promesses faites à David sont accomplies (ou doivent encore être accomplies) dans leur sens le plus élevé en Christ. Outre cela, nous trouvons dans les livres de Samuel des indications prophétiques dont la portée va bien au-delà de la personne de David, ne serait-ce qu’en 2 Sam. 7 et dans les « dernières paroles de David » du ch. 23 déjà citées.

En dehors de Samuel, tous les autres prophètes et ceux qui l’ont suivi ont prophétisé de « ces jours-là », les jours de rafraichissement et de rétablissement. Combien l’expression « et ceux qui l’ont suivi » témoigne de la fidélité de Dieu ! Au cours des siècles Dieu a toujours envoyé et ré-envoyé Ses messagers. Par leur moyen, Il a toujours fait rappeler à Son peuple quels seraient les jours de bénédiction que le Messie promis introduirait.

Il ne fut pas souvent accordé foi au témoignage de Dieu, souvent on n’en a pas pris connaissance, ou simplement il a été oublié. Mais la Parole de Dieu nous montre ici la suite des prophètes qui, en leur temps, ont continué la lignée des promesses de Dieu et ont toujours à nouveau appelé le peuple à s’en souvenir. Le dernier de cette suite de prophètes est Malachie dont nous avons déjà vu la prophétie sur la venue du Seigneur comme le « soleil de justice ».

Le peuple terrestre d’Israël a occupé une place particulière de privilèges, mais avec cela aussi une place particulière de responsabilité. Ils étaient directement les fils, c’est-à-dire les héritiers des promesses que Dieu leur avait fait annoncer par les prophètes — des promesses qui s’étaient accomplies sous leurs yeux. Ils étaient aussi les fils de l’alliance que Dieu avait conclue avec Abraham, y compris dans le sens qu’il leur avait été accordé de vivre dans les jours où elle devait se réaliser en Christ : « en ta semence seront bénies toutes les familles de la terre ».

Ceci est un nom supplémentaire du Seigneur Jésus. Il est la semence promise dont il avait été parlé à Abraham, et finalement dans laquelle toute la terre doit obtenir la bénédiction de Dieu. Galates 3:16 nous offre une explication donnée par l’Esprit de Dieu Lui-même de ce que, en Genèse 22:18 le mot « semence » est au singulier : « Or c’est à Abraham que les promesses ont été faites, et à sa semence. Il ne dit pas : ‘et aux semences’, comme parlant de plusieurs ; mais comme parlant d’un seul : — ‘et à ta semence’, qui est Christ » (Gal. 3:16).

Si nous avons parlé plus haut de la lignée des prophètes, nous avons ici devant nous une lignée encore plus élevée devant nous, celle de la descendance d’Abraham qui aboutit directement au véritable porteur des promesses, c’est-à-dire Christ. Ainsi ce nom de notre Seigneur (‘la semence’) possède en soi une signification de très vaste portée, qui nous touche aussi profondément : toutes les promesses de Dieu culminent dans la personne du Seigneur Jésus, Son Fils. En Lui nous trouvons leurs racines et leur accomplissement parfait.


Même s’il est vrai qu’en Lui « toutes les familles de la terre » doivent être bénies, il y a quand même une famille humaine à qui cette bénédiction devait être offerte en premier selon les pensées de Dieu, — c’est la famille dont le Messie est issu selon la chair.

« À vous premièrement, Dieu, ayant suscité son serviteur, l’a envoyé pour vous bénir, en détournant chacun de vous de vos méchancetés » (3:26).

Quand Pierre parle ici de ce que Dieu a suscité Son serviteur, il n’entend pas par là sa résurrection, bien que le mot grec soit le même. Le sens du mot est plutôt le même qu’au v. 22 : Dieu a suscité Son serviteur, il L’a fait venir et s’avancer, et Il Lui a commandé Son service.

On retrouve cette signification au ch. 13 où l’apôtre exprime une pensée semblable : « … ayant suscité Jésus, comme aussi il est écrit dans le Psaume 2 : ‘Tu es mon Fils, moi je t’ai aujourd’hui engendré’ » (13:33). Dans ce sens, Dieu leur avait autrefois suscité David pour roi (13:22). « Susciter » signifie donc ici « faire se lever ».

Dieu avait donc suscité Son serviteur au milieu des Juifs, et L’avait premièrement envoyé à eux. C’est l’ordre de Dieu : « au Juif premièrement, et au Grec » (Rom. 1:16) — un ordre de la grâce de Dieu vis-à-vis de ce peuple. Comme autrefois Moïse avait été le libérateur de ce peuple, ainsi maintenant Dieu leur avait envoyé ce « serviteur » pour les bénir (quelle grâce merveilleuse !) et pour les sauver de leurs péchés (Matt. 1:21). Le peuple coupable avait davantage besoin de ce salut, que de la libération du joug des Romains. Ils avaient besoin d’un libérateur plus grand, quelqu’un qui les amènerait à se détourner de leurs péchés.

Tel avait été le service du « serviteur de l’Éternel » au milieu d’eux. Mais quand ceux-là, auxquels Christ a été envoyé en premier, et à qui l’évangile a été prêché en premier dans la puissance du Saint Esprit descendu du ciel — quand, malgré tous les efforts de Dieu, ils sont restés dans leur attitude de refus, qu’avaient-ils encore à attendre ? Encore une fois Dieu, dans Sa grâce, leur faisait l’offre de revenir à Lui. S’ils la rejetaient à nouveau, comment était-il possible que le courant de bénédictions les atteigne ? En tous cas, nous n’entendons pas ici que leurs cœurs aient été transpercés [= saisis de componction], ni qu’ils aient demandé : « Que ferons-nous, frères ? » (2:37).


2.2 - Résumé

Nous sommes en général assez familiers avec le contenu de ce chapitre, et nous ne pouvons guère nous représenter l’effet exercé sur les Juifs par ce qu’ils avaient maintenant vu et entendu. Au portique où les Juifs avaient réclamé au Seigneur des preuves qu’Il était le Christ, Pierre annonçait maintenant que l’homme impotent avait été guéri au nom de Jésus le Nazaréen. La dispute relative à la légitimité de la revendication de Christ d’être le Fils de Dieu et le Christ de Dieu, avait été résolue d’une manière inattendue pour les Juifs. Dieu avait glorifié Son serviteur en ce qu’Il avait opéré ce miracle dans la puissance de Son nom, le nom du Nazaréen.

Le discours de Pierre est bâti là-dessus. Bien qu’il soit court et qu’on puisse le lire en peu de minutes, il contient une plénitude de vérités importantes.

Nous avons vu le Seigneur Jésus sous huit gloires différentes : comme le serviteur de l’Éternel, comme le Saint, comme le Juste, comme l’auteur (ou : Prince) de la vie, comme le Christ de Dieu, comme Jésus Christ préordonné, comme le prophète et comme la semence d’Abraham.

Nous avons aussi beaucoup appris sur les voies de Dieu en grâce à l’égard du peuple juif dans le passé et dans le futur. Nous avons aussi appris que la période de l’assemblée de Dieu, le temps de la grâce, n’est pas l’objet de la prophétie. Et bien que ce soit un discours typiquement juif, nous avons été rendus familiers avec une série de principes et de vérités qui sont valables d’une manière générale. Nous avons entendu parler de repentance, de conversion, d’effacer les péchés, de seconde venue de Christ, de rétablissement de toutes choses, et du dessein de Dieu de bénir toute la terre.

Nous avons également vu que le fondement de toutes les bénédictions se trouve dans les souffrances et la mort de Christ, en liaison avec Sa résurrection.

Si nous prenons à cœur toutes ces choses avec prière, et y réfléchissons, nous n’en recevrons pas seulement une bénédiction durable personnellement, mais nous serons conduits là où doivent conduire toutes les occupations en rapport avec la Sainte Parole de Dieu : à l’adoration de Celui qui est mort pour nous, et à l’adoration de Dieu qui n’a pas épargné Son Fils, mais qui L’a livré pour nous tous.


3 - La première persécution — Actes 4:1-22

Le chapitre 4 des Actes nous dépeint, dans sa première partie, la première persécution à laquelle les disciples se virent exposés. Elle ne fut, certes, pas particulièrement sévère, mais c’était le commencement des empêchements subis par les disciples de Christ, le cas échéant par la force, pour qu’ils n’apportent pas aux hommes le message de la grâce de Dieu en Christ.

Déjà dans le sermon sur la montagne, le Seigneur n’avait pas seulement parlé des souffrances pour la justice, mais aussi du caractère de bienheureux de ceux qui souffriraient l’opprobre et qui seraient persécutés à cause de Lui (Matt. 5:10-12). L’apôtre Pierre écrit aussi dans sa première épître : « Si vous êtes insultés pour le nom de Christ, vous êtes bienheureux, car l’Esprit de gloire et de Dieu repose sur vous » (1 Pierre 4:14). Et parce que Dieu sait que les persécutions nous paraissent souvent étranges, Il nous fait dire par la bouche du même apôtre : « Bien-aimés, ne trouvez pas étrange le feu ardent qui est au milieu de vous, qui est venu sur vous pour votre épreuve, comme s’il vous arrivait quelque chose d’extraordinaire ; mais, en tant que vous avez part aux souffrances de Christ, réjouissez-vous, afin qu’aussi, à la révélation de sa gloire, vous vous réjouissiez avec transport » (1 Pierre 4:12-13). Même si, en général dans nos pays, nous sommes épargnés de persécutions directes et publiques, il n’en reste pas moins qu’aujourd’hui encore « tous ceux qui veulent vivre pieusement dans le Christ Jésus seront persécutés » (2 Tim. 3:12). Voilà ce à quoi nous devons nous attendre, chers amis, dans un monde qui rejette Christ ! Le Maître n’a-t-Il pas dit : « L’esclave n’est pas plus grand que son maître. S’ils m’ont persécuté, ils vous persécuteront aussi » (Jean 15:20) ?


3.1 - Outrage par l’autorité religieuse — Actes 4:1-2

Il semble que l’apôtre Pierre n’ait pas pu terminer son discours, car le ch. 4 commence par ces paroles :

« Mais comme il parlait au peuple, les sacrificateurs et le commandant du temple et les sadducéens survinrent, étant en peine de ce qu’ils enseignaient le peuple et annonçaient par Jésus la résurrection d’entre les morts » (4:1, 2).

Personne ne pouvait nier qu’un miracle avait eu lieu ; car l’homme avait été impotent de naissance, et maintenant il marchait, et était allé au temple sur ses propres jambes. Il ne s’agissait pas d’une apparition passagère, d’une sorte d’extase comme des critiques incrédules ont cherché à expliquer ce miracle en le discréditant. Le jour suivant, les conducteurs religieux du peuple virent l’homme guéri se tenir auprès des apôtres, et n’avaient rien à opposer, comme l’écrivain saint le rapporte (4:14). Ils durent eux-mêmes admettre qu’un miracle notoire avait été fait par le moyen des apôtres, et qu’ils ne pouvaient le nier (4:16).

Cependant ils avaient un intérêt très fort à stopper ce qui se passait dans le temple, même s’ils ne pouvaient pas le contester. Cela ne jette-t-il pas une lumière crue sur ce qu’est l’homme religieux et sur les profondeurs de méchanceté du cœur de l’homme en général ? Pourquoi donc cette opposition ?

Parce que les autorités religieuses ecclésiastiques de l’époque, comme celles d’aujourd’hui, voient toujours leur sphère d’influence menacée, et craignent des atteintes à « leurs droits » si des laïques agissent d’une manière qui, à leur avis, n’est pas de leur ressort. Ce n’est que trop compréhensible : si la puissance divine se met à agir en dehors du cadre officiel, alors ils ne peuvent plus continuer à s’assurer l’autorité qui se rattache à leur fonction. Nous verrons cette prise de position se répéter dans notre chapitre, et nous trouverons le principe que s’arroger une autorité religieuse s’accompagne toujours de la haine de la vérité et du rejet des droits du Seigneur Jésus.

Nous établirons également ceci, qui est si consolant : en face de toute l’inimitié des hommes et malgré cette inimitié, la puissance de Dieu se déploie sans empêchement. Ainsi l’opposition de l’autorité officielle ecclésiastique se dresse certes contre les faibles témoins de Dieu, mais en vérité elle se dresse contre la puissance illimitée de Dieu. Et à quoi peut aboutir l’homme en face de cette puissance ?

Voilà donc les autorités officielles qui arrivent pour intervenir ; il s’agissait des autorités responsables de l’ordre dans tout l’ensemble du complexe du temple. Les sacrificateurs étaient manifestement les sacrificateurs de la classe chargée cette semaine-là du service du sanctuaire (comparer Luc 1:8, 9). Le commandant du temple était à la tête de la garde du temple, qui n’était composée que de lévites ; il occupait un rang très élevé dans la hiérarchie religieuse, semblable à celui du souverain sacrificateur. Il se peut qu’ils aient pris comme prétexte de leur intervention le grand rassemblement de personnes, ayant vu là un danger d’émeute. En tout cas ils étaient les instruments dans la main de l’adversaire pour stopper la progression victorieuse de l’évangile. La présomption se confirmait de plus en plus que le peuple juif comme tel allait de nouveau refuser l’offre de la grâce de Dieu faite par Pierre.


3.1.1 - Résistance contre la résurrection

Un nouveau groupe entre en scène maintenant au premier plan : les sadducéens, qui soulèvent des objections de principe contre ce qui se passait au temple. Tandis qu’au temps du Seigneur, c’était davantage les pharisiens qui s’opposaient à Lui, au temps des Actes ce sont plutôt les sadducéens qui sont les premiers opposants à l’œuvre de Dieu. Ils étaient très différents des pharisiens.

Le parti des pharisiens était particulièrement caractérisé par la propre justice, et dans cette propre justice ils résistaient continuellement au Saint et au Juste. La secte des sadducéens se présentait certes comme conservatrice, mais en réalité c’était le véritable centre de la libre pensée parmi les Juifs. Ces rationalistes faisaient très attention à n’entrer en aucune manière en conflit avec la puissance romaine, pour pouvoir poursuivre en paix leurs propres objectifs. Le conseil du principal souverain sacrificateur Caïphe en Jean 11:49, 50 illustre très clairement cette attitude des sadducéens. Hormis cette position politique, sur le plan religieux ils niaient la résurrection des corps ainsi que l’existence des anges et des esprits (23:8).

Voilà ce que nous retrouvons dans notre récit. Cependant la première chose qui fâchait ces sadducéens était que les deux apôtres enseignaient le peuple. Ce qui ressort ici, c’est la jalousie religieuse dont nous avons parlé. Comment de tels gens, qui faisaient partie du peuple ordinaire, pouvaient-ils comprendre les choses spirituelles ? « Mais cette foule qui ne connaît pas la loi est maudite » (Jean 7:49). Cela a toujours été l’opinion générale parmi les chefs du peuple — une position totalement opposée à la grâce de Dieu. C’est la raison pour laquelle le Seigneur Jésus avant la croix avait Lui-même parlé aux foules à de multiples reprises, leur adressant des paroles de grâce. Et maintenant après avoir été glorifié dans le ciel, Il faisait transmettre, par Ses serviteurs, la lumière brillante de l’évangile à ces foules méprisées.

Mais l’autorité religieuse se tournait décidément là-contre. Comment ces hommes pouvaient-ils se permettre d’enseigner le peuple de Dieu ? N’était-ce pas réservé aux fils de Lévi ? Nous concédons ici que, pour de tels Juifs qui ne voulaient pas voir le Christ dans Jésus de Nazareth, il était impossible de comprendre le changement de dispensations. Pour les croyants qui reconnaissent que le Christ de Dieu était venu, mais qu’Il avait été rejeté, il y avait de manière évidente un changement dans les voies de Dieu envers Son peuple (comparer par exemple Michée 5:1-3). Aussi derrière le déplaisir de ces conducteurs du peuple, se cachait tout simplement une inimitié acharnée contre la vérité. Le point suivant va le prouver encore plus clairement.

Ainsi donc, les sadducéens étaient spécialement contrariés de ce que les apôtres annonçaient « par Jésus la résurrection d’entre les morts » (4:2). C’était tout à fait le contraire de la théorie qu’ils avaient bâtie et selon laquelle il n’y a pas de résurrection du corps. Et ce qui rendait la chose encore plus insupportable à leurs yeux était que les apôtres annonçaient la résurrection d’entre les morts « par Jésus », c’est-à-dire qu’ils la présentaient selon l’exemple de la résurrection de Jésus. Les sadducéens qui se vantaient de leur tolérance vis-à-vis de toutes les autres manières de penser, manifestaient ici justement l’intolérance (le manque de support vis-à-vis des autres façons de penser), qui est typique pour ce genre de personnes.

Aujourd’hui aussi il y a des libres-penseurs qui se montrent libéraux vis-à-vis de toutes les opinions imaginables. Pour reprendre une expression d’un grand roi de Prusse, ils laissent « chacun devenir heureux à sa façon ». Vis-à-vis des raisonnements bizarres, ils sont compréhensifs, ils se tiennent pour « libéraux » dans le plus vrai sens du terme, c’est-à-dire qu’ils sont magnanimes, dépourvus de préjugés, favorables à la liberté de chacun, tolérants. Mais dès que l’on touche à leurs propres principes, et qu’ils se voient confrontés directement à la vérité de Dieu, leur tolérance prend vite fin, et ils sont plus intolérants que beaucoup d’autres.

D’où cela vient-il ? C’est l’inimitié du cœur de l’homme contre Dieu, et contre ce qu’Il dit. Toutes les façons de voir et les opinions des hommes peuvent bien être supportées, mais la Parole de Dieu s’adresse à la conscience de l’homme. C’est pourquoi, on combat contre la vérité de Dieu comme jamais on ne combat contre le Coran ou contre Cicéron. Les produits de l’esprit humain ne touchent pas la conscience. Or c’est justement ce que fait la Parole de Dieu.


3.1.1.1 - La résurrection d’entre les morts — Actes 4:3

Il y a encore quelque chose qui pouvait susciter spécialement l’animosité des sadducéens : le fait que les apôtres, non seulement enseignaient la résurrection des morts par Jésus, mais encore la résurrection d’entre les morts. Dans le sanhédrin, ils arrivaient tout à fait à collaborer avec les pharisiens qui confessaient la vérité de la résurrection des morts (23:8), mais la pensée d’une résurrection d’entre les morts, c’est-à-dire qu’à un certain moment un certain groupe de morts ressuscitera, voilà qui leur était insupportable. De nos jours, il en est de même pour beaucoup de gens. S’ils croient en général à une résurrection des morts, ils se représentent une résurrection de tous les morts au même moment. Or ce n’est pas l’enseignement de la sainte Écriture du Nouveau Testament. L’auteur se permet de renvoyer au chapitre « la résurrection » de son livre « L’Enlèvement des croyants », pages 30 et suivants. Ici, au contraire, il suffira d’esquisser les pensées principales sur la résurrection.

Déjà, au premier chapitre des Actes, nous avions entendu parler de la résurrection de notre Seigneur et Rédempteur Jésus Christ (1:3), et nous avions vu que l’apôtre susceptible de remplacer Judas Iscariote devait avoir été un « témoin de Sa résurrection » (1:22). Dans son premier discours aux Juifs, Pierre avait dit : « Ce Jésus, Dieu l’a ressuscité, ce dont nous, nous sommes tous témoins » (2:32). La résurrection de Jésus par Dieu n’était pas seulement le signe de l’appréciation que Dieu avait de Lui, mais c’était aussi la preuve que Dieu avait agréé l’œuvre de rédemption de son Fils, cette œuvre Le satisfaisant parfaitement. C’est pourquoi la résurrection du Seigneur Jésus constitue le fondement de toute prédication chrétienne. Dans les chapitres suivants des Actes, nous allons la retrouver mentionnée à plusieurs reprises dans ce sens.

Mais la résurrection du Seigneur Jésus était une résurrection d’entre les morts : seul Christ a été ressuscité, les autres morts sont restés dans leur tombeau (*). Nous venons de remarquer que c’était là un signe de la faveur de Dieu pour Son Christ. Cependant il s’y rattache une autre vérité, à savoir que tous ceux qui sont du Christ à Sa venue, feront pareillement l’expérience d’une résurrection ayant le même caractère, c’est-à-dire une résurrection d’entre les morts (1 Cor. 15:22, 23, 51, 52 ; Phil. 3:11 ; 1 Thess. 4:16). Elle sera à l’image de la résurrection de Celui qui est les prémices de ceux qui sont endormis, et elle sera également le signe de la faveur de Dieu pour ceux auxquels elle s’applique. Cette « première résurrection » qui commence avec Christ et qui se termine avec la résurrection des martyrs de la grande tribulation, se déroulera en plusieurs étapes. Mais elle ne comprend que ceux qui sont endormis en Christ.


(*) En rapport avec ce point, l’évangile de Matthieu contient une indication tout à fait intéressante, selon laquelle, quand Christ est mort, la terre trembla, les rochers se fendirent et les sépulcres s’ouvrirent et alors beaucoup de corps des saints endormis ressuscitèrent, et étant sortis des sépulcres après sa résurrection, ils entrèrent dans la sainte ville, et apparurent à plusieurs (Matt. 27:52, 53). Cela semble en tous cas être le sens de ce passage remarquable. Dans la brièveté de ce récit, deux éléments cruciaux semblent indiqués, qui ne sont pas concomitants : d’abord Dieu a parlé par des événements naturels puissants, puis ensuite certains saints sont ressuscités. Par ces deux événements, Dieu a rendu témoignage à l’œuvre de Son Fils.

Nous pouvons admettre que la résurrection de ces saints n’a pas eu lieu immédiatement après la mort du Seigneur : ils ne sortirent des tombeaux qu’après Sa résurrection et entrèrent dans Jérusalem où beaucoup les virent. Christ est les prémices de ceux qui sont endormis (1 Cor. 15:20), ces saints ne pouvaient pas Le précéder. Qui étaient ces saints, à qui sont-ils apparus, avec quels corps sont-ils apparus, quand et comment quittèrent-ils la terre ? La Parole de Dieu ne donne aucune réponse à toutes ces questions, et nous ne voulons pas spéculer à leur sujet. En tout cas, leur résurrection est une indication claire que Christ a rendu impuissant celui qui avait le pouvoir de la mort (Héb. 2:14), et que maintenant, pour les croyants, la mort est engloutie en victoire (1 Cor. 15:52-54).


Les autres morts, tous ceux qui sont morts sans être rachetés, ne seront ressuscités que peu avant le grand trône blanc, pour y recevoir leur jugement éternel (Apoc. 20:4 et suiv.). Il n’y a pas de résurrection générale dans le sens couramment admis. Beaucoup plutôt, la première résurrection, cette résurrection d’entre les morts, entrainera déjà une séparation définitive du bien et du mal, une dissociation des justes d’avec les injustes pour toujours. Car le Seigneur Jésus conduira les Siens dans la maison éternelle de Son Père (Jean 14:1-3), tandis que les injustes resteront éternellement exclus du monde de la résurrection de notre Seigneur. Leur part sera finalement l’étang de feu, « l’étang brûlant de feu et de soufre, qui est la seconde mort » (Apoc. 20:15 ; 21:8).

Il ne faut pas déduire de cela que les apôtres connaissaient déjà, à l’époque, toute la portée de cette précieuse vérité de la résurrection d’entre les morts, ni qu’ils la prêchaient en conséquence. Mais le Saint Esprit leur a donné de la proclamer et de la faire connaître à l’exemple de la résurrection de Christ. Nous ne pouvons guère nous représenter aujourd’hui l’impression profonde qu’a dû faire à l’époque l’annonce de la résurrection de Christ sur les auditeurs juifs. Si nous connaissons un peu le cœur de l’homme, nous pouvons bien comprendre que cette résurrection a soulevé toute l’indignation des autorités religieuses. Dans leur aveuglement, ils ont eu recours à des moyens qui ont été repris ensuite dans tous les pays et dans tous les temps. Parce qu’ils ont aimé les ténèbres, ils ont cherché à étouffer la lumière :

« Et ils mirent les mains sur eux, et les firent garder jusqu’au lendemain, car c’était déjà le soir » (4:3).

C’est par cela qu’a commencé la persécution des premiers chrétiens. Les dignitaires spirituels ne pouvant pas tenir d’audience à cause de l’heure avancée, ils mirent tout simplement sous garde les deux messagers de la grâce de Dieu. Du côté des apôtres nous n’entendons aucune objection contre ce traitement injuste. Ils se soumettaient à l’autorité sans un mot pour contredire.

Notre foi est fortifiée en voyant combien les serviteurs de Dieu se sont comportés de manière appropriée dans cette situation critique. Pensons bien que tout était pour eux une expérience entièrement nouvelle. Le Seigneur avait bien parlé de persécution, mais jusqu’alors ils avaient pu annoncer la Parole du Seigneur en toute liberté et en toute hardiesse, sans aucun empêchement d’aucune sorte.

Mais voilà que la situation change d’un coup. Cependant dans la puissance du Seigneur, nous voyons les apôtres complètement à la hauteur pour une situation nouvelle et désagréable. Dans notre chapitre nous aurons encore l’occasion d’admirer leur courage. Avec quel repos et quelle tranquillité et quelle clarté de jugement, ces serviteurs font exactement ce qui était approprié au témoignage de Dieu.


3.1.2 - La Parole de Dieu n’est pas liée — Actes 4:4

Nous entendons d’abord le merveilleux résultat de la prédication de Pierre :

« Mais plusieurs de ceux qui avaient ouï la parole crurent ; et le nombre des hommes se monta à environ cinq mille » (4:4).

Même si les conducteurs du peuple avaient réussi pour le moment à empêcher Pierre et Jean d’annoncer la vérité de Dieu, cependant la Parole de Dieu elle-même n’était pas liée (2 Tim. 2:9). Malgré l’inimitié des hommes, elle poursuivait son chemin victorieux. L’homme propose et Dieu dispose. Plus l’homme fait des efforts pour éteindre la lumière de Dieu, plus elle brille.

Ce que les hommes avaient entendu, c’était « la Parole », et elle ne revient pas à Dieu sans effet (És. 55:11). Beaucoup devinrent croyants, et le nombre des croyants s’accrût jusqu’à cinq mille. C’est ce qui paraît être la signification de ces mots. Aux trois mille sauvés qui furent ajoutés à l’assemblée au jour de la Pentecôte, il faut ajouter maintenant deux mille de plus. Ils sont venus à la foi par les deux discours de Pierre.

Quant à l’expression « le nombre des hommes », elle peut se comprendre de deux manières. Ou bien elle signifie qu’il n’y avait que des hommes présents, ou bien que dans le décompte des croyants, les femmes et les enfants n’ont pas été comptés. Une comparaison des chiffres lors de la multiplication des pains pour les cinq mille (Matt. 14:21 ; Luc 9:14 ; Jean 6:10) incline vers la deuxième explication.

En outre, c’est la dernière fois dans la Parole de Dieu que le Saint Esprit donne des nombres de croyants. Les indications chiffrées ont eu manifestement leur place au commencement, et ont servi à montrer avec quelle puissance l’Esprit de Dieu a accompagné la prédication de la Parole au commencement de la dispensation de la grâce.

Bien sûr il fallait que soit confirmé l’accomplissement de la parole du Seigneur avant la croix, disant : « En vérité, en vérité, je vous dis : Celui qui croit en moi fera, lui aussi, les œuvres que moi je fais, et il en fera de plus grandes que celles-ci ; parce que moi, je m’en vais au Père » (Jean 14:12). Le fait qu’autant de personnes soient venues au salut par une seule prédication, relève certainement de l’accomplissement de cette promesse du Seigneur pour le temps où le Saint Esprit serait venu. Aujourd’hui nous pouvons bien dire que c’est dans le ciel qu’on compte. Personne ne peut dire le nombre des membres du corps de Christ. Ce qui est beaucoup plus important que les chiffres, et qui caractérise l’époque présente, c’est au contraire que les membres forment un seul corps, bien qu’ils soient nombreux (1 Cor. 12:20).

Cependant nous pouvons établir, à partir de ces données, que les chrétiens formaient déjà une famille nombreuse. Le vrai grain de blé était tombé en terre et était mort, et commençait à porter beaucoup de fruits (Jean 12:24). Maintenant que Christ était glorifié à la droite de Dieu, la parole d’Ésaïe 53 commençait à s’accomplir : « Il verra du fruit du travail de son âme, et sera satisfait » (És. 53:11). Il nous est difficile de saisir ce que signifient pour le Seigneur Jésus ces cinq mille au commencement, tout comme chacun de ceux qui sont sauvés aujourd’hui. Ils multiplient la joie profonde de Celui qui a enduré la croix à cause d’eux (Héb. 12:2). Cette pensée ne nous aiguillonne-t-elle pas pour amener avec plus d’énergie et de persévérance les pécheurs perdus au Seigneur ? La porte de la grâce est encore grande ouverte. Cher lecteur appartiendras-tu un jour à la troupe innombrable de ceux qui font la joie du Seigneur ?


3.1.3 - Devant le sanhédrin — Actes 4:5-6

« Or il arriva que, le lendemain, leurs chefs et leurs anciens et leurs scribes, s’assemblèrent à Jérusalem, et Anne, le souverain sacrificateur, et Caïphe, et Jean, et Alexandre, et tous ceux qui étaient de la race souveraine sacerdotale » (4:5, 6).

Le lendemain matin tout le sanhédrin se réunit pour délibérer sur le cas. Ils avaient pensé avoir définitivement épuré la situation religieuse par la crucifixion de Jésus. Et voilà que maintenant par ces Galiléens, ils se trouvaient de nouveau confrontés à la personne de Celui qu’ils croyaient mort. La gravité de la situation telle qu’ils la voyaient, ressort du grand comité de dignitaires chargés du cas.


3.1.4 - Le sanhédrin

Avant de poursuivre le cours des événements, il faut jeter un bref coup d’œil à la composition du sanhédrin et à ses fonctions. Le v. 5 nomme les trois groupes dont se composait le sanhédrin : les chefs, les anciens et les scribes. Peut-être que le terme « chefs » désigne le groupe le plus influent, celui des principaux sacrificateurs ; le contexte va bien dans ce sens. Les anciens est la description générale de ce collège. L’origine de cette désignation remonte aux temps les plus anciens du peuple d’Israël (Ex. 3:16 ; 24:1 ; Nb. 11:16). Les scribes formaient le groupe d’enseignants professionnels des Saintes Écritures. La plupart d’entre eux appartenaient au parti des pharisiens en ce temps-là. Cependant l’élément sadducéen avait la haute main sur le sanhédrin. Il représentait aussi en général les principaux sacrificateurs. Le sanhédrin lui-même formait le sénat proprement dit, la cour suprême de la nation juive. Dans le Nouveau Testament il est souvent parlé de cette institution ; quelquefois tous ses représentants sont nommés (comme ici), et d’autres fois seulement quelques groupes particuliers (voir par exemple 4:23).

Luc a-t-il commis une erreur en nommant Anne souverain sacrificateur, bien que Caïphe eût en ce temps-là la responsabilité de la fonction (Jean 11:49) ? Des critiques incrédules le soutiennent avec empressement. Quand on croit vraiment que chaque mot individuel de l’Écriture sainte a été choisi par le Saint Esprit, alors on n’impute pas des fautes ou des erreurs aux écrits inspirés de la Parole de Dieu. L’explication simple de ce genre de problèmes est souvent que nous ne connaissons pas tous les détails de la scène de l’époque. Si nous les connaissions, nous n’aurions pas la moindre difficulté avec bien des formules.

Un fait historique est cependant qu’à l’époque, les Romains intronisaient les principaux sacrificateurs, et qu’Anne fut remplacé par son gendre Caïphe. Caïphe lui-même reçut la fonction à 18 ans. Pourtant Luc rattache, dans son évangile, Anne avec la souveraine sacrificature de Caïphe (Luc 3:2), et le Seigneur Jésus a d’abord été auditionné par Anne avant d’être conduit à Caïphe (Jean 18:12-24) ; tout cela indique la solution de la difficulté. Bien que Caïphe fût à l’époque le souverain sacrificateur en fonction, et que par-là il présidât le sanhédrin, nous devons voir dans Anne l’ex-souverain sacrificateur, le chef véritable de la sacrificature agissant en coulisse. Par son poids moral significatif, il jouissait manifestement d’un grand respect, même s’il n’était plus revêtu officiellement de la fonction de souverain sacrificateur.

À qui avons-nous affaire avec Jean et Alexandre ? nous ne savons pas. Ils appartenaient certainement aux grands de ce monde ; pourtant l’éclat de leur nom a vite disparu. Personne ne peut plus dire aujourd’hui avec certitude qui se cache derrière ces noms, tandis que le nom des deux pécheurs de Galilée, Pierre et Jean, sont aujourd’hui bien connus et honorés dans le monde entier. Qui, de la foule innombrable des enfants de Dieu n’a pas reçu une bénédiction immense de leurs écrits ? Leurs noms seront un jour gravés de manière indélébile sur les douze fondements de la Jérusalem céleste avec ceux des autres « apôtres de l’Agneau » (Apoc. 21:14).


3.1.5 - La comparution — Actes 4:7

« Et les ayant fait comparaître [litt. : placés au milieu], ils leur demandaient : Par quelle puissance ou par quel nom avez-vous fait ceci ? » (4:7).

Après que les membres du sanhédrin aient pris place, les sièges formant un demi-cercle, ils se firent présenter les deux détenus et les placèrent au milieu. De manière inattendue, les deux serviteurs de Jésus Christ qui n’avaient encore jamais participé à une si haute compagnie, se voyaient en être le point central, et sentaient tous les regards dirigés sur eux comme des ennemis. Quelles pouvaient être leurs impressions ? Se souvenaient-ils que peu de semaines auparavant, leur Seigneur et Maître avait dû se tenir devant la même assemblée pour recevoir Sa condamnation à mort ? Cela ne faisait augurer rien de bon ! Comment allait se terminer cette affaire ?

Quels pouvaient bien être les sentiments de leurs accusateurs quand ils ont vu devant eux ces deux disciples de Jésus, par lesquels un miracle indéniable avait été opéré ! Ils pensaient avoir complètement extirpé le mouvement religieux gravitant autour de Jésus, et voilà que depuis la mort de Son fondateur, ce mouvement avait repris vie par ces deux disciples. Il fallait s’y opposer avec la plus grande détermination ! Pensaient-ils pouvoir intimider ces gens simples par leur grande mise en scène et spécialement leurs questions scrutatrices ?

« Par quel puissance ou par quel nom avez-vous fait ceci ? » Les interrogateurs faisaient allusion à la guérison du paralytique, et ils semblent n’avoir jamais voulu mettre, ne serait-ce qu’une seule fois, le nom du Seigneur Jésus sur leurs lèvres.

C’était les mêmes conducteurs Juifs qui avaient accusé le Seigneur d’avoir fait Ses miracles par le chef des démons, et d’avoir chassé les démons par la puissance du diable. Il est bien possible que leur question eût le même arrière-fond : « par quelle puissance avez-vous fait cela ? ». Le vous, dans cette question, est accentué et comporte une intonation méprisante : « des gens comme vous ».

Ils avaient posé une pareille question au Seigneur, quand Il enseignait le peuple dans le temple et qu’Il annonçait l’évangile : « Dis-nous par quelle autorité tu fais ces choses, ou qui est celui qui t’a donné cette autorité » (Luc 20:1, 2). Cette fois-là, le Seigneur leur avait posé une question en contrepartie, parce qu’Il savait à quel point leurs consciences n’étaient touchées par rien, et Il ne se sentait pas tenu de leur répondre. Ils avaient dû alors avouer leur incapacité, et maintenant ils procédaient de la même manière à l’encontre de Ses disciples, croyant en venir facilement à bout.


3.1.6 - Le troisième discours public de Pierre — Actes 4:8-10

Le Seigneur Jésus avait préparé Ses disciples à ce genre de situations où ils se trouvaient. Il leur avait dit qu’ils seraient livrés aux sanhédrins et fouettés dans leurs synagogues, et Il avait ajouté : « Quand ils vous livreront, ne soyez pas en souci comment vous parlerez, ni de ce que vous direz ; car il vous sera donné dans cette heure-là ce que vous direz ; car ce n’est pas vous qui parlez, mais c’est l’Esprit de votre Père qui parle en vous » (Matt. 10:17-20).

Nous pouvons bien nous représenter Pierre et Jean durant la nuit, en train de penser à ce qu’ils devraient dire le jour suivant. Mais il est certain que la Parole de leur Seigneur leur est revenue en mémoire par l’Esprit pour leur consolation : « Mettez donc dans vos cœurs de ne pas vous préoccuper à l’avance de votre défense, car moi je vous donnerai une bouche et une sagesse, à laquelle tous vos adversaires ne pourront répondre ou résister » (Luc 21:14, 15). Et maintenant nous devenons témoins de l’accomplissement littéral de ces paroles du Seigneur Jésus.


« Alors Pierre, étant rempli de l’Esprit Saint, leur dit : Chefs du peuple et anciens d’Israël, si aujourd’hui nous sommes interrogés au sujet de la bonne œuvre qui a été faite à un homme impotent, et qu’on veuille apprendre comment il a été guéri, sachez, vous tous, et tout le peuple d’Israël, que ça été par le nom de Jésus Christ le Nazaréen, que vous, vous avez crucifié, et que Dieu a ressuscité d’entre les morts ; c’est, dis-je, par ce nom que cet homme est ici devant vous plein de santé » (4:8-10).

Voilà le troisième discours public de l’apôtre Pierre, et aussi le dernier portant ce caractère. Si, dans les chapitres suivant du livre des Actes, Pierre joue encore un rôle important, il est de plus en plus remplacé par des hommes comme Étienne, Philippe et finalement Paul pour ce qui concerne les discours en public et devant les incrédules. Certes nous le trouvons encore une fois au ch. 5, mais cela est déjà formulé ainsi : « Et Pierre et les apôtres, répondant, dirent » (5:29).

C’était l’intention de Dieu que les trois premiers discours en public soient prononcés par Pierre. Cela se rattachait-il au fait que ce disciple avait renié trois fois son Seigneur ? Nous le croyons. Après Sa résurrection, le Seigneur avait demandé trois fois à Son disciple s’il L’aimait, et trois fois l’apôtre Pierre avait répondu : « Seigneur tu sais que je t’aime ». Et maintenant, dans Sa grâce, le Seigneur lui accorde de pouvoir confesser publiquement en trois occasions particulières Celui qu’en son temps il avait renié. Pierre se sert donc de cette troisième occasion devant le conseil suprême, et confesse son Seigneur franchement et énergiquement.

Il y a quatre points que nous retrouvons dans les trois discours de Pierre aux Juifs, et qui sont liés les uns aux autres. 1° La preuve selon les Écritures que Jésus est le Messie promis par les prophètes — 2° L’accusation directe contre les Juifs que ce sont eux qui ont mis à mort le Christ — 3° La résurrection de Christ par Dieu — 4° L’offre de la grâce de Dieu sur la base du sang et de l’œuvre de Christ.

Pierre répond maintenant « étant rempli de l’Esprit Saint ». Nous avons déjà parlé sur cette expression en méditant Actes 2:4, et nous avons vu la différence entre être « rempli de l’Esprit Saint » et être « plein de l’Esprit Saint ».

Il suffit de dire ici que Pierre n’a pas seulement donné cette réponse dans la puissance de l’Esprit, mais que le Saint Esprit a directement parlé par Pierre, selon la promesse du Seigneur. Comme les onze autres apôtres, Pierre n’avait pas bénéficié d’une formation scolaire ; mais il disait les paroles du Saint Esprit. Toute erreur et toute action de la chair étaient exclues.


3.1.6.1 - Une bonne œuvre — Actes 4:9

Les chefs et anciens du peuple ne s’attendaient certainement pas à la hardiesse avec laquelle Pierre leur répondit. Il exprime d’abord son étonnement de ce que c’était finalement une bonne œuvre vis-à-vis d’un homme impotent qui avait conduit à sa détention et à cette comparution. Or c’était plus que rare qu’on doive se justifier d’avoir fait une bonne œuvre. Ils n’avaient rien fait de mal qui puisse justifier leur détention. N’était-ce pas la tâche des puissances suprêmes de louer le bien et de punir le mal (Rom. 13:3 ; 1 Pierre 2:14) ?

En outre ce que les apôtres avaient fait n’était pas un acte d’autorité, mais simplement le déploiement de la puissance divine. En agissant ainsi, ils n’avaient pas contrecarré les détenteurs de l’autorité administrative. Cela s’adressait beaucoup plutôt à la conscience du peuple juif et à celle de leurs auditeurs du moment. Pierre ne savait que trop bien qu’ils étaient en vérité des ennemis de Dieu, qui, s’ils l’avaient pu, auraient bloqué le déploiement de la puissance de Dieu.


3.1.6.2 - Jésus le Nazaréen — Actes 4:10

Maintenant si les chefs voulaient le savoir, si toute la nation devait l’entendre, alors Pierre était prêt très volontiers à témoigner par qui et par quel nom cet homme se tenait en bonne santé devant eux : c’était par le nom de Jésus Christ le Nazaréen qu’ils avaient accompli le miracle de guérison.

Il est frappant que Pierre n’ait pas parlé du Seigneur Jésus comme le Fils de Dieu. Il Le présente bien plutôt comme le Nazaréen, c’est-à-dire le méprisé de Son peuple. « Peut-il venir quelque chose de bon de Nazareth ? » avait été l’opinion courante à son égard durant toute Sa vie. Leur mépris, et même leur haine à Son égard, étaient indubitablement établis et prouvés par le fait qu’ils L’avaient crucifié : « Que vous, vous avez crucifié » (4:10b). Ici aussi le vous est accentué. Pierre, inébranlable, les rend responsables de ce que c’était justement eux qui avaient crucifié Jésus ; ce n’était pas Pilate, ni les nations, ni les soldats. Et de quelle façon effrayante L’avaient-ils mis à mort : par la crucifixion ! Certainement ils avaient eu leurs hommes de main pour le faire, mais ils étaient les vrais responsables de cet acte terrible.

Pierre met de nouveau devant leurs consciences le contraste entre ce qu’ils ont fait, eux, et la manière dont Dieu L’a traité : Dieu L’avait ressuscité d’entre les morts. De leur côté l’expression du plus profond mépris, tandis que du côté de Dieu, il y avait l’expression de la plus haute estimation ! Voulons-nous voir comment les hommes considèrent Jésus ? Alors allons à la croix de Golgotha ! Voulons-nous voir ce que Dieu pense de Lui ? Alors allons regarder dans la gloire ! Là Il siège à la droite de la puissance de Dieu. On ne peut pas se représenter un plus grand contraste.

Oui c’est par le nom et la puissance de Christ séjournant au ciel, que ce miracle avait été accompli en Israël. Dieu agissait encore en grâce parmi eux, et faisait savoir par la guérison de l’homme impotent, qu’Il ne voulait pas seulement accorder au peuple une guérison extérieure, mais aussi une guérison spirituelle (comparer Ps. 103:3). Allaient-ils comprendre la voix de Dieu ? L’ancien paralytique se tenait là devant le sanhédrin. Tous pouvaient le voir comme un témoignage non seulement de la grâce de Dieu, mais aussi de la puissance de Celui qui vivait, et qui était en vérité le Messie (nous ne savons pas comment il se faisait que l’homme guéri se tenait en même temps que les deux apôtres devant le sanhédrin. Ou bien il s’était présenté le matin, ou bien ce qui est plus vraisemblable, il avait été mis en détention avec les apôtres le jour précédent).


3.1.6.3 - Christ la pierre — Actes 4:11

Vu de l’extérieur, les apôtres étaient les accusés. En fait ce sont eux qui dans la puissance de l’Esprit Saint, ont soulevé des accusations contre les chefs du peuple. Cela n’avait pas eu lieu pour les condamner, mais pour toucher leurs consciences, si c’était possible. C’est ainsi que Pierre continue à parler de Christ comme de la « pierre » que « ceux qui bâtissaient » ont rejeté. Il fait par-là allusion au Psaume 118 (v.22) :

« Celui-ci est la pierre méprisée par vous qui bâtissez, qui est devenue la pierre angulaire » (4:11).

Voir le Seigneur Jésus dans les Écritures comme la « pierre » est depuis toujours, pour l’auteur, l’une des pensées les plus réjouissantes que Dieu ait exprimée au sujet de Son Fils comme Homme. Une pierre, pour beaucoup, représente seulement quelque chose de dur et sans vie, mais Dieu relie à la pierre la pensée qu’Il devait faire quelque chose d’elle, qu’Il devait commencer quelque chose, qu’Il devait bâtir quelque chose, quelque chose de durable, qu’Il devait ériger quelque chose à Son honneur. Christ la « pierre » dans la main de Dieu, c’est une pensée immense !

L’indication la plus ancienne de Christ comme la pierre, nous la trouvons dans la bénédiction de Jacob au sujet de Joseph. « De là est le berger, la pierre d’Israël » (Gen. 49:25). Si prophétiquement, il est nommé ici la « pierre d’Israël », cela veut dire que déjà, dans des temps aussi anciens, l’intention de Dieu était de construire un jour une maison à Israël par le moyen de cette « pierre ».

Par la bouche du prophète Ésaïe, le Seigneur l’Éternel, précise ce conseil divin : « C’est pourquoi ainsi dit le Seigneur, l’Éternel : Voici, je pose comme fondement, en Sion, une « pierre », a) une pierre éprouvée (= ayant fait ses preuves), b) une précieuse pierre de coin, c) un sûr fondement » (Ésaïe 28:16). Notons ici la gradation dans les expressions : une pierre, une pierre ayant fait ses preuves, une pierre précieuse, un sûr fondement ! C’est comme si Dieu ne pouvait pas en dire assez sur cette pierre. a) Christ serait une pierre ayant fait ses preuves. En tout et à tous égards, il serait éprouvé comme homme et trouvé ayant fait ses preuves. b) Aux yeux de Dieu et aussi du croyant, cette pierre de coin serait précieuse, et serait donnée pour possession et direction à tous ceux que Dieu possède. c) Et si elle doit être fondée sur quelque chose de très solide, alors ce que Dieu veut construire là-dessus, serait caractérisé par la stabilité et la sécurité absolue.

Nous avons la citation du Psaume 118, un des plus anciens Psaume messianique : « La pierre que ceux qui bâtissaient avaient rejetée, est devenue la tête de l’angle [pierre angulaire, selon Actes 4]. Ceci a été de par l’Éternel : c’est [ou : Il est] une chose merveilleuse devant nos yeux » (Ps.118:22, 23). Le Seigneur Jésus sur la terre était venu pour les brebis perdues de la maison d’Israël, et Il était prêt, s’ils croyaient, à les sauver de leurs péchés, et à construire la maison à Israël, à ériger le royaume des cieux. Mais les bâtisseurs, les conducteurs religieux du peuple n’ont eu pour Lui aucune estime. C’est ce que Pierre devant le sanhédrin doit leur mettre à charge de la part de Dieu.

Plusieurs commentateurs ont cherché à rattacher la « pierre » du Psaume 118, ou bien à David, ou bien au peuple d’Israël. Or Pierre n’est pas le seul à avoir rattaché la « pierre » directement à Christ. Le Seigneur Jésus Lui-même a fait cette liaison. Dans la parabole de la vigne et des cultivateurs où Il a prédit Son rejet par les « cultivateurs », Il demande : « Que fera donc le maître de la vigne ? Il viendra et fera périr les cultivateurs et donnera la vigne à d’autres. Et n’avez-vous pas aussi lu cette écriture : ‘La pierre que ceux qui bâtissaient ont rejetée, celle-là est devenue la maîtresse pierre de coin ; celle-ci est de par le Seigneur, et est merveilleuse devant nos yeux’ » ? Et alors l’évangéliste continue son récit en disant : « Et ils cherchaient à se saisir de lui ; et ils craignirent la foule, car ils connurent qu’il avait dit cette parabole contre eux » (Marc 12:1-12). Ils avaient alors tout à fait compris que c’était eux auxquels Il faisait allusion par « ceux qui bâtissaient », et Pierre le leur dit tout crûment : « La pierre méprisée par vous qui bâtissez ».

Mais cette « pierre » rejetée doit devenir la « maîtresse pierre de coin » (1 Pierre 2:7 ; ‘pierre angulaire’ en Actes 4:11). C’est une indication claire de la glorification de Christ. Or d’après d’autres passages de la Parole de Dieu, nous savons que Dieu atteindra Son but en son temps à l’égard d’Israël. Le verset d’Ésaïe 28 l’indique également. En Daniel 2 nous voyons une pierre se détacher sans main, et frapper les pieds de la grande statue et la broyer, puis la pierre devient une grande montagne et remplit toute la terre (Dan. 2:31-35). L’interprétation du songe qui y fait suite nous apprend ce que cela signifie : à la fin des jours, Dieu mettre fin au temps des nations par la « pierre », et anéantira leur puissance, et introduira à sa place Son royaume sur la terre pour une durée éternelle. Alors les cieux régneront effectivement. C’est ce dont Jean le Baptiseur et le Seigneur Jésus Lui-même parlaient, quand ils prêchaient au milieu du peuple d’Israël, disant : « Repentez-vous, car le royaume des cieux s’est approché » (Matt. 3:2 ; 4:17).

Les Juifs, à l’époque, avaient rejeté la prédication et les prédicateurs. Ils refusaient aussi le témoignage de Pierre. Malgré l’incrédulité du peuple, Dieu maintient fermement Ses conseils. Du fait que la « pierre d’Israël » est fondée sur le plus solide qui soit, du fait qu’elle est une pierre ayant fait ses preuves, Il construira un jour la maison d’Israël et fera venir les temps de rafraîchissement. Nous avons vu cela au ch. 3. Merveilleuse grâce de Dieu qui se rattache au Seigneur Jésus comme la « pierre » !

Mais cela n’est pas suffisant ! Plus tard, Pierre parle encore une fois et précisément de la « pierre », et il La nomme une « pierre vivante » : « duquel vous approchant comme d’une pierre vivante, rejetée par les hommes, mais choisie et précieuse auprès de Dieu, vous-mêmes aussi, comme des pierres vivantes, êtes édifiés une maison spirituelle » (1 Pierre 2:4, 5). Nous savons que cette parole ne se rapporte plus à Israël, mais à l’assemblée de Dieu que le Seigneur Jésus bâtit entre temps, durant le temps de la grâce (Matt. 16:18). Quand les bâtisseurs d’Israël ont tenu la « pierre » pour rien, et que la construction d’Israël a été différée pour un temps, alors à cause de cela le Seigneur bâtit maintenant une autre maison, une maison spirituelle. Elle possède une gloire bien plus grande et elle est directement la maison, le temple de Dieu, une habitation de Dieu par l’Esprit (1 Tim. 3:15 ; Éph. 2:20-22).

Cette construction spirituelle qui englobe tous les croyants du temps de la grâce, est bâtie sur le fondement des apôtres et prophètes du Nouveau Testament, c’est-à-dire sur ce qu’ils nous ont enseigné au sujet de Christ.

Ainsi dans cette construction Jésus Christ Lui-même est aussi la pierre angulaire. Il est à la fois la pierre de fondement, et la « Tête de l’angle » glorifiée, embrassant et incluant par conséquent tout ce qui est entre deux. Même les portes du Hadès ne prévaudront pas contre cette assemblée, et elle subsistera dans l’état éternel en tant qu’« habitation [tabernacle] de Dieu avec les hommes » (Apoc. 21:3). Qu’il s’agisse du conseil défini de Dieu à l’égard d’Israël, ou de Son propos éternel quant à l’assemblée, tout est fondé sur Christ, la « pierre ».

Peut-il y avoir défaillance ou ruine de ce qui est fondé sur Lui ? Impossible ! Et que dit l’Écriture de celui qui s’appuie par la foi, et en confiance sur cette « pierre » ? « Il ne se hâtera pas » (És. 28:16), « il ne sera pas confus » (Rom. 9:33 ; 10:11 ; 1 Pierre 2:6). Quelle sécurité nous avons dans notre Sauveur ! Nous nous jetons déjà maintenant à Ses pieds, en L’adorant — Lui l’Homme des conseils de Dieu.


3.1.6.4 - Il n’y a de salut en aucun autre — Actes 4:12

Pierre termine son bref discours devant le sanhédrin avec une phrase lourde de contenu :

« Et il n’y a de salut en aucun autre ; car aussi il n’y a point d’autre nom sous le ciel, qui soit donné parmi les hommes, par lequel il nous faille être sauvés » (4:12).

L’homme impotent avait été guéri par le nom de Jésus Christ le Nazaréen, Celui qu’ils avaient crucifié, mais que Dieu avait ressuscité. La puissance de Son nom avait été déployée devant leurs yeux, et ils ne pouvaient pas la nier. Or la guérison du corps n’était qu’un symbole pour la guérison spirituelle encore plus importante, dont avaient un besoin pressant non seulement le peuple, mais aussi ses conducteurs.

C’est dans ce contexte qu’il est important de savoir qu’en grec le même mot est utilisé pour « guérison » et « salut » et « sauvetage ». Il dérive d’un verbe qui signifie aussi bien « guérir » que « sauver ». Or beaucoup d’exemples des évangiles montrent que, là où des malades étaient guéris par le Seigneur, la foi était présente du côté du malade. Pour le salut au sens figuré, pour le salut de nos péchés, c’est la foi au Seigneur Jésus qui est une condition indispensable.

Habituellement c’est le contexte dans lequel le mot est utilisé qui détermine clairement laquelle des significations est à retenir dans le cas particulier. Mais il n’est pas rare que les deux significations se fondent l’une dans l’autre, intentionnellement comme on peut le supposer.

Un exemple de cela se trouve en Actes 14. À Lystre aussi il s’agissait d’un paralytique. « Cet homme entendait parler Paul qui, fixant ses yeux sur lui et voyant qu’il avait la foi pour être guéri, lui dit à voix haute… » (14:9). Ici, on peut aussi bien traduire qu’« il avait la foi pour être sauvé ». Dans notre ch. 4 des Actes, au v. 9, Pierre utilise ce mot pour décrire la guérison corporelle du paralytique. Puis il parle au sens figuré du salut, le salut de l’âme.

Or la guérison spirituelle, le salut spirituel, ne viennent également que par Lui seul, dans le nom duquel Dieu s’est révélé si complètement. La porte d’accès au salut est Jésus Christ. Il n’y a pas d’autre accès au salut et par suite à la présence de Dieu. Le Bon Berger, seul, pouvait dire : « Moi, je suis la porte : si quelqu’un entre par moi, il sera sauvé » (Jean 10:9). Si quelqu’un L’utilise Lui, par la foi, comme porte du salut de Dieu, alors pour ainsi dire « il entre par Lui », c’est-à-dire que Dieu lui offre le salut de ses péchés, la délivrance du jugement éternel mérité.

Christ est le chemin vers Dieu et la porte du salut. C’est ce que Pierre présente aux hommes du conseil suprême. Ils ne voulaient ni prononcer ni entendre prononcer le nom de Jésus Christ le Nazaréen, tellement ils le haïssaient. Mais ce nom a auprès de Dieu une très haute résonnance, si on ose parler ainsi ; et il n’y a pas d’autre nom sous le ciel par lequel on puisse être sauvé. C’était vrai à l’époque, tout autant qu’aujourd’hui.

Or Pierre se sert d’une expression particulière en ce qu’il dit qu’il n’y a pas d’autre nom « sous le ciel ». Que voulait-il exprimer par cela ? Une fois l’œuvre accomplie, Christ s’est assis dans les lieux célestes à la droite de la Majesté (Héb. 1:3). Il a été élevé plus haut que les cieux (Héb. 7:26) ; après être descendu dans les profondeurs de la mort et du tombeau, Il est remonté au-dessus de tous les cieux (Éph. 4:10).

Combien c’est quelque chose d’infiniment grand que Son nom (c’est-à-dire la révélation qu’Il a donné de Lui) soit maintenant donné aux hommes sous le ciel pour qu’ils puissent obtenir le salut en lui. Cette manière de s’exprimer du Saint Esprit est merveilleuse et sans pareille. « Sous le ciel » — à quoi cela nous servirait-il s’il n’était accessible qu’au-dessus du ciel ? Nous ne pourrions pas l’obtenir là-bas ! Non, aussi haut élevé que Christ soit, Son nom est sous le ciel, il est donné parmi les hommes afin que par ce nom ils puissent trouver le salut. Si nous nous souvenons encore une fois de la signification du nom de Jésus (l’Éternel est salut), alors nous comprenons d’autant mieux ce qui est exprimé ici.

Le nom de Jésus Christ a été donné sous le ciel et parmi les hommes, et l’apôtre ajoute : « par lequel il nous faille être sauvés ». Il ne dit pas par lequel nous devrions être sauvés, ou pouvons ; non, nous devons…, il faut.

Le nom de Jésus Christ est le moyen de salut accessible aux hommes, mais il existe aussi une nécessité absolue pour son salut. C’est une grande grâce que Dieu veuille offrir encore une fois indirectement par Pierre ce salut aux ennemis de Son Fils. Cependant il est remarquable que Pierre n’appelle pas ces chefs religieux à la repentance, comme il l’avait fait vis-à-vis du peuple. Il se contente de leur témoigner qu’il n’y a de salut par aucun autre nom sinon celui de Jésus Christ qu’ils avaient crucifié. Le salut était là, pour eux comme pour tous les autres, si seulement ils le voulaient. S’ils le refusaient et s’ils persévéraient dans leur attitude présente, alors ce serait leur ruine. Aux conducteurs des Juifs à Rome, l’apôtre Paul dira plus tard : « Sachez donc que ce salut de Dieu est envoyé aux nations ; eux écouteront » (28:28). Si les Juifs refusaient le salut de Dieu, alors Dieu se tournerait vers les nations pour leur offrir le salut dédaigné par eux.

Nous savons que c’est justement ce qui est arrivé. Et combien cela nous rend responsables, nous qui sommes des nations ! Le salut de Dieu est disponible pour tous les hommes, le chemin vers Dieu a été frayé par l’œuvre de propitiation de Christ, et chacun peut venir à Lui par la foi.

Les hommes de nos jours saisissent-ils ce salut ? Il leur est exposé de diverses manières, en paroles et par écrit. Au début du témoignage chrétien sur la terre, beaucoup de gens des nations ont effectivement accepté l’évangile de la grâce de Dieu par le moyen du service de l’apôtre Paul et d’autres serviteurs du Seigneur. C’est ce que l’apôtre veut dire par ce « et eux écouteront ».

Nous sommes aujourd’hui à la fin du temps de la grâce, et la porte de la grâce demeure encore largement ouverte. Cependant, peu nombreux sont ceux qui écoutent la parole de la grâce. L’histoire de l’homme placé sous la responsabilité se répète. La chrétienté dérive sur les mêmes pentes que le judaïsme autrefois.

Une parole d’avertissement tirée de l’épître aux Hébreux s’impose à nous ici : « Comment échapperons-nous, si nous négligeons un si grand salut ? » (Héb. 2:3). Il nous faut être sauvés, chers amis, sinon nous allons à la perdition éternelle.


3.2 - Délibérations et décisions impuissantes — Actes 4:13-14

3.2.1 - Étonnement

« Et, voyant la hardiesse de Pierre et de Jean, et s’étant aperçus qu’ils étaient des hommes illettrés et du commun, ils s’en étonnaient, et ils les reconnaissaient pour avoir été avec Jésus. Et, voyant là présent avec eux l’homme qui avait été guéri, ils n’avaient rien à opposer » (4:13, 14).

Ces versets semblent nous confirmer que le sanhédrin avait pensé pouvoir intimider les apôtres par le déploiement de gens instruits et puissants. Ils paraissent aussi réaliser petit à petit que la mise en détention des deux hommes avait été une grosse faute, et qu’on ne pouvait effectivement rien réussir contre eux.

La première chose qui les saisit, c’est l’étonnement. Étonnement de quoi ? Étonnement de la parole de vérité, de la grâce, de la justification ? Pas du tout ! Ils étaient ennemis de la vérité, et leurs cœurs étaient déjà si endurcis qu’ils ne percevaient plus la voix du Saint Esprit. Quel état terrible ! Ce qui les frappe d’étonnement, c’est simplement la franchise et la hardiesse avec lesquelles parlaient ces deux Galiléens illettrés et du commun. Ils n’avaient bénéficié d’aucune formation d’écoles de Juifs érudits, et ils appartenaient seulement au « peuple du pays » selon l’appréciation des rabbins ; ils n’étaient donc que des laïcs dont on ne pouvait attendre aucune connaissance de la loi (Jean 7:49). Comment ces gens incompétents pouvaient-ils avoir une telle maîtrise dans les argumentations bibliques ? D’où venait le pouvoir avec lequel ils comparaissaient devant le sanhédrin ? Voilà ce qui les étonnait et les impressionnait.

Hormis cet étonnement, la vigueur de l’accusation qui avait été soulevée contre eux, paraît n’avoir eu aucun effet sur eux. En tout cas nous n’entendons pas dire qu’ils aient été irrités d’avoir entendu les paroles qu’ils avaient dû subir. Bien plutôt un sentiment d’impuissance les envahit, et s’extériorise par de l’étonnement au sujet de la hardiesse de ces hommes. Ils avaient pensé être débarrassés de ce Jésus qu’ils tenaient pour un agitateur. Et maintenant ils se voyaient de nouveau confrontés à Lui à travers ces hommes, et à Sa grâce et à Sa puissance. Que pouvaient-ils faire de plus ?

Ils en viennent à reconnaître que ces deux hommes « avaient été avec Jésus ». Ils l’avaient bien sûr déjà su auparavant, mais maintenant ils en prennent conscience. Ils pouvaient se rappeler maintenant combien Jésus avait possédé un grand savoir sans pour autant avoir appris les lettres (Jean 7:15), et comment Il avait enseigné les gens avec autorité et non pas comme les scribes (Marc 1:22). Ces deux faits avaient déjà déclenché un grand étonnement parmi les Juifs à l’époque. Et maintenant ces disciples de Jésus revendiquent l’autorité de Son nom, et agissent et parlent par ce pouvoir. Les membres du sanhédrin ne savent plus que dire, car ils ne peuvent ni ne veulent tirer les bonnes conclusions de ces circonstances.

« Ils les reconnaissaient pour avoir été avec Jésus » – cette phrase est souvent commentée comme si l’attitude et le comportement des disciples de Jésus avaient fait reconnaître aux conducteurs religieux l’état d’esprit de Celui qu’ils suivaient. Or ce n’est certainement pas le sens de cette affirmation. Naturellement il est tout à fait vrai que les incrédules devaient percevoir chez les disciples du Seigneur la manière d’être et de penser du Seigneur. Il est vrai qu’ils perçoivent quand des disciples vivent en communion avec Lui. Nous voulons nous aussi prendre à cœur l’exhortation qui s’y trouve. Seulement ce n’est pas le sens de ce passage. Les chefs reconnaissaient dans les deux apôtres des gens comme ceux qui provenaient de l’entourage de Jésus et comme ceux qui avaient été dans Sa compagnie, spécialement dans la période précédant directement Sa mort. D’une manière semblable la servante avait reconnu Pierre comme un disciple de Jésus, et s’était exclamée : « Certainement tu es de ces gens-là ; car aussi tu es Galiléen » (Luc 22:56, 58 ; Marc 14:70).

Le sanhédrin ne se trouvait pas dans une position agréable. Ils avaient mis en détention deux hommes pour toute une nuit, et qui plus est, parce qu’ils avaient accompli une bonne œuvre envers une personne digne de compassion. C’est sous cet éclairage que Pierre aborde l’affaire, et ils savaient qu’il avait raison. Car la preuve vivante de la bonne action se tenait debout devant eux, en sorte qu’ils ne savaient que dire là-contre. Continuer, malgré tout, le cours des choses enclenché ? Oui, absolument ! Il fallait au moins préserver l’apparence d’autorité ! Et même s’ils ne pouvaient nier la vérité, ils n’étaient pas disposés à s’y soumettre. Le Seigneur Jésus n’avait-Il pas dit d’eux : « vous ne voulez pas venir à moi pour avoir la vie » (Jean 5:40). Cela se vérifiait à nouveau — Qu’est-ce que le cœur humain, et combien il peut être dur quand il se trouve en inimitié contre Dieu ! Combien est effrayant ce : « vous ne voulez pas venir à moi » !

Je ne voudrais en aucun cas comparer ne serait-ce qu’un seul de mes lecteurs à ces chefs religieux. Mais à l’occasion de ce passage, j’ai à cœur d’adresser un avertissement à nous tous, à tous ceux qui veulent suivre et servir le Seigneur Jésus. Il peut arriver facilement que nous prenions une mauvaise orientation. Certainement notre bon Seigneur voudra nous arrêter sur ce mauvais chemin. Si nous ne prenons pas garde aux signaux « stop » de Sa Parole, Il nous enverra quelques-uns de Ses serviteurs qui chercheront à nous convaincre par des paroles de vérité et de grâce, de ce qu’il y a de faux dans nos voies ou nos projets. Y prêterons-nous l’oreille ? Ou bien poursuivrons-nous le chemin où nous nous sommes engagés, bien que nous soyons convaincus de la justesse de ce qu’ils nous ont présenté ? Cela nous serait fatal. Le chemin de la chair et de la propre volonté est toujours un chemin de mort (Rom. 8:13). Cela ne veut pas dire qu’un vrai disciple du Seigneur peut finir par être perdu ! Il ne s’agit pas de cela, mais nous pouvons devenir complètement inutiles en tant que disciples du Seigneur si nous suivons notre propre volonté à l’encontre de ce que nous savons de mieux. Alors Dieu, dans Son gouvernement, doit s’opposer à nous, ce qui est très grave. Que Dieu nous accorde d’écouter Ses messagers s’il est devenu nécessaire qu’Il nous en envoie !


3.2.1.1 - Un commandement suspect — Actes 4:15-18

Ce que nous lisons maintenant est une expression de l’embarras des chefs, en même temps qu’un exemple frappant de l’inspiration de l’Écriture Sainte.

« Et leur ayant ordonné de sortir du sanhédrin, ils conférèrent entre eux, disant : Que ferons-nous à ces hommes ? Car il est apparent pour tous les habitants de Jérusalem, qu’un miracle [NdT : en grec et en allemand : signe] notoire a été fait par eux, et nous ne pouvons le nier : mais afin que cela ne soit pas répandu davantage parmi le peuple, défendons-leur avec menaces, de parler davantage en ce nom à qui que ce soit. Et les ayant appelés, ils leur enjoignirent de ne plus parler, ni enseigner, en aucune manière, au nom de Jésus » (4:15-18).

Nous pouvons apprendre ici ce que signifie l’inspiration de l’Écriture Sainte, à savoir que le Saint Esprit a inspiré les paroles à des instruments choisis de Dieu, des paroles qu’ils devaient mettre par écrit. Pierre et Jean reçoivent l’ordre de sortir du sanhédrin, et malgré cela Luc rapporte les délibérations qui se sont tenues à huis-clos. Lui a-t-on communiqué quelque rapport secret de cette session secrète ? Cela n’est naturellement pas exclu, mais ce n’était pas nécessaire. Car il y en a Un qui voit tout et entend tout, et qui connaît même les pensées non exprimées. Si l’auteur lui-même n’était pas présent, le Saint Esprit l’a rendu capable de consigner par écrit les choses comme elles se sont effectivement passées. Il y a beaucoup d’exemples de cela dans l’Écriture Sainte, y compris dans la suite du récit du livre des Actes par Luc.

Nous sommes maintenant témoins de délibérations comme seule l’incrédulité peut en faire. Elles sont l’expression de l’inimitié des gens religieux contre Jésus. Les hommes du sanhédrin se voient obligés de reconnaître qu’un signe notoire a vraiment été fait par les apôtres — un signe, pas seulement un miracle. Ils doivent admettre qu’ils ne peuvent pas le nier. Et un peu plus loin, nous entendons qu’ils n’ont pas trouvé de manière pour les punir (4:21). Ils ne peuvent ni leur reprocher une violation de la loi, ni leur imputer d’en avoir tiré un profit quelconque pour eux-mêmes. Ils sont conscients que ces hommes n’ont fait appel qu’au nom de Jésus le Nazaréen. Ainsi il ne reste rien d’autre à leurs yeux, que de les menacer et de leur interdire de parler davantage en ce nom. S’ils ne peuvent pas faire que le miracle n’ait pas eu lieu, alors ils désirent au moins fermer la bouche de ceux qui en parlent, et qui l’attribuent à la puissance de Jésus, dont ils disent qu’Il est vivant.

Nous arrivons ici au cœur même de l’affaire. Tout serviteur du Seigneur, et même tout croyant, a le privilège et le devoir de témoigner du Seigneur Jésus devant les hommes, et de faire connaître la gloire de Son nom. Nous sommes tous appelés à être une lettre de Christ en paroles et en actes, « une lettre … connue et lue de tous les hommes » (2 Cor. 3:2). Quand nous sommes en communion pratique avec le Seigneur, et que nous marchons avec Lui manière habituelle, et non pas seulement occasionnelle, alors Christ se manifeste dans toute notre manière de nous comporter, de penser et dans tout notre être, même sans paroles. Il n’est rapporté aucune parole de l’homme impotent. Cependant il était un témoignage vivant de la puissance de Jésus. Il est parfois absolument nécessaire de montrer clairement par des paroles, quelle personne glorieuse est notre Sauveur. Et peut-il y avoir quelque chose de plus élevé que de parler et de témoigner de Celui qui nous a aimés et qui s’est livré Lui-même pour nous ?

Or c’est justement là-contre que se dirigent les attaques de l’ennemi. Tout ce qu’il veut c’est de faire cesser ce qui glorifie Christ. Il n’a rien contre, quand les gens parlent de toutes sortes de choses, d’art, de sciences, de politique, de religion, de philosophie et de théologie. Mais dès que le nom du Seigneur Jésus est placé devant les cœurs et les consciences, il dresse une résistance acharnée. Et c’est ainsi qu’ici les conducteurs religieux enjoignent aux deux témoins de Jésus Christ de ne plus « parler ou enseigner au nom de Jésus ». Ce qui leur est interdit, est justement ce à quoi le Seigneur les a appelé et qu’Il nous appelle à faire (1:8). Quelle méchanceté se manifeste chez ceux qui revendiquent la plus haute autorité dans les choses religieuses ! Ils se mettent en opposition directe avec Dieu et avec Son Oint.

Pensons aussi que par nature, nous avons le même cœur méchant et ennemi de Dieu que ces Juifs. Chacun de nous qui se sait être maintenant sur le chemin étroit vers la gloire céleste, serait également sur le chemin large qui mène à la corruption, si la grâce de Dieu n’était intervenue. Combien cela devrait nous rendre humbles et aussi reconnaissants, et nous conduire à la louange et à l’adoration !

Nous devons encore indiquer brièvement une manière particulière de s’exprimer aux v. 17 et 18. L’expression utilisée deux fois « parler au nom de Jésus » (ou « s’exprimer au nom de Jésus ») signifie littéralement « parler sur la base du nom de Jésus » (ou « s’exprimer sur la base du nom de Jésus »). La préposition grecque est ici « epi » = ‘sur la base de’, ‘sur le fondement de’. Il était donc interdit aux disciples de tenir des discours « au sujet du nom de Jésus », ou de « s’appuyer sur ce nom ». Sinon, il y a très souvent une expression semblable qui utilise la préposition grecque « en » = ‘dans’, ou ‘par’, c’est-à-dire « dans la puissance de » (par exemple 4:2, 10).

Quand les chefs des Juifs placèrent devant les apôtres cette exigence totalement inacceptable, il y a une chose qu’ils ne firent pas : ils n’entreprirent ni ici, ni plus tard, un pas quelconque pour combattre contre le point central du témoignage des apôtres, à savoir la résurrection de Jésus. Ceci est d’autant plus remarquable que les sadducéens qui dominaient le sanhédrin en ces jours-là, niaient la résurrection corporelle, par principe. Nous pouvons être sûrs que s’ils avaient vu la moindre possibilité de réussir à contredire la réalité de la résurrection de Jésus, ils n’auraient pas manqué de le faire. Ils auraient eu la bonne occasion d’étouffer tout le mouvement. Il n’y a aucun doute sur le fait que les apôtres ont parlé d’une résurrection corporelle, et que c’est ainsi que l’a aussi compris le sanhédrin. Ce n’est pas sans raison qu’ils en restèrent pour le moment au stade des menaces.


3.2.2 - La réponse des apôtres et leur libération

Les apôtres se voyaient mis en face d’un concentré de la puissance des chefs religieux d’Israël. Courageux et inébranlables, ils ont rendu témoignage à leur Seigneur et à Sa résurrection. Comment vont-ils maintenant réagir aux menaces ? Vont-ils se laisser intimider et finalement céder à l’exigence de ne plus parler ni enseigner au nom de Jésus ?


3.2.2.1 - Obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes — Actes 4:18-19

« Mais Pierre et Jean, répondant, leur dirent : jugez s’il est juste devant Dieu de vous écouter plutôt que Dieu. Car, pour nous, nous ne pouvons pas ne pas parler des choses que nous avons vues et entendues » (4:18, 19).

Il y a pour nous beaucoup à apprendre dans l’attitude des apôtres et de leurs réponses (maintenant c’est Pierre et Jean qui parlent). Ils s’abstiennent de toute attaque inconvenante contre les Juifs ou contre le sanhédrin. L’esprit impie de provocation et de critique contre les pouvoirs publics qui caractérise notre époque, leur était complètement étranger. Ils ne répondirent pas aux menaces par des contre-menaces. Beaucoup plutôt ils restèrent calmes et tranquilles dans la conscience que l’Esprit de Dieu habitait en eux et parlait par eux.

C’est cette tranquillité d’esprit qui malheureusement nous fait si souvent défaut. Elle n’est là que s’il y a le désir d’obéir à Dieu seul, et de ne rien faire par soi-même ni de chercher quelque chose pour soi-même. L’obéissance est une chose humble, car nous n’avons à manifester aucune volonté propre indépendante de Dieu. Car rien ne donne autant de fermeté intérieure en face des dangers et des menaces, que la conscience d’être obéissant à Dieu. Si c’est Sa volonté nous pouvons Lui remettre avec confiance le cours ultérieur des choses. Il est avec nous, et cela suffit. Et pensons, bien-aimés, que chacun de nous aussi aujourd’hui peut être rempli du Saint Esprit. Si c’est le cas, Dieu opère dans l’homme. Si inversement, c’est l’homme qui opère, tout est caractérisé par l’imperfection.

Un chrétien est toujours tenu d’obéir, d’obéir en toute circonstance. La désobéissance n’est jamais juste pour lui. Il peut y avoir des cas où, comme ici, on doit obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes (comp. 5:29), mais il faut obéir, et on le peut toujours. Nous devons nous soumettre également aux pouvoirs publics, comme à toutes les institutions humaines, « à cause du Seigneur » (Rom. 13:1 et suiv. ; 1 Pierre 2:13, 14 ; Tite 3:1). Les domestiques doivent être soumis à leurs maîtres (1 Pierre 2:18), les femmes à leur mari (Éph. 5:22) etc. Mais si les autorités humaines entrent en conflit avec l’autorité divine, c’est-à-dire si les exigences divines et humaines à notre égard se contredisent, nous devons alors obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes. C’est ce dont les apôtres parlent maintenant.

Ce que Anne et Caïphe, ce que Jean et Alexandre, ce que toute la parenté du souverain sacrificateur exigeaient des envoyés de Christ, était simplement injuste devant Dieu. Les apôtres le leur laissent juger par eux-mêmes. Si Dieu leur a donné la mission d’être des témoins de Christ et des témoins de l’évangile, comment eux, les conducteurs spirituels, pouvaient-ils prendre des dispositions contraires ? Pour eux, les apôtres, était-il juste devant Dieu de les écouter plutôt que Lui ? Dieu ne les avait-il pas confirmés dans leur témoignage pour le nom du Seigneur par le moyen de la guérison de l’homme impotent ?

Cependant il y avait un deuxième point qui faisait qu’il était impossible qu’ils se taisent. Les choses du royaume de Dieu qu’ils avaient vues et entendues étaient si grandes, si élevées, elles remplissaient leur âme à un tel degré, que la nécessité d’en parler leur était imposée. « Car, si j’évangélise, je n’ai pas de quoi me glorifier, car c’est une nécessité qui m’est imposée, car, malheur à moi si je n’évangélise pas » (1 Cor. 9:16).

Connaissons-nous quelque chose de cette nécessité d’annoncer l’évangile ? Nous est-il impossible de ne pas parler de toutes les bénédictions glorieuses de Dieu en Christ que nous avons appris à connaître ? Peut-être nous manque-t-il le courage que nous admirons chez les apôtres. Ils ne l’avaient pas en eux-mêmes. Mais si nous tenons toujours notre faible vase sous la fontaine de la grâce de Dieu, et le laissons se remplir, Lui nous rendra capables de parler de ce qui réjouit notre cœur. De l’abondance du cœur, la bouche parle. L’amour rend courageux.

L’auteur était une fois dans un parc bien soigné de l’Allemagne du Sud, et il a été témoin d’une scène sans importance en soi, mais inoubliable. Au bord d’un étang situé au milieu d’une prairie, une cane se dandinait avec à sa suite toute une série de canetons jaunes en forme de pelotes. Les promeneurs se tenaient debout en contemplant la scène touchante. Bien qu’il y eut un écriteau portant écrit « tenir les chiens en laisse », un gros chien survient tout à coup et se jette sur les petits. Les gens en avaient le souffle coupé, mais l’impossible arriva : la mère-canard s’interpose en soufflant et en battant des ailes contre le chien, et le chien part la queue basse. Oui l’amour rend courageux.

Nous avons besoin de courage aujourd’hui. À l’époque, on était aux jours du commencement du christianisme sur la terre, et le Saint Esprit pouvait agir sans empêchement. En face des menaces des hommes, le Saint Esprit a donné aux apôtres la hardiesse et le courage pour témoigner du Seigneur. C’est presque avec mélancolie que nous portons nos regards en arrière vers ces jours-là où la grâce de Dieu coulait encore si librement. Aujourd’hui nous vivons dans les « derniers jours » (2 Tim. 3:1). Même si, en général, nos vies et nos corps ne sont guère exposés au danger, néanmoins le Saint Esprit appelle ces temps-là des « temps fâcheux ». Ils sont à ce point difficiles et dangereux parce qu’ils sont caractérisés par l’impiété, la mondanité et l’abandon de la vérité. Combien nous avons besoin de courage moral pour défendre les droits de notre Seigneur absent et Sa vérité ! Il est le Même, la vérité de Dieu est la même et le Saint Esprit aussi est resté le Même, « un Esprit de puissance, d’amour, et de conseil » (2 Tim. 1:7). Qu’avons-nous besoin de plus ?


3.2.2.2 - La crainte des hommes — Actes 4:21-22

« Et après les avoir menacés, ils les relâchèrent, ne trouvant pas comment ils pourraient les punir, à cause du peuple ; parce que tous glorifiaient Dieu de ce qui avait été fait. Car l’homme en qui avait été faite cette miraculeuse guérison, avait plus de quarante ans » (4:21, 22).

La répétition des menaces n’est certes pas un signe de force. En outre la crainte des hommes n’est jamais de bon conseil. La vraie crainte de Dieu, à l’inverse, chasse la crainte des hommes, et introduit Dieu dans les circonstances. C’est ce que nous voyons clairement chez les apôtres. Humainement parlant, à la faute de la détention des apôtres les chefs ajoutaient celle de les relâcher précipitamment. Sous l’effet de ces fautes, le nombre de ceux qui glorifiaient Dieu sur ce qui s’était passé, ne faisait que croître.

Rappelons qu’au ch. 3, nous avons trouvé qu’immédiatement après l’accomplissement du miracle, c’est l’étonnement, et l’étonnement seul qui a rempli les Juifs au sujet de ce qui s’était passé. Au commencement du ch. 4 nous avons vu alors qu’un nombre considérable de ceux qui avaient entendu la Parole de Dieu sont venus à la foi. Et maintenant nous apprenons qu’en conséquence des événements traversés par les apôtres, beaucoup de gens ont été conduit à reconnaître ce qui était extraordinaire, et à glorifier Dieu. Ainsi toute l’entreprise des conducteurs spirituels d’Israël a chaviré dans le contraire de ce qu’ils avaient prévu. Le miracle n’en a été que d’autant plus notoire, et les plus hautes autorités religieuses du pays ont involontairement mis leur sceau dessus. L’ennemi a cette fois-ci perdu la bataille. Les pécheurs illettrés et du commun de Galilée ont affronté le sanhédrin dans la puissance de l’Esprit de Dieu, et ce sanhédrin s’est vu incapable de trouver comment les punir.

Si Luc donne comme raison (4:22) de base pour laquelle le peuple glorifiait Dieu, le fait que l’homme impotent était âgé de plus de quarante ans, il semble indiquer par-là que toute guérison naturelle était exclue après une aussi longue maladie. Il est dit d’Énée au ch. 9, qu’il était couché sur un petit lit depuis huit ans, et le paralytique du chapitre 14 n’avait « jamais marché ».


4 - Vers les leurs — Actes 4:23 (& 23-31)

Nous avons eu le privilège d’assister en esprit à l’audience du sanhédrin. Maintenant il nous est accordé d’une manière analogue à devenir les témoins de ce qui s’est déroulé parmi les croyants qui s’étaient rassemblés.

« Et ayant été relâchés, ils vinrent vers les leurs et leur rapportèrent tout ce que les principaux sacrificateurs et les anciens leur avaient dit » (4:23).

L’expression « vers les leurs » signifie littéralement « à ceux qui leur sont propres ». Nous la retrouvons en Jean 13:1 traduit ainsi : « Jésus … ayant aimé « les siens » (litt. : ‘ceux qui Lui étaient propres’) qui étaient dans le monde, les aima jusqu’à la fin ».

Dans les deux cas les disciples du Seigneur sont visés. Ils appartiennent à leur Seigneur et Sauveur qui les a achetés et rachetés par Son sang précieux, et ils appartiennent l’un à l’autre. C’est une pensée touchante : il y a une compagnie de ceux que le Seigneur reconnaît comme les Siens, et ceux-ci se tiennent dans une intime relation spirituelle les uns avec les autres, comme le monde n’en connaît pas !

Avant de continuer à suivre le cours des événements, nous voulons nous arrêter un moment sur l’expression « les leurs », et donner une pensée sur ce qui a le caractère d’une loi générale, ayant aussi cours dans les relations naturelles.


4.1 - Une « loi de la nature » — Actes 4:23

Il y a un proverbe humain qui dit : « qui se ressemble, s’assemble ». Tant il est vrai que les contraires s’attirent — les deux apôtres Pierre et Jean, si différents l’un de l’autre, en sont eux-mêmes un exemple, — tant il est aussi vrai que des liaisons fortes existent entre ceux qui se ressemblent. Nous rencontrons ce principe aussi bien dans le domaine naturel que dans le domaine spirituel, et nous voudrions nous y arrêter un instant. Nous pouvons passablement apprendre de ce que l’Écriture Sainte nous dit là-dessus dans un sens positif aussi bien que négatif.

Si un agneau est séparé pour un temps du troupeau, il se soumet à une puissance supérieure. Mais dès qu’il retrouve sa liberté, il court sans jamais s’arrêter pour revenir au troupeau, et n’a pas de cesse tant qu’il ne se retrouve pas au milieu des autres brebis. On peut observer quelque chose de semblable avec diverses sortes d’oiseaux. Si on met provisoirement un oiseau en cage, puis qu’on le relâche, il fait tout de suite route vers l’endroit où il suppose que sont ceux de son espèce. Les pigeons voyageurs sont un exemple particulièrement beau de ce que les animaux suivent cet instinct de revenir vers « les leurs ».

Les croyants ont aussi « cet instinct », si l’on peut dire. Cela résulte de ce que, par la nouvelle naissance, ils ont reçu la nouvelle nature, la vie éternelle. Il est possible que des circonstances extérieures les empêchent d’aller l’un vers l’autre. Mais dès que ces contraintes extérieures s’effacent, alors ils sont attirés vers les leurs par une puissance irrésistible. C’est ce que nous voyons ici, d’une manière si belle, avec les apôtres. À peine libérés, quelle a été la première impulsion de leur cœur ? Ils se mettent sans hésiter à chercher le lieu où ils pensent trouver la compagnie des croyants. Ils désiraient avoir communion avec eux, et leur raconter tout ce qu’ils avaient vécu dans le témoignage pour leur commun Seigneur.

Nous vivons aujourd’hui à la fin du temps de la grâce. À l’époque c’était les jours du commencement ; ils étaient caractérisés par la puissance spirituelle. Malgré tout, nous avons aussi ces désirs de la nouvelle nature en nous en tant que nés de nouveau. Mais il peut se faire que par l’amour du monde et par la poursuite d’un intérêt particulier, ces désirs soient fortement évaporés. Cela suffit à expliquer que bien des enfants de Dieu, sans raison contraignante, abandonnent facilement les rassemblements des « leurs ». Combien cela est dommage et un sujet de honte ! Quand cette impulsion vers les nôtres n’est pas présente, il y a quelque chose dans nos vies qui n’est pas en ordre. Plus on avance des excuses selon lesquelles on ne peut pas chercher leur communion, plus notre état honteux paraît au grand jour. Si l’amour pour le Seigneur est en activité, cela nous tire à Lui et vers ceux qui sont rassemblés autour de Lui. Cet amour saura surmonter les résistances en tout genre, pour se retrouver malgré tout au milieu de ceux auxquels nous appartenons.

Les deux apôtres sont ici pour nous un exemple méritant d’être imité quant au désir d’être parmi les autres croyants, qu’ils soient rassemblés ou non. La nouvelle nature en nous cherche leur présence et leur communion, elle ne les évite pas.

L’Écriture Sainte montre cet attrait vers nos semblables dans le bon sens comme dans le mauvais sens. La nouvelle nature agit selon ses règles, et la vieille nature selon les siennes. Or sur ce point spécifique, il y a une harmonie dans la manière d’agir des gens, soit qu’ils se laissent conduire par l’une des natures, soit par l’autre : chacun est attiré par ce qui lui est semblable ; et s’il y a la liberté, chacun suit ce mouvement. J’appelle cela une « loi de la nature ».

Il y a des gens qui n’ont adopté le christianisme qu’extérieurement. Sous l’influence de la Parole de Dieu et du Saint Esprit, ils se tiennent un certain temps parmi les croyants, mais sans réellement s’ouvrir à cette Parole et sans aucune conversion et sans vivre la nouvelle naissance. Tôt ou tard, ils rejettent les limitations qui pour eux sont des fardeaux, et ils sont de nouveau saisis par leurs anciennes relations. Ils abandonnent le christianisme et retournent vers « les leurs ». « Mais ce que dit le proverbe véritable leur est arrivé : Le chien est retourné à ce qu’il avait vomi lui-même, et la truie lavée, à se vautrer au bourbier » (2 Pierre 2:22).

Combien est funeste un tel chemin ! Il se termine dans la damnation éternelle. Christ est « la voie de la justice » (2 Pierre 2:21). L’avoir reconnu comme tel, et pourtant L’avoir délaissé, ne peut que conduire à cette fin tragique (Héb. 6:4-8).

Nous avons aussi devant les yeux l’exemple de bien des enfants de parents croyants. Tant qu’ils sont sous l’influence pieuse de leurs parents qui craignent Dieu, et qu’ils vivent à la maison, ils poursuivent extérieurement la voie de la profession chrétienne. Ils assistent avec leurs parents aux réunions des croyants, mais en réalité ils n’appartiennent pas à cette compagnie. Ce ne sont pas « les leurs », car leur cœur bat en secret pour ce qui leur est propre, pour le monde. Quand alors ils abandonnent le cercle chrétien protecteur, la plupart du temps ils se perdent entièrement dans le monde. Ils rejettent tous les liens chrétiens par lesquels ils avaient été préservés jusque-là du mal grossier. Ces liens n’étaient pour eux qu’un joug pesant qu’ils ont secoué aussi vite que possible. C’est ainsi qu’eux aussi ont pris le chemin vers « les leurs » ; et si nous ne connaissions pas la miséricorde de Dieu qui répond aux prières des parents et amis en soucis, nous aurions pour eux aussi peu d’espoir que pour ceux qui suivent un chemin tel que décrit en 2 Pierre 2.

Quand le Seigneur Jésus marchait sur cette terre, toutes sortes de gens vinrent à Lui avec toutes sortes de questions et de préoccupations. Certains voulaient le suivre « où qu’Il aille », d’autres voulaient Le faire partager des héritages, d’autres voulaient tout faire « pour hériter de la vie éternelle ». Mais quand ils se voyaient placés par Sa Parole devant des décisions que seule la foi peut prendre correctement, alors régulièrement ils sombraient et retournaient vers « les leurs ».

Judas Iscariote a marché pendant trois ans dans un même chemin avec le Seigneur et les autres apôtres. Or c’était un disciple qui n’avait pas la vie de Dieu, et qui ne suivait Jésus qu’extérieurement. En réalité il était un « voleur », et même un « diable », comme le Seigneur le caractérise. La présence du Seigneur a certes canalisé ses pratiques mauvaises dans des limites étroites. Mais quand le Seigneur l’a couvert de honte et l’a laissé sortir dans la nuit, il n’a pas hésité à suivre son propre chemin, d’abord vers les principaux sacrificateurs, et finalement « en son propre lieu » (1:25) — combien cela est vraiment bouleversant !

J’ai aussi à cœur, en rapport avec ce sujet, de nous parler encore une fois, à nous les enfants de Dieu. Nous avons déjà vu que, dans tout croyant, il y a fondamentalement l’attrait de la nouvelle nature vers Celui dont il tire sa nouvelle vie, et en même temps l’attrait vers ceux qui Lui sont pareillement redevables, à Lui seul, de leur existence comme enfants de Dieu (1 Jean 5:1, 2).

En outre nous possédons le Saint Esprit comme une personne de la Déité habitant en nous (1 Cor. 6:19). Il est la puissance de la vie nouvelle, et Il tire notre être intérieur vers Christ et les Siens. Mais nous avons déjà remarqué que ce désir de la nouvelle nature ainsi que l’activité de l’Esprit de Dieu en nous, peuvent être affaiblis par toutes sortes d’influences dans la pratique de notre vie (sinon nous n’aurions pas besoin, par exemple, d’exhortations à aimer les enfants de Dieu, puisqu’en principe nous les aimons). Et parce qu’il en est ainsi, nous devons toujours être exhortés à « demeurer attachés au Seigneur de tout notre cœur » (11:23), et pour en rester à notre sujet, nous devons décider pratiquement ce que nous faisons vis-à-vis de ce qui est « nôtre ».

Démas est un avertissement sous forme d’exemple d’un disciple qui a pris une mauvaise décision. Pendant toute une période sous l’influence forte de l’apôtre Paul, il a suivi le chemin du service pour Christ. Mais ensuite, au moment critique de l’emprisonnement de Paul, Démas a abandonné l’apôtre, car il a aimé le présent siècle (2 Tim. 4:10). Même le dévouement et l’amour sans pareil de l’apôtre n’ont pas pu le retenir de choisir le monde comme sa part. Cela ne nous montre-t-il pas de quoi notre cœur est capable ?

Le Seigneur Jésus lui aussi a dû vivre la situation au cours de laquelle beaucoup de Ses disciples trouvèrent Ses discours trop durs, et ne voulurent plus marcher avec Lui. L’Écriture commence par remarquer que beaucoup de ses disciples se retirèrent (Jean 6:66). Nous avons de nouveau là le mauvais choix consistant à se retirer du mauvais côté, loin du Seigneur et des Siens. Certes il n’est pas dit de ceux-là, pas plus que de Démas, qu’ils aient tout à fait abandonné le Seigneur ; mais ils ne L’ont plus suivi, ils se sont retirés vers ceux qu’ils voyaient comme « les leurs ».

Cependant il y avait et il y a aussi un exemple positif brillant. Tandis que le Seigneur demandait aux douze s’ils voulaient eux aussi s’en aller, Simon Pierre lui répondit : « Seigneur, auprès de qui nous en irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle ; et nous, nous croyons et nous savons que toi, tu es le Saint de Dieu » (Jean 6:68, 69). Combien ces paroles ont dû réjouir le cœur du Seigneur !

Il y a bien des exemples de l’Écriture Sainte où des gens libérés sont retournés à l’origine de leur bénédiction pour y jouir du bonheur qui leur avait été nouvellement acquis. Quand les chaînes d’esclavage du fils prodigue dans le pays étranger eurent été brisées (parabole de Luc 15), il retourna à la maison de son père. La confiance dans le père l’attirait là, et il y trouva le bonheur et la paix qu’il cherchait.

Nous voyons quelque chose de semblable dans le démoniaque du pays des Gadaréniens (Marc 5). Le Seigneur l’avait délivré des chaînes terribles de Satan, et nous voyons alors assis auprès de Jésus, vêtu et dans son bon sens, celui qui avait eu Légion (Marc 5:15). Si les Gadaréniens se mirent à Le prier de s’en aller de leur territoire, l’ancien possédé, lui, Le priait de lui permettre de rester avec Lui (Marc 5:18). C’est le souhait normal d’un cœur délivré : Demeurer auprès de Celui à qui l’on doit tout.


4.2 - Une corporation particulière — Actes 4:23

« Ils vinrent vers les leurs ». — Depuis la Pentecôte, il y avait eux, ce troisième groupe de gens dans le monde. Jusqu’à présent, du point de vue de l’histoire du salut, il n’y avait que deux groupes, les Juifs et les nations. Mais depuis que Christ est mort, qu’Il est ressuscité et monté au ciel, et qu’Il a envoyé le Saint Esprit de la part du Père, il existe ce troisième groupe : l’assemblée de Dieu (1 Cor. 10:32). On ne pouvait et on ne peut appartenir qu’à l’un de ces trois groupes. Ou bien on est un Juif, ou bien on est un païen, ou bien on appartient à l’assemblée de Dieu. L’un exclut l’autre.

L’assemblée se compose certes de Juifs et de ceux des nations, mais elle est une corporation entièrement séparée de ces deux-là. Elle constitue un peuple céleste dont le souverain sacrificateur ne réside pas à Jérusalem, mais séjourne dans le ciel à la droite de Dieu comme nous le montre l’épître aux Hébreux. Ceux-ci forment le corps de Christ dont la tête est Christ dans la gloire ; les disciples d’alors comprenaient certainement bien peu ce fait, tout comme le fait que l’assemblée est en même temps la Maison de Dieu, dans laquelle Dieu habite comme dans un temple saint. Mais les disciples savaient que leur Seigneur et Maître était allé au ciel, et qu’en Lui s’accomplissent toutes les promesses de Dieu. Leurs regards étaient dirigés sur Lui, et ils attendaient tout de Lui.

Par le fait qu’immédiatement après leur libération ils allèrent auprès « des leurs », ils reconnaissaient en principe que cette compagnie de croyants n’avait rien de commun avec le monde, ni non plus avec le monde religieux du judaïsme. « Ils ne sont pas du monde » avait dit le Seigneur « comme moi je ne suis pas du monde » (Jean 17:16). Dans la chrétienté ces principes sont très largement perdus. Il y a longtemps que le monde et l’église se sont mélangés et liés, de sorte que, vu de l’extérieur, on ne peut plus les distinguer.

Déjà dans la lettre à Pergame qui, du point de vue de l’histoire ecclésiastique, nous dépeint l’état de l’église aux environs des années 600 après J. C., le Seigneur devait constater : « Je sais où tu habites, là où est le trône de Satan », et « …qui a été mis à mort parmi vous, là où Satan habite » (Apoc. 2:13). L’église, en tant qu’église d’état, était devenue un élément principal du monde, et elle l’est restée jusqu’à aujourd’hui. Cependant nous voulons de nouveau nous souvenir que « le Seigneur Jésus lui-même s’est donné pour nos péchés, en sorte qu’Il nous retirât du présent siècle mauvais, selon la volonté de notre Dieu et Père » (Gal. 1:4).

Que le Seigneur veuille nous être en aide dans ces derniers temps pour maintenir la séparation du monde dans la doctrine et dans la pratique, aussi bien dans nos voies personnelles que collectives ! Satan a son trône dans le monde, et il y est prince et dieu (Jean 14:32 ; 2 Cor. 4:4). Mais combien il est heureux de savoir qu’aujourd’hui encore il y a la place de ceux qui sont rassemblés en Son nom ! Là où ne serait-ce que deux ou trois le reçoivent par la foi, le Seigneur Jésus est personnellement au milieu d’eux (Matt. 18:20), et Il y est la source de toute bénédiction et de toute puissance. Là, et là seulement, on peut voir et réaliser ce qu’est l’assemblée du Dieu vivant selon sa nature. Elle a pour tête Christ glorifié (Col. 1:18), tout en elle tourne autour de Lui. En elle, tous les droits ne reviennent qu’à Lui, et elle est dans la main de Dieu, l’instrument privilégié pour la glorification de son Fils (Éph. 3:21).

Une fois qu’on a compris cela par le cœur, on abandonne tous les systèmes et groupements chrétiens qui doivent leur origine à l’homme et non pas à Dieu. Ils ne sont pas un portrait de l’assemblée de Dieu comme Lui la voit. Or les deux ou trois qui sont réunis au nom du Seigneur Jésus et qui Lui reconnaissent tous les droits, eux possèdent ce privilège.

À l’époque où nous en sommes dans le livre des Actes, tout était sain et simple à ce point de vue. Les deux apôtres pouvaient aller en toute simplicité vers « les leurs », sans hésiter et sans mise à l’épreuve. En dehors d’eux, il n’y avait pas de chrétiens.

Si aujourd’hui les choses sont devenues si compliquées du point de vue ecclésiastique, cela ne tient ni à Dieu ni à Sa vérité, mais à notre infidélité, et à la propre volonté de l’homme. Ce sont elles les vraies causes de toutes les divisions du domaine chrétien, et c’est par elles que la scène chrétienne est devenue si embrouillée, et que le chemin du croyant est devenu si difficile.

Tandis que Pierre et Jean allaient vers « les leurs », ces croyants étaient justement rassemblés. « Les leurs » ne désigne pas seulement les apôtres. Très vraisemblablement c’était une compagnie beaucoup plus importante qui se réunissait là. Il est facile de comprendre la pensée que les croyants s’étaient réunis pour prier après avoir appris l’emprisonnement des deux apôtres. Dans une occasion similaire ultérieure, nous voyons l’assemblée en train de faire d’instantes prières à Dieu pour Pierre (12:5). Combien grande a dû être la joie de ceux qui étaient rassemblés quand ils ont vu devant eux les deux apôtres bien portants !


4.3 - Une prière des premiers chrétiens — Actes 4:24-31

Les deux apôtres racontèrent à ceux qui étaient réunis tout ce que les principaux sacrificateurs et les anciens leur avaient dit. Ils leur firent part de l’interdiction qui leur avait été imposée, à savoir de ne plus parler au nom de Jésus. C’était le point crucial. Il l’est encore aujourd’hui. Satan fait tout son possible pour détruire le sain enseignement de la Parole de Dieu, ou au moins d’en faire cesser la propagation. Ne nous faisons pas d’illusions à cet égard !

Les disciples de l’époque étaient conscients du danger et de la gravité de la situation. Alors que faire ? Allaient-ils se révolter contre l’injustice commise contre deux d’entre eux ? Allaient-ils discuter sur telle ou telle méthode pour faire face au danger de la meilleure façon ? Ils font quelque chose de bien meilleur.


4.3.1 - Trouver refuge dans la prière à Dieu — Actes 4:24a

« Et l’ayant entendu, ils élevèrent d’un commun accord leur voix à Dieu » (4:24a).

Dans leur faiblesse et leur détresse, ils prennent refuge dans la prière à Dieu. Voilà le chemin pour nous dans nos difficultés. Aussi grands que puissent être les problèmes dans lesquels nous nous trouvons en tant que compagnie de croyants désirant être fidèles à la Parole de Dieu, ce chemin-là nous reste toujours ouvert. Nous pouvons toujours déployer devant notre Dieu et Père les détresses et dangers qui menacent l’assemblée dans l’assurance qu’Il nous écoute. Comme Ézéchias qui, dans une heure de danger extrême pour son peuple, déploya la lettre de l’ennemi devant l’Éternel (2 Rois 19:14), ainsi nous aussi nous pouvons déployer devant Lui tous les détails des dangers qui nous sont connus. Dieu y trouve Son bon plaisir. Naturellement Il sait tout bien mieux que nous, et Il connaît parfaitement tout le contexte. Cependant Il voudrait que nous lui disions tout, et que nous comptions sur Son aide.

Quelle chose merveilleuse que la prière ! Ce n’est pas seulement l’expression de la dépendance de Dieu — c’est ce qu’on dit souvent, et à juste raison — mais elle est aussi l’écho du cœur à la bonté de Dieu. Une paroi de rocher verticale en montagne ne produit aucune voix par elle-même, mais elle peut renvoyer la voix de celui qui appelle : il en est de même avec la prière.

La disposition à prier n’est pas quelque chose de naturel, quelque chose de présent a priori, mais il y a toujours quelque chose qui la précède. Ce que j’entends par-là, ce n’est pas une cause extérieure, une quelconque situation de détresse, qui forcerait à prier. Cette disposition peut tout à fait exister sans que l’homme prenne son refuge dans la prière à Dieu. Non je pense à autre chose : la révélation de Dieu par sa Parole sous une forme quelconque, précède toujours la prière. La révélation que Dieu donne de Lui-même, par exemple dans l’énoncé d’une promesse, éveille dans l’âme de l’homme l’assurance et la confiance en Celui qui a parlé. Nous ne reconnaissons pas seulement la grandeur de Dieu, mais aussi Sa bonté et Sa miséricorde.

Le résultat est que nous nous tournons vers Lui dans la prière. Saul de Tarse avait vu le Seigneur glorifié et avait entendu Sa voix. L’écho de son âme à la suite de cela se traduit clairement dans ces paroles : « voici, il prie » (9:11).

Ainsi il y a toujours une action réciproque entre Dieu qui nous parle, et nous qui Lui parlons. Cela se voit aussi dans la prière qui suit. Quand on apprécie et aime la Parole de Dieu, voilà la réponse qui survient dans le cœur du croyant : la confiance dans la prière à Dieu. Soyons encouragés à faire davantage appel à cette ressource bénie, et à honorer notre Dieu de bonté en Lui faisant confiance. Il s’agit ici de prières publiques et en commun. Il n’est pas dit qui a conduit dans la prière ceux qui étaient rassemblés, mais on peut bien supposer que c’est l’un des apôtres qui a été la bouche des autres. Que tous aient parlé ensemble et en même temps, est indigne de Dieu et absolument inconcevable là où le Saint Esprit agit et a la direction. « Car Dieu n’est pas un Dieu de désordre, mais de paix, comme dans toutes les assemblées des saints » (1 Cor. 14:33).

Une condition préalable et importante pour la prière en commun est le commun accord. Celui-ci n’est pas, comme beaucoup le pensent, le résultat de discussions préalables et d’arrangements, mais il est le résultat de l’activité de l’Esprit de Dieu. Si le Saint Esprit peut agir sans empêchement, il suscite chez ceux qui prient le commun accord à la fois dans les sentiments et dans les demandes.


4.3.2 - Dieu le Souverain — Actes 4:24b

« … et dirent : Ô Souverain ! toi, tu es le Dieu qui as fait le ciel et la terre, et la mer, et toutes les choses qui y sont » (4:24b).

Ils parlent à Dieu en tant que « Souverain ». C’était approprié à la situation et à l’époque. Aucune ligne du Nouveau Testament n’avait encore été écrite, et la pleine révélation de Dieu n’était pas encore achevée. Certes le Seigneur ressuscité avait déjà fait transmettre aux disciples la vérité précieuse que Son Père était maintenant leur Père, et que Son Dieu était maintenant leur Dieu (Jean 20:17). Mais la liberté de s’adresser à Dieu comme au « Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ » (Éph. 1:3, 17 ; 3:14 ; Col. 1:3 ; 1 Pierre 1:3) et par-là comme à « notre Dieu et Père » n’était pas encore connue. Ce n’est que petit à petit par le ministère de Ses serviteurs, spécialement l’apôtre Paul, que Dieu a fait connaître toute l’étendue de la position et de la bénédiction chrétiennes. Et ce n’est que cette situation de confiance en la vérité du Nouveau Testament qui nous donne la liberté d’appeler Dieu « notre Père » (1 Pierre 1:17). « Nous avons reçu l’Esprit d’adoption par lequel nous crions : Abba, Père ! » (Rom. 8:15 ; comp. Gal. 4:6). Cette bénédiction existait certes déjà en principe à ce moment-là, mais elle n’était pas encore connue. Cet exemple nous montre de nouveau combien il est important qu’il y ait une instruction selon Dieu au sujet de Ses pensées. Nous ne pouvons guère en surestimer la valeur.

À l’époque l’assemblée de Dieu ne se composait que de gens d’origine juive. C’est ce qui explique tant de particularités des premiers chapitres des Actes. C’est cela aussi qui explique le fait de s’adresser au « Souverain », car ce terme est le mot grec correspondant à l’hébreu adonaï = Seigneur. Cela nous fait penser que les disciples ont prié cette fois-là en araméen, et que Luc l’a transcrit en grec.

Le mot grec « despotes » (qui correspond au mot français « despote ») décrit un souverain ou un maître qui possède la puissance sans restriction. Ce terme revient en tout dix fois dans le Nouveau Testament. La première fois c’est le vieillard Siméon qui utilise ce terme en s’adressant à Dieu : « Maintenant, Seigneur, tu laisses aller ton esclave en paix selon ta parole » (Luc 2:29). Notre passage du livre des Actes est la deuxième occurrence de cette appellation « despotes » pour s’adresser à Dieu. La dernière se trouve en Apoc. 6:10. Là, ce sont de nouveau des Juifs, et plus précisément des martyrs juifs qui l’utiliseront. Ce titre « despotes » sert deux fois à qualifier le Seigneur Jésus (2 Pierre 2:1 ; Jude 4), et il est aussi utilisé pour des dominateurs terrestres (1 Tim. 6:1, 2 ; 2 Tim. 2:21 ; Tite 2:9 ; 1 Pierre 2:18). Ce n’est certainement pas par hasard que le titre de « Tout-Puissant », lui aussi, figure exactement dix fois dans le Nouveau Testament.

Il est particulièrement significatif que le titre de Souverain soit aussi attribué au Seigneur Jésus. C’est Christ qui exerce la puissance souveraine, et Il est le centre de tout. Comme Homme aussi, Il est le maître sans restriction. Quelle que soit l’intimité des personnes de la Déité à laquelle nous avons été introduits par la grâce de Dieu, nous ne devons jamais oublier leur élévation. Par les questions que Dieu lui posa, Job apprit que l’on ne peut pas parler à Dieu de manière irrévérencieuse, ni comme à un égal.

Nous devons prier « par le Saint Esprit », c’est-à-dire « dans la puissance du Saint Esprit » selon Jude 20 : cela exclut que nous puissions prier le Saint Esprit Lui-même. Bien sûr la prière des premiers chrétiens était une prière par le Saint Esprit, mais ils ne priaient pas la personne du Saint Esprit Lui-même. Nulle part dans l’Écriture nous trouvons une telle pensée.

Il est aussi remarquable qu’ils ne se soient pas servi de la prière connue sous le nom de « Notre Père ». Nous ne retrouvons jamais cette prière dans le cours du livre des Actes, ni nulle part dans les épîtres. Les premiers chrétiens avaient compris que le Seigneur avait donné cette prière pour une période déterminée, et pour un groupe de personnes déterminé. Les disciples du Seigneur ont certainement fait usage de cette prière durant Sa vie ici-bas, et il est non moins certain qu’elle sera de nouveau utilisée un jour, par le résidu juif, à la fin des jours.

Cependant aujourd’hui l’un des privilèges chrétiens réside dans le fait de pouvoir prier par le Saint Esprit et au nom du Seigneur Jésus. À l’inverse, la prière du « notre Père » ne portait pas ce caractère élevé ; car le Seigneur dit, en regardant rétrospectivement le temps de Son séjour ici-bas sur la terre : « Jusqu’à présent vous n’avez rien demandé en mon nom » (Jean 16:24). Mais alors Il prévoyait le jour de grâce où nous vivons aujourd’hui, et Il continue : « En ce jour-là, vous demanderez en mon nom » (Jean 16:26). Que signifie demander « en son nom » ? C’est demander à Dieu, selon la valeur et la puissance de ce que Christ a révélé de Lui. C’est un privilège immense !

Quand ceux qui étaient réunis prièrent en disant : « Toi, tu es le Dieu qui as fait le ciel et la terre, et la mer, et toutes les choses qui y sont », ils glorifiaient Dieu en tant que Créateur de toutes choses. Combien cela était approprié ! Lui qui a tout créé, contrôle tout aussi. Nous nous souvenons peut-être trop peu de la gloire de Dieu en tant que Créateur et de Sa Toute-Puissance. Pourtant il y a une plus grande consolation à connaître la toute-puissance de Dieu. S’Il a appelé toutes choses à l’existence, n’est-Il pas aussi en état de contrôler toutes ces choses ? Il est vrai que maintenant Dieu ne gouverne pas de manière immédiate et directe. Mais Il régit tout à fait de manière indirecte. Il établit les limites fermes, à l’intérieur desquelles l’ennemi peut se mouvoir. Aussi grande que la détresse puisse être, Il tient solidement toutes choses dans Ses mains. C’est de cela que se souvenaient ces disciples du commencement.


4.3.3 - Être dirigés par la Parole de Dieu — Actes 4:25, 26

Nous voyons alors comment le Saint Esprit les dirige dans la prière vers un passage particulier de la Parole de Dieu, et il leur en donne l’intelligence :

« … qui as dit, par la bouche de David ton serviteur : ‘Pourquoi se sont déchaînées les nations, et les peuples ont-ils projeté des choses vaines ? Les rois de la terre se sont trouvés là, et les chefs se sont réunis ensemble, contre le Seigneur et contre son Christ’ » (4:25, 26).

Quelques-uns des meilleurs manuscrits ajoutent dans cette première phrase les mots « par le Saint Esprit », de manière à lire : « … qui as dit par le Saint Esprit par la bouche de ton serviteur David ». Cet ajout a tout à fait droit de prétendre être l’original.

Il est indiscutable que c’est le Saint Esprit qui parlait dans l’Ancien Testament, mais pour ce faire il utilisait des hommes, et entre autres « la bouche de son serviteur David ». Nous avons déjà vu cela au ch. 2. Ici, nous apprenons en outre que le Psaume 2, dont le début est cité ici, a été rédigé par David. Sur la base du livre des Psaumes, on ne le saurait pas ; car il manque le sous-titre qu’on trouve dans beaucoup d’autres Psaumes de David : « Psaume de David ». Nous ne saurions pas non plus qu’Énoch « le septième depuis Adam » a prophétisé sur le jugement des impies, si le Saint Esprit ne nous en avait pas fait part dans la dernière épître du Nouveau Testament, par le moyen de Jude (Jude 14, 15).

Mais le Saint Esprit qui leur a remis en mémoire le Psaume 2, leur fait aussi comprendre que cette grandiose prophétie a déjà trouvé un accomplissement partiel dans le rejet du Seigneur Jésus :


4.3.3.1 - Actes 4:27-28

« Car en effet, dans cette ville, contre ton saint serviteur Jésus que tu as oint, se sont assemblés et Hérode et Ponce Pilate, avec les nations et les peuples d’Israël, pour faire toutes les choses que ta main et ton conseil avaient à l’avance déterminé devoir être faites » (4:27, 28).

Il est effectivement étonnant de voir avec quelle sûreté et quelle clarté ces chrétiens savaient interpréter la parole prophétique de l’Ancien Testament, sans avoir eu dans les mains, aucun exposé ou commentaire de personnes instruites. Ils ne pouvaient s’appuyer sur rien d’autre que la Parole de Dieu écrite et sur l’Esprit de vérité qui devait les conduire dans toute la vérité (Jean 16:13). Il est vrai que c’est ce qu’il y a de mieux. Nous pouvons et devons certainement utiliser les dons que le Seigneur a donnés pour le perfectionnement des saints et l’édification du corps de Christ (Éph. 4:12), aussi bien s’il s’agit de leur ministère oral qu’écrit. Timothée fut aussi encouragé à confier à d’autres personnes fidèles ce qu’il avait entendu de l’apôtre Paul en présence de plusieurs témoins, afin qu’eux aussi à leur tour puissent redonner la vérité à d’autres (2 Tim. 2:2). Mais c’est quelque chose de particulier quand le Saint Esprit accorde à l’un ou à l’autre la compréhension directe de la vérité, sans intermédiaire humain. C’est pourtant l’exception plutôt que la manière normale, parce que Dieu, dans Sa sagesse, a rendu les membres du corps de Christ dépendant les uns des autres (1 Cor. 12:18 et suiv.).


4.3.4 - L’accomplissement du Psaume 2

Il s’agit maintenant de la prophétie du Psaume 2 sur les jours de la fin et sur le résidu juif. Mais le conflit, dont il est parlé, a déjà commencé par la condamnation et la crucifixion du Seigneur.


4.3.4.1 - La double onction du Seigneur

La description de ce Psaume dans toute sa portée, ne se rapporte à aucun autre roi d’Israël oint, sinon au Seigneur Jésus. Il était et Il est l’Oint de Dieu — « son Oint », « son Christ » (3:18). Cependant Il n’a pas été oint d’huile comme les rois terrestres, mais oint de l’Esprit Saint. En considérant le ch. 2, nous avons vu que ceci s’est passé à l’occasion de Son baptême par Jean en vue de Son ministère public. Le Saint Esprit est descendu du ciel sous une forme corporelle comme une colombe, et est demeuré sur Lui (Matt. 3:16 ; Jean 1:32). C’est à cet événement que le Seigneur se réfère en Jean 6, et qu’Il décrit par ces mots : « car c’est Lui que le Père, Dieu, a scellé » (Jean 6:27).

Or ensuite, en tant que glorifié, Il a reçu une deuxième fois le Saint Esprit, comme nous l’apprenons en Actes 2:33. Cela signifie une deuxième onction par le Saint Esprit. C’est d’elle que parle Héb. 1:9 : « c’est pourquoi Dieu, ton Dieu, t’a oint d’une huile de joie au-dessus de tes compagnons » (comp. Ps. 45:6, 7). Quand nous entendons parler ici de Ses « compagnons », nous pensons instinctivement à Zach. 13:7 : « Épée, réveille-toi contre mon berger, contre l’homme qui est mon compagnon, dit l’Éternel des armées ». Combien ceci est émouvant : dans Son abaissement le plus profond, le Seigneur Jésus était le compagnon de l’Éternel ; or dans Son élévation la plus haute, au-dessus de tous les cieux, c’est nous qui serons nommés Ses compagnons !

Or, quand dans son discours aux Juifs Pierre parle de ce que Dieu a oint Son saint serviteur Jésus, nous pensons plutôt à Son onction pour Son service public qu’à l’onction du Saint Esprit qu’Il a reçue en tant que monté au ciel.

En ce qui concerne la désignation du Seigneur Jésus comme « ton saint serviteur Jésus », nous avons déjà eu l’occasion de voir qu’elle est en relation avec le témoignage rendu aux Juifs. En outre, comme on l’a déjà remarqué, l’assemblée de Dieu ne se composait à l’époque que de Juifs de naissance. Pour nous aujourd’hui, il n’est guère approprié de parler à Dieu de cette manière de notre Seigneur.

Avec la lumière croissante de la vérité du Nouveau Testament, il devient d’autant plus clair que Christ entretient des relations beaucoup plus élevées avec Dieu et avec nous. C’est ainsi qu’Il est « la tête du corps, de l’assemblée », et même Il est « chef [= tête] sur toutes choses » (Éph. 1:10, 22), au-dessus de tout l’univers. Il est aussi la « sagesse de Dieu » (1 Cor. 2:7), « l’Agneau de Dieu » (Jean 1:29 ; 1 Pierre 1:19), « la Parole éternelle » (Jean 1:1), « le Dieu véritable et la vie éternelle » (1 Jean 5:20), « notre grand souverain sacrificateur » (Héb. 4:14), « notre avocat auprès du Père » (1 Jean 2:1), « le juge des vivants et des morts » (2 Tim. 4:1 ; Apoc. 20:11 et suiv.). Nous pourrions ainsi continuer à énumérer toutes les dignités et tous les titres du Seigneur Jésus.


4.3.4.2 - Un accomplissement partiel

C’était une alliance profane et contre nature qui s’était liguée et avait comploté contre le Seigneur Jésus, le saint serviteur de Dieu ! Les disciples font clairement la différence, à l’aide du texte des Psaumes, entre les différentes personnalités et groupes d’ennemis. Dans « les rois de la terre » et « les chefs » (ou : « princes ») nous reconnaissons d’un côté Hérode et de l’autre Pilate. Ces dignitaires du monde avaient été auparavant en inimitié l’un contre l’autre, et ils étaient devenus amis et alliés suite à leur rejet commun de Jésus.

Nous voyons là quelque chose d’intéressant. Ceux qui prient tiennent ouvertement compte du fait que, dans le premier verset du Ps. 2, il y a deux mots différents pour désigner les ennemis de l’Oint, à savoir « les nations » et « les peuples ». Tout le long de l’Ancien Testament, le premier de ces mot (en hébreu : goyim) désigne seulement ces peuples qui ne sont pas Israël. Toutes les nations en dehors d’Israël étaient des « goyim », c’est-à-dire des « païens ». Le second mot n’a pas une signification aussi restreinte. C’est pourquoi ceux qui prient reconnaissent dans « les nations » les Romains, et dans « les peuples » les peuples d’Israël. Ces deux peuples s’étaient aussi réunis pour condamner et crucifier Jésus. Ils s’étaient tous rassemblés « dans cette ville » (4:27), dans Jérusalem, et ils s’étaient entendus contre l’Oint de Dieu pour l’éliminer.

Le Ps. 2 a eu un accomplissement partiel dans la crucifixion du Seigneur Jésus — partiel parce que l’accomplissement de sa deuxième partie n’a pas encore eu lieu et est encore future. Mais même les premiers versets n’ont eu qu’un accomplissement partiel quand le Seigneur a été mis à mort par les efforts communs d’Israël et des Romains. Leur véritable accomplissement n’aura lieu qu’au temps de la fin. Nous allons y revenir bientôt. Le Saint Esprit qui parle ici par le moyen des disciples, a tout à fait la liberté d’appliquer les premiers versets du Ps. 2 de la manière que nous avons vue. Dans ces versets, il n’y a à l’origine aucune contradiction, mais un parallèle. « Nations » et « peuples » sont des expressions parallèles, comme « rois » et « princes ».

Cette liberté dans l’utilisation des citations de l’Ancien Testament par le Saint Esprit se retrouve à plusieurs reprises dans le Nouveau Testament. Pensons simplement à Actes 2 où la prophétie de Joël sur l’effusion du Saint Esprit sur toute chair est appliquée à la descente du Saint Esprit à la Pentecôte.


4.3.4.3 - Le plein accomplissement du Psaume 2

La condamnation de Christ par les nations et les peuples d’Israël n’a été effectivement qu’un commencement, et elle est une préfiguration de l’inimitié contre Christ, qui se montrera de nouveau et d’une manière généralisée à la fin des jours. Quand le Seigneur Jésus viendra sur la terre depuis le ciel ouvert (Apoc. 19:11 et suiv.), les peuples de la terre formeront une grande confédération contre Lui (Apoc. 19:19), et alors ils diront : « Rompons leurs liens, et jetons loin de nous leurs cordes ! » (Ps. 2:3). Dans leur unité nouvellement créée, ils se sentiront suffisamment fort pour conduire une guerre contre l’Agneau (Apoc. 17:14). Mais « Celui qui habite dans les cieux se rira d’eux, le Seigneur s’en moquera » (Ps. 2:4). Dieu donnera à Son roi (Ps. 2:6), à Son Fils (Ps. 2:7) « les nations pour héritage et pour possession, les bouts de la terre » (Ps. 2:8) ; et Christ « les brisera avec un sceptre de fer ; comme un vase de potier », il « les mettra en pièces » (Ps. 2:9).

Alors s’accomplira la prophétie de Joël : « Accourez et venez, vous, toutes les nations, de toute part, et rassemblez-vous ! Là, Éternel, fais descendre tes hommes forts ! Que les nations se réveillent et montent à la vallée de Josaphat, car là je m’assiérai pour juger toutes les nations, de toute part. Mettez la faucille, car la moisson est mûre ; venez, descendez, car le pressoir est plein, les cuves regorgent ; car leur iniquité est grande. Multitudes, multitudes, dans la vallée de jugement ! car le jour de l’Éternel est proche dans la vallée de jugement. Le soleil et la lune seront obscurcis, et les étoiles retireront leur splendeur ; et l’Éternel rugira de Sion, et de Jérusalem il fera entendre sa voix, et les cieux et la terre trembleront ; et l’Éternel sera l’abri de son peuple, et le refuge des fils d’Israël » (Joël 3:11-16).

Il n’a pas manqué de tentatives pour comprendre de manière purement « spirituelle » l’accomplissement de la deuxième partie du Psaume 2, et de le transposer à notre temps. Cependant cela contredit non seulement toute la Parole prophétique comme nous l’avons déjà indiqué brièvement, mais aussi la promesse du Seigneur au vainqueur dans la lettre à Thyatire (Apoc. 2:26, 27). Les saints du temps de la grâce régneront avec le Seigneur Jésus, et exerceront le pouvoir sur les nations. Mais ce temps n’est pas encore venu, comme chacun peut s’en rendre compte. Les Corinthiens qui étaient charnels, voulaient déjà régner de leur temps, et l’apôtre doit leur dire : « Vous avez régné sans nous ; et je voudrais bien que vous régnassiez, afin que nous aussi nous régnassions avec vous ! » (1 Cor. 4:8). Également, l’apôtre et ses collaborateurs se réjouissaient du jour du règne, mais il ne laisse aucun doute que ce jour n’est pas encore venu. Ce qui était et qui est valable pour le temps présent, c’est bien plutôt de souffrir de toutes sortes de peines dans l’œuvre du Seigneur, et d’endurer d’être une balayure du monde (1 Cor. 4:9-13). Mais il arrivera un jour où l’Éternel « rugira de Sion » (Joël 3:16), où « Il parlera dans sa colère » aux nations (Ps. 2:5). Cependant, aujourd’hui, Il parle encore en grâce aux hommes, et leur fait annoncer l’évangile du salut.

Si nous revenons à la prière des premiers chrétiens d’Actes 4, nous sommes particulièrement frappés par un détail : ils ne prient pas pour l’établissement du règne selon la promesse du Ps. 2. Cette remarque anticipe un peu sur le verset suivant, mais elle est à sa place ici d’après le contexte. Le Saint Esprit les conduit à ne pas exprimer cette demande, ni aucune pensée quelconque de vengeance à l’égard des ennemis. Le Ps. 2 et des passages semblables s’accompliront à la fin des temps, mais pour le moment c’est encore le temps de la grâce. Instruits par le Saint Esprit, les disciples comprenaient le caractère du temps présent. Ils étaient capables de repérer le point précis des Écritures où ils étaient arrivés dans les voies de la providence de Dieu.

Cela peut-il nous dire quelque chose ? Avons-nous une vision relative aux temps, et savons-nous où nous en sommes aujourd’hui quant aux voies de Dieu ? Sommes-nous conscients que nous vivons dans les « derniers jours » de 2 Tim. 3 ? Cela devrait certainement imprégner notre attitude et nos prières.


4.3.4.4 - Le conseil de Dieu se réalise — Actes 4:28

La souveraineté de Dieu s’exprime clairement dans les paroles qu’ajoutent ceux qui ont exprimé la prière : « … pour faire toutes les choses que ta main et ton conseil avaient à l’avance déterminé devoir être faites » (4:28).

La parole prophétique du Psaume montre de manière manifeste, que tous les partis ennemis qui se sont ligués contre Jésus, n’ont fait qu’exécuter le conseil de Dieu, selon lequel Son Christ devait souffrir. Nous avons déjà trouvé cette pensée en 2:23 et 3:18. Les puissances civiles et religieuses pouvaient penser avoir immédiatement tué dans l’œuf tout le mouvement par l’élimination de Jésus. Mais involontairement et inconsciemment, elles n’ont été que des instruments dans la main de Dieu. Par la mort de Son Fils, Dieu a posé un fondement éternellement valable pour la glorification de Christ et la bénédiction de l’homme.

Les ennemis de Christ ne pouvaient faire ni plus ni moins que ce que Dieu leur avait accordé de faire. Naturellement pour ce qu’ils ont fait, ils étaient entièrement responsables. Ces deux lignes, celle de la souveraineté de Dieu, et celle de la responsabilité de l’homme, restent toujours l’une à côté de l’autre dans l’Écriture Sainte. La Parole de Dieu nous les montre toutes deux, et la foi les accepte les deux. Quand Dieu nous présente dans sa Parole l’une ou l’autre de ces vérités, elle est digne de foi et « digne de toute acceptation » (1 Tim. 1:15 ; 4:9).

Dieu est assis sur son trône « pour toujours et à perpétuité » (Ps. 45:6), et Il contrôle tout. Il « opère toutes choses selon le conseil de sa volonté » (Éph. 1:11), et même « la colère de l’homme le louera » (Ps. 76:10). Satan ne peut jamais dépasser les limites que Dieu lui a assignées. Nous voyons cela très clairement dans l’exemple de Job. À quoi conduit finalement l’épreuve si pesante de Job ? À la glorification de Dieu et à une bénédiction multipliée de Son serviteur. Pensons chers amis que c’est Dieu qui détermine la mesure de notre mise à l’épreuve et non pas Satan. Si Smyrne devait subir une tribulation de dix jours (Apoc. 2:10), le diable ne pouvait pas l’étendre à onze jours. Rien ne peut contrer le décret de Dieu, même pas l’état effrayant du monde d’aujourd’hui.


4.3.5 - Les demandes de la prière — Actes 4:29

Avec le verset 29 nous arrivons aux demandes proprement dites que les disciples ont adressées cette fois-là au Seigneur. La Parole de Dieu avait éclairé leur situation, ils s’étaient soumis par la foi à cette parole, et cette parole forme alors aussi leur requête. Le Seigneur avait parlé en Jean 15 de cette relation entre la Parole de Dieu et les requêtes de ceux qui prient : « Si vous demeurez en moi, et que mes paroles demeurent en vous, vous demanderez ce que vous voudrez, et il vous sera fait » (Jean 15:7). La communion avec le Seigneur et Ses pensées forment la condition préalable pour que les demandes soient selon Lui et soient exaucées.

Cependant écoutons quelle sorte de requêtes ces jeunes disciples du commencement du christianisme ont déployées devant le Seigneur ! Nous avons beaucoup à en apprendre.


4.3.5.1 - Les menaces — Actes 4:29a

« Et maintenant, Seigneur, regarde à leurs menaces, et donne à tes esclaves d’annoncer ta parole avec toute hardiesse » (4:29).

Le sanhédrin les avait menacés et leur avait commandé de ne plus du tout enseigner au nom de Jésus. Cette menace les a-t-elle inondés de crainte ? Elle était en tout cas faite pour ça. Malgré cela ils remirent simplement l’affaire au Seigneur. Ils trouvèrent la consolation dans la pensée que Lui voit tout, et connaît tout et qu’Il conduira tout, en sorte que tout tournera pour le bien et pour Sa glorification.

En général nous ne voyons pas aujourd’hui de menaces de la part des autorités civiles ou religieuses. Nous jouissons d’une liberté extérieure, et nous pouvons répandre la Parole de Dieu sans empêchement. Nous en sommes reconnaissants à Dieu, même si nous le sommes certainement trop peu.

Ces versets n’ont-ils dès lors pas ni importance ni instruction pour le temps actuel ? Bien sûr que si ! Nous nous sommes déjà rappelé que nous vivons dans les derniers jours. La Parole de Dieu les qualifie de « temps fâcheux ». Pourquoi fâcheux ? À cause des guerres, de la famine, de la persécution ? Non ! mais parce que les chrétiens « ont la forme de la piété, mais en ont renié la puissance » (2 Tim. 3:5).

Ces temps sont difficiles parce que la ruine des valeurs morales dans la chrétienté est devenue tellement immense que les gens ne peuvent plus supporter le sain enseignement, et « ils détournent leurs oreilles de la vérité et se tournent vers les fables » (2 Tim. 4:3, 4).

Voilà la situation aujourd’hui, et elle exige peut-être autant de détermination spirituelle et de courage moral que la situation des disciples de l’époque, qui se voyaient confrontés à une inimitié directe. Cependant Satan comme ange de lumière n’est pas moins dangereux (2 Cor. 11:14) que quand il attaque comme un lion rugissant (1 Pierre 5:8). Il peut même utiliser des croyants pour s’opposer au Seigneur et à Ses desseins. C’est ainsi qu’une fois Pierre devint directement un instrument dans la main de Satan quand il chercha à détourner le Seigneur Jésus de son chemin vers la croix. Nous lisons que Pierre se mit à « reprendre » le Seigneur (Matt. 16:22). C’est un terme de blâme qui peut signifier aussi « menacer », et c’est dans ce sens qu’il est utilisé en Matt. 8:26 quand le Seigneur a repris le vent et la mer, Il les a menacés. Pierre avait assurément bien compris sur quel chemin le Seigneur était. Cependant, il était dans ce cas, opposé au Seigneur et à Ses pensées, et sans le vouloir il exécutait les desseins de l’adversaire. C’est un incident auquel nous devons réfléchir. Non, la chair ne profite de rien (Jean 6:63).

Dans l’affadissement général de nos jours, si nous cherchons à maintenir la volonté de Dieu et les principes de Sa Parole, nous serons confrontés à des menaces du même genre. Peut-être même rencontrerons-nous des attaques ou des accusations injustes de la part de frères, ce qui est souvent plus douloureux que l’inimitié du monde. Alors remettons tout d’abord l’affaire au Seigneur ! Quel repos remplit le cœur quand il peut prier de cette manière : « Et maintenant, Seigneur, regarde à leurs menaces ! ». Nous pouvons remplacer le mot ‘menace’ par tout autre mot qui caractérise notre situation. Soyons assurés que le Seigneur va regarder de manière précise la situation que nous lui remettons ! La conscience de cela et la paix du cœur qui en émane sont aussi le fondement pour ne pas nous résigner, mais bien plutôt pour pouvoir entreprendre des pas supplémentaires et positifs.

Tandis que Shimhi maudissait l’oint de l’Éternel en train de fuir devant son fils Absalom, David le laissa faire. Il prit cette épreuve de la main de Dieu et dit : « Si l’Éternel lui a dit : Maudis David ! qui dira : Pourquoi fais-tu ainsi ? » (2 Sam. 16:10). Souvenons-nous encore une fois des paroles du roi pieux Ézéchias quand il déploya la lettre de Sankhérib devant l’Éternel et qu’il pria disant : « Éternel, ouvre tes yeux, et vois ! et écoute les paroles de Sankhérib, qu’il a envoyées pour outrager le Dieu vivant » (2 Rois 19:16). Ces exemples de l’Ancien et du Nouveau Testament nous encouragent à imiter ces hommes de foi, et à tout déployer devant le Seigneur, dans la confiance que Lui juge justement et qu’Il guide.


4.3.5.2 - Parler et se taire — Actes 4:29b

« Donne à tes esclaves d’annoncer ta parole » (4:29).

Je voudrais saisir l’occasion de cette prière pour dire quelque chose de fondamental au sujet de parler en général et de parler en particulier.

Dans notre passage il est question d’annoncer publiquement la Parole de Dieu, cela ressort clairement du contexte. Et cela est encore souligné par le fait qu’ils n’ont pas demandé : « donne à tes serviteurs et à tes servantes… ». La pensée de Dieu n’a jamais été d’utiliser des femmes pour annoncer publiquement la Parole. Il y a toujours là-dessus l’enseignement déjà mentionné, et Dieu ne permet pas à une femme d’enseigner, ni d’user d’autorité sur l’homme (1 Tim. 2:12). Aussi dans les assemblées des saints, elles sont tenues au silence : « Que vos femmes se taisent dans les assemblées, car il ne leur est pas permis de parler ; mais qu’elles soient soumises, comme le dit aussi la loi » (1 Cor. 14:34). C’est « un commandement du Seigneur » (1 Cor. 14:37). Le privilège de parler publiquement et de prier publiquement (1 Tim. 2:8) a été réservé par Dieu « aux hommes ».

Les conducteurs religieux avaient imposé aux disciples de se taire, et cependant ceux-ci demandent la hardiesse pour continuer à prêcher. Un proverbe du monde dit : « la parole est d’argent, le silence est d’or ». Cependant ce n’est pas toute la vérité. Il y a des situations où nous devons parler. Se taire alors nous rend coupable (voir 2 Rois : 7:9). C’est pourquoi l’Écriture Sainte exprime ce point autrement : « Il y a … un temps de se taire, et un temps de parler » (Eccl. 3:7). Déterminer quand le temps est venu pour l’un ou pour l’autre, requiert une grande puissance morale, et une dépendance permanente du Seigneur.

Parmi toutes les créatures de la terre, Dieu n’a donné la capacité de parler qu’à l’homme. Nous n’avons vraisemblablement guère réfléchi sérieusement à cela, mais c’est un sujet important.

Dieu a fait une bouche à l’homme pour que, par son moyen, la créature glorifie le Créateur. Mais cela signifie aussi que les hommes peuvent se communiquer l’un à l’autre leurs pensées et leurs sentiments. La capacité de l’homme de parler est une preuve supplémentaire que l’homme a été créé à l’image de Dieu (Gen. 1:27). Car Dieu parle : Il parle dans la création, Il parle par sa Parole, la Bible. La créature partage la capacité de parler avec le Créateur. C’est pourquoi nous devrions toujours avoir une certaine crainte respectueuse vis-à-vis du parler humain, du fait que c’est quand même un don conféré par Dieu dans un but élevé.

Naturellement l’usage correct de la langue [au sens de l’organe physique] est un chapitre en soi, un sujet auquel l’épître de Jacques consacre un développement remarquablement long. Nous devrions craindre les faux enseignements, les discours d’orgueil et les discours impurs. Nous devrions rechercher les discours sains, les discours réfléchis et les discours intelligents. Déjà David priait en disant : « Que les paroles de ma bouche… soient agréables devant toi, ô Éternel » (Ps. 19:14). Ne pouvons-nous pas et ne devrions-nous pas demander au Seigneur chaque jour à nouveau d’établir une garde sur notre bouche (Ps. 141:3), afin que ce qui en ressort Le glorifie et soit utile aux autres ?

Se taire peut être un péché : quand nous devrions nous avancer pour l’honneur du Seigneur – quand nous devrions offrir le salut à « ceux qui chancellent vers la mort » (Prov. 24:11) – quand nous devrions secourir celui qui trébuche – quand nous devrions remonter le courage de celui qui est abattu.

Combien la prière des disciples de l’époque « donne à tes esclaves… d’annoncer » gagne pour nous en importance et en actualité si nous associons à tout cela ce que nous venons seulement d’effleurer ! Même si les paroles de la prière, comme déjà remarqué, se rapportent au service public de la Parole, nous pouvons quand même l’appliquer aussi à tous nos propos tenus pour témoigner du Seigneur et de Ses pensées. Qu’il y ait peu ou beaucoup de gens pour nous écouter, que cela soit en privé ou en public, — cette requête est toujours appropriée. Il n’y a pas lieu d’insister particulièrement sur le fait que ces pensées générales sur les discours ou propos tenus trouvent naturellement leur application aux hommes et aux femmes.


4.3.5.3 - Annoncer sa Parole (contenu de la prédication) — Actes 4:29b

Mais alors un élément tout à fait essentiel est ajouté, dont nous n’avons presque pas parlé jusqu’ici (non pas sans raison) : il s’agit de la Parole de Dieu. « Donne à tes esclaves d’annoncer ta parole ». Pour ces serviteurs de Dieu, ce qui était en cause n’était rien moins que le fait que ce qu’ils annonçaient était la Parole de Dieu. Ils demandaient de la hardiesse pour parler, mais il fallait que ce soit Sa Parole qu’ils apportent aux gens. Nous ne pouvons prendre ce point trop au sérieux, justement parce que l’adversaire cherche dès le début à mettre la Parole de Dieu de côté, et de nos jours il le fait avec une énergie qui ne faiblit pas.

Du Seigneur Jésus il est dit : « Il leur annonçait la parole » (Marc 2:2). C’était ce dont les hommes avaient besoin, et ce qu’ils devaient entendre. Les besoins spirituels des gens n’ont pas changé.

C’est pourquoi, pour faire face à ces besoins, Ses serviteurs ne doivent annoncer aujourd’hui pas autre chose que « la Parole ». Tout le reste qui n’est pas sa Parole ne possède ni autorité sur les consciences, ni ne peut faire naître la vie. Ce que le semeur jette sur la terre, doit être la « bonne semence » (Matt. 13:24) — la Parole : « la semence est la Parole de Dieu » (Luc 8:11). Quand l’apôtre Paul préparait son cher enfant Timothée à la ruine du témoignage chrétien dans les derniers jours, il l’adjure, malgré cela ou plutôt à cause de cela, avec toute insistance : « prêche la parole » (2 Tim. 4:2). D’autres voudraient se tourner vers les fables rédigées par des hommes ; ce qu’il devait annoncer malgré tout c’était la Parole. Même dans les jours de très grande ruine, elle n’a pas perdu sa validité, et elle n’a rien perdu de son autorité, même si les hommes la méprisent. Nous devons et pouvons faire davantage confiance à la Parole de Dieu, et la croire capable plus que tout le savoir humain et que toute leur logique et même que toutes leurs philosophies. Au ch. 6 de notre livre, les apôtres parlent du « service de la parole » dans lequel ils voulaient persévérer en plus de la prière (6:4). Et dans l’épître aux Hébreux nous sommes exhortés à penser à nos conducteurs (décédés) « qui nous ont annoncé la Parole de Dieu » (Héb. 13:7). C’était là l’essentiel qui caractérisait leur service.

Il y a encore un point auquel il faut réfléchir : Si nous voulons annoncer la Parole de Dieu avec puissance, il faut d’abord qu’elle ait exercé son autorité sur notre vie. C’est pourquoi nous avons en Colossiens 3:16 l’exhortation : « Que la parole du Christ habite en vous richement ». Si Sa parole remplit et gouverne notre cœur, alors « aucune parole déshonnête ne sortira de notre bouche, mais celle-là qui est bonne, propre à l’édification selon le besoin » (Éph. 4:29).

« Donne à tes esclaves d’annoncer ta parole » — combien cette requête est également importante pour nous aujourd’hui ! Qu’il s’agisse de ceux qui sont encore dehors ou de ceux qui appartiennent déjà à la famille des enfants de Dieu, ils ont tous besoin d’entendre la Parole de Dieu. Cette parole conduit à la repentance, au salut, à la vie, à la justice, à la paix, à la joie dans l’Esprit Saint ; elle sert à conduire, à édifier, à enseigner, à redresser, à fortifier la foi, à consoler, à faire croître spirituellement. Bien sûr nous ne sommes pas tous appelés à annoncer publiquement la Parole de Dieu. Mais si notre discours doit « communiquer la grâce à ceux qui l’entendent » (Éph. 4:29), il doit avoir la Parole de Dieu pour contenu et pour fil conducteur.

La Parole de Dieu ne peut pas être séparée de son centre qui est Christ. C’est pourquoi, annoncer la Parole revient à annoncer Christ. Quand Philippe entendit l’eunuque d’Éthiopie en train de lire le prophète Ésaïe, il est dit : « Et Philippe, ouvrant sa bouche et commençant par cette écriture, lui annonça Jésus » (8:35). Littéralement il est dit : « il lui évangélisa Jésus ». Apporter Christ devant le cœur des hommes, voilà le seul vrai service.

L’apôtre Paul avait la même préoccupation que ces disciples du commencement. Dieu lui avait donné des révélations particulières et lui avait confié le mystère de Christ et de l’assemblée. Il demande aux saints à Colosses de prier pour lui et pour ses compagnons de travail « afin que Dieu nous ouvre une porte pour la parole, pour annoncer le mystère du Christ » (Col. 4:3). Il s’exprime de manière semblable en face des croyants à Éphèse, désirant qu’ils persévèrent dans la prière « pour tous les saints, et pour moi, afin qu’il me soit donné de parler à bouche ouverte pour donner à connaître avec hardiesse le mystère de l’évangile » (Éph. 6:19). Cet instrument béni de Dieu avait aussi besoin qu’il lui soit donné de parler ». Combien plus pour nous aujourd’hui !


4.3.5.4 - La hardiesse — Actes 4:29c

Un autre élément nécessaire se rajoute encore ; nous le trouvons pareillement dans la prière de l’apôtre Paul : il s’agit de la hardiesse. « Donne à tes esclaves d’annoncer ta parole avec toute hardiesse ».

Nous avons déjà vu cette hardiesse au commencement du ch. 4 chez les deux apôtres devant le sanhédrin. Elle avait été aussi perçue par les membres du sanhédrin (4:13). Un discours hésitant, imprégné d’insécurité, ne pourra guère convaincre personne. C’est pourquoi les premiers chrétiens suppliaient dans leur prière d’avoir la grâce de pouvoir annoncer la Parole de Dieu en toute hardiesse.

Avoir la hardiesse pour annoncer la Parole n’était pas une chose qui allait de soi, pas plus à l’époque que maintenant. Le fait d’avoir de la hardiesse hier, n’est pas une garantie d’en avoir aujourd’hui. Il faut toujours prier de nouveau pour en avoir. Ni la possession d’un don, ni une grande instruction, ne peuvent conférer la hardiesse nécessaire ; c’est Dieu seul qui la donne. La hardiesse ne peut jamais aller de pair avec une certaine indépendance de Dieu, bien au contraire ! Là où la dépendance de la vraie source de toute force et de toute bénédiction est ressentie et réalisée, c’est là seulement que peuvent se trouver la franchise et la hardiesse selon Dieu. La conscience d’être obéissant à Dieu et à sa Parole est le véritable terrain nutritif de la hardiesse de la foi. Une hardiesse qui a ainsi grandi par la foi et par l’obéissance se différencie franchement de l’effronterie, du culot et de la bravade.

Encore un point auquel nous devons penser, quand nous parlons de hardiesse : il ne faut pas la confondre avec l’insensibilité. Paul était un homme hardi, mais non pas insensible. Il était hardi pour parler aux Philippiens de ceux dont le dieu est le ventre et dont la gloire est dans leur honte, mais il disait cela en pleurant (Phil. 3:18). La hardiesse dans le Seigneur n’exclut pas la délicatesse de sentiments.

Aujourd’hui nous sommes dans un temps de grande indifférence vis-à-vis de la Parole de Dieu, et même d’inimitié dissimulée contre ses principes : tout cela nécessite beaucoup de hardiesse de la part de Dieu, nous l’avons déjà remarqué. Il y a aussi une expérience que beaucoup ont faite, à savoir qu’on a besoin d’au moins autant de courage pour parler du Seigneur à une personne seule, que pour en parler en public. Cependant nous pouvons être sûrs de ceci : le Seigneur exauce la supplication d’avoir de la hardiesse pour annoncer Sa Parole. Exprimer notre dépendance à Son égard aussi sur ce point, est toujours conforme à ce qui Lui plaît.


4.3.5.5 - Des signes et des miracles — Actes 4:30

La gravité avec laquelle ceux qui étaient rassemblés priaient pour avoir de la hardiesse dans l’annonce de la Parole, est impressionnante. Ils savaient bien les dangers qu’ils couraient s’ils enfreignaient le commandement du sanhédrin. Ils connaissaient bien le zèle fanatique des conducteurs juifs : il s’était montré assez clairement dans la crucifixion de leur Seigneur.

Malgré tout, il n’y a pas un mot dans leur prière relativement à eux-mêmes. Ils ne demandent pas que le Seigneur les préserve de nouvelles difficultés. Ils ne demandent pas la cessation de l’activité de leurs ennemis. Non, ils se rejettent par la foi sur le Seigneur dans la pleine conscience de leur propre faiblesse, et réclament de la hardiesse pour ouvrir leur bouche pour annoncer la Parole malgré toutes les difficultés et tous les dangers. Leur corps, leur vie et toute leur personnalité restent au second plan par rapport à ce désir.

Et ils demandent encore quelque chose de la part de Dieu, quelque chose qui servirait à favoriser l’œuvre du Seigneur :

« En étendant ta main pour guérir, et pour qu’il se fasse des miracles et des prodiges par le nom de ton saint serviteur Jésus » (4:30).

Au lieu de prier pour l’anéantissement de leurs ennemis, ils prient pour que Dieu étende sa main en guérison. Quel esprit de grâce se manifeste ici ! Parmi les participants à cette réunion de prières, il y en avait au moins deux qui, un jour, avaient demandé au Seigneur de faire tomber le feu du ciel sur les Samaritains. Le Seigneur Jésus avait dû les blâmer : « Vous ne savez de quel esprit vous êtes animés ! » (Luc 9:54, 55). Le Fils de l’homme n’était pas venu pour détruire la vie des hommes, mais pour sauver ce qui était perdu (Matt. 18:11). Ici, ceux qui sont en prière manifestent un état d’esprit qui est tout à fait approprié au caractère de l’époque actuelle (*).


(*) Dans ce contexte, il faut encore mentionner que la prière de vengeance à l’encontre des ennemis correspondra tout à fait aux pensées de Dieu dans un temps futur. Après l’enlèvement de l’assemblée, les martyrs du peuple juif prieront de la manière suivante : « Jusques à quand, ô Souverain, saint et véritable, ne juges-tu pas et ne venges-tu pas notre sang sur ceux qui habitent sur la terre » (Apoc. 6:10). Le résidu croyant du peuple d’Israël ne pourra obtenir la délivrance nationale promise par aucun moyen autre que l’anéantissement de ses ennemis.


L’homme impotent avait été guéri par le nom de Jésus Christ le Nazaréen, et ce miracle avait suscité une grande attention ; beaucoup étaient venus à la foi au Seigneur Jésus. Et maintenant les disciples du Seigneur demandaient que Dieu continue à mettre le sceau de Son approbation publique sur leur témoignage, en faisant que d’autres signes et miracles de ce genre aient lieu par le nom de Celui par lequel l’homme impotent avait été guéri, c’est-à-dire par le nom de « Son saint serviteur Jésus ».

Une telle prière correspond pleinement au dessein de Dieu pour ces jours du commencement du christianisme, ayant pour seul but la glorification du Seigneur Jésus, « afin que la parole du Seigneur coure et qu’elle soit glorifiée » (2 Thess. 3:1).

Combien nous pouvons apprendre de cet exemple pour nos réunions de prières en commun ! Ne devons-nous pas confesser qu’elles sont souvent plates et superficielles et qu’elles sont souvent marquées par des demandes qui concernent nous-mêmes et nos faiblesses ? Bien des prières relèvent plutôt de celles qui montent dans la chambre particulière, ou dans la famille que dans une réunion d’assemblée. Combien peu mettent réellement les intérêts du Seigneur au premier plan, ce que Lui poursuit ici sur la terre ! Mais il en est comme le Seigneur Jésus l’a dit : de l’abondance du cœur la bouche parle. Cette parole concerne aussi nos prières. Que le Seigneur veuille nous aider à diriger davantage nos sentiments sur Lui et Ses affaires ! Cela aura des retombées bénies sur nos réunions de prières.

Avec les signes et les miracles, il se passe la même chose qu’avec le parler en langues, comme nous l’avons trouvé au ch. 2 : ils n’étaient que pour le temps du commencement, quand le christianisme était encore nouveau, et que sa proclamation avait besoin d’être confirmée par Dieu. Il y a deux choses essentielles qui caractérisent le christianisme : une personne de la Déité, qui est venue sur la terre, est maintenant dans le ciel (Christ), et ensuite une autre personne de la Déité est venue à sa place sur la terre (le Saint Esprit). C’était quelque chose si complètement nouveau et opposé aux attentes juives, que Dieu a estimé nécessaire de l’étayer par des signes puissants. C’est pour cela que le Seigneur avait promis à Ses disciples avant Son ascension que des signes accompagneraient ceux qui croiraient (Marc 16:17). Le verset 20 de la fin de l’évangile de Marc s’est accompli durant les jours du livre des Actes : « Et eux, étant partis, prêchèrent partout, le Seigneur coopérant avec eux, et confirmant la parole par les signes qui l’accompagnaient » (Marc 16:20). C’est justement ce qui faisait l’objet des supplications des premiers chrétiens dans leur prière.

À l’époque le christianisme était nouveau, l’assemblée était en bon état et en plein conformité avec Celui qui l’a créée. Aujourd’hui la maison chrétienne considérée extérieurement est tombée en ruine, et ne correspond plus guère aux pensées de Dieu. S’Il opérait encore aujourd’hui des miracles de ce genre, attirant l’attention, cela ne sanctionnerait-il pas justement la ruine et le morcellement de l’église ?

Le fait également, que « Son saint serviteur Jésus » soit glorifié dans le ciel, était, à l’époque, quelque chose de nouveau. Le peuple juif L’avait rejeté et mis à mort : mais Dieu L’avait ressuscité et fait asseoir à Sa droite. Pour glorifier le nom de Son Fils sur la terre, Dieu avait permis à l’époque des signes et des miracles en Son nom. Or aujourd’hui le nom de Christ est connu mondialement, et beaucoup de gens confessent être à Lui. Même si la grande majorité d’entre eux n’a qu’une relation purement extérieure avec Lui, et qu’intérieurement ils se situent dans une complète indifférence à Son égard, quelle justification auraient encore de tels miracles en Son nom ? La chrétienté comme telle s’est décidée depuis longtemps contre Lui. On ne trouve nulle part étayée dans le Nouveau Testament la pensée que les dons de miracle perdureraient jusqu’au temps de la fin.

Ainsi nous comprenons que de nos jours, une prière pour des signes et prodiges extérieurs puissants serait tout à fait inappropriée : elle signifierait une incompréhension complète du caractère final des jours actuels. À l’époque les chrétiens formaient encore une unité visible. Ils étaient d’un commun accord ensemble et étaient un cœur et une âme comme dans la dernière section de ce ch. 4 ; l’amour régnait parmi eux. Dieu pouvait ainsi leur accorder Son approbation et les confirmer comme Ses serviteurs, permettant l’accomplissement en eux en plénitude des derniers versets de l’évangile de Marc.

Cependant il n’y a aucun obstacle à demander encore aujourd’hui des miracles de Sa grâce. Toutes les actions de Dieu dans un monde mort, dans une chrétienté qui apostasie, est un miracle de Sa grâce. La puissance de Dieu est demeurée la même, et si quelqu’un est malade, l’individu peut se tourner en prière vers Dieu en demandant la guérison. Mais la décision finale revient toujours à Dieu : « Que ta volonté soit faite ».


4.3.6 - La réponse de Dieu — Actes 4:31

Dieu a donné à Ses serviteurs une réponse merveilleuse et immédiate à cette prière courte, mais pleine de foi et faite d’un commun accord. Et comme Il le fait souvent, Dieu est allé bien au-delà de ce qu’ils avaient demandé :

« Et comme ils faisaient leur supplication, le lieu où ils étaient assemblés fut ébranlé, et ils furent tous remplis du Saint Esprit, et annonçaient la parole de Dieu avec hardiesse » (4:31).

Luc ne dit pas que la ville de Jérusalem a été frappée par un tremblement de terre. Il n’y a pas eu, en somme, de tremblement de terre. Non, c’est le lieu où ils étaient rassemblés qui a été ébranlé. Par cela, Dieu a fait reconnaître Sa puissance et Sa présence, et aussi le fait qu’Il était prêt à exaucer la prière de Ses serviteurs. Des signes extérieurs semblables avaient accompagné la descente du Saint Esprit (2:2). Un jour, il est vrai, la voix de l’Éternel secouera le désert (Ps. 29:8), et Dieu secouera le ciel, et la terre, et la mer, et le sec (Aggée 2:6) ; mais cela signifiera alors le jugement. Ici, c’est bien aussi la puissance de Dieu qui se donnait à connaître, mais c’était la puissance de Sa grâce.

Ils furent tous « remplis du Saint Esprit », pas seulement les apôtres, mais tous ceux qui étaient présents. Cette expression signifie que le Saint Esprit les a équipés pour une mission particulière et pour un temps déterminé avec une puissance particulière qui les a contrôlés si complètement (comme étant Ses instruments), que ce qu’ils faisaient et disaient correspondaient exactement à ce qu’Il voulait. Ils étaient pour ainsi dire Ses « vases » qu’Il pouvait remplir avec Sa puissance et Son activité comme tout à nouveau.

Cela n’a rien à voir, bien sûr, avec une nouvelle réception du Saint Esprit, comme celle qu’on a vue précédemment dans le livre des Actes. Cela correspond bien plutôt à l’exhortation que Dieu adresse à tous les Siens : « soyez remplis de l’Esprit » (Éph. 5:18). L’exhortation de l’épître aux Éphésiens s’adresse, comme l’épître le montre au début, à ceux qui ont déjà été « scellés du Saint Esprit de la promesse » (Éph. 1:13). Le sceau (litt. : scellement) ou l’onction (1 Jean 2:20) du croyant par le Saint Esprit, est un événement qui a lieu une seule fois, et qui décrit une position des rachetés qui ne peut pas être perdue. Le fait d’être remplis du Saint Esprit, inversement, est une question de consécration et de puissance dans le service pour le Seigneur. Dans ce cas l’activité de la chair est exclue, au moins pour un temps, de sorte que tout ce qui est fait vient directement de Dieu. Du côté du serviteur, toutefois, il est nécessaire qu’il y ait avec cela la dépendance de Dieu et la foi, et la disposition à être saisi et utilisé complètement par Lui.

Dans le cas des premiers chrétiens, le résultat direct du fait d’être rempli du Saint Esprit était qu’ils « annonçaient la Parole de Dieu avec hardiesse ». La forme verbale en grec du verbe « annonçaient » signifie un processus qui dure ou qui se répète : « ils annonçaient de manière répétée (ou toujours à nouveau), la parole avec hardiesse ». Ainsi Dieu a exaucé la prière de Ses serviteurs et a donné suite en grâce au désir de leur cœur. Non seulement ils « annonçaient » la parole, mais ils le faisaient toujours à nouveau, et ils le faisaient avec hardiesse. Quand il y a la crainte de Dieu, toute crainte de l’homme disparaît.

Dieu répond toujours à la prière en commun de la foi, qui est présentée devant Lui d’un commun accord. En Jean 15:16 le Seigneur Jésus parle « que tout ce que vous demanderez au Père en mon nom, il vous le donnera ». Si nous sommes en communion avec Dieu, alors nos demandes seront en accord avec la gloire du Seigneur, et alors Dieu ne peut pas faire autrement que de nous les accorder. Les paroles du Psalmiste montrent également cette liaison intérieure : « fais tes délices de l’Éternel : et il te donnera les demandes de ton cœur » (Ps. 37:4).

En Actes 2:42, nous voyons les quatre éléments qui demeurent au temps de la grâce, et dans lesquels nous avons à persévérer. Ici au ch. 4 c’est la valeur de la réunion de prière qui est spécialement mise en avant. C’est toujours encourageant de reconnaître la valeur que Dieu attribue à la prière des Siens. Nous sommes encouragés à prier pour « tous les saints » (Éph. 6:18) et pour « tous les hommes » (1 Tim. 2:1). Mais si c’est notre privilège de prier pour les autres, reconnaissons la valeur de la communion dans la prière avec les autres !

Nous avons eu devant nous la première prière chrétienne qui nous soit rapportée dans le Nouveau Testament. Autant elle était courte et brève, autant elle était riche quant à son contenu. Veuille le Seigneur Jésus raviver en nous le feu des affections pour Lui, afin que nous cherchions à Le glorifier aussi longtemps que le souffle de Dieu reste en nous !


5 - Toutes choses communes — Actes 4:32 à 5:11

À la fin du ch. 2, après la description de ce qui s’était passé au jour de la Pentecôte, il a été tracé un tableau impressionnant des premiers chrétiens à Jérusalem (2:42-47). Cela se répète maintenant à la fin du ch. 4. Après qu’aient été placés devant nous les événements et discours importants des ch. 3 et 4, l’Esprit Saint nous montre encore une fois les caractéristiques significatives de l’assemblée de Dieu aux jours de son commencement. C’est comme s’Il nous faisait regarder encore une fois dans un miroir et qu’Il nous demandait : « comment le voyez-vous aujourd’hui ? ».


5.1 - Un cœur et une âme — Actes 4:32a

« Et la multitude de ceux qui avaient cru était un cœur et une âme ; et nul ne disait d’aucune des choses qu’il possédait, qu’elle fût à lui ; mais toutes choses étaient communes entre eux » (4:32).

Nous nous souvenons avoir déjà vu dans une occasion précédente que la doctrine de l’unité du corps de Christ n’avait pas encore été donnée. Mais ce qui est magnifique dans les jours du commencement, était que l’Esprit de Dieu pouvait conduire les croyants à manifester cette unité dans leur vie. Ils étaient croyants, ils étaient devenus croyants au Seigneur Jésus, et l’amour pour leur Sauveur les liait ensemble intérieurement. Le Saint Esprit les liait au Seigneur Jésus dans le ciel, et les uns avec les autres. Bien que, vu de l’extérieur, ils étaient une foule composée de beaucoup d’individus, néanmoins ils étaient un selon le cœur et l’âme. Il y avait parmi eux une unité dans les affections et dans les intentions qui était effectivement merveilleuse.

Une telle unité n’est possible que si un objet commun, la personne de Christ, régit le cœur. Et cela n’est pensable que si la puissance du Saint Esprit est active pour libérer les individus de leurs pensées de propre volonté. Quel amour merveilleux a été visible chez les premiers chrétiens ! Quelle communauté d’intérêts se faisait connaître parmi eux ! La prière du Seigneur Jésus à Son Père trouvait en eux son accomplissement : « Or je ne fais pas seulement des demandes pour ceux-ci, mais aussi pour ceux qui croient en moi par leur parole ; afin que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi ; afin qu’eux aussi soient un en nous, afin que le monde croie que toi tu m’as envoyé » (Jean 17:20, 21). (*)


(*) Dans sa prière de Jean 17 le Seigneur mentionne trois unités : d’abord au verset 11 l’unité des apôtres. Bien que le Nouveau Testament n’existât pas encore, Dieu a préservé les apôtres d’enseigner quoi que ce soit qui aille à l’encontre de la vérité. L’enseignement des apôtres forme un tout cohérent. Deuxièmement, Il indique l’unité de la famille de Dieu et de leur témoignage (Jean 17:20, 21). C’est cette unité que nous voyons réalisée ici dans le livre des Actes. Et troisièmement Il parle de l’unité en gloire « afin que le monde connaisse » (Jean 17:23).


5.1.1 - Communauté de biens — Actes 4:32b

Cette unité pratique était incontestablement le résultat de ce que chacun d’eux était rempli du Saint Esprit. Elle trouva son expression en ce qu’ils possédaient toutes choses en commun.

Nous avons déjà trouvé l’indication de la communauté de biens parmi les premiers chrétiens au ch.2 v.44 et 45. Ici, il est cependant encore ajouté :

« Et nul ne disait d’aucune des choses qu’il possédait, qu’elle fût à lui ».

Nous avons vu au ch. 2 que selon la pensée de Dieu, ce fruit particulier de l’activité de l’Esprit, était limité à un temps précis et à un lieu précis. Ce n’est que lorsque l’assemblée des croyants ne se trouvait qu’en un seul lieu, et que les croyants n’étaient pas encore dispersés sur toute la terre, que l’amour et le renoncement de soi parmi les saints pouvaient prendre une telle forme.

Encore un dernier point mérite une considération particulière : les premières difficultés qui sont intervenues parmi les premiers chrétiens se sont développées justement dans le domaine de donner et de recevoir. C’est ce que montrent la tromperie d’Ananias et Sapphira au début du ch. 5 aussi bien que le murmure des Hellénistes au début du ch. 6. Ce domaine est particulièrement sensible et délicat, et il est certain que ce n’est pas par hasard que c’est justement là qu’ont surgi les premiers problèmes.

Cependant, tout cela ne nous permet pas de changer d’avis sur le fait que nous avons à faire ici avec quelque chose sortant de l’ordinaire. Le Saint Esprit suscitait chez les saints du commencement (des gens ayant les mêmes passions que nous, Jacq. 5:17), cet esprit de renoncement et de désintéressement, qui ne peut être que d’origine divine ! Est-il possible que des hommes de chair et de sang puissent être élevés au-dessus de l’égoïsme inné de l’être humain, au point de pouvoir agir de cette manière ?

Oui, c’est possible ! Et ce que nous devons apprendre ici, c’est que le Saint Esprit voudrait aussi nous remplir aujourd’hui, et susciter en nous l’amour qui est prêt à servir les autres dans le renoncement à soi-même. C’est une chose de posséder l’Esprit de Dieu habitant en soi. C’est le privilège de tout vrai chrétien (1 Cor. 6:19). Mais c’est autre chose d’être rempli de Lui au point qu’il puisse être la source de toutes nos pensées et affections, de sorte que tout ce que nous faisons soit le résultat de Sa présence.

Demandons-nous comment on peut en arriver là dans la pratique de la vie journalière ? Remarquons d’abord que cet état béni des premiers chrétiens est fondamentalement accessible à tout vrai croyant. Car le Saint Esprit habite en lui, et Il est la puissance de la vie nouvelle en lui. Il peut et il veut, aujourd’hui, rendre conscient de Sa présence aussi bien le croyant individuellement que l’assemblée, de sorte que les intérêts particuliers disparaissent, et que l’amour de Christ prend la place prééminente.

Mais nous avons encore l’exemple de ces saints. Leurs cœurs étaient attirés par le Seigneur Jésus dans le ciel. Le seul fait que l’objet de leurs cœurs fût glorifié à la droite de Dieu en haut, faisait qu’ils voyaient toutes choses sur la terre sous un jour nouveau. En outre les apôtres L’avaient vu monter au ciel, et avaient entendu les paroles consolantes des anges : « Ce Jésus, qui a été élevé d’avec vous dans le ciel, viendra de la même manière que vous l’avez vu s’en allant au ciel » (1:11).

L’attente du retour du Seigneur les séparait des choses terrestres et des attentes terrestres. Ils réalisaient que leurs biens propres étaient dans le ciel. Ainsi il ne leur était pas difficile d’agir de manière intelligente [JND en français : ‘prudemment’] avec ce qui leur était confié ici seulement pour l’administrer (Luc 16:8 et suiv.). Ils ne connaissaient pas encore la parole de Colossiens 3, mais ils agissaient selon elle : « Si donc vous avez été ressuscités avec le Christ, cherchez les choses qui sont en haut, où le Christ est assis à la droite de Dieu ; pensez aux choses qui sont en haut, non pas à celles qui sont sur la terre » (Col. 3:1, 2).

Ne pouvons-nous pas apprendre beaucoup de ces disciples ? Aussi pitoyables que soient les états où l’on peut se trouver, y compris parmi les vrais disciples du Seigneur, le chemin que suivaient ces premiers disciples ne nous est-il pas également ouvert ? Qu’est-ce qui nous empêche de faire de Christ notre seul objet ?

C’est le pivot de tout. Si nous L’aimons vraiment, alors nous attendons Sa venue, et à son tour cela nous sépare du monde et de tout son train, mieux que toute autre chose. Nous ne pouvons pas rétablir l’état original, où toute l’assemblée était d’un « commun accord », d’« un cœur et d’une âme ». Mais nous pouvons personnellement être dans cet état, de sorte que Dieu peut nous mettre aux côtés de ceux avec lesquels nous pouvons réaliser l’unité de l’Esprit malgré la défaillance générale (Éph. 4:3).


5.1.2 - Le témoignage rendu à la résurrection de Christ — Actes 4:33a

Les premiers chrétiens manifestaient donc un commun accord et une unité bénis, mais ce n’était pas tout. En même temps, une œuvre active s’accomplissait dans le monde, car l’écrivain sacré continue ainsi sa description :

« Et les apôtres rendaient avec une grande puissance le témoignage de la résurrection du Seigneur Jésus ; et une grande grâce était sur eux tous » (4:33).

Nous avons déjà vu l’importance qui revient à la résurrection du Seigneur Jésus. Aussi nous ne sommes pas étonnés d’entendre à nouveau les apôtres témoigner devant les gens du monde justement de cette vérité fondamentale. La résurrection de Christ était l’un des grands et éminents sujets de la prédication apostolique au commencement (voir 1:22 ; 2:24-32 ; 3:15 ; 4:2-10 ; 5:30). C’est d’elle encore que les apôtres rendent ici témoignage. Le fait qu’ils le faisaient « avec une grande puissance » montre dans quelle mesure Dieu exauçait leur prière.

Beaucoup de choses, une quantité extraordinaire de choses, dépendent de la résurrection de Jésus Christ. Si le Seigneur Jésus est ressuscité, c’est parce que Dieu L’a ressuscité, et a par-là exprimé Son bon plaisir à Son sujet. Mais contrairement aux cas de Lazare, de la fille de Jaïrus et d’autres, Il n’est pas ressuscité pour mourir de nouveau et « retourner à la corruption » (13:34). Sur Lui la mort n’a pas de pouvoir, et ne domine plus sur Lui (Rom. 6:9). Oui, nous avons déjà vu qu’« il n’était pas possible » qu’Il soit retenu par la mort (Actes 2:24). Il était saint et juste et Sa résurrection l’a prouvé.

Le point particulier, ici, est que la prédication de la résurrection du Seigneur Jésus devait convaincre les Juifs des péchés dont ils s’étaient rendus coupables par le rejet de leur Messie. La résurrection était la preuve que Dieu avait été parfaitement satisfait et glorifié par Lui. En même temps, par la résurrection de Jésus, Dieu avait contrecarré tous les plans des Juifs, et les avait dépouillés de leur vieille défroque religieuse râpée avec laquelle ils cherchaient à camoufler leurs mauvaises actions. La résurrection les laissait sans excuse, et en même temps elle indiquait le fondement sur lequel le pardon des péchés pouvait être annoncé : Dieu a accepté le sacrifice de Christ, Son Fils.

C’est ainsi que la vérité de la résurrection de Christ a pris et prend une place importante dans l’annonce de l’évangile. La première épître aux Corinthiens montre à quel point elle est fondamentale. Ces croyants s’étaient laissé égarés sur cette question, et l’apôtre Paul consacre tout un long chapitre à la doctrine de la résurrection. Même si à Corinthe on ne niait pas la résurrection de Christ elle-même, cependant on émettait des doutes sur la question de savoir si, tout compte fait, il y avait une résurrection des morts. Mais d’une manière extrêmement bénie, l’apôtre relie la résurrection des morts avec la résurrection du Seigneur lui-même : « S’il n’y a pas de résurrection de morts, alors Christ n’a pas été ressuscité non plus » (1 Cor. 15:13). Et alors il montre les conséquences néfastes que cette négation de la résurrection aurait pour les croyants : La prédication de l’apôtre serait creuse et vide ; eux-mêmes seraient trouvés être de faux témoins de Dieu ; la foi des saints serait vaine ; ils seraient encore dans leurs péchés ; ceux déjà endormis seraient perdus (1 Cor. 15:14-18). Cela est effrayant ! Inimaginable ! — Mais l’apôtre s’écrie de manière triomphante : « Mais maintenant Christ est [ou : a été] ressuscité d’entre les morts, prémices de ceux qui sont endormis » (1 Cor. 15:20). Il est les prémices de ceux qui sont ressuscités d’entre les morts de la même manière que Lui. Nous avons déjà parlé là-dessus en rapport avec le verset 4.

La résurrection de Christ a encore un côté solennel : Elle est en relation avec le jugement futur. C’est ce que montre Actes 17 : « Parce que Dieu a établi un jour auquel il doit juger en justice la terre habitée, par l’homme qu’il a destiné à cela, de quoi il a donné une preuve certaine à tous, l’ayant ressuscité d’entre les morts » (17:31). Cet « homme » est Christ. Il est déjà prêt à « juger les vivants et les morts » (1 Pierre 4:5).

Ainsi la résurrection du Seigneur Jésus est le gage de la justification de ceux qui croient en Lui (Rom. 4:25), mais aussi la garantie du jugement pour ceux qui n’ont pas reçu l’amour de la vérité.

Il reste encore un principe important à mentionner. Nous avons déjà vu que Dieu n’utilise pas les femmes pour annoncer publiquement Sa vérité. En accord avec cela, ce sont les apôtres qui ont ici rendu témoignage de la résurrection.

L’assemblée n’avait et n’a rien à faire avec la prédication elle-même. Ce sont des dons accordés par le Seigneur qui prêchent la parole « en vue du perfectionnement des saints, pour l’œuvre du service, pour l’édification du corps de Christ » (Éph. 4:11, 12). L’assemblée elle-même n’enseigne pas, mais elle est enseignée par les hommes appelés à cela par Dieu. Ce n’est pas l’affaire de l’assemblée d’établir ce qu’est la vérité. La Parole de Dieu est la vérité (Jean 17:17 ; Ps. 119:160), et l’assemblée est soumise à cette Parole. Un serviteur du Seigneur apprécié disait : « Si je ne crois jamais ce qui est dans la Parole, tant que l’assemblée n’a pas dit ce qui est correct, alors je ne crois pas la Parole, mais je crois l’assemblée ». Ne pas tenir compte de ce principe a conduit à de graves erreurs dans la chrétienté. L’assemblée est « colonne et soutien de la vérité » par le moyen du maintien de la vérité de Dieu devant le monde (1 Tim. 3:15), mais Dieu a remis l’enseignement de la vérité entre les mains d’individus. Bien entendu il reste toujours le devoir de tous d’éprouver ce qu’ils entendent d’après la norme infaillible de la Parole de Dieu (17:11 ; 1 Cor. 14:29 ; 1 Thess. 2:13).

Naturellement l’assemblée peut et doit se tenir en prière derrière le service des hommes que Dieu utilise pour annoncer Sa Parole. Cela multipliera leur hardiesse et leur puissance. Pour un serviteur, rien n’est plus encourageant qu’une assemblée en bon état spirituel dans une localité, et qui soutient son ministère de toutes manières. C’était le cas ici, et il en résultait que les apôtres rendaient témoignage avec une grande puissance à la résurrection du Seigneur Jésus.


5.1.3 - Une grande grâce — Actes 4:33b

« Une grande grâce était sur eux tous » — sur tous les croyants qui sont devant nous ici. Dans ce verset, il s’agit de la grâce de Dieu, et non pas comme en 2:47 de la faveur des hommes. Dans les derniers versets de notre chapitre, il nous est donné encore des exemples de la forme particulière sous laquelle la grâce de Dieu s’est montrée active à cette époque. Mais arrêtons-nous d’abord sur cette affirmation touchante : « une grande grâce était sur eux tous » !

Sans doute nous vivons aujourd’hui dans d’autres circonstances et d’autres temps que les croyants dont ceci est dit. Mais ce dont ils avaient tant besoin, nous en avons besoin de la même manière : la grâce de Dieu. Parmi nous, nous ne sommes pas deux à suivre le même chemin. Mais nous avons tous à surmonter des épreuves particulières à l’école de Dieu. Il ne manque pas de difficultés et de détresses. Mais la grâce de Dieu reste la même, aussi variée qu’elle puisse être extérieurement. Reconnaître davantage la grâce et y avoir recours, est une leçon que nous ne finirons jamais d’apprendre ici-bas. La grâce de Dieu nous enseigne comment vivre dans le présent siècle sobrement, justement et pieusement, malgré tous les problèmes (Tite 2:12).

La grâce ne change absolument rien aux circonstances qui nous causent tant de détresse. C’est nous-mêmes qu’elle change pour que nous ne faillissions pas dans les circonstances, et que nous puissions les supporter. Bien des personnes ont cherché à modifier les circonstances par tous les moyens, et y ont réussi par la permission de Dieu. « Et il leur donna ce qu’ils avaient demandé, mais il envoya la consomption dans leurs âmes » (Ps. 106:15).

Non, bien-aimés, ce dont nous avons besoin, c’est la grâce, plus de grâce. Nous lisons dans l’épître de Jacques cette phrase consolante : « Mais il donne une plus grande grâce » (Jacq. 4:6). La salutation introductive de la deuxième épître de Pierre s’exprime ainsi : « Que la grâce et la paix vous soient multipliées dans la connaissance de Dieu et de Jésus notre Seigneur ! ». Soyons assurés que, si nous nous étendons selon la connaissance de Dieu et de notre Seigneur Jésus, alors la grâce et la paix nous sont multipliées. Sa grâce nous guidera jusqu’à ce que nous ayons atteint le but de notre voyage. Que le nom de Dieu, notre Père, soit loué pour cela !


5.1.3.1 - Amour fraternel et désintéressement — Actes 4:34-35

« Car il n’y avait parmi eux aucune personne nécessiteuse ; car tous ceux qui possédaient des champs ou des maisons les vendaient, et apportaient le prix des choses vendues, et le mettaient aux pieds des apôtres ; et il était distribué à chacun, selon que l’un ou l’autre pouvait en avoir besoin » (4:34, 35).

Nous voyons ici de quelle manière particulière l’amour fraternel s’est manifesté au commencement, parmi les saints à Jérusalem. Déjà au ch.2 v.44-45, il avait été créé une sorte de fonds commun permettant de satisfaire aux besoins des plus pauvres. Ce fonds est maintenant soutenu par la vente de nouvelles possessions, et l’administration en est remise aux apôtres. Le ch. 6 montre également qu’il permettait de prendre soin des veuves journellement.

Combien il est émouvant de voir avec quel amour les saints de l’époque prenaient soin les uns des autres ; ceux qui possédaient des biens ne laissaient pas leurs frères plus pauvres souffrir du manque ! Il était nécessaire qu’il y ait des offrandes personnelles, et ceux qui possédaient des biens les apportaient de bon gré. Personne ne les invitait à le faire. Dans le socialisme on exige des riches ; dans le christianisme les plus riches donnent, mais donnent par amour. Parmi les vrais chrétiens d’aujourd’hui aussi, il n’est pas besoin qu’il y ait des détresses pour donner, et même il n’y aura pas de détresse si cet esprit d’amour désintéressé est actif. Le Saint Esprit peut susciter cet état d’esprit en tout temps, y compris le nôtre. Cependant les formes dans lesquelles il s’exprime sont autres qu’au commencement, et correspondent toujours aux voies de Dieu et à l’état général de l’assemblée.

Cependant nous ne devons pas comprendre l’assemblée comme une institution sociale de soins apportés aux pauvres et aux nécessiteux. Nous verrons plus tard que les veuves dont il fallait prendre soin devaient remplir certaines conditions avant d’être inscrites sur une liste (1 Tim. 5:9 et suiv.). Les enfants et petits-enfants doivent d’abord remplir leur devoir, afin que l’assemblée ne soit pas inutilement mise à contribution, et qu’elle reste libre de donner de l’aide à celles qui sont vraiment veuves (1 Tim. 5:4, 16). Ici, dans le livre des Actes, il n’y avait pas de partage selon que l’un ou l’autre le demandait, mais selon que quelqu’un en avait besoin.

Même si dans aucune autre assemblée en dehors de Jérusalem, un pareil état ne se trouvait au commencement, l’exhortation subsiste aussi pour nous : « Subvenant aux nécessités des saints » (Rom. 12:13). Le Seigneur peut nous aider « à ne pas oublier la bienfaisance et de faire part de nos biens, car Dieu prend plaisir à de tels sacrifices » (Héb. 13:16) !


5.1.3.2 - Barnabas — Actes 4:36-37

Hormis deux cas, nous ne savons rien de plus sur tous ceux qui vendirent leur possession et en mirent le prix aux pieds des apôtres. Les deux cas rapportés dans l’Écriture sont ceux de Barnabas, un bon exemple, et d’Ananias et Sapphira, un mauvais exemple. La Parole de Dieu nous a donné les deux afin que nous apprenions ce que sont l’amour authentique et l’amour contrefait.

« Et Joseph qui, par les apôtres, fut surnommé Barnabas (ce qui, étant interprété, est fils de consolation), lévite, et Cypriote de naissance, ayant une terre, la vendit, et en apporta la valeur, et la mit aux pieds des apôtres » (4:36, 37).

Il nous est donné quelques renseignements sur cet homme qui agissait avec un amour aussi désintéressé. D’abord les apôtres lui ont donné un surnom. Ceci est une indication intéressante de la dignité des apôtres : ils étaient dans la position de conférer des surnoms. Au temps de l’Ancien Testament ce sont en général les rois qui le faisaient. Le Seigneur Jésus a donné à Simon le surnom de Céphas ou Pierre (Jean 1:42). Ici les apôtres donnent à Joseph, ce disciple du Seigneur, le surnom de Barnabas. Il n’est pas facile de décider quelle est la meilleure façon de traduire le surnom de Barnabas. Le mot utilisé peut aussi bien signifier « consolation » qu’« exhortation ». Fils de consolation ou fils d’exhortation, c’est là la question. Il paraît difficile de privilégier l’une ou l’autre traduction. Le caractère de son service paraît avoir été l’exhortation, comme indiqué en 11:23 : Barnabas était aussi bien un consolateur que quelqu’un qui exhortait les croyants.

Du point de vue de sa position juive, Barnabas était un lévite. Malgré cela il possédait un champ. À première vue cela paraît contredire le fait qu’il était expressément dit que l’Éternel n’avait donné aucun héritage en Israël aux sacrificateurs et aux lévites (Nb. 18:20, 24 ; Deut. 10:9). Bien que l’Éternel fût leur héritage, quelques passages de l’Écriture Sainte montrent que les lévites pouvaient posséder des terrains. Ils pouvaient en acheter. De toute façon au Jubilé, ils revenaient aux propriétaires d’origine. Ce n’était donc pas un « héritage » proprement dit. Jérémie était un sacrificateur, et pourtant il a acheté un terrain au fils de son oncle (Jér. 32:6-15). De cette manière aussi Barnabas était entré en possession d’un champ (le mot utilisé pour « champ » ne figure qu’ici dans le livre des Actes), et maintenant il revend ce champ de son propre gré, pour aider à satisfaire aux besoins des frères plus pauvres.

Le fait qu’il soit Cypriote de naissance montre qu’il appartenait au groupe des Juifs Hellénistes, groupe auquel appartenait aussi l’apôtre Paul.

Cependant, nous voulons nous arrêter un instant sur la double affirmation, que Barnabas était lévite et qu’il était Cypriote.

Dans la parabole du Samaritain miséricordieux, le Seigneur avait dû dénoncer aussi bien le sacrificateur que le lévite de ce jour-là, comme étant sans amour, et cherchant à se plaire à eux-mêmes (Luc 10:31, 32). Ils suivaient leurs propres voies, et ne pensaient pas à aider un mourant. Mais ici dans les Actes, voilà un lévite qui n’était ni froid ni cupide, et le Saint Esprit le mentionne. Barnabas était un lévite, mais il était le contraire de celui décrit par le Seigneur Jésus : il vendit son champ pour aider les pauvres.

Le lieu de naissance de ce disciple n’était pas bon. L’île de Chypre avait été habitée par des Grecs, qui furent assujettis aux Romains. Puis sous la domination des Ptolémée, des Juifs s’y installèrent, mais après leur révolte contre les Romains en l’an 117 avant J.C., ils furent chassés. Les habitants de l’île étaient empreints très fortement d’influences phénicienne et orientale. Il en résultait que leur religion et leur culte étaient abominables même parmi les autres systèmes païens ; car ils ne consistaient à rien d’autre qu’à glorifier des blasphémateurs effrayants.

Bien sûr, Barnabas avait été tenu à l’écart des rites abominables par ses parents juifs. Cependant il avait grandi dans cette atmosphère extraordinairement mauvaise, comme Moïse à la cour d’Égypte. Cependant la grâce de Dieu peut tirer le pur de l’impur. Quelle consolation aussi de nos jours ! Aujourd’hui le mal païen réapparaît, même si c’est sous une façade chrétienne. C’est ce que nous voyons en comparant Romains 1 avec 2 Timothée 3. Malgré cela, les parents croyants n’ont pas besoin d’être découragés s’ils doivent laisser aller leurs enfants dans le monde. Pensons à Barnabas : il était Cypriote de naissance ! Ainsi comme le soleil chaud tire de l’eau pure par évaporation d’une mare boueuse, de même la grâce de Dieu peut faire sortir quelque chose de pur d’un environnement impur, et c’est le pur que Dieu peut utiliser pour Son service.

Nous rencontrons Barnabas ici pour la première fois dans l’Écriture Sainte. Il est introduit avec la mention de son action noble et de cet état d’esprit noble. Plus tard, il jouera un rôle important dans la diffusion de l’évangile parmi les nations. L’Écriture lui rend le témoignage qu’il était un homme de bien, plein de l’Esprit Saint et de foi (11:24).


5.2 - Du péché dans l’assemblée

Quand nous repensons aux trois chapitres précédents (2 à 4), nous sommes remplis d’émerveillement sur le tableau que le Saint Esprit y trace de l’église primitive. L’assemblée de Dieu était sortie fraîche et parfaite de Sa main. Toutes les activités des premiers chrétiens Lui correspondaient et étaient le résultat de l’activité directe du Saint Esprit. En ce qui concerne leur état intérieur et leur activité extérieure, tout portait l’empreinte de l’approbation de Dieu. Une grande grâce était sur eux tous. Même si l’ennemi entreprenait ses premiers efforts pour tirer en bas le jeune témoignage, les apôtres ne rendirent le témoignage de la résurrection du Seigneur qu’avec d’autant plus de puissance.

Cependant la page se tourne avec un nouveau coup. C’est comme si l’adversaire ne pouvait pas supporter de voir la grande grâce de Dieu reposer sur les hommes. Quand il ne réussit pas avec ses attaques venant de l’extérieur, il cherche à détruire la communion des saints depuis l’intérieur. Combien souvent cette tactique de Satan s’est répétée dans l’histoire de l’église ! Déjà dans l’Ancien Testament nous la rencontrons. Quand dans les jours de Néhémie la construction de la muraille de Jérusalem commençait à s’achever, et que le projet des ennemis d’arriver au milieu d’eux fut déjoué (Néh. 4), il chercha à arrêter l’œuvre par la désunion et l’infidélité parmi les constructeurs (Néh. 5). Ici ce sont maintenant Ananias et Sapphira qu’il utilise à ses fins destructrices.


5.3 - Un « mais » significatif — Actes 5:1-2

Le chapitre 5 commence avec un « mais » qui le met en contraste avec les récits de la fin du ch. 4 :

« Mais un homme nommé Ananias, avec Sapphira sa femme, vendit une possession, et, de connivence avec sa femme, mit de côté une partie du prix, et, en apportant une partie, la mit aux pieds des apôtres » (5:1, 2).

Ces paroles introduisent la description d’une circonstance très grave. C’est la première fois que du péché est manifesté dans l’assemblée de Dieu.

Avant de nous en occuper de plus près, nous voudrions souligner un trait de caractère plus général de l’Écriture Sainte : il n’est pas rare que, pour notre instruction, elle utilise certains parallèles faisant ressortir des contrastes. Dans beaucoup de cas, c’est effectivement la meilleure méthode pour éclairer un sujet.

Barnabas, qui est un exemple de l’amour qui se sacrifie, est comme une lumière qui brille dans la nuit. Nous pouvons nous orienter d’après lui. À l’inverse, Ananias qui mourut avec un mensonge tacite sur les lèvres, est comme une lumière qui fait errer (Jude 13) ; il est devenu un exemple de la manière dont la chair fait naufrage tôt ou tard. Les deux exemples ne sont pas également bons, mais tous les deux sont également utiles.

Quand le Seigneur Jésus voulut enseigner à Ses disciples le bon état d’esprit devant Dieu (Luc 18:9-14), Il leur montra par la prière du publicain contrit, ce qu’est, pour un pécheur, une prière qui plaît à Dieu : « Ô Dieu, sois apaisé envers moi, pécheur ! ». Mais alors, Il met à côté, en parallèle, la prière du pharisien propre juste et hypocrite : « Ô Dieu, je te rends grâces de ce que je ne suis pas comme le reste des hommes ». L’un se tenait loin et ne voulait même pas lever les yeux vers le ciel. L’autre était debout et priait en lui-même. L’un s’en retourna justifié à sa maison contrairement à l’autre.

Parmi les dix vierges de Matthieu 25, cinq étaient sages et cinq folles. Les unes avaient de l’huile, figure du Saint Esprit, dans leurs lampes, les autres ne possédaient que la lampe, c’est-à-dire une profession extérieure. Les unes entrèrent aux noces par la porte ouverte, les autres arrivèrent trop tard et trouvèrent la porte fermée. Les unes sauvèrent leur âme, les autres la perdirent. Combien sont solennels ces parallèles faisant ressortir des contrastes, qui justement se trouvent souvent dans les paraboles du Seigneur !

L’Ancien Testament est également riche en parallèles de ce genre, faisant ressortir des contrastes. À la fin de sa vie, Moïse mit devant le peuple la bénédiction et la malédiction, la vie et la mort, le bonheur et le malheur (Deut. 11:26 ; 30:15). Par le moyen de Jérémie, Dieu proposa plus tard au peuple, le chemin de la vie et le chemin de la mort (Jér. 21:8). Et combien la différence entre le juste et l’impie nous est souvent montrée ! « Car l’Éternel connaît la voie des justes ; mais la voie des méchants périra » (Ps. 1:6). Les uns sont « comme un arbre planté près des ruisseaux d’eaux » (Ps. 1:3), les autres « comme la balle que le vent chasse » (Ps. 1:4). « Le méchant est chassé par son iniquité, mais le juste est plein de confiance, dans sa mort même » (Prov. 14:32). Ce « mais » est souvent la charnière et le pivot dont dépend ce qui est crucial.


5.4 - Le véritable péché d’Ananias — Actes 5:2a

La circonstance d’Ananias dans le livre des Actes présente un parallèle certain avec l’action d’Acan dans le livre de Josué. Les deux hommes empêchèrent la poursuite victorieuse du peuple de Dieu à cause de leur action frauduleuse. Quand, au deuxième verset de notre chapitre il est dit « il mit de côté une partie du prix », l’écrivain utilise le même mot grec que celui de la version des Septante en Josué 7 qui, traduisant l’hébreu en grec, décrit ainsi ce qu’a fait Acan : il prit de l’anathème (Josué 7:1). Le mot signifie proprement « séparer », « mettre à part », et est traduit en Tite 2:10 par « détourner ».

Or c’est justement ce qu’a fait Ananias, lui dont le nom signifie « l’Éternel a béni avec grâce » : il a vendu un bien, et a séparé et mis de côté une partie du prix de vente.

Ce n’est pas cela qui, en soi, était proprement mauvais dans son agissement. Il pouvait tout à fait procéder de cette manière avec ce qui était à lui. Mais par le fait qu’il n’est venu déposer qu’une partie aux pieds des apôtres, il donnait l’impression d’agir comme les autres croyants, et d’apporter tout le prix de vente aux apôtres. Or cela n’était rien d’autre que de la tromperie et de l’hypocrisie.

Combien est honteuse une telle manière de se comporter parmi les rachetés ! Le vrai amour avait suscité parmi eux le désir de penser aux autres au lieu de penser à soi. Mais la chair désire également cette apparence de piété, sans cependant être prête à s’abandonner et à se renoncer soi-même. D’un côté on donne de l’argent parce qu’on peut ainsi obtenir une bonne renommée, et d’un autre côté on garde l’argent parce qu’on ne veut pas réellement s’en séparer. Voilà l’action malhonnête d’Ananias et de sa femme.


5.5 - Sur le péché qui habite en nous

Nous apprenons ici une vérité importante : bien que quelqu’un soit réellement né de nouveau, il possède encore la vieille nature, la « chair », qui convoite toujours contre l’Esprit (Gal. 5:17). Il n’est pas vrai que la chair est chassée ou effacée par la réception de la vie nouvelle et divine. « Si nous disons que nous n’avons pas de péché, nous nous séduisons nous-mêmes, et la vérité n’est pas en nous » (1 Jean 1:8). Il n’y en a qu’un en qui « il n’y avait pas de péché » : C’est Celui qui est mort pour nous, « afin qu’il ôtât nos péchés ; et il n’y a point de péché en lui » (1 Jean 3:5).

En face du péché qui habite en nous, nous devons « nous tenir pour mort » par la puissance de la foi (Rom. 6:11). Si nous ne le faisons pas, le diable trouve dans notre chair un instrument extérieurement approprié pour nous séduire par ce moyen, et nous entrainer au péché. C’est ainsi qu’Ananias et Sapphira ont été séduits par le diable, alors qu’ils étaient malgré tout des enfants de Dieu, selon ce qu’on peut en voir. Ils ont cédé au désir de la chair en eux d’être quelque chose, tout au moins parmi les croyants. Ils n’ont pas jugé leur penchant à la cupidité. Ainsi ils en vinrent à s’illusionner, pensant qu’on peut posséder « les deux mondes ».

Ils sont pour nous un exemple solennel pour ceux qui pensent pouvoir ménager la chèvre et le chou, — pour ceux qui sont versatiles, ou plus précisément doubles de cœur (Jacq. 1:8 ; 4:8). Une moitié de cœur pour Christ et une moitié de cœur pour le monde, — chers amis, cela ne va pas ! Pour notre Seigneur, qui nous a rachetés et qui nous a achetés pour Lui (1 Cor. 6:20), rien ne peut Lui être davantage opposé qu’un tel état de cœur. « Est-ce le temps de prendre de l’argent, et de prendre des vêtements, et des oliviers, et des vignes, et du menu et du gros bétail, et des serviteurs et des servantes ? » (2 Rois 5:26). Il faut bien que cette question d’Élisée à Guéhazi soit un jour aussi placée devant nous.


5.6 - L’épouse est-elle une aide ? — Actes 5:2a

Au verset 2 il est dit « de connivence avec sa femme » ; cela ajoute une circonstance aggravante. Les deux, l’homme et la femme, étaient ensemble unis dans le mal. Il ne s’agissait pas d’un pas fautif où ils furent pris par surprise par manque de vigilance momentanée. Et quelle dureté de cœur et de conscience se manifeste quand deux personnes unies ensemble par le lien le plus intime qui soit sur la terre, font ensemble un plan de pareille tromperie, et se fortifient réciproquement pour le mener à bout !

Quand l’homme s’égare dans une affaire qui n’est pas bonne, la voix d’avertissement de sa femme ne s’élève-t-elle pas là-contre ? Nous avons beaucoup d’exemples touchants de situations de l’Écriture Sainte dans laquelle l’homme et la femme se sont fortifiés l’un l’autre dans le bien, ou bien la femme a été une aide effective pour son mari. Nous avons aussi l’exemple d’épouses plus vaillantes, qui ont manifesté un comportement tout à fait spirituel au jour où leur mari était palot. La femme de Manoah, la mère de Samson, n’a-t-elle pas été plus intelligente que son mari ? Et Abigaïl plus que Nabal ? Dans son jugement spirituel Abigaïl a même dépassé largement le roi David lui-même.

Combien de femmes chrétiennes ont aidé leurs maris au jour du danger d’une manière que seule peut le faire une épouse pieuse ! Mais combien de femmes chrétiennes au lieu d’avertir leur mari, l’ont fortifié dans le mal ! C’est de cela que Sapphira est ici un triste exemple. Aussi a-t-elle partagé le même sort que son mari.


5.7 - La présence de Dieu — Actes 5:3-4

Il n’y a aucun doute que l’affaire d’Ananias et Sapphira comporte un caractère très grave. Malgré tout, l’auteur est souvent fortifié et encouragé dans sa foi par cette section de la Parole de Dieu. Comment ces deux choses sont-elles compatibles ? Le fait est qu’à côté d’un récit historique, ces versets montrent une série de vérités importantes, à un point que nous ne soupçonnerions pas en face d’une faute humaine à un pareil degré. Nous venons de nous occuper de la vérité que la chair est encore dans le racheté, et nous avons indiqué le chemin sur lequel l’homme peut faire face au danger qui s’y rattache dans notre vie journalière. Les ruses et les desseins de Satan nous sont aussi présentés. Il veut remplir les cœurs des vrais enfants de Dieu avec les choses du monde, afin que leurs yeux soient aveuglés pour leurs vraies richesses. De cette manière ils perdent toute force, et deviennent facilement la proie de ceux qui les égarent.

Maintenant voici devant nous, dans les versets suivants, — malgré tous les points solennels dont ils nous parlent — des vérités importantes supplémentaires.

« Mais Pierre dit : Ananias, pourquoi Satan a-t-il rempli ton cœur, que tu aies menti à l’Esprit Saint et que tu aies mis de côté une partie du prix de la terre ? Si elle fût restée non vendue, ne te demeurait-elle pas ? Et vendue, n’était-elle pas en ton pouvoir ? Comment t’es-tu proposé cette action dans ton cœur ? Tu n’as pas menti aux hommes, mais à Dieu » (5:3, 4).


5.8 - Deux indications pratiques — Actes 5:3-4

Anticipons quelques indications pour notre instruction à partir des paroles de l’apôtre : Ananias s’était proposé cette action dans son cœur. L’action provient toujours du cœur. Le cœur est le siège de la volonté et des affections, et par là aussi celui des décisions. C’est pourquoi nous devons toujours « garder notre cœur plus que tout ce que l’on garde ; car de lui sont les issues de la vie » (Prov. 4:23). Quand Dieu dit à Salomon « mon fils, donne-moi ton cœur, et que tes yeux se plaisent à mes voies » (Prov. 23:26), et « Que ton cœur retienne mes paroles » (Prov. 4:4), alors nous reconnaissons toute l’importance que Dieu attribue aux affections et aux décisions du cœur de l’homme. Nous comprenons aussi par-là que ce n’est que sur le chemin de la consécration à Dieu et à sa Parole, que nous pouvons être préservés de ce que Satan remplisse notre cœur.

Mes chers jeunes amis qui peut-être lisez ces lignes, ouvrez votre cœur à votre bon Seigneur ! Donnez-Lui vos affections. Il le mérite de votre part ; et laissez-Le décider à votre place ! Car alors ce ne sera pas possible à Satan de venir dans votre cœur et dans votre vie. Pour nous Ananias est l’exemple parfait du contraire, et c’est un avertissement.

Ainsi, il est visible que pas la moindre contrainte n’était exercée quand il s’agissait d’apporter une offrande pour les nécessiteux. La personnalité individuelle avec ses droits et ses devoirs est reconnue, de même que le pouvoir de l’individu sur la possession qui lui est confiée. Ni l’apôtre, ni la communauté des croyants, ne se sont ingérés dans les droits du propriétaire individuel. « Si elle fût restée non vendue, ne te demeurait-elle pas ? Et vendue, n’était-elle pas en ton pouvoir ? » Il est clairement établi par l’autorité apostolique, qu’il n’y avait aucune obligation à ce que chacun abandonne ses possessions. Pour chacun il existait bien plutôt la liberté de donner. Cependant, en ce qui concerne la responsabilité de l’individu d’administrer droitement ce qu’il possède, nous avons parlé là-dessus à propos d’autres passages. Ici cette question n’est pas abordée davantage, hormis ce qui est indiqué que tout doit se passer dans la droiture.


5.9 - Le Saint Esprit est Dieu — Actes 5:3a,4c

Une autre vérité importante ressort clairement des paroles de l’apôtre Pierre. Elle nous est familière en général, mais elle mérite d’être mise en relief : le Saint Esprit est Dieu. Au v. 3 Pierre parle de ce qu’Ananias a menti au Saint Esprit, et dans le verset suivant, « tu n’as menti pas aux hommes, mais à Dieu ».

C’est ce que la lecture du livre des Actes rend si précieux : au cours des récits de l’écrivain sacré, nous rencontrons des vérités qui ne sont développées dans leur plénitude qu’ultérieurement dans le Nouveau Testament. Néanmoins elles existaient déjà, elles étaient des réalités, et la foi en tenait compte.

Ici nous voyons que le Saint Esprit est une personne divine, une personne de la Déité. Il n’est pas du tout une simple force divine. Naturellement Il est cela aussi, mais Il est infiniment plus : Il est une personne à qui l’on peut mentir par exemple, et contre qui on peut pécher.


5.10 - La sainteté qui convient à Sa maison — Actes 5:3-4

C’est justement ce qu’Ananias et Sapphira ont fait : ils ont menti au Saint Esprit, et par-là à Dieu. C’est ce qui fait la gravité de leur péché. Ils n’ont pas du tout pris garde à ce que Dieu, dans la personne du Saint Esprit, était venu sur la terre, et qu’Il habitait maintenant ici-bas dans Sa maison. Ananias n’a pas tenu compte de Sa sainte présence dans l’assemblée. — Certainement le péché d’Ananias et de sa femme était grand, leur folie inexcusable, la méchanceté de Satan immense. Mais finalement ils n’ont fait que manifester une vérité merveilleuse : la présence de Dieu dans l’assemblée, et la puissance qui s’y rattache.

Notre défaillance commence d’habitude par le fait que nous ne voyons plus les réalités que Dieu a disposées dans Sa grâce. Nous avons déjà vu que ceci est une conséquence de l’incrédulité, et par-là de l’état de nos cœurs. En Jean 14 le Seigneur Jésus avait parlé de la venue de l’Esprit de vérité, et Il avait dit qu’Il demeurerait avec eux et qu’Il serait en eux (Jean 14:17). Le jour de la Pentecôte, Il est venu et a formé les croyants en une maison spirituelle, dans laquelle Dieu habite comme dans un temple saint (Éph. 2:19-22). L’apôtre Paul écrivait aux Corinthiens : « vous êtes l’édifice de Dieu » et « Ne savez-vous pas que vous êtes le temple de Dieu et que l’Esprit de Dieu habite en vous ? » (1 Cor. 3:9, 16). Mais le corps du croyant individuellement constitue, lui aussi, le temple du Saint Esprit : « Ne savez-vous pas que votre corps est le temple du Saint Esprit qui est en vous, et que vous avez de Dieu ? Et vous n’êtes pas à vous-mêmes » (1 Cor. 6:19).

Or là où Dieu habite, tout l’état de choses doit lui correspondre, tout doit être sainteté, et on doit trouver la séparation de toutes sortes de mal. Dans l’Ancien Testament, il était déjà vrai que la sainteté convenait à Sa maison dans sa forme extérieure (Ps. 93:5).

Écoutons un peu comment Dieu formule la loi de Sa maison par la bouche du prophète Ézéchiel : « C’est ici la loi de la maison : sur la cime de la montagne, toutes ses limites tout à l’entour sont un lieu très saint. Voici, telle est la loi de la maison » (Éz. 43:12). Si nous voulons savoir comment on doit se comporter dans la maison de Dieu (1 Tim. 3:15), alors ne laissons pas l’incertitude planer sur ces passages : notre vie doit être caractérisée par la sainteté, que ce soit personnellement ou collectivement. C’est la sainteté et non pas l’amour qui est la caractéristique dominante de Sa maison (*).


(*) Inversement, quand il s’agit de la famille de Dieu, comme elle est présentée dans les écrits de l’apôtre Jean, là c’est l’amour qui est la caractéristique remarquable, sans que l’aspect de la lumière soit négligé. Comme dans l’Être même de Dieu, ainsi aussi la lumière, la sainteté et l’amour vont ensemble de manière indéfectible en ce qui concerne les croyants, même si selon le contexte l’une ou l’autre de ces caractéristiques vient au premier plan.


C’est ce qu’Ananias avait oublié ; il avait oublié que Dieu était présent, voyait tout et savait tout. En fait combien l’incrédulité est folle ! Mais n’avons-nous pas déjà vécu de tels manquements, et ne nous sommes-nous pas rendus coupables de telles folies d’incrédulité ? Chers amis permettez-moi de poser la question : croyons-nous réellement que Dieu habite dans Son assemblée et qu’Il habite dans notre propre corps ? Croyons-nous réellement que le Seigneur Jésus est personnellement présent là où deux ou trois sont rassemblés en son nom ? Cela n’appellerait-il pas de profonds changements dans notre comportement si nous étions effectivement convaincus de ces réalités ?

Beaucoup de formes de la ruine que nous voyons au milieu de nous — je ne parle pas maintenant de la chrétienté en général — ont leur origine dans ce que nous ne voyons plus simplement la vérité telle qu’elle est. Nous avons parlé précédemment de cœurs doubles. Notre cœur est-il uni à la crainte de Son nom (Ps. 86:11) ?

Le Seigneur plein de bonté, veuille nous accorder l’empressement pour mettre nos vies dans la lumière de ces vérités bénies que nous avons ici devant nous ! Nous ne pouvons être assez reconnaissants de ce que nous est toujours offert le chemin du jugement de soi-même et de la confession, et qu’il y a la grâce de Dieu qui restaure et qui pardonne. « Ayant donc ces promesses, bien-aimés, purifions-nous nous-mêmes de toute souillure de chair et d’esprit, achevant la sainteté dans la crainte de Dieu » (2 Cor. 7:1).

Mais en dehors de la responsabilité de chacun individuellement de « posséder son propre vase en sainteté et en honneur » (1 Thes. 4:4), il y a le devoir de se séparer du mal collectif, — du mal que nous ne pratiquons pas directement nous-mêmes. Nous pouvons aussi être souillés par des liaisons avec d’autres qui tolèrent le mal en doctrine et en pratique.

L’apôtre parle de ce sujet à la fin de 2 Cor. 6. Après avoir rappelé que les croyants sont le temple de Dieu, il continue : « C’est pourquoi sortez du milieu d’eux, et soyez séparés, dit le Seigneur, et ne touchez pas à ce qui est impur, et moi, je vous recevrai » (2 Cor. 6:16, 18). Même si cette exhortation, dans son application première, concerne notre séparation du monde, elle est quand même aussi valable pour tous les autres domaines. Dans sa dernière lettre, l’apôtre montre que la chrétienté est devenue une « grande maison » et qu’il s’y trouve des « vases à déshonneur ». Nous devons nous « purifier » de ceux-ci et nous « retirer » de toute forme d’iniquité (2 Tim. 2:19-21). Il y a des gens qui n’ont que la forme extérieure de la piété, mais qui en renient la puissance qui est Christ. « Détourne-toi de telles gens », dit l’apôtre (2 Tim. 3:5). Pour être soi-même « un vase à honneur, sanctifié, utile au maître, préparé pour toute bonne œuvre », il faut nous séparer de ceux qui n’en sont pas (2 Tim. 2:21).


5.11 - Un péché à la mort — Actes 5:5-6

« Et Ananias, entendant ces paroles, tomba et expira. Et une grande crainte s’empara de tous ceux qui entendirent ces choses » (5:5).

Combien cela mettait clairement en évidence que Dieu, le Saint Esprit, habite dans l’assemblée ! C’était un jugement de Dieu direct et solennel, de sorte qu’une grande crainte s’empara de tous ceux qui l’entendirent. Mais cela manifeste, malgré tout, le fait élevé de la présence de Dieu.

Cela explique aussi pourquoi Ananias a subi un jugement aussi soudain. C’était encore le temps du commencement. Tout était caractérisé par la présence et la puissance du Saint Esprit. Et voilà cette tromperie sans honte ! C’était un ‘péché à la mort’ (1 Jean 5:16, 17). Les circonstances du commencement et la fraîcheur qui les imprégnait lui ont donné ce caractère. 1 Jean 5 montre que tout péché n’est pas un ‘péché à la mort’, — un péché auquel Dieu répond par la mort du corps de celui qui a péché (c’est ce que l’expression signifie). Dieu soit béni de ce que tous les péchés n’ont pas ce caractère à Ses yeux !

Malgré tout, tout péché peut en principe devenir un ‘péché à la mort’. Ce sont les circonstances accompagnantes qui confèrent à un péché précis un caractère de transgression notoire, auquel Dieu répond par le jugement temporel de la mort du corps. Ces circonstances accompagnantes peuvent être de différentes sortes. Elles peuvent être constituées de ce qu’une personne a bénéficié d’une bénédiction particulière de la part de Dieu ; ou qu’une position privilégiée a été confiée à un serviteur de Dieu ; ou qu’un péché est commis de manière multiple et répétée ; etc.

Tout péché est dirigé en premier lieu contre Dieu. Il n’y a pas de doute à cet égard, et c’est ce que montre notre circonstance. Mais tout péché n’acquiert pas nécessairement le caractère de ‘péché à la mort’ à cause des circonstances. Les croyants de Corinthe ne manquaient d’aucun don de grâce (1 Cor. 1:7), tellement Dieu les avait richement bénis. Et cependant parmi eux des personnes mangeaient la Cène du Seigneur d’une manière absolument indigne. En outre le Seigneur répondait là d’une manière solennelle par le jugement. « C’est pour cela que plusieurs sont faibles et malades parmi vous, et qu’un assez grand nombre dorment » (1 Cor. 11:29, 30). Cependant le mot « jugement » ne signifie pas condamnation éternelle, comme le montre clairement le verset 32 : « Mais quand nous sommes jugés, nous sommes châtiés [litt. : disciplinés, corrigés] par le Seigneur, afin que nous ne soyons pas condamnés avec le monde ». Ici trois mots différents sont utilisés pour « juger », et seul le dernier signifie « condamner ». Un enfant de Dieu n’est pas condamné avec le monde, mais il est soumis au gouvernement de Dieu. Et c’est un principe immuable du gouvernement de Dieu que le jugement commence par la maison de Dieu (1 Pierre 4:17).

Moïse lui aussi avait, une fois, péché très gravement contre Dieu. Il jouissait d’une relation de confiance particulière avec Dieu. Il avait pourtant frappé deux fois le rocher, et avait détruit par cela une grande préfiguration du Seigneur Jésus et de Son œuvre de rédemption. Comme conséquence, il ne lui a pas été permis d’entrer dans le pays de la promesse. Dieu lui a laissé voir tout le pays depuis le sommet du Pisga, mais Il ne lui a pas accordé d’y entrer (Deut. 32:48-52 et 34:1-8). Il a supplié Dieu : « Que je passe, je te prie, et que je vois ce bon pays… Et l’Éternel fut irrité contre moi à cause de vous, et il ne m’écouta point ; et l’Éternel me dit : C’est assez, ne me parle plus de cette affaire » (Deut. 3:25, 26). Là dans le pays de Moab, Moïse trouva la mort, bien que son œil n’ait pas faibli, et que sa vigueur ne s’en soit pas allée (Deut. 34:7). L’Éternel l’enterra… dans le pays de Moab (Deut. 34:6). La mort le frappa « parce que vous avez été infidèles envers moi, au milieu des fils d’Israël… en ce que vous ne m’avez pas sanctifié au milieu des fils d’Israël » (Deut. 32:50, 51).

Plusieurs de mes lecteurs peuvent s’être posé la question suivante : Dieu agit-Il encore aujourd’hui avec les Siens de cette manière, et les punit-Il par la mort ? En principe nous ne pouvons pas répondre simplement par la négative à cette question ; sinon nous n’aurions pas besoin de l’exhortation de 1 Jean 5. Cependant en général, Dieu n’agit plus aujourd’hui en jugement si public. Le temps du commencement, où tout était encore en bon état, est passé depuis longtemps. Aujourd’hui le domaine de la profession chrétienne est caractérisé par l’infidélité, l’incrédulité, le morcellement et la ruine. Bien que la pensée de Dieu à l’égard du mal n’ait naturellement pas changé, cependant au milieu de la faillite générale et de la faiblesse extérieure, le mal ne comporte plus le caractère provoquant comme au commencement. Il est indiscutable qu’aujourd’hui beaucoup de fautes semblables, voire pires, se produisent encore parmi le peuple de Dieu ; si Dieu agissait de cette manière à leur égard, qui échapperait à Son jugement ? — on peut bien se poser la question !

Cependant pour terminer, tenons fermement encore une fois ceci : si Dieu agit en jugement avec ses enfants qui ont commis un ‘péché à la mort’, et qu’Il les rappelle à Lui par la mort, cela ne touche en rien la question du salut et du bonheur éternels. C’est comme s’Il disait alors à son enfant qui s’est mal conduit : « Je te prends vers moi. Je ne peux plus te confier aucune tâche sur la terre ». Nous avons entendu parler de tels croyants qui ont été conscients d’avoir commis un ‘péché à la mort’, et qui ont reçu cette discipline de Dieu de Sa main, et qui sont alors délogés dans une paix profonde.

C’est ainsi que le cas d’Ananias et de Sapphira paraît avoir été un cas particulier, pour ne pas dire unique. La soudaineté par laquelle le jugement divin les a atteints accentue ce caractère. Nous voyons aussi que Pierre n’a pas prié pour eux. Il a agi selon la parole de 1 Jean 5:16 : « Il y a un ‘péché à la mort’ ; pour ce péché-là, je ne dis pas qu’il demande ». Étienne, au contraire, a pu prier pour ses ennemis, et il l’a fait en disant : « Seigneur ne leur impute point ce péché » (7:40).

« Et les jeunes hommes, se levant, le couvrirent, et l’ayant emporté dehors, l’ensevelirent » (5:6).

Tout porte, ici, un caractère solennel. Il n’y a au aucune lamentation, aucune manifestation extérieure de tristesse, aucune parole de sympathie. Les jeunes gens, manifestement de jeunes croyants de l’assemblée, ramassèrent à la hâte le mort sans mot dire, et ils l’emportèrent et l’enterrèrent. La crainte s’empara de tous, et ils acceptèrent la parole solennelle de Dieu sans la contredire, et se courbèrent devant.


5.12 - La mort de Sapphira — Actes 5:7-11

5.12.1 - Tenter Dieu

« Et il arriva, environ trois heures après, que sa femme, ne sachant pas ce qui était arrivé, entra ; et Pierre lui répondit : Dis-moi, avez-vous donné le champ pour tant ? Et elle dit : Oui, pour tant. Et Pierre lui dit : Comment êtes-vous convenus entre vous de tenter l’Esprit du Seigneur ? Voici, les pieds de ceux qui ont enseveli ton mari sont à la porte, et ils t’emporteront aussi. Et à l’instant elle tomba à ses pieds et expira. Et les jeunes hommes, entrant, la trouvèrent morte ; et ils l’emportèrent dehors et l’ensevelirent auprès de son mari. Et une grande crainte s’empara de toute l’assemblée et de tous ceux qui entendaient parler de ces choses » (5:7-11).

Manifestement, on n’avait rien dit, ou rien pu dire, à Sapphira de la mort de son mari. Quand elle vint au bout de trois heures, les jeunes hommes n’étaient pas encore rentrés de l’ensevelissement ; Pierre lui demanda ouvertement si, elle et son mari, avaient vendu le champ pour la somme qu’ils avaient remise aux mains des apôtres. Il lui donna par-là l’occasion de dire la vérité.

Ici, une différence sur la manière de procéder avec Ananias apparaît au grand jour. Pierre ne lui avait pas accordé l’occasion de dire en quoi il avait péché, mais il l’avait accusé sans détours. Il ressort de cela que ce n’est pas Sapphira, mais son mari Ananias qui avait été moteur dans l’affaire. Les paroles de l’apôtre à Ananias le confirment : « Comment t’es-tu proposé cette action dans ton cœur ». Cependant Sapphira l’avait su. Au lieu de chercher à détourner son mari de cette mauvaise action, elle s’était unie à lui. Maintenant l’apôtre lui donne une chance de confesser. Va-t-elle la saisir ? Non, malheureusement ! Son cœur était aussi endurci que celui de son mari, et elle brûle ce signal d’arrêt, le dernier.

Quel exemple d’avertissement pour nous tous, quand Dieu doit nous faire adresser un pareil signal : stop ! Et voilà ce qui est tragique : si le cœur est éloigné de Dieu et la conscience endurcie, on ne voit plus la main de Dieu étendue en grâce. Cette femme ne l’a pas vue, et pour cette raison elle ne l’a pas saisie non plus. Ainsi Pierre a dû lui annoncer le jugement qui est également intervenu immédiatement. Les jeunes gens l’emportèrent dehors et l’ensevelirent auprès de son mari dont ils venaient juste de fermer le tombeau.

Fin bouleversante ! Cela rappelle les paroles du sage Prédicateur : « Il y a telle voie qui semble droite à un homme, mais des voies de mort en sont la fin » (Prov. 14:12 ; 16:25). Deux personnes avaient tenté l’Esprit du Seigneur, elles avaient mis Dieu à l’épreuve pour savoir jusqu’où ils pourraient aller ; elles avaient pour ainsi dire demandé : « l’Éternel est-Il au milieu de nous ou n’y est-Il pas ? » La même chose avait été faite autrefois par les fils d’Israël aux eaux de Meriba, et ils ont répondu : « L’Éternel est-il au milieu de nous, ou n’y est-il pas ? » (Ex. 17:2, 7). Cette ignorance et cette remise en question de la présence de Dieu, voilà aussi des traits de caractères effrayants de nos jours.


5.12.2 - La discipline dans l’assemblée (lier, délier)

Il reste à signaler la position éminente que le Seigneur a de nouveau conférée à l’apôtre Pierre et par là aux apôtres en général. Nous avons eu devant nous dans cette section le premier cas de discipline dans l’assemblée, et d’une certaine manière, c’est Pierre qui a été l’instrument de Dieu. Dans l’exercice de son autorité apostolique, Pierre avait lié leurs péchés à eux-mêmes, à chacun. C’était agir en accord avec les paroles entendues en son temps de la bouche du Seigneur : « Et je te donnerai les clefs du royaume des cieux ; et tout ce que tu lieras sur la terre sera lié dans les cieux ; et tout ce que délieras sur la terre sera délié dans les cieux » (Matt. 16:19). Ce lier et délier n’a naturellement rien à faire avec le pardon des péchés vis-à-vis de l’éternité. C’est entièrement une question de discipline, et de l’autorité par laquelle elle est exercée.

Au commencement le Seigneur avait donné cette autorité à ses apôtres. Ils devaient s’en servir pour fonder et affermir l’assemblée. Ensuite Il a transmis cette autorité à l’assemblée locale qui L’a Lui seul pour centre (Matt. 18:18-20). L’assemblée également lie et délie, retient les péchés, et les remet (Jean 20:23). Ce pardon ou ce non-pardon portent l’un et l’autre un caractère administratif, et ils se rapportent seulement au domaine de la communion chrétienne sur la terre. On trouve un exemple de lier ou retenir les péchés en 1 Cor. 5, où les croyants de l’assemblée locale à Corinthe sont exhortés ainsi : « Ôtez le méchant du milieu de vous-mêmes » (1 Cor. 5:13). À l’inverse, un exemple de délier ou pardonner les péchés, nous est montré en 2 Cor. 2:7.


5.12.3 - Le mot « assemblée » — Actes 5:11

Le verset 11 utilise la première mention directe de l’assemblée dans le livre des Actes (voir les remarques à propos de 2:47). Ce n’est pas qu’elle soit née seulement à ce moment-là ; mais elle est nommée ici pour la première fois comme quelque chose existant déjà, comme quelque chose de connu : « Et une grande crainte s’empara de toute l’assemblée et de tous ceux qui entendaient parler de ces choses ».

Dans les évangiles, cette désignation n’apparaît que deux fois, et les deux fois dans l’évangile de Matthieu. Ces deux fois c’est le Seigneur lui-même qui utilise ce mot. En Matthieu 16, Il désigne l’assemblée dans son ensemble, depuis la Pentecôte jusqu’à l’enlèvement (Matt. 16:18), l’assemblée sur la terre dans son aspect général ou global : « les portes du hadès ne prévaudront pas contre elle ». Au ch. 18, Il parle de l’assemblée dans son aspect local (Matt. 18:17). L’assemblée de Dieu en un lieu particulier englobe tous les rachetés de cet endroit. Elle trouve son expression locale en ceux qui sont rassemblés au nom du Seigneur Jésus, ne seraient-ils que deux ou trois (1 Cor. 1:2). Il est très important de voir ces deux côtés. La première épître aux Corinthiens nous montre encore une autre manière de voir l’assemblée, c’est son aspect dans le temps (1 Cor. 12). Dans ce sens, tous les enfants de Dieu qui vivent sur la terre à un moment donné forment l’assemblée de Dieu.

Le mot « assemblée » est la traduction du mot grec « ekklesia », ce qui signifie quelque chose comme « appelée hors de ». Ce mot a un arrière-plan aussi bien grec que juif. Les Grecs désignaient par-là principalement une assemblée des citoyens d’une ville grecque, ou plus tard romaine (19:32, 39, 41). L’usage juif du mot porte un caractère nettement religieux. Dans la version des Septante, la traduction grecque de l’Ancien Testament, ce mot désigne « l’assemblée de l’Éternel » ou la « congrégation de l’Éternel ». Dans le Nouveau Testament, ce mot est utilisé pour désigner l’assemblée du Dieu vivant, qui se compose de tous ceux que Dieu a appelés hors du monde, hors des Juifs aussi bien que hors des nations, et qu’Il a appelés à la communion de Son Fils Jésus Christ notre Seigneur (1 Cor. 1:9). Dans le livre des Actes, c’est ici que ce mot est appliqué pour la première fois dans ce sens, le sens chrétien.

Quand Satan introduisit le péché dans le monde au moyen du premier couple humain, Dieu a répondu par la mort (Gen. 2:17) : à l’instant même où il avait péché, l’homme fut assujetti à la mort du corps (Rom. 5:12). Quand Satan essaya pour la première fois d’introduire un mal flagrant dans l’assemblée de Dieu par le moyen d’Ananias et de Sapphira, Dieu, dans Ses voies en gouvernement, a pareillement répondu immédiatement par la mort.

Ainsi Dieu a empêché l’introduction du mal. Cette tentative de l’ennemi de perturber l’œuvre de Dieu, a échoué entièrement. Bien plutôt, comme la suite du chapitre le montre, l’œuvre s’est poursuivie de manière irrésistible. Quelle consolation pour nos jours : ce qui est réellement de Dieu remportera finalement la victoire.


6 - De nouveau devant le sanhédrin — Actes 5:12-42

Pour nous aujourd’hui, dans les derniers jours du temps de la grâce, c’est toujours une riche bénédiction et un rafraîchissement, que de voir et de contempler l’assemblée de Dieu dans la fraîcheur du commencement, comment le Saint Esprit pouvait agir en elle sans entrave au commencement de son histoire. Ce faisant, il est vrai qu’à la joie relative à l’ordre divin et à l’activité divine au commencement, il se mêle la honte d’avoir failli de manière déshonorante à manifester la vérité de Dieu.

Nous avons vu dans la dernière partie d’Actes 4 quelle grande grâce était sur les croyants à l’époque, et de quelle manière unique ils ont réalisé leur unité dans l’amour devant les hommes. Cependant avec le début du chapitre 5, nous avons dû reconnaître combien Satan s’est efforcé très tôt de détruire de l’intérieur ce témoignage glorieux à un Christ ressuscité et glorifié.

Effectivement l’assemblée a été menacée dès le commencement par des dangers à la fois de l’extérieur et de l’intérieur. Le ch. 4 a montré la première persécution des disciples du Seigneur, et la section débutant le ch. 5 a dépeint le premier déchainement du mal au milieu de l’assemblée elle-même. Au cours du livre des Actes, nous rencontrons toujours à nouveau ces deux dangers, et ils sont caractéristiques de toute l’histoire de l’église sur la terre. Au ch. 5 nous trouvons de nouveau une persécution, et le ch. 6 commence avec un problème intérieur, avec des murmures parmi les premiers chrétiens. Vers la fin de sa course publique, Paul a dû mettre en garde contre des loups ravisseurs qui s’introduiraient de l’extérieur et qui n’épargneraient pas le troupeau. Et il se lèverait également, d’entre eux-mêmes, des hommes qui annonceraient des doctrines perverses pour attirer les disciples après eux (20:29, 30). Les jours où nous vivons ne fournissent-ils pas la triste preuve de la vérité de ses paroles ?

Comme l’assemblée de Dieu était encore jeune et nouvelle sur la terre, Dieu a mis Sa main toute puissante en protection sur elle. Il est intervenu à maintes reprises par des miracles publics au milieu d’elle pour la sauver des dangers extérieurs ; et même pour l’un des dangers venant de l’intérieur, la puissance du Seigneur est intervenue publiquement par le retranchement d’Ananias et de Sapphira. Aujourd’hui, à la fin des jours de l’assemblée sur la terre, nous ne devons plus nous attendre à de pareils signes visibles de Sa présence.

L’assemblée, quant à sa représentation extérieure sur la terre, est tombée en ruine ; malgré tout, les croyants peuvent intégralement compter sur Son intervention en grâce. Dieu demeure fidèle à Lui-même, et Il ne change pas, et Sa grâce et Sa puissance demeurent inchangées, restant à la disposition de ceux qui désirent faire Sa volonté. Combien cela nous console dans nos jours de faiblesse spirituelle ! Dieu fera aussi aujourd’hui tout ce qui est nécessaire pour Sa glorification, et pour notre bénédiction. Les circonstances dans lesquelles nous nous trouvons ne peuvent L’empêcher en rien. Comptons sur Lui !


6.1 - Des signes et des miracles (*) — 5:12-14

(*) JND en français traduit « Des miracles et des prodiges ». Carrez traduit « signes et prodiges ».

Nous retrouvons les apôtres et la foule des disciples rassemblés au portique de Salomon, où ils avaient pris l’habitude de se tenir, selon ce qu’il paraît.

« Et beaucoup de miracles et de prodiges se faisaient parmi le peuple, par les mains des apôtres ; (et ils étaient tous d’un commun accord au portique de Salomon ; mais, d’entre les autres, nul n’osait se joindre à eux, mais le peuple les louait hautement ; et des croyants d’autant plus nombreux se joignaient [litt. : étaient ajoutés] au Seigneur, une multitude tant d’hommes que de femmes) » (5:12-14).

Luc, l’écrivain divinement inspiré, interrompt ici le cours du récit (il a déjà agi de cette manière en 2:42-47 et 4:32-35) pour donner un court aperçu de l’état et des activités de l’assemblée, et pour en faire ressortir quelques remarques essentielles.

Il mentionne d’abord les nombreux signes et prodiges ou miracles que Dieu a fait faire par les mains des apôtres parmi le peuple. Aux ch. 3 et 4 du livre des Actes, nous nous sommes déjà occupés de ce qu’ils étaient un témoignage rendu au fait que Christ rejeté par les Juifs, avait été exalté à la droite de Dieu. Si dans l’expression « par les mains des apôtres » le pluriel est utilisé (‘les mains’ et non pas ‘la main’), cela indique que les apôtres imposaient littéralement leurs mains sur ceux qui souffraient. Au ch.2 v.43 il est dit au contraire simplement « par les apôtres ». Il n’est guère besoin de mentionner que les signes et les prodiges, en vérité, avaient lieu par la main de Dieu et par « le nom de son saint serviteur Jésus ». Ils étaient en tout cas la réponse de Dieu aux requêtes des disciples dans la première prière qui nous soit relatée de leur part (4:30). Dieu honorait les apôtres par le fait qu’Il les utilisait particulièrement pour accomplir ces miracles surnaturels, même s’Il ne les utilisait pas à titre exclusif (6:8 ; 8:6, 7, 13 ; 14:3). Cependant la pensée que tous les croyants, s’ils avaient assez de foi, pourraient faire des miracles, ne trouve aucun support dans l’Écriture. Ces témoignages particuliers de la puissance de Dieu étaient destinés au temps du commencement du christianisme, quand tout était nouveau. Nous nous sommes occupés de cela en rapport avec le ch. 4 v.30 (un peuple pour son nom, partie 3, page 172).

Il reste incontestable que « les ‘dons de grâce’ et l’appel de Dieu sont sans repentir » (Rom. 11:29), mais cette section de Romains 11 n’a rien à faire avec le temps actuel de la grâce, mais il traite du rétablissement d’Israël à la fin des jours. On ne peut pas s’en servir pour prouver la poursuite des ‘dons miraculeux’, même si on entendait par là des ‘dons de grâce’.

Luc fait ressortir au v. 12, un contraste avec ce qui précède. Dans le cas des miracles de jugement qui ont précédé en rapport avec Ananias et Sapphira, l’apôtre Pierre a exercé la puissance tout seul. Mais quand il s’agit de la guérison de misérables, il y eut beaucoup (*) de miracles ; c’était des miracles de grâce exercés par les douze apôtres.


(*) La position du mot « beaucoup » dans la phrase grecque met une insistance particulière sur lui.


Le portique de Salomon paraît avoir été un lieu de rassemblement favori des premiers chrétiens à cause de son étendue et de son accessibilité.

C’est là qu’avait accouru tout le peuple après la guérison de l’homme impotent par Pierre et Jean (3:11), et là il y avait assez de place pour des milliers de chrétiens à la fois. Ils étaient là tous ensemble d’un commun accord — quel témoignage cela a dû être vis-à-vis de leurs frères Juifs !

Cependant nous nous souvenons qu’ils rompaient le pain « à la maison », c’est-à-dire dans les maisons particulières (2:46). Pour leur témoignage devant le peuple juif, le domaine du temple était sans aucun doute la place appropriée, mais elle ne l’était pas pour l’exercice de leurs privilèges chrétiens. Bien que les croyants n’aient encore reçu aucune direction à ce moment-là, ils le comprenaient très bien.


6.1.1 - Trois groupes parmi les Juifs — 5:13

D’un autre côté, les premiers chrétiens étaient encore liés étroitement au culte juif, et étaient assidus à son exercice, y compris avec les autres Juifs (3:1). C’est pourquoi la remarque du v. 13 mérite d’autant plus notre attention : les « autres » n’osaient pas se joindre à eux. Les premiers incidents en rapport avec Ananias et Sapphira ne pouvaient pas rester cachés. Si l’hypocrisie au milieu des chrétiens était pareillement réprimée, si la puissance de Dieu était là aussi active, qui d’entre ceux qui n’étaient pas vraiment authentique aurait osé se joindre à une pareille compagnie ?

Une certaine difficulté réside dans le fait de savoir qui est visé par « d’entre les autres » ; car il est ajouté que « le peuple » était favorable aux chrétiens et « les louait hautement » (voir aussi 2:47 ; 4:21 ; 5:26).

Trois groupes paraissent figurer ici. Ils se différencient les uns des autres non seulement dans leurs principes, mais aussi par leur attitude face aux avertissements du sanhédrin. Le premier groupe, c’était les chrétiens. Ils formaient une corporation autonome, et au commencement ils se rassemblaient régulièrement au portique de Salomon malgré les menaces des chefs religieux, afin de rendre là leur témoignage de manière tout à fait publique, — un témoignage à Christ ressuscité et glorifié.

Le second groupe, « les autres » (ou « le reste »), se composait des Juifs incrédules. Ils ne voulaient en tout cas pas entrer en relation trop proche avec les chrétiens. Leur crainte de se joindre aux disciples pouvait avoir deux origines. Le sort d’Ananias et Sapphira leur faisait conclure qu’il était dangereux de s’identifier avec ce nouveau mouvement, si on faisait semblant, ou si on le faisait avec un cœur partagé ; et ainsi ils s’en tenaient loin. Par ailleurs il est certain qu’ils n’étaient pas libérés de la crainte vis-à-vis de leurs conducteurs spirituels dont ils connaissaient les positions ennemies.

Au nombre des Juifs incrédules de ce deuxième groupe, il faut bien sûr compter les conducteurs religieux eux-mêmes. Ils avaient la crainte de perdre leur influence religieuse et leur autorité auprès du peuple. C’est pourquoi, non seulement ils se tenaient à l’écart des chrétiens qui se propageaient, mais ils avaient même de l’inimitié contre eux. Ils auraient préféré les persécuter, plutôt que de s’identifier à eux.

Le troisième groupe, « le peuple », englobe les Juifs que nous pouvons nommer des Juifs abordables. Ils étaient prêts à répondre positivement à ce qu’ils voyaient et entendaient ; ils étaient attirés par la parole prêchée. C’est de ce groupe que provenaient ceux mentionnés au v. 14, « une multitude tant d’hommes que de femmes » qui vinrent à la foi au Seigneur Jésus. Ce « peuple » était le but véritable de la prédication de l’évangile au temps du commencement, et il est caractéristique que dans les premiers chapitres du livre des Actes, ils prirent une attitude bienveillante vis-à-vis des chrétiens. Cependant le temps passant, cette bienveillance fit de plus en plus place à une inimitié devenue toujours plus acharnée. On reparlera plus loin des raisons.


6.1.2 - Se joindre [ou : ajoutés] au Seigneur — 5:14a

La manière solennelle avec laquelle Dieu a agi envers Ananias et Sapphira a suscité une grande crainte sur toute l’assemblée, et sur « tous ceux qui entendaient parler de ces choses » (5:11). Dieu avait donné un avertissement, et à cause de cela, il s’était formé une sorte de mur protecteur contre l’entrée de gens qui ne croyaient pas réellement. Aucun d’eux n’osait se joindre aux chrétiens. En un sens, c’était sans doute un effet excellent, et nous désirerions bien qu’un tel seuil d’obstruction existe encore de nos jours, — une obstruction pour tenir éloigné ce qui n’est pas authentique, non pas ce qui l’est.

Aujourd’hui il n’y a guère de problèmes pour « se joindre » à tel ou tel groupe chrétien. Depuis longtemps la chrétienté est caractérisée par le mélange du bien et du mal, et l’ivraie a envahi le froment, le levain a pénétré toute la pâte (Matt. 13:24 et suiv.). Parce que Satan est arrivé à confondre la frontière établie par Dieu entre le « dedans » et le « dehors » sous couvert d’amour chrétien et de largeur de cœur, on a perdu la conscience de la présence de Dieu, et on a aussi perdu par-là ce mur de protection qui, à l’époque, retenait l’entrée de ceux qui n’étaient pas sincères, les incrédules.

Il est impossible que la chrétienté, dans son ensemble, revienne à l’état d’ordre divin du commencement. Au contraire, les hommes méchants en elle iront de mal en pis dans le mal et l’impiété (2 Tim. 3:13 ; 2:16). Cependant Dieu a toujours un chemin pour les individus qui veulent rester fidèles, y compris dans les jours d’abandon généralisé de la vérité de Dieu. Ce chemin est la séparation de tout ce qui est contraire à la pensée de Dieu (2:16, 19, 21 ; 3:5). Que les croyants réalisent ce que veut dire « distinguer entre les choses saintes et les choses profanes, entre le pur et l’impur » (Lév. 10:10), voilà une condition essentielle pour qu’il y ait la présence de Dieu au milieu d’eux. La promesse que le Seigneur Jésus a donnée à ceux qui sont assemblés à Son nom subsiste : Il est personnellement au milieu d’eux (Matt. 18:20). Cette présence personnelle du Seigneur peut être expérimentée et goûtée par les croyants de la même manière qu’aux jours des apôtres ; même les étrangers l’éprouveront. Dans notre temps de faiblesse et de ruine généralisée, le Seigneur ne rendra pas Sa présence au milieu des deux ou trois visible de manière aussi frappante qu’au commencement. Malgré tout, cette présence est effective, et elle sera perçue. Ce que l’apôtre Paul exprime en 1 Cor. 14 peut être vécu encore aujourd’hui : « Mais si tous prophétisent, et qu’il entre quelque incrédule ou quelque homme simple, il est convaincu par tous, et il est jugé par tous : les secrets de son cœur sont rendus manifestes ; et ainsi, tombant sur sa face, il rendra hommage à Dieu, publiant que Dieu est véritablement parmi vous » (1 Cor. 14:24, 25).

Dans ces jours heureux du commencement du christianisme, alors que tout correspondait encore à la volonté de Dieu, qui était ajouté ? [JND en français : se joignait ?]. C’était des « croyants » qui se joignaient au Seigneur, ou comme on peut aussi traduire ‘« des croyants au Seigneur » étaient ajoutés’ (5:14a). Ce sont donc seulement des croyants, de ceux qui croient au Seigneur, qui forment le témoignage de Dieu dans le christianisme. Au chapitre suivant, le fait de se tourner avec foi vers le Seigneur est lié à l’obéissance, ce qui est ainsi décrit : « une grande foule de sacrificateurs obéissait à la foi » (6:7). Nous avons déjà vu au ch. 2 v.47 que celui qui ajoute est le Seigneur Lui-même, et Lui seul. Mais Il n’ajoute jamais à Son assemblée ceux qui ne croient pas en Lui comme leur Seigneur et leur Rédempteur.

La foi elle-même était incontestablement un résultat de l’annonce de la Parole de Dieu. Même si dans notre passage d’Actes 5, il n’est pas parlé expressément de l’annonce de la Parole par les apôtres, nous devons absolument considérer que c’est justement ce qui se passait dans le portique de Salomon. Il n’y a pas de foi sans annonce de la vérité. « La foi est de ce qu’on entend, et ce qu’on entend par la Parole de Dieu » (Rom. 10:17).


6.1.3 - Une multitude tant d’hommes que de femmes — 5:14b

À ce moment-là ce n’étaient pas seulement des individus qui étaient ajoutés, mais l’écrivain fait état de toute une « multitude », et de manière intéressante il ajoute : « tant d’hommes que de femmes ». Arrêtons-nous d’abord un peu sur cette dernière expression.

Que les femmes soient particulièrement nommées, cela manifeste de manière touchante la grâce de Dieu. La discrimination de la femme qui était autrefois usuelle parmi les païens, est mise entièrement de côté dans le christianisme. Dieu sauve les femmes comme les hommes, et les ajoute à Son assemblée. « En Christ », la femme croyante a la même position que l’homme. Il en est aussi pareillement, par exemple, entre un enfant et un adorateur adulte de Dieu. Toutes les bénédictions spirituelles dans les lieux célestes en Christ sont la part des femmes dans toute leur étendue (Éph. 1:3). C’est la portée de la parole de Galates 3 : « Il n’y a ni mâle, ni femelle ; car vous tous, vous êtes un dans le Christ Jésus » (Gal. 3:28). Cependant, en ce qui concerne sa position « dans l’assemblée », la femme n’est pas comme l’homme, aussi longtemps que l’assemblée est sur la terre. Sur son attitude dans l’assemblée, il est enseigné, par exemple en 1 Cor. 14:34 : « Que vos femmes se taisent dans les assemblées, car il ne leur pas permis de parler ; mais qu’elles soient soumises, comme le dit aussi la loi ». Il est bon de maintenir la distinction entre ces deux relations « en Christ » et « dans l’assemblée ». Dans la maison de Dieu sur la terre, l’ordre de Dieu dans la création doit être maintenu (1 Cor. 11:1-16 ; 1 Tim. 2:8-15) et selon cet ordre la femme est sous l’autorité de l’homme.

Cependant, il est réjouissant de trouver la mention de femmes croyantes à côté d’hommes croyants. Déjà en Actes 1 il était question de « plusieurs femmes » qui avaient le privilège de persévérer dans la prière avec les apôtres et d’autres (1:14). Et dans la prophétie de Joël, que Pierre utilise dans son grand discours sur l’effusion du Saint Esprit lors de la Pentecôte, les femmes sont également nommées : « des filles », « des servantes » (2:17, 18). Des croyants, le Saint Esprit fait des membres du corps de Christ, qu’ils soient hommes, femmes ou enfants. Privilège béni ! « Car aussi nous avons tous été baptisés d’un seul Esprit pour être un seul corps » (1 Cor. 12:13). Dans la suite du livre des Actes, il est relaté à maintes reprises que beaucoup de Grecs sont venus à la foi en Christ par la prédication de l’évangile, et alors il est aussi rapporté : « et des femmes de premier rang en assez grand nombre » (17:4). Combien tout cela est beau !

Cependant, à leur tour, les femmes n’étaient pas seulement sauvées. Beaucoup d’hommes pensent que la « religion » est plutôt une affaire pour les femmes, qu’eux-mêmes sont plus rationnels et plus dirigés par leur raison. Cependant si la Parole de Dieu opère, et opère en puissance, elle balaie toutes ces pensées folles, et les met de côté, et à la place elle touche les consciences. Quand les apôtres, avec une grande hardiesse et avec fraîcheur, annoncèrent pour la première fois Christ et la résurrection, les hommes forts courbèrent leur tête devant Dieu, saisis de componction, et crièrent à Pierre et aux autres apôtres : « Que ferons-nous, frères ? ». Il était bon pour ces hommes forts de se soumettre et de se repentir avant qu’il ne soit trop tard pour eux ! Car à quoi servirait leur prétendue force s’ils devaient, un jour, se tenir devant le grand trône blanc, devant la face de Celui devant qui la terre et le ciel se sont enfuis ?

Que le « mur de protection » dont j’ai parlé, ne soit pas destiné à éloigner ceux qui cherchent honnêtement, cela est souligné par le fait qu’une multitude (ou : une grande foule) a été amenée à la foi au Seigneur Jésus, et a été ajoutée à la compagnie chrétienne. Bien qu’à partir du ch. 2 v.41 nous n’entendions plus parler du baptême chrétien, nous pouvons admettre avec certitude que ces nouveaux convertis, comme les 3000 de la Pentecôte, ne furent pas reçus sans le baptême. Le fait d’être ajouté inclut le fait d’être baptisé. J’ai déjà parlé sur cette double relation en rapport avec le ch. 2 v.41 (voir les commentaires précédents sur « Un peuple pour son nom »).

Si nous pensons à la foule de nouveaux convertis du commencement, on peut être pénétré d’un sentiment de tristesse et de douleur. Aujourd’hui, en règle générale, ce ne sont que des individus qui se laissent trouver par la grâce de Dieu, en tout cas dans nos régions. Mais même dans ces jours de « marée haute » tandis que les vagues de la grâce de Dieu qui sauve étaient encore hautes, ce genre d’action ne s’est pas produit sans discontinuités. Par exemple quand Paul était à Athènes et « leur annonçait Jésus et la résurrection » (17:18), relativement peu nombreux furent ceux qui se joignirent à lui, et crurent, mais parmi eux il y eut une femme Damaris (17:34). Il n’est pas indiqué qu’une assemblée soit née en ce lieu-là, et on n’a pas à le supposer.

C’est ainsi que depuis les jours du commencement, il y a toujours eu la « marée haute » et la « marée basse ». Les grands temps de réveil appartiennent probablement largement au passé. Et si de nos jours nous vivons une « marée basse » générale, alors une pensée extraordinaire peut nous consoler : la porte n’est pas encore fermée. Si nous entrons dans le royaume de Dieu avec toute une foule (Matt. 11:12) ou si nous y entrons seulement un par un, dans tous les cas nous sommes accueillis par Dieu de la même manière. Aujourd’hui est encore le temps agréable, le jour du salut ; et que celui qui veut, vienne, et prenne de l’eau de la vie (2 Cor. 6:2 ; Apoc. 22:17).


6.1.4 - Ils étaient tous guéris — 5:15-16

Le verset 15 se raccorde à la première partie du verset 12 (parenthèse de 5:12b à 5:14) :

« De sorte qu’on apportait les infirmes dehors dans les rues, et qu’on les mettait sur de petits lits et sur des couchettes, afin que, quand Pierre viendrait, au moins son ombre passât sur quelqu’un d’eux. Et la multitude aussi des villes d’alentour s’assemblait à Jérusalem, apportant les infirmes et ceux qui étaient tourmentés par des esprits immondes ; et ils étaient tous guéris » (5:15, 16).

C’était bien des événements extraordinaires qui se passaient dans les rues de Jérusalem ! Les rues de la ville ressemblaient à un unique hôpital et la puissance de Dieu pour guérir était richement présente. La Parole nous dit « et ils étaient tous guéris ». Ils trouvaient tous la guérison, aussi bien les « malades normaux » que ceux qui étaient affligés d’esprits impurs. Luc fait soigneusement la différence entre les deux groupes, et mentionne ces derniers pour la première fois. Même les malades provenant des nombreuses localités des environs, n’étaient pas déçus dans leur attente.

Combien de malades gravement atteints dans leur corps ont depuis lors entrepris de longs voyages pour chercher une guérison, et sont revenus déçus ! Mais ici, pas un seul n’a été déçu dans son attente. Le mot « tous » est fortement accentué dans le texte original, et signifie quelque chose comme « tous ensemble, sans aucune exception ».

Il n’y avait jamais eu quelque chose de comparable auparavant, même pas dans les jours du Seigneur Jésus sur la terre. Il était maintenant au ciel, et tout cela se passait par la puissance de Son nom et pour Sa glorification. Mais c’était aussi un merveilleux témoignage de la grande bonté de Dieu qui use de miséricorde envers Sa création qui gémit — une vérité consolante qui subsiste dans tous les temps. Ici tout était forcément limité et de nature temporaire, cependant un jour viendra, où Son Fils établira Son règne sur la terre. Alors les paroles du Psaume 103 s’accompliront sans restriction : « C’est lui qui pardonne toutes tes iniquités, qui guérit toutes tes infirmités » (Ps. 103:3).

Dieu avait parlé solennellement en jugement, et deux personnes trompeuses avaient été emportées subitement par la mort. Quelle joie ce devait être maintenant de vivre Son action en grâce, et d’une manière jamais connue jusque-là ! Car, où avons-nous vu que seule l’ombre du Seigneur Jésus ait guéri quelqu’un de sa maladie ? Ici, l’ombre de l’apôtre Pierre était suffisante pour faire trouver la guérison à beaucoup. Il est tout à fait manifeste que c’est là le sens du v. 15, même si ce n’est pas dit expressément. En tout cas cela nous rappelle les paroles du Seigneur en Jean 14 : « En vérité, en vérité, je vous dis : Celui qui croit en moi fera, lui aussi, les œuvres que moi je fais, et il en fera de plus grandes que celles-ci ; parce que moi, je m’en vais au Père » (Jean 14:12).

Une première confirmation de cette parole a eu lieu au jour de la Pentecôte quand 3000 personnes se sont converties d’un coup à la suite d’une seule prédication. Et quand plus tard on portait des mouchoirs et des tabliers de dessus le corps de l’apôtre Paul et qu’on les posait sur les malades pour les guérir (19:11, 12), cela aussi faisait partie des œuvres plus grandes dont parle ce verset de Jean 14:12.

Le Seigneur Jésus était maintenant en haut auprès du Père, et par Sa puissance les apôtres poursuivaient ce qu’Il avait opéré Lui-même durant les jours de Son ministère sur la terre. C’est là l’explication du fait que les disciples ont fait des œuvres plus grandes que celles du Seigneur lui-même — non pas dans le fait qu’ils auraient possédé une plus grande puissance que leur Maître. En eux-mêmes ils étaient des hommes faibles comme tous les autres. Pierre ne laisse planer aucun doute à cet égard quand, après la guérison de l’homme impotent, il s’écrie auprès des Juifs en disant : « Hommes israélites … pourquoi avez-vous les yeux fixés sur nous, comme si nous avions fait marcher cet homme par notre propre puissance ou par notre piété ? … Et, par la foi en son nom, son nom a raffermi cet homme que vous voyez et que vous connaissez » (3:12-16). Si nous n’avons qu’un peu parlé des œuvres plus grandes faites par les disciples par la puissance de Son nom, cependant il y a une grande œuvre qui domine par-dessus toutes les autres, et que seul le Sauveur pouvait exécuter Lui-même : c’est l’œuvre de la Rédemption. Il l’a accomplie pour la glorification de Dieu et pour notre salut. Elle sera pour nous un motif de louange et d’adoration éternelles envers Lui.

Nous allons voir brièvement une petite particularité de langage de notre paragraphe. Pour tous les verbes de ce paragraphe (avoir lieu, être, oser, exalter, faire, venir, ajouter, guérir) l’écrivain utilise exclusivement l’imparfait, c’est-à-dire la forme verbale d’un passé qui n’est pas complètement accompli : les actions étaient commencées et se poursuivaient dans le temps, mais sans se terminer. Par cette forme ouverte le Saint Esprit indique que quelque chose interviendrait qui nuirait à la poursuite de l’œuvre bénie. C’est aussi la raison pour laquelle Luc l’écrivain place ici cet aperçu avant les événements qui vont suivre.


6.2 - La détention et la libération des apôtres

Dans le ch. 5 du livre des Actes, il y a quatre exemples ou quatre manières qui montrent la présence et la puissance de Dieu dans Son assemblée et en sa faveur :


Dieu opère sur la terre, Il opère pour l’honneur de son Fils, et Il utilise pour cela qui Il veut. Il en était ainsi à l’époque, et il en est encore ainsi aujourd’hui. Que son nom soit béni pour cela ! Quand Dieu opère, tous les efforts de l’homme pour s’opposer sont vains.


6.2.1 - L’inimitié du « libre-penseur » — 5:17-18

« Et le souverain sacrificateur se leva, lui et tous ceux qui étaient avec lui, savoir la secte des sadducéens ; et ils furent remplis de jalousie, et mirent les mains sur les apôtres et les jetèrent dans la prison publique » (5:17, 18).

Il se répète ce qu’on a vu au début du ch. 4 et qui était préfiguré par le traitement que le même comité avait fait subir au Seigneur Jésus. Quand le Fils de Dieu eut ressuscité d’entre les morts « Lazare le mort », « les principaux sacrificateurs et les pharisiens donc assemblèrent un sanhédrin et dirent : Que faisons-nous ? car cet homme fait beaucoup de miracles. Si nous le laissons ainsi faire, tous croiront en lui… » (Jean 11:47, 48). Ils ne pouvaient pas nier le miracle, mais au lieu de s’ouvrir à cette manière de parler de Dieu, ils fermèrent leurs cœurs et haïrent Jésus parce qu’ils craignaient de perdre leur influence auprès des hommes. Comme autrefois dans le cas du Seigneur (Matt. 27:18), ainsi aussi maintenant dans le cas des apôtres, ce sont la pure jalousie et l’envie qui déterminaient les actes des conducteurs religieux.

Le Seigneur avait préparé ses disciples aux persécutions, et Il leur avait dit : « Souvenez-vous de la parole que moi je vous ai dite : L’esclave n’est pas plus grand que son maître. S’ils m’ont persécuté, ils vous persécuteront aussi » (Jean 15:20). Cela s’accomplissait maintenant, de nouveau.

La secte des sadducéens avait, en ce temps-là, la haute main sur le sanhédrin, et elle fournissait en général le souverain sacrificateur. En tout cas nous observons cette prépondérance dans les premiers chapitres du livre des Actes. Ici nous rencontrons pour la première fois l’expression « secte » : « la secte des sadducéens ». Le mot grec est le mot « hairesis », c’est-à-dire « groupe, parti, secte » ; il décrit à l’origine une école philosophique qui suivait une doctrine particulière. C’est dans ce sens qu’est mentionnée ici la secte des sadducéens et plus tard la secte des pharisiens (15:5 et 26:5). Même si les premiers chrétiens furent désignés comme « une secte » (24:5, 14 ; 28:22), il y a dans ce mot la même idée derrière, mais déjà un brin péjorative dans son application aux chrétiens. Dans 1 Cor. 11:19 et Galates 5:20 le Saint Esprit utilise la même expression, et chaque fois au pluriel. Les sectes désignent là des partis parmi les croyants, des groupements qui sont nés d’une rupture entre eux. Dans ce contexte, ce terme du point de vue de Dieu, prend une coloration plus que négative : les sectes ou les partis parmi les vrais chrétiens sont des « œuvres de la chair » résultant de la propre volonté ; ce sont des péchés. En 2 Pierre 2:1, il est même parlé de « sectes de perdition ». Elles ont pour base de fausses doctrines. Introduites par de faux docteurs, elles conduisent à contester la personne du Seigneur Jésus et Ses titres. Ce n’est que dans ce dernier passage que le terme « secte » est en rapport avec des enseignements faux ou mauvais. Dans les autres passages, où il est utilisé en rapport avec des croyants, ce n’est pas le cas.

Il est typique de la secte des sadducéens dans le livre des Actes, que ce soient eux qui entrèrent maintenant en action, après un temps d’attente patiente, pour donner un ordre définitif d’arrêter la diffusion de ce nouvel enseignement. On a vu la même chose au ch. 4 v.1 et suiv. Nous pouvons bien comprendre le mécontentement des sadducéens. Ils prétendaient qu’il n’y avait ni résurrection, ni anges, ni esprits (Matt. 22:23 ; Actes 23:8). Mais Christ était ressuscité et Ses disciples pouvaient le confirmer en paroles et en actes devant tous, en tant que témoins oculaires. Et si ces libres penseurs croyaient ou non aux anges, cela ne changeait rien au fait que l’un de ces « puissants en force » (Ps. 103:20) s’occupait maintenant à barrer la route de l’entreprise qu’ils avaient projetée.

L’inimitié des sadducéens est d’autant plus remarquable qu’ils se vantaient d’être les membres de la secte religieuse qui avait écrit sur leur bannière la liberté de conscience et de pensée. Cependant ce que les gens appellent liberté n’est pas réellement la liberté. Cette liberté de pensée ne sert finalement qu’à prêter main-forte à l’erreur sous toutes ses formes, et à rendre les hommes esclaves « pour aveugler » leurs pensées (2 Cor. 4:4). Cependant, malgré ce soutien à la liberté, la vérité de Dieu, venue avec la grâce par Jésus Christ (Jean 1:17), se trouva en face d’une résistance violente.

Dans ce domaine, rien n’a changé aujourd’hui. De nos jours on aime beaucoup parler de liberté et de libéralisme, alors que l’asservissement des incrédules aux erreurs les plus nombreuses et les plus effrayantes augmente de manière irrésistible au sein de la chrétienté. Christ est la vérité, et la Parole de Dieu est la vérité (Jean 14:6 ; 17:17). Le refus de cette vérité exposera les incrédules de la chrétienté au jugement terrible de devoir croire aux illusions folles et au mensonge de l’Antichrist, sans parler des conséquences éternelles de leur incrédulité (2 Thess. 2:9-12). Ah ! Qu’aujourd’hui encore, beaucoup se tournent par la foi vers le Sauveur du monde ! Ils trouveraient là la vérité et la vraie liberté, et encore davantage : la vie éternelle et le bonheur éternel.

Ainsi les sadducéens mirent de nouveau la main sur les apôtres, et les placèrent en détention publique. C’était une mesure plus sévère qu’au ch. 4, car ils étaient traités comme des criminels de droit commun.

Au ch. 4, seuls Pierre et Jean furent arrêtés, tandis que maintenant tous les apôtres furent mis sous les verrous. Dans la pensée des gens, leur nouveau mouvement était décapité, n’ayant plus ni tête, ni direction. À leur égard, les sadducéens qui étaient mus par l’attachement à la liberté, manient la force de manière tout à fait rigoureuse et sans scrupules. Ils agissent en premier lieu de leur propre autorité, et ne font appel au sanhédrin qu’après. Ils pensent être dans leur plein droit pour agir par la force, du fait que les disciples de Christ n’ont aucunement suivi leurs instructions.


6.2.2 - L’intervention de Dieu — Actes 5:19-20

« Mais un ange du Seigneur ouvrit de nuit les portes de la prison, et les conduisit dehors et dit : Allez, et, vous tenant dans le temple, annoncez au peuple toutes les paroles de cette vie » (5:19, 20).

Dieu intervient en puissance, et Il libère par un de Ses anges les prédicateurs de l’évangile. L’incrédulité s’offusque de ce genre de descriptions. Et ainsi il n’a pas manqué de tentatives de « démythifier » ce récit, et d’« élucider » ce miracle : l’expression « ange du Seigneur » serait une transcription, selon la manière de penser hébraïque, d’une intervention non spécifiée de Dieu. Ce pourrait avoir été un ami quelconque ou même l’un des gardes qui aurait aidé à libérer les apôtres. « Ange » ne signifierait ici rien d’autre qu’« envoyé ».

De telles « élucidations » ne méritent pas d’être prises au sérieux. Elles émanent de l’esprit de sadducéens modernes, et elles manifestent de l’incrédulité toute pure. L’Écriture Sainte de l’Ancien et du Nouveau Testament est pleine de miracles de Dieu. Dieu est un Dieu qui fait des miracles (Ps. 77:14) ; et qui croit en Lui, croit aussi dans les miracles dont parle Sa Parole.

Nous ne voulons pas nous arrêter maintenant davantage sur les anges et leur service. Cependant ceci reste bien établi : ce n’est pas seulement au temps de l’Ancien Testament qu’ils ont joué un rôle important, mais aussi durant la transition entre les ères juives et chrétiennes. Les anges ont été utilisés pour rouler la pierre du tombeau du Seigneur, et pour donner à Ses disciples la certitude de la résurrection de Jésus. Les anges étaient aussi présents lors de l’ascension du Seigneur, et ils ont transmis un message important aux disciples qui fixaient les yeux vers le ciel, ce message ayant trait au retour de Christ (1:10, 11). Ici dans notre paragraphe, un ange ouvre les portes de la prison, et met les douze en liberté malgré la présence d’une garde vigilante. Au ch. 8, Philippe nommé plus tard l’« évangéliste », reçoit du Seigneur ressuscité une mission par le moyen d’un ange. C’est encore un ange qui au ch. 12 se tient dans le cachot près de Pierre, le réveille, le fait passer à côté des gardes de manière miraculeuse, et le conduit à la liberté. Le même chapitre nous raconte comment un ange du Seigneur a frappé le roi Hérode parce qu’il n’avait pas donné gloire à Dieu.

Certainement le mot « ange » signifie « envoyé » ou « messager », mais l’Écriture Sainte ne laisse aucun doute sur le fait que, dans tous les cas cités, il s’agit de ces êtres célestes que la Parole de Dieu décrit comme « puissants en force, qui exécutez sa parole, écoutant la voix de sa parole ! » (Ps. 103:20).

L’intervention visible de Dieu, en puissance, par le moyen des anges était parfaitement appropriée pour ces jours du commencement, et servait, en somme, comme les signes et les prodiges, à confirmer le témoignage de Dieu dans le christianisme, car celui-ci était nouveau, et la Parole de Dieu du Nouveau Testament n’était pas encore écrite.

Le service des anges envers les saints n’a pas cessé dans le temps présent comme l’enseigne Hébreux 1:14. Cependant, en règle générale, les anges n’apparaissent plus de manière visible dans des apparitions.

Dans un temps encore futur, il en sera autrement. Si Dieu, après l’enlèvement de l’assemblée, exécute les jugements de Sa providence sur la terre (ils sont décrits en Apocalypse à partir du ch. 6), Il se servira de nouveau d’anges pour cela. Et aussi au temps du règne millénaire, les anges de Dieu monteront et descendront sur le Fils de l’homme (Gen. 28:12 ; Jean 1:52 ; Apoc. 21:12).

Cependant il y a quelque chose que les anges ne font pas, n’ont jamais fait et ne feront jamais : c’est prêcher l’évangile de la grâce de Dieu. Dieu peut faire adresser des messages par leur moyen, comme dans notre passage, mais les anges n’appellent pas les pécheurs à la repentance, ils n’annoncent pas la foi en Jésus Christ, le Sauveur du monde. Cela Dieu l’a confié seulement à ceux qui ont fait eux-mêmes l’expérience d’être rachetés. Quelqu’un objectera peut-être qu’au moins « l’évangile éternel » sera annoncé par un ange (Apoc. 14:6). Or l’ange d’Apoc. 14 vole symboliquement au milieu du ciel, et donne à haute voix le contenu du message à annoncer sur la terre (Apoc. 14:7), mais le Seigneur Jésus montre en Matt. 24 à partir du v. 4 que ceux qui le proclameront effectivement sur la terre seront des hommes — et plus précisément Ses disciples auxquels Il parlait alors en tant que représentants du résidu juif fidèle des jours de la fin. Les Juifs croyants porteront l’évangile du royaume en peu de temps sur toute la terre. Beaucoup d’entre eux souffriront la mort du martyr à cause de leur témoignage (Apoc. 6:9 ; 12:17 ; 20:4). Parce qu’ils auront été fidèles, le Seigneur les nommera plus tard Ses « frères » lors du jugement des vivants (Matt. 25:40).


6.2.3 - Toutes les paroles de cette vie — Actes 5:20

La mission de Dieu que l’ange communique aux apôtres est brève mais vaste : « Allez, et, vous tenant dans le temple, annoncez au peuple toutes les paroles de cette vie » (5:20). La raison pour laquelle Dieu a fait connaître à cette occasion Sa puissance de manière aussi visible apparaît nettement (Il aurait pu libérer les apôtres de manière moins frappante s’il ne s’était agi que de cela) : ils devaient se tenir dans le temple, de manière visible pour tous, et manifester tout à fait publiquement un signe notoire de la puissance de Dieu. Dieu voulait montrer qu’Il était avec ces gens et que les portes de la prison fermées et gardées n’étaient nullement un obstacle pour Lui. Ces hommes se tinrent de nouveau là, eux qui la veille, avaient été empêchés par la force de rendre leur témoignage !

Cela est un côté des choses. Un second côté lui est étroitement lié : Dieu est un Dieu Sauveur et Il veut que le message de Sa grâce dans le Christ Jésus soit annoncé franchement et largement en dépit de tous les efforts de l’ennemi pour le faire cesser. C’est une pensée qui encore aujourd’hui doit faire prendre à cœur la diffusion du précieux évangile. Aujourd’hui Dieu n’intervient plus guère par des miracles publics et tangibles pour Ses serviteurs. Beaucoup d’entre eux ont depuis lors été jetés en prison, tourmentés, torturés, mis à mort et brûlés sans qu’un ange du ciel soit descendu et les ait libérés ! Cependant quant au dessein de Dieu, rien n’a changé. Sa Parole doit courir et être glorifiée (2 Thess. 3:1). C’est pourquoi nous pouvons lutter, supplier et travailler pour cela. Il nous accordera tout Son appui, même si ce n’est pas de manière aussi publique que dans ces jours du commencement.

« Toutes les paroles de cette vie » : voilà une formule qui mérite réflexion ! Les oracles de Dieu portent en eux un germe de vie, de la vie éternelle. En être conscient est justement de la plus grande importance pour celui qui annonce la Bonne Nouvelle. « Tu as les paroles de la vie éternelle » avait confessé un jour Pierre (Jean 6:68). Mais ces paroles doivent en outre être annoncées et apportées aux gens afin qu’elles puissent susciter la vie divine dans leur âme. Comme nous l’avons déjà rappelé, il n’y a pas de foi sans prédication, mais la prédication est par la Parole de Dieu (Rom. 10:14-17). La semence de la nouvelle naissance est la Parole de Dieu, et seulement cette Parole (Jacq. 1:18 ; 1 Pierre 1:23). Qu’est-ce que le Seigneur Jésus, le vrai « semeur » et notre grand modèle, a « semé dans les cœurs » quand Il parlait sur la terre aux perdus ? C’était la Parole de Dieu. « La semence est la Parole de Dieu » (Matt. 13:3 et suiv. ; Luc 8:11). « Il leur annonçait la parole » (Marc 2:2).

Utilisons, nous aussi, cette « semence », et annonçons toutes les paroles de cette vie ! Il faut « toutes » les paroles, afin que ni un côté ni l’autre ne soit omis. C’est ainsi aussi que la parole de repentance ne doit pas manquer, la « repentance pour la vie » (11:18). Restons-en à « annoncer » la Parole ! « Annoncer » ne signifie pas « jouer ». Des jeux, des représentations, des productions musicales avec un fond biblique ne sont pas la Parole de Dieu non frelatée ; elles ne sont pas non plus Son chemin pour le salut des pécheurs. Ou bien, où trouverions-nous dans l’Écriture Sainte que le Seigneur Jésus ou ses apôtres ou quelque autre serviteur de Dieu se soient présentés devant des gens avec une manifestation de musique chrétienne ou même leur aient offert un spectacle pour leur faire apporter l’évangile de cette manière ? « Jouer » la Sainte Parole de Dieu au lieu de l’« annoncer » dans la puissance de l’Esprit de Dieu est une grave déviation de la voie de la vérité.

Pourquoi sommes-nous enclins à le faire malgré tout, — ne serait-ce qu’à titre d’évaluation ? Parce que nous avons perdu la simplicité quant au Christ de Dieu, et qu’en suivant largement le goût de l’homme naturel (nous le disons sans vouloir blesser), nous nous sommes conformés au monde chrétien. Naturellement nous devons approcher les gens de manière qui, autant que possible, ne soit ni grossière ni rustre. Tout au contraire ! Pour gagner le plus de gens possible, Paul était devenu comme Juif pour les Juifs, devenu comme faible pour les faibles, devenu toutes choses pour tous (1 Cor. 9:19-23). Il se réglait sur ses interlocuteurs (c’est ce que signifient ces paroles), il rencontrait les différentes personnes sur leur propre terrain, et il tenait compte de leurs scrupules, de leur manière de penser et de sentir. Mais en aucun cas, il ne s’adressait à la chair religieuse de ses auditeurs. Jamais il ne perdait de vue le but et le chemin de Dieu, et jamais il n’« anéantissait la croix de Christ » par des ingrédients humains. Et que commandait-il à son fidèle enfant Timothée à la fin de sa vie, ayant devant les yeux « les derniers jours » et « les temps fâcheux » ? Lui recommandait-il de trouver des méthodes efficaces pour répandre l’évangile du fait que maintenant les gens se détournaient de la vérité et se tournaient vers les fables ? Mille fois non ! il « adjurait devant Dieu et le Christ Jésus qui va juger les vivants et les morts… : ‘prêche la parole’ » (2 Tim. 4:1-4). Combien cela est simple et beau, mais aussi combien cela est consolant pour nous de nos jours !

C’est pourquoi chers amis revenons au commencement, aussi bien quant au contenu de la prédication que quant à l’art et la manière de prêcher ! N’ayons pas confiance dans les méthodes modernes des hommes de présenter la vérité, mais confions-nous en la puissance de la Parole de Dieu elle-même ! Cette parole est dirigée en premier lieu vers la conscience des gens. Seule une conscience labourée par la charrue de la Parole divine est prête et capable de recevoir la semence de la régénération. À l’inverse, les solutions humaines de remplacement du genre déjà nommé parlent beaucoup plutôt aux sens de l’homme, à ses sentiments, à son intellect qu’à sa conscience, et cela mène dans une fausse direction.

Paul évitait soigneusement tout ce qui aurait pu détourner ses auditeurs du véritable objet de sa prédication, c’est-à-dire « Jésus Christ » et « Jésus Christ crucifié » (1 Cor. 2:2). L’« excellence de parole » (1 Cor. 2:1) et la « sagesse » des hommes s’adressent comme les autres choses à la chair de l’homme. C’est pourquoi il s’étudiait à parler d’une manière simple : « Ma parole et ma prédication n’ont pas été en paroles persuasives de sagesse, mais en démonstration de l’Esprit et de puissance, afin que votre foi ne repose pas sur la sagesse des hommes, mais sur la puissance de Dieu » (1 Cor. 2:1-4). Oui, la puissance de Dieu est seule capable de susciter la foi et la vie dans le cœur.

Comme moyen, le Saint Esprit se sert toujours de la Parole écrite de Dieu. Ayons confiance en elle et en la puissance du Saint Esprit !

Aujourd’hui, personne ne peut être né de nouveau si ce n’est « d’eau et d’Esprit » (Jean 3:5). L’eau est une image de la Parole de Dieu dans sa puissance purifiante sous l’influence de l’Esprit de Dieu, la plupart d’entre nous le savent bien. Certainement nous pouvons être « inventifs » sur la manière d’éveiller l’intérêt des gens et de toucher leur cœur. L’amour rend inventif.

L’apôtre Paul nous fournit un bel exemple de cela dans l’Aréopage d’Athènes (17:22 et suiv.). Or ce que nous disons aux gens, ce doit être les « oracles de Dieu » (1 Pierre 4:11). Imitons l’apôtre Paul et rendons témoignage de « la repentance envers Dieu et de la foi en notre Seigneur Jésus Christ » (20:21), « publiquement et dans les maisons » ! Voilà « les paroles de cette vie », dont les pécheurs perdus ont tant besoin.


6.2.4 - Perplexité des adversaires — Actes 5:21-25

Libérés de la prison par un ange du Seigneur, les apôtres prennent-ils la fuite en hâte, la même nuit, hors de Jérusalem ? Réellement ?

« Ce qu’ayant entendu, ils entrèrent, vers le point du jour, dans le temple, et ils enseignaient » (5:21a).

Dieu n’avait pas libéré ses esclaves dans cette occasion particulière pour qu’ils se mettent en sécurité, mais pour qu’ils annoncent de nouveau Sa Parole au peuple, c’est ce qu’ils font sans hésiter, tôt le matin, dès que les portes du temple furent ouvertes pour le premier service. « Ils entrèrent, vers le point du jour, dans le temple, et ils enseignaient ». Voilà la réponse de Dieu aux sadducéens qui non seulement rejetaient les paroles de la vie, mais aussi empêchaient les autres de les recevoir ! Les avertissements du Seigneur aux pharisiens s’appliquaient entièrement à eux également : « Mais malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites ! car vous fermez le royaume des cieux devant les hommes ; car vous n’entrez pas vous-mêmes, ni ne permettez à ceux qui entrent, d’entrer » (Matt. 23:13).

« Mais le souverain sacrificateur étant venu, et ceux qui étaient avec lui, ils assemblèrent le sanhédrin et tous le corps des anciens des fils d’Israël, et ils envoyèrent à la prison pour les faire amener. Mais les huissiers, y étant arrivés, ne les trouvèrent pas dans la prison ; et s’en retournant, ils le rapportèrent, disant : Nous avons trouvé la prison fermée avec toute sûreté, et les gardes se tenant aux portes ; mais, ayant ouvert, nous n’avons trouvé personne dedans. Et quand le sacrificateur et le commandant du temple et les principaux sacrificateurs eurent entendu ces paroles, ils furent en perplexité à leur sujet, ne sachant ce que cela deviendrait. Or quelqu’un arriva et leur rapporta : Voilà, les hommes que vous avez mis en prison sont au temple et enseignent le peuple » (5:21b-25).

Manifestement le souverain sacrificateur et les sadducéens qui se tenaient auprès de lui, convoquèrent en hâte tout le sanhédrin, comme nous dirions aujourd’hui, pour une séance plénière de ce comité Juif suprême. Nous avons déjà eu l’occasion de parler de sa composition (au sujet de Actes 4:5-6). Il suffit maintenant de remarquer que, dans le cas du sanhédrin, c’est surtout la fonction de cet organisme qui est décrite (plus précisément siéger et délibérer), tandis que, dans le cas du corps des anciens, ce sont sa position et sa dignité au sein du peuple qui sont indiquées.

Le souverain sacrificateur et les sadducéens voulaient faire comparaître les douze délinquants pour faire leur procès, mais à leur grande surprise ils durent entendre que les gardes avaient surveillé une prison vide, et cela bien que les huissiers eux-mêmes eussent trouvé la prison fermée avec tout le soin nécessaire. Ceux qui racontèrent l’affaire utilisèrent le terme « fermée » sous la forme du parfait (« ayant été fermée »), ce qui revient à dire quelque chose comme ceci : la prison, une fois fermée, est restée bien fermée, jusqu’à ce qu’ils changent eux-mêmes cette situation et qu’ils l’ouvrent.

Nous pouvons nous représenter la surprise sur les visages des sacrificateurs et des chefs quand ils reçurent les paroles de la garde du temple. Puis la surprise fit place à une perplexité ouverte, quand un messager au courant des événements leur transmit la nouvelle que ceux qu’ils avaient mis en prison, se tenaient dans le temple, et enseignaient le peuple. On se doute bien qu’il ne fut pas très agréable aux sadducéens, que leur coup manqué soit donné à connaître aux oreilles de tout le sanhédrin. Si la nouvelle de l’échec de leur opération leur était arrivée plus tôt, ils auraient certainement cherché à la taire. Mais le Seigneur a tout dans Sa main, et Il fit en sorte que maintenant tout le sanhédrin réuni l’entendit. L’impuissance de l’homme en face de la puissance de Dieu devait être manifeste devant toute la compagnie des conducteurs religieux d’Israël.

En fait, ce qui met l’incrédulité dans l’embarras, est un encouragement pour la foi : l’œuvre de Dieu croît, et Sa Parole court. Les adversaires ont voulu éviter à tout prix que l’affaire de Jésus se répande davantage parmi le peuple, et ils ont solennellement commandé aux apôtres Pierre et Jean de « ne plus parler ni enseigner au nom de Jésus » (4:17, 18). Cependant, bien qu’ils aient tout entrepris contre ces hommes, et qu’ils les aient même de nouveau faits prisonniers, les voilà maintenant de nouveau là, ces apôtres de Jésus Christ, non plus deux d’entre eux, mais tous les douze, et ils enseignaient le peuple. Pressentent-ils qu’ils ne pourraient rien exercer contre ce Jésus ? Reconnaissent-ils maintenant que cette parole qu’ils combattent porte en elle la vie et qu’elle ira toujours croissant ? Leur perplexité trahit au fond la crainte et l’effroi de leur cœur — pour eux les adversaires, c’est une preuve de leur perte, tandis que pour les croyants c’est une preuve du salut. C’est pourquoi nous avons besoin de n’être « en rien épouvantés par les adversaires » (Phil. 1:28).

La peur n’a-t-elle pas tracassé autrefois le Pharaon en face du peuple d’Israël qui devenait toujours plus fort ? Il les a réduits en esclavage, et il leur a imposé un service toujours plus dur, et a finalement donner l’ordre de noyer tous les bébés mâles. Mais un enfant fut tiré de l’eau : c’était Moïse, et cet enfant grandit et se fortifia jusqu’à devenir le libérateur de son peuple de dessous l’asservissement à l’Égypte.

À une époque ultérieure, au temps de Josué, Jéricho ferma les portes de la ville devant deux hommes du peuple par peur d’eux. Rahab la prostituée confessa cet effroi devant eux : « Je sais que l’Éternel vous a donné le pays, et que la terreur de votre nom est tombée sur nous, et que tous les habitants du pays se fondent devant vous… car l’Éternel, votre Dieu, est Dieu dans les cieux en haut, et sur la terre en bas » (Josué 2:9-11). Ce que Rahab prévoyait par la foi est arrivé. Les murs de Jéricho tombèrent et le pays s’ouvrit devant les fils d’Israël.

Quand le Seigneur Jésus naquit, des hommes pleins de foi vinrent de l’Orient lointain pour adorer le roi des Juifs nouvellement né. Mais ce qui était pour eux un sujet de joie et d’hommage à rendre, était pour le roi Hérode et pour tout Jérusalem un sujet de consternation. Hérode chercha cruellement à ôter la vie de l’enfant Jésus, et il fit tuer tous les garçons de Bethléem et de tout son territoire, depuis l’âge de deux ans et au-dessous (Matt. 2:3, 16). Oui Rachel pleura ses enfants. Malgré cela l’enfant grandit et se fortifia (Luc 2:40), ce que le meurtrier des enfants n’avait pas prévu, et Il devint le Rédempteur, non seulement pour ceux du peuple d’Israël, mais pour tous ceux qui croiraient.

Oui, Il était le vrai grain de blé qui, tombant en terre, meurt. Mais ce qui est apparu comme l’aboutissement de toute l’affaire, a été en vérité le commencement d’une nouvelle création. Par sa mort, le grain de blé a porté beaucoup de fruits, dans une mesure qui a dépassé absolument tout ce que pouvaient concevoir les conducteurs religieux d’Israël. Et quand l’assemblée elle-même, le fruit le plus glorieux de Sa mort, aura été introduite dans les greniers célestes, Il trouvera encore beaucoup de fruit dans Son royaume sur la terre.

Ainsi nous n’avons besoin d’avoir aucune crainte (1 Pierre 3:6). Dieu atteint Son but, et dans toutes les circonstances et en tout temps « Il est pour nous ». Qui peut, en vérité, être contre nous ? « Celui même qui n’a pas épargné son propre Fils, mais qui l’a livré pour nous tous, comment ne nous fera-t-il pas don aussi, librement, de toutes choses avec lui ? » (Rom. 8:31, 32).


6.3 - L’arrestation des apôtres — Actes 5:26

« Alors le commandant, avec les huissiers, s’en alla et les amena sans violence ; car ils craignaient d’être lapidés par le peuple » (5:26).

Un ange du Seigneur les avait libérés, et maintenant les apôtres se font de nouveau prendre et mener devant le sanhédrin. N’était-ce pas effectivement une « grande grâce » sur ces fidèles témoins ? Ils sont un bel exemple de ce que c’est de ne se laisser effrayer en rien par les adversaires (Phil. 1:28). Sans faire de résistance, ils se laissent emmener. Ils auraient pu profiter de l’heure et de l’assentiment du peuple pour être préservés de cette nouvelle arrestation par le sanhédrin, car nous pouvons admettre qu’ils savaient évaluer correctement la situation aussi bien que le commandant du temple et que la garde.

Pour un soulèvement puissant, cela aurait été le bon moment, et ils auraient eu le peuple de leur côté. Mais le Seigneur n’avait-Il pas dit que tous ceux qui prendraient l’épée périraient aussi par l’épée (Matt. 26:52) ? N’était-ce pas incomparablement meilleur de s’appuyer sur Dieu au lieu de s’appuyer sur les hommes ? Ne leur avait-Il pas donné la mission d’annoncer au peuple dans le temple « toutes les paroles de cette vie » ? Ainsi ils pouvaient faire tranquillement confiance à l’Esprit de Dieu, et Lui remettre les conséquences de leur obéissance. C’est toujours un chemin heureux et paisible de faire simplement la volonté de Dieu. Rien ne nous délivre autant des angoisses, des troubles et de la crainte des hommes, comme la conscience d’obéir et d’avoir obéi à Dieu.

Ne leur est-il pas venu en mémoire à ce moment-là l’exemple noble de leur Seigneur et Maître dans Son arrestation ? Lui aussi s’était laissé prendre volontairement au jardin de Gethsémané, alors que, contrairement à eux, Il possédait en Lui-même toute la puissance. Il avait jeté à terre ses poursuivants par Sa simple parole « C’est moi », et Il aurait pu s’en aller sans être importuné. En outre Il aurait pu demander à son Père, et Il aurait eu plus de douze légions d’anges à Sa disposition, et cela signifiait infiniment plus que de savoir que les cœurs versatiles du peuple penchaient de son côté. Mais, comment alors les Écritures auraient-elles été accomplies qui disent qu’il fallait qu’il en soit ainsi ? Aussi, Il se laissa prendre et lier, tranquille et muet comme un agneau, pour aller Son chemin vers Golgotha.

Sa volonté maintenant pour Ses disciples était qu’ils devaient ni fuir ni combattre avec des armes terrestres. Ils devaient vaincre par la patience, comme Lui l’avait fait, et ils devaient prêcher la croix et la porter eux-mêmes. Sommes-nous prêts à cela, bien-aimés ? Les problèmes de nos jours sont en général d’une autre nature ; cependant le véritable adversaire est le même, Satan, qui se cache derrière ces problèmes. Le Seigneur voudrait nous aider à ne pas abandonner la position qu’Il nous a confiée — à ne pas fuir devant les responsabilités qu’Il nous a imposées, et qui sont liées à cette position ; et Il voudrait pareillement nous préserver de faire de la chair notre bras, et de combattre avec des armes charnelles.


6.4 - De nouveau une comparution — Actes 5:24-26

Le commandant de la garde lévitique du temple (il s’agissait de serviteurs) n’avait pas trouvé nécessaire de les accompagner lui-même à la prison pour apporter les prisonniers (5:24). Mais quand quelqu’un eut rapporté que les prisonniers se tenaient dans le temple et enseignaient le peuple, l’affaire devint délicate. C’est ainsi qu’il conduisit lui-même l’arrestation des apôtres, et que lui et ses gens renoncèrent à tout usage de la force par peur du peuple qui écoutait volontiers les disciples de Jésus.


6.5 - Une double accusation — Actes 5:27, 28

« Et les ayant amenés, ils les présentèrent devant le sanhédrin. Et le souverain sacrificateur les interrogea, disant : nous vous avons expressément enjoint de ne pas enseigner en ce nom-là, et voici, vous avez rempli Jérusalem de votre doctrine, et vous voulez faire venir sur nous le sang de cet homme » (5:27, 28).

Quand il fit jour, les membres du sanhédrin eurent leur session ; ils étaient assis en demi-cercle, de sorte que les douze accusés, debout au milieu, pouvaient être observés en détail de tous côtés. C’est ici que le Seigneur Jésus s’était tenu, et Pierre et Jean également peu de temps auparavant.

Ce qui est caractéristique dans l’acte d’accusation, est ce dont le principal sacrificateur, qui conduisait la séance, ne parle pas : bien qu’il « interroge » les apôtres, il n’y a pas un mot sur la manière dont ils étaient sortis de leur détention. Cela aurait été pourtant très riche d’information, et il aurait été important de rechercher qui avaient éventuellement agi en coulisse dans cette affaire. Avait-il peur de la vérité ? Il semble presque qu’il craignait la confirmation d’un pressentiment qu’un miracle de Dieu avait eu lieu, et qu’un ange de Dieu avait joué un rôle. Et du fait que la secte des pharisiens croyait tout à fait aux anges, mais celle des sadducéens n’y croyait pas, il préfère ne pas aborder la question. Une division intérieure parmi les membres du sanhédrin aurait pu trop facilement se manifester.

Caïphe, car c’est de lui qu’il s’agit ici (*), « interroge » certes les apôtres, mais ses paroles constituent une accusation à laquelle il fallait répondre. Deux points sont mis en avant. Bien que les apôtres aient reçu l’interdiction formelle d’« enseigner en ce nom », ils avaient rempli Jérusalem de leur doctrine. La désobéissance aux autorités religieuses est le point d’accusation qu’il met au premier plan. Combien il avait raison de dire que les apôtres avaient rempli tout Jérusalem de leur doctrine ! Mais ces paroles ne sont-elles pas aussi une reconnaissance de ce qu’en réalité, malgré leur prétendue force, ils étaient impuissants vis-à-vis de ces hommes ? Il se refusait comme précédemment ne serait-ce que de prononcer « ce nom ». L’inimitié contre Jésus était si grande que les chefs religieux voulaient tout simplement le passer sous silence. Cependant les apôtres avaient justement enseigné « à cause de ce nom », le nom de Jésus, et ils avaient atteint tout Jérusalem avec « leur doctrine » (2:42).


(*) Comparer les remarques faites à propos d’Actes 4 v.6. Caïphe exerçait la fonction de souverain sacrificateur vers les années 18 à 36 ap.J.C.


Le deuxième motif d’accusation était que les apôtres voulaient mettre sur eux « le sang de cet homme » ; ce motif montre combien ils avaient été atteints de manière sensible dans leur conscience, et combien Caïphe cherchait à se justifier. Mais son accusation révèle chez lui une mémoire très courte. N’était-ce pas justement eux, les principaux sacrificateurs et les anciens, qui avaient persuadé les foules de demander à Pilate de leur accorder Barabbas et de mettre à mort Jésus (Matt. 27:20) ? Et ces paroles téméraires « que son sang soit sur nous et sur nos enfants ! » laissaient-elles planer le moindre doute sur le fait que c’était eux qui avaient inspiré tout le peuple à parler de cette manière (Matt. 27:25) ? Pourquoi se servait-il maintenant des mêmes paroles « faire venir sur nous le sang de cet homme » s’il n’avait pas été finalement convaincu dans sa conscience — sans vouloir l’admettre le moins du monde — de la culpabilité de sang dont ils s’étaient chargés ? Ainsi la mise en avant du deuxième motif d’accusation était plus que de la folie. Ce n’était qu’illusion et tromperie.

Le sang de ce juste (Matt. 27:24) poursuivait cet homme, et il poursuit les Juifs jusqu’à aujourd’hui. Mais ni lui, ni ses compères ne montraient ne serait-ce qu’une amorce de remords. Au lieu de cela, ils cherchaient à pousser les disciples du Seigneur dans le rôle d’accusés, de désobéissants et de rebelles, dans le but de se départir de leur propre culpabilité. Ils voyaient les apôtres comme des agitateurs cherchant à soulever le peuple contre eux. Manifestement ils craignaient un revirement dans les dispositions du peuple qui pouvait prendre l’allure de vengeance contre cette action sanglante. Au fond ils avaient peur, et peur pour leur propre vie (5:13, 26).

Il en est toujours ainsi. Satan commence à aiguillonner l’homme pour l’amener au crime ou à la faute, et une fois l’acte consommé, il le laisse tout seul avec le fardeau du péché sur sa conscience. Puis, ou bien l’homme cherche alors à se tranquilliser lui, ou les autres, par l’illusion ou la tromperie, ou bien Satan le pousse plus loin dans le désespoir comme il le fit avec Judas Iscariote. Non, le diable n’est jamais un bon rémunérateur. À l’inverse Dieu dans Sa grâce est prêt à donner repentance et pardon des péchés comme le montre le v. 31. Ce n’est que sur cette base que l’homme peut trouver une vraie paix.

Pour ces « juges » il ne s’agissait pas du tout de chercher la justice et de prononcer le droit. Ils cherchaient d’abord à sauver leur peau. Aveuglés par Satan, ils parlaient bien du « sang de cet homme », mais n’y voyaient que l’expression d’une possible vengeance. Il leur était entièrement caché que ce sang puisse comporter en soi une puissance de propitiation. Combien il est effrayant d’être si proche du salut, et cependant de courir au jugement ! Ils étaient assis sur la chaire de Moïse, et rejetaient le Prophète dont Moïse avait parlé.


6.6 - La répartie des apôtres — Actes 5:29

« Et Pierre et les apôtres, répondant, dirent : Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes » (5:29).

Littéralement cela peut être traduit : « Mais Pierre répondant, les apôtres parlèrent ». Le changement du singulier au pluriel, qui n’est pas rare en grec, montre clairement que c’était Pierre qui parlait, mais que ses paroles étaient aussi celles des autres apôtres. Déjà dans les réponses antérieures, Pierre et Jean avaient répondu courageusement : « Jugez s’il est juste devant Dieu de vous écouter plutôt que Dieu. Car, pour nous, nous ne pouvons pas ne pas parler des choses que nous avons vues et entendues » (4:19, 20). Nous avons déjà parlé là-dessus. Ici, Pierre répète simplement ce principe, et dit courtement et de manière presque abstraite : « Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes ».


6.6.1 - La bénédiction de l’obéissance

En principe nous devons l’obéissance à l’autorité (Rom. 13:1 et suiv. ; Tite 3:1 ; 1 Pierre 2:13, 14). Cependant il y a une autorité qui est supérieure à toute autorité humaine : celle de Dieu. Si elles entrent en conflit entre elles (ce qui, je crois, est beaucoup plus rare que nous ne le pensons habituellement), alors c’est l’autorité de Dieu qui a la préséance absolue sur l’autorité de l’homme. Cependant, nous devons utiliser ce principe avec beaucoup de précautions et ne pas s’en servir à tort comme prétexte à toutes sortes de « désobéissances civiles ». Car il est facile de faire appel à ce principe pour voiler en réalité notre propre volonté.

Dans le cas des apôtres l’affaire était claire : non seulement le Seigneur leur avait commandé en général de prêcher en Son nom, la repentance et la rémission des péchés à toute les nations en commençant par Jérusalem (Luc 24:47), mais encore en particulier, un ange du Seigneur leur avait commandé et dit : « Allez, et, vous tenant dans le temple, annoncez au peuple toutes les paroles de cette vie ». Ils avaient effectivement obéi à Dieu et n’avaient pas obéi aux hommes. Mettons-nous bien à l’épreuve pour savoir s’il en est bien ainsi pour nous, dans le cas où nous sommes amenés à penser que nous devons refuser l’obéissance à l’autorité humaine !

En général, l’obéissance est un principe vital pour le chrétien. Quand le Seigneur Jésus était sur la terre, Il a justement été l’homme obéissant vis-à-vis de Son Père qui L’a distingué par-dessus tout. Pour tout ce qu’Il faisait, l’obéissance était le mobile le plus profond de Son cœur. C’est à cette obéissance que nous sommes appelés (1 Pierre 1:2), de sorte que c’est notre privilège d’obéir. Nous n’avons pas la liberté de ne pas obéir, mais nous avons la liberté d’obéir davantage. Si nous nous trouvons une fois dans la situation de ne pas pouvoir obéir aux autorités humaines (parce qu’ils exigent de nous quelque chose qui est contre la volonté de Dieu), alors l’alternative, l’autre possibilité, n’est pas de ne pas obéir, mais elle est d’obéir plutôt à Dieu. Cela peut être une source de souffrance du côté de l’homme. La suite de notre chapitre nous en donne un exemple. Cependant le principe élevé que Pierre exprime ici demeure intact : « Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes ».


6.7 - Ce que Dieu fait et ce que les hommes font — Actes 5:30

Après que cette question ait été clarifiée, Pierre passe directement au second reproche. Et il oppose hardiment à ses juges que : « Le Dieu de nos pères a ressuscité Jésus que vous avez fait mourir, le pendant au bois » (5:30).

Si les chefs religieux avaient soigneusement évité de parler de Jésus en disant seulement « ce nom » et « cet homme », les apôtres au contraire aiment prononcer ce nom. Pour eux c’est le nom au-dessus de tout nom. En outre, dans toutes ces situations menaçantes, le nom du Seigneur est pour eux comme « une forte tour ». « Le juste y court » dit l’Écriture « et s’y trouve en une haute retraite » (Prov. 18:10).

Mais alors, Pierre établit de nouveau le contraste absolu entre ce que Dieu a fait et ce qu’eux ont fait. Nous avons déjà rencontré deux fois cette argumentation invincible au ch.3 v.13-15 et ch.4 v.10. Dieu a ressuscité Jésus, qu’eux ont mis à mort. Et il dit, pour ainsi dire : « votre action était directement contre Dieu, mais Il a retourné ce que vous avez fait en son contraire. Vous L’avez mis à mort, Dieu L’a ressuscité ; vous L’avez pendu au bois, Dieu L’a exalté par Sa droite Prince et Sauveur ».

Y a-t-il quelque chose qui pouvait montrer davantage combien ils étaient coupables ? De la même manière qu’Étienne un peu plus tard (7:52), Pierre parle ici aussi de meurtre (faire mourir, 5:30 — ou : mettre à mort, 7:52). Ces deux témoins rendent les conducteurs du peuple responsables du meurtre du Seigneur Jésus. Si Pierre parle malgré tout du « Dieu de nos pères », il se place par-là sur le terrain commun sur lequel eux tous se tenaient ; car le sanhédrin aussi reconnaissait Dieu comme le Dieu d’Israël. C’est comme s’il voulait, par la grâce de Dieu, établir un pont entre d’un côté lui et les apôtres, et de l’autre côté eux, leurs juges. Finalement ils étaient eux aussi Israélites, et intéressés autant qu’eux à l’héritage d’Israël. Mais les conducteurs du peuple s’étaient élevés contre le Dieu de leurs pères, et avaient mis à mort Son Christ. Pourtant Dieu L’avait ressuscité.

On a prétendu que Pierre, ici, ne parlerait pas de la résurrection de Jésus d’entre les morts, mais de ce que Dieu L’avait suscité comme Messie vivant, comme cela est dit par exemple de Moïse et même de Jésus Lui-même dans d’autres passages (3:22, 26 ; 7:37 ; 13:33). Pierre ne pourrait pas commencer par nommer la résurrection, dit-on, et seulement ensuite la crucifixion. Voici bien plutôt quel serait l’ordre chronologique : Dieu a suscité Jésus en L’envoyant au peuple ; les Juifs L’ont crucifié ; Dieu L’a exalté en ce qu’Il L’a ressuscité et L’a fait asseoir à Sa droite.

Cependant, hormis le fait que, dans notre passage est utilisé un mot plus précis que celui des autres passages cités, nous ne devons aucunement partir de ce que Pierre ne voudrait nous montrer que des liaisons chronologiques. Comme nous l’avons déjà vu Pierre fait quelque chose de tout différent : il lance contre le sanhédrin des contrastes inconciliables : Dieu a ressuscité Celui qu’ils ont pendu au bois et qu’ils ont tué. Ils connaissaient la malédiction et l’ignominie qui se rattachaient au fait d’être pendu au bois (Deut. 21:23 ; Gal. 3:13). Et Pierre ne les épargne pas, et dirige sa flèche directement sur leur poitrine. Même si, dans un sens, lui Pierre était en leur pouvoir, cependant dans un autre sens, eux étaient dans le pouvoir de Dieu. Ses auditeurs n’ont-ils pas tremblé sur leur siège en entendant ces paroles ?


6.8 - Exalté pour donner — Actes 5:31

Ce n’était pas la colère ou des sentiments de vengeance qui faisaient parler Pierre de manière si impitoyable. Bien plutôt, dans l’esprit de son Maître, il cherchait à atteindre leur conscience, et la porte de la grâce leur était encore ouverte.

« C’est lui que Dieu a exalté par sa droite prince et sauveur, afin de donner la repentance à Israël et la rémission des péchés » (5:31).

Le fait que Dieu n’ait pas seulement ressuscité le Seigneur Jésus, mais qu’en plus Il L’ait exalté à Sa droite, cela, pris en soi, ne signifiait pas une bonne nouvelle pour ces hommes. Car si Celui qui était devenu leur « victime » dans le sens courant, vivait au ciel, n’avaient-ils pas alors toute raison de trembler ? Ils ne Lui avaient accordé aucune miséricorde quand Il se tenait devant eux comme homme dans l’abaissement. Pouvaient-ils attendre de Lui de la miséricorde maintenant qu’Il était exalté au ciel ? N’allait-Il pas plutôt venger Son sang sur eux ?

Cependant il y avait un espoir pour eux, si seulement ils voulaient croire, car Pierre n’a pas fini de dire ce qu’il avait à dire. Si Dieu avait exalté le Seigneur Jésus par Sa droite, « Il L’avait exalté pour être Prince et Sauveur, afin de donner la repentance à Israël et la rémission des péchés » (5:31). N’était-ce pas cela, dont ils avaient besoin, dont tout homme a besoin ? La repentance et la rémission des péchés ! Elles leur étaient encore une fois offertes — au nom de Celui qu’ils avaient mis à mort. Voilà ce qui était, en fait, une bonne nouvelle !

Combien le Seigneur est merveilleux dans Sa grâce : En tant que Celui qui est exalté, il les invite encore une fois à venir pour recevoir le pardon de leurs péchés ! Ce dont ils se moquaient autrefois : « Celui-ci reçoit des pécheurs » (Luc 15:2), était maintenant leur seule espérance. Car, même s’Il est maintenant exalté, ce n’était pourtant pas pour se venger sur eux, ses ennemis. Non, « Dieu L’a exalté afin de donner à Israël la repentance et la rémission des péchés » (5:31b). Précieuse parole ! Exalté pour donner ! Et c’est justement aux meurtriers de leur Seigneur que les apôtres pouvaient annoncer que Jésus était exalté dans ce but, pour leur montrer de la miséricorde. Il est exalté pour donner ; et Il leur donne Lui-même, oui Il leur donne tout et ne fait pas de reproche (Jacq.1:5).

Ainsi, il est très remarquable que dans ce passage les deux choses, la repentance et la rémission des péchés, sont considérées comme des dons du Seigneur exalté. Ce double cadeau, Il veut l’accorder aujourd’hui et Il l’accordera à tous ceux qui viennent s’abriter par la foi auprès de Lui.

La grâce donne deux choses : la repentance et la rémission des péchés. Ces deux bénédictions sont distinctes l’une de l’autre, mais elles vont ensemble et forment ensemble la Rédemption, qui est unique. On ne peut pas avoir l’une sans avoir l’autre : ça serait comme si l’on avait voulu satisfaire les deux mères qui se disputaient devant le trône de Salomon en donnant à chacune une moitié de l’enfant partagé en deux. Ainsi ces deux choses n’en font qu’une. Les séparer l’une de l’autre, c’est les détruire. Si dans l’Écriture les deux choses se présentent ensemble, elles sont toujours nommées dans cet ordre, et jamais en sens inverse.

La repentance est le résultat de ce que le Saint Esprit opère par la Parole de Dieu dans l’âme de l’homme. Il est conduit à reconnaître son état de péché et à se condamner, tandis qu’en même temps il donne gloire à Dieu. Dans le moment où quelqu’un s’effondre devant Dieu dans la conscience de sa culpabilité, Dieu lui accorde la rémission ou pardon des péchés. La rémission ou pardon des péchés représente un acte du Dieu souverain. Sur la base de l’œuvre de Christ, Dieu use de grâce et pardonne les péchés. La repentance, au contraire, est ce que l’homme doit faire. Cependant les deux proviennent de Dieu, les deux sont un don du Sauveur exalté. Et les deux ne sont pas à séparer de la foi personnelle. Considérer que la repentance est une condition préalable de la foi, n’a aucune base dans l’Écriture. Celui qui ne croit pas ne se repent pas. Cependant nous pouvons dire : la repentance envers Dieu accompagne toujours la foi en Lui.

Il est aussi vain de retrouver rétrospectivement le moment précis où le processus de la foi a commencé dans l’âme et quand la rémission, ou pardon, s’en est suivie précisément. Il est avéré qu’aucun d’entre nous ne serait sauvé si la grâce du Sauveur n’avait pas prévalu sur nous. Le côté de l’homme cependant, c’est se repentir. Dieu « ordonne maintenant aux hommes », dit Paul à l’Aréopage à Athènes, « que tous, en tous lieux, ils se repentent » (17:30). Quand il y a repentance chez l’homme, la rémission suit du côté de Dieu. Dans notre circonstance d’Actes 5 il n’est mentionné en premier qu’Israël coupable comme ayant reçu la grâce, tout à fait dans le sens du ch.1 v.8. Effectivement Pierre n’avait devant lui que les Israélites. Cependant le Seigneur veut offrir cette grâce à tous les hommes (Tite 2:11).


6.9 - Les témoins de la grâce — Actes 5:32

« Et nous, nous lui sommes témoins de ces choses, ainsi que l’Esprit Saint que Dieu a donné à ceux qui lui obéissent » (5:32).

Quand Pierre parle de lui et des autres apôtres comme des « témoins » de ces choses, il ne veut pas seulement dire qu’ils ont vu ces choses, et par suite qu’ils sont en état d’en parler. Non, ils avaient aussi la mission divine d’en témoigner devant les fils d’Israël. S’ils n’avaient pas obéi à ce commandement du Seigneur, cela aurait été punissable. Les conducteurs du peuple pouvaient toujours recommencer à leur ordonner de garder le silence au sujet de Celui qu’ils avaient pendu au bois, mais les apôtres ne pouvaient pas donner suite à un tel ordre. Sinon ils auraient mis l’autorité de l’homme au-dessus de l’autorité de Dieu. Leur droiture et leur logique sont à tous égards clairs comme du cristal.

Or le Saint Esprit est aussi mentionné comme témoin de ces choses. Cela s’accorde avec la promesse du Seigneur Jésus : « Mais quand le Consolateur sera venu, lequel moi je vous enverrai d’auprès du Père, l’Esprit de vérité, qui procède du Père, celui-là rendra témoignage de moi. Et vous aussi, vous rendrez témoignage ; parce que dès le commencement vous êtes avec moi » (Jean 15:26, 27). Le témoignage du Saint Esprit est cependant à saisir comme intermédiaire (médiat). Cela veut dire qu’Il ne parle pas directement, Il ne fait pas entendre Lui-même sa voix, mais Il utilise les croyants comme instruments. C’est ce que souligne la seconde partie de notre verset : « que Dieu a donné à ceux qui lui obéissent ». Dans les deux passages le témoignage des apôtres est bien différencié de celui du Saint Esprit, mais il est indubitable que le Saint Esprit est la puissance du témoignage dans les saints.

Mais il y a encore davantage : cet Esprit est une personne de la Déité, et Dieu Le donne (comme signe d’une rédemption accomplie) à ceux qui se soumettent à Son autorité. C’est un don inestimable ! Habitant en eux, l’Esprit de Dieu leur rend témoignage de la Personne et de l’œuvre du Seigneur Jésus (Jean 14:26 ; 16:13-15). Ainsi le Saint Esprit les place dans la situation d’être témoins de ces choses à l’extérieur.

Ainsi ici, et en général dans le début des Actes, l’objet du témoignage est avant tout les trois grands faits suivants : la mort de Christ, Sa résurrection et Son exaltation, et finalement la présence du Saint Esprit sur la terre. Quelles vérités effectivement importantes ! elles forment le fondement de l’évangile, oui, elles constituent l’essentiel du vrai christianisme.


6.10 - Gamaliel — Actes 5:33-34

Quel fut maintenant le résultat de ce témoignage puissant que les apôtres ont rendu devant le sanhédrin dans la puissance du Saint Esprit ? Ces hommes se soumettraient-ils au Seigneur exalté ou refuseraient-ils de nouveau à la fois Sa grâce et Son autorité ? Lui obéiraient-ils ? Non, ils ne voulaient pas de Sa grâce, car leur acceptation de la grâce présuppose l’aveu de péché et de culpabilité. Et ils n’étaient pas prêts à cela.

« Mais eux, ayant entendu ces choses, frémissaient de rage, et tenaient conseil pour les faire mourir » (5:33).

Littéralement cela veut dire : « mais eux, étant sciés en deux », une expression qui montre combien ils étaient atteints dans leurs sentiments intérieurs et leurs idées (*). Les paroles de l’apôtre Pierre étaient en fait « plus pénétrantes qu’aucune épée à deux tranchants », car elles étaient en fait les paroles de Dieu. Qu’il soit bien clair pour nous, qu’entendre la Parole de Dieu est toujours suivi d’un résultat pratique. Ou bien elle attendrit le cœur dans lequel elle a été semée, ou bien elle l’endurcit. Cela dépend entièrement de la personne, comment elle se comporte vis-à-vis de la Parole. Il y a des gens comme Félix qui, entendant la Parole, sont remplis de crainte (« tout effrayé » 24:25). Mais s’ils ne se soumettent pas à la Parole, ils se mettront tôt ou tard en résistance avec une inimitié croissante, et ils iront à la perdition.


(*) Au ch.7 v.34 nous avons la même expression très forte, également dans un sens négatif. Au ch.2 v.37 où on trouve une expression semblable [traduite en français par « ils eurent le cœur saisi de componction »], il y a au contraire un résultat positif et salutaire.


Les conducteurs et les juges sont ici un exemple solennel de cela. Ils réfléchissent maintenant comment tuer ces témoins inébranlables et ainsi faire taire définitivement leur témoignage. C’est justement ici le procédé déjà pratiqué contre leur Maître. Qui est celui qui donne véritablement le conseil de desseins meurtriers, si ce n’est celui que le Seigneur Jésus a appelé « meurtrier dès le commencement » (Jean 8:44) ?

On a pu se demander s’il n’aurait pas été plus sage que Pierre choisisse des mots un peu plus doux. Beaucoup procèdent avec ce genre de sagesse, et ils se considèrent peut-être comme les meilleurs prédicateurs de l’évangile. Mais ils n’ont probablement jamais amené un cœur de pécheur à être saisi de componction [litt. : « ils n’ont jamais scié en deux le cœur d’un pécheur » ; voir note précédente, et 2:37]. Ils cherchent à ce que la conversion soit « sans douleur ». Mais leurs convertis sont en rapport : la plupart ne sont pas authentiques. Justement à notre époque, le danger est d’ôter son acuité à la Parole de Dieu, et de parler seulement de la grâce. C’est certainement la raison pour laquelle aujourd’hui, même les conversions authentiques sont peu profondes, et les vies de chrétiens qui y font suite n’ont qu’un cours superficiel. Nous n’avons certes jamais besoin d’être inquiets pour la Parole de Dieu. Elle se tient debout et parle pour elle-même. Restons-en là !

Maintenant ils prennent conseil pour mettre à mort les témoins du Seigneur. Mais arrivés à ce point, il se soulève une difficulté : l’ensemble du sanhédrin peut-il être convaincu qu’il est approprié ou nécessaire d’éliminer ces hommes par la force ?

« Mais un pharisien, nommé Gamaliel, docteur de la loi, honoré de tout le peuple, se leva dans le sanhédrin et donna l’ordre de faire sortir les apôtres pour un peu de temps » (5:34).

Le sanhédrin se composait de deux partis rivaux, les sadducéens et les pharisiens. La présidence de l’époque était tenue par Caïphe, un souverain sacrificateur du groupe des sadducéens. Lors de la condamnation du Seigneur Jésus, les deux groupes avaient été unis. L’étaient-ils encore maintenant ? Gamaliel, en tout cas, qui entre maintenant au premier plan, appartient à l’autre groupe, celui des pharisiens. Cette circonstance peut livrer la clé de beaucoup de questions que ses paroles peuvent faire jaillir en nous. Il était sans doute un érudit et un homme hautement apprécié, dont les jugements avaient beaucoup de poids. Plus tard dans le livre des Actes nous apprenons que, dans ses jeunes années, l’apôtre Paul avait été un de ses élèves, comme il le décrit lui-même : « …élevé dans cette ville, et instruit aux pieds de Gamaliel selon l’exactitude de la loi de nos pères » (22:3). L’apôtre mentionne cela pour prouver combien, avant sa conversion, il avait été attaché aux principes des pharisiens. À l’époque, personne ne pouvait conclure de ses paroles que Gamaliel inclinait intérieurement au christianisme.

Je dis ceci parce que plusieurs commentateurs ont justement tiré cette conclusion à cause du ton modéré qu’il a affiché devant le sanhédrin. L’explication de son attitude réside plutôt dans les différences d’opinion sur la résurrection, qui séparaient les pharisiens d’avec les sadducéens. Tandis que les uns affirmaient positivement le principe d’une résurrection, les autres le niaient. Plus tard Paul se servira de cette circonstance pour sa défense (23:6, 7). Et parce que les douze disciples comparaissaient au tribunal à cause de leur témoignage rendu à Christ ressuscité, il semble bien que le pharisien Gamaliel, par ses paroles, ait voulu déplacer la prépondérance des sadducéens en faveur des pharisiens.

Selon l’histoire juive Gamaliel était le neveu du fameux Hillel, qui fut au fait de sa puissance vers les années 37 à 34 avant J. C. Gamaliel lui-même doit avoir été l’un des sept hommes qui portèrent le titre de Rabban, c’est-à-dire « notre maître ». Il a fondé une dynastie d’hommes renommés qui ont exercé leur influence durant plus de quatre siècles. En face de cet arrière-plan historique, nous pouvons comprendre que l’apôtre Paul ait mentionné ce Gamaliel comme son maître d’autrefois.


6.10.1 - Le conseil de Gamaliel — Actes 5:35-39

Sur ordre de Gamaliel, les accusés ont dû sortir pendant un petit moment pour que leurs juges puissent débattre, sans être dérangés, sur ce qu’ils allaient faire. Tous les membres du sanhédrin avaient le droit de demander ce genre de séance à huis-clos.

Sans doute, beaucoup de signes et de miracles remarquables avaient eu lieu parmi le peuple par les mains de ces douze hommes. Quelle sorte de puissance était là à l’œuvre ? Que devaient-ils faire de ces hommes qui, malgré les menaces du conseil suprême, témoignaient dans tout Jérusalem que Jésus qu’ils avaient tué, vivait ?

La première impulsion a été de les mettre à mort sans autre forme de procès. Cependant était-ce dans l’intérêt du sanhédrin de faire cela, était-ce recommandé ? Voilà probablement les questions que Gamaliel et ses collègues ont débattues. Mais écoutons ce que Gamaliel leur a dit :

« Hommes israélites, prenez garde à vous-mêmes par rapport à ces hommes, et voyez ce que vous allez faire. Car, avant ces jours-ci, Theudas se leva, se disant être quelque chose, auquel se joignit un nombre d’environ quatre cents hommes ; et il fut tué, et tous ceux qui lui obéissaient furent dispersés et réduits à rien. Après lui se leva Judas le Galiléen, aux jours du recensement, et il entraîna à la révolte un grand peuple après lui ; lui aussi a péri, et tous ceux qui lui obéissaient furent dispersés. Et maintenant je vous dis : Ne vous mêlez plus de ces hommes, et laissez-les ; car si ce dessein ou cette œuvre est des hommes, elle sera détruite ; mais si elle est de Dieu, vous ne pourrez les détruire ; — de peur que vous ne soyez même trouvés faire la guerre à Dieu. Et ils furent de son avis » (5:35-39).

Gamaliel s’adresse à ses collègues de la même manière respectueuse que Pierre avait parlée au peuple Juif : « hommes israélites » (2:22 ; 3:12). Il conseille la prudence vis-à-vis de « ces hommes », les laissant et se tenant à l’écart d’eux. Car si cette œuvre était des hommes, elle ne subsisterait pas. Mais si elle était de Dieu, on ne pourrait rien faire contre elle. Et même dans ce cas, s’ils lui résistaient, ils se trouveraient faire la guerre à Dieu Lui-même.

Comme raison justifiant son conseil, Gamaliel renvoie à deux circonstances historiques familières à tous les gens présents. Deux hommes nommés s’étaient soulevés dans des rébellions ouvertes et avaient échoué lamentablement sans intervention du sanhédrin ; ils avaient été tués, et leurs partisans dispersés. L’orientation vers laquelle Gamaliel poussait est claire : comme il arriva avec Theudas et Judas le Galiléen, ainsi en avait-il été avec Jésus. Devait-il maintenant advenir à Ses partisans autre chose qu’aux partisans de ceux-là ? Pourquoi le sanhédrin devrait-il plonger sa main dans le sang de ces hommes qui pensaient devoir encore obéir à Jésus ? Les partisans de Theudas avaient pensé la même chose, alors que leur chef était déjà mort ; eux aussi avaient été dispersés.

Peut-on réellement qualifier de sage ce conseil de Gamaliel ? Sans doute était-il malin, mais était-il sage ? Certainement il se démarquait de manière soulageante des desseins meurtriers des sadducéens. Cependant il me semble qu’il repose sur une base fragile et qu’il contient plusieurs absurdités.

Par exemple, comment Gamaliel en vient-il à conseiller de se tenir à l’écart des partisans de Jésus, parce que « ce dessein ou cette œuvre » pourrait peut-être être « de Dieu » ? N’était-ce pas justement eux, les pharisiens, qui avaient été les pires ennemis de Jésus durant Sa vie, et n’était-ce pas eux qui L’avaient mis à mort de sang froid ? Et comment en venait-il maintenant à laisser ouverte ne serait-ce que la possibilité que Ses disciples qui rendaient témoignage de Lui puissent être de Dieu ? En vérité ils avaient décidé depuis longtemps que « cet homme » et que ce mouvement n’étaient pas de Dieu.

Est-ce réellement un bon conseil, en cas de doute, de laisser le temps décider ? Il est vrai que tout mouvement religieux qui n’est pas de Dieu sera anéanti. Mais quand ? Là-dessus Gamaliel se tait entièrement. Il y a eu beaucoup de tels mouvements au cours du temps, et ils existent toujours en partie. Pensons seulement à l’Islam et aux ‘Témoins de Jéhovah’. Combien la durée de ces systèmes ennemis de Dieu a déjà été longue ! Dieu jugera en son temps toutes les fausses religions et tous les faux mouvements de la chrétienté. Cependant devons-nous retenir aussi longtemps notre jugement à leur égard pour savoir s’ils sont bons ou mauvais ? Dieu ne donne-t-Il réellement aucune autre lumière ?

Vraisemblablement Gamaliel lui-même ne connaissait que trop bien la faiblesse de son argumentation, dans le fond, non pas dans la forme. Mais il cherchait une issue plausible au dilemme dans lequel le sanhédrin se trouvait, — une issue qui pourrait être soutenue par tous ses membres. Aussi voilà ce qu’il donne en conclusion : « cette affaire peut être de Dieu ou des hommes. Si elle est de Dieu, vous ne pourrez pas la détruire. C’est pourquoi laissez-la ! prenez vos distances d’avec elle ! Mais si cette affaire est des hommes, elle sera anéantie. C’est pourquoi laissez-la ! Prenez vos distances d’avec elle ! ». Est-ce tout ce que produit la sagesse humaine ? Si une affaire est bonne ou mauvaise, dans tous les cas le résultat pratique est le même pour les hommes, à savoir qu’il faut s’en tenir à l’écart ?

En tout cas, ce qui était en jeu n’était-il pas en bonne partie du manque de droiture et de la fausse sainteté ? Prenons simplement le cas où l’affaire serait de Dieu (et elle l’était si nous voulons suivre les paroles de Gamaliel, car elle a subsisté jusqu’à aujourd’hui). Alors une telle absence de décision est-elle satisfaisante ? Peut-on indifféremment rester loin et attendre ce qui va se passer avec elle ? Dieu par le moyen de Ses actes, de Ses miracles, et de Ses signes puissants qu’Il a faits au milieu d’eux, n’a-t-Il pas donné des preuves indubitables que cette affaire était de Lui ? Cependant Gamaliel appartenait à ce groupe de gens pour lesquels les preuves les plus convaincantes ne sont pas des preuves suffisantes. Il était justement un « pharisien » authentique, rempli de propre justice et d’incrédulité. L’histoire raconte qu’il est mort en pharisien, 18 ans avant la destruction de Jérusalem.

Les membres du sanhédrin pouvaient tomber d’accord sur cette formule politique. Elle paraissait appropriée pour les sortir de l’embarras présent, et pour leur garantir la sécurité. C’est pourquoi pas un seul d’entre eux ne s’éleva pour mettre l’accent sur la fausse conclusion de l’argumentation de Gamaliel. Aucun d’entre eux n’attira l’attention sur le fait que, par la crucifixion de Jésus, ils avaient décidé depuis longtemps que tout ce mouvement n’était pas de Dieu. Ainsi à cette époque-là les sadducéens perdirent, et les pharisiens gagnèrent.

Dieu dans Sa providence s’est servi du conseil de Gamaliel pour protéger ses serviteurs de l’emprise de leurs persécuteurs. Mais c’est autre chose que de prendre ce conseil comme une ligne directrice pour agir en chrétien. Rappelons-nous aussi que le sanhédrin exerçait en Israël une force de gouvernement politique. C’est avec cela que le conseil de Gamaliel avait premièrement à faire. Le chrétien, par contre, n’est pas du monde. L’exercice de l’autorité politique n’est pas son affaire. Sa bourgeoisie est bien plutôt dans les cieux.

C’est pourquoi nous ne pouvons pas non plus nous appliquer le conseil de Gamaliel dans un sens figuré ; ce serait funeste de le faire. Par la grâce de Dieu, nous possédons Sa Sainte Parole. Par cette Parole, nous sommes enseignés, et sommes mis en position de reconnaître autant le bien que le mal, et de nous comporter de manière correspondante. Nous devons « avoir les sens exercés à discerner le bien et le mal » (Héb. 5:14), et nous ne devons pas attendre que l’un ou l’autre ait atteint son plein développement. Si nous traitons le bien au même niveau que le mal, selon le conseil de Gamaliel, alors ce ne serait rien d’autre que l’esprit de Laodicée, cette « tiédeur » répugnante qui n’aime pas la vérité et ne hait pas le mensonge (Apoc. 3:15, 16).


6.10.2 - La libération des apôtres — Actes 5:40

« Et ayant appelé les apôtres, ils leur enjoignirent, après les avoir battus, de ne pas parler au nom de Jésus, et les relâchèrent » (5:40).

Les apôtres sont maintenant rappelés ; ils n’ont rien su de ce qui avait été débattu. Ils n’ont pas entendu le discours de Gamaliel, et cependant Luc, inspiré par le Saint Esprit, nous a fait connaître tout ce qui a été dit de manière cachée.


6.10.2.1 - Des coups pour les serviteurs du Seigneur

De nouveau l’inconséquence des membres du sanhédrin apparaît en plein jour. Ils battent les apôtres. Cela correspondait-il au conseil de Gamaliel ? N’avait-il pas justement conseillé de se tenir à l’écart de ces gens ? Et si maintenant ils battent quand même les témoins de Jésus, ne font-ils pas précisément ce contre quoi ils ont été mis en garde, et ne combattent-ils pas contre Dieu ? Ils s’étaient mis d’accord pour se détourner du cours de cette affaire : Pourquoi maintenant y remettent-ils la main ?

Cette contradiction peut s’expliquer d’un côté par la division fondamentale qui existait entre les pharisiens et les sadducéens. Nous en avons déjà parlé. D’un autre côté les membres du conseil suprême pouvaient avoir pensé qu’ils devaient prouver leur autorité d’une manière ou d’une autre, alors qu’elle avait été mise à mal. De nouveau, il est manifeste que ceux qui persécutent les chrétiens agissent rarement de manière conséquente ou digne. C’est ainsi que les apôtres ont reçu quarante coups moins un, comme plus tard l’apôtre Paul qui subit cela cinq fois (2 Cor. 11:24).

Ce que le Seigneur Jésus leur avait prédit autrefois s’est accompli à la lettre : « ils vous livreront aux sanhédrins et vous fouetteront dans leurs synagogues ; et vous serez menés même devant les gouverneurs et les rois, à cause de moi, en témoignage à eux et aux nations » (Matt. 10:17, 18). Et si le « vase d’élection » du Seigneur, Paul, a dû subir pas moins de cinq fois cette humiliation, il n’a pourtant jamais oublié que lui-même avait autrefois jeté en prison ceux qui croyaient au Seigneur Jésus, et les avait battus dans les synagogues (22:19).

Cette discipline grave ne doit pas être considérée comme une punition pour ce que les apôtres avaient fait. Bien plutôt les conducteurs religieux voulaient conférer du poids auprès des apôtres à leur exigence renouvelée de cesser de parler au nom de Jésus. Littéralement il est dit « sur la base du nom de Jésus » (5:40) comme au ch.4 v.17, 18 (voir le commentaire sur ce passage). Le nom du Seigneur Jésus était le mobile pour lequel les apôtres parlaient.

En est-il ainsi pour nous ? Je ne peux guère me représenter, dans ce contexte, quelque chose de plus béni que d’avoir le nom du Seigneur comme raison pour ouvrir la bouche. « Ma langue est le style d’un écrivain habile » (Ps. 45:1). Combien de paroles inutiles, voire mauvaises, seraient restées inexprimées si ce désir du Psalmiste nous dominait davantage ! D’un autre côté, si nos paroles ont eu le nom du Seigneur pour motif d’action, nous pouvons Lui en remettre les conséquences en toute confiance.

Être battu de cette manière n’était pas une petite honte. Il n’était pas permis que les citoyens romains soient traités de cette manière devant des juges romains (22:25 et suiv.). Les Juifs n’avaient pas ce genre de limitation. Bien plutôt Dieu avait commandé à son peuple terrestre que s’« il arrivait qu’un méchant ait mérité des coups », il devait être battu du nombre de coups mérités sous le regard du juge. Cependant ils ne devaient pas dépasser quarante coups, pour que « ton frère ne soit pas méprisable à tes yeux » (Deut. 25:2, 3). Pour ne pas transgresser ce commandement, les Juifs avaient pris l’habitude de ne donner que quarante coups moins un.

Dans le passage de l’Écriture mentionné, il est dit encore : « le juge le fera mettre par terre ». Oui, ces fidèles serviteurs du Seigneur durent se coucher par terre pour recevoir les coups. Ils n’étaient pas coupables, ils n’avaient rien fait qui méritait des coups. Bien au contraire ! Cependant ils reçurent les coups sans protester, à l’imitation de leur grand Maître. Combien cela peut nous paraître étrange : bien que le Seigneur dans Sa providence, les ait préservés de la mort du martyr, Il leur a laissé l’application du fouet !


6.10.3 - Plus que vainqueurs — Actes 5:41-42

Souvent nous ne pouvons pas comprendre la manière d’agir du Seigneur. Mais dans le cas des apôtres, il était devenu manifeste, par la direction sage du Seigneur, qu’ils étaient plus que vainqueurs par Celui qui les a aimés (Rom. 8:37). C’était la première souffrance corporelle à cause du nom du Seigneur qui soit rapportée. Bien sûr leur dos a dû être frappé jusqu’au sang. Mais les voyons-nous partir maintenant le visage amer ou courroucé ? Pas le moins du monde !

« Eux donc se retiraient de devant le sanhédrin en se réjouissant d’avoir été estimés dignes de souffrir des opprobres pour le nom » (5:41).

Quelle était la raison de leur joie ? Le fait d’avoir recouvré la liberté ? Non, mais le fait d’avoir été estimés dignes de souffrir l’opprobre pour le nom. Quelle parole ! Quelle action de grâce ! C’était quelque chose de tout nouveau dans le monde. Le monde était et est incapable de saisir les pensées et les sentiments des témoins du Seigneur. Cette joie leur était aussi nouvelle et aussi étrangère que si un deuxième soleil brillait dans le ciel. C’est une joie que le Sauveur accorde, qu’Il accorde à ceux qui souffrent pour Lui (Matt. 5:11, 12). Personne ne peut la leur prendre.

Pierre, l’un des douze, écrit plus tard dans sa première épître : « mais, en tant que vous avez part aux souffrances de Christ, réjouissez-vous, afin qu’aussi, à la révélation de sa gloire, vous vous réjouissiez avec transport. Si vous êtes insultés pour le nom de Christ, vous êtes bienheureux, car l’Esprit de gloire et de Dieu repose sur vous » (1 Pierre 4:13, 14). Nous devons bien tous plus ou moins confesser que nous comprenons peu aujourd’hui de telles expériences. Cependant nous appartenons à la même compagnie, « celle des frères dans le monde », et nous ne devons pas nous étonner si nous devons aussi traverser les mêmes souffrances (1 Pierre 5:9). Sommes-nous prêts à cela ? Si dans notre temps et dans nos pays, le Seigneur ne nous a guère appelés à des souffrances de ce genre, il reste néanmoins ceci : « Et tous ceux aussi qui veulent vivre pieusement dans le Christ Jésus, seront persécutés » (2 Tim. 3:12). N’avons-nous pas déjà vécu combien cela rend profondément heureux, si une fois à cause du Seigneur, on se moque un peu de nous, ou on nous tourne en dérision ?

Cependant les apôtres ne cessaient pas un instant leur œuvre bénie :

« Et ils ne cessaient tous les jours d’enseigner et d’annoncer Jésus comme le Christ, dans le temple et de maison en maison » (5:42).

Ils refusèrent de nouveau l’obéissance aux ordres du sanhédrin. Comment pouvaient-ils se taire au sujet de Celui dont ils connaissaient la gloire et la grâce ? C’est exactement comme si l’on avait pu donner l’ordre à la marée basse de ne pas monter en marée haute. Ils ne connaissaient aucune crainte. ‘Chaque jour’ ils se mettaient à l’œuvre, et cela aussi bien publiquement que dans les maisons — publiquement « dans le temple », là où les membres du sanhédrin et la garde du temple pouvaient les voir et les entendre — et dans les maisons, c’est-à-dire ‘à la maison’, dans le domaine privé.

Et en quoi consistait leur œuvre ? En signes et en miracles ? En parler en langues ? Non, ils faisaient quelque chose de plus grand : ils enseignaient les choses de Jésus et remplissaient tout Jérusalem de ce nom précieux, à partir du centre. « Ils évangélisaient Jésus, comme le Christ », selon ce que cela signifie littéralement. Ainsi ce chapitre, et avec lui cette partie du livre, se terminent avec le nom de Christ, car dans le texte grec le dernier mot de notre chapitre est le mot ‘Christ’.

C’est, en outre, la première fois que, dans le livre des Actes, figure le mot « évangéliser » ou « annoncer la Bonne Nouvelle », dans la pleine signification d’annoncer l’évangile avec Jésus, le Christ, comme contenu et comme centre. Les apôtres évangélisaient, annonçaient Jésus comme le Christ. Il y a en cela un enseignement profond. Il n’est pas suffisant d’évangéliser et de prêcher. La puissance ne réside pas dans l’action, mais dans l’objet. Apporter Christ devant les cœurs des gens ; ne connaître aucun autre moyen de salut pour les péchés des hommes que Jésus Christ et Jésus Christ crucifié, — voilà ce qui seul glorifie Dieu et qui peut apporter le salut à l’homme. Y a-t-il une succession apostolique ? La voilà. Suivons-nous dans ce sens les traces de l’apôtre ?

« Ils ne cessaient pas d’enseigner », cela ne nous parle-t-il pas aujourd’hui ? Nos circonstances sont certes complètement différentes de celles des premiers chrétiens. Nous ne sommes pas empêchés par des autorités ecclésiastiques ou mondaines de parler publiquement de notre Seigneur. Mais dans nos jours de ruine et de relâchement, il y a, à la place de ces empêchements, beaucoup de détresses plus intérieures qui sont utilisées dans la main de l’adversaire pour nous amener à nous résigner. Cependant nous voulons nous encourager par ces paroles « ils ne cessaient pas », et nous encourager aussi de notre côté à persévérer dans le service et le témoignage pour le Seigneur, aussi longtemps qu’Il nous en donne la force et l’occasion.

En même temps une place prééminente est due à l’instruction par l’annonce de la Parole de Dieu, comme nous le montre de nouveau clairement la première partie du chapitre suivant (6). Les apôtres ne cessaient pas d’enseigner et d’annoncer Jésus comme le Christ. Et cette activité bénie qu’ils poursuivaient aussi bien publiquement (« dans le temple ») que « dans les maisons », l’apôtre Paul l’exerça aussi plus tard : « … comment je n’ai rien caché des choses qui étaient profitables, en sorte que je ne vous eusse pas prêché et enseigné publiquement et dans les maisons » (20:20).

Il a déjà été montré dans un passage antérieur que, dans le livre des Actes, une place et une valeur très importantes sont attribuées à l’enseignement ou l’instruction. N’est-il pas significatif qu’aussi bien dans le premier verset que dans le dernier verset de notre livre il soit parlé d’enseigner ? Dans le premier cas, c’était le Seigneur Jésus lui-même qui enseignait, et dans le deuxième cas c’était l’apôtre Paul, qui « enseignait les choses qui regardent le Seigneur Jésus Christ, avec toute hardiesse, sans empêchement ». Ce service n’a rien perdu de son importance de nos jours.