2ème épître de Pierre

William Kelly [entre crochets : ajouts de Bibliquest]


Cet écrit, comme souvent ceux de W.Kelly, sont un peu difficiles à lire, notamment par la longueur des phrases et des expressions. Le traducteur a souvent laissé subsister ces défauts, ne voulant pas tronquer la pensée de l’auteur. — Le terme « église » a été en général laissé comme l’auteur utilise « church » en anglais, mais il ne faut pas y voir un sens distinct de celui du mot « assemblée » utilisé dans la version Darby de la Bible.


Traduction d’après l’édition de 1923 de C.A. Hammond

Table des matières abrégée :

1 - Préface

2 - Introduction [au sujet de l’authenticité de l’épître]

3 - 2 Pierre 1


Table des matières détaillée :

1 - Préface

2 - Introduction [au sujet de l’authenticité de l’épître]

2.1 - [Des doutes émis]

2.2 - [Le nom de Siméon]

2.3 - [Prendre du temps pour que la suspicion disparaisse ? y a-t-il un devoir de douter ?]

2.4 - [On ne juge pas l’Écriture, c’est elle qui juge l’homme]

2.5 - [Caractère tardif des objections]

2.6 - [La vigueur du langage de l’épître se retrouve chez Pierre dans le livre des Actes]

2.7 - [Condensé du ch. 1]

2.8 - [Condensé du ch. 2]

2.9 - [Condensé du ch. 3]

2.10 - [Caractères communs aux deux épîtres de Pierre, et leur unité]

2.11 - [Parole de Dieu adressée à une partie des fidèles]

2.12 - [Écrits reçus comme venant de Dieu]

2.13 - [La seconde épître est une suite appropriée à la première]

2.14 - [Comparaison des origines de l’épître aux Hébreux et de la seconde de Pierre]

2.14.1 - [Doutes initiés par Jérôme et Novatien sur l’épître aux Hébreux]

2.14.2 - [Pierre fait allusion à l’épître aux Hébreux]

2.14.3 - [Hésitations de Calvin]

2.14.4 - [Les doutes suscités par des parti-pris]

2.15 - [Raisons conclusives montrant que les doutes ne sont pas fondés]

3 - 2 Pierre 1

3.1 - [Ch. 1:1]

3.1.1 - [Siméon Pierre, esclave et apôtre de Jésus Christ — Le titre d’esclave]

3.1.2 - [Caractéristique des destinataires]

3.1.3 - [Une foi de pareil prix]

3.1.4 - [La foi par la justice]

3.2 - [Ch. 1:2 — la connaissance de Dieu et de Jésus notre Seigneur]

3.3 - [Ch. 1:3]

3.3.1 - [Sa puissance divine nous a donné tout…]

3.3.2 - [… tout ce qui regarde la vie et la piété]

3.3.3 - [par la connaissance de Celui…]

3.3.4 - [qui nous a appelés par sa propre gloire et son excellence » (version Darby : par la gloire et par la vertu)]

3.4 - [Ch. 1:4]

3.4.1 - [Les très grandes et précieuses promesses]

3.4.2 - [Participer à la nature divine. La vie éternelle. Ce qu’en disent les apôtres Jean, Paul et Pierre]

3.4.3 - [Ayant échappé à la corruption]

3.4.4 - [Lien entre les diverses expressions ou vérités des versets 1 à 4]

3.5 - [Ch. 1:5-7]

3.5.1 - [pour cette même raison… : appel à la diligence ou empressement]

3.5.2 - [joindre la vertu]

3.5.3 - [joindre la connaissance]

3.5.4 - [joindre la tempérance]

3.5.5 - [joindre l’endurance, ou patience]

3.5.6 - [joindre la piété]

3.5.7 - [joindre l’affection fraternelle]

3.5.8 - [joindre l’amour]

3.5.9 - [différence entre l’amour et l’affection fraternelle selon Calvin]

3.5.10 - [différence entre l’amour et l’affection fraternelle selon l’apôtre Paul]

3.5.11 - [élévation de l’amour selon Dieu — quelques citations de l’apôtre Jean]

3.6 - [Ch. 1:8-9]

3.6.1 - [1:8a — si ces choses sont en vous]

3.6.2 - [1:8a — et y abondent]

3.6.3 - [1:8b — elles font que vous ne serez pas oisifs ni stériles]

3.6.4 - [1:8b — pas oisifs ni stériles pour ce qui regardent la connaissance de notre Seigneur Jésus Christ]

3.6.5 - [1:9a — celui en qui ces choses ne se trouvent pas est aveugle]

3.6.6 - [1:9b — et ne voit pas loin (est myope)]

3.6.7 - [1:9c — ayant oublié la purification de ses péchés d’autrefois]

3.7 - [Ch. 1:10,11]

3.7.1 - [1:10 — Étudiez-vous à…]

3.7.2 - [1:10a — L’ordre des termes, l’appel puis l’élection]

3.7.3 - [1:10a — Affermir l’appel et l’élection]

3.7.4 - [1:10b — Vous ne faillirez jamais]

3.7.5 - [1:11 — l’entrée dans le royaume éternel]


1 - Préface

On remarquera que cet exposé sur la deuxième épître de Pierre ne va pas plus loin que le v.7 du ch. 3 qui sert de conclusion ; c’est là qu’en était l’auteur lorsqu’il a été appelé dans le repos.

Il aurait été facile d’ajouter quelques commentaires sur les versets restant de cette épître à partir des autres écrits de l’auteur, cependant ils n’auraient pas eu le même niveau de détails que ce qui est présenté ici. Il a été jugé préférable de publier ce petit livre en l’état, avec le désir sincère que le Seigneur veuille user de grâce et le bénir pour le rafraichissement et l’édification du lecteur, à qui l’auteur, bien que mort, parle encore (Héb. 11:4).


2 - Introduction [au sujet de l’authenticité de l’épître]

2.1 - [Des doutes émis]

L’authenticité de la première épître n’a nécessité aucun commentaire. Elle semble n’avoir jamais été contestée dès l’origine. Il n’en a pas été de même pour la seconde. Eusèbe, qui est mort vers l’an 340, nous dit (H.E. III.25) que cette épître fait partie des Écritures controversées, mais reconnues par le plus grand nombre. Même s’il n’a pas osé la classer comme apocryphe (comme les épîtres de Jacques, Jude, 2 et 3 Jean et l’Apocalypse), il ne la compte néanmoins pas comme acceptée par tous, de manière indiscutable, comme les autres livres du Nouveau Testament.


2.2 - [Le nom de Siméon]

Pourtant il apparait d’entrée que l’écrivain se désigne avec plus de précautions que pour la première épître : il se nomme « Siméon Pierre », nom et surnom, et non pas simplement « Pierre ». Ainsi, à la conférence de Jérusalem sur la question des Gentils, Jacques parle de lui (Actes 15:14) comme « Siméon » (forme araméenne de « Simon »), bien qu’il fût désigné historiquement comme « Pierre » juste avant (Actes 15:7). Un faussaire aurait soigneusement évité la moindre différence, même superficielle, entre les deux épitres ; il n’aurait jamais non plus imaginé qu’on puisse avoir davantage de soin pour attester avec précision que le Pierre qui ajoutait cette seconde épître était l’auteur de la première. Car Pierre était maintenant conduit, avec toute la sainte énergie et l’autorité apostolique, à dénoncer ceux qui corrompaient de plus en plus la profession chrétienne, à la fois les faux docteurs et les moqueurs marchant selon leurs propres convoitises, volontairement aveugles quant au jour du Seigneur, soit par incrédulité soit par matérialisme.


2.3 - [Prendre du temps pour que la suspicion disparaisse ? y a-t-il un devoir de douter ?]

L’évêque Christ Wordsworth, maintenant décédé, défendait loyalement la vraie inspiration de cette épître ; cependant il chercha à remédier aux hésitations soulevées (au moins celles des troisième et quatrième siècles). Il plaida ceci : « du fait que les hérétiques ont très tôt fabriqué des écrits aux noms des apôtres, spécialement au nom de saint Pierre », il incombait aux églises chrétiennes d’être sur leur garde, et de ne recevoir aucun livre prétendument écrit par un apôtre et dicté par le Saint Esprit, avant d’être convaincues par des preuves irréfragables qu’il émanait bien des apôtres et était inspiré. « Un retard temporaire sur ce jugement n’est guère dommageable. Si l’épître était ce qu’elle prétendait être, à savoir une œuvre de l’apôtre St Pierre, alors elle ne manquerait pas d’être universellement reçue en tant que telle en son temps. Mais si elle n’était pas ce qu’elle prétendait être, alors l’hérésie pourrait s’infiltrer dans l’église sous l’habit vénérable d’un nom apostolique, et l’église pourrait être reconnue coupable de lire un faux comme étant parole de Dieu ; et alors la crédibilité et l’inspiration des autres livres, à savoir les quatre évangiles, les Actes des Apôtres et les treize épîtres de St Paul, qui avaient déjà été reçus par l’Église, seraient mises en doute et rendues suspectes ; le fondement de la foi risquerait d’être renversé. Il était donc du devoir de toutes les églises de prendre du temps pour réfléchir, avant de recevoir un livre quelconque comme étant un écrit d’apôtre : c’était leur devoir de douter ».


2.4 - [On ne juge pas l’Écriture, c’est elle qui juge l’homme]

L’erreur ici est assez grave ; le docteur W. qui est un prélat sérieux et sincère (bien au-dessus de la tricherie), met à nu la laideur de cette erreur. Ce serait le devoir de toutes les églises de douter !! Combien l’évêque Wordsworth a besoin de peu de chose pour abandonner le terrain de la foi ! La tendance ecclésiastique l’a égaré. Ce n’est jamais un devoir, même pour le chrétien le plus simple, de douter de l’Écriture, mais il a seulement à la croire ; et s’il en est ainsi pour le chrétien individuel, que dire d’un devoir de douter de toutes les églises, ou même d’une seule église ? C’est suicidaire, et un déshonneur total pour Dieu qui a inspiré les Écritures, et une faute éhontée de la part de l’église. L’un des péchés les plus hautains du papisme est d’établir comme règle la prétention de l’église de pouvoir décider ce qui est l’Écriture. Conférer cette prérogative à l’église, ou à un concile œcuménique ou au pape, ne change guère les choses au fond. Quelle qu’en soit la forme, introduire une autorité autre que celle de Dieu est une trahison allant contre Sa gloire.

Quels que soient la position, les privilèges, les pouvoirs ou les responsabilités de l’homme, bien loin qu’il ait le devoir de juger la parole de Dieu, c’est elle qui juge l’homme. Pour l’homme, douter de la parole de Dieu, ou s’asseoir pour juger et se prononcer si c’est Sa Parole ou non, c’est un renversement de toute justice et de toute grâce, et on pourrait ajouter de toute décence. C’est mettre en péril les âmes, et c’est particulièrement incompatible avec le fait d’être chrétien ou d’être l’église, que de mettre en question ce que Dieu a écrit. Le Seigneur a décidé en faveur de l’autorité intrinsèque de Ses propres paroles, pour ne rien dire de Sa révérence immuable à l’égard de toute l’Écriture comme expression complète et définitive des pensées de Dieu : « Celui qui me rejette et qui ne reçoit pas mes paroles, a celui qui le juge ; la parole que j’ai dite, celle-là le jugera au dernier jour. Car moi, je n’ai pas parlé de moi-même ; mais le Père qui m’a envoyé, lui-même m’a commandé ce que je devais dire et comment j’avais à parler ; et je sais que son commandement est la vie éternelle. Les choses donc que moi je dis, je les dis comme le Père m’a dit » (Jean 12:48-50).

Le Saint Esprit n’est pas moins précis quand Il affirme le même principe en Héb. 4:12-13. « Car la parole de Dieu est vivante et opérante, et plus pénétrante qu’aucune épée à deux tranchants, et atteignant jusqu’à la division de l’âme et de l’esprit, des jointures et des moelles ; et elle discerne les pensées et les intentions du cœur. Et il n’y a aucune créature qui soit cachée devant lui, mais toutes choses sont nues et découvertes aux yeux de celui à qui nous avons affaire ». Quelles paroles faudrait-il pour refuser plus nettement l’hypothèse monstrueuse que l’église serait qualifiée pour accréditer l’Écriture, ou l’affirmation encore plus inconvenante qu’elle a un devoir d’en douter ?


2.5 - [Caractère tardif des objections]

Aucune preuve de doute de l’authenticité de 2 Pierre n’a été soulevée au premier siècle. On en entend parler beaucoup plus tard au quatrième siècle, quand l’incrédulité et l’absence de spiritualité ont depuis longtemps prévalu, avec pour effet le déclin de la foi et la généralisation des doctrines étrangères (hétérodoxie) ; la mondanité ouverte et acceptée qui suivit leur donna une forte impulsion et une vaste diffusion. La mort de Pierre n’a pas plus invalidé sa seconde épître, que la mort de Paul ne l’a fait pour la seconde épître à Timothée. On n’a fait par là qu’imaginer des circonstances pour essayer d’expliquer une hésitation bien plus tardive et totalement sans fondement quant à notre épître. La supposition qu’on aurait commencé par un retard, puis qu’on se serait mis à collecter des preuves provenant de divers côtés avant que l’église prononce son verdict sur l’authenticité de l’épître, — tout cela n’est qu’une douce rêverie.


2.6 - [La vigueur du langage de l’épître se retrouve chez Pierre dans le livre des Actes]

La seconde épître, comme la première, a trait avant tout à la vie quotidienne. Le fait qu’elle comporte moins de doctrine est naturel en raison de ce qu’elle a été ouvertement écrite comme une suite de la première épitre, et qu’elle était adressée aux mêmes personnes. Les deux épîtres sont exhortatives ; mais la seconde, contrairement à la première, prononce un avertissement solennel sur les maux de la fin, et elle dénonce très sévèrement les faux docteurs qui nient le Maître Souverain qui les a achetés (ch. 2). Ceux-ci font venir sur eux-mêmes une prompte destruction, et égarent beaucoup de gens par leurs actions dissolues, ce qui a pour effet de faire blasphémer la voie de la vérité. Et aussi par cupidité et à l’aide de paroles artificieuses, ils font du trafic avec les saints comme s’ils étaient de la marchandise. D’où l’importance donnée à ces énormités consternantes cachées sous le manteau, non seulement chez les chrétiens professants mais aussi chez les enseignants reconnus. Ceci a frappé, du moins tardivement, les observateurs superficiels et leur a paru si étrange qu’ils ont soulevé la question de la paternité de l’épître. Mais ils auraient dû reconnaître le même esprit chez Pierre dans l’épisode du début des Actes (Actes 8:18-24) avec le magicien Simon de Samarie. La ferveur d’amour qui caractérisait son évangélisation s’embrasa contre le caractère profane de ce baptisé qui pensait obtenir le don de Dieu avec de l’argent. Pour avertir les autres, et lui-même aussi, Pierre le désigna directement comme étant dans un fiel d’amertume et dans des liens d’iniquité. L’avancement et la propagation de la corruption débusqués maintenant par l’Esprit sont dénoncés en termes d’horreur encore plus énergiques ; le dernier chapitre expose la moquerie des infidèles sous une forme philosophique aux derniers jours.


2.7 - [Condensé du ch. 1]

Après la salutation appropriée en 2 Pierre 1:1-2, l’apôtre présente le fondement de grâce de toutes choses pour la vie et la piété ; ce fondement se trouve dans ce qui a déjà été donné, jusqu’à devenir participant, non d’une nature humaine améliorée, mais d’une nature divine, — et le devenir par le moyen des très grandes et précieuses promesses, ayant échappé à la corruption qui est dans le monde par la convoitise. Mais précisément pour cette raison, il y a besoin de faire preuve d’empressement (de diligence) pour affermir notre appel et notre élection (1:3-11). C’est ce qu’il leur montre en vue de son prochain départ ; et il le fait non par une quelconque allusion à une succession apostolique, mais en leur laissant la vérité, et en rappelant la merveilleuse vision qui lui a été accordée sur la sainte montagne, à lui et à deux autres témoins choisis ; c’était une vision de la puissance et de la venue de notre Seigneur ; elle a eu lieu aux jours de Sa chair, et ils ont entendu la voix du Père venant de la gloire magnifique : c’était une miniature divine du royaume, en confirmation de la parole prophétique, avec un échantillon d’une bénédiction et d’une espérance pour leur cœur allant plus loin [que cette parole prophétique] (1:12-21). Il explique qu’aucune prophétie ne se solutionne d’elle-même, mais elle forme plutôt un tout selon un dessein divin et une puissance divine qui convergent vers le royaume de Dieu en Christ.


2.8 - [Condensé du ch. 2]

Ensuite au ch. 2, il y a la prédiction indignée de l’apôtre sur l’aboutissement impie, dont le germe était déjà à l’œuvre, et dont le jugement de la part de Dieu était certain et inéluctable. Cela complète la première épître. Cette première épître était occupée de ce que la souffrance des justes de la part d’un monde hostile tournait pour leur bien ; pareillement la seconde épître parle de la ruine qui doit tomber sur les faux docteurs corrupteurs qui ont hypocritement tourné en dérision la vérité et la justice. Le jugement sur les anges qui ont péché, celui sur les impies qui méprisaient Noé, et celui sur les villes impies et souillées de Sodome et Gomorrhe, sont présentés comme des précurseurs du châtiment qui attend ceux encore plus coupables qui suivent maintenant Balaam dans son iniquité. Malgré tous leurs orgueilleux discours de vanité, ils méprisaient la domination et étaient des esclaves de la corruption.


2.9 - [Condensé du ch. 3]

Le ch. 3 fait le suivi jusqu’au bout du juste gouvernement de Dieu sur le monde, jusqu’à la dissolution du ciel et de la terre de maintenant, purgeant ainsi le monde de toutes les associations avec l’impiété, pour instaurer de nouveaux cieux et une nouvelle terre dans lesquels la justice habite. L’apôtre ne se contente pas de dévoiler la destruction des corrompus, des cupides et des insubordonnés, mais aussi celle des sceptiques qui se reposent sur la stabilité des choses matérielles, qui aussi périront. Les saints qui croient en la promesse de Dieu, et s’attendent au déploiement terrifiant de la rétribution à venir, — l’apôtre voudrait qu’ils soient trouvés devant Lui en paix sans tache et irréprochables.


2.10 - [Caractères communs aux deux épîtres de Pierre, et leur unité]

Ainsi, n’importe quel chrétien dépourvu de préjugés comprend clairement, même sans avoir la parole inspirée de Pierre pour le dire, que les deux épîtres proviennent de la même main, de la même pensée et du même cœur, dans la puissance du Saint Esprit : l’une a trait spécialement au gouvernement de Dieu dans le présent à l’égard des justes ; l’autre spécialement au gouvernement de Dieu dans le futur à l’égard des injustes. Ce n’est qu’ensemble qu’elles traitent complètement le grand sujet, et ceci dans le style du grand apôtre de la circoncision ; ce style est totalement différent de celui de Jacques, de Jean et de Paul, tandis que Jude a son caractère propre à part, comme on pourra facilement le prouver en son temps. « Vous donc, bien-aimés, sachant ces choses à l’avance, prenez garde, de peur qu’étant emportés par l’erreur des pervers, vous ne veniez à déchoir de votre propre fermeté, mais croissez dans la grâce et dans la connaissance de notre Seigneur et Sauveur Jésus Christ. À lui la gloire, et maintenant et jusqu’au jour d’éternité ! Amen » (3:17-18). La fin est directement pratique tout comme le commencement ; il en est ainsi, dans une mesure, de tous les passages de l’Écriture : appliqués correctement, ils sont aussi sûrement profitables à l’homme que inspirés par Dieu. Cela est particulièrement évident dans les écrits de Pierre, autant dans la seconde épître que dans la première. Pourtant tout est basé sur la rédemption accomplie par Christ, sur la possession d’une nature nouvelle et divine pour préserver de la corruption, et sur une espérance vivante par la résurrection de Celui qui est monté au ciel, anges et autorités et puissances Lui étant soumis (1 Pierre 3:22).


2.11 - [Parole de Dieu adressée à une partie des fidèles]

Le principe catholique selon lequel l’église enseigne est faux ; c’est elle qui est enseignée par ceux qui sont donnés (Éph. 4:11) comme docteurs (enseignants) par Celui qui est la Tête exaltée. Ce n’est pas non plus l’église qui prêche, mais ce sont les évangélistes – également donnés par Christ dans la gloire. Les protestants sont tout autant dans l’erreur quand ils affirment le droit de tout homme au jugement privé. Cela tend directement au rationalisme et déifie l’homme, comme les catholiques le font vis-à-vis de l’église. La vérité est que Dieu a le droit et l’autorité d’envoyer son évangile à tout homme ; et malheur à ceux qui le méprisent. Ainsi Dieu adresse Sa parole en général aux chrétiens et à l’église ; malheur à ceux qui ne s’inclinent pas devant elle et ne Le bénissent pas pour elle. Il est donc tout à fait exceptionnel quand ces communications divines, bien que profondes, sont envoyées aux fidèles, non pas dans leur ensemble, mais à ceux dans telle ou telle position, ou bien sans restriction. Il y a trois épitres à deux conducteurs principaux [Timothée et Tite], qui avaient une place spéciale en tant que serviteurs du Seigneur et de Sa Parole, et délégués apostoliques. Cependant, les déploiements les plus riches de la grâce et de la vérité dans les épîtres n’étaient pas adressés à des gens ayant des fonctions officielles, mais expressément à tous les saints et à l’église. N’est-il pas presque blasphématoire de dire que les saints ou l’église qui en sont les destinataires avaient le devoir de douter ? Ce qui est incroyable, c’est comment un chrétien peut en arriver à être séduit jusqu’à penser cela. La tradition humaine et les habitudes ecclésiastiques prédominantes sont responsables de beaucoup d’erreurs.


2.12 - [Écrits reçus comme venant de Dieu]

Prenez les faits du Nouveau Testament. L’église des Thessaloniciens a-t-elle douté de la première épître de Paul, aussi novatrice qu’elle fût ? N’ont-ils pas accepté sans conteste son témoignage écrit, comme ils avaient accepté son témoignage oral peu auparavant, — et ils les ont accepté non pas comme une parole d’hommes, mais comme une parole de Dieu, ce qu’elle est véritablement (1 Thes. 2:13), laquelle opère dans le croyant, mais certainement pas dans celui qui doute ! Cela se rapporte d’autant plus à notre sujet, que la seconde épître aux Thessaloniciens expose la fraude d’une lettre qu’on prétendait provenir de l’apôtre, et qui avait fait impression sur quelques-uns (2 Thes. 2:2). Dès lors, sa salutation écrite de sa propre main dans chaque épître est un gage pour préserver les saints ; pourtant, tant lui, l’apôtre, que eux, les destinataires, étaient loin d’avoir la pensée nauséabonde et incrédule que leur église, ou toute autre église, dût temporairement mettre en suspens leur jugement, bien que pourtant, eux ou certains d’entre eux, venaient d’être égarés par un trompeur.

Si le signe manuscrit de Paul suffisait, sûrement aussi celui de Pierre, ou Siméon Pierre ! Le nom pouvait éventuellement être mis en question ; or il n’était pas difficile à certifier. Silvain, un prophète (Actes 15:22) était le porteur de la lettre (1 Pierre 5:12). Ceci était déjà réglé quand la deuxième épître arriva ; il n’y avait donc rien à faire sinon à recevoir comme venant de Dieu ce que Son serviteur inspiré transmettait aux mêmes saints, lesquels avaient déjà sa première épître. Examiner son contenu pour savoir si l’église avait à l’accepter, aurait été un piège tendu par l’ennemi. C’est la parole inspirée qui était juge de leurs consciences ; ce n’était pas à eux de la juger, mais c’était à eux d’avoir les cœurs revigorés et les âmes encouragées par Sa grâce et Sa vérité par Jésus Christ notre Seigneur.

Encore une fois, non seulement l’écrivain inspiré a mis en tête son nom et son titre apostolique de façon plus complète que dans la première épître, mais en outre au début de cette seconde épître il se réfère à des faits personnels, (1) l’un du plus grand poids, (2) l’autre, très exclusif par nature. C’est ainsi qu’il parle (1) de façon très émouvante de ce qu’il savait qu’il allait prochainement déposer sa tente ou tabernacle [autrement dit mourir], et il le présente comme motif de leur envoyer un témoignage permanent de ce dont ils avaient besoin, pour qu’ils s’en souviennent continuellement. Ensuite, (2) il introduit la scène la plus magnifique et la plus unique jamais accordée à des saints sur la terre, en l’occurrence lui-même et ses deux compagnons : la transfiguration du Fils de l’homme, reconnu par le Père comme Son Fils bien-aimé, bien au-dessus de Moïse et Élie, au niveau desquels l’apôtre Le plaça follement. « Écoutez-Le », et quand la voix venant de la nuée se fit ainsi entendre, Jésus se trouva seul. Par conséquent cette épître ne peut qu’être ou bien une imposture grossière, ou bien les dernières paroles d’amour de cet apôtre.


2.13 - [La seconde épître est une suite appropriée à la première]

Aucune partie du Nouveau Testament n’est plus porteuse de conseils sages et saints, adaptés aux besoins des saints, et plus caractéristiques de celui qui les a écrits, sous forme de suite à sa lettre précédente. Car comme sa première lettre présente le gouvernement juste de Dieu envers Ses enfants, fondé sur Sa grâce qui les a appelés à Sa gloire éternelle dans le Christ Jésus (1 Pierre 5:10), ainsi sa seconde épître ajoute ce gouvernement juste sur le point de tomber d’une part sur les faux docteurs corrompus qui allaient bientôt introduire des sectes ou hérésies de perdition (2 Pierre 2), et d’autre part sur les sceptiques qui se reposent sur la stabilité du monde pour se moquer de la venue du Seigneur (2 Pierre 3). On voit donc que la seconde épître est nécessaire pour compléter la première ; pareillement, l’épître de l’apôtre Paul aux saints de Colosses complète ce qu’il a écrit aux Éphésiens (la plénitude de la Tête, et le corps qui est Sa plénitude). C’est croître dans la grâce et la connaissance de notre Seigneur et Sauveur Jésus Christ (2 Pierre 3:18).

Les deux épîtres de Pierre insistent sur l’importance extrême de l’évangile, déjà si béni, mais toutefois entouré par un monde de persécuteurs aussi bien que par des dangers immenses venant d’hommes méchants, à la fois de l’intérieur et de l’extérieur. C’est ce développement du mal qui fait jaillir dans tout le ch. 2 son esquisse énergique des conducteurs qui égarent, et dans le ch. 3 son esquisse des ennemis sceptiques et du sort qui les attend jusqu’à la dissolution de toutes choses. Ce sont ces deux chapitres qui ont conduit les ignorants et les mal affermis dont l’apôtre parle en 2 Pierre 3:16, à spéculer sur l’identité de l’auteur réel de l’épître. Sans aucun doute ces avertissements solennels ont un cachet propre, forcément différent tant de la première épître, que de ce qui précède et ce qui suit dans la seconde. Mais une telle objection est futile et vaine. La nature des faits exigeait une dénonciation impitoyable, qui aurait été tout à fait intempestive ailleurs. Pierre est occupé des âmes des saints comme dans la première épître, et son style dans la seconde est marqué et pétri de la même solennité ardente, fervente et pratique dans l’amour et la piété, d’une manière qui lui est propre, dépassant tout autre écrivain du Nouveau Testament. — Combien est belle l’allusion à « notre bien-aimé frère Paul » ! combien elle fait contraste avec les impostures bien connues des pères de l’église qui dressent les uns contre les autres !


2.14 - [Comparaison des origines de l’épître aux Hébreux et de la seconde de Pierre]

Le cas de l’épître aux Hébreux illustre celui de 2 Pierre, bien que les circonstances soient très différentes. Car il y avait des considérations de grâce faisant que l’épître aux Hébreux n’a pas d’indication de nom d’auteur, bien qu’à la fin (Héb. 13:23-24) on y trouve des marques spécifiques du seul apôtre [Paul] qui fût en mesure d’écrire une lettre si complète, profonde et sage dans un style qui s’élève en grandeur à la hauteur de ses arguments, comme il le faisait quand c’était nécessaire pour les Romains (Rom. 8), les Corinthiens et les Colossiens. Ici dans 2 Pierre, le style est soutenu du début à la fin ; Pierre enseigne la valeur latente de l’Ancien Testament à des saints familiers avec la lettre du texte, mais non pas comme un apôtre et prophète [Paul ; Éph. 3:5,9] en train de communiquer les mystères du Nouveau Testament dont il était l’administrateur le plus honoré. Paul, dans l’épître aux Hébreux, a été inspiré en dehors du domaine qui lui était attribué, pour écrire le dernier appel aux Juifs croyants, afin qu’ils réalisent, comme ils ne l’avaient pas fait jusqu’alors, leur position chrétienne propre permettant d’entrer à l’intérieur du voile déchiré, et d’aller vers le Messie rejeté en dehors du camp, portant son opprobre [Héb.6:19 ; 13:13]. La « nouvelle » alliance, dont l’esprit est incorporé dans l’évangile, a rendu ancienne la première alliance ; et ce qui devient ancien et qui vieillit est proche de disparaître [Héb. 8:13]. Or Dieu a affirmé cela après une longue patience, avant que le jugement providentiel ne tombe sur la ville et sur son sanctuaire. Nous ne devons pas non plus manquer d’admirer le soin divin d’envoyer par le moyen de Paul le dernier message de Dieu aux Juifs convertis, alors qu’Il a envoyé Son premier appel apostolique aux Gentils par le moyen de Pierre.


2.14.1 - [Doutes initiés par Jérôme et Novatien sur l’épître aux Hébreux]

Pourtant, des hommes influents de l’église de Rome ont mis en doute l’écrit de Paul aux Hébreux. Eusèbe P. nous dit cela (H.E. III, 3 ; VI, 14, 20), non seulement au sujet de Caïus et Hippolyte (celui qu’on appelle communément l’évêque de Portus R.), mais au sujet d’autres encore, y compris parmi ses contemporains. Baronius travaille en vain pour se débarrasser de cette honte : mais Photion le confirme dans son Bibl. μή. ρκα Ed. Hoesch, 1653. Ainsi Jérôme, plus de six fois dans ses lettres, exposés et autres, indique en général que « la coutume latine n’a pas reçu cette épître parmi les Écritures canoniques ». Néanmoins l’église de Rome comme telle n’est jamais allée jusqu’à rejeter l’épître ; et à partir du milieu du quatrième siècle, elle y était aussi complètement reconnue, là comme ailleurs. Le trouble provenant de Novatien avait accentué les préjugés contre cette épître, par un usage abusif de passages tels que le début d’Hébreux 6 servant à justifier des positions extravagantes de partisans ou d’autres plus anciens. On ne connaît personne, dans ces jours de foi, qui ait suivi l’idée que l’église aurait le devoir de porter un jugement sur une communication inspirée. Le danger s’est situé plutôt au deuxième siècle, en tout cas par la lecture de ce qui n’était pas inspiré, selon la pratique que nous connaissons.


2.14.2 - [Pierre fait allusion à l’épître aux Hébreux]

Si les gens avaient connu les Écritures avec foi et puissance, aucune question de ce genre ne se serait jamais posée au sujet de l’épître aux Hébreux. Dieu a pris soin de couper court à toute excuse d’incrédulité par la confirmation inhabituelle de 2 Pierre 3:15,16. Car, du fait qu’il est certain que Pierre a écrit ses deux épîtres aux Juifs chrétiens (1 Pierre 1:1 ; 2 Pierre 3:1), ce qu’il déclare au sujet de Paul comme leur ayant aussi écrit, est également certain. Peut-il s’agir d’autre chose que de l’épître aux Hébreux ? Dans cette épître aux Hébreux il est parlé des mêmes sujets qu’ici : la patience du Seigneur et le salut (il en est parlé bien plus que dans les épîtres aux Galates, aux Éphésiens ou aux Colossiens), et aussi Sa venue pour la bienheureuse gloire des Siens, et le jugement de tous ceux qui refusent Sa voix et qui sont des adversaires. — Il ne faut pas non plus négliger le point suivant : Pierre dit que, dans ce que Paul a écrit à ces croyants hébreux de même que dans toutes ses épîtres, il y a des choses difficiles à comprendre, que les ignorants et les mal affermis tordent à leur propre destruction ; pareillement Paul dit aux Hébreux dans son épître (Héb. 5:11-14) qu’il avait beaucoup de choses à dire qui étaient difficiles à expliquer à cause de leur paresse à écouter.

Ainsi, dans le chapitre suivant (Héb. 6:1), Paul les exhorte à laisser la parole du commencement du Christ (certainement pas les principes de Sa doctrine, mais ce qui était connu avant la rédemption et la descente du Saint Esprit), pour avancer vers la perfection, c’est-à-dire vers la croissance complète par la vérité. Luther et Calvin, pas plus que Cajetan et Erasme, n’ont reconnu cela, et se sont livrés à des rêves dont certains érudits ne sont pas revenu, même jusqu’au doyen Alford et d’autres de nos jours, attribuant l’épître aux Hébreux à Apollos, Barnabas, Luc, Silas, Clément de Rome et même Tertullien ! Ils auraient aussi bien pu donner le spectacle de rajouter une soixantaine d’autres, en plus de ces six ; car il n’y a aucune raison valable pour aucun d’eux. Quoi de plus frivole que de chercher à rattacher l’un quelconque de ces noms à cette noble épître ? Qu’est-ce qui peut excuser la mise de côté de l’attribution à Paul que fait le Saint Esprit [2 Pierre 3:15], comme nous venons de le voir ?

Il est intéressant de noter également que la lettre de l’église de Rome attribuée à Clement R., se réfère à plusieurs reprises à l’épître aux Hébreux, et prouve qu’il n’existait aucun doute sur son inspiration à cette date ancienne (probablement avant la fin du premier siècle). Son ch. 36 utilise beaucoup Héb. 1, et il le fait en se servant de la formule solennelle γέγραπται, Il est écrit. Les doutes émanant d’individus ne sont arrivés que longtemps après.


2.14.3 - [Hésitations de Calvin]

Calvin, d’assez haute réputation comme commentateur, ne tient pas compte de ce dernier point dans son commentaire qui est en effet maigre et vague. Pourtant, il ne doutait pas que Pierre ait écrit la première épître aux Juifs convertis en Asie Mineure, mais (c’est triste à dire) il était coupable de la même hésitation qu’Origène et d’autres vis-à-vis de la seconde. Il n’attribue aucune valeur aux doutes de l’inconnu dont parle Eusèbe, mais il est influencé un peu par la mention de Jérôme de ceux qui raisonnaient sur la différence de style. « J’avoue cependant qu’il y a une différence de style manifeste et suffisante pour prouver des auteurs différents ». « En même temps, tout le monde est d’accord pour dire qu’il n’y a rien d’indigne de Pierre quant à l’expression partout de la force et de la grâce d’un esprit apostolique. Mais si elle est reçue comme canonique, on doit confesser que Pierre en est l’auteur, car non seulement il a inscrit son nom dedans, mais il atteste aussi avoir vécu avec Christ ; se faire passer pour quelqu’un d’autre serait une fiction indigne de Christ. Alors je détermine que si l’épître est digne de crédit, elle doit provenir de Pierre ; non pas qu’il l’écrivit lui-même, mais que quelqu’un de ses disciples, sous son commandement, ait composé les choses que la nécessité du temps exigeait ». Qui peut manquer de voir une hésitation indigne de celui qui pouvait être ferme dans des questions d’importance moindre que ce qui touche à l’honneur de la Parole écrite ? (J. Calv. Opp.vii Arg. in loco). Parmi les anciens ou les modernes, il n’y a eu aucune base réelle pour aucun doute.


2.14.4 - [Les doutes suscités par des parti-pris]

Il est remarquable que la seule autre épître adressée à des Hébreux ait souffert, sans aucune raison valable, du même doute d’incrédulité. Ceci mériterait d’être traité à fond, mais ce serait mieux de le faire ailleurs, là où ce serait plus directement nécessaire. Quelques mots suffiront ici pour confirmer ce qui a été dit contre les suspicions jetées à l’encontre de la seconde épître de Pierre. La défense du Dr. Wordsworth en faveur de la qualité d’auteur de Paul dans la préface de l’épître aux Hébreux est excellente ; c’est un plaisir de le dire, alors que ses remèdes aux hésitations à propos de 2 Pierre sont déplorables.

L’église de Rome, ou quelques-uns de ses conducteurs éminents, ce sont eux qui ont toléré ce préjugé injustifiable [contre l’épître aux Hébreux]. Jérôme dit à plus de six endroits que « la coutume latine ne l’a pas reçue parmi les Écritures canoniques ». Baronius, dans son histoire, combat les allégations d’Eusèbe et tente d’excuser Jérôme comme ayant été trompé par lui. La dispute de Novatien, avec son abus erroné de Héb. 6, a certes indisposé ceux de Rome contre l’épître, mais finalement le préjugé a cédé devant la lumière brillante de la vérité et celle-ci a dissipé tout nuage et brume.


2.15 - [Raisons conclusives montrant que les doutes ne sont pas fondés]

Mais le fait remarquable est qu’au commencement aucun doute n’a été entretenu. On ne peut pas demander de preuve plus ancienne et plus forte que le fait d’être fréquemment citée comme étant la Parole écrite dans la lettre de l’église de Rome à celle de Corinthe sous le nom de Clemens R.. Ces citations sont si nombreuses que le professeur américain Moses Stuart divise même ces citations en quatre classes. Et peu après, dans la première moitié du deuxième siècle, Justin M. fait clairement référence à cette épître, à la fois dans son Apologie, et dans son Dialogue avec le Juif Trypho. Nous n’avons pas besoin d’en dire plus sur ces preuves externes. Il est très significatif que, malgré les particularités de cette épître, aucun doute n’a été exprimé sur elle pendant très longtemps après avoir été reçue sans aucun doute comme un document inspiré. Pierre lui-même fournit une preuve donnée divinement de ce que Paul a écrit aux saints Hébreux, et qu’il s’agit de l’épître aux Hébreux — une épitre bénie. Ce devrait être la fin de la controverse pour tout chrétien. « Mais si quelqu’un est ignorant, qu’il soit ignorant » (1 Cor. 14:38).

Ces deux épîtres [Hébreux et 2 Pierre] sont éminemment caractéristiques des deux apôtres [Paul et Pierre], indépendamment de leurs particularités provenant des besoins urgents qui les ont fait naître. Il n’y a aucune raison valable pour considérer que quelqu’un d’autre que Paul et Pierre ait eu à faire face à ces particularités. Les deux manifestent indubitablement la puissance de l’inspiration du Saint Esprit. Tous les deux ont écrit avec ce qui est propre à la grâce de Dieu, à savoir la puissance morale, la précision doctrinale, la majesté divine et l’amour pour les saints, — et tout cela avec autorité et non pas comme les scribes [Marc 1:22].


3 - 2 Pierre 1

3.1 - [Ch. 1:1]

« Siméon Pierre, esclave et apôtre de Jésus Christ, à ceux qui ont reçu en partage une foi de pareil prix avec nous, par la justice de notre Dieu et Sauveur Jésus Christ ».


3.1.1 - [Siméon Pierre, esclave et apôtre de Jésus Christ — Le titre d’esclave]

Le premier trait notable de cette épître est que l’écrivain ne répète pas seulement le nouveau nom que Christ lui a donné (Pierre – Matt. 16:18) en même temps que sa mission d’apôtre, mais il ajoute son ancien nom [Siméon] comme ayant été ainsi l’objet de la miséricorde divine ; il ajoute le qualificatif « esclave », confessant par-là une soumission absolue à son Maître. Paul aimait s’appeler de cette manière, comme Jude et Jean. Le Seigneur Jésus a débarrassé ce nom de la honte et de la dégradation qui affublent forcément le porteur de ce nom, selon l’estime de l’homme naturel. Le Seigneur Jésus a revêtu ce titre d’esclave dans Sa propre personne, quand la Parole est devenue chair, et Il l’a joint à tout ce qui est juste, aimable et dévoué aux yeux de Dieu, — à tout ce qui est de toute importance pour la foi de ceux qui ont communion avec Lui.

Car qui a été un esclave comme Lui, qui, « étant en forme de Dieu, n’a pas regardé comme un objet à ravir d’être égal à Dieu, mais s’est anéanti lui-même, prenant la forme d’esclave, étant fait à la ressemblance des hommes ; et, étant trouvé en figure comme un homme, il s’est abaissé lui-même, étant devenu obéissant jusqu’à la mort, et à la mort de la croix » ? (Phil. 2:6-8). Et Il ne s’en n’est pas tenu à cela ; car avant Son départ, Il a donné la belle assurance de continuer au ciel le très humble service de laver les pieds des Siens, comme Avocat auprès du Père. Son amour ne s’est pas non plus contenté de cela ; car Il a aussi laissé entendre que ceux de Ses esclaves qui, à Sa venue, seront trouvés les reins ceints et leurs lampes allumées, seront alors bénis en haut à Son retour : Il se ceindra et les fera asseoir à table et s’avançant Il les servira (Luc 12:37). Bien plus, lorsqu’Il remettra le royaume à Son Dieu et Père, toutes choses Lui ayant été assujetties, alors le Fils Lui-même sera assujetti à Celui qui Lui a assujetti toutes choses, afin que Dieu soit tout en tous (1 Cor.15:28). Comme Il ne cessera jamais d’être un homme, Il demeurera serviteur durant l’éternité, sans déroger à cette Déité qu’Il partage à toujours comme Fils avec le Père et le Saint Esprit. C’est Christ qui seul nous donne la pleine vérité, et donc celle de ce qu’est être esclave ou serviteur, comme au sujet de tout le reste. Dans un monde mauvais, la place d’esclave est celle de l’amour divin, actif et souffrant, — la place qu’Il aimait tant qu’Il ne l’abandonnera jamais.

Le Seigneur a mis sur Ses disciples le même devoir et privilège d’amour, comme nous le lisons à plusieurs reprises dans tous les évangiles, et sous diverses formes. Qu’il suffise de citer ce que Luc (ch. 22) nous donne au dernier souper (Cène) ; car c’est Luc qui groupe les contrastes moraux les plus profonds ; et si c’est à la honte de l’homme, c’est pour le profit du croyant, et par-dessus tout à la gloire de Christ. « Et ils se mirent à s’entre-demander l’un à l’autre, qui donc serait celui d’entre eux qui allait faire cela (c’est-à-dire Le livrer). Et il arriva aussi une contestation entre eux pour savoir lequel d’entre eux serait estimé le plus grand. Et il leur dit : Les rois des nations les dominent, et ceux qui exercent l’autorité sur elles sont appelés bienfaiteurs ; mais il n’en sera pas ainsi de vous ; mais que le plus grand parmi vous soit comme le plus jeune, et celui qui conduit comme celui qui sert. Car lequel est le plus grand, celui qui est à table ou celui qui sert ? N’est-ce pas celui qui est à table ? Or moi, je suis au milieu de vous comme celui qui sert » (Luc 22:23-27).

Par grâce, les apôtres ont été rendu capables d’endosser ce caractère d’esclave de Christ. Quel contraste avec ceux de Ses serviteurs qui ont trop tôt revendiqué être les successeurs, bien que ce ne fût pas limitée à eux ; et cela a continué depuis ce temps-là ! — Quand ce titre d’esclave n’est pris qu’en paroles, il n’est sans doute qu’un vain nom d’orgueil ; mais quand il est pris avec puissance, qu’y a-t-il de comparable ? Être quelqu’un, voilà le désir de l’homme déchu ; c’est l’esprit du monde — renoncer à tout par amour et dans l’obéissance, voilà ce qui est l’esprit de Christ, Lui qui seul possédait réellement toutes choses. C’est notre modèle maintenant. La grandeur selon Lui est d’être un vrai serviteur ; et être chef, c’est être esclave, comme Lui l’est devenu ; non seulement Il répondait à tous les besoins, mais Il a donné Sa vie en rançon pour plusieurs (beaucoup) : voilà ce qui est Sa gloire particulière.

Pierre donc dans sa seconde épître, ne cache pas son nom juif qui rappelait une nature remplie de manquements, mais il fait précéder son titre apostolique du beau nom d’esclave. Ce nom brillait plus que jamais à ses yeux ; il est tellement nécessaire et tellement bon que les saints le méditent, y trouvent leur délice et se l’approprient.


3.1.2 - [Caractéristique des destinataires]

« Esclave et apôtre de Jésus Christ ». Il écrit aux mêmes saints que dans la première épître (2 Pierre 3:1). Mais les termes qu’il emploie maintenant diffèrent de manière frappante, et pourtant ils s’appliquent de manière tout aussi appropriée à ceux de la dispersion juive en Asie Mineure qui croyaient au Christ. Dans sa première épître, il a pris soin de les décrire comme des étrangers élus selon la préconnaissance de Dieu le Père par la sanctification de l’Esprit pour l’obéissance et l’aspersion de sang de Jésus Christ (1:2). C’était en contraste précis et approfondi avec leur position antérieure en tant que nation élue pour l’Éternel, séparée des autres par l’ordonnance charnelle de la circoncision, et tenue à obéir à la loi sous la sanction pénale du sang des victimes (Exode 24), ce qui maintenait la mort devant eux s’ils se rendaient coupables de transgression. Ici, dans la deuxième épître, ils sont caractérisés comme ayant reçu obtenu une foi précieuse, semblable à celle de l’apôtre et de ses frères qui étaient aussi les leurs, en vertu de la justice de leur Dieu et Sauveur Jésus Christ.


3.1.3 - [Une foi de pareil prix]

« Une foi aussi précieuse » [ou : une foi de pareil prix] ; il ne s’agit pas d’une question de mesure de foi chez ceux qui croient, mais cette expression affirme que ce qui est cru est autant précieux pour les chrétiens les plus simples que pour un apôtre, quant à sa source, son canal, son objet et son résultat. C’est cette pleine révélation de Dieu en Christ, et pas seulement de la part de Dieu comme cela avait toujours été.


3.1.4 - [La foi par la justice]

Il y a cependant ensuite une expression remarquable qui diffère entièrement de « la justice de Dieu » comme en parle notre Seigneur en Matt. 6:33, et aussi l’apôtre Paul dans l’épître aux Romains et ailleurs. Pourtant, l’une est aussi vraie que les autres, et toutes sont en harmonie du fait qu’elles proviennent pareillement de Dieu. Il est donc intéressant et important de les distinguer, tandis que toutes les trois sont d’accord pour désigner la cohérence morale de Dieu avec Lui-même sous différents aspects.

1. En Matthieu, le disciple est invité à rechercher premièrement, non la satisfaction de ses besoins naturels pour lesquels nous pouvons compter sur les soins de notre Père, mais « le royaume de Dieu et sa justice ». Ceci était alors révélé en Christ, puissance de Dieu et autorité suprême de Dieu, et en toute bonté, mais en cohérence avec Lui-même. À cela la nouvelle nature répond par la soumission et l’amour ; et c’est ce que les disciples devaient chercher premièrement, assurés que Lui veillerait sur tout ce dont ils auraient besoin. Mais cela ne dit rien sur la rédemption, ou le salut des pécheurs perdus ; il est seulement question des saints répondant à ce que Christ manifestait à la foi en Lui-même et en Son enseignement.

2. En Rom. 1, 3, 8, 10:4, nous avons l’évangile de Dieu basé sur l’œuvre de Christ, et envoyé à toute l’humanité précisément parce qu’ils sont perdus. C’est donc une justice qui justifie le pécheur par la foi de Christ ; c’est la justice de Dieu, non pas celle de l’homme ; elle repose sur Sa rédemption, de sorte que celui qui croit Son témoignage rendu à Christ est justifié par la mort et la résurrection de Christ. Dieu peut se permettre, par le moyen du Sauveur, de le bénir quelle qu’ait été son impiété, et Il le bénit en accord avec Son sang purificateur et sa puissance de résurrection.

3. Mais dans notre texte, ce n’est pas le croyant qui obtient la justice de Dieu par la foi, mais qui obtient la foi par la justice de son Dieu et Sauveur Jésus Christ (*) : une vérité toute différente et particulière au résidu que Dieu a toujours eu en Israël [Rom.11:16-24 ici et dans tout ce paragraphe]. Les branches peuvent être coupées et sont coupées, mais pas toutes. Il y a toujours des élus qui obtiennent, tandis que les autres sont aveuglés ; il en est ainsi à l’heure actuelle, et il en a toujours été ainsi autrefois. De tous les hommes, ils sont les seuls à avoir ce privilège d’être un résidu selon l’élection de grâce. Cela ne peut être affirmé d’aucune autre nation. Ils avaient les pères, mais c’est bien mieux d’avoir les promesses. En conséquence, le fait d’avoir reçu une foi de pareil prix, l’apôtre l’attribue ici à la justice de l’Éternel-Messie, Jésus leur Sauveur et leur Dieu. Lui au moins a été fidèle à la promesse, en vertu de quoi, il leur a été donné de croire, tout comme à l’apôtre et aux saints à Jérusalem. C’est ce que Pierre avait prêché le jour de la Pentecôte : « car à vous est la promesse et à vos enfants, et à tous ceux qui sont loin, autant que le Seigneur notre Dieu en appellera à lui » (Actes 2:39). Eux aussi, Il les avait appelés, et ils avaient cru par grâce ; mais c’était dans Sa justice — celle de « notre Dieu et Sauveur Jésus Christ ».


(*) Le lecteur peut être intéressé à savoir que le théologien le plus instruit et le plus capable parmi les Puritains Congrégationalistes n’a pas compris « la justice de Dieu » ici comme se rapportant à l’obéissance de Christ à la loi, — ce que beaucoup de modernes ont soutenu. Voici ses expressions : — « En 2 Pierre 1:1 il est dit des saints qu’ils obtiennent « une foi précieuse, par la justice de Dieu ». C’est une chose juste pour Dieu de leur donner la foi, à eux pour qui Christ est mort, parce qu’ainsi ils y ont droit. La foi, étant parmi les fruits les plus précieux de la mort de Christ, en vertu de cette mort la foi devient un dû à ceux pour lesquels Christ est mort » (Œuvres de John Owen, DD. éd. Goold, X. 468). Ce n’est pas qu’il ait compris sa vraie portée, mais il était trop intelligent et logique, pour ne pas dire consciencieux, pour forcer le texte comme ceux qui l’ont suivi, et comme d’autres, le font communément. Il ne lui est pas venu à l’idée de connecter ce passage avec le résidu croyant des Juifs et leur appropriation particulière de la promesse — d’où son calvinisme tendait à l’éloigner.


3.2 - [Ch. 1:2 — la connaissance de Dieu et de Jésus notre Seigneur]

« Que la grâce et la paix soient multipliées dans la connaissance de Dieu et de Jésus notre Seigneur ».


Le texte de la salutation au v. 2 ne diffère de celui de la première épître que par l’addition des mots « dans la connaissance de Dieu et de Jésus notre Seigneur ». Ces mots réapparaissent en substance ailleurs. Ils sont caractéristiques de la seconde épître, et ont un grand poids et une grande valeur là où une foi vivante accompagne cette pleine connaissance.

Pourtant 2 Pierre 2:20-22 montre le fait solennel qu’une telle connaissance complète peut n’être que dans la chair, et se terminer dans un dernier état pire que le premier, voire une ruine totale. En Rom. 1:18 il est parlé d’hommes qui possèdent la vérité tout en vivant dans l’iniquité : très zélés pour une croyance orthodoxe, mais pas du tout régénérés, ils tiennent donc ferme la vérité avec de l’injustice. La foi, le christianisme, est si riche en connaissance du plus grand intérêt, que l’esprit naturel peut se tromper lui-même quand la conscience ne se tient pas devant Dieu et que l’âme n’est pas purifiée par l’obéissance à la vérité (1 Pierre 1:22) — l’esprit naturel peut alors acquérir facilement beaucoup de choses qui enflent au lieu d’édifier. Dans ce cas, l’amour de la vérité pour être sauvé n’est jamais reçu (2 Thes. 2:10) ; on maîtrise alors la vérité comme on le ferait de tout domaine des arts ou de la science, plutôt que d’être sondé par la vérité, et de lui être soumis à salut. En un mot, il n’y a pas de repentance envers Dieu, mais seulement de l’intellectualisme. Quand Christ est l’objet et la vie, la vérité est connue et aimée, et elle libère de toute sorte de servitudes pour rendre d’autant plus esclave de Jésus. C’est ainsi que l’apôtre souhaitait que « la grâce et la paix soient multipliées dans la pleine connaissance de Dieu et de Jésus notre Seigneur ».

Il était très important pour les Juifs chrétiens d’apprendre (c’est en effet imparfaitement compris dans la chrétienté) qu’avant la venue du Seigneur, la connaissance de Dieu, quoique vraie, était vague, relativement parlant. Tous les saints de l’Ancien Testament détournaient les regards d’eux-mêmes pour les tourner vers Dieu dans l’espoir assuré de la Semence de la femme qui détruirait l’ennemi. Ils Le connaissaient comme un fidèle Créateur, un Conservateur et un Sauveur, et aussi par les sacrifices. Ses voies envers Adam et Abel, Enoch et Noé, donnaient une lumière toujours croissante ; quoique partielle, elle était bénie. Il fut accordé davantage à Abraham, et le nom du Tout-Puissant représentait beaucoup en tant que secours actuel au milieu d’une race mûrissant pour le jugement. Beaucoup plus fut donné à connaître quand, par le moyen de Moïse, Il communiqua le nom de Jéhovah l’Éternel, en tant que grand mot d’ordre national à Israël, Son peuple ; ce Nom était la sécurité de leur bénédiction finale et éternelle sur la terre sous Son gouvernement, quels que soient les changements entre temps.

Or le Seigneur Jésus nous a donné à connaître Dieu Son Père tel qu’Il Le connaissait, d’une manière générale aux jours de Sa chair, et pleinement dans Sa résurrection et Son ascension, — le but étant que nous Le connaissions comme Son Père et notre Père, Son Dieu et notre Dieu, dans la nouvelle création conséquence de Sa mort expiatoire. Qu’y avait-il auparavant de comparable à cette plénitude, dans tant de manières différentes et tant de degrés différents de connaissance ? Comme dit le disciple « bien-aimé » dans sa première épître (1 Jean 5:20) : « Or nous savons que le Fils de Dieu est venu, et il nous a donné une intelligence afin que nous connaissions le Véritable, et nous sommes dans le Véritable, savoir dans son Fils Jésus Christ : lui est le Dieu véritable et la vie éternelle ». Qu’y a-t-il d’aussi merveilleux, pratique et plein de grâce, que la vérité donnée maintenant pleinement à connaître ? Cela ne pouvait pas exister jusqu’à ce que vînt Celui qui Le connaissait Lui-même en perfection, et qui est mort et est monté au ciel afin que nous soyons amenés dans Ses relations autant qu’il est possible, et que nous soit donné le Saint Esprit pour Le connaître aujourd’hui (Jean 14:20). Voilà la connaissance chrétienne du Père, du Fils et du Saint Esprit. Le Père est révélé, le Fils révèle, et Il ne le fait que dans une réalité vivante par le Saint Esprit. C’est la pleine révélation de Dieu, confessée dans notre baptême, et dont nous avons besoin pour en jouir à chaque étape du chemin jusqu’à ce que notre pèlerinage se termine par Sa venue pour nous emmener en haut, afin que là où Il est, nous nous soyons aussi (Jean 14:3).


3.3 - [Ch. 1:3]

« Comme sa puissance divine nous a donné tout ce qui regarde la vie et la piété par la connaissance de celui qui nous a appelés par sa propre gloire et son excellence [Darby : par la gloire et par la vertu] ».


3.3.1 - [Sa puissance divine nous a donné tout…]

C’est le témoignage de l’apôtre au sujet de l’intervention de la grâce de Dieu dans le salut. Qui le savait mieux que lui qui avait été le principal ouvrier lors de la grande fête de la Pentecôte où trois mille âmes avaient été ajoutées en un seul jour ? Qui pouvait témoigner comme lui de la puissance de Dieu


Qui pouvait mieux [que Pierre] parler de l’énergie miraculeuse accordée dans ces jours du commencement où, malgré la crainte qui régnait, les malades étaient apportés dans les rues et déposés sur des lits et des couchettes, afin qu’à son passage, son ombre puisse passer sur eux ; et les malades et les possédés étaient tous guéris, non seulement ceux de Jérusalem, mais aussi des villes d’alentour ? (Actes 5:15-16).


3.3.2 - [… tout ce qui regarde la vie et la piété]

Ici, cependant, il ne parle que de la puissance divine dans son fonctionnement ordinaire, hormis le surnaturel. C’est la prérogative de Dieu de vivifier les âmes qui étaient mortes dans leurs fautes et dans leurs péchés (Éph. 2:1) ; le Père en communion avec le Fils donne la vie (Jean 5:21). Il appelle des ténèbres à Sa merveilleuse lumière (1 Pierre 2:9) — et même, nous qui étions autrefois ténèbres, nous sommes maintenant lumière dans le Seigneur (Éph. 5:8) ; nous qui étions haïssables et nous haïssant l’un l’autre (Tite 3:3), nous aimons parce que Lui nous a aimés le premier (1 Jean 4:19). Pensez aussi aux relations qu’Il confère aux chrétiens, Ses enfants et Ses fils, qui, selon la première épître (ch. 2), sont aussi une sainte sacrificature, une sacrificature royale. Nous pourrions lister encore d’autres dons ; car, étant à Christ, toutes choses sont à nous avec le Saint Esprit habitant toujours en nous depuis que nous nous reposons par la foi sur la rédemption de Christ, afin qu’il y ait puissance et capacité. Combien il est vrai que Sa puissance divine nous a donné tout ce qui regarde la vie et la piété !

Les Juifs, nous le savons, demandent des signes, les Grecs cherchent la sagesse (1 Cor. 1:22). Jamais il n’y a eu des signes de puissance et de bonté tels que ceux vus en Christ ; pourtant, les Juifs L’ont rejeté. Jamais il n’y a eu une sagesse de Dieu telle que celle vue en Jésus ; pourtant les Grecs, le monde, L’ont dédaigné. Si les chefs de ce monde l’avaient connue, ils n’auraient pas crucifié le Seigneur de gloire (1 Cor. 2:8) ; mais personne ne l’a connue. Ils étaient aveugles dans l’incrédulité. Et une nouvelle chose a été introduite ; non pas encore le royaume restauré en Israël en puissance et en gloire que l’on attendait, mais « quelque chose de meilleur » (Héb. 11:40) dans la connaissance de Dieu et de Jésus notre Seigneur (2 Pierre 1:2), « qui est à la droite de Dieu, étant allé au ciel, anges et autorités et puissances Lui étant soumis » (1 Pierre 3:22). De ce fait, accomplissant ce qui était surprenant même pour les Douze, « Sa puissance divine nous a donné » dès maintenant « tout ce qui regarde la vie et la piété » (2 Pierre 1:3). Car le chrétien est appelé à une vie de foi en toute révérence et crainte pieuse (Héb. 12:28), comme n’ayant rien, mais possédant toutes choses (2 Cor. 6:10), ayant part maintenant à l’opprobre de Christ (Héb. 11:26), les regards étant fixés sur les choses qui ne se voient pas et qui sont éternelles (2 Cor. 4:18).

Telle est la foi chrétienne que, dans sa première épître, l’apôtre a placée devant ces saints autrefois Juifs ; et dans la seconde épître, il confirme avec détermination et solennité contre toute corruption et moquerie. Par conséquent, dès le début, il voulait établir leur confiance dans les ressources de grâce pour tous les besoins, faiblesses et dangers. Les Juifs étaient même considérés comme des athées, parce qu’ils n’avaient pas d’images. Combien plus les chrétiens étaient susceptibles d’être accusés de cela du fait qu’ils n’avaient rien de visible, ni temple, ni autel ni sacrifice ! Pourtant, eux et eux seuls connaissaient le seul vrai Dieu, et Jésus Christ Son envoyé. Maintenant que Christ était en haut, ils avaient les seuls à avoir l’autre Paraclet, l’Esprit Saint que le Père avait envoyé au nom de Jésus pour être avec eux éternellement, et pour être en eux (Jean 14:16,17), comme conséquence de la mort de Christ et de leur acceptation qui s’ensuit.


3.3.3 - [par la connaissance de Celui…]

Ce n’était là qu’une partie de « tout ce qui regarde » la vie et la piété et que Sa puissance divine nous a donné. Car nous avons maintenant aussi une révélation entièrement nouvelle, pleinement conforme à l’Ancien Testament qu’ils avaient autrefois ; cette révélation transmettait ce qui convenait maintenant à Dieu, non plus le Dieu caché dans le lieu saint d’où Son peuple était strictement exclu, mais Dieu pleinement manifesté en Jésus, Son Fils bien qu’Il soit homme, parfaitement Dieu et parfaitement homme dans la même personne. Cela impliquait un changement total pour tous ceux qui croient maintenant. Nous avons la rédemption par Son sang, et nous attendons Sa venue pour la rédemption du corps aussi bien que la rédemption de l’héritage (Éph 1:14 ; Rom. 8:23). Nous sommes baptisés dans la puissance de l’Esprit en un seul corps, Juifs ou Grecs, cela n’étant que des distinctions charnelles que l’Ancien Testament maintenait strictement, mais disparues dans le baptême. Nous avons un grand Souverain Sacrificateur qui a traversé les cieux, Jésus le Fils de Dieu, capable de sympathiser et intercéder (Héb. 4:14,15 ; Rom. 8:34) ; et si quelqu’un a péché, nous L’avons comme Avocat auprès du Père, le Juste qui est la propitiation pour nos péchés. Et nous avons une espérance non moins précieuse et élevée, celle qu’Il vient bientôt pour nous (nous ne savons pas quand), pour nous prendre auprès de Lui dans la maison du Père, et pour nous montrer dans la même gloire avec Lui devant le monde quand nous régnerons avec Lui. Par conséquent, nous avons besoin d’une révélation nouvelle et spéciale, et nous l’avons dans ce qu’on appelle le Nouveau Testament pour nous guider dans Son chemin jusqu’à ce qu’Il vienne, car nous ne sommes pas du monde comme Christ n’en est pas. Les évangiles, les épîtres et l’Apocalypse le fournissent parfaitement par l’Esprit qui est notre guide dans toute la vérité.

Nous voyons avec quelle prudence l’apôtre préserve la vérité d’être de la simple spéculation ou du sentiment. La connaissance qui enfle est aussi loin que possible de sa pensée, sauf chez ceux qui n’ont rien d’autre que leurs voies dissolues ou injustes. Il peut y avoir une connaissance de Dieu et de Jésus qui ne s’élève jamais au-dessus des pensées humaines, qui ne conduit à aucune communion avec Dieu, qui n’a même aucune racine morale dans la conscience et le cœur et est toujours susceptible d’hérésie parce qu’elle est seulement selon la nature. Mais la connaissance qu’il recommande aux saints est ce que son compagnon d’œuvre l’apôtre Jean traite comme étant la vie éternelle, et ce que lui-même traite comme étant le moyen de la vie et de la piété ; car notre apôtre est toujours attentif au résultat pratique. Car, en effet, cette puissance divine ne peut qu’être ressentie comme un besoin, car les saints sont ici encouragés par l’assurance qu’elle agit.

Sa manière d’opérer est exprimée de manière frappante : « par la connaissance de celui qui nous a appelés par sa propre (*) gloire et son excellence » [version Darby : par la gloire et par la vertu]. L’homme est déchu, est ainsi dans une condition tout à fait différente de son premier état. Dans celui-ci, son devoir était d’obéir, en remerciant Dieu pour toute la bonté qui l’environnait. Mais avec sa désobéissance, la ruine est venue non seulement pour lui-même, mais aussi pour la création dont il était la tête. S’éloignant de Dieu, il a été un exilé du paradis, un pécheur moribond ; et pareillement pour la race issue de lui. Toute délivrance était suspendue à Un Autre, la Semence de la femme, dont le talon serait écrasé et qui écraserait la tête du serpent ; cet Autre serait un Homme, mais il faudrait nécessairement qu’il soit plus qu’un homme pour opérer la délivrance par la défaite totale de Satan. À partir de ce jour-là, la foi s’est accrochée à Celui qui allait venir, appelé plus tard, dans les Psaumes et les Prophètes, Fils de Dieu, et Fils de l’homme, Messie. Seul le Nouveau Testament fait ressortir la vérité à Son sujet en toute simplicité, clarté et profondeur ; non pas Sa seule gloire personnelle, mais Son œuvre de réconciliation brillante de lumière divine.


(*) Les manuscrits aleph, A, C, P et d’autres bons témoins justifient ce qui est donné ici, et suivi par les meilleurs critiques sauf Westcott et Hort. C’est particulier à notre apôtre de parler de ἀρετὴ [la vertu] de Dieu, que ce soit au pluriel comme en 1 Pierre 2:9 [annoncer les vertus de Celui…], ou au singulier comme ici en 2 Pierre 1:3. La vertu ou le courage moral conviennent pour traduire ce mot quand il s’agit de l’homme. C’est l’excellence de Dieu qui opère la vertu dans le saint.


3.3.4 - [qui nous a appelés par sa propre gloire et son excellence » (version Darby : par la gloire et par la vertu)]

Ce salut est par l’appel de Dieu ; on quitte le moi, l’homme, le monde, les péchés et tout, pour l’objet de la foi qu’Il place devant nous. Voilà Dieu qui nous appelle par Sa propre gloire et Son excellence. Cela se trouve en Christ, mais c’est Sa propre gloire à Lui et Son excellence, pas les nôtres. Au lieu de rester là où nous sommes, ce qui aurait été correct si le péché et la ruine n’étaient pas intervenus, nous nous tournons vers Celui qui est dans la gloire céleste après avoir souffert ici pour nos péchés, afin que nous soyons non seulement pardonnés, mais que nous soyons là auprès de Lui ; et déjà maintenant ici-bas, alors que nous sommes effectivement faibles, nous nous tournons vers Lui pour jouir de cette excellence qui émane de Lui pour nous préserver et nous garder dans la scène présente de mal. Nous laissons tout par la foi pour Lui. Notre appel est l’appel céleste de Dieu dans le Christ Jésus (Phil. 3:14) et c’est là que sera le prix. Or c’est là qu’Il est, mort et maintenant ressuscité ; et c’est à Lui que le pécheur regarde pour être sauvé, car Lui est la puissance qui garde des voies du destructeur. Celui qui s’en tient à ce qu’il est, s’en tient au moi et au péché, aveuglé par l’ennemi. La voix de Christ l’éveille à sa condition perdue ; et lui, obéissant à la parole, se repentant envers Dieu, et croyant au Seigneur Jésus, est appelé par la gloire et l’excellence de Dieu. Le Sauveur est là et, celui qui croit, Il l’associe à Lui en haut dans l’espérance, le séparant ainsi du mal qui se trouve en lui et autour de lui.

Il peut être utile aux âmes d’illustrer ce qui vient d’être dit par les paroles de l’apôtre Paul en Rom. 3:23, d’autant qu’on a plus l’habitude de les entendre que d’en saisir le sens. « Car tous ont péché, et n’atteignent pas à la gloire de Dieu ». La première partie de la phrase est simple ; mais qu’en est-il de la seconde ? Par le péché, l’homme a perdu sa place sur la terre ainsi que sa vie telle qu’elle était. Le problème est désormais de satisfaire à la gloire de Dieu, ou bien d’être jeté en enfer. Et ceci n’est résolu que par le Sauveur et Son œuvre à la croix pour rendre le pécheur propre pour la gloire céleste par la foi en Lui. Sinon, le pécheur se satisfait de lui-même, néglige un si grand salut et refuse le Sauveur qui le jugera au dernier jour. En vérité il n’atteint pas à la gloire de Dieu, tandis que le croyant se réjouit dans l’espérance de cette gloire. Sans le sang de Jésus, nous ne pouvons pas nous tenir par la foi devant la gloire de Dieu ; mais, sachant que Son sang purifie de tout péché, nous avons le droit de nous y tenir en esprit déjà maintenant, et ainsi de ne pas être de ceux qui n’atteignent pas à la gloire de Dieu. Nous sommes appelés par Sa propre gloire et par Son excellence.

Justifié gratuitement par Sa grâce par la rédemption qui est dans le Christ Jésus (Rom. 3:24), nous nous repentons envers Dieu, nous nous jugeons nous-mêmes, et (au lieu de nous reposer ici-bas sur nous-mêmes) nous avançons par la foi vers Celui qui est à la droite de Dieu, ayant par là le droit de nous glorifier, non plus en nous-même, ni en l’homme, ni dans le monde, mais dans l’espérance de la gloire de Dieu (Rom. 5:2). En attendant, nous sommes gardés par Sa puissance par la foi pour le salut y compris de nos corps en ce jour-là (1 Pierre 1:5). Mais c’est par Sa propre excellence (et pas la nôtre) et Sa propre gloire qu’Il nous a appelés, au lieu de donner licence aux aises, à l’honneur mondain ou à la jouissance naturelle. C’est ce qui fait que l’apôtre Paul décrit ainsi l’expérience juste du chrétien : « Et je regarde même aussi toutes choses comme étant une perte, à cause de l’excellence de la connaissance du christ Jésus, mon Seigneur, à cause duquel j’ai fait la perte de toutes et je les estime comme des ordures, afin que je gagne Christ, et que je sois trouvé en lui, n’ayant pas ma justice qui est de la loi, mais celle qui est par la foi en Christ, la justice qui est de Dieu, moyennant la foi »… « non que j’aie déjà reçu le prix ou que je sois déjà parvenu à la perfection ; mais je poursuis, cherchant à le saisir, vu aussi que j’ai été saisi par le Christ » (Phil. 3:8-12). Au lieu de demeurer comme l’homme non déchu le devait dans son premier état, il n’y a qu’une chose à faire : oubliant les choses qui sont derrière et tendant avec effort vers celles qui sont devant, je cours droit au but pour le prix de l’appel céleste de Dieu dans le christ Jésus » (Phil. 3:14).


3.4 - [Ch. 1:4]

L’apôtre se met ensuite à expliquer à fond ce que Dieu a accordé maintenant, non pas le royaume manifesté du Messie (car ceci est reporté au jour de Son apparition dans les nuées ​​du ciel avec puissance et une grande gloire), mais les très grandes et précieuses promesses, comme il les appelle, tandis que nous, nous L’attendons Lui, marchant par la foi, et non par la vue (2 Cor. 5:7). Car que sont, par comparaison, cette gloire terrestre et cette puissance promises à Israël sur la terre ? Nos promesses sont l’association avec Christ au ciel. En bref, une bénédiction d’un autre ordre et d’un ordre plus élevé est en route maintenant. Voilà ce que nous appelons le christianisme.


« par lesquelles il nous a donné les très-grandes et précieuses promesses, afin que par elles vous participiez de la nature divine, ayant échappé à la corruption qui est dans le monde par la convoitise.. » (2 - Pierre 1:4).


3.4.1 - [Les très grandes et précieuses promesses]

Ces paroles sont l’expression de poids d’une vérité particulièrement appropriée et nécessaire aux destinataires de l’épître ; mais elles ont une valeur permanente pour tous les saints depuis lors jusqu’à nos jours. « Lesquelles » se réfère à la gloire et à l’excellence de Dieu, sur lesquelles nous avons insisté, d’autant plus que la force est tout à fait perdue dans le texte grec ordinaire et dans la traduction anglaise courante [KJV]. Aucun niveau moindre ne convenait à Son appel. Il voulait que les appelés apprécient l’immense différence de cet objectif (la gloire et l’excellence de Dieu) par rapport à ce qui leur était familier en tant que Juifs sous la loi. Vivre longtemps sur la terre et être béni dans sa corbeille et dans sa huche (Deut. 28:5) était une perspective incomparablement inférieure ; et c’était même un terrain sans espoir, si on l’appliquait spirituellement à des créatures pécheresses comme ils étaient aux yeux de Dieu ; un tel ministère serait en effet un ministère de mort et de condamnation (2 Cor. 3:7,9). L’évangile proclame la grâce qui règne par la justice pour la vie éternelle par Jésus Christ notre Seigneur (Rom. 5:21) ; il est un ministère de l’Esprit et de justice, et même de la justice de Dieu, ce que nous devenons en Christ (2 Cor. 5:21). C’est pourquoi nous sommes toujours confiants, même en face de la mort et du tribunal de Christ, parce que Dieu nous mène pour le triomphe que nous connaissons en Christ (2 Cor. 2:14), et Il nous a déjà donné les arrhes de l’Esprit jusqu’à ce que nous aussi nous soyons glorifiés. Même la nouvelle alliance pour Israël sous le règne du Messie est tout à fait en deçà des relations célestes avec Christ que nous avons déjà.

Nous pouvons donc comprendre la ressource généreuse de Sa parole pour nous faire entrer intelligemment dans ce qu’Il nous a donné en accomplissant Son propos de grâce. Par Sa propre gloire et Son excellence, Il nous a assuré les très grandes promesses, bien plus élevées qu’aucune de celles données à Son peuple terrestre, Israël. Prenons un petit exemple de ce que l’apôtre lui-même avait dit au début de la première épître (1:3-5) : « Béni soit le Dieu et Père de notre seigneur Jésus Christ, qui, selon sa grande miséricorde, nous a régénérés pour une espérance vivante par la résurrection de Jésus Christ d’entre les morts, pour un héritage incorruptible, sans souillure, inflétrissable, conservé dans les cieux pour vous, qui êtes gardés par la puissance de Dieu par la foi, pour un salut qui est prêt à être révélé au dernier temps ». Dans le verset que nous considérons (2 Pierre 1:4), il ne répète pas ce que sont ces précieuses promesses proposées maintenant à la précieuse foi des chrétiens. Mais ce seul échantillon (1 Pierre 1:3-5) peut suffire à montrer un caractère général, en contraste avec les espérances terrestres ; or autrefois, ces espérances terrestres suffisaient à les remplir de satisfaction et d’orgueil au plus haut degré, et ont ainsi grandement contribué à leur incrédulité à l’égard du Messie.

Les promesses chrétiennes ne se prêtent nullement à la sentimentalité humaine ni à l’ambition mondaine. Nous pouvons facilement comprendre comment les Juifs pouvaient se réjouir charnellement en pensant à l’avance au jour prédit par Ésaïe (49:23) où des rois seront les pères nourriciers de Sion et les princesses païennes ses mères nourricières. Ils se prosterneront devant Sion, face contre terre, et lécheront la poussière de ses pieds. Alors les fils des étrangers bâtiront ses murailles, et leurs rois serviront Sion, et ses portes resteront ouvertes jour et nuit continuellement, pour lui apporter la richesse des nations, et leurs rois en cortège triomphal (És. 60:10-11). Car la nation et le royaume qui ne serviront pas Sion périront ; et ces nations seront certainement dévastées (És. 60:12). Tout chrétien peut facilement vérifier d’après les prophètes en général, qu’il est facile d’accumuler les visions rayonnantes de la gloire terrestre assurée à Israël converti et restauré, quand se lèvera le jour de l’Éternel. Mais ici aussi, une seule voix inspirée suffit sans aucun doute.


3.4.2 - [Participer à la nature divine. La vie éternelle. Ce qu’en disent les apôtres Jean, Paul et Pierre]

La chair dans son incrédulité et sa vanité parmi les chrétiens professants peut abuser de toute parole de Dieu. Or les très grandes et précieuses promesses offertes aux chrétiens ne fournissent, en elles-mêmes, aucune prise à l’action charnelle. Elles prévoient la venue du Seigneur et la transformation du corps de notre abaissement en la conformité du corps de Sa gloire. En ce jour-là, assurément, il ne pourra y avoir aucune perversion pour les chrétiens dans le ciel, ni pour Israël sur la terre, ni pour tous les justes sous le Messie et la nouvelle alliance. C’est maintenant que nous sommes exposés au danger, étant dans un monde mauvais régi par Satan, et avec la chair encore en nous. Or ces promesses nous ont été accordées par Dieu, dit l’apôtre, « afin que nous participions à la nature divine ». Car c’est dans l’exercice de Sa propre volonté que le Père des lumières nous a engendrés par la parole de la vérité (Jacq. 1:17-18).

Il ne s’est pas agi d’une simple opération, si excellente et puissante soit-elle, sur les pensées. Il y a eu cela, bien sûr. La conscience a été pénétrée et accablée par un sens juste de nos péchés et de notre état mauvais ; le cœur a été réellement exercé devant Dieu par Son amour manifesté en Christ et dans Son œuvre. Mais à côté de cela, une nouvelle nature a été communiquée, et ceci est tout à fait surnaturel dans son caractère. Nous sommes nés de Dieu, non seulement des fils par adoption, mais il nous a été donné le droit et la réalité d’être Ses enfants (Jean 1:12, 13). Tout au long de l’évangile de Jean, le dessein divin était de déclarer la vie éternelle dans le Fils de Dieu, de manifester son caractère en Lui-même et dans Ses voies et Ses paroles, mais aussi d’annoncer que cette vie, Il la donne d’autant plus nettement qu’Il a été rejeté par les Juifs et par l’homme — par le monde en un mot. De Jean 3 à 20 ceci est écrit avec plus de brillant que celui d’un rayon de soleil ; et si maintenant Il est renié par ceux qui autrefois se réjouissaient à cette lumière, cela ne peut être que par la puissance d’aveuglement de Satan.

Les saints de l’Ancien Testament avaient la vie dans le Fils ; ils étaient enfants de Dieu : sans cette vie, ils n’auraient jamais pu marcher par la foi et dans la fidélité comme ils l’ont fait, ni avoir part à la résurrection à Sa venue, ni ne pourraient régner avec Lui. Mais ce n’est que dans l’évangile de Jean que cette vie dans le Fils a été révélée comme une réalité connue, consciente et présente. Son privilège futur pour Israël converti et les brebis Gentils est clair (Ps. 133:3, Daniel 12:2, Matt. 25:46) ; mais alors et même avant, nous l’aurons, si nous sommes décédés, dans une résurrection pour le corps, comme maintenant nous l’avons dans nos âmes comme une certitude révélée et existante. Douter, obscurcir ou nier cette vérité fondamentale de christianisme vient du malin ; c’est lié à la fausse doctrine quant à la personne de Christ, et plus ou moins à la perte de presque toute la vérité caractéristique du chrétien et de l’église.

Cette vie dans le Fils ne dépend pas seulement de l’expression « vie éternelle », ni de l’évangile et de la première épître de Jean — là où on trouve la révélation de cette expression bénie que certains voudraient réduire jusqu’à l’éteindre. L’apôtre Paul parle en substance du même don de grâce avec d’autres formes de langage adaptées à la portée donnée à son enseignement. Regardons seulement l’épître aux Romains, bien que d’autres soient tout aussi claires et abondantes. Il nous parle de la vie dans le futur (Rom. 5:17, 21), mais aussi de la « nouveauté de vie » dans laquelle nous devrions marcher maintenant (Rom. 6:4) ; il nous commande de nous compter comme vivants à Dieu dans le Christ Jésus tandis que nous sommes ici-bas, et de nous livrer à Dieu, comme d’entre les morts, étant déjà faits vivants (Rom. 6:11, 13). Dans Rom. 7:4 il dit à ceux qui connaissent la loi qu’ils ont été rendus morts à la loi par le corps de Christ, pour être à Un Autre, à Celui qui est ressuscité d’entre les morts, afin qu’ils puissent porter du fruit pour Dieu — ce qui est une impossibilité sans la vie en Christ, servant aussi en nouveauté d’esprit et non pas en vieillesse de lettre. Nier qu’une telle vie soit éternelle, serait s’en tenir à la lettre dans la manière d’exposer, même si le terme de vie éternelle n’est pas employé. Et encore en Rom. 8:2 : la vie dans le Christ Jésus est-elle quelque chose d’autre que la vie éternelle ?

Sans doute dans la chrétienté, et dans la plupart des milieux évangéliques, il y a la plus grande faiblesse quant à la réalité de la vie spirituelle communiquée maintenant au croyant. Il en résulte une tendance dangereuse, soit à l’amélioration du vieil homme, soit à un misérable vide, comme si nous n’avions que la chair, et l’Esprit de Dieu seulement pour guider et réprouver selon le besoin. C’est une triste perte de méconnaitre Christ en nous, Christ comme la vraie vie du saint, tandis que la vie adamique déchue est le partage de toute la race.


3.4.3 - [Ayant échappé à la corruption]

C’est ce qui est impliqué par la « nature divine » dont parle Pierre et dont il dit que les saints en sont devenus participants par le moyen des promesses divines que Dieu leur a accordées, — « ayant échappé à la corruption qui est dans le monde par la convoitise », la source du mal. Il ne parle pas de la vie éternelle comme il a été donné à Jean de faire, ni de la mort et de la résurrection avec Christ comme Paul ; mais il présente le résultat moral, inséparable de la vérité comme chacun d’eux la présente ; il est aussi important que le croyant saisisse ce résultat et entre dans sa jouissance. Pierre parle donc du même privilège au fond [que les apôtres Jean et Paul] en ce que les saints participent à la nature divine, ou la possèdent en commun, et qu’il s’y joint la bénédiction morale « d’avoir échappé à la corruption qui est dans le monde par la convoitise ». Le premier raccourci [participant de la nature divine] se rapporte plutôt au caractère divin dans lequel le croyant entre pour former sa pratique jour après jour ; l’autre raccourci [ayant échappé à la corruption…] se rapporte plutôt au côté négatif du mal et au danger auxquels la grâce a donné aux saints d’échapper par la foi : ces deux raccourcis tombent parfaitement dans la ligne de vérité sur laquelle l’apôtre aime s’appesantir. Jean se plait à témoigner de sa source en Christ le Médiateur ; Paul aime insister sur l’association avec Celui dont l’œuvre confère au croyant la délivrance non seulement des péchés, mais du péché ; il aime aussi insister sur les conseils éternels de Dieu pour la gloire céleste avec Christ, et insister sur Sa puissance présente par l’Esprit qui devrait opérer dans l’homme intérieur pour faire plus que tout ce que nous demandons ou pensons (Éph 3:20).


3.4.4 - [Lien entre les diverses expressions ou vérités des versets 1 à 4]

Nous avons vu avec quel soin l’apôtre a été conduit dès le début à faire ressortir le caractère distinctif du christianisme dans sa manière d’agir avec les âmes. Ce n’était désormais plus la loi, comme ils l’avaient connue, exigeant de la cohérence avec les obligations envers le Dieu d’Israël ; cette loi s’adressait à un peuple dans la chair déjà formé et reconnu, et dirigé par une sacrificature divinement nommée, dont le rôle était de les maintenir en accord avec l’alliance légale qui les mettait à l’épreuve pour savoir s’ils pourraient se tenir sous Ses yeux. Le résultat fut non seulement l’idolâtrie, mais le rejet de leur propre Messie, le Juste (Jacq. 5:6) et, comme Il le leur a annoncé, le résultat continuera avec la réception de l’antichrist lors de la consommation du siècle, et la destruction de cette génération avec lui (Jean 5:43 ; la consommation du siècle est l’achèvement de l’époque ; l’antichrist est « l’homme de péché », 2 Thes. 2:3). L’évangile est fondé sur le principe entièrement différent de la grâce souveraine ; un autre caractère des choses s’ensuit et les résultats sont en contraste manifeste. L’évangile s’adresse aux Juifs et aux Gentils, pareillement coupables et perdus. Il les appelle, par la foi en Christ, au Dieu qui nous a réconciliés avec Lui-même (2 Cor. 5:18-19) par Celui qu’Il a fait péché pour nous (alors qu’Il était sans péché), afin que nous devenions justice de Dieu en Lui (2 Cor. 5:21). C’est pourquoi le ministère de la réconciliation est là pour gagner les âmes pécheresses par la grâce salvatrice de Dieu ; et le ministère de l’église est là pour nourrir et guider les saints dans la vérité et par toute la vérité, – Christ étant le grand Sacrificateur, l’Avocat et la Tête, etc., et les sauvés sont faits rois et sacrificateurs, maintenant en droit et en jouissance, plus tard de manière publique dans ce qui sera le jour de gloire.

C’est la raison pour laquelle l’accent est mis ici d’une part sur le fait qu’ils avaient reçu une foi de pareil prix (1:1-2), et d’autre part (1:3-4) sur la connaissance de Celui qui avait appelé par Sa propre gloire et Son excellence, par lesquelles il avait donné les très grandes et précieuses promesses ; or ces promesses allaient bien au-delà de celles faites à Israël de sorte que, par elles, ils pouvaient devenir participants de la nature divine, ayant échappé à la corruption qui est dans le monde par la convoitise. Car Pierre insiste toujours sur des réalités morales claires. Pour celles-ci, les ordonnances ou institutions ne servent à rien. Dans le christianisme, il y a et il doit y avoir

Car il n’y a en effet ni énergie ni mérite de notre part, mais Sa divine puissance nous a donné tout ce qui regarde la vie et la piété. La foi est le moyen approprié.


3.5 - [Ch. 1:5-7]

Pourtant, il y a besoin de beaucoup plus de notre part, et c’est ce que l’apôtre se met à faire valoir. Une nature divine requiert une abondance de soin et de zèle pour pouvoir se développer ; du fait que sa source et sa plénitude sont en Christ, et du fait qu’elle nous est communiquée et révélée par la Parole sous l’action de l’Esprit, elle est formée en tout ce qui lui convient, par la nourriture, l’exercice, les buts et les objets requis.


« pour cette même raison aussi, y apportant toute diligence [Darby : empressement], joignez à votre foi la vertu, et à la vertu la connaissance, et à la connaissance la tempérance, et à la tempérance l’endurance [Darby : la patience], et à l’endurance [Darby : la patience] la piété, et à la piété l’affection fraternelle, et à l’affection fraternelle l’amour ».


3.5.1 - [pour cette même raison… : appel à la diligence ou empressement]

Il est évident que l’apôtre insiste ici sur la réalité expérimentale chez les saints. Au lieu de « pour cette même raison », la version autorisée anglaise (KJV) énonce « et à côté de cela », mais cela ne donne pas la vraie force du passage. Il s’agit en réalité d’un appel énergique pour ce qui est dû à la grâce de Dieu qui a communiqué la bénédiction éminente d’être participant d’une nature divine par la foi dans Ses très grandes et précieuses promesses. La puissance et la certitude de la grâce divine font comprendre, même à un esprit charnel, qu’on doit normalement trouver chez le croyant une décision de cœur sérieuse et pratique. Or l’Écriture va plus loin dans l’argument, et elle met en garde contre la paresse et le laisser-aller, et elle appelle à une diligence assidue de toute part. Voilà la raison exacte pour laquelle, en plus de ce qu’ils avaient déjà, ils avaient à exercer la diligence à tous égards.

C’est ainsi que le salut, selon le point de vue qui a été donné à Pierre, n’est pas considéré comme complet en Christ (comme en Éph. 2:8 ; 2 Tim. 1:9 ; Tite 3:5), mais plutôt comme un processus qui se poursuit jusqu’au bout du voyage à travers le désert (comme en Romains, Corinthiens, Philippiens et Hébreux, etc.). Ce sont des aspects distincts de la vérité, aussi vrais l’un que l’autre, quoique pas aussi élevés l’un que l’autre, mais tous deux sont très importants à retenir et à distinguer. Car c’est notre privilège comme croyants adultes, ou « parfaits » dans ce sens particulier, de jouir de la certitude sans nuage et de l’encouragement d’un salut si complet que nous sommes, non seulement vivifiés ensemble avec Christ, mais ressuscités ensemble et assis ensemble dans les lieux célestes en Lui. Pour cela, nous devons nous tourner vers les dernières épîtres de l’apôtre Paul. Comme croyants adultes (pleinement développés) nous n’avons pas moins à travailler à notre propre salut avec crainte et tremblement ; car c’est Dieu qui opère en nous le vouloir et le faire selon Son bon plaisir (Phil. 2:12-13), avec le prix en vue reçu au moment de Sa venue en tant que Sauveur, pour rendre le corps de notre abaissement conforme à Son corps de gloire (Phil. 2 et 3 ; 3:21).

Nous sommes déjà par grâce participants d’une nature divine ; mais nous sommes encore dans un corps qui n’est pas encore racheté et nous traversons un monde de corruption sous l’effet de la convoitise. Et nous, qui sommes dans cette tente (tabernacle), nous gémissons (ou : soupirons), nous sommes chargés, mais non pas comme quand nous étions autrefois dans la servitude, mais du fait que nous sommes seulement libérés (ou : affranchis) en esprit et que nous devons encore attendre l’adoption pleinement, la rédemption de notre corps (2 Cor 5, Rom. 8). Il faut donc, en attendant, faire preuve de toute diligence en face du monde, de la chair et du diable. Il ne s’agit pas seulement de notre faiblesse et d’une position où nous sommes exposés au danger si nous ne veillons pas dans la prière, ou si, en quelque mesure, nous ne tenons pas compte de la Parole ; car nous appartenons au Père et au Fils, et nous sommes tenus de rendre le témoignage d’une bonne confession par le Saint Esprit, en paroles et en actes.


3.5.2 - [joindre la vertu]

Il est supposé que tous les destinataires de l’épître avaient la foi, et il ne leur est donc pas dit de l’étoffer. Mais pour que nous puissions être formés spirituellement, ou croître dans la grâce et la connaissance de notre Seigneur et Sauveur Jésus Christ, comme il est dit plus loin, nous sommes exhortés ici non pas à « ajouter » à notre foi, mais à « y joindre » la vertu, ou courage spirituel devant un monde hostile. Phil. 4:8 a été cité en vain pour s’opposer à ceci : qu’il s’agisse de valeur morale ou de vigueur spirituelle, c’est tout autant le sens en Phil. 4 qu’ici en 2 Pierre 1. Un sens plus vague affaiblirait les deux textes. C’est la première des sept qualités requises ici comme nécessité et puissance pratiques. Le chrétien rencontre des occasions urgentes pour toutes ces qualités, n’importe quand tous les jours — de sorte que nous n’avons pas à concevoir un progrès de l’une à l’autre par étapes successives, même si l’ordre a été donné ici avec sagesse par la puissance de Celui qui a inspiré l’auteur. Il y a une élévation perceptible de l’une à l’autre de ces qualités quant à leur caractère ; mais chacune d’elle doit en principe marquer plus ou moins le croyant du début à la fin, bien qu’ici, celui-ci soit appelé, et c’est très frappant, à se les approprier toutes pratiquement.

Il est certain que le plus jeune des saints trouve rapidement la valeur qu’il y a à joindre la vertu ou puissance morale à sa foi. Il a besoin de soutenir la foi, afin de ne pas s’écarter de son aptitude de né de nouveau à voir les choses dans la lumière de Dieu, au lieu de se servir de la lumière de ses propres yeux ou de celle des autres hommes. Le Seigneur Lui-même, après avoir été reconnu divinement comme le Fils de Dieu, a été conduit au désert pour être tenté par le diable ; il en va de même pour chacun de ceux qui sont fils de Dieu par la foi en Jésus Christ. Nous aussi, à notre mesure, nous sommes mis à l’épreuve et nous avons besoin de courage pour résister à l’adversaire, pour tenir ferme dans la foi et pour être soumis à l’Écriture. La confession de foi fait qu’on devient tout de suite une cible des attaques de Satan. Or nous avons à appliquer l’Écriture au moment opportun. Pour l’enfant, ce peut être le pur lait de la Parole ; or c’est justement la nourriture qui va lui permettre de grandir jusqu’au salut. Pour ceux qui ont atteint l’âge adulte, ce peut être plutôt de la nourriture solide. En tout cas le moyen de grandir jusqu’à Christ en toutes choses, ce n’est pas juste le pain issu du travail de l’homme, mais c’est la révélation de Dieu. « L’homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu » (Matt. 4:4). Sa parole vivifie. Elle révèle Christ comme Celui qui donne la vie, et elle associe ainsi immédiatement l’âme vivifiée à Dieu Lui-même.


3.5.3 - [joindre la connaissance]

Il est clair que la vigueur spirituelle n’est pas tout. La connaissance est nécessaire aussi bien que le courage. L’Écriture la fournit de manière fiable, et dans le Nouveau Testament, elle fournit à la fois directions et instructions en abondance et avec précision : c’est le privilège des chrétiens. Quelle belle scène que celle de Luc 2 où notre précieux Seigneur, à douze ans, était assis au milieu des maîtres juifs, les écoutant et leur posant des questions, tandis que tous ceux qui L’entendaient étaient étonnés de Son intelligence et de Ses réponses ! Il était un vrai homme aussi bien que Dieu, avançant en sagesse et en stature, et en faveur auprès de Dieu et des hommes. En tant que participants de la nature divine, nous avons une nouvelle capacité venant d’en haut ; et de plus, nous avons reçu non pas l’esprit du monde, mais l’Esprit qui est de Dieu, afin que nous connaissions les choses qui nous ont été données librement par Dieu (1 Cor. 2:12). Il y a donc une plénitude de ressources pour répondre à ces besoins, et rien n’excuse l’ignorance des choses divines chez les chrétiens. L’homme naturel, animé par son âme, ne reçoit pas les choses de l’Esprit de Dieu, car elles sont une folie pour lui ; et il ne peut pas les connaître, car elles se discernent spirituellement. Mais l’homme spirituel discerne toutes choses, et lui n’est discerné par personne. Car qui a connu la pensée du Seigneur pour l’instruire ? Mais nous avons la pensée de Christ (1 Cor. 2:14-16). Combien ce privilège permanent du chrétien est merveilleux et pourtant vrai !


3.5.4 - [joindre la tempérance]

« À la connaissance » se joint la « tempérance » ou la maîtrise de soi. La connaissance, si précieuse soit-elle, risque d’enfler et d’engendrer des conflits ; et en elle-même, elle n’est qu’une piètre protection contre la convoitise, la rancune ou la passion. C’est pourquoi il faut absolument faire preuve de retenue. Il n’y a pas de loi contre un tel garde-fou : c’est plutôt un garde-fou tranquille contre l’enflure, qui préserve contre la faute du diable [l’orgueil], ainsi que contre son piège et contre l’opprobre. À aucun moment nous n’avons davantage besoin de veiller que lorsque nos sentiments sont gravement blessés. Car ils ne font que nous aveugler sur le caractère de toute impulsion hâtive et ils nous poussent à sacrifier au Moi toute considération chrétienne. Or nous sommes obligés de nous méfier de cela. C’est exactement ce qui n’a jamais agi en Christ, en aucun cas ni à aucun degré. Christ s’est toujours incliné devant Son Père en acceptant de Lui le pire affront, le pire déshonneur et le pire mépris venant de ceux parmi lesquels Il était en train de faire du bien, surtout de la part du peuple de Dieu dans son incrédulité.

Il ne fait aucun doute que la douleur est plus profonde si notre épreuve provient de Ses enfants, et plus aigüe si elle vient de ceux en qui nous avons eu une confiance et une estime particulières. Mais l’important pour l’âme, et surtout pour Dieu, n’est pas ce qu’un tel a fait ou a dit (de peur que cela ulcère puis enflamme), mais moi, suis-je au-dessus de tout cela par grâce ? Suis-je retenu non pas par moi-même, mais par Christ opérant en moi ? Cela rend capable de ne pas ruminer ce qui provoque, mais de penser aux choses aimables et à celles qui sont de bonne renommée (Phil. 4:8), et cette chaleur de notre côté nous fait oublier. Si d’autres trébuchent, est-ce que je manifeste Christ ?


3.5.5 - [joindre l’endurance, ou patience]

Or il y a la souffrance pour la justice, si ce n’est pour le nom de Christ, et elle n’est jamais loin en distance ou en temps du chemin du chrétien ; il y a donc besoin de maîtrise de soi pour fournir de « l’endurance » [JND : patience]. Le croyant chrétien ne doit pas trembler s’il est appelé à souffrir à tort. Combien il est indigne de s’en plaindre, même si c’est naturel de le faire ! Mériter de souffrir procurerait-il une satisfaction quelconque ou un quelconque soulagement réel ? « Car il vaut mieux, si la volonté de Dieu le voulait, souffrir en faisant le bien, qu’en faisant le mal » (1 Pierre 3:17). « Mais si quelqu’un souffre en tant que chrétien, qu’il n’en ait pas honte, mais qu’il glorifie Dieu en ce nom » (1 Pierre 4:16). Oui, les croyants ont besoin d’endurance. Alors ayons cette « maîtrise de soi » qui met un frein, silencieux mais nécessaire, sur nous-mêmes et sur tous les caprices de la propre volonté ; elle fournit « l’endurance » en face de tous les torts infligés par autrui. Cela ne s’oppose pas à avoir de la réserve, et c’est tout à fait compatible avec la réprimande ouverte d’un saint qui fait ainsi fausse route.


3.5.6 - [joindre la piété]

Un autre besoin de poids au moins égal ou plus important que le précédent est ensuite indiqué : « à l’endurance [joignez] la piété ». Quoi de plus important pour l’âme que de préserver les liens de révérence et d’affection, de dépendance et d’obéissance dans un exercice constamment renouvelé avec Dieu et notre Seigneur Jésus ! Or le danger des préoccupations terrestres est grand, à cause de la pression du travail, sans parler du train de notre époque, de la tromperie des richesses, de la déception de ce qu’on perd, de la convoitise de ce qu’on n’a pas. Ici, il nous est rappelé de donner à la piété une place permanente. Se confier à Lui, se plier implicitement à Sa volonté dans l’assurance que c’est ce qui est le mieux, — tout cela est d’autant plus béni quand la pression des persécutions met à l’épreuve notre endurance. Car en effet, Lui est bon, et fait du bien ; Il a surmonté le mal chez nous par Son bien (Sa bonté), et Il nous fortifie pareillement pour ne pas être surmontés par le mal, mais pour surmonter le mal par le bien (Rom. 12:21). Si nous ne savons pas ce qu’il faut demander comme il convient (Rom. 8:26), nous savons que toutes choses concourent au bien de ceux qui aiment Dieu (Rom. 8:28). Une vraie piété le ressent, c’est certain. Dans le même but, il commandait dans la première épître (1 Pierre 3:14, 15) de ne pas craindre les craintes du monde et de ne pas être troublés, mais de sanctifier dans nos cœurs Christ comme Seigneur, comme Lui avait toujours eu l’Éternel devant Lui (Ps. 16:8).


3.5.7 - [joindre l’affection fraternelle]

Ensuite, il nous est rappelé que rendre à Dieu ce qui Lui est dû, n’ôte rien à « l’affection fraternelle », mais au contraire l’encourage et la guide ; car ce qui convient à la piété et qui est nécessaire pour qu’elle soit excellente, c’est d’y joindre l’exercice de grâce de « l’affection fraternelle ». Comme l’écrivait l’apôtre Paul à cet égard à ses chers Thessaloniciens récemment convertis : « Vous-mêmes, vous êtes enseignés de Dieu à vous aimer l’un l’autre ; car aussi c’est ce que vous faites à l’égard de tous les frères qui sont dans toute la Macédoine ; mais nous vous exhortons, frères, à y abonder de plus en plus » (1 Thes. 4:9-10). Cependant l’affection fraternelle a ses limites à cause de sa nature et de ses objets ; car elle n’est pas Dieu, et elle peut souvent laisser entrer ce qui Le met dehors. Ainsi, les frères glissent trop souvent dans un mal d’une sorte ou d’une autre ; et si on insiste sur l’affection fraternelle (comme c’est courant) comme étant le sommet de l’amour, quel tort cela cause aux saints ! et quel déshonneur pour le Seigneur et la vérité !


3.5.8 - [joindre l’amour]

C’est pourquoi remarquez la sagesse divine et le profit pour nous, en ce que l’apôtre ne confond pas l’« amour » et l’affection fraternelle, mais il les distingue bien ; car il termine par l’exhortation à joindre l’amour à l’affection fraternelle. Il ne pouvait pas s’élever plus haut que l’amour, car non seulement l’amour est de Dieu, mais Dieu est amour. Il est de toute importance qu’à l’affection fraternelle nous joignons cet amour qui est de Dieu et qui est Dieu. Rien ici ne démontre plus l’état misérable de la chrétienté que le chœur des commentateurs qui ne pensent à rien au-delà de l’affection fraternelle, sinon à l’amour pour tous les hommes, y compris les ennemis, et qui négligent la source et la puissance de tout bien. Ainsi font Alford et Wordsworth, Bloomfield, Webster et Wilkinson, etc., représentent la plupart des nuances de la théologie moderne ; les anciens, pour autant qu’on sache, ne valent pas mieux.


3.5.9 - [différence entre l’amour et l’affection fraternelle selon Calvin]

Les remarques de Jean Calvin sont singulièrement maigres pour passer en revue le beau cercle de vérité qui nous est donné ici. Il laisse la vertu et la connaissance en peu de mots pour se tourner vers l’affection fraternelle, et n’a rien à dire de plus sur l’amour que « Caritas latius patet, quia totum humanum genus complectitur » (« L’amour s’étend plus largement, car il embrasse toute la race humaine »). Ceci suffit pour représenter l’état des pensées des Réformateurs, dont Calvin a été considéré comme le principal auteur d’exposés. C’est tout à fait défectueux et erroné, car une telle vue fait perdre ce que l’un d’eux appelle « le couronnement de la vertu chrétienne ». Certes ce n’est pas monter vers une apogée seyante, mais c’est une descente depuis le caractère profond et fidèle d’une affection spéciale envers une sainte fraternité jusqu’à l’amour universel et bienveillant pour les hommes en tant que tels. Il parle comme l’auteur de Saturday Evening, ch. 12, qui était beaucoup trop humanitaire.


3.5.10 - [différence entre l’amour et l’affection fraternelle selon l’apôtre Paul]

Au contraire, il y a une élévation immense et bénie depuis l’affection, si haute soit-elle, vers « l’amour » dans sa plénitude de nature. C’est ainsi que parle l’apôtre Paul qui a beaucoup communiqué à son frère (Pierre) apôtre de la circoncision pour l’écriture de ses deux épîtres, et dans son épître aux frères de Galatie après avoir exercé envers eux « des entrailles de miséricorde, de bonté, d’humilité, de douceur, de longanimité » (Col. 3:12) avec un esprit de support et de pardon. « Et par-dessus toutes ces choses, l’amour qui est le lien de la perfection » (Col. 3:14), comme il écrivait plus tard aux Colossiens.


3.5.11 - [élévation de l’amour selon Dieu — quelques citations de l’apôtre Jean]

Nous n’avons pas besoin non plus de citer les épîtres de Jean, aussi riche que soit leur apport de preuves dans le même sens. La raison aussi est assez simple. La nature de Dieu dans son énergie active d’amour est le complément de tout, et en même temps le standard qui nous fortifie contre tous les maux. L’amour, tel qu’il est connu en Dieu, dont Christ est la pleine expression, tout en étant nécessairement la plus expansive des affections, maintient tout Son caractère intact, refuse tout sacrifice de Ses droits qui servirait à tolérer ou pallier la faute ou l’erreur d’un frère ; l’amour s’élève à sa pleine hauteur en Dieu.

Combien cela se trouve de manière profonde et merveilleuse en Dieu qui a donné Son Fils unique et bien-aimé pour que nous, perdus et morts, nous vivions par Celui qui a été envoyé dans le monde avec la vie éternelle en Lui-même pour tous ceux qui croient ! oui, Il a été envoyé pour être la propitiation pour nos péchés, afin que soit effacé pour toujours le mal en nous, — ce mal qui est intolérable pour Lui, et une source de douleur et d’horreur pour nous ! Ce n’est pas pour que nous L’aimions ensuite, mais Lui nous a aimé à l’extrême : c’est pourquoi nous L’aimons Lui dont l’amour parfait chasse la crainte (1 Jean 4:18). Nous aimons parce que Lui nous a aimés le premier (1 Jean 4:19). Dieu est amour ; et celui qui demeure dans l’amour demeure en Dieu, et Dieu en Lui (1 Jean 4:16). Ainsi l’amour donne sa meilleure force, mais aussi sa sauvegarde préservatrice à l’affection fraternelle — tandis qu’il a sa portée la plus haute et la plus profonde selon sa source, sa nature et son caractère divins. « Bien-aimés, si Dieu nous aima ainsi, nous devons nous aimer l’un l’autre » (1 Jean 4:11) ; mais il ne dit jamais que nous « devons » aimer Dieu ; car c’est ce que nous faisons, si nous sommes effectivement appelés selon Son propos (Rom. 8:28). Il peut être parfois difficile d’aimer un frère quand il est détestable : mais nous aimons toujours Dieu. Cela ne nous dit-il pas ce qu’il faut laisser de côté ?

Il peut être intéressant pour certains de savoir que le trop célèbre évêque Warburton a prêché un sermon sur ces trois vers, intitulé « l’édification de la justice évangélique » (Œuvres, V, 123-143, 4to, 1788). Mais aussi capable fut-il dans son style particulier, et laissant quand même une forte impression de la sagesse divine de ces versets, il est vicié par son ignorance de la grâce et de la vérité, au point qu’il tient pour acquis que le Nouveau Testament, ici comme ailleurs, se réfère à ce que la Religion de la Nature ( !) enseigne concernant la vertu par exemple.


3.6 - [Ch. 1:8-9]

L’apôtre fait valoir l’importance de la diligence à laquelle il avait exhorté les saints par une double considération exprimée aux v. 8 et 9 :


« Car si ces choses sont en vous et y abondent, elles font que vous ne serez pas oisifs ni stériles pour ce qui regarde la connaissance de notre Seigneur Jésus Christ ; car celui en qui ces choses ne se trouvent pas est aveugle, et ne voit pas loin, ayant oublié la purification de ses péchés d’autrefois ».


3.6.1 - [1:8a — si ces choses sont en vous]

Ces diverses qualités, énoncées dans le bon ordre, étaient toutes requises pour le caractère chrétien. Le disciple n’est pas au-dessus de son maître, ni l’esclave au-dessus de son seigneur (Matt. 10:24). Le chrétien suit Christ et il est Son témoin dans le chemin de tous les jours. L’apôtre Paul, rappelant les saints de Corinthe à l’obéissance, leur dit : « Vous êtes, vous, notre lettre, écrite dans nos cœurs, connue et lue de tous les hommes ; car vous êtes manifestés comme étant la lettre de Christ, dressée par notre ministère, écrite non avec de l’encre, mais par l’Esprit du Dieu vivant, non sur des tables de pierre, mais sur les tables de chair du cœur » (2 Cor. 3:2-3). La nouvelle nature divine n’imite pas des aspects extérieurs de la convenance morale, mais elle regarde Christ objectivement, ce qui opère intérieurement en trouvant de la joie dans Sa perfection. La nouvelle nature participe donc à tout ce qui plaît à Dieu, et elle est particulièrement vigilante là où une conscience éveillée a ressenti et jugé un manquement particulier. Nous lisons donc ici : « Si ces choses sont en vous… » (1:8). La vie divine opère énergiquement dans toutes les bonnes directions.


3.6.2 - [1:8a — et y abondent]

Mais l’apôtre a été conduit à rechercher davantage. Il insiste pour que ces choses [la liste des qualités requises] « abondent » ; or c’est ce qui se passe là où Christ habite dans le cœur par la foi. Sans doute les paroles de Éph. 3:17 vont immensément plus loin ; mais Christ est et doit être la source et la force du cœur pour tout ce qui est agréable à Dieu. L’exercice du cœur dans la pleine confiance de l’amour de Christ favorise la croissance dans ce qui est bon. Ces choses ne sont donc pas seulement ce qui permet au chrétien de réellement subsister, mais aussi d’abonder par le fait de dépendre de Sa grâce. Les difficultés ne nous distraient pas, si au lieu de nous en occuper intensément, nous sommes assez simples pour rejeter le fardeau sur Lui qui prend soin de nous, et prend plaisir à entendre le cri de la confiance de la foi en Lui, et donne Sa propre paix pour garder nos cœurs et nos pensées par le christ Jésus (1 Pierre 5:7 ; Jean 14:27 ; Phil. 4:7). Si jamais nous sommes ainsi affligés, la nouvelle nature, tout en n’épargnant aucunement notre moi ou celui des autres, nous donne de nous tourner vers les occupations qui lui sont propres, c’est-à-dire ce qui est pur, vrai, noble, juste, aimable et de bonne renommée (Phil. 4:8-9) ; elle donne de penser à ces choses, plutôt que d’être occupé du mal, quand ce n’est pas un devoir positif.


3.6.3 - [1:8b — elles font que vous ne serez pas oisifs ni stériles]

Quel est l’effet de toutes ces choses ? Elles « font que ne vous serez pas oisifs ni stériles (ou : infructueux) pour ce qui regarde la connaissance de notre Seigneur Jésus Christ ». La version autorisée a traduit, à tort, « stérile et infructueux » au lieu de « oisif et stérile ». Cela a conduit beaucoup de lecteurs et de prédicateurs à imaginer quelle pourrait être la différence entre « stérile » et « infructueux ». Mais il n’y a pas lieu d’introduire du doute ou quelque difficulté.

Si les caractéristiques pratiques du christianisme abondent chez les saints, ils ne seront ni oisifs ni infructueux. Combien il est indigne d’être oisif, en particulier du fait qu’on est dans une relation si bénie et du fait que cette relation est possédée par la grâce d’une nouvelle nature si excellente, qui repousse tout ce qui est mauvais ! Combien il est indigne d’être sans fruit si on fait partie des branches du Vrai Cep que le Père émonde pour qu’elles portent plus de fruit (Jean 15:2 ; 1 Pierre 1:17) ! « En ceci mon Père est glorifié, que vous portiez beaucoup de fruit ; et vous serez mes disciples » (Jean 15:8). Ainsi, l’apôtre Paul prie pour les fidèles Philippiens afin qu’ils soient purs et sans broncher jusqu’au jour de Christ, « étant remplis du fruit de la justice qui est par Jésus Christ à la gloire et à la louange de Dieu » (Phil. 1:10-11).


3.6.4 - [1:8b — pas oisifs ni stériles pour ce qui regardent la connaissance de notre Seigneur Jésus Christ]

La sainteté de la nouvelle nature rend tout péché haïssable aux yeux du croyant. Mais comme la chair est encore en nous, et prête à être active et à se manifester, il y a la nécessité constante de la prière et du jugement de soi appliquant la parole avec vigilance. La relation avec des frères réclame sans cesse que nous ne fermions jamais les yeux sur le péché, mais que nous l’ayons en horreur dans l’affection fraternelle, et encore plus fortement dans l’amour qui nous fortifie pour garder Ses commandements et pour réprimander la désobéissance et toute iniquité d’un frère. Et si nous sommes attachés de tout cœur au Seigneur, pouvons-nous être insensibles à tous les humains qui nous entourent et qui restent, comme nous l’étions autrefois, inintelligents [JND insensés], désobéissants, asservis à diverses convoitises et voluptés, vivant dans la malice et dans l’envie, haïssables et nous haïssant les uns les autres (Tite 3:3) ? Si nous sommes oisifs pour confesser sincèrement, selon notre mesure, la grâce du Dieu Sauveur dans l’évangile, nous ne pouvons qu’être stériles (sans fruits) « pour ce qui regarde la connaissance de notre Seigneur Jésus Christ ». Où est alors notre cœur pour Dieu et pour Son Fils, pour les saints et pour les pécheurs ? Dans quel but sommes-nous laissés, depuis notre délivrance, dans un monde tel que celui-ci ? N’est-ce pas pour que Dieu soit glorifié en toutes choses, en ce qui concerne Ses enfants, par Jésus Christ, à qui est la gloire et la puissance aux siècles des siècles, Amen (1 Pierre 4:11) ?


3.6.5 - [1:9a — celui en qui ces choses ne se trouvent pas est aveugle]

Mais l’autre côté est noté ensuite, et il est bon d’en tenir compte. « Car celui en qui ces choses ne se trouvent pas est aveugle ». Quelle tristesse qu’un tel signalement soit appliqué à quelqu’un qui porte le nom du Seigneur ! Pierre, dans sa première épître (1:8), n’avait-il pas présenté les chrétiens comme aimant Celui qu’ils n’avaient pas vu, et croyant sans Le voir, et pourtant ils exultaient d’une joie ineffable et glorieuse ? Ils n’avaient pas une vision naturelle, mais surnaturelle dans la merveilleuse lumière de Dieu. Quelle déchéance des privilèges divins quand on est « aveugle », ou même myope (= qu’on ne voit pas loin) ! C’est le manque de perception spirituelle par la négligence de la communion avec Dieu, c’est le résultat d’une habitude d’indifférence et d’égoïsme, amenant à attrister l’Esprit et au manque de considération pour Christ.


3.6.6 - [1:9b — et ne voit pas loin (est myope)]

Ceci est expliqué par le mot qui suit : « myope » ou « qui ne voit pas loin ». Les choses éloignées, les choses célestes, ne sont plus les objets devant les yeux du cœur. Ainsi, les choses qui sont proches et devant tous les humains absorbent l’esprit. C’est un esprit mondain activement à l’œuvre pour les choses du monde, et non pas celles que le Père aime. Parce que tout ce qui est dans le monde, la convoitise de la chair, la convoitise des yeux, et l’orgueil de la vie, n’est pas du Père, mais est du monde, selon l’avertissement de l’apôtre Jean (1 Jean 2:16). Le monde passe, et sa convoitise ; mais celui qui fait la volonté de Dieu demeure éternellement (1 Jean 2:17). La connaissance de notre Seigneur Jésus Christ est entravée et sa puissance de séparation est annulée si nous regardons, non pas aux choses invisibles, mais aux choses visibles ; car les choses qui se voient sont pour un temps, mais celles qui ne se voient pas sont éternelles (2 Cor. 4:18).


3.6.7 - [1:9c — ayant oublié la purification de ses péchés d’autrefois]

Une autre perte immense s’ensuit : « ayant oublié la purification de ses péchés d’autrefois ». Ce n’est pas ici une âme qui nie la vérité de l’évangile, ou qui s’oppose à sa justification par la foi en Christ et en Son œuvre. Mais la jouissance de la paix avec Dieu a disparu. Car l’Esprit Saint, au lieu de rendre un témoignage présent à son esprit qu’il est un enfant de Dieu, témoigne de son incohérence et de son état mauvais. La doctrine, si certaine et si vraie, que les vrais adorateurs, une fois purifiés, n’ont plus aucune conscience de péchés, cesse d’être sa joie et est oubliée (Héb. 10:2). Sa conscience n’est pas claire, mais troublée quant à son état, au lieu d’être confiante et d’avoir une pleine liberté devant Dieu (Héb. 10:19). Jusqu’à ce qu’il se soit complètement jugé lui-même, il sent, quand il réfléchit, que son propre cœur le condamne ; et si c’est le cas, combien plus Dieu doit-Il le faire, Lui qui est plus grand que notre cœur, et qui sait tout ! (1 Jean 3:20).

N’est-ce pas dans ce devoir et dans ce sens qu’il encourt l’oubli de la purification de ses péchés d’autrefois ? Ce n’est pas qu’il abandonne la vérité ou qu’il désespère de lui-même ; mais il n’y a plus la conscience réconfortante de cette purification de nos péchés que l’évangile même proclame à tout croyant. Comment peut-il en être autrement dans ce gouvernement que Dieu, comme Père, maintient avec Ses enfants pendant le temps de notre séjour ici-bas (1 Pierre 1:17) ? Quand on se souvient vraiment de la purification de ses péchés d’autrefois, cela agit sur l’âme pour l’attacher à Celui qui, pour nous, est mort et est ressuscité, et qui nous fortifie pour haïr le mal en tout genre, spécialement celui dans nos propres voies. Oublier qu’on a professé avoir été purifié de ses péchés, c’est perdre la puissance et le devoir de la pureté pratique ; être chrétien ne devient alors qu’un nom.

Ici encore, dans ces paroles qui forment la conclusion de l’introduction de l’épitre, on peut voir le sérieux pratique qui caractérise éminemment notre apôtre. Son but n’est pas de clarifier la doctrine, mais c’est la puissance spirituelle pour chaque jour.


3.7 - [Ch. 1:10,11]

« C’est pourquoi, frères, étudiez-vous d’autant plus à affermir votre appel et votre élection, car en faisant ces choses, vous ne faillirez jamais ; car ainsi l’entrée dans le royaume éternel de notre Seigneur et Sauveur Jésus Christ vous sera richement donnée » (1:10, 11).


3.7.1 - [1:10 — Étudiez-vous à…]

La vraie connaissance de Dieu et de Jésus notre Seigneur est caractéristique du christianisme et s’élève bien au-dessus de ce que la loi et les prophètes ont transmis, si excellent que ce fût et que ce soit encore. Mais cette connaissance de notre Seigneur Jésus Christ que l’évangile communique, a pour but de faire que nous ne soyons ni oisifs ni stériles, nous qui sommes participants d’une nature divine. La chair doit être jugée, et le monde tenu à l’écart par ceux qui ont échappé à sa corruption par la convoitise. Nous avons besoin, comme toute vie en a besoin, de croître en prenant une nourriture divine appropriée ; et nous sommes appelés à faire la volonté de Dieu.

Il y a les affections à cultiver autour de nous et vers le ciel. Un avertissement remarquable venait d’être donné :


Sinon, on oublie la rémission des péchés, solennelle et pleine de grâce, que donne l’évangile, et le sens du baptême pour la mort de Christ au début de la profession chrétienne.

C’est pourquoi la diligence demandée aux v. 5 à 7 [y apportant tout empressement…] est inculquée d’une manière différente aux v. 10 et 11 [étudiez-vous à…]. Aux v. 5 à 7, c’était avec la foi comme point de départ pour fournir les éléments nécessaires et bénis [v. 5b-7] qui forment le caractère chrétien : partant du courage moral [vertu] cela va jusqu’à l’amour divin reproduit dans le cœur et dans les voies ; le résultat est heureux là où ces éléments existent et abondent [v.8] ; l’effet est des plus tristes là où ils font défaut [v.9]. Ici aux v. 10 et 11, en regardant des deux côtés, l’apôtre exhorte ses « frères » à faire d’autant plus preuve de diligence : le but n’est pas simplement de traduire en souvenir vivant & reconnaissance & exercices de conscience leur première confession de la grâce divine envers eux en tant que pécheurs coupables ; mais le but de cette diligence est d’« affermir leur appel et leur élection ». Dans notre état déchu aussi bien que dans le monde, il n’y a rien du tout pour aider à la vie et à la piété. La plus belle présentation dans la chair est ce qu’il y a de plus trompeur et dangereux ; si les Gentils, comme les frères de Galatie et de Colosse, étaient si enclins à tomber dans ce piège, combien plus ceux qui avaient été Juifs, risquaient de s’éloigner de la grâce en revenant en arrière et en en faisant un credo à suivre, au lieu de tenir cette grâce pour la source, la preuve et la joie de la foi ?


3.7.2 - [1:10a — L’ordre des termes, l’appel puis l’élection]

Il est clair que ce nouvel appel concerne notre état et le déroulement et le caractère de la marche qui en découlent. L’ordre même des termes l’indique, car du côté de la grâce divine, l’élection selon l’Écriture précède nécessairement l’appel. Le choix du chrétien par Dieu est dans l’éternité, tandis que Son appel est dans le temps, nous tirant des ténèbres vers Sa merveilleuse lumière (1 Pierre 2:9). Ainsi au début de la première épître, il est dit que les saints sont élus selon la préconnaissance de Dieu le Père ; mais c’est en vertu de la sanctification [ou : sainteté] de l’Esprit qu’ils ont été mis à part pour l’obéissance et l’aspersion du sang de Jésus Christ (1:2). Le résumé bien connu de Rom. 8:28-30 est encore plus précis et plus complet. « Et nous savons que toutes choses travaillent ensemble pour le bien de ceux qui aiment Dieu, de ceux qui sont appelés selon Son dessein. Car ceux qu’Il a préconnus, Il les a aussi prédestinés à être conforme à l’image de Son Fils, afin qu’Il soit premier-né entre plusieurs frères. Et ceux qu’Il a prédestinés, Il les a aussi appelés ; et ceux qu’Il a appelés, Il les a aussi justifiés ; et ceux qu’Il a justifiés, Il les a aussi glorifiés ». Ainsi la chaîne de bénédiction sera complète lorsque les nombreux [plusieurs] frères auront été rendus conformes à leur Seigneur glorifié, y compris quant au corps. L’ordre en Rom. 8 est clairement celui de la grâce de Dieu, tandis qu’ici en 2 Pierre 1 l’appel vient avant l’élection car il s’agit de son application effective à l’homme. Cela est en harmonie avec le contexte qui traite du gouvernement moral actuel des âmes.


3.7.3 - [1:10a — Affermir l’appel et l’élection]

Le passage, là où il est, correspond à ce que nous avons en 1 Pierre 1:17-19 : « Et si vous invoquez comme père celui qui, sans acception de personnes, juge selon l’œuvre de chacun, conduisez-vous avec crainte pendant le temps de votre séjour [ici-bas], sachant que vous avez été rachetés de votre vaine conduite qui vous avait été enseignée par vos pères, non par des choses corruptibles, de l’argent ou de l’or, mais par le sang précieux de Christ, comme d’un agneau sans défaut et sans tache », etc. La crainte à laquelle nous sommes invités n’est pas de l’incertitude quant à notre rédemption, car celle-ci, au contraire, est effectuée en toute puissance et clarté. C’est une crainte filiale dont la force est basée sur le seul sacrifice efficace, mais qui est adoucie parce qu’un Père saint et impartial veille sur chaque étape de notre pèlerinage ; et comme Il ne veut pas nous condamner avec le monde, Il châtie parce qu’Il nous aime trop pour passer sous silence nos manquements. Ici, l’accent est mis sur la responsabilité chrétienne, afin qu’il n’y ait pas d’incohérence dans nos voies. Son appel, comme Son élection, sont une question de grâce souveraine, et n’admettent aucune remise en cause. Mais la situation est différente lorsqu’on parle de notre appel et de notre élection. Dans ce cas, la négligence met du désordre dans la marche, et compromet la profession que nous faisons de Son nom, elle enlève notre joie et affaiblit ou empêche notre témoignage, et ce d’autant plus si notre conscience est sensible. Le cœur nous condamne, comme il est dit en 1 Jean 3:20 ; et combien Dieu le fait davantage : Lui qui, plus grand que notre cœur, connaît toutes choses et nous pousse à nous juger nous-mêmes, afin que notre cœur ne nous condamne pas !


3.7.4 - [1:10b — Vous ne faillirez jamais]

Il est donc insisté sur la fidélité pratique avec d’autant plus de diligence pour affermir notre appel et notre élection ; « car en faisant ces choses » qui plaisent à Dieu et qui sont Sa volonté à notre égard, notre appel et notre élection sont affermis — ce dont nous jouissons, — au lieu qu’ils soient lâches et instables quand notre état est négligé ; et on peut ajouter que notre appel et notre élection sont aussi affermis pour les autres qui s’attendent à ce que nos voies soient en accord avec nos paroles. En marchant dans la dépendance et l’obéissance, nous ne trébucherons jamais. Il est donc très humiliant de trébucher quand on circule hors du chemin, et qu’on prend à tort sa propre volonté ou la suggestion de l’ennemi comme étant la direction du Seigneur. Qu’il est pénible d’apprendre que toute la connaissance fait défaut ici ; et que nous devons être amenés à un profond jugement de soi, et à la vigilance en regardant au Seigneur et en s’appuyant sur Lui pour Le suivre de près. Car n’importe qui peut voir un manquement, et la chair sait censurer sans mesure et sans cœur. Seule la grâce peut purifier selon la norme du sanctuaire ; mais cela peut être retardé par ce qu’on manque à pénétrer jusqu’aux racines de ce qui a induit en erreur. Et ici c’est nous-mêmes qui sommes à blâmer, car il y a en Christ et dans la Parole toutes les ressources pour répondre au besoin, et aussi pour fortifier nos frères, comme Pierre lui-même a dû l’apprendre, et l’a si bien appris.


3.7.5 - [1:11 — l’entrée dans le royaume éternel]

Mais d’autres encouragements suivent maintenant. « Car ainsi l’entrée dans le royaume éternel de notre Seigneur et Sauveur Jésus Christ vous sera richement fournie [Darby : donnée] ». Là encore, il ne s’agit pas de la prédiction d’un fait éminent, mais de ce que réalise pleinement déjà maintenant l’âme qui marche irréprochablement devant Dieu. C’est ainsi que l’entrée dans le royaume doit être fournie. On est ainsi rendu capable d’anticiper dans une riche mesure le royaume éternel. C’est ainsi que l’Esprit s’est plu à le décrire. En tout cas, il n’est pas présenté comme un étalage de gloire par un médiateur dans une règne sur la terre pendant mille ans, aussi béni que cela sera ; mais ce qui est présenté est plutôt ce qui est immuable. Car il est aussi révélé ailleurs que Ses esclaves Le serviront et ils verront Sa face, et ils régneront aux siècles des siècles (Apoc. 22:3-5).

Ainsi donc, à ceux qui marchent fidèlement par grâce « l’entrée dans le royaume éternel de notre Seigneur et Sauveur Jésus Christ sera richement donnée ». Non seulement le mal est évité, mais il n’y a rien qui obscurcisse les yeux ou qui charge le cœur. La gloire future remplit richement l’âme ; elle est ce qui Lui appartient et est partagé avec nous comme héritiers de Dieu et cohéritiers de Christ. Nous sommes ainsi introduits dans cette gloire pour que le cœur en jouisse ; car l’Esprit, n’étant pas attristé, n’est pas arrêté par nos erreurs et nos fautes afin de nous humilier, mais Il peut nous montrer les choses à venir. « Il me glorifiera, car il prendra de ce qui est à moi et vous l’annoncera » (Jean 16:14). L’entrée dans le royaume sera richement fournie dans le cas décrit [v.10], donnant une joie pratique et une puissance au-dessus de tout ce qui est présent et dont Satan se sert pour chercher à aveugler et à occuper ceux qui ne veillent pas.