1 Pierre — ch. 2 et 3

William Kelly [entre crochets : ajouts de Bibliquest]

Cet écrit, comme souvent ceux de W.Kelly, sont un peu difficiles à lire, notamment par la longueur des phrases et des expressions. Le traducteur a souvent laissé subsister ces défauts, ne voulant pas tronquer la pensée de l’auteur.


Traduction d’après l’édition de 1923 de C.A.Hammond

Table des matières abrégée :

1 - 1 Pierre 2

1.1 - [Ch. 2:1-3]

1.2 - [Ch. 2:4-5]

1.3 - [Ch. 2:6-8 — Christ, la pierre angulaire selon la prophétie de l’Ancien Testament]

1.4 - [Ch. 2:9-10 — sacrificature royale]

1.5 - [Ch. 2:11-12 — Probité requise de la sacrificature]

1.6 - [Ch. 2:13-17 — diverses relations extérieures]

1.7 - [Ch. 2:18-20 — les domestiques]

1.8 - [Ch. 2:21-23 — une position de souffrance]

1.9 - [Ch. 2:24 — Les souffrances où Christ a été seul]

1.10 - [Ch. 2:25 — ]

2 - 1 Pierre 3

2.1 - [3:1-6]

2.2 - [3:7 — exhortation aux maris]

2.3 - [3:8-12]

2.4 - [3:13-16]

2.5 - [3:17-18 — souffrir en faisant le bien]

2.6 - [3:19-20 — l’Esprit par lequel Christ est allé prêché]

2.7 - [3:21-22 — déluge et baptême]


Table des matières détaillée :

1 - 1 Pierre 2

1.1 - [Ch. 2:1-3]

1.1.1 - [2:1 — rejetant toute malice]

1.1.2 - [2:1 — rejetant toute… fraude]

1.1.3 - [2:1 — rejetant… l’hypocrisie et l’envie]

1.1.4 - [2:1 — rejetant toutes médisances]

1.1.5 - [2:2 — désirez ardemment le pur lait intelligent [intellectuel] pour croitre à salut : ni le baptême ni la Cène, mais la Parole de Dieu]

1.1.6 - [2:3b — si vous avez goûté que le Seigneur est bon]

1.2 - [Ch. 2:4-5]

1.2.1 - [2:4 — … duquel vous approchant]

1.2.2 - [2:4 — Christ, une pierre vivante, rejetée par les hommes, mais choisie et précieuse auprès de Dieu]

1.2.3 - [2:5 et Matt. 16:16 — Je bâtirai mon Assemblée]

1.2.4 - [2:4 — Christ la pierre vivante]

1.2.5 - [2:5a — Christ pivot de toutes les bénédictions. Les croyants : des pierres vivantes]

1.2.6 - [2:5a — Les croyants édifiés en maison spirituelle]

1.2.7 - [2:5b — une sainte sacrificature]

1.3 - [Ch. 2:6-8 — Christ, la pierre angulaire selon la prophétie de l’Ancien Testament]

1.3.1 - [La prophétie d’Ésaïe 28 et 29]

1.3.2 - [Il y a une jouissance présente dans la maison spirituelle et la sainte sacrificature]

1.3.3 - [Application particulière d’Ésaïe 28 selon Rom. 10]

1.3.4 - [2:6 — Sion la montagne de la grâce. Celui qui croit ne sera pas confus]

1.3.5 - [2:6 — pas confus : les souffrances en attendant la gloire]

1.3.6 - [2:6-7 — pierre précieuse, pierre qui a du prix]

1.3.7 - [2:6-7 — les prophéties sur le rejet de Christ deviennent claires]

1.3.8 - [2:7-8a — la pierre rejetée devenue maitresse pierre de coin]

1.3.9 - [2:8b — étant désobéissants, à quoi aussi ils ont été destinés]

1.4 - [Ch. 2:9-10 — sacrificature royale]

1.4.1 - [Privilèges de la sainte sacrificature : Culte et adoration]

1.4.2 - [2:9 — Race élue]

1.4.3 - [2:9 — Sacrificature royale]

1.4.4 - [2:9 — Nation sainte]

1.4.5 - [2:9 — Peuple acquis]

1.4.6 - [2:9 — Annoncer les vertus de Celui qui nous a appelés à Sa merveilleuse lumière]

1.4.7 - [2:10 — … retournement du « pas un peuple, pas obtenu miséricorde »]

1.5 - [Ch. 2:11-12 — Probité requise de la sacrificature]

1.5.1 - [2:11a — « Bien-aimés », « forains et étrangers » ou « pèlerins et gens qui séjournent »]

1.5.2 - [2:11b — S’abstenir des convoitises charnelles — abominations de Babylone]

1.5.3 - [2:11b — S’abstenir des convoitises charnelles — Babylone dominatrice]

1.5.4 - [2:11b — Les convoitises qui font la guerre à l’âme]

1.5.5 - [2:12a — Appel à avoir une conduite honnête]

1.5.6 - [2:12a — une conduite honnête parmi les nations]

1.5.7 - [2:12b — des bonnes œuvres observées par ceux qui médisent de vous]

1.5.8 - [2:12b — glorifier Dieu au jour de la visitation]

1.6 - [Ch. 2:13-17 — diverses relations extérieures]

1.6.1 - [2:13 — Soumission du résidu croyant qui remplace le peuple]

1.6.2 - [2:13 — Motifs de soumission aux institutions humaines]

1.6.3 - [2:13 — Les relations dans l’église sont d’une autre nature]

1.6.4 - [2:13 — Soumission aux autorités pour l’amour du Seigneur dans un monde mauvais]

1.6.5 - [2:14 — Soumission à toutes sortes d’autorité]

1.6.6 - [2:15-16 — esclaves de Dieu]

1.6.7 - [2:17a — Honorez tous les hommes]

1.6.8 - [2:17b — Aimez tous les frères]

1.6.9 - [2:17c — Craignez Dieu]

1.6.10 - [2:17d — Honorez le roi]

1.7 - [Ch. 2:18-20 — les domestiques]

1.7.1 - [Importance de laisser Dieu s’adresser directement à l’homme]

1.7.2 - [2:18 — difficultés rencontrées par les domestiques]

1.7.3 - [2:19-20 — digne de louange]

1.7.4 - [2:19-20 — attitude en face d’afflictions injustes]

1.8 - [Ch. 2:21-23 — une position de souffrance]

1.8.1 - [2:21 — opposition du monde]

1.8.2 - [2:21 — instructions du Seigneur quant à l’attitude face à l’opposition du monde]

1.8.3 - [2:22-23 — Christ le modèle]

1.9 - [Ch. 2:24 — Les souffrances où Christ a été seul]

1.9.1 - [2:24a — Il a porté nos péchés]

1.9.2 - [2:24b — étant mort aux péchés]

1.9.3 - [2:24c — par la meurtrissure duquel vous avez été guéris]

1.10 - [Ch. 2:25 — ]

1.10.1 - [2:25a — errant comme des brebis]

1.10.2 - [2:25b — retournés au Berger et au Surveillant de leurs âmes]

1.10.3 - [2:25b — l’Éternel, bon Berger, remplaçant les mauvais bergers]

2 - 1 Pierre 3

2.1 - [3:1-6]

2.1.1 - [3:1-2 — soumission : son effet pour gagner les cœurs]

2.1.2 - [3:3-4 — parure : intérieure ou extérieure]

2.1.3 - [3:5-6 — relations entre épouse et mari chrétiens]

2.1.4 - [3:6b — devenues les enfants de Sara… ne craignant aucune frayeur]

2.2 - [3:7 — exhortation aux maris]

2.2.1 - [3:7a — selon la connaissance]

2.2.2 - [3:7b — comme avec un vase plus faible, féminin, leur portant honneur]

2.2.3 - [3:7c — ensemble héritiers de la grâce de la vie]

2.3 - [3:8-12]

2.3.1 - [Position et privilèges de ceux qui sont à Christ]

2.3.2 - [Nouvelles responsabilités de ceux qui sont à Christ]

2.3.3 - [3:8 — d’un même sentiment]

2.3.4 - [3:8 — sympathisants]

2.3.5 - [3:8 — fraternels]

2.3.6 - [3:8 — compatissants]

2.3.7 - [3:8 — humbles]

2.3.8 - [3:9 — ne rendant pas mal pour mal ou outrage pour outrage]

2.3.9 - [3:10-12 — gouvernement de Dieu envers les saints]

2.4 - [3:13-16]

2.4.1 - [3:13-14a — épargnés du mal ou souffrant pour la justice]

2.4.2 - [3:14b — ni craintes ni troubles]

2.4.3 - [3:15 — sanctifiez Christ comme Seigneur dans vos cœurs… donnant raison de l’espérance]

2.4.4 - [3:16 — médisances, calomnies, souffrances du fait de Satan chef de ce monde]

2.5 - [3:17-18 — souffrir en faisant le bien]

2.5.1 - [3:17 — il vaut mieux souffrir en faisant le bien, qu’en faisant le mal]

2.5.2 - [3:18a — Christ a souffert une fois pour les péchés]

2.5.3 - [3:18b — le Juste pour les injustes]

2.5.4 - [3:18c — afin qu’Il nous amenât à Dieu]

2.6 - [3:19-20 — l’Esprit par lequel Christ est allé prêché]

2.6.1 - [l’Esprit qui a vivifié Christ, l’Esprit par lequel Christ a prêché]

2.6.2 - [Le sens direct du passage]

2.6.3 - [Contre l’idée d’une « prédication de Christ aux enfers »]

2.6.4 - [Pas de prédication aux saints décédés, mais contraste entre les croyants et les désobéissants]

2.6.5 - [Les incrédules sont comme les désobéissants du temps du déluge qui ont rejetés les avertissements de l’Esprit de Christ]

2.6.6 - [une erreur en amène d’autres et contribue à nier les réalités de l’Au-delà]

2.7 - [3:21-22 — déluge et baptême]

2.7.1 - [3:21a — le baptême : un antitype = une figure]

2.7.2 - [Christ vivifie les morts. On est régénéré par la Parole de Dieu. La Parole est annoncée par l’Esprit]

2.7.3 - [La vie nouvelle est en Christ. C’est une erreur de l’attribuer au baptême]

2.7.4 - [Jean ne parle ni du baptême ni de la Cène — Jean 3 et 6]

2.7.5 - [Le baptême est pour la mort de Christ, pas pour Sa vie]

2.7.6 - [3:21a — Le baptême est pour la rémission des péchés ; il représente le passage à une nouvelle position de salut par la résurrection de Christ]

2.7.7 - [3:21b-22 — Le baptême : ‘demande à Dieu d’une bonne conscience’ par ceux qui sont sauvés. Démonstration de notre acquittement par la gloire de Christ]

2.7.8 - [3:21a — ‘vous sauve maintenant’ : le salut présent comme en Héb. 11:7]

2.7.9 - [Le baptême n’est pas une garantie — Ce que Paul en dit en 1 Corinthiens]

2.7.10 - [Ineptie du salut par le baptême]

2.7.11 - [La foi voit un Christ céleste dans la gloire et c’est là qu’est notre part]


1 - 1 Pierre 2

1.1 - [Ch. 2:1-3]

Si le fléau de la lèpre était guéri chez un lépreux, quel qu’en soit le moyen (c’était au-delà du pouvoir de l’homme), il était requis que l’ex-lépreux soit déclaré pur par l’aspersion sur lui du sang d’un oiseau égorgé sur de l’eau courante, et on laissait un oiseau vivant trempé dans ce sang s’envoler dehors en plein air. Celui qui devait être purifié devait laver ses vêtements, raser tous ses poils et se baigner dans l’eau. C’était la seule façon d’être pur. Il en est de même ici. Le croyant sait, ressent et reconnait sa nature corrompue, desséchée et déchue, comme l’herbe sous le souffle de l’Éternel ; mais il lui a été donné une nature nouvelle, aussi incorruptible que la semence divine de Sa parole vivante et permanente [1:23]. C’est d’après elle qu’il est appelé à agir.

« Rejetant donc toute malice et toute fraude, et l’hypocrisie et l’envie, et toutes médisances, désirez ardemment, comme des enfants nouveau-nés, le pur lait intellectuel, afin que vous croissiez par lui à salut, si toutefois vous avez goûté que le Seigneur est bon » (2:1-3).

Il est bon que le lecteur qui ne connaît pas l’original grec sache la force de ces paroles débutant le chapitre ; elles se rapportent à un acte fait une fois pour toutes, selon ce qu’implique l’aoriste, qui est le temps des verbes par lequel on relate des faits, et non pas des processus graduels. Par ailleurs, les verbes ne sont pas à la voie active, mais à ce qu’on appelle la voie moyenne qui, dans les verbes transitifs, met l’accent sur l’agent plutôt que sur l’action, et la force de cet accent dépend de chaque mot. Nous pouvons comparer Jacques 1:21 : « C’est pourquoi, rejetant toute saleté et tout débordement de malice, recevez avec douceur la parole implantée qui a la puissance de sauver vos âmes ». Ces exhortations concordent remarquablement, sur le fond de leur but pratique commun, tout en gardant les caractéristiques de chaque écrivain ; par ailleurs ces deux exhortations [1 Pierre 2 et Jacques 1] se distinguent de la manière dont l’apôtre Paul traite le grand principe de ce sujet par la mort de Christ et notre mort avec Lui. Les trois sont pareillement donnés de Dieu et pareillement nécessaires à Ses enfants.


1.1.1 - [2:1 — rejetant toute malice]

L’apôtre commence par demander aux saints le rejet de « toute malice », littéralement d’avoir rejeté « toute malice » si on pouvait parler de cette manière. Ce mot a certes parfois le sens de « méchanceté » en général, mais ici il se rapporte manifestement à cette racine spéciale du mal, comme cela ressort à l’évidence des autres formes d’iniquité qui sont jointes. La malice débute la liste de façon appropriée comme étant le contraire de l’amour, de l’amour fervent qu’il leur avait enjoint comme convenant à des frères [1:22]. Toute espèce de malice est indigne de ceux qui sont nés de nouveau, nés de Dieu qui est amour ; la malice peut cacher un esprit de haine, et prendre toute sorte de déguisements pour arriver à ses fins infâmes. Quel contraste complet avec Christ, et quelle ressemblance étroite à son ennemi, le diable, qui passe son temps à tenter, persécuter et accuser !


1.1.2 - [2:1 — rejetant toute… fraude]

La fraude vient à la suite de la malice, ce qui est selon la vérité morale ; il est même dit « toute fraude » en raison de ses objectifs multiples, et du désir des hommes d’éviter sa découverte. Car, quelle que soit leur habitude invétérée à tromper les autres, ils ont intérieurement honte d’une habitude si vile. La « fraude » fait naturellement suite à la « malice » pour faire le maximum de tort tout en passant inaperçu. C’est l’inverse de la transparence à laquelle nous sommes appelés en tant que représentant de Celui qui est la vérité, tandis que Satan est menteur et père du mensonge.


1.1.3 - [2:1 — rejetant… l’hypocrisie et l’envie]

Cela ouvre la voie à l’« hypocrisie », la prétention à être ce qu’on n’est pas, et à ne pas être ce qu’on est. C’est l’inverse de la sincérité et revient à simplement jouer un rôle dans ce qui n’est qu’une fable — alors qu’on est dans la plus solennelle et la plus précieuse des réalités. Quelle horreur de faire de la vérité de Dieu un jeu humain pour un petit moment !

L’« envie » est l’inverse et vient à la suite. Tandis que l’hypocrisie a sa source en ce qu’on prétend avoir quelque chose qui nous manque, l’envie cherche à nier et diffamer quelque chose de bien qu’ont les autres. Dieu soit loué de ce qu’Il ne manque pas d’opérer ici et là dans des voies d’amour, de dévouement, de grâce patiente, de zèle pour la vérité, de plaisir à l’égard de Sa gloire, de compassion pour les misérables et les indignes. Il y a amplement matière à dénigrer chez ceux qui ne manifestent pas de telles qualités, et qui sont vexés de découvrir que d’autres sont crédités de ce qui est si excellent. Ici le croyant doit se garder de prêter l’oreille à ce mauvais esprit et d’en être souillé.


1.1.4 - [2:1 — rejetant toutes médisances]

Enfin vient à point l’avertissement contre « toutes médisances » ; combien de formes variées elles peuvent revêtir ! Et avec quelle facilité de nombreuses personnes sont ainsi trompées sous prétexte de veiller à l’honneur du Seigneur et de reprendre ce qui ne va pas ! Comme l’« envie » ne convient pas du tout à ceux qui sont bénis par le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus-Christ, ainsi aussi toute « calomnie » est une offense profonde à Ses yeux et ne peut que plaire au grand adversaire des âmes. Dressons-nous contre toutes les deux, et évitons de donner prise au moindre soupçon de l’une ou de l’autre, restant dans la fidélité à Dieu.


1.1.5 - [2:2 — désirez ardemment le pur lait intelligent [intellectuel] pour croitre à salut : ni le baptême ni la Cène, mais la Parole de Dieu]

Nous entendons alors l’exhortation positive de « désirer ardemment comme des enfants nouveau-nés le pur lait intelligent (ou : intellectuel), afin que par lui vous grandissiez pour le salut ». Personne ne peut douter que c’est le lait de la Parole de Dieu qui nourrit le croyant. C’est par la parole de Dieu que celui-ci est né de nouveau ; c’est par la même Parole qu’il est nourri. Il n’y a pas de contraste ici, comme en 1 Cor. 3 et Heb. 5, entre le lait pour nourrir les bébés et la nourriture solide des adultes, ni de blâme infligé à ceux qui n’ont pas profité de la Parole pour passer des premiers rudiments aux vérités supérieures. Ici, l’Esprit de Dieu insiste sur ce que la nourriture donnée aux nouveau-nés est appropriée ; et tous sont encouragés à désirer ardemment la pure nourriture que Dieu fournit si généreusement. C’est du lait pour l’intelligence du saint ; comme le sein d’une mère nourrit son bébé physiquement, ainsi la parole de Dieu est la nourriture de notre entendement spirituel.

Le sens général est très simple. La seule question est de trouver la meilleure façon de traduire le langage de l’apôtre. Le mot « intelligent » [traduit ici par « intellectuel » par JND] ne se retrouve qu’en Rom. 12:1, où il est traduit par « raisonnable » dans la version autorisée anglaise (KJV) [traduit par « intelligent » par JND], selon l’emploi fréquent des auteurs grecs ordinaires. « Intelligent » semble bien exprimer la force du terme dans les deux passages, et c’est mieux que « rationnel ».

Laissons de côté ce point délicat de traduction qui ne change pas la vérité sur le fond. Il y a ici un appel de toute importance. Dieu met le plus grand honneur sur Sa parole, non seulement à cause de sa puissance vivifiante sous l’action du Saint Esprit, mais à cause du rafraîchissement et de l’affermissement constants de la nouvelle nature qu’Il apporte.

Mettre le baptême à la place de la puissance vivifiante de la Parole de Dieu, ou la Cène du Seigneur à la place du moyen d’affermissement, c’est s’écarter effrontément de ce qui est clairement révélé ici. Ces institutions précieuses ont comme but, l’une une confession initiale, l’autre la communion constante des saints. Mais transformer le baptême en moyen pour être né de Dieu, c’est fausser la vérité, contredire l’Écriture et effacer la nature du christianisme. « Vous êtes déjà nets à cause de la parole que je vous ai dite », dit le Seigneur en Jean 15:3. « Je vous ai engendré dans le Christ Jésus par l’évangile » dit l’apôtre en 1 Cor. 4:15, dans cette même épître où il rend grâce à Dieu de n’avoir baptisé personne hormis quelques individus ! De même Jacques nous dit (1:12) que « de sa propre volonté [le Père] nous a engendrés par la parole de la vérité, pour que nous soyons une sorte de prémices de ses créatures ». Nous n’avons pas de mère terrestre, pas plus que le Seigneur n’avait de père terrestre, sinon légalement.

Le système des sacrements pèche contre la Trinité en usurpant la prérogative divine. Et notre apôtre ne diffère pas non plus des autres apôtres (1 Pierre 3:20).


L’enseignement ici est que, comme nous sommes nés de nouveau par la parole de Dieu, non pas par le baptême, ainsi nous « croissons à salut » par elle, non pas par la Cène du Seigneur. Être né de nouveau est strictement individuel tout comme la croissance. Chacun a à faire avec Dieu directement en croyant et croissant par Sa parole, quel que soit le canal. Sans la foi ni l’un ni l’autre ne sont possibles ; et l’essentiel est de recevoir le témoignage directement de la Parole de Dieu pour sa propre âme. C’est pourquoi « celui qui croit au Fils de Dieu a le témoignage au-dedans de lui-même », tandis que « celui qui ne croit pas Dieu, a fait Dieu menteur, car il n’a pas cru au témoignage que Dieu a rendu au sujet de Son Fils » (1 Jean 5:10). D’un autre côté, dans la Cène du Seigneur, il s’agit de communion après que le besoin individuel ait été réglé entre l’âme et Dieu ; et nous sommes là ensemble pour jouir de Sa grâce et de Sa présence. « La coupe de bénédiction que nous bénissons, n’est-elle pas la communion du sang de Christ ; le pain que nous rompons, n’est-il pas la communion du corps du Christ ; parce que nous qui sommes plusieurs, sommes un seul pain, un seul corps, car nous participons tous au même pain » (1 Cor. 10:16, 17).

Une étrange omission a prévalu depuis l’Édition polyglotte de Complutense et celle d’Erasme, suivies par de Bèze, Étienne, les Elzévirs et d’autres. Colinaeus (1534) est le seul des premiers éditeurs à avoir adhéré au grand corpus des textes les plus anciens et les meilleurs, tant les manuscrits, les versions et les citations des Pères ; il lit « afin que vous croissiez… à salut » (εἰς σωτηρίαν). Ce « à salut » a été abandonné ensuite, soit qu’on ait supposé qu’il s’agissait d’une addition scolastique, soit par peur de s’avancer sur le terrain de la grâce souveraine envers les pécheurs. Mais ici il est question de saints qui « croissent dans la grâce et dans la connaissance de notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ », selon l’expression de la deuxième épître (2 Pierre 3:18). Il est certain qu’une quelconque difficulté à recevoir des mots si pleinement attestés, ne peut être due qu’à l’ignorance de la doctrine de notre apôtre. Car bien qu’il parle d’un « salut d’âmes » (1 Pierre 1:9) comme d’un privilège actuel, et dont le baptême est un symbole (1 Pierre 3:21), il considère encore plus fréquemment le salut comme un tout complet à la fois pour le corps et l’âme, et qui doit donc être révélé au dernier temps [1:5], dans la révélation de notre Seigneur [1:7] que nous attendons. Comparez 1 Pierre 1:5, 7, 13 ; 4:13.


1.1.6 - [2:3b — si vous avez goûté que le Seigneur est bon]

Le verset 3 fait une réserve importante : « si vous avez goûté que le Seigneur est bon ». C’est une référence évidente à Ps. 34:8 où il y a un appel des plus touchants de l’écrivain inspiré à partager sa joie en l’Éternel. « Goûtez et voyez que l’Éternel est bon ; bienheureux l’homme qui se confie en Lui ». Ici, cela est d’autant plus doux pour le chrétien que l’apôtre identifie le Seigneur Jésus à l’Éternel, ce qui est la vérité. L’avoir reconnu pour nous, au tréfonds de notre âme, est la condition de la croissance dans la Parole ; or c’est une condition qui se vérifie assurément chez tous ceux qui croient en Lui. Oui, ils peuvent dire et disent dans leur cœur que le Seigneur est bon. Ils l’ont goûté tout le long de la Parole.

Le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus-Christ nous a engendrés de nouveau pour une espérance vivante selon sa grande miséricorde, (non pas par l’incarnation, mais) par la résurrection de Jésus-Christ d’entre les morts [1:3]. Ce n’est pas, comme les Juifs l’espéraient, pour un héritage de gloire terrestre, d’aisance et de puissance supérieure à tous les désastres et tous les adversaires, pour le royaume tel qu’il doit être ; mais c’est pour un héritage incorruptible, sans souillure et inflétrissable, conservé dans les cieux pour ceux qui sont gardés par la puissance de Dieu pour un salut prêt à être révélé [1:4-5]. Tout a été accompli intrinsèquement, au dernier temps, au temps voulu, en quoi ceux qui sont ainsi gardés se réjouissent, tout en étant maintenant affligés pour un peu de temps (si cela est nécessaire) par diverses tentations mettant leur foi à l’épreuve [1:6]. Après la mention de la rédemption par le sang de l’Agneau [1:18-19] et son aboutissement pratique [1:21], l’apôtre fait référence à ce que nous sommes régénérés [nés de nouveau] par une semence incorruptible par la vivante et permanente Parole de Dieu [1:23], et à ce que cette nouvelle nature est nourrie du lait pur [2:2], sans fraude [2:1] de la Parole pour le salut [2:3]. Tout est en contraste avec la loi du Sinaï qui menace toute désobéissance et transgression [Héb. 2:2], mais qui est impuissante à donner la vie ou la justice, dont l’homme pécheur a tant besoin. Or la grâce les a déjà abondamment fournies en Christ, et par conséquent à la foi qui Le reçoit, Lui que nous attendons pour un salut complet [2:3], ayant déjà goûté à quel point Il est bon, et ayant ainsi anticipé psaumes et prophètes qui proclament ce salut pour un jour à venir.


1.2 - [Ch. 2:4-5]

Nous arrivons maintenant aux privilèges déjà conférés et représentés par des figures singulièrement intéressantes pour la pensée juive et ce qui s’y joint en matière d’honneur et de révérence. Car en parlant du Seigneur, l’apôtre dit : « … duquel vous approchant [comme] d’une pierre vivante, rejetée par les hommes, mais choisie et précieuse (*) auprès de Dieu, vous-mêmes aussi, comme des pierres vivantes, êtes édifiés une maison spirituelle, une sainte sacrificature, pour offrir des sacrifices spirituels, agréables à Dieu par Jésus Christ » (2:4-5).


(*) On aurait pu rendre ἔντιμν par « hautement apprécié » ou « tenu en honneur », à distinguer de τίμιον, correspondant à τιμὴ « qui a du prix » du v. 7.


Si sûrs et durables que soient les conseils de la grâce, Dieu ne permet à aucun raisonnement d’affaiblir le besoin et la valeur et le devoir d’une dépendance constante du Seigneur. Celui-ci disait Lui-même : « En vérité, en vérité, je vous dis : si vous ne mangez la chair du Fils de l’homme et ne buvez Son sang, vous n’avez pas la vie en vous-mêmes » [Jean 6:53]. C’est vraiment un acte fait par la foi une fois pour toutes ; mais s’il est réel, il est suivi d’une participation continuelle. C’est pourquoi Il ajoute : « Celui qui mange ma chair et qui boit mon sang a la vie éternelle, et moi, je le ressusciterai au dernier jour. Car ma chair est en vérité un aliment et mon sang est en vérité un breuvage. Celui qui mange ma chair et qui boit mon sang, demeure en moi et moi en lui » [Jean 6:54-56]. Il ne s’agit pas de la vie éternelle seulement, mais de la communion comme une chose constante : c’est ainsi que le chrétien demeure en Christ et Christ demeure en lui. Prétendre qu’avoir une fois mangé et bu remplace le manger et boire permanent, prouve que cette prétention est fausse, égoïste et contraire à Dieu.


1.2.1 - [2:4 — … duquel vous approchant]

C’est ainsi qu’il est dit ici : « … duquel vous approchant » : dès qu’on s’approche, il y a une bénédiction réelle et pleine. Assurément, une âme n’est pas laissée libre et assurée, si l’on s’en retourne et qu’on ne marche plus avec Lui, comme firent certains de Ses disciples dont Jean 6 nous parle. Christ est le centre et la pierre de touche et le fondement du christianisme. Ceux qui Le quittaient, étaient des branches stériles du Cep de vigne. L’apôtre espérait des choses meilleures et qui tiennent au salut de ceux qui demeuraient (Héb. 6:9). L’inverse est écrit plus tard : « Ils sont sortis du milieu de nous, mais ils n’étaient pas des nôtres ; car s’ils avaient été des nôtres, ils seraient demeurés avec nous ; mais c’est afin qu’ils soient manifestés comme n’étant aucun des nôtres » (1 Jean 2:19).


1.2.2 - [2:4 — Christ, une pierre vivante, rejetée par les hommes, mais choisie et précieuse auprès de Dieu]

Le Christ est alors appelé « une pierre vivante, rejetée par les hommes, mais choisie et précieuse auprès de Dieu ». « Vivante » est un mot proche au cœur de Pierre depuis qu’il avait été rendu capable de confesser Christ comme « le Fils du Dieu vivant » [Matt. 16:16], et qu’à cause de cela il avait été déclaré « bienheureux » par son Maître. « Le Christ » ou Messie était en effet vraiment donné de Dieu ; mais cette vérité ne s’élève pas au-dessus de la terre sur laquelle Il régnera de Sion, Son centre en Israël. Quand les Juifs reniaient Jésus, comme ils le font encore, Le confesser comme le Messie, c’était être né de Dieu. Or le Fils de Dieu tel que révélé dans l’évangile de Jean est souvent beaucoup plus que cela ; « le Fils du Dieu vivant » met l’accent très fortement sur notre Seigneur comme le vainqueur de celui qui a le pouvoir de la mort. C’est pourquoi la personne du Seigneur ainsi révélée est le roc sur lequel Il voulait bâtir Son église [ou : assemblée], maintenant que les Juifs, non pas la foule versatile seulement, mais les principaux sacrificateurs, les anciens et les scribes, Le rejetaient et voulaient Le livrer à la mort de la croix.


1.2.3 - [2:5 et Matt. 16:16 — Je bâtirai mon Assemblée]

Le nouvel édifice de Dieu devait être dressé une fois que la nation élue aurait publiquement et définitivement été déchue de tout, pour un temps, quant à sa responsabilité ; une œuvre et un témoignage célestes devaient remplacer les terrestres. Et le nouvel édifice, appelé particulièrement « Mon église » [Mon assemblée], Il le déclare supérieur aux « portes du Hadès » [Matt. 16:18], ce qui est plus que la mort. Comme la résurrection Le distinguait comme Fils de Dieu en puissance [Rom. 1:4], pour être le commencement comme premier-né d’entre les morts (non pas seulement premier-né de la création) [Col. 1:18], ainsi ce que Christ bâtit est au-delà de la puissance de Satan pour détruire. La spécificité de ce que Christ bâtit est ainsi rendue claire et certaine, en contraste avec ce que l’homme bâtit, qui va à la corruption et va être objet du jugement divin de manière plus irrémédiable qu’Israël, comme on le voit partout dans le Nouveau Testament de Matt. 13 et 2 Thess. 2 et 2 Pierre et Jude à Apoc. 17. Car il est révélé que l’apostasie précédera le jour du Seigneur ; et il n’y a pas de restauration pour la chrétienté, tandis qu’il y en aura une pour Israël et pour toujours.


1.2.4 - [2:4 — Christ la pierre vivante]

En attendant, si Israël ne Le reconnaît pas encore comme son Berger et Sa pierre, Lui l’est quand même ; et Il est une pierre vivante selon que Le désigne ici l’apôtre de la circoncision pour ceux qui viennent à Lui. L’incrédulité de la masse des Juifs rend-elle la foi de Dieu sans effet ? Loin de là : le résidu croyant est d’autant plus béni. Celui qui est une pierre vivante confère Sa propre vertu à ceux qui viennent à Lui. Les hommes, les bâtisseurs à Jérusalem, ont laissé éclater leur rejet méprisant de Celui qui venait dans le monde, non pas pour régner, mais pour témoigner de la vérité, pour y apporter Dieu et en ôter le péché ; Il a rencontré la haine comme personne d’autre, et malgré tout Il a opéré l’expiation sur la croix ! — Qu’a-t-Il toujours été par rapport à Dieu, surtout dans ce moment-là ? N’était-Il pas Son Élu ? Son serviteur qu’Il soutenait [És. 42:1], bien qu’Il fût même abandonné de Dieu comme personne ne l’a jamais été, ce qui était nécessaire pour qu’Il fût fait péché pour nous. Oui, Il est bien l’Élu de l’Éternel, en qui Son âme trouve Son plaisir ; et parce qu’Il a mis Son Esprit sur Lui, Jésus fera valoir Son jugement à l’égard des nations ; Il ne criera pas, et n’élèvera pas sa voix et ne la fera pas entendre dans la rue. Il ne brisera pas le roseau froissé, et n’éteindra pas le lin qui brûle à peine ; Il fera valoir le jugement en faveur de la vérité. Il ne se lassera pas ni ne se découragera, jusqu’à ce qu’il ait établi le jugement sur la terre ; et les îles s’attendront à Sa loi (És. 42:1-4). Cependant ceci est dit ici par parenthèse ; car l’Esprit de Dieu s’occupe d’un serviteur très différent, sourd et aveugle, pris au piège des idoles des païens avec toutes les conséquences désastreuses qui en découlent, au lieu d’être de vrais témoins, comme Son élu ; cet Élu devient, à partir d’És. 49, le grand sujet par Son rejet et ses résultats bénis ; l’un de ces résultats bénis est qu’à la fin, ceux d’Israël peuvent devenir en vérité Ses serviteurs pour la joie et la bénédiction de toute la terre.


1.2.5 - [2:5a — Christ pivot de toutes les bénédictions. Les croyants : des pierres vivantes]

Mais l’apôtre écrit dans l’intervalle où Christ est rejeté, avant que se lève le jour de bénédiction et de gloire sur Israël, sur la terre et sur toutes les nations ; il nous montre Christ, mort, ressuscité et monté au ciel, objet des délices de Dieu, et pivot de toutes les bénédictions du croyant maintenant. Il est une pierre vivante, effectivement rejetée par les hommes, mais choisie et précieuse auprès de Dieu. Pierre prêcha cela déjà à la Pentecôte : Christ livré par le conseil défini et par la préconnaissance de Dieu, — Lui vous L’avez cloué sur une croix et L’avez fait périr par la main d’hommes iniques, et Dieu L’a ressuscité… Que toute la maison d’Israël sache donc certainement que Dieu a fait Seigneur et Christ ce Jésus que vous avez crucifié [Actes 2:23, 36]. Et comme Pierre a reçu un nouveau nom [Cephas, Pierre] du Roc qui est Christ, et Christ seul, de même les saints qui croient acquièrent une nouvelle nature de ce que Lui est, selon ce qu’il nous dit ici ; « vous-mêmes aussi, comme des pierres vivantes, êtes édifiés une maison spirituelle » [2:5].

Dans la nature, rien n’est plus manifestement dépourvu de vie qu’une pierre. Mais cela ne fait que rendre d’autant plus impressionnante la puissance de la grâce. Aux pharisiens et aux sadducéens orgueilleux qui se vantaient de descendre d’Abraham, Jean-Baptiste pouvait dire que Dieu était capable de susciter des enfants à Abraham à partir de pierres [Luc 3:8]. Ici, l’apôtre affirme au résidu croyant qu’ils étaient eux-mêmes des pierres vivantes dont Dieu se servait pour un édifice à Son usage et à Sa louange. Or tout se fait par le moyen d’Un seul, notre Seigneur Jésus. L’apôtre ne développe pas l’unité de l’Esprit comme Paul, l’apôtre de l’incirconcision ; mais il fait clairement allusion à l’association des saints ensemble. Leur édification en une maison spirituelle est en cours.


1.2.6 - [2:5a — Les croyants édifiés en maison spirituelle]

Il ne s’agissait plus de la montagne sacrée de l’orgueil samaritain, ni de Jérusalem et de la maison où les Juifs disaient qu’il fallait adorer si l’on voulait qu’il y eût une adoration [Jean 4:20-21]. Cette heure-là s’est achevée en principe à la croix de Christ, comme l’épître aux Hébreux l’a démontré plus tard. Le seul temple que Dieu reconnaît est l’assemblée (église) vue comme un tout, sinon individuellement le temple du corps du chrétien ; car le Saint-Esprit, par Son habitation, constitue comme temple et l’un et l’autre (1 Cor. 3:16 ; 6:19). Ici, le langage est moins complet et moins précis. Le sens général suffit pour le but présent. En tant que pierres vivantes, ils composaient une maison spirituelle. Assurément, une relation si proche avec Dieu était un grand honneur pour eux déjà maintenant tandis qu’ils traversaient ce monde ; et nous allons voir que pour tous ceux qui ont une pareille position, il s’ensuit des devoirs en rapport.


1.2.7 - [2:5b — une sainte sacrificature]

L’apôtre poursuit par un autre titre d’honneur et de proximité vivante de Dieu : « une sainte sacrificature ». Aujourd’hui le Saint-Esprit ne reconnaît aucune autre sacrificature comme accréditée par Dieu. Tout le système religieux juif a pris fin avec la mort de Christ : temple, sacrifice, rite et sacrificature. Le paganisme est une imposture, une imitation perverse venant de Satan, un substitut illusoire. Christ n’est pas entré dans des lieux saints faits de main, correspondant aux vrais, mais Il est entré maintenant dans le ciel même, pour paraître pour nous devant la face de Dieu [Héb. 9:24]. Selon l’Écriture, Il est le seul grand Souverain Sacrificateur, Il est élevé plus haut que les cieux et est assis à la droite du trône de la Majesté dans les cieux [Héb. 7:26 ; 8:1] ; Il n’y a qu’une seule maison sacerdotale (reconnue par la même Écriture), et celle-ci est constituée de tous les saints de Dieu [Héb. 3:6]. Ceux-ci sont pareillement lavés, sanctifiés, justifiés. Ils avaient et ont accès par la foi à la faveur de Dieu « dans laquelle nous sommes » [Rom. 5:2]. En Jésus Christ, ils ont été approchés par le sang de Christ [Éph. 2:13]. Quelle que soit la distance qui sépare Juifs et Gentils, ou qu’il y a entre Dieu et eux, nous qui croyons avons par Christ, les uns et les autres, accès au Père par un seul Esprit [Éph. 2:18].

Quoique la proximité avec Dieu soit la marque essentielle et la plus précieuse d’un sacrificateur, la preuve de cette proximité n’est pas simplement le principe qu’on trouve dans les épîtres aux Romains, Corinthiens et Éphésiens dont il vient d’être question. Dans notre texte, l’apôtre Pierre caractérise explicitement les chrétiens comme étant la seule « sainte sacrificature » reconnue dans le Nouveau Testament. L’apôtre Jean parle dans le même sens en Apoc. 1:6 ; quant à l’épître aux Hébreux qui traite à fond de ce qui suivait nécessairement le changement de sacrificature en Christ, elle traite du début à la fin les frères chrétiens, participants à l’appel céleste [Héb. 3:1], comme étant les véritables homologues de la famille d’Aaron pour le temps présent. Au début, nous lisons que Christ est Fils sur la maison de Dieu, et nous sommes Sa maison (Héb. 3:6). Plus loin (Héb. 10:19) nous lisons encore : « Ayant donc, frères, une pleine liberté pour entrer dans les lieux saints par le sang de Jésus, par le chemin nouveau et vivant qu’il nous a consacré à travers le voile, c’est-à-dire sa chair, et ayant un grand sacrificateur établi sur la maison de Dieu, approchons-nous avec un cœur vrai, en pleine assurance de foi, ayant les cœurs par aspersion purifiés d’une mauvaise conscience et le corps lavé d’eau pure » (Héb. 10:19-22).

Ici le privilège attribué à tous les saints est plus grand que tout ce dont les fils d’Aaron jouissaient, y compris Aaron lui-même ; car le privilège s’applique en permanence et avec une pleine liberté qu’Aaron n’a jamais connue. La foi a le droit de s’approcher là où Christ est maintenant, à travers le voile déchiré, en vertu de Son sang et de l’Esprit qui fait sentir son efficacité à notre cœur et à notre conscience comme étant un statut établi [Héb. 10:19 et suiv.]. C’est pourquoi nous lisons dans notre texte que nous avons à « offrir des sacrifices spirituels agréables à Dieu par Jésus Christ », et donc les fonctions de cette sacrificature nous sont ouvertes et nous y sommes tenus, bien au-delà des offrandes de bœufs, moutons, chèvres, gâteaux ou encens. Cela nous est confirmé en Heb. 13:15 : « Offrons donc par Lui sans cesse à Dieu un sacrifice de louange, c’est-à-dire le fruit des lèvres qui confessent son nom ». La preuve de notre position sacerdotale est remarquablement complète. Il s’ensuit que l’existence d’une classe de sacrificateurs maintenant sur la terre en faveur des saints chrétiens et séparée d’eux, est une imposture ; non seulement elle n’est pas soutenu par l’Écriture, mais elle est complètement opposé au témoignage simple et suffisant de l’Écriture. Bien plus, elle sape à la fois l’essence et la nature de l’Église, et est même incompatible avec le caractère fondamental de l’Évangile et de la position chrétienne.


1.3 - [Ch. 2:6-8 — Christ, la pierre angulaire selon la prophétie de l’Ancien Testament]

L’édifice saint dont l’apôtre vient de parler, consiste en des pierres vivantes qui dérivent de manière frappante d’une particularité de la Pierre Vivante. Ce point qui est en général familier à ceux qui connaissaient la Bible, l’apôtre le base sur une prophétie citée à plusieurs reprises dans le Nouveau Testament.

« Parce qu’on trouve dans l’Écriture : ‘Voici, je pose en Sion une maîtresse pierre de coin, élue, précieuse ; et celui qui croit en elle ne sera point confus’. C’est donc pour vous qui croyez, qu’elle a ce prix ; mais pour les désobéissants, ‘la pierre que ceux qui bâtissaient ont rejetée, celle-là est devenue la maîtresse pierre du coin, et une pierre d’achoppement et un rocher de chute’, lesquels heurtent contre la parole, étant désobéissants » (2:6-8).


1.3.1 - [La prophétie d’Ésaïe 28 et 29]

Ésaïe 28 passe des « ivrognes d’Éphraïm » et de leur jugement, au coup encore plus terrible qui doit tomber sur les hommes moqueurs et coupables qui gouvernent à Jérusalem. Car ceux-ci, pour échapper au fléau qui inonde, le roi du nord ou Assyrien, feront une alliance avec la mort et un pacte avec le Shéol. Mais les mensonges s’avéreront ne pas être un abri, et la fausseté ne les cachera pas. Car l’Éternel se lèvera, à la manière des victoires écrasantes qu’Il a données autrefois à David, et Il fera Son œuvre étrange, cette fois à une échelle extraordinaire ; ce sera la consomption, une consomption décrétée sur toute la terre [És. 28:14-22]. Ainsi au-dedans, le roi qui fait sa propre volonté, et son alliance, seront anéantis avec les apostats du peuple, ainsi qu’au dehors le roi du nord et la multitude des ennemis faisant le siège, selon És. 29. Mais face à cette tribulation sans pareille, dont tout ce qui est arrivé au peuple jusqu’ici n’est que des arrhes, le prophète déclare de la part du Seigneur, l’Éternel, qu’Il pose en Sion une pierre, une pierre éprouvée, une précieuse pierre angulaire, un sûr fondement : celui qui se fie à elle, ne se hâtera pas. Car ce jour prouvera la chute, définitive et irrémédiable, de toutes les puissances du monde, occidental ou oriental, aussi bien que de la masse incrédule des Juifs, tandis que le résidu pieux qui se confie en Emmanuel sera justifié pour toujours. Alors Celui dont le nom est Germe germera de Son propre lieu, et Il bâtira le temple de l’Éternel ; Il bâtira le temple de l’Éternel, et il portera la gloire, et s’assiéra et dominera sur Son trône ; et Il sera sacrificateur sur Son trône [Zach. 6:12-13], ce qu’aucun Fils de David n’a jamais été, sauf dans une petite mesure comme type, sinon Celui qui est aussi la racine de David.


1.3.2 - [Il y a une jouissance présente dans la maison spirituelle et la sainte sacrificature]

Ici en 1 Pierre 2:6-8, il ne s’agit pas du temple de la gloire comme bientôt, mais d’une maison spirituelle, et d’une sainte sacrificature pour offrir des sacrifices spirituels durant le jour du rejet de Christ par Israël. Les Juifs croyants vont-ils tout perdre parce que la masse Le rejette ? Loin de là. Ils entrent dans la jouissance des promesses dans la mesure où celles-ci étaient compatibles avec les voies actuelles de Dieu ; et même s’ils ne reçoivent pas tout, Dieu a pourvu quelque chose de « meilleur » pour nous ou à notre égard, comme il est indiqué ailleurs (Héb. 11:39-40). Ils ont, dans une mesure, la bénédiction de croire sans avoir vu [1:8], tandis que la prophétie est, non pas simplement appliquée, mais accomplie à la lettre. Elle sera sûrement bénie, la confiance en Christ qui a refusé l’idolâtrie, l’antichrist et la puissance du monde qui paraît tout écraser ; à la fin ces Juifs croyants seront des objets de simple miséricorde s’ils n’ont pas la puissance de la foi pour franchir tous les obstacles en paix, comme ce devrait être le cas maintenant par la Parole.


1.3.3 - [Application particulière d’Ésaïe 28 selon Rom. 10]

Il est intéressant de noter qu’en Rom. 9:30-33, l’apôtre Paul se sert de ce passage d’És. 28 pour expliquer l’échec d’Israël poursuivant une loi de justice, tandis que les Gentils qui ne la poursuivaient pas, l’ont déjà atteinte. Les Gentils ont cru, et ont ainsi rendu gloire à Dieu ; ceux d’Israël se sont cramponnés aux œuvres, loin pourtant de ce que la loi exigeait, et ont ainsi montré leur vaine propre-justice, et ils ont également trébuché sur la pierre d’achoppement, méprisant leur propre Messie. Car la loi n’est pas par la foi, tandis que la bénédiction l’est, et elle est donc accessible au Gentil qui croit, mais pas au Juif qui ne croit pas.


1.3.4 - [2:6 — Sion la montagne de la grâce. Celui qui croit ne sera pas confus]

De plus, on voit l’introduction de Sion avec une signification remarquable. Car, utilisée ainsi figurativement, elle exprime la montagne de la grâce de Dieu en contraste avec Sinaï, la montagne de la responsabilité du peuple sous la loi, où tout fut manquement, non pas que la loi ne fût pas bonne, mais parce que l’homme est mauvais et ruiné au point de ne pas pouvoir se passer d’un Sauveur. Sion apparaît après l’effondrement complet du royaume sous Saül, qui était issu du choix de l’homme ; car Sion n’a été arrachée aux Jébusiens que pour être la ville de David, le choix de Dieu. Or il y a ici un plus grand que David, Christ, que l’Éternel pose comme pierre angulaire, élue, précieuse, au-delà de toute comparaison. Celui qui croit en Lui ne sera pas confus [2:6], contrairement à tous ceux qui se confient en un bras de chair [Jér. 17], surtout ceux d’Israël qui ont méprisé Celui vers qui la loi et les prophètes ont toujours dirigé les regards. Pour le royaume du monde [Apoc. 11:15], l’Éternel a oint son Roi sur Sion, la montagne de Sa sainteté ; et Christ demandera, non pas maintenant, mais en ce jour-là, et Il aura les nations pour Son héritage, et les bouts de la terre pour Sa possession, brisant avec un sceptre de fer tous ceux qui s’opposent, comme on brise les vases d’un potier [Ps. 2:6, 8-9]. « Car l’Éternel a choisi Sion ; il l’a désirée pour être son habitation : C’est ici mon repos à perpétuité ; ici j’habiterai, car je l’ai désirée » (Ps. 132:13-14). La clé de tout cela, c’est que Sion sera le siège terrestre de Son Oint, Son Fils bien-aimé.


1.3.5 - [2:6 — pas confus : les souffrances en attendant la gloire]

Mais Sion et la terre ont disparu pour le présent en tant que centre et sphère des opérations divines. Car Christ rejeté est dans les cieux à la droite de Dieu, anges et autorités et puissances lui étant soumis [3:22]. Et comme Lui a souffert pour nous dans la chair, les Juifs qui croient sont appelés à s’armer de la même pensée [4:1], tout comme les saints des Gentils, et à ne pas trouver étrange le feu ardent au milieu d’eux, venu pour les éprouver [4:12] ; mais comme nous avons part aux souffrances de Christ, nous sommes appelés à nous réjouir de ce que, lors de la révélation de Sa gloire, nous pourrons nous réjouir avec allégresse [4:13]. Voilà la véritable part du chrétien pour le présent, souffrant d’épreuves variées, afin que l’épreuve de notre foi, plus précieuse que celle de l’or qui périt, et qui toutefois est éprouvé par le feu, soit trouvée tournée à louange, à gloire et à honneur en ce jour-là [1:7].


1.3.6 - [2:6-7 — pierre précieuse, pierre qui a du prix]

Assurément, la valeur précieuse de Christ sera alors manifeste. Des rois fermeront la bouche en Le voyant ; car ils verront ce qui ne leur avait pas été raconté, et ils comprendront ce qu’ils n’avaient pas entendu [És. 52:15]. Et les nations marcheront à la lumière de Sion, et les rois, à la splendeur de son lever [És. 60:3]. Pourtant, quelle miséricorde infinie maintenant, de ce que la ruine du peuple élu (non seulement sous la loi, mais bien pire en rejetant le Messie et l’évangile) n’a pas empêché le résidu croyant d’anticiper la bénédiction dans sa forme et sa plénitude chrétienne ! Tout est basé sur Christ mort et ressuscité et monté en-haut. « C’est donc pour vous qui croyez qu’elle a ce prix » [2:7]. Son rejet a été l’occasion d’accomplir à la gloire de Dieu tout ce qui avait été promis, et bien plus encore, selon ce qu’il a été donné à l’apôtre Paul de communiquer. Mais même ici, quelle richesse de grâce est déployée ! S’ils ne pouvaient qu’être tristes de l’incrédulité de leurs frères selon la chair, la grâce avait-elle été restreinte pour ceux qui croyaient ?


1.3.7 - [2:6-7 — les prophéties sur le rejet de Christ deviennent claires]

Maintenant, ils comprenaient l’importance de beaucoup de passages de l’Écriture restés obscurs jusque-là parce qu’ils n’arrivaient pas à imaginer que les conducteurs du peuple et le peuple des Juifs puissent être si endurcis, si enténébrés et si rebelles contre l’Éternel. Non seulement ceux-ci méconnaissaient les avertissements solennels de Sa parole qu’ils avaient entre leurs mains ou qu’ils avaient entendues, mais ils accomplissaient la voix des prophètes en condamnant Son serviteur juste [Actes 13:27], désigné par ces oracles divins, et par des miracles de puissance et de bonté divines [Actes 2:22], surpassés seulement par Sa gloire personnelle et par Son excellence morale sans équivalent de tous côtés.

Prenons un exemple. Ésaïe 53 n’était plus une énigme pour eux ; au contraire, ce chapitre fournit l’explication tout à fait lumineuse de faits certains et importants arrivés sous leurs yeux. « Qui a cru à ce que nous avons fait entendre, et à qui le bras de l’Éternel a-t-il été révélé ? Il montera devant lui comme un rejeton, et comme une racine [sortant] d’une terre aride. Il n’a ni forme, ni éclat ; quand nous le voyons, il n’y a point d’apparence [en lui] pour nous le faire désirer. Il est méprisé et délaissé des hommes, homme de douleurs, et sachant ce que c’est que la langueur, et comme quelqu’un de qui on cache sa face ; il est méprisé, et nous n’avons eu pour lui aucune estime. Certainement, lui, a porté nos langueurs, et s’est chargé de nos douleurs ; et nous, nous l’avons estimé battu, frappé de Dieu, et affligé ; mais il a été blessé pour nos transgressions, il a été meurtri pour nos iniquités ; le châtiment de notre paix a été sur lui, et par ses meurtrissures nous sommes guéris. Nous avons tous été errants comme des brebis, nous nous sommes tournés chacun vers son propre chemin, et l’Éternel a fait tomber sur lui l’iniquité de nous tous » (Ésaïe 53:1-6).


1.3.8 - [2:7-8a — la pierre rejetée devenue maitresse pierre de coin]

Les Juifs sont maintenant profondément incrédules, non seulement comme tous les hommes naturels, mais ils sont aveuglés judiciairement, car ils sont en face à la fois de la preuve la plus complète et de la patience la plus extrême. Mais leur jugement de soi finira par arriver au jour de la puissance du Messie et de leur délivrance nationale. Alors ils verront et confesseront tout, comme d’autres passages de l’Écriture l’attestent ; ils comprendront que l’Éternel a fait l’expiation pour tous leurs péchés au moyen de ce qui était leur péché suicidaire et inexcusable. Cette œuvre est déjà accomplie, et le résidu croyant y entre maintenant dans toute sa valeur, comme nous-mêmes d’entre les Gentils. Mais la masse reste encore insensible. « C’est donc pour vous qui croyez, qu’elle a ce prix ; mais pour les désobéissants, « la pierre que ceux qui bâtissaient ont rejetée, celle-là est devenue la maîtresse pierre du coin, et une pierre d’achoppement et un rocher de chute » [2:7-8a]. Combien la solution de l’énigme est évidente ! comment pourrait-il en être autrement à moins que Jésus ne soit le Christ et le Fils de Dieu ? Ps. 118:22 et És. 8:14 sont aussi clairement accomplis que la plus complète des prédictions. Tandis que le triomphe terrestre n’est à attendre que lorsqu’Israël Le reconnaitra entièrement, en attendant Jésus est fait la tête de l’angle dans le ciel ; et ceux qui croient maintenant, Juifs ou Gentils, jouissent de la bénédiction par la foi. Cela est maintenant plus excellent pour le cœur que la gloire visible quand elle apparaîtra, — ce qui arrivera certainement, pour ne rien dire de la gloire céleste qui sera également manifestée au-dessus du monde en ce jour-là.


1.3.9 - [2:8b — étant désobéissants, à quoi aussi ils ont été destinés]

L’état actuel des Juifs correspond au sombre arrière-plan du tableau. Les mots qui suivent sont aussi solennels moralement que certains dans les faits : « lesquels heurtent contre la parole, étant désobéissants, à quoi aussi ils ont été destinés ». Ni ici ni ailleurs, on ne trouve le dogme de l’état réprouvé que tient l’école calviniste ; rien dans les Écritures ne le justifie, pas plus qu’elles ne justifient l’erreur contraire des Pélagiens au sujet de la puissance pour faire le bien. Tout le mal est du côté de l’homme, tandis que le bien vient exclusivement de la grâce de Dieu. Il n’a jamais fait l’homme pour être pécheur, et il ne prend pas plaisir à la mort du pécheur [Éz. 18:23], encore moins à sa destruction éternelle. Mais il est souverain et suprême ; et l’homme a beau être effronté dans la désobéissance volontaire, la volonté de Dieu demeure. Il présente Sa grâce et sa vérité en Christ ; et les hommes trébuchent sur la parole qui Le révèle. À ceci ils n’ont pas été destinés, ni destinés à être désobéissants, mais étant désobéissants, ils ont été destinés à trébucher de cette manière que Dieu, dans Sa sagesse, avait disposé comme épreuve. Ils refusent et méprisent la Parole, tandis que d’autres, par grâce, se jugent eux-mêmes et croient Dieu et reçoivent paix et joie dans leur salut. Comparez Jude 4.


1.4 - [Ch. 2:9-10 — sacrificature royale]

Il n’y a pas seulement le fait que les chrétiens sont maintenant une maison spirituelle, une sainte sacrificature ; ils n’ont pas simplement ce titre, mais ils offrent des sacrifices spirituels, agréables à Dieu par Jésus-Christ. Ils sont dans le contraste le plus complet avec, par exemple, ceux qui trébuchent sur la Parole, les désobéissants. La liste des privilèges bénis est alors déployée.

« Mais vous, vous êtes une race élue, une sacrificature royale, une nation sainte, un peuple acquis, pour que vous annonciez les vertus de celui qui vous a appelés des ténèbres à sa merveilleuse lumière ; vous qui autrefois n’étiez pas un peuple, mais qui maintenant êtes le peuple de Dieu ; vous qui n’aviez pas obtenu miséricorde, mais qui maintenant avez obtenu miséricorde » (2:9, 10).


1.4.1 - [Privilèges de la sainte sacrificature : Culte et adoration]

Il est vrai qu’en tant que « sainte sacrificature », l’exercice de foi du cœur est dirigé vers Dieu qui nous a amenés à Lui par Sa grâce en Christ, et qui a ainsi pu nous faire approcher par le sang de Christ. Nous nous approchons donc en dedans, et offrons des sacrifices spirituels agréables à Dieu par Jésus-Christ. Ce que les fils d’Aaron faisaient dans le sanctuaire était d’ordre matériel et tirait toute sa valeur du fait d’être une ombre de Christ et de Son acceptation par Dieu comme une odeur parfaite et permanente de repos [Gen. 8:21] ; les saints sont exhortés maintenant à faire pareil. L’épître aux Hébreux [13:15] l’exprime de cette manière : « Offrons donc, par lui, sans cesse à Dieu un sacrifice de louange, c’est-à-dire le fruit de lèvres qui confessent son nom ». Y a-t-il un privilège plus élevé et plus intime que d’être en Sa présence, marchant dans la lumière comme Lui-même est dans la lumière [1 Jean 1:7], étant délivré de l’égoïsme qui éclate sous la forme de la volonté propre et étant purifié par le sang qui efface tout péché ? … le privilège d’adorer le Père, le seul vrai Dieu ? … le privilège de répandre nos actions de grâce pour toutes les grâces que nous avons reçues ? … le privilège de Le louer en esprit avec tous les saints, pour tout ce qu’Il est et a fait, et ce qu’Il nous a donné de recevoir et de connaître ?

Christ est le fondement et la substance de tout cela, et donc sans variation ni ombre de changement [Jacq. 1:17], et le Saint-Esprit est donné en sorte que des vases encore terrestres contiennent une puissance et un caractère divins. C’est une assimilation merveilleuse au culte éternel qui sera rendu au ciel durant toute l’éternité ; or déjà maintenant nous le possédons et nous y sommes invités, non comme un simple droit, mais comme une occupation joyeuse, spécialement quand nous sommes rassemblés à Son nom. Ce sera parfait et sans mélange au jour de gloire que nous attendons ; mais il nous convient d’y abonder déjà ici-bas, au vu de ce qui est déjà notre part : la lumière, l’amour et l’accomplissement de l’œuvre de Christ que nous connaissons ; cette œuvre accomplie garantit la bénédiction de tous à la gloire de Dieu, et Christ nous est révélé dans cette gloire comme le témoignage le plus complet et le gage de ce qui est à nous.

Nous ne devrions jamais confondre l’adoration avec le ministère de la parole. Aussi précieux que soit celui-ci, il n’est que le moyen de nous communiquer la vérité qui, étant reçue par l’Esprit, nous rend propre pour louer et adorer notre Dieu. C’est un service de Lévite plutôt qu’un service de sacrificateur qui s’approche pour offrir. Les communications de bénédiction de la part de Dieu à notre foi sont certes essentielles, et elles en sont la base, mais aucune n’a la même nature, le même caractère et le même effet que l’adoration ; car celle-ci est le retour du cœur, rendu libre par Sa présence, et fortifié par Son Esprit, pour présenter nos actions de grâce et nos louanges agréables à Dieu par le Sauveur, dans la communion de tous les saints.


1.4.2 - [2:9 — Race élue]

Pourtant, ce n’est pas tout. Les croyants sont également vus sous un autre angle. Eux et eux seuls sont une « race élue », au moment même où la nation élue s’était montrée plus que jamais coupable pour sa propre ruine. Or cette parole est adressée avant tout à un résidu Juif ; non pas que ce ne soit pas aussi vrai de tous ceux qui croient, mais il fallait que soient consolés ceux qui avaient été sauvés de cette génération perverse, sur laquelle un nouveau jugement était suspendu, et qui était sur le point d’être dispersée une fois de plus, et plus que jamais. Si la position d’Israël était perdue pour le moment, le résidu croyant obtenait la bénédiction et était déclaré être « une race élue ». La distinction dans le christianisme a acquis un caractère plus élevé et plus personnel.


1.4.3 - [2:9 — Sacrificature royale]

Ensuite ils étaient « une sacrificature royale » (ce que la sacrificature d’Aaron n’était pas), plutôt selon le modèle de Melchisédec dans le fait de répandre la bénédiction. Dans le jour à venir, Il exercera cette sacrificature en étant sacrificateur assis sur Son trône, au lieu de nous soutenir comme Il le fait maintenant à l’intérieur du voile. En attendant, ceux qui sont Siens sont considérés déjà maintenant comme une sacrificature royale pour manifester Ses vertus avant le jour de Sa puissance. Il ne s’agit évidemment pas de prêcher l’évangile aux perdus pour qu’ils soient sauvés, mais de raconter Ses vertus et Ses perfections, en témoignage à Celui qui seul est digne d’être exalté de Dieu au plus haut des cieux.


1.4.4 - [2:9 — Nation sainte]

Ils sont en plus « une nation sainte », alors que la nation qui aurait dû être telle, avait sur elle l’empreinte du pire mal, non pas juste de l’idolâtrie, mais le mépris du Saint de Dieu, le Messie. Dans la folie de leur haine aveugle, n’avaient-ils pas crié « que Son sang soit sur nous et sur nos enfants » ? Au contraire, le résidu qui Le reconnaissait et dont les péchés étaient lavés dans Son sang, était maintenant « une nation sainte », agréable par Son nom.


1.4.5 - [2:9 — Peuple acquis]

Enfin, ils étaient « un peuple acquis ». Si Dieu était moralement tenu de mettre de côté ceux qui résistaient toujours au Saint-Esprit comme leurs pères [Actes 7:51], ceux d’entre eux qui croyaient en Christ devenaient « un peuple acquis ». Ils étaient précieux parce que leur foi éclatait en franchissant les multiples obstacles de l’incrédulité, de l’orgueil et de l’aveuglement judiciaire qui enveloppaient la nation juive. Peu nombreux par rapport à la masse qui se précipitait vers la destruction, ils étaient « un peuple acquis » pour Dieu, afin qu’ils « annoncent les vertus [ou : perfections] de celui qui les avait appelés des ténèbres à sa merveilleuse lumière ».


1.4.6 - [2:9 — Annoncer les vertus de Celui qui nous a appelés à Sa merveilleuse lumière]

Telle est la position chrétienne ici-bas. Bientôt Israël aura une position de pouvoir et de gloire devant toutes les nations quand les aveugles verront et les sourds entendront que le Messie rejeté, le Seigneur l’Éternel, est leur seul Sauveur. Alors il sera clair que « J’ai formé ce peuple pour moi-même ; ils raconteront ma louange » [És. 43:21]. Et les hommes sauront, du soleil levant au soleil couchant qu’il n’y en a point hors Lui, l’Éternel, il n’y en a point d’autre [És. 45:6] ; et les cieux d’en haut et les nuages feront ruisseler la justice, et la terre s’ouvrira et apportera le salut, et la justice germera [És. 45:8]. Mais déjà maintenant, tandis que Christ rejeté est assis sur le trône du Père, et que l’Esprit a été envoyé pour Le glorifier d’une manière spirituelle dans un monde de ténèbres et de rébellion contre Dieu, ceux qui confessent Christ sont là pour annoncer Ses vertus. Ils peuvent bien le faire, car ils voient qu’Il les a appelés des ténèbres à Sa merveilleuse lumière. Si ceux-ci se taisaient, les pierres crieraient immédiatement, selon ce que Lui a dit [Luc 19:40]. Autrefois ils étaient autant dans les ténèbres que les autres. Il en est de même pour tous ceux qui croient maintenant ; vous étiez autrefois ténèbres, dit l’apôtre Paul aux Éphésiens [5:8], mais maintenant vous êtes lumière dans le Seigneur. Et en vérité c’est à une merveilleuse lumière que nous avons été appelés [2:9], Lui-même étant la vraie lumière qui ne trompe jamais et ne faiblit jamais [Jean 1:9]. Bien qu’elle ne soit pas encore apparue pour briller sur Sion, comme elle le fera sûrement, elle a fait luire, dans les cœurs de ceux qui croient, la lumière de la connaissance de la gloire de Dieu dans la face de Christ [2 Cor. 4:6]. Maintenant ce n’est que du ciel et pour le ciel, comme nous L’attendons. Bientôt Il va revenir et apparaître dans une lumière manifeste et incontestable pour Sion et pour Israël repentant ; et la terre qui, maintenant, est encore couverte de ténèbres, sera pleine de la connaissance de l’Éternel et de Sa gloire comme les eaux couvrent le fond de la mer [És. 11:9 ; Hab. 2:14].


1.4.7 - [2:10 — … retournement du « pas un peuple, pas obtenu miséricorde »]

En attendant, ceux qu’Il a appelés d’entre les Juifs sont consolés par l’assurance d’avoir en Christ, comme part assurée, tout ce qui peut être à eux, en accord avec la marche présente qui est par la foi et non par la vue. L’échec du terrain choisi en Ex. 19:5, 6 et 24:3-7 (leur obéissance) ne compromet pas ceux qui croient. Christ souffrant pour leur désobéissance, a établi ce qui ne pouvait pas déchoir. Leur foi repose sur Lui, non pas sur eux-mêmes ; quiconque croit en Lui ne sera pas confus [Rom. 9:33 ; 10:11] ; ils croient en Celui qui garantit tout pour le plus faible des Siens. C’est l’anticipation d’Osée 2:23 avant que ce verset se vérifie en Israël : c’est ce que prouve clairement le v. 10. Le droit de s’approprier les paroles du prophète leur est garanti déjà maintenant. Cela est dû à Christ que Dieu se plaît à honorer.

Il est plein d’intérêt et d’instruction de se rendre compte que Paul, écrivant à la fois aux croyants Juifs et Gentils, cite à la fois Osée 1:10 [en Rom. 9:26] et Os. 2:23 [en Rom. 9:25], tandis que Pierre, écrivant aux croyants Juifs de la dispersion, ne va pas plus loin que Osée 2:23. Les deux écrivains inspirés étaient parfaitement guidés par Dieu pour le but divin qui était le leur. C’est ce que Wiesinger a totalement manqué de discerner, et Alford, approuvant cette erreur, confond les deux vérités et détruit ainsi une distinction de toute importance pour l’intelligence spirituelle. Ceux qui précédemment n’étaient « pas mon peuple » sont désormais le peuple de Dieu ; ceux qui n’avaient pas obtenu miséricorde quant à leur état, avaient maintenant obtenu miséricorde. Combien est grande Sa miséricorde maintenant ! Il est bon et salutaire pour l’âme de ressentir habituellement qu’elle n’a besoin de rien d’autre au jour de la tentation dans le désert. C’est aussi ce que l’apôtre Paul rappelle aux Hébreux croyants à la fin de son ch. 4. En fait, c’est ce que la sacrificature de Jésus implique constamment. Tous les saints doivent chérir Sa sympathie et la miséricorde de Dieu tout au long de leur chemin terrestre.


1.5 - [Ch. 2:11-12 — Probité requise de la sacrificature]

L’exhortation au début du chapitre est fondée sur le fait d’être né de nouveau [régénérés] par une semence incorruptible par la vivante et permanente Parole de Dieu [1:23]. C’est à cause de cela qu’eux, comme tout autre chrétien bien sûr, devaient rejeter toute malice et toute fraude et tout ce qui va avec et leurs effets [2:1], et ils devaient désirer ardemment le pur lait de la Parole [2:2], afin de croître jusqu’au salut [2:3] de gloire qui est prêt à être révélé [1:5]. Ici [2:11-12], c’est une autre exhortation non moins générale et nécessaire ; elle est basée sur ces hauts privilèges d’une sacrificature sainte et royale qui distinguent le chrétien déjà maintenant, bien que leur manifestation en gloire soit encore future selon Apoc. 1 et 4 et 5 et 20. Ce qu’Israël a perdu en rejetant Christ appartenait à ces croyants, mais à un degré plus excellent et avec une sphère bien plus élevée selon la grâce souveraine de Dieu. Cela conduit l’apôtre à insister sur la probité qui y correspond.

« Bien-aimés, je vous exhorte, comme étrangers et gens qui séjournent [JND : forains et étrangers], à vous abstenir des convoitises charnelles, lesquelles font la guerre à l’âme, ayant une conduite honnête parmi les nations, afin que, quant aux choses dans lesquelles ils médisent de vous comme de gens qui font le mal, ils glorifient Dieu au jour de la visitation, à cause de vos bonnes œuvres qu’ils observent » (2:11, 12).


1.5.1 - [2:11a — « Bien-aimés », « forains et étrangers » ou « pèlerins et gens qui séjournent »]

Pour la première fois l’apôtre s’adresse à ces saints en tant que « bien-aimés », car il n’y a pas lieu d’ajouter « chers bien-aimés » comme dans la version autorisée anglaise (KJV). L’expression est la même qu’en 1 Pierre 4:12 et 2 - Pierre 1:17 & 3:1, 8, 14, 15, 17. Le mot d’affection [bien-aimés] est tout à fait approprié dans cette supplication de fuir les convoitises charnelles, comme plus loin celle de ne pas fléchir dans les épreuves ardentes. Il y a danger des deux côtés ; et les exhortations respectives venaient de son cœur vers le leur.

Mais il les appelle aussi « étrangers (ou : pèlerins) et gens qui séjournent [ou : voyageurs] », non pas au sens littéral de 1 - Pierre 1:1, mais avec la vision plus profonde et plus spirituelle de 1 - Pierre 1:17. Si la grâce les appelait au ciel, qu’avaient-ils à faire avec les objets, les poursuites et les intérêts de la terre ? Ils attendaient la révélation du Seigneur Jésus en gloire [1:7], appelés à être saints dans toute leur conduite, comme Celui qui les appelait est saint [1:15] — et tandis qu’ils avaient la liberté d’invoquer comme Père celui qui juge sans acception selon l’œuvre de chacun [1:17], ils étaient tenus de passer le temps de leur pèlerinage [ou : séjour] dans la crainte, quoiqu’il s’agît d’une crainte faite non pas de défiance mais de confiance ; car cette crainte est basée sur la connaissance consciente de la grâce divine ayant agi dans leur rédemption faite à un prix et une valeur infinis. Il leur avait parlé ici de leur proximité et de leur dignité inestimables devant Dieu, alors qu’Israël avait manifestement tout perdu pour le présent. C’était pour eux une bénédiction comme chrétiens, non pas une calamité en tant que Juifs, d’avoir été appelés à traverser le désert de ce monde en tant que pèlerins et voyageurs [gens qui séjournent]. S’abstenir des convoitises charnelles qui font la guerre à l’âme devait aussi donner d’autant plus de force à leur statut actuel d’étrangers. Même ce qui est légitime doit être utilisé avec mesure aux yeux de Dieu.


1.5.2 - [2:11b — S’abstenir des convoitises charnelles — abominations de Babylone]

Quelle différence frappante entre la manière dont la grâce use des privilèges spirituels, comme ici, et le principe qu’on soutient de l’église-monde, et même l’ambition de l’être ! Babylone [Apoc. 17] est maintenant vêtue de pourpre et d’écarlate, ornée d’or et de pierres précieuses et de perles, avec, dans la main, une coupe d’or remplie des abominations et des impuretés de sa fornication ; il est écrit « mystère » sur son front, et elle est enivrée du sang du saints et du sang des témoins de Jésus. Exaltation présente sur la terre, puissance universelle et gloire visible, idolâtrie grossière, trahison la plus dévergondée et corrompue de la sainte séparation pour Christ, et haine meurtrière des saints de Dieu et des témoins de Jésus : voilà les caractéristiques horribles, indélébiles et incontestables de Babylone pour tous ceux qui sont enseignés de Dieu.


1.5.3 - [2:11b — S’abstenir des convoitises charnelles — Babylone dominatrice]

Quel contraste déjà entre l’envie d’honneur extérieur et d’autorité des douze, et l’avertissement que leur adressait le Seigneur : « Vous savez que les chefs des nations dominent sur elles, et que les grands usent d’autorité sur elles. Il n’en sera pas ainsi parmi vous ; mais quiconque voudra devenir grand parmi vous sera votre serviteur ; et quiconque voudra être le premier parmi vous, qu’il soit votre esclave ; de même que le fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir et pour donner sa vie en rançon pour plusieurs » (Matt. 20:25-28). Dès le commencement de Son ministère, notre Seigneur a posé le principe, à ceux qui L’écoutaient, d’aimer leurs ennemis, de faire du bien à ceux qui les haïssaient, de bénir ceux qui les maudissaient, de prier pour ceux qui leur faisaient du tort. Pierre enseigne la même chose dans cette première épître, et cela a aussi été sa façon de vivre : bénir quand on souffre pour la justice, se réjouir maintenant quand on partage les souffrances de Christ afin de pouvoir se réjouir « avec transport » [4:13] en la révélation de Sa gloire. Bien avant que la domination mondiale du papisme s’impose, le système catholique n’a été que le développement du mystère d’iniquité — que la chair s’étalant dans le monde et à la suite du monde, à la joie de Satan — tout cela aussi loin de Christ connu par l’Esprit Saint qu’un théâtre ou un cirque est loin du ciel. Mais de plus grandes abominations que celles-là doivent arriver, jusqu’au jugement final éclatant qui ne sommeille pas [2 Pierre 2:4], car le Seigneur Dieu est puissant qui jugera Babylone pour toujours.


1.5.4 - [2:11b — Les convoitises qui font la guerre à l’âme]

Selon les pensées de Christ, les grands privilèges de la foi ne devaient que renforcer la joie du croyant en Dieu et sa vigilance en tant qu’« étrangers et voyageurs » à se maintenir à l’écart des convoitises charnelles qui font la guerre à l’âme. Ces convoitises ne sont plus les sentiments malins et acharnés de l’homme déchu comme au v. 1, mais c’est ne rien se refuser et tout se permettre. Combien de fois, par manque de prière et de vigilance, les convoitises charnelles naissent d’une estime sincère et d’une affection pure qui glissent sans qu’on s’en rende compte vers ce qui est de la chair ; c’est comme les Galates déchus de la grâce qui avaient commencé par l’Esprit et étaient sur le point d’achever par la chair [Gal. 3:3] ! Avec quelle facilité de petites familiarités naïves évoluent peu à peu de l’intimité de l’amour chrétien à de la liberté profane, sinon le pire du mal. La convoitise peut prendre d’autres directions et d’autres formes, comme la cupidité ou tout autre laisser-aller étranger à Christ. Ces désirs charnels, dont beaucoup sont vantés comme de l’épanouissement personnel, font la guerre à l’âme et sont de l’abomination aux yeux de Dieu. Combien cela est contraire à la vie nouvelle et éternelle que nous avons en Christ, et est incompatible avec la merveilleuse lumière de Dieu dans laquelle nous marchons ! Combien cela est malfaisant et avilissant pour le chrétien ! Cela attriste le Saint-Esprit, déshonore Christ et fait la guerre à l’âme.


1.5.5 - [2:12a — Appel à avoir une conduite honnête]

D’où l’appel d’avoir une conduite honnête (καλὴν) parmi les Gentils. Car ces Juifs chrétiens étaient dispersés au milieu d’eux. Bien que le ressort de la conduite soit la foi qui regarde au Père et l’invoque, c’est aussi une obligation de gagner les incrédules et les gens hostiles par une conduite pratique cohérente avec Christ, sans fournir d’occasion à ceux qui en cherchent. Car les gens du monde sont soupçonneux à l’égard des motifs et des manières de faire des fidèles, et ils ont un sens fort de ce que sont leurs responsabilités, même si ce n’est guère intelligent ; ils sont toujours à l’affût pour les prendre en faute. C’est pourquoi l’apôtre insiste sérieusement pour « que, quant aux choses dans lesquelles ils médisent de vous comme de gens qui font le mal, ils glorifient Dieu au jour de la visitation, à cause de vos bonnes œuvres qu’ils observent ».


1.5.6 - [2:12a — une conduite honnête parmi les nations]

Un reproche ancien et commun fait aux chrétiens par les Gentils [nations] était de dire qu’ils étaient athées, puisqu’ils se détournaient des idoles, et qu’on ne trouvait, dans leurs assemblées, aucune image d’or, d’argent, de pierre ou de bois, ni de représentation d’instruments humains. Les Juifs savaient bien que c’était juste parce qu’un Dieu vivant et vrai les avait gagnés en les détournant de telles vanités pour Le servir Lui seul. Mais ils étaient d’une jalousie acharnée de ce que les chrétiens ne devenaient pas des prosélytes de la loi, mais qu’ils croyaient en Son Fils ressuscité, Jésus le Libérateur, et qu’ils attendaient Sa venue des cieux [1 Thes. 1:10] ; ils étaient d’autant plus furieux que tous les chrétiens de la race d’Abraham avaient la même foi et la même espérance que les incirconcis.

Chez les Grecs et les Romains, le service de l’État était haut-estimé : celui qui ne prenait pas sa part de ses charges et n’accordait aucune valeur à ses ambitions n’en finissait pas d’être méprisé. Ne pas avoir ici-bas de ville durable, mais chercher celle qui est à venir, déclarer que le bien commun du chrétien est dans les cieux d’où nous attendons aussi le Seigneur Jésus-Christ comme Sauveur [Phil. 3:20], semblait relever de la folie tant aux Juifs qu’aux Grecs, et était tout à fait odieux.


1.5.7 - [2:12b — des bonnes œuvres observées par ceux qui médisent de vous]

L’amour aussi, en tant que lien de la perfection, les exposait à la suspicion éhontée et malveillante qui imputait des intentions perverses à la nouvelle fraternité qui étonnait le monde ; on accusait les femmes émancipées par la foi en Christ d’être de simples domestiques et jouets de l’autre sexe, et d’être dans une relation intime et communautaire impossible aux Juifs et Grecs, qu’ils soient esclaves ou libres, hommes ou femmes ; « car vous êtes tous un dans le Christ Jésus » [Gal. 3:28]. Il est facile de se faire une idée de ce que les hommes pensent et disent de ce qui n’est connu que de la foi et par la foi ; dans leur ignorance de la grâce et de la vérité, ils jugeaient qu’on ouvrait la porte aveuglément à la licence sans frein et à l’impureté. Mais l’apôtre exhorte qu’en observant les bonnes œuvres de ceux auxquels il s’adressait, même les gens qui parlaient d’eux comme des malfaiteurs puissent être amenés à s’élever au-dessus de leurs préjugés et à glorifier Dieu au jour de la visitation.


1.5.8 - [2:12b — glorifier Dieu au jour de la visitation]

L’apôtre ne leur adresse pas d’éloges. En effet le Christ met en garde contre de telles louanges comme étant dangereuses [Luc 6:26]. En Matt. 5:16, Il commande davantage que l’effet produit ici : « Que votre lumière (c’est-à-dire celle consistant à confesser Christ) brille ainsi devant les hommes, en sorte qu’ils voient vos bonnes œuvres et qu’ils glorifient votre Père qui est dans les cieux ». Notre apôtre ajoute ici « au jour de la visitation » ; mais ce n’est guère dans le sens d’être visité avec la même lumière et la même grâce que les chrétiens connaissent aujourd’hui, et c’est encore moins la visitation en un jour où les Gentils auraient une prédication plus claire de l’évangile qu’alors. Il semble plutôt que l’apôtre regarde au jour où Dieu jugera les secrets des hommes [Rom. 2:16], quand le Seigneur viendra mettre en lumière les choses cachées des ténèbres, et manifestera les conseils des cœurs ; et alors chacun recevra sa louange de la part de Dieu [1 Cor. 4:5].


1.6 - [Ch. 2:13-17 — diverses relations extérieures]

Ayant commencé par le jugement de soi comme source intérieure d’une conduite honnête devant les autres qui ont tendance à penser et à dire du mal des chrétiens, l’apôtre Pierre passe maintenant à diverses relations extérieures ; il nous exhorte à la conduite qui convient à ces relations.

« Soyez donc soumis à tout ordre humain pour l’amour du Seigneur, soit au roi comme étant au-dessus de tous, soit aux gouverneurs comme à ceux qui sont envoyés de sa part pour punir ceux qui font le mal et pour louer ceux qui font le bien ; car c’est ici la volonté de Dieu, qu’en faisant le bien vous fermiez la bouche à l’ignorance des hommes dépourvus de sens, comme libres, et non comme ayant la liberté pour voile de la méchanceté, mais comme esclaves de Dieu. Honorez tous les hommes ; aimez tous les frères ; craignez Dieu ; honorez le roi » (2:13-17).


1.6.1 - [2:13 — Soumission du résidu croyant qui remplace le peuple]

Vivre dans la soumission aux autorités était ressenti comme une tâche pénible moralement par les Juifs, spécialement du fait de la seule révélation de Dieu dont ils disposaient alors, et du fait que ces autorités étaient idolâtres et livrées à un esprit réprouvé. La masse n’a jamais accepté le joug des Gentils comme châtiment divin de leur méchanceté et de leur éloignement de Dieu qui avait daigné faire d’eux Son peuple. Et comme leur orgueil était irrité de ce qu’à la suite de leur rejet du Messie, Dieu, dans Sa grâce libre et indifférenciée, envoyait maintenant l’évangile aux nations autant qu’à eux, leur esprit rebelle a grandi jusqu’à attirer sur eux les jours de vengeance, de guerre et de désolation, comme prédit par Dan. 9:26 et par le Seigneur lui-même (Matt. 21:38-41 ; 22:7 ; Luc 21:20-24) ; en Luc le Seigneur fait clairement la distinction entre le siège romain sous Titus, et les événements beaucoup plus solennels qui doivent avoir lieu à la consommation du siècle (Luc 21:25-27, et plus complètement Matt. 24:15-31, et Marc 13:14-27).

À l’égard des chrétiens d’entre les Juifs dispersés auxquels l’apôtre écrivait, il était donc important de les exhorter à plaire à Dieu par une humble loyauté vis-à-vis des autorités, et par une attitude de grâce envers tous les hommes, se gardant de l’attitude contraire. Malgré le naufrage d’Israël, et plus que jamais celui de Juda aux yeux de Dieu parce qu’à leur ancienne iniquité ils ajoutaient le rejet ignominieux du Seigneur, le résidu qui croyait en Lui, non seulement recevait spirituellement ce que la nation cherchait selon la chair, mais il jouissait de nouvelles bénédictions en Christ qui allaient au-delà de tout ce que les saints d’autrefois possédaient. Les prophètes avaient déjà révélé que ce n’était pas pour eux-mêmes, mais pour le résidu croyant après les souffrances et la glorification du Christ, qu’ils administraient ces choses qui leur étaient annoncées par ceux qui les évangélisaient par le Saint Esprit envoyé du ciel [1:12].


1.6.2 - [2:13 — Motifs de soumission aux institutions humaines]

Dans un pareil cas, la conscience d’une bénédiction aussi riche et imméritée adoucit le cœur devant Dieu, et ouvre et amplifie de nouvelles affections envers l’homme. Car, comme l’écrivait un autre apôtre, « les armes de notre guerre ne sont pas charnelles, mais puissantes par Dieu pour la destruction des forteresses, détruisant les raisonnements et toute hauteur qui s’élève contre la connaissance de Dieu, et amenant toute pensée captive à l’obéissance du Christ » (2 Cor. 10:4, 5). Ainsi il était d’autant plus convenable, simple et facile d’être soumis à toute institution humaine pour l’amour du Seigneur du fait que, d’un côté, ils étaient enfants de Dieu et connaissaient leur rédemption par le sang précieux de Christ, et d’un autre côté ils étaient étrangers et voyageurs en séjour, et non pas chez eux sur la terre.


1.6.3 - [2:13 — Les relations dans l’église sont d’une autre nature]

L’église est une institution divine, non pas humaine, et tout chrétien en est une partie ou un membre vivant, quelle que soit sa position. Dieu en a établi certains dans l’église, d’abord des apôtres, en second lieu des prophètes, en troisième lieu des docteurs [ou : enseignants - 1 Cor. 12:28]. Après cela, il est parlé d’une autre classe, une classe inférieure : les miracles, puis les dons de guérisons, les aides, les gouvernements, diverses sortes de langues. Les dons-signes ont disparus, ainsi que, parmi les grands dons pour l’édification, ceux qui ont posé les fondements. Or Dieu est fidèle, quels que soient les changements dus à l’infidélité de l’homme ; et l’amour de Christ pour Son corps ne peut pas cesser Ses soins actifs et efficaces jusqu’à ce que nous parvenions tous à l’unité de la foi et de la connaissance du Fils de Dieu, à l’état d’homme adulte, à la mesure de la stature de la plénitude de Christ [Éph. 4:13].


1.6.4 - [2:13 — Soumission aux autorités pour l’amour du Seigneur dans un monde mauvais]

Ici c’est un appel extérieur aux institutions humaines à se soumettre à elles ; elles peuvent prendre différentes formes, mais toutes constituent une épreuve pour le chrétien. Or comme l’a écrit l’apôtre Paul aux saints de Rome (13:1) qui étaient surtout des Gentils, et où régnait un empereur cruel, sans scrupules et dépravé : « Que toute âme se soumette aux autorités qui sont au-dessus d’elle ; car il n’existe pas d’autorité, si ce n’est de par Dieu ; et celles qui existent sont ordonnées de Dieu ». Ce qui est placé devant nous dans ce passage, n’est pas la providence secrète, mais les faits concrets manifestes. Dans les deux cas [1 Pierre 2 et Rom.13], le devoir est de se soumettre ; ici c’est « pour l’amour du Seigneur », tandis qu’en Romains 13, c’est « à cause de la conscience ». Une république a ses droits autant que la royauté. La seule relation révélée au croyant est la sujétion, sans qu’ici ou ailleurs dans le Nouveau Testament, il y ait un seul mot poussant à exercer l’autorité dans le présent siècle mauvais. La grâce de Christ est le modèle pour tout chrétien ; et l’expression « pour l’amour du Seigneur » n’a pas trait à Sa relation à la création humaine, bien que Lui soit effectivement Seigneur de tout [Gal. 4:1], mais cette expression se rapporte à Son appel aux saints eux-mêmes, pour qu’ils Lui obéissent dans la soumission aux autorités du monde.


1.6.5 - [2:14 — Soumission à toutes sortes d’autorité]

Mais tout en enjoignant la soumission à tous, l’Esprit fait des distinctions : « soit au roi comme étant au-dessus de tous, soit aux gouverneurs comme à ceux qui sont envoyés de sa part pour punir ceux qui font le mal et louer ceux qui font bien » [2:14]. « Envoyé de sa part » se réfère à l’autorité royale en tant qu’autorité supérieure. S’il était fait référence à Dieu, je crois que la préposition utilisée aurait été ὑπὸ, « par », et non pas διὰ, « par le moyen de ». Prêcher qu’il y ait une mission divine, non du roi, mais seulement des gouverneurs délégués, est une erreur aberrante que tous peuvent apercevoir.

Le but d’un gouvernement quelconque exprimé dans la dernière partie du v. 14 est très clair. C’est punir ceux qui font le mal et encourager ceux qui font le bien. L’obligation générale fut prescrite à Noé après le déluge. Dans le monde antédiluvien, il n’est question ni de roi ni de magistrat. Les gens imaginent et raisonnent de manière abstraite au sujet de l’époque d’Adam ; or le cas de Caïn laissé impuni aux mains de l’Éternel indique comment les choses se passaient alors. Ensuite vint ce qui est la première base du gouvernement humain : « De la main de l’homme, de la main du frère de chacun, je redemanderai la vie de l’homme. Qui aura versé le sang de l’homme, par l’homme son sang sera versé ; car à l’image de Dieu, il a fait l’homme » (Gen. 9:5, 6). La vie appartient à Dieu qui a ainsi communiqué ce principe à Noé. Désormais l’homme était responsable, en tant que serviteur de Dieu, d’exécuter la colère, y compris jusqu’au sang si le sang avait été versé ; car il ne doit pas porter l’épée en vain [Rom. 13:4]. Ce fut le commencement des dispensations ; car dans un sens absolu, l’état Adamique n’en était pas une, ni les nouveaux cieux et la nouvelle terre n’en seront une pendant les âges sans fin. Nimrod, le rebelle de la lignée de Cush, ne tarda pas à profiter de la dispersion pour s’attribuer de son propre chef un pouvoir despotique ; et le commencement de son royaume fut Babel, et Érec, et Accad, et Calné, au pays de Shinhar [Gen. 10:8-10].

Ceux qui sont du Christ n’ont rien à faire directement avec le gouvernement du monde. Il est dit expressément qu’ils ne sont pas du monde comme Lui n’en était pas (Jean 17:14, 16) : Il refusa même d’arbitrer un cas où on cherchait Son intervention informelle ; Il ne voulut pas être juge pour partager un héritage (Luc 12:13, 14). « Mon royaume n’est pas de ce monde : si mon royaume était de ce monde, mes serviteurs auraient combattu pour que je ne sois pas livré aux Juifs, mais maintenant mon royaume n’est pas d’ici » [Jean 18:36]. Il était venu dans le monde pour rendre témoignage de la vérité [Jean 18:37], et c’est là encore la mission des chrétiens. Durant l’âge à venir, on les verra, Lui et eux, régner sur la terre, quand le mal sera jugé infailliblement et que l’iniquité se cachera la tête. C’est maintenant le temps de souffrir avec Lui, en attendant d’être glorifié. Voilà pourquoi nous devrions être d’autant plus zélés à nous soumettre à tout ordre humain, et pas seulement à un roi comme étant au-dessus de tout, mais aussi aux gouverneurs envoyés de temps en temps de sa part pour s’occuper des malfaiteurs et pour louer ceux qui font bien. Voilà notre devoir pour l’amour du Seigneur, tandis que nos intérêts propres sont en haut.


1.6.6 - [2:15-16 — esclaves de Dieu]

Une raison de poids suit : « Car c’est ici la volonté de Dieu (et ne sommes-nous pas sanctifiés pour l’obéissance — l’obéissance de Jésus ? [1:2]), qu’en faisant le bien vous fermiez la bouche (litt. : museliez) à l’ignorance des hommes dépourvus de sens, — comme libres, et non comme ayant la liberté pour voile de la méchanceté, mais comme esclaves de Dieu » [2:15-16]. Combien cela est du bon sens, salutaire, désintéressé et pieux ! La réponse vraie et convenable à la haine méchante du monde est une manière de vivre pieuse. Car les hommes en tant que tels, tous et non pas seulement certains, sont dépourvus de sens s’ils ne connaissent pas Dieu, et trouvent un malin plaisir à imputer leurs propres fautes à Ses enfants. L’habitude de faire le bien ne consiste pas à renoncer à la liberté dans laquelle Christ nous a libérés, mais à vivre par l’Esprit, et aussi à marcher par l’Esprit, au lieu de se vêtir de la liberté pour voiler la méchanceté, selon ce que prétendaient les ennemis. C’est notre bonheur et notre devoir chéri de nous comporter comme les esclaves de Dieu : voilà ce que nous sommes réellement ; nous trouvons que c’est la loi parfaite de la liberté, car cela découle de notre nouvelle nature.


1.6.7 - [2:17a — Honorez tous les hommes]

Le paragraphe se termine par une conclusion précise et riche de contenu : « Honorez tous les hommes ; aimez tous les frères ; craignez Dieu ; honorez le roi ». La forme du premier honneur à rendre n’est pas la même que la seconde expression du même acte : faites-le quand vous êtes appelés à le faire, et non pas faites comme vous avez l’habitude. Le chrétien ne doit pas manquer de se souvenir que l’homme a été fait à l’image de Dieu comme nulle autre créature. Hélas ! depuis qu’il est déchu, il est enclin à oublier ce qui le reprend dans ses multiples inconséquences.


1.6.8 - [2:17b — Aimez tous les frères]

« Aimer tous les frères » est un devoir constant ; mais l’amour prend des formes variables selon leur état. Aucun chrétien n’est appelé à aimer ce qui est charnel ou mondain ; ni non plus un chemin schismatique, hérétique ou sectaire ; mais il est appelé à se détourner de l’un, et à ne plus avoir affaire avec l’autre après une première et seconde admonestation [Tite 3:10], même s’il a pu un temps être honoré au service de Dieu. L’amour veut se donner de la peine envers ceux qui sont coupables de fautes mineures, avertissant les déréglés, consolant ceux qui sont découragés, soutenant les faibles, usant de patience envers tous [1 Thes. 5:14]. C’est juste le contraire de la recherche de soi, de l’indifférence et de l’indépendance sous toutes ses formes.


1.6.9 - [2:17c — Craignez Dieu]

Alors combien il est nécessaire de cultiver habituellement la crainte de Dieu ! Il n’y a rien de juste quand elle manque. La sainte crainte de Dieu met dehors toute crainte de l’homme déshonorante et toute crainte de Dieu qui tourmente. Nous connaissons Sa majesté, Sa sainteté et Son caractère juste ; et nous savons aussi qu’Il nous aime au-delà de l’amour d’un père, avec la perfection du Père vis-à-vis du Fils. Puissions-nous tous approfondir notre crainte de Lui !


1.6.10 - [2:17d — Honorez le roi]

Il reste les mots « honorez le roi ». Cela aussi est continu. Quel que soit son caractère personnel, le roi représente Dieu dans les choses de la terre. Le chrétien, s’il est fidèle à son appel céleste, n’a rien qui l’aveugle ; car il ne recherche aucun intérêt personnel, ni faveur ou honneur, et n’a donc pas à ressentir les déceptions de ceux qui vivent pour les choses présentes. Il peut donc, dans la simplicité et une sincérité pieuse honorer le roi dans sa fonction comme provenant de Dieu dans Sa providence (car c’est de l’ignorance que de parler ici de Sa grâce) ; il peut le faire par ce qui est son habitude, les supplications, les prières, les intercessions et les actions de grâces, non seulement pour tous, mais spécialement pour les rois et les haut-placés, afin que nous puissions mener une vie paisible et tranquille [1 Tim. 2:1-2]. Nos souffrances, nos peines et les conflits viennent de ce que nous avons Christ comme notre vie dans un monde que Satan a conduit à Le crucifier ; et ils viennent aussi de ce que nous avons à faire à des gens qui portent le nom du Seigneur tout en cherchant leurs propres intérêts et non pas ceux de Jésus-Christ [Phil. 2:21]. La fausse gloire du monde, l’égoïsme et la propre volonté charnels, l’antagonisme de Satan contre Christ et contre la vérité, voilà ce qui est à surmonter habituellement par la foi et dans la soumission de cœur à Dieu.


1.7 - [Ch. 2:18-20 — les domestiques]

L’exhortation suivante est adressée aux domestiques (οἰκέται), interrompant l’appel sans restriction des versets 11-17. L’apôtre commence bien par les domestiques, mais il ne poursuit pas jusqu’aux maîtres comme l’apôtre Paul dans ses épîtres. Puis il écrit [ch. 3] aux femmes et aux maris, mais ne dit rien de spécial pour les enfants ou les pères. On peut remarquer que les « domestiques » sont désignés ici par un terme plus doux, voire plus étendu, que le terme d’« esclaves » des lettres à Éphèse et à Colosses. En tout cas ils sont mis en contraste avec les οἰκότριψ ou esclaves nés. On peut comprendre qu’il s’agissait de serviteurs d’origine juive embauchés par des Juifs.

« Vous, domestiques, soyez soumis en toute crainte à vos maîtres (δεσπόταις), non seulement à ceux qui sont bons et doux, mais aussi à ceux qui sont fâcheux ; car c’est de la grâce [JND : une chose digne de louange], si quelqu’un, par conscience envers Dieu, supporte des afflictions, souffrant injustement. Car quelle gloire y a-t-il, si, souffletés pour avoir mal fait, vous l’endurez ? mais si, en faisant le bien (ἀγαθοποι.), vous souffrez, et que vous l’enduriez, cela est de la grâce [JND : digne de louange] devant Dieu » (2:18-20).


1.7.1 - [Importance de laisser Dieu s’adresser directement à l’homme]

L’un des plaies les plus odieuses et destructrices dans le Romanisme a été l’interdiction de la parole de Dieu par ce qu’on appelle l’église, hormis dans les cas approuvés par elle. Personne hormis Satan ne lui a donné une telle autorité. Mais sur ce point, le protestantisme ne s’est jamais élevé jusqu’à la vérité ; car en s’opposant à l’arrogance des papes, il est tombé dans le piège de réclamer le droit de l’homme à la Bible, ce qui a conduit facilement aux principes pervers de la révolution française et du socialisme [sans Dieu] et d’autres iniquités de ce genre. Le chrétien connaît que c’est son vrai privilège et son obligation solennelle d’affirmer le droit de Dieu d’adresser Sa parole à Ses enfants maintenant, comme autrefois à Israël, sans oublier le droit qu’Il a de s’adresser à l’homme universellement dans l’Ancien comme dans le Nouveau Testament. C’est justement là que se situe la culpabilité apostate de ce qu’on appelle à tort la Haute-Critique, alors que ce terme n’est qu’un euphémisme pour de la vile incrédulité ; c’est par son moyen que de nombreuses personnes aimables et se voulant respectueuses sont prises au piège dans les églises nationales ou dissidentes ou dans le papisme.

Combien est saisissant le contraste entre le monde et la communication que Dieu commence par faire aux domestiques dont le sort parmi les Grecs et les Romains était bien difficile ! Les esclaves n’étaient en tout cas rien de plus que des outils vivants ou des possessions vivantes ; leur nombre était immense, tant dans le public que dans le privé.


1.7.2 - [2:18 — difficultés rencontrées par les domestiques]

L’apôtre commence avec ceux qui servent à la maison en tant que classe. Il venait d’exhorter tous les croyants en rapport avec l’autorité publique ; il insiste ici sur la soumission dans la maison. Il est enjoint aux domestiques d’être soumis en toute crainte à leurs maîtres ; ils étaient chrétiens et obligés de servir bien des maîtres où le danger de provocation était extrême. Ils avaient donc besoin de marcher dans une grande crainte. Car selon Christ, leur soumission pieuse était due non seulement aux maîtres bons et doux, mais aussi à ceux qui étaient retors et pervers, ce qui était fréquent.

Où trouve-t-on parmi les hommes un principe aussi noble, moralement parlant ? Dans l’Ancien Testament on voit combien les chefs juifs agissaient égoïstement envers leurs propres frères selon la chair. Quels conflits, quelles humiliations en ressentait un Esdras, lévite, et un Néhémie, gouverneur ! Inutile de parler des cœurs durs et cruels des païens, y compris parmi les Grecs civilisés et encore plus les Romains ; la barbarie de ces derniers les amenait à devoir affronter des représailles, des rébellions et des guerres graves. L’élévation de cœur sur laquelle l’apôtre s’appuie, s’explique par la foi qui regarde à Christ, comme cela ressort du contexte qui suit. Ils devaient servir le Seigneur Christ dans un esprit de grâce, non pas de simple abnégation. Peu importe que leurs maîtres fussent sans valeur ; la grâce élève l’âme au-dessus des maîtres les plus chagrins, et permet d’obéir et de souffrir même un tort éhonté.


1.7.3 - [2:19-20 — digne de louange]

Selon ce qu’explique l’apôtre, si, par conscience envers Dieu, on endure des afflictions, souffrant injustement, c’est de la « grâce » qui fait contraste avec le penchant naturel en faveur de réclamations légales. À la fin du v. 20, la version autorisée anglaise traduit le mot par « agréable », [JND traduit « digne de louange » à la fois au v. 19 et au v. 20], ce qui, à cet endroit, est un sens correct et défendable. Mais il me paraît plus simple et plus fort d’adopter le sens ordinaire du mot grec [grâce], en gardant à l’esprit qu’il ne s’agit pas de la grâce comme elle est en Dieu, mais de la réponse à celle-ci chez ceux qui croient. En ceci et selon leur mesure, ils sont imitateurs de Dieu comme de bien-aimés enfants, et ils marchent dans l’amour comme Christ les a aimés [Éph. 5:1].

On a voulu traduire le mot par « digne de reconnaissance » ici comme en Luc 6:32-34 [JND traduit là par « savoir gré »]. Mais cela relève de la myopie, parce que le mot n’est pas suivi de ὑμῖν (à vous) en 1 Pierre 2 comme il l’est en Luc 6, et cela fait une différence notable. Nous pouvons facilement comprendre l’à-propos d’être reconnaissant « à vous », ou savoir gré « à vous », tandis qu’ici « grâce à vous » ne tient pas la route. Ici, dans le premier cas [début du v. 19], le mot [grâce pour WK ; digne de louange pour JND] est utilisé dans un sens absolu ; dans le second cas [fin du v. 20], les mots adjoints παρὰ τῶ θεῶ (= « devant Dieu ») introduisent un sens très différent : Dieu se plaît à trouver dans Son enfant ce qui Le reflète Lui.


1.7.4 - [2:19-20 — attitude en face d’afflictions injustes]

L’apôtre développe son argument plus en profondeur au v. 20. « Car quelle gloire y a-t-il, si, souffletés pour avoir mal fait, vous l’endurez (ou : le supportez) ? » Personne ne soutiendrait cela. On supporte les conséquences d’une faute reconnue. C’est la seule attitude naturelle dans de telles circonstances. « Mais si, en faisant le bien, vous souffrez, et que vous l’enduriez (ou : le supportiez), ceci est de la grâce [JND : digne de louange] devant Dieu ». N’est-ce pas surnaturel ? Pourtant, c’est ce que le Seigneur attend, non seulement de la part de Ses saints mûris et instruits, mais des plus humbles subalternes qui invoquent Son nom. Car Dieu ne méprise personne, et a choisi par Sa grâce les choses folles du monde pour couvrir de honte les sages ; et Il a choisi les choses faibles du monde pour couvrir de honte les choses fortes ; et Dieu a choisi les choses viles du monde, et les choses méprisées afin d’anéantir celles qui sont, afin qu’aucune chair ne se glorifie devant Dieu [1 Cor. 1:27-29]. Si un domestique était chrétien et objet d’une injustice, au lieu d’en être irrité il était exhorté à suivre Christ dans son chemin d’amour souffrant. Impossible de le faire à moins de demeurer en Lui ; mais celui qui dit demeurer en Lui doit marcher, comme Lui a marché [1 Jean 2:6].


1.8 - [Ch. 2:21-23 — une position de souffrance]

La position de souffrance pour le chrétien est appuyée par celle de Christ Lui-même, pour la consolation spéciale des domestiques chrétiens ; c’est ce qui est dit ensuite.

« Car c’est à cela que vous avez été appelés ; car aussi Christ a souffert pour vous, vous laissant un modèle, afin que vous suiviez ses traces, lui qui n’a pas commis de péché, et dans la bouche duquel il n’a pas été trouvé de fraude ; qui, lorsqu’on l’outrageait, ne rendait pas d’outrage, quand il souffrait, ne menaçait pas, mais se remettait à celui qui juge justement » (2:21-23).


1.8.1 - [2:21 — opposition du monde]

Les relations du monde avec les saints, domestiques ou non, sont définies clairement, sans équivoque ; il en était déjà ainsi pour les apôtres [dans les évangiles] : « Je leur ai donné ta parole, et le monde les a haïs, parce qu’ils ne sont pas du monde, comme moi je ne suis pas du monde » (Jean 17:14). « Si le monde vous hait, sachez qu’il m’a haï avant vous. Si vous étiez du monde, le monde aimerait ce qui serait sien, mais je vous ai choisis du monde : c’est pourquoi le monde vous hait. Aucun esclave n’est au-dessus de son maitre : s’ils m’ont persécuté, ils vous persécuteront aussi ; s’ils ont gardé ma parole, ils garderont aussi la vôtre » (Jean 15:18-20). Cette opposition peut être éprouvante, bien sûr, mais combien grand est l’honneur moral d’une telle association avec Christ ! « Car c’est à cela que vous avez été appelés » [1 Pierre 2:21]. Dieu a permis cela, Dieu l’a dirigé en étant plus fort, Il l’a utilisé pour le bien de Ses enfants ici-bas.


1.8.2 - [2:21 — instructions du Seigneur quant à l’attitude face à l’opposition du monde]

Auparavant, le Seigneur avait déjà fait connaître plus largement Sa volonté, la volonté de Dieu. « Mais à vous qui écoutez, je vous dis : Aimez vos ennemis ; faites du bien à ceux qui vous haïssent ; bénissez ceux qui vous maudissent ; priez pour ceux qui vous font du tort. À celui qui te frappe sur une joue, présente aussi l’autre ; et si quelqu’un t’ôte ton manteau, ne l’empêche pas [de prendre] aussi ta tunique. Donne à tout homme qui te demande, et à celui qui t’ôte ce qui t’appartient, ne le redemande pas. Et comme vous voulez que les hommes vous fassent, vous aussi faites-leur de même. Et si vous aimez ceux qui vous aiment, quel gré vous en saura-t-on ? car les pécheurs aussi aiment ceux qui les aiment. Et si vous faites du bien à ceux qui vous font du bien, quel gré vous en saura-t-on ? car les pécheurs aussi en font autant. Et si vous prêtez à ceux de qui vous espérez recevoir, quel gré vous en saura-t-on ? car les pécheurs aussi prêtent aux pécheurs, afin qu’ils reçoivent la pareille. Mais aimez vos ennemis, et faites du bien, et prêtez sans en rien espérer ; et votre récompense sera grande, et vous serez les fils du Très-haut ; car il est bon envers les ingrats et les méchants. Soyez donc miséricordieux, comme aussi votre Père est miséricordieux » (Luc 6:27-36).


1.8.3 - [2:22-23 — Christ le modèle]

Cette attitude, c’est Christ dans la pratique, c’est la manifestation du caractère du Père reproduit dans Ses enfants. Il serait évidemment absurde de s’attendre à un tel caractère chez l’homme déchu comme tel, c’est-à-dire dans le monde ; mais le Seigneur n’attend rien moins que cela de ceux qui sont à Lui. Qui est suffisant pour ces choses ? [2 Cor. 2:16]. Notre suffisance vient de Dieu. Ne doutez pas de Lui, ne laissez pas l’incrédulité estimer que ce sont des choses du passé. Elles conviennent au chrétien en tout temps, il y est même tenu. Et nous en lisons un motif : « car Christ a aussi souffert pour vous ». Était-ce pour que nous échappions à la souffrance ? Au contraire, il a souffert pour vous, « vous laissant un modèle (ou : une copie) afin que vous suiviez ses traces ».

Le saint a besoin d’un objet de la part de Dieu pour former nos âmes et façonner nos voies. Il met Christ devant nous. Quelque chose ou quelqu’un Lui est-il comparable ? Il y a eu des défauts chez les meilleurs des saints dans leur meilleur état ; pensez à Pierre, Paul et Jean. Christ « n’a pas commis de péché, et il n’a pas été trouvé de fraude dans sa bouche » [2:22]. Christ, « quand on l’outrageait ne rendait pas d’outrage ; quand il souffrait ne menaçait pas, mais se remettait à celui qui juge justement » [2:23]. Parmi ses adversaires les plus acharnés qui cherchaient toutes les occasions, qui L’a jamais convaincu de péché ? [Jean 8:46]. Il a toujours fait les choses qui plaisaient à Son Père [Jean 8:29], et jamais il n’a fait d’autre volonté que la Sienne ; Il était le plus humble des hommes, et cependant au-dessus du plus élevé. Car il n’y a rien de si humble que l’obéissance ; il n’y a rien de si pur et moralement élevé que d’obéir à Dieu. Lui et Lui seul a été « Son serviteur juste » [És. 53:11], de manière absolue et parfaite.


1.9 - [Ch. 2:24 — Les souffrances où Christ a été seul]

Jusqu’ici l’apôtre a parlé en général des souffrances du Seigneur pour nous, ces souffrances dans lesquelles Il reste l’exemple sans pareil d’un amour sans murmure et d’une justice inébranlable et patiente dans un monde mauvais ; maintenant l’apôtre laisse cette référence générale et il passe aux souffrances uniques dans leur caractère avant et après l’expiation de nos péchés ; elles sont exprimées ici en des termes d’une extrême simplicité. Dans l’expiation, Christ n’a eu personne pour L’accompagner ou Le suivre.

« Qui Lui-même a porté nos péchés en son corps sur le bois, afin qu’étant morts aux péchés, nous vivions à la justice ; par la meurtrissures duquel vous avez été guéris » (2:24).


1.9.1 - [2:24a — Il a porté nos péchés]

Notre texte aussi bien que l’épître aux Hébreux (9:28) établissent que le sens du mot ἀνήνεγκεν (« a porté ») se rapporte strictement à un sacrifice, du fait que ce verbe a pour complément d’objet « nos péchés ». Dans une formule groupant ces mots, c’est le sens simple et unique de « a porté ». C’est aussi l’usage régulier, sinon invariable, de la Septante, ce qui satisfera n’importe quel érudit. La notion d’un sens suggestif « élever à » ou « concernant » le bois qui équivaudrait à l’autel, est certainement une erreur. C’est même du n’importe quoi.

[Ici un texte non traduit : L’auteur WK fait ici une très longue justification de la traduction « a porté nos péchés SUR le bois » et non pas « a porté nos péchés AU bois ; cette mauvaise traduction conduit à nier l’expiation des péchés par Christ sur la croix].

C’est donc l’œuvre de Christ sur la croix qui est devant nous dans ce v. 24 ; c’est la réponse de la grâce divine aux besoins de l’homme et aux dangers qu’il court, et c’est aussi la base de la justice divine ; mais ce dernier sujet a été laissé à Paul qui l’a traité formellement et complètement. Ce qui est échu à la ferveur de Pierre, c’est le but pratique : « qu’étant morts aux péchés, nous vivions à la justice ». Les deux apôtres ont pris plaisir à ces merveilleuses antithèses qui glorifient Dieu et le Seigneur Jésus, Son Fils.


1.9.2 - [2:24b — étant mort aux péchés]

Dans tout le Nouveau Testament, le mot ἀπογενόμενοι, « étant morts » n’apparait qu’une fois, ici. On le trouve chez les meilleurs auteurs classiques, et correspond à notre « décédé », plutôt qu’au mot ordinaire pour « mort ». Ce dernier est utilisé par l’apôtre Paul pour le privilège dans lequel le chrétien est introduit, celui de connaître sa délivrance du péché, distincte de la rémission de ses péchés. Ce privilège supplémentaire est traité de Romains 5:12 jusqu’à la fin de Romains 8. Il est trop souvent confondu avec ce qui précède, bien qu’il s’agisse clairement de la grave question de l’état du chrétien qui surgit généralement quand l’âme découvre le pardon de ses péchés. Quand l’apôtre Pierre parle d’« être mort aux péchés », c’est tout autre chose que la doctrine de Paul. C’est simple et pratique (en avoir fini avec les péchés), comme l’était le domaine de sa mission en général. Il est vrai que parfois le mot signifie « n’avoir pris aucune part à » et « être absent ou à l’écart de » ; mais chez un écrivain correct, le contexte suffit toujours à déterminer le sens voulu. Ici, il prouve qu’il s’agit de la mort spirituellement, parce que c’est afin que nous puissions vivre à la justice. Aucun autre sens ne s’appliquerait ici. Cela ne veut jamais dire « étant libéré de », comme certains l’ont dit.


1.9.3 - [2:24c — par la meurtrissure duquel vous avez été guéris]

L’apôtre ajoute un encouragement plein de grâce issu du résultat déjà accompli par Christ et accordé au croyant ; il reprend des paroles du même chapitre d’Ésaïe 53 où l’on trouve ce qui se rapporte exclusivement aux souffrances expiatoires de Christ : « par les meurtrissures duquel vous avez été guéris ». Quel étrange paradoxe, mais néanmoins quelle vérité bénie ! Le mot meurtrissure fait allusion aux coups de fouets. L’assurance du chrétien ne repose pas sur l’indignité faite par Pilate au Seigneur de gloire, mais sur ce que Dieu a opéré pour des impies par la mort ignominieuse, mais glorieuse, de Son Fils !


1.10 - [Ch. 2:25 — ]

Le besoin de guérison pour les croyants revient ici : « Car vous vous étiez errants comme des brebis, mais maintenant vous êtes retournés au berger et au surveillant de vos âmes » (2:25).


1.10.1 - [2:25a — errant comme des brebis]

La description convient admirablement à ceux des Juifs qui s’étaient repentis et avaient cru à l’Évangile. Cela est vrai dans le fond pour les pécheurs comme nous d’entre les nations. Car, comme disait le Bon Berger, « j’ai d’autres brebis qui ne sont pas de cette bergerie ; il faut que je les amène, elles aussi ; … et il y aura un seul troupeau, un seul berger » [Jean 10:16]. Voilà les moyens que la grâce souveraine a employés et rendus efficaces pour rassembler autour de Christ.

Rares sont en effet les épîtres qui ne présentent pas notre condition antérieure de perdus. Rom. 1 dans sa seconde moitié est un tableau terrible, mais exact, du monde des Gentils sous la domination des lettres grecques et de l’administration romaine. Les vestiges païens chez les poètes, dramatiques ou autres classiques, démontrent leur vilenie effective et inconsciente, que l’apôtre ne fait que toucher, mais d’une main sainte. Rom. 3 fait sentir leur ruine morale aux Juifs d’après leur propre loi, leurs psaumes et leurs prophètes, afin que toute bouche soit fermée, et que tout le monde tombe tel quel sous le jugement de Dieu. C’est pourquoi l’homme n’avait aucune justice devant Dieu (c’est universel), et le besoin d’une justice de Dieu était absolu pour l’homme, si l’on voulait qu’il y ait quand même des sauvés. La rédemption qui est, par grâce, dans le Christ Jésus, a posé le fondement de cette justice justifiante de Dieu, qui est par la foi en Jésus-Christ, comme il est écrit, envers tous et sur tous ceux qui croient. Car il n’y a pas de différence, car tous ont péché ; et Dieu montre Sa justice dans le temps présent de l’évangile, afin qu’Il soit Lui-même juste et qu’Il justifie celui qui a foi en Jésus [Rom. 3:22-26].

En 1 Cor. 1 la prétention juive à des signes de puissance et la prétention grecque à la sagesse sont pareillement réduites à néant par Christ crucifié ; pour ceux qui sont appelés, Juifs et Grecs, c’est Lui qui est la puissance de Dieu et la sagesse de Dieu. L’homme tel qu’il est ne peut pas hériter du royaume de Dieu. Les Corinthiens auraient dû être les derniers à oublier leur dépravation éhontée. Et ces choses qu’on préfère ne même pas nommer, avaient marqué quelques-uns des saints, comme l’apôtre le leur rappelle : « mais vous avez été lavés, mais vous avez été sanctifiés, mais vous avez été justifiés au nom du Seigneur Jésus-Christ et par l’Esprit de notre Dieu » [1 Cor. 6:11]. 2 Cor. 5 fournit un brillant témoignage de la même grâce à ceux qui étaient moralement morts et non-réconciliés ; d’autres écrits apostoliques sont également pleins de la même miséricorde pour les pécheurs. Ces écrits suffisent à prouver l’activité de l’amour divin en Christ envers un monde coupable. Combien est triste ce que le Seigneur disait aux Juifs, et qui est également vrai des Gentils : « Vous ne voulez pas venir à moi pour avoir la vie » (Jean 5:40). Tout le mal est du côté de l’homme ; la bonté est entièrement du côté de Dieu, comme le Seigneur Jésus en est le parfait exemple. « Je ne mettrai pas dehors celui qui vient à moi » (Jean 6:37).


1.10.2 - [2:25b — retournés au Berger et au Surveillant de leurs âmes]

Les brebis errantes étaient retournées au Berger et au Surveillant de leurs âmes. Elles étaient à Lui, le Père les Lui avait données. Le Fils les aimait et leur prouva Son amour à tout prix ; et le Père les a aimées comme Il a aimé le Fils : un amour au-delà de tout ce que la créature peut concevoir, et garanti par Celui qui est la Vérité.

Ils ont bien fait de retourner à Celui dont l’amour dépasse tout autre amour. La gloire le prouvera et le manifestera devant le monde étonné, comme le Seigneur le leur a dit (Jean 17:22, 23) ; et l’apôtre l’atteste aussi pour « ce jour-là » où il sera question de justice rétributive (2 Thes. 1:10). Mais déjà maintenant Son amour est pleinement établi à leur égard et leur a été donné à connaître pour la joie de leur foi et l’affermissement de leurs âmes ; seule l’incrédulité en doute ; elle est un grand déshonneur pour Lui et une perte pour nous. Oh ! quel Berger et quel Surveillant que Jésus !

Qui peut mesurer la décadence, si les brebis se contentent de revenir, non au divin Berger à qui les brebis appartiennent, mais à l’église, même si celle-ci est véritable selon la parole de Dieu, et qu’elle a des articles [église anglicane] et des symboles sains et des instruments pieux pour raviver les braises de la foi et de l’amour dans l’âme ? Non, nous avons Celui que notre Dieu et Père nous a donné, qui est mort une fois pour toutes pour nos péchés, et qui est maintenant vivant pour prendre soin et veiller sur nos âmes dans Son amour impérissable, toute autorité Lui ayant été donnée dans le ciel et sur la terre ; Il prend soin et veille sur nos âmes afin que nous Lui plaisions dans un monde de ténèbres, comme Il faisait toujours ce qui plaisait au Père [Jean 8:29]. Il ne fait jamais défaut ne serait-ce qu’un instant, quand bien même les brebis, elles, font défaut, ce qui arrive sûrement si elles ne sont pas dépendantes et obéissantes. Pourtant, tous sont sanctifiés par l’Esprit pour l’obéissance de Jésus Christ [1 Pierre 1:2], non pas pour l’obéissance d’un Juif sous la loi, — et cette obéissance de Jésus est une obéissance dans la conscience de l’amour du Père [Jean 16:27]. Voilà notre part. Cependant, si nous sommes négligents ou pire, ne doutons pas de Sa grâce, mais humilions nos cœurs et restons dans le jugement de nous-mêmes. « Il restaure mon âme, il me conduit dans des sentiers de justice à cause de son nom » [Ps. 23].


1.10.3 - [2:25b — l’Éternel, bon Berger, remplaçant les mauvais bergers]

Les Juifs apprenaient autrefois à considérer leurs rois comme des « bergers » ; mais la plupart d’entre eux ont été impies et égoïstes, et leurs voies ont été sordides selon la description du prophète Ézéchiel. « Malheur aux pasteurs d’Israël, qui se paissent eux-mêmes ! Les pasteurs ne doivent-ils pas paître le troupeau ? Vous mangez la graisse, et vous vous habillez de la laine ; vous égorgez ce qui est engraissé ; vous ne paissez pas le troupeau. Vous n’avez pas fortifié les [brebis] faibles, et vous n’avez pas guéri celle qui était malade, et vous n’avez pas bandé celle qui était blessée, et vous n’avez pas ramené celle qui était égarée, et vous n’avez pas cherché celle qui était perdue ; mais vous les avez gouvernées avec dureté et rigueur. Et elles ont été dispersées, parce qu’il n’y avait pas de pasteur, et elles étaient la pâture de toutes les bêtes des champs, et elles ont été dispersées. Mes brebis ont erré dans toutes les montagnes et sur toute haute colline, et mes brebis ont été dispersées sur toute la face du pays, et il n’y a eu personne qui les ait recherchées, personne qui se soit enquis d’elles » (Ézéchiel 34:2-6).

C’est pourquoi les bergers devaient entendre la parole de l’Éternel : c’est Lui qui était contre eux et qui redemanderait Son troupeau de leurs mains. Lui-même rechercherait Ses brebis, et les sauverait de tous les lieux où elles ont été dispersées au jour de la nuée et de l’obscurité profonde, Il les rassemblerait des pays, et les ramènerait dans leur terre et les paîtrait sur les montagnes d’Israël auprès des ruisseaux et dans toutes les habitations du pays, dans un bon pâturage. Plus que tout, Il susciterait sur eux un berger qui les paîtrait, Son serviteur David, qui n’est pas moins l’Éternel que Lui-même (Ézéchiel 34:11-24).

Mais le résidu croyant à qui l’apôtre s’adressait n’avait pas à attendre ce jour-là ; ils étaient, comme il est dit dans Éph. 1:12, de ceux qui espéraient à l’avance en Christ ; non seulement ils anticipaient la repentance du dernier des derniers jours, mais ils étaient introduits dans de meilleures bénédictions durant le temps de l’éclipse d’Israël, quand Dieu a ressuscité d’entre les morts Christ rejeté, et Lui a donné la gloire en-haut, en sorte que leur foi et leur espérance fussent en Dieu [1:21]. Et s’il n’y a pas encore de puissance et de gloire visibles, ils trouvent d’autant plus touchantes leurs bénédictions en Lui, par les meurtrissures de qui ils ont été guéris, et dont la grâce qui les recevait sans leur faire de reproches, leur faisait juger leur folie aveugle d’avoir erré, et les attachait avec fermeté de cœur au berger et au surveillant de leurs âmes.


2 - 1 Pierre 3

2.1 - [3:1-6]

L’apôtre n’exhorte pas les maîtres comme dans les épîtres aux saints d’Éphèse ou de Colosses ; mais il s’adresse aux épouses, puis aux maris, sans rien dire de particulier aux enfants et aux parents. La relation des femmes, comme celle des domestiques, était une relation de soumission.

« Pareillement, vous, femmes, soyez soumises à vos propres maris, afin que, si même il y en a qui n’obéissent pas à la parole, ils soient gagnés sans [la] parole, par la conduite de leurs femmes, ayant observé la pureté de votre conduite dans la crainte, — vous, dont la parure ne doit pas être [une parure] extérieure qui consiste à avoir les cheveux tressés et à être paré d’or et habillé de [beaux] vêtements, mais l’homme caché du cœur, dans l’incorruptibilité d’un esprit doux et paisible qui est d’un grand prix devant Dieu ; car c’est ainsi que jadis se paraient aussi les saintes femmes qui espéraient en Dieu, étant soumises à leurs propres maris, comme Sara obéissait à Abraham, l’appelant seigneur, de laquelle vous êtes devenues les enfants, en faisant le bien et en ne craignant aucune frayeur » (3:1-6).


2.1.1 - [3:1-2 — soumission : son effet pour gagner les cœurs]

Il est facile de comprendre tant pour les servantes que pour les épouses, que la position de subordination créait de fréquentes difficultés avec les supérieurs païens ou Juifs dont elles étaient si proches. Car la pensée de la chair est inimitié contre Dieu [Rom. 8:7] ; et elle est provoqué par ce qui est de l’Esprit chez ceux qu’elle commande. Une femme chrétienne ne peut pas abandonner sa conscience envers Dieu dans les questions de bien et de mal ; elle a des objets de foi plus chers à son âme que la vie, et ces objets réclament de sa part soumission et pratiques en public et en privé qui répugnent tout à fait aux incrédules en tout genre.

De telles épouses croyantes liées à des maris incroyants sont d’autant plus responsables d’être soumises à leurs maris, dans la mesure où cela est compatible avec l’obéissance à la volonté de Dieu. Déjà dans l’Ancien Testament, quand de telles unions existaient, la femme avait l’obligation devant Dieu d’être soumise, quelle que soit la rigueur de ce que la loi exigeait, et quelle que soit l’horreur inspirée par l’idolâtrie. Elles savaient que les yeux de l’Éternel sont tournés vers les justes et ses oreilles ouvertes à leurs supplications [3:12]. La face de l’Éternel est contre ceux qui font le mal, pour retrancher de la terre leur mémoire [Ps. 34:12-16].

Or le Nouveau Testament fortifie grandement le cœur du croyant par la révélation de la grâce de Christ qui est allé bien au-delà de ce qu’elle pouvait faire autrefois. Non seulement elle fortifie pour souffrir pour la justice et souffrir pour Son Nom, mais la grâce souveraine qui nous a sauvés encourage la foi à regarder à notre Dieu et Père en faveur de ceux qui sont bien autant dans le besoin que nous dans le passé. S’Il m’a cherché et sauvé, moi un pécheur perdu, ne puis-je pas prier pour mon mari qui est dans les ténèbres et mort spirituellement, d’autant plus que je suis dans une relation si étroite avec ce Dieu et Père ?

Ici aussi l’apôtre donne une sage mise en garde. Un chrétien peu spirituel est trop enclin à oublier les voies de la grâce divine pour amener à Dieu, et à considérer la conversion comme le simple effet de la vérité, méconnaissant les diverses opérations de l’Esprit pour enraciner la Parole dans le cœur. L’incroyant, en tant que tel, néglige la Parole et n’a aucune idée de sa puissance lorsque, par l’Esprit, elle révèle Christ à l’âme. Le comportement pratique a un poids immense auprès de quelqu’un qui ignore tout de Dieu et de lui-même. Sa conscience peut apprécier grandement la genillesse, l’humilité, la patience, l’obéissance chez un autre, surtout chez sa femme. Il sait bien combien il a souvent été déraisonnable et désagréable avec elle ; pourtant elle l’a supporté, elle ne s’est jamais plainte, elle n’a jamais fait de reproches, mais elle a continué à être aimante et dévouée. Il est forcé de sentir qu’il doit y avoir quelque chose qui fait la différence dans sa foi dont il s’est souvent moqué. C’est pourquoi il est dit « que même si il y en a qui n’obéissent pas à la parole, ils peuvent être gagnés sans parole, par la conduite de leurs femmes, ayant observé la pureté de leur conduite dans la crainte ».

Cela ne veut pas dire qu’on peut être engendré de Dieu sans la parole : 1 Pierre 1:23 interdit une telle pensée aussi nettement que Jacques 1:18 et beaucoup d’autres passages de l’Écriture. Mais le poids moral et la conduite de grâce de la femme parlent au mari malgré sa dureté ; et il est gagné et porté à écouter, d’autant plus qu’elle ne lui prêche pas, comme on dit. Combien ont été ainsi gagnés pour écouter l’évangile, le jour le fera connaître. Le mari connaît et apprécie beaucoup la pureté modeste, et cela dans la crainte, non pas dans l’impudence ou la confiance en soi, mais dans la retenue par crainte d’offenser Dieu ou le mari. Cela semble être exprimé ici d’une manière très générale.


2.1.2 - [3:3-4 — parure : intérieure ou extérieure]

Ensuite, l’apôtre se tourne vers les habitudes extérieures de la femme chrétienne, et l’exhorte à éviter les ornements frivoles ou somptueux. Certains peuvent s’en moquer : ils sont gouvernés par un caractère charnel ou par la mondanité. Le chrétien n’a-t-il pas à plaire à Christ et à tout faire en Son nom ? Nos corps doivent être présentés en sacrifice vivant, saint et agréable à Dieu ; et nous ne devons pas nous conformer à ce siècle [Rom. 12:1-2] avec ses modes changeantes de luxe et de splendeur, quel que soit notre rang naturellement. Christ a plus de prix, Il est plus proche et est plus que tout. Les épouses chrétiennes n’échappent pas à cette règle. Leur ornement n’est pas une parure extérieure faite de coiffure, de bijoux en or ou de beaux habillement, choses étrangères à Christ et sujets de honte pour les saints. Le véritable ornement est l’homme caché du cœur que Lui voit, dans l’incorruptibilité d’un esprit doux et paisible, qui est d’un grand prix devant Dieu (dans ce qui est extérieur, tout est corruptible). Aucun des objets voyants n’est de grand prix, et tout l’or d’Ophir ne peut acheter cet homme caché du cœur.


2.1.3 - [3:5-6 — relations entre épouse et mari chrétiens]

C’est pourquoi Pierre a été amené à parler d’anciens témoins de Dieu sur ce sujet. « Car c’est ainsi que jadis se paraient aussi les saintes femmes qui espéraient en Dieu, étant soumises à leurs propres maris, comme Sara obéissait à Abraham, l’appelant seigneur, dont vous êtes devenues les enfants, en faisant le bien et en ne craignant aucune frayeur » [3:5-6]. Leur espérance reposait sur Dieu, non pas sur elles-mêmes. Sara est en tête de ces pieuses mères en Israël ; elle n’a pas été la seule (beaucoup de saintes femmes avaient ce même esprit), elle savait bien quel était le vrai ornement qui convenait à de saintes femmes.

Du fait de la faveur qui est la part des chrétiens en Christ et de la rédemption qui est intervenue, les épouses ne devraient pas manquer ni quant à leur parure morale ni quant à leur soumission. Sara obéissait à son mari et s’adressait à lui avec révérence (Gen. 18:12) ; elle n’était pas entrainée par le courant ordinaire vers la vanité, bien qu’elle fût plus belle que la plupart. Ces femmes devenaient maintenant ses enfants, en faisant le bien et en ne craignant aucune frayeur à propos des convenances. Pourquoi auraient-elles peur, elles qui savent que le Père de Christ est leur Père, et que le Dieu de Christ est le leur ? Pourquoi être perturbées puisqu’Il envoyait Ses serviteurs pour les réconforter avec la même paix qu’Il leur avait donnée ? L’ennemi travaille par le moyen de la peur ; Dieu, par Son amour en Christ, est contre toute source d’alarme.

Déjà avant que l’amour fût pleinement manifesté, quand on l’espérait simplement avec confiance, les âmes « de faibles qu’elles étaient, furent rendus vigoureuses, devinrent fortes dans la bataille, firent ployer les armées des étrangers. Les femmes reçurent leurs morts par la résurrection ; et d’autres furent torturées, n’acceptant pas la délivrance, afin d’obtenir une meilleure résurrection » (Héb. 11:34-35).

L’apôtre cite ainsi (3:5-6) des exemples tirés des premiers jours en rapport avec ceux qui avaient été appelés à être pèlerins, lesquels avaient un grand poids pour le résidu chrétien des Juifs.

Il y avait déjà eu l’exhortation à fuir toute manifestation de vanité et de mondanité, et à veiller à ce que l’habillement extérieur exprime « l’homme caché du cœur ». Sans doute l’homme responsable de la maison, le conjoint prédominant, avait le droit d’enjoindre à l’épouse de porter des bijoux ou autre attirail coûteux dans sa sphère. Mais dans ce domaine, les femmes n’ont généralement pas besoin de commandement du mari, et la parole qui leur est adressée ici est faite pour toucher leur conscience. Il n’y a pas seulement le fait que Dieu, contrairement à l’homme, regarde au cœur : Sa merveilleuse lumière à laquelle Il nous a appelés [2:9] donne à la femme chrétienne une norme très haute, et lui permet de juger par grâce tout ce qui ne s’accorde pas avec l’incorruptibilité d’une esprit doux et paisible [3:4]. Ceci est certes étranger à la nature humaine, mais il ne faut pas y déroger, même à l’égard d’un mari dur et exigeant, Juif ou Gentil ; les deux cas pouvaient se trouver parmi ceux et celles auxquels l’apôtre s’adressait, le plus souvent des Juifs, mais tant les uns que les autres étaient à l’affût des fautes d’une chrétienne. En tout cas, un esprit humble tel qu’il a été vu dans toute sa perfection en Christ, est d’un grand prix devant Dieu ; voilà ce qui est spécialement consolant pour celles dont la fidélité est mise à l’épreuve.

Des changements nombreux et formidables se sont succédés dans le monde. Mais cette fidélité était la ligne de conduite dans les temps anciens où les grands patriarches d’Israël habitaient dans des tentes. Pourtant Sara savait, à la honte de son mari, que sa beauté lui avait fait, un temps, obtenir les faveurs d’une cour et d’un palais royal qui avaient prodigué des cadeaux royaux au mari qui l’avait exposée au déshonneur par crainte égoïste ; cependant le Protecteur Tout-Puissant l’avait gardée. Les saintes femmes d’autrefois se paraient comme il convient à celles dont l’espérance est en Dieu [3:5], au lieu de suivre la mode du monde qui passe [1 Cor. 7:31]. Sara est mise en avant comme ayant été obéissante à Abraham, et lui ayant rendu un honneur remarquable, alors que la familiarité de la vie conjugale a trop souvent l’effet contraire. Cet exemple a bien de quoi frapper les épouses chrétiennes.


2.1.4 - [3:6b — devenues les enfants de Sara… ne craignant aucune frayeur]

Les termes employés méritent d’être notés : « De laquelle vous êtes devenues les enfants, en faisant le bien et ne craignant aucune frayeur ». Elles étaient bien loin de là quand elles étaient dans l’état non renouvelé [pas nées de nouveau]. Le Seigneur Jésus ne trouve pas chez nous ce qui plaît à Dieu, mais Il le fait produire. La volonté propre règne chez ceux qui sont loin de Lui, toujours prête à s’offenser de tous les torts qu’on peut lui infliger ; sa soumission est induite par la peur, par l’intérêt personnel ou au mieux par l’amabilité. Quel changement quand il y a la foi en la grâce de Dieu en Christ ! La sanctification de l’Esprit, qui met à part pour Dieu dans une nouvelle vie qui est maintenant donnée, voilà ce qui produit l’obéissance, — non pas une obéissance légale, mais une obéissance selon le modèle de Jésus et la foi en l’aspersion de Son sang [1:2]. C’est ainsi que ces épouses juives devenaient des enfants de Sara en obéissant et en honorant chacune leur propre mari. C’était un devoir divin imprimé sur le cœur par leur Sauveur. En devenant chrétiennes, elles devenaient enfants de Sara en action et en vérité. Elles n’étaient plus de simples descendants selon la lignée généalogique, comme les Juifs incrédules auxquels le Seigneur reprochait, en Jean 8, d’être la semence d’Abraham, mais non pas ses enfants : sinon ils auraient fait les œuvres d’Abraham. Elles étaient devenues les enfants de Sara, « en faisant le bien et en ne craignant aucune frayeur ». De ce côté-là, la femme est portée à être faible.

Y a-t-il ici quelque allusion à la circonstance où Sara a ri par incrédulité après avoir entendu en cachette l’Éternel promettre qu’elle aurait un fils (Gen. 18:10-15) ? Avec quelle grâce, à ce moment-là, l’Esprit parle ouvertement de sa digne grossesse à son mari ! Pourtant, Il ne l’a pas épargnée quand elle nia avoir ri. Il n’enregistre ici que sa bonne conduite, et appelle ses enfants à s’en souvenir : « en faisant le bien et ne craignant aucune frayeur » ; la frayeur est une cause de fausseté aussi fréquente que d’autres. Or une agitation inquiète et soudaine de quelque nature que ce soit est une infidélité chez une femme qui professe la piété. Faute de dépendance envers Dieu et de communion, elles craignent de reconnaître la vérité, notamment sous l’effet de la pression. La mise en garde parait bien de saison, et salutaire.


2.2 - [3:7 — exhortation aux maris]

L’exhortation aux maris est beaucoup plus courte, mais dense, ce qui est facile à comprendre.

« Pareillement, vous, maris, demeurez avec elles selon la connaissance, comme avec un vase plus faible, [c’est-à-dire] féminin, leur portant honneur comme étant aussi ensemble héritiers de la grâce de la vie, pour que vos prières ne soient pas interrompues » (3:7).


2.2.1 - [3:7a — selon la connaissance]

Tandis que la femme est appelée à se soumettre à son mari, le mari doit demeurer avec elle « selon la connaissance ». Ainsi, l’apôtre rappelle aux saints de Corinthe que « nous avons tous de la connaissance » (1 Cor. 8:1). Il est caractéristique de Christ de donner de l’intelligence spirituelle, ce qui est beaucoup plus. Nous n’attendons pas le jour du Seigneur pour avoir la lumière divine. Nous marchons dans la lumière en suivant Celui qui est la Lumière de la vie ; nous sommes déjà, tous les chrétiens, fils de lumière et fils du jour [1 Thes. 5:5] ; nous ne sommes pas ce que nous étions : « de la nuit et des ténèbres ». Le Fils de Dieu est venu et nous a donné une intelligence afin que nous connaissions Celui qui est le Véritable [1 Jean 5:20]. Étant aimés par Lui, nous avons à marcher dans le même amour [Éph. 5:2] ; étant lumière dans le Seigneur, nous avons à marcher en enfants de lumière, car le fruit de la lumière consiste en toute bonté, justice et vérité. D’une part nous devons éprouver ce qui plait au Seigneur ; de l’autre, ne pas avoir de communion avec les œuvres infructueuses des ténèbres, mais plutôt les reprendre quand elles sont manifestées par la lumière, car ce qui manifeste tout, c’est la lumière [Éph. 5:8-13].

Favorisés comme l’étaient les Juifs d’autrefois par rapport aux païens (aussi civilisés ou raffinés fussent-ils comme en Grèce et à Rome), le christianisme était un immense progrès. L’apôtre [Paul] qui avait intérieurement toute connaissance plus que tous ceux qui se vantaient de la leur, insistait sur ce qu’il n’était rien s’il n’avait pas d’amour : pareillement notre apôtre [Pierre] insiste sur la nécessité de « demeurer ensemble » [litt. en grec : « cohabiter »] avec sa femme. Aimer sa femme vient donc en premier pour les croyants et a une grande place dans les épîtres aux Éphésiens et aux Colossiens. Manquer à un tel amour est une brèche dans la relation : c’est indigne d’un chrétien. Vivre en étranger est un déni pratique de la place de mari. Il peut y avoir des fautes, de la hâte, de l’oubli, diverses carences ; mais ici comme ailleurs, l’amour est dans une position de telle proximité, si tendre et si particulière, qu’il devrait faire preuve de longue patience et être plein de tendresse ; ne pas chercher à être prodigieux, pas plus qu’insolent ou inconsidéré, ni vantard, ni inconvenant, ni provocateur ni n’imputant le mal ; ne se réjouissant pas avec l’iniquité, mais avec la vérité. L’amour n’est pas fluctuant ni ne se lasse ; mais inutile d’en dire plus ici. Gardons seulement à l’esprit qu’en « demeurant ensemble » [cohabitant], il faut que ce soit « selon la connaissance ». La vanité de notre savoir, qui s’enfle, est en contraste avec l’amour qui édifie. Quelle source d’instruction trouve-t-on dans l’Écriture à l’égard des difficultés tant à la maison que sur le chemin ! Christ Lui-même, comme l’a souligné l’autre apôtre, est la norme.


2.2.2 - [3:7b — comme avec un vase plus faible, féminin, leur portant honneur]

Les quelques mots qui suivent méritent toute notre attention. Le mari, ayant la place de l’autorité, est exposé au danger de présomption et de manque de considération. D’où la force de l’expression « comme avec un vase plus faible, [c’est-à-dire] féminin, leur portant honneur ». Le fait même que la nature de la femme soit telle par rapport à celle du mari, est le motif sur lequel l’Esprit base Son appel à celui qui lui est donné comme protecteur. N’a-t-il jamais appris sa propre faiblesse devant Dieu, et n’a-t-il jamais fait l’expérience qu’on trouve la puissance par la grâce de Christ quand on ressent cette faiblesse par la foi ? Il lui appartient donc de ne jamais mépriser sa femme, mais de la guider et de la chérir, non pas dans un esprit soupçonneux, mais dans la vigilance de l’amour et avec la grâce qui rend honneur. — Appliquer cela comme signifiant « accorder à la femme de quoi vivre honorablement », selon ce que prétend Doddridge, cela ne correspond pas plus à la pensée de Dieu que dans le cas des anciens de 1 Tim. 5:17 [estimés dignes d’un double honneur].


2.2.3 - [3:7c — ensemble héritiers de la grâce de la vie]

Une autre considération fournit un argument de plus haut niveau : « comme étant ensemble héritiers de la grâce de la vie, afin que vos prières ne soient pas interrompues ». Bien que l’état de marié se rapporte essentiellement à la terre, ceux ici en vue sont des rachetés de Dieu, de Ses enfants. « Et si enfants, héritiers aussi, héritiers de Dieu, et cohéritiers de Christ » [Rom. 8:17]. Le mari et la femme, étant chrétiens, sont appelés à être comme dans une relation par grâce qui ne passera jamais. Quand Christ, notre vie, sera manifesté, alors la situation présente où on est exposé à la douleur et à la souffrance et où on rend grâces à Dieu, sera échangée contre un poids éternel de gloire, — cette gloire dans laquelle Christ est entré comme notre précurseur, pendant que nous L’attendons. Ô chers frères, reconnaissez votre bonheur, et comptez la tribulation la plus lourde comme une légère affliction d’un moment. Ne regardez pas aux choses se voient, mais aux choses qui ne se voient pas ; car les choses qui se voient sont pour un temps, mais celles qui ne se voient pas sont éternelles [2 Cor. 4:17-18].


2.3 - [3:8-12]

Une exhortation plus générale fait suite.

« Enfin, soyez tous d’un même sentiment, sympathisants, fraternels, compatissants, humbles, ne rendant pas mal pour mal, ou outrage pour outrage, mais au contraire bénissant, parce que vous avez été appelés à ceci, c’est que vous héritiez de la bénédiction ; « car celui qui veut aimer la vie et voir d’heureux jours, qu’il garde sa langue de mal, et ses lèvres de proférer la fraude ; qu’il se détourne du mal et qu’il fasse le bien ; qu’il recherche la paix et qu’il la poursuive ; car les yeux du Seigneur sont sur les justes et ses oreilles sont [tournées] vers leurs supplications ; mais la face du Seigneur est contre ceux qui font le mal ». » (3:8-12).


2.3.1 - [Position et privilèges de ceux qui sont à Christ]

C’est Christ seul qui rend ces désirs possibles chez les Siens. L’apôtre ne pouvait se satisfaire de moins, même en face de la faiblesse ou des contrariétés. Ils étaient appelés à se détourner du péché, de la ruine et de la misère, et à se tourner vers la bénédiction, et ils avaient donc à être des témoins et des canaux de la grâce dans un monde et une race déchus, sous la malédiction. Ils étaient déjà engendrés selon la grande miséricorde du Dieu et Père de notre Seigneur Jésus-Christ, par Sa résurrection d’entre les morts, pour une espérance vivante, pour un héritage incorruptible, sans tache et sans souillure, conservé pour eux dans les cieux [1:3-4] ; ils étaient en outre bénis avec des privilèges d’amour, de sainteté et de dignité au plus haut degré, comme nous l’avons vu, selon la plénitude de Christ. Celui qui n’a pas épargné Son propre Fils, mais qui L’a livré pour nous tous, comment ne nous fera-t-Il pas don aussi librement de toutes choses avec Lui ? [Rom. 8:32].


2.3.2 - [Nouvelles responsabilités de ceux qui sont à Christ]

Il est donc clair que nos devoirs découlent des relations qui nous ont été conférées par la grâce souveraine en Christ, selon la gloire de Sa personne et selon l’efficacité de Son œuvre rédemptrice. Ces relations sont donc non seulement d’un prix inestimable, mais elles sont immuables ; et elles sont la raison de nos nouvelles responsabilités. Christ par Sa mort a fait face à nos anciennes responsabilités dans lesquelles nous étions perdus, et y a mis fin ; et nous qui croyons, Il nous a introduit, par Sa résurrection, dans une position entièrement nouvelle de salut d’âme et de bénédiction de l’âme, une position, étant encore ici-bas, d’attente de l’achèvement de Son œuvre de grâce pour nos corps et pour la gloire céleste. C’est donc en toute sincérité et par l’Esprit que nous pouvons bénir Dieu, et que nous sommes une sainte sacrificature pour offrir des sacrifices spirituels agréables à Dieu par Jésus-Christ [2:5]. Car Il est toujours vivant pour intercéder pour les Siens [Héb. 7:25]. Qui nous séparera de l’amour de Christ ? [Rom. 8:35]. Celui qui a porté nos péchés en Son corps sur le bois alors que nous étions perdus et morts, plongés dans le mal, Il est vivant pour rendre agréable à Dieu le fruit de nos vies, nos louanges. Dans ce qui sort de nos cœurs et de nos bouches par l’Esprit, peut-il y quelque chose d’aussi élevé et d’aussi important que notre adoration à Dieu et à l’Agneau ? Sans doute l’amour fait son œuvre ici-bas par le même Esprit ; mais si nous sentons les choses correctement, nous ne pouvons que reconnaître que Dieu a droit à ce qui est le premier et le plus intime.


2.3.3 - [3:8 — d’un même sentiment]

Et s’il en est ainsi, Son œuvre ne sera-t-elle pas d’autant plus puissante et plus pure à l’égard de nos relations les uns avec les autres, sans parler de ce que réclame l’amour compatissant envers ce monde qui périt ? L’apôtre appelle tous ceux qui croient, à être « d’un même sentiment ». La rivalité, l’égoïsme, le penchant à différer ou même à contrecarrer, ne sont pas de Christ, mais du premier Adam déchu. Quand l’œil de la foi repose sur tous, tant sur Lui que sur ceux qu’Il aime, il n’y a pas de difficulté. Nous sommes enclins naturellement à voir les fautes des autres et à négliger les nôtres : c’est là le vieil homme, l’inverse de Christ qui est notre nouvelle vie, et que nous sommes appelés à vivre. Étant membres l’un de l’autre, membres de Christ, combien il est indigne de ne pas être « d’un même sentiment » ? Si la nature est opiniâtre, quel est le but et l’effet de l’Esprit qui habite en nous ? Si nous vivons par l’Esprit, marchons aussi par l’Esprit, n’étant pas désireux de vaine gloire, ni ne nous provoquant les uns les autres, ni nous portant envie [Gal. 5:26].


2.3.4 - [3:8 — sympathisants]

Étant dans la scène si misérable de ce monde et avec des corps qui ne sont pas encore rachetés et dans lesquels nous gémissons [soupirons], nous sommes exhortés à être aussi « sympathisants ». Sans doute nous pouvons et devons nous réjouir avec ceux qui se réjouissent, mais il est beaucoup plus fréquent d’avoir à prendre notre part de la peine qui abonde, surtout celle pour la justice ou pour l’amour de Christ. C’est la part commune des chrétiens d’avoir à souffrir avec Lui, même si nous ne faisons pas l’expérience de souffrir pour Lui. En tout cas, la sympathie dans ces saintes douleurs est douce et fortifiante.


2.3.5 - [3:8 — fraternels]

« Fraternels » ou « aimant les frères » est un appel clair à ceux qui appartiennent à la même famille, celle de Dieu. Ne devons-nous pas les aimer personnellement, plus que de l’affection pour la parenté naturelle, car le lien est plus profond et de nature divine et éternelle ? Assurément, l’ennemi s’efforce continuellement d’amener des querelles et des incompréhensions, et toutes autres sortes d’entraves ; mais le devoir est aussi incontestable que la relation. La manière dont il doit être exercé dépend de chaque cas, et nous avons besoin pour cela de la Parole et de l’Esprit de Dieu. Jean montre clairement que ce n’est pas une simple impulsion humaine et que cela ne doit pas entrer en conflit avec la vérité de Dieu ou avec l’obéissance.


2.3.6 - [3:8 — compatissants]

« Compatissants » suit avec à-propos. Aimer en paroles ou en langues, et non pas en action et en vérité, est sans valeur aux yeux de Dieu. Nous devons apprendre de Celui qui n’a jamais soulagé par puissance seulement, mais Son Esprit entrait dans les infirmités et les maladies qu’Il guérissait et Il les portait devant Dieu.


2.3.7 - [3:8 — humbles]

Même si elle vient en dernier, l’humilité n’est pas la moindre des qualités que l’apôtre demandait qu’on exerce. Où peut-on la trouver en perfection, sinon dans notre Seigneur et Sauveur ? On ne peut pas rappeler les jours de Sa chair sans se souvenir de manière criante et humiliante du triste contraste déjà avec les Douze ; ils étaient honorés, pourtant ils se sont souvent disputé, y compris jusqu’au dernier moment, pour savoir lequel d’entre eux devait être estimé le plus grand. « Je suis doux et humble de cœur », disait-Il, et c’était toujours vrai. L’ambition de l’homme Lui était complètement étrangère. « Il n’en sera pas ainsi de vous ; mais que le plus grand parmi vous soit comme le plus jeune, et celui qui conduit comme celui qui sert » [Luc 22:26].


2.3.8 - [3:9 — ne rendant pas mal pour mal ou outrage pour outrage]

De nouveau, l’apôtre appelle les saints à ne pas rendre mal pour mal, ni outrage pour outrage, mais au contraire à bénir, « car c’est à ceci que vous avez été appelés pour que vous héritiez de la bénédiction ». Voilà le contraste si marqué entre les chrétiens et ceux d’Israël : ces derniers cherchaient à gagner la bénédiction en observant la loi, selon ce que l’apôtre Paul a présenté aux Galates comme une même triste erreur : « Car tous ceux qui sont sur le principe des œuvres de loi sont sous la malédiction » (Gal. 3:10) : ce n’est pas tous ceux qui ont violé la loi, mais tous ceux qui sont tenus par ce principe.

C’est par la grâce seule que nous, chrétiens, sommes sauvés, ou que qui que ce soit peut l’être ; c’est par la foi, et non par les œuvres. Appelés à un héritage de gloire, ne sommes-nous pas des témoins de la bénédiction ? L’un de nos poètes exprime ce que presque tous ressentent avec autant d’incrédulité que lui : « L’homme n’est jamais béni, mais toujours en quête de bénédiction ». Le christianisme est la preuve formelle de leur ignorance de la vérité. Ce n’est guère étonnant de la part de A. Pope qui ne s’est jamais détaché de la superstition et des formes rituelles mortes, ne serait-ce que pour saisir l’évangile de la grâce de Dieu.


2.3.9 - [3:10-12 — gouvernement de Dieu envers les saints]

Or la grâce permet au chrétien de comprendre et de saisir le gouvernement moral que Dieu exerce envers Ses enfants. Dans les v. 10 à 12, l’apôtre fait une citation du Ps. 34 sur ce point justement pour le temps présent, tandis qu’Israël doit attendre un temps futur lorsque leur cœur se tournera vers Celui qu’ils ont rejeté dans leur incrédulité. Le mal et la fraude sont totalement hors de place dans la vie des croyants. Si quelqu’un déshonore le Seigneur comme les Corinthiens, il tombe sous Son châtiment, lequel peut prendre la forme d’une maladie ou de la mort. Ce n’est pas un avertissement seulement contre des paroles. L’apôtre se sert de ce passage de l’Écriture pour les inciter à se détourner du mal et à faire le bien, à rechercher la paix dans la pratique, et à le faire sérieusement parce que les yeux de l’Éternel sont sur les justes, et ses oreilles sont tournées vers leurs supplications, tandis que Sa face est contre ceux qui font le mal. Autant la pensée des saints est agréable à Dieu, autant l’esprit charnel ne l’est pas et ne peut pas l’être. Le croyant est en relation vivante avec Christ ; le devoir s’ensuit, et le Saint-Esprit travaille en puissance pour Sa gloire.


2.4 - [3:13-16]

Le zèle pour ce qui est bon est propre à désarmer celui qui est hostile, mais honnête ; cependant si cet effet n’a pas lieu, il y a de la bénédiction à souffrir pour la justice ! Christ était parfait à cet égard ; en quoi ne l’était-Il pas ?

« Et qui est-ce qui vous fera du mal, si vous êtes devenus les imitateurs de Celui qui est bon ? Mais, si même vous souffrez pour la justice, vous êtes bienheureux ; « et ne craignez pas leurs craintes, et ne soyez pas troublés, mais sanctifiez le Seigneur le Christ dans vos cœurs » ; et soyez toujours prêts à répondre, mais avec douceur et crainte, à quiconque vous demande raison de l’espérance qui est en vous, ayant une bonne conscience, afin que, quant aux choses dans lesquelles ils médisent de vous comme de gens qui font le mal, ceux qui calomnient votre bonne conduite en Christ, soient confus » (3:13-16).

« L’homme né de femme est de peu de jours et rassasié de trouble », selon Job 14:1 ; il est déchu et pécheur, avec la mort bientôt devant lui, et après cela, le jugement éternel. Impossible de faire face consciemment à son état réel sans être malheureux continuellement et sans un terrible pressentiment quant à l’éternité. Rien en lui ou autour de lui ne peut lui procurer une satisfaction solide, encore moins le rendre agréable à Dieu qui est bon et qui fait le bien. Sa bonté pousse à la repentance [Rom. 2:4], qui n’est efficace qu’en Christ ; car en ceci l’amour de Dieu a été manifesté envers nous, c’est que Dieu a envoyé son Fils unique dans le monde afin que nous vivions par lui [1 Jean 4:9]. Il est clair que, si nous sommes spirituellement morts comme tous les pécheurs perdus, notre premier grand besoin est de recevoir une vie nouvelle afin que nous vivions pour Dieu ; et cette vie qui a été vue en perfection et en plénitude en Christ, est donnée par Lui à tous ceux qui entendent Sa parole et qui croient Celui qui L’a envoyé. Le Fils vivifie qui Il veut ; et ainsi le croyant a la vie éternelle, et ne vient pas en jugement, mais il est passé de la mort à la vie [Jean 5:24].

Mais l’amour de Dieu tel que connu par l’évangile va beaucoup plus loin, déjà maintenant ; car le croyant peut avoir la vie, la vie éternelle, tout en étant chargé par le sentiment de ses péchés passés et de sa faiblesse et de son indignité actuelles. Dans l’évangile, Dieu ôte cette détresse en purifiant sa conscience, et Il le remplit de paix par la foi dans le sacrifice de Christ. C’est pourquoi il est ajouté en 1 Jean 4:10 « c’est ici l’amour, non en ce que nous, nous ayons aimé Dieu (ce que nous faisons certainement comme vivant maintenant en Christ), mais en ce que Lui nous aima, et a envoyé Son Fils comme propitiation pour nos péchés ». Voilà ce qui seul est parfaitement efficace, et en vertu de quoi l’Esprit nous scelle, de sorte que nous sommes amenés dans la liberté et la puissance spirituelle par grâce.


2.4.1 - [3:13-14a — épargnés du mal ou souffrant pour la justice]

Désormais, délivrés du mal, nous devenons zélés pour le bien ; et qui nous fera du mal s’il en est ainsi ? Les pires des humains sont frappés quand ils voient les orgueilleux devenir humbles, les violents devenir doux, les querelleurs devenir pacifiques, les frivoles et amateurs de plaisirs devenir graves, les corrompus devenir purs, les cupides devenir généreux, les insouciants ou même blasphémateurs devenir pieux. Sans doute un œil mauvais sous l’influence de Satan peut refuser toute preuve morale, et toujours imputer à l’hypocrisie un changement en bien si réel, et haïr d’autant plus ceux qui quittent les rangs des misérables et des méchants pour suivre Christ. Ces derniers chercheront donc à attirer dans des voies mauvaises, anciennes ou nouvelles, ceux qui confessent Christ ; et s’ils échouent à prendre au piège, ils ne manquent pas de dénigrer et de persécuter ; en effet tous ceux qui veulent vivre pieusement dans le Christ Jésus seront persécuté [2 Tim. 3:12], ou (comme le dit notre texte) « souffrent pour l’amour de la justice » [3:14]. « Mais vous êtes bienheureux » dit la Parole. C’est la miséricorde de Dieu et l’honneur de ceux qui ont été retirés par Christ du présent siècle mauvais selon la volonté de notre Dieu et Père [Gal. 1:4].


2.4.2 - [3:14b — ni craintes ni troubles]

En accord avec cela, les saints sont exhortés à ne pas « craindre leurs craintes, ni n’être troublés ». Pourquoi le seraient-ils, eux qui sont maintenant rachetés par le précieux sang de Christ, et qui sont appelés des ténèbres à la merveilleuse lumière de Dieu [2:9] ? Invoquant comme Père (car c’est ce qu’Il est vraiment) Celui qui, sans acception de personnes, juge selon l’œuvre de chacun [1:17], iraient-ils passer le temps de leur séjour ici-bas dans la [mauvaise] crainte ? en effet, ne sont-ils pas si favorisés et bénis, bien qu’encore dans un désert d’épreuves et d’embûches et de dangers ? Le Sauveur les a libérés de « leurs craintes » qu’ils avaient autrefois de la part de ceux qui haïssent et calomnient ; ils doivent à Son honneur de ne pas être troublés, voyant ce qu’il Lui en a coûté qu’eux soient bénis souverainement par Son Dieu et Père qui est aussi le nôtre. Au lieu d’avoir des craintes et des troubles d’incrédulité, ce qui serait naturel, ils peuvent être maintenant dans l’allégresse, pour un peu de temps, tout en étant mis à l’épreuve, si cela est nécessaire, par diverses épreuves [1:6], dont Sa grâce se sert pour travailler pour le bien (Rom. 8:28) de ceux qui aiment Dieu, de ceux qui sont appelés selon Son propos.


2.4.3 - [3:15 — sanctifiez Christ comme Seigneur dans vos cœurs… donnant raison de l’espérance]

Quelle est alors la ressource et le remède ? « Mais sanctifiez Christ comme Seigneur [JND : le Seigneur Christ] dans vos cœurs ». Les allures extérieures de petit saint, dans la manière ou dans les actes extérieurs, loin d’être utiles, sont un piège et une honte indignes d’un chrétien, aussi éloignées qu’il est possible de ce qui plait à Dieu, même si, sans s’en rendre compte, on se trompe soi-même et les autres avec. Mais donner à Christ la sainte place qui Lui est due dans nos cœurs, la place suprême comme Seigneur, cela plaît vraiment à Celui qui voudrait que nous honorions le Fils comme nous honorons le Père [Jean 5:23]. Si donc nous ne L’avons pas constamment, Lui, établi et en réserve dans nos cœurs, nous sommes exposés à n’importe laquelle de toutes les idoles par lesquelles l’ennemi trompe le monde ; mais avec Christ comme objet de nos affections les plus intimes, combien nous en sommes gardés et sommes bénis ! Nous voyons donc le fruit et l’accompagnement dans les paroles qui suivent [3:15b] : « soyez toujours prêts à répondre, mais avec douceur et crainte, à tous ceux qui vous demandent raison (ou : compte) de l’espérance qui est en vous ». Quelle raison la créature peut-elle donner d’aussi satisfaisant, y compris pour Dieu, que le Seigneur Jésus et Sa rédemption ? En Lui nous trouvons la justice comme nulle part ailleurs ; nous sommes même devenus justice de Dieu en Lui, de sorte que, comme le dit le même apôtre (Gal. 5:5), « nous, nous attendons par l’Esprit sur le principe de la foi », non pas la justice comme si nous n’étions pas justifiés, mais « l’espérance de la justice », c’est-à-dire la gloire céleste avec Christ. Or cette bénédiction, si imméritée par quiconque, nous appelle à la douceur et à la crainte quand nous la confessons, de peur qu’un esprit grossier ou présomptueux ne déshonore le Dieu de toute grâce ou nous déshonore nous-mêmes en tant que bénéficiaires de Sa riche miséricorde.


2.4.4 - [3:16 — médisances, calomnies, souffrances du fait de Satan chef de ce monde]

Dans un monde déchu et avec une nature pécheresse, avec Dieu d’un côté et Satan de l’autre, il y a forcément des souffrances, surtout pour les saints, jusqu’à ce que Christ prenne Sa grande puissance et qu’Il règne. Satan est toujours le chef de l’autorité de l’air, de l’esprit qui opère maintenant dans les fils de la désobéissance [Éph. 2:2]. L’ennemi est tellement loin d’avoir perdu sa prééminence mauvaise, bien qu’il ait été vaincu par notre Seigneur parfaitement dépendant et obéissant, qu’il est devenu le chef du monde par le rejet de Christ par le monde [Jean 12:31 ; 14:30], et il est aussi devenu le dieu de ce siècle selon 2 Cor. 4:4. Sans doute en incitant le monde à crucifier le Seigneur de gloire il a dépassé son titre, et a, pour ainsi dire, scellé sa propre ruine éternelle dans ce sang précieux. C’est dans ce but, et encore d’autres plus importants, que Christ est mort « afin que par la mort il rendît impuissant celui qui avait la pouvoir de la mort, c’est-à-dire le diable » [Héb. 2:14]. Mais l’exécution complète de la sentence attend (pas seulement le siècle à venir, quand le Seigneur régnera et que le diable sera enfermé dans l’abîme, mais) elle attend la fin, quand le diable sera jeté dans l’étang de feu et de soufre, où la Bête et le Faux Prophète auront été jetés mille ans auparavant ; et ils seront tourmentés jour et nuit aux siècles des siècles [Apoc. 20].


2.5 - [3:17-18 — souffrir en faisant le bien]

Dans le présent siècle mauvais (Gal. 1:4) le chrétien est tout spécialement appelé à souffrir, non pas simplement sous la discipline divine quand il a commis une faute, mais parce qu’il a une nouvelle nature puisqu’il possède la vie en Christ, et est fidèle à Dieu. Pourquoi ce fait semble-t-il dur à accepter ? C’est ce que l’apôtre traite ici et qu’il explique.

« Car il vaut mieux, si la volonté de Dieu le voulait, souffrir en faisant le bien, qu’en faisant le mal ; car aussi Christ a souffert une fois pour les péchés, [le] juste pour les injustes, afin qu’il nous amenât à Dieu, ayant été mis à mort en chair, mais vivifié par l’Esprit » (3:17, 18).


2.5.1 - [3:17 — il vaut mieux souffrir en faisant le bien, qu’en faisant le mal]

Combien l’Écriture est simple, et pourtant forte et percutante ! Qui, après avoir considéré ce qui est déclaré, peut douter qu’il vaut mieux souffrir en faisant le bien que mériter d’être châtié pour avoir mal fait ? Pourtant au premier abord et pour celui qui ressent l’iniquité qu’on lui fait, il n’est nullement évident que cela vaut mieux ; il serait plutôt enclin à se plaindre des difficultés. Le Christ a souffert tout le temps pour la justice, pour la vérité, pour l’amour ; c’est un privilège pour nous de partager Ses souffrances, et l’apôtre Paul a aussi insisté là-dessus auprès de ses chers Philippiens : « à vous, il a été gratuitement donné, par rapport à Christ, non seulement de croire en lui, mais aussi de souffrir pour lui, ayant à soutenir le même combat que vous avez vu en moi et que vous apprenez être maintenant en moi » (Phil. 1:29, 30). Au ch. 2 v. 21, Pierre aussi avait déjà présenté Christ comme modèle en ceci ; or dans ces deux passages des ch. 2 et 3, il fait la distinction entre le fait de suivre Ses pas, et le fait de poser le fondement de tout (ce que Lui seul pouvait faire) quand Il a porté nos péchés en Son corps sur le bois, afin qu’étant morts aux péchés, nous vivions à la justice (2:24). Pareillement ici, l’apôtre se tourne vers ce qui est et doit être uniquement Sa part : « car aussi Christ a souffert une fois pour les péchés, le juste pour les injustes » [3:18].


2.5.2 - [3:18a — Christ a souffert une fois pour les péchés]

Pour les péchés, il n’y a que Lui qui pouvait souffrir. Il n’a souffert qu’une fois de cette manière expiatoire où personne ne pouvait Le suivre ; car Il ne souffrait pas de la part de l’homme par fidélité à Dieu, mais de la part de Dieu à cause de Sa grâce envers l’homme, quel que fût le coût de porter le juste jugement de Dieu sur les péchés de l’homme. C’est sur Sa tête sainte que l’Éternel a mis au grand jour l’iniquité de nous tous. « Il a plu à l’Éternel de le meurtrir », non seulement pour le soumettre à la souffrance, mais « pour livrer son âme en sacrifice pour le péché » [És. 53:10]. C’était le seul moyen pour que nous puissions être pardonnés avec justice, et être sauvés. Le châtiment de notre paix a été sur Lui, et par Ses meurtrissures nous sommes guéris [És. 53:5]. Quelle émotion touchante, mais aussi quelle force dans l’encouragement de l’apôtre à souffrir en faisant le bien et non le mal, de sorte que Lui ait souffert pour nos péchés une fois et une fois seulement ! Que cela soit suffisant : cela a été fait si parfaitement, car Lui seul pouvait porter ce fardeau, et malgré que ces péchés Lui fussent spécialement intolérables, Il les a pourtant portés et emportés loin pour tous ceux qui sont Siens. Quant à nous, souffrons donc maintenant seulement pour ce qui est du bien.


2.5.3 - [3:18b — le Juste pour les injustes]

Mais il y a plus. Christ a aussi souffert une fois pour les péchés, le Juste pour des injustes. Il était seul dans cet acte unique de souffrance suprême de la part de Dieu. C’était pour des hommes injustes. Hélas ! ici-bas tous étaient injustes, tous étaient pécheurs ; et ceux qui par la foi sont au bénéfice de la grâce, sont les premiers à le reconnaître pour eux-mêmes. Désormais, ils sont justes, et par la foi ils vivent comme des justes, de même que c’est par la foi qu’ils sont devenus justes ; ils n’oublient pas non plus qu’ils ont cru en Celui qui justifie les impies [Rom. 4:5], et ainsi leur foi est mise en compte comme justice. Voilà Sa grâce.


2.5.4 - [3:18c — afin qu’Il nous amenât à Dieu]

Pensez aussi à l’efficacité de Sa souffrance, « afin qu’il nous amenât à Dieu », — pas encore effectivement au ciel, mais déjà prêts pour y être, et donc amenés « à Dieu », ce qui est bien plus que le ciel. Christ sur la croix nous a lavés de nos mauvaises œuvres, et de ce qui en est la racine et la sève mauvaises, c’est-à-dire le péché dans la chair qui les produit. Nous ne sommes donc plus loin de Dieu, mais approchés, étant, comme il est dit au ch. 2, une sacrificature sainte et royale dans une réelle proximité de Dieu par le sang de Christ — une proximité meilleure que celle qu’avait le sacrificateur aaronique en type. Affirmer qu’il y a une classe sacerdotale sur la terre maintenant entre le chrétien et Christ, c’est nier l’évangile. Cette proximité n’a rien d’étonnant pour celui qui croit en la gloire de la personne de Celui qui a été mis à mort en chair, et vivifié par l’Esprit. Sa mort a roulé le mal de devant Dieu [Josué 5:9], et Sa résurrection a proclamé la victoire à la foi.

Une discussion plus complète de ces expressions remarquables et de ce qui suit se trouver dans un petit traité intitulé : « Prédication aux esprits en prison » (WK).


2.6 - [3:19-20 — l’Esprit par lequel Christ est allé prêché]

2.6.1 - [l’Esprit qui a vivifié Christ, l’Esprit par lequel Christ a prêché]

Nous avons ici besoin de vigilance pour ne pas céder à l’imagination, et rester soumis aux paroles du Saint-Esprit dans leur portée exacte et en accord avec le contexte. Car elles sont souvent reprises de manière vague et partiale en faveur d’idées préconçues ou en vue d’un but choisi d’avance. Pour avoir de la lumière, il faut un œil simple ; et cela ne peut être que là où Christ est l’objet qui gouverne. Le pronom relatif traduit par « par lequel » [début de 3:19] se réfère à l’Esprit en vertu duquel Christ a été rendu vivant (= vivifié) après Sa mort [3:18]. Il est rajouté ensuite un fait, bien sûr très différent, mais qui se rapporte également à l’Esprit.

« … par lequel (ou : en vertu duquel) aussi il est allé et a prêché aux esprits en prison, qui ont été autrefois désobéissants, quand la patience de Dieu attendait dans les jours de Noé, tandis que l’arche se construisait, dans laquelle un petit nombre, savoir huit personnes, furent sauvées à travers l’eau » (3:19, 20).

Il nous est donné ici de comprendre que Christ en Esprit a prêché à ceux dont les esprits sont emprisonnés parce qu’ils ont été désobéissants après avoir entendu Ses avertissements ; l’époque où cela a eu lieu est déterminé comme antérieur au déluge qui les a punis, et ils sont maintenant gardés, comme d’autres, pour un jugement ultérieur.


2.6.2 - [Le sens direct du passage]

La préposition grecque ἐν [débutant la phrase, 3:19] est ici nécessaire pour exprimer avec exactitude « dans » ou « par » quoi Christ est allé prêcher aux esprits en prison. Ce n’était pas en personne, mais en vertu de l’Esprit. Ceci est remarquablement confirmé par le langage de Genèse 6:3 : « Et l’Éternel dit : Mon Esprit ne contestera pas à toujours avec l’homme, puisque lui n’est que chair ; mais ses jours seront de cent vingt ans ». C’est là que nous apprenons ce à quoi l’apôtre fait allusion, d’abord Christ en Esprit (et nous savons qu’Il était l’Éternel sans aucun doute), et ensuite la durée de la longue patience de Dieu aux jours de Noé. Car la déclaration divine ne se rapporte pas à la durée de vie de l’homme qui, même après le déluge, a été encore beaucoup plus longue, mais elle se rapporte à Ses sollicitations patientes pendant la construction de l’arche. 2 Pierre 2:5 et 1 Pierre 1:11 aident beaucoup à clarifier le sens voulu, car Noé, mieux que tout homme d’autrefois, est qualifié de « prédicateur de justice », de sorte que nous pouvons nous attendre à ce que la puissance agissante en lui fût le même Esprit de Christ qui a rendu par avance témoignage, dans les prophètes, des souffrances de Christ et des gloires qui suivraient.

La vérité visée dans ce passage est ainsi rendue assez simple et cohérente, non seulement avec les exigences du contexte, mais avec le reste de l’Écriture. C’est même moins difficile qu’avec Éph. 2:17 où il est dit de Christ qu’« Il est venu et a annoncé la bonne nouvelle de la paix à vous qui étiez loin, et la bonne nouvelle de la paix à ceux qui étaient près ». Aucune personne sensée n’y voit plus que Christ, non pas personnellement mais en Esprit, prêchant aux Gentils aussi bien qu’aux Juifs après Son ascension. Ce passage d’Éph. 2 est déjà assez clair ; mais dans notre texte de 1 Pierre 3, à moins de comprendre de travers sous l’effet de l’imagination ou de la superstition, la grâce a fourni l’indication de ce par quoi Il procédait pour annoncer : « par lequel » [l’Esprit] ; le texte dit littéralement « dans lequel » et certains ont imaginé à tort que cela voulait dire « dans la prison ». En fait Il a prêché aux esprits qui sont en prison maintenant. Ils étaient des hommes vivants sur terre quand l’Esprit les implorait aux jours où Noé préparait l’arche.


2.6.3 - [Contre l’idée d’une « prédication de Christ aux enfers »]

Ceci est en accord avec l’expression qui fait suite : « qui ont été autrefois désobéissants » pendant ce long temps de patience, de compassion et de témoignage. Encore une fois la structure de la phrase est spécialement propre à exprimer la cause ou la raison morale pour laquelle ils sont maintenant en prison. Au lieu de manifester repentance et foi quand l’Esprit de l’Éternel faisait Ses efforts, ils ont été désobéissants : notre Seigneur (Matt. 24:38, 39) tourna ce fait en avertissement comme l’apôtre ici. Un sort semblable frappera les insouciants à la venue du Fils de l’homme en la consommation du siècle. Que ce soit dans la doctrine ou dans les faits ou dans la formulation de la phrase de Pierre, il n’y a aucune place pour l’étrange notion des anciens et des modernes d’une descente de Christ en personne en Hadès [« aux enfers », dit-on] après Sa mort pour y prêcher aux esprits. L’étrangeté est renforcée par le fait que les seuls auditeurs de Sa prédication seraient cette génération de l’humanité qui a été favorisée par les supplications de Son Esprit en Noé. Une pareille faveur quand ils étaient vivants est bien plus naturelle que la prétendue visite après la mort, d’autant plus que d’autres écritures sont là pour en prouver l’inutilité pour les saints et l’absence pour les pécheurs.

La vérité est que la notion fabuleuse d’une telle prédication par Christ en Hadès après la mort contrevient à toute la vérité biblique par ailleurs, et on la tire du seul passage qui est devant nous en faisant violence tant aux morceaux de phrase qu’à la portée du texte dans son ensemble, — en ne poursuivant pas l’argumentation divine et en préférant interpoler une interruption totalement incongrue. Car le seul caractère donné à ceux qui entendirent la prédication est d’avoir été désobéissants, ceci étant le motif de leur emprisonnement : une étrange raison pour justifier la faveur du Seigneur de se rendre en prison pour eux.


2.6.4 - [Pas de prédication aux saints décédés, mais contraste entre les croyants et les désobéissants]

C’est donc déjà faire outrage à la doctrine orthodoxe de supposer une telle prédication à un tel auditoire dans un tel lieu, dans un tel état et à un tel moment ; mais c’est s’opposer encore plus clairement aux expressions de l’apôtre que d’imaginer une prédication du Seigneur aux saints décédés de l’Ancien Testament. Pas un seul mot n’implique qu’un croyant pût être parmi les esprits en prison. Toutes les tentatives dans cette direction sont entièrement vaines, depuis Augustin jusqu’à Calvin, et près de nous Horsley, et d’autres encore plus récents. La portée évidente de l’enseignement est de mettre en contraste la masse des esprits désobéissants (dans la prison de l’état séparé) avec le petit nombre de ceux qui, dans l’arche, ont été sauvés à travers l’eau.


2.6.5 - [Les incrédules sont comme les désobéissants du temps du déluge qui ont rejetés les avertissements de l’Esprit de Christ]

Il était ainsi puissamment répondu aux Juifs incrédules qui s’opposaient au petit nombre de chrétiens, et cela contrait leur mépris de la prédication qu’ils estimaient sans effet sérieux, qu’on la croie ou qu’on la rejette. Christ agissait maintenant par l’Esprit, et non pas par cette manifestation de puissance et de gloire qu’ils attendaient ; ils étaient, eux, dans l’incrédulité de ce que Dieu opère par l’évangile. Ils avaient à se souvenir comment Dieu avait opéré avant le déluge, et ce qui était arrivé à ceux qui ont désobéi à Son avertissement.

Il n’y a donc aucune difficulté réelle dans le passage quand on saisit l’analogie générale avec les jours de Noé — pas plus que dans les détails du texte le plus correct, quand on fait très attention à la fois au rendu grammatical et à la saine doctrine. Aucun événement de l’Ancien Testament ne pouvait être plus pertinent pour avertir les Juifs moqueurs de l’époque de l’apôtre, que ce qui était arrivé aux désobéissants des jours de Noé quand il préparait l’arche. Quelle différence d’effet dans le cas de la prédication de Jonas aux hommes de Ninive ! Et pourtant leur repentance ne fut que transitoire, et la fin de la grande ville s’ensuivit. Mais le déluge ne fut pas tout pour ceux qui rejetèrent l’Esprit de l’Éternel qui avertissait par Noé. Leurs esprits sont en prison, attendant le jugement, — un jugement où personne n’est trouvé juste devant Dieu. Ils sont perdus pour toujours. Ce n’est que par la foi qu’un pécheur est justifié. La désobéissance de l’incrédulité est sans appel ; elle brave à la fois la miséricorde de Dieu et Sa colère ; le pire est pour ceux qui ont les Écritures.


2.6.6 - [une erreur en amène d’autres et contribue à nier les réalités de l’Au-delà]

Admettre une prédication de Christ aux défunts en hadès est un rêve qui se heurte non seulement à la vérité en général, mais à ce contexte en particulier, le rendant à la fois bancal et incohérent dans tous les moindres détails quand on y regarde de près. Il en résulte une allégation extraordinaire qui suggère une doctrine en conflit avec tout le reste de la parole de Dieu. En effet elle attribue à Christ une œuvre superflue tant pour les saints que pour les pécheurs ; pour ces derniers elle tend à étayer une fausse espérance, incompatible avec tout ce que notre Seigneur ici-bas a déclaré à l’égard de ceux qui meurent dans l’incrédulité, et également incompatible avec ce que le Saint-Esprit a enseigné depuis la rédemption. Un autre effet pervers de cette interprétation erronée est d’aider des esprits ingénieux à tenter une confirmation obscure de certains textes de l’Ancien Testament tels que Ps. 68:18, Ésaïe 45:2 et 49:9, pour nier que le paradis est céleste dans le Nouveau Testament. Une erreur conduit à une autre, et peut-être à beaucoup d’autres. Il est bon de maintenir l’espérance sainte et bénie de la « première résurrection » à la venue du Christ ; et il est très nuisible de nier la béatitude intermédiaire des saints délogés pour être avec Christ. L’Écriture est parfaitement claire et certaine sur ces deux points.


2.7 - [3:21-22 — déluge et baptême]

2.7.1 - [3:21a — le baptême : un antitype = une figure]

L’eau du déluge conduit au sens spirituel du baptême au v. 21 : le symbole de la mort judiciairement, aussi bien pour le monde qui a péri ainsi, que pour le salut du croyant par la grâce — le salut par le moyen de Celui qui y est descendu pour nos péchés et a été ressuscité pour être la vraie arche pour nous. L’eau était l’instrument du jugement de Dieu en destruction. Ceux qui étaient dans l’arche ont été sauvés à travers l’eau, mais seulement parce qu’ils se sont soumis à la parole de Dieu et ont été mis à l’abri par l’arche. L’arche préfigurait Christ, non pas l’église comme certains l’imaginent en vain ; car rien de tel n’existait alors ; et même si cela avait existé, cela n’aurait pas pu sauver ; mais on a là plutôt l’image de ceux qui avaient besoin du salut, celui qui existe en vertu de la mort et de la résurrection de Christ.

« Or cet antitype ((*) ou : cette ‘figure’) vous sauve aussi maintenant, [c’est-à-dire] le baptême, non le dépouillement de la saleté de la chair, mais la requête d’une bonne conscience envers Dieu, par la résurrection de Jésus Christ, qui est à la droite de Dieu (étant allé au ciel), anges, et autorités, et puissances lui étant soumis » (3:21-22).


(*) Le seul autre passage du Nouveau Testament où on trouve ce mot est Héb. 9:24 [traduit par JND par « copie »]. Le sens est le même, ‘figure’, dans les deux cas.


2.7.2 - [Christ vivifie les morts. On est régénéré par la Parole de Dieu. La Parole est annoncée par l’Esprit]

Il est de toute importance de comprendre la pensée de l’Esprit ; car la superstition s’est saisie des mots ici pour soutenir son erreur. Mais si nous voulons marcher dans la vérité, nous devons lire chaque passage de l’Écriture à la lumière des autres passages de l’Écriture, aussi bien que du contexte. Toute l’Écriture, peut-on dire, vise le Sauveur et la foi en Lui pour le salut de l’âme. Ce n’est nulle part plus clair que dans la doctrine qui précède dans l’épître qui est devant nous. Christ est montré comme Celui qui vivifie les morts, ceux qui étaient morts dans leurs fautes et dans leurs péchés, — Christ le Fils en communion avec le Père, révélé dans la puissance du Saint Esprit par la Parole (Jean 3:5 ; 5:21-25). Ainsi, dans le premier chapitre de notre épître, l’apôtre dit : « Ayant purifié vos âmes par l’obéissance à la vérité, pour que vous ayez une affection fraternelle sincère, aimez-vous les uns les autres ardemment d’un cœur pur » [1:22]. Comment cela peut-il se faire, sachant ce qu’est l’homme naturellement ? « vous qui êtes régénérés [engendrés de nouveau], non par une semence corruptible, mais par une semence incorruptible, par la vivante et permanente parole de Dieu, parce que toute chair est comme l’herbe et toute sa gloire comme une fleur d’herbe : l’herbe sèche et sa fleur tombe ; mais la parole du Seigneur demeure éternellement. Or c’est cette parole qui vous a été annoncée » [1:23-25]. C’est pourquoi en Jacques 1:12, il est écrit : « De sa propre volonté, Il (le Père) nous a engendrés par la parole de la vérité, afin que nous soyons une sorte de prémices de Ses créatures ».


2.7.3 - [La vie nouvelle est en Christ. C’est une erreur de l’attribuer au baptême]

Ce ne sont là que quelques-uns des nombreux passages de l’Écriture que l’on peut citer, tirés des Évangiles et des épîtres ; mais ils montrent amplement que, comme la vie est dans le Fils, ainsi c’est Lui qui donne la vie au croyant, et ceci dès maintenant, non seulement pour la communion avec le Père et avec le Fils, mais pour marcher dans la lumière, étant purifié par le sang de Jésus. Le baptême a sa place d’un profond intérêt et d’une grande importance ; mais l’Écriture ne lui attribue jamais le fait de donner la vie [vivifier]. C’est une erreur très ancienne et invétérée de la chrétienté. Tous ceux qu’on appelle Pères de l’Église, quand ils parlent de donner la vie, ils l’attribuent au baptême. C’était l’erreur des temps sombres longtemps avant le papisme ; et on en fondait la nécessité sur les paroles tout à fait mal comprises de notre Seigneur en Jean 3:3, 5. C’était tellement universel après les apôtres que Hooker établit, en opposition à Cartwright (Eccles. Poll. 5 §59), « que, de tous les Anciens, il n’y en a pas un qu’on puisse nommer qui ait jamais fait autrement qu’exposer ou alléguer ce passage comme impliquant le baptême externe ».


2.7.4 - [Jean ne parle ni du baptême ni de la Cène — Jean 3 et 6]

Il est frappant de constater qu’au-delà de l’allusion aux disciples qui baptisaient [Jean 3:22, 26 ; 4:1] comme Jean, bien avant la mort et la résurrection de notre Seigneur et Sa mission ultérieure de baptiser toutes les nations, l’Évangile de Jean évite toute mention du baptême chrétien et de la Cène du Seigneur. Son dessein était de faire ressortir, non pas les institutions sacrées du christianisme, mais la vie éternelle et le don du Saint-Esprit avec leurs précieux résultats. Il n’est jamais dit d’aucune institution qu’elle donne la vie, ni qu’aucune d’elles ne peut restaurer la communion interrompue par la tolérance du péché. En Jean 3, le Seigneur insiste sur la nécessité absolue d’être né de nouveau, c’est-à-dire d’eau et d’Esprit, pour voir ou entrer dans le royaume de Dieu. Étant par nature enfant de colère, une nouvelle nature est requise. L’eau, comme en Jean 15:3 et Éph. 5:26, se réfère à la parole de Dieu que l’Esprit fait comprendre dans la foi et la repentance. Nicodème en tant que docteur Juif aurait dû le savoir [Jean 3:10], spécialement d’après Ézéc. 36:25, etc., alors que ni lui ni personne d’autre ne pouvait avoir connu le baptême chrétien institué des années après.

Il en va de même avec Jean 6:53, etc., qui parle de la communion par la foi avec Christ mort pour la rédemption, tandis que les v. 32 et suiv. parlent de Lui dans Son incarnation. Le langage de Jean 3 va bien au-delà du baptême, comme celui de Jean 6 dépasse de loin la Cène du Seigneur. Ceci devrait être évident pour quiconque s’incline devant l’Écriture. Si quelqu’un veut appliquer ce passage à la Cène, il est obligé d’affirmer que nul ne peut avoir la vie éternelle sans la Cène, et qu’aucun de ceux qui participent à la Cène ne peut manquer d’avoir la vie éternelle : les deux déclarations sont aussi dangereuses que fausses.


2.7.5 - [Le baptême est pour la mort de Christ, pas pour Sa vie]

Le baptême est l’expression et la confession d’avoir part à la mort de Christ ; ou, comme l’a dit l’apôtre Paul, « ne savez-vous pas que nous tous qui avons été baptisés pour le Christ Jésus, nous avons été baptisés pour Sa mort ? Nous avons donc été ensevelis avec Lui par le baptême pour la mort » [Rom. 6:3-4]. Voilà sa signification : la mort de Christ, non pas la vie, deux choses qui sont par la foi en Lui. De même dans la Cène du Seigneur, nous annonçons Sa mort jusqu’à ce qu’Il vienne [1 Cor. 11:26] ; c’est comme une fête constamment récurrente, tandis que le baptême chrétien n’a lieu qu’une seule fois. Christ a dû venir, non seulement par la naissance, mais par l’eau et le sang avec l’Esprit donné comme témoin [1 Jean 5:6]. Jusque-là, il ne pouvait pas y avoir de christianisme, parce que Dieu n’avait pas été glorifié et le péché n’avait pas été jugé dans Sa mort. Il était à l’étroit, malgré la grandeur de Sa grâce, de Sa gloire et de Ses perfections morales, jusqu’à ce que ce baptême soit accompli [Luc 12:50]. L’institution chrétienne est venue ensuite.


2.7.6 - [3:21a — Le baptême est pour la rémission des péchés ; il représente le passage à une nouvelle position de salut par la résurrection de Christ]

Le baptême tel que Pierre l’enseignait était « pour la rémission des péchés », selon Actes 2:38. C’est pourquoi Ananias a été envoyé au « frère Saul » qui avait déjà la vie en Christ ressuscité, et l’a invité à se lever et à se faire baptiser, et à être lavé de ses péchés, invoquant le nom du Seigneur. De même ici, « or cet antitype » (cette figure, car c’est de cela qu’il s’agit) « vous sauve maintenant aussi, le baptême ». Mais l’apôtre prend bien soin d’ajouter : « non pas le dépouillement de la saleté de la chair, mais une requête (ou : demande) à Dieu d’une bonne conscience ». Car la vie de Christ donnée à l’âme, cherche cela, et ne peut se satisfaire de moins. Et comme Celui qui est et nous donne la vie éternelle, a souffert pour les péchés, nous recevons aussi la riche bénédiction de Sa mort dans toute sa valeur. Il ne s’agit donc pas d’une figure de la vie, comme le dit la tradition toujours obscure et trompeuse, mais du salut, le salut actuel de nos âmes, et le gage du changement glorieux pour nos corps à la venue du Christ. Le baptême présente notre passage de l’état déchu à la nouvelle position du salut « par la résurrection de Jésus-Christ » [3:21]. Tout était saint et acceptable en Lui dans son incarnation ; mais notre culpabilité, notre ruine étaient telles que rien moins que Sa résurrection ne pouvait nous amener au salut. « En vérité, en vérité, je vous dis : À moins que le grain de blé ne tombe dans la terre et ne meure, il demeure seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit » [Jean 12:24]. La rémission des péchés et le salut font donc partie de notre bénédiction. Le baptême comme institution initiatique le proclame ; de même la Cène du Seigneur le fait pendant tout le temps que nous attendons Christ ; mais tout dépend de l’efficacité de Sa mort et de Sa résurrection pour notre foi.


2.7.7 - [3:21b-22 — Le baptême : ‘demande à Dieu d’une bonne conscience’ par ceux qui sont sauvés. Démonstration de notre acquittement par la gloire de Christ]

Nous pouvons ainsi voir la cohérence de la vérité en Christ. Car en Lui Dieu est descendu vers les pauvres pécheurs perdus, pour que, croyant en Lui, ceux qui étaient morts puissent vivre. Mais en Lui mort et ressuscité, nous venons à Dieu, purifiés par Son sang expiatoire, et dans la puissance et l’acceptation de Sa résurrection. Et c’est ici que le christianisme trouve sa base et son caractère. Nous ne sommes donc pas seulement en sécurité, comme tous ceux qui ont la vie ; mais maintenant nous « sommes sauvés » et devenons justice de Dieu en Lui. C’est pourquoi le baptême chrétien suit la mort et la résurrection de Christ. Une bonne conscience envers Dieu, c’est la chose demandée, quand nous sommes vivants à Dieu en Christ : avoir notre acquittement par Son œuvre de rédemption. « Requête » ou « demande » est la vraie force du mot ἐπερώτημα (ce n’est pas « réponse »). Or nous en avons une grande démonstration en Christ à la droite de Dieu [3:22], — le même Christ qui a souffert une fois (c’était suffisant) pour nos péchés et les a enlevés, et qui est entré dans le ciel même, à la plus haute place d’honneur, anges et autorités et puissances Lui étant soumis (au lieu de Lui disputer Son titre juste). Ils lui rendent en effet un hommage divin selon ce que déclare Héb. 1 en accord avec la prophétie de l’Ancien Testament ; et l’Apocalypse le publie dans ses visions de la gloire céleste, vues par Jean et qui nous ont été données à connaître pour que cela agisse maintenant sur nos âmes. Car toutes choses sont à nous, les choses présentes et les choses à venir [1 Cor. 3:22]. Puissions-nous profiter d’un privilège si merveilleux !


2.7.8 - [3:21a — ‘vous sauve maintenant’ : le salut présent comme en Héb. 11:7]

Nous pouvons aussi remarquer que les paroles de Héb. 11:7 concordent avec « vous sauve maintenant » (bien que Dieu se soit plu à donner un aspect plus avancé des privilèges et de la vérité par Paul en Rom. 6 et Col. 2, par comparaison avec le témoignage de Pierre dans le présent texte). « Par la foi, Noé, prévenu divinement des choses qui ne se voyaient pas encore, prépara une arche pour le salut de sa maison ». C’est la figure. Mais le vrai salut dont le baptême est la figure, est d’un caractère divin et éternel sur la base de la mort et de la résurrection de Christ.


2.7.9 - [Le baptême n’est pas une garantie — Ce que Paul en dit en 1 Corinthiens]

Il est nécessaire de dire que quel que soit la place et la valeur du baptême, le même Paul remercie Dieu en 1 Cor. 1 de ce qu’il n’a baptisé que quelques-uns des Corinthiens, de peur que quelqu’un dise avoir été baptisé pour son nom. Comment aurait-il pu dire cela si le baptême avait été un moyen d’obtenir la vie éternelle ? Il ajoute plus loin que Christ ne l’a pas envoyé pour baptiser, mais pour prêcher l’évangile, par lequel, en 1 Cor. 4:15, il dit qu’il les a engendrés dans le Christ Jésus. En 1 Cor. 10:1-12 il les avertit par des exemples tirés de l’histoire d’Israël, que ni le baptême ni la Cène du Seigneur n’empêchent de tomber dans le désert par incrédulité et par les péchés auxquels il expose. Voir aussi Héb. 3 et 4.


2.7.10 - [Ineptie du salut par le baptême]

Ce qui est vraiment étonnant, c’est comment un saint peut être tellement ensorcelé par des prétentions humaines, et si obtus devant l’œuvre infinie de la grâce (où toute la Trinité s’engage pour sauver un homme coupable et pécheur), au point de recevoir une tromperie si évidente de l’ennemi [, à savoir le salut par le baptême]. De même que Dieu en Christ était seul à pouvoir sauver, rien moins que Sa puissance ne peut garder les âmes par la foi pour un salut qui est prêt à être révélé au dernier temps. Le salut ici (1:5), comme souvent ailleurs, signifie le salut du corps, et pas seulement de l’âme comme dans 1 Pierre 1:9.


2.7.11 - [La foi voit un Christ céleste dans la gloire et c’est là qu’est notre part]

Pour ces incrédules qui méconnaissaient l’évangile par leur zèle pour une gloire du Messie manifestée sur la terre, il était important de souligner ce qui est beaucoup plus important, à savoir la gloire céleste dans laquelle le chrétien se réjouit de voir Christ aujourd’hui. Lui « est à la droite de Dieu, monté au ciel, anges et autorités et puissances lui étant soumis ». En temps voulu, Il s’assiéra sûrement comme Fils de David sur le trône de David en Sion ; et en ce jour-là tout Israël se repentira, croira et sera sauvé. Mais les Juifs, et les Gentils aussi, qui maintenant Le voient par la foi, ont une part meilleure, du fait qu’Il est monté dans une gloire plus élevée. Les Juifs incrédules ne peuvent pas contredire le fait que David en Esprit l’a attesté, en disant : « Le Seigneur a dit à mon Seigneur : Assieds-toi à ma droite jusqu’à ce que j’aie mis tes ennemis comme marchepied de tes pieds ». S’il est assis, selon ce que ce Ps. 110 assure, les anges et les autorités et les puissances ne sont pas désobéissants à la vision céleste comme les Juifs sur la terre [Actes 26:19], mais, Lui étant soumis, ils éclatent en acclamations joyeuses et bruyantes. Et les chrétiens, déjà ici-bas et maintenant, adorent en Esprit Celui qui est ainsi élevé en-haut. Eux croient et Le connaissent là.