1 Pierre

Chapitre 1

William Kelly [entre crochets : ajouts de Bibliquest]

Cet écrit, comme souvent ceux de W.Kelly, sont un peu difficiles à lire, notamment par la longueur des phrases et des expressions. Le traducteur a souvent laissé subsister ces défauts, ne voulant pas tronquer la pensée de l’auteur.


Traduction d’après l’édition de 1923 de C.A.Hammond

Table des matières abrégée :

1 - Introduction [aux deux épitres]

1.1 - [Sujet(s) des deux épitres]

1.2 - [Destinataires de l’épitre]

1.3 - [L’épitre s’adresse-t-elle aussi aux Gentils ?]

1.4 - [Où était Pierre quand il a écrit ? Sa position par rapport à Paul]

2 - 1 Pierre 1

2.1 - [Ch. 1 v.1]

2.2 - [Ch. 1 v. 2]

2.3 - [Ch. 1 v. 3]

2.4 - [Ch. 1 v. 4-5]

2.5 - [Sommaire de 1:3-5]

2.6 - [Ch. 1 v. 6-7]

2.7 - [Ch. 1 v. 8-9]

2.8 - [Ch. 1 v. 10-12 — salut d’âmes et salut selon les prophètes de l’Ancien Testament]

2.9 - [Transition entre l’introduction et les exhortations]

2.10 - [Ch. 1:13 — Début des exhortations]

2.11 - [Ch. 1:14-16 — ]

2.12 - [Ch. 1:17 — ]

2.13 - [Ch. 1:18,19 — ]

2.14 - [Ch. 1:20 — ]

2.15 - [Ch. 1:21 — ]

2.16 - [Ch. 1:22 — ]

2.17 - [Ch. 1:23 — ]

2.18 - [Ch. 1:24, 25 — ]


Table des matières détaillée :

1 - Introduction [aux deux épitres]

1.1 - [Sujet(s) des deux épitres]

1.2 - [Destinataires de l’épitre]

1.3 - [L’épitre s’adresse-t-elle aussi aux Gentils ?]

1.4 - [Où était Pierre quand il a écrit ? Sa position par rapport à Paul]

2 - 1 Pierre 1

2.1 - [Ch. 1 v.1]

2.1.1 - [Ceux de la dispersion]

2.1.2 - [élus]

2.1.3 - [« qui séjournent en étrangers ». Pierre auteur de l’épitre]

2.1.4 - [Territoires concernés]

2.2 - [Ch. 1 v. 2]

2.2.1 - [Élus]

2.2.2 - [Selon la préconnaissance de Dieu le Père]

2.2.3 - [En sanctification ou sainteté de l’Esprit]

2.2.4 - [Pour l’obéissance et l’aspersion du sang de Jésus-Christ]

2.2.5 - [Que la grâce et la paix soient multipliées]

2.3 - [Ch. 1 v. 3]

2.3.1 - [Béni soit le Dieu et Père. Comparaison avec Paul s’adressant aux Éphésiens]

2.3.2 - [Régénérés… par la résurrection]

2.3.3 - [La grande miséricorde]

2.3.4 - [Une espérance vivante]

2.4 - [Ch. 1 v. 4-5]

2.4.1 - [1:4 — l’héritage conservé dans les cieux]

2.4.2 - [1:5 — vous qui êtes gardés par la puissance de Dieu — par la foi]

2.4.3 - [pour un salut qui est prêt à être révélé]

2.4.4 - [révélé au dernier temps]

2.5 - [Sommaire de 1:3-5]

2.6 - [Ch. 1 v. 6-7]

2.6.1 - [1:6 — vous vous réjouissez]

2.6.2 - [1:6 — affligés pour un peu de temps]

2.6.3 - [1:7 — l’épreuve de votre foi bien plus précieuse que celle de l’or qui périt]

2.7 - [Ch. 1 v. 8-9]

2.7.1 - [Le chrétien peut se réjouir au milieu d’épreuves sévères]

2.7.2 - [Contraste entre le christianisme et les autres dispensations]

2.7.3 - [1:8a — quoique vous ne l’ayez pas vu, vous aimez]

2.7.4 - [1:8b — se réjouir dès maintenant - d’une joie ineffable et glorieuse]

2.7.5 - [1:9 — une joie ineffable et glorieuse, un salut d’âmes]

2.8 - [Ch. 1 v. 10-12 — salut d’âmes et salut selon les prophètes de l’Ancien Testament]

2.8.1 - [Difficulté à concilier gloire et souffrances]

2.8.2 - [1:10 — Annonces du salut par les prophètes]

2.8.3 - [1:11 — les prophètes étudiant leurs prophéties]

2.8.4 - [1:11 — l’Esprit de Christ]

2.8.5 - [Les prophéties sur les souffrances de Christ et les gloires qui suivraient]

2.8.6 - [1:12 — l’Esprit de prophétie — autrefois et dans le futur]

2.8.7 - [1:12 — la bonne nouvelle annoncée par l’Esprit envoyé du ciel]

2.8.8 - [1:12 — les choses dans lesquelles les anges désirent regarder de près]

2.9 - [Transition entre l’introduction et les exhortations]

2.10 - [Ch. 1:13 — Début des exhortations]

2.10.1 - [1:13a — Allusion à la Pâque]

2.10.2 - [Les reins ceints]

2.10.3 - [Sobres]

2.10.4 - [1:13b — Espérez parfaitement]

2.10.5 - [1:13b — la grâce qui vous sera apportée à la révélation de Jésus Christ]

2.11 - [Ch. 1:14-16 — ]

2.11.1 - [1:14a — enfants d’obéissance]

2.11.2 - [1:14b — abandonner les convoitises du temps de l’ignorance]

2.11.3 - [1:15 — soyez saints comme votre Père est saint]

2.11.4 - [1:16 — il est écrit : soyez saints… ]

2.12 - [Ch. 1:17 — ]

2.12.1 - [Si vous invoquez comme Père]

2.12.2 - [Celui… qui juge — jugement du Père / jugement du Fils de l’homme]

2.12.3 - [Conduisez-vous avec crainte]

2.13 - [Ch. 1:18,19 — ]

2.13.1 - [1:18a — rachetés. Rédemption]

2.13.2 - [1:18b — la vaine conduite enseignée par vos pères]

2.13.3 - [1:19 — le sang précieux de Christ, l’agneau sans défaut et sans tache]

2.14 - [Ch. 1:20 — ]

2.14.1 - [1:20 — préconnu]

2.14.2 - [1:20 — manifesté à la fin des temps]

2.14.3 - [1:20 — dès avant la fondation du monde]

2.15 - [Ch. 1:21 — ]

2.15.1 - [1:21 — pour vous qui par Lui croyez en Dieu]

2.15.2 - [1:21 — Dieu qui l’a ressuscité des morts, afin que votre foi et votre espérance soient en Dieu]

2.16 - [Ch. 1:22 — ]

2.16.1 - [1:22 — purification de l’âme. L’âme par rapport à l’esprit]

2.16.2 - [1:22 — pour… une affection fraternelle sans hypocrisie]

2.16.3 - [1:22 — sans hypocrisie]

2.16.4 - [1:22 — ardemment d’un cœur pur]

2.17 - [Ch. 1:23 — ]

2.17.1 - [1:23 — … vous êtes régénérés, ou engendrés de nouveau]

2.17.2 - [1:23 — … régénérés par la Parole de Dieu]

2.18 - [Ch. 1:24, 25 — ]

2.18.1 - [1:24 — toute chair est comme l’herbe]

2.18.2 - [1:25 — la Parole du Seigneur demeure éternellement — parole et langage, les mots]


1 - Introduction [aux deux épitres]

1.1 - [Sujet(s) des deux épitres]

Ce n’est pas à l’apôtre de la circoncision, mais à celui que le Seigneur a envoyé aux Gentils qu’il a été donné de faire connaître le mystère, ou secret de Dieu, quant à Christ et à l’Église (l’Assemblée). Il n’est guère mentionné dans les écrits inspirés de Pierre, bien que nous sachions qu’il a été révélé depuis la rédemption aux saints apôtres et aux prophètes par l’Esprit [Éph. 3:5]. Mais Paul était serviteur de l’assemblée (Col. 1:24, 25) comme personne d’autre n’a été amené à se qualifier ainsi. C’est à lui tout spécialement que le mystère a été communiqué par révélation, comme c’est à lui qu’a été donnée la grâce d’annoncer parmi les nations les richesses insondables du Christ et de mettre en lumière l’administration du mystère qui, de tous temps, avait été caché en Dieu qui a créé toutes choses [Éph. 3:8-9]. Même le mot « église » inséré en 1 Pierre 5:13 par certaines versions [KJV] est une conjecture sans fondement. Il s’agissait d’une sœur individuelle.

Le sujet est le gouvernement de Dieu, abondamment traité dans les deux épîtres, mais sous un aspect différent dans chacune d’elles. C’est cependant le gouvernement de Dieu, non pas simplement comme les saints d’autrefois le connaissaient, mais comme il a été modifié par l’arrivée du Messie et l’accomplissement de la rédemption. D’où le contraste évident avec la position d’Israël sous la loi, et l’anticipation par la foi de ce que sera ce gouvernement à l’apparition de Christ ; il s’ensuit la différence que ceux auxquels Pierre s’adressait étaient étrangers et séjournaient parmi les nations, étant par conséquent affligés et saints sur la terre, attendant la louange et l’honneur et la gloire à la révélation de Jésus-Christ. La première épître est occupée avec ce juste gouvernement appliqué au chemin du chrétien jour après jour, ayant l’espérance du résultat brillant à la révélation de notre Seigneur. La seconde épitre poursuit ce sujet du gouvernement avec une énergie solennelle et détaillée jusqu’au jugement des faux enseignants (docteurs) qui rivalisent avec les faux prophètes d’Israël, travaillant pareillement à la corruption et la destruction ; et cela continue même jusqu’au jour de Dieu, à cause duquel les cieux en feu seront dissous, et les éléments embrasés se fondront, et seront remplacés par de nouveaux cieux et une nouvelle terre où la justice habitera : ce sera l’état éternel. Le jugement des méchants est nettement précisé dans la seconde épitre, tandis que la première épitre met en relief les soins vigilants et le triomphe final des saints. Il n’y a aucun antagonisme ni même dissonance entre ces deux épitres qui se complètent l’une l’autre.


1.2 - [Destinataires de l’épitre]

Il nous est donc dit au début de la première épître que l’apôtre Pierre s’adresse à « ceux de la dispersion qui séjournent [parmi les nations] », ce qui ne peut désigner que des Juifs, du Pont, de la Galatie, de la Cappadoce, d’Asie et de Bithynie. C’était des Juifs chrétiens, aussi sont-ils décrits comme « élus selon la préconnaissance de Dieu le Père par (ou, dans) la sanctification [ou : sainteté] de l’Esprit pour l’obéissance et l’aspersion de sang de Jésus-Christ ». Les Gentils de cette vaste région d’Asie Mineure y étaient chez eux, bien installés ; les Juifs étaient des gens qui séjournaient là, étant dispersés depuis la terre d’Israël. Mais la description qui suit, de même que l’épître en général, montre qu’ils étaient pèlerins dans un sens plus élevé en tant qu’enfants de Dieu et gens qui confessaient Jésus-Christ. La deuxième épître (3:1) déclare qu’elle a été écrite aux mêmes personnes. Il n’y a donc pas lieu de revendiquer pour elle un caractère plus catholique [universel] que pour la première. On a beaucoup abusé du qualificatif de « catholique » pour ces épitres.


1.3 - [L’épitre s’adresse-t-elle aussi aux Gentils ?]

Il est incontestable que les deux épîtres ont été données de Dieu pour le profit de tous les fidèles. Mais si elles sont pour tous les saints, il reste intéressant et important de se rendre compte à qui elles ont été écrites. Ce qu’en dit l’auteur inspiré lui-même est déterminant. Tout le monde, érudit ou non, se plait à avoir une opinion là-dessus ; le doyen Alford, avec tant d’autres, s’est efforcé de citer une série de versets pour nous persuader que, malgré les termes formels de l’adresse de l’épitre, l’apôtre s’adressait aux chrétiens aussi bien non-juifs que juifs (entre autres 1:14, 18 ; 2:9, 10 ; 3:6 ; 4:3). Ces passages fournissent-ils vraiment une preuve que ses avertissements s’adressaient à d’anciens païens convertis à la foi chrétienne ?

Prenons le premier d’entre eux (1:14) ; où a-t-on la trace d’un Gentil ? Ne s’agissait-il pas de Juifs, régénérés pour une espérance vivante [1:4], pour être des enfants d’obéissance, ne se conformant pas aux convoitises d’autrefois du temps de leur ignorance [1:14], mais se conformant au Saint qui les avait appelés à être saints dans toute leur conduite [1:15] ? Y a-t-il mention d’un paganisme antérieur ? Le v. 18, loin de faire allusion à des Gentils, implique qu’il s’agit de vrais Juifs. Car eux, plus que tous les autres, avaient un mode de vie transmis par leurs ancêtres, et ce mode était d’autant plus vain qu’ils se vantaient de connaître le Dieu vivant.

Le caractère spécifiquement Juif est encore plus clair aux v. 9 et 10 du ch. 2. Il est vrai que les Juifs avaient perdu leurs droits à des privilèges spéciaux par leur incrédulité et leur rébellion, commencées par leur idolâtrie et achevées par leur rejet de Christ. « Mais vous », dit l’apôtre, vous le résidu croyant, vous anticipez ce que la nation aura « dans ce jour-là » quand ils croiront eux aussi. Vous qui dans votre incrédulité leur apparteniez comme n’étant « pas un peuple », maintenant que vous croyez, vous êtes « le peuple de Dieu ». Vous qui n’aviez pas obtenu miséricorde, vous devenez maintenant des objets de miséricorde [Osée 1:10 ; 2:23]. Et ceci est entièrement confirmé par les versets qui suivent immédiatement [2:11-12]. Car ils sont exhortés, comme étrangers et forains, d’une manière encore plus élevée, à s’abstenir des convoitises charnelles, ayant une conduite honnête « parmi les nations [Gentils] », comme une classe étrangère à ceux qui médisent.

Le passage suivant (3:6), n’offre aucune difficulté, car après avoir mis en avant Sarah comme modèle d’obéissance, il dit aux femmes qu’elles étaient devenues ses enfants, non pas simplement par la chair et le sang, mais en faisant le bien et en n’ayant aucune frayeur. En quoi cela implique-t-il un paganisme antérieur ?

Le dernier passage est 4:3 ; c’est un rappel énergique qu’aux jours de leur incrédulité, ils avaient été moralement aussi corrompus que les païens. Vivant au loin parmi eux, ils étaient également coupables de leurs idolâtries impies — quelque chose d’ordinaire s’ils avaient été Gentils, mais honteux pour des Juifs. Dans tous ces passages, il n’y a pas la moindre preuve que l’épître aille au-delà de ceux auxquels elle est adressée.


1.4 - [Où était Pierre quand il a écrit ? Sa position par rapport à Paul]

Il ne devrait pas y avoir de doute que Pierre était à Babylone, la Babylone littérale dans la plaine de Shinar, quand il a écrit la première épître. Cela est conforme à l’arrangement du commencement (Gal. 2:7, 8) où l’évangile de l’incirconcision a été confié à Paul, et celui de la circoncision à Pierre, Dieu travaillant dans chacun de ces domaines à des fins différentes. Il n’y avait pas de discorde, mais une communion heureuse ; on le voit par le fait que Pierre employait, comme intermédiaire, le même frère [Marc] qui avait été le choix de Paul lors d’une occasion remarquable dans une mission antérieure. Il semble probable que la femme de Pierre (1 Cor. 9:5) était la sœur co-élue dont il transmet la salutation, avec celle de Marc son fils dans la foi (à ce qu’il paraît). Nous pouvons être sûrs qu’il n’aurait pas associé à sa propre salutation celle de quelqu’un ayant attiré une censure mémorable, y compris de Barnabas, si la confiance n’avait pas été rétablie, comme le grand apôtre [Paul] l’a exprimée en Col. 4:10, Philémon 24, et 2 Tim. 4:11. Si l’apôtre Paul était empêché à cette époque de visiter les assemblées qu’il avait plantées dans ces pays, l’apôtre Pierre écrit pour fortifier ses frères ; mais, avec une délicatesse singulière, il s’adresse à ceux de la circoncision dont le soin lui avait été attribué, et il envoie la lettre par Silas [Sylvain], bien connu par ailleurs comme compagnon d’œuvre de l’apôtre des Gentils à l’origine des assemblées partout dans cette vaste région. Pas un mot n’implique que Pierre ait servi dans ces régions, bien qu’Origène et Eusèbe le déclarent par une déduction erronée mise au rang de tradition.

Il est à peine besoin de noter l’étrange erreur de beaucoup d’anciens et de modernes selon lesquels Babylone signifie Rome. Même si l’Apocalypse avait été connue quand l’épître fut écrite, alors qu’elle ne l’a été que longtemps après, il est difficile de concevoir qu’un terme mystique de prophétie soit introduit dans un écrit si simple et si direct, et encore plus dans une salutation d’amour. Que penser des théologiens qui s’accrochent à ce qui est chargé d’un jugement impitoyable à la fin, et en tirent un support imaginaire au rêve d’un épiscopat de Pierre dans la métropole du monde des Gentils ?


2 - 1 Pierre 1

2.1 - [Ch. 1 v.1]

« Pierre, apôtre de Jésus-Christ, aux élus séjournant en étrangers (*) de la dispersion parmi le Pont, la Galatie, la Cappadoce, l’Asie et la Bithynie » (1:1).


[(*) NdT : « séjournant en étrangers » : c’est un seul et même mot en grec en 1:1 et 2:11. La version J.N. Darby l’a traduit par « qui séjournent [parmi les nations] » en 1:1 et par « étrangers » en 2:11.]


2.1.1 - [Ceux de la dispersion]

Jacques, comme esclave de Dieu et du Seigneur Jésus-Christ, a écrit son épître aux douze tribus qui étaient dans la « dispersion ». C’est une erreur d’appeler cela une adresse « catholique » [universelle], mais elle a un caractère expressément large quant à Israël, car elle s’adresse à eux avec la plus grande portée. On a quelque chose de semblable dans la circonstance mémorable où l’apôtre Paul dit devant le roi Hérode Agrippa : « Maintenant, je suis jugé pour l’espérance de la promesse faite par Dieu à nos pères, à laquelle nos douze tribus qui servent Dieu sans relâche jour et nuit espèrent parvenir » (Actes 26:7). Cette espérance est étroitement liée à la résurrection, comme les prophètes l’ont clairement indiqué, et la loi aussi, quand on la comprend correctement. C’est pourquoi dès le verset suivant il parle immédiatement (Actes 26:8) de Dieu qui ressuscite des morts, comme Il l’a prouvé par la résurrection du Seigneur Jésus. Dieu sera ainsi l’exécuteur et le donateur de toutes les bénédictions qu’Il a promises ; et Israël n’aura qu’à incliner son oreille pour revenir à Lui, dont ils se sont écartés depuis si longtemps, et qui les a finalement dispersés parmi les nations à cause de leur apostasie. Bientôt ils entendront, et leur âme vivra ; et Il conclura avec eux une alliance éternelle, les grâces assurées (fidèles ou inviolables) de David, en Celui qui est le vrai Bien-Aimé, un témoignage donné aux peuples, un chef et un commandant aux peuples bien au-delà du fils de Jessé [És. 55:3-4 ; Actes 13:22].

« La dispersion » est une expression évidemment familière aux Juifs ; elle apparaît premièrement en Jean 7:35, et elle signifie clairement l’ensemble des Juifs dispersés parmi les Grecs ou Gentils.


2.1.2 - [élus]

Mais à l’expression « ceux de la dispersion », l’apôtre Pierre ajoute deux qualificatifs [‘élus’ 1:2 et ‘qui séjournent en étrangers’ 1:1] qui en limitent forcément la portée. Le premier, « élus », fait une restriction aux individus choisis de Dieu. Ils étaient élus parmi les Juifs, comme étant ceux qui croyaient que Jésus est le Christ et le Fils de Dieu, tandis que la plupart de leurs frères selon la chair, Le rejetaient. Ceux qui croyaient étaient les chrétiens.

Israël avait bénéficié du privilège d’être la nation choisie par l’Éternel comme aucun autre peuple ne l’était ; et à la fin de l’ère, dans ce jour qui approche rapidement, ils seront rétablis par la miséricorde souveraine sous le Messie et sous la nouvelle alliance, pour être bénis à toujours avec des faveurs plus riches qu’autrefois. Ce ne sera plus une condition mélangée comme dans la période la plus florissante du passé. « Et ton peuple, eux tous, seront justes ; ils posséderont le pays pour toujours, rejeton que j’ai planté, œuvre de mes mains pour me glorifier. Le petit deviendra mille, et le moindre, une nation forte. Moi, l’Éternel, je hâterai cela en son temps » (Ésaïe 60:21-22). Pareillement il fut dit à Daniel plus tard : « En ce temps-là, ton peuple sera délivré, tous ceux qui seront trouvés écrits dans le livre » (Daniel 12:1).

Mais ce moment n’est pas encore venu. Quand l’apôtre écrivait, Dieu choisissait du milieu du peuple juif des appelés, par un appel céleste par la foi en Celui que la nation rejetait et que Dieu a glorifié en haut. Ils sont actuellement Ses élus tandis que les cieux ont reçu le Seigneur Jésus. C’est à ceux-là seuls que Pierre écrit ici ; il ne s’adresse pas, comme Jacques, au cercle plus large des douze tribus dont certains n’étaient pas convertis. Il n’écrit qu’aux Juifs ayant confessé le Seigneur Jésus.


2.1.3 - [« qui séjournent en étrangers ». Pierre auteur de l’épitre]

L’état des destinataires de l’épitre est rendu clair et certain par le second qualificatif de ceux de la dispersion. Ce qualificatif peut être traduit par « qui séjournent en étrangers » ou « gens qui séjournent » ou « étrangers » (2:11) ou « hôtes de passage » [ou « gens du voyage »]. Ils n’étaient pas les possesseurs primitifs des pays cités, ni simplement des « élus » d’entre les habitants qui y étaient établis. Ils n’étaient pas seulement des Juifs dispersés dans ces régions, mais des élus « pèlerins » ou « hôtes de passage ». C’était un titre de grâce, alors que « dispersion » parle de jugement. Leur élection dans ce cas était liée au voyage vers un meilleur pays, un pays céleste. Juifs à l’origine, ils étaient maintenant chrétiens. Ceci est entièrement en accord avec l’auteur de l’épître. Pierre était un « apôtre de Jésus-Christ » comme il se présente ici ; et tandis que l’évangile de l’incirconcision avait été confié à Paul, celui de la circoncision avait été confié à Pierre (Galates 2:7). Voilà donc ce qu’étaient les destinataires de ces deux épîtres. 2 Pierre 3:1 avec 1 Pierre 1:1 montre le lien entre les deux épitres. Cela est certain, et c’est de l’incrédulité d’accepter d’autres déclarations en sens contraire. Un homme ordinaire ne serait pas aussi inconséquent : des hommes de foi pourraient-ils avoir des pensées aussi indignes de l’Écriture ? Ces personnes ont-elles une autre inspiration divine ?

C’est d’autant plus remarquable que, comme nous le savons, les églises par toute l’Asie Mineure avaient été fondées par l’apôtre Paul et étaient composées en grande partie de Gentils. La considération délicate de Pierre est d’autant plus frappante qu’il dirige ses appels aux Juifs chrétiens tombés sous son administration dans une partie de ce pays. Inutile de dire que son instruction n’entre pas en conflit avec ce que Paul leur avait prêché, enseigné et écrit, que ce soit aux Juifs ou aux Gentils. Personne ne savait mieux que Pierre combien les Juifs qui confessaient le Seigneur Jésus avaient besoin d’être établis dans la grâce ; personne ne sentait mieux que lui combien ils étaient enclins d’une part à se vanter de la loi et des ordonnances, et d’autre part à se conformer aux voies honteuses des païens qui les entouraient. Dans l’adresse même ou suscription de son épitre, il donne le ton. Dès le début, il leur rappelle qu’ils étaient des « élus » d’un nouveau genre, non pas nationalement, mais personnellement, et que cette élection découlait de la grâce de Dieu comme Père, pour être en association connue avec Christ, non pas sur terre, mais au ciel. En attendant, ils n’étaient donc que des « pèlerins » là où Lui avait été méprisé et rejeté et avait souffert plus que tout autre dans Sa vie (dans Sa mort expiatoire, Il avait été seul et sa souffrance avait été infinie), de sorte que, par la foi, ils pouvaient se réjouir de partager Ses souffrances dans la mesure du possible.

Car Pierre était jaloux à l’égard de leurs âmes d’une jalousie de Dieu, craignant que l’élection soit dissociée du sens profond de la grâce divine, et que la source soit oubliée en en revendiquant les résultats. Il va donc droit au but et dit clairement qu’ils sont à la fois « élus » et des « gens qui séjournent en étrangers ». N’avait-il pas entendu le Fils de Dieu épancher Son cœur auprès du Père, et déclarer que les Siens à Lui (n’étaient-ils pas au Père ?) n’étaient pas du monde comme Lui n’en était pas ? Avait-il oublié ce que le Seigneur avait répété avec encore plus de force : « ils ne sont pas du monde, comme Moi je ne suis pas du monde » (Jean 17:14, 16) ? Ici Pierre utilise une expression figurée, mais disant la même vérité. Ils étaient des pèlerins élus. Le monde qui est la demeure de l’homme n’était pas le leur, pas plus que Canaan, mais le ciel était à eux, la maison du Père en haut. Ce n’était pas un sentiment juif pour le pays de la promesse, mais c’était l’espérance chrétienne qui attend Christ et attend d’être avec Lui là où il est, et d’être comme Lui glorifié.

Aussi n’étaient-ils que des gens qui séjournaient ici-bas, attendant la gloire à la révélation de Jésus-Christ, et appelés à ceindre les reins de leur entendement et à être sobres et à espérer parfaitement dans la grâce qui leur serait apportée à cette révélation [1:7,13]. Leurs devoirs pratiques sont basés sur leurs nouvelles relations de grâce [1:14-21] ; et la vérité [1:22] est la connaissance qui leur a été communiquée de ces devoirs et de ces relations. Car c’est une caractéristique de la méthode et du style de Pierre de tout mélanger ensemble, de manière informelle et avec ferveur, de manière à agir sur l’entendement renouvelé, en exerçant la conscience et le cœur. Il n’y a pas chez Pierre l’immense portée de Paul parcourant les conseils de Dieu, il ne pénètre pas comme lui dans les racines de questions compliquées ni ne clarifie les principes en jeu ; il n’y a pas chez lui la dialectique de grande envergure de Paul, rigoureuse et subtile. Mais ce qui a été donné à personne plus admirablement qu’à Pierre, est de fortifier ses frères de manière concise, solennelle et affectueuse en exposant Christ et Son œuvre et en appliquant constamment le juste gouvernement de Dieu, quelle que soit Sa grâce en même temps.


2.1.4 - [Territoires concernés]

Les noms des pays où étaient les Juifs chrétiens auxquels il s’adressait, ne nécessitent guère qu’on s’y arrête. D’autres ont montré que cela convenait bien à quelqu’un qui écrivait depuis Babylone à l’orient. Il ne s’agit pas de petits lieux ayant le même nom en Égypte, ni de la métropole symbolique de l’occident [Rome]. Le manque de personnes saluées sert à prouver que Pierre n’y était peu ou pas connu personnellement, quel que soit le juste poids de ses lettres inspirées. Ces diverses provinces avaient été la scène familière des travaux de Paul.


2.2 - [Ch. 1 v. 2]

Ils étaient alors « élus, selon la préconnaissance de Dieu [le] Père, en (ou : par) sanctification [ou : sainteté] de l’Esprit, pour l’obéissance et l’aspersion du sang de Jésus Christ : que la grâce et la paix vous soient multipliées » (1:2).


2.2.1 - [Élus]

Israël était le peuple élu entre toutes les nations de la terre ; mais eux [les destinataires de l’épitre] étaient élus selon un modèle tout à fait différent. Ceci apparaît clairement en Exode 6:2-4 : « Et Dieu parla à Moïse, et lui dit : Je suis l’Éternel (Jéhovah ou Yahweh). Je suis apparu à Abraham, à Isaac, et à Jacob, comme le Dieu Tout-puissant ; mais je n’ai pas été connu d’eux par mon nom d’Éternel (Jéhovah ou Yahweh). Et j’ai aussi établi mon alliance avec eux, pour leur donner le pays de Canaan, le pays de leur séjournement, dans lequel ils ont séjourné ». Les désignations [de Dieu] étaient assez familières déjà auparavant ; mais les noms n’avaient pas été donné par autorité divine comme un titre de relation sur lequel on pouvait compter comme ce fut le cas quand Dieu se révéla à Israël, pour commencer aux pères comme El-Shaddaï [le Tout-Puissant], ensuite aux fils comme Jéhovah [l’Éternel]. Les pères, les vrais pères pèlerins, étaient ainsi assurés de Sa protection infaillible, si faibles qu’ils soient, au milieu des païens corrompus qu’ils étaient destinés à supplanter ; et les fils devaient Le connaître par l’intermédiaire de Moïse comme leur Gouverneur permanent qui ferait d’eux un peuple qu’Il posséderait en propre à travers tous les âges, Lui qui était et qui est et qui doit venir.


2.2.2 - [Selon la préconnaissance de Dieu le Père]

Les Juifs chrétiens croyant en Jésus non seulement comme Seigneur et Christ, mais comme Fils du Dieu vivant, comme l’apôtre de notre confession, avaient été choisis [élus] selon la préconnaissance de Dieu le Père. C’est ce que notre Sauveur a révélé Lui-même en Jean 17 [v. 6,11,25,26] : « J’ai manifesté ton nom aux hommes que tu m’as donnés du monde ; ils étaient à toi, et tu me les as donnés ; et ils ont gardé ta parole … Père Saint, garde-les en ton nom que tu m’as donné, afin qu’ils soient un, comme nous … Père juste, le monde ne t’a pas connu, mais moi je t’ai connu ; et ceux-ci ont connu que tu m’as envoyé. Et je leur ai fait connaître ton nom, et je le leur ferai connaître, afin que l’amour dont tu m’as aimé soit en eux, et moi en eux ». Ainsi, au jour de la résurrection, Son message par Marie de Magdala fut : « Va vers mes frères, et dis-leur : Je monte vers mon Père et votre Père, et vers mon Dieu et votre Dieu » (Jean 20:17). Quelle immense avancée dans la gloire, et quelle proximité de la relation sont ainsi révélées !

C’est selon cette formule et cette réalité de la préconnaissance que le chrétien est élu. Cette gloire et cette proximité de relation appartenaient et appartiennent à Christ dans la plénitude de Sa dignité divine personnelle ; cela est devenu nôtre par grâce par le moyen de la rédemption. Le nom de « notre Père qui est dans les cieux » avait déjà brillé au début dans le discours du Seigneur sur la montagne, selon Matt. 5-7 et Luc 6 et ailleurs. Or c’est le Seigneur une fois ressuscité qui nous a donné ce nom pour nous l’approprier définitivement et pleinement ; et c’est ainsi que le Saint-Esprit conduit maintenant nos cœurs dans la joie et dans la peine. C’est ainsi que le droit nous est spécifiquement donné de le connaître, comme Christ l’a connu en perfection. Et c’est la sagesse de Dieu que l’apôtre de la circoncision l’ait fait connaître clairement au résidu croyant Juif, comme l’apôtre Paul l’a fait pleinement connaître aux croyants Gentils.


2.2.3 - [En sanctification ou sainteté de l’Esprit]

Il s’ensuit que la « sanctification » ou « sainteté » dont il est question ici, a pris une autre forme, beaucoup plus profonde. Le peuple élu d’Israël avait été mis à part pour l’Éternel d’une manière extérieure. Leur circoncision dans la chair le huitième jour était individuelle et obligatoire. D’autres marques particulières étaient, comme le déclare l’épître aux Hébreux [9:10], « des ordonnances charnelles imposées jusqu’au temps du redressement ». Au contraire, le chrétien, qu’il soit juif ou grec, jouit de la sainteté de l’Esprit ; il est même né de l’Esprit (Jean 3:6, 8), et telle est la sanctification intérieure au plus haut degré. En conséquence, un tel chrétien est « saint » de par la première action vitale spirituelle de Dieu dans son âme. C’est ainsi qu’Ananias [Actes 9], instruit par le Seigneur, est allé vers Saul qui venait juste d’être converti, et l’a tout de suite abordé en disant « Saul frère », avant même qu’il soit baptisé, ce qui a eu lieu immédiatement après ; il en est de même dans le fond pour tous ceux qui sont engendrés par la parole de la vérité [Jacq. 1:18]. L’activité de l’Esprit est immédiate et persistante, elle est le fondement de la sainteté pratique qui s’ensuit, celle-ci n’étant que partielle et relative ; tandis que ce que l’apôtre introduit ici est un principe absolu, infaillible et personnel. En pratique hélas ! nous devons confesser, avec l’épître de Jacques, que « nous faillissons tous et de plusieurs manières ». Seuls les hommes non spirituels se vantent de se comporter autrement. Nous avons trop souvent besoin du soin actif de l’Avocat béni que nous avons auprès du Père (1 Jean 2:1).

La sanctification pratique est un devoir constant et capital pour tout chrétien ; toute la Bible insiste dessus, spécialement les v. 15 et 16 de notre chapitre. Mais au v. 2 il s’agit uniquement d’une sanctification en principe, c’est-à-dire dans la vie donnée par grâce, plutôt que dans la marche qui est tenue de la manifester ; tous ceux qui sont pieux le reconnaitront facilement. « Comme celui qui vous a appelés est saint, vous aussi soyez saints dans toute votre conduite, parce qu’il est écrit : Soyez saints, car Moi je suis saint » [1:15]. Interpréter ici [1:2] la sainteté (ou : sanctification) de l’Esprit comme une sanctification dans la marche, ne ferait que disloquer la phrase, et ne pourrait qu’insinuer une erreur destructrice de la vérité, et même destructrice de la vérité fondamentale de l’Évangile. Car ce qui nous est enseigné est que ces Juifs chrétiens étaient choisis [élus] en vertu de la sanctification de l’Esprit, pour l’obéissance et l’aspersion de sang de Jésus : la source originelle, la puissance et le processus nécessaires, et le résultat précis en tant que fait. Si l’on retient le sens de sainteté dans la pratique, ce serait avant de venir sous la vertu du sang du Christ. En d’autres termes, l’erreur doit se poursuivre en disant que la sainteté pratique est le moyen d’être justifié par Son sang ; ce qui pourrait convenir à un romaniste ignorant, mais doit être rejeté par les moins éclairés des protestants. C’est la négation de l’évangile de la grâce de Dieu et est en conflit avec toutes les Écritures qui traitent de la question.


2.2.4 - [Pour l’obéissance et l’aspersion du sang de Jésus-Christ]

Mais si l’on comprend que le sens est que l’Esprit travaille dans les âmes une fois qu’elles sont nées de nouveau, pour les mettre à part pour Dieu de cette manière vitale et indélébile, tout est clair et cohérent. Car Sa mise à part est pour l’obéissance et l’aspersion du sang de Jésus-Christ. Nous sommes ainsi sanctifiés, non pas extérieurement, mais dans la nouvelle vie conférée pour obéir comme Christ a obéi, et pour être aspergés de Son sang précieux. Ainsi, le même Saul de Tarse, aussitôt après sa conversion, a dit : « Que dois-je faire, Seigneur ? » [Actes 22:10]. Le but premier de son cœur était d’obéir ; comme notre Seigneur Lui-même pouvait dire dans Sa perfection sans pareille : « Voici, je viens, ô Dieu, pour faire ta volonté » [Héb. 10:7,9]. Le chrétien est enclin au même caractère d’obéissance. Ce n’est pas comme un Juif, obéir pour avoir la vie, étant sous la loi ; c’est obéir du fait de la vie qu’on possède déjà, parce qu’on croit en Jésus.

Même l’ordre [des choses], qui est une difficulté pour certains, colle strictement à la vérité. Car les âmes converties ont, en général et même peut-être toujours, cet instinct de la vie divine consistant à avoir le but d’obéir comme Christ a obéi ; il ne s’agit pas d’une obéissance légale, car ces âmes reconnaissent la grâce merveilleuse de Dieu avant de saisir ou pouvoir saisir pleinement l’efficacité de l’œuvre de Christ en sacrifice effaçant tous leurs péchés. L’intervalle peut être court quand l’Évangile est proclamé avec netteté ; mais comme cela est loin d’être habituel, il arrive que beaucoup d’âmes vraiment converties bataillent durant des semaines ou des mois, voire des années, sans la consolation d’avoir l’assurance que le sang de Christ les a rendues plus blanches que la neige aux yeux de Dieu. Saul de Tarse, lui encore, en fournit une illustration évidente. Y eut-il jamais une conversion plus éclatante ? Il fut cependant trois jours sans voir ni manger ni boire : signe évident d’un profond travail de jugement de soi, nullement de méfiance ou de doute, avant qu’il entre dans la paix établie de la délivrance par la foi de l’Évangile, ce qu’auparavant il n’avait regardé qu’avec une incrédulité sévère.

Il est indiscutablement fait allusion à Exode 24 où des holocaustes et des sacrifices de prospérités furent présentés à l’Éternel ; et Moïse prit la moitié du sang dans des bassins, et en aspergea l’autre moitié sur l’autel. Puis il lut le livre de l’alliance, et le peuple dit : « Tout ce que l’Éternel a dit, nous le ferons et nous obéirons » [écouterons] ; et Moïse fit aspersion du sang sur le peuple, et dit : « Voici le sang de l’alliance que l’Éternel a faite avec vous selon toutes ces paroles ». Le sang ici était la sanction [punition] spéciale de mort, signifiée par l’aspersion de sang, en cas de désobéissance. L’apôtre met ce ministère de condamnation légale pour le pécheur, en contraste avec le chrétien sanctifié par l’Esprit dès son point de départ, pour obéir comme Christ a obéi dans un amour filial, avec l’ajout immensément béni de l’aspersion de Son sang qui purifie de tout péché, au lieu qu’on soit sous la menace d’une mort inéluctable si nous faillissons. Voilà ce qu’était la loi dont les Juifs se vantaient, et voilà l’évangile dont Pierre n’avait pas honte, ni Paul non plus. L’obéissance qui en résulte, dont notre Seigneur est à la fois l’exemple et la puissance, est (en d’autres termes, mais dans le sens le plus vrai) notre sainteté pratique ; et cela confirme de la manière la plus forte la réfutation, déjà abondante, de l’idée que la sainteté de l’Esprit dans ce passage serait la même chose que la sainteté pratique. Ce serait vraiment mettre la confusion dans la phrase et détruire la vérité en général.

C’est un fait avéré que la théologie de toutes les écoles, papiste ou protestante, calviniste ou arminienne, a d’une manière ou d’une autre perdu et ignoré cette vérité capitale que l’Esprit met premièrement l’âme renouvelée à part pour Dieu, avant même la justification et en vue de la justification, en vue de cette obéissance qui est son effet inséparable. La seule personne que mon exposé public a un tout petit peu éclairé sur la distinction entre la sainteté de l’Esprit et la sainteté pratique (qui suit la justification comme tous les Réformés au moins sont d’accord) est l’excellent et compétent archevêque Leighton. Tous les autres, à ma connaissance, escamotent ce qu’ils n’ont pas compris, et c’est le moins qu’on puisse dire.

Je regrette d’ajouter que celui qui a le plus faussé impudemment cette Écriture, dans l’ignorance et dans le désir de défendre de simples vues dogmatiques, n’est autre que le célèbre traducteur et commentateur Théodore de Bèze. Le doyen Alford a été quelquefois assez hardi pour forcer le texte et sa traduction par excès de confiance dans les critiques allemands, et à cause de son réel désir d’être sans parti pris, sans toutefois avoir une connaissance suffisante de la vérité ni assez de soumission à l’autorité divine de la Parole écrite. Mais même sa témérité occasionnelle brille par rapport au successeur de Calvin au collège de Genève [de Bèze]. Car quel esprit déréglé peut concevoir une perversion pire ou plus éhontée de notre texte que son rendu « pour [réaliser] la sanctification de l’Esprit par le moyen de l’obéissance ». On pourrait sourire d’erreurs si absurdes s’il s’agissait d’un chrétien savant, capable et zélé en train de traduire quelque auteur grec, mais un tel traitement de la parole de Dieu est exécrable. Pourtant, cette erreur flagrante reste non corrigée dans toutes les cinq éditions de son NT grec et latin de 1559 à 1598.

Si de Bèze et d’autres théologiens avaient été soumis à l’Écriture, ils auraient appris par grâce que ce que l’apôtre de la circoncision enseigne ici est ce qu’implique l’apôtre de l’incirconcision en 1 Cor. 6:11 : « Mais vous avez été lavés, mais vous avez été sanctifiés, mais vous avez été justifiés au nom du Seigneur Jésus et par l’Esprit de notre Dieu ». Quand on a la crainte de Dieu, ose-t-on corriger l’Esprit qui inspire ? Se permet-on l’incrédulité audacieuse de pouvoir modifier la parole de l’apôtre, afin de soutenir son propre système de théologie ? Il est clair que Paul, le plus grand des docteurs inspirés, a fait savoir aux Corinthiens et à tous les croyants qu’il y a une sanctification réelle et vitale à Dieu qui accompagne la vivification initiale de l’âme, quand nous sommes nés d’eau et de l’Esprit, et purifiés de notre impureté naturelle par Sa puissance vivifiante, avant que nous jouissions du sentiment béni de notre justification par Dieu par la foi en Jésus et en Son œuvre. L’ordre de Paul est donc aussi nécessaire et aussi exact que celui de Pierre, tous deux véhiculant la même vérité, qui a disparu de toutes les théologies systématiques de tous les âges, pour autant que je sache. Le lecteur peut également comparer 2 Thess. 2:13. La sainteté en pratique demeure intacte, distincte et impérative, et la justification lui donne une puissante impulsion et approbation.


2.2.5 - [Que la grâce et la paix soient multipliées]

L’apôtre ajoute ici : « Que la grâce et la paix soient multipliées ». Le passage analogue le plus proche dans l’Ancien Testament se trouve curieusement en Dan. 4:1, bien que le repenti impérial dise seulement : « Que votre paix soit multipliée ». Pierre parle encore plus complètement dans l’adresse de sa deuxième épître au même résidu dispersé de Juifs chrétiens. C’est caractéristique de sa ferveur. Jacques se contente d’écrire « Salut ». Paul dit habituellement : « Grâce à vous et paix », bien qu’il ajoute presque toujours « de la part de Dieu le Père et du Seigneur Jésus-Christ », avec « miséricorde » quand il s’adresse à un individu. La grâce est la source, la paix est ce qui découle.


2.3 - [Ch. 1 v. 3]

2.3.1 - [Béni soit le Dieu et Père. Comparaison avec Paul s’adressant aux Éphésiens]

En termes grandioses jaillissant d’un cœur ardent, notre apôtre débute sa lettre après une adresse d’une convenance admirable, comme nous l’avons vu. Cela rappelle l’introduction de l’apôtre encore plus grand et de son sujet plus élevé de l’épître aux saints d’Éphèse. Mais ce sont les différences profondes entre les deux épîtres, malgré les ressemblances évidentes, qui donnent la vraie clé des deux épîtres. Celui qui ne parvient pas à saisir la différence de portée et la propriété ou justesse divine de chacune, trahit sa propre incapacité spirituelle, et, s’il impose son ignorance aux autres, il n’est qu’un aveugle conducteur d’aveugles.

« Béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus-Christ, qui nous a bénis de toute bénédiction spirituelle dans les lieux célestes en Christ » : ainsi commence la lettre aux saints qui étaient à Éphèse. Il est le Dieu de l’Homme Christ Jésus. Il est Son Père à Lui, Son Fils unique, éternel et bien-aimé. Il nous a bénis en conséquence dans Sa grâce souveraine en tant que « Dieu », dans Sa relation la plus intime en tant que « Père ». Chaque bénédiction spirituelle est conférée ; aucune ne fait défaut. Ce n’est pas une bénédiction naturelle comme sur la terre pour Israël, jusqu’à ce qu’ils l’aient perdu par leur transgression. La nôtre est dans les lieux célestes où Christ est maintenant glorifié à la droite de Dieu ; et tout est garanti dans Sa puissance rédemptrice en vertu de laquelle tout l’univers subsiste (Col. 1:17). Notre bénédiction est en Christ de manière à être immuable, en contraste avec ceux qui se tenaient sous les conditions de la loi qui sont fatales à ceux qui sont pécheurs et stériles.


2.3.2 - [Régénérés… par la résurrection]

Aucune pareille richesse de privilège, aucune élévation céleste semblable n’apparaissent dans notre texte ; il annonce pourtant ce qui est tout aussi important pour le saint et pour la gloire de Dieu. Toutes les autres bénédictions spirituelles auraient été vaines, si la miséricorde de Dieu ne nous avait pas régénérés comme le déclare notre épître. Être régénérés : aucune bénédiction n’est plus nécessaire, et même absolument nécessaire, pour un pécheur perdu et ruiné, dont l’ancienne vie est dépravée par le mal inné, par la propre volonté habituelle et par l’aliénation incurable de Dieu. D’où la précieuse assurance de notre apôtre dans des paroles ressemblant de façon frappante à celles de l’apôtre Paul. « Béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus-Christ, qui selon sa grande miséricorde, nous a régénérés [litt. : engendrés de nouveau] pour une espérance vivante par la résurrection de Jésus-Christ d’entre les morts » (1:3) : une vie entièrement nouvelle et divine.

Ce n’est pas comme l’Éternel pour Israël, ni comme le Dieu Tout-Puissant pour les pères. Pour nous chrétiens, Dieu a opéré plus profondément pour Sa gloire et pour ceux qui croient : Il a opéré par la rédemption de Christ, en vue à la fois du présent et du futur sur la terre, et pour le ciel durant toute l’éternité. Car Christ est descendu sous le jugement de Dieu contre le péché, a brisé la puissance du péché et de la mort, et a procuré aux pécheurs la purification par Son sang, et a été ressuscité pour la justification des croyants. Tous les saints dès le commencement ont eu la vie dans le Fils de Dieu : il est impossible de vivre quant à Dieu, comme tous l’ont fait, sans avoir la vie dans le Fils. Or maintenant, le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus-Christ a agi d’une manière plus triomphante par Celui qui a franchi, comme porteur du péché, les sombres portes du tombeau qui se fermaient sur tous les autres, et Il a tellement glorifié Dieu qu’Il n’a pu que Le ressusciter d’entre les morts en vertu d’une vie que la mort ne pouvait toucher, — une vie si complète que désormais nous n’appartenons plus à la mort, mais plutôt la mort est à nous [1 Cor. 3:21-22]. Ainsi Dieu, tel qu’Il est révélé ici, nous a régénérés par la résurrection de Christ d’entre les morts. Personne ne pouvait en parler ou le savoir jusqu’à ce puissant témoignage de la rédemption. Ce n’était pas ni ne pouvait être vrai, jusqu’à ce que Christ fût ainsi ressuscité.


2.3.3 - [La grande miséricorde]

C’était vraiment « selon la grande miséricorde de Dieu ». Si la mort n’a plus de pouvoir sur le Sauveur mort et ressuscité, le croyant reçoit une portion en harmonie déjà maintenant : au point que, s’Il vient du ciel pour nous, nous serons changés en un instant en la ressemblance du corps de Sa gloire. Le mortel sera englouti par la vie sans mourir. Nous ne serons pas dépouillés, mais revêtus de notre domicile qui est du ciel.


2.3.4 - [Une espérance vivante]

C’est donc « pour une espérance vivante » que Dieu nous a régénérés. — Plusieurs anciennes versions traduisent « une vive espérance » : c’est incorrect, et cela induit en erreur. — Nous sommes vus comme des pèlerins encore sur terre dans nos corps mortels. Nous avons quitté le monde de l’Égypte, et avons traversé la mer Rouge ; l’aspersion du sang de Jésus, au lieu de signifier la mort pour nous, est la purification de nos péchés, tandis que Sa vie est la source de cette obéissance filiale qui a été vue en Lui dans une perfection absolue. Ici, nous ne sommes pas considérés en haut dans les lieux célestes, ressuscités avec Christ et assis là en Lui. Mais Christ est ressuscité pour notre délivrance, et nous sommes introduits dans le monde comme libérés de l’ancienne maison de servitude ; nous traversons ce monde comme Israël autrefois traversait le désert, conduits par Dieu sur le chemin de la Canaan céleste, comme Israël l’était vers la Canaan terrestre.

C’est donc sous cet aspect que l’épître contemple le chrétien. Il a à faire avec un Dieu de grâce, non pas le Dieu de la loi pour un Juif, et il est un objet de Son gouvernement ici-bas, jusqu’à ce que l’espérance vivante se réalise d’être avec Christ dans les cieux. Mais entre-temps, ce gouvernement divin pour chaque jour n’est pas celui du peuple élu comme autrefois, s’exerçant dans une puissance terrestre et avec des délivrances frappant l’œil et frappant les nations de terreur. Nous avons devant nous un gouvernement d’âmes alors que le mal prévaut encore dans le monde ; mais Dieu fait que toutes choses, y compris les épreuves et les souffrances de la foi, travaillent ensemble pour le bien de ceux qui L’aiment. Déjà la résurrection de Christ était manifestement la victoire du Sauveur pour les Siens sur la puissance de l’ennemi ; Le voici maintenant en haut pour les remplir de la sainte confiance qu’au temps voulu et selon la promesse, Il apparaitra pour leur donner une délivrance complète et la gloire.

Dans l’épître aux Éphésiens, nous trouvons l’association actuelle du chrétien et de l’église avec le ciel en Christ. Ici, c’est une espérance vivante d’atteindre bientôt le ciel par Christ dans un état glorifié. Ces deux aspects de la vérité sont d’un intérêt et d’une importance très profonds : nous sommes des rachetés sur la terre, pèlerins et étrangers, traversant un désert et attendant Christ ; nous sommes aussi déjà maintenant vivifiés ensemble avec Christ, ressuscités ensemble avec Lui, et assis en Lui dans les lieux célestes. Comme la lettre aux Éphésiens, du début à la fin, traite tous ses sujets sur cette base, pareillement la première épître de Pierre développe tout du long aux Juifs chrétiens la vie divine qui est la leur, étant soutenus par la puissance et la direction de grâce de Dieu, pour les guider à travers les hurlements effrayants de solitude du monde [Deut. 32:10].

Il n’y a pas de preuves plus belles et plus fermes des pensées inspirées de Dieu que les détails de la vérité divine que peut découvrir l’âme qui dépend de Dieu et honore Sa parole. Quelques indications, chacune caractéristique du livre particulier, peuvent apparaître quand on s’arrête un temps sur ceci ou sur cela ; mais que sont-elles parmi les nombreuses autres qui restent pour récompenser celui qui sonde diligemment ces oracles, nulle part trompeurs, jamais muets ?

La portée de notre épître exclut, comme nous l’avons vu, la grande vérité développée dans celle aux saints d’Éphèse, à savoir que nous sommes déjà bénis dans les lieux célestes (ἐν τοῖς ἐπουρανίοις) en Christ. Ceci est indissolublement lié au mystère de la volonté de Dieu, qui a fait asseoir Christ là-haut au-dessus des créatures les plus élevées, et L’a donné pour être chef [tête] sur toutes choses à l’église [assemblée], qui est seule à être Son corps [cf Éph. 1:20-23]. En conséquence, nous attendons une administration de la plénitude des temps fixés, quand Dieu coiffera ou réunira tout l’univers dans l’Homme Oint, les choses dans les cieux et celles sur la terre, en Lui en qui nous est aussi donné l’héritage [Éph. 1:9-11].

Nous n’avons pas ici la révélation d’une relation aussi élevée, ni l’annonce que l’héritage illimité de toute la création se rapporte à nous ou à Christ. L’héritage ici est simplement « dans les cieux » en contraste net avec la portion d’Israël dans le pays de Canaan. Le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus-Christ nous a régénérés pour une espérance vivante par la résurrection de Jésus-Christ d’entre les morts. C’était donc une espérance supérieure à l’irruption de la mort. Si Christ est mort, c’est pour que nos péchés ne nous barrent pas l’accès à la félicité avec Lui, dans la mesure où Lui-même a porté ces péchés dans Son corps sur le bois [de la croix ; 2:24] ; et Il a été ressuscité pour que nous puissions jouir de Sa victoire, et profiter maintenant et pour toujours de ce qu’Il a souffert une fois pour toutes pour les péchés.


2.4 - [Ch. 1 v. 4-5]

Mais l’apôtre poursuit le but inspiré avec plus de précision pour le futur — « pour un héritage incorruptible, sans souillure, inflétrissable, conservé dans les cieux pour vous, qui êtes gardés par la puissance de Dieu par la foi, pour un salut qui est prêt à être révélé au dernier temps » (1:4, 5).


2.4.1 - [1:4 — l’héritage conservé dans les cieux]

Ainsi, Christ ressuscité et monté en haut (au lieu de s’asseoir sur la sainte montagne de Sion, et de prendre le sceptre de justice sur Israël et les nations) a changé la perspective pour le croyant entre-temps. Lui aussi regarde par la foi Christ où Il est, et il attend la portion que l’Évangile lui garantit dans les cieux. C’est un héritage qu’aucune corruption ne peut détruire, qu’aucune souillure ne peut souiller, qui résiste à toute flétrissure dans le temps. Il demeurera immuable en lui-même, dans sa pureté et dans sa fraîcheur. Il subsiste en vertu de Celui qui non seulement a tout créé à l’origine, mais qui nous a réconciliés, et qui le fera encore plus largement par Son sang (Col. 1:20 ; Héb. 9:23).

La jouissance de l’héritage envisagé n’est pas maintenant, mais cet héritage est « conservé dans les cieux pour vous ». On ne peut douter que ces paroles fussent destinées à élever les yeux spécialement de ces Juifs croyants, mais aussi des lecteurs en général, au-dessus de la « gloire qui demeure dans notre pays », selon Ps. 85:9. Cependant, le Rédempteur viendra à Sion, vers ceux qui en Jacob reviendront en ce jour-là de leur rébellion, quand (aussi surement que l’Éternel l’a dit) son Esprit et Ses paroles, selon Son alliance, ne se retireront pas de génération en génération, dès maintenant et à toujours [És. 59:20-21]. Mais en dehors de toute question de doute, ni la promesse finale d’És. 59 ni la vision ardente d’És. 60 et de tout ce qui suit jusqu’à la fin du livre, ne parlent d’un héritage « conservé dans les cieux » pour ceux qui croient maintenant en l’évangile. On n’y trouve qu’Israël et la gloire prédite pour la terre, bien que s’élevant dans les deux derniers chapitres jusqu’à « de nouveaux cieux et une nouvelle terre ». Là, la promesse est appliquée à Jérusalem ; mais cela fournit la base pour Pierre dans sa deuxième épître pour regarder en avant vers son accomplissement dans le sens le plus vaste, quand le royaume fera place à l’état éternel, et que Dieu sera tout en tous. Avant cela, s’accomplira, au moins pour commencer, la part complète d’Israël dans ce qui ne connaîtra jamais ni changement ni éclipse.

Le langage ici rappelle Col. 1:5 où l’apôtre Paul parle de « l’espérance réservée pour vous dans les cieux ». Là comme ici, les saints sont considérés comme étant sur la terre, au lieu d’être vus dans leur association céleste actuelle avec Christ. C’est l’espérance anticipant la gloire en haut, non pas comme déjà assis ensemble dans les lieux célestes dans le Christ Jésus selon Éph. 2:6. Il en est ainsi parce qu’il n’a pas été donné à Pierre comme à Paul : Celui-ci disait aux saints de Colosse dans son épître qu’ils étaient morts avec Christ et ressuscités avec Lui, qu’ils en avaient ainsi fini avec des ordonnances pour des hommes vivants dans le monde, et qu’ils devaient chercher et penser aux choses qui sont en haut où Christ est assis, non pas à celles sur la terre. L’apôtre Pierre (comme nous le voyons en 1 Pierre 2:24) ne s’élève pas plus haut que notre mort aux péchés d’une manière pratique, ce qui est vrai et important, mais n’est pas du tout au niveau de la doctrine de Rom. 6 de notre mort avec Christ au péché, qui est la racine, pas simplement l’effet manifeste ou le rejeton. Chaque nuance de variante prouve à quel point il est grave d’errer en pensant que l’Écriture parle de façon vague. En réalité une telle pensée trahit l’ignorance spirituelle de ceux qui prétendent la juger, alors que, malgré leur grande érudition extérieure (peut-être !), ils ont besoin d’apprendre les premiers rudiments des oracles de Dieu et sont devenus ceux qui ont besoin de lait plutôt que de nourriture solide [Héb. 5:12].


2.4.2 - [1:5 — vous qui êtes gardés par la puissance de Dieu — par la foi]

L’espérance d’un tel héritage qui leur était conservé dans les cieux était très encourageante. Mais s’ils pensaient à eux-mêmes et au désert qu’ils traversaient, ils avaient besoin d’une autre source de consolation bénie, et ils l’avaient : « vous qui êtes gardés par (ou : dans) la puissance de Dieu ». Quoi de plus approprié, quoi de plus précieux et bienvenu, qu’une telle assurance divine ? L’héritage était gardé ou conservé pour eux dans les cieux. C’est exactement ce qui était désirable tant qu’ils étaient sur la terre, attendant et apprenant à se connaître aussi bien qu’à connaître Dieu, et souffrant pour la justice ou pour le nom de Christ, ce qui est encore plus béni. Or en faisant l’expérience de leur propre faiblesse, de l’hostilité des hommes et de la méchanceté active de Satan, ils étaient constamment exposés aux difficultés, aux épreuves, aux afflictions et aux dangers. D’où leur besoin, en attendant, d’être gardés tout le long du chemin. Et c’est ce qu’ils étaient : gardés par la puissance de Dieu. Or si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? Lui n’est-Il pas infiniment plus que tout ?

Cependant Dieu a Ses moyens, c’est ce que l’apôtre dit ensuite. C’est « par la foi ». Pour un saint, aucun moyen sur la terre n’est comparable à la foi. Car beaucoup plus que tous les autres, la foi honore Dieu et la parole de Sa grâce, dans son besoin de dépendance du Bon Berger par l’Esprit Saint — l’Esprit Saint a été envoyé ici-bas pour habiter dans le chrétien, et pour le guider dans toute la vérité, et ainsi glorifier Christ, prenant de ce qui est à Lui et nous l’annonçant ou nous le communiquant. Ainsi est-ce « par la puissance de Dieu », mais « par la foi » qui Lui donne la place qui Lui est due, et nous garde, nous, à notre place de confiance en Lui selon Sa parole. Car nous marchons par la foi, non par la vue (2 Cor. 5:7). Ce n’était pas le cas d’Israël à travers le désert, car ils marchaient guidés de manière visible par la nuée ou la colonne de feu. Le chrétien maintenant, qu’il soit Juif ou Gentil, doit marcher par la foi, dont le Seigneur Lui-même a été le modèle béni et la perfection.


2.4.3 - [pour un salut qui est prêt à être révélé]

Mais la fin est également ajoutée : « pour un salut ». Dans notre épître, comme souvent dans les épîtres de Paul, le salut ne se limite pas au résultat final : voir Rom. 5:9, 10 ; 8:24 ; 1 Cor. 5:5 ; Heb. 1:14 ; 7:25 ; 9:28. C’est pourquoi lorsque notre apôtre parle de ce qui est maintenant donné et dont nous jouissons, il le qualifie de « salut d’âmes » (1:9). Sinon, il relie le salut à la pleine victoire de Christ y compris pour le corps, qui doit donc attendre un jour futur.

Ceci est entièrement confirmé par le contexte. Ici, par exemple, c’est un salut « prêt à être révélé ». C’est tout à fait caractéristique de notre apôtre. Car la vérité qui court à travers toute la première épître sous une forme, et à travers la seconde sous une autre forme, est le juste gouvernement de Dieu donné à connaître au chrétien en Christ. Jean est occupé de la vie éternelle dans le Fils de Dieu ; son aboutissement est la maison du Père, là où Il est, et où nous serons lorsqu’Il viendra pour nous y amener (Jean 14:2, 3). 1 Jean 3:2, 3, ajoute que quand cela sera manifesté ou quand Lui sera manifesté, nous Lui serons semblables, car nous Le verrons comme Il est. À l’apôtre Paul, il a été donné, plus qu’à tout autre, de faire savoir comment les saints doivent être changés et enlevés pour être avec le Seigneur, afin d’être amenés avec Lui quand ce jour commencera (1 Thes. 3:13 ; 4:13-17).


2.4.4 - [révélé au dernier temps]

Ainsi Pierre attire l’attention sur la révélation du salut au jour de l’apparition de Christ ; car ce n’est qu’alors que le royaume sera établi en puissance et en gloire et que la terre et le peuple terrestre en goûteront les effets bénis. La grâce sera montrée de la manière la plus riche par la venue du Seigneur pour nous recevoir afin d’être avec Lui dans la maison du Père : tous seront pris pareillement dans cette maison d’amour, comme le montre l’apôtre Paul. Mais il n’y a en cela aucune manifestation de gouvernement juste, alors qu’il le sera au plus haut degré dans la révélation au monde. Car à Son apparition et dans Son royaume, chacun sera vu comme ayant reçu sa propre récompense selon son propre travail. Et le Seigneur, le juste Juge, rendra en ce jour-là la couronne de justice non seulement au fidèle serviteur qui a déjà servi de libation [2 Tim. 4:6], mais aussi « à tous ceux qui aiment Son apparition » [2 Tim. 4:8]. Satan sera alors chassé non seulement des lieux célestes, mais aussi de la terre. Puis viendra le royaume du monde du Seigneur et de Son Christ, et non seulement la récompense pour les justes, mais la rétribution destructrice pour ceux qui corrompent la terre (Apoc. 11:15, 19).

Pierre insiste aussi beaucoup sur ce que Christ a si complètement opéré la rédemption à la gloire de Dieu que rien ne requiert plus de retardement, sinon la longue patience de Dieu qui amène encore des âmes à la repentance. Autrement, le salut est « prêt » à être révélé « au dernier temps », comme Christ est « prêt à juger les vivants et les morts » (4:5). Le salut et le jugement appartiennent tous les deux à ce jour de la manifestation, quand le mal sera abattu, et que le jugement retournera à la justice [Ps. 94:15], au lieu d’être exercé à tort comme souvent maintenant. Jamais plus le trône d’iniquité ne prétendra être uni à l’Éternel [Ps. 94:20]. « Car il vient, car il vient pour juger la terre » [Ps. 96:13]. Ceux dont les pensées sont aux choses terrestres ne peuvent pas aimer Son apparition qui établira le nouvel ordre divin de gouvernement juste dans lequel l’Éternel seul sera élevé.


2.5 - [Sommaire de 1:3-5]

Ainsi la nouvelle vie communiquée, aussi abondante que la miséricorde qui nous a régénérés pour une espérance vivante par la résurrection de Christ d’entre les morts, a un résultat non moins digne du Dieu et Père de notre Seigneur. C’est pour un héritage incorruptible, non souillé par le mal, et inflétrissable dans sa beauté. Il n’est pas sur la terre comme Israël qui y attendait sa part, mais il est conservé dans les cieux pour des saints qui, dans leur faiblesse, sont gardés au milieu des difficultés et des dangers par la foi jusqu’à un salut, fondé sur un sacrifice déjà accepté et donc prêt à être révélé, y compris pour le corps, au dernier temps qui manifestera le grand dessein de Dieu.


2.6 - [Ch. 1 v. 6-7]

2.6.1 - [1:6 — vous vous réjouissez]

L’apôtre se tourne maintenant vers le caractère spécial du christianisme qui contraste avec les espérances d’Israël : la co-existence d’une joie débordante, tout en traversant des afflictions aiguës de genres toujours variés. Il n’en sera pas ainsi quand l’Éternel règnera : le monde sera affermi de manière à ne pas être ébranlé, Lui exercera le jugement sur les peuples avec droiture, toute la création sera en harmonie, les cieux se réjouiront et la terre s’égayera, la mer bruira et tout ce qui la remplit, les champs et tout ce qu’il y a en eux se réjouiront, et les arbres mêmes de la forêt chanteront de joie (Ps. 96:10-12 ; 1 Chr. 16:30-32). Tant que le Seigneur Jésus demeure caché en haut, toute la création ensemble gémit et est en travail jusqu’à maintenant, malgré sa vive attente de la révélation des fils de Dieu (Rom 8:22, 19) ; car leur révélation dépend de la manifestation du Seigneur (Col. 3).

Alors, et pas avant, viendra le rétablissement de toutes choses (Actes 3:21), quand Dieu, qui a envoyé Jésus la première fois pour la rédemption (par le sang) de Ses héritiers [Éph. 1:7], L’enverra à nouveau pour la rédemption (par puissance) de l’héritage céleste et terrestre (Éph. 1:10). Alors Sion ne goûtera plus jamais la douleur et la honte ; Israël, rebelle au cou raide, sera doux sous l’Éternel et David leur roi, leur égarement sera guéri, ils seront aimés librement, quand Il sera pour eux comme la rosée (Osée 3:5 ; 14:4-5), et qu’eux seront au milieu de beaucoup de peuples comme une rosée de par l’Éternel, comme des ondées sur l’herbe, une bénédiction qui n’attend pas l’homme ni ne dépend des fils des hommes (Michée 5:7).

Or si par la foi nous voyons Jésus, qui a été fait un peu moindre que les anges à cause de la souffrance de la mort, couronné de gloire et d’honneur pour la même raison, nous ne voyons pourtant pas maintenant que toutes choses Lui soient assujetties [Héb. 2:8-9], comme on les verra quand Son royaume du monde viendra (Apoc. 11:15). Entre-temps, les souffrances prévalent durant le temps présent ; et Satan est le chef de ce monde, le dieu de ce siècle, bien que la foi le connaisse comme jugé à la croix de Christ ; il aveugle les pensées des incrédules pour que la lumière de l’évangile de la gloire de Christ, qui est l’image de Dieu, ne resplendît pas pour eux [2 Cor. 4]. Le chrétien a donc la part de Christ, rejet et souffrance à la fois pour la justice et pour Son nom. « Si pour cette vie seulement nous avons espérance en Christ, nous sommes plus misérables que tous les hommes » (1 Cor. 15:19). Quelle différence avec le jour où « la paix de tes fils (ceux de Sion) sera grande. Tu seras établie en justice ; tu seras loin de l’oppression, car tu ne craindras pas, — et loin de l’effroi, car il n’approchera pas de toi ». « Voici, ils s’assembleront, [mais] ce ne sera pas de par moi : celui qui s’assemble contre toi tombera à cause de toi » (Ésaïe 54:13-15). « Et les nations marcheront à ta lumière, et les rois, à la splendeur de ton lever » (Ésaïe 60:3). « Car la nation et le royaume qui ne te serviront pas périront » (Ésaïe 60:12). « Ton soleil ne se couchera plus, et ta lune ne se retirera pas ; car l’Éternel sera ta lumière à toujours, et les jours de ton deuil seront finis » (Ésaïe 60:20).

Sans aucun doute, ce sont des expressions hautement figurées ; mais ce sont des figures qui expriment les bénédictions d’Israël au temps du royaume futur, quand « l’Éternel sera roi sur toute la terre. En ce jour-là, il y aura un Éternel, et son nom sera un » (Zach. 14:9). Alors les idoles d’argent et d’or seront jetées aux rats et aux chauves-souris (Ésaïe 2:20). Et les peuples afflueront à la montagne de la maison de l’Éternel, et beaucoup de nations iront, et diront : « Venez, et montons à la montagne de l’Éternel, et à la maison du Dieu de Jacob, et il nous instruira de ses voies, et nous marcherons dans ses sentiers. Car de Sion sortira la loi, et de Jérusalem, la parole de l’Éternel. Et il jugera au milieu de beaucoup de peuples, et prononcera le droit à de fortes nations jusqu’au loin ; et de leurs épées ils forgeront des socs, et de leurs lances, des serpes : une nation ne lèvera pas l’épée contre une [autre] nation, et on n’apprendra plus la guerre » (Michée 4:1-3).

Dans ces Écritures, il y a une vraie prévision du royaume à venir, mais nullement applicable au chrétien. Car maintenant, tout en ayant la paix en Christ, il doit avoir des tribulations dans le monde, il est appelé à souffrir comme un bon soldat de Christ ; il sait que, si nous souffrons, nous régnerons aussi avec Lui, tandis que les hommes méchants et les imposteurs iront de mal en pis, séduisant et étant séduits [2 Tim. 2:12 ; 3:13]. Comme le dit notre apôtre (2:20) : « Si vous souffrez en faisant le bien, et que vous l’enduriez, cela est digne de louange devant Dieu ». Voilà du christianisme pratique en contraste avec le royaume à venir, mais la chrétienté le contredit autant en principe qu’en pratique. Il est donc d’autant plus impératif, pour Sa gloire et pour la marche de la foi, de s’arrêter sur la vérité et d’exposer combien on s’en est écarté.

Nous avons de nouveau, sous forme d’application générale, ce que l’apôtre des Gentils dit du service chrétien de manière plus complète et plus solennelle en 2 Cor. 6:4-10. Si Paul connaissait cela surabondamment dans son ministère, lui comme Pierre appelle chaque chrétien à être « attristé (ou : affligé), mais toujours joyeux » [2 Cor. 6:10 ; 1 Pierre 1:6a].


2.6.2 - [1:6 — affligés pour un peu de temps]

« … en quoi vous vous réjouissez, tout en étant affligés maintenant pour un peu de temps par diverses tentations, si cela est nécessaire, afin que l’épreuve de votre foi, bien plus précieuse que celle de l’or qui périt et qui toutefois est éprouvé par le feu, soit trouvée tourner à louange, et à gloire, et à honneur, dans la révélation de Jésus Christ » (1 Pierre 1:6,7).

Traduire depuis le v. 5 en disant « au dernier temps dans lequel vous vous réjouirez » apparaît pauvre au vu du résultat glorieux général. C’est même trompeur si on s’en sert pour nier le droit du chrétien à une joie débordante déjà maintenant dans la portion que Dieu nous a donnée en Christ. Jamais il n’y aura une œuvre capable de surpasser, ou égaler, ce qui a été fait à la croix. Nulle part ailleurs on ne trouve une telle concentration de ce qui autrement serait inconciliable, la majesté et l’humiliation, la sainteté et la miséricorde, la justice et le péché, l’amour et la haine, Satan victorieux en apparence mais en réalité vaincu pour toujours, l’homme à son pire degré et Dieu dans toute Sa grâce, Jésus abaissé au plus bas dans l’obéissance et pourtant glorifiant Dieu de manière absolue à l’égard du péché, — tout cela se terminant pour le croyant à la gloire de Dieu dans une acceptation parfaite et une délivrance éternelle, avec la réconciliation à venir de toute la création. « En quoi vous vous réjouissez » : Quel autre sentiment pouvons-nous ressentir par grâce ? Si nous croyons, nous n’attendons pas le jour où nous verrons, pour participer à cette joie débordante qui éclate en actions de grâces et en louanges. En ce jour-là, la joie ne sera certes pas mêlée de souffrance et de douleur. Il n’y aura plus la faiblesse du corps mortel, mais l’incorruptibilité, la gloire et la puissance : voilà le changement total qui sera le nôtre à la venue du Christ. Il n’y a pas de passage de l’Écriture, pas de raison valable, aussi hostile soit-elle, permettant de nier la réjouissance actuelle comme une caractéristique propre du chrétien déjà maintenant ; en tout cas, c’est cela ce que l’apôtre a voulu dire ici de manière précise.

Or cette réjouissance est accompagnée d’affliction, comme une épreuve passagère nécessaire dans le gouvernement de Dieu, tandis que la joie débordante peut et devrait être habituelle. Car elle repose sur une rédemption accomplie et une vie dans la puissance de la résurrection, et sur la grâce et la vérité qui sont venues par le Sauveur. Celles-ci demeurent immuables pour nos âmes, tandis que l’affliction est limitée de manière précise ; le temps du verbe [vous vous réjouissez] et celui du participe [affligés] impliquent, et les faits le garantissent, ce de quoi découlent à la fois la joie et l’affliction. Donc « maintenant pour un peu de temps » qualifie bien sûr le participe aoriste « affligés », et pas du tout notre réjouissance présente comme l’incrédulité le voudrait. Ceci est encore plus clairement enseigné par la courte expression « si cela est nécessaire », ou « s’il y a besoin ». Combien cela est plein d’égards et bon ! Car le Père des esprits [Héb. 12:9] s’occupe ainsi de ce qui nous est profitable pour que nous participions à Sa sainteté. Aucune discipline, pour le présent, ne semble être un sujet de joie, mais de tristesse ; mais ensuite elle rend le fruit paisible de la justice pour ceux qui ont été exercés par elle. C’est ce que nous lisons en Héb. 12:10, 11.

En réalité, la doctrine de Pierre n’est pas différente : « tout en étant affligés maintenant (*) pour un peu de temps par diverses tentations ». C’est aussi ce que dit triomphalement Rom. 8:34-35 : « C’est Christ qui est mort, mais plutôt qui est aussi ressuscité, qui est aussi à la droite de Dieu, qui aussi intercède pour nous ; qui est-ce qui nous séparera de l’amour du Christ ? Tribulation, ou détresse, ou persécution, ou famine, ou nudité, ou péril, ou épée ? ». Il s’agissait là d’épreuves lourdes, mais il y en avait d’autres, nombreuses et variées. Mais si nous ne savons pas demander ce qu’il faut comme il convient, l’Esprit Saint qui habite en nous intercède selon Dieu qui L’écoute ; et nous savons que toutes choses concourent au bien de ceux qui aiment Dieu, de ceux qui sont appelés selon son dessein [Rom. 8:26,28].


(*) Le ἄρτι (maintenant) n’est nullement superflu du fait que ἀγαλλιᾶσθε (réjouissez) est un présent propre ; car ἄρτι (maintenant) se rapporte au participe (affligés) pour contrer tout mauvais usage de l’aoriste. La peine arrive transitoirement maintenant, et seulement où Dieu qui ne se trompe pas, l’estime nécessaire. Quand on a confiance à cet égard, cela donne beaucoup de courage dans l’épreuve.


2.6.3 - [1:7 — l’épreuve de votre foi bien plus précieuse que celle de l’or qui périt]

Mais tandis que Heb. 12 vise un bon résultat maintenant, notre texte le vise pour plus tard : « afin que l’épreuve de votre foi, bien plus précieuse que celle de l’or qui périt et qui toutefois est éprouvé par le feu, soit trouvée tourner à louange, à gloire et à honneur dans la révélation de Jésus-Christ » (1:7).

Ainsi l’apôtre contemple le désert et notre voyage à travers. Dans le type, Moïse et Israël ont commencé par un chant d’allégresse ; et si Israël a failli à continuer de cette manière, nous ne sommes pas obligés de faire pareil, car Dieu a prévu pour nous des choses meilleures [Héb. 6:9] ; ce qui leur est arrivé est écrit pour notre avertissement, à nous que les fins des siècles ont atteints [1 Cor. 10:11]. Ceux qui rendent culte, étant une fois purifiés, n’ont plus aucune conscience de péchés [Héb. 10:2], et ce n’est pas étonnant, car Christ, par une seule offrande, a rendu parfaits à perpétuité ceux qui sont sanctifiés [Héb. 10:14] : c’est le cas des chrétiens. Le désert est par-dessus tout une scène de tentation. Le cœur y est mis à l’épreuve. Tout cela est d’autant plus nécessaire qu’en y passant, nous goûtons la confiance dans l’amour de Dieu pour nous. Nous constatons au cours de ces épreuves combien nous sommes faibles, et hélas ! peut être aussi insouciants, légers et infidèles. Nous sommes passés au crible comme Simon Pierre, mais le Seigneur intercède pour nous comme pour lui, afin que notre foi ne défaille pas. Car c’est là le désir et le but, que l’épreuve de notre foi tourne à louange.

Notez encore que la louange, l’honneur et la gloire se rattachent à la révélation de Christ. Sa venue pour nous prendre et nous emmener dans la maison du Père n’est que grâce suprême ; c’est lors de Sa révélation que l’évaluation de la fidélité prendra place, ainsi que la récompense en conséquence. Les deux auront lieu assurément ; mais le juste gouvernement est tout à fait distinct de la grâce souveraine.


2.7 - [Ch. 1 v. 8-9]

2.7.1 - [Le chrétien peut se réjouir au milieu d’épreuves sévères]

L’apôtre explique comment il se fait que le chrétien soit capable de se réjouir au milieu d’épreuves sévères, mais qui ne sont pourtant jamais permises que parce qu’elles sont nécessaires dans le temps présent et pour un peu de temps. Car assurément, si la puissance de Dieu agit comme une garnison autour de ses saints pendant qu’ils traversent le monde, elle a assez d’énergie pour contenir toute influence hostile, malgré toutes les ruses malveillantes de l’adversaire le diable. C’est pourquoi nous pouvons dire hardiment que nous savons que toutes choses travaillent ensemble pour le bien de ceux qui aiment Dieu, de ceux qui sont appelés selon Son propos [Rom. 8:28]. Et nous nous glorifions même dans les tribulations [Rom. 5], sachant ce qui, grâce à Dieu, en est le résultat béni à la fois ici-bas et plus tard. Toute la bénédiction le long du chemin dépend du fait d’avoir Christ comme objet devant nos âmes.

« … lequel, quoique vous ne l’ayez pas vu, vous aimez ; et croyant en lui, quoique maintenant vous ne le voyiez pas, vous vous réjouissez d’une joie ineffable et glorieuse, recevant la fin de votre foi, un salut d’âmes » (1:8,9).

Quand le royaume se manifestera en puissance et en gloire à la révélation de Christ, alors l’Éternel punira l’armée d’en haut, en haut, et les rois de la terre, sur la terre [És. 24:21]. Il visitera de Son épée dure et grande et forte, le léviathan serpent fuyard et le léviathan serpent tortueux, et Il tuera le dragon qui est dans la mer [És. 27:1]. Il fera alors en Sion, à tous les peuples un festin de choses grasses, un festin de vins vieux, de choses grasses moelleuses, de vins vieux bien épurés. Et là, Il détruira en cette montagne la face du voile qui couvre tous les peuples, et la couverture qui est étendue sur toutes les nations. Il engloutira la mort en victoire ; et le Seigneur, l’Éternel, essuiera les larmes de dessus tout visage, et il ôtera l’opprobre de son peuple de dessus toute la terre ; car l’Éternel a parlé [És. 25:6-8].


2.7.2 - [Contraste entre le christianisme et les autres dispensations]

Or tout ceci est pour le présent en contraste avec ce que le Nouveau Testament proclame partout, y compris dans cette épître du début à la fin ; son but spécial était d’instruire les Juifs chrétiens de peur que leur longue et vieille attente juive vienne se mêler et conduire à la déception. Car nous qui croyons en Christ rejeté, mais glorifié, nous avons à faire entre-temps aux « mystères du royaume des cieux » (Matt. 13:12), comme le Seigneur l’a dit aux disciples : « À vous il est donné de connaître le mystère du royaume de Dieu » (Marc 4:11). Dans son ensemble, et dans ses parties variées, c’était un secret auquel le peuple élu n’était pas préparé. Il cherchait surtout la manifestation de la justice, quand Israël fleurira et bourgeonnera, et qu’ils rempliront de fruits la face du monde [És. 27:6] ; alors on appellera Jérusalem le trône de l’Éternel ; et toutes les nations se rassembleront vers elle, au nom de l’Éternel, à Jérusalem ; et elles ne marcheront plus suivant le penchant obstiné de leur mauvais cœur [Jér. 3:17] ; les deux maisons d’Israël s’assembleront en un, et Éphraïm ne sera pas rempli d’envie contre Juda, et Juda ne sera pas l’adversaire d’Éphraïm [És. 11:13]. Tout cela n’est pas étonnant, car Satan sera lié dans l’abîme [Apoc. 20:1], et l’Éternel-Jésus sera roi sur toute la terre, et non seulement cela, mais Il sera chef sur toutes choses, les célestes aussi bien que les terrestres [Éph. 1:22 ; Phil. 2:10].

Le christianisme est en contraste frappant avec la perspective glorieuse de l’univers dans les âges à venir. Car le diable, comme le montre notre épître (5:8), rôde alentour comme un lion rugissant, cherchant qui il peut dévorer. C’est encore un monde de désert sauvage, au lieu de fleurir dans l’abondance et de se réjouir avec chants de joie ; on ne voit pas encore la gloire de l’Éternel, la magnificence de notre Dieu [És. 35:2], quand toute la terre sera remplie de Sa gloire en ce jour-là [Ps. 72:19]. Les saints sont justement ceux qui sont affligés, selon que cela est nécessaire, par diverses tentations. En même temps, ils ont droit à des joies plus profondes que ce que peut offrir le royaume manifesté. Et ici, le fait ayant été clairement énoncé d’après l’expérience faite à la lumière de la vérité, l’apôtre en explique la source riche et infaillible. C’est Jésus, le crucifié ; Il n’est pas ici, mais Il est ressuscité, glorifié en haut. Il est la clé de tout.


2.7.3 - [1:8a — quoique vous ne l’ayez pas vu, vous aimez]

« Lequel, quoique vous ne l’ayez pas vu, vous aimez ». Quelle différence par rapport au cas ordinaire des affections humaines, ou même par rapport à la promesse faite à Israël en ce jour ! « Tes yeux verront le Roi dans sa beauté » (Ésaïe 33:17). « Tu es plus beau que les fils des hommes ; la grâce est répandue sur tes lèvres ; c’est pourquoi Dieu t’a béni pour toujours … Ton trône, ô Dieu, est pour toujours et à perpétuité ; c’est un sceptre de droiture que le sceptre de ton règne. Tu as aimé la justice et haï la méchanceté ; c’est pourquoi Dieu, ton Dieu, t’a oint d’une huile de joie au-dessus de tes compagnons » (Ps. 45:2, 6, 7). Il ne s’agit pas là seulement de Son règne de bienfaisance en puissance et en majesté, mais de ce qu’à la fin Jérusalem commencera à regarder vers Celui qu’ils ont percé, et à se lamenter comme on se lamente sur un fils unique, un premier-né [Zach. 12:10]. Celui qui les délivrera apparaîtra quand leur danger sera à son comble, et leur contrition la plus amère sera engloutie dans une reconnaissance d’amour envers Celui dont la fidélité à leur égard n’aura pu être surmontée par aucun mal qu’ils auront commis.

Si bonne que soit leur part, celle du chrétien est bien meilleure. L’apôtre ne fait aucune allusion aux circonstances particulières des disciples qui ont contemplé le Seigneur dans les jours de sa chair. Il ne dit pas, « nous qui L’avons vu alors », mais « vous » comme s’adressant à ceux de la dispersion, comme à la masse de ceux qui croient l’évangile. « Lequel, quoique vous ne l’ayez pas vu, vous aimez ». C’était un fait immense qu’Il soit venu, Homme obéissant et dépendant, Témoin fidèle de Dieu, manifestant le Père, comme nous le lisons dans les évangiles ; accomplissant la rédemption, et maintenant à la droite de Dieu en-haut. C’est pourquoi le Seigneur a déclaré que le moindre dans le royaume des cieux était plus grand que le plus grand avant Lui [Matt. 11:11] ; et l’Épître aux Hébreux (11:40) dit que Dieu a eu en vue « quelque chose de meilleur pour nous ».

Quant aux paroles qui sont devant nous, il faut admettre que, quel que soit l’amour avec lequel les anciens chérissaient le Messie futur, il ne pouvait y avoir l’impulsion et la force données par Sa grâce infinie agissant sur des cœurs renouvelés, comme ce fut le cas de ceux qui ont suivi Ses pas, et se sont accroché à Ses paroles et ont trouvé leurs délices dans Ses voies ici-bas. Le Seigneur pouvait dire : « Bienheureux sont les yeux qui voient ce que vous voyez ! car je vous dis que beaucoup de prophètes et de rois ont désiré voir les choses que vous voyez, et ne les ont pas vues, et entendre les choses que vous entendez, et ne les ont pas entendues » (Luc 10:24). Or il est clair que même ce merveilleux privilège était en-dessous de l’immense enrichissement procuré par Sa mort, Sa résurrection, Son ascension, et surtout le don du Saint-Esprit pour tout saisir pleinement et rendre témoignage en conséquence.

Ceux qui aspirent à un Messie visible sur la terre, ne savent pas la grandeur du privilège de Le connaître mort, ressuscité et glorifié, même en face du si grand profit qu’il y a à suivre Ses voies sur terre selon le récit que nous en avons. Car c’est à cette lumière que chacune de Ses parole, chacun de Ses pas et de Ses actes sont le mieux compris et appréciés. Là, Son amour brille au plus haut point ; et nous, nous aimons parce que Lui nous a aimés le premier, et assurément nous L’aimons plus que tout. C’est de cette manière que l’apôtre pouvait dire de façon caractéristique : « Lequel, quoique vous ne L’ayez pas vu, vous aimez ». Voilà la manière dont le chrétien aime Christ. Il connaît Son amour comme personne ne pouvait le connaître avant l’Incarnation, et plus que tous ceux durant Son ministère. Le chrétien connait cet amour dans Son humiliation, dans Sa souffrance sans pareil et par-dessus tout dans Son rejet et Sa croix. Bien qu’il ne L’ait jamais vu, Lui, ici-bas, le chrétien commence par apprendre les profondeurs de cet amour, là où ceux qui L’ont suivi sur la terre ont terminé leurs difficultés, et ont commencé à avoir de l’intelligence spirituelle, quand Il a été ressuscité d’entre les morts. Personne n’est mieux placé que le chrétien pour aimer le Seigneur Jésus. Même les apôtres L’aimaient d’autant plus qu’ils se dégageaient des enveloppes et des voiles juifs et entraient dans cet état de lumière et de liberté.


2.7.4 - [1:8b — se réjouir dès maintenant - d’une joie ineffable et glorieuse]

La phrase suivante ne fait que confirmer la bénédiction supérieure du christianisme : « et croyant en Lui, quoique maintenant vous ne Le voyiez pas, vous vous réjouissez d’une joie ineffable et glorieuse ». Notre Seigneur a déclaré positivement que croire a une valeur qui dépasse la vue. « Parce que tu m’as vu, tu as cru ; bienheureux ceux qui n’ont point vu et qui ont cru » (Jean 20:29). C’est précisément la différence entre les Juifs qui recevront leur bénédiction quand ils la verront, et le chrétien qui est encore plus béni moralement déjà maintenant ; et qu’en sera-t-il alors ? juste comme le ciel est au-dessus de la terre. Il est donc évident que, comme le christianisme approfondit l’amour, il purifie aussi et fortifie la foi. Ceux d’autrefois ont reçu témoignage par la puissance de la foi [Héb. 11:2] ; mais combien la portée de la foi est immensément élargie quand les secrets de Dieu ne sont plus cachés, mais révélés comme maintenant à ses saints apôtres et prophètes par l’Esprit ! [Éph. 3:5].

Le chrétien a bien de quoi « se réjouir d’une joie ineffable et glorieuse (ou : pleine de gloire) ». Cela est si caractéristique que notre Seigneur s’en sert de point de départ de la réception du fils prodigue. Car Dieu comme tel est glorifié dans la croix de Christ qui en est le fondement, et comme Père Il est aussi glorifié dans l’amour de cette relation. « Apportez dehors la plus belle robe et l’en revêtez ; et mettez une bague à sa main, et des sandales à ses pieds ; et amenez le veau gras et tuez-le ; et mangeons et réjouissons-nous ; car mon fils que voici était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu et il est retrouvé » [Luc 15:22-24]. Dieu Lui-même a Sa joie dans la grâce qui apporte le salut à des gens de cette sorte. Quelle consécration pour ceux qui en sont l’objet et pour tous ceux qui ont goûté à une pareille miséricorde ! Et de même que nous sommes appelés à grandir par la connaissance de Dieu et de Son Fils, de même nous sommes appelés à nous réjouir toujours dans le Seigneur, et à rendre grâces en toutes choses. Honte à nous si nous ne nous réjouissons pas maintenant d’une joie ineffable et glorieuse, voyant que, dans la gloire, Il est Celui de qui dépend notre bénédiction. Sans doute nous nous glorifions dans l’espérance de la gloire de Dieu [Rom. 5:2] ; mais ce qui en est notre meilleure et parfaite garantie, c’est qu’Il est là, Lui, y étant entré comme notre précurseur [Héb. 6:20].


2.7.5 - [1:9 — une joie ineffable et glorieuse, un salut d’âmes]

En accord avec la joie ineffable à laquelle nous avons droit déjà maintenant, tout en attendant sa perfection quand nous serons glorifiés, il est ajouté, « recevant la fin de votre foi, un salut d’âmes ». Nous ne recevrons pas le salut du corps avant Sa venue que nous attendons ; mais nous n’attendons pas le salut d’âmes, car l’Évangile l’annonce avec toute clarté et certitude. Christ a fait l’œuvre nécessaire pour cela, de sorte qu’il n’y a rien à y ajouter pour rendre ce salut plus complet en soi, ou plus efficace pour celui qui croit. Christ n’est pas comme les sacrificateurs terrestres qui se tenaient debout pour renouveler ce qui ne pouvait jamais être achevé. Une fois qu’il a offert le seul sacrifice pour les péchés, Il s’est assis à perpétuité (ou : sans pause) à la droite de Dieu ; dès lors Il attend que ses ennemis soient devenus le marchepied de ses pieds. Quoi qu’Il fasse d’autre, Il n’a rien à faire pour purifier les adorateurs. Car, par une seule offrande, il a rendu parfaits à perpétuité ceux qui sont sanctifiés [Héb. 10:14] ; le fait qu’Il soit assis là où Il est, le proclame.

Mais voilà que certains nient que le passage qui est devant nous parle de ce fruit actuel de l’œuvre de Christ. Ils prétendent que le mot κομιζόμενοι interdit le sens d’une « réalisation présente », et que partout où on le trouve il dénote la réception ultime de la gloire ou de la condamnation de la part du Seigneur. Est-ce vrai ? Les textes sont 2 Cor. 5:10, Éph. 6:8, Col. 3:25, 1 Pierre 5:4, 2 Pierre 2:13 ; en fait ils réfutent l’allégation étrange. Car, indiscutablement, le premier [afin que chacun reçoive] n’est par nature qu’une scène future avec laquelle s’accorde le subjonctif aoriste. Le second [chacun… le recevra] et le troisième [recevra ce qu’il aura fait] non seulement présupposent ce jour, mais sont expressément au temps futur, comme le quatrième [vous recevrez la couronne]. Le cinquième est un participe futur [recevant la récompense], tandis que dans le cas contesté de notre texte il y a un participe présent, et le contexte confirme qu’il s’agit de maintenant. On prétend que l’expression « joie ineffable [= inexprimable] et glorieuse » a un sens futur. Mais sera-ce vraiment le cas dans ce jour où la perfection sera venue ? Quand nous connaitrons comme nous avons été connus, serons-nous dans l’incapacité d’exprimer, comme c’est le cas maintenant ?

« Glorieuse », ou ‘pleine de gloire’, est sans doute un mot inhabituel ; pourtant, qualifier ainsi une joie trop grande pour notre puissance d’expression actuelle, semble simplement correspondre à la ferveur de l’apôtre. Christ en haut comme source de cette joie, voilà qui peut facilement donner à la joie des chrétiens ce caractère de gloire avant qu’eux-mêmes y soient. Un salut d’âme, avant que nos corps soient rendus conformes au corps de Sa gloire [Phil. 3:21], est une fin de notre foi digne d’être reçue dès maintenant ; car indiscutablement l’homme extérieur fait suite à l’homme intérieur, et Dieu ne déçoit jamais le croyant dans son espérance. Le salut « des âmes » étant ainsi restreint aux âmes, il se prête bien à ce que le croyant reçoit maintenant, tandis que pour l’avenir, l’apôtre ne donne pas de qualificatif au « salut » [1:5], comme nous l’avons déjà remarqué.


2.8 - [Ch. 1 v. 10-12 — salut d’âmes et salut selon les prophètes de l’Ancien Testament]

Les versets servant de conclusion à l’introduction se réfèrent au salut dans la mesure de ce qui en était révélé à l’origine aux prophètes, et qui est maintenant pleinement présenté comme la bonne nouvelle par l’Esprit Saint envoyé du ciel ; ce salut est la conséquence des souffrances qui devaient être la part de Christ et des gloires qui suivraient ; et quant à nous, nous attendons cette puissance qui, même extérieurement, nous délivrera du mal à Son apparition.


2.8.1 - [Difficulté à concilier gloire et souffrances]

Le bref exposé donné ici était d’une importance extrême pour le résidu croyant auquel l’apôtre s’adressait alors et pour tous ceux qui suivraient. Ils avaient un peu de difficulté à saisir qu’en ce jour-là, le Seigneur n’accomplira pas seulement les perspectives bénies et joyeuses pour la terre, mais aussi celles pour les cieux. Le salut prêt à être révélé au dernier temps [1:5], comprend, mais n’est pas limité à l’entrée dans un héritage incorruptible, sans souillure et inflétrissable, conservé pour eux en haut, tandis qu’ils ont besoin pendant ce temps d’être gardés par la puissance de Dieu par la foi. Maintenant le salut n’est qu’un salut de l’âme, le gage de ce qui est final, complet et glorieux en ce jour-là. Le rejet de Christ et Son absence pour être en-haut ont amené entre-temps une modification nécessaire qui met à l’épreuve toute âme d’homme, et spécialement [les Juifs] ceux qui ont eu les révélations premières et partielles de Dieu.

Les Juifs incrédules ont cherché à résoudre la difficulté par la fiction de deux Messies : l’un fils de Joseph, de la tribu d’Éphraïm ; l’autre fils de David, de la tribu de Juda ; le premier destiné à disputer et à souffrir la mort ; le second destiné à vaincre et régner glorieusement pour toujours. Le Talmud l’a enseigné ; un Targum tardif l’a appliqué à Cantique des cantiques 4:5 et 7:3 ; et les Rabbins Salomon Jarchi, Aben Ezra et D. Kimchi l’ont popularisé. Or, nous savons que l’Ancien Testament ne permet pas d’imaginer deux personnages de ce genre, mais il met un accent très fort sur deux états différents du même Oint de l’Éternel. Il était en effet Fils de David, non par Marie seulement selon Luc 3, mais aussi légalement par Joseph qui était de la souche royale de Salomon selon Matthieu 1. Et, ce qui était d’une importance infiniment plus profonde, Lui et Lui seul parmi les fils de David était Seigneur de David selon le Ps. 110 v.1 cité par Lui-même pour confondre Ses adversaires hautains qui doutaient et qui Le méprisaient. La foule d’alors, et probablement ses conducteurs, n’avait pas encore inventé l’illusion d’un double Messie ; mais ils ne laissaient aucune place à Ses souffrances, et ne se souciaient que de Sa gloire terrestre comme d’un droit dévolu qui leur revenait. Par conséquent, quand Il a dit (Jean 12:32), « Si je suis élevé de la terre, j’attirerai tous les hommes à Moi-même » (cela indiquait de quelle mort Il allait mourir), ils répondirent : « Nous avons appris de la loi que le Christ demeure éternellement, et comment dis-tu que le Fils de l’homme doit être élevé ? qui est ce Fils de l’homme ? ».


2.8.2 - [1:10 — Annonces du salut par les prophètes]

Nous aurons plus à dire quand nous regarderons de près le v. 11, mais commençons par examiner en détail ce qui précède dans l’ordre.

« … duquel salut les prophètes qui ont prophétisé de la grâce qui vous était destinée, se sont informés et enquis avec soin » (1:10).

C’est ce que nous apprenons en Genèse 49:18 [sur Dan : « j’ai attendu ton salut, ô Éternel »]. Le « salut » était identifié avec la venue et l’œuvre du Messie. Les croyants ne comprenaient guère, voire pas du tout, comment cela devait se faire ; mais ils n’avaient aucun doute sur la grâce salvatrice qui serait alors manifestée. Ils reconnaissaient entre-temps des actes de délivrance constituant des signaux, comme le passage miraculeux de la Mer Rouge aux jours de Moïse ; comme l’œuvre de l’Éternel accomplie par le moyen de Jonathan ; comme la destruction mutuelle des fils d’Ammon et Moab et ceux de la montagne de Séhir aux jours de Josaphat, ce qui sauva Juda de la ruine qui les menaçait. Mais ils attendaient le dernier jour qui verrait l’accomplissement de leurs espérances, quand le Messie établirait le plein salut pour toujours. Ce serait clairement « la grâce » prophétisée, et non pas des œuvres dont la chair pourrait se glorifier.

C’est pourquoi, dans les Psaumes, nous entendons des paroles comme celles du dernier verset du Ps. 14 : « Oh ! si de Sion le salut d’Israël était venu ! Quand l’Éternel rétablira les captifs de son peuple, Jacob s’égayera, Israël se réjouira ». Dans le deuxième livre des Psaumes, le Ps. 53 se termine pareillement. Les temps étaient sombres, de plus en plus sombres ; mais si le résidu pieux avait recours à ce qu’est Dieu, Elohim, quand la jouissance des privilèges de l’alliance avait disparu, ils anticipaient par la foi que Dieu allait disperser l’ennemi pour sa ruine, et ils aspiraient au salut final venant de Sion comme le centre de l’Éternel, quand Son peuple dans son ensemble reviendrait avec une joie éternelle. Si l’on avait tenu compte de la Parole écrite, il est aussi certain selon le Ps. 67 que l’Esprit de prophétie considère la miséricorde de Dieu envers Israël comme Son moyen d’étendre Son « salut parmi toutes les nations » [67:2]. La grâce souveraine est à la fois sûre et déterminée, riche et libre. « Que les peuples te célèbrent, ô Dieu, que tous les peuples te célèbrent, que les nations se réjouissent et chantent de joie ; car tu jugeras les peuples avec droiture et tu gouverneras les nations sur la terre » [67:3-4]. Rien ne fait un contraste plus marqué avec l’étroitesse juive. Le salut n’est ni un droit consacré, ni un mérite personnel, mais une « grâce ». Et ainsi dans un jour à venir, montera le chant à la fois des nations et de tout Israël qui sera sauvé [Rom. 11:26].

Il est profondément intéressant d’observer que le psaume suivant, 68, a pour vérité centrale le Seigneur monté en haut en puissant vainqueur qui a donné des dons aux hommes après avoir « reçu des dons dans l’homme » (c’est-à-dire l’homme en tant que tel) [Ps. 68:17-18 ; Éph. 4:8]. Aussi l’apôtre aurait pu ajouter, sans faire de citation des paroles qui attendent l’activité future de la grâce divine, « et même pour les rebelles, afin que Jah, Elohim, ait une demeure » [68:18]. Hélas ! les Juifs sont encore rebelles ; mais le jour se hâte où ils lèveront les yeux et diront : « Béni soit Celui qui vient au nom de l’Éternel » ; et quand Il viendra, ce sera assurément avec une bénédiction qui ne passera jamais. Leur Dieu est un Dieu du salut [Ps. 68:20] ; et c’est ce qu’ils éprouveront quand, en réponse à leur cri, Il fendra les cieux et descendra [És. 64:1], et qu’ils verront toutes leurs actions de justice comme un vêtement souillé [És. 64:6], et qu’Il les revêtira de vêtements de salut et de louange [És. 61:10-11]. Mais nous devons nous retenir de continuer à citer le livre des louanges.

Il ne faut pas s’étonner de ce que le prince des prophètes soit particulièrement riche en paroles sur un salut si divin. En És. 12 qui clôt la première partie de ses prophéties, Ésaïe prédit qu’Israël dira : « Voici, *Dieu est mon salut ; j’aurai confiance, et je ne craindrai pas ; car Jah, Jéhovah, est ma force et mon cantique, et il a été mon salut. Et vous puiserez de l’eau avec joie aux fontaines du salut ». Cela fait suite sans aucun doute à l’introduction du Messie et de son règne futur en És. 11. En És. 25:9 où il termine la section suivante par une action de grâce sur des sujets variés, il dit : « Voici, c’est ici notre Dieu ; nous l’avons attendu, et il nous sauvera ; c’est ici l’Éternel, nous l’avons attendu. Égayons-nous et réjouissons-nous dans sa délivrance [ou : son salut] ». Pareillement en És. 26:1, « Nous avons une ville forte : il a mis le salut pour murailles et pour remparts ». Dans la troisième section, où le dernier ennemi d’Israël est révélé avec un « malheur à toi », És. 33:2 nous dit : « Éternel, use de grâce envers nous : nous nous sommes attendus à toi. Sois leur bras tous les matins, et notre salut au temps de la détresse » ; puis au v. 22 : « L’Éternel est notre juge, l’Éternel est notre législateur, l’Éternel est notre roi ; lui, nous sauvera ». Et encore en És. 35:4 : « Soyez forts, ne craignez pas ; voici votre Dieu : la vengeance vient, la rétribution de Dieu ! Lui-même viendra, et vous sauvera ». Au milieu, c'est-à-dire dans la quatrième section historique, la référence la plus typique est És. 38:20. Mais dans la cinquième section où apparaît « Mon serviteur », il y a un ample témoignage sous la forme d’une grande variété de mots correspondant à « sauver » ou « salut ». Il restaure, rachète, forme pour Lui-même, répand de l’eau et Son Esprit sur eux comme étant Ses témoins et Ses serviteurs à Lui le Dieu d’Israël, le Sauveur, « un Dieu juste et sauveur, il n’y en a point si ce n’est moi. Tournez-vous vers moi, et soyez sauvés, vous, tous les bouts de la terre » (Ésaïe 45:21, 22 ; voir aussi 45:8, 17 ; 46:13). Dans la sixième section, où le Messie est pleinement dévoilé, ainsi que Son rejet, le salut est encore plus visible, comme dans Ésaïe 49:6, 8, 25 ; 51:5, 6, 8 ; 52:7. Qui peut être surpris de discerner le Sauveur souffrant et exalté en Ésaïe 53 où nous avons le témoignage le plus complet et le plus clair rendu à Lui et à Son œuvre, même si les mots « sauver » et « salut » ne figurent pas ? Mais beaucoup d’autres mots dirigent vers cette vérité et vers cette cause méritoire et efficace, comme dans 53 :5, 6, 8, 10, 11, 12. Dans la septième ou dernière section, nous en avons des mentions expresses et abondantes, comme dans És. 59:1, 11, 16, 17 ; 60:18 ; 61:10 ; 62:1 ; 63:1, 5 ; 64:5.

En Jérémie, il suffit de se référer à Jér. 15:20 ; 30:10, 11 ; 46:27 ; en Ézéchiel, il y a 34:22 ; 36:29 ; 37:23 ; en Osée : 1:7 ; en Sophonie : 3:17, 19 ; en Zacharie : 8:7, 13 ; 9:16 ; 10:6 ; 12:7. Quant aux autres prophètes, ce serait une erreur de croire qu’ils ne prédisent pas la même chose en d’autres termes. Voir par exemple Daniel (9:24) qui confesse les péchés d’Israël et plaide pour la justice et le nom de l’Éternel. Dans la réponse un temps déterminé est donné pour clore la transgression, en finir avec les péchés et pour faire propitiation pour l’iniquité, et pour introduire la justice éternelle, et sceller la vision et le prophète, et pour oindre le saint des saints. Cela concorde avec les autres prophètes, quoique chacun soit sous une forme différente.

Il résulte clairement de tout cela que les prophètes ont prédit concernant le salut à venir, lequel n’a pas manqué pour ceux qui ont cru l’évangile, comme ceux auxquels l’apôtre adressait cette épître. Car qu’arrive-t-il si la masse des Juifs n’a pas la foi ? Leur incrédulité ne rend pas sans effet la foi en Dieu [Rom. 9:6]. Ceux qui se soumettent à Sa justice en Christ récoltent la bénédiction [cf. Rom. 10:3].


2.8.3 - [1:11 — les prophètes étudiant leurs prophéties]

Les prophètes d’autrefois, nous est-il dit, cherchaient et sondaient diligemment au sujet de ce salut. Le fait de prophétiser ne remplaçait pas le besoin ou le bénéfice d’une recherche assidue, mais il la stimulait plutôt. L’honneur de prophétiser ne dispensait pas ses auteurs de chercher à sonder soigneusement pour comprendre ce qui leur était donné de prédire au sujet de la plénitude qui est en Dieu. La dépendance est et a toujours été requise, avec la confiance dans Sa bonté et Sa tendre considération à l’égard de notre ignorance et de notre faiblesse. Mais le don de Sa parole nous encourage à nous attendre à Lui pour la comprendre autant qu’il Lui plait. C’est ce que firent les hommes inspirés, comme on le voit spécialement en Daniel dans une affaire toute proche et aussi dans un cas qui ne pouvait être qu’au temps de la fin. Aucune circonstance annexe ne peut non plus prouver plus nettement combien la vraie prophétie n’est pas issue de la volonté de l’homme, ni d’une perspicacité de l’esprit pour deviner, mais de Dieu, qui a parlé ou écrit par Son serviteur par l’Esprit. Car ce serviteur devait encore passer au crible ce qu’il avait divinement prononcé, en vue de le comprendre. Le salut était une riche bénédiction de la part de Dieu, dépassant tout ce qu’ils possédaient comme privilèges de grâce liés au jour du Messie, et Dieu seul avait donné aux prophètes de l’anticiper. Mais ce qu’ils prophétisaient, ils avaient besoin de le peser et de l’examiner en profondeur pour vraiment se l’approprier, quelle que soit la mesure d’intelligence avec laquelle ils le pouvaient.


2.8.4 - [1:11 — l’Esprit de Christ]

Considérons maintenant ce qu’il nous est dit quant à l’objet de la recherche. « Cherchant quel temps ou quelle sorte de temps l’Esprit de Christ qui était en eux indiquait, rendant par avance témoignage des souffrances qui devaient être la part de Christ, et des gloires qui suivraient » (1:11).

Ce qui opérait intimement dans les prophètes, bien au-delà de leurs pensées, c’était « l’Esprit de Christ », une expression d’autant plus frappante que c’était peu avant que le Fils devienne le Christ. Mais ce que cet Esprit de Christ révélait, visait ce fait merveilleux et témoignait à l’avance de Christ sous ce caractère. C’est un peu comme dans Heb. 2:17 où l’apôtre parle de Lui comme Souverain Sacrificateur, alors qu’Il n’est devenu proprement sacrificateur qu’une fois ressuscité d’entre les morts et monté au ciel. Certains qui ne l’ont pas perçu ont été conduits par l’ennemi à jeter la précieuse vérité de la propitiation dans le chaos de leurs erreurs, refusant la gloire morale à Sa croix pour en faire une fable.

Notons la précision exceptionnelle du langage employé. Les souffrances ne sont pas simplement « de » Christ, mais « pour » Lui, est-il dit en grec [traduit en français par J. N. Darby par « les souffrances qui devaient être la part de Christ]. Les souffrances ne Lui sont pas simplement survenues comme un fait, mais elles lui ont été réservées ou assignées. De même que la grâce était « envers vous » ou « vous était destinée » [1:10], les souffrances étaient aussi « envers Christ » ou « destinées à Christ ». Christ n’est jamais utilisé par Pierre d’une manière mystique comme dans 1 Cor. 12:12 [le corps est du Christ], mais comme visant exclusivement et strictement Sa personne. Comparer spécialement 1 Pierre 4:1, 13.

Nous ne laissons pas non plus planer le doute sur ce que signifie « l’Esprit de Christ qui était dans les prophètes d’autrefois » ; cet Esprit a témoigné auparavant non seulement des gloires de l’Oint qui était attendu par tous les saints, mais, ce qui semble à première vue tellement corsé, Il a témoigné des souffrances qui Lui étaient destinées et qui précèderaient les gloires. C’est ce que le Seigneur Lui-même enseigna aux disciples stupéfaits à la fois avant Sa mort et après Sa résurrection, et nulle part plus clairement que dans l’Évangile de Luc. « Ainsi sera le Fils de l’homme en Son jour (c’est-à-dire le jour de Son apparition en gloire), mais il doit d’abord souffrir beaucoup et être rejeté par cette génération » (Luc 17:24, 25). Et aussi après Sa résurrection, Il dit (Luc 24:26,27) : « Ne fallait-il pas que le Christ souffrît ces choses, et qu’il entrât dans sa gloire ? Et, commençant par Moïse et par tous les prophètes, Il leur expliquait dans toutes les Écritures les choses qui le regardent ». Rien d’étonnant à ce qu’ensuite ils se disaient l’un à l’autre : « Notre cœur ne brûlait-il pas au-dedans de nous lorsqu’il nous parlait par le chemin et lorsqu’Il nous ouvrait les Écritures ? » [Luc 24:32]. Maintenant qu’Il est parti, Son Esprit, l’Esprit de vérité, est venu pour nous guider dans toute la vérité [Jean 16:13].


2.8.5 - [Les prophéties sur les souffrances de Christ et les gloires qui suivraient]

Les saints auxquels Pierre s’adressaient, comme tous les autres chrétiens, se situaient entre les souffrances qui devaient être la part de Christ, et la gloire, ou tout au moins la plus grande partie des « gloires » révélées qui suivraient. Car il est clair et certain que les scènes magnifiques des derniers jours, les temps de rétablissement de toutes choses dont Dieu a parlé par la bouche de ses saints prophètes de tous temps [Actes 3:21], attendent Sa venue des cieux pour prendre la terre et tout l’univers sous Sa domination directe et manifeste.

Le Messie, montant en haut en vainqueur, était clairement donné à connaître au Ps. 68, v.18, ainsi que Sa réception de dons en tant qu’homme, afin que Jah Elohim puisse avoir une demeure en Israël, encore considéré comme rebelle jusqu’à ce qu’Il fasse de Sion Sa demeure pour toujours. Alors, d’une part, Dieu brisera la tête de Ses ennemis [68:21], et d’autre part des princes sortiront d’Égypte, l’Éthiopie aura hâte d’étendre ses mains vers Dieu, et les royaumes de la terre chanteront les louanges du Seigneur [68:31-32]. La même grande vérité est répétée au Ps. 110, qui est le passage de l’Écriture que Christ Lui-même a cité pour confondre ceux qui niaient Sa dignité divine comme Seigneur de David. Les deux psaumes 68 et 110 passent de manière remarquable de Son exaltation dans les cieux, au jour de Sa colère. Alors l’Éternel enverra de Sion la verge de la force du Messie, qui dominera au milieu de Ses ennemis [Ps. 110:2].

Ce qui est fait entre-temps pour Ses amis n’est développé que dans le Nouveau Testament de manière générale, et ici en particulier. L’Ancien Testament laisse de la place pour cela. C’est la grâce qui parvient au résidu croyant, ainsi qu’à nous qui croyons d’entre les Gentils, avant que la génération à venir naisse de nouveau pour les jours du royaume manifesté. Sans aucun doute Christ est reçu dans la gloire (1 Tim. 3:16) ; mais cela fait partie du mystère de la piété, révélé par l’apôtre de l’incirconcision [Paul] qui l’explique et l’applique si largement dans ses épîtres, tandis qu’il en est fait un usage bref et puissant dans ce qui est placé devant nous (1:21 ; 3:22).

Mais il y a des « gloires » à venir qui sont l’objet de l’espérance et le sujet de son exercice ; celle-ci constitue une grande et brillante partie de la vérité si caractéristique du christianisme, et si difficile à saisir pour un Juif comme tel. Il est choquant pour un rabbin de lire en Dan. 9:26 qu’après un intervalle déterminé, le Messie le Prince n’allait tout simplement pas venir, mais « serait retranché et n’aurait rien », c’est-à-dire rien de Ses droits messianiques, ce qui est la vraie force du passage. C’était une ruine pour les gens incrédules, plongés dans les ténèbres de l’ignorance ; cela apportait la destruction sur la ville et le sanctuaire, comme le contexte le montre. Les faits et la prophétie qui ont révélé cela et davantage encore, ne peuvent pas le nier. Pourtant, ces gens sont encore impénitents, incrédules, privés de bénédiction, et disposés à désavouer un grand prophète qui a jeté de la lumière sur quel temps et quelle sorte de temps l’Esprit de Christ indiquait, comme Il l’a fait de diverses manières.

Or ceux qui croient en l’évangile, Juifs ou Gentils, ont part au nouveau principe de la grâce souveraine qui ne fait pas de discrimination pour sauver les âmes. Le Sauveur, rejeté par les Juifs dans leur ensemble, est monté en haut, non pas pour introduire d’un coup le royaume en puissance et en gloire, comme même les apôtres s’y attendaient au début, mais pour inaugurer les mystères du Royaume (celui-ci étant lui-même un mystère), tandis qu’Il est assis à la droite de Dieu dans la gloire en haut. C’est ce qui rendait perplexes les prophètes d’autrefois, et non pas seulement les souffrances qui Lui étaient destinées alors qu’Il aurait bien semblé être le dernier à devoir souffrir. Pourtant, c’est ce que disait la parole prophétique, et ce dont témoignait à l’avance l’Esprit du Christ qui était dans les prophètes : le Serviteur Juste, absolument sans pareil dans la justice, devait également être absolument sans pareil dans la souffrance. La souffrance est une énigme pour tous ceux qui ne croient pas ce qu’est le péché devant Dieu ; mais même pour ceux qui croyaient jadis, lequel d’entre eux lisant cette énigme, y voyait que le Christ devait en pénétrer les profondeurs ? Car Il devait souffrir, non seulement de la part de l’homme parce qu’Il était fidèle à Dieu, mais, plus encore, d’une manière accablante (il ne faut pas le contester) de la part de Dieu parce qu’Il était fidèle pour l’homme, pour l’homme pécheur ! Pourtant, Daniel est également clair [12:1] que le peuple doit être délivré après un temps, le dernier temps de détresse sans pareille, quand sera bienheureux celui qui parviendra à ces jours, et que le prophète se tiendra alors dans son lot ainsi que tous les justes morts. Cela fait partie des gloires de Christ qui suivraient, quand Il régnera, non pas seulement en tant que Fils de David, mais avec la domination vaste et éternelle du Fils de l’Homme.

Bien avant le prophète de la captivité [Daniel], le voyant humble de Moresheth-Gath [Michée], a témoigné (5:1-3) au sujet du Juge d’Israël frappé avec une verge sur la joue. Un rabbin même ne peut pas se méprendre sur le fait qu’Il devait naître à Bethléhem, même s’il méconnait d’une part Son rejet, et d’autre part Son origine d’ancienneté, dès les jours d’éternité. N’ayant pas connu [Jésus], ni les voix des prophètes qui se lisent chaque sabbat, ils ont accompli celles-ci en le jugeant [Actes 13:27]. « C’est pourquoi il les livrera jusqu’au temps où celle qui enfante aura enfanté » [Michée 5:3]. La naissance de l’Israël né de nouveau est ainsi différée, tandis que Christ est assis, rejeté par eux, mais exalté par la droite de Dieu [Actes 2:33] pour la bénédiction de gens tels que ceux auxquels Pierre écrivait. Quand ce jour sera venu (l’aboutissement prophétique de la gloire pour Israël et pour la terre), « le reste de Ses frères retournera vers les fils d’Israël » [Michée 5:3b], au lieu d’être ajoutés et réunis maintenant pour former l’église comme à la Pentecôte et ensuite. Alors Il se lèvera et les paîtra dans la force de l’Éternel, dans la majesté du nom de l’Éternel, son Dieu. Et, au lieu d’être dispersés comme maintenant, hors de leur pays, ils l’habiteront ; car alors Il sera grand jusqu’aux bouts de la terre. Et cet Homme sera la Paix [Michée 5:4]. Quand le dernier chef d’un grand pays, le leader des nations extérieures, entrera dans le pays, il n’y trouvera que de la puissance, au lieu de la faiblesse précédente [Michée 5:5]. Alors le pays de l’ennemi sera dévasté par rétorsion [Michée 5:6] ; et le résidu de Jacob ne sera pas seulement comme une rosée de bénédictions, au milieu de beaucoup de peuples, mais comme un lion parmi les bêtes de la forêt [Michée 5:7-8].

Ici encore, les souffrances à venir de Christ et les gloires qui suivraient n’étaient pas présentées de façon obscure. Quand on cherche diligemment et qu’on sonde comme les prophètes l’ont fait, il ne reste alors pas la moindre difficulté, spécialement pour ceux qui méditent les paroles merveilleuses d’Ésaïe 49:3-8, 50:4-9, 52:13-15, et Ésaïe 53 qui est le passage le plus détaillé et le plus lumineux de tous : les souffrances qui attendaient le Messie, et la gloire de Son peuple Israël. Il y a aussi dans És. 65:1, 2 une allusion cachée à un temps, une sorte singulière de temps, où Dieu serait trouvé par les Gentils insouciants, et trouverait en Israël un peuple rebelle et contredisant [Rom. 10:21], justement comme Moïse avait autrefois prédit (Deut. 32:21) que Dieu les exciterait à la jalousie par ce qui n’est pas un peuple, et les provoquerait à la colère par une nation insensée.

Or nous savons que même ceux qui furent bénis en voyant et entendant ce que beaucoup de prophètes et de rois avaient désiré voir et entendre [Matt. 13:17], ont très peu réalisé les indications claires et répétées du Seigneur au sujet de Sa mort prochaine dans le rejet et l’ignominie, au point qu’ils furent renversés quand cela arriva. Deux d’entre eux, qui n’étaient pas plus abattus que d’autres, disaient encore, le jour de la résurrection : « Nous espérions qu’Il était celui qui doit délivrer Israël » [Luc 24:21]. Ses souffrances pour la rédemption par son sang, étaient si loin d’entrer dans leur cœur, qu’elles étaient au contraire une pierre d’achoppement, alors que le Seigneur assurait à leurs âmes troublées que c’était le seul moyen compatible à la fois avec le caractère de Dieu et leurs nécessités morales à eux, et avec la vérité énoncée dans les Écritures. Il fallait un Christ souffrant et monté en haut : autant pour le chrétien en marche maintenant vers le ciel, que pour la bénédiction prochaine d’Israël et des nations sur la terre sous Son règne de gloire.

En fait, la première prédiction dans le premier livre de l’Écriture a déjà fait connaître à l’oreille instruite ce que les prophètes sondaient, et ce que l’apôtre déclare explicitement ici avec toute la clarté de la lumière de Christ mort, ressuscité, exalté et qui va bientôt apparaître en gloire. Les termes figuratifs [Gen. 3:15] sont compréhensibles et expressifs. La semence de la femme (en soi une expression aussi pleine de grâce que surprenante et unique) devrait avoir le talon brisé, mais elle-même briserait la tête du serpent : une victoire complète et définitive sur la puissance du mal, mais au travers d’une souffrance aiguë. Puis quand l’idolâtrie se fut répandue sur toutes les familles de la terre, la bénédiction pour elles fut promise dans la semence d’Abram en Genèse 12 ; et une lumière plus complète fut donnée en Gen. 22, où l’on voit le fils unique du père ressuscité des morts dans la même parabole qui commençait par le présenter comme l’agneau pourvu par Dieu comme holocauste. Là-dessus se rajoute le serment de l’Éternel qui permet de distinguer ce que l’apôtre Paul nous donne de comprendre : il y a d’une part la nombreuse semence qui possédera la porte de ses ennemis (selon la prophétie de l’Ancien Testament ; Gen. 22:17), et d’autre part la Semence sans nombre indiqué, « unique », en Laquelle toutes les nations de la terre seraient bénies [Gen. 22:18]. C’est cette dernière que Gal. 3 [v.16] applique à la grâce accordée maintenant aux Gentils comme à la fin aux Juifs qui auront cru. Quel témoignage rendu là aux « souffrances de Christ et aux gloires qui suivraient » !

Le même principe pourrait facilement être montré dans l’histoire de Joseph souffrant dans la fosse par la main de ses frères, puis vendu aux Gentils et incarcéré dans la prison des Gentils, à défaut d’être mis à mort ; puis exalté pour gouverner le monde, et exerçant alors sa puissance avec la même sagesse que celle manifestée dans l’humiliation précédente, et pour la gloire de celui qui était assis sur le trône. Nous sommes au minimum inexcusables si nous ne pouvons pas discerner clairement ce que les prophètes ont dûment recherché. Ajoutez à cela qu’il en fut ainsi avant qu’il se fasse connaître de ses frères coupables, dont il a pardonné les péchés en préservant leur vie autant que celle du monde égyptien qu’il gouvernait. Peut-on manquer de voir en cela une autre application de notre texte ? Il ne serait pas non plus difficile de retracer un nouveau témoignage anticipatif dans la bénédiction que Jacob mourant prononça sur ses fils, mais qui reste encore à accomplir pour la plus grande partie à la fin des jours, sans rentrer dans les détails.

La Genèse n’est pas seule à donner de tels témoignages. On pourrait en montrer dans les types d’Exode 12 et 14 et 15, et aussi tout le long des prophètes, des premiers aux derniers. Le livre des Psaumes est tout aussi riche du même témoignage rendu à l’avance à Christ. Les Psaumes 22 et 102 donnent un témoignage des plus profonds et des plus incontestables sur Ses souffrances et les gloires qui suivraient. Ceux-ci sont peut-être les plus complets, mais ils ne sont pourtant qu’une partie de ce qu’on trouve dans cette riche collection dont le Seigneur aimait à faire usage si parfaitement, et dans lesquels, en leur temps, les prophètes ne recherchaient pas en vain, malgré tout l’espace de temps qui les séparait.


2.8.6 - [1:12 — l’Esprit de prophétie — autrefois et dans le futur]

Nous avons ensuite une indication intéressante sur les prophètes qui s’enquéraient ; son importance vaut autant pour nous que pour ceux auxquels l’apôtre s’adressait :

« et il leur fut révélé que ce n’était pas pour eux-mêmes, mais pour vous (*), qu’ils administraient ces choses, qui vous sont maintenant annoncées par ceux qui vous ont annoncé la bonne nouvelle par l’Esprit Saint envoyé du ciel, dans lesquelles des anges désirent de regarder de près » (1:12).


(*) ὑμῖν (« à vous » ou « pour vous ») est attesté par les meilleures et les plus anciennes copies, avec la majorité des plus récentes et des versions bonnes et anciennes. « À nous » ou « pour nous » (ἡμῖν) semble si naturel qu’on n’a pas besoin d’être surpris que cette leçon apparaisse dans beaucoup de manuscrits cursifs, et certaines versions anciennes, repris par le Texte Reçu.


Il n’y a pas de distinction plus caractéristique que celle qui vient juste d’être mise en évidence. Le Saint Esprit a opéré dans ceux d’autrefois comme « l’Esprit de prophétie », et il opérera ainsi dans les jours à venir, comme nous l’apprenons en Apoc. 19:10. Nos frères qui auront le témoignage de Jésus à la fin de ce siècle au moment des conflits finaux, connaîtront l’action de l’Esprit d’une manière prophétique, non pas comme le seul Esprit qui nous a baptisés en un seul corps [1 Cor. 12:13], l’église, et qui demeure avec nous et en nous individuellement (Jean 14:17).

Ici le contraste [entre ces deux caractères de l’Esprit] est bien marqué. Il a été révélé aux prophètes de l’Ancien Testament que ce n’était pas pour eux, mais pour nous qu’ils administraient les choses annoncées maintenant aux fidèles par l’évangile. Ils ont prophétisé sur les privilèges dont nous jouissons maintenant. Le Saint-Esprit envoyé du ciel à la Pentecôte ne donne pas un témoignage prophétique à Jésus comme Il le fera alors. En tant que donné au chrétien, Il est un esprit de communion présente, d’une manière qui n’existait pas et ne pouvait pas exister jusqu’à ce que Christ soit venu et ait accompli la rédemption.

On admet pleinement que tous les saints d’autrefois étaient nés de Dieu. S’ils n’étaient pas nés d’eau et d’Esprit, ils n’auraient pas pu voir le royaume de Dieu ni y entrer, comme le Seigneur le dit à Nicodème. Or ceci n’est pas un privilège spécial au christianisme, comme le conçoivent certains hommes à courte vue. C’est aussi indispensable pour ce royaume de Dieu dans lequel beaucoup viendront d’Orient et d’Occident, et s’assiéront avec Abraham, Isaac et Jacob, ainsi qu’avec les anciens avant eux, et les prophètes et les saints après eux. La chair et le sang ne peuvent hériter le royaume de Dieu, et la corruption n’hérite pas l’incorruptibilité [1 Cor. 15:50]. Mais tous les enfants de Dieu sans exception y auront leur part, comme ceux qui sont de Christ seront ressuscités à Sa venue.

Les saints d’autrefois, avant la venue de Christ en chair et Sa souffrance une seule fois pour les péchés, ne pouvaient avoir davantage que « l’Esprit de prophétie ». Il ressort de l’Apocalypse qu’il en sera de même pendant la crise apocalyptique, quand les saints célestes seront vus en haut, et que les saints Juifs et Gentils seront séparément appelés à rendre témoignage sur la terre durant la tribulation à venir. Tout ce qui est révélé d’eux dans ces scènes éprouvantes fait ressortir un témoignage et une expérience spécifiques, ressemblant dans le fond à ceux des fidèles d’autrefois à la foi desquels et par la foi desquels il était rendu témoignage ; mais ces fidèles de l’Apocalypse auront aussi la foi et le témoignage de Jésus, dans la mesure où cela leur sera donné. Leur attente sera Sa venue dans Son royaume. Mais rien n’indique qu’ils posséderont les privilèges individuels ou collectifs dont nous jouissons maintenant par l’Esprit Saint qui nous a été donné.

Ils ne sauront pas que leurs corps sont membres de Christ (1 Cor. 6:15), ni qu’ils sont un temple du Dieu vivant (2 Cor 6:16) ; il ne pourront pas dire qu’ils ont revêtu Christ en qui ils sont tous un, ni qu’il ne peut y avoir ni Juif ni Grec, ni esclave ni homme libre, ni mâle ni femelle [Gal. 3:27, 28], ni qu’étant fils ils auraient l’Esprit du Fils de Dieu envoyé dans leur cœur criant « Abba, Père » (Galates 4:6). Ce serait un langage au-delà de leur intelligence d’entendre parler de la gloire de Sa grâce (dans laquelle nous sommes rendus agréables à Dieu dans le Bien-aimé), et encore plus de la plénitude de Celui qui remplit tout en tous (Éph. 1:23). Ils ne pourront pas non plus, comme Paul y exhortait les saints de Colosse, rendre grâces au Père qui les a rendus capables de participer à l’héritage des saints dans la lumière, qui les a délivrés du pouvoir des ténèbres et les a transportés dans le royaume du Fils de Son amour. Ils aspireront par la foi au futur glorieux qu’Il établira ; mais pour le présent ils devront jeûner et gémir. Les deux témoins prophétiseront (non pas prêcheront la grâce) vêtus de sacs, ayant le pouvoir de dévorer leurs ennemis par le feu, tuant ceux qui voudraient leur nuire — ayant aussi le pouvoir de fermer le ciel, le pouvoir sur les eaux et le pouvoir de frapper la terre jusqu’à la fin de leur témoignage. Ces actes sont symboliques et figurés, sans doute, mais ils relèvent d’un état de choses totalement étranger à celui du chrétien et de l’église.


2.8.7 - [1:12 — la bonne nouvelle annoncée par l’Esprit envoyé du ciel]

Votre position est très différente, dit l’apôtre Pierre, car vous avez non seulement le témoignage prophétique d’autrefois, mais aussi la bonne nouvelle qui vous a été envoyée par le Saint-Esprit envoyé du ciel. Même les petits enfants de la famille ont une onction de la part du Saint et ils connaissent toutes choses (1 Jean 2:20) ; ils connaissent le Père, et savent que leurs péchés sont pardonnés pour l’amour du nom de Christ [JND : par Son nom]. Le chrétien demeure en Dieu et Dieu en lui : peut-il y avoir une bénédiction plus grande maintenant ? Le chrétien est scellé par le Saint-Esprit de la promesse, qui est les arrhes de notre héritage. Nous sommes enfants de Dieu, rois et sacrificateurs. Nous sommes corps de Christ et Son épouse [fiancée]. Nous sommes célestes en droit, et sur le point de porter l’image du Céleste à Sa venue. Y a-t-il un privilège précieux, saint ou glorieux auquel nous n’avons pas accès ? Bref, comme le dit un autre apôtre, « toutes choses sont à vous » ; ce n’est pas que vous soyez quelque chose en vous-mêmes, mais Christ est toute la somme et la substance de la bénédiction. « Toutes choses sont à vous, soit Paul, soit Apollos, soit Céphas, soit monde, soit vie, soit mort, soit choses présentes, soit choses à venir : toutes choses sont à vous, et vous à Christ, et Christ à Dieu » [1 Cor. 4:21-23]. Quel cercle, et quel centre !

Alors que le rejet de Christ prouvait que les Juifs revenus de Babylone étaient pires que leurs pères bannis et dispersés à cause de leur idolâtrie (selon la prédiction d’Ésaïe et d’autres), combien il est merveilleux que, à la croix, ce rejet ait été transformé par la grâce de Dieu en un pivot de toute bénédiction ! Et c’est de là que vient la justice de Dieu. Si elle est reçue par la foi maintenant (alors que le peuple est généralement aussi incrédule que les nations en général), le résidu selon l’élection de la grâce entre dans des bénédictions meilleures que si Christ avait été reçu et que Son royaume eût été manifesté. Car dans la sagesse divine, c’était la seule manière dont ces privilèges excellents pouvaient devenir la portion de croyants sur la terre, avec le privilège supplémentaire de souffrir, non seulement pour la justice, mais pour Son nom. Vraiment, comme dit l’épître aux Hébreux (11:40), Dieu a pourvu ou prévu « quelque chose de meilleur » pour nous.

Nous sommes dans l’intervalle de temps après que la propitiation a été faite, Christ a été exalté à la droite de Dieu, et le Saint-Esprit a été envoyé du ciel, — ce qui donne l’occasion et la base pour les privilèges spéciaux du chrétien et de l’église, aussi bien que pour l’évangile. Le Messie a été retranché et n’a rien eu (c’est-à-dire rien de Sa gloire messianique sur Sion et sur toute la terre) ; mais Il a été ressuscité des morts par la gloire du Père pour une gloire à Lui, nouvelle et supérieure ; et bientôt Il apparaîtra pour la gloire promise devant le monde. Le christianisme se situe dans cet intervalle entre Sa glorification et Son apparition (Cf. Jean 17:24, Apoc . 11:15).

Ainsi, les joies de la communion et la paix en Christ sont pleinement goûtées. L’amour a le champ entièrement libre, dans l’endurance de la souffrance pour le bien plutôt qu’à cause du mal, pour du service pris à cœur à la fois dans l’église et dans l’évangile. L’espérance acquiert à son tour son caractère le plus élevé, autant que l’intelligence spirituelle, tandis que nous attendons la venue de Christ et la gloire qui doit être révélée au dernier temps. Le nouvel état de bénédiction est si riche et si particulier que le Saint-Esprit, en plus d’éclairer les anciens oracles de Dieu, a édité un autre livre divin dans la langue principale des Gentils, et cette épître en fait partie. Il est écrit en grec, non pas en hébreu, alors même qu’il est adressé à des Juifs croyants ou aux douze tribus d’Israël. Il ne fallait rien moins que cela pour mettre correctement en évidence le nouvel ordre de choses qui commence par la venue et la mort expiatoire de Christ, et se termine par cette grande prophétie [de l’Apocalypse] ; celle-ci forme un couronnement de toutes les prédictions, et conclut de la meilleure manière toute la révélation de Dieu [le sens du mot Apocalypse est justement « Révélation »].


2.8.8 - [1:12 — les choses dans lesquelles les anges désirent regarder de près]

Qui peut s’étonner de ce que le v. 12 se termine par « ces choses … dans lesquelles les anges désirent de regarder de près » ? Les anges ont été maintenus par le Fils. Ils ont été rendus capables de conserver leur premier état. Ils n’avaient pas besoin de rédemption comme les hommes coupables. Mais il leur fut permis, non seulement de crier de joie quand la pierre angulaire et les bases de la terre étaient posées [Job 38:6-7], mais aussi de louer Dieu dans la multitude de l’armée céleste à la naissance du Sauveur, en disant « Gloire à Dieu dans les lieux très-hauts, et sur la terre, paix et bon plaisir dans les hommes ». Ce n’était pas qu’ils doutaient ; mais quel étonnement et quel effroi, et pourtant quel empressement en même temps, ont dû les remplir quand ils se penchaient pour comprendre ce que signifiaient Ses souffrances, et plus généralement Son humiliation, et les gloires qui suivaient ! Oh, quelles leçons à apprendre au sujet de Dieu dans des hommes, et par-dessus tout dans cet Homme unique qui a le mieux satisfait au plaisir divin dans l’humanité !


2.9 - [Transition entre l’introduction et les exhortations]

L’exhortation commence ici et est fondée sur les versets précédents. Maintenant que Christ est venu et est monté au ciel, ayant porté nos péchés, les Juifs croyants étaient les objets d’une bénédiction riche et certaine, bien au-delà de ce dont leurs pères avaient joui avant ou depuis la loi.

La gloire n’était pas manifestée sur la terre comme les prophètes l’avaient prédite, mais cela aura un accomplissement effectif dans l’ère nouvelle. L’état actuel des saints sur la terre est un état intermédiaire avant cette ère nouvelle : la foi, l’amour et l’espérance ont leur plein exercice depuis que les souffrances qui devaient être la part de Christ se sont achevées et qu’Il a été reçu dans la gloire. Cet état se situe donc avant la révélation de Ses autres gloires à toute la terre, et même à l’univers. Notre vie est cachée en Dieu ; mais quand Lui sera manifesté, nous serons manifestés avec Lui en gloire. Les gloires après Ses souffrances ne sont donc pas complètes, mais dans une large mesure elles attendent Son apparition à la fin de l’ère présente, la fin de ce siècle.

Pourtant, la gloire dans laquelle Il siège déjà à la droite de Dieu a un impact considérable sur l’âme individuellement et sur l’église en tant que corps. C’est pourquoi déjà maintenant, nous nous réjouissons d’une joie ineffable et glorieuse ; car Christ, sa source, est glorifié, et nous, nous attendons de l’être, recevant déjà maintenant la fin de notre foi, un salut d’âmes, mais pas encore celui de nos corps. En attendant nous avons, pour notre profit, non seulement ce dont les prophètes ont témoigné auparavant, mais la lumière encore plus brillante de la vérité annoncée en Christ, et depuis Christ, par les apôtres et par d’autres lesquels ont annoncé la bonne nouvelle par la puissance de l’Esprit envoyé du ciel comme le Père et le Fils l’avaient promis. Voilà le christianisme, non pas une promesse, mais l’accomplissement de la rédemption par l’œuvre de Christ ; il est montré ailleurs que cette rédemption est pour les croyants Gentils autant que pour les Juifs, bien que, de manière appropriée, seuls ceux-ci soient ici destinataires du message de l’apôtre.


2.10 - [Ch. 1:13 — Début des exhortations]

« C’est pourquoi, ayant ceint les reins de votre entendement et étant sobres, espérez parfaitement dans la grâce qui vous sera apportée à la révélation de Jésus-Christ » (1:13).


2.10.1 - [1:13a — Allusion à la Pâque]

L’allusion du début de la phrase se rapporte à l’évidence à leurs ancêtres lors de la première pâque : un mémorial pour eux, une fête à l’Éternel à garder selon l’ordonnance pour toujours. « Vous en mangerez ainsi, vos reins ceints, vos sandales à vos pieds, et votre bâton à la main » [Ex. 12:11]. Ne sont-ce pas là des mots et des actes qui donnent une image très vivante d’un peuple préservé du jugement divin, et quittant à la hâte la maison de servitude pour un pays ruisselant de lait et de miel ? En Luc 12:35 le Seigneur employait la même figure, entre autres, pour inculquer à Ses disciples leur caractère de pèlerin en attendant Sa venue : sans prendre leurs aises, mais toujours prêts à faire de cœur Sa volonté selon l’image de leur ceinture à leurs reins.


2.10.2 - [Les reins ceints]

En cas de service actif, on ne laissait pas flotter librement les vêtements, mais on les retroussait pour ne pas être gêné dans le travail. Il voulait maintenant que nos cœurs soient engagés sans que les affections vagabondent ni que les pensées soient distraites. La bénédiction est assurée à la foi ; nous aimons Celui qui nous a aimés le premier, et Lui nous a aimés avec un amour au-dessus de toute mesure ; pendant ce temps, la perspective qui est devant nous est glorieuse sans pareille.

L’expression de l’apôtre « les reins de votre entendement » [de leurs pensées] a été interprétée par certains pères de l’église comme faisant référence à la chasteté ; c’est inexcusable ; il faudrait pour cela une formule tout à fait différente. Il semble étrange que cette interprétation si inintelligente en soi et si impropre au contexte soit qualifiée par Calvin de réflexion philosophique raffinée sur les reins. C’est une importation d’idées impures, sans aucun fondement, peut-être naturelle chez des gens se piquant de beaux spectacles dans la chair, mais ne faisant que trahir un creux qu’on cherche à remplir par toutes sortes d’impuretés. Calvin quant à lui n’avait pas de doute sur un sens tout à fait différent, selon lequel le chrétien se dégage de tout obstacle au dévouement.


2.10.3 - [Sobres]

Un autre terme suit immédiatement, de grande importance pratique : « étant sobre ». D’après la forme de l’expression, il s’agit d’une habitude continuelle ; c’est d’autant plus fort que la formule de l’expression précédente, dont nous venons de nous occuper, implique précisément un acte fait et établi ; c’est également la force du terme « espérance » qui suit juste après. Ils avaient une fois pour toutes ceint les reins de leur entendement ; leur espérance était établie d’une manière décidée sur la grâce qui devait leur être apportée à l’apparition de Christ. La nature du cas demandait et expliquait que ces qualités soient des faits accomplis dans leurs âmes. La sobriété en question réclamait une diligence incessante.

Car dans l’évangile et dans la vérité maintenant pleinement révélée, il y a bien de quoi conduire naturellement à un très grand enthousiasme. Cela a frappé les observateurs extérieurs dès le jour de la naissance de l’église. Tous furent stupéfaits et perplexes en entendant les Galiléens annoncer dans les diverses langues des Gentils les choses magnifiques de Dieu. Certains se moquèrent en disant : « ils sont pleins de vin doux ». Outre cette manifestation frappante de la grâce, même si elle était désagréablement dénigrée, combien il y a dans le christianisme quand on le réalise, de quoi remplir les cœurs et les bouches jusqu’à les faire déborder ! Même Paul qui était si sage pouvait dire : « Si nous sommes hors de nous, c’est pour Dieu ; si nous sommes de sens rassis [= sobres], c’est pour vous » (2 Cor. 5:13). Sans doute, ce qui est exprimé ici est une pensée apparentée, celle de la discrétion ; mais c’est au fond la même vérité. Devant Dieu et envers Lui, le cœur peut justement éclater en extase ; mais quand nous pensons aux hommes et même aux saints, il nous convient d’être plus réservés.

C’est pourquoi le même apôtre exhortait les saints à Éphèse à se garder de causes excitantes. « Ne vous enivrez pas de vin, en quoi il y a de la dissolution, mais soyez remplis de l’Esprit » [Éph. 5:18]. Quand l’Esprit devient la source et la puissance de tout en nous, les actes extérieurs doivent être selon les pensées de Dieu. Notre chant même doit avoir un caractère qui plaise à Celui que nous louons, n’étant nullement détourné par la suavité du son, mais chanté avec l’esprit et avec l’intelligence.

Il s’ensuit qu’« être sobre » nous est imposé comme un devoir continu. C’est, comme tous l’admettent, une manière naturelle d’exprimer qu’on s’abstient de toute ivresse, autrement dit pour le chrétien qu’il évite tout ce qui peut exciter la chair ou l’esprit. Les jeunes croyants de Thessalonique sont ainsi exhortés : « Ne dormons donc pas comme les autres, mais veillons et soyons sobres (le même mot qu’ici), car ceux qui dorment, dorment la nuit et ceux qui s’enivrent, s’enivrent la nuit ; mais nous qui sommes du jour, soyons sobres, revêtant la cuirasse de la foi et de l’amour, et pour casque, l’espérance du salut » [1 Thes. 5:6-8]. En 1 Pierre 4:7 cette même exhortation est donnée à cause de ce que la fin de toutes choses s’est approchée : « Soyez donc sobres, et veillez pour prier » (même chose en 5:8). La forme de la phrase n’implique pas alors [4:7] une habitude constante, mais une attitude de l’âme due à la solennité de la situation. Les deux appels ont leur importance. L’appel de 1:13 est fondé sur ce que notre part est une rédemption connue, tandis que nous voyageons à travers le désert de ce monde avec une attente digne de ce que Dieu nous a déjà donné en Christ.


2.10.4 - [1:13b — Espérez parfaitement]

Il passe ensuite aux paroles suivantes : « Espérez parfaitement dans la grâce qui vous sera apportée à la révélation de Jésus-Christ ». On ne peut douter que c’est la gloire qui est sur le point de nous être révélée, selon l’expression de l’épître aux Romains (8:18, 19) : « la révélation des fils de Dieu ». L’apôtre Pierre ne va pas au-delà de cette félicité suprême décrite comme « la grâce qui doit être apportée » en ce jour-là. Il ne s’étend pas, comme Paul le fait en 1 Thess. 4, sur le stade préliminaire et l’action spéciale du Seigneur descendant du ciel avec le cri de commandement qui rassemblera les Siens, morts ou vivants, pour Le rencontrer en l’air. Notre épître insiste sur la manifestation des saints avec Christ en gloire sans nous dire comment ce merveilleux résultat doit être effectué.

Cela est si béni en soi et si efficace déjà maintenant pour le bien-être de l’âme, que l’apôtre commande aux saints d’« espérer parfaitement » dans la grâce qui sera alors ainsi apportée. La version autorisée anglaise KJV dit : « Espérez jusqu’à la fin », et c’est ainsi que beaucoup le comprennent ; mais cela semble en deçà de ce que veut dire l’adverbe [parfaitement] ; il n’y a aucune raison suffisante pour s’écarter du sens simple. Il est probable que les traducteurs se sont retenus de faire le lien entre la perfection et une espérance qui fluctue trop souvent, ou même qui est souvent indéfinie et faible. Ils ont préféré « jusqu’à la fin ».

Or le but de l’Esprit est apparemment de révéler la gloire à venir dans sa puissance, sa grandeur et sa félicité, afin qu’elle soit considérée comme faisant partie de la grâce que nous avons connue pour nos âmes dans la mort et la résurrection de Christ, et le repos que nous attendons pour nos corps. En effet, nous serons conformes à l’image du Fils de Dieu, le Premier-né entre plusieurs frères. La grâce qui nous sera apportée en ce jour-là est un objet convenable pour notre espérance, qu’il faut avoir une fois pour toutes et parfaitement ; tout comme en Heb. 10 (v. 22) nous sommes maintenant appelés à nous approcher avec un cœur vrai, en pleine assurance de foi, ayant les cœurs par aspersion purifiés d’une mauvaise conscience, et le corps lavé d’eau pure. Car le voile est déchiré ; et nous qui croyons avons pleine liberté pour entrer dans les lieux saints par le sang de Jésus. Il se peut qu’aucun de ceux auxquels Pierre s’adressait, n’espérait « parfaitement » que cette grâce vienne, aussi sûrement que celle qui était déjà apparue ; mais le but de ce passage de l’Écriture était d’inviter, et même d’insister là-dessus. Pourquoi les saints ne devraient-ils pas chérir l’espérance pleinement et sans hésitation ? Celui qui a promis accomplira certainement ce qu’Il a promis. Toutes les carences dans l’espérance, traitons-les comme des torts faits à Sa grâce et à Sa vérité.


2.10.5 - [1:13b — la grâce qui vous sera apportée à la révélation de Jésus Christ]

Il peut sembler étrange qu’au sujet de la grâce qui sera apportée à la révélation de Christ, l’apôtre Pierre n’écrive ici qu’à ceux qui croient maintenant [ : qui vous sera apportée]. Les prophètes en parlent, comme on peut le voir avec toute clarté en És. 8:13-18. L’épître est tout du long dirigée vers cette grâce apportée à la révélation de Christ à ceux qui croient, plutôt que vers le témoignage prophétique beaucoup plus commun rendu à la bénédiction manifeste et largement répandue lorsque Christ entrera dans Son royaume en puissance et en gloire. Alors tout Israël sera sauvé ; leur réception et leur plénitude sera « la vie d’entre les morts » pour le monde entier [Rom. 11:15]. Mais cela n’aurait pas été de la nourriture au temps convenable [Matt. 24:45 ; Ps. 104:27] pour le résidu croyant auquel Pierre s’adressait ici. Par conséquent, il s’abstient de tout développement sur ce sujet qui remplit les prophètes, et il en reste simplement à leur propre portion chrétienne à la révélation de Christ. C’est ce dont ils avaient besoin, et ce que le Saint-Esprit lui a donné d’administrer. Comparez le [« vous » du] verset 4 qui précède. Ce qu’il en sera bientôt pour Israël et les nations sur la terre, les prophètes le déclarent pleinement d’Ésaïe à Malachie, on pourrait même dire depuis Moïse.


2.11 - [Ch. 1:14-16 — ]

« Un si grand salut » [Héb. 2:3] réclame une décision ferme et une sobriété sérieuse [1:13], illuminées par une espérance parfaite qui ne fait pas honte. Or l’apôtre insiste ensuite sur une qualité [la sainteté] de la vie nouvelle que nous avons en Christ qui est à la fois indispensable pour le saint et due à Dieu.

« Comme des enfants d’obéissance, ne vous conformez pas à vos convoitises d’autrefois pendant votre ignorance, mais comme Celui qui vous a appelés est saint, vous aussi soyez saints dans toute votre conduite, parce qu’il est écrit : Soyez saints, car moi je suis saint » (1:14-16).


2.11.1 - [1:14a — enfants d’obéissance]

Le chrétien est caractérisé comme étant un enfant d’obéissance. C’est beaucoup plus énergique que « enfants obéissants » de la version autorisée anglaise KJV, tandis qu’elle qualifie à juste titre des gens dans leur état irrégénéré d’enfants (ou plutôt de fils) de désobéissance (Éph. 2:2 ; Col. 3:6). La tendance habituelle de la nature déchue est de désobéir à Dieu. Or au contraire, une fois sanctifiés par l’Esprit, on est sanctifié pour l’obéissance, une obéissance d’enfant, comme on la voit en perfection dans notre Seigneur Jésus. Comme Il est à la fois notre modèle et notre vie, c’est pour Son obéissance que nous sommes mis à part, non moins que pour l’aspersion de Son sang [11:2]. Vivifiés par la foi de Christ, nous ne sommes pas laissés à nous-mêmes comme les Gentils, ni placés sous la loi comme les Juifs ; mais nous sommes assujettis à Christ, et à Sa parole comme la loi parfaite de la liberté, comme Sa viande qui était de faire la volonté du Père qui L’avait envoyé.

Il était d’autant plus important de le dire ici, que l’apôtre s’adressait à ceux de la circoncision qui avaient cru. Il y a toujours le danger de réaction. Ils auraient pu glisser dans l’illusion que toute direction avait disparu parce que la loi elle-même avait disparu — dans une simple négation des directions pour ceux qui étaient délivrés de l’esclavage de la loi. Mais Christ libère de la loi seulement pour conduire à une obéissance constante beaucoup plus profonde et plus complète. Ainsi en Rom. 8, l’apôtre enseignait aux saints de Rome, Juifs ou Gentils, que si la loi de l’Esprit de vie en Jésus Christ (cet Esprit est notre loi) affranchit de la loi du péché et de la mort (loi contre laquelle Israël aussi bien que l’homme se débattaient en vain), c’est par la rédemption que la juste exigence de la loi (τὸ δικαιωμα) peut être accomplie en nous qui ne marchons pas selon la chair, mais selon l’Esprit. Et cette marche est uniquement celle de l’obéissance. Nous ne sommes pas à nous-mêmes, mais nous avons été achetés à prix, et quel prix ! « Glorifiez donc Dieu dans votre corps » [1 Cor. 6:20]. Nous sommes les affranchis du Seigneur, alors que nous avions été esclaves ; nous sommes esclaves de Christ, même si nous avions été les plus libres des hommes libres. Le chrétien renie son maître et sa position, s’il revendique d’être indépendant de Son autorité et de Sa parole. Plus le chrétien connaît ses privilèges, plus il a l’obligation d’obéir. Juif ou Gentil, il était autrefois fils de la désobéissance ; il est maintenant enfant d’obéissance ; qu’il soit conséquent avec cela. « Si donc le Fils vous affranchit, vous serez réellement libres » [Jean 8:36]. L’apôtre Jean ne fait que confirmer et compléter Paul et Pierre.


2.11.2 - [1:14b — abandonner les convoitises du temps de l’ignorance]

Voilà donc le grand principe directeur ; et il faut qu’il en soit ainsi, sinon les enfants de Dieu seraient dans une indépendance contre nature à l’égard de Dieu Lui-même ; ils deviendraient comme des maitres, renversant le plus haut de tous les droits. Or il est important de se méfier des habitudes anciennes dont on n’a pas suffisamment pesé le rôle quand il y a eu la nouvelle relation chrétienne ; car les habitudes sont susceptibles de reprendre de la vigueur et avoir une mauvaise influence quand la vérité a perdu dans l’âme la fraîcheur que l’Esprit maintient lorsqu’Il n’est pas attristé. C’est pourquoi il est ajouté ici : « ne vous conformez pas à vos convoitises d’autrefois pendant votre ignorance ». Quand on ne voyait pas la Vraie Lumière, l’ignorance du cœur vis-à-vis de Dieu était extrême. Il ne s’agit pas ici d’une comparaison entre Juifs et païens, mais de l’état réel dévoilé devant Lui, lorsqu’on ne connaissait pas plus l’amour divin que la lumière. Quelle croissance nauséabonde des convoitises dans cette ignorance ! Ils avaient maintenant d’autant plus à veiller à ne pas se conformer à ce qui déshonore Christ, du fait qu’ils étaient eux-mêmes engendrés [régénérés] de Son Dieu et Père pour une espérance vivante [1:3]. Si la puissance de Dieu seule garde, c’est par la foi, ce qui implique un cœur simple et soumis à Sa parole. Ceux qui traversent encore le désert ont besoin d’être sur leurs gardes, dans la vigilance et le jugement de soi-même.


2.11.3 - [1:15 — soyez saints comme votre Père est saint]

Une autre considération suit qui fait lever les yeux encore plus haut. « Mais comme Celui qui vous a appelés est saint, soyez saints dans toute votre conduite ». Celui qui les avait appelés des ténèbres à Sa merveilleuse lumière (2:9) est saint. Celui qui les avait appelés par Sa grâce à Sa gloire éternelle dans le Christ Jésus (5:10) est saint. Il est exactement le Même à chaque étape du dangereux voyage qu’ils parcouraient. Ils étaient même, maintenant, dans une relation très proche avec Lui en tant qu’objets de Son amour, — relation dont le peuple d’autrefois n’avait qu’une ombre. La relation qu’avait ce peuple autrefois était nationale, charnelle et temporelle, bien que la foi individuelle ait percé jusqu’à Celui qui vient et jusqu’aux choses meilleures et durables. Maintenant la relation était nettement de caractère personnel et éternel. Pour le peuple, le pays et le monde, Jésus était le Christ rejeté ; on entrevoyait des gloires plus élevées et plus vastes, une grâce plus complète et plus intime. « Il appelle ses propres brebis par leur nom, et les mène dehors. Quand Il a mis dehors toutes Ses propres brebis, Il va devant elles ; et les brebis Le suivent ; car elles connaissent Sa voix » [Jean 10:3-4]. Les plus haut-placés quant à leur position terrestre pouvait revendiquer ou appeler ailleurs ; mais ils n’étaient que des étrangers pour ceux qui avaient entendu la voix de Christ rejeté. « Et elles ne suivent pas un étranger ; car elles ne connaissent pas la voix des étrangers » [Jean 10:5]. Est-ce étonnant ? Lui est la porte qui ouvre à toutes les bénédictions. « Si quelqu’un entre par Moi, il sera sauvé ; il entrera, et il sortira et il trouvera de la pâture » [Jean 10:9]. Qui d’autre que Lui pouvait dire en vérité : « Je suis venu afin qu’elles aient la vie, et qu’elles l’aient en abondance » ? [Jean 10:10]. C’est ce qui a lieu maintenant dans la puissance de Sa résurrection (1:3). Si Celui qui les a appelés est saint, combien il est essentiel qu’ils chérissent le même caractère de séparation du mal, et une séparation pour être vers Lui, sans restriction ni limite ? « Soyez saints dans toute votre conduite ».


2.11.4 - [1:16 — il est écrit : soyez saints… ]

Était-ce une exigence inouïe de la part de Dieu ? Loin de là. Même quand, comme Éternel, Il gouvernait un peuple selon la chair, il ne pouvait en être autrement : « Parce qu’il est écrit : Soyez saints, car Moi je suis saint ». L’apôtre cite Lév. 11:44 ; voir aussi Lév. 19:2 ; 20:7, 26. Sans doute, selon Héb. 9:10, le système Lévitique ne consistait qu’en viandes, breuvages et ablutions diverses, des ordonnances charnelles imposées jusqu’au temps du redressement. Christ a apporté en Sa personne la grâce et la vérité, et en conséquence la rédemption nous rend capables de marcher selon l’Esprit. Ce sont maintenant les enfants, non pas les enfants des pères, mais les enfants de Dieu le Père, et leur position n’est pas dans la chair, mais en Christ. La sainteté s’élève selon la position et la relation.

Si le principe en soi est ainsi invariable, le caractère de la sainteté est en rapport avec et en proportion de la bénédiction qui a été conférée. Du fait qu’il n’y a pas de limites à la grâce et à la vérité reçues quand on reçoit Christ, la sainteté doit donc être en rapport avec le Saint révélé dans le Fils de Dieu. Dieu est lumière, et en Lui il n’y a pas de ténèbres [1 Jean 1:5]. Christ est la lumière, non seulement des Juifs, mais du monde entier [Jean 8]. C’est pourquoi celui qui Le suit ne marchera pas dans les ténèbres, mais il aura la lumière de la vie [Jean 8:12]. L’homme naturel, quelle que soit son intelligence, ne s’élève jamais à ce niveau ; s’il professe le christianisme, ce qui est souvent le cas, c’est sans réalité. « Si nous disons que nous avons communion avec Lui et que nous marchons dans les ténèbres, nous mentons et ne pratiquons pas la vérité » [1 Jean 1:6]. Le croyant seul a la réalité en Christ, d’où le contraste : « mais si nous marchons dans la lumière comme Lui est dans la lumière (et tout vrai chrétien y marche), nous avons communion les uns avec les autres, et le sang de Jésus-Christ son Fils nous purifie de tout péché » [1 Jean 1:7].

Nous savons tous combien on argumente souvent que cette marche dans la lumière est une condition. Bien sûr, c’est le cas quand il est dit : « Si nous marchons », etc. Mais ce que la plupart de ceux qui parlent ainsi, méconnaissent, c’est que c’est la condition pour être un chrétien, non pas un chrétien de nom seulement, mais un chrétien en action et en vérité. L’apôtre Jean ne veut nullement parler de vrais saints par rapport à d’autres. C’est la condition de ceux qui sont amenés à Dieu. C’est le privilège incontestable de tous les fidèles qui suivent Christ, à moins qu’on ne prétende qu’aucune âme fidèle ne Le suit. Il n’est pas question de marcher selon la lumière, ce qui admet des degrés divers, mais de marcher dans la lumière, ce qui appartient pareillement à tous ceux qui étaient autrefois ténèbres, mais qui maintenant sont lumière dans le Seigneur [Éph. 5:8]. Ils sont donc exhortés à marcher comme des enfants de la lumière. Mais Jean exprime la condition nécessaire impliquée : si nous marchons dans la lumière comme Dieu est dans la lumière (ce qui est vrai de tous ceux qui suivent vraiment le Seigneur Jésus), alors nous avons ces autres privilèges. Car tous ces privilèges vont maintenant ensemble, comme un don de la grâce divine : nous avons communion les uns avec les autres ; et le sang de Jésus nous purifie de tout péché. Ils sont la jouissance constante de tous ceux qui marchent dans la lumière, comme le font tous ceux qui sont à Christ.

De même, dans cette épître de Pierre, l’exhortation à la sainteté s’adresse à tous. Si en principe tous sont pareillement sanctifiés de l’Esprit selon le v. 2, au v. 15 il est enjoint à tous d’être saint, parce que le Dieu qui les a appelés est saint. Ici, c’est la sainteté en pratique, sans laquelle personne ne verra le Seigneur (comme Héb. 12:14 l’assure solennellement). Si vous vivez selon la chair, vous mourrez (Rom. 8:13). Ne savez-vous pas que les injustes n’hériteront pas du royaume de Dieu (1 Cor. 6:9) ? Celui qui sème pour sa propre chair, moissonnera de la chair la corruption (Gal. 6:8). Nous n’avons sûrement pas besoin de citer davantage ces avertissements solennels.

Il est bon de se garder d’un mauvais usage de ce texte et d’autres, comme si la parole de Dieu appuyait l’enseignement erroné de la perfection dans la chair, qu’on appelle aussi la sanctification sans péché, enseignée par Thomas A Kempis et d’autres Romanistes, par Jér. Taylor et W. Law, par John Wesley et ses adeptes, ou par l’école américaine de la soi-disant sainteté supérieure, avec ses variantes en Grande-Bretagne depuis qu’elle a été discréditée. Rien ne peut être plus clair que ce passage de l’Écriture qui exhorte le peuple de Dieu, ou Ses enfants comme nous disons maintenant, à être saints parce que Lui est saint. C’est un appel adressé à tous. La fausse déduction est qu’il existe un état atteint par une foi spéciale chez certains. Cela a conduit John Wesley, si ma mémoire est bonne, à citer à tort : « saint comme Dieu est saint ». Ce qui est écrit est la raison que Dieu prescrit : Il requiert une cohérence pratique avec Lui chez ceux qui sont Siens. Rien ne peut être plus sûr, rempli de convenance, et nécessaire. Mais quant à être saints comme Lui est saint, c’est en tout cas une méprise, et c’est coupable des pensées les plus présomptueuses, si ce n’est d’erreur blasphématoire.

Peut-être que ce qui courait dans la tête du brave homme était l’injonction de notre Seigneur en Matt. 5:48 : « Soyez donc parfaits comme votre Père céleste est parfait ». Mais ce texte n’a aucun lien réel avec le but pour lequel cela est produit. Car notre Seigneur insiste simplement sur la grâce envers les hommes méchants que Ses disciples doivent cultiver selon le modèle de leur Père céleste qui fait luire Son soleil sur les bons comme sur les méchants, et qui envoie la pluie sur les justes et sur les injustes. Qu’est-ce que cela a à voir avec la question du vieil homme chez les croyants ? Il y a une puissance dans l’Esprit qui nous est donné contre tous les maux ; mais cette affirmation est très distincte du fait d’admettre que le péché est éteint et a disparu de certains saints sur la terre. On devrait ne jamais le laisser agir.


2.12 - [Ch. 1:17 — ]

Mais il est insisté sur d’autres considérations de caractère spécifiquement chrétien, qui ajoutent un poids et une puissance immenses à la nouvelle responsabilité et à la consolation et à la joie de ceux qui appartiennent à Christ.

« Et si vous invoquez comme Père celui qui, sans acception de personnes, juge selon l’œuvre de chacun, conduisez-vous avec crainte pendant le temps de votre séjour ici-bas » (1:17).


2.12.1 - [Si vous invoquez comme Père]

Comme l’Éternel était le nom divin en relation avec Israël, le Père l’est pour le chrétien ; et Il est Père, non pas dans le sens vulgaire de celui dont on tire le souffle, comme la paternité d’Adam vis-à-vis de sa race (Luc 3:38, Actes 17:29), mais dans le sens d’une proximité spirituelle spéciale dans laquelle Christ ressuscité a amené le croyant. « Va vers mes frères, et dis-leur : Je monte vers mon Père et votre Père, et vers mon Dieu et votre Dieu » [Jean 20]. Il avait préparé les disciples pour cela tout au long de Son ministère. Rejeté par les Juifs, Il se détourna de Sa parenté selon la chair, et dit : « Voici ma mère et mes frères, car quiconque fera la volonté de mon Père qui est dans les cieux, celui-là est mon frère, et ma sœur et ma mère » (Matt. 12:49, 50). Mais maintenant que la rédemption a été accomplie et acceptée comme un fait nouveau établi, maintenant que la purification des péchés est faite et que la vie est donnée en abondance par Sa résurrection, Il peut annoncer de manière précise que Ses frères entrent dans les mêmes relations qu’Il a eues comme ressuscité des morts et prenant Sa place en haut. C’est ce qu’Il avait anticipé en ouvrant Son cœur au Père seulement quelques jours avant, eux l’entendant : « Je leur ai fait connaître ton nom, et je le leur ferai connaître afin que l’amour dont tu m’as aimé soit en eux, et moi en eux » [Jean 17:26]. Ceci est le christianisme, non pas dans l’expiation (aussi vraie et nécessaire qu’elle soit à cause de nos péchés et de notre ruine), mais dans son excellence positive et dans notre place spéciale et appropriée selon les conseils et l’amour de Dieu.

Aux pères qui habitaient dans des tentes avec rien d’autre que Ses promesses, Il s’était révélé comme le Dieu Tout-Puissant, El-Shaddaï, leur Protecteur sûr et suffisant au milieu de peuples qu’ils devaient déposséder en temps voulu. Quand vint le temps de faire sortir Israël de la fournaise de fer, de l’Égypte, Il donna le nom d’Éternel comme leur Gouverneur immuable, Lui étant leur Dieu et eux étant Son peuple. « Car quelle est la grande nation (demandait Moïse) qui ait Dieu près d’elle, comme l’Éternel, notre Dieu, [est près de nous], dans tout ce pour quoi nous l’invoquons ? » — « Dieu a-t-il essayé de venir prendre pour lui une nation du milieu d’une nation, par des épreuves, par des signes, et par des prodiges, et par la guerre, et à main forte, et à bras étendu, et par de grandes terreurs, selon tout ce que l’Éternel, votre Dieu, a fait pour vous en Égypte, sous tes yeux ? Cela t’a été montré, afin que tu connusses que l’Éternel est Dieu, et qu’il n’y en a point d’autre que lui. Des cieux, il t’a fait entendre sa voix pour t’instruire, et, sur la terre, il t’a fait voir son grand feu, et tu as entendu ses paroles du milieu du feu. Et parce qu’il a aimé tes pères, et qu’il a choisi leur semence après eux, il t’a fait sortir d’Égypte par sa face, par sa grande puissance, pour déposséder devant toi des nations plus grandes et plus fortes que toi, pour t’introduire dans leur pays, afin de te le donner en héritage, comme [il paraît] aujourd’hui. Sache donc aujourd’hui, et médite en ton cœur, que l’Éternel est Dieu dans les cieux en haut, et sur la terre en bas : il n’y en a point d’autre » (Deut. 4:7, 34-39).

C’était en effet la meilleure portion qu’une nation puisse avoir ici-bas jusqu’à ce que le Messie règne sur eux, et que la nouvelle alliance soit faite avec les maisons d’Israël et de Juda. Mais auparavant, le Messie est venu pour un but plus profond, plus saint et plus merveilleux — souffrir pour le péché, et pour les péchés de tous ceux qui croient, à la gloire de Dieu. La croix de Christ, où Il a souffert de la part de Dieu aussi bien que de la part de l’homme, a donné lieu à une œuvre divine dépassant tout ce qui a jamais été fait ou pourra être fait de nouveau. C’est de cette manière si étrange aux yeux des hommes, que non seulement le Fils de l’homme a été glorifié, mais que Dieu a été glorifié en Celui que l’homme méprisait et que la nation abhorrait [És. 49:7]. C’est pourquoi Dieu L’a glorifié en Lui-même, et L’a glorifié immédiatement [Jean 13:31-32], au lieu qu’Il soit glorifié dans Son royaume en manifestation de puissance, selon ce qu’Il attend en temps voulu. Mais dans et par Ses souffrances sur la croix, l’expiation a été faite ; et ressuscité d’entre les morts, Il a pu révéler et a révélé dans toute Sa plénitude le nom de Son Père et notre Père, de Son Dieu et notre Dieu, — de sorte que nous pouvons L’invoquer Lui-même comme tel, dans une proximité bénie que jusqu’alors les fidèles ne s’étaient jamais appropriée, une proximité qui n’avait même jamais été possible auparavant sinon pour notre Seigneur Lui-même.

Cependant il est extrêmement important de reconnaître que l’amour divin n’affaiblit jamais notre sens de la lumière divine, mais qu’il le fortifie réellement et puissamment. Cela effraie l’humanité déchue. L’état de péché conscient nous fait fuir Dieu, jusqu’à ce que nous sachions que nous avons été purifiés une fois pour toutes par un sacrifice. Combien tout est changé quand, non seulement nous nous repentons et croyons, mais nous nous reposons sur le sacrifice unique de Christ, par lequel Il a rendu parfait à perpétuité (εἰς τὸ διηνεκὲς) ceux qui sont sanctifiés ! Alors nous, en tant qu’enfants de lumière, nous marchons dans la lumière, et nous éprouvons que c’est aussi salutaire que merveilleux. Nous sommes donc reconnaissants pour la manière dont notre Dieu et Père est avec nous dans un monde de danger, de ténèbres, de tromperie, de propre volonté et de rébellion contre Sa volonté et Sa parole. Car Il « juge sans acception de personnes selon l’œuvre de chacun ».

C’est ainsi que le Seigneur Lui-même a enseigné en Jean 15, en parlant de Lui-même comme le vrai cep de vigne, et de Ses disciples comme les sarments. « Mon Père est le vigneron ; et tout sarment en Moi qui ne porte pas de fruit, Il l’ôte ; et tout sarment qui porte du fruit, Il le nettoie, afin qu’il porte plus de fruit » [Jean 15:1-2]. Ceux qui restaient autour de Lui étaient déjà nets, à cause de la parole qu’Il leur avait dite [Jean 15:3] ; beaucoup s’étaient retirés et ne marchaient plus avec Lui [Jean 6:66] ; ils trébuchaient sur la Parole, étant désobéissants [1 Pierre 2:8]. Car Jésus savait dès le commencement qui étaient ceux qui ne croyaient pas, et qui devait Le trahir. Le cep de vigne représente la relation extérieure, et les branches représentent ceux qui portent Son nom en vérité ou non. Ce n’est pas une question de vie éternelle ni d’union avec Lui glorifié. Il s’agit d’une position bénie sur terre où l’on s’attache à Lui et on porte du fruit, et tout vrai saint en fait l’expérience ; mais il se peut que ce soit seulement intellectuel ou extérieur, et on est alors incapable de supporter la parole et de vaincre le monde, et d’une manière ou d’une autre cela mène à la ruine. Le croyant, lui, accueille de bon cœur les soins du Père et porte plus de fruit. Même s’Il châtie, c’est une main de Père, et une preuve de Son amour, le contraire même du rejet de l’égaré. « Dieu agit envers vous comme envers des fils, car qui est le fils que le père ne discipline pas ? Mais si vous êtes sans [la] discipline à laquelle tous participent, alors vous êtes des bâtards et non pas des fils » [Héb. 12:7-8]. Le Père des esprits ne peut faire aucune erreur, comme peuvent en avoir fait nos parents que nous respectons ; Il ne manque pas de nous châtier pour notre profit, afin que nous participions à Sa sainteté (Héb. 12:7-10). Homme ou femme, jeune ou vieux, pauvre ou riche, Il juge selon l’œuvre de chacun. Il n’y a pas de partialité chez Lui ; il y a un amour de Père dans la lumière.


2.12.2 - [Celui… qui juge — jugement du Père / jugement du Fils de l’homme]

La forme verbale de l’expression « Celui… qui juge » [1:17] exprime ici, non le principe abstrait, mais Son action effective en rapport spécifiquement avec le temps de notre séjour ici-bas. Il est extraordinairement audacieux prétendre le contraire au vu de Jean 5:22 et de son contexte ; là notre Seigneur enseigne que le Fils vivifie en communion avec le Père, mais que tout jugement Lui a été confié parce qu’Il est Fils de l’homme. Lui seul, parmi les Personnes dans la Déité, est devenu homme et a souffert à l’extrême dans cette humiliation ; Il est donc seul à avoir l’autorité d’exécuter le jugement (au sens final et éternel) dans cette nature-là. Ceci est établi sans le moindre doute parce que le Seigneur déclare que le croyant ne vient pas en jugement, par un acte solennel dont Il parle, tandis qu’il est certain que tout croyant est soumis au jugement que le Père exerce pendant que nous sommes ici-bas. Il ne s’agit pas de cet acte futur du jugement de Dieu exercé sans aucun doute par Jésus Christ le Seigneur (Rom. 2:16 ; 14:10) ; cet acte n’est pas le fait du Père, mais du Fils de l’homme. Mais c’est le Père qui juge maintenant selon l’œuvre de chaque saint dans le temps de son séjour ici-bas.


2.12.3 - [Conduisez-vous avec crainte]

Le fait que ce passage de l’Écriture ne va pas plus loin que l’examen actuel par le Père est évident d’après l’exhortation qui suit : « Conduisez-vous avec crainte pendant le temps de votre séjour ici-bas ». À l’apparition de Christ, il ne sera plus question de séjour pour ceux auxquels Pierre s’adressait ni pour d’autres comme eux. Tout temps de séjour sera terminé. Le pèlerinage dans le désert fera place à la demeure dans la cité qui demeure, la cité à venir. Il n’y aura plus ces afflictions qui nous sont nécessaires, mais la louange, la gloire et l’honneur, avec l’héritage incorruptible, sans souillure et inflétrissable. Mais maintenant notre responsabilité en tant que chrétiens est de nous conduire « avec crainte » vis-à-vis de notre Père et Dieu, dont la parole est vivante et opérante, plus pénétrante qu’aucune épée à deux tranchants, et atteignant jusqu’à la division de l’âme et de l’esprit, des jointures et des moelles ; elle discerne les pensées et les intentions du cœur. Et il n’y a aucune créature qui soit cachée à Ses yeux ; mais toutes choses sont nues et découvertes aux yeux de Celui à qui nous avons affaire [Héb. 4:14-16].

Il peut être utile, même si ce n’est guère nécessaire, de dire que la crainte prescrite au croyant durant le temps de sa course terrestre, n’est pas du tout en contradiction avec la jouissance de l’amour de notre Père, mais au contraire elle l’accompagne de manière inséparable. « Il y a pardon auprès de Toi, afin que Tu sois craint » selon Psaume 130:4. C’est pourquoi « bienheureux l’homme qui craint l’Éternel et qui prend un grand plaisir en ses commandements » (Ps. 112:1). Non seulement « la crainte de l’Éternel est le commencement de la sagesse » (Prov. 1:7), mais « bienheureux est l’homme qui craint continuellement » (Prov. 28:14). C’est en contraste avec celui qui endurcit son cœur, qui tombera dans le malheur.

La peur naturelle de l’incrédulité se méfie de Dieu et Le déteste en réalité. Jean en parle dans sa première épître (4:18), comme étant incompatible autant avec l’amour qu’avec la foi et l’espérance, bref avec la connaissance de Dieu et de Son Fils. « Il n’y a pas de crainte dans l’amour, mais l’amour parfait [le Sien, pas le nôtre] chasse la crainte, parce que la crainte porte avec elle du tourment ; et celui qui craint n’est pas consommé [rendu parfait] dans l’amour. Nous, nous L’aimons parce que Lui nous a aimés le premier » [1 Jean 4:18-19]. Un vrai esprit filial a de la crainte vis-à-vis du commandement ; quiconque méprise la Parole aura à en rendre compte. Dans la crainte de Dieu, il y a une grande confiance, car Il regarde à l’homme qui tremble à Sa parole [És. 66:2]. Aucun privilège de grâce n’est censé entraver ou affaiblir cette crainte et ce respect pieux. Nous rendrons compte de tout ce qui a été fait dans le corps devant le tribunal de Christ, et nous recevrons en conséquence. Mais pour nous qui croyons, ce n’est pas le jugement, car la grâce nous en préserve.

Avec ceux qui avaient reçu l’évangile à Corinthe, l’apôtre Paul parle d’être « dans la crainte et dans un grand tremblement » [1 Cor. 2:3], bien que dans une pleine assurance de foi et dans des travaux aussi abondants que son amour ; et dans la deuxième épître, il loue les saints d’avoir accueilli Tite avec crainte et tremblement (2 Cor. 7:15), pour la consolation et la joie de son compagnon d’œuvre. Quel contraste avec le serviteur méchant et paresseux de la parabole ! Ce dernier est décrit par le Seigneur comme ayant peur de son Maître plein de grâce, Le considérant comme « un homme dur », et c’est pourquoi il cacha son talent dans la terre, au lieu de l’utiliser fidèlement au service du Maître, pour le bien des autres et comptant sur Son amour !

Quelqu’un a écrit il y a plusieurs siècles : « Cette peur n’est pas de la lâcheté, elle ne dévalorise pas, mais elle élève les pensées ; car elle engloutit toutes les peurs de bas niveau et engendre la vraie force et le vrai courage pour faire face à tous les dangers dans l’obéissance à Dieu et avec une bonne conscience. « Les justes sont pleins d’assurance comme un jeune lion » (Prov. 28:1) : il ose faire n’importe quoi sauf offenser Dieu ; or pareille audace, c’est dans le monde la pire folie, vilénie et faiblesse. C’est de cette crainte de Dieu qu’ont jailli toutes les résolutions généreuses et les souffrances patientes des saints et des martyrs de Dieu, parce qu’ils n’osaient pas pécher contre Lui ; c’est pourquoi ils prirent le risque d’être emprisonnés, appauvris, torturés, et de mourir pour Lui. Le prophète (Ésaïe 8:12, 13) oppose ainsi la peur charnelle et la crainte pieuse, l’une excluant l’autre. Et notre Sauveur (Luc 12:4) disait : « Ne craignez pas ceux qui tuent le corps ; mais craignez Celui qui, après avoir tué, a le pouvoir de jeter dans la géhenne : oui, je vous dis, craignez-le ! » N’ayez pas peur, mais craignez ; par conséquent, craignez de ne pas craindre » (R. Leighton in loco, Jerment’s ed. I, 133, 4).

La crainte dans laquelle les saints sont exhortés à passer le temps de leur séjour ici-bas est aussi éloignée que possible du doute quant à leur âme et de la méfiance à l’égard de la grâce de Dieu ; ces deux choses vont ensemble et, en un sens, ce sont juste deux côtés de la même incrédulité qui met de côté Christ comme révélé par l’évangile. Une telle crainte est totalement exclue par les paroles qui suivent, car elles fondent la crainte qu’elles inculquent sur le fait consolant et assuré d’avoir été racheté, et racheté par ce qui est le plus précieux de tout pour Dieu, et le plus efficace de tout pour les pécheurs.


2.13 - [Ch. 1:18,19 — ]

« Sachant que vous avez été rachetés de votre vaine conduite qui vous avait été enseignée par vos pères, non par des choses corruptibles, de l’argent ou de l’or, mais par le sang précieux de Christ, comme d’un agneau sans défaut et sans tache » (1:18, 19).


2.13.1 - [1:18a — rachetés. Rédemption]

La rédemption aurait dû être bien connue des croyants juifs. Dans sa forme terrestre et temporelle, c’est la vérité centrale du livre de l’Exode : il commence par leur servitude et leur oppression amères, et il finit par Dieu demeurant au milieu d’eux dans le tabernacle, cette demeure étant fondée sur cette rédemption. Mais ils ont aussi été mis sous la loi à laquelle Israël a entrepris d’obéir. Ils lâchèrent ainsi les promesses faites aux pères, et négligèrent la grâce qui venait de leur être manifestée depuis la mer Rouge jusqu’au Sinaï. Ce fut fatal, non pas parce que la loi n’était pas bonne, mais parce qu’ils étaient faibles et impies, pécheurs et ennemis, comme un autre apôtre décrit l’état naturel de l’homme (Rom. 5). Vis-à-vis de telles personnes, même s’il est fait montre de toute longanimité et bonté, la loi ne peut que se faire voir comme un ministère de mort et de condamnation. C’est ce qui eut lieu pour la nation élue qui, dans l’aveuglement de la propre justice, offrit de se tenir sous des conditions légales.

Or c’est par grâce qu’on est ou peut être sauvé, et donc c’est par la foi. Cela a été attesté à leurs pères, aussi clairement que des ombres pouvaient le révéler, dans le type combinant la Pâque de l’Éternel et le passage de la Mer Rouge par Israël. Le sang de l’agneau répandu sur les montants et le linteau de la porte de chaque maison exprimait en figure le sacrifice du Christ (1 Cor. 5). Cela seul pouvait parfaitement satisfaire Son jugement moral, et cela mettait à l’abri le peuple qui était justement exposé à ce jugement, et de plus cela leur donnait de quoi célébrer la fête avec le corps de l’agneau. Ils devaient manger avec des herbes amères ; car la repentance envers Dieu devait accompagner la foi que Lui verrait le sang cette nuit-là et passerait par-dessus tout ce qui était à l’intérieur des portes marquées par le sang ; ils devaient aussi avoir les reins ceints, les sandales à leurs pieds, et le bâton à la main, comme des pèlerins tournant désormais le dos à l’Égypte pour aller en Canaan, et traversant entre-temps le désert. Or il y avait une grande circonstance supplémentaire : le passage de la mer Rouge, lequel, en figure, relie la résurrection à la mort du Seigneur Jésus pour nous. Ici, c’était la puissance divine s’exerçant avec justice en faveur de Son peuple ; c’était impossible sans le sang d’une victime, mais maintenant cette puissance annulait celle de l’ennemi et donnait au peuple le droit de chanter à l’Éternel comme étant délivré ; et l’Éternel n’était plus comme un juge fermé dehors, mais un juge les conduisant et combattant pour eux victorieusement. Christ n’a pas seulement été un propitiatoire par la foi en Son sang [Rom. 3:25], mais Il a été livré pour nos fautes et ressuscité pour notre justification [Rom. 4:25]. C’est Dieu pour nous (Rom 8), mais par Christ, qui s’est donné Lui-même pour nos péchés afin de nous retirer du présent siècle mauvais [Gal. 1:4]. Nous sommes ainsi amenés à Dieu, pas encore au ciel bien que nous soyons rendus capables d’y être selon ce que Col. 1:12 déclare nettement et catégoriquement.

C’est de cette rédemption que Pierre parle lorsqu’il dit aux saints qu’ils avaient été « rachetés », et qu’ils le savaient consciemment (εἰδότες = sachant [que vous avez été]). Ce n’était plus un fait simplement objectif : cela, ils avaient eu à le saisir par la foi, au commencement ; maintenant cela faisait partie de ce qu’ils réalisaient intérieurement par le Saint-Esprit. Et l’épître aux Hébreux (9:12) le caractérise comme « une rédemption éternelle », en contraste avec la figure antérieure. Et pour obtenir cette rédemption, il fallait une Personne éternellement divine, comme Lui qui a daigné s’incarner, et il fallait Sa mort expiatoire ; et l’ayant obtenu, Il est entré une fois pour toutes dans le sanctuaire céleste où nous Le connaissons maintenant en-haut. La rédemption est donc une position établie et riche de conséquences immédiates, d’une part pour Dieu qui est glorifié par elle, et d’autre part pour le croyant ; et la garantie de son acceptation n’est pas seulement la résurrection de Christ, mais aussi Sa séance à la droite de Dieu en-haut.

Il y a une autre application future de la puissance divine qui est appelée la « rédemption » ; on trouve cela en Rom. 8 [v. 23, JND a traduit par ‘délivrance’] pour « notre corps » quand il sera ressuscité ou changé à la venue de Christ (1 Cor. 15:23) ; et il est aussi parlé de la rédemption à l’égard de la possession acquise, « notre héritage » (Éph. 1:14 ; Rom. 8:19-22). Cette puissance de Sa gloire est fondée à la fois sur Son œuvre et sur Sa Personne. Le même principe s’applique à son utilisation très fréquente dans les Psaumes et les Prophètes en rapport avec la délivrance future d’Israël pour Son royaume terrestre. Voir Ps. 103:4 ; 106:10 ; 107:2 ; És. 35:9, etc. ; 41:14, etc. ; 43:1 ; 44:22, 23 ; 48:20 ; 52:9 ; 63:9. Un autre mot l’exprime aussi, comme dans És. 1:27 ; 29:22 ; 35:10 ; 51:11 ; Jér. 15:21 ; 31:11 ; Osée 13:14 ; Michée 6:4 ; Zach. 10:8. Tous reposent cependant sur l’effusion de Son sang. Le retour de Babylone était un échantillon et gage extérieur.

La vraie rédemption n’est pas une simple libération par des moyens de la créature, comme ce qu’ont connu les enfants d’Israël quand, lors du dénombrement, chacun d’eux dut donner une rançon de son âme à l’Éternel « afin qu’il n’y ait pas de plaie parmi eux ». Il ne s’agissait pas ici de péchés ou de sacrifices, mais d’une rançon pour sa vie contre la plaie. Le principe établi pour cette rançon était le versement d’un demi-sicle sacré selon le sicle du sanctuaire. « Le riche ne donnera pas plus, et le pauvre ne donnera pas moins que le demi-sicle, lorsque vous donnerez l’offrande élevée de l’Éternel pour faire propitiation pour vos âmes » (Exode 30:12-15) (*). C’était un beau signe que chaque membre du peuple, tous pareils, appartenait à l’Éternel, leur Divin Gardien et Gouverneur. Mais en présence de Christ et de Sa rédemption déjà possédée, même l’argent qui était une ombre de la grâce, ou l’or qui représentait la justice divine, n’étaient que « des choses corruptibles », s’effaçant devant la gloire qui surpasse et qui demeure (2 Cor. 3:9-11).


(*) Pensez au zèle inintelligent de Pierre soutenant que son maître était un bon Juif qui payait cet impôt du temple, ainsi qu’à la réprimande pleine de grâce du Seigneur ordonnant à Pierre de jeter un hameçon et de prendre un poisson ayant un sicle dans sa bouche pour payer « pour Moi et pour toi » [Matt. 17:27].


2.13.2 - [1:18b — la vaine conduite enseignée par vos pères]

Il est remarquable, qu’ici les saints sont dits être rachetés, et parmi les résultats multiples et merveilleux de ce rachat, ils sont rachetés de leur vaine conduite, ou mode de vie hérité de leurs pères. Un langage aussi précis ne vise pas les Gentils idolâtres, mais ne peut que viser les Juifs depuis les Maccabées dans leur ténacité à transmettre la tradition de père en fils. Dans les temps d’autrefois avant la captivité babylonienne, les rois, les prêtres, le peuple faisaient la course après les abominations des païens. Mais ils apprirent à se détourner de ces convoitises haïssables qui recherchaient les dieux étrangers ; même Antiochus IV Épiphane ne put imposer son hellénisme profane à Jérusalem et aux Juifs que pour un espace de temps limité, et ce fut par perfidie et violence, par pillage et massacre. Notre Seigneur Lui-même a formellement reproché aux plus orthodoxes et aux plus instruits d’entre eux de neutraliser les obligations les plus solennelles de la loi sur son côté humain, et ainsi de neutraliser la parole de Dieu, à cause de la tradition des anciens. Cela les rendait « hypocrites ». « Ils m’honorent en vain » (citant Ésaïe 29:13), ce qui est une prophétie qui porte sur leur tribulation finale avant la délivrance, quand ils seront au plus bas où les aura amenés leur aveuglement dans le péché ; la tribulation disparaitra peu après, pour toujours, à la fin de l’ère.

Peut-il y avoir un commentaire plus autorisé que celui de l’apôtre sur la description de leur état avant d’être rachetés ? Leur manière de vivre, même dans son aspect religieux, n’avait ni but ni résultat. Sans doute on pourrait aussi le dire du paganisme, qui n’est que mensonge, avec des démons derrière ; mais quelle force a ce commentaire appliqué en vérité à des hommes convaincus d’être des conducteurs d’aveugles, des lumières pour ceux qui sont dans les ténèbres ! [Rom. 2:19]. C’est parmi les Juifs seulement, que des anciens pères avaient un titre privilégié de la part de Dieu. Mais c’était en rapport avec Ses promesses, non pas en rapport avec une quelconque des traditions imaginées par les fils. Car « un seul est votre Père, celui qui est dans les cieux » [Matt. 23:9], voilà la vérité dite par le Seigneur aux disciples. Les Juifs mettaient leur confiance dans des ancêtres dont l’Écriture donne un récit fiable et bien triste, non pas dans le Dieu vivant. Ils étaient coupables, parce qu’ils étaient les seuls à connaître ces oracles sûrs et sans équivoques ; les païens ne les connaissaient pas, et ils remplissaient le vide par des mythes trompeurs de poètes. La religion des Gentils, comme leur sagesse, ne descendait pas d’en-haut, mais elle était terrestre, naturelle et démoniaque [Jacq. 3:15]. Quel contraste avec ce que nous avons, qui a son centre en Christ et sa base dans Sa rédemption, ses sujets de gloire en Dieu, sa norme dans Sa Parole, et sa puissance dans l’Esprit Saint envoyé du ciel !


2.13.3 - [1:19 — le sang précieux de Christ, l’agneau sans défaut et sans tache]

Il est donc dit ici que la rédemption est « par le sang précieux de Christ, comme d’un agneau sans défaut et sans tache ». Le sang de Christ est précieux par-dessus tout. « Sans effusion de sang, il n’y a pas de rémission » ; par Son sang, notre conscience est purifiée des œuvres mortes pour que nous servions le Dieu vivant (Héb. 9 et 10). Non seulement les croyants sont rachetés par Son sang, comme ici ; mais c’est une rédemption éternelle, comme nous l’avons vu. En Christ, nous avons la rédemption par Son sang, pas encore du corps, mais la rémission des fautes (Éph. 1:7). Il n’y a pas seulement le pardon, mais la paix par le sang de Sa croix (Col 1:20) et la justification en vertu de ce sang (Rom. 5:9). En effet, Lui qui nous aime, nous a aussi lavés de nos péchés dans Son sang (Apoc. 1:6). Si maintenant nous buvons la coupe de la nouvelle alliance dans Son sang, dans le ciel le cantique nouveau est celui de l’Agneau immolé qui a acheté pour Dieu par Son sang de toute tribu et langue et peuple et nation. N’est-ce pas en effet un sang précieux ?

L’expression « comme d’un agneau sans défaut et sans tache » est une allusion claire. Ce peut-être à l’agneau pascal dont nous avons parlé. Il y avait aussi l’holocauste du matin, et surtout peut-être l’agneau du soir, offert entre les deux soirs, chaque jour, continuellement. C’était à l’entrée de la tente d’assignation, devant l’Éternel, « où Je me rencontrerai avec vous, pour y parler avec toi [le médiateur]. Et Je me rencontrerai là avec les enfants d’Israël, et [la tente] sera sanctifiée par ma gloire ». C’est ce qu’on trouve en Exode 29:38-46, le livre de la rédemption. Ce n’est que de cette manière que l’Éternel pouvait habiter au milieu d’eux. Cela nous fait mesurer l’audace d’enlever au chef de l’armée l’offrande « journalière » ou sacrifice continuel (Dan. 8 et 8:11) ; car c’est retrancher le lien visible d’acceptation entre Dieu et Son peuple sur la terre — un affront plus impie que n’importe quelle oppression politique de Son peuple.

Pour le chrétien, le sanctuaire est en haut. « Car Christ n’est pas entré dans des lieux saints faits de main, figures des vrais, mais dans le ciel même pour paraître pour nous devant la face de Dieu » (Héb. 9:24) ; et là Il est entré une fois pour toutes par Son propre sang (Héb. 9:12). « Car un tel souverain sacrificateur nous convenait, saint, innocent, sans souillure, séparé des pécheurs, et élevé plus haut que les cieux » (Héb. 7:26).


2.14 - [Ch. 1:20 — ]

L’apôtre traite ensuite d’une vérité consolante pour affermir les saints sur ce que, malgré toute la nouveauté de l’Évangile pour eux, celui-ci était établi dans les pensées de Dieu avant la chute, et avant même la création. La rédemption n’était pas un remède après coup, bien qu’impliquée bien sûr dans la phrase de l’Éternel-Dieu à l’égard du serpent au paradis, et présente comme figure dans tous les sacrifices ultérieurs.


2.14.1 - [1:20 — préconnu]

C’est pourquoi nous lisons ici au sujet de Christ « préconnu dès avant la fondation du monde, mais manifesté à la fin des temps pour vous, qui, par lui, croyez en Dieu qui l’a ressuscité d’entre les morts et lui a donné la gloire, en sorte que votre foi et votre espérance fussent en Dieu » (1:20-21).

Un tel langage n’est jamais employé en rapport avec ce que Dieu fait à l’égard d’Israël. Les promesses faites aux pères sont riches et vastes, mais elles ne remontent jamais jusque dans l’éternité comme ici. Les gens peuvent raisonner de manière abstraite sur la préconnaissance et l’omniscience ; mais le fait est clair que Dieu ne parlait pas aux pères, ni directement ni par l’intermédiaire des prophètes, au sujet de bénédictions avant la fondation du monde. Elles étaient dans le temps, même si elles étaient sur du long terme.

Ici nous apprenons ce qui transcende les promesses. Manifesté beaucoup plus tard, Christ comme l’Agneau de Dieu était préconnu avant la création. Le don de Son Fils pour souffrir et racheter était toujours dans les pensées de Dieu. Il savait ce que la créature serait si elle était mise à l’épreuve, et que personne ne pourrait tenir, sauf ceux qui seraient soutenus par la parole de Sa puissance [Héb. 1:3]. En attendant, tous les moyens pour instruire et diriger, pour encourager et retenir, pour avertir et faire craindre, ont été essayés ; et cela a été fait formellement et pleinement dans un Israël séparé des nations pour la grande expérience morale et religieuse de Dieu ; tout a été démontré vain. Dieu a montré tout du long à quel point Il connaissait la fin dès le commencement, bien qu’ils ne le crussent pas, cherchant à établir leur propre justice [Rom. 10:3] à partir de cette loi qui était censée en prouver l’impossibilité. Car par la loi est la connaissance du péché (Rom. 3:20), et le salut n’est que par la foi au Sauveur.


2.14.2 - [1:20 — manifesté à la fin des temps]

« Préconnu » ne pouvait pas suffire. Christ a été « manifesté » au temps voulu ; et le temps voulu était « à la fin des temps ». La patience de Dieu a été longue ; Ses actions en gouvernement moral ont été variées, cherchant quelque moyen qui permettrait d’avoir du fruit de l’homme qui Lui soit acceptable. Mais la chute, quoique qu’elle fût d’un homme unique, a été celle de toute la race ; et l’échantillon de la race, objet d’un soin spécial de Dieu, a démontré que l’arbre était sans valeur, produisant donc du fruit mauvais. Si on avait pu penser à quelqu’un capable de changer le résultat, c’est bien le Seigneur Jésus, le Messie d’Israël et le Fils de Dieu. Quand il fut envoyé, comme Lui-même le présente, les vignerons dirent entre eux : Celui-ci est l’héritier ; venez, tuons-le, et possédons son héritage. Et l’ayant pris, ils le jetèrent hors de la vigne et le tuèrent [Matt. 21:38-39]. Mais dans le rejet de Christ sur la croix, Dieu a fait péché pour nous Celui qui ne connaissait pas le péché, afin que nous devenions justice de Dieu en Lui [2 Cor. 5:21]. Car là seulement Dieu a été glorifié à l’égard du péché. Le Fils de l’homme a porté [subi] Son jugement sur le mal, ayant auparavant glorifié Son Père dans l’obéissance sans faille d’une vie consacrée à faire Sa volonté. C’est pourquoi, comme c’était la justice de Dieu de ressusciter Jésus d’entre les morts et de Lui donner la gloire à Sa droite, c’est aussi Sa justice de justifier quiconque croit en Jésus.

C’est pourquoi il est écrit « manifesté à la fin des temps pour vous ». L’expression a une force semblable à « à la fin de ces jours-là » en Heb. 1:2. En fait, l’évangile a été envoyé aux Juifs premièrement, puis aux Grecs. Parmi ceux qui ont cru, les Juifs de la dispersion auxquels les apôtres ont écrit, l’ont reçu comme la puissance de Dieu en salut [Rom. 1:16]. Quand la vantardise est exclue et mérite d’être réduite au silence, Dieu parle, et Il parle en amour à tous ; car tous sont des pécheurs perdus. Quand nous étions encore sans force, au temps convenable Christ est mort pour des impies [Rom. 5:6]. Ceux qui ont reconnu leur culpabilité et leur ruine devant Dieu, se rejettent sur Christ et Son sang précieux, comme d’un agneau sans défaut et sans tache. Rien d’autre ne peut satisfaire correctement ni Dieu ni l’homme. Et comme ces Juifs croyants se soumettaient à la justice de Dieu [cf. Rom. 10:3], ils avaient droit à la bénédiction de l’Évangile.


2.14.3 - [1:20 — dès avant la fondation du monde]

Une erreur souvent commise, est de confondre ce qui est dit ici avec la déclaration de Apoc. 13:8 telle qu’elle est formulée dans la version autorisée anglaise (KJV). Il ne faut pas comprendre que le texte de Apoc. 13:8 voudrait dire que l’Agneau a été immolé depuis la fondation du monde, une signification rendue seulement possible par une imagination mystique. Apoc. 17:8 confirme et fournit une preuve évidente que c’est le « nom écrit dans le livre de vie de l’Agneau immolé » qui est à relier avec « la fondation du monde », et non pas le fait que l’Agneau ait été alors immolé [il faut donc lire Apoc. 13:8 ainsi : « dont le nom n’a pas été écrit dès la fondation du monde dans le livre de vie de l’Agneau immolé »].

Mais ce n’est pas tout. « Dès » la fondation du monde n’a pas la même signification que « avant » la fondation du monde. Respectons les paroles exactes de Dieu et apprenons d’elles. Les saints [de Apoc. 13] qui seront préservés de la Bête à la fin de l’ère auront eu leur nom inscrits dès la fondation du monde dans le livre de vie de l’Agneau immolé. On peut comparer à cela le langage du Roi [Matt. 25:34] aux bénis de toutes les nations, séparés comme des brebis d’avec les chèvres, pour hériter le royaume préparé pour eux « dès la fondation du monde ». Mais la phrase utilisée en Éph. 1:4 comme en 1 Pierre 1:20 est nettement différente. Comme Christ a été préconnu et aimé par le Père (Jean 17:24) « avant la fondation du monde », ainsi, nous qui croyons maintenant, Dieu nous a choisi en Christ « avant » la fondation du monde, pour que nous soyons saints et irréprochables devant Lui en amour. Il est facile pour un chrétien de comprendre que Christ a été préconnu avant que le temps commence ; mais combien est merveilleuse la grâce par laquelle Dieu nous a choisis pour être dans une telle association et pour un tel but ! Christ était connu avant la création, et Il avait une gloire au-dessus d’elle en droit personnel ; nous, par grâce, sommes les objets d’un conseil divin que Son œuvre accommode pour que nous puissions jouir de tout là où Il est et avec Lui.


2.15 - [Ch. 1:21 — ]

2.15.1 - [1:21 — pour vous qui par Lui croyez en Dieu]

L’apôtre définit ensuite avec soin qui sont ceux qui sont ainsi bénis, et ce n’est pas restreint au résidu croyant des Juifs : « pour vous qui par Lui croyez en Dieu ». Le témoignage de l’évangile est sans limites. « Faites disciple toutes les nations », a dit le Seigneur (Matt 28:15) ; « prêchez l’évangile à toute la création » (Marc 16:15) ; « que la repentance et la rémission des péchés soient prêchées en son nom à toutes les nations » (Luc 24:47). Le Seigneur n’est pas moins explicite dans l’évangile de Jean : « Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse pas, mais qu’il ait la vie éternelle » ; ce résultat n’est pas moins illimité que dans les autres évangiles, mais le Seigneur restreint la vie et le salut à ceux qui croient le témoignage de Dieu.

Il y a des hommes qui parlent de s’élever « à travers la nature jusqu’au Dieu de la nature ». Même si cela était vrai pour certains, comment cela pourrait-il servir à une âme déchue dont les péchés ont moralement contraint le Créateur à devenir un Juge ? Que pourrait faire Sa providence, si réelle, pleine de grâce et puissante, pour purifier le pécheur de sa culpabilité et pour lui donner la réconciliation avec Dieu et l’assurance de Son amour ? La loi, juste, sainte et bonne, ne pourrait qu’aggraver sa misère si sa conscience sentait justement son mauvais état, et le déplaisir juste et nécessaire de Dieu envers une créature, originellement droite, mais maintenant si aliénée, volontaire et rebelle. Non, c’est le Seigneur Jésus seul qui pouvait régler et a réglé cette difficulté autrement insurmontable. C’était à Lui de concilier ce qui, sans Lui, était inconciliable sur tous les plans de la vérité ; mais Lui ne le pouvait que par Sa mort en sacrifice pour nos péchés. À Sa croix, l’amour divin et la lumière, la grâce et la justice, la majesté et la miséricorde, se sont unis pour bénir ceux qui se repentent et qui croient l’évangile. Ainsi seulement la bonté et la vérité se sont rencontrées, la justice et la paix se sont embrassées [Ps. 85:10]. Par conséquent c’est « par Lui que nous croyons en Dieu » [1:21] comme le Dieu Sauveur qui a livré Son Fils bien-aimé pour nos fautes et L’a ressuscité pour notre justification [Rom. 4:25]. Il n’est pas dit ici « pour nous qui étions autrefois de simples pécheurs, et avons été attirés à Christ par le Père » ; mais maintenant, par Christ, nous croyons en Dieu de la manière profonde, intime et durable qui nous est révélée en tant que saints.

Personne n’a jamais vu Dieu : le Fils unique qui est dans le sein du Père, Lui L’a fait connaître. C’est par Christ que nous croyons en Dieu, comme Lumière et Amour, comme le Sauveur et la source de toute grâce, Lui qui a envoyé Christ et nous a attirés à Lui, qui a fait de nous Ses enfants, des fils de Dieu par la foi en Jésus-Christ. Mais nous ne devons pas oublier qu’en recevant le témoignage de Dieu, l’âme croit en Christ. « En vérité, en vérité, je vous dis que celui qui entend ma parole et qui croit celui qui m’a envoyé, a la vie éternelle » (Jean 5:24). Christ étant reçu, Il fait connaître Dieu plus pleinement à la foi, comme Il pouvait dire une fois ressuscité : Je monte vers Mon Père et votre Père, et Mon Dieu et votre Dieu (Jean 20:17).


2.15.2 - [1:21 — Dieu qui l’a ressuscité des morts, afin que votre foi et votre espérance soient en Dieu]

Ici, il est parlé de ceux qui « croient en Dieu qui l’a ressuscité d’entre les morts […], en sorte que votre foi et votre espérance fussent en Dieu ». La résurrection de Christ d’entre les morts et la gloire qui Lui a été donnée en-haut sont la preuve nette et puissante donnée par Dieu qu’Il est absolument pour le croyant pour toujours. Si quelque chose pouvait en faire douter, c’était nos péchés. Mais ils ont été mis sur Christ, ou plutôt Lui a fait tomber sur Christ (Ésaïe 53:6) l’iniquité de nous tous. Christ a porté nos péchés en Son corps sur le bois [2:24]. Où sont-ils maintenant ? Quand Il a fait la purification des péchés, Il s’est assis à la droite de la Majesté en haut [Héb. 1:3]. Dieu n’a pas laissé un seul péché sur le croyant ; Christ n’en a pas emporté un seul au ciel ; car ce qu’Il a ainsi fait était la volonté de Dieu, de sorte que notre foi et notre espérance sont en Dieu. L’enseignement est donc le même que celui de Rom. 4:24, 25. Nous ne pouvons pas plus douter de Dieu pour l’avenir que pour le passé, comme le déclare triomphalement l’apôtre en Rom. 8. Si Dieu est pour nous (et cela, Il l’a prouvé irréfutablement au maximum), qui sera contre nous ?


2.16 - [Ch. 1:22 — ]

L’apôtre avait fait appel à leur connaissance consciente de la rédemption par ce qui est le plus précieux de tout pour Dieu : le sang de Christ comme d’un agneau sans défaut et sans tache. Alors que cela était éternellement devant Dieu, et que, pourtant, l’accomplissement en a été tardif, le fait que Dieu ait ressuscité Christ d’entre les morts avait agi sur eux de façon que leur foi et leur espérance étaient en Dieu. De Lui, ils attendaient tout bien, et rien que du bien, désormais et pour toujours. Il a maintenant d’autres considérations supplémentaires du plus grand poids pour exhorter les saints à l’amour mutuel ; car cette attente n’est que secondaire par rapport à la réception de Christ et de la vérité, sans lesquelles il n’y a pas d’amour selon la nature de Dieu.

« Ayant purifié vos âmes par l’obéissance à la vérité, pour [que vous ayez] une affection fraternelle sans hypocrisie, aimez-vous l’un l’autre ardemment, d’un cœur pur » (1:22)


2.16.1 - [1:22 — purification de l’âme. L’âme par rapport à l’esprit]

Les saints sont ainsi enseignés avec autorité sur ce qu’est la véritable source de leur purification. Elle vient de Dieu et elle est vis-à-vis de Dieu, tout aussi certainement. Ce n’est pas un rituel sans effet sur la conscience, mais elle est personnelle au sens le plus complet du terme ; il ne s’agit pas seulement d’une purification des habitudes, ou même des pensées et des affections. Ils avaient purifié « leur âme », c’est-à-dire leur moi intérieur dans toute son étendue. Car l’âme d’un homme est essentiellement le siège de son individualité consciente, de sa volonté, de sa responsabilité vis-à-vis de Dieu. Sa capacité intérieure est dans son « esprit », pour lequel ou à l’égard duquel il est autant responsable que des choses faites avec son corps (celui-ci étant l’instrument externe) ; mais sa responsabilité réside dans l’âme. L’âme et l’esprit sont cependant si étroitement unis, qu’un seul des deux est généralement nommé, comme ici. Toutefois, celui qui est nommé seul dans l’Écriture, bien que l’autre ne soit pas exclu, est toujours nommé à juste titre, correctement et avec la propre force du mot. D’un autre côté, les hommes et en particulier les philosophes, reculant devant leur responsabilité vis-à-vis de Dieu, tendent constamment à considérer le « je » ou « moi » comme situé dans « l’esprit », dont ils sont fiers, plutôt que dans « l’âme », laquelle éveille des pensées qui ne sont pas à leur goût. À quelles profondeurs de péché et de honte la volonté de l’homme ne l’a-t-elle pas conduit ?

Or ceux à qui l’épître est adressée n’avaient pas plus d’hésitation à reconnaître la vérité quant à eux-mêmes, que l’apôtre n’en avait à les créditer de la grâce en question. Ce n’est pas un souhait ou une prière d’être purifiés, mais c’est plutôt un fait admis comme établi, aussi sûrement qu’ils étaient fidèles. Ceci est dit sans légèreté, et n’implique pas le moindre laisser-faire ; sauf qu’ils traversaient encore le désert de ce monde, exposés à un ennemi qui ne dort jamais. C’est pourquoi ils étaient dépendants de leur Dieu et Père qu’ils n’avaient pas vu, mais qui est d’une fidélité sans faille envers de pareils croyants. L’appel à s’aimer l’un l’autre [d’un cœur pur] est manifestement fondé sur l’assurance qu’ils avaient déjà purifié leur âme, ce qui implique la responsabilité d’être continuellement conséquent avec cet état de pureté, et de jugement de soi en cas de manquement. C’est la position chrétienne normale, qui peut varier dans la forme de son expression ; mais on la rencontre au fond dans toutes les épîtres apostoliques.

C’est pourquoi notre apôtre affirma la même grâce à l’égard des Gentils croyants, lorsqu’il plaida la cause de leur liberté à l’encontre des frères pharisaïques qui cherchaient à les mettre sous la loi : « Et Dieu qui connait les cœurs, leur a rendu témoignage, leur ayant donné le Saint-Esprit comme à nous-mêmes, et Il n’a fait aucune différence entre nous et eux, ayant purifié leurs cœurs par la foi » [Actes 15:8, 9]. Dans ce passage des Actes, la « foi » est déclarée être le moyen subjectif de purification, et notre passage de 1 Pierre va encore plus loin en disant que la purification était objectivement mise devant eux par les Juifs obéissant à la vérité. « L’obéissance à la vérité » n’était qu’une autre manière plus complète d’exprimer leur foi. Pour avoir un caractère solide et divin, il faut la soumission à la vérité.


2.16.2 - [1:22 — pour… une affection fraternelle sans hypocrisie]

De plus, il est ensuite montré que la purification de leurs âmes était « pour une affection fraternelle sans hypocrisie ». Avant que nos âmes soient purifiées, il y a tout pour entraver une telle affection, et même pour la rendre impossible. Le péché, les ténèbres, le moi, les convoitises charnelles et mondaines, et tout cela sous la puissance de Satan, rendent les hommes de plus en plus misérables, soulagés seulement par des plaisirs aussi vains que les efforts religieux d’une mauvaise conscience, tout cela à la place du bonheur. Quelle profondeur que celle de la ruine issue de la chute ! Dieu bon et saint, que l’homme a abandonné et perdu, a été remplacé par le menteur et le meurtrier ! Caïn premier-né d’Adam et Éve : quel témoignage de la religion naturelle et de l’affection fraternelle ! Abel témoigne de la grâce par la foi. Par naissance naturelle, nous sommes comme le premier ; par la nouvelle naissance, notre part est avec le second. « Par la foi, Abel offrit à Dieu un sacrifice plus excellent que Caïn » [Héb. 11:4].

Dieu nous a justifiés par la foi, nous donnant la rédemption par le sang de Jésus. Nos âmes n’ont pas été purifiées autrement, et par-là nous avons été rendus propres pour l’affection fraternelle que Dieu attend des chrétiens. Dans des circonstances ordinaires, tout autre sentiment déshonorerait et, en réalité, nierait la relation que la grâce a établie pour notre façon de se considérer mutuellement et présentement. L’Écriture indique clairement les cas exceptionnels, et comment nous devrions alors nous comporter ; mais il n’est pas utile d’en dire plus maintenant. Voici le commandement nouveau du Seigneur : « Par ceci, tous connaitront que vous êtes mes disciples, si vous avez de l’amour entre vous » [Jean 13:35].


2.16.3 - [1:22 — sans hypocrisie]

Ainsi, l’Esprit met en garde contre de simples formes ou paroles, en qualifiant de « sans hypocrisie » l’affection fraternelle pour laquelle leurs âmes ont été purifiées. Prétendre à quelque chose de bon qui n’est pas ressenti de manière authentique est haïssable pour Dieu et indigne de Ses enfants. C’est pourquoi chérir le sens de Sa présence a une valeur qu’il faut garder de toute hypocrisie d’une manière ou d’une autre. N’oublions jamais Sa merveilleuse lumière dans laquelle Il nous a amené en nous faisant sortir des ténèbres [2:9]. « Ne savez-vous pas », dit l’apôtre Paul, « que vous êtes le temple de Dieu, et que l’Esprit de Dieu habite en vous » ? [1 Cor. 3:16].


2.16.4 - [1:22 — ardemment d’un cœur pur]

D’où l’exhortation, qui n’est pas tautologique comme on l’a prétendu avec irrévérence : « aimez-vous l’un l’autre ardemment, d’un cœur pur ». C’est un devoir simple de faire très sérieusement attention à l’objet en vue. L’amour de Dieu pour nous est la source de toutes nos bénédictions, et il ne s’est jamais épanché aussi librement et aussi pleinement que lorsque le péché de l’homme a prouvé à quel point celui-ci était entièrement indigne, misérable et sans ressource. Quand le mal chez l’homme fut au niveau le plus bas, jusqu’à rejeter et mettre à mort le Fils de Dieu, Dieu tourna ce mal en une preuve de Sa propre bonté qui surmonte tout : Celui qui ne connaissait pas le péché, Il L’a fait péché pour nous, afin que nous devenions justice de Dieu en Lui [2 Cor. 5:21]. Par la foi en Lui et en Son sacrifice, nous avons purifié nos âmes, jusqu’ici plongées dans la souillure, pour avoir une affection fraternelle sans hypocrisie. Aimons donc ceux qui sont les objets du même amour divin, qui se reposent sur le même sacrifice purificateur du péché. Sans doute, ils étaient appelés à être saints dans toute leur conduite, parce que Celui qui les avait appelés est saint ; mais ils étaient tenus d’aimer leurs frères, non pour des raisons qui tenaient à eux ou aux autres, mais « d’un cœur pur » et « ardemment » : n’est-ce pas ainsi que Dieu avait ressenti les choses et avait agi envers avec eux ? L’apôtre pouvait même écrire à des païens quand ils avaient cru en Chris, (1 Thes. 4:9) : « vous êtes vous-mêmes enseignés de Dieu à vous aimer l’un l’autre ».


2.17 - [Ch. 1:23 — ]

Pourtant, la purification déjà effectuée sur l’âme du croyant, n’est pas tout ce qui rend l’affection fraternelle ardente et sans hypocrisie. Notre nouvelle naissance en tant que saints a essentiellement cet amour dans sa nature, aussi sûrement qu’elle provient de la parole de Dieu [Jacq. 1:18]. Le passage continue donc :

« … vous qui êtes régénérés, non par une semence corruptible, mais par une semence incorruptible, par la vivante et permanente parole de Dieu » (1:23).


2.17.1 - [1:23 — … vous êtes régénérés, ou engendrés de nouveau]

C’est intentionnellement que le participe du parfait actif est employé au v. 22 [ayant purifié], et du parfait passif au v. 23 [ayant été engendrés de nouveau = vous qui êtes régénérés]. Le calvinisme rigide ne semble guère compatible avec le premier, et l’arminianisme rigide ne semble compatible ni avec l’un ni avec l’autre. La vérité révélée, vaste et exacte, insiste dans les deux cas comme une position établie par grâce ; c’est sur cette position qu’est basé l’appel à être des imitateurs de Dieu comme de bien-aimés enfants, et à marcher dans l’amour, comme nous y exhorte l’apôtre de l’incirconcision [Éph. 5:1]. Cela ne veut pas dire que dans les faits la purification précède la nouvelle naissance ; car la nouvelle naissance est la première action vitale de la grâce dans l’âme, et la purification l’atteste.

L’évangélisme est ici tout à fait boiteux et insuffisant, si l’on en juge par les manuels de théologie et autres discours accessibles au public [19ème siècle]. Bien sûr, on ne pouvait pas s’attendre à une doctrine saine de la part des théologiens romains ; mais les protestants considérés comme orthodoxes ne font guère mieux sur ce point. Leur idée est un changement sur l’homme par l’action de l’Esprit au moyen de la parole de Dieu agissant sur ses facultés, qui ne sont plus consacrées au moi et à Satan, mais orientées vers Son service. Or c’est là plutôt une description des effets qu’une déclaration de la cause ou des moyens qui opèrent par Ses soins. L’Écriture montre abondamment et clairement qu’une vie est donnée au croyant (et Christ est cette vie [Col. 3:4], comme l’ancienne vie provient d’Adam déchu), et que cette vie agit à travers nos facultés sur des objets révélés par Dieu et situés bien au-delà de ceux de la vie naturelle. Ainsi, comme notre Seigneur l’a enseigné, on voit le royaume [de Dieu] et on y entre, non seulement bientôt, mais déjà maintenant par la foi, ou comme le présente l’apôtre, on est transporté par le Père dans le royaume du Fils de Son amour [Col. 1:14].

Des professeurs incroyants, ou des saints égarés par la tradition, vilipendent cet ordre nouveau comme étant mystique. Car la vie à laquelle le saint participe était relativement cachée pour les croyants de l’Ancien Testament ; pourtant ils l’avaient, en Celui qui n’était pas encore apparu, mais qui était vraiment espéré. Maintenant, depuis que Christ est venu, ceci et beaucoup d’autres choses sont éclaircies ; et le croyant est assuré qu’il a cette vie comme une chose présente, quelle que soit la bénédiction supplémentaire à Son retour quand le corps sera englouti par la vie que l’âme a déjà en Christ. Car en effet cette vie est la vie éternelle, et elle est déclarée telle déjà maintenant ; et malheur à celui qui est enhardi par l’ennemi jusqu’à la nier ! Car elle est le terreau d’où croissent les fruits de l’Esprit qui agissent sur l’homme intérieur à la gloire de Christ qui en est la source même ; cette vie est déjà maintenant tout aussi réelle et incomparablement plus bénie et importante que l’ancienne vie adamique. Calvin est presque aussi vague que les autres à son sujet ; seul Leighton parle ici comme quelqu’un qui est enseigné de Dieu dans la mesure de ce qu’il en dit.


2.17.2 - [1:23 — … régénérés par la Parole de Dieu]

Nous avons donc été engendrés de nouveau [régénérés] comme ne l’étaient pas les Juifs qui se vantaient d’être la semence d’Abraham et de n’avoir jamais été esclaves de quiconque [Jean 8:33], au moment même où ils étaient incontestablement esclaves des Romains et esclaves de leur père le diable — esclaves des Romains à cause de leur apostasie et esclaves du diable parce qu’ils croyaient ses mensonges contre Celui qui est le vrai Dieu et la vie éternelle [1 Jean 5:20]. Mais le croyant a été engendré, « non par une semence corruptible, mais par une semence incorruptible », non de la part de l’homme ni par l’homme [Gal. 1:1], mais par la vivante et permanente parole de Dieu. C’est ce que le Seigneur avait déclaré à Nicodème : à moins d’être né de nouveau (c’est-à-dire d’eau et d’Esprit), il ne peut ni voir ni entrer dans le royaume de Dieu (Jean 3:3-7). Ce qui est né de la chair est chair ; et ce qui est né de l’Esprit est esprit. La chair ne devient pas esprit, pas plus que l’esprit ne devient chair. La vie donnée est de Dieu, en Christ, et par l’Esprit ; celui-ci, ici comme souvent, emploie la Parole sous la figure de « l’eau ». Introduire ici le baptême est non seulement étranger au contexte, mais s’oppose à toutes les Écritures qui traitent du sujet. Jacques 1:18 va à l’encontre [de la régénération par le baptême], autant que Paul (1 Cor 4:15), et Jean (Jean 15:3) et aussi Pierre dans le texte qui est devant nous. Pratiquement tous les pères qui en discutent se rejoignent dans ce qui est une erreur grossière et superstitieuse ; Calvin a peut-être, selon Hooker, été le premier théologien à rejeter cette erreur ; leur honte en est d’autant plus grande. Il s’agit d’une vérité aussi sûre que manifeste.


2.18 - [Ch. 1:24, 25 — ]

Quoi de plus approprié au but de l’apôtre que le passage du prophète qu’il cite ? [És. 40:6-8]. En exposant la bénédiction d’être né de nouveau, il fait sentir cette bénédiction plutôt par contraste avec la nature universelle, avec ce que la nature a de meilleur.

« Parce que toute chair est comme l’herbe, et toute sa gloire comme la fleur de l’herbe : l’herbe a séché et sa fleur est tombée, mais la parole du Seigneur demeure éternellement. Or c’est cette parole qui vous a été annoncée » (1:24-25).


2.18.1 - [1:24 — toute chair est comme l’herbe]

C’est la double leçon de repentance et de foi qui, de manière appropriée, est ainsi attachée au fait d’être né de nouveau. C’est pourquoi, en consolant Son peuple, il n’est pas seulement évoqué la venue d’un Libérateur, même si ce Libérateur est l’Éternel, mais la nécessité que le peuple se juge à Ses yeux. La voix de celui qui crie dans le désert [És. 40:3] a besoin d’être complétée par une seconde voix qui crie solennellement au sujet de l’homme déchu : « toute chair est de l’herbe, et toute sa beauté comme la fleur des champs » [És. 40:6]. Israël s’était flatté d’être tout différent des autres hommes. Mais une voix qui ne flatte pas, doit crier que ce ne sont pas simplement les Gentils qui périssent, mais « certes le peuple est de l’herbe » [És. 40:7 ; non repris par Pierre]. Où étaient les dix tribus ? pourquoi avaient-elles été chassées de la terre d’Emmanuel ? Où devaient être emportés les trésors et les fils de la maison de David selon l’annonce faite par Ésaïe au roi ? N’était-ce pas à Babylone, au centre des images taillées et des enchantements, des sorcelleries, à cause de l’idolâtrie obstinée de Juda ? Qui parmi les humains était aussi coupable que le peuple favorisé, et que sa tribu la plus favorisée ?

Ce n’était pas tout. Car le résidu dispersé à qui l’apôtre écrivait, connaissait un autre péché encore plus haïssable, dans lequel ils étaient récemment tombés, bien que longuement prédit par le même prophète (Ésaïe 49 à 57) avec son terrible aboutissement quand ils recevront « le roi », l’Antichrist des derniers jours ; cela s’accomplira sûrement en son temps. Oui, « toute chair est comme l’herbe, et toute sa gloire comme une fleur d’herbe ». Il y a une différence : certains sont plus distingués que d’autres, raffinés, tendres, généreux, courageux, affectueux et religieux selon la chair. Il y a l’herbe en général, et d’un autre côté sa fleur. Les hommes ont tendance à admirer, et même à adorer, ce qui plait à leurs yeux, à leurs fantaisies et à leurs sentiments. Mais rien n’est vraiment comme il faut là où Dieu n’a pas Ses droits : Lui a clairement jugé le péché de l’homme, et Lui aussi a clairement présenté la seule espérance pour le pécheur : elle est dans la Semence de la femme, le Fils de la vierge, Emmanuel.

C’est pourquoi le seul salut est de croire en Lui, comme déjà venu, et mort et ressuscité et monté au ciel ; rien ne fait reconnaître plus impitoyablement sa ruine naturelle et ses péchés à l’âme repentante. Car ce n’est pas rien pour l’homme de s’asseoir dans le jugement moral de lui-même ; or c’est justement ce que l’Esprit de Dieu opère en lui (non pas d’abord la paix ou la liberté, bien loin de là, mais) le sens profond, non seulement de ce qu’il a fait, mais de ce qu’il est devant Dieu comme pécheur. Que le Fils de Dieu soit venu de Dieu, étant envoyé par Lui, non pas venu pour le condamner, mais venu comme Sauveur, voilà qui l’encourage à être intègre dans le jugement de soi. Sans aucun doute, il est profondément pénible, sous l’effet de la Parole et de l’Esprit de Dieu, d’être jeté dans la poussière de la mort, dans la conscience de son propre mal à Ses yeux ; et la vue de Christ, par Sa perfection même, augmente le dégoût de soi. Combien il est doux d’avoir le témoignage que le sang de Jésus son Fils nous purifie de tout péché ! [1 Jean 1:7] ; qu’Il a fait la paix par le sang de sa croix ! [Col. 1:20] ; qu’Il n’est pas seulement le Pain Vivant, comme descendu du ciel [Jean 6:51], mais que par Sa mort Il nous donne à manger Sa chair et à boire Son sang, de sorte que je demeure en Lui, et Lui en moi ! [Jean 6:56].

L’enseignement paulinien, non seulement de Sa mort pour nous, mais de notre mort avec Lui, approfondit encore davantage la vérité ; mais même dans sa forme plus simple selon notre épître, nous sommes rendus capables d’inscrire la mort sur toute l’humanité, et nous nous abstenons de nous vanter de ce qui semble le plus éminent extérieurement. Ce n’est pas une idée ou un sentiment, mais une réalité personnelle et expérimentale, désormais pour notre profit éternel ; non seulement nous nous défions de nous-mêmes, mais étant pleins de tendresse envers les autres, nous nous glorifions en Dieu par notre Seigneur Jésus-Christ par qui maintenant nous avons reçu la réconciliation [Rom. 5:11].


2.18.2 - [1:25 — la Parole du Seigneur demeure éternellement — parole et langage, les mots]

La raison aussi est certaine et forte. Toute chair est comme l’herbe, et toute sa gloire comme une fleur d’herbe. Il n’y a pas de stabilité dans la nature humaine, indiscutablement déchue ; sa fleur, comme la plante, est éphémère. Si l’herbe se flétrit, la fleur tombe. On ne peut ni se fier ni dépendre de la créature. Sommes-nous alors laissés à nous-mêmes, à nos péchés et à nos folies, alors que nous avons justement le plus grand besoin du seul vrai Dieu, à la fois bon et grand ? Non, ce n’est pas le cas. Nous n’avions rien à revendiquer ; nous L’avons abandonné sans honte alors qu’Il ne montrait que de la tendre miséricorde ; comme Adam, nous avons oublié Sa Parole et Lui avons désobéi, nous avons cru le menteur et le meurtrier, et espéré que nous pourrions pécher et ne pas mourir certainement. C’était alors la ruine, et pire encore, cela conduisait à la ruine éternelle. Car le péché engendre encore plus de péchés ; voilà l’histoire de la race. Mais, au moment même où Il a jugé le péché et condamné l’ennemi, Il a parlé de Celui qui vaincrait l’auteur de ces dégâts, de Celui qui vaincrait Satan, en souffrant douloureusement en tant que Semence de la femme, avec la compassion infinie de Dieu pour ceux pris au piège. Si la nature humaine est au mieux faible et défaillante, l’homme a besoin de ce qui demeure ; et ainsi, contrairement à ce qui disparait, « la parole du Seigneur (l’Éternel) demeure éternellement ».

Ici, au v. 25, le terme grec pour « parole » n’est pas λόγος [logos] comme au v. 23 ; car ce mot est utilisé pour transmettre le sens ou les pensées de Dieu, alors que ῥήμα [rhema] est l’exprimé, ce qui a été réellement dit ou écrit. Comparez la distinction que notre Seigneur Lui-même établit entre son « langage » (λαλιὰ [lalia]) et sa « parole » en Jean 8:43 : ils ne connaissaient pas Son langage [ou : discours], parce qu’ils étaient incapables d’entendre Sa parole. Quand la vérité divine est reçue, les mots qui l’expriment deviennent compréhensibles, pas avant. Ici ῥήμα, « parole », va au-delà de « langage, discours » et est appliqué au message de l’Éternel, qui non seulement flétrit l’indépendance, mais donne Sa parole immuable et éternelle. « Or c’est cette parole qui vous a été annoncée ». Quelle source de confiance pour ceux qui prêchent et pour ceux qui écoutent l’évangile !

Ce n’est pas seulement Ses pensées abstraites, mais ce qu’Il voulait leur exprimer pleinement et leur communiquer de façon indélébile dans les Écritures. Il voulait donner à Son peuple une solide assurance de la consolation qu’Il leur réservait avec tant d’insistance, avant même d’avoir énoncé par son prophète le double et terrible acte d’accusation de leur culpabilité. Car, comme en És. 40 à 48 Il attaque leurs idolâtries qui les ont envoyés captifs à Babylone, ainsi dans les ch. 49 à 57, Il prédit, après le retour, la culpabilité plus grave du rejet du Serviteur Juste, Son Oint, et la réception effective de l’Antichrist, le roi [És. 57:9] qui fait sa propre volonté au dernier jour [Dan. 11:36]. Mais là où le péché a abondé, la grâce a surabondé, comme le prouve triomphalement le résidu d’Ésaïe. Et le résidu élu à la fin de l’ère sera Sa possession pour toujours ; ils ne seront plus des esclaves, mais au-dessus de tout esclavage, ils seront d’autant plus vraiment Ses serviteurs : comme des Onésime [Philémon 11, 15, 16], autrefois séparés, mais désormais indissolublement unis à Lui ; autrefois inutiles, mais désormais utiles pour Lui, en bénédiction pour toutes les familles de la terre, selon la promesse infaillible [Gen. 12:3 ; Actes 3:15].

Mais l’apôtre montre aussi que le résidu des Juifs qui maintenant reçoivent Christ, font comme les fidèles d’entre les nations : ils anticipent la bénédiction dans l’évangile déjà prêché. Ils espèrent à l’avance dans le Christ, comme dit l’apôtre Paul en Éph. 1:12. Si la masse est maintenant aveuglée, si, malgré tout, la miséricorde l’emportera sur tous les obstacles aux jours les plus sombres de la consommation du siècle, ce ne sont pas là des raisons susceptibles d’entraver la grâce souveraine pendant le temps où Christ est assis à la droite de Dieu. Ceux des Juifs qui reçoivent maintenant la bonne nouvelle, voient leur espérance en Christ pleinement réalisée avant que le résidu ne devienne la nation forte de la nouvelle ère. Telle est la force de la confiance anticipée en Christ du résidu Juif actuel ; pour le moment leurs frères dans la chair Le refusent, avant que vienne le dernier jour où ils s’inclineront devant Lui dans la foi. Ils sont scellés avec le Saint-Esprit de la promesse. Nous sommes aussi ceux qui parmi les Gentils ont entendu et cru la parole de la vérité, la bonne nouvelle [l’évangile] de notre salut [Éph. 1:13]. Car comme il n’y a pas de différence dans la ruine, il n’y en a pas non plus dans le salut selon les richesses de la grâce de Dieu.

Ceci implique aussi l’immense supériorité de l’état de bénédiction chrétienne sur celui dont les Juifs se vantaient si fort. Ils avaient sans aucun doute des privilèges de la part de l’Éternel en tant que semence d’Abraham : ils étaient nés pour cela, si du moins ils étaient dûment circoncis en témoignage de l’impureté de la chair. Mais leurs privilèges étaient terrestres, extérieurs, temporels ; cela avait été ouvertement prouvé aux temps de l’Ancien Testament par la captivité babylonienne, puis de manière plus accablante par la dispersion romaine de beaucoup plus longue durée. Bien différente est la part du chrétien déjà maintenant, et plus brillante est son espérance. C’est pourquoi dans l’épître aux Hébreux, il est mis l’accent sur ce qui est « éternel » : le salut (Héb. 5:9), le jugement (6:2), la rédemption (9:12), l’Esprit (9:14), l’héritage (9:15) ; le sang est celui d’une alliance « éternelle » (13:20). À cela, sans se référer à d’autres preuves, on peut ajouter les bénédictions « meilleures » de Héb. 7:19, 22 ; 8:6 (deux fois) ; 9:23 ; 10:34 ; 11:16, 40.

Notre apôtre de la circoncision [Pierre] n’écrit pas aussi minutieusement, mais il a été conduit à baser la grandeur du don de Dieu au croyant sur le fait d’être né de nouveau [régénéré], non par une semence corruptible, mais par une semence incorruptible, par la vivante et permanente parole de Dieu. C’est un caractère et une source de l’être [= de la vie] tout à fait au-dessus de la nature, en contraste avec la chair qui est transitoire, même en Israël ; l’être [la vie] est ainsi fondé sur Sa parole parlée et écrite qui demeure éternellement. C’est la parole même qui leur avait été annoncée avec toutes ses bonnes nouvelles, de sorte qu’ils pouvaient savoir qu’ils avaient reçu par elle une nouvelle nature aussi incorruptible et éternelle que cette parole ; Dieu avait communiqué les deux, Sa parole et cette nature. La ferveur du cœur de l’apôtre éclate dans la simple gravité avec laquelle il parle d’un privilège si nécessaire et si béni pour l’homme tel qu’il est. Il voulait que ses frères le sachent maintenant sans une ombre d’incertitude.

On comprend facilement qu’il y avait au moins autant de danger pour les chrétiens Juifs que pour les Gentils de laisser des questions surgir dans le cœur en présence des pièges et de l’incrédulité du monde. En 1 Cor. 15 [v. 1,2] l’apôtre Paul rappelle l’évangile qu’il leur avait prêché, qu’ils avaient reçu, et dans lequel ils étaient, et par lequel ils étaient sauvés, s’ils gardaient la parole qu’il leur avait annoncée, à moins qu’ils n’aient cru en vain. Car ils doutaient de la résurrection, qui est une vérité essentielle de l’évangile, car Christ est non seulement mort, mais est aussi ressuscité. Ainsi, l’apôtre Pierre rappelle à ses frères la parole qui demeure éternellement, — parole de l’évangile qui leur avait été annoncé, source de leur vie nouvelle et impérissable en tant que croyants.