Exposé de l’Évangile de Marc

William Kelly


Édité, avec des ajouts, par E. E. Whitfield, Elliot Stock, 1907 — et publié par STEM Publishing

(La plupart des références et notes de l’édition de Whitfield n’ont pas été reprises dans le texte ci-après).


« Le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir » (Marc 10:45).


Table des matières détaillée :

1 - Introduction

1.1 - Biographie de MARC

1.2 - Dessein Divin

1.3 - La Critique Textuelle

2 - Marc 1

2.1 - Marc 1:1-18

2.1.1 - Ch. 1:1

2.1.2 - Ch. 1:2

2.1.3 - Ch. 1:3-5

2.1.4 - Ch. 1:6-8

2.2 - Marc 1:9-11

2.3 - Marc 1:12-13

2.4 - Marc 1:14-20

2.4.1 - Ch. 1:14-15

2.4.2 - Ch. 1:16-20

2.5 - Marc 1:21 -28

2.5.1 - Ch. 1:21-22

2.5.2 - Ch. 1:23-28

2.6 - Marc 1:29-34

2.7 - Marc 1:35-39

2.8 - Marc 1:40-45

2.8.1 - Différences entre les évangiles : ordre chronologique ou non

2.8.2 - Ch. 1:40-42

2.8.3 - Ch. 1:43-44

2.8.4 - Ch. 1:45

2.8.5 - Sommaire sur le ch. 1

3 - Marc 2

3.1 - Marc 2:1-12.


1 - Introduction

1.1 - Biographie de MARC

Marc (Marcus) était un prénom romain commun. Son nom juif était Jean. Il s’était converti par l’intermédiaire de Pierre (1 Pierre 5:13 ; cf. Actes 12:12). Au tout début de son parcours chrétien, Barnabas (son parent) et Paul l’emmenèrent avec eux dans leurs voyages missionnaires (Actes 12:25 ; 13:5). Jean Marc avait une idée légère, mais si commune, de la responsabilité du service chrétien : il pensait pouvoir entreprendre et abandonner l’œuvre de Dieu comme bon lui semblait, et il laissa les deux missionnaires poursuivre seuls l’œuvre tandis qu’il rentrait chez lui (Actes 13:13 ; 15:36). Nous le perdons alors de vue pendant six ou sept ans, ce qui, pour autant que nous le sachions, peut n’avoir été que du temps perdu. Après cela, il devint la cause passive d’une dispute extrêmement malheureuse. Paul et Barnabas organisèrent une nouvelle mission, mais Barnabas « se proposa » de reprendre avec eux son parent, tandis que Paul « ne jugea pas bon » de prendre quelqu’un qui avait déserté son poste. Cela donna lieu à une contestation si vive que les deux anciens combattants se séparèrent … La plupart d’entre nous, peut-être, auraient pensé qu’il eut mieux valu laisser Marc tranquille après cela ; et c’est avec une certaine surprise que nous le trouvons finalement chargé du grand honneur d’écrire l’un des quatre Évangiles. Non seulement Pierre le prit en charge avec le soin affectueux qu’il y avait lieu d’attendre d’un homme comme lui, mais Paul, qui avait porté sur lui un jugement si désobligeant dans le passé, fut capable de reconnaître et d’admettre la valeur du service ultérieur de Marc. Il le mentionne comme l’un de ses cinq compagnons d’œuvre qui étaient pour lui « une consolation » (Col. 4:11 ; cf. Philémon 24) à Rome vers l’an 64, et deux ans plus tard il dit à Timothée de prendre Marc avec lui et de l’amener, car il lui était utile pour le ministère (2 Tim. 4:11).

Cet évangéliste, comme Luc — les deux sont mentionnés ensemble en 2 Tim. 4:11 — était sans doute prophète, car le caractère prophétique du don est spécialement en exercice pour écrire l’Écriture (Rom. 16:26). Cela explique la véritable source de l’autorité de ces saints écrits. L’attribuer à Pierre pour l’un (Marc) et à Paul pour l’autre (Luc) trahit le caractère sans valeur de la tradition ancienne, telle qu’elle apparaît dans les spéculations d’Eusèbe de Césarée.


1.2 - Dessein Divin

Le deuxième Évangile a pour dessein de présenter le service « de Jésus Christ, le Fils de Dieu ». Celui qui avait d’abord failli, mais qui a finalement été déclaré « utile pour le ministère », était, par la puissance du Saint Esprit, aussi apte à remplir cette tâche que Matthieu qui a été appelé à être apôtre lorsqu’il était assis au bureau des impôts, et a eu la tâche d’écrire le premier Évangile. Christ Lui-même sert dans l’Évangile, et accomplit des œuvres puissantes qui l’accompagnent, comme le décrit Marc.

Marc fournit des précisions de temps, soit par son « aussitôt » caractéristique qui revient si souvent, soit par des spécifications encore plus précises — par exemple « en ce jour-là » de Marc 4:35 ; cela nous permet de clarifier certaines difficultés dans l’ordre des événements relatés dans les trois évangiles synoptiques. Une comparaison attentive fait voir que, sur les quatre écrivains inspirés, deux ont été conduits, sauf exception, à suivre l’ordre chronologique ; deux, à cause de leurs desseins respectifs, ont subordonné cet ordre, quand c’était nécessaire, à un groupement d’événements ou de discours indépendants ; et parmi ces deux paires, dans chaque cas, l’un était apôtre, l’autre ne l’était pas. Matthieu et Luc ne sont pas toujours liés à la simple séquence historique, tandis que Marc et Jean y adhèrent en règle générale.

Aucun d’entre eux ne peut être qualifié à juste titre de « fragmentaire », car l’œuvre de chacun est marquée par un but précis, et tout ce qui est inséré ou omis peut s’expliquer par ce but. Lorsqu’un incident illustre ce qui est du ressort des quatre, ils l’introduisent tous, comme, par exemple, la multiplication des cinq pains et des deux petits poissons. Lorsqu’il relève du domaine d’un seul, il est donné là, et nulle part ailleurs — comme l’impôt du Temple (didrachme) en Matthieu 17, ou le sourd qui parlait avec peine en Marc 7, ou la pécheresse repentante de Luc 7, et la Samaritaine de Jean 4, pour ne mentionner qu’un seul des nombreux faits, signes (miracles) et discours propres à chacun, et à Jean en abondance. Dans certains cas, trois donnent le même sujet, dans d’autres cas, deux seulement.

Mais ce n’est pas tout. S’il y a des phrases et des paroles notables communes à tous, il y a des différences tout aussi notables dans la façon dont elles sont exprimées. C’est pourquoi des esprits spéculatifs ont tenté irrévérencieusement de couper les nœuds qu’ils étaient incapables de dénouer, et par ailleurs des âmes non exercées ne parviennent pas à recueillir le profit voulu par l’Esprit par le moyen de chaque nuance de différence. Car c’est une perversion de la vérité que de dire que les écrivains étaient inspirés, mais pas leurs écrits. Si 2 Pierre 1:21 justifie l’inspiration des écrivains, l’inspiration des écrits est revendiquée de façon encore plus nette et explicite en 2 Tim. 3:16. Au v. précédent (2 Tim. 3:15), le titre de « saintes lettres » est appliqué à l’Ancien Testament ; mais au v. 16, l’Esprit de Dieu qualifie d’inspiré « tout » ce qui tombe sous la désignation d’« Écriture ». Il n’est pas question d’infirmité humaine : il s’agit de la puissance de Dieu. Toute Écriture est inspirée par Dieu (θεόπνευστος). Non seulement les hommes étaient inspirés, mais également le résultat, selon l’apôtre Paul. D’ordinaire, leurs écrits, comme leurs paroles, auraient été susceptibles des imperfections de la parole humaine et des limites de la pensée humaine ; mais toute Écriture, tout écrit qui entre dans cette catégorie, est inspiré de Dieu, et n’est nullement « laissé » aux simples accidents des facultés humaines. Il est illégitime et illogique, pour ne pas dire malhonnête, de mêler à l’inspiration les multiples erreurs commises par les copistes au cours des âges, car il s’agit là d’une tout autre question. Tout ce que nous défendons, c’est le caractère divin indiscutable de l’Écriture.

Il y a donc des différences, mais au lieu que ce soit des discordances comme l’incrédulité les appelle hâtivement et improprement, par ignorance, elles sont l’effet et la preuve belle et instructive des desseins variés de Dieu. Prenons l’exemple de Matthieu 8, « une assemblée solennelle de témoins », comme quelqu’un l’a appelé à juste titre. Le lépreux est venu, en fait, bien avant ce qu’on appelle le Sermon sur la Montagne. Le « et voici » du v. 2 ne nous relie à aucune date. Mais comme le Saint Esprit avait déjà donné un résumé des prédications de grâce et des actes de puissance en grâce du Seigneur en Matt. 4:23-24, Il présente les détails de Son enseignement dans les chapitres 5 à 7, et les détails de Ses miracles au ch. 8 et encore d’une autre manière au ch. 9, où la date cède le pas à des considérations plus profondes, et où des preuves choisies sont regroupées à dessein. En Marc 1:40-45, où aucun dessein de ce genre n’est en jeu, nous voyons la guérison du lépreux à sa place historique. Luc confirme le fait que c’était « l’un de ces jours » où Christ était à Capernaüm, et avant la guérison du paralytique, qui, chez Matthieu, est réservée au premier cas de Matt. 9.

Mais, entrons dans les détails : la guérison du lépreux était une attestation appropriée de la puissance présente de l’Éternel-Messie qui débute Matt. 8. Cela prouvait Sa grâce envers le Juif venu dans son impureté et sa foi (même si elle était chancelante) ; la grande foi du centurion Gentil suit ensuite, et ce n’est qu’ici que cette relation est faite. Dans l’Évangile de Luc, elle occupe une place différente, et dans Marc elle n’en a aucune. Le troisième fait du ch. 8 de Matthieu est la guérison de la belle-mère de Pierre, si intéressante pour un Juif ; elle assure que la grâce envers les Gentils n’a pas détourné le cœur du Messie d’Israël ; il semble qu’elle est insérée ici dans ce but, alors qu’historiquement elle précède en date les deux miracles précédents, comme le montrent Marc 1 et Luc 4. Il en est de même, bien sûr, de la guérison de nombreux démoniaques et malades le soir après le sabbat, en accomplissement d’Ésaïe 53:4. Il n’est pas du tout difficile de croire que le Saint Esprit a conduit Matthieu à introduire à cet endroit ce que Luc présente dans un tout autre contexte (Luc 9:57), et avec un ajout également. Ceux qui veulent harmoniser les évangiles imaginent des événements doublés, mais ils ne sont pas plus fidèles que les commentateurs qui taxent les écrivains inspirés de divergences. La conversation avec un scribe (Matt. 8:18-22), quel que soit le moment où elle ait eu lieu, semble avoir été donnée dans le premier Évangile pour montrer le grand vase de la puissance et de la grâce divines — c’est-à-dire le Messie consciemment rejeté, le Fils de l’homme qui n’avait aucun lieu où reposer sa tête, mais réclamant pourtant d’un disciple d’être suivi, même si son père était mort. Nous savons aussi avec certitude que la tempête qu’Il calma et la délivrance des démoniaques eurent lieu après que les paraboles de Matthieu 13 aient été entendues et expliquées.

Le septénaire (série de sept événements) du ch. 9 de Matthieu est un groupement semblable de témoignages à la suite du ch. 8, qui indiquent non seulement Sa puissance divine déployée en Israël, mais la haine et la jalousie croissantes qu’elle excitait chez les scribes, jusqu’à ce qu’elle culmine chez les pharisiens cherchant à empoisonner les foules par leur blasphème : « Il chasse les démons par le chef des démons ». Mais il n’est pas nécessaire de prouver davantage que Matthieu a été conduit, lorsqu’il le fallait, à énoncer les faits et les paroles de manière à donner le mieux possible l’ordre dispensationel, tandis que Luc a tout autant été conduit à présenter l’ordre moral. Prenez la généalogie du Seigneur comme une preuve évidente ; elle se trouve non pas en Luc 1, mais en Luc 3, après l’information de la mise en prison de Jean, et la scène merveilleuse qui suit, celle de Son baptême, bien que, naturellement, elle ait précédé de longtemps ce qui est relaté ici. Prenons encore les tentations, où Luc place la troisième tentation en second lieu selon un ordre moral, alors que les faits réels, tel qu’ils sont représentés par Matthieu, coïncident avec l’ordre dispensationel qu’ils avaient pour fonction de faire connaître. D’où la nécessité de l’omission remarquable dont témoigne le texte vrai et ancien, à la différence de l’erreur commune introduite par les copistes (va, arrière de moi, Satan, Luc 4:8), et par ceux qui harmonisent et d’autres, dont les fausses assimilations provoquent d’autant plus de doutes fâcheux chez leurs adversaires.

Quant au dessein divin, combien il est intéressant d’observer que l’Évangile de Marc ne fait pas mention de la lecture d’Ésaïe 61 par le Seigneur et de Sa prédication dans la synagogue de Nazareth, — pas plus d’ailleurs que Matthieu ou Jean ! Elle était réservée à Luc (ch. 4), comme une introduction grandiose de Christ au témoignage public, comme nous le verrons plus en détail à sa place. L’introduction de l’Évangile de Matthieu était l’application frappante, mais totalement différente, d’Ésaïe 9, où était promise la lumière brillante dans la Galilée méprisée. Il n’a pas été donné à Marc d’en faire état, mais seulement à Matthieu, dont le rôle était aussi et avant tout, de mettre en évidence l’accomplissement de la prophétie dans le Messie encore plus méprisé ; pareillement lui seul avait mentionné la visite des Mages, et la fuite en Égypte, et le massacre des petits enfants, tous allant dans le même sens.

De même, Marc n’a pas été conduit à présenter la remarquable guérison de l’esclave du centurion, qui occupe une place si importante dans le premier Évangile (Matt. 8:5-13), et une place encore plus grande dans le troisième (Luc 7:2-10). Marc donne bien la purification du lépreux, suivie de la guérison du paralytique, et dans les deux cas de façon très vivante ; mais il n’avait pas l’intention d’apporter le témoignage que la puissance de l’Éternel appellerait les Gentils quand Israël serait rejeté, comme en Matt. 8, pas plus que de montrer, comme en Luc 7, la foi du Gentil, — une foi comme on n’en voyait pas en Israël : elle reconnaissait la puissance de Dieu en Jésus pour commander souverainement et par amour, et elle était dans une âme rendue si humble par la grâce que cette âme discernait Son peuple dans les Juifs dégénérés, aimés et honorés à cause de Son nom.

De même, dans le premier et le second Évangile, nous n’avons aucun récit du fils de la veuve ressuscité des morts près de Naïn. Cela n’avait aucun rapport avec leur champ d’application particulier, et on peut présumer que c’est là la raison de l’omission ici. Mais ce récit était de la plus haute importance pour illustrer la puissance divine dans sa forme la plus élevée, unie à la plus grande sympathie humaine chez notre Seigneur Jésus, ce qui est donc exactement en accord avec le but spécial de l’Évangile de Luc, qui est seul à relater cet épisode.

C’est sur le même principe que l’on peut expliquer une grande partie de la matière intermédiaire donnée dans les parties centrales des premier et troisième Évangiles, et qui ne figure pas dans l’Évangile de Marc. Nous sommes ainsi délivrés des théories qui ont occupé beaucoup d’érudits, à leur propre détriment et à celui de ceux qui se fient à eux. Car ils ont cherché, sur des bases humaines, à expliquer les différents phénomènes des Évangiles synoptiques, les uns soutenant l’existence d’un document commun, les autres une tradition apostolique générale. On a encore attribué une intention supplémentaire à ceux qui ont suivi au fur et à mesure le premier dans sa contribution à la somme qui s’est formée et développée peu à peu. S’ils avaient cru au dessein spécial imprimé par le Saint Esprit sur chacun d’eux, on aurait évité des spéculations erronées, et cela aurait été à l’honneur de la parole de Dieu et pour le bénéfice spirituel de Ses enfants. On aurait alors su sans doute que les différences qui se produisent ne sont en aucun cas des divergences, mais elles découlent de la sagesse de Dieu, et non de la faiblesse de l’homme, et elles ajoutent une valeur incalculable au témoignage de Christ, et par conséquent à l’intelligence spirituelle de celui qui accepte tout comme venant de Dieu, dans la foi en Sa vérité et en Son amour. (*)


(*) Sur le « Dessein divin » retracé chapitre par chapitre, voir la suite de ce qui précède dans Bible Treasury, vol. 13, p. 124 et suivantes.


La critique légitime peut chercher à retrouver le vrai texte à partir de documents fiables, et différant plus ou moins dans le temps en raison de l’infirmité ou des fautes humaines. Mais elle suppose à juste titre un dépôt divin à l’origine. Aucune personne intelligente ne voudrait mélanger cette question avec l’inspiration de Dieu ; les diverses leçons relèvent du domaine distinct de la responsabilité de l’homme, tandis que l’Écriture relève de la grâce divine. Le problème du vrai critique est d’utiliser tous les moyens, externes et internes, pour retrouver ce qui a été écrit à l’origine (voir plus loin). Ce qu’on appelle la « haute critique » est essentiellement fallacieuse, soit qu’elle nie Dieu comme Auteur, soit, si elle ne va pas jusque-là, qu’elle prétende effrontément parler en Son nom. Même les chrétiens sont en danger de tenir compte de ce que supposent ces ennemis de la parole écrite, lorsqu’ils disent que celle-ci ne revendique nulle part l’autorité divine. Il n’y a pas seulement une preuve par déduction donnée dans la Bible en général, mais il y a aussi la preuve déterminante de la révérence à l’égard de tout ce qui était déjà écrit, — preuve manifestée par notre Seigneur, le Seigneur de tout. C’est une vérité dogmatique que l’inspiration de Dieu est revendiquée pour toute l’Écriture — non seulement pour tout ce qui a été donné avant que l’apôtre Paul écrive sa dernière épître, mais aussi pour la partie qui restait à écrire. Car telle est la force de 2 Tim. 3:16 : « Toute Écriture est inspirée de Dieu et utile », etc. Si l’on avait voulu parler du corps d’écritures existant, l’article aurait été nécessaire, comme au v. 14, qui ne parle que de l’Ancien Testament. Si le sens avait voulu être que l’inspiration concernait l’ensemble existant, il aurait fallu l’article avant Écriture, comme au v. 14 (2 Tim.3), qui ne parle que de l’Ancien Testament. L’absence de l’article est tout à fait correcte, car elle accrédite la même source et le même caractère pour tout ce que Dieu a pu vouloir accorder jusqu’à ce que le canon soit complet.

En effet, l’Apôtre avait antérieurement fait en substance la même affirmation en 1 Cor. 2. Là où les oracles hébreux s’arrêtaient, le Nouveau Testament a révélé tout ce qu’il y a à communiquer pour la gloire et la bonté de Dieu (1 Cor. 2:9-13) : « Lesquelles choses aussi nous disons, non pas en paroles enseignées par la sagesse humaine, mais en paroles enseignées par l’Esprit, communiquant du spirituel par du spirituel » ou, si nous comblons le vide, « communiquant des [choses] spirituelles par des [paroles] spirituelles ». Les paroles étaient aussi positivement de l’Esprit Saint que les pensées. Telle est la propriété essentielle de l’Écriture. Ainsi tout était de l’Esprit de Dieu — la révélation, la communication, et aussi la réception. Le rationalisme nie Dieu en tout cela, en l’attribuant à l’esprit de l’homme qu’il peut élever à celui de Dieu, alors qu’il est dans les ténèbres et marche dans les ténèbres, ne sachant où il va, parce que les ténèbres ont aveuglé ses yeux (1 Jean 2:11).

Encore une fois, la traduction, comme l’interprétation et l’édition du texte issu de différents témoins, relève de l’utilisation responsable de l’Écriture, et est tout à fait distincte du fait de l’inspiration divine. Sans doute la conviction que Dieu a inspiré toute Écriture devrait agir puissamment sur l’esprit de tout croyant qui entreprendrait des travaux aussi sérieux, et elle est destinée à lui faire sentir sa dépendance à l’égard de Dieu dans l’emploi de toute diligence et de tous les moyens appropriés pour atteindre le but visé. Mais l’inspiration signifie, comme le dit l’un de ceux qui y sont employés, que des hommes ont parlé de la part de Dieu, mus (ou entraînés) par le Saint Esprit (2 Pierre 1:21). Ainsi, l’Écriture n’est pas de l’esprit ou de la volonté de l’homme, mais de Dieu, comme personne ne l’a jamais montré plus clairement que notre Seigneur, et donc par une autorité finale et divine. D’où aussi le danger et le mal pour quiconque de donner, quelle que soit la cause de cette faute, sa propre pensée et non celle de Dieu en éditant, traduisant ou interprétant. Ce que Dieu a communiqué est capable de rendre sage à salut par la foi qui est dans le Christ Jésus (2 Tim. 3:15). « N’est-il pas écrit ? » ; si on applique vraiment cette question, elle est absolument concluante dans le jugement de Celui qui jugera vivants et morts. « Et l’Écriture ne peut être anéantie » (Jean 10:35).

Combien le privilège est immense, aussi ! Dans sa dernière partie, c’est la révélation de Dieu, non seulement de Dieu, mais de Lui-même, et de Dieu qui nous parle en Fils — non pas simplement le Premier-né, mais le Fils unique, la révélation du Père et du Fils par le Saint Esprit. Oh, la grâce, aussi, de Son Fils daignant devenir un homme, afin que ce qui est absolu nous soit rendu relatif dans les tendres affections d’un homme même, de Celui qui pourtant était et est Dieu comme Son Père. D’où le changement total de notre regard sur les choses, visibles ou invisibles, selon Dieu, où les plus grandes sont ramenées jusqu’à notre cœur, et où, par les plus petites, nous apprenons à être proches de l’amour de Dieu ; rien n’est trop grand pour nous, rien n’est trop petit pour Dieu, comme disait quelqu’un d’autre qui a quitté ses travaux pour être avec Christ. Christ seul, Christ pleinement, explique les deux, et l’Écriture est la véritable maison du trésor ainsi que la norme de tout cela, selon que l’Esprit a été envoyé du ciel pour nous le faire éprouver de toutes manières. Aucune tradition ne peut servir pour une tâche aussi gigantesque.

L’Esprit de Dieu qui enregistre ne se limite pas aux simples paroles que Jésus a prononcées. Je considère que c’est là une question importante pour former un jugement sain sur les Écritures. La notion dans laquelle les orthodoxes s’enferment parfois, dans leur zèle pour l’inspiration plénière, est à mon avis tout à fait mécanique ; ils pensent que l’inspiration donne nécessairement et uniquement les mots exacts que Christ a prononcés. Il me semble qu’il n’y a pas la moindre nécessité à cela. Il est certain que le Saint Esprit donne la vérité, toute la vérité, et rien que la vérité. Les différences ne sont pas dues à quelque infirmité, mais à Son dessein, et ce qu’Il nous a donné est incomparablement meilleur qu’un simple rapport de tant de mains qui seraient toutes censées donner les mêmes paroles et les mêmes faits… Matthieu et Luc nous donnent tous deux la parabole du semeur, mais Matthieu l’appelle la parole du royaume, tandis que Luc l’appelle la parole de Dieu. Le Seigneur Jésus peut avoir employé les deux dans Son discours à cette époque… L’Esprit de Dieu ne nous a pas donné d’avoir les deux dans le même Évangile, mais Il a agi avec une souveraineté divine. Il ne réduit pas les évangélistes à de simples rapporteurs littéraux. … Le simple système mécanique ne peut jamais expliquer l’inspiration. Il se trouve entièrement déconcerté par le fait que les mêmes paroles ne sont pas données dans tous les évangiles. Prenez Matthieu (5:3) : « Bienheureux les pauvres », et Luc (6:20) : « Bienheureux, vous pauvres ». Voilà une difficulté gênante pour le schéma mécanique de l’inspiration ; ce n’en est pas une pour ceux qui tiennent à la suprématie du Saint Esprit dans l’emploi d’hommes différents comme vases de Ses divers desseins.


1.3 - La Critique Textuelle

Bien que des critiques compétents aient cherché pendant un siècle à éditer le Nouveau Testament grec sur la base de manuscrits grecs, d’anciennes versions et de citations anciennes, aucun n’a encore réussi à obtenir une confiance plus que partielle. C’est pourquoi tout érudit prudent et consciencieux qui veut vraiment connaître les sources doit comparer plusieurs de ces éditions et rechercher les raisons de leurs différences, afin d’avoir une vue correcte et élargie du texte et de juger honnêtement les leçons contradictoires qu’elles revendiquent… Un jugement spirituel mûr, avec une dépendance continuelle du Seigneur, est tout aussi essentiel qu’une familiarité saine et approfondie avec les anciens témoignages de toutes sortes.

Lachmann publia un manuel du Nouveau Testament, se disant basé sur l’idée de Bentley de présenter le texte tel qu’on le lisait au quatrième siècle… d’un seul coup, il condamnait la masse des témoins survivants à une mort ignominieuse, et nous présentait un texte formé sur des principes absolus d’une singulière étroitesse… Négliger des preuves internes est un obstacle fatal. Mais la grande erreur consiste à dire qu’un manuscrit du quatrième ou du cinquième siècle doit donner de meilleures leçons qu’un manuscrit du septième ou du huitième siècle. Or cela n’est nullement certain. Il y a une présomption en faveur du manuscrit le plus ancien, car chaque transcription successive tend à introduire de nouvelles erreurs en plus des précédentes qu’on répète. Inversement, une copie du neuvième siècle peut avoir été faite à partir d’une copie plus ancienne que toutes celles existantes, et il est certain que certains documents anciens sont plus corrompus que beaucoup de témoins plus récents. Tout érudit honnête doit reconnaître, pour le moins, que les manuscrits les plus anciens ont quelques mauvaises leçons, et que les manuscrits modernes en ont de bonnes. La distinction n’est donc pas à faire entre les preuves unies tirées des documents les plus anciens (Manuscrits, Versions, citations des Pères), et la masse des documents plus récents ; car rarement, sinon jamais, il n’y a un témoignage ancien unanime sans qu’il soit considérable soutenus par des témoins ultérieurs. En vérité, là où les documents anciens sont vraiment d’accord, il y a presque toujours une grande confirmation ailleurs, et là où les anciens diffèrent, les modernes aussi. Il est donc tout à fait sans fondement de traiter cette question comme une question pure et simple entre l’ancien et le nouveau. Le point important n’est pas non plus de rechercher quelles leçons particulières existaient à l’époque de Jérôme. Car des erreurs notoires de toutes sortes s’étaient déjà glissées dans les copies grecques et latines, et aucune ancienneté ne peut sanctifier l’erreur. La vraie question est la suivante : en se servant de tous les moyens disponibles pour former un jugement, quel était le texte primitif ? On oublie souvent que nos plus anciens documents ne sont que des copies. Plusieurs siècles se sont écoulés entre l’Écriture originale du Nouveau Testament et tous les manuscrits existants actuellement. Tous, par conséquent, sont basés sur des copistes ne différant que par le degré. Il ne s’agit donc pas de comparer un seul témoin oculaire avec de nombreux rapporteurs par ouï-dire, à moins de disposer des autographes originaux. En fait, nous savons que le récit d’un historien, trois siècles après les faits allégués, peut être, et est souvent, corrigé, cinq cents ou mille ans après, par le retour à des sources plus dignes de confiance, ou par un filtrage plus patient, plus complet et plus habile des preuves négligées.

Ma conviction personnelle est que dans certains cas, surtout pour des paroles isolées, la copie la plus ancienne qui existe peut être corrigée par une autre généralement inférieure presque à tous égards, et que les preuves internes doivent être utilisées, dans la dépendance de l’Esprit de Dieu, quand les autorités externes sont en conflit.


2 - Marc 1

Voir « Leçons introductives aux Évangiles », p. 140-156.


2.1 - Marc 1:1-18

Cf. Matt. 3:1-11 ; Luc 3:1-17 ; Jean 1:19-30.


Marc nous donne le ministère du Seigneur. Son récit est bref ; et il y a peu d’événements qui ne sont pas rapportés par Matthieu et Luc. Néanmoins, quelle lacune il y aurait dans notre vision de la vie et de l’œuvre du Sauveur ici-bas si nous cachions Marc ! Personne n’a une manière plus caractéristique de présenter ce qu’il nous donne. Nulle part ailleurs, nous n’avons des images aussi vivantes de la vie de notre Maître — non seulement ce qu’Il a dit et fait, mais comment Il regardait et ressentait. En outre, il y a le dessein évident d’attirer notre attention sur Son service de l’Évangile ; et tous les incidents choisis, ainsi que la manière particulière dont ils sont traités, portent sur ce sujet de poids et touchant : le Seigneur Dieu comme le serviteur, dans le ministère humble et fidèle de l’Évangile ici-bas.


2.1.1 - Ch. 1:1

Le début même de l’ouvrage de Marc illustre ce qui vient d’être dit : « Commencement de l’évangile de Jésus Christ ; le Fils de Dieu ; comme il est écrit dans le prophète Ésaïe : Voici, moi j’envoie Mon messager devant Ta face, lequel préparera Ton chemin. La voix de celui qui crie, » etc. Nous entrons tout de suite dans la grande affaire dont le Saint Esprit s’occupait. Il n’y a pas de sonnerie de trompettes pour annoncer le Roi dans un style et avec un titre appropriés. Cela a sa juste place dans Matthieu, qui retrace la généalogie depuis Abraham et David, ainsi que la lignée royale élue de Salomon, ce qui s’accorde si admirablement avec l’objectif de Dieu. Les circonstances avant et après Sa naissance suivent, toutes tendant au même but : présenter Jésus comme le vrai et précieux Messie d’Israël. Luc et Jean, on pourrait le démontrer aisément, ont été doués par l’Esprit d’une sagesse également frappante et appropriée pour maintenir le but respectif de leur Évangile ; mais l’espace ne permet pas de tarder à parler de ces détails.


2.1.2 - Ch. 1:2

Il est bon, cependant, en notant le beau caractère direct du tableau mis ici sous nos yeux, d’observer qu’il n’y a aucune précipitation, aucune omission de ce qui était une préface des plus importantes pour le récit de Jésus exerçant ainsi Son ministère, — à savoir l’apparition et les services préalables de Jean le Baptiseur. C’est à cela que semble faire allusion les paroles du début. C’était plus qu’une prophétie, bien que conforme aux prophètes, comme le prouvent les v. 2 et 3. Il nous est dit ailleurs que « la loi et les prophètes ont été jusqu’à Jean » (Matt. 11:13) qui a fait un grand pas en avant comme « commencement de l’évangile de Jésus Christ ». Telle était la voix de celui qui criait dans le désert, après le long silence qui avait régné sur le témoignage de Dieu à Jérusalem.

En outre, n’est-il pas touchant de voir qu’étant sur le point de suivre les pas du fidèle Serviteur de Dieu, le seul parfait, le Saint Esprit, dans Sa souveraine sagesse, a opéré dans Sa citation de Mal. 3:1 un changement qui atteste la gloire divine de Jésus ? Dans la prophétie, c’est l’Éternel qui envoie Son messager pour préparer le chemin devant Lui. Dans l’évangile, c’est encore l’Éternel qui envoie Son messager, mais c’est maintenant devant « Ta face » — c’est-à-dire la face de Jésus Christ. La vérité est que Jésus, aussi humble qu’Il fût, était l’Éternel. Matthieu tire la même vérité de Son nom. « Tu appelleras Son nom Jésus, car c’est Lui qui sauvera Son peuple de ses péchés » (Matt. 1:21). Or, les Juifs n’étaient le peuple de personne d’autre que de l’Éternel. Ce changement dans la citation de Malachie au début de notre Évangile est d’autant plus remarquable que Marc, à la différence de Matthieu, cite rarement les Écritures. On voit combien c’est parfaitement en harmonie avec cet Évangile, et aussi à sa partie initiale. Si le Seigneur de gloire venait ou vient sous la forme d’un serviteur et à la ressemblance des hommes, il était tout à fait approprié que la prophétie ne soit pas anéantie, mais se plie devant Lui, et qu’un nouveau témoignage encore plus béni commence.


2.1.3 - Ch. 1:3-5

Mais où crie cette voix du héraut, et où baptisait-il ? « Dans le désert ». Quel était donc l’état de Jérusalem et du peuple de Dieu ? Ils devaient sortir vers Jean s’ils voulaient prendre leur juste place devant Dieu. Ce qu’il présentait était le baptême de repentance pour la rémission des péchés. L’effet était grand ; je ne dis pas salvateur, mais étendu, et touchant la conscience. « Tout le pays de Judée et tous ceux de Jérusalem sortaient vers Lui ; et ils étaient baptisés par lui dans le fleuve du Jourdain, confessant leurs péchés ». Tout cela est ici esquissé par Marc, clairement mais rapidement et brièvement, sans s’arrêter en chemin pour mettre devant nous, comme Matthieu avait besoin de le faire selon le dessein de Dieu, les hommes orgueilleux et faux de cœur qui tenaient la place de chefs religieux de l’époque, et qui allaient être les objets du jugement de Dieu, certain et scrutateur.


2.1.4 - Ch. 1:6-8

Mais si Jean avait une place particulière, et si sa demeure, ses vêtements et sa nourriture témoignaient de sa séparation d’avec l’état mauvais d’Israël, sa tâche plus heureuse était de témoigner de la supériorité de la personne de Christ et de Son ministère, par rapport à lui et au sien. Rien n’est dit ici du baptême de feu, comme en Matthieu et en Luc où ce sujet était requis. Mais Marc a été inspiré de ne parler que de la partie du témoignage de Jean directement associée à l’œuvre du Seigneur dans l’Évangile, à savoir le baptême du Saint Esprit. Ce n’est pas, bien sûr, que la repentance eût cessé avec Christ, ni que, dans un monde de péché, elle puisse jamais cesser d’être le chemin nécessaire d’une âme qui est née de Dieu. Cependant, le fait qu’une âme se tourne vers Dieu, dans le sentiment du péché et dans le jugement de soi, est différent de la puissance divine qui écarte le mal sur la base d’une rédemption accomplie par la grâce de Dieu. C’est la bénédiction caractéristique du christianisme.


2.2 - Marc 1:9-11

Matt. 3:13-17 ; Luc 3:21-22 ; Jean 1:31-34.


Pourtant, Jésus, le Baptiseur du Saint Esprit, fut Lui-même baptisé par Jean dans le Jourdain, et Lui-même reçut le Saint Esprit ! Quelle vision et quelle vérité ! Infiniment au-dessus du péché et des péchés (qu’Il ne connaissait même pas, 2 Cor. 5:21), Il fut pourtant baptisé d’eau. Il n’avait pas d’injustice à confesser, mais c’est ainsi qu’il Lui convenait d’accomplir toute justice (Matt. 3:15). C’est de Nazareth en Galilée qu’Il venait, Lui qui était sur toutes choses Dieu béni éternellement (Rom. 9:5). C’est là qu’Il demeurait, comme nous le dit Matthieu, afin que la parole des prophètes s’accomplisse en cela, comme en tout le reste. Le ciel pouvait-il rester impassible en contemplant une telle grâce ? Impossible : « Et aussitôt qu’il sortit de l’eau, il vit les cieux se fendre, et l’Esprit descendre sur lui comme une colombe ». Quelle signification avait cet acte de baptême dans la pensée de Dieu ! « Et une voix se fit entendre des cieux, disant : Tu es mon Fils bien-aimé, en Toi j’ai trouvé mon plaisir » (*). « Lui que Dieu le Père a scellé » dit l’évangile de Jean (6:27). Ce n’est pas seulement le fait qui est rapporté ici, mais « Il vit » (1:10), etc. Bien que véritablement Dieu, Il était homme ; bien que Fils, Il devint un esclave, et Il était maintenant sur le point d’entrer dans Son ministère. Il reçut l’Esprit en même temps que la reconnaissance de Sa filiation. Il avait justifié la sentence de Dieu sur Israël et l’appel qu’Il lui adressait — Il s’était joint en grâce aux âmes qui s’étaient courbées devant cette sentence dans les eaux du Jourdain ; mais cela ne pouvait avoir lieu sans la réponse du Père pour la joie de Son cœur dans le chemin qu’Il allait parcourir. L’un (le baptême d’eau au Jourdain) était l’accomplissement de toute sorte de justices, et non pas seulement la justice légale (ceci en grâce, car il n’y avait aucune nécessité de mal dans Son cas), l’autre (la voix du Père) était Sa reconnaissance par le Père dans une relation personnelle de haute proximité, sur laquelle Sa soumission au baptême aurait pu jeter du trouble à des yeux charnels.


(*) En raison de son association avec tous ceux qui, en Israël, ressentaient et reconnaissaient leur condition aux yeux de Dieu… le Sauveur s’identifiait avec le résidu craignant Dieu.


2.3 - Marc 1:12-13

Matt. 4:1-11 ; Luc 4:1-13.


« Et aussitôt l’Esprit Le pousse dans le désert ; et Il fut dans le désert quarante jours, tenté par Satan ; il était avec les bêtes sauvages, et les anges Le servaient ». Quelle image de Sa position en quelques mots de Dieu ! Moïse, le législateur, avait été avec Dieu sur la montagne pendant quarante jours ; Élie, le prophète, avait été dans le désert avec Dieu pendant la même période, soutenu sans qu’il fût besoin de nourriture de l’homme. Mais qu’étaient ces deux miracles comparés à la situation de Jésus ? Pour Lui, le Fils, être avec Dieu était, et avait été Sa part de toute éternité, — Sa place naturelle, pour ainsi dire ; mais maintenant Il était descendu sur la terre, homme parmi les hommes, et dans le désert, auquel le péché avait réduit cette belle création, Il est tenté pendant quarante jours par Satan. L’homme n’était pas là, mais il y avait les bêtes sauvages, comme notre évangéliste l’ajoute avec force ; et là aussi, les anges étaient à son service. Voilà toute Sa merveilleuse préparation pour un service non moins merveilleux.

Nous avons vu jusqu’ici en Christ les grands préparatifs pour le service de Dieu, le début étant, bien sûr, modifié par Son absence intrinsèque et absolue de péché. Et je crois qu’il en est de même, dans une certaine mesure, pour quiconque est appelé par le Seigneur à suivre Son chemin. Il y a, tout d’abord, la reconnaissance de notre vraie place devant Dieu. Quelle jouissance réelle de notre relation spirituelle peut-il y avoir tant que nous ne nous courbons pas devant Dieu dans la vérité de notre condition ? Il peut y avoir une sorte de joie à la pensée du pardon des péchés ; mais ce pardon, aussi doux et important soit-il, n’est, après tout, qu’un acte — un acte immense et divin — de la grâce souveraine par le sang versé du Sauveur. Il n’est pas en soi l’existence ou la jouissance de notre nouvelle relation de fils avec le Père. Cela est donné ensuite, avec le sceau de l’Esprit. Nous aussi, conduits par l’Esprit, nous avons l’heureux témoignage que nous sommes enfants de Dieu. Mais ensuite, il faut prendre conscience de ce qu’est la puissance de Satan, et aussi du désert, avant d’avoir la pleine capacité de servir les autres dans la puissance de Dieu.


2.4 - Marc 1:14-20

Matt. 4:12-22 ; Luc 4:14-15, Luc 5:1-11.


2.4.1 - Ch. 1:14-15

« Mais après que Jean eut été livré, Jésus vint en Galilée, prêchant la bonne nouvelle du royaume de Dieu ». C’était le moment approprié pour Son ministère public. C’était une heure peu adaptée à la nature, alors que le précurseur du Messie goûtait l’inimitié du monde ; mais Jésus n’est pas venu pour échapper aux peines de l’amour dans un monde haineux, mais pour faire connaître ce qu’est Dieu, malgré, et même à cause, d’un tel monde. C’est pourquoi Il dit : « Le temps est accompli, et le royaume de Dieu (*) s’est approché. Repentez-vous et croyez à la bonne nouvelle (l’évangile) ». Il n’y avait plus de délai pour le témoignage de la grâce. Il n’était plus question de la loi, mais de se repentir et de croire à l’Évangile.


(*) Matthieu utilise « royaume de Dieu » dans quelques passages où « royaume des cieux » ne pouvait être utilisé (Matt. 6:33 ; 12:28 ; 21:43). Ainsi, le royaume de Dieu était là lorsque Christ le Roi était là ; le royaume des cieux a commencé lorsque Christ est allé au ciel. Bientôt, lorsque Satan cessera de régner, ce sera le royaume des cieux (et de Dieu aussi, bien sûr), non pas en mystère, mais en manifestation. Le royaume de Dieu a aussi une force morale que le royaume des cieux n’a pas, et c’est de cette manière que Paul l’utilise fréquemment, et qui convenait particulièrement au dessein de l’Esprit dans Luc.


2.4.2 - Ch. 1:16-20

Mais, bien que ce fût alors le temps de l’action divine, la grâce voulait avoir des participants à sa propre joie. Ainsi, nous avons Simon et André, Jacques et Jean, appelés à devenir pêcheurs d’hommes. Ils avaient connu et cru en Jésus auparavant, mais maintenant ils doivent Le suivre et être avec Lui. Bateaux, filets et père (c'est-à-dire leur propriété terrestre, leur occupation ordinaire et leur relation naturelle) doivent céder à l’appel de Jésus. Non pas que tous soient appelés à suivre Jésus de cette manière ; mais assurément c’est le Saint Esprit qui conduit l’âme qui est née de nouveau à L’appeler Seigneur. Cette confession est-elle réelle ou dénuée de sens ? Par son sang, nous sommes rachetés pour Dieu. Nous ne sommes pas à nous-mêmes ; nous avons été achetés à un prix. Il est notre Seigneur, non seulement dans les grandes choses, mais aussi dans les plus petites affaires de la vie quotidienne. Et je suis sûr qu’une crise survient dans l’histoire des âmes croyantes, lorsqu’elles doivent être mises à l’épreuve pour savoir dans quelle mesure cela est vrai expérimentalement. Car Satan cherche à nous tenter, à nous faire sortir de l’heureuse place de serviteurs de Christ, à nous faire en quelque sorte des seigneurs. Cherchons-nous nos propres intérêts, notre propre plaisir, nos propres aises ? Luttons-nous pour notre propre volonté ? Cherchons-nous à être quelque chose dans le monde, ou, en tout cas, quelque chose dans l’Église ? Qu’est-ce que c’est, sinon d’être des seigneurs au lieu d’être Ses serviteurs ? Mais Le reconnaître comme Seigneur, faire sa volonté, voilà ce qui nous appartient en propre. C’est pour cela que nous sommes sauvés. C’est pour cela qu’Il est mort, et c’est pour cela que nous devons vivre — pour reconnaître Jésus comme Seigneur. Vivre pour nous-mêmes en quoi que ce soit, c’est Le priver de Ses droits, et c’est nier, jusqu’à un certain point, le grand prix qu’Il a payé pour nous faire Siens.


2.5 - Marc 1:21 -28

Luc 4:31-37.


2.5.1 - Ch. 1:21-22

« Ils se rendent à Capernaüm, et aussitôt, le jour du sabbat, il entra dans la synagogue et enseigna. Et ils étaient étonnés de sa doctrine, parce qu’il leur enseignait comme ayant autorité, et non pas comme les scribes ». C’est le premier point essentiel dans le ministère de la parole de Dieu : qu’elle soit prononcée avec autorité. La chair peut l’imiter. Le monde pense que la volonté propre est la seule chose qui puisse servir à atteindre un but quelconque. Mais quelle que soit la force de la volonté de l’homme dans les choses des hommes, la certitude de la volonté de Dieu est la seule chose par laquelle le Saint Esprit revêt d’autorité la parole dans les choses divines. C’est ce qui a eu lieu en premier avec Christ, car Lui seul, en tant qu’homme, avait toujours le Seigneur devant Lui (Ps. 16:8). Mais même dans notre cas, il faut parler avec l’assurance de la pensée et de la volonté de Dieu (1 Pierre 4), si tant est que nous parlions pour Dieu ; sinon, il vaudrait mieux se taire. Il n’en était pas ainsi avec les scribes. Ils pouvaient raisonner ou éblouir, selon que l’argument ou la fantaisie l’emportait. Mais pour nous, il vaut mieux ne pas parler si nous n’avons pas la certitude de ce que Dieu aurait dit à un moment donné. En parlant avec incertitude, on ne fait que communiquer aux autres nos doutes ou nos ténèbres. Mais si par grâce nous avons la certitude de la vérité de Dieu, qu’elle soit dite avec autorité. C’est en tant que serviteur que Christ le fait ici. Il était Lui-même la perfection de l’humilité ; car parler avec la plus grande autorité n’est nullement incompatible avec un esprit humble, quand on n’a aucun doute sur la pensée de Dieu.


2.5.2 - Ch. 1:23-28

Mais ensuite, nous trouvons « qu’il y avait dans leur synagogue un homme possédé d’un esprit impur, et il s’écria, disant : Ha ! qu’avons-nous à faire avec toi, Jésus Nazaréen ? Es-Tu venu pour nous détruire ? Je sais qui Tu es, le Saint de Dieu. Et Jésus le tança (réprimanda) en disant : Tais-toi, et sors de lui. Et quand l’esprit impur l’eut déchiré, et qu’il eut crié d’une voix forte, il sortit de lui ». Combien ces possessions démoniaques apparaissaient de manière frappante en présence de Jésus ! En lisant les Évangiles, on pourrait presque penser que tous les cas existants et possibles à l’époque s’étaient pressés autour de Lui. Mais la vérité est qu’il y en avait peut-être autant auparavant, mais la présence de la lumière divine les faisait tous ressortir ; la présence de Jésus, le Fils de Dieu, mettait Satan aux abois et faisait tomber le masque qui avait pu couvrir ses victimes auparavant. Dans une certaine mesure, cela peut être observé partout où la puissance de la vérité et de la sainteté de Dieu est à l’œuvre. Élève-t-il une bannière ? L’opposition se fera immédiatement sentir, et l’ennemi se déclarera. L’esprit impur serait volontiers resté tranquille, mais il reconnaît la puissance de Jésus de Nazareth, le méprisé. La puissance de Satan ne pouvait que sentir la présence et la suprématie du méprisé des hommes, mais qui était le Saint de Dieu. Jésus, cependant, le tance, et délivre le possédé, à l’étonnement de tous ceux qui reconnaissaient la nouvelle doctrine en raison de la puissance qui jugeait et chassait l’ennemi.


2.6 - Marc 1:29-34

Matt. 8:14-16 ; Luc 4:38-41.


Et ce n’est pas tout. La parole divine était ressentie, et les démons étaient chassés. La maladie aussi s’enfuyait à Son contact, et cela non seulement dans le cas individuel de la mère de la femme de Simon, mais dans des foules d’autres personnes, misérables et affligées de toutes manières. À cet égard, nous n’avons qu’à nous humilier devant Dieu, car l’Église était autrefois le siège de cette même merveilleuse énergie de réprimer les maladies et de chasser les démons. C’était les puissances du siècle à venir. Mais Dieu a dépouillé l’Église de ses ornements à notre honte, et il nous convient d’en être humiliés. Mais tournons-nous vers Jésus. Il était inlassable dans Sa journée de labeur et de service pour les autres ; cela n’a pas changé. Il poursuit toujours Son œuvre d’amour ; car « au coucher du soleil, on Lui apporta tous ceux qui se portaient mal et ceux qui étaient possédés par des démons, et toute la ville était rassemblée à la porte ; Il guérit beaucoup de gens atteints de diverses maladies, et Il chassa beaucoup de démons, et Il ne permettait pas aux démons de parler, parce qu’ils Le connaissaient ». Il refusait ce témoignage mixte. Il faut qu’il soit divin pour qu’Il l’accepte.


2.7 - Marc 1:35-39

Luc 4:42-44.


Mais ce qui est si béni pour nous et si instructif aussi, c’est le prochain beau trait que nous trouvons dans le Seigneur comme serviteur sur la terre. « S’étant levé le matin, bien avant le jour, Il sortit et s’en alla dans un lieu désert, et là Il priait ». Bien qu’Il ait été occupé tôt et tard par les souffrances des autres, nous Le trouvons ici devançant l’aube de beaucoup, alors qu’il faisait encore nuit noire, afin de s’entretenir avec Son Père. Et quelles étaient les communications entre un tel Père et un tel Fils ? L’Ancien Testament nous dit : « Le Seigneur l’Éternel m’a donné la langue des savants, afin que je sache soutenir par une parole celui qui est las. Il me réveille matin après matin, Il réveille Mon oreille pour que j’écoute comme ceux qu’on enseigne » (Ésaïe 50:4). Le Nouveau Testament nous dit comment Il se rendait longtemps avant le jour dans un lieu désert, et qu’Il y priait. Et s’Il se retirait ainsi pour être avec Dieu, Lui-même le Seigneur Dieu, avant de se mettre au travail de la journée, pouvons-nous nous étonner que nous faillissions tant dans le travail au dehors, nous qui faillissons encore plus quant à l’intimité intérieure avec notre Père ? Soyons assurés que le secret de la force sainte et de l’endurance dans le service se trouve uniquement là.


2.8 - Marc 1:40-45

Matt. 8:1-4 ; Luc 5:12-16.


2.8.1 - Différences entre les évangiles : ordre chronologique ou non

Avant de parler de la purification du lépreux, considérons un peu la structure de notre Évangile par rapport aux autres. Un examen attentif convaincra bientôt le lecteur que Marc suit l’ordre des faits, comme le fait Jean, à une très légère exception près, dans la mesure où il nous donne un récit historique. Ni Luc ni Matthieu n’adhèrent à l’ordre successif évident des événements : le premier, en vue de développer la portée morale des faits, a enregistré la condition réelle de l’homme et les ressources admirables de la grâce divine ; le second, afin de manifester plus vivement le changement de dispensation consécutif au rejet du Messie. Je crois que tel était le but du Saint Esprit dans leurs Évangiles respectifs, sans prétendre dire jusqu’à quel point les auteurs ont pu entrer dans les vastes desseins de Dieu dans leurs propres écrits inspirés. En général, le caractère de l’inspiration du Nouveau Testament est une communion intelligente avec la pensée de Dieu, et non pas un moyen instrumental seulement, comme c’était le cas habituel pour les prophètes juifs (1 Pierre 1). La grande question, cependant, est de savoir quelle était l’intention de Dieu, qui avait en vue l’instruction et la bénédiction permanentes de Son Église par la parole écrite.

Il existe des différences, fréquentes et graves, entre les différentes présentations du Seigneur dans les Évangiles, à la fois dans l’ordre des récits et dans la manière dont les circonstances et les discours particuliers nous sont présentés. À quoi faut-il attribuer ces nuances variant sans cesse ? Est-ce à la simple infirmité d’hommes de bien, qui ont fait de leur mieux, mais dont on ne pouvait attendre une concordance absolue, car même les meilleurs et les plus doués ne sont pas d’accord dans leurs pensées, leurs sentiments, leurs compréhensions et leurs jugements ? Ou, au contraire, faut-il attribuer ces divergences apparentes, non pas à la faiblesse de l’homme, mais à la sagesse de Dieu ? Et faut-il considérer avec respect toutes les divergences qui les séparent, comme chargées de vérité autant que leurs points de concordance évidents ? N’oublions pas un seul instant que les livres de l’Écriture Sainte offrent un magnifique maintien du style et de la manière propres à leurs auteurs pris individuellement. Mais souvenons-nous tous et toujours que soutenir l’individualisme est une chose bien distincte de permettre l’erreur, et que l’inspiration divine n’admet pas l’erreur et ne détruit pas l’individualité.

Qu’il y ait des différences nombreuses et frappantes entre les Évangiles, c’est évident pour tout le monde, sauf pour le lecteur le plus négligent ; que ces différences soient divinement données, et non des défauts d’inadvertance, c’est également certain pour le croyant. Confesser l’inspiration des évangélistes, tout en attribuant aux évangiles une erreur quelconque, c’est se tromper soi-même et pécher contre Dieu. L’inspiration n’est plus l’inspiration si elle est compatible avec l’erreur. Rendre compte des nuances, montrer combien elles sont toutes nécessaires, raisonnables et divinement parfaites, c’est une autre affaire, qui dépend de notre degré d’intelligence et de puissance spirituelles ; mais aucun chrétien ne devrait hésiter un instant à s’opposer à toute mise en doute de la parole de Dieu. Or, Dieu a pris soin que, parmi les auteurs des Évangiles, deux (Matthieu et Jean) soient des apôtres, et deux (Marc et Luc) ne le soient pas, bien que tous, bien sûr, soient pareillement inspirés. De plus, Sa sagesse a voulu que, de ces deux classes, l’une (Marc et Jean) s’en tienne à l’ordre chronologique, et que l’autre (Matthieu et Luc) adopte, dans une certaine mesure, un groupement des faits nécessairement différent de la simple transcription des faits tels qu’ils se sont produits. Il est remarquable que c’est à notre évangéliste (Marc), bien qu’il ne soit pas apôtre, que nous devons la vue la plus claire de la ligne historique du ministère de notre Sauveur, suivie de ce qui la clôt et la couronne, depuis la croix jusqu’à l’ascension. Les preuves que Marc, dans son esquisse brève, rapide, mais très vivante, conserve la série intacte, apparaîtront de temps en temps, à mesure que nous poursuivrons son cours. Le fait est énoncé ici, et son importance est manifeste s’il est accepté comme vrai ; car nous disposons ainsi d’une norme, quant à la séquence, qui permet de mesurer, comme sur une échelle absolument parfaite, les déplacements de Matthieu et de Luc. Il nous faut donc considérer en détail le principe et les objectifs que le Saint Esprit avait en vue lorsqu’Il a conduit ces évangélistes à regrouper certains incidents, miracles ou discours, les sortant de leur place, mais suivant un ordre tout aussi réel que celui de Marc, et plus approprié, bien sûr, à leur dessein spécifique.

L’omission ou l’insertion de points particuliers dans un ou plusieurs évangiles, et non dans les autres, est due à la même cause. Par exemple, la première apparition de la vraie lumière dans le cœur d’André, de Jean, de Pierre, etc. n’est donnée qu’en Jean 1. « Il appelle ses propres brebis par leur nom, et Il les mène dehors » (Jean 10:3). D’autre part, ce n’est pas Jean, mais les autres évangélistes qui nous montrent leur convocation officielle à suivre Christ et à devenir pêcheurs d’hommes ; mais parmi eux, seul Luc (ch. 5) fournit (en dehors de sa date effective) les détails de la pêche miraculeuse que le Seigneur fit agir avec une telle puissance sur l’âme de Pierre et de ses associés, en les sondant. Pour le reste, la succession des événements dans Luc coïncide avec celle de Marc, sauf que Luc commence par la scène de la synagogue de Nazareth (Luc 4:16-27), qui décrit de façon si vivante l’intervention de la bonté divine, Jésus oint du Saint Esprit et de puissance, et le débordement de la grâce sur les Gentils après Son rejet par Son peuple. Matthieu (4:23-25) ne donne pas de détails ici, mais s’attarde sur Sa prédication et Ses miracles dans toute la Galilée, et Sa renommée largement répandue et ses effets ; après cette large esquisse, suit le sermon sur la montagne, transposé de son lieu et de sa date, de manière à donner dès le début un exposé plus complet des principes du royaume. Marc n’a pas ce sermon ; sa tâche n’était pas d’exposer le caractère du royaume des cieux en opposition à la loi (comme le prophète plus grand que Moïse le fait dans Matthieu), mais de raconter les œuvres et le ministère du Seigneur dans l’Évangile. Sa place, si elle avait été insérée là, aurait été, je crois, au milieu du ch. 3. Ainsi, la comparaison de la ligne chronologique des choses dans Marc, comme étant, pour ainsi dire, une échelle fixe, facilite grandement notre perception des déplacements de récits dans Matthieu et Luc, ainsi que notre considération de la sagesse divine qui, dans l’un et l’autre, a ainsi ordonné leurs récits.


2.8.2 - Ch. 1:40-42

Revenons à l’évangile de Marc. « Un lépreux vient à Lui, Le supplie, se met à genoux devant Lui et Lui dit : « Si Tu veux, Tu peux me rendre net ». Quelle image de la misère sans ressources que ce lépreux agenouillé devant Jésus ! Non pas, cependant, sans espoir, car il implorait le Sauveur dans sa profonde détresse. Il n’y avait pas de remède contre la lèpre ; mais seulement si Dieu guérissait, il y avait des offrandes pour la purification. « Suis-je Dieu, pour tuer et faire vivre », disait le roi d’Israël alarmé (2 Rois 5:7), « que cet homme envoie vers moi un homme pour le délivrer de sa lèpre ? ». En vérité, être lépreux, c’était être « comme un mort-né dont la chair est à demi-consumée quand il sort du ventre de sa mère » (Nombres 12:12).

Pourtant, ce lépreux importune Jésus, ne doutant pas de Sa puissance. « Si Tu veux, Tu peux me rendre net ». C’était la seule question dans un cœur brisé par le sentiment de sa condition réelle, et de son besoin urgent et extrême. Jésus le voulait-il ? Et quelle réponse vint à la faible foi ! Car Dieu veut être Dieu éternellement, et surpasser même les pensées les plus vraies que nous avons de Lui. « Mais Jésus, ému de compassion, étendit la main et le toucha, et lui dit : Je veux, sois net ». Quelle était cette nouveauté sur la terre ? Un homme très certainement, mais aussi sûrement infiniment plus qu’un homme : un cœur touché avec d’exquis sentiments de pitié ; une main tendue pour toucher un lépreux ! Était-ce la loi ? S’il ne s’était agi que de la loi, et d’un simple homme, il y aurait eu, non pas la purification de l’impur, mais la souillure de celui qui s’aventurait à entrer en contact avec cet objet répugnant et interdit. Mais, si bas qu’Il puisse descendre en grâce, Jésus était le Fils de Dieu, une personne divine, qui seule, parmi tous les hommes, pouvait dire sans péché : « Je veux, sois net ». Aucune action de puissance ne pouvait répondre ainsi aux besoins du lépreux, aux besoins de son âme comme de son corps. La tendresse, l’amour parfait et désintéressé qui l’a touché — cela ne devrait-il pas être beaucoup pour nos cœurs ? Assurément, cela a révélé le cœur de Jésus comme aucune parole seule n’aurait pu le faire ; et pourtant les paroles ont révélé Celui qui était Dieu sur terre. C’était la grâce divine dans un homme, en Jésus, le parfait serviteur de Dieu, qui servait les nécessités de l’homme de manière d’autant plus bénie qu’Il servait ainsi parfaitement Dieu. C'est pourquoi une purification immédiate suivit, l’inverse même de subir une contamination. « Et comme Il parlait, aussitôt la lèpre se retira de lui, et il fut net ».


2.8.3 - Ch. 1:43-44

Il lui fit des reproches sévères et le renvoya aussitôt, en lui disant : « Prends garde de n’en rien dire à personne », etc. Il était important que le prêtre (sacrificateur), à la vue du lépreux purifié, soit obligé de reconnaître, de témoigner et, pour ainsi dire, de prendre formellement connaissance de la preuve que la main de Dieu était là à l’œuvre, — non pas une main en train d’écrire un jugement sur la profanation orgueilleuse de l’homme, mais une main agissant en puissance de grâce, et en même temps dans la plus profonde condescendance, une main travaillant à la guérison d’une misère et d’une souffrance abjectes et autrement sans espoir, le type permanent du pécheur. En outre, la grâce respectait et maintenait la loi jusqu’à ce que la mort et la résurrection introduisent une autre gloire, d’ordre supérieur et durable, en faveur de ceux qui y ont part par la foi ; la grâce ne cherche pas non plus son propre crédit, mais elle cherche à ce qu’en toutes choses Dieu soit glorifié par Jésus Christ, à qui appartiennent la gloire et la domination éternellement (1 Pierre 4:11). Amen.


2.8.4 - Ch. 1:45

« Mais il sortit et commença à beaucoup publier, et à divulguer ce qui était arrivé, de sorte que Jésus ne pouvait plus entrer ouvertement dans la ville, mais il se tenait dehors dans les lieux déserts ; et on venait à Lui de toutes parts ». Jésus ne cherchait pas Ses propres affaires ; et de même que dans la scène précédente (1:37) les applaudissements humains n’étaient que l’occasion pour Lui de se détourner de l’éclat des miracles pour se consacrer à d’autres travaux plus méprisés, de même ici il évite la ville au profit des lieux sauvages négligés, bien qu’Il soit toujours ouvert à l’appel du besoin, d’où qu’il vienne.


2.8.5 - Sommaire sur le ch. 1

Nous avons vu le Seigneur officiellement introduit et entrant dans Son ministère public de l’Évangile, doté de la puissance de l’Esprit et tenté en vain, quoique jusqu’à l’extrême, par le diable. Nous L’avons vu, après avoir appelé des témoins choisis, exposer et expulser l’esprit immonde qui possédait un homme. C’était là la puissance de Dieu, non moins que l’autorité de la Parole. Une maladie extrêmement violente s’est enfuie et la force a été communiquée par Son intervention — la force d’exercer le ministère ; les maladies et les démons ont tous deux céder à ce Ministre du bien dans un jour mauvais, qui ne cherchait pas leur témoignage, mais la face de Son Père, en secret pendant que les hommes dormaient. Mais si la prédication de l’Évangile et chasser les démons étaient Son service principal, Son cœur et sa main compatissants étaient ouverts à tout cri de détresse, comme le prouve le lépreux venu confesser sa misère abjecte ; et il soumet sa guérison à la loi lévitique de la purification, obligeant ainsi les prêtres (sacrificateurs) eux-mêmes à voir, dans cette soumission même à la loi, la preuve de la présence et de la puissance de Celui qui était au-dessus d’elle.