Leçons sur l’évangile de Matthieu

William Kelly (tous les sous-titres ou titres de paragraphes sont des ajouts de bibliquest)

Lectures, selon STEM Publishing


Matthieu 1 à 9 et 17 à 28 : traduction en cours.


Table des matières abrégée :

1 - Matthieu 10

2 - Matthieu 11

3 - Matthieu 12

4 - Matthieu 13

5 - Matthieu 14

6 - Matthieu 15

7 - Matthieu 16


Table des matières détaillée :

1 - Matthieu 10. 1

1.1 - Rappel sur ch. 9:36-38. 1

1.2 - Ch. 10:1-4. 1

1.2.1 - Une mission envers les brebis perdues d’Israël 1

1.2.2 - Un pouvoir conféré aux disciples. 1

1.2.3 - Différence d’avec l’appel de Paul et sa mission en vue de l’Église. 1

1.3 - Ch. 10:5-10. 1

1.4 - Ch. 10:11-15. 1

1.5 - Ch. 10:16-18. 1

1.6 - Ch. 10:19-22. 1

1.7 - Ch. 10:23. 1

1.8 - Ch. 10:24-28. 1

1.9 - Ch. 10:29-31. 1

1.10 - Ch. 10:32-33. 1

1.11 - Ch. 10:34-36. 1

1.12 - Ch. 10:37-39. 1

1.13 - Ch. 10:40-41. 1

1.14 - Ch. 10:42. 1

2 - Matthieu 11. 1

2.1 - Ch. 11:1-3. 1

2.2 - Ch. 11:4-6. 1

2.3 - Ch. 11:7-11a. 1

2.4 - Ch. 11:11b — le moindre dans le royaume des cieux est plus grand que lui 1

2.4.1 - Ch. 11:11b — un nouvel ordre de choses. 1

2.4.2 - Ch. 11:11b — ce qu’est le royaume des cieux. 1

2.4.3 - Ch. 11:11b — ce qui est l’objet de la foi maintenant 1

2.4.4 - Ch. 11:11b — différence entre le royaume promis et le royaume arrivé. 1

2.4.5 - Ch. 11:11b — privilèges du croyant aujourd’hui 1

2.4.6 - Ch. 11:11b — qui est le moindre. 1

2.5 - Ch. 11:13-14. 1

2.6 - Ch. 11:15. 1

2.7 - Ch. 11:16-19. 1

2.8 - Ch. 11:20-24. 1

2.9 - Ch. 11:25-26. 1

2.10 - Ch. 11:27-28. 1

2.11 - Ch. 11:29-30. 1

3 - Matthieu 12. 1

3.1 - Ch. 12:1-4. 1

3.2 - Ch. 12:5-8. 1

3.3 - Ch. 12:9-13. 1

3.4 - Sabbat et jour du Seigneur ou journée dominicale. 1

3.5 - Ch. 12:14-21. 1

3.6 - Ch. 12:22-32. 1

3.7 - Ch. 12:33-37. 1

3.8 - Ch. 12:38-42. 1

3.9 - Ch. 12:43-45. 1

3.10 - Ch. 12:46-50. 1

4 - Matthieu 13. 1

4.1 - Au ch. 12, une rupture de relations et une nouvelle famille. 1

4.2 - Place des paraboles dans l’évangile de Matthieu. 1

4.3 - Ch. 13:1-2 — Des paraboles sur le témoignage nouveau, chrétienté et christianisme. 1

4.4 - Ch. 13:3a — Beaucoup de choses en paraboles. 1

4.4.1 - Séries de sept et douze. 1

4.4.2 - La série de sept paraboles est une esquisse du royaume des cieux qui convient pour l’évangile de Matthieu 1

4.5 - Ch. 13:3b — La première parabole : Un semeur qui sort pour semer 1

4.5.1 - Ch. 13:4 — La semence tombée le long du chemin. 1

4.5.2 - Ch. 13:5-6 — Le terrain rocailleux. 1

4.5.3 - Ch. 13:7 — Les épines qui étouffent la semence. 1

4.5.4 - Ch. 13:8-9 — La bonne terre. 1

4.5.5 - Ch. 13:10-17 — Raison d’être des paraboles. 1

4.5.6 - Ch. 13:18-23 — Explication de la parabole du semeur 1

4.5.6.1 - Comprendre dans Matthieu, croire dans Luc. 1

4.5.6.2 - 13:19 — Le méchant qui ravit la semence. 1

4.5.6.3 - 13:20 — La semence dans les endroits rocailleux. 1

4.5.6.4 - 13:20 — La semence parmi les épines. 1

4.5.6.5 - 13:20 — La semence dans la bonne terre. 1

4.6 - Ch. 13:24-30 — Première similitude du royaume. 1

4.6.1.1 - Laisser croître l’ivraie n’est pas accepter le mal de l’Église. 1

4.6.1.2 - Laisser croître l’ivraie n’a rien à voir avec la communion dans l’Église. 1

4.6.1.3 - Le champ, c’est le monde, non pas l’église. 1

4.6.1.4 - Parabole de l’ivraie seulement dans Matthieu. 1

4.6.1.5 - Rassembler l’ivraie en bottes. 1

4.6.1.6 - Échec de la profession chrétienne. 1

4.6.1.7 - Ne pas se tromper sur la signification du champ et de l’ivraie. 1

4.7 - Ch. 13:31-32 — Deuxième similitude du royaume : le grain de moutarde. 1

4.8 - Ch. 13:33 — Troisième similitude du royaume : le levain dans la farine. 1

4.9 - Ch. 13:34-43 — Les parabole dites dans la maison. 1

4.9.1 - Analogie avec Lév.23. 1

4.9.2 - Complément d’information sur les premières paraboles. 1

4.9.3 - Antagonismes. 1

4.9.4 - La moisson. 1

4.9.5 - Une époque différente de celle de l’évangile. 1

4.9.6 - Triomphe du mal jusqu’à son renversement 1

4.9.7 - Restauration d’Israël 1

4.9.8 - Les justes qui resplendissent et le royaume du Père. 1

4.10 - Ch. 13:44 — Le trésor caché dans un champ. 1

4.11 - Ch. 13:45-46 — La perle de grand prix. 1

4.12 - Ch. 13:47-50 — Le filet jeté dans la mer 1

4.13 - Ch. 13:53-58. 1

5 - Matthieu 14. 1

5.1 - Ch. 14:1-2. 1

5.2 - Ch. 14:3-12. 1

5.3 - Ch. 14:13. 1

5.4 - Ch. 14:14. 1

5.5 - Ch. 14:15-16. 1

5.6 - Ch. 14:17-21. 1

5.7 - Ch. 14:22-24. 1

5.8 - Ch. 14:25-33. 1

5.9 - Ch. 14:34-36. 1

6 - Matthieu 15. 1

6.1 - Ch. 15:1-9. 1

6.2 - Ch. 15:10-11. 1

6.3 - Ch. 15:12-14. 1

6.4 - Ch. 15:15-20. 1

6.5 - Ch. 15:21-22. 1

6.6 - Ch. 15:23. 1

6.7 - Ch. 15:24-28. 1

6.8 - Ch. 15:29-31. 1

6.9 - Ch. 15:32. 1

6.10 - Ch. 15:33-39. 1

7 - Matthieu 16. 1

7.1 - Rappel du ch. 15 : désobéissance hypocrite et grâce souveraine. 1

7.2 - Ch. 16: l’incrédulité, source de toute désobéissance. 1

7.3 - Ch. 16:1-4. 1

7.3.1 - Ch. 16:1 — Demande d’un signe pour éprouver Jésus. 1

7.3.2 - Ch. 16:2-4 — L’incrédulité aveugle ne discerne pas Jésus → signe de Jonas. 1

7.4 - Ch. 16:5-12 — Le levain des pharisiens et des sadducéens. 1

7.4.1 - Déductions saines et mauvais raisonnements. 1

7.4.2 - Gravité des fausses doctrines. 1

7.5 - Ch. 16:13-20 — Croire Dieu. 1

7.5.1 - Ch. 16:13-14 — La foi a des certitudes, elle n’a pas un simple point de vue. 1

7.5.2 - Ch. 16:15-17 — Une confession qui est le pivot de la bénédiction de l’homme et de la gloire de Dieu 1

7.5.2.1 - Fils du Dieu vivant : une révélation d’une grande profondeur 1

7.5.2.2 - Un nouveau nom donné à l’occasion d’une nouvelle révélation de Dieu, 16:18 1

7.5.2.3 - Fils de Dieu : Confessé par Pierre, prêché par Paul 1

7.5.2.4 - L’annonce de ce que le Seigneur va bâtir, 16:18b. 1

7.5.2.5 - Les portes du hadès ne prévaudront pas, 16:18c. 1

7.5.2.6 - L’église annoncée et le royaume des cieux sont distincts, 16:19a. 1

7.5.2.7 - L’Église du Fils du Dieu vivant 1

7.5.2.8 - Une révélation du Père. 1

7.5.2.9 - Conséquences pratiques : vivre comme une pierre vivante + la mort n’a plus son caractère terrible 1

7.5.2.10 - Lier et délier 1

7.6 - Ch. 16:20-21 — Quand il ne fallait plus dire que Jésus était le Messie, car Il était rejeté. 1

7.7 - Ch. 16:22-23 — Pierre appelé Satan car il ne voulait pas du chemin de souffrances. 1

7.8 - Ch. 16:24-25 — Suivre Christ, et se renoncer soi-même. 1


1 - Matthieu 10

1.1 - Rappel sur ch. 9:36-38

À la fin du chapitre précédent, notre Seigneur, en regardant les brebis perdues de la maison d’Israël, parle d’elles avec une profonde pitié comme de brebis sans berger. Ce qu’étaient réellement les Pharisiens avait pleinement éclaté au grand jour : non seulement ce que Lui savait déjà, mais les circonstances par lesquelles ils Le rejetaient totalement, et leur haine, apparaissant de plus en plus nettement, et elles faisaient surgir devant Son esprit ce à quoi les brebis de Dieu étaient exposées. Si leur esprit était implacable contre Celui en qui il n’y avait pas de péché, qui était le propre Fils de Dieu, le Berger d’Israël, quel serait le triste sort de ceux qui avaient des infirmités et des défaillances : celles-ci les exposaient à la malice de ceux qui ne se souciaient pas d’eux pour l’amour de Dieu, mais qui avaient l’œil le plus vif et hyper-soupçonneux pour tout ce qui était faible et insensé chez eux ! Souvenons-nous toujours de la grâce du Seigneur, qui fait que même ce qui est humiliant en nous n’attire que Sa compassion. Je ne parle pas du péché, mais de ce qui est infirmité, car les infirmités et les péchés sont deux choses différentes. Nous ne désirons pas la sympathie du Seigneur pour le mal. Le Seigneur a souffert et est mort pour notre péché. Mais nous désirons la sympathie pour nous dans notre ignorance, notre faiblesse, nos effrois, nos inquiétudes, nos soucis, nos troubles : dans toutes ces choses qui nous font souffrir, nous désirons vraiment de la sympathie ; et le Seigneur en a pleinement avec nous. C’était le cas à l’égard d’Israël. Les disciples étaient inconscients de la condition misérable d’Israël, et Jésus les invite, dans l’amour de Son cœur, à prier le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers dans Sa moisson. C’était Sa moisson, et seuls Ses ouvriers pouvaient y récolter.

Mais immédiatement après — et c’est remarquable — Il montre qu’Il est Lui-même le Seigneur de la moisson ; et Il envoie des ouvriers. Le ch. 10 illustre cela, et montre magnifiquement la portée de Matthieu, qui Le dépeint comme Celui qui doit sauver Son peuple de leurs péchés — Emmanuel, Dieu avec nous. Notez les circonstances. Cela se passe après Son rejet par Israël. Son propre ministère, plein de grâce et de puissance, a été pleinement exposé, et il se termine dans l’indifférence totale d’Israël et la haine des chefs religieux. Matthieu 8 fait voir le peuple, et Matthieu 9 les guides, chacun se manifestant ainsi séparément.


1.2 - Ch. 10:1-4

1.2.1 - Une mission envers les brebis perdues d’Israël

Le chapitre 10 montre maintenant que Jésus, en tant que maître de la moisson, envoie des ouvriers, et cela en leur conférant toute autorité et puissance. Notez que c’est toujours en relation spéciale avec Israël, et que le Seigneur est conscient, dès le début, du rejet par Israël. En attendant, c’est une mission juive des douze apôtres juifs vers les brebis perdues de la maison d’Israël. Je prends cela tout à fait littéralement, et non pas comme si c’était dit de l’Église, dont il n’est jamais parlé comme de brebis perdues ; cette dernière expression décrit de manière tout à fait appropriée les brebis d’Israël, dans leur état de désolation. Avant que l’Église soit rassemblée, ce dont nous avons besoin, c’est d’un Sauveur. Nous, les Gentils, nous n’étions pas du tout des brebis, mais des chiens, au point de vue de notre évangéliste (voir ch. 15). Et une fois introduits dans l’Église, nous ne sommes pas, et ne pouvons pas être, des brebis perdues. Tandis que ces pauvres du troupeau, il en est parlé comme des brebis perdues de la maison d’Israël. Car jusqu’à ce moment-là, l’œuvre par laquelle ils pouvaient être mis dans la position connue de salut, n’était pas encore accomplie.


1.2.2 - Un pouvoir conféré aux disciples

Lorsque notre Seigneur les envoie, il est dit : « Il appela à Lui Ses douze disciples, et leur donna pouvoir de chasser les esprits impurs, et de guérir toute espèce de maladie et toute espèce d’infirmité » (10:1). C’était là leur mission particulière. Il n’est pas question de prêcher ce que nous appelons l’évangile, ni d’enseigner tout le conseil de Dieu (Actes 20:27) ; mais ils devaient aller avec la puissance messianique contre Satan et les maladies corporelles, en témoignage à Israël. Ils devaient annoncer le royaume des cieux. « Quand vous irez », dit notre Seigneur, « prêchez, en disant : Le royaume des cieux s’est approché » (10:7). Mais le grand trait caractéristique de la mission était que leur soit conféré le pouvoir contre les démons et les maladies. Le caractère approprié de ce fait en relation avec Israël, est manifeste. C’était une preuve éclatante que le vrai Roi, l’Éternel, était là, non seulement capable Lui-même de chasser les démons, mais capable de conférer ce pouvoir à Ses serviteurs. Qui d’autre que le Roi, l’Éternel des armées, pouvait faire cela ? C’était un témoignage bien plus grand que si le pouvoir avait été confiné à Sa propre personne. La capacité de conférer le pouvoir à d’autres (ce que Simon le magicien convoita si ardemment pour en tirer profit), Dieu le montre ici dans Son propre Fils.


1.2.3 - Différence d’avec l’appel de Paul et sa mission en vue de l’Église

Les serviteurs devaient maintenant être envoyés, et dans un ordre déterminé — douze d’entre eux, en relation avec les douze tribus de la maison d’Israël. Nous trouvons plus tard (19:28) la promesse qu’ils devaient « s’asseoir sur douze trônes, jugeant les douze tribus d’Israël ». Il ne fait donc aucun doute qu’il s’agissait d’une mission juive. Lorsque l’Église fut appelée, Dieu interrompit le simple ordre juif en appelant un apôtre extraordinaire, avec en vue spécialement les Gentils — un apôtre qui fut appelé après que Christ fut mort et ressuscité, et qu’Il eut pris place à la droite de Dieu. C’est alors qu’intervint cette nouvelle œuvre de l’appel de l’Église, et l’apôtre Paul devint le ministre caractéristique de l’Église, bien que les douze aient eu aussi leur place. Mais à cette époque, les douze apôtres devaient avoir un ministère envers Israël en témoignage du royaume des cieux (ce qui n’était pas le cas de Paul). Notez bien l’injonction la plus stricte qui leur fut faite de ne pas sortir des limites d’Israël, pas même de visiter les Samaritains, ni d’entrer dans les villes des Gentils. Ils ne devaient s’occuper que des brebis perdues de la maison d’Israël : cela prouve bien que cela veut dire les Juifs qui avaient le sens du péché et qui étaient prêts à recevoir le témoignage du vrai Messie. C’est avec eux exclusivement que les apôtres avaient affaire. Cela est d’autant plus remarquable que, dans cet Évangile, il nous est dit qu’après que le Seigneur soit mort et ressuscité, Il les envoya vers les Gentils (28:19) ; mais alors c’était sur la base évidente de Sa mort qui était intervenue. « Moi, si je suis élevé de la terre, j’attirerai tous les hommes à moi » (Jean 12:32). Le Christ sur la croix devient le centre d’attraction pour l’homme, ainsi que le fondement de tous les conseils de Dieu. Or, dans ce cas (ch. 10), nous n’avons rien de tel. Il n’est même pas question de la mort du Seigneur. Son rejet est introduit, mais rien n’est dit au sujet de l’édification d’une nouvelle structure — l’Église. Il fallait attendre un nouveau rejet avant que cela soit révélé, comme en Matthieu 16.


1.3 - Ch. 10:5-10

Ici, le Seigneur Jésus envoie les douze et leur donne cet ordre : « N’allez pas sur le chemin des nations (Gentils), et n’entrez pas dans aucune ville des Samaritains ; mais allez plutôt vers les brebis perdues de la maison d’Israël. Et quand vous irez, prêchez, en disant : Le royaume des cieux s’est approché. Guérissez les infirmes, rendez nets les lépreux, ressuscitez les morts, chassez les démons : vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement. Ne faites provision dans vos bourses ni d’or, ni d’argent, ni de cuivre, ni d’un sac pour le chemin, ni de deux tuniques, ni de chaussure, ni même de bâtons ; car l’ouvrier est digne de sa nourriture » (10:5-10). Autrement dit, ils devaient partir comme ils étaient, avec le manteau qu’ils avaient sur eux, avec les chaussures qu’ils avaient aux pieds. Ils ne devaient rien se procurer, ni faire des réserves pour subvenir à leurs besoins pendant leur mission. Ce n’est pas une règle universelle pour les serviteurs de Dieu en tout temps. Il s’agissait d’une mission particulière, pour un temps spécial, et vis-à-vis d’Israël seulement. Ce n’était pas l’évangile de la grâce de Dieu, mais celui du royaume. Les deux vont de pair aujourd’hui, mais il n’en était pas ainsi à l’époque. Israël n’a pas reçu le témoignage du royaume ; un changement complet est intervenu, et le royaume des cieux est resté et reste en suspens quant à son établissement extérieur. L’appel de Dieu aux Gentils, maintenant, s’intercale comme une vaste parenthèse entre ce message aux brebis perdues d’Israël et son plein accomplissement dans les derniers jours. Tout ce que le Seigneur ordonne doit être accompli, mais rien n’est parfaitement accompli tant que le Seigneur n’aura pas tout pris en main Lui-même.

Tout ce qui doit être bientôt pris en charge par Christ en puissance et en gloire, est d’abord confié à l’homme. Mais l’homme fait faillite partout, Israël en tant que nation s’effondre, l’Église est devenue mondaine et dispersée. Tout sera pourtant à la louange de Christ Lui-même. Ainsi, quoi que vous regardiez dans les voies de Dieu, la règle générale est qu’il y a d’abord présentation à l’homme ; il est fait que cela repose sur lui pour voir s’il peut porter la responsabilité et la gloire ; et il ne le peut pas. Mais ce en quoi l’homme a fait faillite est destiné à reposer sur les épaules de Christ au jour de la gloire, et tout arrivera alors à la perfection, brillera d’un éclat plus que pur, et contribuera à Sa gloire.

Les douze ont été envoyés en mission et ont reçu l’instruction de dépendre uniquement de Christ. Lui pourvoirait à leurs besoins. Ils devaient annoncer le royaume des cieux, et Lui, le Roi, se chargerait de toutes les charges. Ils devaient partir avec la plus complète confiance en Lui.


1.4 - Ch. 10:11-15

Aujourd’hui, bien que Ses serviteurs ne doivent pas se tourner vers le monde, ou utiliser des moyens humains pour agir sur les saints, et bien qu’ils puissent avec confiance compter sur Dieu pour subvenir à leurs besoins, ils ne sont pas placés dans les mêmes circonstances que ces disciples. La différence est fortement marquée. Prenez, par exemple, le commandement suivant : « Dans quelque ville ou village que vous entriez, informez-vous de qui y est digne, et restez-y jusqu’à ce que vous partiez de là » (10:11). Un homme qui sort avec l’évangile aujourd’hui demande-t-il qui est digne ? Il cherche les indignes. Mais il s’agissait alors d’une mission pour Israël ; et l’Éternel voulait les excellents de la terre (Ps. 16:3), ceux dont le cœur désirait réellement le Messie. « Et quand vous entrez dans une maison, saluez-la. Et si la maison est digne, que votre paix vienne sur elle ; mais si elle n’est pas digne, que votre paix revienne vers vous » (10:13). Ce n’est pas du tout la manière de l’évangile maintenant. Au contraire, le serviteur de Christ a le droit de proclamer la paix avec Dieu à Ses ennemis. L’évangile s’adresse directement à ceux qui sont dans la misère — les vils et les abandonnés ; car l’évangile est la plénitude de la grâce de Dieu envers l’homme qui n’a rien à donner à Dieu. S’ils sont entièrement brisés, s’ils sentent qu’ils sont tout à fait inaptes pour Dieu, et si Dieu a pourvu un Sauveur tel que Sa parole déclare, alors nous ne pouvons pas Lui faire confiance trop complètement ou trop simplement. L’essence de l’évangile est la suivante : Dieu ne me demande pas de donner, mais de recevoir. C’est l’évangile de Dieu — l’évangile de Son Fils ; mais ici, dans Matthieu, c’est l’évangile du royaume. Vous trouverez constamment cette phrase dans Matthieu. Cet évangile s’adresse à ceux qui sont dignes. Si la maison était digne, la paix du messager venait sur elle ; sinon, elle s’en retournait. « Et quiconque ne vous recevra pas et n’écoutera pas vos paroles, en sortant de cette maison ou de cette ville, secouez la poussière de vos pieds » (10:14) — le jugement serait sur eux. « En vérité, je vous le dis, le sort sera plus tolérable pour le pays de Sodome et de Gomorrhe au jour du jugement que pour cette ville » (10:15) — justement parce que les messagers du royaume étaient venus à eux avec un message de grâce, et ils ne voulaient pas les recevoir.


1.5 - Ch. 10:16-18

À partir du v. 16, le Seigneur les avertit des circonstances dans lesquelles l’évangile du royaume serait prêché. « Voici que je vous envoie comme des brebis au milieu des loups : soyez donc sages comme les serpents, et simples comme les colombes ». C’est-à-dire qu’Il appelle à la prudence, à une prudence céleste. L’objet et le caractère de leur prudence devaient être entièrement saints, et exempts de toute accusation vraie de faire tort aux hommes.

« Mais soyez en garde contre les hommes » (10:17a) — ne supposez pas que, même si vous allez avec de l’amour dans vos cœurs, vous ne rencontrerez pas de loups. Les Juifs sont clairement visés. « Prenez garde aux hommes ; car ils vous livreront à leurs sanhédrins, ils vous fouetteront dans leurs synagogues, et vous serez amenés devant les gouverneurs et les rois » (10:17-18). Tout en détestant le joug des Gentils, ils seraient tout à fait disposés à invoquer l’autorité des Gentils quand il s’agirait de disciples de Christ. Les Juifs les traîneraient devant les rois et les gouverneurs Gentils, malgré qu’ils avaient horreur d’eux. Mais notre Seigneur ajoute cette parole de grâce : « à cause de moi, en témoignage à eux et aux Gentils ».


1.6 - Ch. 10:19-22

Ainsi Dieu retourne contre Lui-même les armes de l’adversaire. « Certes, la colère de l’homme Te louera ; tu te ceindras du reste de la colère » (Ps. 76:10). On ne peut s’empêcher de penser qu’une vérité telle que celle-ci subsiste très certainement pour nous, bien qu’elle s’appliquât spécialement aux apôtres partant pour cette mission. « Lorsqu’on vous livrera, ne vous inquiétez pas de savoir comment vous parlerez ni de ce que vous direz ; car ce que vous direz vous sera donné à l’heure même. Car ce n’est pas vous qui parlez, mais l’Esprit de votre Père qui parle en vous » (10:19-20).

En même temps, Il les prépare à la conduite la plus impitoyable à leur égard, même de la part de leur parenté. Le frère connaîtrait les habitudes de son frère, le père saurait tout sur l’enfant, et l’enfant sur le père : tout cela serait retourné contre les serviteurs de Christ. « Vous serez haïs de tous à cause de mon nom ; mais celui qui persévérera jusqu’à la fin sera sauvé » (10:21-22).


1.7 - Ch. 10:23

« Mais quand on vous persécutera dans cette ville, fuyez dans une autre ; car, en vérité, je vous dis : vous n’aurez pas achevé de parcourir les villes d’Israël, jusqu’à ce que le Fils de l’homme soit venu » — déclaration remarquable (10:23). Elle rappelle l’expression dont j’ai déjà fait usage, à savoir que l’Église est une grande parenthèse. La mission des apôtres a été brusquement interrompue par la mort de Christ. Ils l’ont encore accomplie un peu de temps ensuite, mais elle s’est terminée complètement par la destruction de Jérusalem : alors tout était terminé pour le moment, mais pas pour toujours. L’appel de l’Église a alors pris le relai ; et lorsque le Seigneur aura enlevé l’Église du monde au ciel, Dieu recommencera à susciter des témoins du Messie sur la terre, quand les Juifs se convertiront. Dieu a déclaré qu’Il donnerait Sa terre à Son peuple, et Il le fera, car Ses dons et Son appel sont sans repentir (Rom. 11:29). La fidélité de Dieu y est engagée dans le fait que le peuple juif doit être restauré sur sa propre terre lorsque la plénitude des Gentils sera entrée. L’appel de la plénitude des Gentils est la parenthèse qui se déroule actuellement. Lorsque celle-ci sera terminée, le Seigneur reprendra Ses liens avec Israël. Ils retourneront au pays dans l’incrédulité. Le témoignage du royaume, commencé au temps de notre Seigneur par les apôtres, sera repris jusqu’à la venue du Fils de l’Homme. Alors Il « enverra ses anges, et ils cueilleront de Son royaume tous les scandales et ceux qui commettent l’iniquité, et les jetteront dans une fournaise de feu. … Alors les justes resplendiront comme le soleil dans le royaume de leur Père » (13:41, 43). Le Seigneur accomplira pleinement en ce jour-là ce qui a été confié à l’homme, et qui s’est brisé par la main faible ou méchante de l’homme. Alors tout sera glorieux sous la Branche d’Israël (És. 11:1). C’est, je crois, ce qui accompagne l’expression remarquable selon laquelle ils ne devaient pas avoir achevé de parcourir les villes d’Israël avant que le Fils de l’homme soit venu. Toute la période pendant laquelle Seigneur s’est détourné pour appeler les Gentils est passée sous silence. Il parle de ce qui sortait alors, et de ce qui sera repris en Israël — passant sous silence ce qui se fait entre-temps.


1.8 - Ch. 10:24-28

Dans la dernière partie du chapitre, le Seigneur donne de doux motifs pour les encourager. « Le disciple n’est pas au-dessus de son maître, ni le serviteur au-dessus de son seigneur. Il suffit au disciple d’être comme son maître, et au serviteur comme son seigneur : s’ils ont appelé le maître de la maison Béelzébul, à combien plus forte raison les gens de sa maison ? » (10:24, 25).

Il l’éprouvait à ce moment-là, et il faudrait qu’eux le ressentent à leur tour. « Ne les craignez donc pas » (10:26). Le premier motif pour ne pas craindre est : j’ai parcouru le même chemin ; n’ayez pas peur. « Ne les craignez pas… car il n’y a rien de couvert qui ne soit révélé, ni de caché qui ne soit connu ». Autrement dit : Vous comprendrez les raisons et les motifs de l’incrédulité des gens un autre jour, si vous ne les comprenez pas maintenant. Tous ceux qui connaissent la vérité et ne la suivent pas, ont une aversion pour ceux qui la suivent. Il en sera pour vous comme pour moi ; mais n’en soyez pas inquiets. Ayez pleinement bon courage, et persévérez dans le témoignage. « Ce que je vous dis dans les ténèbres, dites-le dans la lumière ; et ce qui vous est dit à l’oreille, prêchez-le sur les toits » (10:27). Il les encourage à la plus grande franchise et à la plus grande audace.

Une deuxième recommandation de ne pas craindre est sur une autre base : Quel mal pouvaient-ils leur faire ? Ils ne pouvaient pas toucher l’âme ; ils ne pouvaient même pas toucher le corps à moins que votre Père céleste ne le permette. « Ne craignez pas ceux qui tuent le corps, mais ne peuvent tuer l’âme » (10:28a). Ils ne peuvent pas vous blesser, Il n’y a rien qu’un croyant ait à redouter, sauf d’affliger et de pécher contre Dieu. C’est pourquoi Il ajoute immédiatement : « Craignez plutôt celui qui peut détruire l’âme et le corps dans la géhenne (en enfer) » (10:28b). Une chose redoutable est placée devant les ennemis de Dieu : la destruction de l’âme et du corps en enfer !


1.9 - Ch. 10:29-31

« Ne vend-on pas deux moineaux pour un sou ? Et aucun d’eux ne tombera à terre sans votre Père. Les cheveux mêmes de votre tête sont tous comptés. Ne craignez donc rien, vous avez plus de valeur que beaucoup de moineaux » (10:29-31). Le soin particulier et minutieux de notre Père pour Ses enfants se traduit par le fait que le moineau lui-même, bien que si méprisé et si insignifiant pour les hommes, ne peut tomber à terre « sans votre Père ». Il aurait pu dire : « Sans Dieu », mais Il dit : « Votre Père » — l’amour d’un père s’intéresse à ses enfants.


1.10 - Ch. 10:32-33

À partir du v. 32 jusqu’à la fin du chapitre, nous avons l’importance de la confession de Christ, et ses effets dans ce monde. Le premier grand principe est le suivant : « Quiconque donc me confessera devant les hommes, je le confesserai aussi devant mon Père qui est dans les cieux. Mais quiconque me reniera devant les hommes, je le renierai aussi devant mon Père qui est dans les cieux » (10:32-33). Nous avons eu la sollicitude du Père ; nous avons la confession du Fils qui suit. La sollicitude du Père, nous la connaissons sur la terre, quelle que soit l’épreuve. La confession du Fils à notre égard sera dans le ciel, lorsque toute la scène des épreuves sera terminée.


1.11 - Ch. 10:34-36

Il les avertit ensuite que le résultat de leur témoignage peut être très douloureux — les foyers en proie à la confusion, les membres d’une famille en désaccord les uns avec les autres. Ne soyez pas surpris. « Ne pensez pas » dit-Il, « que je sois venu pour envoyer la paix sur la terre » (10:34). Nous savons que le Seigneur peut toujours nous donner la paix par tous les moyens : mais Il parle ici de l’entrée de Son témoignage, par le moyen de Ses disciples, dans un monde qui Le hait. Inévitablement, alors, les deux principes entrent en collision. Ce n’est pas Lui qui désire la confusion, mais c’est l’effet naturel de la connaissance de Christ entrant dans une maison où certains de ses membres Le rejettent.

Comme il en est dans le monde, ainsi en est-il dans la maison. Il y a ceux qui croient et ceux qui ne croient pas. « Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre ; je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée ». Ne rêvez pas que tout va être triomphant. Le jour vient où le Seigneur fera affluer la paix comme un fleuve ; mais tel n’est pas l’effet de Sa première venue. Maintenant c’est l’insigne de la guerre, à cause de l’opposition que l’incrédulité crée toujours contre la vérité. « Car je suis venu jeter la division entre un homme et son père, entre la fille et sa mère, entre la belle-fille et sa belle-mère. Et les ennemis d’un homme seront ceux de sa maison » (10:34-36). Le Seigneur traite le cas hardiment. Je suis venu pour apporter Mon principe, et il oppose l’enfant au parent. Maintenant, ceci devient l’une de nos pires épreuves — l’effet que le témoignage de Dieu a sur les familles. Les gens parlent de foyers brisés et de familles désunies. Le Seigneur utilise déjà les mêmes mots et nous fortifie à cet égard.


1.12 - Ch. 10:37-39

« Celui qui aime père ou mère plus que moi n’est pas digne de moi ; et celui qui aime fils ou fille plus que moi n’est pas digne de moi. Et celui qui ne prend pas sa croix et ne me suit pas, n’est pas digne de moi. Celui qui trouvera sa vie la perdra, et celui qui perdra sa vie à cause de Moi la trouvera » (10:37-39). Il montre que Sa venue apporterait tout le contraire d’un chemin de facilité dans ce monde. Oui, nous devons nous faire à l’idée de souffrir la tribulation, le rejet et le mépris.


1.13 - Ch. 10:40-41

Mais Il ajoute ensuite l’autre côté : « Celui qui vous reçoit Me reçoit, et celui qui Me reçoit, reçoit Celui qui M’a envoyé » (10:40). Il y aurait ceux qui recevraient, ainsi que ceux qui rejetteraient. « Celui qui reçoit un prophète en qualité de prophète », s’il savait qu’il était un serviteur de Dieu, et le recevait comme tel, en dépit de la honte et du mépris, celui-là aurait la même récompense qu’un prophète lui-même. « Et celui qui reçoit un homme juste en qualité de juste » (même si d’autres personnes pourraient le qualifier d’injuste), mais il le reçoit comme un juste, et non pas comme un simple homme ou comme un ami, celui-là « recevrait la récompense d’un juste » (10:41). Il prouve que son propre cœur est droit avec Dieu. Nous montrons l’état réel de notre âme par l’opinion que nous émettons. Si je parle ou agis de manière injustifiée contre un homme bon qui fait son devoir, je montre que je ne suis pas avec Dieu dans ce domaine particulier. Par contre, si j’ai la foi de discerner ce qui est de Dieu, et de prendre ma part avec lui en face de l’abandon général, je suis vraiment heureux. Dieu seul rend l’homme capable de le faire. Nous montrons où est notre cœur par nos jugements et notre conduite envers les autres.


1.14 - Ch. 10:42

« Et quiconque donnera à boire seulement un gobelet d’eau froide à l’un de ces petits, en qualité de disciple, en vérité je vous dis, il ne perdra en rien sa récompense » (10:42). Ce serait la preuve que l’Esprit est à l’œuvre dans son âme, que son cœur est attiré par la miséricorde et la sympathie envers ceux qui sont de Dieu dans ce monde. Il ne devrait en aucune manière perdre sa récompense. C’est la conduite extérieure qui découle du principe intérieur. Dans tous ces cas, il s’agit clairement de la mission juive de ces disciples. Je crois que c’est ainsi que nous saisissons le véritable caractère de ce chapitre et la place qu’il occupe dans cet Évangile.

Le point de vue de tout ce chapitre est que le Seigneur, en tant que Seigneur de la moisson, non seulement leur demande de prier pour que des ouvriers soient envoyés dans la moisson (9:38), mais le Seigneur anticipe lui-même cette prière. « Avant qu’ils appellent, je répondrai » (És. 65:24) ; et le Seigneur agit dans l’esprit même de ce qui sera pleinement vrai dans les derniers jours. Il envoie Lui-même les ouvriers.

En Luc 22:35, se référant à cette même mission, le Seigneur demande : « Quand je vous ai envoyés sans bourse, sans argent, sans souliers, avez-vous manqué de quelque chose ? Et ils répondirent : de rien ». Le Seigneur leur dit alors de se munir d’une bourse, d’un sac et d’une épée : les choses mêmes qu’ils ne devaient pas faire auparavant, ils devraient les faire dorénavant. Le Seigneur abroge ce qu’Il avait ordonné auparavant, en rapport avec des circonstances particulières. Sa bonté et Son amour pour eux, et leur marche dans la sagesse et la débonnaireté, demeureront ; mais le caractère particulier de cette mission a pris fin à la mort de Christ. Elle sera reprise, je le pense, par d’autres dans un jour futur ; mais les disciples effectivement envoyés allaient bientôt être appelés à une nouvelle œuvre, fondée sur la rédemption et la résurrection de notre Seigneur.


2 - Matthieu 11

2.1 - Ch. 11:1-3

Le chapitre auquel nous sommes arrivés est plein d’intérêt et d’importance, d’autant plus qu’il est une sorte de transition. Ce qui donne l’occasion à l’Esprit de Dieu de faire ressortir cette transition du témoignage rendu à Israël au nouvel ordre de choses que le Seigneur était sur le point d’introduire, c’est que Jean le Baptiseur, en prison à cause de son propre rejet, est trouvé en exercice à l’égard de sa foi personnelle et de sa patience. Tout en remplissant sa fonction prophétique, nul ne pouvait être plus inébranlable que Jean dans son témoignage à Christ. Mais il peut y avoir des moments où la foi est mise à rude épreuve, et où les plus forts peuvent savoir ce que c’est que d’être « abattu, mais ne périssant pas » (2 Cor. 4:9).

Ce fut certainement le cas pour Jean le Baptiseur. Ce ne sont pas seulement ses disciples qui furent ébranlés par son séjour en prison. Les incrédules demandent maintenant : Si l’Écriture est la vérité, comment se fait-il que les gens ne la reçoivent pas ? Pourquoi n’est-elle pas plus répandue ? etc.

Nous savons qu’au début, des dizaines de milliers de personnes confessèrent le nom de Jésus dans une seule ville et Le suivirent ; le poids moral était grand, car ils marchaient de manière supérieure au monde. Nous savons aussi que la puissance du christianisme s’est répandue très largement et loin ; mais la grande difficulté resurgit, et nous constatons que ce qui agit dans l’esprit d’un sceptique peut troubler plus ou moins le croyant, parce que la nature déchue est encore dans le croyant ; et ce que l’Écriture appelle « la chair » est toujours incrédule.

C’est pourquoi, aussi béni que fût Jean le Baptiseur, il envoya ses disciples avec cette question : « Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? ». Des questions semblent avoir traversé son esprit, et une confirmation de la foi était désirée. Même un prophète n’est pas à l’abri des attaques de Satan. Et voilà que cet homme favorisé, et par ailleurs fidèle, pose une telle question, la toute dernière à laquelle on se serait attendu. Le Seigneur répond à la question en disant : « Allez montrer à Jean les choses que vous avez entendues et vues… et heureux celui qui ne sera pas scandalisé en Moi » (11:4, 6).


2.2 - Ch. 11:4-6

La réponse de notre Seigneur montre que ce ne sont pas seulement les disciples de Jean, mais lui-même qui était ébranlé. Elle comprend les deux parties du ministère de Christ : Ses paroles et Ses œuvres : « les choses que vous entendez et que vous voyez » ; la parole a toujours la plus place la plus élevée ; les œuvres sont ce qui fait plutôt appel aux sens, tandis que la parole de Christ est ce qui touche le cœur et la conscience par l’Esprit. Ils devaient aller dire à Jean ce qu’ils avaient entendu et vu ; et nous avons là ce que l’Ancien Testament avait prédit comme signes et effets de la puissance du Messie.

Nous n’avons pas, je crois, un seul cas de guérison d’aveugle avant la venue de Christ. C’était un miracle qui, selon la tradition juive, était réservé au Fils de David. C’est lui qui, selon Ésaïe 35, devait ouvrir les yeux des aveugles. Le Seigneur place les aveugles recouvrant la vue comme le premier miracle extérieur indiquant qu’Il était réellement le Christ qui devait venir.

Et enfin, mais ce n’est pas le moins important, Il ajoute « l’Évangile est annoncé aux pauvres ». Qu’est-ce que cela, sinon un témoignage de la miséricorde extrêmement tendre de Dieu ? en effet, bien que l’évangile soit destiné à tous, il est spécialement adapté à ceux qui connaissent la misère, les épreuves et le mépris dans un monde égoïste ?

Le Seigneur ajoute : « Bienheureux est quiconque n’aura pas été scandalisé en Moi ! ». Quelle parole d’avertissement ! Un homme envoyé par Dieu pour servir de témoin afin que tous croient en Christ ; et quand précisément cet homme est mis à rude épreuve, le Seigneur doit lui rendre témoignage, au lieu que ce soit lui qui rende témoignage au Seigneur. Nous voyons constamment l’homme s’effondrer lorsqu’il est mis à l’épreuve ; mais quelle bénédiction d’avoir un tel Dieu auquel s’adresser, si seulement on compte sur Lui.


2.3 - Ch. 11:7-11a

Mais une fois que ces messagers sont partis, le Seigneur montre Sa tendre compassion et Son égard pour lui, et Il commence à défendre ce même Jean qui avait montré sa faiblesse dans la souffrance et face au retardement de l’espérance.

Il leur demande : « Qu’êtes-vous allés voir au désert ? » (11:7). Un jugement superficiel aurait pu conclure que l’envoi des disciples par Jean pour poser sa question n’était qu’un « roseau secoué par le vent ». Mais non, le Seigneur ne veut pas le permettre. Il maintient l’honneur et l’intégrité de Jean. Il a envoyé une petite réprimande à Jean en privé par ses disciples ; mais devant les foules, Il le revêt d’honneur.

« Mais qu’êtes-vous allés voir ? Un homme vêtu de vêtements précieux ? » (11:8). C’est dans les cours que l’on cherche la grandeur du monde. « Voici ceux qui portent des choses précieuses sont dans les maisons des rois.

« Mais qu’êtes-vous allés voir ? Un prophète ? Oui, vous dis-je, et plus qu’un prophète » (11:9), car Jean avait une place et un honneur particuliers qu’aucun prophète ne lui avait assignés : être le précurseur immédiat du Seigneur, l’annonciateur du Messie Lui-même. Non seulement Jean était un prophète, mais les prophètes avaient prophétisé au sujet de Jean ; et le Seigneur dit de lui : « En vérité, Je vous dis que, parmi ceux qui sont nés de femmes, il n’en a été suscité aucun de plus grand que Jean le Baptiseur ».


2.4 - Ch. 11:11b — le moindre dans le royaume des cieux est plus grand que lui

2.4.1 - Ch. 11:11b — un nouvel ordre de choses

Remarquez cette parole, frappante dans ce chapitre de transition : « mais le moindre dans le royaume des cieux est plus grand que lui » (11:11b). Quel en est le sens ? En disant : « Parmi ceux qui sont nés de femmes, il n’en a été suscité aucun de plus grand que Jean le Baptiseur », le Seigneur est excepté. Il parle de Jean, non pas par rapport à Lui-même, mais par rapport aux autres. Il était le plus grand de ceux nés de femme ; « mais le moindre dans le royaume des cieux est plus grand que lui ». Cela signifie clairement qu’un nouvel ordre de choses commençait, dans lequel les privilèges que la grâce souveraine de Dieu conférerait seraient si grands, que le moindre dans la dispensation sur le point de s’ouvrir serait plus grand que le plus grand de tous ceux du passé. Bien sûr, cela n’a rien à voir avec quelque chose en eux -mêmes ; la foi d’un faible croyant aujourd’hui n’est pas plus grande que la foi puissante d’un homme des temps passés ; et une pauvre âme, anxieuse et troublée au sujet de son acceptation, n’est pas dans un état plus sain que ceux qui pouvaient se réjouir en Dieu leur Sauveur comme Siméon (Luc 2:25). Pourtant, le Seigneur dit bien que le plus grand de ceux du passé est moins que le moindre de maintenant.


2.4.2 - Ch. 11:11b — ce qu’est le royaume des cieux

« Le royaume des cieux » ne signifie jamais le ciel : ce sont des idées et des expressions différentes. « Le royaume des cieux » signifie toujours ce qui a sa sphère sur la terre, tout en ayant sa source dans les cieux. Il peut s’appliquer, comme c’est souvent le cas, à ce qui se passe maintenant ; ou, comme c’est parfois le cas, à ce qui se passera lorsque le Seigneur viendra en gloire, et imposera Sa domination sur la terre sous une forme visible. Mais le royaume des cieux suppose toujours la terre comme scène sur laquelle les privilèges du ciel sont donnés à connaître.

Le Seigneur Jésus se voit rejeté ; mais Dieu, de manière souveraine et en grâce, transforme le rejet de Jésus en l’introduction d’une bénédiction bien plus grande que si Jésus avait été reçu. Supposons que le Seigneur ait été accepté par l’homme lorsqu’Il est venu, Il aurait béni l’homme et l’aurait maintenu en vie sur la terre : Il aurait lié le diable et aurait apporté d’innombrables miséricordes à la créature en général. Mais qu’aurait été tout cela sans que Dieu soit justifié par rapport au péché ? Ni la gloire morale, ni l’amour suprême n’auraient été manifestés comme ils le sont aujourd’hui. Car quoi d’autre que l’énergie divine est en mesure de barrer la puissance de Satan ?


2.4.3 - Ch. 11:11b — ce qui est l’objet de la foi maintenant

Mais la mort de Christ est, à la fois, la profondeur de la méchanceté de l’homme et le sommet de la bonté de Dieu ; car dans la Croix, l’un a prouvé sa haine et son iniquité absolues, l’autre Son amour saint et parfait. C’est l’iniquité de l’homme qui L’a mis là — c’est la grâce de Dieu qui L’a amené là ; et Christ ressuscité d’entre les morts


Tout cela est vrai pour la foi maintenant, et ce sera bientôt vrai pour la vue ; mais c’est toujours vrai depuis le moment où cela a été introduit. Cela a commencé avec l’ascension de Christ au ciel, et se terminera par la descente de Christ du ciel, lorsqu’Il introduira sur la terre cette puissance du royaume.


2.4.4 - Ch. 11:11b — différence entre le royaume promis et le royaume arrivé

Qu’a donc reçu maintenant le moindre croyant ? Regardez les saints d’autrefois. Jean le Baptiseur se reposait sur des promesses. Même lui, béni comme il l’était, ne pouvait pas dire : « Mes péchés sont effacés, mes iniquités ont disparu ». Avant la mort et la résurrection de Christ, les saints pouvaient regarder avec joie vers l’avenir et dire : « Ce sera vraiment béni » ! Ils pouvaient être sûrs que c’était l’intention de Dieu, mais ce n’était pas une chose accomplie. Et, après tout, si vous étiez en prison, vous sauriez la différence entre une promesse de vous faire sortir et le fait de votre liberté une fois sorti. C’est exactement la différence. L’œuvre expiatoire est accomplie, et la conséquence est que tous ceux qui croient ont maintenant le droit de dire : « Le péché n’est plus sur moi dans la présence de Dieu ». Or cela n’est pas vrai seulement de certains chrétiens en particulier, mais tout chrétien doit prendre la place que Dieu lui donne en Christ. Et quel en serait l’effet ? Les chrétiens ne marcheraient pas avec le monde comme ils le font.

Ce que je trouve donc dans la parole de Dieu, c’est ceci : une nouvelle dispensation était sur le point de s’ouvrir, dans laquelle le plus petit est investi de privilèges que le plus grand ne pouvait posséder auparavant. Et cela, parce que Dieu accorde une valeur infinie à la mort de Son Fils. Dieu met le plus grand honneur possible à la mort de Christ.

De même qu’un souverain terrestre met un honneur particulier à une époque qui lui procure une joie spéciale, de même la foi peut s’attendre à ce que Dieu attache une gloire particulière à l’œuvre de Christ par laquelle la rédemption a été accomplie, par la mort et la résurrection de Son Fils.


2.4.5 - Ch. 11:11b — privilèges du croyant aujourd’hui

Maintenant, tout est accompli, et Dieu peut inviter les âmes — non pas à oublier leurs péchés, ni à en détourner les yeux ; mais — Il les invite à les regarder franchement et pleinement devant la croix de Christ en disant : « Le sang de Jésus-Christ son Fils nous purifie de tout péché ». Sachant cela, nous devons voir combien est entièrement mauvaise la place d’un prêtre maintenant — un homme mis en position de s’approcher de Dieu pour les autres. Tout chrétien est un prêtre/ sacrificateur maintenant. Tous les chrétiens ne sont pas des ministres. C’est autre chose. Le ministère et le sacerdoce (ou sacrificature), bien que si souvent confondus, sont entièrement distincts et différents. C’est un privilège donné par Dieu maintenant, que chaque croyant est un prêtre/sacrificateur de Dieu : c’est-à-dire qu’il a le droit de s’approcher dans le lieu le plus saint de tous, le péché jugé et toutes ses iniquités effacées, de sorte qu’il peut être complètement heureux dans la présence de Dieu pendant qu’il est sur la terre.

Tout ceci n’est qu’une partie des privilèges du moindre dans le royaume des cieux maintenant. Et souvenez-vous que toutes les grandes prérogatives du christianisme sont des privilèges communs à tous. Un homme peut prêcher, un autre non ; mais cela ne dit rien sur les privilèges du royaume. Paul, en tant que serviteur de Dieu, avait quelque chose que les autres n’avaient pas : une personne douée peut prêcher même sans la vie divine dans l’âme. Caïphe en est un témoin, et Balaam aussi ; tous deux ont prononcé des choses vraies ; et Paul était prêt à prendre une telle place, pour montrer que quelqu’un peut prêcher aux autres, et pourtant être lui-même un réprouvé, s’il n’a pas égard à la sainteté (1 Cor. 9). Mais cela n’a rien à voir avec les bénédictions dont j’ai parlé comme étant la part des croyants maintenant.


2.4.6 - Ch. 11:11b — qui est le moindre

Les privilèges du royaume sont maintenant l’héritage universel de la famille de la foi ; le moindre de cette famille est plus grand que même Jean le Baptiseur. Un grand malentendu s’est manifesté quant à la signification de ce verset. On a enseigné que le moindre dans le royaume des cieux est Jésus lui-même ! — Jésus, bien sûr, dans Son humiliation, dans Son chemin vers la croix. Mais quelle mauvaise compréhension de la pensée de Dieu est manifestée par une telle remarque. Car le royaume des cieux n’était pas encore venu. Il était prêché, mais pas encore instauré. Et Jésus, loin d’être « le moindre » dans ce royaume, était Lui-même le Roi ; de sorte que ce serait porter atteinte à Sa personne que de même L’appeler le plus grand, pour ne pas parler du « moindre » dans le royaume. Ce serait manquer de révérence, aussi bien que d’intelligence, que de dire qu’Il était dans le royaume. Il serait plus vrai de dire que le royaume était en Lui, à la fois moralement et en puissance divine.


2.5 - Ch. 11:13-14

« Si moi » dit-il aux Juifs, « je chasse les démons par l’Esprit de Dieu, alors le royaume de Dieu est parvenu jusqu’à vous » (12:28). Il est arrivé dans Sa personne : Il est le Roi, et Il en a la puissance. Mais si l’on considère « le royaume des cieux » comme un état de choses introduit dans ce monde, il fallait d’abord que Christ monte au ciel — comme un Roi rejeté, sans doute, mais quand même pour s’asseoir comme tel à la droite de Dieu, après quoi le royaume des cieux commencerait. Le royaume n’a été effectivement établi que lorsque Jésus est monté au ciel. C’est alors qu’il a commencé, d’abord spirituellement, mais bientôt il brillera en puissance et en gloire. Il est donc clair que, dans ce chapitre, nous nous trouvons aux confins de la dispensation passée et de celle qui allait s’ouvrir. Jean le Baptiseur est sur la scène comme le dernier et le plus grand témoin de ce qui était sur le point de se terminer.

Élie devait venir ; cela aurait pu s’accomplir en la personne de Jean le Baptiseur. Jean accomplissait le travail moral qui était associé à la mission d’Élie — préparer le chemin pour le Seigneur. Je ne dis pas qu’Élie ne peut pas venir dans un jour futur, mais Jean était alors le témoin du service d’Élie. Il était venu « dans l’esprit et la puissance d’Élie » (Luc 1:17) et, comme le dit notre Seigneur un peu plus loin, « si vous voulez le recevoir, c’est lui qui est Élie, qui devait venir » (11:14). Il était tel pour la foi. Comme le royaume des cieux maintenant, il était un témoignage du royaume futur lorsqu’il sera manifesté en puissance et en gloire. Jean était alors pour la foi, ce qu’Élie sera bientôt. Le royaume des cieux est pour la foi maintenant ce que le royaume des cieux sera pour la vue dans l’avenir. Le Seigneur laisse entendre qu’une dispensation de la foi est en train de s’instaurer, alors que les promesses n’allaient pas s’accomplir à la lettre.


2.6 - Ch. 11:15

Mais de même que Jean le Baptiseur a été jeté en prison (une épreuve terrible pour un Juif qui le considérait comme un grand prophète devant annoncer le Messie dans Sa majesté visible), de même le Seigneur dit ici : « Que celui qui a des oreilles pour entendre, qu’il entende ». Ce doit être reçu par l’oreille attentive de la foi. Combien extraordinaire a dû paraître aux disciples le fait que le précurseur du Messie soit en prison, et qu’ensuite le Messie Lui-même soit cloué sur la croix ! Mais avant que la gloire extérieure vienne, la rédemption par la souffrance doit être accomplie. C’est pourquoi le moindre de ceux qui ont maintenant cette bénédiction de la foi, de ceux qui jouissent de ces étonnants privilèges que le Saint Esprit fait apparaître comme le don de la grâce souveraine de Dieu, — le moindre de ceux-là est plus grand que Jean le Baptiseur. Car c’est Dieu qui fait, qui donne et qui ordonne. C’est Sa joie, par Christ, de bénir l’homme qui n’a pas le moindre droit sur Lui. Et telle est Son œuvre maintenant.


2.7 - Ch. 11:16-19

Mais quel allait être l’effet de ceci parmi les Juifs ? Notre Seigneur les compare à des gens capricieux qui ne feraient ni une chose ni une autre. S’il y a de la joie, ils n’ont aucune sympathie pour elle ; ils n’en ont pas non plus pour la tristesse. Jean le Baptiseur les a appelés à mener deuil : ils n’avaient pas le cœur à le faire. Puis vint Jésus leur commandant, pour ainsi dire, de se réjouir à la bonne nouvelle d’une grande joie : mais ils ne tinrent pas compte de Lui. Ils n’aimaient ni Jean, trop strict, ni le Seigneur, trop plein de grâce. Ils ne pouvaient supporter ni l’un ni l’autre. La vérité est que l’homme n’aime pas Dieu ; et ne pas croire la vérité est la plus grande preuve de l’ignorance de soi-même. Quoi qu’ils puissent plaider pour maltraiter Jean le Baptiseur, ou le Seigneur, « la sagesse est justifiée par ses enfants ».


2.8 - Ch. 11:20-24

En accord avec cela, le Seigneur montre comment la sagesse a été justifiée, positivement et négativement. « Il se mit à faire des reproches aux villes où s’accomplissaient la plupart de ses miracles, parce qu’elles ne se repentaient pas : Malheur à toi, Chorazin ! Malheur à toi, Bethsaïda ! … Et toi, Capernaüm, qui as été élevée jusqu’au ciel, tu seras abaissée jusqu’en enfer (ou dans le hadès) ; car si les miracles » etc. (11:20-24). Quoi de plus solennel ! Ils refusaient la voix de la sagesse céleste ; et le résultat devait en être un jugement plus impitoyable que celui exécuté autrefois sur Sodome qui fit d’elle le monument de la vengeance de Dieu. Y avait-il dans ce pays un lieu, ou une ville, plus favorisé qu’un autre ? C’était Capernaüm, où un grand nombre des miracles du Seigneur avaient été opérés, et pourtant cette ville même devait être précipitée en enfer. Même Sodome, notoirement dépravée, n’avait pas fait l’objet d’une sentence aussi effrayante. Le Seigneur ne viendrait en jugement que lorsque les moyens et les appels à la repentance seraient épuisés ; mais lorsqu’Il jugera, qui pourra subsister ? (Ps. 130:3). C’est ainsi que la sagesse serait justifiée, puis-je dire, par ceux qui ne sont pas ses enfants.


2.9 - Ch. 11:25-26

Mais nous avons ensuite la partie positive. « En ce temps-là, Jésus répondit : Je te loue, ô Père, Seigneur du ciel et de la terre ». Après ce « malheur » prononcé, Jésus pouvait se retourner et dire : « Je Te loue, ô Père ». Non pas que les événements relatés ici se soient déroulés ensemble. Toute la scène concernant Jean le Baptiseur s’est déroulée bien avant que le Seigneur fasse allusion au fait que les sages et les prudents Le rejetaient, et que les petits enfants Le recevaient. L’Évangile de Luc donne parfois des repères de temps précis, et montre que la réception par le Seigneur des messagers de Jean se situe à une période précoce de Son ministère, très peu de temps après la guérison du serviteur du centurion, alors que Sa louange au Père se situe après le retour des soixante-dix disciples envoyés pour le témoignage final, ce qui n’est pas du tout mentionné dans Matthieu. Dans notre Évangile, Le Saint Esprit met en général de côté les simples successions de temps, et soude ensemble des événements séparés pour illustrer la grande vérité qu’Il voulait faire ressortir, c’est-à-dire ici le fait que le vrai Messie était présenté avec des preuves adéquates à Israël, mais rejeté ; et que ceci se transformait, par la grâce de Dieu, en l’occasion de meilleures bénédictions que si le Seigneur avait été reçu.

Et tandis que la vision solennelle du rejet croissant de l’homme est devant nous, Jésus dit : « Je te loue, ô Père, Seigneur du ciel et de la terre » (les espérances ne se limitent pas à la terre maintenant, mais Dieu est considéré comme Seigneur du ciel et de la terre — souverain sur toutes choses), « parce que Tu as caché ces choses aux sages et aux intelligents, et que tu les as révélées aux petits enfants. Oui, Père, car c’est ce que tu as trouvé bon devant Toi. Toutes choses m’ont été livrées par mon Père ». Le trône d’Israël pouvait Lui être refusé ; les Juifs pouvaient Le rejeter, les chefs pouvaient Le mépriser : tout cela pouvait arriver, mais quel en est le résultat ? Non seulement ce qui a été promis à David ou Salomon, mais « Tout m’est livré par mon Père ». Où de telles pensées ont-elles été divulguées auparavant ? Dans les Psaumes, dans les Prophètes, ou ailleurs, où trouvez-vous quelque chose de semblable ? Le Messie rejeté est refusé par l’homme : Lui s’y soumet. Ils Le dépouillent de ses robes de gloire messianique, et qu’en ressort-il ? Lui est le Fils du Père, le Fils de Dieu de toute éternité, la personne divine et bénie qui pouvait lever les yeux et dire : « Père ». Refusez-Le dans Sa dignité terrestre, et Il brillera dans Sa dignité céleste ; méprisez-Le comme homme, et Il est manifesté comme Dieu.


2.10 - Ch. 11:27-28

« Et personne ne connaît le Fils, si ce n’est le Père ; et personne ne connaît le Père, si ce n’est le Fils, et celui à qui le Fils veut le révéler » (11:27). C’est maintenant qu’Il révèle Père. Ce n’est pas simplement qu’Il est venu pour accomplir les promesses de Dieu, mais Il révèle Père — amenant les âmes à une connaissance plus profonde de Dieu que ce qui était possible auparavant. « Venez à moi, vous tous qui vous fatiguez et qui êtes chargés, et je vous donnerai du repos » (11:28). C’est la grâce parfaite : pas de restriction, pas de mise en avant des Juifs sur le siège d’honneur. Mais « Venez à moi, vous tous qui vous fatiguez » — Juifs ou Gentils, peu importe. Êtes-vous misérables ? Ne trouvez-vous aucune consolation ? « Venez à moi, vous tous qui vous fatiguez, … et je vous donnerai du repos ». C’est sans condition ni réserve si le nécessiteux va simplement à Lui. Dans Jean (6:37), nous avons : « Tous ceux que le Père me donne viendront à moi, et je ne mettrai pas dehors celui qui vient à moi ». Voici la preuve que le Père tire (Jean 6:44) : c’est que je vais à Jésus. C’est le Fils du Père, en Jean ; car la grâce se trouve toujours totalement pleine et libre là où le Fils est présenté dans toute Sa gloire.


2.11 - Ch. 11:29-30

« Prenez mon joug sur vous, et apprenez de moi, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos de vos âmes. Car Mon joug est facile, et Mon fardeau est léger » (11:29, 30). La grâce ne laisse pas les hommes faire ce qu’ils veulent, mais le cœur qui la reçoit, elle le rend capable de désirer la volonté de Dieu. Ainsi, après avoir dit : « Je vous donnerai du repos », notre Seigneur ajoute : « Prenez Mon joug sur vous, et apprenez de moi ; car je suis débonnaire et humble de cœur, et vous trouverez le repos de vos âmes ». Remarquez la différence. Au v. 28, c’est : « Venez à Moi. … et je vous donnerai du repos » — c’est une pure grâce pour l’âme dans le besoin, qui n’a rien d’autre à apporter que ses péchés ; mais en disant : « Prenez mon joug sur vous. … et vous trouverez le repos de vos âmes », Il parle de soumission à Lui, et l’effet est de trouver le repos de nos âmes. Lorsque le pécheur va vers Jésus dans sa misère, le Sauveur lui donne le repos — « sans argent et sans prix » (És. 55). Mais si cette âme ne suit pas les voies de Christ, elle devient misérable et perd le réconfort qu’elle a eu au départ. Pourquoi ? Elle n’a pas pris le joug de Christ sur elle. Les conditions dans lesquelles le Seigneur donne du repos au pécheur sont : « Venez à Moi », tel que vous êtes. Les conditions dans lesquelles le croyant trouve le repos sont : « Prenez mon joug sur vous, et apprenez de Moi, car je suis débonnaire et humble de cœur ». Le Seigneur garde Son gouvernement moral sur les Siens, et ceux-ci sont plus perturbés que quiconque s’ils ne sont pas soumis à Christ ; ils ne peuvent ni jouir de Lui ni jouir du monde. Si j’ai trouvé un tel Sauveur, et que pourtant je ne porte pas Son joug, Dieu ne veut pas que je sois heureux. Tout le reste n’est qu’un faux bonheur.


3 - Matthieu 12

Matthieu 12 complète le tableau de la transition commencée au chapitre 11, et montre que, pour Dieu, la crise était venue. Le Seigneur pouvait continuer à être l’objet d’un rejet encore plus profond, mais l’esprit qui a donné lieu à Sa crucifixion s’était déjà manifesté clairement. Au centre de ce chapitre, nous avons l’avertissement au sujet du péché impardonnable, non pas simplement contre le Messie, mais contre le Saint Esprit rendant Son témoignage au Messie ; et en outre, on y trouve le fait qu’Israël, en tant que nation, serait coupable de ce péché, et serait donc livré au pouvoir de Satan plus que tout ce qui s’était vu dans toute leur triste histoire. Ainsi, le mal pour lequel Dieu avait permis qu’ils soient emmenés captifs à Babylone était peu de chose en comparaison de l’iniquité dont ils étaient maintenant coupables en esprit, et dans laquelle ils allaient sombrer. Ceci amène la crise qui clôt l’annonce du royaume à Israël ; et le ch. 13 introduit une chose nouvelle — le royaume des cieux sur le point de commencer sous sa forme actuelle mystérieuse, à cause du rejet du Messie.


3.1 - Ch. 12:1-4

Je dois maintenant montrer dans quelle mesure tous les incidents de ce chapitre sont en harmonie avec la pensée principale — la rupture entre Christ et Israël. C’est pourquoi le Saint Esprit ne s’en tient pas ici au simple ordre chronologique des événements. « En ce temps-là, Jésus allait le jour du sabbat à travers les blés, et ses disciples avaient faim ; ils se mirent à arracher des épis et à manger » (12:1). Nous ne devons pas supposer que « en ce temps-là » signifie « à ce moment précis ». C’est un terme général, qui englobe des événements liés entre eux, même s’il peut y avoir des mois entre eux. Ce n’est pas comme « immédiatement », ou « sur-le-champ », ou « la semaine suivante », etc. Ce qui s’est passé entre temps se déduit des autres évangiles. En Marc, nous trouvons que la scène des champs de blé s’est déroulée au début du ministère de notre Seigneur. Ainsi, au ch. 2, le jour du sabbat suivant l’appel de Lévi et le discours sur le jeûne, il nous est dit qu’« Il passait par les blés » (Marc 2:23). Marc suit l’ordre des événements : Matthieu s’en écarte pour donner le grand changement consécutif au rejet du Messie par Israël. La parole de de notre Seigneur prononçant « malheur » sur Chorazin et Bethsaïda, et la bénédiction de ceux qui Le recevaient, n’ont pas été prononcées de bonne heure. Ils sont réunis ici, parce que l’objectif du Saint Esprit dans Matthieu est de montrer ce changement. Par conséquent, ce qui prouverait ce changement est choisi, et est réservé pour cet endroit.

En bref, le Saint Esprit nous donne un tableau historique indépendamment de la simple date à laquelle les événements ont eu lieu ; et les événements et les discours qui illustrent la grande transition sont tous regroupés. Les disciples traversèrent le champ de blé, et commencèrent à arracher les épis et à manger, selon la liberté que leur accordait la loi. « Les pharisiens, voyant cela, lui dirent : Voici, tes disciples font ce qu’il n’est pas permis de faire le jour du sabbat ». Notre Seigneur cite ensuite deux incidents : l’un d’eux est un fait constamment répété chez les prêtres/sacrificateurs ; l’autre est relaté en rapport avec leur roi le plus remarquable, David ; tous deux prouvent le péché et la ruine totale d’Israël. Quel était l’état de choses lorsque David fut obligé d’utiliser les pains de proposition ? N’était-ce pas parce que le vrai roi était méprisé et persécuté — parce que le roi choisi par leur propre cœur était en place ? C’était la même chose maintenant. Le péché d’Israël profanait le pain saint. Dieu n’accepterait rien de saint de la part de gens vivant dans le péché. Aucun cérémonial ne vaut une paille si le cœur n’honore pas Christ. Pourquoi les disciples étaient-ils réduits à arracher et à manger les épis de blé ? Pourquoi les disciples du vrai Roi étaient-ils réduits à la faim ?


3.2 - Ch. 12:5-8

De plus, « n’avez-vous pas lu dans la loi que, les jours de sabbat, les prêtres/sacrificateurs profanent le sabbat dans le temple, et ne sont pas coupables ? » (12:5). Ce jour-là, ils accomplissaient une tâche très importante. Ils offraient des sacrifices, parce qu’il y avait un péché ; et le péché du peuple exigeait ce qui, selon la lettre de la loi, semblait à un pharisien être une violation de celle-ci. Peu importe ce que la loi pouvait prescrire ordinairement : s’il y avait péché de la part du peuple de Dieu, le sacrifice ne pouvait être différé.

Ainsi, que l’on prenne l’exemple particulier de l’oint de l’Éternel aux jours de Saül, ou le service sacerdotal régulier le jour du sabbat, une seule chose expliquait tous les désordres, réels ou apparents : Israël était pécheur. Ils avaient permis que l’élu de l’Éternel soit chassé sur les montagnes lorsqu’il y était ; et ici, il y avait un plus grand que David. Il en était de même pour les prêtres/sacrificateurs et leur travail. Un être infiniment plus grand que le temple était là — le Messie Lui-même : or quelle n’était pas leur indifférence, et même leur inimitié à Son égard ?


3.3 - Ch. 12:9-13

Un autre jour de sabbat était nécessaire pour compléter l’esquisse. Et maintenant c’est Jésus qui travaille ; et ces deux choses sont réunies ici. « Étant parti de là, il vint dans leur synagogue ; et voici il y avait un homme qui avait la main sèche. Ils l’interrogèrent, disant : Est-il permis de guérir le jour du sabbat ? afin de l’accuser ». Le Seigneur accepta le défi. « Il leur dit : Quel est parmi vous l’homme qui aura une brebis, et qui, si elle vient à tomber dans une fosse un jour de sabbat, ne la prendra pas et ne la relèvera pas ? ». Bien sûr, ils délivreraient la pauvre brebis de la fosse, car c’était leur propre brebis. Ils n’avaient aucun scrupule de conscience de faire quelque chose le jour du sabbat si c’était à leur avantage. Le Seigneur ne les en blâme pas ; mais Il les frappe de cette conclusion mordante : « Combien donc un homme vaut-il mieux qu’une brebis ? De sorte qu’il est permis de faire du bien le jour de sabbat ». En un mot, Il montre par ce second cas, que non seulement Israël était un peuple coupable à l’égard du vrai Bien-aimé, mais que, s’ils avaient connu leur propre condition, ils se seraient reconnus semblables à l’homme à la main sèche, ayant le besoin de Sa grande puissance. Il était là en grâce pour accomplir toute guérison nécessaire. Le Seigneur a insisté sur leur condition lamentable. Toute la nation devant Dieu était moralement aussi desséchée que la main de cet homme l’était physiquement, mais ne voulait pas, hélas, être guérie comme lui. Il dit alors à l’homme : « Étends ta main. Et il l’étendit, et elle fut rendue saine comme l’autre » (12:13).

Pourquoi ce fait est-il rapporté ici comme s’étant produit un jour de sabbat — spécialement à la suite de l’incident du champ de blé ? Dans le premier cas, le Seigneur prouve la culpabilité d’Israël par rapport à la sainteté du sabbat ; et dans le second, Il se déclare prêt pour opérer la restauration, même un jour du sabbat. C’est un récit de toute importance, car le Seigneur déchire, pour ainsi dire, la lettre extérieure du lien entre Lui et Israël, dont le jour du sabbat était un signe spécial.


3.4 - Sabbat et jour du Seigneur ou journée dominicale

Je dois faire remarquer ici que le jour du Seigneur diffère essentiellement du sabbat ; dans l’Église primitive, on prenait un soin scrupuleux à ne pas confondre les deux choses. Le sabbat et le jour du Seigneur sont des signes de vérités tout à fait distinctes.

Le premier a son origine dans le fait que Dieu a sanctifié Son repos lorsque la création a été achevée ; c’était le gage que, lorsque Dieu achèverait Ses œuvres, il y aurait un saint repos pour l’homme. Puis le péché est arrivé, et tout a été ruiné. Nous n’en entendons pas un mot (du moins, directement), jusqu’à ce qu’un peuple soit appelé d’entre tous les autres, comme Sa nation élue, pour servir le vrai Dieu. Nous avons vu, dans l’Ancien Testament comme dans le Nouveau, combien ils ont entièrement failli ; et maintenant le seul espoir d’avoir un vrai sabbat est lorsque Christ Lui-même l’introduira. Quand Adam a péché, la mort a passé à tous les hommes, et le repos de la création a été rompu. Puis (selon le type de Christ dans la manne, suivi du sabbat, Ex.16), vint la loi, qui reprit le sabbat, l’incorpora dans les dix commandements et les statuts d’Israël, et en fit non seulement un jour sanctifié, mais un jour issu d’un commandement, qui leur était enjoint comme les neuf autres ; un jour où chaque Israélite était tenu, non seulement de s’abstenir de travailler lui-même, mais de donner du repos à tout ce qui lui appartenait. Ce n’était pas une question de peuple spirituel. Tout Israël y était tenu, et ils partageaient leur repos avec leur bétail.

Le jour du Seigneur (ou journée dominicale), par contre, n’a jamais été mentionné avant que Christ ne ressuscite des morts. De cette résurrection est né un ordre de choses entièrement nouveau. Christ, le commencement, la tête d’une nouvelle création, est ressuscité d’entre les morts le premier jour de la semaine. Ainsi, alors que le vieux monde continue, que le péché est toujours à l’œuvre et que Satan n’est pas encore lié, Dieu a opéré le salut qu’Il accorde à toute âme qui croit. Celles-ci reconnaissent que Christ ressuscité est leur Sauveur, et qu’elles ont par conséquent une vie nouvelle en Lui. C’est ce qu’ils reconnaissent, et bien plus encore, lorsqu’ils se réunissent pour le faire au jour du Seigneur. Ils « annoncent la mort du Seigneur jusqu’à ce qu’Il vienne ». Rien ne peut être plus clair dans l’Écriture, si notre désir est de connaître et de suivre la parole de Dieu. Il ne s’agit plus de savoir si les gens sont Juifs ou Gentils. Sont-ils chrétiens ? Ont-ils Christ comme leur vie et leur Seigneur ? S’ils Le confessent avec actions de grâce, le jour du Seigneur c’est leur jour. Ceux des chrétiens qui étaient Juifs continuaient à fréquenter la synagogue le jour du sabbat. Mais cela ne fait que montrer d’autant plus clairement qu’il ne s’agissait pas d’un simple changement de jour. L’apôtre insiste auprès des saints de Rome sur le fait que celui qui avait égard à ce jour, y avait égard à cause du Seigneur, et que l’homme qui n’y avait pas égard, n’y avait pas égard à cause du Seigneur. Était-ce le jour du Seigneur ? Non, il s’agissait de jours et de jeûnes juifs. L’apôtre n’aurait jamais voulu que les égards pour le jour du Seigneur soient facultatifs. Certains de ces croyants voyaient qu’ils étaient délivrés de la loi, et n’observaient pas les fêtes et les jeûnes juifs. Les Gentils, bien sûr, n’étaient pas du tout sous la loi. Mais certains, en tout cas, parmi les croyants juifs, avaient encore une conscience au sujet des anciens jours saints, et c’est d’eux que l’apôtre parle.

Le jour du Seigneur n’a jamais été et ne sera jamais un jour juif. Il est marqué de son caractère propre ; et les chrétiens, bien que n’étant pas soumis à la loi comme les Juifs pour le sabbat, sont cependant appelés par grâce à en faire usage de façon beaucoup plus solennelle pour le Seigneur, comme celui qui les invite à se réunir au nom de Jésus, en séparation de ce monde, conscients de la rédemption et de la justification par Sa mort et Sa résurrection. C’est le type de la bénédiction que le chrétien a obtenue, et qui reste encore à être manifestée en gloire. Le monde le confond toujours avec le sabbat, comme aussi beaucoup de chrétiens le font. On entend parfois de vrais croyants, mais non instruits, parler du « sabbat chrétien ». C’est, bien entendu, parce qu’ils ne voient pas leur délivrance de la loi, et les conséquences qui découlent de leur appartenance à Celui qui est ressuscité d’entre les morts. L’apôtre développe ces vérités bénies.

Notre Seigneur ne s’occupe ici que des Juifs. Il n’empêcha pas Ses disciples d’arracher des épis un jour de sabbat, et en un autre jour de sabbat, Il fit ouvertement un miracle en présence de tous (fournissant par-là une occasion aux Pharisiens qui en cherchaient une contre Lui). Il est vrai que les œuvres étaient des œuvres de miséricorde et de bonté ; mais il n’y avait aucune nécessité ni pour l’une ni pour l’autre, si ce n’avait pas été choisi volontairement. Il aurait pu parler sans rien faire. Il en est de même pour l’aveugle-né de l’Évangile de Jean. Toute la boue d’argile du monde n’aurait pas pu le guérir, sans la puissance de notre Seigneur. Sa parole aurait suffi ; mais Il fait quelque chose Lui-même, et fait faire à l’homme quelque chose d’autre le jour du sabbat. Il nous est dit expressément : « C’était le jour du sabbat quand Jésus fit la boue d’argile et lui ouvrit les yeux » (Jean 9:14). Le Seigneur brisait le sceau de l’alliance entre l’Éternel et Israël. Le sabbat scellait cette alliance, et il était en Israël pire qu’inutile aux yeux de Dieu, parce que le peuple qui prétendait garder si soigneusement le sabbat était les ennemis les plus acharnés de son Fils. Il était tout à fait faux de Le soumettre au sabbat. Le Fils de l’homme était « Seigneur du jour du sabbat ». Il prend hardiment ce terrain, comme il nous est dit ici (12:8), et c’est encore le sabbat suivant qu’Il accomplit ce miracle.


3.5 - Ch. 12:14-21

Les Pharisiens sentirent que c’était un coup mortel porté à tout leur système ; aussi, étant sortis ils « tinrent conseil contre lui pour le faire périr ». C’était le premier concile destiné à Le mettre à mort. Jésus, le sachant, se retira de là, « et une grande foule suivit, et Il les guérit tous » — une image de ce qu’Il ferait quand Israël Le mettrait à mort. Désormais, la grande œuvre devait se faire parmi les Gentils. Le prophète Ésaïe est cité en relation avec cet événement, pour montrer quel était le caractère de notre Seigneur : « Voici mon Serviteur, que j’ai choisi, mon Bien-aimé, en qui mon âme a trouvé son plaisir. Je mettrai mon Esprit sur lui, et il annoncera le jugement aux nations : Il ne contestera pas, il ne criera pas, et personne n’entendra sa voix dans les rues ; il ne brisera pas le roseau froissé, et il n’éteindra pas le lumignon qui fume, jusqu’à ce qu’il ait produit en victoire le jugement. Et les nations se confieront en son nom » (12:18-21 ; És. 42:1-4).


3.6 - Ch. 12:22-32

Le Seigneur s’éloignait d’Israël, mais ce n’est pas tout. Il y a un dernier témoignage avant qu’Il prononce la sentence sur Israël : « Alors on Lui amena un démoniaque aveugle et muet, et Il le guérit, de sorte que l’aveugle et muet parlait et voyait » (12:22). Telle était la condition dans laquelle Israël allait se trouver, n’ayant ni œil ni voix pour Jésus ; c’était un tableau juste de la condition de la nation, ne voyant pas le Messie et ne faisant pas entendre Sa louange. Mais voilà la chose solennelle suivante. Les pauvres, les ignorants, tout le peuple pouvait s’écrier : « Ne serait-ce pas là le Fils de David ? » (12:23), « mais les pharisiens ayant entendu cela, dirent : Cet homme ne chasse les démons que par Béelzébul, le chef des démons » (12:24). « Jésus, connaissant leurs pensées, leur dit : Tout royaume divisé contre lui-même sera réduit en désert, et toute ville ou maison divisée contre elle-même ne subsistera pas. Et si Satan chasse Satan, il est divisé contre lui-même ; comment donc son royaume subsistera-t-il ? » (12:25-26). — Il condescend à raisonner avec eux. « Et si c’est par Béelzébul que je chasse les démons, par qui vos fils les chassent-ils ? C’est pourquoi ils seront vos juges. Mais si c’est par l’Esprit de Dieu que je chasse les démons, alors le royaume de Dieu est parvenu jusqu’à vous » (12:27, 28). Mais ils étaient muets et aveugles. L’homme qu’on avait soumis à Jésus était guéri ; mais les pharisiens consultaient pour faire mourir le Fils de David.

Le Seigneur va encore plus loin dans Sa réponse. Il leur dit que maintenant on en était arrivé au point que « Celui qui n’est pas avec Moi est contre Moi, et celui qui n’assemble pas avec Moi disperse » (12:30). Tout dépendait d’être et d’agir avec Lui ; c’est pourquoi notre Seigneur ajoute : « Toute espèce de péché et de blasphème sera pardonnée aux hommes ; mais le blasphème contre le Saint Esprit ne sera pas pardonné aux hommes » (12:31). La raison en est la suivante : non seulement c’était le Fils de l’Homme qui faisait ces miracles, mais la puissance du Saint Esprit était là aussi. Même si Jésus se soumettait à l’humiliation, il ne pouvait que revendiquer la gloire de Dieu. Le Saint Esprit présentait ces actes de puissance, et l’incrédulité qui refusait le témoignage de l’Esprit lorsque Jésus était là, s’y opposerait encore plus fortement à Son départ. Ils s’avéreraient être comme leurs pères : « Vous résistez toujours au Saint Esprit : comme vos pères, vous aussi » (Actes 7:51). Et quelle en serait la conséquence ? Ils seraient coupables du péché impardonnable, de rejeter (non seulement Jésus Lui-même, en tant qu’homme présenté ici, mais) la puissance du Saint Esprit, qu’Il agisse en Lui alors, ou maintenant par Lui et pour Lui.

C’est le rejet final du témoignage de l’Esprit au sujet de Christ. C’était vrai quand le Seigneur était ici-bas, mais c’est encore plus complet maintenant qu’Il est au ciel. Ils ont refusé Christ sur la terre, et aussi après qu’Il soit monté au ciel, lorsque, par la puissance du Saint Esprit, Son nom seul faisait ressusciter les morts, et prouva ainsi encore plus Sa gloire que ce qu’Il avait fait personnellement lorsqu’Il était ici-bas. Ceux qui résistaient à un tel témoignage étaient évidemment perdus sans espoir, dans l’incrédulité et le mépris de Dieu en la personne de Son Fils. C’est pourquoi notre Seigneur déclare que ce blasphème est tel que rien ne peut y répondre. Ce n’est pas l’ignorance qui rejette Christ de cette manière. Un homme peut être sans lumière ; et quand la lumière vient, il peut, par grâce, être rendu capable de Le recevoir. Mais celui qui refuse tout témoignage divin, et ne prend occasion de la puissance déployée du Saint Esprit que pour montrer sa méchanceté à l’égard de Jésus, est évidemment perdu pour toujours : il porte sur son front l’empreinte indéniable de la perdition. C’était exactement le péché dans lequel Israël était en train de tomber rapidement. Le Saint Esprit pouvait être envoyé, et opérer des actes de puissance encore plus grands que ceux que le Seigneur Lui-même avait faits ; cela ne changeait rien à leur cœur.

La race incrédule et blasphématrice d’Israël ne devait être pardonnée ni dans ce « siècle » (ère, âge), ni dans celui qui est à venir. Je ne tiens pas particulièrement au mot « dispensation » — qui signifie un certain cours du temps, régi par des principes particuliers ; mais le point ici est que ni dans ce siècle (αἰῶν) ni dans celui qui est à venir, ce péché ne pouvait être pardonné. Le siècle (ère, âge) à venir est celui où les enfants d’Israël seront sous la domination du Messie ; alors que maintenant, et depuis la captivité de Babylone, ils ont été sous la domination des Gentils. Ce péché ne doit être pardonné ni maintenant ni à cette époque future. Quant à toutes les autres iniquités, il y avait encore l’espoir que ce qui n’était pas pardonné maintenant le serait peut-être à la venue du Messie. Il est vrai que le pardon est sans limites pour toute âme qui Le reçoit ; mais ils Le refusaient : ils attribuaient à Béelzébul la puissance de l’Esprit agissant dans Sa personne ; et ce blasphème ne serait jamais pardonné. Tel était le danger croissant pour Israël. Rejetant ainsi le Messie, ils sont condamnés. C’était rejeter le témoignage du Saint Esprit ; et une nouvelle œuvre de Dieu devait alors être introduite.


3.7 - Ch. 12:33-37

C’est pourquoi le Seigneur les déclare être une génération ou race de vipères. « On reconnaît l’arbre à son fruit ». C’était un mauvais arbre, et Il ne devait pas en attendre de bons fruits. « Ô génération de vipères », ajoute-t-Il, « comment, étant méchant, pouvez-vous dire de bonnes choses ? Car c’est de l’abondance du cœur que la bouche parle. Un homme bon, du bon trésor de son cœur, produit de bonnes choses ; et un homme mauvais, du mauvais trésor, produit de mauvaises choses. Mais moi, je vous dis que toute parole oiseuse (c’est-à-dire, je suppose, tout ce qui trahit le mépris de Dieu) que les hommes prononceront, ils en rendront compte au jour du jugement. Car c’est par tes paroles que tu seras justifié, et c’est par tes paroles que tu seras condamné » (12:34-37). Ce sur quoi Dieu insiste, c’est sur le témoignage à l’égard de Jésus. Ces paroles oiseuses trahissent le rejet de Jésus par le cœur, et négligent le témoignage du Saint Esprit à Son égard. « Par tes paroles tu seras justifié, et par tes paroles tu seras condamné ». C’est par la bouche que la confession est faite à salut (Rom. 10) ; et les paroles qui laissent Jésus de côté prouvent que le cœur préfère son péché plutôt que Lui. Les paroles de la bouche sont la preuve de l’état du cœur. Elles sont l’expression extérieure des sentiments, et elles montrent un homme d’une manière autant que sa conduite le fait d’une autre manière. Si le cœur est mauvais, les paroles sont mauvaises, la conduite est mauvaise : tout vient donc en jugement.


3.8 - Ch. 12:38-42

Après cela, les Pharisiens demandent un signe, et le Seigneur leur en donne un des plus significatifs : mais, avant cela, il prononce Sa sentence morale sur la nation : « Une génération méchante et adultère recherche un signe ; il ne lui sera donné d’autre signe que celui du prophète Jonas » (12:39). Quelle était la particularité de Jonas en tant que prophète ? À qui a-t-il prophétisé ? Il a été envoyé d’Israël vers les Gentils ; et, plus encore, avant que Jonas n’accomplisse correctement son message, il dut passer par la figure de la mort et de la résurrection. Il s’obstina tant à ne pas aller là où il lui avait été commandé, que l’Éternel dut faire jeter Jonas hors du navire ; et alors Il le traita comme un mort et opéra une grande œuvre dans son âme. Jonas, ayant traversé ce si remarquable type de la mort et de la résurrection, était dès lors prêt pour communiquer le message que l’Éternel lui donnait. C’est le signe que le Seigneur plaçait devant les Pharisiens. L’état de la nation juive était tel qu’Il devait les quitter et aller vers les Gentils, et cela après la mort et la résurrection en réalité, alors que les espoirs d’Israël avaient péri. Le Seigneur a des bénédictions en réserve pour Israël bientôt, mais pour le moment, tout est perdu pour eux. Ils avaient rejeté leur Seigneur. Dieu allait maintenant s’occuper Lui-même des Gentils. C’est pourquoi ces exemples utilisés pour confirmer cette situation :


3.9 - Ch. 12:43-45

C’est ce que le Seigneur montre maintenant. « Quand l’esprit impur est sorti d’un homme, il marche dans des lieux arides, cherchant du repos, et n’en trouve pas » (12:43). Quiconque étudie l’Écriture reconnaîtra que l’esprit impur signifie l’idolâtrie, et son culte met en relation avec les démons, au lieu de Dieu. Allons-nous supposer que notre Seigneur s’écarte soudain de ce qu’Il avait dit de la nation pour se mettre à traiter de simples individus ? Clairement il s’agit d’Israël. En tant que nation, Israël n’est jamais tombé dans l’idolâtrie après le retour de Babylone, comme auparavant. Ce n’est pas qu’ils fussent meilleurs, mais l’esprit impur de l’idolâtrie n’était plus leur tentation particulière. Il y avait de nouveaux moyens par lesquels le diable les tentait de pécher, s’il ne le faisait pas selon les anciennes méthodes. La maison avait été balayée et ornée. Il en était ainsi lorsque notre Seigneur était ici-bas. Israël avait abandonné ses habitudes idolâtres ; ils allaient à la synagogue chaque jour de sabbat ; et ils étaient assez zélés pour parcourir mer et terre pour faire un prosélyte. La maison était apparemment propre, et rien extérieurement ne pouvait choquer l’œil qui regardait. Mais l’esprit impur doit revenir. « Alors il va et prend avec lui sept autres esprits plus méchants que lui, et étant entrés, ils demeurent là ; et le dernier état de cet homme est pire que le premier. Il en sera de même pour cette génération méchante » (12:45). L’esprit impur va revenir, avec toute la puissance de Satan — « sept esprits plus méchants que lui-même ». Plus méchants que l’idolâtrie ! La figure de l’homme sert à illustrer l’état d’Israël, comme le montrent clairement ce qui suit : « Il en sera de même pour cette génération méchante ». Et quand cela sera-t-il ? C’est leur dernier état, encore à venir. L’état vide, balayé et orné qui existait alors peut encore avoir cours. Humainement parlant, ils peuvent être moraux. Ils peuvent ne pas abandonner les livres de Moïse, et prendre position de n’adorer que le vrai Dieu. Cela durera un certain temps, mais pas pour toujours, car nous savons par l’Écriture que Dieu a gardé cette nation pour des buts particuliers, d’abord en jugement, puis en miséricorde. Il les convertira et fera d’eux une semence sainte d’Abraham, comme ils en sont la descendance. Israël doit encore montrer les derniers résultats de la puissance de Satan sur leurs âmes avant que Dieu ne convertisse un résidu, et en fasse une nation forte et sauvée.


3.10 - Ch. 12:46-50

Mais en attendant, qu’allait-Il faire ? Se contentait-Il de prononcer un jugement sur Israël ? Loin de là. Pendant qu’Il parlait encore au peuple, quelqu’un vint Lui dire : « Voici ta mère et tes frères se tiennent dehors, cherchant à te parler » (12:47). Le Seigneur saisit immédiatement cette occasion pour montrer qu’Il ne reconnaît plus de simples relations selon la chair. Il avait une relation spéciale avec Israël, « desquels, selon la chair, est issu le Christ » (Rom. 9:5). Il ne la reconnaît plus. Ils ne veulent pas de Lui, et deviendront la demeure du diable dans toute sa puissance — leur dernier état sera pire que le premier. Mais, dit le Seigneur, Je vais avoir une chose nouvelle maintenant — un peuple selon Mon cœur. Il étendit donc la main vers ses disciples et dit : « Voici ma mère et mes frères ». Ses seuls vrais parents étaient ceux qui recevaient la parole de Dieu, et la mettaient en pratique. « Quiconque fait la volonté de Mon Père qui est dans les cieux, celui-là est Mon frère, et Ma sœur, et Ma mère » — Il renonçait à tout lien terrestre pour le temps présent. Le seul lien qu’Il reconnaissait maintenant était la relation à un Père céleste, formée par la parole de Dieu reçue dans l’âme.

Ainsi, dans ce chapitre, nous voyons le Seigneur en finir avec Israël, en ce qui concerne le témoignage. Dans le chapitre suivant, nous verrons ce qu’il en est du point de vue dispensationnel de ces nouvelles relations que le Seigneur était sur le point de déployer.


4 - Matthieu 13

4.1 - Au ch. 12, une rupture de relations et une nouvelle famille

À la fin du chapitre précédent, notre Seigneur a renié tous les liens naturels qui Le rattachaient à Israël. Je parle maintenant simplement du fait qu’Il l’a fait ressortir comme une question d’enseignement ; car nous savons que, historiquement, le moment de la rupture définitive avec eux a été la croix. Mais, sur le plan du ministère, si l’on peut dire, la rupture s’est produite maintenant et c’est ce qui est indiqué. Le Seigneur a profité d’une allusion à Sa mère et à Ses frères pour dire qui étaient ses véritables parents ; ce n’était plus ceux qui Lui étaient rattachés selon la chair : la seule famille qu’Il pouvait reconnaître maintenant était ceux qui faisaient la volonté de Son Père dans les cieux. Il ne reconnaît rien d’autre que le lien formé par la parole de Dieu reçue dans le cœur et obéie en conséquence.


4.2 - Place des paraboles dans l’évangile de Matthieu

Le Saint Esprit poursuit ce sujet en rapportant, sous forme d’une série, un certain nombre de paraboles qui avaient pour but de montrer la source, le caractère, la conduite et l’aboutissement de cette nouvelle famille, ou au moins de ceux qui faisaient profession d’y appartenir. C’est le sujet de Matthieu 13. C’est un exemple frappant de la manière dont le Saint Esprit a manifestement groupé les matériaux sous la forme particulière dont nous disposons actuellement ; car nous savons que notre Seigneur a prononcé plus de paraboles que celles qui sont données ici. En comparant avec l’Évangile de Marc, nous trouvons une parabole qui diffère matériellement de toutes celles qui figurent en Matthieu. Dans Marc (4:33-35), il s’agit d’une personne qui sème la terre, dort et se lève de nuit et de jour, attendant la germination, puis la pleine croissance et la maturation du blé, puis il en fait lui-même la récolte. Cela s’écarte considérablement de toutes les paraboles de Matthieu ; pourtant, nous savons par Marc que la parabole en question a été prononcée le même jour. « Il leur annonçait la Parole en plusieurs paraboles, selon qu’ils pouvaient l’entendre ; mais il ne leur parlait pas sans parabole. … Et en ce jour-là, quand le soir fut venu, il leur dit : « Passons à l’autre rive ».


4.3 - Ch. 13:1-2 — Des paraboles sur le témoignage nouveau, chrétienté et christianisme

De même que le Saint Esprit choisit certaines paraboles pour les insérer dans Marc, tandis que d’autres sont laissées de côté (et il en est de même dans Luc), ainsi aussi en est-il dans Matthieu. Le Saint Esprit transmet pleinement la pensée de Dieu sur le nouveau témoignage, communément appelé christianisme, et même chrétienté. En conséquence, le tout début du ch. 13 nous prépare à la nouvelle scène. « Le même jour (ou : en ce jour-là), Jésus sortit de la maison et s’assit au bord de la mer » (13:1). Jusqu’alors, la maison de Dieu était liée à Israël. C’est là que Dieu habitait, pour autant qu’on puisse le dire de la terre ; Il la considérait comme Son habitation. Mais Jésus sortit de la maison, et s’assit au bord de la mer. Nous savons tous que la mer, dans le langage symbolique de l’Ancien et du Nouveau Testament, est utilisée pour représenter des masses d’hommes, errant çà et là à l’extérieur, et non soumis à un gouvernement établi de Dieu. « De grandes foules s’assemblèrent autour de lui, de sorte qu’Il monta dans une barque et s’assit » (13:2a). De là Il les enseigne. « Et toute la foule se tenait sur le rivage » (13:2b). L’action même de notre Seigneur indiquait qu’il allait y avoir un témoignage très étendu. Les paraboles elles-mêmes ne sont pas confinées à la sphère des interventions précédentes de notre Seigneur, mais elles ont une portée beaucoup plus large que tout ce qu’Il avait dit précédemment.


4.4 - Ch. 13:3a — Beaucoup de choses en paraboles

4.4.1 - Séries de sept et douze

« Il leur dit beaucoup de choses par des paraboles » (13:3). Il n’est pas dit que nous ayons toutes les paraboles que notre Seigneur prononça ; mais le Saint Esprit nous en donne sept ici, reliées entre elles, toutes groupées et associées en un système cohérent, comme je vais m’efforcer de le montrer. Le Saint Esprit exerce manifestement une certaine autorité quant aux paraboles choisies ici, car nous savons tous que sept est le chiffre scripturaire pour ce qui est complet, que ce soit en bien ou en mal ; spirituellement, sept est régulièrement le chiffre utilisé. Lorsque le symbole douze est utilisé, il exprime quelque chose de complet, non pas spirituellement, mais en rapport avec ce qui a trait à l’homme. Quand l’administration humaine est mise en avant pour réaliser les desseins de Dieu, le nombre douze apparaît. C’est ainsi que nous avons les douze apôtres, qui avaient une relation particulière avec les douze tribus d’Israël ; mais quand il s’agit de présenter l’Église, nous entendons à nouveau le chiffre sept — « les sept églises ». Quoi qu’il en soit, nous avons ici sept paraboles, dans le but de donner un compte rendu complet du nouvel ordre de choses qui allait commencer — la chrétienté et le christianisme, le vrai comme le faux.


4.4.2 - La série de sept paraboles est une esquisse du royaume des cieux qui convient pour l’évangile de Matthieu

La première question qui se pose alors est la suivante : comment se fait-il que nous ayons cette série de paraboles ici et nulle part ailleurs ? Certaines d’entre elles se trouvent dans Marc, d’autres dans Luc, mais nulle part, sauf en Matthieu, nous n’en avons sept, la série complète. La réponse est la suivante : Rien ne peut être plus beau, ni plus approprié, que de les donner dans un Évangile qui présente Jésus comme le Messie à Israël ; puis qui montre, après Son rejet, ce que Dieu allait faire ensuite. Pour les disciples, au moment où leurs espoirs s’évanouissaient, quoi de plus intéressant que de connaître la nature et la fin de ce témoignage ? Si le Seigneur allait envoyer Sa parole parmi les Gentils, quel en serait le résultat ?

En conséquence, l’Évangile de Matthieu est le seul qui nous donne une esquisse complète du royaume des cieux ; et il nous donne aussi l’indication que le Seigneur allait fonder l’Église. C’est seulement dans Matthieu que nous avons ses deux choses mises en évidence, comme on le verra plus tard. Observons que le royaume des cieux n’est pas la même chose que l’Église, mais plutôt la scène où l’autorité de Christ est reconnue, au moins extérieurement. Ce peut être réel ou non, mais tout chrétien professant est dans le royaume des cieux. Toute personne qui confesse Christ, même par un rite extérieur, n’est pas simplement un Juif ou un Gentil, mais elle est dans le royaume. C’est une chose très différente du fait d’être né de nouveau et d’être baptisé du Saint Esprit pour faire partie du corps de Christ. Quiconque porte le nom de Christ appartient au royaume des cieux. Il se peut qu’il n’y soit que comme une mauvaise herbe (de l’ivraie), mais il y est quand même. C’est une chose très solennelle. Partout où Christ est confessé extérieurement, il y a une responsabilité qui dépasse celle qui s’attache au reste du monde.


4.5 - Ch. 13:3b — La première parabole : Un semeur qui sort pour semer

La première parabole était manifestement réalisée lorsque notre Seigneur était sur la terre. Elle est très générale et s’applique au Seigneur en personne ou en esprit. C’est pourquoi on peut dire qu’elle est toujours en cours ; car nous trouvons dans la deuxième parabole le Seigneur présenté comme continuant à semer la bonne semence ; seulement là c’est le « royaume des cieux » qui est comparé à un homme qui semait de la bonne semence dans son champ. Dans la première parabole, c’est l’œuvre de Christ publiant la parole parmi les hommes, alors qu’Il était ici-bas. La seconde parabole s’applique plutôt à notre Seigneur semant par le moyen de Ses serviteurs, c’est-à-dire le Saint Esprit agissant par eux selon la volonté du Seigneur pendant que Lui est en haut, le royaume des cieux étant alors établi.

Ceci fournit d’emblée une clé importante pour l’ensemble du sujet. Mais dans la mesure où le sujet de la première parabole est très général, beaucoup de son enseignement moral s’applique maintenant aussi bien que lorsque notre Seigneur était sur la terre.

« Un semeur sortit pour semer » — une vérité de poids en effet. Ce n’est pas ainsi que les Juifs attendaient leur Messie. Les prophètes rendaient témoignage à un souverain glorieux qui établirait son royaume au milieu d’eux. Il n’y a pas de doute qu’il y avait des prédictions claires de Sa souffrance aussi bien que de Son exaltation. Notre parabole ne décrit ni la souffrance ni la gloire extérieure, mais une œuvre accomplie par le Seigneur, d’un caractère distinct de tout ce que les Juifs auraient naturellement tiré de l’ensemble des prophéties. Néanmoins, notre Seigneur, je le conçois, faisait allusion à Ésaïe. Ce n’est pas exactement l’évangile de la grâce et du salut aux pauvres, aux misérables et aux coupables, mais c’est quelqu’un qui, au lieu de venir réclamer les fruits de la vigne établie en Israël, doit commencer une œuvre entièrement nouvelle. Un semeur qui sort pour semer marque évidemment le commencement de ce qui n’existait pas auparavant. Le Seigneur commence une œuvre qui n’était pas connue auparavant dans ce monde.


4.5.1 - Ch. 13:4 — La semence tombée le long du chemin

« Comme il semait, quelques graines tombèrent le long du chemin, et les oiseaux vinrent les dévorer ». C’était clairement le cas le plus désespéré de tous. Il était réduit à zéro, non par une quelconque faute de la semence, mais à cause de l’action destructrice des oiseaux qui dévoraient ce qui avait été semé.


4.5.2 - Ch. 13:5-6 — Le terrain rocailleux

Ensuite, nous avons : « Et d’autres tombèrent sur des endroits rocailleux, où il n’y avait pas beaucoup de terre, et aussitôt ils levèrent, parce qu’ils n’avaient pas beaucoup de terre ». Dans ce cas il y avait une apparence plus encourageante. La parole était reçue, mais le sol était rocailleux ; il n’y avait pas de profondeur de terre. Les apparences étaient très rapides — « aussitôt ils levèrent ». Il y a peu ou pas de sens du péché. Tout est accepté, mais trop facilement. Le « plan du salut » peut être estimé excellent ; l’illumination de l’esprit peut être incontestable ; mais une telle personne n’a jamais mesuré sa terrible condition aux yeux de Dieu. La bonne parole de Dieu est goûtée, mais le sol est rocailleux. La conscience n’a pas été correctement exercée. Or, dans un véritable travail de cœur, la conscience est le sol dans lequel la parole de Dieu fait son effet. Il ne peut jamais y avoir de véritable œuvre de Dieu sans un sens du péché. Lorsque des sentiments chaleureux sont excités, mais que le péché est passé sous silence (c’est le cas dont il est question ici), la parole est reçue immédiatement, mais le sol reste vraiment intact — rocailleux. Il n’y a pas de racine parce qu’il n’y a pas de profondeur de terre : par conséquent, « quand le soleil se leva, ils furent brûlés ; et comme ils n’avaient pas de racine, ils séchèrent ».


4.5.3 - Ch. 13:7 — Les épines qui étouffent la semence

Mais, en outre, « certains tombèrent parmi les épines, et les épines poussèrent et les étouffèrent ». C’est un autre cas, différent de celui où le cœur reçoit la parole immédiatement. Nous devrions avoir aussi peu de confiance dans le cœur que dans la tête. La chair diffère selon les individus. Certains peuvent avoir plus d’esprit, et d’autres plus de sentiments. Mais ni l’un ni l’autre ne peut recevoir la parole de Dieu à salut, à moins que le Saint Esprit n’agisse sur la conscience et ne produise le sentiment d’être complètement perdu. Lorsque c’est le cas, c’est une véritable œuvre de Dieu, que les peines et les difficultés ne feront qu’approfondir. Ceux qui reçoivent la semence parmi les épines forment une classe dévorée par les soucis de ce siècle, et entraînée par la séduction des richesses, qui étouffent la parole, de sorte qu’aucun fruit ne vient à maturité.


4.5.4 - Ch. 13:8-9 — La bonne terre

Mais maintenant vient la bonne terre. « D’autres tombèrent sur une bonne terre, et ils produisirent du fruit, les uns cent, les autres soixante, les autres trente. Qui a des oreilles pour entendre, qu’il entende » (13:8, 9). Le semeur est ici le Seigneur Lui-même, mais sur quatre jets de semence, trois sont infructueux. Ce n’est que dans le dernier cas que la semence porte du fruit mûr ; et même là, le résultat est mitigé et entravé — « les uns cent fois, les autres soixante fois, les autres trente fois » — les choses naturelles empêchent toujours, plus ou moins, la fructification.

Quelle histoire du cœur de l’homme et du monde ces paraboles révèlent ! Même lorsque le cœur ne refuse pas, mais reçoit extérieurement la vérité, il peut l’abandonner aussi rapidement. La même volonté qui fait qu’un homme reçoit de bon cœur l’évangile, le fait abandonner devant les difficultés. Mais, dans certains cas, la parole produit des effets bénis. Elle tombe sur un bon terrain, et produit du fruit à divers degrés. « Qui a des oreilles pour entendre, qu’il entende ». Avertissement solennel aux âmes, de bien regarder si, oui ou non, elles produisent selon la vérité qu’elles ont reçue.


4.5.5 - Ch. 13:10-17 — Raison d’être des paraboles

Les disciples viennent maintenant lui dire : « Pourquoi leur parles-tu en paraboles ? » et le Seigneur en profite pour leur expliquer ces choses. « Il leur répondit : Parce qu’il est donné à vous de connaître les mystères du royaume des cieux, mais à eux il ne leur est pas donné ». Il en était de la parabole comme de la nuée d’Israël aux jours de Moïse — pleine de lumière pour ceux qui sont dedans, pleine d’obscurité pour ceux qui sont dehors. Il en est ainsi des paroles de notre Seigneur. La crise avec Israël incroyant était si solennelle maintenant, que Son intention n’était pas de donner une lumière plus claire. La conscience avait disparu. Ils avaient le Seigneur au milieu d’eux, apportant la pleine lumière, et Il était refusé, en particulier par les conducteurs religieux. Il avait maintenant rompu avec eux : c’est là la clé de Sa conduite. « À vous il est donné de connaître » etc. Cela était caché à la multitude, parce qu’ils avaient déjà rejeté les preuves les plus claires que Jésus était le Messie de Dieu.

Mais, comme Il le dit ici : « À quiconque a, il sera donné, et il sera dans l’abondance ». Tel était le cas des disciples. Ils avaient déjà reçu Sa personne, et maintenant le Seigneur allait leur fournir la vérité pour continuer à les conduire. « Mais à quiconque n’a pas » (l’Israël qui rejetait Christ), « cela même qu’il a lui sera ôté », autrement dit la présence corporelle du Seigneur et la preuve par les miracles disparaîtraient bientôt. « C’est pourquoi je leur parle en paraboles, parce que, voyant, ils ne voient pas, et entendant, ils n’entendent pas, et ne comprennent pas » (13:13). La sentence judiciaire de ténèbres qu’Ésaïe avait prononcée sur eux des centaines d’années auparavant devait être maintenant scellée, bien que le Saint Esprit leur rendît encore un nouveau témoignage. Et ce même passage est cité ensuite pour marquer qu’il en était fini avec Israël. Ils aimaient mieux les ténèbres que la lumière. À quoi sert la lumière à celui qui ferme ses yeux ? C’est pourquoi la lumière serait aussi enlevée. « Mais bienheureux sont vos yeux, car ils voient, et vos oreilles, car elles entendent. Car en vérité je vous dis : beaucoup de prophètes et de justes ont désiré voir les choses que vous voyez et ne les ont pas vues, et entendre les choses que vous entendez et ne les ont pas entendues » (13:16, 17).


4.5.6 - Ch. 13:18-23 — Explication de la parabole du semeur

4.5.6.1 - Comprendre dans Matthieu, croire dans Luc

Suit l’explication de la parabole. La signification des « oiseaux du ciel » nous est donnée. Il n’est pas laissé à nos propres conjectures. « Quand quelqu’un entend la parole du royaume (c’était ce qui était alors prêché : ce n’est pas exactement la parole de l’Évangile, mais c’était celle « du royaume ») et ne la comprend pas » (13:19), etc. Dans Luc, elle n’est pas appelée « la parole du royaume », et il n’est pas dit « ne la comprend pas ». Il est intéressant d’observer cette différence, car elle montre la manière dont le Saint Esprit a agi dans l’Évangile de Matthieu. Comparez Luc 13. La première de ces paraboles nous est donnée en Luc 8:11. « Voici la parabole : La semence est la parole de Dieu » — non pas la parole du royaume, mais « de Dieu ». Il y a, bien sûr, beaucoup de points communs entre les deux ; mais l’Esprit avait une sage raison d’utiliser des expressions différentes. Ce serait plutôt donner une occasion à un ennemi, s’il n’y avait de bonnes raisons pour cela. Je répète que c’est « la parole du royaume » dans Matthieu, et « de Dieu » dans Luc. Dans Luc (8:12), c’est « qu’ils croient », et dans Matthieu (13:19) « ne la comprend pas ». Qu’enseigne cette différence ? C’est manifestement que, dans Matthieu, le Saint Esprit a le peuple juif particulièrement en vue ; tandis que dans Luc, le Seigneur avait particulièrement les Gentils devant Lui. Ceux-ci comprenaient qu’il y avait un grand royaume que Dieu était sur le point d’établir, et destiné à engloutir tous leurs royaumes. Quant aux Juifs, déjà familiarisés avec la parole de Dieu, leur grand point était de comprendre ce que Dieu enseignait — ce que la propre justice ne comprend jamais. On pourrait vous contredire si vous disiez à un Juif : Tu ne crois pas ce que dit Ésaïe ; mais alors viendrait la grave question : Le comprends-tu ? — Mais pour le Gentil, qui n’avait pas les oracles vivants, au lieu de mettre en avant sa propre sagesse, la question était de croire ce que Dieu disait ; et c’est ce que nous avons dans Luc. Dans Matthieu, s’adressant à un peuple qui avait déjà la parole, la grande chose était de la comprendre. Ce qu’ils n’ont pas fait. Le Seigneur montre que, s’ils entendaient de leurs oreilles, ils ne comprenaient pas de leur cœur. Cette différence, lorsqu’on la relie aux différentes idées et aux différents objets des deux évangiles, est à la fois intéressante et instructive.


4.5.6.2 - 13:19 — Le méchant qui ravit la semence

« Quand quelqu’un entend la parole du royaume, et ne la comprend pas » (13:19). Nous en tirons une autre vérité solennelle : la grande chose qui fait obstacle à la compréhension spirituelle est le préjugé religieux. Les Juifs étaient accusés de ne pas comprendre. Ils n’étaient pas idolâtres ni ouvertement incrédules, mais ils avaient dans leur pensées un système de religion dans lequel ils avaient été formés dès leur enfance, et qui obscurcissait leur intelligence quant à ce que le Seigneur mettait en évidence. Il en est de même aujourd’hui. Mais chez les païens, bien que l’état soit moralement mauvais, la parole de Dieu pouvait être semée librement dans cette terre stérile et, par grâce, elle pouvait être crue. Ce n’est pas le cas des gens qui ont été nourris d’ordonnances et de superstitions : la difficulté est alors de comprendre la parole. « Alors vient le méchant, et il arrache ce qui a été semé dans le cœur ». Ce qui correspond aux oiseaux dans la première parabole, comme nous l’avons vu, c’est le méchant qui ravit la parole du royaume dès qu’elle est semée.


4.5.6.3 - 13:20 — La semence dans les endroits rocailleux

« Mais celui qui a reçu la semence dans les endroits rocailleux, c’est celui qui entend la parole et la reçoit aussitôt avec joie » (13:20). Vous avez là le cœur, ému dans ses affections, mais sans exercice de conscience. Dès lors, la parole est reçue avec joie. Il y a une grande joie à ce sujet, mais cela s’arrête là. C’est seulement le Saint Esprit agissant sur la conscience qui donne ce que sont les choses aux yeux de Dieu. « Cependant, il n’a pas de racine en lui-même, mais n’est que pour un temps ; car lorsque la tribulation ou la persécution s’élève à cause de la parole, il est aussitôt scandalisé ».


4.5.6.4 - 13:20 — La semence parmi les épines

Puis nous avons le terrain épineux : « Celui qui a reçu de la semence parmi les épines, c’est celui qui entend la parole ; mais les soucis de ce monde et la séduction des richesses étouffent la parole, et il devient sans fruit ». Voilà un cas qui aurait pu sembler prometteur pendant un temps ; mais l’inquiétude de ce monde, ou la facilité flatteuse de la prospérité ici-bas, l’ont rendu infructueux, et tout est fini.


4.5.6.5 - 13:20 — La semence dans la bonne terre

« Mais celui qui a reçu de la semence dans la bonne terre, c’est celui qui entend la parole et la comprend (il s’agit toujours d’une compréhension spirituelle), et qui porte du fruit et le fait fructifier, les uns au centuple, les autres à soixante fois et à trente fois.


4.6 - Ch. 13:24-30 — Première similitude du royaume

Nous arrivons maintenant à la première des similitudes du royaume des cieux. La parabole du semeur était l’œuvre préparatoire de notre Seigneur sur la terre. « Il leur proposa une autre parabole, en disant : Le royaume des cieux est semblable à un homme qui sema de la bonne semence dans son champ ; mais, pendant que les hommes dormaient, son ennemi vint et sema de l’ivraie parmi le blé, et s’en alla » (13:24, 25) — exactement ce qui s’est passé dans la profession chrétienne. Il y a deux choses nécessaires pour que le mal fasse son chemin parmi les chrétiens. La première est l’absence de vigilance des chrétiens eux-mêmes. Ils deviennent négligents, ils dorment, et l’ennemi vient et sème l’ivraie. Cela a commencé très tôt dans la chrétienté. Nous en trouvons les germes même dans les Actes, et plus encore dans les épîtres. 1 Thessaloniciens est la première épître inspirée que l’apôtre Paul ait écrite ; la seconde fut écrite peu après. Il leur dit là que le mystère de l’iniquité était déjà à l’œuvre, que l’apostasie et l’homme de péché allaient suivre et que, lorsque l’iniquité serait pleinement manifestée (au lieu d’opérer secrètement), le Seigneur mettrait fin à l’inique et à tout ce qui le concerne. Le mystère de l’iniquité s’apparente à l’ensemencement de l’ivraie dont il est question ici. Quelque temps après, « lorsque la tige monta et porta du fruit » = lorsque le christianisme commença à faire des progrès rapides sur la terre, — « alors l’ivraie aussi parut ». Mais il est évident que l’ivraie a été semée presque immédiatement après la bonne semence. Quelle que soit l’œuvre de Dieu, Satan est toujours sur ses talons. Lorsque l’homme a été créé, il a écouté le serpent et est tombé. Lorsque Dieu a donné la loi, elle a été violée avant même d’être remise entre les mains d’Israël. Telle est toujours l’histoire de l’homme.


4.6.1.1 - Laisser croître l’ivraie n’est pas accepter le mal de l’Église

Ainsi le mal est fait dans le champ, et n’est jamais réparé. L’ivraie n’est pas pour l’instant ôtée du champ : il n’y a pas de jugement sur elle. Cela signifie-t-il que nous devons avoir de l’ivraie dans l’Église ? Si le royaume des cieux signifiait l’Église, il ne devrait y avoir aucune discipline : les impuretés de la chair ou de l’esprit, ceux qui jurent, les ivrognes, les adultères, les schismatiques, les hérétiques, les antéchrists, devraient y être admis. Voilà l’importance de saisir la distinction entre l’Église et le royaume. À propos de l’ivraie dans le royaume des cieux maintenant, le Seigneur dit : « Laissez-les croître tous deux ensemble jusqu’à la moisson » (13:30), c’est-à-dire jusqu’à ce qu’Il vienne en jugement. Si le royaume des cieux était la même chose que l’Église, cela équivaudrait, je le répète, à rien moins qu’à ceci : qu’aucun mal, aussi flagrant ou évident soit-il, ne devrait être mis hors de l’Église jusqu’au jour du jugement. Nous voyons donc l’importance de faire ces distinctions que trop de gens méprisent. Elles sont d’une importance capitale pour la vérité et la sainteté ; et il n’y a pas une seule parole, un seul mot, de Dieu dont nous puissions nous passer.


4.6.1.2 - Laisser croître l’ivraie n’a rien à voir avec la communion dans l’Église

Mais cette parabole n’a rien à voir avec la question de la communion dans l’Église. C’est du « royaume des cieux » qu’il est question — la scène de la confession de Christ, qu’elle soit vraie ou fausse. Ainsi, les Grecs, les Coptes, les Nestoriens, les catholiques romains, tout comme les protestants, sont dans le royaume des cieux ; pas seulement les croyants, mais tous ceux qui professent extérieurement le nom de Christ. Certains peuvent être immoraux ou hérétiques, mais il ne faut pas qu’ils soient ôtés du royaume des cieux. Mais serait-il juste de les recevoir à la table du Seigneur ? Dieu nous en préserve ! L’Église (l’assemblée de Dieu) et le royaume des cieux sont deux choses différentes. Une personne tombant dans le péché ouvert ne doit pas être admise à la communion de l’Église ; mais vous ne pouvez pas la mettre hors du royaume des cieux. En fait, cela ne pourrait se faire qu’en lui ôtant la vie, car c’est ce qu’implique l’arrachage de l’ivraie. Et c’est ce en quoi est tombé la chrétienté mondaine, dans un laps de temps assez court après que les apôtres eurent quitté la terre. Des châtiments temporels furent introduits à titre de discipline ; des lois furent faites dans le but de livrer les réfractaires au pouvoir civil vassalisé. S’ils n’honoraient pas la soi-disant église, ils ne devaient pas être autorisés à vivre. Ainsi, le mal contre lequel notre Seigneur avait précisément mis en garde les disciples se réalisa : l’empereur Constantin utilisa l’épée pour réprimer les contrevenants ecclésiastiques. Lui et ses successeurs introduisirent des punitions temporelles pour traiter l’ivraie, pour essayer de la déraciner. Prenez l’église de Rome, où vous avez si totalement la confusion de l’Église avec le royaume des cieux : ils revendiquaient, si un homme était hérétique, de le livrer aux tribunaux du monde pour être brûlé ; et ils ne confessaient ou ne corrigeaient jamais le tort, parce qu’ils prétendaient être infaillibles. Si l’on suppose que leurs victimes étaient vraiment de l’ivraie, cela revenait à les ôter du royaume. Si vous arrachez de l’ivraie du champ, vous la tuez. Il peut y avoir des gens du dehors qui profanent le nom de Dieu ; mais nous devons laisser à Dieu le soin de s’en occuper.


4.6.1.3 - Le champ, c’est le monde, non pas l’église

En ce qui concerne la responsabilité chrétienne à l’égard de ceux qui entourent la table du Seigneur, nous avons des instructions complètes dans ce qui est écrit sur l’Église. « Le champ, c’est le monde », mais l’Église n’englobe que ceux qui sont membres du corps de Christ. Prenez 1 Corinthiens, où le Saint Esprit nous donne l’ordre de la maison de Dieu et sa discipline. Supposons que certains soient coupables d’un péché sans qu’il y ait repentance ; ces personnes ne doivent pas être reconnues, tant qu’elles continuent dans ce péché. Un vrai saint peut tomber dans un péché manifeste ; mais l’Église, le sachant, est tenue d’intervenir pour exprimer le jugement de Dieu sur ce péché. Si elle permettait délibérément à une telle personne de venir à la table du Seigneur, elle rendrait en fait le Seigneur partie prenante de ce péché. La question n’est pas de savoir si la personne est convertie ou non. Si elle n’est pas convertie, elle n’a rien à faire dans l’Église ; si elle est convertie, le péché ne doit pas être toléré. Les coupables ne sont pas ôtés du royaume des cieux ; ils doivent être ôtés de l’Église. L’enseignement de la parole de Dieu est donc très clair sur ces deux vérités. C’est une erreur d’utiliser les punitions du monde pour traiter une personne méchante dans des affaires spirituelles. Je peux chercher le bien de son âme, et maintenir l’honneur de Dieu à l’égard du péché, mais ce n’est pas une raison pour utiliser les punitions du monde. Les inconvertis doivent être jugés par le Seigneur lors de Son apparition. Tel est l’enseignement de la parabole de l’ivraie ; elle donne une vision très solennelle du christianisme. Il y a un remède pour le mal qui entre dans l’Église, mais pas encore pour le mal dans le monde.


4.6.1.4 - Parabole de l’ivraie seulement dans Matthieu

C’est le seul Évangile qui contient la parabole de l’ivraie. Luc donne celle du levain. Matthieu ajoute l’ivraie. Cette parabole enseigne particulièrement la patience pour le présent, en contraste avec les actions judiciaires des Juifs et leur juste attente d’un champ nettoyé sous le règne du Messie. Les Juifs diraient : Pourquoi devrions-nous permettre des ennemis, des hérétiques impies ? Même lorsque notre Seigneur était ici-bas, et que certains Samaritains ne le recevaient pas, Jacques et Jean voulaient faire descendre le feu du ciel pour les consumer. Mais le Seigneur n’était pas alors venu pour juger, mais pour sauver. Le jugement du monde doit attendre Son retour.


4.6.1.5 - Rassembler l’ivraie en bottes

Mais nous avons une autre instruction. « Laissez-les croître ensemble jusqu’à la moisson ; et au temps de la moisson, je dirai aux moissonneurs : Cueillez d’abord l’ivraie, et liez-la en bottes pour la brûler ; mais amassez le blé dans mon grenier » (13:30). Ainsi, les saints célestes doivent être rassemblés dans la grange du Seigneur, pour être transportés de la terre au ciel. Mais « le temps de la moisson » implique une certaine période occupée par les divers processus d’engrangement. Il n’est pas dit que le blé doit être lié en bottes pour être transporté au ciel. Il n’y a aucune indication d’un travail préparatoire spécial concernant les saints avant leur enlèvement. Mais il y a un tel traitement de Dieu avec l’ivraie. Les anges doivent rassembler l’ivraie en bottes avant que le Seigneur ne la retire du champ. Je ne prétends pas dire comment cela se passera, ni si le système d’associations actuel peut ouvrir la voie à l’action finale du Seigneur à l’égard de l’ivraie. Mais le principe de l’association mondaine se développe rapidement.


4.6.1.6 - Échec de la profession chrétienne

La parabole du champ de blé avait pleinement montré quelque chose qui devait être un coup inattendu pour les pensées des disciples, à savoir que la dispensation qui s’ouvrait, échouerait aussi complètement que la précédente, en ce qui concerne le maintien par l’homme de la gloire de Dieu. Israël avait déshonoré Dieu ; ils avaient apporté, non pas la délivrance, mais la honte et la confusion sur la terre ; ils avaient failli sous la loi, et ils rejetteraient la grâce si complètement que le Roi serait obligé d’envoyer Ses armées pour détruire ces meurtriers et brûler leur ville (22:7). Mais s’il devait y avoir une nouvelle œuvre en rassemblant des disciples au nom de Jésus par la parole qui leur était prêchée, cela serait-il aussi gâché entre les mains de l’homme ? Le salut des âmes est en effet assuré dans les mains de Dieu ; mais l’épreuve de ce qui est confié à la responsabilité de l’homme tourne maintenant comme toujours à une faillite complète. Au Paradis (sur la terre), l’homme a été loin de la gloire de Dieu, et au dehors il a corrompu sa voie et rempli la terre de violence. Ensuite, Dieu a choisi un peuple pour le mettre à l’épreuve, mais il s’est effondré. Et maintenant venait la nouvelle épreuve : Que deviendraient les disciples qui auraient professé le nom de Christ ? La réponse a été donnée : « Pendant que les hommes dormaient, l’ennemi a semé l’ivraie », et l’annonce solennelle déclare qu’aucun zèle de leur part ne pourra remédier au mal. Ils pourraient être fidèles et sérieux eux-mêmes, mais le mal fait par l’introduction de l’ivraie — ceux qui professent faussement le nom de Christ — ne sera jamais éradiqué. Le Seigneur parle évidemment du vaste champ de la profession chrétienne, et du triste fait que le mal serait introduit dès le début ; et, une fois introduit, il ne serait jamais éradiqué jusqu’à ce que le Seigneur Lui-même revienne en jugement, et que Ses anges rassemblent l’ivraie en bottes pour la brûler, tandis que le blé serait engrangé.


4.6.1.7 - Ne pas se tromper sur la signification du champ et de l’ivraie

Si l’Église est dans nos pensées en lisant Matthieu 13, nous ne comprendrons jamais le chapitre. « Le champ, c’est le monde » — la sphère où le nom du Seigneur est professé, et qui s’étend bien au-delà de ce qu’on pourrait appeler l’Église. Il pourrait y avoir, et il y a, de nombreuses personnes qui se disent chrétiennes, mais qui montrent par leur comportement qu’il n’y a pas de foi réelle en elles. C’est elles qui sont appelées « l’ivraie ». Il y en a beaucoup, que personne ne croit être nés de Dieu, et qui, néanmoins, seraient choqués si on les considérait comme des incrédules. Ils reconnaissent Christ comme le Sauveur du monde, le vrai Messie, mais cela n’a pas plus d’effet sur leurs âmes, qu’il n’y en avait sur ceux qui croyaient en Christ en voyant les miracles qu’Il faisait (Jean 2:23). Jésus ne leur fait pas plus confiance maintenant qu’Il ne le faisait alors.


4.7 - Ch. 13:31-32 — Deuxième similitude du royaume : le grain de moutarde

La parabole suivante laisse entendre que le mal ne serait pas simplement le mélange avec une fausse profession, mais que quelque chose de tout à fait différent s’ensuivrait. Ce pourrait se rattacher à l’ivraie et en provenir, mais il fallait une autre parabole pour le montrer. En commençant par le plus petit grain, le plus humble en ce monde, il allait y avoir ce qui prendrait de vastes proportions sur la terre, qui plongerait ses racines en profondeur dans les institutions des hommes et s’élèverait en un système de grande puissance et d’influence terrestre. C’est le grain de moutarde qui devient un grand arbre, dans les branches duquel les oiseaux du ciel viennent se loger. Ces derniers, le Seigneur les avait déjà expliqués comme étant le méchant ou ses émissaires (13:4, 19). Nous ne devons jamais nous écarter du sens d’un symbole dans un chapitre, à moins qu’il n’y ait une raison nouvelle et expresse pour cela, ce qui n’apparaît pas dans ce cas. Ainsi, nous avons la plus petite de toutes les graines qui pousse jusqu’à être quelque chose comme un arbre ; et de ce tout petit commencement vient une tige avec des branches ayant une capacité suffisante pour donner un abri et une demeure aux oiseaux du ciel. Quel changement pour la profession chrétienne ! Le destructeur est maintenant logé dans son sein !


4.8 - Ch. 13:33 — Troisième similitude du royaume : le levain dans la farine

Vient ensuite la troisième parabole, de nature encore différente. Il ne s’agit pas d’une graine, bonne ou mauvaise. Ce n’est pas du petit qui s’élève et devient grand, ni d’une puissance protectrice sur la terre, et pour quoi faire ? Mais ici, nous avons ce qui serait la propagation d’une doctrine à l’intérieur — du « levain », utilisé ici comme ailleurs pour représenter une doctrine. Par exemple, nous avons « la doctrine des Pharisiens et des Sadducéens », que notre Seigneur appelait du levain. La pensée ici est de symboliser ce qui se répand et imprègne ce qui y est exposé. « Le royaume des cieux est semblable à du levain qu’une femme prit et cacha dans trois mesures de farine, jusqu’à ce que tout fut levé » (13:33). Les trois mesures de farine ne signifient pas le monde entier, comme beaucoup l’ont supposées sans raison valable, et le supposent encore (*). Il n’est pas habituel de trouver la vérité faire un tel chemin. Nous savons ce qu’est le cœur, et nous pouvons en déduire que la doctrine qui est tellement répandue sous le nom de Christ, doit être très éloignée de sa pureté originelle quand elle est bien accueillie par des masses d’hommes. En outre, nous avons vu l’ivraie — qui n’implique rien de bon — mêlée au blé. Nous avons vu le grain de moutarde devenir un arbre, et abriter étrangement les oiseaux du ciel qui, dans la première parabole, dévoraient la graine semée par Christ. De même, chaque fois que le mot « levain » apparaît symboliquement dans la parole de Dieu, il n’est jamais employé que pour caractériser une corruption qui tend à agir activement et à se répandre ; on ne doit donc pas supposer qu’il s’agit de l’extension de l’évangile. Le sens, je n’en doute pas, est un système de doctrine qui remplit et donne sa tonalité à une certaine masse déterminée d’hommes. C’est l’évangile qui est la semence de vie, la semence incorruptible, en tant que témoignage de Dieu au sujet de Christ et Son œuvre. Le levain n’a nulle part quelque chose à voir avec Christ ou le fait de donner la vie, mais expressément le contraire. Il n’y a donc pas la moindre analogie entre l’action du levain et la réception de la vie en Christ par l’évangile. Je crois que le levain représente ici le propagandisme des dogmes et des décrets, après que la chrétienté soit devenue une grande puissance sur la terre (ce qui correspond à l’arbre, comme ce fut le cas, historiquement, au temps de Constantin le Grand). Nous savons que le résultat de cette évolution a été un terrible écart d’avec la vérité. Quand le christianisme a acquis de la respectabilité dans le monde, au lieu d’être persécuté et d’être un opprobre, des foules d’hommes y furent incorporées. Une armée entière fut baptisée sur un simple ordre. L’épée était désormais utilisée pour défendre ou imposer le christianisme.


(*) (note de l’éditeur) Si nous nous tournons vers l’Écriture comme son propre interprète, les « trois mesures de farine » de la parabole nous font naturellement nous reporter aux offrandes de gâteau prescrites par la loi. Elles étaient une nourriture pour les sacrificateurs, elles étaient mangées dans un lieu saint, sans levain. Voir Lév. 6:14-17, et 1 Cor. 5:8.

« Aucune des offrandes de gâteau que vous apporterez à l’Éternel ne sera faite avec du levain » (Lev. 2:11) — la femme ici dans la parabole fait ce que la loi interdit strictement. Le levain étant toujours dans l’Écriture un type de mal, le mettre dans la farine, c’est introduire une doctrine mauvaise dans le pain de Dieu — la nourriture de Son peuple. Voir Jean 6:32-33.

La femme dans cette parabole devrait aussi nous rappeler Eve qui a conduit « à la transgression » ; et encore plus « cette femme Jézabel, qui se dit prophétesse, pour enseigner et séduire mes esclaves » etc. (Apoc. 2:20) — faisant à nouveau ce qui est interdit. Voir 1 Tim. 2:12-14. Pourquoi des commentateurs devraient-ils interpréter le levain comme le bien qui se répand, ou l’évangile qui soumet le monde entier ? C’est comme les douze de Luc 18:31-34 à qui le Seigneur a parlé de Son rejet, de Ses souffrances, de Sa mort et de Sa résurrection ; mais « ils ne comprirent rien à ces choses ». Dans leur esprit, le royaume était sur le point d’être restauré pour Israël ; ils ne pouvaient donc pas comprendre les mots les plus simples concernant le rejet du Messie. Les idées préconçues empêchent la réception de la plupart des vérités exprimées simplement.


Observez qu’ainsi l’interprétation fait suite harmonieusement. Nous avons des paraboles consacrées à des choses distinctes, qui peuvent avoir un certain degré d’analogie entre elles, et pourtant exposent des vérités distinctes dans un ordre qui ne peut que se recommander à un esprit spirituel sans préjugés. Beaucoup dépend de la bonne compréhension de ce que l’on entend par « royaume des cieux ». N’oublions pas qu’il s’agit simplement de l’autorité du Seigneur dans les cieux, reconnue sur la terre. Quand elle devient une chose dont le monde prend connaissance comme une puissance civilisatrice sur la terre, ce n’est plus le simple champ semé avec de la bonne graine que l’ennemi peut gâcher avec de la mauvaise, mais l’arbre imposant, et le levain opérant largement et en profondeur. Telle est la révélation très inattendue que fait notre Seigneur. La multitude pourrait admirer, mais les sages voudraient comprendre. Les disciples avaient besoin d’être instruits


Jusqu’à présent, donc, ces paraboles montrent la croissance graduelle du mal. D’abord, il y a le mélange d’un peu de mal avec beaucoup de bien, comme dans le cas du champ de blé. Ensuite, il y a la croissance de ce qui est élevé et influent à partir de l’origine modeste du christianisme primitif. Au lieu d’avoir de la tribulation dans le monde, le corps chrétien devient un patron ou un bienfaiteur, exerçant une autorité dans le monde, et les plus ambitieux du monde cherchent auprès de lui ce qu’ils veulent. Il s’ensuit une grande propagation de doctrine adaptée aux conditions du monde, à mesure que la folie du paganisme et l’étroitesse du judaïsme deviennent plus apparentes pour les hommes, et que leurs intérêts les entraînent vers le nouveau système du monde.


4.9 - Ch. 13:34-43 — Les parabole dites dans la maison

4.9.1 - Analogie avec Lév.23

Remarquez maintenant un changement. Le Seigneur cesse de s’adresser à la multitude qui était en vue jusqu’ici. Comme il est dit : « Tout cela, Jésus l’a dit aux foules, et sans parabole Il ne leur disait rien ». Mais maintenant, Jésus renvoie les foules et entre dans la maison. J’attire votre attention sur ce point, car il divise les paraboles et inaugure une série distincte. Les paraboles qui suivent n’étaient pas du genre à ce que les foules puissent voir ou saisir. Dans le placement à part de ces trois dernières paraboles d’avec les quatre précédentes, nous avons une analogie avec les fêtes exposées en Lévitique 23 : après la Pâque et les pains sans levain, l’offrande des prémices (premiers fruits) et la fête des semaines qui se suivent l’une l’autre, on a une interruption ; après quoi viennent les fêtes des trompettes, le jour des expiations, et enfin la fête des tabernacles. L’apôtre nous enseigne que Christ, notre Pâque, a été sacrifié pour nous, de sorte que nous avons à célébrer la fête des pains sans levain qui lui est inséparablement liée. Ensuite, nous avons la résurrection de Christ — la gerbe des prémices, suivie de la Pentecôte, comme nous le lisons dans Actes 2 : « Lorsque le jour de la Pentecôte fut pleinement accompli ». Ces fêtes sont accomplies en nous, les chrétiens. Mais la fête des trompettes, le jour des expiations, et la fête des tabernacles qui suivent les quatre premières, il serait absurde de les appliquer à l’Église ; leur application sera pour les Juifs. Ainsi, de même qu’au milieu de Lévitique 23 la rupture indique un nouvel ordre de sujets, c’est aussi ce qu’on trouve dans notre ch. 13 où la rupture est tout aussi marquée. Et tandis que les premières paraboles s’appliquent à la profession extérieure du nom de Christ, les dernières se rapportent spécialement et intimement à ce qui concerne les vrais chrétiens. Les foules ne pouvaient pas y entrer. C’étaient les secrets de la famille, et c’est pourquoi le Seigneur appelle les disciples à l’intérieur, et là Il leur dévoile tout.


4.9.2 - Complément d’information sur les premières paraboles

Mais avant d’entrer dans un nouveau sujet, il donne des informations supplémentaires sur le précédent. Les disciples lui demandent : « Explique-nous la parabole de l’ivraie du champ ». Aussi ignorants qu’ils fussent, ils avaient néanmoins confiance en leur Seigneur, et ils savaient que ce qu’Il avait dit, Il était prêt à l’expliquer. « Il leur répondit : Celui qui sème la bonne semence, c’est le Fils de l’homme ; le champ, c’est le monde ; la bonne semence, ce sont les fils du royaume ; mais l’ivraie, ce sont les fils du méchant » (13:37, 38). Le Fils de l’homme et le méchant, on l’a bien remarqué, sont opposés l’un à l’autre. Comme dans la Trinité, nous savons qu’il y a une part appropriée dont chaque Personne bénie a la charge dans leur œuvre de bénédiction ; ainsi le triste contraste apparaît par rapport au mal au dehors. Le Père fait spécialement paraître Son amour, et sépare du monde en révélant cet amour en Christ — le Saint Esprit, contrairement à la chair, est le grand agent de toute la grâce du Père, de tous Ses conseils et Ses voies — parallèlement l’Écriture présente Satan comme agissant en grand antagoniste personnel du Fils. Le Fils de Dieu est venu « pour détruire les œuvres du diable » (1 Jean 3). Le diable se sert du monde pour prendre les gens au piège, pour exciter la chair, en avivant les penchants naturels du cœur pour l’honneur et les aises du moment. En opposition à tout cela, le Fils de Dieu présente la gloire du Père comme l’objet pour lequel Il travaillait par le Saint Esprit.


4.9.3 - Antagonismes

La discrimination traverse avec force l’explication du Seigneur aux disciples dans la maison. Dans la première parabole, le bien est complètement séparé du mal, mais dans la dernière des trois paraboles, tout se fond en une pâte, une masse indistincte. Au début, tout était clair. D’un côté, le Fils de l’homme sème la bonne graine, et le résultat est les fils du royaume. D’autre part, il y a l’ennemi, qui sème sa mauvaise semence — fausses doctrines, hérésies, etc. et le résultat en est les enfants du méchant. Le diable a profité du christianisme pour rendre les hommes pires que s’il n’y avait jamais eu de révélation fraîche et céleste. Aux yeux de Dieu, ce qui porte faussement le nom de Christ est une chose plus méchante que toute autre. Jamais autant de sang juste n’a été versé que par la main de la soi-disant religion, et de ceux auxquels il sera redemandé. Voir 23:34-36. La papauté a été la pleine réalisation de cette religion terrestre. Et tout système religieux du monde tend à persécuter tout ce qui n’est pas en accord avec lui. L’acharnement et l’opposition à l’égard de ceux qui cherchent à suivre le Seigneur de nos jours sont du même genre que ceux qui ont donné lieu aux horreurs de l’âge des ténèbres, et qui ont persisté dans le « saint office » de l’inquisition quand et où il dresse la tête.


4.9.4 - La moisson

Pour continuer : « La moisson est la consommation du siècle, et les moissonneurs sont les anges ». « Le monde » du v. 38 ne doit pas être confondu avec « le siècle » du verset 39 (*). Ce sont des mots et des choses totalement distincts. « Le siècle » au verset 39 signifie « l’époque » ou « âge » ou « ère ». Il s’agit d’un espace de temps, et non d’une sphère géographique. Au verset 38, le monde est la sphère dans laquelle l’Évangile se répand ; au verset 39, le siècle (ou monde selon KJV) est l’espace de temps pendant lequel l’évangile progresse ou est entravé par la puissance de l’ennemi. La moisson est la consommation du siècle, c’est-à-dire la fin de la dispensation actuelle — la fin du temps où le Seigneur est absent, et où l’évangile est proclamé sur la terre. La grâce se répand activement maintenant. Les seuls moyens que Dieu emploie pour agir sur les âmes sont d’ordre moral ou spirituel. Les anges introduisent un jugement providentiel, tandis que l’évangile s’empare des pauvres pécheurs pour les sauver. Le Seigneur laisse entendre ici qu’il sera mis fin à l’envoi actuel de la parole du royaume, et qu’il y aura un jour où les effets de l’œuvre de Satan seront pleinement développés et jugés. « Les moissonneurs sont les anges ». Nous n’avons rien à voir avec la partie judiciaire, seulement avec la propagation du bien ; les anges agissent en rapport avec le jugement des méchants. « Comme donc l’ivraie est cueillie et brûlée au feu, il en sera de même à la consommation du siècle ». Le même mot est utilisé pour « siècle » au v. 40 et au v. 39. La version anglaise KJV donne le même mot « monde » dans les deux cas.


(*) note bibliquest : la version autorisée KJV traduit « la consommation du siècle » du v. 39 par « la fin du monde », d’où l’explication bien nécessaire donnée par l’auteur.


4.9.5 - Une époque différente de celle de l’évangile

De nombreux passages de l’Écriture montrent un temps futur et un état de choses pour le monde totalement différent de ce que l’évangile envisage. Je vais en mentionner un ou deux dans les prophètes. Prenez Ésaïe 11, qui parle d’abord de notre Seigneur sous la figure d’un rameau sorti des racines de Jessé (Isaï). Il est clair que cela est vrai de Christ, que ce soit lors de Sa première ou de Sa seconde venue. Il est né Israélite, de la famille de David. Et encore, en ce qui concerne le Saint Esprit reposant sur Lui, nous savons que cela était vrai de Lui lorsqu’Il était un homme ici-bas : mais au v. 4, nous trouvons autre chose : « Il jugera avec justice les pauvres, et il réprimandera avec équité (ou reprendra avec droiture) les débonnaires de la terre ». Si vous soutenez que cela s’applique maintenant, parce que dans le royaume des cieux le Seigneur agit sur les âmes des débonnaires, etc…, lisez un peu plus loin : « Il frappera la terre avec la verge de sa bouche, et du souffle de ses lèvres il fera périr les méchants ». Le Seigneur fait-il cela maintenant ? De toute évidence, non. Au lieu de tuer les méchants par le souffle de ses lèvres, ne convertit-Il pas les méchants par la parole de Sa grâce ? — C’est en contraste complet avec ce qui est décrit ici. En Apocalypse 19, nous avons la même période de jugement, où le Seigneur est vu avec une épée sortant de Sa bouche. Cela représente le jugement juste exécuté par la seule parole du Seigneur. Comme Il a fait naître le monde par Sa parole, Il parlera et les méchants iront à la perdition. Si l’on prend cela comme la signification indubitable de ce qui est mentionné ici dans Ésaïe, que se passe-t-il ensuite ? — Un état de choses tout à fait différent de ce que nous avons maintenant sous l’évangile : « La justice sera la ceinture de ses reins, et la fidélité la ceinture de ses flancs. Le loup habitera avec l’agneau, et le léopard couchera avec le chevreau ; le veau, le lionceau et la bête grasse seront ensemble, et un petit enfant les conduira. … On ne fera pas de tort et on ne détruira pas dans toute ma sainte montagne, car la terre sera remplie de la connaissance de l’Éternel, comme les eaux couvrent la mer ».


4.9.6 - Triomphe du mal jusqu’à son renversement

Tout cela n’est pas ce que nous avons maintenant. Au lieu que le monde soit converti par la prédication de l’Évangile, l’Écriture déclare avec insistance que dans les derniers temps il y aura des temps périlleux ; et que dans les tout derniers temps ce qui prévaudra ne sera pas la vérité de Christ, mais le mensonge de l’Antichrist (1 Jean 2) ; non pas le triomphe du bien, mais celui du mal, jusqu’à ce que le Seigneur y mette Lui-même Sa main ; et c’est ce qui est réservé pour Son apparition et Son royaume. « Il frappera la terre avec la verge de sa bouche, et du souffle de ses lèvres il fera périr les méchants ». Le Seigneur ne frappe pas la terre maintenant. Il a ouvert le ciel, mais bientôt, Il prendra la terre. Dans l’Apocalypse, vous avez la vision de l’ange puissant, avec son pied droit sur la mer et le gauche sur la terre. C’est le Seigneur qui prend l’univers entier sous son gouvernement direct. Maintenant, le mystère d’iniquité est laissé sans être jugé. Il est permis au mal de continuer à sévir dans le monde. Mais ce ne sera pas ainsi pour toujours. Le mystère de Dieu doit s’achever. Alors commencera ce changement étonnant, « la régénération », comme le qualifie notre Seigneur (19:28), lorsque l’Esprit de Dieu sera répandu, et que la terre sera remplie de la connaissance de l’Éternel comme les eaux couvrent la mer. Mais jusqu’à ce que ces temps de rafraîchissement viennent de la présence du Seigneur (Actes 3:19), l’Écriture appelle l’espace intermédiaire le siècle mauvais. Ainsi en Galates 1:4, ce n’est pas le monde matériel qui est visé, mais le cours moral des choses, qui est « le présent siècle mauvais ». L’ère nouvelle, au contraire, sera glorieuse, sainte et bénis.


4.9.7 - Restauration d’Israël

Le verset suivant d’Ésaïe 11 nous annonce la restauration de l’ancien peuple de Dieu, le rassemblement de tout Israël et de Juda. Au retour de la captivité babylonienne, tel n’était pas le cas. Une petite partie de Juda et de Benjamin revint, et seulement quelques individus d’Israël. Les dix tribus sont universellement appelées « les tribus perdues », tandis qu’« il arrivera, en ce jour-là, que le Seigneur mettra sa main encore une seconde fois pour acquérir le résidu de son peuple, qui sera demeuré de reste, de l’Assyrie, et de l’Égypte, et de Pathros, et de Cush, et d’Élam, et de Shinhar, et de Hamath, et des îles de la mer. Il élèvera un étendard devant les nations, il rassemblera les exilés d’Israël, et il réunira les dispersés de Juda, des quatre coins de la terre. La jalousie d’Éphraïm disparaîtra, et les adversaires de Juda seront exterminés : Ephraïm ne sera pas rempli d’envie contre Juda, et Juda ne sera pas l’adversaire d’Ephraïm … Et l’Éternel desséchera complètement la langue de la mer d’Égypte » — une chose qui n’a jamais été faite, ni rien de semblable. « Il secouera sa main sur le fleuve avec son vent puissant, il le frappera pour qu’il devienne sept ruisseaux, et y fera marcher avec des souliers. Et il y aura une route pour le reste de Son peuple qui restera de l’Assyrie, comme il en fut pour Israël le jour où il sortit du pays d’Égypte » (És. 11:11-15). Tant dans la mer d’Égypte que dans le Nil, il y aura cette grande œuvre de Dieu, dépassant ce qu’Il fit lorsqu’Il fit sortir le peuple la première fois par Moïse et Aaron.


4.9.8 - Les justes qui resplendissent et le royaume du Père

Ce sera l’âge (ou ère) à venir, mais dans l’âge (ou ère) actuel, l’ivraie et le blé doivent croître ensemble jusqu’à la moisson, qui est la consommation de ce siècle (ou ère) ; et quand elle arrivera, le Seigneur enverra Ses anges, « et ils cueilleront de Son royaume tous les scandales et ceux qui commettent l’iniquité » (13:41). La séparation a alors lieu : l’ivraie est cueillie et jetée dans une fournaise de feu, et « alors les justes resplendiront comme le soleil dans le royaume de leur Père » (13:43). Notez l’exactitude de l’expression « Alors ils resplendiront », et non « Alors ils seront enlevés ». Ce sera une nouvelle ère, dans laquelle il n’y aura pas de mélange de bons et de mauvais ; mais la cueillette des méchants pour le jugement clôt cette ère, afin que les bons puissent être bénis dans l’ère suivante.

Nous avons donc ici la région supérieure, appelée le royaume du Père, et la région inférieure, le royaume du Fils de l’homme. « Le Fils de l’homme enverra Ses anges, et ils cueilleront de Son royaume tous les scandales et ceux qui commettent l’iniquité ». Ceux-ci ne sont même pas autorisés à être sur la terre, mais sont jetés dans une fournaise de feu (13:42). « Alors les justes brilleront comme le soleil dans le royaume de leur Père ». Les deux domaines sont « le royaume de Dieu ». Quelle perspective glorieuse ! N’est-ce pas une douce pensée que même la scène actuelle de ruine et de confusion sera délivrée ? que Dieu aura la joie de Son cœur, non seulement en remplissant les cieux de Sa gloire, mais en voyant le Fils de l’homme honoré à l’endroit même où Il avait été rejeté ?


4.10 - Ch. 13:44 — Le trésor caché dans un champ

Mais regardons maintenant la parabole suivante. Le royaume des cieux est semblable à un trésor caché dans un champ, qu’un homme a trouvé et qu’il cache, et qui, dans sa joie, s’en va, vend tout ce qu’il a et achète ce champ (13:44). C’est la première des nouvelles paraboles à l’intérieur de la maison. Le Seigneur y montre, non pas l’état de choses qui se trouvent dans la profession publique du nom de Christ, mais les choses cachées, celles qui demandent du discernement. Il s’agit d’un trésor caché dans un champ, qu’un homme trouve et cache, et à cause de la joie qu’il en a, vend tout ce qu’il a et achète le champ. Je suis conscient que les gens ont l’habitude d’appliquer cela à une âme qui trouve Christ. Mais que fait l’homme de la parabole ? Il vend tout ce qu’il a pour acheter le champ. Est-ce là, pour un homme, le moyen d’être sauvé ? Si oui, le salut n’est pas une question de foi, mais d’abandon de tout pour gagner Christ, ce qui n’est pas de la grâce, mais des œuvres poussées à l’extrême. Lorsqu’un homme a Christ, il abandonnerait sans doute tout pour Lui. Mais ce n’est pas là un homme qui commence par recevoir Christ à cause des besoins de son âme. Mais ce n’est pas tout : « Le champ, c’est le monde ». Dois-je acheter le monde pour obtenir Christ ? Ceci ne fait que montrer les difficultés dans lesquelles on tombe dès qu’on s’éloigne de la simplicité de l’Écriture. Le Seigneur Lui-même réfute une telle interprétation. Il montre qu’il y a un Homme, un seul, qui a vu ce trésor au milieu de la confusion. C’est Lui-même, qui a renoncé à tous Ses droits pour avoir des pécheurs lavés dans Son sang et rachetés pour Dieu ; c’est Lui qui a acheté le monde, afin d’acquérir le trésor qu’Il estimait. Les deux choses sont présentées de façon distincte en Jean 17:2 : « Comme tu lui as donné autorité sur toute chair, afin qu’il donne la vie éternelle à tous ceux que tu lui as donnés ». Voilà le trésor : « Tous ceux que tu lui as donnés ». Il achète le tout, le monde extérieur, pour posséder ce trésor caché.


4.11 - Ch. 13:45-46 — La perle de grand prix

Mais, en outre, « le royaume des cieux est semblable à un marchand qui cherche de belles perles et qui, ayant trouvé une perle de grand prix, s’en alla et vendit tout ce qu’il avait et l’acheta » (13:45, 46). La parabole du trésor caché n’exprimait pas suffisamment ce que les saints sont pour Christ. Car le trésor pouvait consister en cent mille pièces d’or et d’argent. Et comment cela marquerait-il le caractère béni et la beauté de l’Église ? Le marchand trouve « une perle de grand prix ». Le Seigneur ne voit pas seulement le caractère précieux des saints, mais l’unité et la beauté céleste de l’assemblée. Chaque saint est précieux pour Christ ; mais « Il a aimé l’Église et s’est livré Lui-même pour elle ». C’est ce que nous voyons ici : « une perle de grand prix ». Je ne doute pas le moins du monde que l’esprit de cette phrase puisse s’appliquer à tout chrétien ; mais je crois qu’elle a pour but de mettre en évidence ce qu’il y a d’aimable dans l’Église aux yeux de Christ. Ne pourrait-on pas dire d’un homme qui s’éveille à la foi en l’évangile qu’il cherche de belles perles ? Avant la conversion, le pécheur se nourrit plutôt des gousses avec les cochons. Ici, il s’agit de quelqu’un qui cherche « de belles perles », ce qu’aucun homme inconverti n’a jamais vraiment cherché. Il n’y a aucune possibilité d’appliquer ces paraboles, sauf au Seigneur Lui-même. Quelle bénédiction qu’au milieu de toute la confusion que le diable a semée, Christ voie dans Ses saints un trésor et la beauté de Son Église, malgré toutes les infirmités et les défaillances !


4.12 - Ch. 13:47-50 — Le filet jeté dans la mer

Puis nous terminons tout par la parabole du filet (ou seine) jeté dans la mer (13:47-50). C’est une figure utilisée pour nous rappeler que nos énergies et nos désirs doivent être dirigés vers ceux qui flottent sur la mer du monde. Le filet est jeté dans la mer, et recueille toutes sortes de poissons : « lorsqu’il fut plein, ils le tirèrent sur le rivage, et s’assirent et rassemblèrent les bons dans des récipients, et jetèrent dehors les mauvais ». Qui sont les « ils » ? Jamais nous ne trouvons les anges rassemblant les bons, mais toujours séparant les méchants pour le jugement. Les pêcheurs étaient des hommes, comme les serviteurs de la première parabole. Mais ce n’est pas seulement l’évangile que nous avons ici. Le filet recueille toutes sortes de poissons. Il nous est montré que, avant que le Seigneur ne revienne en jugement, il devait y avoir une puissante opération de l’Esprit par le moyen des pêcheurs d’hommes, rassemblant les saints d’une manière tout à fait inégalée de toutes les classes. Cet esprit n’est-il pas en train de se manifester aujourd’hui ? L’Évangile se répand avec une puissance remarquable dans tous les pays. Mais il y a une autre action — le rassemblement des bons et leur mise dans des récipients. Les mauvais sont rejetés, mais ce n’est pas la fin pour eux. « Les anges sortiront, sépareront les méchants d’avec les justes, et les jetteront dans une fournaise de feu ». Les anges s’occupent toujours des méchants, les serviteurs des bons. Le fait de séparer les méchants d’avec les justes n’est pas du tout le travail des pêcheurs ; et le fait de jeter dehors les mauvais n’est pas la même chose que la fournaise de feu. (*)


(*) (note de l’éditeur) Dans une brochure de F. W. Grant intitulée « Les mystères du royaume des cieux », le sens de ces trois paraboles est présenté de la façon suivante : Le « trésor caché dans le champ » représente Israël, le « trésor particulier » de l’Éternel (Ps. 135:4) — recherché par le Seigneur, qui acquiert le titre sur le champ et sur le trésor par Son humiliation et Ses souffrances jusqu’à la mort ; Il garde maintenant le trésor caché pour un jour futur.

Puis « la perle de grand prix » représente l’Église qu’Il aime et pour laquelle « Il s’est livré Lui-même », et dont Il se parera comme Sa compagne et Son épouse, dans la gloire céleste.

Puis « le filet » jeté dans la mer des Gentils après que l’Église ait été « enlevée » pour rencontrer son Époux, représente l’Évangile du Royaume qui sort et rassemble une multitude, pour être triée par les administrateurs du gouvernement de Dieu à la fin de ce bref âge.


En commentant les chapitres 8 et 9 de notre Évangile, nous avons déjà signalé quelques exemples frappants de déplacements. Ainsi, les incidents de la traversée du lac dans la tempête, des démoniaques guéris, de la fille de Jaïrus ressuscitée, et de la femme guérie en chemin, appartiennent, en tant que faits historiques, à l’intervalle qui sépare les paraboles dont nous venons de nous occuper (ch. 13), et le mépris de notre précieux Seigneur, que notre évangéliste place ensuite dans son ordre (ch. 14-15). J’ai cherché à expliquer le principe sur lequel, comme je le crois, il a plu au Saint Esprit de disposer ainsi les événements, de manière à développer de la manière la plus vivante le ministère messianique de notre Seigneur en Israël, avec son rejet et ses conséquences.


4.13 - Ch. 13:53-58

C’est pourquoi les faits intermédiaires ayant été insérés dans cette partie antérieure, l’incrédulité d’Israël en présence de Son enseignement suit naturellement. Il était dans Son pays et les enseignait dans leurs synagogues ; mais ce qui en résulte, malgré l’étonnement face à Sa sagesse et Ses œuvres puissantes, est une demande méprisante : « N’est-ce pas le fils du charpentier ? … Et ils étaient scandalisés en lui ». Il était prophète, mais sans honneur dans Son propre pays et dans Sa propre maison. La manifestation de la gloire n’est pas niée ; mais Celui en qui elle a été manifestée, n’est pas reçu selon Dieu, mais jugé selon la vision et la perception de la nature (13:54-58).


5 - Matthieu 14

5.1 - Ch. 14:1-2

Ce n’est pas non plus toute la triste vérité. C’est vers cette époque que les douze furent envoyés. C’est ce que nous avons eu au ch. 10, qui faisait partie de la série spéciale d’événements transposés dans cette partie de l’Évangile ; mais, au point de vue chronologique, cela suivait le jugement charnel du peuple à l’égard de Christ. Leur mission a été magnifiquement donnée auparavant par Matthieu, de manière à compléter le tableau de la grâce patiente et persévérante de Christ envers Israël, ainsi qu’à témoigner des droits de Sa personne en tant que l’Éternel, le Seigneur de la moisson. Ici, par conséquent, le fait est omis, mais l’effet apparaît. « En ce temps-là, Hérode le tétrarque, ayant entendu parler de la renommée de Jésus, dit à ses serviteurs : C’est Jean le Baptiseur ; il est ressuscité des morts, et c’est pourquoi les miracles s’opèrent par lui ».


5.2 - Ch. 14:3-12

Cela donne l’occasion à l’Esprit de Dieu de raconter (14:3-12) l’extinction du témoignage de Jean-Baptiste dans son propre sang. Ce n’était pas seulement un peuple aveuglé, mais au milieu de lui régnait un roi faux et acharné, qui ne craignait pas de commencer par emprisonner ce témoin béni de Dieu, et finalement de le faire mourir. Il craignait la foule (14:5), car ses passions l’auraient poussé à agir plus tôt ; il avait aussi de la peine et des scrupules au moment d’agir (14:9) ; mais que valent ces freins contre les ruses et la puissance de Satan ? Tout mauvais qu’était Hérode, il n’était pas tout à fait sans conscience, et la prédication de Jean l’avait atteint, au moins au point de le mettre mal à l’aise. Mais le résultat fut ce à quoi on peut s’attendre quand on sait qu’un ennemi est derrière la scène, haïssant tout ce qui est de Dieu, et incitant l’homme à être son esclave et l’ennemi de Dieu, et à satisfaire la convoitise et à maintenir un honneur pire que la vanité. Quel regard de Dieu sur le monde et sur le cœur de l’homme nous avons ici ! Et avec quelle sainte simplicité est mis à nu tout ce qu’il nous est profitable d’entendre et de peser ! « L’homme qui est en honneur ne dure pas ; il est semblable aux bêtes qui périssent. Ce chemin qu’ils tiennent est leur folie, et pourtant leur postérité approuve leurs paroles. Comme des brebis, ils sont couchés dans la tombe ; la mort s’en nourrit, et au matin les hommes droits domineront sur eux » (Ps. 49:12-14). Ainsi chantait le Psalmiste, et assurément c’était juste et de Dieu. « Et il (le roi) envoya décapiter Jean dans la prison ; sa tête fut apportée sur un plat et donnée à la jeune fille ; et elle l’apporta à sa mère » (14:10, 11). Tel est l’homme, et telle est la femme, sans Dieu.


5.3 - Ch. 14:13

Lorsque le Seigneur fut informé de la mort de Jean, Il marqua tout de suite Son sentiment sur l’acte : « Il partit de là par bateau dans un lieu désert à l’écart ; et quand les foules l’apprirent, elles le suivirent ». Il n’y avait pas d’insensibilité chez Lui, quelles que soient Sa longanimité et Sa grâce. Il ressentait le tort grave fait à Dieu, à Son témoignage et à Son serviteur. C’était le signe avant-coureur d’une tempête encore plus violente et d’un acte sanglant beaucoup plus noir — l’affreux péché de Son propre rejet. Il ne voulait pas accélérer le moment, mais Il se retire. Il était un homme souffrant, souffrant en perfection, ainsi qu’un sacrifice ; et bien que Ses souffrances aient atteint leur sommet à l’heure très solennelle où Il a porté nos péchés en Son corps sur le bois, ce serait faire preuve de beaucoup d’ignorance que de limiter à Son agonie finale nos pensées et nos sentiments quant à Son amour et Sa gloire morale. Le Seigneur a alors d’autant plus ressenti le mal que Son amour était désintéressé et Sa sainteté sans tache. C’est dans la présence de Dieu que le mal est le plus ressenti, et c’est là où Jésus ressentait tout. L’œuvre de rejet se poursuivait.


5.4 - Ch. 14:14

Ce sentiment profond dans Son esprit de la puissance croissante du mal en Israël a-t-il interrompu le cours de Son amour ? Loin de là. « Jésus s’en alla, vit une grande foule, et fut ému de compassion envers eux, et Il guérit leurs malades » (14:14). Que l’incrédulité meurtrière agisse comme elle peut, Lui était l’Éternel, présent ici-bas dans l’humiliation, mais en puissance et en grâce divines.


5.5 - Ch. 14:15-16

Les disciples profitent mal de Sa grâce, et laissent peu de place à la manifestation de Sa puissance bienfaisante. Ainsi, le soir venu, ils « s’approchèrent de Lui, disant : C’est un lieu désert, et l’heure est déjà passée ; renvoie les foules, afin qu’elles s’en aillent dans les villages, et qu’elles s’achètent des vivres » (14:15). « Renvoyer les foules ! », et les renvoyer loin de Jésus ? Quelle proposition ! La grandeur de l’embarras, l’urgence du besoin, la difficulté des circonstances, voilà autant de raisons pour l’incrédulité des hommes de faire ce qu’ils peuvent, mais pour la foi ce sont autant d’arguments et d’occasions pour le Seigneur de montrer ce qu’Il est. Jésus leur dit : « Il n’est pas nécessaire qu’ils s’en aillent ; vous, donnez-leur à manger ». Oh, l’engourdissement de l’homme ! — la folie et la lenteur de cœur des disciples à tout croire ! Et pourtant, amis bien-aimés, ne l’avons-nous pas vu ? N’avons-nous pas donné la même preuve en nous ? Quel manque d’égards pour les autres ! Quelle mesure de leurs besoins, dans l’oubli de Celui qui a tout pouvoir au ciel et sur la terre ; de Celui qui, par la même inspiration, nous en assure et à la fois nous a envoyés pour répondre aux besoins les plus profonds des âmes obscurcies par le péché !


5.6 - Ch. 14:17-21

Et ils lui dirent : « Nous n’avons ici que cinq pains et deux poissons ». Ah ! étaient-ils, sommes-nous, aveugles au point de ne pas voir qu’il ne s’agit pas de ce que nous avons, mais de qui nous avons ? Jésus n’est rien pour la chair, même celle des disciples.

Il leur dit : « Apportez-les-moi ici ». Oh ! qu’il puisse y avoir plus de simplicité pour apporter toutes les carences et toutes les maigres provisions à Celui dont le rôle est de pourvoir, non pas pour nous seulement, mais pour toutes les exigences de Son amour ; qu’il y ait plus de simplicité pour compter sur Lui plus habituellement comme Celui qui ne peut agir au-dessous de Lui-même.

« Il ordonna aux foules de s’asseoir sur l’herbe, et Il prit les cinq pains et les deux poissons, et, levant les yeux au ciel, Il bénit, rompit les pains, et les donna à Ses disciples, et les disciples aux foules. Tous mangèrent et furent rassasiés, et l’on ramassa douze paniers pleins des morceaux qui restaient. Ceux qui avaient mangé étaient environ cinq mille hommes, sans compter les femmes et les enfants » (14:19-21).

Quelle scène bénie, et combien la perfection de Christ brille à travers tout cela ! Il ne s’écarte en rien de la grâce, malgré la récente manifestation de haine meurtrière d’Hérode ; même Son départ pour se retirer de devant lui n’était qu’un pas de plus dans Son chemin de douleur et d’humiliation ; et pourtant là, dans le désert, ce témoignage frappant est donné à cette grande multitude, attirée par ses besoins. N’auraient-ils pas dû comprendre avec certitude qui et ce qu’Il était ? l’Éternel avait choisi Sion, Il l’avait désirée pour Son habitation (Ps. 132:13) ; Il avait dit : « C’est ici mon repos pour toujours, c’est ici que j’habiterai, car je l’ai désiré » (Ps. 132:14). Mais maintenant, c’est un Edomite qui était là, l’esclave d’un Gentil vorace ; et le peuple le voulait ainsi, et les principaux prêtres allaient bientôt s’écrier : « Nous n’avons pas d’autre roi que César ». Néanmoins, le rejeté dresse une table dans le désert, bénit abondamment les provisions de Sion, et rassasie de pain ses pauvres. Le miracle n’est peut-être pas l’accomplissement du Psaume 132 v.5, mais il témoigne de la présence de Celui qui pouvait et voulait l’accomplir. Il est le Messie, mais le Messie rejeté, comme toujours dans notre Évangile. Il rassasie de pain Ses pauvres, mais c’est dans le désert, où Il s’était retiré à l’écart de la nation incrédule et du roi volontairement apostat.


5.7 - Ch. 14:22-24

Mais maintenant un changement s’ouvre à nos yeux. Car « aussitôt, Jésus obligea ses disciples à monter dans une barque et à Le précéder à l’autre rive, tandis qu’Il renvoyait les foules. Et quand il eut renvoyé les foules, il monta sur une montagne à l’écart pour prier ; et le soir étant venu, Il était là, seul » (14:22, 23).

La couronne ne devait pas encore fleurir sur Lui. Il devait quitter Son ancien peuple à cause de son incrédulité, prendre une nouvelle position en haut, et appeler un résidu pour sortir vers un autre état de choses. Rejeté comme Messie sur la terre, Il ne serait pas un roi par la volonté de l’homme pour satisfaire les désirs mondains de chacun, mais Il irait en haut, et là Il exercerait Sa sacrificature devant Dieu. C’est une image exacte de ce que le Seigneur a fait. En attendant, si les masses d’Israël (« la grande congrégation » du Ps. 22) sont congédiées, Ses élus sont introduits dans une scène de troubles en l’absence de leur Maître pendant la nuit du jour de l’homme. « La barque était maintenant au milieu de la mer, battue par les vagues, car le vent était contraire ».

Voilà quelques-unes des conséquences du rejet de Christ. Séparé en haut, et non dans le désert, Il prie pour les Siens ; séparé localement, et pourtant en vérité bien plus proche, Il prie pour les disciples laissés seuls, en apparence. Ils sont « ceux qui doivent être sauvés » (Actes 2:47), les élus, les compagnons de Son humiliation tandis que la nation Le méprisait.


5.8 - Ch. 14:25-33

« Et à la quatrième veille de la nuit, Jésus alla vers eux, marchant sur la mer. Et quand les disciples Le virent marcher sur la mer, ils furent troublés, disant : C’est un fantôme ; et ils crièrent de peur. Mais aussitôt Jésus leur parla, disant : Ayez bon courage, c’est moi, n’ayez pas peur. Pierre lui répondit : « Seigneur, si c’est toi, commande-moi de venir à toi sur l’eau ». Et Il dit : « Viens ». Et Pierre, étant descendu de la barque, marcha sur l’eau pour aller vers Jésus. Mais, voyant que le vent était violent, il eut peur ; et, comme il commençait à enfoncer, il s’écria : « Seigneur, sauve-moi ! » Aussitôt, Jésus étendit la main, le saisit et lui dit : « Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ? » (14:25-31). Sans s’attarder sur la leçon morale, que nous connaissons bien tous, plus ou moins, il peut être bon de dire quelques mots sur les instructions typiques contenues dans ce passage.

Il quittera son lieu d’intercession en haut, et rejoindra Ses disciples au moment où leur détresse et leur perplexité seront au plus profond. La montagne, la mer, la tempête et le calme, les ténèbres et la lumière, ne font pas de différence pour Christ quant à la sécurité ; mais qu’Il participe à la détresse, est un sujet de terreur pour l’esprit naturel. Au début, même les disciples « étaient troublés, disant : C’est un fantôme ; et ils crièrent de peur » ; ils ne furent apaisés que par le signe de Sa présence rapide. Cela ne va guère au-delà des circonstances et de la condition du résidu Juif. S’il y a une partie qui va au-delà, c’est montré avec Pierre, qui, sur la parole de Jésus, quitte la barque (qui représente l’état ordinaire du résidu), et va à la rencontre du Sauveur en dehors de tout soutien naturel. C’est notre part de traverser le monde par la puissance divine ; car nous marchons par la foi, et non par la vue. Le vent ne s’était pas calmé, les vagues étaient plus menaçantes que jamais ; mais Pierre n’avait-il pas entendu cette parole : « Viens », et n’était-ce pas suffisant ? C’était amplement suffisant car cela venait du Seigneur et Dieu de tout. « Et Pierre, étant descendu de la barque, marcha sur l’eau, pour aller vers Jésus ». Tant que Jésus et Sa parole étaient devant son cœur, il n’y avait pas plus de défaillance que de danger. « Mais voyant le vent impétueux, il eut peur ; et commençant à enfoncer, il s’écria : Seigneur, sauve-moi ». Pierre a failli, comme l’Église aussi a manqué à marcher vers Christ et avec Christ ; mais, dans son cas, comme dans le nôtre, Christ est fidèle, et nous a délivrés d’une si grande mort, et Il nous délivre, Lui en qui nous avons confiance qu’Il nous délivrera encore (2 Cor. 1:10). « Quand ils furent montés dans la barque, le vent cessa. Alors ceux qui étaient dans la barque s’approchèrent et Lui rendirent hommage, disant : En vérité, tu es le Fils de Dieu » (14:32, 33).


5.9 - Ch. 14:34-36

Jésus rejoint maintenant le résidu, et le calme suit immédiatement, et Il est reconnu là comme le Fils de Dieu. Et pas seulement cela, car « ils arrivèrent dans la contrée de Génésareth. Les gens de ce lieu, l’ayant reconnu, envoyèrent dans tout le pays d’alentour, lui amener tous ceux qui se portaient mal, et ils le priaient de les laisser toucher seulement l’ourlet de son vêtement ; et tous ceux qui le touchèrent furent parfaitement guéris » (14:34-36). Le Seigneur est maintenant accueilli avec joie sur la scène même où Il avait été rejeté auparavant. C’est la bénédiction et la guérison d’un monde affligé et gémissant, consécutivement à Son retour en puissance et en gloire et au fait que cela est reconnu.


6 - Matthieu 15

6.1 - Ch. 15:1-9

Nous trouvons dans ce chapitre des preuves frappantes du grand changement qui s’opérait rapidement par le rejet de Jésus par Israël. Tout d’abord, nous avons des conducteurs religieux, « les scribes et les pharisiens de Jérusalem », ceux qui avaient les meilleures occasions spirituelles de leur nation, venant vêtus de tout ce qui avait le goût de l’antiquité et de la sainteté extérieure. Ces hommes posèrent la question à notre Seigneur : « Pourquoi tes disciples transgressent-ils la tradition des anciens ? car ils ne se lavent pas les mains quand ils mangent du pain ». Le Seigneur se met à travailler les consciences. Il n’entre pas dans une discussion abstraite sur la tradition, ni ne dispute avec eux sur l’autorité des anciens ; mais Il s’empare immédiatement du fait évident que, dans leur zèle pour la tradition des anciens, ils s’opposaient carrément au commandement clair et positif de Dieu. Je crois que c’est là l’effet invariable de la tradition, peu importe chez qui elle se trouve. Si nous reprenons l’histoire de la chrétienté, et que nous considérons n’importe quelle règle qui y ait été inventée, on trouvera qu’elle pousse ceux qui la suivent à être en opposition à la pensée de Dieu. Il peut sembler s’agir de la chose la plus naturelle possible, et découler de nouvelles circonstances, ou de l’Église, mais nous ne sommes jamais en sécurité lorsque nous nous écartons de la parole de Dieu pour adopter une quelconque autre norme.

Je ne suis pas en train de lutter pour adopter l’interprétation purement littérale de l’Écriture. Une certaine ligne de conduite que la parole de Dieu impose à Ses saints pour faire face à un mal peut ne pas être leur devoir dans une autre crise. Des circonstances nouvelles modifient la voie que l’Église doit suivre. Si vous appliquiez les directives données pour juger l’immoralité à une erreur fatale touchant la personne de notre Seigneur, vous auriez une mesure de discipline très insuffisante. La fausse doctrine ne touche pas la conscience naturelle comme une conduite grossière. En fait, il arrive trop souvent qu’un croyant se laisse entraîner par ses affections jusqu’à trouver des excuses à ceux qui sont fondamentalement hétérodoxes. Toutes sortes de difficultés remplissent l’esprit là où l’œil n’est pas vraiment simple. Beaucoup de personnes peuvent ainsi être impliquées alors qu’elles ne tiennent pas elles-mêmes la fausse doctrine. Si j’ai pour principe de n’agir qu’à l’égard de celui qui n’apporte pas la doctrine de Christ, cela ne suffira pas, car d’autres personnes peuvent être impliquées. Qu’est-ce qu’un individu, qu’est-ce que l’Église même, en comparaison avec le Sauveur, le Fils du Père ? Par conséquent, la règle établie par l’Esprit pour défendre la personne de Christ contre les assaillants blasphémateurs ou leurs partisans est beaucoup plus stricte que lorsqu’il s’agit de corruption morale, aussi grave soit-elle.

De plus, il y a une forte tendance à stéréotyper nos pratiques antérieures et, lorsqu’un nouveau mal survient, on insiste sur ce qui a été fait auparavant, et en général, on ne demande pas à nouveau à Dieu et on ne cherche pas dans Sa parole ce qui se rapporte au cas réel qui se présente à nous et à notre propre responsabilité. L’esprit de dépendance est nécessaire pour marcher correctement avec Dieu. Il y a dans la parole écrite de Dieu ce qui répondra à chaque exigence ; mais chaque cas devrait être une occasion renouvelée de consulter cette parole en la présence de Celui qui l’a donnée. Les gens aiment à être cohérents avec eux-mêmes, et s’en tenir à leurs anciennes opinions et pratiques.

Notre Seigneur, en cet endroit, affirme que le suivi de la simple tradition humaine conduit à la désobéissance directe à la volonté de Dieu. Se laver les mains pouvait sembler être un acte très convenable. Personne ne pouvait prétendre que l’Écriture l’interdit ; et, sans aucun doute, les docteurs juifs pouvaient en souligner la grande importance. Ils pouvaient très bien faire valoir combien cette règle était calculée pour garder à l’esprit la pureté sur laquelle Dieu insiste, et surtout que nous ne devrions jamais recevoir quoi que ce soit de Sa main sans avoir ôté toute souillure de la nôtre. Ils pouvaient raisonner ainsi face à un peuple qui aimait toute routine extérieure. En tout cas, ils pouvaient dire : « Quel mal y a-t-il avec une telle tradition ? »

Mais notre Seigneur en vient simplement à cette question : « Pourquoi transgressez-vous aussi le commandement de Dieu par votre tradition ? » Par le biais de leur tradition, ils désobéissaient à Dieu. Le commandement d’honorer le père et la mère était le premier commandement avec promesse, comme le dit l’apôtre en écrivant aux Éphésiens. D’autres commandements étaient assortis d’une menace de mort ; ce commandement comportait la promesse d’une longue vie sur la terre. Le raisonnement de l’apôtre est que, si un enfant juif était non seulement tenu, mais encouragé par une telle promesse, à vénérer ses parents, combien plus un enfant chrétien doit-il leur obéir — non seulement dans la loi, mais dans le Seigneur.

Le Seigneur met donc les Pharisiens en face du commandement de Dieu disant : « honore ton père et ta mère ; et celui qui maudira son père ou sa mère, qu’il meure de mort ». L’honneur des parents avait de la valeur pour Dieu, et le manque de respect était mortel à Ses yeux — « Mais vous dites : Quiconque dira à son père ou à sa mère : Tout ce dont tu pourrais tirer profit de ma part est un don — et il n’honorera pas son père ou sa mère … » Les Juifs avaient introduit une tricherie (pour tranquilliser leur conscience) par laquelle ils pouvaient se libérer de l’obligation de satisfaire aux devoirs filiaux. Ils n’avaient qu’à prononcer le mot : « C’est un don » (Corban), et un parent pouvait être oublié ! Sans doute s’agissait-il d’une de leurs traditions autorisées pour le bénéfice du prêtre ; mais aux yeux de Dieu, c’était une violation directe de Son commandement. « C’est ainsi que vous avez annulé le commandement de Dieu par votre tradition ». Or c’est l’effet général de la tradition, dans le romanisme comme ailleurs. Ajouter à l’Écriture mène à la ruine : peu importe qui le fait ou quel motif saint on allègue ; Dieu est jaloux à ce sujet, et ne veut pas que Sa parole soit élargie ou amendée. La Révélation est complète, et notre simple tâche est d’obéir à la parole de Dieu.

Prenez, par exemple, le choix d’un ministre. Les gens, les chrétiens, disent : « Nous devons envoyer chercher des ministres, et choisir parmi eux celui qui sera le nôtre. Je suis prêt à concevoir qu’on sera exercé avec soin et conscience pour en juger. Mais où est la justification du choix d’une personne quelconque pour prêcher l’évangile ou enseigner l’Église ? Y en a-t-il un seul précepte, ou un seul exemple, dans tout le Nouveau Testament ? Dieu n’a-t-il donc pas prévu les difficultés et les besoins des congrégations ? Il l’a fait, c’est certain. Pourquoi, alors, n’y a-t-il aucune directive pour résoudre ces besoins ? Parce que c’était un péché de le faire ; non seulement ce n’était pas Sa volonté, mais c’était contraire à Sa volonté. Il n’y a pas un seul cas, ni rien de semblable, dans l’Écriture depuis l’envoi du Saint-Esprit à la Pentecôte. Pourtant, l’Écriture parle d’une multitude d’églises. Que doit donc faire une congrégation lorsqu’elle désire un ministre ? Pourquoi ne pas chercher et voir comment l’Écriture répond à ce besoin ? La difficulté vient du fait qu’elles se trouvent déjà dans une position fausse. La vérité centrale de l’Église est la présence du Saint-Esprit. Je parle maintenant de l’assemblée chrétienne, dans laquelle l’Esprit est personnellement présent pour agir selon Sa propre volonté au milieu des disciples réunis dans le but de glorifier Dieu et d’exalter Christ. Dans une telle assemblée, la question du choix d’un ministre ne se poserait pas. Ainsi, si vous prenez cette tradition protestante commune de choisir un ministre, elle est en opposition directe à la parole de Dieu. Il serait bon qu’une assemblée chrétienne sente sa faiblesse. Il se peut que personne chez elle n’ait de don particulier : certains peuvent être capables d’aider dans le culte et la prière, mais pas de prêcher ou enseigner. Mais la consolation bénie est que, même si personne n’est spécialement doué pour la Parole, le Saint-Esprit est capable d’édifier les saints sans cela. Dieu, dans Sa sagesse, peut se plaire à n’en susciter aucun dans une assemblée particulière, ou bien Il peut en envoyer deux, trois ou plus pour exercer le ministère. Je ne crois pas qu’un seul homme possède suffisamment de dons pour l’Église. L’idée d’avoir une seule personne pour être l’organe exclusif des communications de Dieu à Son peuple est fausse et fait tort à eux et, surtout, au Seigneur. Lors de la Réforme, l’objectif était d’obtenir la Bible afin que les pauvres âmes puissent apprendre de Christ pour leur salut. Mais à peu près tout ce que l’on savait de la vérité s’arrêtait là. La Réforme n’a jamais abordé la véritable question de l’Église. Les réformateurs ont dû faire face à un ennemi très rude. Ils ont dû faire sauter les masses de roche dans la carrière ; et nous ne devons pas trouver à redire s’ils n’ont pas pu façonner les pierres ni les construire avec la même habileté. Mais nous ne devons pas nous arrêter à leur travaux d’équarrissage.

Ici, avec les Pharisiens, il ne s’agissait pas simplement de suivre une tradition, mais de l’utiliser pour assouvir un égoïsme hypocrite. « Hypocrites », dit notre Seigneur, « Ésaïe a bien prophétisé de vous, en disant : Ce peuple s’approche de moi par la bouche, et m’honore des lèvres, mais son cœur est loin de moi ». Ceux qui prétendaient avoir un tel zèle pour la loi, la détruisaient en même temps par leur tradition, déshonorant la propre autorité de Dieu dans les relations terrestres qu’Il avait établies et honorées. Il ajoute donc : « Mais c’est en vain qu’ils m’honorent, en enseignant comme doctrines des commandements d’hommes ».


6.2 - Ch. 15:10-11

Sur ce, le Seigneur appelle la multitude, et lui dit : « Écoutez et comprenez : ce n’est pas ce qui entre dans la bouche qui souille l’homme, mais ce qui sort de la bouche, voilà ce qui souille l’homme ». Ce sont surtout les chefs religieux qui s’occupent de la tradition. Le grand piège général est de nier le mal dans les hommes. La tromperie que Satan utilise constamment aujourd’hui est l’idée que l’homme n’est pas si mauvais, et que la culture morale peut l’améliorer. Le progrès du monde est étonnant, dit-on. Il existe des sociétés pour promouvoir tous les buts philanthropiques et pour améliorer l’homme. Les fautes sont recherchées dans les circonstances de l’environnement, plutôt que dans l’homme. La parole suivante déclare en gros ce qui en est de ces efforts des hommes : « Ce n’est pas ce qui entre dans la bouche qui souille l’homme, mais ce qui sort de la bouche, voilà ce qui souille l’homme ». Le véritable secret de la condition déplorable de l’homme est son cœur. Celui-ci affecte tout ce qui se manifeste.

Il ne s’agit nullement de ce que Dieu a fait. L’homme est maintenant une créature corrompue, dont la corruption est communiquée à ce qu’il entreprend. Par conséquent, la simple restriction de la chair est totalement inutile aux yeux de Dieu et essentiellement fausse. Le Seigneur dit à la foule : « Ce n’est pas ce qui entre dans la bouche qui souille l’homme, mais ce qui sort de la bouche, voilà ce qui souille l’homme ». Notez qu’il ne s’agissait plus de la question de Jérusalem et de la tradition. Il parlait de ce qui touche à la nature humaine. L’homme est perdu. Mais personne ne croit vraiment cela quant à lui-même avant d’avoir trouvé Christ. Il peut croire qu’il est pécheur, mais croit-il qu’il est si mauvais qu’aucun bien envers Dieu ne peut être obtenu de lui ? La théorie et l’effort qui prévalent ne consistent-ils pas à améliorer la condition de l’homme ? Mais notre Seigneur déclare ici que le cœur est mauvais ; et tant que le cœur n’est pas atteint, tout le reste est vain. « Mais la parole est près de toi, dans ta bouche et dans ton cœur » (Rom. 10:8). La manière d’agir de Dieu est de s’occuper du cœur. Qu’est-ce qui est aussi simple, aussi béni, aussi puissant, que l’évangile ? Et l’évangile n’a pas besoin de servante ? La servante a perdu sa mission et est renvoyée. Agar a été renvoyée de la maison, et le fils né selon la chair ne fait que se moquer de l’enfant de la promesse (Gal. 4). L’homme n’est pas maintenant en cours de test. La mise à l’épreuve a été faite. Dieu a déclaré que la chair est entièrement sans valeur ; et pourtant l’homme recommence constamment de tester au lieu de croire Dieu.


6.3 - Ch. 15:12-14

Les disciples n’ont guère apprécié ce que le Seigneur avait dit. Ils s’approchèrent et lui dirent : « Sais-tu que les pharisiens ont été offensés en entendant cette parole ? » (15:12). Ils n’étaient peut-être pas offensés eux-mêmes, mais ils étaient disposés à sympathiser avec ceux qui l’étaient. Or notre Seigneur répond encore plus sévèrement : « Toute plante que mon Père céleste n’a pas plantée sera déracinée ». Il faut une vie nouvelle venant de Dieu, et non une amélioration de l’ancienne. Il faut donc planter une plante d’origine céleste, et c’est le Père céleste qui doit le faire. Toute autre plante doit être déracinée. « Laissez-les : ce sont des aveugles conducteurs d’aveugles ». Raisonner avec ces pharisiens est tout à fait vain. Ils ont besoin des premiers principes, et de l’œuvre de Dieu dans leurs âmes. Toute discussion est donc inutile. « Laissez-les : ce sont des aveugles conducteurs d’aveugles ». Il n’appliquait pas cela à la multitude, mais aux conducteurs qui butaient sur la doctrine de la corruption totale de l’homme. Il vaut mieux les laisser à leur propre sort. « Laissez-les… Et si l’aveugle conduit l’aveugle, tous deux tomberont dans une fosse » (15:14).


6.4 - Ch. 15:15-20

Mais le Seigneur ne laisse pas les disciples là où ils en étaient. Pierre répond et Lui dit : « Expose-nous cette parabole ». Que voulait-il dire en l’appelant une parabole ? Il ne la comprenait pas lui-même. Il était l’un des douze apôtres, le chef même des douze apôtres, et il ne pouvait pas comprendre notre Seigneur quand Il leur disait que l’homme est complètement mauvais — surtout son cœur, et que ce cœur rend mauvais ce qui sort de lui — non pas ce qui entre en lui. Et ceci serait une parabole ! La difficulté de l’Écriture provient moins d’un langage difficile que d’une vérité désagréable. La vérité est contraire aux désirs des gens ; ils ne peuvent pas la voir, parce qu’ils n’ont pas envie de la recevoir. L’homme n’en est peut-être pas toujours conscient lui-même, mais c’est le véritable secret que Dieu voit. L’obstacle consiste dans l’aversion de l’homme pour la vérité. Jésus répondit : « Vous aussi, êtes-vous encore sans intelligence ? Ne comprenez-vous pas encore que tout ce qui entre par la bouche va dans le ventre, et est jeté aux détritus ? Mais les choses qui sortent de la bouche proviennent du cœur, et ce sont elles qui souillent l’homme. Car c’est du cœur que viennent les mauvaises pensées, les meurtres, les adultères, les fornications, les vols, les faux témoignages, les blasphèmes ». La source du mal de l’homme vient de l’intérieur. C’est pourquoi, jusqu’à ce qu’une nouvelle vie soit introduite — jusqu’à ce que l’homme soit né de nouveau, né d’eau et de l’Esprit — tout est inutile. « Ce sont là les choses qui souillent l’homme, mais manger avec des mains non lavées ne souille pas l’homme ».

Ici se termine l’instruction bénie et importante de notre Seigneur, montrant que le jour des formes extérieures était passé, et qu’il s’agissait maintenant de la réalité de l’état de l’homme aux yeux de Dieu.


6.5 - Ch. 15:21-22

Le Seigneur se détourne maintenant de ces scribes et de ces pharisiens, et se rend sur les côtes de Tyr et de Sidon (15:21), à l’extrémité de la terre sainte, spécialement dans sa partie frontalière qui avait été expressément la scène des jugements de Dieu.

Au ch. 11, notre Seigneur y faisait référence, et disait qu’au jour du jugement, le sorte de Tyr et Sidon seraient plus tolérable que celui des villes où s’étaient accomplies Ses œuvres puissantes. Elles étaient passées en proverbes comme les monuments de la vengeance de Dieu parmi les Gentils (*). Là, une femme de Canaan Le rencontre. S’il y avait une race plus particulièrement bannie de Dieu, c’était bien Canaan. « Maudit soit Canaan », avait dit Noé. Le jeune Canaan semble avoir été spécialement le chef de son père dans sa méchanceté contre son grand-père Noé. « Maudit soit Canaan. Il sera l’esclave des esclaves de ses frères ». Et lorsqu’Israël fut introduit dans le pays, les Cananéens, qui avaient sombré dans une profonde corruption, devaient être exterminés sans pitié. Leurs abominations étaient montées jusqu’au ciel avec un cri de vengeance de la part de Dieu. Ici, cette femme, issue des côtes de Canaan, crie à Lui en disant : « Aie pitié de moi, Seigneur, Fils de David ; ma fille est cruellement tourmentée par un démon » (15:22). Cette pauvre femme de Canaan était bien le cas le plus opposé qu’on puisse imaginer au cas précédant des scribes et pharisiens de Jérusalem, pleins d’érudition et de vénération extérieure pour la loi.


(*) Le renversement de Tyr prédit en Ésaïe 23 et Ézéchiel 26 ne fut que partiellement accompli par Nebucadnetsar qui emmena Juda en captivité à Babylone. Cette ville marchande ancienne et princière, située sur la mer, fut ensuite non seulement prise, mais complètement détruite par Alexandre, selon Ézéchiel 26:3-4, qui vendit le reste de ses habitants comme esclaves (note de l’éditeur).


6.6 - Ch. 15:23

Les circonstances étaient également terribles. Non seulement cela se passait à Tyr et à Sidon, rappelant les jugements de Dieu, mais le diable avait pris possession de sa fille. Toutes ces circonstances réunies rendaient le cas aussi déplorable qu’on puisse trouver. Comment le Seigneur allait-il traiter cette femme ? Par Sa réponse à son cas, le Seigneur montre un grand changement dans Ses voies. Il avait déclaré les Juifs hypocrites, leur culte intolérable à Dieu, et Il l’avait déclaré en se servant de leurs propres prophètes ; car en les déclarant hypocrites, Il appliquait ce que disait leur propre prophète Ésaïe. Voilà maintenant quelqu’un qui n’avait pas le moindre lien avec Israël. Comment le Messie allait-Il la traiter ? Elle crie vers Lui, disant : « Aie pitié de moi, Seigneur, Fils de David ; ma fille est cruellement tourmentée d’un démon ». Mais Il ne lui répondit pas un mot. Pas un mot !

Pourquoi cela ? Elle était sur un terrain totalement faux. Qu’avait-elle à faire avec le Fils de David ? Si le Seigneur avait été simplement le Fils de David, aurait-Il pu lui donner la bénédiction qu’Il avait dans Son cœur ? Elle s’adressait à Lui comme si elle faisait partie du peuple élu qui avait des droits sur Lui en tant que Messie. Y avait-il aucune promesse que le Messie devait guérir les Cananéens ? Pas un mot à ce sujet. Quand le Messie viendra en tant que Fils de David, les Cananéens ne seront pas là. Voyez Zacharie 14, quand notre Seigneur sera Roi sur toute la terre : « En ce jour-là, il n’y aura plus de Cananéen dans la maison de l’Éternel des armées ». Les jugements qui ne furent pas complètement exécutés par Israël à cause de leur infidélité à ce l’Éternel leur avait confié, seront exécutés lorsque le Fils de David prendra Son héritage. Cette femme était tout à fait confuse à ce sujet. Elle avait la conviction qu’Il était bien plus que le Fils de David, mais elle ne savait pas comment en faire état. Je pense que c’est à peu près de la même manière que beaucoup de personnes aujourd’hui, inquiètes de leurs péchés, font appel au Notre Père, et demandent au Père de leur pardonner leurs péchés comme ils pardonnent aux autres. Ils s’adressent à Dieu comme à leur Père, et Lui demandent de les traiter comme Ses enfants. Mais c’est justement la chose qui n’est pas encore réglée. Sont-ils Ses enfants ? Peuvent-ils dire que Dieu est leur Père ? Ils reculent devant cette affirmation. C’est ce qu’ils désirent avant tout, mais ils craignent qu’il n’en soit pas ainsi, c’est-à-dire qu’ils n’ont aucun droit de s’approcher de Dieu sur la base d’une relation qui n’existe pas. Et quand des personnes sont ainsi dans la confusion, elles n’obtiennent jamais une paix complète dans leur âme. Tantôt elles espèrent être enfants de Dieu, tantôt elles craignent de ne pas l’être, étant abattues par le sentiment du mal qui est en elles. Le fait est que ces personnes ne comprennent pas du tout la question. Elles ont tout à fait raison de vouloir se tourner vers Dieu, mais elles ne savent pas comment s’y prendre. Elles ont peur d’aller vers Dieu comme elles sont, renonçant à toute idée de promesses ou de quoi que ce soit d’autre. Cela montre qu’il est erroné pour une âme anxieuse de chercher Dieu sur la base de promesses. On dit beaucoup de choses sur les pécheurs qui « saisissent les promesses », mais les promesses dans l’Ancien Testament étaient pour Israël ; dans le Nouveau, pour les chrétiens. Mais vous n’êtes ni israélite ni chrétien. Une âme arrivée à ce point est dans la confusion.

Il est bon pour une âme d’être amenée au point suivant : Je n’ai aucun droit sur Dieu pour quoi que ce soit ; je suis un pécheur perdu. Si Dieu enlève à une personne ce à quoi elle n’a pas droit, s’Il la dépouille de tout, c’est dans le but de lui donner une bénédiction que Lui a le droit de lui donner. Les gens oublient que maintenant c’est la justice de Dieu — que Lui a le droit de bénir par le Christ Jésus, selon tout ce qui est dans Son cœur. Les hommes sont perdus ; mais ils ont peur de confesser la véritable ruine dans laquelle ils se trouvent. C’est à cela que le Seigneur conduisait la pauvre femme de Canaan. Il la faisait descendre au point de sentir qu’elle n’avait aucun droit aux promesses ; certes des promesses avaient été faites à Israël, mais où y avait-il des promesses faites aux Cananéens ? Ainsi, sur la base de ce qu’Il était le Fils de David, il était impossible au Seigneur de lui donner ce qu’elle demandait. Elle ne comprenait pas cela. Elle pensait que si un Israélite pouvait aller sur la base d’une promesse, elle le pouvait aussi. Mais c’était une erreur. Ainsi la pauvre femme avait agi d’une manière qui l’empêchait d’avoir une réponse. C’est la grâce et la tendresse qui Le poussaient à ne pas lui répondre : Il resta dans le silence jusqu’à ce qu’elle abandonne le terrain qu’elle avait d’abord occupé.

Mais les disciples ne restaient pas dans le silence ; ils voulaient se débarrasser de son importunité ; ils n’aimaient pas son trouble. Ils s’approchèrent et le prièrent, disant : « Renvoie-la, car elle crie après nous ».


6.7 - Ch. 15:24-28

Or le Seigneur confirme ce qui a déjà été dit quant à la fausseté de son plaidoyer. C’est comme s’Il disait : « Elle n’appartient pas à la maison d’Israël : Je ne peux pas lui donner une bénédiction sur la base qu’elle invoque, mais Je ne veux pas la renvoyer sans une bénédiction ». Il était là avec des privilèges spéciaux pour les brebis de la maison d’Israël, mais elle n’était pas une brebis. « Il répondit : Je ne suis envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël ». Alors la pauvre femme s’approcha et Lui rendit hommage, disant : Seigneur, assiste-moi ». Elle laisse tomber les mots « Fils de David ». Elle n’utilise plus le titre qui Le relie à Israël, mais elle reconnaît Son autorité en général. Il lui répond maintenant, bien qu’elle ne soit pas encore assez abaissée. Quand elle L’appelle Seigneur, un titre approprié, Il répond : « Il ne convient pas de prendre le pain des enfants et de le jeter aux chiens ». Dès que cette phrase est prononcée, tout le secret est dévoilé. « Oui, Seigneur, dit-elle, même les chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres ». Elle prend la place d’être un chien. Elle reconnaît que dans les voies extérieures de Dieu, Israël était le peuple favorisé, comme des enfants qui mangent du pain à table, tandis que les Gentils n’étaient que des chiens dessous. Elle le reconnaît, et c’est très humiliant. Les gens n’aiment pas cela. Mais elle est amenée à descendre jusque-là. Le Seigneur peut, dans le but de nous conduire à une bénédiction plus profonde, nous faire descendre jusqu’au point le plus bas de la vérité quant à nous-mêmes. Mais n’y avait-il pas de bénédiction même pour un chien ? Elle se rabat sur cette vérité : « Soit, je suis un chien ; Dieu n’a-t-il pas quand même une bénédiction pour moi ? » Alors le Seigneur la rencontre avec la plus complète bénédiction. Il la rencontre avec la plus forte approbation de sa foi : « Ô femme, ta foi est grande : qu’il te soit fait comme tu veux ». Le Seigneur avait prononcé la sentence sur la nation des Juifs qui n’étaient que des hypocrites, et Il était allé vers les Gentils. La foi Le rencontre là ; une foi qui passe par-dessus les circonstances extérieures, et accepte la place basse que nous devons prendre ; et la pauvre femme est bénie pour la satisfaction de son cœur. « Qu’il te soit fait comme tu veux. Et sa fille fut guérie à l’heure même ». Une grâce illimitée est accordée à une Gentile assujettie à une malédiction particulière ; et le cœur de notre Seigneur est rafraîchi par sa foi.


6.8 - Ch. 15:29-31

Mais il y a plus. Après avoir visité les Gentils, le Seigneur revient maintenant à Israël en bonté souveraine. « Jésus partit de là, et s’approcha de la mer de Galilée ; Il monta sur une montagne et s’y assit. Une grande foule s’approcha de lui, avec des boiteux, des aveugles, des muets, des estropiés et beaucoup d’autres, et les jeta aux pieds de Jésus, qui les guérit, au point que la foule était dans l’admiration de voir les muets parler, les estropiés se rétablir, les boiteux marcher et les aveugles voir, et elle glorifiait le Dieu d’Israël » (15:29-31). Je considère que c’est une image d’Israël ressentant sa condition réelle. Ils viennent à Jésus, regardent à Lui, et disent, pour ainsi dire : « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur » (21:9). Ils parleront ainsi bientôt ; et le Seigneur déclara qu’ils ne Le verraient plus avant de dire : « Béni soit Celui qui vient au nom du Seigneur » (23:39). Ce qu’ils voyaient en Jésus les amenait à glorifier le Dieu d’Israël. Ainsi le Seigneur aura des relations avec Israël. Ils viennent, non plus pour faire de la controverse, mais en tant qu’une multitude pauvre, estropiée, aveugle et misérable ; et le Seigneur les guérit tous. Mais ce n’est pas tout : Il les nourrit en même temps qu’Il les guérit, et nous avons le beau miracle des pains.


6.9 - Ch. 15:32

Mais notez les différences. Dans le cas précédent (ch.14), les disciples voulaient renvoyer les foules et le Seigneur les fit manifester leur incrédulité. Dans le cas présent, c’est Christ Lui-même qui pense à eux et veut les bénir. « Je suis ému de compassion envers la foule », dit-Il, « parce qu’ils demeurent avec moi depuis trois jours et qu’ils n’ont rien à manger ; Je ne veux pas les renvoyer à jeun, de peur qu’elle ne s’évanouisse en chemin » (15:32). Il est dit en Osée 6 : « Après deux jours, Il nous fera vivre ; le troisième jour, Il nous mettre debout, et nous vivrons devant sa face ». C’était le temps adéquat de la mise à l’épreuve du peuple. Littéralement, c’était le temps où notre Seigneur gisait dans la tombe. Mais c’est lié aussi à la bénédiction future d’Israël. « Je ne veux pas les renvoyer à jeun, de peur qu’ils ne s’évanouissent en chemin.


6.10 - Ch. 15:33-39

Et ses disciples lui disent : D’où aurions-nous assez de pain dans le désert, pour rassasier une si grande foule ? ». Combien ils sont lents à apprendre les ressources de Christ, comme auparavant ils étaient lents à apprendre l’absence de valeur de l’homme ! « Jésus leur dit : Combien avez-vous de pains ? Ils répondirent : Sept, et quelques poissons ». Ce ne sont pas maintenant cinq pains et douze paniers pleins qui restent ; mais c’est avec sept pains qu’ils commencent, et avec sept paniers pleins qu’ils finissent. La raison en est la suivante : dans l’Écriture sept représente ce qui est complet spirituellement, et ceci est destiné à montrer la plénitude avec laquelle le Seigneur fait couler la bénédiction vers Son peuple — la plénitude de ressources qu’ils ont en Lui. « Il prit les sept pains et les poissons, rendit grâces, les rompit, et les donna à Ses disciples, et les disciples à la foule ». Je conçois que c’est une image du Seigneur pourvoyant amplement aux Juifs — le peuple choisi et bien-aimé, qu’Il ne peut jamais abandonner, envers lequel Il doit accomplir Ses promesses, car Il est le Dieu fidèle. Ici, le Seigneur, de Son propre cœur, pourvoit pleinement même à leur rafraîchissement corporel. Tel sera le caractère du jour millénaire, où non seulement l’âme sera bénie, mais où toute espèce de grâces abondera ; Dieu reprenant Sa terre de la main de Satan qui l’a longtemps souillée. Dans les sept pains avant qu’ils mangent, et dans les sept paniers de morceaux ramassés après qu’ils ont mangé, on a l’idée de ce qui est complet, une réserve ample pour le présent et pour les besoins à venir.


7 - Matthieu 16

7.1 - Rappel du ch. 15 : désobéissance hypocrite et grâce souveraine

Dans le chapitre précédent, qui introduit une nouvelle partie du sujet dans Matthieu, nous avons vu deux grands tableaux : premièrement, la désobéissance hypocrite de ceux qui se vantaient de la loi, complètement démasquée par leurs propres prophètes, ainsi que par la pierre de touche du Seigneur lui-même ; et, deuxièmement, la vraie nature de la grâce montrée à une personne dont les circonstances n’exigeaient rien d’autre qu’une miséricorde souveraine, si elle voulait la moindre bénédiction. À la fin, la grâce patiente et parfaite du Seigneur envers Israël est manifestée, malgré la condition des conducteurs juifs. S’Il avait de la compassion pour les Gentils, Son cœur désirait toujours vivement Son peuple, et Il le montra en répétant le grand miracle de nourrir des milliers de personnes en état de besoin, sans pour autant qu’il y ait aucune figure de se retirer de la terre comme au ch. 14 à la suite du premier miracle de la nourriture de multitudes — le type de l’activité de notre Seigneur à la droite de Dieu.


7.2 - Ch. 16: l’incrédulité, source de toute désobéissance

Nous avons maintenant un autre tableau, tout à fait distinct du précédent, bien qu’il lui soit apparenté. Il ne s’agit pas de la désobéissance flagrante à la loi par la tradition humaine, mais de l’incrédulité, — qui est la source de toute désobéissance. C’est pourquoi, dans le langage employé par le Saint Esprit, il n’y a qu’une différence de nuance entre les mots incrédulité et désobéissance. Le premier est la racine dont le second est le fruit. Après nous avoir montré la violation systématique et grossière de la loi de Dieu, y compris par les chefs religieux d’Israël, et les avoir convaincus de cette violation, un principe plus profond est maintenant mis en évidence. Toute cette désobéissance envers Dieu découlait de l’incrédulité quant à Lui-même, et, par conséquent, d’une compréhension erronée de leur propre condition morale. Ces deux choses vont toujours ensemble. L’ignorance de soi découle de l’ignorance de Dieu ; et l’ignorance à la fois de nous-mêmes et de Dieu est prouvée par le mépris de Jésus. Et ce qui est entièrement vrai pour l’incroyant, s’applique en partie au chrétien qui en quelque mesure ne fait pas grand cas de la volonté et la personne du Seigneur. Tout cela n’est que l’expression de ce cœur d’incrédulité contre lequel l’apôtre met en garde même les croyants. La grande ressource contre cela, l’opération du Saint Esprit, en contraste avec l’opération de l’esprit naturel de l’homme, apparaît ici clairement.


7.3 - Ch. 16:1-4

7.3.1 - Ch. 16:1 — Demande d’un signe pour éprouver Jésus

« Et les pharisiens et les sadducéens, s’approchant, lui demandèrent, pour L’éprouver (ou : Le tenter), de leur montrer un signe du ciel ». Ils recommençaient toujours la même histoire, mais maintenant la source est à un niveau plus élevé, bien sûr pire, par conséquent, dans son principe. C’est une chose affreuse que de trouver des partis opposés unis par une seule chose : l’aversion pour Jésus. Ces personnes auraient pu se déchirer mutuellement en d’autres temps, mais voilà leur point de rassemblement : éprouver ou tenter Jésus. « Les pharisiens et les sadducéens… lui demandèrent, pour l’éprouver… » etc. Il n’y avait pas de conflit entre les scribes et les pharisiens, mais un large fossé séparait les sadducéens et les pharisiens. Les sadducéens étaient les libres penseurs de l’époque, les pharisiens étaient les champions de la défense des ordonnances et de l’autorité de la loi. Mais les uns et les autres s’unissaient pour éprouver ou tenter Jésus. Ils demandèrent un signe du ciel. Le signe le plus significatif que Dieu ait jamais donné à l’homme était devant eux en la personne de Son Fils, éclipsant tous les autres signes. Mais l’incrédulité est telle qu’elle peut arriver en présence de la pleine manifestation de Dieu, contempler une lumière plus brillante que le soleil de midi, et là, demander à Dieu de donner une bougie à un sou.


7.3.2 - Ch. 16:2-4 — L’incrédulité aveugle ne discerne pas Jésus → signe de Jonas

Mais Jésus « répondit et leur dit : Le soir, vous dites : Il fera beau, car le ciel est rouge. Et le matin, vous dites : Il fera mauvais temps aujourd’hui, car le ciel est rouge et sombre. Hypocrites, vous savez discerner l’apparence du ciel, et vous ne pouvez pas discerner les signes des temps ? » (16:2, 3). Leur propre condition morale était le signe et la preuve que le jugement était imminent. Pour ceux qui pouvaient voir, il y avait le beau temps, le jour de printemps d’en haut qui les visitait en Jésus. Ils ne le voyaient pas ! Mais ne pouvaient-ils pas discerner le mauvais temps ! Ils étaient en présence du Messie, et ils demandaient un signe du ciel ! Le Dieu qui a fait le ciel et la terre était là, mais les ténèbres ne le comprenaient pas. « Il vint chez soi, et les siens ne l’ont pas reçu » (Jean 1:11). Ils étaient complètement aveugles. Ils pouvaient discerner les changements physiques, mais n’avaient aucune perception des gloires morales et spirituelles qui étaient devant eux. C’était véritablement « une génération méchante et adultère qui recherchait un signe ; et il ne lui serait pas donné d’autre signe que celui du prophète Jonas. Et les laissant, Il s’en alla ».

Les hommes se trompent constamment sur le caractère de Jésus. Ils L’imaginent incapable d’utiliser un langage fort et de ressentir de la colère ; pourtant, c’est là dans la Parole, écrite dans la lumière. L’incrédulité est toujours aveugle, et c’est contre Jésus qu’elle trahit le plus son aveuglement. La même incrédulité qui ne pouvait pas alors discerner qui Jésus était et ce qu’Il était, ne voit pas aujourd’hui Jésus venir, et elle ne discerne pas les signes de leur propre ruine imminente. Voilà la condition morale des hommes, où qu’ils soient, mais elle se manifeste de façon d’autant plus remarquable là où il y a la lumière de Dieu.

Notre Seigneur n’hésite pas à toucher le mal d’une main impitoyable. Il était la parfaite manifestation de l’amour : mais que les hommes se souviennent que c’est Lui qui a dit : « génération méchante et adultère », « race de vipères, etc.. ». ! Ces propos découlent de l’amour vrai — si les hommes voulaient bien s’incliner devant la vérité qui les convainc de culpabilité. Se soumettre à la parole de Dieu, à la vérité maintenant, dans ce monde, c’est être sauvé ; être convaincu de la vérité seulement dans le monde à venir, c’est être perdu pour toujours. Christ était le témoin fidèle et véritable ; Il mettait Dieu face à face avec les hommes, et faisait briller sur eux Sa lumière parfaite. Jésus pouvait rencontrer une âme dans sa ruine ; Il pouvait manger avec les publicains pour montrer qu’Il était capable de recevoir des pécheurs — oui, Il était venu chercher et sauver les perdus, et pardonner les péchés jusqu’à l’extrême ; mais Il ne voulut jamais donner aucun signe pour satisfaire l’incrédulité qui Le rejetait.

Ces pharisiens et ces sadducéens ne voulaient pas entendre Sa voix de grâce, alors ils durent entendre leur propre sentence de la part du juge de toute la terre : « Une génération méchante et adultère recherche un signe, et il ne lui sera pas donné de signe, si ce n’est le signe de Jonas ». Si Jésus n’avait pas été là, demander un signe n’aurait pas été si méchant ; mais Sa présence en faisait une incrédulité audacieuse et une hypocrisie effrayante. Et quel était ce signe ? Le signe de quelqu’un qui a disparu de la terre ; qui, par la figure de la mort, a quitté le peuple juif, et après un certain temps, leur a été rendu. C’était le symbole de la mort et de la résurrection, et notre Seigneur l’a immédiatement mis en pratique. « Et les laissant, Il s’en alla ». Il allait passer sous le pouvoir de la mort ; Il ressusciterait, et le message qu’Israël avait méprisé, Il le porterait aux Gentils.


7.4 - Ch. 16:5-12 — Le levain des pharisiens et des sadducéens

Mais il y a d’autres formes d’incrédulité ; et la scène suivante (16:5) est avec les disciples : ce qu’on trouve à l’œuvre sous forme très grossière chez un inconverti peut se retrouver chez les croyants, même si c’est d’une autre manière. « Jésus leur dit : Voyez, et soyez en garde contre le levain des pharisiens et des sadducéens ». Ils ne Le comprirent pas ; ils raisonnaient entre eux ; or toutes les fois que les chrétiens se mettent à raisonner, ils ne comprennent rien. « Ils raisonnaient entre eux en disant : C’est parce que nous n’avons pas pris de pain ».


7.4.1 - Déductions saines et mauvais raisonnements

Il existe, bien sûr, des déductions saines et solides. La différence est que les mauvais raisonnements partent toujours de l’homme et essaient de s’élever jusqu’à Dieu, tandis que les bons raisonnements partent de Dieu et vont vers l’homme. L’esprit naturel ne peut qu’inférer à partir de son expérience, et se forge ainsi une idée de ce que Dieu doit être. C’est la base de la spéculation humaine dans les choses divines ; alors que Dieu est la source, la force et le guide des pensées de la foi. Comment puis-je connaître Dieu ? Dans la Bible, qui est la révélation de Christ depuis le début de la Genèse jusqu’à la fin de l’Apocalypse. Je Le vois là, la clé de voûte de l’arc, le centre de tout ce dont parle l’Écriture ; et si l’on ne voit pas le lien entre Christ et tout le reste, on ne comprend rien correctement. C’est là la première grande erreur, l’omission de la révélation de Dieu dans Son Fils. Ce n’est pas la lumière derrière le voile comme dans le système juif, mais une bénédiction infinie maintenant que Dieu est venu à l’homme, et que l’homme est amené à Dieu. Dans la vie de Christ, je vois Dieu s’approchant de l’homme, et dans Sa mort, l’homme approché de Dieu. Le voile est déchiré ; tout est dévoilé, d’une part quant à l’homme, et d’autre part quant à Dieu, pour autant qu’il plase à Dieu de Se révéler à l’homme dans ce monde. La vie et la mort du Christ mettent tout en évidence.

Mais les disciples sont susceptibles d’être très lourdauds quant à ces choses, aujourd’hui comme toujours ; aussi, lorsqu’Il les mit en garde contre le levain des pharisiens et des sadducéens, ils pensèrent qu’Il parlait simplement de quelque chose de la vie quotidienne — tout à fait comme ce que nous voyons à l’heure actuelle. Mais notre Seigneur « leur dit : Ô gens de petite foi, pourquoi raisonnez-vous entre vous sur ce que vous n’avez pas pris de pain » (16:8). Pourquoi ne pensaient-ils pas en rapport avec Christ ? Se seraient-ils souciés des pains s’ils avaient eu une juste pensée de Lui ? Impossible ! Ils s’inquiétaient pour des pains, et pensaient que Lui aussi s’inquiétait ! « Ne comprenez-vous pas encore, dit le Seigneur, et ne vous rappelez-vous pas les cinq pains des cinq mille, et combien de paniers vous avez emportés ? Ni les sept pains des quatre mille, et combien de paniers vous avez emportés ? Comment ne comprenez-vous pas que ce n’est pas au sujet des pains que Je vous ai dit de vous garder du levain des pharisiens et des sadducéens ? Ils comprirent alors qu’Il ne leur avait pas dit de se méfier du levain du pain, mais de la doctrine des pharisiens et des sadducéens » (16:9-12).


7.4.2 - Gravité des fausses doctrines

Or c’est ce que les disciples, aujourd’hui encore, comprennent souvent de travers. Ils ne comprennent pas le caractère haïssable de la mauvaise doctrine. Ils sont conscients des maux moraux. Si une personne s’enivre ou tombe dans quelque autre scandale grossier, ils savent, bien sûr, que c’est très mauvais ; mais si le levain de la mauvaise doctrine opère, ils ne le sentent pas. Pourquoi les disciples sont-ils plus attentifs à ce que la simple conscience naturelle peut juger, plutôt qu’à de la doctrine qui détruit le fondement de tout, tant pour ce monde que pour celui qui est à venir ? Quelle gravité que les disciples aient besoin d’en être avertis par le Seigneur ! et ils ne le comprenaient même pas ! Il a dû le leur expliquer. Il y avait l’influence obscurcissante de l’incrédulité parmi les disciples, complètement centrés sur le corps, et ne voyant pas l’importance de ces doctrines corrompues qui menaçaient les âmes sous tant de formes insidieuses autour d’eux.


7.5 - Ch. 16:13-20 — Croire Dieu

Mais il y a une autre manière et une autre scène dans laquelle l’incrédulité opère. Ce chapitre est la dissection de la racine de nombreuses formes d’incrédulité. « C’est par la foi que nous comprenons », dit l’apôtre aux Hébreux (11:3). L’homme du monde essaie d’abord de comprendre, puis de croire ; le chrétien commence avec la compréhension, peut-être la plus faible, mais il croit Dieu : sa confiance est en Celui qui est au-dessus de lui-même ; et c’est de cette manière que, d’une pierre, il est suscité un enfant à Abraham (Matt. 3:9).


7.5.1 - Ch. 16:13-14 — La foi a des certitudes, elle n’a pas un simple point de vue

Le Seigneur interroge maintenant les disciples sur le fond de l’affaire, que ce soit parmi les pharisiens, les sadducéens ou les disciples eux-mêmes. Il interrogea ses disciples, en disant : « Qui disent les hommes que je suis, moi, le Fils de l’homme ? » C’est maintenant la personne du Christ qui est mise en évidence ; et ceci, je n’ai pas besoin de le dire, est plus profond que toute autre doctrine. « Qui disent les hommes que je suis, moi, le Fils de l’homme ? Et ils répondirent : Les uns Jean le Baptiseur, les autres Élie, et d’autres Jérémie, ou l’un des prophètes » (16:13, 14). Du fait qu’il y a tant d’opinions parmi les hommes, l’incrédulité soutient qu’une certitude est impossible. Certains disent une chose et d’autres une autre : vous parlez de vérité et de l’Écriture ; mais après tout, ce n’est que votre point de vue. Mais que dit la foi ? Une certitude venant de Dieu est notre part dès que nous voyons qui est Jésus. Il est le seul remède qui bannit difficulté et doute des pensées de l’homme.


7.5.2 - Ch. 16:15-17 — Une confession qui est le pivot de la bénédiction de l’homme et de la gloire de Dieu

7.5.2.1 - Fils du Dieu vivant : une révélation d’une grande profondeur

« Et vous, qui dites-vous que je suis ? » (16:15). C’était pour faire voir maintenant ce qui est le pivot de la bénédiction de l’homme et de la gloire de Dieu, et qui devient le point tournant du chapitre. Parmi ces mêmes disciples, il allait y avoir une confession bénie de l’un d’entre eux — la puissance de Dieu agissant dans un homme qui avait été auparavant réprimandé pour son manque de foi, et qui a de nouveau été réprimandé juste après. Lorsque nous sommes vraiment brisés devant Dieu au sujet de notre peu de foi, le Seigneur peut nous révéler une vision plus profonde et plus élevée de Lui-même comme nous n’avions jamais eu auparavant. Les disciples avaient mentionné les diverses opinions des hommes : l’un disait qu’Il était Élie ; un autre, Jean le Baptiseur, etc. « Mais vous, qui dites-vous que je suis ? Et Simon Pierre répondit : Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant » (16:16). Glorieuse confession ! Dans les Psaumes, on parle de Lui comme du Fils de Dieu, mais de façon très différente. Là, Il a affaire aux rois de la terre, qui sont appelés à prendre garde à leur conduite. Mais le Saint Esprit lève maintenant le voile pour montrer que le « Fils du Dieu vivant » implique des profondeurs bien au-delà d’une domination terrestre, si glorieuse soit-elle. Il est le Fils de ce Dieu vivant qui peut communiquer la vie même à ceux qui sont morts dans le péché. « Et Jésus, répondant, lui dit : « Tu es bienheureux, Simon BarJonas ; car la chair et le sang ne t’ont pas révélé cela, mais mon Père qui est dans les cieux » (16:17).


7.5.2.2 - Un nouveau nom donné à l’occasion d’une nouvelle révélation de Dieu, 16:18

D’abord, c’est le Père qui révèle ; et au moment où Christ S’entend confesser comme le Fils du Dieu vivant, Il appose aussi Son propre sceau sur la confession et honore le confesseur. C’est l’affirmation de Celui qui s’élève aussitôt à Sa propre dignité intrinsèque : « Et moi aussi, je te dis que tu es Pierre, et sur ce roc Je bâtirai Mon Église, et les portes de l’enfer (du hadès) ne prévaudront pas contre elle » (16:18). Il donne un nouveau nom à Simon. Dieu avait aussi donné un nouveau nom à Abraham, à Sara, etc., à cause d’une nouvelle manifestation de Lui-même ; c’est ce que fait ici le Fils de Dieu. Cela avait déjà été annoncé prophétiquement auparavant ; mais maintenant pour la première fois, est donnée la raison pour laquelle ce nom lui a été attribué. « Tu es Pierre, et sur ce roc Je bâtirai Mon Église ». Quel roc ? La confession que Pierre avait faite que Jésus était le Fils du Dieu vivant. C’est là-dessus que l’Église est bâtie. Israël était gouverné par une loi ; l’Église est élevée sur un fondement solide, impérissable et divin — sur la personne du Fils du Dieu vivant. Et lorsque cette confession plus complète s’échappe des lèvres de Pierre, la réponse vient : Tu es Pierre — tu es une pierre : un homme qui tire son nom de ce Roc sur lequel l’Église est bâtie.


7.5.2.3 - Fils de Dieu : Confessé par Pierre, prêché par Paul

Dans les premiers chapitres des Actes, Pierre parle toujours de Jésus comme du saint Serviteur de Dieu. Il parle de Lui comme d’un homme qui allait de l’avant en faisant du bien ; il en parle aussi comme du Messie mis à mort par les mains d’hommes méchants et que Dieu a ressuscité d’entre les morts. Quelle que soit la connaissance que Pierre pouvait avoir de Jésus, lorsqu’il prêche aux Juifs, il Le présente simplement comme le Christ, comme le Fils de David prédit, qui avait marché ici-bas, qu’ils avaient crucifié et que Dieu avait ressuscité. Ensuite, au martyre d’Étienne, un nouveau terme est utilisé à propos du Seigneur. Ce témoin béni lève les yeux et dit : « Je vois les cieux ouverts, et le Fils de l’homme debout à la droite de Dieu » (Actes 7:56). Il ne s’agit plus maintenant simplement de Jésus comme Messie, mais du « Fils de l’homme », ce qui implique Son rejet. Lorsqu’il est refusé comme Messie, Étienne, constatant que ce témoignage est rejeté, est conduit par Dieu à témoigner de Jésus comme Fils de l’Homme exalté à la droite de Dieu. Lorsque Paul se convertit (ch. 9), il prêche aussitôt « le Christ dans les synagogues, disant que Lui est le Fils de Dieu » (Actes 9:20). Il ne s’est pas contenté de Le confesser, mais L’a prêché comme tel. Et c’est à Paul que fut confiée la grande tâche de faire connaître la vérité sur « l’Église de Dieu ».


7.5.2.4 - L’annonce de ce que le Seigneur va bâtir, 16:18b

Ici, à la suite de la confession de Pierre, le Seigneur dit : « Sur ce roc, je bâtirai Mon Église (Mon Assemblée) ». Vous comprenez la gloire de Ma Personne ; Je vais vous montrer l’œuvre que Je vais accomplir. Notez l’expression. Ce n’est pas : J’ai bâti, mais Je bâtirai Mon Église. Il ne l’avait pas encore bâtie, ni même commencée : elle était entièrement nouvelle. Je ne veux pas dire qu’il n’y avait pas eu auparavant des âmes croyant en Lui, et régénérées par l’Esprit ; mais c’est une erreur d’appeler « l’Église » l’ensemble des saints, depuis le commencement du temps jusqu’à la fin. C’est une notion commune qui n’a pas un morceau de l’Écriture pour la soutenir. L’expression de Actes 7:38, « L’église dans le désert (ou l’assemblée au désert) », signifie la congrégation entière, la masse d’Israël, dont la plupart des cadavres sont tombés dans le désert. Pouvez-vous appeler cela « l’Église de Dieu » ? Il n’y avait que peu de croyants parmi eux. Les gens sont trompés sur ce point par la sonorité du terme. L’expression « église dans le désert » signifie simplement la congrégation qui s’y trouvait. Le même mot est appliqué à l’assemblée en confusion d’Actes 19:32 qui voulait mettre Paul en pièces. Si on traduisait comme en Actes 7, ce serait « l’église du théâtre », et la bévue est évidente. Le mot qui est traduit par « église » signifie simplement assemblée. Pour savoir quelle est la nature de l’assemblée, nous devons examiner l’usage scripturaire et le but du Saint Esprit. Car vous pouvez avoir une bonne assemblée ou une mauvaise assemblée : une assemblée de Juifs, de Gentils, ou une assemblée de Dieu distincte des deux précédentes et en contraste avec elles, comme on peut le voir facilement et incontestablement en 1 Cor. 10:32. Or c’est de cette dernière que nous parlons, c’est-à-dire de l’Assemblée de Dieu, quand nous parlons de « l’Église ».


7.5.2.5 - Les portes du hadès ne prévaudront pas, 16:18c

Revenons au texte des paroles du Seigneur : Qu’est-ce donc que notre Seigneur évoque lorsqu’Il dit : « Sur ce roc, Je bâtirai Mon Église » ? De toute évidence, il s’agissait de quelque chose qu’Il allait ériger sur la base de la confession qu’Il était le Fils du Dieu vivant, que la mort ne pouvait vaincre, mais seulement fournir une occasion de faire resplendir Sa gloire par la résurrection. « Sur ce roc, Je bâtirai Mon Église, et les portes du hadès — la puissance de la mort — ne prévaudront pas contre elle ». Le hadès ne signifie pas le lieu des perdus, mais la condition des esprits séparés des corps.


7.5.2.6 - L’église annoncée et le royaume des cieux sont distincts, 16:19a

« Et je te donnerai les clés du royaume des cieux » (16:19a). L’Église et le royaume des cieux ne sont pas la même chose. Il n’est jamais dit que Christ a donné les clés de l’Église à Pierre. Si les clés de l’Église ou du ciel lui avaient été données, je ne m’étonnerais pas que les gens aient imaginé un pape. Mais « le royaume des cieux » signifie la nouvelle dispensation qui allait commencer sur la terre. Dieu allait ouvrir une nouvelle économie, libre d’accès aux Juifs et aux Gentils, et dont Il confiait les clés à Pierre. L’une de ces clés a été utilisée, pour ainsi dire, à la Pentecôte quand il a prêché aux Juifs ; et l’autre, quand il a prêché aux Gentils. C’était l’ouverture du royaume aux hommes, qu’ils soient Juifs ou Gentils.

« Je te donnerai les clés du royaume des cieux ; et tout ce que tu lieras sur la terre sera lié dans les cieux ; et tout ce que tu délieras sur la terre sera délié dans les cieux » (16:19).

Le pardon éternel des péchés ne relève que de Dieu, bien qu’en un sens le pardon ait été confié à Pierre et aux autres apôtres, ce qui reste vrai maintenant. Chaque fois que l’Église agit au nom du Seigneur, et qu’elle fait réellement Sa volonté, le sceau de Dieu est sur ses actes. « Mon Église », construite sur ce roc, est Son corps — le temple des croyants construit sur Lui-même.

Mais « le royaume des cieux » inclut tous ceux qui confessent le nom de Christ. Cela a commencé par la prédication et le baptême. Lorsqu’un homme est baptisé, il entre dans « le royaume des cieux », même s’il se révèle être un hypocrite. Il ne sera jamais au ciel, bien sûr, s’il est incroyant, mais il est dans « le royaume des cieux ». Dans le royaume des cieux, il peut être soit de l’ivraie, soit du vrai blé ; il peut être un mauvais serviteur ou un fidèle serviteur, une vierge folle ou une vierge sage. Le royaume des cieux englobe toute la scène de la profession chrétienne.


7.5.2.7 - L’Église du Fils du Dieu vivant

Mais, comme nous l’avons vu, quand Christ parle de « Mon Église », il s’agit d’autre chose. C’est ce qui est bâti sur la reconnaissance et la confession de Sa personne — « le Fils du Dieu vivant ». Nous savons que « celui qui croit que Jésus est le Christ est né de Dieu » (1 Jean 5:1). Et, encore, « Celui qui croit que Jésus est le Fils de Dieu est victorieux du monde » (1 Jean 5:5). Mais il y a une puissance plus profonde du Saint Esprit dans le fait de Le reconnaître comme le Fils de Dieu ; et plus la reconnaissance de Christ est élevée, plus l’énergie spirituelle est grande pour traverser ce monde et le vaincre. Si un croyant est plus spirituel qu’un autre, c’est parce qu’il connaît et apprécie mieux la personne de Christ. Toute la puissance de la marche et du témoignage chrétiens dépend de l’appréciation qu’on fait de Christ.


7.5.2.8 - Une révélation du Père

Notez également l’ordre des paroles de notre Seigneur. Premièrement, « Tu es bienheureux, Simon BarJonas ; car la chair et le sang ne t’ont pas révélé cela, mais mon Père qui est dans les cieux » (16:17). Le Christ doit être trouvé en dehors de l’Église, et avant elle ; Christ doit être discerné en premier et avant tout par l’âme individuelle ; Christ et ce qu’Il est, doivent, avant tout et par-dessus tout, être révélés au cœur par le Père. Il peut employer des personnes appartenant à l’Église comme instruments, ou utiliser directement Sa propre parole. Mais quel que soit le moyen employé, c’est le Père qui révèle la gloire du Fils à un pauvre homme pécheur ; et quand ceci est réglé avec l’individu, Christ dit : « Sur ce roc, je bâtirai Mon Église ». La foi en Christ est essentiellement l’ordre et la voie de Dieu avant que n’intervienne la question de l’Église. Il y a là une grande controverse entre Dieu et le mystère d’iniquité qui opère maintenant dans ce monde. Le but du Saint Esprit est de glorifier Christ, tandis que le but de l’autre est de se glorifier lui-même. Le Saint Esprit poursuit cette révélation bénie que le Père a faite du Fils ; et lorsque la question individuelle est réglée, viennent alors le privilège et la responsabilité collectifs — l’Église.


7.5.2.9 - Conséquences pratiques : vivre comme une pierre vivante + la mort n’a plus son caractère terrible

Si j’ai Christ, c’est une bénédiction infinie. Mais je dois aussi croire qu’Il bâtit Son Église. Est-ce que je connais ma place dans cette église ? Suis-je en train de marcher dans la lumière du Christ — suis-je une pierre vivante dans ce qu’Il bâtit — suis-je dans une action saine en tant que membre de Son corps ? Le salut a été opéré ici-bas sur la terre, et c’est ici-bas que l’Église est en train d’être bâtie sur ce roc ; et les portes du hadès — l’état invisible, ou la condition séparée du corps — ne prévaudront pas contre elle. La mort peut entrer, mais les portes du hadès ne prévaudront pas contre elle. Le Seigneur dit dans l’Apocalypse que Lui a les clés de la mort et du hadès. La mort du chrétien est entre les mains de Christ. Par la croix, Il a annulé le pouvoir de Satan, et Il est le Seigneur à la fois des morts et des vivants ; la mort n’est pas notre Seigneur, mais Christ est notre Seigneur. « Soit que nous vivions, nous vivons ayant égard au Seigneur, soit que nous mourions, nous mourons ayant égard au Seigneur ; soit donc que nous vivions, soit que nous mourions, nous sommes du Seigneur » (Rom. 14:8). Le Seigneur a un droit absolu sur nous ; et la mort est donc dépouillée de tout ce qui la rend si terrible. Dans l’Apocalypse, vous avez le Seigneur avec les clés de la mort et du hadès. Les clés du royaume des cieux, Il les donne à Pierre, car c’est lui qui devait prêcher aux Juifs et aux Gentils. La porte a été ouverte le jour de la Pentecôte en premier, puis ensuite plus largement lorsque les Gentils ont été introduits.


7.5.2.10 - Lier et délier

L’administration est également confiée à Pierre, tant pour lier que pour délier ; c’est une autorité d’agir publiquement ici-bas, avec la promesse de ratification en haut : « Tout ce que tu lieras sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que tu délieras sur la terre sera délié dans le ciel ». Cela est premièrement dit à Pierre ; mais sans doute, d’après ce que nous avons en Matthieu 18:18 : « En vérité je vous dis : tout ce que vous lierez sur la terre sera lié dans le ciel ; et tout ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le ciel », le fait de lier et de délier s’applique aussi aux autres disciples ; non pas aux apôtres seulement, mais, je crois, aux disciples comme tels. Comparez aussi la charge donnée en Jean 20:19-23. C’est sur ce principe que les gens sont reçus dans l’Église chrétienne, et c’est sur ce principe que les méchants sont écartés jusqu’à ce que la repentance justifie leur restauration. Les apôtres ou les disciples ne pardonnent pas les péchés en rapport avec le jugement éternel, bien sûr ; Dieu seul a le pouvoir de le faire. Mais Dieu exige de nous que nous jugions l’état d’une personne pour la recevoir ou l’exclure du cercle qui confesse le nom de Christ ici-bas. En Actes 5, Pierre a lié le péché sur Ananias et Sapphira. Cela ne prouve pas qu’ils étaient perdus, mais le péché était lié sur eux et entraîna un jugement actuel. Ni Pierre ni Paul n’étaient à Corinthe ; et là, le Seigneur Lui-même a mis Sa main sur les coupables : certains étaient faibles et malades, et d’autres s’étaient endormis. Ceci ne tranche pas à l’encontre de leur salut final, plutôt le contraire. Quand ils ont été jugés par le Seigneur, ils ont été châtiés, afin de ne pas être condamnés avec le monde (c’est-à-dire de ne pas être perdus). Ils ont pu être enlevés par la mort, et cependant être sauvés au jour du Seigneur. L’Église ôte une personne méchante. L’homme de Corinthe, qu’il leur était dit d’excommunier, était coupable d’un péché odieux, mais il n’était pas perdu. Il a été livré à Satan pour la destruction de la chair, afin que l’esprit soit « sauvé dans la journée du Seigneur Jésus ». Dans l’épître suivante, nous trouvons cette personne tellement accablée de chagrin à cause de son péché que les Corinthiens étaient chargés de lui confirmer leur amour. Le fait de lier et de délier est vraiment simple, alors que les gens en font souvent quelque chose de mystérieux. Les seuls péchés que l’Église devrait juger sont ceux qui se manifestent de façon si évidente qu’ils exigent une répudiation publique selon la parole de Dieu. L’Église ne doit pas être un petit tribunal de jugement pour tout. Nous ne devrions jamais réclamer l’intervention de l’assemblée, sauf lorsque le mal est si net qu’il est capable d’entraîner les consciences de tous. C’est ce que je considère comme le sens de lier et délier.


7.6 - Ch. 16:20-21 — Quand il ne fallait plus dire que Jésus était le Messie, car Il était rejeté

« Alors Il enjoignit aux disciples de ne dire à personne qu’Il était le Christ » (16:20). C’est un changement remarquable qui se produit ici. Pierre avait confessé qu’Il était le Christ, le Fils du Dieu vivant : maintenant le Seigneur leur ordonne de ne dire à personne qu’Il fût le Christ. C’est comme s’Il disait : C’est trop tard ; je suis rejeté comme le Christ, c'est-à-dire le Messie, l’Oint de l’Éternel. Il était refusé par Israël, et Il acceptait ce fait. Mais notez une autre chose : « À partir de ce moment-là, Jésus commença à montrer à Ses disciples qu’il fallait qu’il aille à Jérusalem, qu’il souffre beaucoup de la part des anciens, des principaux sacrificateurs et des scribes, qu’Il soit mis à mort, et qu’Il ressuscite le troisième jour » (16:21). En Luc 9:20, il nous est dit : « Il leur dit : Mais qui dites-vous que je suis ? Pierre, répondant, dit : Le Christ de Dieu ». « Le Fils du Dieu vivant » n’est pas mentionné dans Luc : par conséquent, rien n’est dit sur le fait de bâtir l’Église. Combien l’Écriture est parfaite ! Dans Luc, le Seigneur poursuit en disant : « Il faut que le Fils de l’homme souffre beaucoup, » etc. Il y a une grande distinction entre « le Christ » et « le Fils de l’homme ». Le titre de « Fils de l’homme » est Son titre comme rejeté, puis exalté dans le ciel.

Interdire aux disciples de dire qu’Il était le Christ est un tournant dans le ministère du Christ. Cela voulait dire que Christ abandonnait Son titre Juif, et Il parlait de Son Église. Avant qu’elle arrive, il dit : « Sur ce roc, je bâtirai Mon Église ». Dès lors, Il commença à leur montrer qu’Il devait « aller à Jérusalem, et souffrir beaucoup de la part des anciens, des principaux sacrificateurs et des scribes, et être mis à mort, et ressusciter le troisième jour ». Tout cela est lié au fait de bâtir l’Église, laquelle a commencé à être bâtie après que Christ soit ressuscité d’entre les morts et ait pris Sa place dans le ciel. En Éphésiens, il n’est parlé de l’Église qu’après que la résurrection de Christ et Sa nouvelle place dans le ciel aient été introduites. On a Dieu qui choisit les saints dans le Christ Jésus, mais pas l’Église. L’élection est une chose individuelle. Il nous a choisis — vous et moi, et tous les autres saints — afin que « nous soyons saints et irréprochables devant Lui en amour ». Mais lorsque Paul a introduit la mort et la résurrection de Christ, il dit que Dieu « L’a donné pour être chef (tête) de toutes choses à l’Église, qui est Son corps, la plénitude de Celui qui remplit tout en tous ».


7.7 - Ch. 16:22-23 — Pierre appelé Satan car il ne voulait pas du chemin de souffrances

Notez un fait solennel. Immédiatement après que Simon eut fait cette glorieuse confession du Seigneur Jésus, il est appelé, non pas Pierre, mais Satan ! Il n’avait pas dit une seule parole inconvenante, selon le jugement humain. Il ne s’était même pas laissé aller à la précipitation, selon son habitude. Le Seigneur n’a jamais appelé « Satan » une simple excitation ; mais Il a appelé Pierre « Satan » parce qu’il cherchait à Le détourner des souffrances et de la mort. Le secret était le suivant : Pierre avait les pensées tournées vers un royaume terrestre, et n’avait pas pleinement conscience de ce qu’était le péché ni de ce qu’était la grâce de Dieu. Il faisait obstacle sur le chemin du Seigneur allant à la croix. N’était-ce pas pour Pierre qu’Il y allait ? Si Pierre avait pensé à cela, aurait-il dit : « Seigneur, Dieu t’en préserve » ? C’était l’homme qui contrecarrait Christ, et Il le qualifie de Satan. « Il se retourna et dit à Pierre : Va arrière de Moi, Satan ; tu M’es en scandale ; car tes pensées de sont pas aux choses de Dieu, mais à celles des hommes » (16:23). Pierre sentant et agissant de cette manière se rattachait au mystère d’iniquité — non à ce qui lui avait été révélé par le Père.


7.8 - Ch. 16:24-25 — Suivre Christ, et se renoncer soi-même

Notre Seigneur se tourna vers les disciples et plaça devant eux que non seulement Il allait à la croix, mais qu’ils devaient être prêts à l’y suivre. Si je veux être sur le vrai chemin de Jésus, je dois renoncer à moi-même, prendre la croix et suivre — non pas les disciples, non pas telle ou telle église, mais — Jésus lui-même. Je dois me détourner de ce qui plaît naturellement à mon cœur. Je dois rencontrer la honte et le rejet dans ce présent monde mauvais. Si ce n’est pas le cas, vous pouvez en être sûrs, je ne suis pas Jésus ; et rappelez-vous qu’il est dangereux de croire en Jésus sans Le suivre. Suivre Jésus, c’est peut-être perdre sa vie. À l’heure actuelle, il est relativement facile de confesser Christ. Il y a peu d’opposition ou de persécution. Les gens s’imaginent que le monde a changé ; ils parlent de progrès et de lumières acquises. La vérité est que les chrétiens sont changés. Demandons-nous si nous voulons être trouvés en train de prendre notre croix et de suivre Jésus. « Si quelqu’un veut venir après moi, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive. Car quiconque voudra sauver sa vie la perdra, et quiconque perdra sa vie pour l’amour de moi la trouvera » (16:24, 25).

Quelles leçons pour nos âmes ! La chair s’arroge facilement la supériorité sur l’esprit ; et l’indulgence pour le chemin de la facilité arrive (bien que ce soit de Satan) sous le prétexte spécieux de l’amour et de la bonté. La croix de Christ est-elle notre gloire ? Sommes-nous prêts à souffrir en faisant Sa volonté ? Quelle illusion que l’honneur et la jouissance présents !