Méditations sur la Parole de Dieu

Ésaïe

Louis Chaudier


Table des matières :

1 - Malheur à moi ! — Ésaïe 6:1-8 ; Romains 12:1-2

2 - L’espérance de la gloire — Ésaïe 11:1-10 ; 32:1-4, 14-18 ; 60 ; Apocalypse 21

3 - Pauvre en esprit — Psaumes 51:17 ; 139:23-24 ; Ésaïe 66:2 ; Matthieu 5:3


Le texte de ces méditations a été révisé par Bibliquest dans sa forme, par rapport à diverses éditions papiers précédentes. Les révisions ont été limitées à ce qui était nécessaire à une expression et une compréhension correctes. Le texte reste marqué par son caractère oral, non révisé par l’auteur. Dans certains cas d’expressions au sens discutable, l’imperfection de celles-ci a été laissée de peur d’en perdre une certaine vigueur.

Certains textes ont été repris de l’ouvrage « Méditations sur la vie chrétienne » édité en 1995 par F.R., et sont notés comme tels. Ces textes ont fait l’objet (par F.R.) d’une révision un peu plus poussée.


1 - Malheur à moi ! — Ésaïe 6:1-8 ; Romains 12:1-2

[LC n° 31]

18 novembre 1962

Méditations sur la vie chrétienne, édition FR 1995, p. 78


« L’année de la mort du roi Ozias… ». Le chapitre 6 d’Ésaïe débute par cette mention qui caractérise l’époque. La signification en est importante. Qui est ce roi Ozias ? 2 Chron. 26 nous renseigne sur une partie de la vie de ce roi. Son nom signifie : « L’Éternel est ma force ». Il avait eu un très bon début. C’est le cas de beaucoup de croyants. Au début, notre force n’est pas en nous-mêmes, mais en Christ. Tout serait en ordre si nous ne nous appuyions jamais sur nous-mêmes, comme nous le faisons si souvent.

Bon début. Quelques jeunes frères dans l’assemblée donnent des espoirs. Il est important qu’il y ait des jeunes frères pour remplacer les frères âgés qui partent ; mais il faut veiller à respecter l’autorité de la Parole, il faut que les jeunes frères soient soumis aux anciens. Nous sommes dans les temps de la fin. L’esprit du monde — l’indépendance, la révolte contre l’autorité, le désir d’être quelqu’un aux yeux des autres — cet esprit-là ne reste pas à la porte de l’assemblée, il s’introduit également au milieu de nous.

2 Chron. 26:15-16 nous dit : « Il fut merveilleusement aidé jusqu’à ce qu’il devint fort. Mais quand il fut devenu fort, son coeur s’éleva jusqu’à le perdre, et il pécha contre l’Éternel, son Dieu, et entra dans le temple de l’Éternel pour faire fumer l’encens sur l’autel de l’encens ». Ce service était réservé aux sacrificateurs. Des sacrificateurs, hommes vaillants, se sont opposés au roi. Où sont les hommes vaillants dans l’assemblée ? Il y a des esprits qui prennent des initiatives qu’on ne doit pas laisser passer ; il faut des hommes forts pour s’opposer à eux. Nous devrions tous être de ces hommes vaillants, les soeurs aussi. Nous avons tous la Parole de Dieu, qui nous donne la mesure déterminée par l’Éternel. Aucun ne peut dire : « Je ne le sais pas ». Quand on doit dire quelque chose à un frère, il arrive qu’on se heurte à de la violence ; il se fâche, comme Ozias : « Et Ozias s’emporta » (v. 19). La nature humaine est toujours la même aujourd’hui. « Et le roi Ozias fut lépreux jusqu’au jour de sa mort ». Si quelqu’un, dans l’assemblée, devient lépreux — péché manifeste ou mauvais état du coeur — il doit être mis dehors, comme le roi Ozias, qui « habita, lépreux, dans une maison d’isolement, car il fut exclu de la maison de l’Éternel » (v. 21). Il est important de comprendre ce que signifie l’exclusion. Toute l’assemblée devrait s’humilier devant Dieu. Dieu peut alors donner la grâce pour que celui qui a péché soit rétabli. Toute l’assemblée est responsable. Me suis-je préoccupé de ce frère, de cette soeur exclu ? Lui ai-je lavé les pieds à temps ? Mais une fois l’exclusion prononcée, il ne faut pas briser la discipline de l’assemblée par une poignée de main ou des paroles d’amitié, sinon le frère exclu a beaucoup plus de peine à revenir ; il faut que cette discipline serve à le rétablir. Beaucoup de frères et de soeurs manifestent un amour faux. Si quelqu’un sort vers le lépreux, il est lui-même atteint de lèpre, et cela se répercute sur toute l’assemblée.

« L’année de la mort du roi Ozias », c’est un moment tout particulier pour Ésaïe, jeune homme, que Dieu veut employer comme prophète, « envoyé de Dieu » vers un peuple révolté. L’apôtre Paul se dit souvent « appelé de Dieu ». Dans la chrétienté, plusieurs sortent sans être envoyés. Il ne suffit pas de sortir, il faut être appelé. Un frère a dit : « Le Seigneur légitime lui-même ses serviteurs, ils n’ont pas besoin de se recommander eux-mêmes » (2 Cor. 10:18). Ésaïe reçoit son service de Dieu. Ce n’est pas un service agréable que celui de prophète ; il doit réveiller la conscience, et on n’aime pas être tiré de son sommeil. Il n’y a plus actuellement de prophètes au sens de l’Ancien Testament, mais le service de prophète existe toujours pour réveiller les consciences. « Réveille-toi, toi qui dors, et relève-toi d’entre les morts » (Éph. 5:14). On peut être dans un sommeil analogue à la mort ; il faut être sérieusement secoué pour en sortir, mais il importe que la vie soit conséquente avec les paroles.

Ésaïe, jeune homme, avait vécu une partie de l’histoire du roi Ozias ; il savait quel avait été son sort : il avait eu affaire à un Dieu saint. Nous aussi, nous sommes bien en relation avec Dieu comme notre Père en Jésus Christ, mais l’autre face demeure : il est un feu consumant, un Dieu saint ; il ne peut rien laisser passer de mauvais, il juge le mal (1 Pierre 3:12 ; Ps. 34:12-16). Dieu se manifeste à Ésaïe, cette année-là, pour l’introduire dans la lumière de sa présence. « Je vis le Seigneur assis ». Il s’y reconnaît pécheur, perdu. Dans sa lumière, tout change ; nous nous rendons compte de notre néant. Son trône est haut et élevé (És. 6:1 ; Apoc. 4:2-8) ; nous voyons l’Éternel dans sa gloire. Dès lors, qu’est-ce que l’homme ? Que sommes-nous, nous ses enfants, bien que, en Jésus Christ, il soit notre Père ? Que sommes-nous ? Des grains de poussière. Et il nous a sortis des ténèbres, dans son amour, pour nous posséder pour l’éternité.

C’est lui, l’Éternel, qu’Ésaïe voit. En sa présence, il s’écrie : « Malheur à moi ! car je suis perdu » (És. 6:5) « Et l’un des séraphins vola vers moi » (v. 6). Les séraphins, êtres sans péché, ont six ailes, comme les quatre animaux d’Apocalypse 4. Si nous parlons de ces êtres aux hommes, ils nous disent : ce sont des fables pour les enfants. Le croyant sait par la Parole de Dieu que les anges existent, et qu’il y a plusieurs classes d’anges ; il y a même parmi eux des princes. Satan était un prince des anges ; dans son orgueil, il s’est élevé pour être l’égal de Dieu ; il a été précipité, et de nombreux anges avec lui.

« De deux ailes ils se couvraient la face ». N’oublions jamais ni la grandeur, ni la sainteté de Dieu, en particulier dans la maison de Dieu, dans l’Assemblée ! « Soyez saints, car moi je suis saint » (1 Pierre 1:16). « Prends garde à ton pied, quand tu vas dans la maison de Dieu… Ne te presse point de ta bouche, et que ton coeur ne se hâte point de proférer une parole devant Dieu ; car Dieu est dans les cieux, et toi sur la terre » (Eccl. 5:1, 2).

« De deux ailes ils volaient ». Ils sont les exécuteurs de la volonté de Dieu (Ps. 103:20-21). Dans l’Ancien Testament, ils apparaissent souvent pour accomplir leurs missions divines. Les ailes sont l’image de la disponibilité pour le service de Dieu. « Vous vous êtes tournés des idoles vers Dieu, pour servir le Dieu vivant et vrai » (1 Thess. 1:9). C’est la première des choses que nous faisons quand nous sommes sauvés ; nous disons au Seigneur : « Que puis-je faire pour toi ? Montre-moi comment je puis te servir ! ». Puis par la suite, nos ailes restent souvent sans force faute d’être employées ; nous dispersons nos efforts aux choses de ce monde.

« Et de deux ils se couvraient les pieds ». Nous nous salissons les pieds en traversant cette terre. Les anges, eux, ne se les salissent pas. Combien plus de motifs avons-nous de nous couvrir les pieds, c’est-à-dire de nous mettre à l’abri du sang de Golgotha par le jugement de nous-mêmes ! Plus nous le ferons, plus notre conscience sera délicate à l’égard des petites souillures. Il est fidèle pour nous pardonner.

« Et les fondements des seuils étaient ébranlés à la voix de celui qui criait, et la maison était remplie de fumée » (És. 6:4). La fumée vient d’un feu de jugement. Avant que cette vision ne lui apparaisse, nous entendons Ésaïe dire par six fois : « Malheur à ceux qui… » (És. 5). Ici il doit dire : « Malheur à moi ! car je suis perdu ; car moi, je suis un homme aux lèvres impures » (És. 6:5). Si un homme se condamne lui-même, Dieu peut alors envoyer un séraphin avec un charbon ardent : « Et ton iniquité est ôtée, et propitiation est faite pour ton péché » (v. 7), car Dieu a donné un autel sur lequel Jésus Christ, l’Agneau de Dieu, a été immolé. Sur cet autel, il fallait qu’il supportât tout le jugement de Dieu de la sixième à la neuvième heure. Il faisait nuit, à Golgotha ! Un type de Christ, Isaac, lorsqu’il montait vers Morija, dit à son père : « Voici le feu et le bois ; mais où est l’agneau pour l’holocauste ? » (Gen. 22:7). Christ, lui, savait qu’il devait être l’agneau pour l’holocauste. C’est à cause de nos péchés que le couteau l’a transpercé. Nous ne pouvons nullement comprendre cette oeuvre, cependant notre Dieu Sauveur l’a accomplie. « Il plut à l’Éternel de le meurtrir ; il l’a soumis à la souffrance » (És. 53:10). Il a été pilé très fin pour que Dieu flairât l’odeur de l’encens « saint, consacré à l’Éternel » (Ex. 30:36-37). L’offrande de l’holocauste est coupée en morceaux (Lév. 1:6). Ce sont des expressions qui, toutes, ont trait aux souffrances du Seigneur pour nos péchés. Quand le charbon ardent a touché nos « lèvres impures », a brûlé notre péché, alors nous pouvons dire : « Grâces à Dieu pour son don inexprimable ! » (2 Cor. 9:15).

« Qui enverrai-je ? ». Dans quel but le Seigneur veut-il envoyer quelqu’un ? Pour mettre le doigt sur le péché du peuple rebelle. « Me voici, envoie-moi ». Là où nous sommes placés, nous avons un service à accomplir pour le Seigneur. Si nous ne sommes pas fidèles dans les petites choses, le Seigneur ne peut pas nous en confier de grandes. Il n’est pas nécessaire de tout quitter et de partir en Chine pour le servir. Il y en a quelques-uns qui y sont appelés, mais ce n’est pas le grand nombre. La première des choses est d’accomplir notre travail dans notre famille, auprès de nos voisins, de nos collègues, dans la ville où nous vivons. Pouvons-nous dire comme l’apôtre Paul : « Je suis net du sang de tous » (Act. 20:26) ? Nous avons manqué plus d’une occasion. Avant de sortir pour travailler pour le Seigneur, il faut d’abord apprendre, il faut savoir attendre, jusqu’à ce que lui ouvre la voie. Si chez tel ou tel frère il y a une activité de l’Esprit, l’assemblée le constatera, elle sera avec lui dans son service. Comment pourrait-il sortir sans la bénédiction de l’assemblée ?

« Je vous exhorte donc, frères, par les compassions de Dieu, à présenter vos corps en sacrifice vivant, saint, agréable à Dieu, ce qui est votre service intelligent » (Rom. 12:1). Ceci s’adresse aussi aux soeurs. Notre corps est le temple du Saint Esprit ; nous ne pouvons plus agir à notre guise. Nous devons pouvoir dire au Seigneur : « Je suis pour toi seul ». Laissons la saleté de ce monde, ce que l’apôtre Paul appelle des ordures ! Pour qu’un ballon puisse monter, il faut jeter du lest par-dessus bord. Il vaut la peine que nous nous conformions à la Parole et non pas au monde. Aimons-nous assez le Seigneur pour cela ? « Si vous m’aimez, gardez mes commandements » (Jean 14:15).


2 - L’espérance de la gloire — Ésaïe 11:1-10 ; 32:1-4, 14-18 ; 60 ; Apocalypse 21

[LC n° 32]

Dimanche après-midi 20 juin 1948

Méditations sur la vie chrétienne, édition FR 1995, p. 85


Celui qui descend d’Isaï régnera sur la terre et sera roi de justice et roi de paix. Cette espérance de voir enfin régner la justice et la paix, ce désir, cette soif, cette faim sont, au fond, dans les coeurs et les esprits de tous les hommes. Le monde entier est fatigué. Il n’y a rien de nouveau sous le soleil : la violence et la corruption ont tour à tour, et souvent tout ensemble, régné dans ce monde ; là où la grâce de Dieu ne touche pas les coeurs et les esprits, les hommes sont fatigués. L’inquiétude générale des peuples, des esprits et des coeurs, parle aux croyants de la fin des choses. Nous sommes tout près de la fin des jours, selon l’expression de l’Ancien Testament. Il y aura enfin un moment où ce ne sera plus le règne de l’homme, bien que, en réalité, Dieu conduise toutes choses, comme Zacharie nous le montre sous l’image de chevaux conduits entre deux montagnes d’airain (Zach. 6) : la puissance providentielle de Dieu, dans l’inextricable complexité des choses, ne perd jamais de vue ses desseins.

Bien que le chrétien soit du ciel, il brûle de voir s’établir sur la terre cette ère de paix et de justice, où enfin le Seigneur Jésus sera glorifié et honoré comme il doit l’être, où enfin la vérité ne trébuchera plus sur la place publique (És. 59:14). Depuis combien de siècles la vérité ne trébuche-t-elle pas sur la place publique ! Depuis combien de siècles le mensonge ne s’en donne-t-il pas à coeur joie dans ce monde ! Le chrétien est le premier à désirer l’établissement du règne, d’un état de choses où la justice sera la ceinture du roi de paix. Son coeur aspire à l’établissement du règne de Christ. Dieu a par-devers lui un homme qu’il mettra à la tête de la création, celui qui sera Roi des rois et Seigneur des seigneurs. Mais en attendant ce moment où Jésus sortira du sanctuaire, revêtu de puissance et de gloire, nous disons : « Seigneur, tant que tu n’as pas ta couronne de gloire, nous ne pouvons pas avoir la nôtre, car, aux yeux du monde, tu conserves toujours ta couronne d’épines ». Les prophètes — je ne saurais trop conseiller à chacun de les lire — déploient le conseil de Dieu quant à la terre avec une force extraordinaire. Si nous sommes rassasiés de la gloire de Christ, nous savons que, jusqu’à ce moment-là, nous n’aurons point de repos sur la terre, ni justice, ni gloire, ni vérité, ce n’est pas possible. Le moment vient où le Seigneur, après avoir dit à son Père : « Je ne fais pas de demandes pour le monde » (Jean 17:9), lui demandera le monde. Le « jusqu’à ce que » prendra fin : « Assieds-toi à ma droite, jusqu’à ce que je mette tes ennemis pour le marchepied de tes pieds » (Ps. 110:1). Le moment vient où celui qui a renoncé à tout, que le monde a oublié et que le monde est heureux d’avoir chassé de la terre, paraîtra aux yeux de l’univers ; les rois seront consternés (Ps. 48:4-5), voyant paraître en gloire, avec les armées du ciel, celui qui a été crucifié. Nous, nous serons pas étonnés, puisque nous viendrons avec lui.

Rien n’est propre à nous élever au-dessus des contingences si médiocres et si corrompues dans lesquelles nous vivons tous les jours, comme la pensée que Jésus vient et que nous sommes liés à un Christ qui est Roi des rois et Seigneur des seigneurs. Nous, les croyants, nous sommes les premiers à brûler de voir cette aube millénaire où enfin le roi de gloire, l’homme selon le coeur de Dieu, qui a été abreuvé d’opprobres et à la face duquel on a craché, régnera par toute la terre et la couvrira de sa gloire comme les eaux couvrent le fond de la mer.

Dans la dernière demi-semaine de Daniel, trois ans et demi, Satan sera précipité sur la terre ; il ne sera plus l’accusateur des frères, comme maintenant ; il n’aura plus de frein, toute sa force sera employée à égarer les hommes et à persécuter les croyants. Lorsque les chrétiens seront partis, le Saint Esprit, « celui qui retient » (2 Thess. 2:7), la plus puissante barrière contre le mal, ne sera plus sur la terre. La dernière semaine de Daniel sera marquée par des événements d’une violence et d’une densité incroyables.

L’Église sera enlevée avant les épreuves, comme Énoch a été enlevé avant le déluge : « Il ne fut plus, car Dieu le prit » (Gen. 5:24). Mais, comme Noé a été sauvé dans l’arche à travers le déluge, le résidu juif sera sauvé à travers la catastrophe effroyable qui va venir sur le monde. Ce résidu sera constitué d’un petit noyau de fidèles au milieu d’une masse juive infidèle, hostile et prête à recevoir l’antichrist. Le déluge est une image des événements de la fin, des jugements effroyables qui atteindront les nations et le peuple juif apostat. Car il y aura une double apostasie, l’apostasie chrétienne et l’apostasie juive ; et l’apostasie, c’est l’abandon public de la foi, la négation ouverte de ce qu’on a professé pendant un temps. Alors un roi régnera en justice sur toute la terre. Il aura anéanti l’antichrist par le souffle de sa bouche et détruit la bête romaine, le chef de l’Empire romain ; ils seront jetés tous deux dans l’étang de soufre, qui est la seconde mort.

Il y a en effet deux morts. La première, c’est la mort gouvernementale, qui passe à tous les hommes en raison de la désobéissance d’Adam ; c’est un gouvernement terrible, aucun n’y échappe. La seconde mort, c’est l’étang de feu, un état de souffrance éternelle. Tout le monde ressuscitera, mais pas au même moment. Lorsque le Seigneur viendra chercher les croyants, ils partiront avec lui. Leur corps corruptible sera changé en un corps glorieux, et les corps des croyants, déposés dans les cimetières du monde entier, ressusciteront. À cette première résurrection se rattache, avant la règne de Christ, la résurrection de ceux qui ont été mis à mort sous le règne de la bête romaine, car ils régneront mille ans avec Christ. « Bienheureux et saint celui qui a part à la première résurrection : sur eux la seconde mort n’a point de pouvoir » (Apoc. 20:6). Les incrédules ressusciteront aussi : ils passeront devant le grand trône blanc ; leur état éternel sera la seconde mort, l’étang de feu, c’est-à-dire la souffrance éternelle loin de Dieu, les ténèbres du dehors. Devant le trône blanc, il n’y aura pas un avocat pour plaider la cause des prévenus ; il n’y aura que des accusations. Chacun devra reconnaître que Dieu a raison ; chacun reconnaîtra la gloire et la sainteté de Dieu. Ce n’est pas la gloire de l’homme qui est en question, c’est la gloire de Dieu. Dieu ne fait pas de compromis avec le mal. Nous, nous en faisons facilement ; mais Dieu jamais. Ce qui met en relief, de la façon la plus éclatante, les droits de la gloire de Dieu quant au péché, c’est la croix ; ensuite, c’est l’étang de feu, la seconde mort. Ceux qui ont porté atteinte à la vérité des peines éternelles ont toujours commencé par méconnaître la sainteté de Dieu d’une façon qui touche au blasphème.

Dans Ésaïe 60, toutes les nations apportent leur gloire et leur hommage à la capitale du monde, cette ville où notre Seigneur Jésus Christ a été crucifié. Toutefois, cette gloire ne durera que mille ans. Au commencement de ce règne, il n’y aura que des justes ; mais ceux qui naîtront après ne le seront pas forcément. Pendant le règne, l’homme ne sera pas mis à l’épreuve, puisque Satan ne sera pas là. Mais, à la fin de ce règne, l’homme, après avoir joui de Dieu, sera entraîné par le diable : c’est la fin des jours. Le coeur de l’homme est incurable. Rien ne montre mieux l’état de notre coeur à tous, et pas seulement celui des habitants du règne millénaire, que la croix, la grâce, la gloire. Quand donc serons-nous délivrés de la puissance du mal qui est en nous et dont nous n’avons souvent même pas conscience ? Dans le ciel, parce qu’il ne restera en nous plus rien de la vieille création. Jusque-là nous ne sommes pas à l’abri.

Nous sommes fatigués du monde : il ne s’y trouve rien de bon, de pur, d’innocent, de saint ; le Seigneur le sait. Qu’il nous donne la force de le traverser à sa gloire ! Prenons soin de nos vêtements, comme il est dit aux quelques fidèles de Sardes (il n’y en avait pas beaucoup) : « Tu as quelques noms à Sardes qui n’ont pas souillé leurs vêtements ; et ils marcheront avec moi en vêtements blancs, car ils en sont dignes » (Apoc. 3:4). Ceux-là ont pris soin de leurs vêtements.

Quelle gloire, quel bonheur, quel repos quand notre coeur, enfin, aura atteint le port !


3 - Pauvre en esprit — Psaumes 51:17 ; 139:23-24 ; Ésaïe 66:2 ; Matthieu 5:3

[LC n° 29]

13 août 1970

Méditations sur la vie chrétienne, édition FR 1995, p. 75


La prière d’un chrétien en mauvais état n’est sûrement pas écoutée. « Qui détourne son oreille pour ne pas écouter la loi, sa prière même est une abomination » (Prov. 28:9). La Parole est grâce, mais aussi vérité absolue. Si nous n’y prenons pas garde, nous risquons de nous engager dans la voie de la profession sans vie. Nous ne tromperons jamais Dieu. Les frères et les soeurs, qui ont affaire au Seigneur pour eux-mêmes d’abord, dans cette sainte crainte de Dieu, rejetteront tout compromis ; ils seront de vrais serviteurs du Seigneur, même s’ils n’ont pas de service public. Tout frère, toute soeur, qui, dans l’assemblée, tend à affaiblir le poids de la Parole de Dieu sur la conscience des saints, fait du mal à toute l’assemblée. L’attitude qui plaît à Dieu est tout le contraire de la prétention et de la vanité à la recherche des avantages naturels ou mondains. En donnant une place au « moi », nous frustrons Dieu, nous tordons l’Écriture, nous voulons ignorer ce qui nous gêne pour ne retenir que ce qui nous convient. Ne cherchons pas ailleurs la cause du déclin et de la ruine ! Les bonnes habitudes ne suffisent pas pour faire un choix à la gloire de Dieu ou accepter un renoncement par fidélité envers lui.

Ceux qui plaisent à Dieu, nous le voyons dans l’Écriture, ce sont les petits, les pauvres, les humbles. Il est rare qu’un homme riche ne soit pas fier de sa fortune. Jésus dit au jeune homme riche : « Va, vends tout ce que tu as et donne aux pauvres,… et viens, suis-moi, ayant chargé la croix » (Marc 10:21). C’est toujours vrai. La vie d’un chrétien sans renoncement n’est pas la vie d’un chrétien fidèle. Il est difficile d’être un pauvre en esprit, que le Seigneur appelle bienheureux, quand on est puissant ici-bas. Ceux qui auront satisfait leurs intérêts terrestres, sous le couvert d’une piété et d’une fidélité apparentes, en étouffant parfois la voix de leur conscience, sauront un jour que c’était l’ennemi qui les entraînait. Christ nous aidera à tout surmonter, dans la mesure où nous lui serons attachés.

Le psalmiste dit : « Sonde-moi, ô Dieu ! » (Ps. 139:23). Au lieu de fuir, il recherche la lumière. « Regarde s’il y a en moi quelque voie de chagrin ». Une voie de chagrin ne désigne pas les épreuves de la vie, mais toute tendance susceptible d’entraîner le coeur dans des chemins d’égarement. « Conduis-moi dans la voie éternelle ». « Quiconque veut venir après moi, qu’il se renonce soi-même, et qu’il prenne sa croix, et me suive » (Marc 8:34).

Le Seigneur suit de son regard les petits, les pauvres, les affligés, ceux qui ont davantage besoin de lui. Mais le coeur de ceux qui cherchent à satisfaire tous leurs besoins s’endurcit inévitablement. Si le Seigneur s’occupe d’eux, c’est pour se faire entendre d’eux. Il permet des épreuves pour briser l’orgueil, l’égoïsme, la volonté propre. « Bienheureux les pauvres en esprit » (Matt. 5:3). Qui sont-ils ? Des gens qui ne sont pas intelligents, peu doués, ou marqués par quelque infirmité mentale ? Non, ce sont des croyants, peut-être de la plus haute valeur humaine, mais que le Seigneur rend petits à leurs propres yeux. Ils ont le sentiment de leur néant, de leur petitesse.

Recherchons le Seigneur et marchons dans l’humilité ! Le seul moyen d’être humble, c’est d’avoir Christ dans son coeur. Demandons-lui qu’il nous accorde ce bonheur, cette joie, cette force, pour toute notre carrière !