Leçons introductives à l’étude du Pentateuque

Deutéronome

William Kelly


[Notes tirées de Leçons publiques (Introductory Lectures) de 1870 en anglais.
Réimprimé en 1970, Éd. Heijkoop]


Table des matières :

1 - Deutéronome 1 à 16

1.1 - [Introduction]

1.2 - [Deutéronome 1 — À quoi aboutit la désobéissance]

1.3 - [Deutéronome 2 — Résultats de l’obéissance]

1.3.1 - [Deutéronome 2:1-8]

1.3.2 - [Deutéronome 2:9-15]

1.3.3 - [Deutéronome 2:16-23]

1.3.4 - [Deutéronome 2:24-26]

1.4 - [Deutéronome 3 — Encore les résultat de l’obéissance]

1.5 - [Deutéronome 4]

1.6 - [Deutéronome 5 — La question du sabbat]

1.7 - [Deutéronome 6]

1.8 - [Deutéronome 7]

1.9 - [Deutéronome 8]

1.10 - [Deutéronome 9]

1.11 - [Deutéronome 10]

1.12 - [Deutéronome 11]

1.13 - [Deutéronome 12]

1.14 - [Deutéronome 13]

1.15 - [Deutéronome 14]

1.16 - [Deutéronome 15]

1.17 - [Deutéronome 16:1-17]

1.17.1 - [Pâque]

1.17.2 - [Fête des semaines]

1.17.3 - [Fête des tabernacles]

2 - Deutéronome ch.16:18 à ch. 34

2.1 - [Deutéronome 16:18 à 17:1]

2.2 - [Deutéronome 17]

2.3 - [Deutéronome 18]

2.3.1 - [Deutéronome 18:1-8]

2.3.2 - [Deutéronome 18:9-14]

2.3.3 - [Deutéronome 18:15-22]

2.4 - [Deutéronome 19]

2.5 - [Deutéronome 20 — Guerres]

2.6 - [Deutéronome 21]

2.6.1 - [Deutéronome 21:1-9]

2.6.2 - [Deutéronome 21:15-17]

2.6.3 - [Deutéronome 21:18-21]

2.6.4 - [Deutéronome 21:22-23]

2.7 - [Deutéronome 22]

2.8 - [Deutéronome 23]

2.9 - [Deutéronome 24 et 25]

2.10 - [Deutéronome 26]

2.11 - [Deutéronome 27 et 28]

2.11.1 - [Deutéronome 27]

2.11.2 - [Deutéronome 28]

2.12 - [Deutéronome 29 et 30]

2.12.1 - [Deutéronome 29]

2.12.2 - [Deutéronome 30]

2.13 - [Deutéronome 31]

2.14 - [Deutéronome 32]

2.15 - [Deutéronome 33]

2.16 - [Deutéronome 34]


1 - Deutéronome 1 à 16

1.1 - [Introduction]

En examinant l’Exode, le Lévitique et les Nombres, nous avons trouvé ce qu’on peut appeler un système abstrait de types. Autrement dit, nous voyons dans ces livres l’établissement par l’Éternel d’une série d’institutions dont le modèle a été montré sur la montagne. Moïse a été inspiré pour donner au peuple ces figures comme formant un tout, en dehors de toute question de mise en pratique possible ou effective durant la traversée du désert. C’est la raison pour laquelle j’ai appelé cela un « système abstrait de types », car leur valeur ne dépendait pas du tout de la fidélité du peuple pour les mettre en pratique. Il est très possible que durant cette période, aucune des institutions n’ait été strictement appliquée ou obéie parmi le peuple.

Ainsi, nous tenons pour certain que l’exigence la plus fondamentale de toutes, le rituel lévitique, ne fut pas pratiqué ; et s’ils ne se montrèrent pas fidèles dans ce qui était le plus urgent, et le moins difficile quant aux moyens d’exécution, on ne peut guère supposer qu’ils furent obéissants dans ce qui était entouré d’obstacles immenses sinon insurmontables. Avant même la loi, dès les jours d’Abraham, aucune injonction n’était plus solennelle et plus obligatoire que la circoncision de tous les enfants de sexe masculin ; pourtant nous sommes assurés qu’aucun mâle ne fut circoncis durant les quarante ans de voyage d’Israël dans le désert. Ce fait a quelque importance, car il est notoire que certains ont soulevé des contestations pour cause d’impraticabilité de diverses ordonnances exigeant des sacrifices et des offrandes, alors qu’on ne voit pas que les moyens fussent là. Il est parlé de sacrifices pour le péché et pour le délit, de sacrifices de prospérité et d’holocaustes, d’offrandes de gâteau et de libations, ainsi que d’agneaux ou autres victimes offerts quotidiennement ou occasionnellement. Les hommes ont raisonné très en détail, surtout ces dernières années, se demandant comment tout cela pouvait se faire au désert, par un peuple qui trouvait déjà difficile de voyager sans dommage pour eux-mêmes, bien que l’Éternel leur Dieu fût avec eux pour les nourrir du pain des puissants (Ps. 78:25) et de l’eau du rocher, si besoin était. Mais Dieu, en fait, est toujours exclu des calculs de l’incrédulité. Car bien qu’il y eût des troupeaux accompagnant les enfants d’Israël au désert selon le commandement de l’Éternel, et qu’on ait pu y rajouter ceux conquis sur les ennemis, le fait mentionné juste ci-dessus résout une foule d’objections de ce genre, et prouve que la nature de ces ordonnances n’a pas été comprise.

En fait, quel que soit le degré de réalisation effective au désert de ces ordonnances, Dieu s’en servait pour présenter les ombres de biens à venir (Héb. 10:1). C’était leur véritable but. Il ne s’agit donc pas de savoir dans quelle mesure les sacrifices furent alors offerts, mais l’important est ce vaste corps d’enseignements en ordre systématique donné par les types. Ce que Dieu déployait par eux, a maintenant trouvé sa signification depuis que Christ a été révélé et que l’œuvre prodigieuse de la rédemption a été effectuée. Toutefois, il en va autrement avec le livre du Deutéronome ; et c’est la raison pour laquelle je fais ici cette remarque.

Le Deutéronome est un livre éminemment pratique. Les types sont peu nombreux et parsemés parmi la masse d’instructions qui remplit ses pages. On est loin de n’avoir qu’une simple répétition du contenu des livres précédents. Malgré son titre issu de la version des Septante, le Deutéronome n’est pas une répétition ; l’Esprit de Dieu par Moïse nous a donné des types portant sur la position du peuple à l’entrée de la terre promise, et une exhortation morale particulière s’y rattache. Ils avaient tourné dans leur marche par le côté oriental du Jourdain ; ils étaient maintenant à la frontière du pays, après que fût pleinement achevé le long processus par lequel Dieu s’était occupé d’eux dans le désert. Même si ce livre ne manque pas d’allusions à ce que Dieu avait dit dans les autres livres, il n’en a pas moins son caractère propre. Ce n’est donc pas un regroupement de types, quelles que fussent la portée et le but particuliers des types employés sous des formes distinctes dans les livres de l’Exode, du Lévitique, ou des Nombres. Mais ici tout ce que l’Esprit utilise, soit l’application morale directe (c’est la plus grande partie du livre), soit une sélection d’ombres qui concordent avec son objet pratique, — tout, d’un bout à l’autre, semble être une mise en vigueur de l’obéissance (obéissance fondée sur la relation entre l’Éternel leur Dieu et Israël, qu’Il était justement en train d’introduire comme Son peuple dans Son pays). En accord avec cela, la très grande partie introductive est un discours adressé au peuple dans le but de l’amener au respect pratique de ces règles.

Une autre particularité du livre du Deutéronome mérite d’être présentée brièvement avant de passer aux détails : il suppose le manquement du peuple. Il a été donné après le veau d’or, et même plus : après la fin de l’ensemble des actions en discipline de l’Éternel. Ils avaient eu beaucoup d’aperçus de leurs propres cœurs, et ils avaient eu amplement l’expérience des voies de Dieu en gouvernement patient et plein de grâce. Tout cela était maintenant terminé. C’est ce qui donne le ton de ce livre. Le législateur, sur le point de leur être enlevé, regarde en arrière sur tout le passé ; mais il regarde aussi en avant vers le pays où ils allaient entrer. Le ton est donc d’une extrême gravité, et l’affection sans illusions. Il y a une solennité fondée sur les actions grandioses de ce Dieu dont la main fidèle et sainte les introduisait maintenant dans Son pays. L’objet principal est avant tout d’insister auprès du peuple de Dieu sur l’obéissance, mais l’obéissance d’un peuple qui avait déjà vu ce que c’était d’avoir entièrement failli à leur responsabilité présumée. Certes cette génération était décédée. La question était alors de savoir si la génération actuelle, sur le point d’être introduite dans la terre sainte, avait tiré profit des leçons du passé. Dans ces dernières paroles, le législateur âgé a été conduit par le Saint Esprit de manière à toucher profondément leurs âmes.

Cela explique aussi l’usage si frappant que le Nouveau Testament fait du livre du Deutéronome dans des circonstances très critiques. C’est ce livre que notre Seigneur cite dans Ses tentations avec Satan. Il n’en cite aucun autre. Le Seigneur Jésus en tire Ses réponses les trois fois. Cela est extrêmement significatif. Il aurait pu citer n’importe quel autre livre, s’il y en avait eu un aussi parfaitement approprié pour l’occasion. Je ne pense pas qu’il manquât ailleurs de paroles admirablement adaptées au cas. Puis-je oser penser que d’autres considérations sont intervenues, et que Ses citations du seul Deutéronome ne cherchaient pas à rabaisser des paroles provenant d’ailleurs ? Il n’est pas douteux que les paroles citées du Deutéronome étaient les meilleures, et qu’elles furent choisies selon la perfection divine. Mais il apparait que la sagesse la plus profonde a présidé tant au choix de citer ce livre, qu’au choix des paroles les plus pertinentes. Ce livre dans lequel elles ont été choisies était lui-même spécialement pertinent pour l’occasion, comme nous le verrons ; le précieux Seigneur le savait parfaitement bien quand Il lui a plu de l’utiliser.

En quoi l’emploi des paroles citées était-il approprié, ainsi que celui du livre d’où elles sont tirées ? En quoi le Deutéronome était-il plus pertinent que tout autre livre de l’Écriture pour fournir à Christ des réponses en cette circonstance ? Je n’hésite pas à penser que notre Seigneur Jésus a choisi ces paroles non seulement parce qu’elles répondaient parfaitement aux tentations de Satan auxquelles Il était confronté, mais à cause de la bienséance morale due à ce qu’il s’agissait de paroles adressées au peuple lorsque la ruine s’était déjà introduite, et que rien d’autre que la grâce de Dieu ne les interpellait de nouveau avant leur introduction dans la terre sainte. Par le simple fait de citer le Deutéronome, le Seigneur donnait la preuve qu’Il avait sous les yeux la condition du peuple de Dieu malgré toute leur insensibilité. Non seulement le Seigneur a dit ce qu’il fallait dire, mais la base, le fil conducteur et l’esprit du livre d’où Il choisissait Ses réponses avaient la place qui convenait à ces circonstances devant Dieu. Moins Israël estimait avoir manqué, plus Jésus le ressentait à leur place. Si eux s’adonnaient à des rites et des cérémonies comme moyen de plaire à Dieu, Jésus, Lui, s’adonnait à une obéissance sans réserve, étant Lui-même le modèle constant de quelqu’un qui ne cherchait jamais Sa propre volonté. En effet, Sa gloire morale se trouvait justement en ce que, seul de tous les hommes qui ont jamais vécu, Il n’a jamais dévié d’un seul détail de ce qui est finalement ce qu’il y a de plus doux, de plus beau, de plus haut chez l’homme ici-bas : le dévouement absolu à Un autre, en faisant la volonté de Son Dieu et Père. Telle fut la marche constante de Jésus.

Or Israël avait totalement échoué dans leur position. Le livre du Deutéronome reconnaît cet échec, et s’en tient non seulement à l’impossibilité de le nier, mais au devoir de le confesser. En même temps, Dieu est introduit en grâce, ainsi que les ressources appropriées au peuple de Dieu quand la ruine est là. Cela suppose un cœur qui connaît Dieu, ce qui était évidemment le cas de Moïse. Nous savons bien que, si Dieu fit connaître Ses actes à Israël, Il fit connaître Ses voies à Moïse [Ps. 103:7]. Mais Jésus connaissait Dieu Lui-même comme Moïse ne l’a jamais connu, et par Son usage du Deutéronome, Il a mis à l’honneur le livre qui établit clairement combien, dans un état de ruine, le seul principe salvateur est l’obéissance. Nous trouverons plus que cela au cours de ce livre, même si, dans sa lecture, il ne nous apparaît pas complètement un caractère spécial de ce livre qu’on trouve dans sa seconde partie, où il sera prouvé que le Nouveau Testament s’en sert aussi de façon très frappante. Mais dans la mesure où les trois réponses du Seigneur sont tirées de la première partie de Deutéronome que nous sommes en train de considérer, j’ai tout de suite fait référence à ce fait qui saute aux yeux. Nous ne pouvons jamais comprendre correctement l’Ancien Testament, si ce n’est à la lumière du Nouveau ; et Jésus n’est-Il pas personnellement et par excellence « la lumière » ? Les gens l’oublient ; aussi n’est-il pas étonnant que le Deutéronome soit en général peu compris, y compris par les enfants de Dieu, et que les commentateurs n’aient que des idées relativement vagues pour l’expliquer. Les hommes sont enclins à le lire en comprenant si peu sa portée qu’il semble y avoir une perte bien minime à ne pas le lire du tout. Comment pourrait-il être respecté comme il le mérite, si on ne le considère que comme une répétition verbeuse de la loi ? Outre l’irrévérence qu’il y a à traiter ainsi un livre inspiré, une telle impression est aussi loin que possible de la réalité. Le Deutéronome a son caractère propre, totalement distinct de celui des livres précédents, comme on l’a déjà signalé et comme cela apparaîtra encore davantage.

Regardons maintenant les détails autant que faire se peut dans un coup d’œil bref.


1.2 - [Deutéronome 1 — À quoi aboutit la désobéissance]

La première chose introduite ici, c’est le fait que l’Éternel leur avait parlé en Horeb, disant : « Vous avez assez demeuré dans cette montagne. Tournez-vous, et partez, et allez à la montagne des Amoréens et dans tous les lieux voisins, dans la plaine, dans la montagne, et dans le pays plat, et dans le midi, et sur le rivage de la mer, au pays des Cananéens et au Liban, jusqu’au grand fleuve, le fleuve Euphrate. Regarde, j’ai mis le pays devant vous : entrez, et possédez le pays que l’Éternel a juré à vos pères, à Abraham, à Isaac, et à Jacob, de leur donner, et à leur semence après eux. Et je vous parlai, en ce temps-là, disant : Je ne puis, moi seul, vous porter. L’Éternel, votre Dieu, vous a multipliés, et vous voici aujourd’hui, en multitude, comme les étoiles des cieux » [1:6-10]. Moïse leur rappelle comment il avait partagé avec d’autres le fardeau de prendre soin d’eux. « Donnez-vous des hommes sages, et intelligents, et connus, selon vos tribus, et je les établirai chefs sur vous » [1:13]. Ainsi fut fait ; mais il est ajouté qu’après être partis d’Horeb, ils marchèrent par le désert et ils virent le chemin de la montagne des Amoréens « et je vous dis : Vous êtes arrivés jusqu’à la montagne des Amoréens, laquelle l’Éternel, notre Dieu, nous donne. Regarde, l’Éternel, ton Dieu, a mis devant toi le pays : monte, prends possession, comme l’Éternel, le Dieu de tes pères, te l’a dit ; ne crains point et ne t’effraye point » [1:19-21].

Vient ensuite (1:22 et suiv.) le rapport sur les motivations intérieures de l’envoi des espions (*). Il est bon de le noter, car on ne le trouve pas dans le livre des Nombres. Ce que nous avons ici n’est pas une répétition, et cela nous introduit dans des secrets — ce qui opéra chez le peuple et empêcha leur bénédiction. Le point principal à observer est l’absence d’esprit d’obéissance chez le peuple, et cela leur manquait parce qu’il n’y avait pas la foi en Dieu. Ceci est clairement démontré. Par conséquent, ce n’est pas un fait isolé qu’ils voulurent des espions, ou que l’Éternel accéda à leur désir d’en avoir (ce que nous avons déjà vu), mais ici il est dit : « Vous vous approchâtes tous de moi, et vous dîtes : Envoyons des hommes devant nous, et ils examineront le pays pour nous, et ils nous rapporteront des nouvelles du chemin par lequel nous pourrons monter et des villes auxquelles nous viendrons » [1:22]. Moïse mentionne comment leurs propos lui plurent : ici les choses sont dites exactement comment elles furent. Il se peut que, sur le champ, Moïse n’ait pas du tout compris ce qui se tramait parmi le peuple ; mais tout est dit ouvertement. « Et la chose fut bonne à mes yeux, et je pris d’entre vous douze hommes, un homme par tribu. Et ils se tournèrent, et montèrent dans la montagne, et vinrent jusqu’au torrent d’Eshcol, et explorèrent le [pays]. Et ils prirent dans leurs mains du fruit du pays et nous l’apportèrent, et ils nous rendirent compte et dirent : Le pays que l’Éternel, notre Dieu, nous donne, est bon. Mais vous ne voulûtes pas monter, et vous fûtes rebelles au commandement de l’Éternel, votre Dieu. Et vous murmurâtes dans vos tentes et vous dîtes : C’est parce que l’Éternel nous hait » [1:23-27a]. Était-ce là leur confiance ? « C’est parce que l’Éternel nous hait, qu’il nous a fait sortir du pays d’Égypte ». N’était-ce pas le caprice d’enfants désobéissants, si jamais il y en eut de pareils ? « C’est parce que l’Éternel nous hait, qu’il nous a fait sortir du pays d’Égypte, afin de nous livrer aux mains des Amoréens, pour nous détruire. Où monterions-nous ? Nos frères nous ont fait fondre le cœur, en disant : [C’est] un peuple plus grand et de plus haute taille que nous » [1:27-28a].


(*) Le Dr Davidson (Introd. O.T. i.p. 235) ose juxtaposer des parties de ce chapitre avec deux autres passages, afin de montrer que les paroles de Dieu adressées à l’écrivain inspiré était tout simplement les propres pensées de ce dernier ainsi que sa conscience éclairées d’en haut. Lui et d’autres auteurs sacrés devraient être considérés comme de simples représentants de ce qu’on comprenait à leur époque en relation avec la Déité. — « Le Deutéronomiste, écrivant ultérieurement au sujet de la même entreprise [la mission des espions dans les Nombres], représente le peuple proposant la mesure à Moïse qui, l’ayant considérée, résolut de l’exécuter parce que lui-même l’approuvait en son âme et conscience : « Et vous vous approchâtes tous de moi, et vous dîtes : Envoyons des hommes devant nous, et ils examineront le pays pour nous…Et la chose fut bonne à mes yeux, et je pris d’entre vous douze hommes, un homme par tribu » (Deut. 1:22-23). De la même manière un arrangement social important est déclaré avoir été fait par Moïse sur suggestion de son beau-père Jéthro, qui dit en prophétisant : « Si tu fais cela, et que Dieu te le commande, tu pourras subsister, etc. » (Exode 18:23). Or en Deutéronome 1:9 et suiv., Moïse parle de la même institution comme étant la sienne sans faire aucune référence à Jéthro, ni au commandement divin dont Jéthro parlait ». — Tel est l’effort mesquin d’un sceptique pour rabaisser le caractère de l’Écriture et le crédit qu’on lui accorde. Mais le croyant voit la sagesse et la grâce en comparant le premier récit historique avec l’utilisation solennelle que le législateur en fait auprès de la génération sur le point d’entrer dans le pays, et l’information supplémentaire est d’une importance très sérieuse.

Nombres 13 donne le fait que Dieu autorisa Moïse à envoyer des espions ; le Deutéronome fournit les motifs qui poussèrent le peuple à les vouloir. Car il leur avait dit lui-même de monter dans le pays ; mais ils demandèrent des espions pour explorer d’abord. Le souhait n’émanait ni de Dieu, ni de Son serviteur, mais du peuple, bien que Moïse, sur l’ordre de Dieu, les ait bien envoyés pour la ruine de cette génération, comme cela finit par arriver. On a bien remarqué d’une part, qu’il omet en grâce de répéter l’offre de Dieu de faire de lui un nouveau peuple après leur destruction, si ce n’avait été son intercession ; tandis que de l’autre il confesse comment lui, non moins que leurs pères [1:37], avait affligé l’Éternel, si bien qu’il ne devait pas plus qu’eux les conduire dans le pays, mais il devait donner cette place d’honneur à Josué. Imaginez l’état d’esprit de celui [Davidson] qui pouvait dire que « dans le Deutéronome, Moïse jette à plusieurs reprises le blâme de son expulsion sur le peuple (Deutéronome 1:37 ; 3:26 ; 4:21), alors que selon Nombres 20:12 Dieu l’a puni ainsi pour ne pas L’avoir cru, et qu’en Nombres 27:14 son châtiment a été occasionné par la propre désobéissance du législateur » ! (Dr. D.’s Introd. O. T. i. 367).

Redisons : qu’y a-t-il de plus simple et plus approprié que le fait qu’à la fin, Moïse omette le nom et le conseil de Jéthro, et qu’il mette le peuple plus en avant que lui-même pour le choix des chefs ? Cela, il l’avait pleinement montré historiquement. Maintenant, il s’arrête principalement sur leur rôle dans l’affaire [1:9, 13,14], confessant sa propre incapacité à faire face à leur fort accroissement, et à cet égard il supplie Dieu de manière touchante d’augmenter leur nombre mille fois [1:11], mais en même temps il insiste auprès des chefs pour qu’ils jugent avec justice [1:16,17].


Voici le résultat réel de l’envoi des espions. « C’est un peuple plus grand et de plus haute taille que nous ; les villes sont grandes, et murées jusqu’aux cieux ; et de plus nous avons vu là des fils des Anakim. Et je vous dis : Ne vous épouvantez pas, et ne les craignez point ; l’Éternel, votre Dieu, qui marche devant vous, combattra lui-même pour vous, selon tout ce qu’il a fait pour vous sous vos yeux, en Égypte, et dans le désert, où tu as vu que l’Éternel, ton Dieu, t’a porté comme un homme porte son fils, dans tout le chemin où vous avez marché, jusqu’à ce que vous soyez arrivés en ce lieu-ci. Mais, dans cette circonstance, vous ne crûtes point l’Éternel, votre Dieu, qui, afin de reconnaître pour vous un lieu pour que vous y campiez, allait devant vous dans le chemin, la nuit, dans le feu, pour vous faire voir le chemin où vous deviez marcher, et, le jour, dans la nuée » [1:28b-33]. Alors vinrent les conséquences amères. « Et l’Éternel entendit la voix de vos paroles et fut courroucé, et jura, disant : Si aucun de ces hommes, de cette génération méchante, voit ce bon pays que j’ai juré de donner à vos pères !… » [1:34-35].

C’était des paroles solennelles à placer devant les esprits d’Israël juste au moment où ils allaient entrer dans le bon pays. On peut voir la pertinence admirable d’une telle introduction. Ils étaient sur le point d’y entrer par une grâce spéciale, car il est important de garder à l’esprit que ce n’était pas du tout par l’alliance faite à Horeb que les enfants d’Israël sont entrés dans le pays. Si Dieu s’en était tenu aux termes de cette alliance, jamais le peuple ne serait entré en Canaan ; mais Dieu s’est plu à introduire de nouveaux termes d’une manière qui sera présentée avant que nous ayons fini cette esquisse du Deutéronome ; le peuple est entré en Canaan purement et simplement à cause de ces nouveaux termes de miséricorde que Dieu lui-même introduisit par Sa propre grâce. En même temps Moïse, bien qu’il en fût tout à fait conscient, leur rappelle la vraie source de leur misère, et du jugement qui leur était tombé dessus de la part de Dieu.

Il est donc évident que ce livre est très sensiblement différent de tous ceux qui précèdent. Sa morale tourne sur ce qui suit :


En tous cas, quelle que soit Sa grâce, quelles que soient Ses voies envers Son peuple, l’obéissance est ce dont Il ne peut pas faire l’économie. C’est pourquoi la première circonstance de leur histoire qui leur soit rapportée, est que Dieu leur avait dit de ne pas monter à la montagne des Amoréens ; mais ils voulurent monter par leur propre volonté et leur confiance en soi, et ils furent entièrement battus devant leurs ennemis. Le pays était droit devant eux, et s’il ne s’agissait que de cela, ils auraient pu aller en prendre possession tout de suite. Pourquoi ne l’ont-ils pas fait ? Le livre du Deutéronome le dévoile. Parce qu’ils n’avaient pas la moindre confiance en Dieu. Voilà donc pourquoi, quand Dieu leur a dit de monter, ils refusèrent et subirent les conséquences de leur désobéissance.

Voilà donc le test crucial, pour ainsi dire, que Moïse applique tout du long ; c’est une homélie (méditation exhortative), car le Deutéronome a le caractère d’un recueil d’homélies divines. Il consiste en discours moraux, et en des appels d’un ton sans pareil dans les cinq livres de Moïse. Faut-il souligner à quel point tout cela est approprié, s’agissant des dernières paroles de quelqu’un sur le point de mourir ? Elles possèdent cette solennité inimitable qu’on ressent dans la portée générale du livre, sans pouvoir vraiment le traduire par des mots. Moïse lui-même avait le sentiment très profond de la situation, mais sans jamais perdre sa confiance en l’Éternel, car il avait bien appris à compter sur Son amour. Il savait parfaitement que l’Éternel ne faisait rien qui ne soit pour Sa propre gloire ; comment Son serviteur pourrait-il alors trouver à redire ? Il y avait des raisons dues au caractère de Dieu pour lesquelles Moïse ne devait pas faire entrer le peuple dans le pays. Il L’avait compromis dans une circonstance critique, et il ne pouvait pas manquer de le ressentir ainsi. Cela ne mettait pas le moindre nuage entre le Maître et le serviteur. Dieu aimait Moïse, et pareillement Moïse se confiait en Dieu. Néanmoins, la circonstance où lui aussi avait manqué à sanctifier l’Éternel leur Dieu dans son cœur comme il aurait dû — où il avait lui-même dénaturé Son image alors que ce qui était dû à Dieu était par-dessus tout de manifester Sa grâce, — tout cela ajoutait de la gravité aux appels et à la manière de l’homme de Dieu qui allait mourir.

Ainsi donc les circonstances de Moïse comme celles du peuple, étaient justement propres à inculquer la leçon d’obéissance. Pour un peuple en relation avec Dieu, c’est le seul moyen à la fois de Lui plaire et de goûter la joie du Seigneur qui est la force de Son peuple.

L’obéissance est la vraie source de bénédiction, tout comme la désobéissance est le sûr chemin de la ruine. Voilà le sujet fécond qu’on retrouve tout au long du livre.

C’est pourquoi l’histoire des Amoréens est donnée ici, comme nous l’avons vu. Tandis que Moïse ne manque pas de montrer que l’Éternel était avec lui, et que Josué devait prendre sa place, il n’hésite pas, pour ainsi dire, à mettre devant tous l’histoire de sa propre honte. Quel amour il y avait en cela, si par quelque moyen il arrivait à inculquer l’obéissance au peuple qui allait entrer dans le pays ! Quelle bonté dans les voies et les paroles de Dieu ! Pareillement le Nouveau Testament nous relate le manquement de l’apôtre Pierre, non pas simplement au début, mais en plein milieu de sa carrière ; il ne nous cache pas non plus le zèle outrancier de Paul, comme la faiblesse de Barnabas ; ou les trébuchements de Thomas comme de Marc : tout est ouvertement communiqué pour notre instruction. Le premier devoir de tout homme, tant Juif que chrétien, c’est l’obéissance. C’est donc la vérité qui court le Deutéronome comme un fil conducteur. Ainsi, une fois cela placé devant nous dès le début, nous trouvons que leur défaut de confiance en l’Éternel mène à un nouveau commandement. Ils ne doivent plus monter prendre possession du pays, mais faire demi-tour et reprendre leur voyage dans le désert. Cette instruction ne leur plut pas du tout ; et ainsi le même état d’esprit qui refusa de monter en obéissant à l’Éternel, refusa de faire demi-tour dans la soumission à Lui.

« Et vous répondîtes et me dîtes : Nous avons péché » [1:41a] — « nous avons péché contre l’Éternel : nous monterons, et nous combattrons ». Ah ! C’est facile de dire : « Nous avons péché » ; mais combien de fois nous devons apprendre que ce n’est pas une subite et rapide confession du péché qui fournit la preuve que le péché est ressenti ! C’est plutôt une preuve de dureté de cœur. La conscience sent qu’une certaine confession du péché est nécessaire, mais peut-être que rien n’endurcit plus le cœur que l’habitude de confesser le péché sans le ressentir. C’est, je crois, l’un des grands pièges de la chrétienté tant d’autrefois que de maintenant : la reconnaissance stéréotypée de péché, la simple habitude de débiter en vitesse une formule de confession à Dieu. J’ose dire que nous l’avons presque tous fait, sans que je fasse référence à une habitude particulière ; car hélas, il y a déjà passablement de formalisme, et sans même avoir de formulaires écrits, le cœur peut se fabriquer des formules à lui, comme on a pu l’observer, si même nous n’en avons pas fait personnellement l’expérience, sans qu’il soit besoin d’aller voir chez les autres. Car, quand on est dans un état d’esprit légal, on sait bien qu’on est enclin à passer par la reconnaissance du péché dans ce qu’on sait avoir attristé le Seigneur ; mais même alors, on manque de se plier à Sa volonté. Ici, c’est tout mis à nu. Les Israélites pensaient régler toute l’affaire avec Dieu en disant : « Nous avons péché » ; mais ils prouvent alors que rien n’est réglé, rien n’est droit ; parce que ce qui plaît réellement à Dieu, c’est d’accepter Sa volonté comme bonne, quelle qu’elle soit. La foi mène à l’obéissance : tout d’abord l’acceptation de Sa parole apporte et assure la bénédiction par la foi pour nos âmes ; puis l’ayant reçue, nous nous abandonnons à Sa volonté. Car pourquoi sommes-nous ici, sinon pour plaire à Dieu ? Les Israélites ne comprirent rien de tout cela. Le ressort de l’obéissance manquait. C’est ce sur quoi Moïse insiste par toutes sortes possibles de déclarations et de motifs ; par son exemple et par le leur, ainsi que par celui de leurs pères. Il fait tout converger vers les enfants. Il voulait leur laisser sa bénédiction — ou plutôt il voulait qu’ils aient la meilleure bénédiction que Dieu pouvait leur donner. Avoir Christ Lui-même vient en premier, ensuite et juste après, il y a suivre Ses traces. Hormis Christ Lui-même, quelle meilleure bénédiction peut-il, après tout, y avoir sur la terre que cette vie de Christ qui marche dans l’obéissance, si tant est qu’elle ne soit pas une partie de Christ ?

Voilà sur quoi Moise insistait. Mais leurs pères ne voulurent pas obéir à ce moment-là. Ils ne voulurent pas monter quand l’Éternel le leur commandait ; et quand Il leur commanda de faire demi-tour, ils voulurent aller de l’avant. Ils dirent : « Nous avons péché contre l’Éternel ; nous monterons, et nous combattrons, selon tout ce que l’Éternel, notre Dieu, nous a commandé » [1:41].

Quelle leçon solennelle de voir qu’il soit possible d’avoir un profond esprit de désobéissance au moment même où on parle de faire tout ce qu’il plaît à Dieu de commander ! Il est évident, chers amis, que l’obéissance dépend de savoir si on fait vraiment ce que Dieu nous commande maintenant de faire, — si on fait ce qui convient à notre position et notre état actuels. Ce que Dieu demande à l’un, n’est pas nécessairement ce qu’Il commande à un autre. Par exemple, chacun n’est pas appelé à servir Dieu de manière publique ; chacun n’est pas appelé à faire un pas ou à prendre une direction amenant à des difficultés ou à de la persécution. Il faut vérifier si nous ne nous y lançons pas par désir humain d’héroïsme. On en a connu beaucoup qui auraient bien voulu être des martyrs ! Je ne considère pas cela comme de l’esprit d’obéissance, mais plutôt comme un brin de confiance en soi. Si on a vraiment une telle mort devant soi dans le service, alors on sent peut-être beaucoup plus les difficultés ; car le Seigneur n’appelle pas quelqu’un à un tel chemin ou une telle fin pour faire plaisir à la nature humaine, ou pour donner l’occasion de glorifier l’homme, mais Il le fait toujours pour Sa propre gloire. Dans un tel cas, il n’y a pas de place pour la volonté, et le cœur n’est pas épargné. Chaque pas d’obéissance réelle à Dieu met l’homme moralement à l’épreuve, et est plus ou moins subi comme une rude épreuve. Quand le monde ou la chair dominent, l’épreuve n’est pas ressentie. L’homme qui disait : « Maître, je te suivrai où que tu ailles », n’avait aucune foi. L’autre que Jésus appela, pensa d’abord à son père et sa mère ; il voulait les voir. Voilà ce qui arrive souvent quand la foi est réelle, mais que la nature n’est pas encore jugée depuis la racine jusqu’aux branches. Le cœur peut être décidé à suivre le Seigneur tout en ressentant les difficultés de manière aigüe ; tandis que l’homme qui se borne à broder des théories dans sa tête, se croit prêt, en paroles du moins, à faire n’importe quoi, mais le sérieux de l’esprit n’est pas là : il ne se connaît pas lui-même. Quel que soit le prix, il croit qu’il s’en sortira sans autre avec la volonté du Seigneur. C’est exactement ce qu’on a ici.

Telle est donc la première introduction bien frappante de ce livre.

Ensuite, nous voyons ce qui arriva quand ils montèrent combattre les Amoréens malgré l’avertissement de Dieu. « Et l’Éternel me dit : Dis-leur : Ne montez pas, et ne combattez pas, car je ne suis point au milieu de vous, afin que vous ne soyez pas battus par vos ennemis. Et je vous parlai ; mais vous n’écoutâtes point, et vous fûtes rebelles contre le commandement de l’Éternel, et vous fûtes présomptueux, et montâtes dans la montagne. Et l’Amoréen, qui habitait cette montagne, sortit à votre rencontre, et vous poursuivit, comme font les abeilles » [1:42-44], — il y eut une déroute des plus honteuses — « et il vous tailla en pièces en Séhir, jusqu’à Horma. Et à votre retour vous pleurâtes devant l’Éternel ; et l’Éternel n’écouta point votre voix et ne vous prêta point l’oreille. Et vous demeurâtes à Kadès plusieurs jours, selon les jours que vous y avez habité » [1:44-46]. Je crains qu’il n’y eût rien de plus dans les pleurs, pas plus que dans la reconnaissance du péché.


1.3 - [Deutéronome 2 — Résultats de l’obéissance]

1.3.1 - [Deutéronome 2:1-8]

Ensuite au ch. 2, le législateur leur rappelle comment ils reprirent leur voyage fatigant. Mais quelle grâce merveilleuse ! L’Éternel les accompagnait ; bien sûr les fidèles firent demi-tour, tout autant que les infidèles. Combien le Seigneur est bon ! C’est ce qui est développé maintenant. Moïse dit : « Nous nous tournâmes », et non pas « vous » simplement. « Et nous nous tournâmes, et nous partîmes pour le désert, par le chemin de la mer Rouge, comme l’Éternel m’avait dit, et nous tournâmes autour de la montagne de Séhir, plusieurs jours. Et l’Éternel me parla, disant : Vous avez assez tourné autour de cette montagne ; dirigez-vous vers le nord. Et commande au peuple, disant : Vous allez passer par les confins de vos frères, les fils d’Ésaü, qui habitent en Séhir, et ils auront peur de vous ; et soyez bien sur vos gardes ; vous n’engagerez pas de lutte avec eux, car je ne vous donnerai rien de leur pays, pas même de quoi poser la plante du pied, car j’ai donné la montagne de Séhir en possession à Ésaü » [2:1-5]. Ainsi dès le tout début, l’Éternel leur enseignait qu’ils n’étaient pas appelés à une mission de conquête sans discrimination. Ce n’était pas Sa pensée de mettre les hommes en demeure de choisir Sa loi ou l’épée. Ils ne pouvaient prendre possession d’aucun pays de leur propre chef. L’Éternel ne les y autorisait pas, pas plus qu’Il ne leur donnait le droit de tuer, brûler ou piller à volonté. C’était simplement une question de soumission à Dieu et d’obéir à Celui qui, dès le commencement, avait un plan pour les nations placées autour d’Israël comme leur centre. « Quand le Très-haut partageait l’héritage aux nations, quand il séparait les fils d’Adam, il établit les limites des peuples selon le nombre des fils d’Israël » (32:8).

C’est de nouveau le même principe, ici comme ailleurs. L’homme ne doit pas supposer qu’il a le choix. Israël était appelé à se confier en tout à l’Éternel, et à obéir. Y a-t-il quelque chose de plus sain ? Je suis persuadé que le chrétien, plus que tous, est la toute dernière personne à avoir à exercer un choix de volonté propre, car lui, il a une relation de plus grande proximité avec Dieu. Combien grande est la bénédiction de marcher comme Christ a marché, dans la dépendance de Dieu, ne Le consultant pas seulement sous contrainte, mais ayant l’esprit prêt à le faire, étant assuré que, par Son Esprit et par la parole écrite, Il daigne guider chaque étape du chemin où le moi est jugé ; Il daigne aussi faire prendre la bonne voie avec une simplicité incomparablement meilleure que toute la sagesse que le monde pourrait cumuler, si on voulait faire soi-même des choix dans l’indépendance !

Cela me semble être testé dans la question du pays d’Édom. Sans doute Ésaü s’était si mal comporté que les enfants d’Israël n’étaient pas prêts de l’oublier. Nous savons comment ces traditions persistent chez les hommes, en particulier en Orient. Mais non, Dieu ne voulait pas qu’ils se frottent à eux. « Je ne vous donnerai rien de leur pays » [2:5a]. L’Éternel était justement très précautionneux là où Il avait le moins de sympathie. L’orgueil d’Ésaü et son mépris d’Israël n’étaient pas des motifs autorisant Israël à prendre son pays. « J’ai donné la montagne de Séhir en possession à Ésaü » [2:5b]. Dieu s’en tient toujours à Ses principes, et nous enseigne à les respecter vis-à-vis des autres. « Vous achèterez d’eux la nourriture à prix d’argent, et vous la mangerez ; et l’eau aussi, vous l’achèterez d’eux à prix d’argent, et vous la boirez. Car l’Éternel, ton Dieu, t’a béni dans toute l’œuvre de ta main ; il a connu ta marche par ce grand désert ; pendant ces quarante ans, l’Éternel, ton Dieu, a été avec toi ; tu n’as manqué de rien » [2:6-7]. Pourquoi convoiter ? Ils devaient apprendre à ne pas rechercher ce que Dieu ne voulait pas leur donner. C’est là le point à retenir — faire la volonté de Dieu. L’Éternel avait béni Israël, et voulait qu’ils soient contents et reconnaissants au lieu de convoiter les biens de leurs voisins. C’est Lui qui avait donné la Montagne à Ésaü : cela suffisait. Et Israël se plia à la volonté de son Dieu. « Et nous laissâmes nos frères, les fils d’Ésaü, qui habitent en Séhir, passant devant la plaine, devant Elath et Etsion-Guéber, et nous nous tournâmes, et nous passâmes par le chemin du désert de Moab » [2:8].


1.3.2 - [Deutéronome 2:9-15]

Puis vient un autre cas. Devaient-ils mettre la main sur les Moabites qui n’étaient pas apparentés d’aussi près que les Édomites ? Pas du tout. « Et l’Éternel me dit : Tu n’attaqueras pas Moab, et tu ne te mettras pas en guerre avec eux, car je ne te donnerai rien de leur pays en possession, car j’ai donné Ar en possession aux fils de Lot » [2:9]. Ainsi, nous voyons que la deuxième exhortation contient une leçon à propos d’un autre peuple, comme la première était déjà un danger de désobéissance de leur part. Ce que nous trouvons ici est un avertissement à ne pas céder à ce qu’ils voyaient ou à la violence de leurs mains, en se gardant d’un esprit cupide méconnaissant ce que Dieu a confié à d’autres. C’est toujours le même devoir de soumission à la volonté de Dieu. Le ch. 1 leur faisait faire connaissance d’eux-mêmes ; le ch. 2 les mettait à l’épreuve en la présence d’autres peuples. Leurs obligations n’étaient pas modifiées par la mauvaise histoire passée de Moab et d’Ammon, pas plus que par celle d’Ésaü. Nous connaissons le caractère profane d’Ésaü ; nous connaissons les circonstances solennelles de Moab et d’Ammon dès leur origine ; mais malgré tout, Dieu ne voulait pas permettre à Son peuple de se livrer à ce qui ne Lui convenait pas en tant que représenté même faiblement dans et par Israël. C’est le point essentiel de ce livre. C’est la conduite qu’il fallait à un peuple en relation avec l’Éternel ; il ne s’agissait plus de mettre en avant des institutions typiques, mais de développer des voies morales qui conviennent au peuple avec qui l’Éternel avait présentement des communications et des relations sur la terre. Le grand devoir et la sauvegarde sont toujours de tenir compte de Sa parole, et de Le consulter, non seulement pour son propre chemin, mais vis-à-vis des autres. Le même principe est constamment poursuivi de tous côtés.


1.3.3 - [Deutéronome 2:16-23]

Ils furent ensuite éprouvés par un autre cas exigeant de la patience. « Et il arriva que, lorsque tous les hommes de guerre eurent péri du milieu du peuple par la mort, l’Éternel me parla, disant : Tu vas passer aujourd’hui la frontière de Moab, [qui est] Ar, et tu t’approcheras vis-à-vis des fils d’Ammon ; tu ne les attaqueras pas, et tu n’engageras pas de lutte avec eux » [2:16-19a]. La même obligation demeure pour eux. On voit par-là que c’est pure ignorance que de supposer l’absence de système divin dans ce livre ; et c’est même encore plus remarquable dans le Deutéronome que dans les livres précédents, si cela était possible. Nous pouvons tous comprendre une disposition ordonnée où des types sont arrangés en série continue ; or ici, dans ces exhortations morales, l’ordre est tout aussi perceptible, mais d’une autre manière. Dans ce cas aussi, il y avait eu beaucoup de luttes dans les jours précédents. Les enfants de Moab avaient eu leurs guerres. Était-ce là une raison quelconque pour que les enfants d’Israël aient une guerre avec eux maintenant ? Quant aux fils d’Ammon, ils avaient aussi traversé des expériences similaires. Des géants y avaient habité dans le passé, et les Ammonites les appelaient Zamzummim. C’était un « peuple grand et nombreux et de haute stature comme les Anakim ; mais l’Éternel les détruisit devant eux, et ils les dépossédèrent et habitèrent à leur place » [2:21]. Mais ce n’était pas une raison pour attendre que l’Éternel détruise les fils d’Ammon maintenant. Les deux étaient de puissants motifs pour ne pas redouter les races des Cananéens destinées à être extirpées.

Ainsi fut maintenu un sens profond de la discipline parmi le peuple, et surtout de dépendance et de confiance complètes en l’Éternel. Ils devaient être guidés non pas par les actions de l’Éternel en providence pour Ammon, Moab, ou Ésaü, mais simplement par Sa volonté à leur égard. Ce fut pour Israël une leçon d’importance majeure. Puissions-nous ne pas l’oublier nous-mêmes ! La faveur de l’alliance ferait sûrement autant pour Israël que la providence l’avait fait pour Moab et Ammon !


1.3.4 - [Deutéronome 2:24-26]

Tout cela précède alors une autre leçon. Il est bon de remarquer ici que le v. 24 est exactement parallèle au v. 13 ; que ce n’est pas Moïse aux v. 13 et 24, mais l’Éternel, qui ordonne « levez-vous », etc. ; et que les v. 10-12 sont une parenthèse d’histoire passée instructive pour un profit moral, comme les v. 20-23. « Levez-vous, partez, et passez le torrent de l’Arnon » [2:24a]. Maintenant vient une autre promesse : « Regarde », dit-Il, « j’ai livré en ta main Sihon, l’Amoréen » [2:24b]. Ici ils sont ensuite appelés à agir. On notera tout d’abord que, dans ce chapitre, il ne s’agissait pas d’activité, mais de soumission. C’était sans doute assez éprouvant pour Israël de rester tranquilles malgré l’hostilité des Édomites, des Ammonites et des Moabites ; mais quelles que soient la provocation et les insultes, Israël ne devait pas lever la main contre ses frères ; et l’Éternel leur rappelle le rattachement, et donne à la race des Édomites le nom le plus proche possible : leurs frères. Édomites, Moabites ou Ammonites étaient insensibles et disposés à blesser Israël, pourtant Dieu voulait éduquer Son peuple à se souvenir du lien naturel de rattachement : si les coups venaient, Dieu n’oublierait pas le délinquant. En attendant, ils ne devaient pas toucher à leur parenté, même si elle était jalouse et méchante.

Israël est donc appelé à agir. « Levez-vous, partez, et passez le torrent de l’Arnon. Regarde, j’ai livré en ta main Sihon, roi de Hesbon, l’Amoréen, et son pays : commence, prends possession, et fais-lui la guerre. Aujourd’hui je commencerai à mettre la frayeur et la peur de toi sur les peuples, sous tous les cieux ; car ils entendront le bruit de ce que tu fais, et ils trembleront, et seront en angoisse devant toi. Et j’envoyai, du désert de Kedémoth, des messagers à Sihon, roi de Hesbon, avec des paroles de paix » [2:24-26]. N’est-ce pas tout à fait remarquable ? Quelle différence entre la manière dont Dieu conduit Son peuple, et celle dont l’homme le corrompt ! Lorsqu’on compare, par exemple, la manière dont Moïse, sous la direction par Dieu, devait conduire les Israélites, et la manière dont Mahomet, à des fins ambitieuses, a perverti la parole en en faisant une fable, autorisant convoitises et passions humaines, qui ne peut voir la différence ? Dieu passe au crible, et examine minutieusement — avec qui le fait-Il le plus ? Avec les ennemis ? Pas du tout, mais avec Son propre peuple. Dans Ses rapports avec eux, Il appliquait une norme plus exigeante, et beaucoup plus de sévérité. Il y avait une rigueur de jugement incomparablement plus grande avec les enfants d’Israël qu’avec tous leurs ennemis réunis. Remarquez justement le fait placé ici devant nous : aucun homme de la congrégation de l’Éternel ayant quitté l’Égypte n’entra en terre sainte, sauf deux personnes qui, par la foi, s’identifièrent dès le tout début à la gloire de l’Éternel. Où peut-on trouver ailleurs un soin aussi jaloux que celui-là ? Certes ils ne périrent pas tous de la même façon, mais ils tombèrent tous dans le désert. Quels que soient les coups qui tombèrent sur Sihon, ou sur Og, ou sur tous les autres ; quelles que soient les voies de Dieu avec Moab et Ammon ultérieurement, ou même avec l’Égypte, on ne vit jamais une rigueur si impitoyable que celle avec Israël.

Quand l’homme construit une société, quand il fonde une religion ou bâtit un projet quelconque, quelle différence dans la manière de s’y prendre ! Il ne fait que des censures douces, si tant est qu’il en fasse, il favorise effrontément son propre parti, alors même que celui-ci mériterait au plus haut point répréhension et réprimandes, si ce n’est de la coercition ! Par ailleurs il est sans miséricorde, mais montre une sévérité acharnée contre ceux qui refusent de fraterniser, sans parler de l’hostilité incessante envers ceux qui condamnent et s’opposent. Mais dans le cas d’Israël, Dieu a exercé une discipline beaucoup plus complète et pénétrante dans toutes leurs voies. Aucune contrainte n’était appliquée aux nations hors Israël. Dans des cas particuliers, un jugement total s’est exercé. Y a-t-il jamais eu une règle de ce genre quand l’homme s’est servi de la Bible même à ses propres fins ? Il en a été autrement avec Mahomet. Il n’a jamais fait aux autres des concessions libérales comme ce qu’il s’accordait à lui-même. Je ne m’attarde pas là-dessus. Nous savons tous que cela est naturel chez l’homme misérable et volontaire. Or il n’y eut jamais de système qui se fasse plus complètement l’auxiliaire du mauvais cœur de l’homme, et le satisfasse dans sa violence contre les autres et dans ses désirs corrompus pour lui-même, que cette imposture effroyable. À l’inverse, même dans les relations de Dieu avec une nation selon la chair (c’est ce dont il s’agit ici avec Israël), il y avait un frein admirable de contrôle sur l’homme et sur le témoin du gouvernement divin, bien que la loi n’ait rien amené à la perfection. Ce n’était pas encore Christ manifesté, mais l’homme à l’épreuve de la loi et de ses ordonnances et de ses contraintes, traité comme vivant dans le monde, et instruit pour la vie présente. Pourtant, pour tout cela, même si ce n’était qu’un déploiement du gouvernement de Dieu sur une nation (pas complet comme avec Christ, mais provisoire par Moïse), chaque détail, si on l’examine sincèrement, prouve d’un côté la bonté et la sainteté de Dieu, et de l’autre côté illustre la rébellion de l’homme, même l’homme élu, le peuple de Dieu.

Dans ce cas, voyons les principes de la discipline de l’Éternel. A-t-Il autorisé Israël à contraindre Sihon par des menaces de vengeance ou à le gagner par de la flatterie ? Lui a-t-Il offert d’une main le livre de la loi et de l’autre l’épée ? Rien de la sorte. Regardez comment l’Éternel traita ces ennemis d’Israël. « Laisse-moi traverser ton pays ; j’irai seulement par le chemin, je ne m’écarterai ni à droite ni à gauche. Tu me vendras de la nourriture à prix d’argent, afin que je mange ; et tu me donneras de l’eau à prix d’argent, afin que je boive ; je ne ferai que passer avec mes pieds » [2:27-28]. Mais « Sihon », est-il dit, « roi de Hesbon, ne voulut pas nous laisser passer par son [pays] ; car l’Éternel, ton Dieu, avait endurci son esprit et roidi son cœur, afin de le livrer en ta main, comme [il paraît] aujourd’hui. Et L’Éternel me dit : Regarde, j’ai commencé à livrer devant toi Sihon et son pays : commence, prends possession, afin que tu possèdes son pays. — Et Sihon sortit à notre rencontre, lui et tout son peuple, à Jahats, pour livrer bataille. Et l’Éternel, notre Dieu, le livra devant nous ; et nous le battîmes, lui, et ses fils, et tout son peuple » [2:30-33]. Israël est resté sur le chemin du droit et de la courtoisie. Sihon s’est précipité sur eux pour sa ruine ; ce n’est qu’alors qu’Israël frappa et déposséda le roi de Hesbon.


1.4 - [Deutéronome 3 — Encore les résultat de l’obéissance]

Au ch. 3, il se passe au fond la même chose avec Basan. Og, le roi sortit [à la rencontre d’Israël pour livrer bataille], et il en fut avec Basan comme avec Hesbon. « L’Éternel me dit : Ne le crains pas, car je l’ai livré en ta main, lui et tout son peuple, et son pays ; et tu lui feras comme tu as fait à Sihon, roi des Amoréens, qui habitait à Hesbon. — Et l’Éternel, notre Dieu, livra aussi en notre main Og, le roi de Basan, et tout son peuple » [3:2-3a]. Tout cela est mis en évidence pour Israël comme fruit de l’obéissance à l’Éternel.

Le ch. 1 a permis de voir à quoi aboutit la désobéissance ; les ch. 2 et 3 font connaître aussi clairement le résultat de l’obéissance. Tout cela manifeste le terrain moral que Moïse préparait pour toute la suite du livre.


1.5 - [Deutéronome 4]

Au ch. 4, on change de fil conducteur du sujet. Le législateur met devant eux la manière dont la loi les traite, sous un aspect particulier sur lequel il insiste. « Et maintenant, Israël, écoute » [4:1a]. Dans une mesure, on dirait un nouveau discours. « Et maintenant, Israël, écoute les statuts et les ordonnances que je vous enseigne, pour les pratiquer, afin que vous viviez, et que vous entriez dans le pays que l’Éternel, le Dieu de vos pères, vous donne, et que vous le possédiez. Vous n’ajouterez rien à la parole que je vous commande, et vous n’en retrancherez rien, afin de garder les commandements de l’Éternel, votre Dieu, que je vous commande » [4:1a]. Ce que Moïse, ou plutôt Dieu Lui-même, a en vue dans tous ces chapitres est de nouveau assez évident, sans qu’il soit besoin de beaucoup de mots pour le démontrer : c’est l’obéissance. « Vos yeux ont vu ce que l’Éternel a fait à cause de Baal-Péor ; car tout homme qui était allé après Baal-Péor, l’Éternel, ton Dieu, l’a détruit du milieu de toi ; et vous qui vous êtes tenus attachés à l’Éternel, votre Dieu, vous êtes tous vivants aujourd’hui » [4:3-4]. Ainsi ce fait aussi est utilisé. L’Éternel avait retranché la génération précédente à cause de leur désobéissance. « Regarde, je vous ai enseigné les statuts et les ordonnances, comme l’Éternel, mon Dieu, me l’a commandé, afin que vous fassiez ainsi au milieu du pays où vous allez entrer pour le posséder. Et vous les garderez et les pratiquerez ; car ce sera là votre sagesse et votre intelligence aux yeux des peuples qui entendront tous ces statuts et diront : Quel peuple sage et intelligent que cette grande nation ! » [4:5-6].

Ensuite, il insiste sur le privilège unique qui était le leur d’avoir Sa présence avec eux. Quelle nation avait quelque chose d’aussi merveilleux que Dieu Lui-même au milieu d’eux — Dieu Lui-même auprès du moindre d’entre eux ? « Car quelle est la grande nation qui ait Dieu près d’elle, comme l’Éternel, notre Dieu, [est près de nous], dans tout ce pour quoi nous L’invoquons ? Et quelle est la grande nation qui ait des statuts et des ordonnances justes, comme toute cette loi que je mets aujourd’hui devant vous ? » [4:7-8]. Ce n’était pas simplement que Dieu les voyait, mais c’était Quelqu’un qui daignait prendre l’intérêt le plus vif et le plus intime à Son peuple Israël. « Seulement, prends garde à toi et garde soigneusement ton âme, de peur que tu n’oublies les choses que tes yeux ont vues, (et afin que, tous les jours de ta vie, elles ne s’éloignent pas de ton cœur, mais que tu les fasses connaître à tes fils et aux fils de tes fils) » [4:9].

Le point sur lequel il est insisté ici, c’est que quand ils s’approchèrent et se tinrent dans la mesure du possible en la présence de Dieu, ils ne virent aucune ressemblance de l’Éternel [4:12]. Combien cela était une protection contre un mauvais usage de formes extérieures ! Dieu Lui-même ne s’est pas révélé sous forme d’une créature visible extérieurement. L’Éternel, leur Dieu, ne s’est pas rendu visible à eux par une image. C’était donc là un grand coup frappé contre la tendance à l’idolâtrie. Car, lorsqu’on sépare ces ordonnances de Christ, elles ne font que devenir un piège pour les hommes. Encore plus depuis que Christ est venu : un mauvais usage des ordonnances a pratiquement le même effet en principe [que l’idolâtrie], comme Galates 4 [v.8-9] l’enseigne. Le peuple en fut prémuni dès le début par le fait qu’aucune image de Dieu ne lui fut accordée. « Alors vous vous approchâtes et vous vous tîntes au bas de la montagne (et la montagne était brûlante de feu jusqu’au cœur des cieux, … ténèbres, nuées, et profonde obscurité), et l’Éternel vous parla du milieu du feu ; vous entendiez la voix de [ses] paroles » — parce qu’ils étaient appelés à obéir — « mais vous ne vîtes aucune forme, seulement [vous entendiez] une voix. Et il vous déclara son alliance, qu’il vous commanda de pratiquer, les dix paroles ; et il les écrivit sur deux tables de pierre » [4:11-13]. C’est alors que vient l’exhortation à prendre garde de ne pas se corrompre par les idolâtries, par la ressemblance d’aucune créature. Cela se poursuit jusqu’à la fin du chapitre, avec l’institution des villes où le meurtrier pourrait trouver refuge.


1.6 - [Deutéronome 5 — La question du sabbat]

Au ch. 5, on en vient à des côtés [de la vie] encore plus proches. « Et Moïse appela tout Israël, et leur dit : Écoute, Israël, les statuts et les ordonnances que je prononce aujourd’hui à vos oreilles : vous les apprendrez, et vous les garderez pour les pratiquer » [5:1]. L’obéissance est ce qui est requis. « L’Éternel, notre Dieu, fit avec nous une alliance à Horeb » [5:2]. Nous en trouverons une nouvelle, faite dans le pays de Moab, mais tout d’abord il leur est rappelé l’alliance du Sinaï. « Ce n’est pas avec nos pères que l’Éternel a fait cette alliance, mais avec nous, avec nous qui sommes ici aujourd’hui tous vivants. L’Éternel vous parla face à face, sur la montagne, du milieu du feu (moi, je me tenais en ce temps-là entre l’Éternel et vous, pour vous déclarer la parole de l’Éternel, car vous aviez peur à cause du feu et vous ne montâtes point sur la montagne) » [5:3-5]. Puis [5:6] est établi le mémorial que l’Éternel qui leur avait donné Sa loi, était le même Éternel qui les avait fait sortir du pays d’Égypte. Ils étaient un peuple mis en relation avec Dieu, et l’objet de Ses paroles était de les préserver de ce qui est inconséquent en pratique avec cette relation.

Il est remarquable que même si, dans cette relation, Moïse leur a donné ce qu’on appelle les dix commandements, il y a néanmoins une différence explicite et manifeste dans la forme par rapport à l’Exode ; le Deutéronome est bien loin d’une simple répétition des livres précédents (*). C’est un point familier à beaucoup, mais qui mérite une courte remarque, d’autant plus que tous ne voient pas sa portée dans le plus frappant des dix commandements ; je parle de la loi du sabbat. Certains se demandent pourquoi il est joint aux autres commandements ; mais le sabbat est d’autant plus important ici qu’il n’est pas un commandement strictement moral. Cela fait d’autant plus ressentir le principe en jeu. La loi du sabbat reposait entièrement sur la parole de Dieu Lui-même. C’était Son autorité qui était en jeu, et non pas celle de ce qu’un homme peut y discerner intrinsèquement. Ce qu’on entend par ‘loi morale’, c’est ce dont on peut juger comme allant de soi, sans avoir de prescription de Dieu. Par exemple, un homme sait parfaitement qu’il n’a pas le droit de voler. Si une personne prend ce qui ne lui appartient pas, tout homme, même un païen, peut en juger. Il peut y avoir des pays où tout est moralement au point le plus bas, et où un tort est, par conséquent, estimé moins sévèrement qu’ailleurs. Mais y a-t-il des sauvages qui ne connaissent pas que dérober est un tort ? Tel sauvage peut bien se permettre quelque dérogation pour prendre les affaires des autres, mais si on lui vole quelque chose, on le verra bien vite condamner ce tort. Manifestement le sauvage sait très bien qu’il est injustifiable de voler. Mais personne ne saurait quelque chose sur le jour du sabbat, si l’Éternel ne l’avait commandé. Il a joint l’observation du sabbat aux interdictions du mal dont l’homme est à même de juger lui-même. C’est donc la plus forte affirmation de Son autorité.


(*) Il est affligeant qu’un homme portant le nom de chrétien puisse écrire ce qu’écrit le Dr Davidson (Introd. O.T. i. pp. 226-228). « En comparant le décalogue selon Ex. 20:2-17 et selon Deut. 5:6-21, on observera :

1. Qu’il est dit dans les deux : « Dieu prononça toutes ces paroles » (Ex. 20:1 ; Deut. 5:22).

2. Nonobstant une telle déclaration expresse, on voit les variations suivantes. En Deut. 5:12 le terme « garde » correspond à « souviens-toi » en Ex. 20:8, et la fin du v. 12 (Deut. 5) « comme l’Éternel, ton Dieu, te l’a commandé » manque dans l’Exode. En Deut. 5:14 il est ajouté « ni ton bœuf, ni ton âne », ainsi que la proposition « afin que ton serviteur et ta servante se reposent comme toi ». De nouveau en Deut. 5:16 deux nouvelles clauses sont ajoutées : « comme l’Éternel, ton Dieu, te l’a commandé » et « afin que tu prospères sur la terre ». La conjonction de coordination [« et »] précède les quatre derniers commandements dans le Deutéronome. Dans le neuvième et le dixième, les termes « faux témoignage » et « convoiter » ne sont pas les mêmes que dans l’Exode. Le dixième a également les deux premières propositions dans un ordre différent de celui de l’Exode, et il est ajouté « son champ ».

3. Les diversités ci-dessus montrent que les ipsissima verba, les termes mêmes dits par Dieu ne peuvent pas être dans les deux passages, parce que les deux ne sont pas exactement d’accord.

4. Il est possible, cependant, que les mots eux-mêmes (ipsissima verba) puissent être dans l’un ou l’autre. C’est dans ce sens que la majorité des commentateurs prennent le texte d’Exode pour le texte exact, supposant que, dans le Deutéronome, Moïse parlait au peuple en récitant de mémoire, non pas selon les tables de pierre, et que cela explique certaines variations des termes. D’autres moins nombreux, pensent que le texte du Deutéronome est le plus exact, parce que, lorsque Moïse écrivit les paroles de l’Exode, il avait entendu prononcer le décalogue ; tandis que, quand il l’a répété dans le Deutéronome, il était dans ses mains, inscrit en lettres inaltérables.

5. Si on n’adhère pas au sens littéral rigide de l’expression « Dieu prononça ces paroles » dans l’un ou l’autre de ces textes, il n’est pas nécessaire d’y adhérer dans l’autre. Or, s’il l’on n’insiste pas dans un des cas sur le caractère littéral de la proposition apparentée utilisée dans les deux livres : « Dieu les écrivit sur deux tables de pierre », il n’est pas nécessaire d’insister dans l’autre cas. Il nous semble probable que le texte de l’Exode est le plus exact, et que dans le Deutéronome on a une amplification correspondant au style du livre.

6. Nous supposons que le texte de l’Exode est le plus ancien. Pourtant, il serait hasardeux d’affirmer que c’est l’original exact. Il est très improbable que les deux procèdent d’un seul et même écrivain, parce que sur le plan du principe de littéralité stricte du langage il se contredit. Les deux sont substantiellement le décalogue ; mais Moïse n’a pas écrit les deux. En effet, il n’aurait pas pu écrire l’un et l’autre dans leur forme actuelle, parce que dans l’Exode c’est jéhovistique, et plus ancien que le texte du Deutéronome. Si nous avons… » etc.

On retrouve le même esprit sceptique chez le Dr Colenso (The Pent. pt. ii., p 364-366).

(WK) Maintenant, j’affirme que, face aux Écritures, aucune personne candide ne peut nier que l’Exode a la prétention de donner l’histoire de l’affaire ; le Deutéronome, en tant que récit ultérieur au peuple, n’a pas du tout le but de répéter les mots, ce qui aurait été très facile ; car même les libres penseurs ne prétendent pas que l’auteur du Deutéronome ne possédait pas l’Exode. Par conséquent, si les ténèbres n’avaient pas voilé leurs yeux, ils auraient vu que la dernière partie de Deut. 5:12 citée ne pouvait pas être dans l’Exode, et que son existence dans le Deutéronome prouve que nous avons ici une référence grave et instructive aux commandements officiellement donnés dans le deuxième livre de Moïse. Ces motifs moraux sont en quelque sorte ajoutés et sont donc aussi appropriés dans le Deutéronome qu’ils ne pouvaient pas, et ne devaient pas, l’être dans l’Exode. Le souvenir de leur condition d’esclaves en Égypte jusqu’à leur délivrance par l’Éternel est très approprié au verset 15 ; mais il est certain que c’est un appel à leurs cœurs, non pas le motif prononcé par Dieu dans la promulgation du quatrième commandement. Tout est parfait à sa propre place, et l’imputation d’autocontradiction manque autant de fondement qu’elle est malveillante et irrévérencieuse. Mais on ne doit pas attendre autre chose de la part de gens dont le but est de réduire les écrivains inspirés à leur niveau à eux, et qui pensent que la piété peut coexister avec la fraude, et même avec le mensonge frauduleux au sujet de Dieu.


Ce qui vient d’être dit concernant le commandement du sabbat est constamment oublié quand les hommes parlent de loi morale. L’une des obligations les plus fortes [l’observation du sabbat] ne relève pas du tout d’une loi morale à proprement parler, mais elle dépend simplement du commandement de Dieu. Je ne doute pas que le jour du sabbat soit de la plus profonde importance possible, et si durable dans ce qu’il requiert que, lorsque le millénium viendra, ce jour de repos reprendra toute sa force. Il n’est donc pas correct de dire qu’on en a fini avec le jour du sabbat : beaucoup de gens dans la chrétienté le pensent ; mais je prends la liberté d’avoir une idée plus forte du sabbat que ceux-mêmes qui se croient les plus forts sur ce sujet. Beaucoup le comptent comme enterré dans la tombe du Christ, mais il ne l’est pas. Loin d’en avoir fini avec lui, nous savons par la parole de Dieu qu’aux jours du royaume, Christ maintiendra strictement en vigueur le repos sabbatique, de sorte que, si un homme ne se plie pas à Son autorité, il tombera à coup sûr sous le jugement divin : voilà ce que l’Éternel fera de ce commandement en lui-même, et Il en fera autant pour l’obéissance des autres commandements dans le jour à venir.

Cependant, nous ne sommes pas sous la loi, mais sous la grâce. La loi du sabbat n’est pas donnée aux chrétiens. La grâce nous a fait sortir de la condition d’une nation dans la chair et d’hommes sur la terre. Le chrétien n’est pas un simple homme ordinaire, et il n’est pas Juif. S’il était simplement un homme, sa place et son état seraient ceux d’Adam déchu. Pour un Juif sans doute, il y a la loi de Moïse. Mais pour le chrétien un trait tout à fait essentiel de sa position, c’est d’être délivré de la condition de l’homme ou d’Israël, et d’être appelé à Christ et aux choses célestes. La mort à la loi du chrétien n’est pas là pour affaiblir l’autorité de la loi, mais elle est là à cause des principes de la grâce divine qui sont maintenant mis en lumière en Christ ressuscité d’entre les morts, et qui sont fondés sur Sa mort, manifestés dans Sa résurrection, et maintenus par le Saint Esprit envoyé du ciel. Voilà la raison pour laquelle le chrétien passe, déjà maintenant sur la terre, dans un état de choses tout à fait nouveau. Par conséquent, lorsque le christianisme a commencé, le premier jour de la semaine en a été fait la marque distinctive, le jour du Seigneur ; ce n’a pas été le jour du sabbat. Car nous devons nous rappeler que le sabbat ne signifie pas un septième jour, comme certains le qualifient de manière équivoque (je suis désolé de le dire) : mais il est le septième jour, et aucun autre. C’est si décidé que, dans l’âge millénaire, il y aura un strict maintien de cette journée avec toute l’autorité de Dieu Lui-même dévolue à et exercée par le Messie gouvernant Israël et la terre.

Permettez-moi de me référer à cela un instant de plus, pour qu’il n’y ait pas d’erreur sur ce qui me paraît être la vérité à ce sujet. Dans le commandement de garder le sabbat, l’Éternel, le Dieu d’Israël dit ceci : « Six jours tu travailleras et tu feras toute ton œuvre, mais le septième jour est le sabbat consacré à l’Éternel, ton Dieu : tu ne feras aucune œuvre » [5:14a]. Or le motif donné ici n’est pas parce que Dieu s’était reposé ce jour-là, mais le fait qu’ils avaient à se rappeler d’avoir été serviteurs dans le pays d’Égypte, et que l’Éternel les en avait fait sortir à main forte et à bras étendu. « C’est pourquoi l’Éternel, ton Dieu, t’a commandé de garder le jour du sabbat » [5:15b]. Certainement, cela est très significatif, et souligne une différence manifeste dans le caractère, la portée et l’objectif du livre du Deutéronome par rapport à l’Exode. Dans un cas, il y avait le souvenir de la création ; dans ce cas, il y avait le symbole de la rédemption, de la sortie d’Égypte. Le fait est que la rédemption, même en type, est un motif d’obéissance plus fort que la création. Cela semble être la raison pour laquelle elle est introduite ici, alors que le temps en était passé depuis longtemps, tandis que tout était encore frais dans l’Exode, qui est le déploiement principal de cette vérité. Si nous avons vu que l’objet de toute cette partie du Deutéronome est la mise en vigueur de l’obéissance, notons que rien ne maintient l’obéissance autant que la rédemption ; et si tel était le cas en rapport avec une délivrance extérieure, combien plus quand il s’agit d’une délivrance éternelle !

On accepte couramment que les dix commandements ont un caractère spécifique de la plus grande importance pour l’homme sur la terre, et on fait bien la distinction d’avec ce qui était judiciaire et cérémoniel. C’est la raison pour laquelle Moïse dit : « L’Éternel prononça ces paroles à toute votre congrégation, sur la montagne, du milieu du feu, de la nuée et de l’obscurité profonde, avec une voix forte, et il n’ajouta rien. Et il les écrivit sur deux tables de pierre, et me les donna » [5:22].

Vient ensuite le récit de leur crainte devant les paroles solennelles de Dieu, leur promesse d’obéir, et la place de médiateur de Moïse, que le peuple désira et que Dieu accorda.


1.7 - [Deutéronome 6]

Au ch. 6, nous trouvons le premier des textes cités par notre Seigneur. Je n’ai donc pas besoin de souligner la solennité particulière de son caractère. Le passage insiste sur l’unité [unicité] du vrai Dieu. C’était une vérité qu’Israël était très enclin à négliger. Le point de foi que nous sommes spécialement responsables de tenir, est justement ce que nous sommes le plus en danger d’oublier, soit sous l’effet de la pression soit par négligence. Tout ce qui nous est demandé très fort, Satan s’efforce de le détruire. Par qui ? Par nos adversaires ? Pas seulement par eux, mais par nous-mêmes. Pour faire l’application de ce qui nous occupe ici maintenant, donnez-moi les points principaux, fondamentaux du christianisme, les points les plus saillants, et je vous montrerai que ce sont justement les vérités que les chrétiens sont le plus en danger d’oublier. Qu’est-ce qui caractérise le christianisme ? Une rédemption accomplie ; Christ la tête de l’Église en haut ; le Saint Esprit envoyé ici-bas ; un témoignage rendu à tout cela dans le culte et dans les voies des chrétiens et de l’Église. Est-ce cela que vous ressentez ? Est-ce cela que vous lisez ? Est-ce cela que vous entendez ? Pas du tout. La chose la plus difficile à trouver maintenant chez un chrétien, c’est une réelle intelligence du christianisme. On voit en effet couramment des chrétiens qui comprennent beaucoup mieux ce que les Juifs auraient dû faire, que ce qu’eux-mêmes devraient faire. En bref, tout ce que Dieu nous enjoint de faire, c’est justement ce que le diable s’efforce d’obscurcir, de manière à empêcher notre témoignage.

L’important pour les Juifs d’alors, c’était le seul vrai Dieu. « L’Éternel qui t’a fait sortir du pays d’Égypte » [6:12 ; 5:6] — Lui seul était Dieu. À quoi ont-ils été toujours enclins ? À établir d’autres dieux dans le désert. C’est pourquoi c’est la vérité solennelle et centrale introduite ici. « Écoute, Israël » [6:4 ; 5:1]. Ils étaient sur le point d’entrer dans le pays et d’en jouir ; mais « Écoute, Israël : L’Éternel, notre Dieu, est un seul Éternel. Et tu aimeras l’Éternel, ton Dieu, de tout ton cœur, et de toute ton âme, et de toute ta force. Et ces paroles, que je te commande aujourd’hui, seront sur ton cœur. Tu les inculqueras à tes fils » [6:4-7a]. Ils devaient les lier comme un signe [6:8] ; ils devaient en faire grand cas partout — en dehors de la maison, dedans et toujours [6:7]. On en trouve l’application dans les paroles mêmes prononcées par notre Sauveur. « Tu craindras l’Éternel, ton Dieu, et tu le serviras, et tu jureras par son nom » [6:13]. Ce devait être une fidélité dans la pratique, non pas simplement un dogme pur et simple ; il fallait que ce soit connu comme un fait. C’était révélé comme la grande vérité opérante, sans cesse imprimée sur Israël : leur seul vrai Dieu.

Il semble inutile de dire que cela n’arrive pas « à la cheville » du christianisme ; nous avons déjà indiqué la différence entre un Juif et un chrétien quant au jour du sabbat et au premier jour de la semaine ; il en va de même ici. La révélation essentielle de Dieu pour nous est le Père, le Fils et le Saint-Esprit — le Père manifesté par le Fils, et donné à connaître par l’Esprit. C’est une vérité aussi caractéristique pour nous que le seul Éternel l’était pour un Juif. C’est maintenant un dogme notoirement reconnu partout dans la chrétienté, sauf par les hérétiques ; mais dès l’instant où on se l’approprie comme un fait pratique, les gens se mettent en retrait et commencent à apporter des réserves, à mutiler. « Est-il alors votre père à vous ? » « Pouvez-vous L’appeler Père ? » « Oh, ce pourrait être dangereux, et ce serait présomptueux »… voilà comment les gens se mettent à parler dès l’instant où cela devient une vérité réellement vivante, et non pas des mots sur du papier. On veut bien le reconnaître dans un credo, mais quand cela en vient à être la vérité pour notre propre âme, imprimant sa valeur sur notre communion et sur nos voies, les gens se retirent tout de suite dans une « lumière religieuse blafarde », où tout est oublié et perdu ; reconnu quand même par des mots, mais sans puissance pour le cœur et pour la vie.

Avant de passer au chapitre suivant, observons un moment la seconde réponse de notre Seigneur : « Tu ne tenteras pas le Seigneur ton Dieu » [Matt. 4:7]. Qu’est-ce que cela signifiait ? Non pas un péché charnel ordinaire de notre part, comme beaucoup le supposent. Tenter Dieu, c’était douter de Lui, comme beaucoup, sinon tous, sont enclins à le faire. Satan profita de l’Écriture qui dit qu’il ne heurterait pas son pied contre une pierre. Il cita donc le Psaume 91, intimant à Jésus que, s’Il était le Fils de Dieu, tout ce qu’Il avait à faire était de se jeter du haut du temple ; et tout devait confirmer Ses titres. N’était-ce pas une promesse positive ? Dieu « donnerait des ordres à ses anges à ton sujet » [Matt. 4:6], et quelle preuve excellente ce serait de son titre de vrai Messie, s’Il se jetait en bas d’une telle hauteur, et qu’en même temps les anges Le préserveraient ! Mais Satan, comme d’habitude, altérait la simple parole écrite, tant dans la lettre que dans l’esprit ; car après « de te garder » [Ps. 91:11], il a omis « en toutes tes voies ». C’est ce qu’il essayait de Lui cacher, à Lui dont toutes les voies étaient obéissance, et il osait insinuer que ce serait une noble démonstration de Sa messianité. Quelle fut la réponse du Seigneur ? « Tu ne tenteras pas l’Éternel, ton Dieu » [Deut. 6:16]. Le vrai Israélite n’a pas besoin de mettre Dieu à l’épreuve. Si vous soupçonnez que vous employez un voyou, vous pouvez le tester en cochant une pièce de monnaie pour voir s’il vole ou pas : vais-je alors marquer quelque chose pour voir si Dieu tiendra parole ? Je sais que Dieu va le faire ; je n’ai pas besoin de Le mettre à l’épreuve. Voilà le sens de ne pas tenter Dieu, et voilà exactement le chemin du devoir. Celui qui croit, peut tranquillement se confier en Dieu en toutes circonstances. Son Père prendra soin de lui. N’est-ce pas en merveilleuse harmonie avec le reste, suivant la confession du seul vrai Dieu d’Israël ?


1.8 - [Deutéronome 7]

On peut résumer le ch. 7 en très peu de mots. Nous avons la consécration du peuple à Dieu. Voilà, me semble-t-il, le sens profond essentiel de ce chapitre. C’est le peuple répudiant les voies des païens, et consacré à Dieu. Cela caractérise le livre du Deutéronome. Ce n’est pas du tout un peuple ou une classe maintenus à distance par des prêtres servant d’intermédiaires. Bien sûr, la présence de sacrificateurs était effective ; mais l’une des particularités de ce livre est que, malgré l’existence du système sacerdotal, les sacrificateurs sont à dessein intégrés aux Lévites, tandis que l’ensemble du peuple se rassemble autour de l’Éternel. Ainsi, ce n’est pas un livre qui définit un usage officiel, normalisé et strict de ces questions. Le but est tout différent. Un premier but a eu sa place quand Dieu donnait le livre du Lévitique. Là Il assignait d’un côté la portion du souverain sacrificateur et de ses fils, d’un autre côté la portion des Lévites, d’un troisième côté la portion du peuple. Mais dans le Deutéronome, il s’agit de les recentrer tous autour de l’Éternel Lui-même. En conséquence, bien que tous aient leur place, ces distinctions de classes semblent ici fort réduites. S’agissant d’accès à Dieu dans Son sanctuaire, les sacrificateurs sont certainement mis en avant, et le livre approprié pour cela est le Lévitique ; mais il y a une vérité plus large que celle-ci : Dieu a un peuple à qui Il donne une position de consécration à Lui-même. Voilà le point-clé de ce ch. 7. Nous verrons comment cela s’applique en profondeur tout au long du livre — source de perplexité pour le pauvre rationalisme orgueilleux, mais vérité en soi toute simple, et quand même très importante en effet (*). Cela présente une telle difficulté pour l’incrédulité que certains prennent la position que le Deutéronome appartient à une époque antérieure où la distinction des sacrificateurs d’avec les Lévites n’avait pas encore été introduite. D’autres plus nombreux font l’hypothèse opposée et affirment que sa législation est d’un caractère plus tardif que celle du livre précédent. La vérité est que la différence est due au développement moral d’Israël selon la sagesse de l’Éternel à la veille d’introduire Son peuple dans le pays, et aux habitudes sociales plus établies qu’Il voulait les y voir cultiver. Mais le ton, l’esprit et le cœur de Moïse ne sont nulle part plus apparents et manifestes que dans ses dernières paroles au peuple de l’Éternel qu’il aimait.


(*) Rien n’est plus faible que le rabâchage des écrits de Davidson et Colenso à propos de l’expression « les sacrificateurs, les Lévites » (ils suivent le scepticisme superficiel des auteurs étrangers, qui eux-mêmes suivaient les anciens déistes du Royaume Uni). Cette expression s’explique entièrement par le caractère plus large du livre, avec son objectif de faire avancer le peuple, et avec, par conséquent, les divisions par tribus, plutôt que par familles particulières. Si l’expression était à l’inverse, à savoir « les Lévites, les sacrificateurs » (ce qui n’arrive jamais), l’argument aurait eu une certaine force ; dans l’état où on trouve cette expression, l’argument est sans valeur. Les sacrificateurs étaient des Lévites. C’est le but du livre, qui régit la description dans chaque cas.


1.9 - [Deutéronome 8]

Au ch. 8, nous avons un caractère tout à fait différent. Ce n’est pas la consécration du peuple à Dieu, mais leur discipline, la mise à l’épreuve du cœur, et à cette occasion, l’exercice auquel l’Éternel soumit le peuple. C’est une section très instructive à ce point de vue.

Et c’est encore un chapitre duquel le Seigneur tire une citation lors de la tentation : « Et tu te souviendras de tout le chemin par lequel l’Éternel, ton Dieu, t’a fait marcher ces quarante ans, dans le désert, afin de t’humilier, [et] de t’éprouver, pour connaître ce qui était dans ton cœur, si tu garderais ses commandements, ou non » [8:2]. La citation provient du verset suivant : « Et il t’a humilié, et t’a fait avoir faim ; et il t’a fait manger la manne que tu n’avais pas connue et que tes pères n’ont pas connue, afin de te faire connaître que l’homme ne vit pas de pain seulement », (quel exercice de foi y avait-il en cela ?) « mais que l’homme vivra de tout ce qui sort de la bouche de l’Éternel » [8:3]. C’est précisément ce qui met l’homme à l’épreuve moralement. La parole de Dieu teste s’il se soumet à elle, s’il vit selon elle, s’il y prend plaisir, si sa viande est de faire la volonté de Dieu comme le Seigneur Jésus a prouvé que telle était sa viande.

C’est par cette Écriture que le Seigneur, comme nous le savons, repoussa la première tentation de l’adversaire. Personne n’a jamais honoré la parole de Dieu comme Christ l’a fait.

Nous n’avons pas besoin de nous étendre sur la beauté des détails, et en même temps sur la vérité simple de ce chapitre. Manifestement il retrace la discipline de l’Éternel dans le chemin.


1.10 - [Deutéronome 9]

Au ch. 9, un autre sujet est mis en avant. Ce n’est pas le peuple juif à l’école de l’Éternel pour manifester ce qui était dans leur cœur, et ce qu’Il était envers eux ; mais c’est le peuple fortifié par l’Éternel en face d’une puissance plus forte que la sienne. C’était justement à cause de cette vérité : l’Éternel était avec eux. Qu’importaient tous les autres ? Ils pouvaient être plus grands, plus forts, plus sages que les Israélites ; mais qu’en était-il de l’Éternel ? Eux se glorifiaient de ces qualités qui étaient les leurs. Pouvaient-elles égaler l’Éternel ? Certainement non ; c’est ce que l’Éternel étale devant Son peuple de la manière la plus expressive, afin de les encourager et de les soutenir.

Mais nous ne devons pas négliger l’autre partie du chapitre — non pas l’Éternel fortifiant le peuple contre les plus puissants des adversaires, mais le rappel fait à Israël de leur cœur rebelle à l’Éternel, même dans de telles circonstances.


1.11 - [Deutéronome 10]

Au ch. 10, nous trouvons la ressource de la bonté de l’Éternel affirmée d’une manière très frappante. Ainsi, lorsque l’histoire de leur rébellion est mentionnée, cela conduit Moïse à revenir en arrière et à retracer comment cet esprit s’est déjà trahi en Horeb ; car quand il est question de rébellion, il faut remonter à la racine. Il nous est également montré l’étonnante patience de l’Éternel, et, avec ce qui pourrait être difficile à comprendre si nous ne regardions pas la portée morale de ce livre — la destruction des premières tables, l’écriture de nouvelles tables, et la place où il fallait les garder [10:5]. En même temps, il nous est dit comment la tribu de Lévi a été mise à part [10:8], après la mention de l’épisode de la mort d’Aaron [10:6]. Cela semble être juste une parenthèse, sans qu’il soit question de chronologie (*).


(*) Le Dr. Davidson (Introd. O. T. p. 65) dit : « Selon Deutéronome 10:8 il est clair que les Lévites ne furent pas mis à part au Sinaï, mais plus tard ; alors que nous apprenons de Nombres 8 que leur institution a eu lieu au Sinaï ». C’est une perversion honteuse, car Deut. 10:6-7 est manifestement une parenthèse. Gardant cela à l’esprit, tout lecteur peut voir que le « en ce temps-là » du verset 8 se fond en réalité avec le « en ce temps-là » des versets 1-5, et est donc en parfait accord avec Nombres 8. Cela est encore répété p 336.


Une vraie question se pose pour ceux qui honorent la parole divine : pourquoi des événements si éloignés dans le temps sont ainsi présentés de manière si rapprochée. Sans doute l’esprit malveillant du sceptique saisit l’occasion pour dénigrer l’inspiration avec ce qu’il ne cherche même pas à comprendre. Or il n’y a aucune discordance, ni confusion entre la mort d’Aaron en la dernière année du séjour dans le désert, et la mise à part de Lévi quelque trente-huit ans auparavant. La vérité est que les circonstances solennelles semblent rappeler à l’esprit de Moïse la faute terrible d’Israël, quand « ils avaient fait le veau qu’Aaron avait fait » [Ex. 32:35], et Lévi, autrefois perfide envers l’étranger à cause de sa sœur [Gen. 34], qui s’était ensuite consacré à l’Éternel dans le sang de ses frères idolâtres ; et Moïse, sur l’ordre de l’Éternel, tailla des tables de pierre comme les premières [Ex. 34], et une fois écrites comme auparavant, il les mit dans l’arche qu’il avait faite. Ce n’est ni en ce lieu ni à ce moment-là qu’Aaron mourut, comme il le méritait pourtant, hélas ! L’intercession de Moïse prévalut tellement pour son frère et pour le peuple, que l’un vécut presque jusqu’à la fin de l’errance dans le désert, et que les autres, au lieu de périr tous d’un coup, vécurent pour reprendre leur voyage d’une terre de puits (Beéroth) jusqu’à Moséra où Aaron mourut sur la montagne de Hor [Deut. 10:6 et Nomb. 20], et de là à Gudgoda, et à Jotbatha, « un pays de ruisseaux d’eaux » [10:7] : telle était la patiente bonté de Dieu à l’égard des deux, [Aaron et le peuple], patience d’autant plus marquée qu’il y avait ce long intervalle.


1.12 - [Deutéronome 11]

Au ch. 11 est donné le sommaire de toute l’affaire, la conclusion pratique que le législateur garde devant leurs yeux. Ils devaient se rappeler par quoi se termine une rébellion. C’est pour cela qu’il fait allusion au sort de Dathan et Abiram que la terre engloutit à cause de leur apostasie flagrante et de leur lutte contre Dieu. « Car ce sont vos yeux qui ont vu toute la grande œuvre de l’Éternel, qu’il a faite. Vous garderez donc tout le commandement que je vous commande aujourd’hui, afin que vous soyez forts, et que vous entriez, et que vous possédiez le pays dans lequel vous passez pour le posséder, et afin que vous prolongiez vos jours sur la terre que l’Éternel a juré à vos pères de leur donner, à eux et à leur semence, un pays ruisselant de lait et de miel » [11:7-9]. Jusqu’à la fin du chapitre, suivent les avertissements les plus sérieux, ainsi que de brillantes promesses : la désobéissance ou l’obéissance seraient le point décisif dans le pays [11:27-28]. La montagne de bénédiction et la montagne de malédiction étaient là de l’autre côté du Jourdain [11:29-30].

Ceci termine la première partie du Deutéronome. Quelques mots sur les quelques chapitres suivants suffiront pour le moment.


1.13 - [Deutéronome 12]

Au ch. 12, nous avons des statuts et des ordonnances. Nous arrivons ainsi à ce qu’on pourrait appeler les dispositions directes, après en avoir fini avec toute la partie introductive. Toute la partie précédente prépare la voie. Nous trouvons maintenant ce qui serait un test de leur obéissance. « Ce sont ici les statuts et les ordonnances que vous garderez pour les pratiquer dans le pays que l’Éternel, le Dieu de tes pères, te donne pour le posséder, tous les jours que vous vivrez sur la terre » [12:1]. En tout premier lieu, est prévue la destruction totale des hauts lieux. La raison est évidente. Le premier de tous les droits, et le plus élevé de nos devoirs, c’est que Dieu ait Ses droits. Il commence par cela, et c’est très approprié. Il est inutile de parler sur Israël : le premier sujet, c’est Dieu. Si donc Dieu était déshonoré par les hauts lieux, ils devaient tous être abattus. D’ailleurs, si ces hauts lieux avaient été dédiés aux dieux païens, Israël ne devait pas oser les consacrer au vrai Dieu. Une telle conversion ne convient pas à Dieu, qui doit avoir Son lieu à Lui.

Dieu doit choisir pour Lui-même, et Il le fait — c’est une considération simple mais très importante (v. 5, 11, 14, 18, 21, 26 ; [le lieu que l’Éternel choisira ou aura choisi]). Le culte selon la volonté de l’homme n’est pas tolérable. Cela devrait choquer par-dessus tout le chrétien. Si c’était simplement une question d’homme, personne ne penserait à choisir à la place d’autrui. Personne n’aime cela. Si les gens aiment choisir pour eux-mêmes, comme de simples hommes, quelle erreur terrible de choisir à la place de Dieu, d’être en réalité gouverné par sa propre volonté en matière de religion ! Nous pouvons tous voir combien, déjà en Israël, c’était très mauvais ; ne sentons-nous pas que c’est encore pire pour le chrétien ? Dieu n’a donné aucun droit d’adopter des doctrines, des pratiques, des modes, un gouvernement ou toute chose qui ne soient pas Sa volonté exprimée pour Ses enfants. Sans doute certains supposent que Dieu n’a pas exprimé de volonté à Lui sur ces sujets. Je ne leur envie pas la pensée que Dieu n’a pas révélé Sa pensée sur ce qui Lui est tout proche, et surtout sur ce qui est lié à Sa gloire ! C’est faire Dieu moins qu’un homme ; car si l’homme ne peut pas être content sans exprimer sa pensée sur ce qui lui est proche et sur sa gloire, combien moins le Dieu vivant !

Ici, nous voyons que Dieu avait un choix tout à fait délibéré dans les plus petites choses, comme dans les plus grandes ; mais Il commence par ce qui touche de plus près Sa présence. Il s’oppose aux hauts lieux ; Il n’en veut pas. Il a choisi d’avoir un lieu où Il mettrait Son nom. Celui-ci devient le centre de tout, et le livre du Deutéronome est fondé sur ce fait, au moment où Israël est sur le point d’entrer dans le pays. Par conséquent, c’est une anticipation de ce qui était devant eux. Ce n’est pas un livre pour le désert, sauf pour que les cœurs regardent en arrière au moment où ils sont sur les frontières avant d’entrer dans le pays.

Notons juste aussi ce grand principe en passant : l’Éternel leur rappelle par Moïse que, dans le désert, Il leur avait permis beaucoup de choses qui ne pouvaient plus être tolérées désormais (12:8). S’ils allaient prendre possession du pays, ils avaient à se souvenir que c’était le pays de Dieu, non le leur. Il pouvait et voulait le leur donner, mais pourtant Il gardait toujours Sa place. C’était « le pays que l’Éternel, ton Dieu, te donne » [12:1]. En fait, Il agissait comme le propriétaire ; eux n’étaient que des locataires, et ils devaient Lui payer un loyer. C’était le sens au fond des dîmes et autres demandes exigées (12:11). C’était des choses dues qu’Il exigeait en vertu de Sa position comme propriétaire vis-à-vis du peuple dans le pays. On peut donc le comprendre comme s’Il disait : Quand vous étiez dans le pays étranger, quand vous l’avez quitté à la hâte pour errer çà et là dans le désert, il y avait de grandes difficultés et de nombreuses irrégularités qui ne peuvent pas être permises maintenant. Plus la bénédiction de Dieu est grande, plus vous êtes mis complètement sur le terrain que Dieu vous a donné, plus Il insiste sur l’obéissance totale et constante. C’est le point-clé ici, et nous voyons ainsi la relation avec tout ce qui s’est passé précédemment.


1.14 - [Deutéronome 13]

Puis au ch. 13, le fil conducteur demeure semblable, toutes ces premières injonctions étant ce qu’on peut appeler des statuts religieux. Nous en verrons d’autres bientôt ; nous en viendrons aux ordonnances civiles, mais pour le moment nous ne dépassons pas les obligations religieuses. Il est évident que, d’une manière ou d’une autre, elles sont en rapport avec Dieu, et touchent aux affaires de religion, comme les gens diraient. Israël ne devait pas méconnaître les exigences de Dieu dans les choses courantes. Par exemple, ils ne devaient pas badiner avec le sang, parce qu’il appartient à Dieu (12:16-25), et le songeur de songes devait se méfier de certains songes (13:1-5). Ils pouvaient venir du vrai Dieu ; mais « Tu n’écouteras pas » [13:3] s’il y avait le moindre risque d’aller après d’autres dieux. Le pouvoir surnaturel n’a pas la moindre valeur, et même doit être fui rigoureusement s’il affaiblit les consciences vis-à-vis du vrai Dieu. L’Esprit qui a le pouvoir de miracle est le même qui est l’Esprit de vérité et l’Esprit Saint. Si un esprit oriente vers l’abandon de la vérité, cela indique que la source en est la puissance de Satan, non pas celle du vrai Dieu. Voilà le principe : épargner ses amis, ses parents et même « la femme de ton cœur », ne pouvait être toléré.

Puis les versets 12-18 indiquent la manière de traiter une cité coupable d’idolâtrie. « Alors tu rechercheras, et tu t’informeras, et tu t’enquerras bien ; et si c’est la vérité, si la chose est établie, si cette abomination a été commise au milieu de toi, tu frapperas certainement par le tranchant de l’épée les habitants de cette ville ; tu la détruiras entièrement, et tout ce qui y sera, et toutes ses bêtes, par le tranchant de l’épée » [13:14-15], les petites choses comme les grandes. Avoir confiance en Dieu est l’un des points importants ici, chérir la totale confiance que tout ce qu’Il nous donne est le mieux pour nous. C’est vrai autant pour nous que pour eux, bien que ce ne soit pas présenté de la même façon légale ou extérieure.


1.15 - [Deutéronome 14]

Le ch. 14 insiste sur ce qui convenait aux enfants de l’Éternel leur Dieu, en s’abstenant de mutilations [ou : incisions] inconvenantes ou de défigurations pour les morts, ainsi que de toute nourriture que Lui, qui savait mieux qu’eux, déclarait abominable. Il leur est alors montré ce qui peut ou ne peut pas être mangé, qu’il s’agisse de bêtes, de poissons, ou d’oiseaux. Un peuple saint, consacré à l’Éternel, ne doit pas manger tout ce qui meurt de soi-même, ni s’accoutumer à des actes inconvenants, quand bien même ce serait un chevreau silencieux et mort avec le lait de sa mère.

Mais il y a un autre point particulier à ce livre. À côté de la dîme du rapport de leur champ en blé, vin, huile et premiers-nés du troupeau, qu’on pouvait monnayer s’ils étaient éloignés du lieu que l’Éternel choisirait pour centre de Son culte [14:24-25], et qu’on pouvait dépenser là devant Lui avec une maison joyeuse [14:26] sans abandonner le Lévite [14:27], il devait y avoir une dîme au bout de trois ans selon les versets 28 et 29 : « Au bout de trois ans, tu mettras à part toute la dîme de ta récolte de cette année-là, et tu la déposeras dans tes portes » [14:28]. Ils n’étaient pas obligés d’amener cette dîme au lieu que l’Éternel avait consacré. Elle avait davantage un caractère familial ; mais un beau trait s’y rattache : « Et le Lévite, qui n’a point de part ni d’héritage avec toi, et l’étranger, et l’orphelin, et la veuve, qui seront dans tes portes, viendront, et ils mangeront et seront rassasiés ; afin que l’Éternel, ton Dieu, te bénisse dans tout l’ouvrage de ta main, que tu fais » [14:29]. Dans le témoignage même de la bénédiction domestique, il devait y avoir la largeur de cœur qui s’étend à ceux qui n’ont pas d’amis pour prendre soin d’eux. Que notre Dieu est bon, et quel témoignage de Sa grâce ! Nous savons bien comment la famille est portée à empiéter sur les sentiments généreux, et comment elle est encline à se recroqueviller sur ce qui n’est rien de plus ou de mieux qu’un égoïsme raffiné. Il n’en est pas ainsi là où Dieu gouverne. Là le Lévite, l’étranger et l’orphelin ont tous leur part, même s’il s’agit d’une réunion de famille dans nos portes. Pourquoi ne devraient-ils pas se réjouir ? C’était Dieu qui faisait que la famille se réjouissait, et ils devaient aller au-dehors vers ceux qui lui étaient étrangers. N’est-ce pas une belle indication de ce qu’est le vrai Dieu, même dans Ses moindres institutions (*) ?


(*) L’effort des rationalistes pour montrer que le « Deutéronomiste » écrivait longtemps après qu’Israël fût entré dans la terre de Palestine, n’est que mauvaise volonté et superficialité. Par ailleurs, il n’est nullement opposé aux vues les plus strictes sur l’inspiration de penser que la loi a été éditée par un homme inspiré, que ce soit Esdras (selon les Juifs, comme Josèphe, etc.), Jérémie ou tout autre prophète. L’éditeur inspiré peut avoir donné des noms plus tard, et ajouté « comme c’est en ce jour », ou des remarques explicatives.


1.16 - [Deutéronome 15]

Au ch. 15, nous trouvons un principe similaire à celui de l’année de relâche. Nous n’avons pas besoin de nous y attarder particulièrement, mais la position du peuple lui est rappelée. Ils avaient été esclaves eux-mêmes, et s’ils avaient été délivrés par Dieu, ils devaient cultiver le même esprit que Lui avait montré [15:15]. C’était leur tâche d’imiter Dieu.


1.17 - [Deutéronome 16:1-17]

Au ch. 16:1-17 (sur lequel je m’arrête maintenant) nous avons la clôture de toute cette partie — la fin des statuts à caractère religieux. Permettez-moi de demander : pourquoi y avait-il ces trois fêtes, et ces trois seulement ? Pour une raison déjà donnée. Ces fêtes lançaient un appel à l’Israélite masculin pour faire ce que personne d’autre ne pouvait faire. D’autres fêtes étaient facultatives, mais celles-ci étaient obligatoires. C’est un appel à l’obéissance. Le livre du Deutéronome introduit tout du long, et de manière prééminente, l’autorité de Dieu sur un peuple en relation avec Lui-même, — une autorité manifestée et prouvée dans l’obéissance. Ce qui ne manifestait l’obéissance que secondairement est laissé de côté, bien que cela puisse avoir une signification spirituelle importante à sa place ; certaines autres fêtes (comme la fête du jour des propitiations par exemple) avaient cette signification spirituelle importante. Mais ici il n’était pas question de la vérité ou de ses formes, mais d’obéissance : c’est ce qui est toujours en vue. Il ne s’agit ni du tabernacle, ni des sacrificateurs, ni du désert, mais d’obéir à Dieu du fait qu’on est Son peuple dans le pays.

Encore une autre remarque. L’obéissance dont il est parlé dans ce chapitre, appelait tous les hommes d’Israël à se souvenir de l’Éternel à ces trois fêtes, et elle les réunissait au lieu que l’Éternel, leur Dieu aurait choisi. Là encore, nous avons ce qui est toujours mis en avant dans le livre du Deutéronome. C’est l’Éternel rassemblant le peuple autour de Lui. Le plaisir de Son peuple est un sujet de plaisir pour Lui. Il les voulait heureux en Lui-même, et jouissant de tout ce qu’Il leur avait donné pour en jouir. Par conséquent, nous avons ces trois fêtes qui présentent particulièrement l’Éternel faisant que le cœur de Son peuple soit rempli de paix et de joie débordante.


1.17.1 - [Pâque]

Pourtant, à la première de ces fêtes, il n’était pas dit à Israël de se réjouir. En un certain sens, cette période était trop excellente et trop profonde pour la joie. Son caractère solennel et succinct ne le permettait pas. Elle représentait la mort qui frappa l’Agneau, et arrêta le jugement de Dieu émis contre nous à cause du péché. Nous pouvons nous réjouir dans le Dieu qui a ainsi agi envers nous, mais est-il convenable que la mort de Christ soit un appel à se réjouir ? Il y a dans le cœur des sentiments plus profonds que la joie. Nous connaissons des moments où le sentiment de ce que nous avons été, de ce que nous sommes, et de ce que Dieu a ôté pour toujours tout notre mal par la mort de Son propre Fils, est trop profond pour la joie, sinon pour les larmes. Je ne veux pas dire qu’il ne devrait pas y avoir un sentiment très profond de gratitude, et une pleine expression d’action de grâces envers Dieu. Néanmoins, c’est trop solennel pour admettre ce qui est enjoué, selon un exercice propre. En face de la pâque, Dieu fait très attention à ce qu’il n’y ait pas d’oubli de cette fuite qui les avait fait sortir ensemble. C’est pourquoi dans la première fête, nous trouvons qu’ils devaient manger du pain sans levain. « Tu ne mangeras pas avec elle de pain levé ; pendant sept jours tu mangeras avec elle des pains sans levain, pains d’affliction, parce que tu es sorti en hâte du pays d’Égypte, afin que, tous les jours de ta vie, tu te souviennes du jour de ta sortie du pays d’Égypte » [16:3]. Puis il leur est dit de ne pas célébrer la fête n’importe où ni n’importe comment. « Tu ne pourras pas sacrifier la pâque dans l’une de tes portes que l’Éternel, ton Dieu, te donne ; mais au lieu que l’Éternel, ton Dieu, aura choisi pour y faire habiter son nom, là tu sacrifieras la pâque, le soir, au coucher du soleil, au temps où tu sortis d’Égypte ; et tu la cuiras et la mangeras au lieu que l’Éternel, ton Dieu, aura choisi ; et le matin tu t’en retourneras, et tu t’en iras dans tes tentes » [16:5-7].


1.17.2 - [Fête des semaines]

Mais la deuxième fête exprime la joie d’une manière très spéciale et délicieuse. « Tu compteras sept semaines ; depuis que la faucille commence à être mise aux blés, tu commenceras à compter sept semaines, et tu célébreras la fête des semaines à l’Éternel, ton Dieu, avec un tribut d’offrande volontaire de ta main, que tu donneras selon que l’Éternel, ton Dieu, t’aura béni. Et tu te réjouiras devant l’Éternel, ton Dieu, toi, et ton fils » [16:9-11a]. Ce n’est pas la mort de Christ avec ses résultats solennels, et pourtant bénis. Cette fête est fondée sur la vie de Christ en résurrection, quand le Saint Esprit nous introduit dans la puissance de la jouissance. C’est la Pentecôte. Par conséquent, c’est la grande fête qui trouve sa réponse plus particulièrement dans le christianisme (la Pâque étant bien sûr le fondement) ; mais c’est par excellence son caractère comme un fait actuel. Et remarquez ceci, que ce n’est pas seulement la joie dans le Seigneur, mais d’autres sont appelés à la joie [16:11]. En outre, « tu te souviendras que tu as été serviteur en Égypte, et tu garderas et tu pratiqueras ces statuts » [16:12]. Nous étions esclaves, et nous ne le sommes plus. Nous avons à observer les statuts et à les pratiquer. Une fois de plus l’obéissance est le sujet de manière prééminente, et l’obéissance en tant qu’hommes délivrés — autrefois esclaves, mais maintenant libres d’obéir (16:12).


1.17.3 - [Fête des tabernacles]

Il y a une troisième fête, celle des tabernacles. Ce n’est pas la liberté de la grâce, comme à la fête de la Pentecôte, mais plutôt, en type, l’époque où la liberté de la gloire arrivera. Remarquez comment cela est montré de manière très frappante. « Tu célébreras la fête des tabernacles pendant sept jours, quand tu auras recueilli [les produits] de ton aire et de ta cuve » [16:13]. Sans doute la rentrée du blé et du vin (c’est à dire, la moisson et la vendange) sont des types bien connus des opérations finales de Dieu : la moisson quand Il sépare le grain de la balle, ou tout au moins de ce qui n’est pas du bon grain ; et la vendange quand Il exécutera un jugement impitoyable sur la vigne de la terre — sur toute religion vaine qui renie le ciel. Aucune miséricorde n’apparait dans la vendange. La moisson correspond à la rentrée de ce qui est bon et à l’anéantissement de ce qui est mal ; mais la vendange ne connaît rien d’autre que la vengeance de Dieu. C’est après cela que viendra la plénitude de joie pour la terre. La bénédiction pour le monde vient après que Dieu a nettoyé la scène : dans cette perspective, le chrétien est appelé à se réjouir — à avoir la joie non seulement de la liberté maintenant, mais la joie de la gloire qui va bientôt remplacer l’oppression, la douleur, la misère, le péché, de cette pauvre terre qui gémit depuis si longtemps ; tout sera alors soumis à Celui qui est seul compétent pour porter le fardeau et le gérer à la gloire de Dieu. C’est pourquoi le langage diffère très sensiblement même de la scène joyeuse de bénédiction dont la fête des semaines est tellement parfumée. Ce n’est pas simplement « tu célébreras la fête des semaines à l’Éternel, ton Dieu, avec un tribut d’offrande volontaire de ta main, que tu donneras selon que l’Éternel, ton Dieu, t’aura béni » [16:10], mais « tu feras pendant sept jours la fête à l’Éternel, ton Dieu, au lieu que l’Éternel aura choisi, car l’Éternel, ton Dieu, te bénira dans toute ta récolte et dans tout l’ouvrage de tes mains ; et tu ne seras que joyeux » [16:15].

Que le Seigneur nous donne des cœurs qui se réjouissent dans toute Sa grâce et Sa vérité et Sa gloire !


2 - Deutéronome ch.16:18 à ch. 34

2.1 - [Deutéronome 16:18 à 17:1]

Il est clair qu’une nouvelle division des statuts et des ordonnances de ce livre commence avec ces derniers versets 18-22 de Deut. 16. Ce qui appartenait à la vie religieuse d’Israël s’est terminé avec les trois fêtes qui remplissent le début du chapitre.

Nous abordons maintenant les instruments et moyens établis par l’Éternel pour l’exercice de la vie du peuple dans les affaires judiciaires. Les juges et magistrats devaient abonder. On devait en mettre dans toutes leurs portes, et il est veillé soigneusement à mettre en garde contre le danger de faire acception de personnes et de s’arranger pour faire fléchir le jugement. Le pays que l’Éternel, leur Dieu donnait devait être marqué par la justice ; l’amabilité, la miséricorde réciproque et toutes les affections agréables parmi le peuple ne devaient pas interférer dans ces questions. Au milieu de tout cela, nous trouvons subitement ce que l’esprit de l’homme ne peut pas comprendre : une nouvelle allusion aux questions religieuses. « Tu ne te planteras pas d’ashère, de quelque bois que ce soit, à côté de l’autel de l’Éternel, ton Dieu, que tu te feras ; et tu ne te dresseras pas de statue, — [chose] que hait l’Éternel, ton Dieu. Tu ne sacrifieras à l’Éternel, ton Dieu, ni bœuf ni mouton qui ait un défaut corporel, quoi que ce soit de mauvais ; car c’est une abomination pour l’Éternel, ton Dieu » [16:22 à 17:1].


2.2 - [Deutéronome 17]

Avec ce début du ch. 17, on trouve un avertissement fort à tout homme ou femme ayant fait ce qui est mauvais aux yeux de l’Éternel, en transgressant Son alliance, en allant servir d’autres dieux, plus particulièrement en adorant l’armée des cieux [17:2-3]. Il me semble que, loin de présenter la moindre difficulté réelle, loin d’être une interruption du grand sujet de la vie judiciaire d’Israël, nous avons ici devant nous la vérité importante que ce qui touche Dieu, ce qui Le dénature en tant que tel, a une portée directe sur la vie quotidienne de Son peuple, à la fois dans leurs foyers et dans les questions de jugement public. Si on a tort dans ce qu’on se permet vis-à-vis de Dieu Lui-même, si on se compromet avec ce qui entache Sa gloire, si (par exemple) on laisse déshonorer Sa nature en admettant les faux dieux, ou en donnant aux créatures la place qui revient à Dieu, toute la partie inférieure de la vie en ressentira de suite les conséquences destructrices et corruptrices.

La difficulté que les théologiens ont trouvée dans ce qu’ils supposaient être un retour en arrière à des questions religieuses, n’est donc en réalité rien d’autre qu’une erreur de leur part provenant de ce qu’ils séparent ce que Dieu a uni. Nous avons eu en plein l’instruction directe quant à tout ce qui concernait Sa gloire ; et maintenant qu’Il touche ce qui se rapporte à la vie de l’homme, Il y entremêle des éléments religieux, pas du tout comme une répétition de ce qui précède, mais en le rattachant au sujet présent. En outre, on voit que le sujet se poursuit en montrant la place du témoignage. Par la bouche de deux ou de trois témoins, il était ordonné que celui qui était digne de mort devait mourir. C’était d’une grande valeur en pratique, et il en est fait largement usage dans le Nouveau Testament — un principe que nul ne peut jamais négliger sans dommage.

À première vue, il peut sembler singulier que l’Esprit de Dieu attache tant d’importance à l’exigence de deux ou trois témoins ; mais rappelons-nous que nous sommes en train d’apprendre ici les voies de Dieu traitant activement avec un peuple sur la terre, après les avoir amenés en relation avec Lui. Sans doute, si Dieu ne se souciait pas activement de l’homme ou de ses voies, il y aurait des difficultés. Israël seul, de toutes les nations sur la face de la terre, se tenait sur une base telle que celle-là ; et c’est à eux que Dieu imposait l’obligation d’exiger les deux ou trois témoins. Or Dieu est toujours sage, et en outre Il voulait enseigner Son peuple à avoir confiance qu’Il donnerait toujours tout le nécessaire selon Son ordre à Lui.

Le Nouveau Testament se sert du principe des deux ou trois témoins avec nous qui avons à faire avec Lui, Lui qui s’occupe de nous d’une manière beaucoup plus intime qu’Il ne l’a jamais fait avec Israël. Nous avons à faire à Celui qui a daigné faire de nous Son habitation par l’Esprit. Par conséquent, là où Il a donné Sa parole avec clarté, comme par exemple dans une affaire telle que celle-là, nous pouvons compter sur Lui sans réserves. Les gens peuvent soulever toutes sortes d’objections, et dire que nous ne pouvons pas toujours attendre autant de témoignages, et que nous devons regarder aux circonstances, et que dans l’impossibilité de produire un nombre suffisant de preuves, nous devons agir selon ce qui semble le plus probable. Or ce n’est là ni plus ni moins abandonner le terrain divin pour ce qui est humain ; et je suis persuadé qu’une blessure de loin plus profonde sera faite au peuple de Dieu par un seul écart à Sa parole et à Sa pensée et à Son chemin dans ce genre d’affaires, que par dix échecs cherchant à condamner un éventuel mal sous-jacent. Notre affaire est de ne jamais laisser de côté la simple parole de Dieu, mais de nous attacher à elle, et de nous attendre à Dieu quelle que soit la pression des circonstances. Dieu est capable de produire des témoignages lorsqu’on voit le moins comment ni d’où ils pourraient venir.

Ainsi, nous sommes gardés en paix en nous fiant à Sa parole ; et de quel esprit serait animé celui qui dans de telles affaires pourrait supporter d’être hâtif, ou souhaiterait condamner quelqu’un avant que Dieu ait fait ressortir les preuves ? Ainsi, le cœur demeure confiant et calme, sachant que Celui qui voit tout et connaît tout est en mesure de manifester tout ce qui est nécessaire au bon moment. C’est peut-être Sa voie d’éprouver la foi de Son peuple et de l’humilier en le maintenant dans l’ignorance pendant un temps. Là où il existe une plus grande puissance spirituelle, on peut être davantage enclin à faire usage des moyens que Dieu met à notre disposition ; mais quel que soit Son motif pour retenir ce dont on a besoin, nous sommes clairement appelés à chérir la parfaite confiance qu’Il prend soin de nous, non seulement en ce qu’Il donne, mais en ce qu’Il retient. Nous pouvons donc nous en tenir à Sa parole : « Par la bouche de deux ou de trois témoins toute parole sera établie » [Matt. 18:16], et là où ce n’est pas accordé, là où le témoignage fait défaut, notre devoir est de nous attendre au Seigneur.

Ceci amène à un autre point. S’il se trouvait une affaire trop difficile à juger pour eux, comme il est dit, ils devaient se lever et aller au lieu que l’Éternel leur Dieu aurait choisi. « Et tu viendras vers les sacrificateurs, les Lévites, et vers le juge qu’il y aura en ces jours-là, et tu rechercheras, et ils te déclareront la sentence du jugement. Tu agiras conformément à la sentence qu’ils t’auront déclarée, de ce lieu que l’Éternel aura choisi, et tu prendras garde à faire selon tout ce qu’ils t’auront enseigné » [17:9-10]. Là encore, le principe est bon et valable pour le temps présent, car nous devons nous rappeler en particulier que, dans ce livre du Deutéronome, les sacrificateurs sont utilisés d’une manière sensiblement différente de ce qu’on trouve ailleurs, comme on l’a déjà souligné. Il n’est pas tant question ici de leur service d’intermédiaire entre le peuple et Dieu, mais plutôt de l’aide qu’ils procurent au peuple dans ce qu’ils devaient à Dieu. Dans le Lévitique, c’est le premier rôle parce que, là, il est question de s’approcher de Dieu, et le peuple ne pouvait pas entrer dans le sanctuaire, tandis que les sacrificateurs le faisaient pour eux. Dans le Deutéronome, qui suppose le peuple sur le point d’entrer dans le pays, nous avons davantage l’ordre familial de la nation, avec l’Éternel, leur Dieu ; et les sacrificateurs, les Lévites, aident en cela, bien que, bien sûr, les sacrificateurs conservaient leur place dans le sanctuaire. Il n’y a pas de discordance entre ces deux livres. Une différence est faite en ce que les sacrificateurs sont davantage considérés comme une partie du peuple, et non pas tant comme une classe intermédiaire entre Dieu et le peuple.

C’est pourquoi nous trouvons ici que, dans ces affaires de jugement en rapport avec les difficultés pratiques de la vie quotidienne, lorsque les questions étaient trop difficiles pour les hommes ordinaires, il fallait faire appel aux sacrificateurs, non pas tant dans leur capacité à offrir des sacrifices, mais plutôt comme ceux qui devaient avoir une plus grande connaissance pratique de la parole de Dieu, et donc des sens plus exercés à discerner le bien et le mal. Certes rien n’est plus ruineux dans la chrétienté que l’affirmation d’un sacerdoce terrestre basé sur la notion que certains auraient, par leur titre, un meilleur accès à Dieu que d’autres ; c’est en effet la négation de l’évangile.

En même temps tous doivent sentir la valeur du jugement d’un homme spirituel quand nous sommes en défaut. Chacun en a un jour senti le besoin, à moins d’être un esprit singulièrement orgueilleux et indépendant ; beaucoup s’y sont conformé, et en ont constaté la valeur après en avoir profité. Ainsi l’apôtre Jacques nous fait connaître la valeur des prières d’un homme juste. Cependant il ne s’agit certainement pas là de tout croyant. Bien que tout chrétien soit justifié par la foi, et qu’on puisse s’attendre à ce qu’il manifeste les voies d’un homme juste et bon pratiquement, on ne peut cependant pas nier qu’il y a de grandes différences de mesure parmi les vrais croyants ; et nous avons tous conscience que dévoiler nos difficultés ne peut être fait de manière profitable auprès de certains du peuple de Dieu, alors qu’on peut le faire tout à fait librement avec d’autres ; certains ont un tel ton spirituel et une telle connaissance mûre des pensées de Dieu, qu’ils peuvent aider leurs frères, non pas le moins du monde en s’attribuant une autorité sur les consciences des autres, ni en prétendant dominer leur foi (même un apôtre ne le voudrait pas), mais néanmoins ils aident de manière décisive par leur capacité spirituelle à donner un jugement formé par une marche habituelle dans la communion avec Lui, de sorte qu’ils répondent aux autres dans les difficultés pratiques et les épreuves d’ici-bas. Cela semble être en tout cas le principe de ce que nous avons ici.

Mais cela mène à une autre étape. L’Éternel voulait susciter des juges de temps en temps d’une façon extraordinaire : c’est bien connu dans l’histoire de l’Ancien Testament. En outre, il est même supposé qu’un roi surgirait en temps voulu. Mais d’une manière très frappante, Dieu met en garde justement contre les pièges dans lesquels le roi tombera plus tard, — bien qu’il soit le fils sage de David lui-même — et il jeta ainsi la honte sur Dieu et la misère sur Son peuple. Hélas ! Le roi suscité d’entre eux, bien qu’il ne fût pas un étranger, mais leur frère (comme il est dit, 17:15), multiplia les épouses pour lui-même, et son cœur se détourna. S’amassant l’argent et l’or au-delà de toute mesure, la loi de l’Éternel n’avait pas sa place dans son âme. La conséquence fut que les derniers jours de ce Roi d’Israël, pourtant le plus sage et le plus riche, générèrent douleur et vanité, et cela éclata publiquement dès qu’il ne fut plus.


2.3 - [Deutéronome 18]

2.3.1 - [Deutéronome 18:1-8]

Au ch. 18, les sacrificateurs, les Lévites, sont introduits d’une autre manière. Ils ne devaient avoir ni part ni héritage avec Israël, mais ils mangeaient « des sacrifices de l’Éternel faits par feu, et de son héritage, mais ils n’auront point d’héritage au milieu de leurs frères. L’Éternel est leur héritage, comme il le leur a dit » [18:1b-2]. Dieu marque donc de nouveau leur place spéciale consistant à L’avoir Lui pour leur portion, de sorte que ce qui Lui était donné leur revenait. Cela donnait un profond sentiment d’identification avec l’Éternel ; on trouvera que, tout au long du livre du Deutéronome, cela est maintenu et appliqué plus que dans tous les autres livres de Moïse. Avant de terminer, on peut en voir la raison. Pour le moment, je me borne à rappeler les témoignages de ce fait. C’est ainsi qu’il était dit : « Or c’est ici le droit des sacrificateurs » [18:3a], non seulement certaines parties des offrandes [18:3b], mais aussi « les prémices de ton froment, de ton moût et de ton huile, et les prémices de la toison de tes moutons [18:4]. Car l’Éternel, ton Dieu, l’a choisi lui et ses fils, d’entre toutes tes tribus, pour qu’il se tienne toujours [devant lui] pour faire le service au nom de l’Éternel » [18:4-5]. Alors vient le Lévite, son service et sa portion (*). « Et si le Lévite vient de l’une de tes portes, de tout Israël où il séjourne, et qu’il vienne, selon tout le désir de son âme, au lieu que l’Éternel aura choisi, et qu’il serve au nom de l’Éternel, son Dieu, comme tous ses frères, les Lévites, qui se tiennent là devant l’Éternel, il mangera une portion égale, outre ce qu’il aura vendu de son patrimoine » [18:6-8].


(*) Les versets 1 et 2 mettent en avant « les sacrificateurs, les Lévites, la tribu de Lévi », en insistant sur les sacrificateurs, mais leur joignant toute la tribu à laquelle ils appartenaient. Ensuite les versets 3-5 concernent spécifiquement le sacrificateur et ses fils tandis que les versets 6-8 concernent spécifiquement le Lévite. Il n’y a aucune base pour la rêverie rationaliste qui imagine un autre temps et un autre état que ceux envisagés dans l’Exode, le Lévitique, ou les Nombres.


2.3.2 - [Deutéronome 18:9-14]

En même temps, il y a une mise en garde très sévère contre toute recherche de curiosité sur la volonté de Dieu qui n’a pas été révélée, contre tous ceux qui se mêlent de divination, contre les pronostiqueurs, les enchantements ou les charmes, contre la consultation des esprits, les diseurs de bonne aventure et les nécromanciens. « Car quiconque fait ces choses est en abomination à l’Éternel ; et à cause de ces abominations, l’Éternel, ton Dieu, les dépossède devant toi. Tu seras parfait avec l’Éternel, ton Dieu. Car ces nations, que tu vas déposséder, écoutent les pronostiqueurs et les devins ; mais pour toi, l’Éternel, ton Dieu, ne t’a pas permis d’agir ainsi » [18:12-14].

Assurément, ce principe n’est en aucune façon affaibli à l’époque actuelle. Je saisis l’occasion de mettre solennellement en garde chacun, spécialement les jeunes, contre le danger de courir avec légèreté après ce qu’on ne comprend pas, et spécialement contre le danger de livrer sa volonté à n’importe qui, hormis le Seigneur Jésus. C’est le danger majeur. Il est certain qu’il y a des puissances dans le monde naturel qui se situent bien au-delà des explications des hommes. Je ne veux pas provoquer de tollé contre ce qui n’est peut-être pas encore expliqué. Évitons la présomption de nous croire capables de tout expliquer. Mais, dans notre ignorance (que les plus sages sentent au plus haut point et qu’ils reconnaissent), tous les enfants de Dieu devraient avoir au moins cette sagesse de savoir en qui ils ont cru, qu’ils ont Sa Parole et Son Esprit, et qu’ils peuvent compter sur l’amour et la puissance infinis et la sagesse de leur part. Ils peuvent donc bien se permettre de laisser ce qui les dépassent, eux ou quiconque, entre les mains de Dieu leur Père. Ils seront peinés de voir les autres foncer en avant, sans avoir de Dieu sur qui compter ou vers qui regarder, sans avoir rien de plus élevé [qu’eux-mêmes].

Mais surtout méfiez-vous de ceci. Dès que quelqu’un vous demande d’abandonner votre esprit ou votre volonté à autrui, ne serait-ce qu’un moment, il y a la main évidente du diable là-dedans. Ce n’est pas une question de force physique, ou de ce qui est naturellement inexplicable. Ce qui est derrière l’abandon de soi ou de sa volonté à quelqu’un autre que Dieu, c’est assez clair dans son caractère et ses conséquences ; c’est aussi facile à comprendre. Le principe divin absolu est que le Seigneur et Lui seul a un droit sur vous. En conséquence, une pareille demande prouve que Satan profite de vous, même s’il s’agit peut-être de quelque chose de naturel. Ainsi sous le couvert de lois occultes auxquelles il est fait appel, il y a, derrière, quelque chose de plus profond que ce qui est naturel. Ne vous laissez donc pas tromper par le fait qu’il peut y avoir ou qu’il y a des choses qui dépassent notre entendement dans la nature. Il y a aussi le travail de l’ennemi qui, sous des formes nouvelles, révèle le même principe de mal qui a opéré depuis le déluge. Il a changé son nom, mais c’est au fond le même mal contre lequel l’Éternel mettait ici en garde Son peuple terrestre. Or nous, si nous nous laissons détourner, nous sommes bien plus coupables qu’eux, du fait que Dieu a répandu Sa parole avec une ampleur infiniment plus grande, et que, par le Saint Esprit depuis la rédemption, Il nous a donné la capacité d’entrer dans Ses pensée et Sa volonté bien au-delà de tout ce que même un grand sacrificateur pouvait approcher dans les temps anciens. Ici sans doute, il s’agissait de consulter un oracle divin et d’avoir une réponse dans des cas particuliers ; mais il n’y a aucun cas possible de difficultés, il n’y a aucun sujet concernant Dieu ou l’homme, qui n’ait une réponse dans l’Écriture, bien que nous ayons à nous attendre à Lui pour en profiter.


2.3.3 - [Deutéronome 18:15-22]

En bon ordre donc, nous trouvons non pas simplement ce curieux préliminaire où le mal est péremptoirement mis de côté et remplacé, — non seulement ensuite l’introduction des sacrificateurs, des Lévites, et des juges, ordinaires ou extraordinaires, — mais nous trouvons aussi l’introduction du grand prophète (*), Christ Lui-même. C’est l’une de ces esquisses saisissantes que l’Esprit de Dieu parsème dans toute l’Écriture. Ici et là, Christ brille plus que d’habitude. J’admets que l’Esprit de Christ (ou l’allusion à Lui) se trouve partout d’une manière ou d’une autre, mais ici c’est très manifeste. « L’Éternel, ton Dieu, te suscitera un prophète comme moi, du milieu de toi, d’entre tes frères ; vous l’écouterez, selon tout ce que tu demandas à l’Éternel, ton Dieu, à Horeb, le jour de la congrégation, disant : Que je n’entende plus la voix de l’Éternel, mon Dieu, et que je ne voie plus ce grand feu, afin que je ne meure pas. Et l’Éternel me dit : Ils ont bien dit ce qu’ils ont dit. Je leur susciterai un prophète comme toi, du milieu de leurs frères, et je mettrai mes paroles dans sa bouche, et il leur dira tout ce que je lui commanderai » [18:15-18]. Sans doute, ayant maintenant la révélation de Christ, chaque mot de ce passage acquiert une force dépassant de beaucoup ce qu’on pouvait attendre avant cette révélation, et chaque expression est maintenant lumineuse quand on voit son accomplissement dans le Seigneur Jésus. Or non seulement la plénitude de vérité de ces expressions est donnée à connaître en Jésus seul, mais il y a aussi le plus grand danger de Le sous-estimer, et du coup de tout perdre. « Et il arrivera que l’homme qui n’écoutera pas mes paroles, qu’il dira en mon nom, moi, je le lui redemanderai. Seulement, le prophète qui prétendra dire en mon nom une parole que je ne lui aurai pas commandé de dire, ou qui parlera au nom d’autres dieux, ce prophète-là mourra » [18:19-20].


(*) note Bibliquest : introduction du roi au ch .17


Ainsi le vrai prophète, Christ Lui-même, est clairement annoncé. Cette application à Christ en face de toute l’incrédulité des hommes, est affirmée par le Saint Esprit à plusieurs reprises, par Pierre en Actes 3, et par Étienne en Actes 7. Et en fait, nous n’avons même pas besoin de recourir à ces citations ; l’ensemble du Nouveau Testament est lui-même la démonstration irréfutable que Christ est le prophète dont il est parlé ici, et par conséquent de la folie et du péché d’en écouter un autre. Car Lui est venu ; et Dieu a rendu ce fait encore bien plus manifeste en gloire pour des témoins choisis. Sa propre voix a mis de côté Moïse et Élie, bien que l’un ait été l’introducteur de la loi et l’autre son grand restaurateur. Car c’était le Fils qu’il fallait maintenant écouter, et Lui seul reste quand les autres disparaissent [Luc 9:35-36]. Il est incontestable que cela dépasse la révélation donnée ici par Moïse, tout en en étant la confirmation la plus élevée possible.


2.4 - [Deutéronome 19]

Au ch. 19, nous avons l’ordonnance détaillée pour trois villes de refuge, puis pour trois supplémentaires ; au début du livre, nous avons vu les premières mises à part de l’autre côté du Jourdain. D’un côté Dieu voulait marquer la gravité de verser le sang ; d’un autre côté, Il ne voulait pas confondre une mort occasionnée par mégarde et un meurtre délibéré. En aucun cas cependant, Dieu voulait que Son peuple n’oublie que c’était Son pays, et qu’en conséquence, si le sang y était versé, il en était souillé. Cela fait sérieusement réfléchir. Voilà un homme fait à l’image de Dieu, et son sang a été versé dans Son pays. Dieu en prend connaissance, mais il n’y a pas lieu pour le moment de prouver ce qui s’y rapporte de près ou de loin. J’ai déjà approfondi le sujet. Remarquez seulement la différence d’avec le livre des Nombres. Dans les Nombres, il y avait une application spéciale à l’homicide quand il était hors du pays de sa possession [Nomb. 35:28,32]. Ici il n’est rien dit de la mort du sacrificateur oint de l’huile sainte. La raison en est évidente. Le livre du Deutéronome s’applique au peuple juste sur le point d’entrer dans le pays. Ainsi, les insertions et omissions de l’Esprit de Dieu [dans le texte] méritent autant d’être notées dans les livres de Moïse que dans les évangiles. Nous sommes davantage familiers avec l’idée et l’effet du dessein [divin] dans les évangiles, mais c’est tout aussi vrai ici et partout ailleurs.

Dans les versets 12-13, il est ordonné d’avoir le plus grand soin pour empêcher tout abus des villes de refuge. On ne devait pas aider un meurtrier à y trouver un abri permanent. Si le sang était versé intentionnellement et délibérément, les anciens de sa ville étaient tenus de l’envoyer chercher de là, et de le livrer au vengeur du sang pour qu’il meure (*).


(*) Il faut être vraiment acharné pour trouver des fautes quand on en arrive à dresser ce chapitre contre Nombres 35:14, comme le Dr Davidson le fait (Introd. O.T. i. 96). Il prend prétexte de ce que Nombres 35, écrit avant Deut. 19, parle de six villes de refuge, trois de chaque côté du Jourdain, tandis que le Deutéronome ne parle d’abord que de trois villes [Deut. 4], auxquelles trois autres devaient être ajoutées après la mort de Moïse [Deut. 19]. Il est ridicule d’en déduire que ces deux livres n’ont pas le même auteur, au moins les passages concernant ces villes. Le Deutéronome traite de la loi générale des institutions, les Nombres [ch. 35] donnent un règlement plus précis des détails. Cela est confirmé, non pas affaibli par Deut. 4:41-44 où il est dit que Moïse sépara trois villes du côté oriental, exactement comme l’instruction de Nombres 35 — tandis que Deut. 19 nous montre, non pas ces trois seulement, mais trois de plus au cas où l’Éternel agrandirait leurs limites comme Il avait juré de le faire. Seul un œil malveillant peut trouver ici du manque d’ordre ou d’harmonie.


Puis nous trouvons qu’il est de nouveau veillé à la qualité des témoignages, ceci étant confirmé par la grande loi sur une juste rétribution. Autrement dit, si un témoin donnait délibérément un témoignage faux et donc malveillant, la sanction qui aurait été imposée si ce témoignage avait été selon la vérité, devait retomber sur l’auteur du mauvais rapport. Tout cela est suivi avec soin. « Et ton œil n’épargnera point : vie pour vie, œil pour œil, dent pour dent, main pour main, pied pour pied » [19:21].


2.5 - [Deutéronome 20 — Guerres]

Puis, au ch. 20 vient la loi de la guerre. Il est pris le plus grand soin que les batailles ne suivent en aucune façon les dérèglements des Gentils. Le principe directeur, ici comme ailleurs, c’est la confiance en l’Éternel, le Dieu qui avait pris Son peuple, l’avait fait sortir d’Égypte et mis en relation avec Lui-même, et qui le plaçait maintenant dans Son propre pays. Ce serait en dessous de l’honneur de Dieu que tout un chacun soit forcé de combattre Ses batailles [20:5-8]. Il voulait en toutes choses donner à Son peuple de penser à Lui. Ce n’était pas une question de science militaire ou de stratégie, de force ou d’habileté ou de ruse, mais de l’Éternel, leur Dieu. Il est évident que ceux qui allaient s’engager dans la bataille ne pouvait être mieux préservés par rien d’autre de ce qui était indigne d’un tel Dieu et d’un tel peuple. Aujourd’hui on considère cela comme une particularité très frappante du Deutéronome, et il est évident que cela lui convient très bien à tous égards. Le pays céleste est pour nous la scène des luttes avec l’ennemi. On ne trouve pas ce genre de lois de la guerre dans les autres livres de Moïse ; elles ne sont qu’ici. Le désert est une scène de tentation. Canaan est le lieu où l’ennemi doit être combattu et battu. Or aucune puissance ne peut le surmonter hormis celle de Dieu. Par conséquent, la lâcheté serait intolérable, car elle ne pouvait provenir que de ce que le peuple penserait à lui-même et aux ennemis au lieu de penser à l’Éternel leur Dieu. Impossible dans ces conditions de gagner les batailles de l’Éternel. Ce qui assure la victoire, c’est la certitude que notre Dieu appelle à combattre, que cette Sa bataille est la Sienne, non pas la nôtre : lorsqu’il en est ainsi, nous sommes aussi sûr de la fin que du commencement. Nous sommes tranquillement convaincus qu’Il ne nous envoie pas à nos dépens, et qu’ensuite Celui qui appelle à combattre assurera la défaite de l’ennemi.

De là vient la formulation très minutieuse par Dieu de Sa considération pour Son peuple. Si l’on avait bâti une nouvelle maison, ou si on avait planté une vigne ou qu’on s’était fiancé à une femme, tout est pris en compte : si la peur prévalait dans le cœur, il leur est fait sentir qu’ils étaient indignes de participer aux batailles de l’Éternel. Ensuite, il y a une belle considération de Sa part pour l’ennemi : en s’approchant d’une cité menacée, ils avaient d’abord à lui proposer la paix : une manière de faire la guerre singulière, mais digne de Dieu. Il ne prenait aucun plaisir à la guerre, et si Son peuple devait quand même combattre, Il voulait l’habituer à aller de l’avant en se souvenant qu’ils étaient « chaussés de la préparation de paix », si je puis dire [Éph. 6:15]. « Et s’il arrive qu’elle te fasse une réponse de paix et qu’elle s’ouvre à toi, alors tout le peuple qui sera trouvé dedans te sera tributaire et te servira. Et si elle ne fait pas la paix avec toi, mais qu’elle fasse la guerre contre toi, tu l’assiégeras ; et quand l’Éternel, ton Dieu, la livrera en ta main, tu frapperas tous les mâles par le tranchant de l’épée » [20:11-13]. La sévérité de traitement est juste en proportion de la réalité de l’offre de paix faite auparavant. Les voies de Dieu ne sont pas comme les nôtres.

Ensuite, « c’est ainsi que tu feras à toutes les villes qui sont très éloignées de toi » [20:15a]. Il y avait une seule exception : il ne devait pas y avoir de paix avec les Cananéens, non pas parce qu’ils étaient des rivaux redoutés, mais parce qu’ils étaient voués à la destruction en raison de leurs abominations et de leurs corruptions. Certains voient là une difficulté. Les autres peuvent être intéressés, sans pour autant que les premiers soient soulagés de leur difficulté, par le fait que, du point de vue des types, les Cananéens représentent les émissaires de Satan, les puissances spirituelles de méchanceté qui sont dans les lieux célestes, — les dominateurs des ténèbres de ce monde contre lesquels nous sommes maintenant appelés à combattre [Éph. 6:1-13]. Ce sont spécialement les puissances du mal qui en permanence transforment les moindres bribes de religion en des instruments de déshonneur délibéré et ruineux contre Dieu. Avec ce genre d’ennemis, il ne peut et il ne doit y avoir aucune concession, aucun compromis, aucune cessation de la lutte à aucun moment et en aucune circonstance. C’est la force du type auquel il est fait ici référence.

Je peux juste ajouter la remarque supplémentaire que, de toutes les nations sur la face de la terre, aucune n’était un pareil foyer de toute sorte de corruptions parmi les hommes, et de toute méchancetés et abominations aux yeux de Dieu, comme les Cananéens que Dieu vouait à la destruction. Il était donc parfaitement approprié, s’agissant de justice, de tenir ces Cananéens comme un signe d’avertissement solennel pour tout le monde de tous les temps. Si l’on cherchait une justice nationale, s’il fallait maintenir l’honneur de Dieu en Israël, ils devaient être extirpés ; et il y avait les plus sages raisons pour faire faire ce travail par l’épée d’Israël. Nous avons vu précédemment que, loin de passer légèrement par-dessus Son peuple, Dieu n’a jamais traité aucune nation avec autant de rigueur qu’Israël. Nous avons vu précédemment toutes les âmes d’Israël périssant dans le désert, sauf les deux espions qui ont tenu pour Dieu à la fois contre leurs semblables et contre la foule. Si Dieu fit que tout Israël tombe dans le désert à cause de leurs péchés, si Dieu n’épargna même pas la faute unique de Moïse qu’il relate lui-même, comment des peut-on avoir raison de se plaindre du châtiment tombant sur ces corrupteurs de la race d’Israël, qui n’auraient pas manqué de détruire moralement Israël s’ils avaient été épargnés ? En fait, les enfants d’Israël n’eurent pas la foi pour les détruire comme ils le devaient ; ils n’eurent donc pas la fidélité selon la parole de Dieu d’exterminer les Cananéens, ce qui fut bien pire pour eux ; car ceux-ci devinrent le moyen d’entrainer Israël dans des abominations, et ainsi d’attirer sans tarder les jugements sur eux.

Cela suffira alors, je l’espère, pour dévoiler la folie de se défier de l’Écriture, et sur la sagesse de toujours mettre notre sceau sur le fait que Dieu est vrai et juste. En bref, Dieu est toujours bon, vrai, sage et juste.

Remarquez autre chose. Quand Israël assiégeait une ville, Dieu montrait Ses soins, ne fût-ce qu’en faveur d’un arbre à fruits comestibles ; Il rattachait cela à ce que Sa propre main était sur Son peuple, au milieu de ce qui démontrait que Sa face était dressée contre les ennemis de Sa gloire dans le monde. Néanmoins même là, il ne voulait pas leur permettre d’agir sans considération pour ce qui pouvait servir de nourriture pour l’homme. « Seulement, l’arbre que tu connaîtras n’être pas un arbre dont on mange, celui-là tu le détruiras et tu le couperas » [20:20a] ; mais dans le cas de ceux qui fournissaient de la nourriture, c’était absolument interdit. Voilà comment Dieu est, agissant dans le temps et ayant en même temps des conseils d’éternité en éternité, mais condescendant à parler et à exercer les pensées de Son peuple sur les plus petits détails de la vie.


2.6 - [Deutéronome 21]

2.6.1 - [Deutéronome 21:1-9]

Au ch. 21, nous avons quelques particularités d’une nature remarquable, et propre à ce livre, sur lesquelles il faut dire quelques mots. « Quand on trouvera sur la terre que l’Éternel, ton Dieu te donne pour la posséder, un homme tué, étendu dans les champs, sans qu’on sache qui l’a frappé » [21:1] que fallait-il faire ? « Tes anciens et tes juges sortiront, et mesureront jusqu’aux villes qui sont autour de l’homme tué » [21:2]. Tout devait être fait avec un grand soin. « Et [quand ils auront établi quelle est] la ville la plus rapprochée de l’homme tué » [21:3a] — Dieu s’occupe même de cela — « Et [quand ils auront établi quelle est] la ville la plus rapprochée de l’homme tué, les anciens de cette ville prendront une génisse qui n’a pas servi et qui n’a pas tiré au joug, et les anciens de cette ville feront descendre la génisse dans une vallée rude [KJV ; JND traduit : « une vallée où coule un torrent qui ne tarit pas], dans laquelle on ne travaille ni ne sème » (une figure de ce monde), « et là, dans la vallée, ils briseront la nuque à la génisse. Et les sacrificateurs, fils de Lévi, s’approcheront ; car ce sont eux que l’Éternel, ton Dieu, a choisis pour faire Son service et pour bénir au nom de l’Éternel ; et ce sont eux qui prononceront sur tout différent et sur toute blessure. Et tous les anciens de cette ville, qui sont les plus rapprochés de l’homme tué, laveront leurs mains sur la génisse à laquelle on aura brisé la nuque dans la vallée ; et ils prendront la parole et diront : Nos mains n’ont pas versé ce sang, et nos yeux ne l’ont pas vu. Pardonne, ô Éternel, à ton peuple Israël que tu as racheté, et n’impute pas à ton peuple Israël le sang innocent. Et le sang leur sera pardonné » [21:3-8].

Dieu est disposé à considérer que c’est justement de cette manière que Christ a été trouvé mis à mort dans ce monde. Il a été trouvé mis à mort parmi eux, au milieu d’Israël. Cela apparaît être une ressource de grâce, quand Dieu aura purifié le résidu pieux dans les jours à venir, et que ceux-ci seront sur le point de devenir la nation forte, entrant une fois de plus et pour toujours dans le pays de leur héritage. C’est le moyen par lequel Dieu les lavera de la tache de sang dans le pays. Il ne les excusera pas au motif que leurs mains n’ont pas réellement fait l’acte. Cet acte a, bien sûr, été fait il y a bien longtemps ; et c’est bien là qu’il a été commis. Christ fut trouvé dans la vallée la plus proche d’eux. Ainsi, pour l’Israël de ce jour-là, Dieu ne fermera pas les yeux sur l’acte de la mort de Christ. D’une part Il n’acceptera pas d’excuses, et d’autre part Il ne les jugera pas irrémédiablement coupables. Quand la grâce aura ramené leur cœur, Il pourvoira à ce que le sacrifice même de Christ serve dans toute sa puissance expiatoire à les laver de la culpabilité d’avoir versé Son sang précieux. Rappelons-nous que la mort de Christ quand on la regarde de près, a deux aspects selon qu’on la regarde du côté de l’homme ou du côté de Dieu. Humainement c’était la pire culpabilité possible ; par la grâce de Dieu, c’est ce qui seul lave de la culpabilité. L’homme qui ne peut pas distinguer entre ces deux vérités, ou qui sacrifie l’une ou l’autre, a beaucoup à apprendre de l’Écriture, et même de son propre péché et de la grâce de Dieu dont nous avons ici le type. Le principe très contesté dans une polémique récente et douloureuse [ ?] me semble irréfutablement décidé par l’Esprit dans cette ombre des biens à venir.


2.6.2 - [Deutéronome 21:15-17]

Ensuite il est supposé le cas d’une épouse, ou celui de l’enfant d’une épouse aimée. « Si un homme a deux femmes, l’une aimée et l’autre haïe, et qu’elles lui aient enfanté des fils, tant celle qui est aimée que celle qui est haïe, et que le fils premier-né soit de celle qui est haïe, alors, le jour où il fera hériter à ses fils ce qui est à lui, il ne pourra pas faire premier-né le fils de celle qui est aimée, de préférence au fils de celle qui est haïe, lequel est le premier-né ; mais il reconnaîtra pour premier-né le fils de celle qui est haïe, pour lui donner double portion de tout ce qui se trouvera être à lui » [21:15-17a]. Là aussi, nous avons un autre type remarquable des voies de Dieu ; car ayant d’abord choisi Israël, par la suite (et à cause de leur péché) Il lui plut de prendre les Gentils pour Lui-même. Les Juifs ont refusé le témoignage ; et quant aux Gentils, il est dit qu’ils écouteront. Néanmoins ici, Il donne une belle ressource pour montrer qu’Il n’en a pas fini avec ce qui se lèvera comme le fils premier-né de celle qui est apparemment haïe — ce qu’il a eu en premier d’elle. Au contraire c’est justement celui-là pour qui les droits de l’héritage seront conservés pour le moment où la repentance aura opéré dans les cœurs. Ainsi, il est évident que le résidu pieux des derniers jours aura ses droits préservés, selon la précieuse parole de ce chapitre.


2.6.3 - [Deutéronome 21:18-21]

Mais une autre ordonnance suit. C’est le cas d’un fils indocile et rebelle. À qui cela s’applique-t-il ? Au peuple d’Israël dans leur propre volonté obstinée et leur irrespect envers l’Éternel, leur Dieu. Dieu le présente sous toutes sortes de formes. Hélas ! Lorsque la bénédiction aura été opérée, lorsque le cœur contrit du résidu désirera le Messie, ils ne se tourneront pas tous vers Dieu. Au contraire la grande masse de la nation sera plus que jamais rebelle et apostate. La fin de ce siècle ne verra pas des cœurs unis parmi les Juifs, mais un peuple séparé et brisé — un peuple avec des brèches aussi béantes que possible parmi eux : quelques-uns auront les cœurs vraiment touchés par la grâce, comme nous l’avons vu, et sont destinés à avoir la place de premier-né sur la terre ; la plupart, d’autre part, combattront jusqu’au bout contre Dieu, et rejetteront Son témoignage, pour leur propre perdition. C’est le fils indocile, dont il est dit : « alors son père et sa mère le prendront et l’amèneront aux anciens de sa ville, à la porte de son lieu ; et ils diront aux anciens de sa ville : Voici notre fils, il est indocile et rebelle, il n’écoute pas notre voix, il est débauché et ivrogne » [21:19-20]. Voilà ce qu’Israël a été. « Et tous les hommes de sa ville le lapideront avec des pierres, et il mourra ; et tu ôteras le mal du milieu de toi, et tout Israël l’entendra et craindra » [21:21].


2.6.4 - [Deutéronome 21:22-23]

Mais le chapitre ne se termine pas par cela. Il y a une autre scène, plus profonde que toutes. « Et si un homme a commis un péché digne de mort, et qu’il ait été mis à mort, et que tu l’aies pendu à un bois, son cadavre ne passera pas la nuit sur le bois ; mais tu l’enterreras sans faute le jour même, car celui qui est pendu est malédiction de Dieu ; et tu ne rendras pas impure la terre que l’Éternel, ton Dieu, te donne en héritage » [21:22-23]. Cela n’appelle pas une longue remarque, mais assurément une réflexion solennelle et une profonde reconnaissance vis-à-vis de la grâce de Dieu par laquelle, la pire honte et la souffrance que l’homme a accumulées sur Jésus, Dieu les a fait tourner en propos d’amour rédempteur ; car qui ne sait pas que Jésus a pris cette place de malédiction sur la croix, pour porter notre jugement aux yeux de Dieu ? Il a su aussi ce que c’était que d’être pendu au bois — ce que c’était d’être fait malédiction pour nous. Nos âmes sont déjà entrées dans la bénédiction. Mais tout montre à quel point Jésus est totalement l’objet du Saint Esprit ; car un chapitre, qui semblerait quelque peu obscur à première vue, est rendu clair et lumineux et plein d’instruction dès l’instant où l’on introduit Jésus et où on Le voit en relation avec Son ancien peuple. La substance et la pensée de ce chapitre sont bien sûr également vraies du chrétien, et d’une manière plus élevée. C’est entièrement une question de savoir si nous utilisons la vraie lumière, ou si nous voilons la parole de Dieu avec nos propres ténèbres. L’incrédulité non seulement ne voit pas, mais elle exclut et nie la seule lumière des hommes.


2.7 - [Deutéronome 22]

Au ch. 22, nous avons un groupe de différentes institutions sur des questions de justice, de soins, d’amour, de tendresse — les plus petites choses comme les plus grandes — mais elles sont si nombreuses, — des choses qui en elles-mêmes vont volontairement des plus minuscules aux plus importantes, — que s’attarder sur elles une à une occuperait beaucoup trop de temps pour ce que nous nous proposons. Cependant chacun peut comprendre qu’ici le grand objet est que Dieu voulait former le cœur de Son peuple dans cette relation et cette mesure selon Ses propres affections. Dieu voulait leur donner non pas des pensées seulement justes, mais des pensées saintes, et non seulement cela, mais des pensées mêlées de tendresse lorsque c’était désirable. On trouve tout cela dans ce chapitre si on en pèse correctement le contenu.


2.8 - [Deutéronome 23]

Mais il y a une autre considération. Au ch. 23 Dieu voudrait nous enseigner des différences à faire dans nos jugements et nos pensées vis-à-vis des autres, et par conséquent dans notre conduite à leur égard. La plupart des gens ont horreur d’être raillés avec partialité — spécialement ceux qui ont quelque sens de la justice selon Dieu. Cependant il y a des distinctions à faire (mais sans partialité, car la partialité est toujours un tort) ; si nous sommes sages, nous ne dévierons pas de l’évaluation soigneuse et consciencieuse de toutes les circonstances qu’il y a lieu de prendre en compte ; et nous pèserons aussi ce que Dieu peut nous donner à juger de chaque cas ou de chaque personne particulière, — car Lui fait des différences, mais sans acception de personnes. Quand il est question de Sa grâce, il n’y a aucune différence, tout est au niveau zéro. D’un côté le péché est un grand niveleur en présence de Son jugement éternel ; de l’autre, la grâce ne l’est pas moins en sens contraire, mais alors il s’agit de la valeur de Christ et de Son œuvre pour amener des âmes en Sa présence dans la faveur et dans la paix. Pareillement perdus dans le péché, nous en sommes pareillement sauvés par la foi en Jésus. Mais en disant ceci, nous avons tout dit ici, et nous entrons dans une foule de différences de tout côté. Il me semble que c’est ce qui est très clairement indiqué dans notre chapitre.

Par exemple, voyez comment cela s’applique à ceux auxquels il était interdit d’entrer dans la congrégation de l’Éternel. Notez ici que c’est Sa congrégation ; car c’est le grand sujet du livre : tout trouve son centre et sa source en Lui. Ce n’est pas simplement la congrégation d’Israël, il est important de le garder à l’esprit pour agir dans la pratique. On n’agira jamais correctement dans l’assemblée, si on la regarde simplement comme l’assemblée des saints, bien qu’en soi ce soit parfaitement vrai. C’est l’assemblée de Dieu ; et même si nous savons que beaucoup reculent devant cette appellation comme étant un terrain élevé, ce n’en est que mieux. Si c’est la vérité, peut-elle être trop élevée ? Nous avons besoin de tout ce qui peut nous élever au-dessus de notre petitesse et de notre bassesse. Nous arrivons facilement à être assez bas sans abandonner le seul levier d’action calculé et suffisant pour nous donner l’élévation dont nous avons besoin. Nous voulons avoir Dieu ; mais, abandonner la position et la relation que Sa grâce nous a octroyées par la rédemption n’est pas le moyen de nous rendre humbles. Au contraire, le fait même de garder à l’esprit que c’est l’assemblée de Dieu est la meilleure manière et la manière divine de nous rendre très sensibles à nos lacunes. Si nous la considérons comme une simple assemblée de saints, nous savons bien que les saints sont de pauvres créatures dans ce domaine ; de sorte que nous glissons facilement depuis des pensées médiocres jusqu’à nous mettre à excuser le péché ; à l’inverse, la chair qui professe les plus hautes théories sera d’autant plus vite manifeste. Quand il s’agit de l’assemblée de Dieu, la manière dont nous agissons et parlons est une affaire très sérieuse.

Dans ce cas, nous constatons que l’Éternel établit que certaines choses sont incompatibles avec la position des saints et leur relation avec Lui. Ils doivent se comporter d’une manière appropriée à Sa congrégation ; quant aux autres, « l’Ammonite et le Moabite n’entreront pas dans la congrégation de l’Éternel ; même leur dixième génération n’entrera pas dans la congrégation de l’Éternel, à jamais ; parce qu’ils ne sont pas venus à votre rencontre avec du pain et de l’eau dans le chemin, lorsque vous sortiez d’Égypte » [23:3-4a]. L’Éternel n’oublie pas quand il s’agit de gouvernement. Il oublie (et c’est précisément ce qu’Il fait) quand c’est une question de grâce. En outre Il dit : « Tu ne chercheras jamais leur paix, ni leur prospérité, tous tes jours » [23:6]. Mais il est remarquable aussi que quand Il parle des Édomites (je ne crois pas qu’il soit jamais dit qu’Il ait haï l’un d’eux, comme il a haï Ésaü), alors Il dit : « Il est ton frère » [23:7]. De même avec ceux qui autrefois s’étaient opposés à eux, « Tu n’auras pas en abomination l’Égyptien, car tu as séjourné comme étranger dans son pays » [23:7b]. Ainsi, nous voyons qu’il ne s’agit pas de haine de notre part, mais de soumission à Dieu, de tirer de Sa parole l’orientation de nos pensées, et d’y conformer nos jugements et notre conduite. Je n’ai absolument aucun doute que, si nous pesons l’Écriture, nous verrons en temps voulu la sagesse de l’avoir fait. Mais il ne s’agit pas de notre capacité à apprécier la sagesse de Dieu. Notre affaire est de croire et de Lui obéir ; et il y a la manière dont Il prend soin du moindre d’entre nous. Le plus simple enfant de Dieu peut suivre Sa parole et lui être soumis.

Les plus sages entrent difficilement dans toute Sa sagesse. Il s’agit seulement de croître très progressivement dans Sa vérité et Ses pensées infinies ; or cela nous est ouvert dans l’Écriture. Nous sommes invités à lire et comprendre, car Il a révélé par l’Esprit à Ses enfants ce qui dépasse complètement l’homme, et l’Esprit sonde toutes choses, même les choses profondes de Dieu [1 Cor. 2:10]. C’est notre privilège de dire « nous savons » : qui peut alors mettre des limites à la puissance en grâce de Dieu lorsqu’elle nous fait vraiment comprendre Ses voies ? Mais qu’on comprenne ou pas, l’autorité de la parole de Dieu est impérative, et il est extrêmement réconfortant d’avoir fait une chose simplement parce que c’est la volonté de notre Dieu. Nous commençons ensuite à apprendre combien c’est béni, bon et sage. C’est beaucoup mieux que d’aboutir lentement à un jugement par nous-même, et ensuite d’agir. Si nous laissons de côté la foi pour être ainsi guidés, quelle perte profonde et irréparable ! Dans le premier cas, si nous acceptons Sa parole avec simplicité, la sagesse donnée est un fruit de Sa grâce au lieu d’être quelque chose que nous mettons à notre crédit. Dans le second cas, nous nous glorifions nous-mêmes parce que nous estimons la chose sage pour des raisons que nous pensons bonnes ; dans le premier cas, nous sommes soumis à Dieu parce que c’est Sa volonté selon Sa Parole. Rien n’est aussi bon que cela, rien n’est aussi saint et humble que la sagesse de la foi.

Dans le chapitre qui est devant nous, diverses règles de ce type sont formulées. Il y a aussi l’interdiction de tout ce qui était inconvenant et indigne pour le camp. Quel camp ? Le camp d’Israël ? Bien sûr, mais beaucoup plus. Il était naturel qu’il y ait de l’infirmité dans un camp d’hommes. Là n’était pas la question, mais était-ce oui ou non le camp de l’Éternel ? Quoi que soit ce qui était permis en se souvenant que nous sommes des hommes, Dieu voulait que Son peuple soit éduqué dans le sentiment qu’ils L’avaient Lui au milieu d’eux, et que tout devait être décidé par ce qui convient à Sa présence.


2.9 - [Deutéronome 24 et 25]

Ainsi au ch. 24, la question du divorce est à nouveau traitée ; nous devons dire qu’il y avait une certaine tolérance à cause de l’obstination de l’homme à cet égard. Ce n’est pas une question d’opinion, car notre Seigneur Jésus-Christ a décidé à cet égard. Personne ne peut comprendre la loi correctement, ni les Écritures de l’Ancien Testament en général, à moins de garder à l’esprit que, là, Dieu s’occupe de l’homme en tant que tel. Par conséquent, bien qu’on y trouve sagesse, bonté et justice, c’est l’homme dans la chair mis à l’épreuve, et ce n’est donc pas encore le déploiement de la perfection de la pensée divine. Celle-ci ne se trouve que quand Christ est venu. Le premier Adam n’est pas le second ; et c’est avec le premier homme que Dieu était alors à l’œuvre. Aucune partie de la loi ne manque de la sagesse de Dieu ; mais, Christ n’étant pas encore révélé, Il n’allait pas en fait au-delà de l’homme tel qu’il était alors. Introduire ce qui est approprié pour le second homme n’aurait pas pu s’appliquer à Israël dans leur état d’alors.

Il me semble que Dieu a nettement marqué cela dans l’Écriture, y compris d’une manière extérieure, dans la mesure où Il ne s’est pas plu à nous donner Sa parole dans la même langue. Le témoignage constant s’opposant à la folie de confondre les deux Testaments s’appuie sur le fait patent que l’Ancien Testament est dans une langue, le Nouveau Testament dans une autre. On aurait pu penser qu’il était impossible de méconnaitre une différence aussi manifeste ; mais même des croyants acceptent d’être myope dans les choses divines, selon l’influence de la tradition ; car les gens ne pensent guère à l’Écriture, et ils ne savent donc pas comment appliquer ce qu’ils ont sous les yeux, les faits les plus nets et les plus sûrs, ainsi que les paroles de Dieu.

Mais il y a beaucoup plus que l’utilisation de langues différentes ; il y a la différence entre le premier homme tombé dans le péché, et le second homme descendu le premier dans les parties inférieures de la terre, et monté ensuite au-dessus des cieux après avoir accompli l’œuvre prodigieuse de la rédemption. Assurément c’est une différence aussi grande que possible, et c’est exactement ce qui domine entre l’Ancien et le Nouveau Testament, non pas dans le cœur des saints, mais comme un état de choses. Par conséquent, la relation est tout à fait d’un autre genre. Il s’ensuit que les dispositions convenables et appropriées quand Dieu avait comme objet devant Lui le premier homme, ne pouvaient pas s’appliquer au Second, sous la révélation et la rédemption duquel nous nous trouvons. Il faut avoir cela à l’esprit si l’on veut juger correctement au sujet de ces types, ou de la loi en général qui n’a rien amené à la perfection.

Dans le reste du ch. 24 et au ch. 25, nous trouvons une série de préceptes de miséricorde et de bonté à l’égard du peuple, y compris dans les affaires les plus ordinaires de la vie des ménages, — non pas seulement au sujet de la femme, mais aussi des autres personnes, les serviteurs, les étrangers, les moissons et les vignes, jusqu’aux soins du bétail. L’homme pauvre qui était en faute et puni n’était pas oublié. Il ne fallait pas outrepasser une certaine mesure, ni faire quelque chose qui rendrait son frère vil. Des coups peuvent être dus et nécessaires, mais rien ne doit détruire le respect. L’Éternel s’intéressait à toutes les affaires de Son peuple, et Il voulait le former par Sa propre éducation et Ses avertissements — un point important pour nous, à considérer bientôt.

Ensuite, tout ce qui ressemblait à un avantage pris là où les sentiments étaient dressés contre autrui, est réprimandé de manière très sévère [25:5-12]. Il est insisté sur une mesure juste et exacte [25:13-16]. Mais Amalek ne doit pas être oublié. « Souviens-toi de ce que t’a fait Amalek, en chemin, quand vous sortiez d’Égypte : comment il te rencontra dans le chemin, et tomba en queue sur toi, sur tous les faibles qui se traînaient après toi, lorsque tu étais las et harassé, et ne craignit pas Dieu. Et quand l’Éternel, ton Dieu, t’aura donné du repos de tous tes ennemis à l’entour, dans le pays que l’Éternel, ton Dieu, te donne en héritage pour le posséder, il arrivera que tu effaceras la mémoire d’Amalek de dessous les cieux : tu ne l’oublieras pas » [25:17-19]. Maintenant, qui osera dire que c’était mal ? Le Juge de toute la terre ne fera-t-Il pas et ne dira-t-Il pas ce qui est juste ? [Gen. 18:25]

Et cela me donne l’occasion d’insister sur quelques mots du Nouveau Testament, souvent oubliés dans leur esprit sinon dans la lettre. C’est la part du chrétien d’avoir en horreur le mal autant que d’aimer le bien. Prenez garde d’avoir la moindre sympathie pour celui qui estime que c’est bien d’être indifférent, tiède, nonchalant, — qui aime sans doute ce qui est agréable et bienfaisant en soi, mais qui ne déteste pas ce qui déshonore Dieu. Le caractère chrétien est absolument défectueux si (pour parler selon les types) il n’a pas la peau de taissons en même temps que le drap de bleu. Les sentiments de notre Seigneur Jésus contre le mal étaient très vifs. Lui seul est la perfection, et Il a montré ces sentiments pour notre profit et comme exemple. C’est le même principe qui est ici inculqué par le cas d’Amalek.

La vérité est tout à fait contraire à l’esprit du siècle, tout à fait différente de ce que les gens appellent un ton soft, ou de l’esprit du Christ – disent-ils. Ceux qui parlent ainsi ne savent pas grand-chose de Christ. Le fait est que s’ils avaient entendu Jésus dénoncer les formes religieuses et les hommes qui ne marchent pas par la foi, si eux ou leurs amis étaient tombés sous la censure qui remplissait Son âme (voir Matthieu 23), il est à craindre que le même genre de pensée et de sentiment les aurait amenés à condamner le Fils de Dieu. Ceci est d’autant plus important pour ceux qui, comme nous chrétiens, devons marcher en communion avec Christ et Sa croix tandis que la puissance du mal règne dans le monde. Il est inévitable que nous passions par des épreuves graves, et les prendre en grâce — voilà exactement le christianisme en pratique. Le millénium sera le renversement de la puissance du mal, et par conséquent la justice gouvernera. Mais ce qui amène la difficulté maintenant, c’est la perfection des voies de Dieu dans le christianisme, tandis qu’extérieurement le mal persiste. Dieu permet le pire mal, mais élève le chrétien au-dessus. Il s’éleva contre le Fils de Dieu Lui-même ; et le chrétien Le suit, Lui et Sa croix. Voilà donc précisément où et comment il doit marcher. Dieu permet au mal de faire rage à l’extrême, mais la grâce et la vérité en Christ dans la puissance de l’Esprit sont introduites dans le cœur du chrétien et régissent ses voies. C’est pourquoi il est appelé à avoir horreur du mal, autant qu’à aimer ce qui est bien ; et le cœur qui ne montre pas une haine divine du mal n’a vraiment guère d’amour pour le bien. L’un est la mesure de l’autre : ils sont inséparables de Christ, et devraient être inséparables du chrétien.


2.10 - [Deutéronome 26]

Au ch. 26, nous arrivons à une scène plus lumineuse : nous anticipons l’entrée d’Israël dans son pays. Nous trouvons ici un soulagement vis-à-vis des nombreuses exhortations en rapport avec des dangers de tous côtés. Au contraire, on a un riche afflux de bénédiction en perspective ; car on voit Dieu accomplir ce qu’Il avait promis à Son peuple autrefois. S’il les a introduits dans le pays, ils viennent remercier, pleins de reconnaissance de Sa grâce. « Et quand tu seras entré dans le pays que l’Éternel, ton Dieu, te donne en héritage, et que tu le possèderas, et y habiteras, alors tu prendras des prémices de tous les fruits de la terre, que tu tireras de ton pays que l’Éternel, ton Dieu, te donne, et tu les mettras dans une corbeille, et tu iras au lieu que l’Éternel, ton Dieu, aura choisi pour y faire habiter son nom ; et tu viendras vers le sacrificateur qu’il y aura en ces jours-là, et tu lui diras : Je déclare aujourd’hui à l’Éternel, ton Dieu » [26:1-3a]. Suit alors la pleine confession que la main de Dieu a accompli ce que Sa bouche avait promis. Ceci est caractéristique du chrétien, mais dans une atmosphère plus élevée. C’est le même principe, non pas seulement des promesses, mais celles-ci accomplies en Christ. Le chrétien n’est pas seulement un homme qui traverse le désert, mais il est déjà béni de toutes bénédictions spirituelles dans les lieux célestes en Christ. Les deux sont vrais. Si nous avons notre marche à travers le désert, nous avons aussi notre part dans le pays céleste.

Qu’est-ce qui convient à celui qui est conscient de cette position ? Qu’est-ce que Dieu recherche ? Rappelez-vous que c’est la place de tout chrétien, et une partie du ministère de Christ de rendre chaque chrétien conscient de cela. Il ne peut pas adorer Dieu pleinement à moins d’avoir dans son âme la certitude de sa proximité de Dieu par Christ et d’avoir Son œuvre comme fondement de sa relation. Quant à son corps, il est sans doute sur la terre, encore entouré de ce qui est loin de Dieu, mais quand il regarde en haut dans la présence de Dieu, il sait que son chez-lui est là. Ce n’est pas simplement qu’il y trouvera sa maison, mais que sa vie et sa justice étant là, le Saint Esprit est descendu pour lui donner un lien présent avec Christ dans la gloire. La conséquence est qu’il y a en lui ce qui correspond ici aux Israélites apportant des fruits du pays devant l’Éternel. Sa louange adressée à Dieu doit être fondée sur ce que l’Esprit le conduit à adorer selon la nouvelle position de bénédiction, mais avec un sens bien plus profond que jamais de son indignité à la lumière d’une telle grâce de la part de Dieu.

« Et tu prendras la parole, et tu diras devant l’Éternel, ton Dieu : Mon père était un Araméen qui périssait, et il descendit en Égypte avec peu de gens, et il y séjourna, et y devint une nation grande, forte, et nombreuse. Et les Égyptiens nous maltraitèrent, et nous humilièrent, et nous imposèrent un dur service ; et nous criâmes à l’Éternel, le Dieu de nos pères, et l’Éternel entendit notre cri, et vit notre humiliation, et notre labeur, et notre oppression ; et l’Éternel nous fit sortir d’Égypte à main forte, et à bras étendu, et avec une grande terreur, et avec des signes et des prodiges ; et il nous a fait entrer dans ce lieu-ci, et nous a donné ce pays, pays ruisselant de lait et de miel. Et maintenant, voici, j’ai apporté les prémices du fruit de la terre » [26:5-10a] ; il était déjà introduit en Canaan, puisqu’il dit : « la terre que tu m’as donnée, ô Éternel ! » [26:10b]. « Et tu les poseras devant l’Éternel, ton Dieu » [26:10c]. Quel qu’en soit la forme, l’exercice le plus important de la vie dans le chrétien est l’adoration. « Et tu te réjouiras de tout le bien que l’Éternel, ton Dieu, t’aura donné, et à ta maison, toi et le Lévite et l’étranger qui est au milieu de toi » [26:11]. Ceci est un autre trait, c’est-à-dire le cœur allant au-devant de ceux qui sont pauvres, méprisés, misérables sur la terre. Ceci est censé suivre par la suite.

Puis ensuite, nous avons une ordonnance particulière sur le don des dîmes. « Quand tu auras achevé de lever toute la dîme de ta récolte, dans la troisième année, qui est l’année de la dîme, tu la donneras au Lévite » [26:12a] (c’était une dîme spéciale) « tu diras devant l’Éternel, ton Dieu : J’ai emporté de ma maison les choses saintes, et je les ai aussi données au Lévite » [26:13a]. Le cœur ne considère pas seulement ce que Dieu a fait pour lui, mais il est amené aussi à considérer ceux qui sont dans le monde, extérieurement sans amis, comme des objets spéciaux de nos soins. Apprenons-nous une telle obligation devant notre Dieu, et prenons-nous soin d’eux selon ce que Sa bonté nous a donné ? C’est ce qui est introduit ensuite. Ainsi, l’Israélite était appelé non seulement à exprimer la louange, mais à confesser, avec une conscience exercée, la manière dont il utilisait la position de bénédiction où il avait été amené, et la mesure avec laquelle il répandait autour de lui le sens de la bénédiction.

En dernier lieu, il y a une prière ; car peu importe la façon dont Dieu nous bénit, et dans quelle mesure il Lui plaît de faire de nous des moyens de bénédiction pour les autres (ce sont clairement les deux points précédents que nous avons vus), il y a cette autre considération que nous ne sommes pas sortis de la position de dépendance. L’adoration n’affaiblit pas la prière. « Regarde de ta sainte demeure, des cieux, et bénis ton peuple Israël et la terre que tu nous as donnée » [26:15a]. Nous désirons maintenant une bénédiction pour le peuple de Dieu adaptée à la position de grâce dans laquelle nous sommes. Cela nous fait sentir le besoin de Dieu à chaque instant. « Aujourd’hui l’Éternel, ton Dieu, te commande de pratiquer ces statuts et ces ordonnances » [26:16a]. Encore une fois, l’obéissance, au lieu d’être affaiblie en aucune mesure, est renforcée par le sentiment de la proximité de Dieu dans laquelle nous sommes amenés. « Tu as fait promettre aujourd’hui à l’Éternel qu’il sera ton Dieu, pour que tu marches dans ses voies, et que tu gardes ses statuts, et ses commandements, et ses ordonnances, et que tu écoutes sa voix ; et l’Éternel t’a fait promettre aujourd’hui que tu seras pour lui un peuple qui lui appartienne en propre, comme il t’a dit, et que tu garderas tous ses commandements, pour qu’il te place très-haut en louange et en renommée et en beauté, au-dessus de toutes les nations qu’il a faites ; et que tu seras un peuple saint, [consacré] à l’Éternel, ton Dieu, comme il l’a dit » [26:17-19].


2.11 - [Deutéronome 27 et 28]

« Ensuite, nous arrivons à une autre très importante division de ce livre. La première remarque que je voudrais faire est de faire attention à ne pas confondre les ch. 27 et 28. Les deux chapitres sont distincts dans leur principe. Ce n’est pas une simple question de forme, mais ils sont tout à fait différents en caractère. Un passage de l’Écriture qui aidera beaucoup à mettre cela en lumière est l’usage que l’apôtre Paul fait du ch. 27 quand il le cite en Gal. 3. Il ne cite pas le ch. 28. On peut dire hardiment que cela aurait été incompatible avec le but de l’Esprit de Dieu d’y citer quoi que ce soit d’autre que le ch. 27. Cela est un fait ; et dans l’Écriture tout est correct, ce qui n’est pas le cas dans la nature déchue.

Or voilà notre remarque. En Gal. 3:9-10, il est dit : « De sorte que ceux qui sont sur le principe de [la] foi sont bénis avec le croyant Abraham. Car tous ceux qui sont sur le principe des œuvres de loi sont sous malédiction ; car il est écrit : Maudit est quiconque ne persévère pas dans toutes les choses qui sont écrites dans le livre de la loi pour les faire ». C’est une citation du dernier verset de Deutéronome 27. De quoi traite l’apôtre ? Non pas simplement de ce qui se rapporte à la vie présente. Il regarde la loi comme ce qui apporte la malédiction pour toujours. En se servant de cet éclairage, il n’est alors pas question de choses présentes, mais d’une malédiction aux yeux de Dieu. Cela donne la véritable clé du passage par rapport au ch. 28. Nous verrons que les bénédictions et les malédictions du ch. 28 sont strictement celles qui se rapportent à la malédiction effective de l’homme ici-bas.


2.11.1 - [Deutéronome 27]

Au ch. 27 nous lisons : « Et Moïse et les anciens d’Israël commandèrent au peuple, disant : Gardez tout le commandement que je vous commande aujourd’hui » [27:1], et il ordonne que, quand ils auraient passé le Jourdain, ils devraient dresser de grandes pierres. « Et il arrivera que le jour où vous passerez le Jourdain, [pour entrer] dans le pays que l’Éternel, ton Dieu, te donne, tu te dresseras de grandes pierres, et tu les enduiras de chaux ; et tu écriras sur elles toutes les paroles de cette loi, quand tu auras passé, pour entrer dans le pays que l’Éternel, ton Dieu, te donne, pays ruisselant de lait et de miel, comme l’Éternel, le Dieu de tes pères, t’a dit. Et il arrivera, quand vous passerez le Jourdain, que vous dresserez ces pierres sur la montagne d’Ébal, [selon ce] que je vous commande aujourd’hui, et tu les enduiras de chaux. Et tu bâtiras là un autel à l’Éternel, ton Dieu, un autel de pierres, sur lesquelles tu ne lèveras pas le fer : tu bâtiras l’autel de l’Éternel, ton Dieu, de pierres entières ; et tu offriras dessus des holocaustes à l’Éternel, ton Dieu. Et tu y sacrifieras des sacrifices de prospérités, et tu mangeras là, et te réjouiras devant l’Éternel, ton Dieu » [27:2-7]. Mais plus loin il est dit : « Quand vous aurez passé le Jourdain, ceux-ci se tiendront sur la montagne de Garizim pour bénir le peuple : Siméon, et Lévi, et Juda, et Issacar, et Joseph, et Benjamin ; et ceux-ci se tiendront sur la montagne d’Ébal, pour maudire : Ruben, Gad, et Aser, et Zabulon, Dan, et Nephtali » [27:12-13]. Ainsi le commandement est donné que la moitié des tribus devait se tenir sur une montagne pour bénir, et l’autre moitié sur une autre montagne pour maudire. Nous trouvons ici comment cela s’accomplirait : « Et les Lévites prendront la parole, et diront à haute voix à tous les hommes d’Israël : Maudit… » et ainsi de suite dans tous les versets jusqu’au dernier

Comment cela se fait-il ? Où sont les bénédictions ? Nulle part. Il ne reste rien que les malédictions. N’est-ce pas solennel ? Le point-clé, comme l’apôtre le présente, est la portée de la loi sur les âmes devant Dieu. À la parole de Moïse, la moitié des tribus sont invitées à se mettre sur une montagne pour prononcer la bénédiction, l’autre moitié pour prononcer la malédiction ; mais quand tout a été exécuté, l’Écriture n’a plus rien à enregistrer, sinon la malédiction, sans un mot quelconque de bénédiction. Il est impossible à l’homme de trouver la bénédiction avec la loi en la présence de Dieu quand on en arrive à son application positive. Peu importe l’appel, lorsque nous sommes devant le fait, il n’y a rien à dire qu’une malédiction. On ne connaît guère d’Écriture plus solennelle, ou plus caractéristique de ce livre.

Ce n’est pas qu’il y ait la moindre répugnance de la part de Dieu à bénir, loin de là ; et la mission était autant de bénir que de maudire. Mais hélas ! la créature, le premier homme, était mise à l’épreuve par la loi de Dieu ; et le résultat, pour autant que cela dépende de l’homme, est et ne peut être que la malédiction, qui est la seule chose qu’il obtient quand on en arrive au fait. Les malédictions étaient prononcées, et pas un mot sur des bénédictions. Il y avait un appel à bénir et la préparation nécessaire pour le faire ; mais le résultat était qu’il n’y avait pas de bénédictions à prononcer, rien que de la malédiction. Et quelle chose terrible que dans notre chrétienté, après que l’évangile lui-même a été introduit au prix de la mort de Jésus, le Fils de Dieu, c’est ce qui est pourtant tonné — la malédiction et non la bénédiction ! Est-ce une excuse légitime que ce qui prévaut est un manque complet d’intelligence spirituelle ? Pourquoi cette carence devrait-elle encore exister quand il y a le Deutéronome commenté par l’apôtre Paul écrivant aux Galates ? Ce n’est pas faute de lumière divine là. Dans tous les deux il y a la parfaite et incomparable sagesse de Dieu. Dans l’un Moïse parle du résultat terrible, lui-même étant plein d’amour pour le peuple, et plein de désirs ardents pour eux ; dans l’autre, la lumière que donne l’évangile par Paul le confirme : sur le terrain de la loi, il ne reste rien pour l’homme que la malédiction. Les bénédictions peuvent être présentées, mais il n’y a pas de main pour s’en emparer, ni de bouche pour les prononcer : seulement un silence de mort qui augure mal de la bénédiction. Les malédictions résonnent de la montagne de la malédiction, et elles sont relatées minutieusement dans toute leur sévérité, mais aucune bénédiction n’est rapportée ici de la montagne de la bénédiction. Pas un soupçon de celles-ci ne figure au ch. 27. Pour faire du remplissage avec une apparence de bénédiction, les hommes ont confondu les chapitres et leurs portées bien distinctes. Ils ont cherché la bénédiction au ch. 28. Ils ont tout à fait tort. Il n’y a pas la moindre base pour faire une telle connexion.


2.11.2 - [Deutéronome 28]

Tournons-nous vers le ch. 28 où l’on voit la distinction avec une grande clarté. « Et il arrivera que si tu écoutes attentivement la voix de l’Éternel, ton Dieu, pour prendre garde à pratiquer tous ses commandements que je te commande aujourd’hui, l’Éternel, ton Dieu, te mettra très-haut au-dessus de toutes les nations de la terre » [28:1]. C’est purement national. Cela n’a rien à faire avec l’âme aux yeux de Dieu. « Et toutes ces bénédictions viendront sur toi et t’atteindront, si tu écoutes la voix de l’Éternel, ton Dieu. Tu seras béni dans la ville, et tu seras béni dans les champs » [28:2-3]. Ce n’est pas ce qu’une pauvre âme désire. Cela ne répond nullement au sentiment de culpabilité ou à la crainte du jugement. Le pécheur a besoin de quelque chose qui dure pour toujours. Il veut ce qui sera dans le ciel, et pas simplement dans les champs ou dans la ville. Il veut l’acceptation de lui-même auprès de Dieu, non pas simplement recevoir quelque chose dans sa corbeille et dans sa huche [placard, bahut] ; or il n’y a rien de ce genre dans notre paragraphe. La distinction est donc radicale et tout à fait nette. Ce qui montre que ce ne sont pas les bénédictions qui devaient avoir été prononcées sur la montagne de bénédiction, c’est qu’après le verset 15, des malédictions analogues suivent ces bénédictions. « Et si tu n’écoutes pas la voix de l’Éternel, ton Dieu, pour prendre garde à pratiquer tous ses commandements et ses statuts que je te commande aujourd’hui, il arrivera que toutes ces malédictions viendront sur toi et t’atteindront : tu seras maudit dans la ville, et tu seras maudit dans les champs » [28:15-16]. Au chapitre précédent [27], il n’est pas question de nous sommes maudits, mais plutôt de la personne maudite. Ici, on voit une malédiction particulière tombant sur un domaine particulier.

Au ch. 27, c’est une malédiction absolue et personnelle ; ce n’est pas simplement dans les circonstances, si grand que soit le changement par rapport au ch. 28. Voilà la différence. En bref, au ch. 27, nous avons l’indication profonde de ce à quoi la loi aboutit dans les mains de l’homme, du premier homme. Quelle que soit la bonté de Dieu, l’homme est ruiné. La conséquence en est qu’il y a seulement une malédiction et pas de bénédiction.

Au ch. 28, nous avons la loi, non pas vue dans sa nature propre, comme une question entre Dieu et l’homme, mais vue comme la règle du gouvernement terrestre, ayant à faire avec les circonstances de l’homme. En conséquence nous avons ici la bénédiction d’un côté et la malédiction de l’autre. Rien ne peut être plus clair que l’enseignement donné une fois qu’on a saisi l’idée.

Il est vain de dire que nous recevons la bénédiction qui appartient au ch. 27. Nous ne la recevons pas. Au ch. 27 nous obtenons la malédiction, et pas de bénédiction. Mais Au ch. 28, nous obtenons certaines bénédictions, et ensuite des malédictions. Ainsi une partie de ce chapitre nous donne l’état dans lequel Israël devait se trouver jusqu’à aujourd’hui. « L’Éternel fera que tu seras battu devant tes ennemis… L’Éternel te frappera de l’ulcère d’Égypte, et d’hémorroïdes, et de gale, et de teigne, dont tu ne pourras guérir. L’Éternel te frappera de délire, et d’aveuglement, et d’étourdissement de cœur » etc. [28:25, 27,28]. C’est détaillé. « Et tu seras un sujet d’étonnement, et de proverbe, et de raillerie, parmi tous les peuples où l’Éternel t’emmènera » [28:37]. Il ne s’agit donc pas de traitement selon la nature de Dieu, mais une question de Ses voies dispensationnelles envers une nation dans ce monde, et rien de plus.


2.12 - [Deutéronome 29 et 30]

2.12.1 - [Deutéronome 29]

Au ch. 28 v.69 [29:1 dans la KJV] survient un autre point important — un changement encore plus manifeste. Nous avons le fait que « Ce sont là les paroles de l’alliance que l’Éternel commanda à Moïse de faire avec les fils d’Israël dans le pays de Moab, outre l’alliance qu’il avait faite avec eux à Horeb ». Il est important de garder à l’esprit que, s’il s’était agi simplement de l’alliance faite à Horeb, les enfants d’Israël n’auraient jamais pu entrer dans le pays. Il était nécessaire, selon la sagesse des conseils à long terme de Dieu et selon Sa miséricorde, qu’il y eût une autre alliance. Je ne dis pas la nouvelle alliance, mais que Dieu introduisît de nouvelles formules, et qu’Il ne se bornât pas à insister simplement sur la stricte application de la loi énoncée à Horeb. Il introduit la miséricorde gouvernementale. Ainsi Dieu dit maintenant, pour ainsi dire : Ici vous êtes sur les frontières mêmes du pays, et je vais vous y introduire. Vous devez faire attention à la manière dont vous vous comporterez lorsque vous y serez. Par conséquent, c’est Dieu établissant des termes nouveaux dans le but précis de faire entrer Son peuple dans le pays sans Se compromettre. Ceci est montré ici avec soin.

La fin du chapitre nous donne encore davantage. Quand le peuple aurait entièrement et publiquement failli, la grâce pourrait faire jaillir de Dieu Lui-même, le seul remède approprié. Maintenant Israël prend sa place devant Dieu. Ils sont appelés à garder les paroles de l’alliance ; les enfants mêmes sont introduits et placés devant l’Éternel [29:22 et suiv.], avec un avertissement solennel contre l’idolâtrie et autres actes de rébellion. Mais le point-clé est le suivant : « Les choses cachées sont à l’Éternel, notre Dieu ; et les choses révélées sont à nous et à nos fils, à toujours, afin que nous pratiquions toutes les paroles de cette loi » [29:29]. Le caractère de ceci a été souvent relevé ; mais on ne saurait trop continuer à insister là-dessus, à savoir que la grâce, bien que d’une manière lointaine et énigmatique, fait allusion à un secret non révélé, selon lequel, quand le peuple aura entièrement failli sur le terrain de la loi comme on l’a vu, Dieu ne manquera pas de trouver des voies et des moyens de les justifier par la foi. Ce ne sont pas simplement des paroles par lesquelles Il peut les amener tous provisoirement dans le pays, mais il s’agit de moyens encore secrets par lesquels Il peut les justifier malgré toutes leurs fautes, et opérer dans leur cœur selon ce qui est dans Son cœur — en bref, Ses secrets de grâce.


2.12.2 - [Deutéronome 30]

En accord avec cela, tout est confirmé avec force par ce que le ch. 30 révèle. L’Éternel les prend comme ils sont. Il les suppose chassés de tous les pays sous le ciel ; mais que, dans leur bas état, leur cœur, non plus hautain mais circoncis, se tourne devant Lui-même. « Et toi, tu reviendras, et tu écouteras la voix de l’Éternel, et tu pratiqueras tous ses commandements que je te commande aujourd’hui. Et l’Éternel, ton Dieu, te fera surabonder en prospérité dans toute l’œuvre de ta main… car tu écouteras la voix de l’Éternel, ton Dieu, pour garder ses commandements et ses statuts, ce qui est écrit dans ce livre de la loi, quand tu retourneras à l’Éternel, ton Dieu, de tout ton cœur et de toute ton âme. Car ce commandement que je te commande aujourd’hui, n’est pas trop merveilleux pour toi, et il n’est pas éloigné. Il n’est pas dans les cieux, pour que tu dises : Qui montera pour nous dans les cieux, et le prendra pour nous, et nous le fera entendre, afin que nous le pratiquions ? » [30:8-13].

Or il est bien connu que l’apôtre Paul se sert de ces paroles dans Romains 10, et nous ne pouvons jamais méconnaitre les applications du Nouveau Testament sans perdre une clé profondément intéressante et lourde de sens pour la compréhension de l’Ancien. Pourquoi l’apôtre utilise-t-il ce passage ? Justement dans le but auquel il a été fait allusion à la fin du ch. 29. Les enfants d’Israël s’étaient complètement ruinés sous la loi. Ils avaient entièrement failli devant Dieu. La justice que la loi réclame n’avait fait que démontrer leur injustice effective. Qu’allait-il advenir d’eux ? Christ est introduit comme « la fin de la loi pour justice à tout croyant » [Rom. 10:4]. Ainsi donc l’apôtre, par l’Esprit, donne au passage du Deutéronome ce tour admirable, à savoir qu’il n’est pas question de monter au ciel pour trouver le Sauveur, ni de descendre dans les entrailles de la terre pour Le ramener de la mort — que l’évangile apporte la parole de salut juste à la porte, « dans ta bouche et dans ton cœur » [30:14]. C’est seulement croire et confesser le Seigneur Jésus ressuscité [Rom. 10:9]. Par conséquent, en vertu de l’évangile de Dieu, ils n’avaient plus qu’à prendre la pleine bénédiction éternelle de Sa grâce, eux qui étaient autrefois méchants, souillés, perdus, mais maintenant « lavés, sanctifiés, justifiés au nom de notre Seigneur Jésus, et par l’Esprit de notre Dieu », si je peux citer un autre passage [1 Cor. 6:11].

Sur ce principe Dieu bénira sûrement Son ancien peuple d’Israël, dispersé et brisé parmi les nations, quand il sera devenu impossible, à cause de leur état, de continuer le rituel juif. Qu’adviendra-t-il d’eux ? Leur cœur s’incline devant la parole de Dieu, ils se tournent vers le Messie, et Dieu veut opérer en grâce. Impuissants, sensibles à la méchanceté passée, pleins de ténèbres (car je n’ai aucun doute que ce sont ceux décrits à la fin d’Ésaïe 50 [v.10] comme des serviteurs de l’Éternel qui marchent dans les ténèbres, et ne voient pas la lumière), néanmoins leur cœur se tourne vers l’Éternel, et ils se reposent sur leur Dieu — une condition qui ne peut pas convenir au chrétien maintenant, mais que la grâce ouvrira aux Juifs alors. Voilà précisément le tournant heureux décrit par l’apôtre en Romains, seulement bien sûr avec une application plus complète pour les chrétiens ; mais c’est sur le même principe que Dieu traitera bientôt avec le résidu des Juifs.


2.13 - [Deutéronome 31]

Après cela, Au ch. 31, nous trouvons Moïse sur le point de clore son ministère. Il avait donné, pour ainsi dire, son dernier discours, et il leur adresse un avertissement très solennel, en leur disant qu’il connaissait la rébellion dont ils se rendraient coupables. Josué reçoit sa charge, et les Lévites aussi.


2.14 - [Deutéronome 32]

Mais Moïse ne termine pas sans un cantique (ch. 32) ; et ce cantique est basé sur les choses secrètes de la grâce de Dieu, bien qu’il englobe aussi les jugements des derniers jours. Sans ignorer le mal, il regarde en avant à la bénédiction qui viendrait sûrement sur eux. Il sent profondément ce qu’ils feraient contre l’Éternel dans la folie et l’ingratitude de leurs cous roides ; mais il voit en une vision prophétique ce que Lui ferait pour eux.

Il dit donc : « Cieux, prêtez l’oreille, et je parlerai ; et [toi] terre, écoute les paroles de ma bouche » [32:1]. Parce qu’il voulait proclamer le nom de l’Éternel, ils devaient attribuer la grandeur à leur Dieu [32:3]. « Il est le rocher » demeurant avec une force inébranlable pour Son peuple. Ce n’est pas eux, mais Lui qui est cette forteresse. « Son œuvre est parfaite ; car toutes ses voies sont justice. C’est un Dieu fidèle, et il n’y a pas d’iniquité [en lui] ; il est juste et droit » [32:4]. Quant au peuple, ce qu’ils étaient était manifeste. La corruption était de leur côté, non pas du Sien ; c’était celle de Ses enfants, la tache était la leur : ils étaient une génération tortue et perverse [32:5]. Le législateur reproche leur ingratitude avec indignation [32:6], et proteste d’autant plus en leur rappelant que cette pensée n’était pas une nouveauté de la part de Dieu [32:7]. Leur place dans le monde pour Sa gloire n’était pas une dernière ressource pour les derniers jours. « Quand le Très-haut partageait l’héritage aux nations, quand il séparait les fils d’Adam, il établit les limites des peuples selon le nombre des fils d’Israël » [32:8].

Ceci, il est vrai, n’a pas le caractère éternel de notre élection comme chrétiens (Éph. 1). La différence est juste et appropriée. Quand Dieu révèle Ses conseils en Christ au sujet de Ses enfants, Son choix remonte avant la fondation du monde. Ce n’est pas le cas avec Israël. Il en est toujours parlé dans le temps, bien que ce soit un choix tout aussi souverain que dans notre cas. L’élection éternelle ne conviendrait pas à celle d’une nation. Le choix d’Israël est strictement lié à la terre. La spécificité de Son choix à notre égard est d’être en dehors de la création ; il se rattache à l’éternité de Dieu Lui-même, et est tout à fait en dehors de la scène créée qui allait être ruinée par l’homme et par Satan. Dieu voulait avoir des saints pour partager Sa nature moralement et jouir de Lui, pas moins que des anges pour faire Son plaisir en tant que serviteurs. Qu’est-ce que cela a à voir avec la création ? C’est une question de Dieu formant, selon Sa sagesse et Son amour, ceux qui seraient capables de partager Ses pensées et de jouir de Son amour. Et cela est fait par Christ Son Fils, et est donné à connaître par le Saint Esprit envoyé du ciel. C’est tout à fait au-dessus d’une question de condition de la créature. Personne ne doute que ceux qui devaient être ainsi bénis ont fait partie, en fait, de la création, et même de la création dans sa ruine et sa culpabilité les plus profondes. Nous avions notre part dans ce monde qui a rejeté et crucifié Jésus. Puis est intervenu le triomphe de la grâce. Il était nécessaire que nous soit donnée en Christ non seulement la vie éternelle, mais la rédemption. La vie aurait suffi, si nous n’avions jamais été pécheurs. Mais nous étions coupables et perdus, et c’est pourquoi Christ est venu mourir en expiation. Il a pris notre jugement sur Lui, et a souffert pour nos péchés, Lui le Juste pour des injustes, afin de nous amener à Dieu [1 Pierre 3:18]. La conséquence est que, dans Sa mort sur la croix, Il a réconcilié ce qui, autrement, était irréconciliable, et a fait que ce soit juste pour Dieu de nous délivrer, et ainsi que Dieu soit libre d’exécuter les conseils éternels qu’Il avait en Christ avant que le monde existe. Avec Israël, le cas est différent. Comme nous l’avons dit, leur élection est dans le temps, le peuple est mis à part pour l’Éternel au milieu des limites assignées aux autres nations parmi les fils d’Adam ; car il n’est pas question ici de la nature divine, mais de la race humaine. « Il établit les limites des peuples selon le nombre des fils d’Israël. Car la portion de l’Éternel, c’est son peuple ; Jacob est le lot de son héritage » [32:8b-9].

Alors Moïse chante Son amour merveilleux et Sa bonté et Sa patience envers ce peuple, et leur chute dans toutes sortes d’iniquité, sacrifiant même aux démons (les « boucs » comme ils sont appelés avec mépris), non pas à Dieu, mais « à des dieux qu’ils ne connaissaient pas, [dieux] nouveaux, venus depuis peu, que vos pères n’ont pas révérés. Tu as oublié le Rocher qui t’a engendré, et tu as mis en oubli le Dieu qui t’a enfanté » [32:17-18]. Hélas ! L’Éternel doit alors préparer des flèches contre Son peuple [32:23], et déverser Sa vengeance même sur Son Israël qu’Il aime — plus coupable que tout autre, et en fait les laisser au profit d’un peuple qui n’en est pas un (les Gentils), par lequel Il provoquerait les Juifs à la jalousie (*) [32:21]. Alors les nations prennent avantage de l’indignation de Dieu contre Son peuple, jusqu’à ce que finalement Il se lève en miséricorde envers Israël pour faire face à leurs ennemis. « Car l’Éternel jugera son peuple, et se repentira en faveur de ses serviteurs, quand il verra que la force s’en est allée, et qu’il n’y a plus personne, homme lié ou homme libre. Et il dira : Où sont leurs dieux, le rocher en qui ils se confiaient, qui mangeaient la graisse de leurs sacrifices, [et] buvaient le vin de leurs libations ? Qu’ils se lèvent, et qu’ils vous secourent, qu’ils soient une retraite pour vous ! Voyez maintenant que c’est moi, moi, le Même, et il n’y a point de dieu à côté de moi ; moi, je tue, et moi, je fais vivre ; moi, je blesse, et moi, je guéris ; et il n’y a personne qui délivre de ma main. Car je lève ma main aux cieux, et je dis : Je vis éternellement. Si j’aiguise l’éclair de mon épée et que ma main saisisse le jugement, je rendrai la vengeance à mes adversaires et je récompenserai ceux qui me haïssent. J’enivrerai mes flèches de sang, et mon épée dévorera de la chair ; [je les enivrerai] du sang des tués et des captifs, de la tête des chefs de l’ennemi. Réjouissez-vous, nations, [avec] son peuple ; car il vengera le sang de ses serviteurs, et il rendra la vengeance à ses adversaires, et il pardonnera à sa terre, à son peuple » [32:36-43]. Alors, non seulement Dieu délivrera Son peuple Israël, mais Il fera que justement ces nations elles-mêmes se réjouiront avec Son peuple dans le cercle élargi de Sa grâce ; car bien que le principe s’applique sous l’évangile, ce n’est que dans le règne millénaire que sera pleinement réalisée la joie qui leur est prédite ensemble.


(*) On a peine à imaginer un plus grand manque d’intelligence spirituelle que ce qui est déployé dans les remarques du Dr. Davidson (Introduction à l’A.T. i. 391-393) et dans les auteurs allemands avec lesquels il dispute. On hésite à choisir entre profondeur et futilité pour qualifier ces puits d’erreur. « Le trente-deuxième chapitre jusqu’au v. 43, contient le cantique de Moïse auquel il est fait référence en Deut. 31:19, 22, 30. Il est assez clair que le cantique n’a pas été écrit par le Deutéronomiste lui-même, qui n’apparaît jamais comme un poète, et dont le style est très différent. Il ne peut pas non plus avoir été écrit par le Jéhoviste, car la différence de style et de manière est trop grande. Il provient de quelque poète inconnu, dont les allusions historiques et les particularités linguistiques montrent qu’il a vécu après Moïse ( !) et même après Salomon ( !!). Ainsi, le v. 15 suppose que les Israélites avaient traversé des temps très prospères et pacifiques, et dans le v. 21 le peuple auquel il est fait référence est les Assyriens, qui avaient atteint l’apogée de leur puissance, et qui sont décrits dans le ch. 33 d’Ésaïe. Toutes les preuves internes tendent à situer la période où le cantique a été écrit, au dernier quart du huitième siècle, comme Ewald l’a prouvé ( !!!). Le Deutéronomiste, pensant ce cantique digne de Moïse, bien qu’il n’ait pas été écrit dans le but de se faire passer comme ayant Moïse pour auteur, l’adopta et le mit dans sa bouche. Nous ne pouvons pas être d’accord avec Ewald, » etc. « Ces observations montrent que nous différons de Knobel, qui attribue le cantique à la période syrienne. Au lieu que les versets 21, 30, 31, 35 fassent référence aux Assyriens, il suppose qu’il s’agit des Syriens, principalement parce qu’il pense que les premiers auraient parlé dans un langage plus fort, et que la captivité aurait été annoncée. Mais Knobel s’appuie beaucoup sur le v. 7 [il y a confusion ici : il doit parler de Deut. 33], qui se rapporte à Juda, comme preuve que le chapitre appartient à un temps très antérieur à ce qui est communément attribué à ce texte ( !). Il prend l’allusion de ce v.7 comme se référant à la vie de David loin de Saül en exil, tandis qu’il applique le v. 12 à Gabaon, où le tabernacle avait été apporté après que Nob eut été détruite par Saül. Ce sont des allusions trop précaires pour qu’on s’appuie dessus. Nous ne croyons pas avec Knobel que le poème appartienne à l’époque de Saül, et nous sommes surpris de trouver ce critique affirmant que les auteurs de Genèse 49 et Deutéronome 33 sont indépendants l’un de l’autre, sans qu’on puisse percevoir que l’un a imité l’autre.

Les versets suivant immédiatement le cantique, à savoir Deut. 32:44-47, appartiennent au Deutéronomiste lui-même, comme l’allusion du v. 46 à toutes les paroles de Moïse le montre clairement. Le reste du chapitre, à savoir les v. 48-52, est élohiste, ayant été pris de l’écrivain-Elohim et a été mis ici par le Deutéronomiste. C’est en partie une répétition de Nombres 27:12-23, comme Bleek l’a souligné ».

J’ai donné ce long extrait comme un spécimen, non seulement de la manie spéculative qui caractérise l’école, mais aussi de leur désinvolture pour imputer la plus vile malhonnêteté aux saints hommes de Dieu qui ont parlé de Sa part, étant poussés par le Saint Esprit [2 Pierre 1:21]. Ils n’hésitent pas à imputer à leur Deutéronomiste imaginaire, la fraude de mettre dans la bouche de Moïse ce que, selon eux, il n’a jamais prononcé. Et une pareille imposture serait la parole de Dieu ! Mais, passons. L’apôtre Paul les réfute tous à l’avance en quelques paroles qui sont marquées par la force et la lumière de la vérité, tandis que les leurs ne sont que des inanités qui se contredisent. L’apôtre déclare (Rom. 10:19) que le v. 21 est prononcé par Moïse, et qu’il est fait allusion aux Gentils appelés, au temps où Dieu compte Israël comme Lo-Ammi. Ni Syriens ni Assyriens ne sont en vue ; mais ce qui est en vue est l’appel de ceux qui ne sont pas un peuple pour pousser Israël à la jalousie, et cela durant la période d’exclusion temporaire de l’ancien peuple. Comparez Romains 11.


2.15 - [Deutéronome 33]

Au ch. 33, une bénédiction est prononcée sur les différentes tribus d’Israël. On peut y entrer un peu plus étroitement maintenant, bien qu’on ne puisse pas espérer le faire de façon satisfaisante vu le peu d’espace. Qu’on me permette seulement de dire qu’elle se réfère entièrement au pays dans lequel le peuple était sur le point d’entrer. C’est peut-être la différence principale par rapport à la bénédiction de Jacob [Gen. 49]. Dans cette dernière, les tribus étaient passées en revue du début de leur histoire jusqu’à la fin, indépendamment de leur possession effective du pays ou pas, tandis que la bénédiction que Moïse prononce ici est strictement subordonnée au grand objectif du Deutéronome. Du début à la fin, ce livre s’occupe de l’introduction du peuple par Dieu dans le pays, et de leur mise en relation directe avec Lui-même, pour autant que cela fût possible avec le premier homme. C’est ce que nous avons systématiquement et toujours : c’est à cela aussi qu’est adaptée la bénédiction ici. Moïse ne nous montre donc pas le cours historique des choses comme la prophétie de Jacob, mais une bénédiction plus spécifique du peuple en vue de leur place en relation avec l’Éternel dans le pays.

Le cantique commence avec la vision de l’Éternel venant du Sinaï et resplendissant de Séhir et de Paran [33:2a]. C’est Sa manifestation judiciaire à Son peuple, à Ses saints [placés] autour de Lui dans le désert : de Sa main droite [sort] une loi de feu pour eux [33:2b]. « Oui, il aime les peuples ; tous ses saints sont dans ta main, et ils se tiennent à tes pieds ; ils reçoivent tes paroles » [33:3]. La place particulière de Moïse est ensuite nommée comme commandant une loi, héritage de la congrégation de Jacob [33:4] ; il est roi en Jeshurun quand les chefs du peuple se réunissaient ensemble avec les tribus d’Israël [33:5].

Quant au premier-né, la parole est : « Que Ruben vive et ne meure pas, et que ses hommes soient en petit nombre » (*) [33:6].


(*) Il y a des cas, en hébreu comme dans d’autres langues, où la particule négative peut et doit être comprise à partir du contexte ; et c’est ainsi que les traducteurs de la KJV ont pris le passage devant nous [« que ses hommes ne soient pas en petit nombre »]. Mais cela ne doit jamais se faire, à moins que la proposition principale ne l’implique, ce qui n’est pas le cas ici.


La tribu suivante, bien que ce soit un choix singulier en apparence, est mise dans cet ordre selon la sagesse divine afin de mettre en avant cette tribu qui devait prendre la place de Ruben, politiquement bientôt, mais finalement selon les conseils de Dieu. Car Christ devait naître de Juda selon la chair. « Et ceci pour Juda : et il dit : Éternel, écoute la voix de Juda, et amène-le à son peuple ; qu’il combatte de ses mains pour lui, et sois-lui en aide contre ses ennemis » [33:7]. Nous savons que les Juifs ont eu longtemps une place à part, mais le jour viendra où Juda et Israël seront joints en un seul peuple selon le symbole expressif d’Ézéchiel, qui peut illustrer le langage de Moïse.

Sa propre tribu a alors sa bénédiction. « Et de Lévi il dit : Tes thummim et tes urim sont à l’homme de ta bonté (à savoir : le pieux), que tu as éprouvé à Massa, [et] avec lequel tu as contesté aux eaux de Meriba ; qui dit de son père et de sa mère : Je ne l’ai point vu ; et qui n’a pas reconnu ses frères, et n’a pas connu ses fils. Car ils ont gardé tes paroles et observé ton alliance ; ils enseigneront tes ordonnances à Jacob et ta loi à Israël ; ils mettront l’encens sous tes narines et l’holocauste sur ton autel (*). Éternel ! Bénis sa force ; et que l’œuvre de ses mains te soit agréable ! Brise les reins de ceux qui s’élèvent contre lui, et de ceux qui le haïssent, en sorte qu’ils ne puissent plus se relever » [33:8-11].


(*) Ainsi, si Siméon disparaît, Lévi acquiert un bon degré à cause de sa fidélité lors de la crise la plus grave de l’histoire d’Israël dans le désert. Sans doute la parole de Deutéronome 33 est censée être après celle de Genèse 49, mais il n’y a pas la moindre raison pour justifier la supposition de l’incrédulité selon laquelle l’écrivain de l’un vécut après l’autre. Du fait que, selon ce que présente l’Écriture, Moïse a écrit les deux, les différences de point de vue adopté dans ces deux cas sont parfaitement compatibles, et en effet remarquablement vérifiées. Lévi est réuni avec Siméon dans la phrase selon Genèse 49. Mais Deut. 33, bien qu’omettant Siméon, ne renverse pas la dispersion de Lévi prévue par Jacob ; mais il tourne cette circonstance même en bénédiction pour Israël et en honneur pour la tribu qui couvrit leur ancienne faute par un zèle authentique pour l’honneur de l’Éternel, et par un amour ardent pour le peuple, malgré tout ce qu’il en coûtât pour leurs propres sentiments et pour les apparences. La capacité à plaider pour l’homme est en proportion de la fidélité pour Dieu. La sacrificature fut dans cette tribu, ainsi que le service du sanctuaire et l’enseignement du peuple.


La bénédiction de Benjamin (*) fait allusion à la demeure de l’Éternel parmi eux, car Jérusalem était à l’intérieur des limites de cette tribu que Juda contournait juste. Joseph a sa pleine double portion dans le pays. La bénédiction de Zabulon (**) est plutôt au-dehors, celle d’Issacar au-dedans. La hâte de Gad à devenir riche apparaît, même s’il a partagé les épreuves du peuple ; l’impétuosité guerrière de Dan est notée, ainsi que la satisfaction pacifique de Nephtali quant à sa portion, et le caractère agréable d’Aser parmi ses frères, avec d’abondantes ressources et de la vigueur.


(*) « De Benjamin il dit : le bien-aimé de l’Éternel, — il habitera en sécurité auprès de lui ; [l’Éternel] le couvrira tout le jour, et il habitera entre ses épaules ». Le prophète fait allusion à Jérusalem comme le lieu du sanctuaire et du trône, la ville du grand Roi. Mais l’idée que ces expressions se rapportent au règne de Josias, ou soient proches de l’époque de Jérémie, est dénuée de tout fondement. Il y avait alors, pour Benjamin, tout sauf une habitation sûre. L’idée est réfutée avec encore plus de force dans ce qui suit.

Car sur Joseph, l’inspiration de l’Esprit s’arrête largement. « Son pays soit béni par l’Éternel de ce qu’il y a de plus précieux au ciel, de la rosée, et [de ce qui vient] des profondeurs qui gisent en bas ; et du plus précieux des produits du soleil, et du plus précieux des produits des mois ; et de [ce qui croît sur] le sommet des montagnes d’ancienneté, et du plus précieux des collines éternelles ; et du plus précieux de la terre et de sa plénitude. Et que la faveur de celui qui demeurait dans le buisson, vienne sur la tête de Joseph, sur le sommet de la tête de celui qui a été mis à part de ses frères ! Sa magnificence est comme le premier-né de son taureau, et ses cornes sont des cornes de buffle. Avec elles, il poussera les peuples ensemble jusqu’aux bouts de la terre. Ce sont les myriades d’Éphraïm, et ce sont les milliers de Manassé » [33:13-17]. Il est absurde de supposer une telle bénédiction écrite, je ne dirai pas sous le règne de Josias, mais même dans les premiers jours du royaume scindé d’Israël.


(**) « Et de Zabulon il dit : Réjouis-toi, Zabulon, en ta sortie ; et toi, Issacar, dans tes tentes ! Ils appelleront les peuples à la montagne ; là ils offriront des sacrifices de justice, car ils suceront l’abondance des mers, et les trésors cachés du sable. Et de Gad il dit : Béni soit celui qui élargit Gad. Il habite comme une lionne, et il déchire le bras, même le sommet de la tête. Et il s’est choisi la première partie [du pays] ; car là était réservée la part du législateur ; et il est allé [avec] les chefs du peuple ; il a accompli avec Israël la justice de l’Éternel et ses jugements. Et de Dan il dit : Dan est un jeune lion, il s’élance de Basan. Et de Nephtali il dit : Nephtali, rassasié de faveurs et comblé de la bénédiction de l’Éternel, possède la mer et le Darôm [WK : l’ouest et le sud] ! Et d’Aser il dit : Aser sera béni en fils ; il sera agréable à ses frères, et il trempera son pied dans l’huile. Tes verrous seront de fer et d’airain, et ton repos comme tes jours » [33:18-25]. Prétendrait-on sérieusement que tout cela a été présenté comme une prophétie après que la tempête la plus radicale soit tombée sur toutes ces tribus, et que les derniers coups étaient sur le point de tomber sur Juda et de Benjamin ? La crédulité des infidèles est proverbiale, et peut seule expliquer ces théories insensées, même si l’on met de côté pour un instant leur seul point commun : l’opposition à la vérité révélée de Dieu.


Rien ne peut surpasser la grandeur des dernières paroles de Moïse, et elles seront assurément accomplies dans le resplendissement et la gloire futurs d’Israël restauré. Il a traité Son peuple selon la loi de feu dans Sa main droite ; mais Il n’a pas épuisé les ressources de Sa tendre miséricorde ; non, le meilleur vin est conservé pour la fin [Jean 2:10], pour être apporté par Celui qu’ils n’ont pas connu dans Son humiliation, mais qu’ils reconnaîtront comme étant des leurs ; cependant à la fin, ce sera dans l’allégresse quand Il reviendra en gloire pour changer l’eau de purification (celle à leur manière) [Jean 2:5-9] en ce qui réjouit le cœur de Dieu et de l’homme [Jug. 9:13]. « Nul n’est comme le Dieu de Jeshurun, qui est porté sur les cieux à ton secours, et sur les nuées dans sa majesté. Le Dieu d’ancienneté est [ta] demeure, et au-dessous [de toi] sont les bras éternels ; il chasse l’ennemi devant toi, et il dit : Détruis ! Et Israël habitera en sécurité, la source (*) de Jacob, à part, dans un pays de froment et de moût, et ses cieux distilleront la rosée. Tu es bienheureux, Israël ! Qui est comme toi, un peuple sauvé par l’Éternel, le bouclier de ton secours et l’épée de ta gloire ? Tes ennemis dissimuleront devant toi, et toi, tu marcheras sur leurs lieux élevés » [33:26-29].


(*) Littéralement « l’œil » de Jacob.


2.16 - [Deutéronome 34]

En Deutéronome 34, Moïse monte au sommet du Pisga, et là l’Éternel lui fait voir tout le pays en détail. Il était impossible que la faute de Moïse puisse être négligée sans affaiblir l’autorité de la loi. Il y avait sûrement la justice dans les voies de Dieu ; mais cela n’a pas le moins du monde entravé la perfection de Son amour envers Moïse. Cela faisait partie de Son gouvernement de châtier sa faute : Sa grâce envers Moïse resta entière. Si entrer dans le pays avait été possible pour Moïse en conformité avec les voies de Dieu (ce qui n’était pas le cas), quel chagrin c’eût été pour lui de contempler l’infidélité du peuple, leur mépris de Sa loi, leur conquête imparfaite de l’ennemi, leur promptitude à retourner à l’iniquité et l’idolâtrie même dans ce pays ! Cela est-il comparable à la bénédiction de le regarder de haut, à côté de l’Éternel — ne le voyant pas aux mains de l’homme, imparfaitement sauvé des Cananéens, mais Dieu Lui-même l’appelant déjà le pays de cette tribu-ci et de cette tribu-là, et donnant ainsi au cœur de Son serviteur d’envisager le temps où aucun Cananéen ne serait dans le pays ?

La foi a toujours la meilleure part.