Méditations sur la Parole de Dieu

Daniel

Louis Chaudier


Table des matières :

1 - Daniel — Daniel 1 ; 2 ; 3:12-13, 15 (milieu du verset)-18, 24-30 ; 5:1-7, 16-17, 25-28 ; 6:13-14, 19-23, 25-28


Le texte de ces méditations a été révisé par Bibliquest dans sa forme, par rapport à diverses éditions papiers précédentes. Les révisions ont été limitées à ce qui était nécessaire à une expression et une compréhension correctes. Le texte reste marqué par son caractère oral, non révisé par l’auteur. Dans certains cas d’expressions au sens discutable, l’imperfection de celles-ci a été laissée de peur d’en perdre une certaine vigueur.

Certains textes ont été repris de l’ouvrage « Méditations sur la vie chrétienne » édité en 1995 par F.R., et sont notés comme tels. Ces textes ont fait l’objet (par F.R.) d’une révision un peu plus poussée.


1 - Daniel — Daniel 1 ; 2 ; 3:12-13, 15 (milieu du verset)-18, 24-30 ; 5:1-7, 16-17, 25-28 ; 6:13-14, 19-23, 25-28

[LC n° 35]

13 mars 1955

Méditations sur la vie chrétienne, édition FR 1995, p. 91


Le livre de Daniel se divise en deux parties : les six premiers chapitres concernent Daniel et ses compagnons ; les six derniers sont prophétiques. La prophétie ne concerne pas l’Église, mais c’est à elle que Dieu révèle ses pensées à l’égard de toutes choses. Ce qui se passait à Sodome ne concernait pas Abraham : il n’y habitait pas ; mais Dieu lui en parle. On aurait mieux compris que Lot en soit instruit, pour sa sauvegarde, mais c’est Abraham qui est le dépositaire de la pensée de Dieu au sujet de Sodome. « Cacherai-je à Abraham ce que je vais faire ? » (Gen. 18:17). La prophétie est l’ensemble des pensées de Dieu déposées entre les mains de l’Église pour son profit. Savoir ce qui va se passer dans ce monde n’est pas sans intérêt ; cela nous aide à ne pas mêler notre vie à celle du monde. Si un frère a sa vie entrelacée avec celle du monde, la vie de ses enfants sera une vie mondaine. C’est un coupable égoïsme de limiter à soi-même les conséquences d’une infidélité quant au monde ; quand bien même on s’efforce de la cacher, Dieu la voit et les enfants aussi.

Est-ce que nous lisons l’Écriture avec application et zèle ? Il me semble que, parmi nous, se manifeste de plus en plus un manque d’intérêt pour la lecture de l’Écriture, même chez les éléments les plus respectables ; c’est pourquoi il n’y a plus la même lumière, ni la même sûreté. On s’en tient souvent à la répétition des mêmes exhortations de détail, mais la Parole nous apporte autre chose que cela. « Mon peuple est détruit, faute de connaissance » (Osée 4:6). « Mon peuple ! ceux qui te conduisent te fourvoient » (És. 3:12). « Mon peuple est un troupeau perdu » (Jér. 50:6). Pour quelle raison ? Ils avaient abandonné l’Écriture, ils ne la lisaient plus ; ils la portaient sur eux, mais pas dans leur coeur, et ils n’avaient plus la crainte de Dieu. Aujourd’hui, la connaissance des Écritures est moins profonde qu’il y a seulement trente ou quarante ans. La connaissance approfondie de la Parole ne s’acquiert pas à la légère, et elle est nécessaire plus que jamais pour la vie du peuple de Dieu.

Ceux qui nous ont donné l’exemple sur beaucoup de point étaient plus zélés que nous pour sonder l’Écriture, pour lire et étudier toute l’Écriture. Ils se sont nourris à la source vivante de la Parole. En cela, la responsabilité des frères est bien plus grande que celle des soeurs. Les conséquences d’une négligence de la Parole peuvent être très graves. Ceux qui nous ont enseignés au cours du siècle dernier seraient surpris de constater que nous avons si mal gardé dans nos coeurs les appels qu’ils nous ont adressés. La Parole était leur vie ; ils y ont consacré leur vie. Que Dieu nous accorde de ne pas reculer devant l’effort pour sonder les Écritures ! Nous sondons beaucoup d’autres choses. Ne laissons pas entrer dans notre existence des préoccupations qui deviendront des devoirs devant les hommes et nous empêcherons de consacrer du temps à la Parole de Dieu ! Tout ceci est fondamental dans la vie d’un individu, d’une famille, d’une assemblée et de tout témoignage du Seigneur. Plus on lit l’Écriture, moins on est en danger de la remplacer par des idées personnelles. Le livre de Daniel notamment nous montre que la révélation de la pensée de Dieu ne nous sera pas donnée si nous traitons la Parole de Dieu à la légère.

Dieu nous a donné des conducteurs qui nous ont enseignés, et dont le dévouement, l’autorité morale et la consécration nous sont en exemple. Ils ont dit que le témoignage confié aux frères a été, avant tout, non pas un travail d’évangélisation parmi les masses incrédules, bien que cela ait toute sa place, même parmi les frères — et que Dieu veuille nous donner du zèle pour cela ! — mais le maintien et la proclamation des droits du Seigneur, de la Parole de Dieu, de toute la vérité, morale et doctrinale, alors que la chrétienté va à l’abandon, au relâchement moral, à l’apostasie et à la rébellion contre l’Écriture. Voilà ce que le Seigneur a confié aux frères et dont nous sommes les héritiers. Qu’il nous soit donné de ne pas le perdre de vue ! Des évangélistes, des serviteurs, le Seigneur en a partout ; il y a du zèle, de l’activité et des résultats un peu partout ; mais le témoignage à toute la vérité de Dieu selon l’Écriture, dans la dépendance du Saint Esprit, avait été confié aux frères. Si nous nous écartons de cela, nous pourrons dire que nous aurons, sur ce point, apostasié.

L’exemple de Daniel donne une instruction morale valable pour chacun. Daniel et ses compagnons étaient captifs, ils n’étaient pas chez eux : captivité, souffrance. Plus le chrétien est pieux, plus il souffre. Le trône de Dieu n’était plus à Jérusalem ; le peuple n’avait plus de rapports avec Dieu. Telle est aussi la situation de l’Église, depuis longtemps déjà ; le niveau de foi a baissé, le monde l’a pénétrée. Des multitudes d’hommes qui n’ont pas la vie de Dieu ont mis la main sur les trésors sacrés, comme on avait jadis emporté à Babylone les trésors sacrés du temple pour les placer dans des temples d’idoles. Des gens qui se disent croyants, et qui sont incrédules, ont mis la main sur les choses de Dieu : sur la Bible, sur la vérité divine, sur la vérité relative à la personne du Seigneur. Des peuples se sont appropriés les choses divines, comme si elles étaient à eux. Pourquoi ? Parce que l’Église n’est pas restée fidèle dans la séparation du monde. Au début des Actes, il y avait une barrière morale autour d’un petit groupe d’hommes et de femmes absolument séparés ; il y avait un rayonnement de la grâce et de la vérité autour d’eux. Hélas ! Nous croyons bien vite que les choses, après tout, ne sont pas en si mauvais état, alors que c’est la ruine complète, un état de désordre complet aux yeux de Dieu.

Daniel souffre à Babylone, isolé, mais le chemin vers Dieu est toujours ouvert à la foi. Et peut-être trouverait-on difficilement dans l’Écriture un homme qui ait un témoignage aussi pur que celui de Daniel ; on ne trouve rien à redire dans la vie de cet homme, dans les conditions les plus défavorables. Il cherche Dieu. Il est là, à la cour du roi ; il se soumet, mais il est séparé pour Dieu. Il ne mange pas du pain du roi, il ne boit pas du vin du roi ; il n’a pas communion avec le roi qu’il sert. Est-ce que nous buvons aux coupes, aux joies du monde ? Est-ce que nous mangeons le pain du monde ? Si nous nous nourrissons de ce dont le monde se nourrit, jamais nous ne pourrons être fidèles comme Daniel et ses trois compagnons. Ils sont là, ils souffrent ; il n’y a que Dieu qui répond aux besoins de leur coeur, aux besoins de leur foi. Pour trouver Dieu, ils se séparent. Ils font leur service impeccablement ; on aurait bien voulu trouver en eux des fautes pour les condamner et les mettre à mort, par jalousie. Dieu donne à Daniel une intelligence supérieure, mais il était impeccable vis-à-vis du monde, fidèle dans son service. Alors on dit des mensonges à son sujet, comme toujours.

Dieu est en aide à Daniel et ses compagnons, qui, malgré la parole du roi — dans la conscience duquel la vie d’un homme ne pesait pas lourd — ne mangent pas le pain ni ne boivent le vin du roi pendant les trois ans de mise à l’épreuve. Ils réalisaient la présence de Dieu ; ils ne pouvaient se nourrir à la fois des mets du roi et de Dieu lui-même. Nous non plus, nous ne pouvons pas davantage être heureux avec le Seigneur et manger le pain du monde.

Daniel est fidèle, sans bruit, sans éclat ; son attitude est un refus silencieux et fidèle, une disposition du coeur bien arrêtée, gouvernée par la crainte de Dieu. Est-ce notre attitude dans le secret de notre coeur ? Daniel n’a pas fait cela en pensant à l’avenir ; il est fidèle dans le présent. La modestie et la fidélité brillent chez Daniel et ses trois compagnons. En raison de cette séparation, de ce nazaréat, Dieu donne à Daniel et ses compagnons l’intelligence. Nous avons l’intelligence des pensées de Dieu et de la Parole de Dieu dans la mesure où nous sommes séparés du monde ; c’est la règle. L’intelligence des pensées de Dieu, la joie dans les choses de Dieu, sont en rapport exact avec la mesure de séparation que nous réalisons vis-à-vis du monde. Daniel ne sort pas du monde ; il ne se soustrait pas à ses obligations, il les accomplit scrupuleusement. mais, moralement, c’est un étranger. Son coeur est avec le Dieu des cieux, pour employer une expression propre à ce livre.

Dieu trouble le grand roi par un songe, et personne ne peut le lui révéler. Alors la sagesse de Daniel brille et, avant sa sagesse, sa piété ! La vie de Daniel et de ses compagnons est en jeu. Le roi, mécontent, veut tuer tous les sages, mais l’intervention de Daniel arrête son bras. Daniel se concerte avec ses compagnons. Il y a une difficulté, ils ne savent pas comment en sortir ; ils prient, ils vont consulter Dieu. Il ne s’agissait pas seulement d’expliquer le songe, mais de le raconter avant de l’interpréter. Cela venait de Dieu, parce que Dieu voulait se montrer au-dessus du roi et de tous les sages. Dieu veut manifester sa gloire dans les hommes ; le Seigneur sera admiré dans ceux qui auront cru. Mais il désire l’être déjà sur la terre. Il n’envoie pas un ange, comme il aurait pu le faire. Il exerce Daniel et ses trois compagnons : c’est l’exercice de la foi, et Dieu y répond. Il révèle le songe et son interprétation. Pour cela, il fallait deux choses : la séparation du monde et la persévérance dans la prière.

Daniel prie. « Alors le secret fut révélé à Daniel dans une vision de la nuit » (Dan. 2:19). Il n’était pas plus capable qu’un autre de le connaître par lui-même, mais il craignait Dieu et se séparait de ce dont Dieu se sépare. Ne prétendez pas aimer Dieu si vous gardez contact avec ce que Dieu ne peut pas supporter ! Le songe fut révélé à Daniel ; avant de porter la réponse à Nébucadnetsar — il aurait pu se dépêcher pour sauver la vie de ceux qui étaient menacés — il se met à genoux, se prosterne devant Dieu pour lui rendre grâces. : « Toi, Dieu de mes pères, je te loue… ». C’est l’ordre normal des choses. De même, Éliézer, après son long voyage, au moment où Dieu lui a répondu, se prosterne pour bénir. Mettons-nous Dieu en premier lieu lorsqu’il nous répond ? Nous savons peu montrer à Dieu que nous l’aimons, parce que nous l’aimons peu.

La foi suit un chemin étroit, certes, mais plein de clarté, de paix, de bonheur. Il comporte l’exercice de la prière dans la séparation de ce dont Dieu est toujours séparé, par sa nature même, de ce dont Jésus était séparé. Alors le coeur est droit. Qu’il nous soit donné d’honorer Dieu ! Lui honore la foi. Ces jeunes Hébreux n’ont-ils pas honoré Dieu ? En retour, Dieu leur donne un honneur rattaché à son nom. Plus tard, la foi de compagnons de Daniel a été aussi ferme quand ils ont occupé une haute position que lorsqu’ils sont arrivés là, pauvres jeunes prisonniers. Mais à l’épreuve, ces jeunes Hébreux sont restés fidèles, dans l’épreuve de la fournaise ; leurs liens ont été détruits, le feu les en a délivrés. Et c’est le roi qui les avait fait lier. Ils sont trouvés en compagnie de Quelqu’un pour qui le feu ne compte pas. La foi active et puissante trouve Dieu partout, et on ne s’aperçoit pas du feu.

Craignons Dieu et donnons-lui gloire, dès maintenant et à jamais !