Méditations de J. N. Darby

151 - Méditations de J. N. Darby — Luc 16:1-16

152 - Méditations de J. N. Darby — Exode 24

153 - Méditations de J. N. Darby — Hébreux 9:27-28

154 - Méditations de J. N. Darby — Romains 8:27-39

155 - Méditations de J. N. Darby — Hébreux 6

156 - Méditations de J. N. Darby — Actes 7

157 - Méditations de J. N. Darby — Jean 13:1

158 - Méditations de J. N. Darby — Juges 16:6-25

159 - Méditations de J. N. Darby — Philippiens 3:1-21

160 - Méditations de J. N. Darby — Psaume 25

161 - Méditations de J. N. Darby — Psaume 17

162 - Méditations de J. N. Darby — 1 Chroniques 29

163 - Méditations de J. N. Darby — Matthieu 22:1-14

164 - Méditations de J. N. Darby — Galates 6:14

165 - Méditations de J. N. Darby — 2 Timothée 1

166 - Méditations de J. N. Darby — Apocalypse 22:16-17

167 - Méditations de J. N. Darby — Matthieu 3:11 à 6:11

168 - Méditations de J. N. Darby — Éphésiens 5

169 - Méditations de J. N. Darby — Proverbes 8

170 - Méditations de J. N. Darby — Jean 1:29-34

171 - Méditations de J. N. Darby — Hébreux 11:24-27

172 - Méditations de J. N. Darby — Lévitique 23:1-4

173 - Méditations de J. N. Darby — Lévitique 23:4-22

174 - Méditations de J. N. Darby — Luc 8:40-56

175 - Méditations de J. N. Darby — Éphésiens 2

176 - Méditations de J. N. Darby — Genèse 35

177 - Méditations de J. N. Darby — Nombres 6

178 - Méditations de J. N. Darby — Nombres 25

179 - Méditations de J. N. Darby — Jean 20

180 - Méditations de J. N. Darby — Nombres 18:1-13

181 - Méditations de J. N. Darby — Nombres 20:1-13

182 - Méditations de J. N. Darby — Romains 5:1-11

183 - Méditations de J. N. Darby — Exode 12

184 - Méditations de J. N. Darby — Luc 2:1-20

185 - Méditations de J. N. Darby — Luc 10:9-24

186 - Méditations de J. N. Darby — Luc 4:1-14

187 - Méditations de J. N. Darby — Lévitique 23:1-3

188 - Méditations de J. N. Darby — Lévitique 23:4-14

189 - Méditations de J. N. Darby — Lévitique 23:15-22

190 - Méditations de J. N. Darby — Lévitique 23:23-36

191 - Méditations de J. N. Darby — Lévitique 23:33-44

192 - Méditations de J. N. Darby — Jean 7

193 - Méditations de J. N. Darby — Luc 11:14-36

194 - Méditations de J. N. Darby — Jean 4:1-42

195 - Méditations de J. N. Darby — Marc 10:17-40 — Philippiens 3:4-11

196 - Méditations de J. N. Darby — 1 Thessaloniciens 3:11-13

197 - Méditations de J. N. Darby — Philippiens 2

198 - Méditations de J. N. Darby — 2 Corinthiens 3 ; le voile — 1 : Le voile sur la face de Moïse

199 - Méditations de J. N. Darby — 2 Corinthiens 3 ; le voile — 2 : Le voile ôté en Christ (2 Corinthiens 3:18)

200 - Méditations de J. N. Darby — 2 Corinthiens 3 ; le voile — 3 : Le voile sur le coeur d’Israël

201 - Méditations de J. N. Darby — Éphésiens 1:1-7

202 - Méditations de J. N. Darby — Actes 26:29

203 - Méditations de J. N. Darby — Matthieu 13

204 - Méditations de J. N. Darby — Genèse 8:20-22

205 - Méditations de J. N. Darby — Éphésiens 1

206 - Méditations de J. N. Darby — Éphésiens 1:15 à 2:10

207 - Méditations de J. N. Darby — Matthieu 3:13 à 4:11

208 - Méditations de J. N. Darby — Lévitique 9:22-24

209 - Méditations de J. N. Darby — Hébreux 12:1-13

210 - Méditations de J. N. Darby — Romains 1:1-18

211 - Méditations de J. N. Darby — Luc 11

212 - Méditations de J. N. Darby — Luc 19:1-10

213 - Méditations de J. N. Darby — Épître de Jude

214 - Méditations de J. N. Darby — Éphésiens 2:10-22

215 - Méditations de J. N. Darby — 2 Pierre 1

216 - Méditations de J. N. Darby — Philippiens 3

217 - Méditations de J. N. Darby — 1 Corinthiens 15:13-28

218 - Méditations de J. N. Darby — Romains 3:3-31

219 - Méditations de J. N. Darby — Luc 9:18-45

220 - Méditations de J. N. Darby — Romains 4

221 - Méditations de J. N. Darby — Romains 5:1-11

222 - Méditations de J. N. Darby — Hébreux 4 — Le Repos

223 - Méditations de J. N. Darby — Romains 8 — Quelques pensées

224 - Méditations de J. N. Darby — Galates 3 — Les Promesses, la Loi et Christ

225 - Méditations de J. N. Darby — Marc 10:17-45 — Gagner Christ

226 - Méditations de J. N. Darby — 1 Rois 19:1-18 — Le Prophète découragé

227 - Méditations de J. N. Darby — Éphésiens 4 — Conséquences Pratiques de l’Union de Christ et L’Église

228 - Méditations de J. N. Darby — Luc 4:16-44 — Christ, Accomplissement des Promesses et Puissance de Dieu

229 - Méditations de J. N. Darby — Romains 7 — Être ou n’Être pas Dans la Chair

230 - Méditations de J. N. Darby — Jean 13 — La Gloire Brillant dans la Honte

231 - Méditations de J. N. Darby — Romains 8:1-11 — La Délivrance

232 - Méditations de J. N. Darby — Marc 4:1-29 — La Vérité dans le Coeur

233 - Méditations de J. N. Darby — Juges 2 — Le Combat au Milieu de la Ruine

234 - Méditations de J. N. Darby — 2 Pierre 2:1-9 — Délivrance

235 - Méditations de J. N. Darby — 1 Pierre 1 — La Joie du Ciel et l’Expérience du Désert

236 - Méditations de J. N. Darby — Luc 2:1-20 — La Naissance du Sauveur

237 - Méditations de J. N. Darby — Jean 14:20-31 — « Nous Viendrons à Lui »

238 - Méditations de J. N. Darby — Psaume 77 — TA VOIE EST DANS LE LIEU SAINT

239 - Méditations de J. N. Darby — Philippiens 4 — La Paix

240 - Méditations de J. N. Darby — Luc 2 — Gloire à Dieu dans les Lieux Très-Hauts !

241 - Méditations de J. N. Darby — Lévitique 14:1-20 — La Purification du Lépreux

242 - Méditations de J. N. Darby — Jean 1:1-34 : L’Agneau de Dieu et le Baptême du Saint Esprit

243 - Méditations de J. N. Darby — Hébreux 9

244 - Méditations de J. N. Darby — 1 Jean 1:1-8 : La VIE manifestée

245 - Méditations de J. N. Darby — Josué 5:9-15 : La Nourriture du Chrétien

246 - Méditations de J. N. Darby — 2 Corinthiens 5 : CHRIST, notre Vie

247 - Méditations de J. N. Darby — Philippiens 3 : Le BUT de l’Apôtre PAUL

248 - Méditations de J. N. Darby — 1 Jean 4:11-21 : L’Amour de Dieu

249 - Méditations de J. N. Darby — Jean 14 : La Vraie Piété

250 - Méditations de J. N. Darby — Jean 1:1-34 : La Vraie Lumière

251 - Méditations de J. N. Darby — Apocalypse 22:16-17 — Le service de l’Épouse dans ce monde

252 - Méditations de J. N. Darby — Jean 14:15-31 : Je vous laisse la Paix

253 - Méditations de J. N. Darby — Jean 15 : Que votre joie soit accomplie

254 - Méditations de J. N. Darby — Luc 9:18-45 : La Croix et la Gloire

255 - Méditations de J. N. Darby — 2 Pierre 2:1-9 : La Bonté de Dieu au Milieu du Mal

256 - Méditations de J. N. Darby — Hébreux 7 : La Sacrificature de Melchisédec

257 - Méditations de J. N. Darby — 1 Corinthiens 13 : L’Amour (fragment)

258 - Méditations de J. N. Darby — Hébreux 5 : L’Auteur du Salut éternel

259 - Méditations de J. N. Darby — Apocalypse 2:18-29 : L’Étoile du Matin

260 - Méditations de J. N. Darby — Exode 33 : La Gloire hors du Camp

261 - Méditations de J. N. Darby — Jean 18:1-11 ; 19:25-30 : Laissez aller Ceux-ci

262 - Méditations de J. N. Darby — Nombres 24:1-9 : L’Église aux Yeux de Dieu

263 - Méditations de J. N. Darby — Éphésiens 4:1-16 : Avoir Conscience de notre Position devant Dieu

264 - Méditations de J. N. Darby — [2 Chroniques ; Hébreux 8:5 ; 10:19-20] — Le Caractère distinctif de la Position Chrétienne

265 - Méditations de J. N. Darby — 2 Corinthiens 12 : Position Chrétienne et État Pratique

266 - Méditations de J. N. Darby — Philippiens 1 : L’Expérience Chrétienne

267 - Méditations de J. N. Darby — Job 42:1-6 : Mon oeil t’a vu

268 - Méditations de J. N. Darby — Luc 15 : La Grâce qui cherche et la Grâce qui reçoit

269 - Méditations de J. N. Darby — Jean 15 : « Moi en mon Père, et vous en moi, et moi en vous »

270 - Méditations de J. N. Darby — Genèse 12 — Appel, Position et Infidélité

271 - Méditations de J. N. Darby — [1 Jean 5:13] — Ce que c’est que CROIRE

272 - Méditations de J. N. Darby — Hébreux 12:1-17 : La Sainteté

273 - Méditations de J. N. Darby — Luc 4:1-13 : Jésus en face de l’Ennemi

274 - Méditations de J. N. Darby — Genèse 12:1-8 : Abraham

275 - Méditations de J. N. Darby — Luc 9 : Le Royaume de Dieu

276 - Méditations de J. N. Darby — Hébreux 9 : L’Accès auprès de Dieu

277 - Méditations de J. N. Darby — 2 Corinthiens 5 : Notre Position devant Dieu

278 - Méditations de J. N. Darby — Luc 24:36-53 : Jésus et les siens après sa Résurrection

279 - Méditations de J. N. Darby — Romains 8 — (Regards sur Romains 8)

280 - Méditations de J. N. Darby — Actes 2:1-12 : Baptisés du Saint Esprit

281 - Méditations de J. N. Darby — Nombres 23 et 24 et 31:1-12 : L’intervention de Dieu – Justification – combats – défaites – victoire

282 - Méditations de J. N. Darby — 1 Jean 4 (Quelques pensées sur)

283 - Méditations de J. N. Darby — Matthieu 15 — La Religion de l’Homme, le Coeur de l’Homme et le Coeur de Dieu

284 - Méditations de J. N. Darby — Actes 4:1-35 : Le Saint Esprit, Puissance d’En-Haut

285 - Méditations de J. N. Darby — Éphésiens 1:8-14 : Quelques grands faits du Christianisme

286 - Méditations de J. N. Darby — Deutéronome 16

287 - Méditations de J. N. Darby — Philippiens 3 comparé avec Marc 10

288 - Méditations de J. N. Darby — [1 Corinthiens 11:31-32 ; discipline et jugement] — Extrait d’une Méditation


151 - Méditations de J. N. Darby — Luc 16:1-16

n°151 : ME 1905 p. 228

Au chapitre 15 de cet évangile, il s’agit particulièrement de ce qui convient à Dieu, de sa grâce qui va chercher ce qui était perdu. Le chap. 16 va plus loin : l’homme a prouvé qu’il n’est pas digne de la confiance de Dieu. La parole de Dieu présente l’Évangile sous tous ses aspects divers, pour saisir les âmes, dans quelque état qu’elles se trouvent. Aux chap. 15 et 16, on voit ces différents états. Dieu ne cherche pas les justes, mais les pécheurs ; il cherche ceux qui ne le cherchent pas : c’est le chap. 15. La brebis, la drachme, le fils prodigue, font la joie de celui qui les retrouve ; c’est la joie de Dieu. Il est doux, pour une brebis fatiguée de ses égarements, d’être retrouvée ; il est infiniment doux aussi, pour le fils prodigue, de retrouver son Père, mais Dieu est heureux de l’avoir trouvé, malgré ses haillons.

Il n’y a aucune difficulté pour l’âme humiliée de se trouver en présence de la grâce de Dieu, mais c’est une grande difficulté pour ceux qui se justifient devant les hommes ; telle était la position des pharisiens. Semblables au fils aîné, les Juifs avaient tous les biens de Dieu à leur disposition, les oracles de Dieu, les promesses, les alliances, le don de la loi, le service divin. Dans un autre sens, tout homme possède les biens de Dieu et est l’économe de Dieu ; c’était aussi bien le cas d’Adam que celui des Juifs. La chrétienté est encore plus dans ce cas, parce que Dieu lui a confié extérieurement la Bible, une lumière. En un mot, cela est vrai de tout homme, mais particulièrement de ceux qui jouissent de privilèges extérieurs. Tout homme est donc détenteur des biens de Dieu. Il n’y a personne d’entre vous qui n’ait entendu l’Évangile et joui du privilège de pouvoir lire la Bible. Vos facultés naturelles sont aussi des biens de Dieu. Vous les avez employées infidèlement ; vous êtes donc des économes infidèles aux privilèges que Dieu vous a confiés.

Dieu vous ôtera tout cela ; il ne veut pas avoir dans sa maison et employer pour sa gloire des personnes infidèles qui le déshonorent. Il vous demande compte et vous ôtera tout ; il vous condamne comme économes infidèles. Sauf les anges élus, toute créature a manqué à la confiance que Dieu a mise en elle. Il ne s’agit pas ici de ce qui est dû à Dieu, mais du fait que l’homme, que nous tous, nous avons manqué à ce qu’Il nous a confié. Adam a déshonoré Dieu, a péché contre Celui qui lui avait confié la création et a été chassé d’Éden. Dieu lui a enlevé le gouvernement. Dès lors, il a éprouvé l’homme de toute manière, et quand enfin le Fils lui a été envoyé, l’homme l’a crucifié.

L’homme ne glorifie pas Dieu ; il peut être honnête et se glorifier lui-même devant les hommes aux dépens de Dieu ; il peut se justifier devant les hommes (v. 15), au milieu de la plus grande dureté de coeur ; il peut se donner une bonne apparence, quant au fond il n’y a que méchanceté et malice. Mais pouvez-vous dire : Ce que je fais, je le fais au nom du Seigneur Jésus, pour la gloire de Dieu ? Nous avons manqué à la confiance que Dieu a mise en nous et nous avons été infidèles. Qu’un économe soit très prudent et garde pour lui-même ce qui lui est confié, en est-il moins infidèle ? L’homme est très prudent pour veiller à ses intérêts et à sa gloire, et à tout moment il dérobe à Dieu la sienne. Un homme qui cherche sa propre gloire est essentiellement infidèle, parce qu’il est placé dans le monde pour la gloire de Dieu ; il est donc déjà condamné ; il a employé pour lui-même et pour le péché ce que Dieu lui avait confié. Dieu ne peut nous remettre plus longtemps ses biens. Que faire ? Nous ne pouvons bêcher la terre, gagner la vie éternelle quand nous l’avons perdue. La prudence qui emploie les richesses iniques pour la gloire et l’amour de Dieu est reconnue de lui ; c’est la fin de la parabole.

Mais il y a encore un autre principe dans cette expression : les richesses iniques. Ce mot « richesses », nous dit tout ce qui est de ce monde ; sans le péché, rien de ce qui s’y trouve, n’aurait existé. Impossible qu’Adam, ni ses enfants, fussent riches. Tout ce qui représente le système actuel de ce monde est l’effet du péché, même nos habits. Les richesses qui tendent à nous faire trouver du confort loin de Dieu, après qu’il a chassé l’homme d’Éden, sont iniques. Tout a acquis une position nouvelle par le péché. L’homme se figure que Dieu lui a donné seulement certaines règles de conduite, mais Dieu ne donne pas de règles à des personnes qu’il a chassées de sa présence. Dans l’Évangile, il ne fournit pas de règles pour arranger un système qu’il a condamné. Dieu ôte à l’homme l’administration. Il établit un système, un royaume entièrement nouveau, le royaume de Dieu (v. 16). Ceux qui ont la foi quittent le système que Dieu a condamné et entrent dans le nouveau système que Dieu a établi. La loi et les prophètes ont régné jusqu’à Jean Baptiste. Tout était déjà condamné, mais cela n’était pas encore manifesté. La loi suppose que l’homme est encore placé dans le monde comme économe ; l’homme est déjà infidèle, mais pas encore absolument rejeté de son administration. Lorsque Jean Baptiste parait, tout change ; la loi et les prophètes sont abandonnés ; Dieu déclare que le monde est jugé et condamné, et il ôte à l’homme l’administration de ses biens. Celui qui est sauvé doit entrer dans son royaume à Lui. Lorsque Moïse trouva l’idolâtrie en Israël, il dressa un pavillon hors du camp, et quiconque voulait être avec Dieu, sortait du camp et allait vers Moïse. Tout est sous la condamnation, et Dieu ne donne pas de règles pour un système condamné. La loi ne nous profite ainsi de rien ; il faut sortir du monde, et non chercher une règle dans le monde ; il faut rompre avec lui, être traité comme fou dans sa famille. Il n’était pas besoin d’une chose nouvelle, si la première n’était pas infidèle. Jusqu’à nos amis s’élèvent contre nous, quand ils voient que nous les quittons. Le monde sent que la manière de faire des chrétiens le condamne, lorsque ces derniers, se sentant condamnés eux-mêmes, ne veulent pas rester sous cette condamnation. Outre toutes les difficultés extérieures, il y a à se faire violence à soi-même (v. 16), ce qui est plus difficile encore. Il faut rompre avec le monde et avec soi-même, et c’est ce qui est appelé la violence. Nous avons d’un côté le monde condamné ; de l’autre, le royaume établi par Christ, dans lequel il faut entrer de force. C’est la pure grâce qui fait cela, qui fait entrer dans le royaume, mais on ne peut trouver son salut en marchant à la fois avec le monde et dans le royaume de Christ. Pour être sauvé, il faut rencontrer toute sorte de difficultés de la part du monde, des amis, de la famille et de soi-même. Même cela ne doit pas nous décourager.

Cela brise le coeur, il est vrai, car le premier anneau de la chaîne du monde est attaché au coeur. Ne nous laissons pas abattre ; nous aurons le monde contre nous ; nous rencontrerons même la persécution, mais toutes ces choses ne sont que des preuves de la vérité de Dieu et par là même un encouragement ; il importe d’y faire attention.

Si vous avez quelque espérance d’être sauvés en suivant certaines règles de conduite, vous n’entendez rien au salut. Honnêtes gens, Dieu ne veut pas de vous. C’est le péché qui a organisé le monde tel qu’il est ; c’est lui qui règle les rapports entre vous et Dieu. Dieu ne veut pas vous donner des règles pour vos péchés ; il veut que vous entriez, dépouillés de tout, dans le royaume qu’il a établi en Christ. Quand vous commencez à vous justifier, vous démontrez votre grande inimitié contre Dieu. Ceux qui veulent se justifier devant les hommes n’ont pas fait le premier pas dans la voie du salut. Dieu condamne le tout ; le coeur de l’homme est mauvais, et Dieu lui a déjà demandé compte de l’administration de ses biens. Tout est pure grâce pour un pécheur condamné, et la grâce lui fait comprendre qu’il vaut mieux être sauvé en perdant tout dans ce monde.

Dieu nous transporte par sa grâce dans le royaume de son Fils bien-aimé. Tout ce qui est grand dans le monde est en abomination devant Dieu, et n’est pas autre chose que des péchés splendides.

Que Dieu nous fasse la grâce de comprendre en simplicité que lorsque nous avions manqué à tous égards, et que la condamnation était prononcée, Dieu a pourvu à un moyen de grâce et de salut en Christ, et qu’il ne s’agit plus de se sauver dans le monde, mais de se sauver du monde, pour entrer là où Christ se trouve, où sa gloire est établie.


152 - Méditations de J. N. Darby — Exode 24

n°152 : ME 1905 p. 313

Aux chapitres 19 et 24 de l’Exode, on trouve une différence dans les relations entre Dieu et Israël au pied de la montagne de Sinaï.

Depuis la sortie d’Égypte jusqu’au Sinaï, Dieu agit en grâce envers son peuple. Cette grâce couvre le mal, donne l’eau, la manne, les cailles, sans un reproche de la part de Dieu, donne enfin la victoire sur Amalek. Israël arrive ainsi, porté sur des ailes d’aigle, à la montagne de Sinaï. Là, il se place, pour recevoir les promesses, sous la condition d’obéissance, condition violée aussitôt que reçue.

La position du peuple vis-à-vis de Dieu est réglée par cette condition au chap. 19. Quand Dieu prononce à leurs oreilles les dix paroles de la loi (19:12-24), ils ne pouvaient monter sur la montagne, Dieu ne voulant pas avoir l’homme si près de Lui, de sa Majesté et de sa justice, car il est un feu consumant. L’Éternel met une barrière autour de lui et ni homme, ni bête, ne peuvent la franchir sans périr, et sans que l’Éternel se jette sur eux (v. 24). Moïse qui représente Christ peut y monter, mais aucune âme ne peut s’approcher de Dieu, quand Il se présente en justice.

Au chap. 24, la scène change. Dieu choisit, avec Moïse et Aaron, Nadab et Abihu, soixante-dix anciens d’Israël, non plus sur le principe de la loi, mais en vertu d’une alliance établie sur le sang, par lequel Israël est présenté à Dieu et mis en relation avec Lui (v. 4-10). Le sang est sur le peuple, et Dieu invite ceux qui avaient été choisis à monter vers Lui. Ils peuvent, au lieu d’un feu consumant, voir le Dieu d’Israël, Dieu en relation avec le peuple. Ils mangent et boivent, ils vivent de leur vie naturelle, quoiqu’ils soient en présence de Dieu. C’est que l’alliance par le sang avait mis le peuple en relation avec Dieu ; telle est toujours la base de toute relation avec Lui. Il en est de même pour nous. Sans que cette alliance soit établie avec nous, car elle ne l’est qu’avec Israël, nous pouvons, en vertu du sang de l’alliance, voir Dieu, dans toute la manifestation de sa justice, sans périr. Le sang est le fondement qui rend possible une relation entre Dieu et des pécheurs. Dieu s’obligeait lui-même, par le sang de l’alliance, à recevoir son peuple. Sans doute, la stabilité de l’alliance, dépendait de l’obéissance du peuple autant que de la fidélité de Dieu, et alors tout a manqué. Mais nous pouvons avoir part au bénéfice d’une nouvelle alliance, parce qu’elle est fondée sur l’obéissance de Christ, maintenant accomplie. L’alliance avec Israël, quoique basée sur le sang, ne pouvait être fondée sur une obéissance future de l’homme. En Christ, l’obéissance a eu lieu, elle a été jusqu’à la mort ; elle ne peut manquer ; c’est une alliance éternelle.

Quant à notre conscience, l’effet d’une telle alliance est que nous pouvons voir Dieu, manger et boire, sans être écrasés par sa justice.

Quant à la pratique, il y a quelque chose qui va, pour nous, plus loin que cela. Lorsque l’alliance a été violée par Israël, Moïse dresse une tente hors du camp (33:7). Il agit seul ; c’est la fidélité individuelle. Dieu le rencontre hors du camp. Ses relations individuelles sont dès lors bien plus intimes que sur la montagne où Dieu était toujours dans la nuée. Ici, il parle avec Moïse face à face, comme avec un intime ami. La fidélité individuelle conduit ainsi Moïse près de Dieu. Plus l’infidélité générale augmente, plus Dieu se rapproche du fidèle et se communique à lui d’une manière intime. Combien cela nous encourage à être fidèles, même si nous devions demeurer seuls.

Sur la montagne, dans Sa majesté, Dieu ne pouvait avoir de contact avec le peuple. Celui qui touchait la montagne était puni de mort. Au lieu de les inviter à monter, Dieu dit : « Avertis solennellement le peuple, de peur qu’ils ne rompent les barrières pour monter vers l’Éternel pour voir, et qu’un grand nombre d’entre eux ne tombe » (19:21). Mais, du moment que le sang est répandu (ch. 24), le Dieu d’Israël, entrant en relation avec son peuple, dit : « Monte vers moi ». L’homme peut s’approcher.

À la suite de la désobéissance générale, nous trouverons des difficultés sans nombre, une vie pénible à bien des égards, mais s’il y a de la fidélité, le seul résultat sera que Dieu se montrera face à face et nous parlera comme un ami à des intimes amis.

Christ, chassé par nos péchés hors du camp, est monté dans le ciel. En vertu de son sang, nous sommes unis à Lui, et Dieu nous unit à Lui par son Esprit. Christ n’est donc pas seul dans cette intimité ; par Lui et en Lui, nous sommes, de la même manière que Lui, près de Dieu. Chassé du monde, il est entré en Sa présence. En Lui, l’Église est aussi près de Dieu que lui-même.

Pour jouir de cette présence, il faut suivre Christ hors du camp, même si nous devions être seuls. Suivre Christ, c’est toujours le suivre auprès du Père. Dans cette séparation, nous trouvons lumière, douceur, joie, discernement spirituel. La fidélité nous donne toujours ce discernement et la connaissance de nos privilèges comme chrétiens ici-bas. Paul monte au troisième ciel ; cette communication avec Dieu le fortifie pour son ministère au milieu de circonstances adverses. Être « un homme en Christ » est une jouissance positive. Dieu communique à un tel homme ce qui est nécessaire pour être fidèle, sans commandement qui le réprime.


153 - Méditations de J. N. Darby — Hébreux 9:27-28

n°153 : ME 1906 p. 95

Dieu est la bonté même ; il veut nous convaincre de ce qu’il a fait pour le rachat de nos âmes. Cette épître nous montre la parfaite purification de nos péchés par le sang de Christ, nos consciences purifiées des oeuvres mortes pour servir le Dieu vivant. On ne peut se trouver devant Dieu qu’avec une conscience purifiée.

Les v. 27 et 28 nous présentent deux cas : celui de l’homme naturel ayant devant soi la mort et le jugement ; celui du chrétien pour lequel Christ est mort une seule fois. L’homme du monde doit mourir ; pour le chrétien, Christ est mort. Pour le mondain, le jugement après la mort ; pour le chrétien, Christ apparaissant sans péché, à salut, à ceux qui l’attendent.

À sa première venue, Christ est apparu pour le péché, pour s’en occuper, pour être fait péché ; quand il reviendra, ce sera à part de toute question de péché. Si Jésus, à son retour, n’a plus rien à faire avec le péché, il nous faut nous-mêmes être hors de toute question de péché pour pouvoir être avec Lui. Il ne recevra que ceux qui sont absolument sans péché, et ne s’occupera pas du péché à ce moment-là, car il viendra chercher ceux qui sont sans péché. Vous voyez que la question du péché doit être absolument vidée ici-bas.

Le v. 27 est pour le monde d’une brièveté effrayante. Dans la Genèse, on voit les hommes vivre un certain nombre d’années, engendrer des fils et des filles, puis mourir (Gen. 5). C’est l’histoire de tous les hommes ; ils passent comme des feuilles d’automne. L’homme le plus riche ne peut pas se racheter de la mort ; l’homme le plus sage meurt comme tous les autres. La mort est la preuve de l’impuissance totale de l’homme à se sortir d’où il est ; elle est la conséquence du péché. L’homme peut réussir dans tous ses desseins, mais il lui faut mourir. Tout ce qu’il peut dire ou faire ne peut l’y soustraire. C’est une bonté de Dieu qu’il y ait ici-bas une évidence que, sans distinction, la main de Dieu est sur tous les hommes et que son jugement est à la porte. La mort est l’huissier qui vient d’avance annoncer à la conscience que le tribunal va entrer en séance. Elle est une preuve de la culpabilité de tous les hommes. La racine du péché est en Adam, le fruit en chacun de nous, la mort, la part de tous, le jugement sur tous. La mort est déjà la preuve de l’iniquité de tous. « N’entre pas en jugement avec ton serviteur », est-il dit au Ps. 143, « car devant toi, nul homme vivant ne sera justifié ». S’il entre en jugement, Dieu ne peut faire autre chose que condamner. Il est ordonné aux hommes de mourir une fois, parce que tous ont péché. En dehors de Christ, vous ne pouvez vous soustraire à la condamnation. Si vous pouviez vous soustraire à la mort, vous le pourriez aussi à la condamnation éternelle. Mais la mort s’emparera des hommes, malgré leurs moqueries et leur inimitié contre Dieu. Quelle folie chez les pauvres mondains ! Ils s’étourdissent quelques jours, puis ils tombent sous le jugement ! À moins que vous ne trouviez en Christ un remède parfait, la condamnation vous attend. Dieu peut-il se démentir ? Viendra-t-il vous dire qu’il n’est pas vrai que le jugement suive la mort ? que cette conséquence n’aura pas lieu ? Dieu ne peut pas même dire que la mort n’atteindra pas ceux qui sont sauvés ; ils ont péché comme les autres, et Dieu ne peut faire des exceptions quant aux conséquences du péché. Mais son amour a inventé quelque chose qui, tout en reconnaissant ces conséquences, ôte le péché. « Sans effusion de sang il n’y a point de rémission ». Où trouverez-vous du sang pour effacer vos péchés ? Sera-ce le sang des taureaux et des boucs ? Pour trouver quelqu’un qui veuille bien donner son sang, il faut un homme. Les anges ne pouvaient se présenter comme hommes et comme victimes. Dieu, le Fils, a voulu se faire homme. Celui qui ne nous devait rien, Celui que nous avons privé de tous ses droits, Celui que nous avons abreuvé de moqueries, a voulu s’occuper de nous ; il est devenu homme, afin de pouvoir mourir, s’offrir en sacrifice pour nous, faire cette effusion de sang, sans laquelle il n’y a point de rémission.

Il n’est pas besoin de plusieurs morts pour manifester qu’il y a des pécheurs. Jésus est mort pour porter les conséquences du péché. Cela s’est fait une seule fois ; c’est le signe que le jugement de Dieu qui prend connaissance de tout, s’est exécuté. Si la mort de l’homme est le sceau de son péché et sa conséquence, la mort de Christ est la conséquence des péchés qu’il a portés. Le jugement de Dieu a rencontré en Christ le péché de l’homme, et il en a fini avec le péché. Dieu n’a pas traité à demi la question du péché ; Jésus a paru une seule fois pour son abolition. Quelle confiance, quelle consolation cela nous donne ! Dieu a exécuté le jugement contre le péché et toute la question a été réglée et terminée. Il n’y a pas deux morts de Christ. Vos âmes se reposent-elles sur ce fait que, dans la mort de Jésus, Dieu s’est occupé une seule fois du péché en grâce ? Si votre péché n’est pas aboli, il faudra que Dieu s’en occupe, et ce sera votre condamnation. Craignez-vous de voir tous vos péchés sous les yeux de Dieu ? Ils y ont été quand, sur la croix, Dieu les a abolis, et maintenant Christ reviendra, non pour nous juger, mais pour nous recevoir auprès de Lui, et nous présenter à lui-même. Il n’y a aucune crainte à attendre Celui qui est allé nous préparer une place et qui viendra nous recevoir.

Jésus savait très bien ce qu’il fallait pour nous introduire dans le ciel. Il sait très bien ce qu’il a fait. Si vous cherchez à vous excuser du péché, la lumière de Dieu, dès qu’elle sera manifestée, fera tomber tous les voiles trompeurs qui vous cachent à vos propres yeux. Dieu n’excuse pas le péché, il l’expie, l’abolit, et donne la paix à l’âme. Croyez-vous que Dieu ait eu raison de donner son Fils ? Si Dieu a eu raison, si la mort de Christ a été nécessaire et que vous ne soyez pas réconciliés par Lui avec Dieu, vous êtes dans la plus triste situation possible. Le salut n’est pas une chose que Dieu vous aide à faire ; il ne vous aide pas à faire mourir Jésus. C’est une chose que Dieu a faite par lui-même. Nous n’avons qu’une part à la mort de Christ : notre iniquité et notre incrédulité.

La connaissance de l’oeuvre de Christ nous donne une paix parfaite, une conscience purifiée dès ici-bas. Vos consciences sont-elles purifiées ? Pouvez-vous dire : Je n’ai pas une tache sur moi devant Dieu, parce que Christ a ôté mon péché ? Si le sang de Christ n’a pas fait cela, il n’a rien fait. Cette oeuvre de Christ, suffit-elle pour abolir le péché ? Dieu l’affirme. Telle est la part de ceux qui croient en Jésus. Dieu les a tant aimés qu’il n’a pas épargné son Fils et qu’il leur donnera toutes choses avec Lui. Je vous conjure, par la miséricorde de Dieu qui a donné Jésus, de penser à cet amour !


154 - Méditations de J. N. Darby — Romains 8:27-39

n°154 : ME 1906 p. 114

L’apôtre vient de parler des difficultés et des soupirs du chrétien quant aux circonstances ; il a montré que le Saint-Esprit n’était pas seulement un Esprit de joie, mais aussi de délivrance qui intercède pour les saints selon Dieu. L’intelligence peu développée des fidèles ne savait pas toujours que demander ; au moins savaient-ils (v. 28) que toutes choses contribuent au bien de ceux qui aiment Dieu.

L’apôtre considère ici l’oeuvre de Dieu en dehors de nous, ce qui est en Dieu, quand même l’intelligence spirituelle nous manque pour nous l’approprier. Il en vient aux pensées et aux actes de Dieu, après avoir parlé de l’homme intérieur. C’est une consolation de pouvoir se reposer sur cet amour de Dieu qui fait que toutes choses concourent à notre bien. Dieu veut nous faire porter l’image de son Fils en gloire (v. 29) ; il nous a prédestinés à être conformes à cette image. Il n’est donc plus question de l’oeuvre intérieure, mais de l’oeuvre de Dieu seul. C’est la grande vérité de la fin de ce chapitre : « Dieu est pour nous » (v. 31).

Bien des choses peuvent avoir l’apparence que Dieu n’est pas pour nous, c’est pourquoi l’apôtre développe cette pensée. Ce qui pourrait nous faire croire que Dieu n’est pas pour nous, ce sont les difficultés, les persécutions, etc. Il est impossible que l’âme renouvelée saisisse un salut dans lequel la conformité à Jésus ne soit pas comprise. Nous sommes prédestinés à porter son image. La mesure de la sanctification pratique se trouve dans ces mots : Je sais que lorsque Christ paraîtra, je lui serai semblable ». Celui qui a cette espérance en Lui se purifie comme Lui est pur ». La mesure de notre sanctification, c’est Jésus dans la gloire. Nous trouvons en chemin l’inimitié des hommes, l’hostilité de Satan, mais si nous voulons savoir dans quelle mesure Dieu est pour nous, c’est qu’il a donné son propre Fils et ne l’a point épargné. C’est une grande aide pour la sanctification.

Ce qui empêche bien des chrétiens d’être fidèles, ce sont mille petites choses au sujet desquelles le coeur appréhende ce qui pourrait nous arriver, ce qui compromettrait notre avenir ou menacerait nos plans. Dieu a donné son Fils ; comment ne nous donnera-t-il pas toutes choses avec lui ? Il conclut de la grâce à la providence.

La difficulté est encore plus grande quant à la conscience. Dieu justifie : qui condamnera ? On peut être estimés comme des brebis de tuerie, mais Christ est mort : qui nous séparera de l’amour du Christ ? Quelles que soient les circonstances, Christ est entré dans toutes, et son amour y a trouvé son chemin. Rien ne peut nous séparer de l’amour de Dieu, pas même la mort. Christ est mort, et c’est la plus profonde manifestation de son amour. La hauteur non plus, ne peut nous en séparer. Dieu n’est pas trop haut, Christ est en haut, plus haut que les anges, après avoir été fait un peu moindre qu’eux ; et là aussi Christ est amour. Mort, vie, souffrances, difficultés, l’amour de Dieu en Jésus a passé par tout cela, et ce n’est pas un amour qui reste dans la dignité, mais un amour qui a été dans l’humanité et qui agit en elle. Toutes les circonstances sont des chemins pour l’amour de Christ ; il pénètre partout où nous avons à passer. Nous avons la certitude que Dieu ne garde aucune chose pour Lui, après avoir donné son Fils. Nous sommes plus que vainqueurs ! C’est un triomphe, parce que les difficultés manifestent que Dieu est pour nous et avec nous.

Ne craignez jamais les difficultés amenées par les circonstances : Dieu est pour nous, et quand il rassemblera ses précieux joyaux (Mal. 3:17), nous verrons que nous ne nous trompions pas en suivant sa volonté. Que Dieu nous donne cette confiance entière en Lui. Il mérite toute notre confiance, Lui qui a donné son Fils pour nous.

Quand l’apôtre parle de nos faiblesses, il montre que nous trouvons en Dieu une provision de bonté, un fleuve de consolation, un amour qui nous prévient constamment. Cela nous remplit de certitude quant à la source de notre bonheur. On ne peut pas ébranler l’âme en cela. Rien ne peut nous séparer de son amour, et nous nous glorifions en Dieu par Jésus-Christ notre Seigneur.


155 - Méditations de J. N. Darby — Hébreux 6

n°155 : ME 1906 p. 214

L’apôtre se plaignait de ce que les Hébreux n’étaient plus capables de supporter la nourriture solide (5:12) ; cependant il ne veut pas qu’ils reviennent sur les premiers éléments, sur « la parole du commencement du Christ », mais il désire qu’ils avancent vers « l’état d’hommes faits ». Cette expression est relative à la doctrine de Christ et n’a aucun rapport avec la conduite et la sanctification. L’âme a besoin d’être nourrie pour traverser cette vie d’épreuves. Les éléments ont leur vérité, mais il faut plus.

Je dirai quelques mots d’un passage qui a souvent angoissé les âmes. Aux versets 4 à 6, il parle de ceux qui ont été sous l’influence de tout ce que Dieu peut leur donner, sans être convertis. C’est une terre qui a tout reçu, mais dont le fond n’est pas changé et qui ne produit que des ronces et des épines. La Parole a été goûtée ; ils ont été rendus participants du Saint-Esprit comme Esprit de puissance, sans toutefois avoir la vie dans l’âme. Tout a été vain, et il est impossible de les amener à la repentance. Les Juifs avaient crucifié le Seigneur, mais c’était dans l’ignorance. La repentance leur est prêchée, mais après avoir reconnu que Christ est le Sauveur et avoir connu sa gloire, s’ils le rejettent de nouveau, Dieu n’a pas un autre Christ à leur offrir.

On peut être étonné que Dieu donne de pareils avertissements à ceux qui sont gardés à toujours, et ce n’est pourtant qu’à eux seuls qu’ils profitent. Celui-là seul qui a la vie de Christ peut profiter des exhortations relatives à la ruine, suite d’une conduite charnelle, parce que seul il peut tenir la chair pour crucifiée. Dieu nous donne des avertissement pressants quant à notre faiblesse et nos dangers, et néanmoins il nous établit sur un fondement immuable et jure par lui-même de nous garder. Il est touchant de voir ces soins de détail que Dieu prend de nous dans un désert où il y a des serpents brûlants et toute sorte de dangers que Lui connaît. D’autre part, Dieu est avec nous et nous garde selon sa fidélité.

Le désir de l’apôtre, en voyant l’Esprit de Christ agir dans les chrétiens, c’est que chacun de nous montre jusqu’au bout la même diligence. Quand la chair agit, il n’y a pas la même sollicitude que chaque âme soit bénie. L’effet de cette diligence, c’est une pleine assurance d’espérance (v. 11). C’est plus que l’assurance du salut, c’est l’assurance de l’espérance des choses promises.

Nous trouvons l’assurance de la foi (10:22), et celle de l’intelligence (Col. 2:2). L’assurance de la foi s’appuie sur la Parole et la révélation de Dieu ; l’assurance de l’espérance saisit les choses que nous espérons. Il y a un lien entre les choses que Dieu a promises et nous. Dieu avait promis Canaan, pays découlant de lait et de miel, mais quand on avait dans ses mains la grappe d’Eshcol, c’était une assurance d’espérance, car on jouissait des arrhes du pays de la promesse. Il y a plus d’assurance à jouir des fruits d’une terre qu’à n’avoir entre les mains que les titres de possession. On jouit des fruits de la Canaan céleste en goûtant les arrhes du Saint-Esprit. Il y a une assurance pratique beaucoup plus grande que la seule assurance de foi. C’est ainsi que, selon la parole de Pierre (2 Pierre 1:10), nous avons à affermir notre vocation et notre élection, car il n’est pas possible de rendre la parole de Dieu plus ferme ; on ne peut ajouter à la promesse de l’héritage que la jouissance de ses arrhes. Si nous ne jouissons pas du salut, c’est manque de soins, de vigilance. Si nous contristons le Saint-Esprit, l’assurance nous manquera.

C’est une joie immense que d’avoir l’onction du Saint-Esprit dans le coeur ; la communion et la sainteté viennent de là.

On trouve encore, au v. 12, la patience qui hérite de ce qui a été promis. Il faut un renouvellement continuel du Saint-Esprit pour que la patience ne manque pas. L’impatience est la marque d’un mauvais état d’âme. La patience est la première chose qui nous fait défaut. Si nous sommes remplis de l’assurance de l’espérance, la patience nous est facile. Avec la jouissance des choses célestes dans mon âme et la communion du Seigneur, les circonstances qui m’éprouvent ne sont qu’une occasion de patience. Il n’y a jamais plus de joie que dans la patience ; Dieu est patient, parce qu’il est sûr de son but. « Abraham ayant eu patience obtint ce qui avait été promis » (v. 15). Quand Dieu parle de son peuple, il ne dit pas un mot de leurs fautes (Nombr. 23:21) ; il ne parle que de ce que sa grâce produit en eux. Abraham avait eu Ismaël quatorze ans avant que Dieu lui donnât Isaac, mais il n’en est pas fait mention ici. De même Jésus dit à ses disciples : « Vous êtes ceux qui avez persévéré avec moi dans mes tentations » (Luc 22:28), quoique ses disciples eussent souvent manqué de sympathie et qu’ils fussent misérables et très faibles. C’est ce qui arrive aussi aux chrétiens. Quand on vit près du Seigneur, l’oeil est clairvoyant pour voir les manifestations de la grâce dans les enfants de Dieu. Au contraire, loin de Lui, on est prompt à trouver les fautes des chrétiens, les manifestations de la chair dans les autres.

Notre espérance est fondée sur la Parole et le serment de Dieu. Dieu nous parle selon notre coeur, comme à Abraham ; il jure qu’il accomplira sa promesse, afin que nous ayons deux choses immuables qui nous donnent toute assurance devant Dieu.


156 - Méditations de J. N. Darby — Actes 7

n°156 : ME 1906 p. 296

Ce chapitre a pour but principal de présenter aux coeurs et aux consciences des Juifs devant le sanhédrin cette terrible vérité, qu’ils résistaient toujours au Saint-Esprit. Dieu ne nous juge et ne nous condamne pas à cause de tel ou tel péché, mais à cause de la résistance de nos coeurs au témoignage rendu par le Saint-Esprit à des pécheurs déjà condamnés. Dieu a envoyé dans le monde un témoignage répondant à nos besoins et à nos circonstances. Il ne se borne pas à un message ; il prend la peine de nous expliquer ce qu’il fait et exhorte et supplie les hommes d’être réconciliés avec Lui ; mais les hommes résistent au Saint-Esprit. Leurs coeurs ne veulent point de ce témoignage, et il n’est pas étonnant que cela les condamne. Rien de plus affreux que l’histoire de nos coeurs, quand Dieu en trace le tableau. Il suffit qu’il dise ce que l’homme a fait ; il suffit qu’Étienne raconte aux Juifs leur histoire, pour qu’il y ait condamnation. Le cas de Joseph et celui de Moïse ressemblaient à celui de Jésus ; comme Lui, ils ont été rejetés. Tel est le but du discours d’Étienne.

Dieu fait attendre l’homme longtemps et exerce sa foi avant d’accorder la délivrance, afin que Lui seul soit glorifié en délivrant, quand toute ressource charnelle est perdue. Il faut que la chair soit anéantie, pour que le fleuve de la bénédiction puisse couler librement. Il faut que l’homme soit annulé et que Dieu soit exalté. Tant que l’homme est quelque chose, il n’y a pas de bénédiction. Abraham, héritier de la promesse, ne possède qu’un sépulcre, tout en marchant au milieu de toutes les choses que Dieu lui a promises.

Au temps de Jacob, la famine survient en Canaan et les pères du peuple se rendent en Égypte ; Dieu attendait encore que l’iniquité des Amorrhéens fût arrivée à son comble. Il retarde la promesse jusqu’à la manifestation éclatante de l’iniquité de l’homme ; il ne manifeste pas son jugement contre l’iniquité, avant que celle-ci ne soit complète. En attendant, le peuple de Dieu est dans la souffrance et sous l’esclavage en Égypte, mais la foi compte sur les promesses. Jacob et Joseph ont leur tombeau en Canaan, parce que leur foi comptait posséder le pays promis.

Au temps où la promesse va s’accomplir, le peuple est beaucoup plus maltraité en Égypte qu’auparavant ; le Pharaon d’alors ne connaissait pas Joseph ; cette oppression est comme le signal et l’avant-coureur de la délivrance, car à mesure qu’elle approche, Satan rend plus lourdes les chaînes de la servitude. Le peuple est en apparence abandonné à son sort, anéanti, Dieu voulant des coeurs complètement brisés, qui aient perdu toute confiance en leurs propres forces. Dès qu’il en est autrement, ces coeurs méchants veulent tout autre chose que Dieu et retournent en Égypte, comme cela arriva pendant le voyage du désert.

Donc, Dieu fait attendre son peuple, avant de lui donner la bénédiction ; il brise en lui toute confiance charnelle et le dispose ainsi à être satisfait de voir Dieu intervenir.

Moïse à la cour du Pharaon pouvait paraître, aux yeux des hommes, un excellent instrument de délivrance, car il était puissant en parole et en action et instruit dans toute la science des Égyptiens. Mais l’instrument suscité pour la délivrance d’Israël doit être anéanti lui-même. Moïse veut agir ; il s’identifie avec l’Israélite affligé et tue l’Égyptien. C’était une manifestation de puissance selon sa pensée à lui ; aussi il échoue. Il s’enfuit ; toute son espérance, toute influence à la cour du Pharaon sont détruites ; la condition d’Israël en est encore aggravée ; il passe quarante ans au désert, et ce grand libérateur du peuple garde les brebis.

Lorsque l’affliction du peuple est à son comble, et que Moïse est plongé dans l’oubli, Dieu intervient. Il a très bien vu l’affliction de son peuple, et lui envoie qui ? Moïse. Ce dernier, anéanti et n’ayant autre chose pour se diriger que la volonté de Dieu, dit : « Je ne sais pas parler ». Il était courageux quand il s’appuyait sur lui-même, mais le courage lui fait entièrement défaut quand Dieu l’envoie. Que de peine nous donnons à Dieu, quand il s’agit de réduire à néant notre fausse confiance en notre force naturelle !

Dieu ôte toute espérance à Israël ; alors il dit : « Je suis descendu pour les délivrer ». Individuellement nous faisons la même expérience et nous avons de la peine à croire que, « quand nous sommes faibles, alors nous sommes forts ». La confiance en nous-mêmes reste toujours la mauvaise tendance de nos coeurs ; elle repousse à chaque instant comme une mauvaise herbe. Dieu ne peut pas nous bénir tant que nous avons confiance en nous-mêmes ou dans un autre homme ; comment bénirait-il l’orgueil du coeur ? il faut que nous soyons dépouillés de nous-mêmes. Moïse n’a pu que se faire chasser d’Égypte quand il était puissant en parole ou en action. Pierre, confiant en son affection pour le Seigneur et en ses bons désirs, a renié Jésus. Tout ce qui rapproche nos âmes de Dieu est une bénédiction ; même la connaissance n’est pas nécessairement une bénédiction, à moins que Dieu ne vienne prendre dans le coeur la place de toute confiance charnelle. Une connaissance qui ajoute aux acquisitions de l’homme ne peut que nous éloigner davantage de Dieu. Quand elle est du domaine de la foi et substitue Dieu à nous-mêmes, c’est une chose excellente.

Le plus insignifiant des hommes désire être quelque chose ; on n’a pas l’idée du fonds d’orgueil qui se trouve en lui. Le monde peut l’oublier, mais lui ne s’oublie pas, jusqu’à ce que Dieu vienne remplacer son moi dans son coeur, et c’est la mesure du véritable progrès chrétien. Notre bonheur croît en proportion de la place que nous donnons à Dieu ; mais il faut souvent beaucoup d’épreuves pour que nous apprenions cette chose si difficile : « nous oublier nous-mêmes ».

Il faut beaucoup de temps pour anéantir l’homme. Notre famille s’oppose à nous, nous critique, fait ressortir notre manque de fidélité, dont elle est un excellent juge. Cela nous est bon ; nous apprenons ainsi ce qui est au dedans de nous, et quand nous avons fait, de cette manière, l’expérience de la folie de notre confiance en nous-mêmes, nous sommes rendus capables, comme Pierre, de « fortifier nos frères ».

Ne vous découragez pas, quand Dieu vous dépouille et qu’il semble vous abandonner ; la véritable bénédiction pour vous, c’est que Dieu soit tout et que vous ne soyez rien. Dieu est fidèle pour détruire votre orgueil. Accueillez avec actions de grâces ce qu’il fait pour vous anéantir, car il le fait, selon sa puissance, pour vous bénir !


157 - Méditations de J. N. Darby — Jean 13:1

n°157 : ME 1906 p. 453

Il est évident que Jésus s’adresse ici particulièrement à ses disciples, mais ce que ce verset nous présente attirera à Lui toute âme dans laquelle le Saint-Esprit agit. La seule chose qui attire le pécheur et lui inspire confiance, c’est ce qui est en Jésus, comme nous le trouvons dans ce verset.

Je désirerais vous parler de la constance et de la fidélité de son amour. Rien ne l’a ralenti, ni affaibli. Si nous pensons à ce qu’étaient les trois classes de personnes qui entouraient le Sauveur : ses disciples, ses adversaires et les indifférents, nous trouvons en eux tout ce qui pouvait l’arrêter dans ses desseins d’amour.

Les adversaires sont plus particulièrement les enfants du diable. Ayant vu que le Seigneur Jésus venait revendiquer le royaume afin de régner sur toutes choses, ils disent : « Nous ne voulons pas que celui-ci règne sur nous ». On trouve en effet des personnes qui, au fond du coeur, ont la certitude que Jésus est le Christ, et qui ne veulent pas de Lui. Les adversaires peuvent s’emparer des indifférents et les entraîner.

Tout ce qu’il trouvait dans le monde était propre à détourner Jésus de son oeuvre, mais rien ne blesse plus l’amour que l’indifférence. Par nature, nous aimons le péché et nous nous servons de tout ce que Dieu nous a donné, pour satisfaire nos convoitises. Devant cet état déroutant du monde, Jésus dit : « Jusques à quand vous supporterai-je ? » Nous pensons comme Lui, quand nous sommes dans la lumière de Dieu. Mais Jésus a vu toute cette corruption de l’homme, et c’est ce qui l’a poussé à venir en grâce ici-bas. Dieu a vu tout cela ; sa compassion en a pris connaissance. Que rencontre-t-elle ? L’indifférence du coeur. Le coeur de l’homme voit en Jésus quelque chose de méprisable ; il ne veut ni reconnaître son propre état, ni être redevable à Dieu d’en sortir. Rien ne rebute plus l’amour que l’indifférence.

Jésus a rencontré aussi la haine. Tous ceux qui tenaient à ce que Dieu fût absent, pour pouvoir satisfaire leur propre volonté, haïssaient Jésus. Orgueil, conscience, volonté, tout repoussait Dieu. « Ils m’ont vu, et ont haï et moi et mon Père ». Il n’y avait rien dans la souillure, dans l’indifférence et dans la haine, qui pût attirer l’amour de Jésus. Il y avait de quoi pousser l’amour au désespoir, de se voir trahi par Judas. Si un seul homme devait nous trahir, nous serions trop occupés de nous-mêmes pour penser à ceux qui ne nous trahiraient pas. Au commencement de sa carrière, Jésus prononce des béatitudes, à la fin, il dit : « Malheur à vous ». L’iniquité a abondé, mais alors Jésus fait voir tout son amour et ses disciples même l’abandonnent. N’y a-t-il pas de quoi réduire l’amour au désespoir ? Même ceux qui l’aimaient étaient si égoïstes et si liés par la crainte de l’homme, qu’il était impossible de s’appuyer sur leurs coeurs. Pierre, qui l’aimait, devait le renier. Cela prouve que le coeur de l’homme est tel que, lors même qu’il aime Jésus, ce coeur ne vaut rien. Jésus a dû aimer en présence d’une haine qui ne se ralentissait jamais ; il a dû nous aimer, couverts de souillures, indifférents, ayant en haine la lumière, nous qui, mille fois, l’avons renié. Celui qui se connaît le mieux, peut le mieux savoir que c’est là son portrait. Si vous traitiez un ami comme vous traitez Jésus, l’amitié ne durerait pas une semaine.

Jésus trouvait dans le ciel l’amour du Père, la pureté parfaite ; son amour parfait ne pouvait, par conséquent, s’y manifester. En regard de ce qu’il a quitté, il aime les siens qui sont dans le monde, tels qu’ils sont dans leurs souillures. Il n’en est pas rebuté ; elles sont l’objet de ses compassions ; elles attirent la grâce, car l’objet de la grâce, c’est l’iniquité et le mal.

L’indifférence des siens démontrait pour Jésus l’étendue de leur misère et le besoin qu’ils avaient de Lui. La haine même de l’homme prouvait qu’il était perdu. Dieu est venu chercher l’homme qui était hors d’état même de le chercher. Que de choses il a supportées, que d’indifférence, de trahisons, de reniements ! Néanmoins, rien ne l’arrête, et il a aimé les siens jusqu’à la fin. Il agissait selon ce qu’il y avait dans son coeur, et tout ce qu’il voyait dans l’homme n’était que l’occasion de manifester ce qu’il était.

Jésus fait tout ce qui est nécessaire pour rétablir l’âme dans ses relations avec Dieu. Tout pécheur que vous êtes, la grâce vient vous chercher. La justice et la loi exigent que le mal et le méchant soient ôtés. Jean-Baptiste prêche la repentance, et c’est un commencement de grâce ; mais, de fait, la grâce, loin de dire à l’homme de quitter son état pour venir à Dieu, vient à l’homme dans son péché. Elle pose sa main sur le lépreux pour le mettre en relation avec elle, et afin que Dieu soit beaucoup plus pleinement manifesté que si le péché n’avait pas existé.

La grâce applique l’amour de Dieu aux besoins de notre ruine. Si Jésus a connu la joie du Père et tout ce qui est dans le Père, c’est pour l’adapter aux besoins de l’homme.

Quelle consolation de savoir que Jésus est tout ce qu’il faut pour tout ce que nous sommes ! Cela nous place dans le vrai et nous amène à confesser le mal en nous, au lieu de le cacher : la grâce seule produit la sincérité (Ps. 32:1) et la vérité ; elle nous fait reconnaître que nous sommes faibles, infirmes, que nous ferions exactement ce que Pierre a fait, si nous n’étions pas gardés.

« Jésus aime les siens qui sont dans le monde », à travers leur pèlerinage, leurs circonstances, leur misère, leur égoïsme, leur faiblesse. Tout ce que Satan pouvait faire, tout ce qui était dans l’homme, était propre à empêcher Jésus de l’aimer, d’aimer les siens, et pourtant il les aime jusqu’à la fin.

Pouvez-vous dire que vous avez part à cet amour, que, malgré votre faiblesse, vous avez compris la grâce, la manifestation en Jésus de l’amour du Dieu invisible pour des pécheurs ? Avez-vous reconnu qu’il était nécessaire que Jésus vînt au monde, pour que vous ne soyez pas jetés là où il y a des pleurs et des grincements de dents ? Avons-nous pris notre parti de nous reconnaître tels que nous sommes ? Cela est désagréable et pénible. C’était là l’écharde de Paul, quelque chose qui lui disait sans cesse : Tu es faible. C’est précisément dans ce but que Dieu la lui avait envoyée. Notre chair est-elle assez jugée pour que nous soyons contents que Jésus soit tout et que nous ne soyons rien, et pour que nous nous réjouissions que la manifestation de notre faiblesse soit celle de la force de Dieu pour nous ? Jésus n’a oublié aucun de nos besoins : « Ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, il les aima jusqu’à la fin ».


158 - Méditations de J. N. Darby — Juges 16:6-25

n°158 : ME 1907 p. 116

S’il n’était question pour nous que de la jouissance de ce que Dieu est, il ne nous serait pas nécessaire de demeurer ici-bas ; mais nous avons au fond de nos coeurs quelque chose qui n’est pas sondé, et Dieu veut nous sonder. Il veut aussi éprouver notre foi pour se faire mieux connaître à nous, et faire ainsi tourner l’épreuve à son honneur. Il y a un secret de notre communion avec Dieu ; c’est la sainteté, une véritable séparation de nos âmes pour Lui, et cette séparation suppose la mortification de la chair. De plus, si nous désirons rendre témoignage à la puissance de Dieu au milieu du mal, il nous faut nécessairement être en relation immédiate avec ce Dieu auquel nous rendons témoignage. Celui qui est en nous est plus fort que celui qui est dans le monde. Nous avons à manifester, non pas l’innocence de la chair, mais la puissance du Saint-Esprit qui domine la chair.

Samson vivait au temps du joug des Philistins, au temps de la puissance de l’ennemi, Samson était Nazaréen, séparé pour Dieu ; il ne buvait pas de vin et laissait croître sa chevelure, prouvant ainsi qu’il n’avait pas de communion avec les joies de ce monde. Sa force était continuelle ; néanmoins, de temps en temps, l’Esprit agissait particulièrement par son moyen contre les ennemis. Sa vie n’était pas une vie de paix, mais de combat.

Nous aussi, nous avons à revêtir les armes de Dieu pour vaincre au mauvais jour. Il y a des moments où le chrétien marche en paix comme ayant domination sur l’ennemi ; il y en a d’autres où le combat est ardent et où, séparé pour Dieu, il est appelé à remporter la victoire.

Aussi longtemps que Samson garde le signe de sa séparation, sa force, la force de Dieu, ne l’abandonne pas. Il avait une force habituelle. Il en est de même pour nous : l’âme vraiment séparée possède une force qui semble lui appartenir en propre et qui ne se manifeste pas toujours de la même manière. Par la puissance du Saint-Esprit, Jésus est conduit au désert pour être éprouvé par l’obéissance ; plus tard, par cette même puissance, il fait beaucoup d’actes miraculeux.

Le nazaréat constant donnait la force, et quand l’occasion s’en présentait, les choses qui demandent cette force s’accomplissaient sans peine dans la carrière de Samson. Elles ne se faisaient pas par un effort extraordinaire du moment, mais par une force habituelle qui, à l’occasion, se manifestait sans difficulté.

La volonté de Samson n’était pas brisée ; on le voit dans toute sa vie. Cela ne lui a pas fait perdre sa force au premier moment ; chez lui, le secret de la communion n’était pas complètement perdu, et Dieu pouvait encore lui donner la force et la victoire. Mais il commence par entrer en relation avec une source de péché. Delila a prise sur son coeur ; il lui résiste longtemps, et ment pour lui échapper ; il évite ainsi les conséquences actuelles du péché, au lieu de se tenir complètement en dehors du mal. Sa force n’était pas encore perdue, mais il était déjà en relation avec le péché, et il perd peu à peu le secret de la communion avec Dieu. Quand Delila a découvert le secret, elle se tourne contre Samson. Si Satan réussit à nous séparer de la communion avec Dieu, toute notre force est perdue.

Samson avait pris l’habitude de constater sa force ; il pensait qu’elle serait toujours là et ne soupçonnait pas que Dieu s’était retiré de lui. Quand il était en communion avec Dieu, il n’avait pas cette fausse sécurité ; il ne pensait pas à lui-même et agissait selon le besoin. Tout est perdu, si nous perdons la dépendance habituelle de Dieu. C’est parce que Samson avait tout perdu qu’il se faisait l’illusion que sa force lui appartenait en propre. La conséquence en est qu’il tombe dans l’esclavage des Philistins.

Il y a ainsi progrès dans le mal ; son affection passe à quelque autre objet qu’à Dieu, puis la communion avec Dieu est perdue ; la dépendance immédiate de Lui est rompue, et la force manque au moment même où elle est nécessaire. Une longue pratique de la bénédiction devient même une occasion de nous faire perdre cette dépendance, et de nous entretenir dans l’illusion qu’il y a quelque force en nous. Samson avait déjà perdu sa chevelure, qu’il se croyait encore fort. On en arrive à oublier même le besoin de communion et, précisément quand la force manque, on ne sent pas qu’elle nous a quittés.

C’est là un avertissement solennel de nous garder de tout ce qui peut nous éloigner tant soit peu de Dieu. Satan ne manquera pas de se vanter de la déchéance d’un chrétien : « Dagon a livré notre ennemi dans nos mains ! » C’était un mensonge, mais cela avait l’apparence d’une vérité. Le fait est que Dieu avait abandonné Samson. Il demeure aveugle.

Gardons le sentiment de notre dépendance. Dieu agit par l’homme ; il prépare le vase pour y mettre le don, mais si nous avons la pensée que c’est l’homme et non pas Dieu qui agit, tout est perdu. En théorie, c’est facile à comprendre, mais il faut le sentir à tout moment. S’il y avait parmi nous plus de vraie dépendance de Dieu, Dieu se manifesterait dix fois plus et répondrait plus souvent à la foi.

En un mot, les deux choses qui font notre force sont une séparation entière pour Dieu et la dépendance immédiate de sa puissance et de sa fidélité.


159 - Méditations de J. N. Darby — Philippiens 3:1-21

n°159 : ME 1907 p. 175

Ce ne sont pas les oeuvres de la chair qui nous sont présentées ici, mais c’est la confiance en la chair. Personne ne songerait à avoir confiance dans le péché pour plaire à Dieu, ni ne viendrait Lui présenter le péché pour être agréé de Lui ; mais on rencontre continuellement chez les hommes, la confiance dans la chair pour s’approcher de Lui, quand même la chair est corrompue et ne peut produire que de mauvais fruits. Il est affreux que l’âme soit aveuglée à ce point, mais la parole de Dieu est là pour mettre ces choses à nu et nous éclairer sur l’état de notre coeur. Je m’adresse aux personnes qui se trouvent ici, à celles qui se confient en la chair pour plaire à Dieu. C’est une triste chose pour elles, après avoir passé dans la chair toute leur vie, de devoir apprendre que ceux qui sont dans la chair ne peuvent plaire à Dieu.

La chair se sert de la religion même comme d’instrument. Paul parle ici de la religion juive, mais on peut aussi emprunter bien des choses au christianisme pour se présenter devant Dieu selon la chair ; il va sans dire qu’on ne lui emprunte pas ce qui nous convainc de péché, mais ce qui peut nous exalter devant Lui. Quant à leur état religieux, les âmes aveuglées trouvent des motifs de confiance devant Dieu dans les pratiques religieuses dont la chair s’est emparée. On se revêt de ces dehors comme d’un surtout, pour cacher sa nudité.

C’est ainsi que la chair a confiance en quelque chose qui nous cache à Dieu, et c’est ce que l’apôtre nous présente dans ces versets. On a une religion établie de Dieu, subsistant depuis longtemps, une religion vraie ; et, d’autre part, une conduite irréprochable dans cette religion. La confiance de la chair repose donc ici sur ces deux choses : une religion vraie, et une conduite irréprochable. N’est-ce pas la confiance de la majorité de ceux qui nous entourent ?

Il faut sans doute avoir ces deux choses, mais le mondain a la prétention de les avoir, tandis que le chrétien les a. C’est pourquoi il est si difficile de convaincre et d’éclairer ceux qui se trouvent dans cet état. Paul avait été circoncis selon l’ordonnance de Dieu ; il était un Hébreu pur sang, Benjaminite, pouvant nommer sa tribu dans un temps de confusion, meilleur Juif que d’autres (Gal. 1:14), pharisien, rempli de zèle. C’était la religion de ses pères ; il la connaissait très bien, et y était sans reproche — néanmoins, il était perdu.

Tout cela faisait partie de sa confiance charnelle, et sa conscience n’avait jamais été atteinte. Il avait emprunté au judaïsme ce qui pouvait lui donner meilleure opinion de lui-même, tout en demeurant, de fait, étranger à Dieu dans ce monde. Cela exaltait Saul, et n’exaltait pas Dieu. N’est-ce pas le cas de beaucoup de ceux qui ont été baptisés et se disent chrétiens ? Saul croyait la vérité révélée autrefois à son peuple, comme aujourd’hui l’on croit que la justification est par la foi, non par les oeuvres. Mais si cela devient un moyen d’être contents de nous-mêmes — doctrine vraie ou conduite irréprochable — ce n’est qu’un morceau de plus ajouté à l’habit de propre justice qui nous cache Dieu. Combien il est à déplorer que de vrais chrétiens voient autour d’eux, dans leurs amis et leurs connaissances, des milliers de personnes semblables, sans être sensibles à cet état !

Ne se trouve-t-il pas ici des âmes qui sont tranquilles, parce qu’elles ont la vérité que leurs pères ont crue et qu’elles mènent une conduite irréprochable ? C’est une chose solennelle, d’être tranquille quand on est éloigné de Dieu et perdu. La conscience naturelle retient la lumière extérieure du christianisme. Au milieu d’une société civilisée et polie, le coeur humain veut avoir une bonne réputation. Satan se fait moral, et cela éloigne aussi bien de Dieu que les péchés grossiers. Un Hindou, un mahométan, un Juif, empruntent à leur religion ce qui peut leur donner une bonne réputation ; un chrétien emprunte au christianisme ce qui la lui donne, et ce qui peut le confirmer dans sa bonne opinion de lui-même. Voilà ce qu’il appelle être chrétien.

Paul avait vu que tout cela lui était nuisible, était une perte, et quand il s’était trouvé dans la lumière de Dieu, il avait entièrement perdu la bonne opinion qu’il avait de lui jusque-là. Sa vie irréprochable n’était plus que de l’orgueil, un voile d’hypocrisie jeté sur le péché. Si le Saint Esprit avait agi dans son coeur, il aurait vu le péché en lui, et aurait dit : « Misérable homme que je suis ! » au lieu de se croire irréprochable.

La loi, entrant réellement dans le coeur, donne la connaissance du péché ; mais une conscience réveillée est un triste hôte, car elle nous parle toujours de nous, nous présente à nous-mêmes, et nous fait voir ce que nous sommes. Elle rend l’homme mécontent de lui, parce que c’est Dieu qui tient le miroir dans lequel il se voit, et qu’il ne peut, étant convaincu de péché, ni se tenir en la présence de Dieu, ni éviter sa présence. L’homme qui, avec une conscience réveillée, connaît la vérité, en est d’autant plus effrayé. Si Jésus a été méprisé, persécuté par les hommes, quel repos cela peut-il nous donner quand nous comprendrons que nous l’avons méprisé ou contredit toute notre vie ? L’homme qui a bonne opinion de lui-même passe de fait sa vie à mépriser Jésus et à s’opposer à Lui.

Quand on rencontre la lumière, on voit distinctement que c’est contre un Dieu de sainteté et de bonté qu’on a péché, et l’on a horreur de soi-même, et l’on est abattu et humilié. Alors tout se passe entre Dieu et l’âme ; celle-ci, convaincue de péché, se trouve sous le jugement et déjà jugée, et prend le parti de Dieu contre elle-même. Voilà une âme convertie. Toute justice propre lui est en horreur ; elle voit qu’elle ne peut plus gagner la justice par ses efforts ; elle a besoin de la justice de Dieu, et non plus de cette justice de l’homme qu’elle avait cru posséder quand elle était contente d’elle-même.

Cette justice de l’homme, c’est le pharisaïsme. Le vrai pharisien ne s’attribue pas toute la gloire, mais il dit : Je te rends grâces, ô Dieu, de ce que je suis ; — tandis que le chrétien rend grâces de ce que Dieu est. Une âme sincère, qui cherche à satisfaire la justice de Dieu, aboutira toujours au désespoir.

Il faut à la conscience, dans le sentiment de ce qu’elle est devant Dieu, la seule justice qui le satisfasse, la justice de Dieu lui-même, afin que tout soit par la grâce. Si Dieu fait grâce et que j’y croie, je n’ai rien à y ajouter, et Dieu a voulu que le salut, cette justice, fût par la foi, pour qu’elle fût uniquement par la grâce.

Dire que le Fils de Dieu a été frappé par la colère de Dieu, c’est dire bien plus sur la sainteté et la justice de Dieu que si un homme avait été frappé de cette colère, et l’âme est pleinement satisfaite de savoir que ce qui la sauve répond entièrement à tout ce que Dieu peut exiger.

Jésus est sorti de la mort par la puissance de Dieu en résurrection ; le but où nous tendons est d’être en résurrection avec Lui. Christ a tout accompli à Lui seul ; la justice de Dieu a été glorifiée ; elle est, dans sa personne, assise à la droite de Dieu, et l’âme, saisissant Jésus par la foi, se trouve parfaitement heureuse, parce qu’elle trouve en Lui un nouvel homme, un homme ressuscité. Son but est désormais d’être semblable à Jésus ressuscité. C’est là le grand mobile de la sanctification. Nous Lui serons semblables, parce que nous le verrons tel qu’il est, et celui qui a cette espérance en Lui, se purifie, comme Lui est pur.

La religion de celui qui a été convaincu de péché est certes beaucoup plus heureuse que celle de celui qui est satisfait de lui-même. Pour le premier, Jésus a tout accompli, et Dieu a tout accepté, en faisant asseoir à sa droite Jésus ressuscité.

Que Dieu nous fasse la grâce de sentir l’amour profond de Christ qui, malgré tout ce qu’il a vu en nous, nous a aimés, et a accompli pour nous la justice de Dieu.


160 - Méditations de J. N. Darby — Psaume 25

n°160 : ME 1907 p. 314

Il y a quelque chose de touchant à voir une âme qui s’épanche devant Dieu, sans jouir encore de la délivrance ; elle sait que celui qui s’attend à lui ne sera point confus, mais elle n’a pas encore la paix, quoiqu’elle la voie de loin.

Il faut remarquer la manière dont Dieu reçoit cet épanchement du coeur. Il prend connaissance de tout ce qui se passe dans l’âme, péchés, craintes, espérances ; il veut que nous comprenions qu’Il s’en occupe. Les Psaumes, à cause de leur sens prophétique, sont l’expression de l’opération du Saint-Esprit dans l’âme, avant qu’elle ait trouvé la paix, et ne donnent pas la réponse définitive de l’amour de Dieu.

Il y a dans notre coeur un fonds de dureté, d’insensibilité, de légèreté tel, qu’il faut que Dieu le travaille afin de le fixer et de le rendre attentif, et de le réduire au sentiment de son incapacité. Nous sommes si misérables, que le seul moyen de nous donner l’idée de l’amour de Dieu, c’est de fixer notre coeur par ses besoins sur ce que Dieu est.

(v. 11). « À cause de ton nom, tu me pardonneras mon iniquité, car elle est grande ». Il y a là un principe profond : c’est seulement quand nous sommes profondément convaincus que notre iniquité est grande que nous sentons notre besoin de Dieu et de son pardon. On pourrait penser d’une petite iniquité qu’on peut y remédier soi-même, ou que Dieu la passera sous silence. Vos âmes ont-elles été en relation avec Dieu, pour juger vous-mêmes que votre iniquité est grande et que votre besoin de la gratuité est grand ?

Le coeur de l’homme renverse tout. Il met la droiture et la vérité de Dieu avant sa bonté, et pense que si l’homme marche comme il le doit, Dieu sera bon envers Lui. C’est le contraire qui est dit ici : « Il est bon et droit, c’est pourquoi il enseignera le chemin aux pécheurs ». Dieu qui est droit aime la droiture, mais Dieu est bon. L’âme mal éclairée, connaissant ses fautes jusqu’à un certain point, désire atteindre par la droiture la bonté de Dieu. C’est la démonstration de l’état d’un coeur qui ne connaît pas Dieu et qui s’endurcit au sujet de toute l’histoire que Dieu a donnée et de l’homme, et de lui-même. Rien ne met plus obstacle à la grâce que la pensée que si l’homme est droit, Dieu sera bon. Un tel coeur n’est ni humble, ni amolli, et son orgueil n’est pas encore détruit. La dureté du coeur de l’homme s’élève contre la grâce de Dieu ; l’homme ne veut pas qu’on lui parle de ses péchés, parce que, s’il est obligé de les confesser, il lui faut reconnaître son mauvais état. La confiance ne peut pas entrer dans un coeur qui n’a pas goûté l’amour. Quand nous avons saisi que c’est par la bonté que Dieu commence, notre coeur peut s’épancher devant Lui qui est bon et il y a confiance, attendrissement et humilité. Quand nous pensons à ce que nous sommes, quelle dureté de coeur d’avoir la prétention de nous présenter devant le Dieu saint ! L’homme ne peut souffrir qu’on lui parle de ses péchés ; l’action du Saint-Esprit, au contraire, les lui fait reconnaître et confesser en détail. On parlera du péché en général ou des péchés dont on n’est pas coupable soi-même, mais on ne parlera pas de ses propres péchés. Pierre dit : « Vous avez renié le Saint et le Juste ». Lui-même l’avait fait, et d’une manière beaucoup plus honteuse, mais il parle sans aucune crainte de ce péché-là. Paul parle librement au Seigneur Jésus du détail de ses péchés (Act. 22:19-20). L’Esprit seul peut le faire. Les pécheurs peuvent parler d’autres péchés que les leurs ; un ivrogne blâmera le vol, mais il ne parlera pas de ses propres péchés, sa conscience lui faisant éviter d’être droit devant Dieu. On cherche à cacher son péché et à montrer ses bonnes qualités ; on veut être honnête en se passant de Dieu. On pensera rencontrer sa bonté par la droiture, mais il n’y a là aucune vraie confiance en Lui. L’idée, si fréquente dans le monde, de rendre culte à Dieu dans cet état de choses, est une fraude. Dieu commence par ce que nous sommes, et c’est ce que l’homme ne veut pas.

Dieu nous présente dans la Bible les choses les plus extraordinaires. Il dépense tous ses conseils et fait usage de toutes ses ressources en vue de l’état où l’homme se trouve ; il révèle tous ses efforts et les soins qu’il a pris pour se mettre en relation avec le coeur de l’homme. On voit dans la Parole des coeurs en rapport avec Dieu sous l’action du Saint-Esprit, et l’on reste tel que l’on est ! Y a-t-il une plus grande dureté de coeur que de voir, sans en être touché, tout ce que Dieu a fait, et l’action de son Esprit dans ceux qui sont sauvés ? On voit tout cela, et l’on suit son chemin ! Preuve-qu’il n’y a pas encore dans le coeur la moindre semence de vie.

Mais on peut aussi être convaincu de péché et chercher à retrouver auprès de Dieu la place qu’on a perdue. Dans ce cas, l’âme croit qu’il y a une autre ressource que le pur pardon ; elle n’a pas encore de vraie relation avec Dieu. Il se peut qu’elle ne recherche pas le monde, qu’elle observe le dimanche, suive des réunions. Elle s’appuie sur ces choses. Ce n’est pas une âme convaincue que Dieu est amour ; elle n’est pas en Sa présence avec la vraie connaissance d’elle-même ; elle n’est pas humiliée et choisit un chemin de sa façon pour arriver à Dieu. Elle ne peut pas dire : « En Toi j’ai mis ma confiance ; elle s’assure en son propre chemin ; elle veut améliorer sa conduite pour s’approcher de Dieu. C’est quand nous sommes convaincus qu’il ne s’agit pas de s’approcher de Lui, mais que nous sommes en sa présence et perdus, que nous disons : « Tu me pardonneras mon iniquité, car elle est grande ». On n’a plus de chemin à faire ; on ne désire plus éviter Dieu ; on se trouve devant Lui, tel que l’on est. Dieu se révèle ; nous avons à comprendre ce qu’il est, et alors vient la connaissance de sa grâce. Il s’agit de savoir ce qu’il est à l’égard d’un pécheur mis à nu en sa présence. Dieu est toujours bon et ne veut pas sanctionner la méchanceté de l’homme en le laissant tranquille dans son endurcissement. Au lieu de reprocher le péché, Dieu veut nous en donner la conviction en montrant qu’il l’a vu, qu’il y a pensé, et qu’il a trouvé le moyen de nous pardonner et d’enseigner aux pécheurs le chemin qu’ils doivent suivre.

« À cause de ton nom, ô Éternel, tu me pardonneras mon iniquité ». Voilà sur quoi l’âme base sa confiance ; impossible que Dieu manque à son nom : Il est bon et droit. Que fait la bonté de Dieu envers un pécheur tremblant et misérable ? Elle ne lui fait pas de reproche, mais prend connaissance de sa misère pour lui inspirer pleine confiance et lui donner courage. Dieu se renierait s’il manquait à sa bonté dans ce cas. Il ne peut faire autrement, car il y va de son nom, de sa gloire, de sa vérité, de ce qu’il est. Il nous fait comprendre qu’il s’est occupé de nos péchés, longtemps avant que nous en fussions nous-mêmes occupés et, si sa bonté s’en occupe, il faut qu’elle le fasse pour les ôter. Il a donné Jésus pour cela ; c’était ce qu’il fallait que sa bonté fît : effacer complètement le péché.

Chercher à arriver au pardon par le progrès dans la sanctification, c’est choisir soi-même son chemin. Dieu met le pécheur à l’aise en sa présence en lui montrant ses péchés placés sur la tête de Jésus. Sa gloire ne serait pas complète, si les pécheurs n’étaient pas complètement pardonnés, c’est un salut accompli pour toujours ; l’âme est en paix ; tout cela, à cause de son nom. Si l’âme est convaincue de la bonté de Dieu, aimerait-elle à garder quelque péché par devers elle ? Non ; la conscience dégagée de la couche épaisse des anciens péchés, devient plus délicate. Quand nos coeurs sont vivifiés, ce que nous trouvons en nous-mêmes étant convertis est beaucoup plus pénible que nos péchés avant notre conversion. Mais Jésus est mort, sachant ce que nous sommes et pour ce que nous sommes. Tel que je suis, Dieu m’aime ; son nom est en question et son nom est bonté. Il a condamné le péché dans la chair, en ce que Christ a été le sacrifice pour le péché. Le nom du Dieu Amour nous est ainsi révélé par tout ce que Dieu a fait pour nous en Jésus.

« Dieu est droit ; il enseigne le chemin aux pécheurs » et les conduit. Cela vient après le pardon. Dieu est premièrement bonté, puis vérité, quoique le coeur de l’homme pense l’inverse.

Si nous sommes en relation avec un Dieu de bonté, où cela s’arrêtera-t-il ? Jusqu’à quel point se manifestera-t-il ? Jusqu’à « montrer dans les siècles à venir les immenses richesses de sa grâce dans sa bonté envers nous dans le Christ Jésus » (Éph. 2:7). Dieu a devant lui le plus misérable des pécheurs. Que fera-t-il pour montrer aux anges les richesses de sa bonté ? Il nous prend, nous misérables, et nous place dans la même gloire que Christ, pour montrer aux anges les richesses infinies de sa grâce. C’est en nous que Dieu se montre ce qu’il est. C’est toi, qui te dis le plus faible, le plus coupable, que Dieu doit choisir, s’il veut montrer les immenses richesses de sa grâce. Il ne doit pas s’arrêter dans cette bonté, et ce n’est point de l’humilité que de mettre des bornes à sa grâce à notre égard, sous prétexte que nous sommes trop mauvais pour cela. Ce qu’il fait, c’est pour l’amour de son nom. C’est aussi pour l’amour de son nom, qu’au Ps. 23, il restaure notre âme et nous conduit dans des sentiers de justice. Il commence son oeuvre, la continue et l’achève jusque dans le ciel pour l’amour de son nom.

C’est là uniquement ce qui rend l’âme droite, sincère, ouverte devant Dieu, parce qu’il n’existe aucun sujet de crainte à l’égard du péché, et il n’y a jamais de droiture dans nos coeurs, avant que nous soyons, dans nos consciences, tels que nous sommes devant Dieu. Du moment que l’âme dit : « À cause de ton nom, tu pardonneras mon iniquité, car elle est grande », il faut que Dieu se manifeste. On s’assure en Lui, et l’on trouve cette heureuse vérité que Dieu est bon et droit.


161 - Méditations de J. N. Darby — Psaume 17

n°161 : ME 1907 p. 356

Ce Psaume est essentiellement l’expression de la pensée de Christ lui-même. Il n’y a qu’un seul mot (au v. 11), qui mentionne les fidèles : « Ils nous environnent ». Dans tout le reste du Psaume, il est question de Lui seul.

Jésus a été un homme, un Juif fidèle sur la terre, et les Psaumes sont l’expression de ce qu’il a senti avant d’être exaucé par la résurrection d’entre les morts. Le vrai progrès de nos âmes s’obtient par l’étude de ce que Christ était, et c’est aussi ce qui nous sanctifie. Si notre coeur a un vrai désir de connaître le Seigneur, Dieu répondra à notre désir en nous donnant cette connaissance.

Ce que nous apprenons en lisant la Parole, est aussi bien une révélation pour nous que pour ceux qui nous l’ont communiquée (1 Pierre 1:10-12). Les prophètes étudiaient leurs propres prophéties et y découvraient ce que nous y découvrons nous-mêmes en les lisant. La Parole ne contient au fond que deux choses, la connaissance du vieil homme, et celle de l’homme nouveau. L’âme qui s’occupe du Seigneur Jésus, recevra des révélations à son sujet. Ce n’est pas par des efforts que se produisent ses sentiments pour Lui, c’est en étant occupé de lui. Les Psaumes nous présentent Christ comme homme fidèle sur la terre et les sentiments produits par son Esprit dans le résidu fidèle, avant la pleine manifestation de la délivrance que Dieu opérera en leur faveur.

Aucun autre que Christ ne peut parler comme aux v. 1 à 3. Lui seul, sondé de Dieu et passé au creuset, a été trouvé irrépréhensible. Au v. 4, nous voyons qu’il se réglait sur la parole des lèvres de Dieu. Il s’est placé dans nos circonstances et s’est conduit selon la même Parole qui doit nous conduire.

(v. 5). En tout cela, le Seigneur est notre modèle ; il marche dans le même chemin que nous suivons dans ce monde, seulement ce Psaume exprime (v. 13-14) une chose que nous ne pouvons exprimer, car les Psaumes ne sont pas l’Évangile de la grâce, c’est pourquoi le Seigneur et les saints peuvent y demander que Dieu leur fasse justice de leurs ennemis.

Il ne s’agit pas seulement pour nous d’éviter le mal, mais d’agir selon les motifs qui dirigeaient Jésus, le Nazaréen, obéissant en toutes choses. Quel privilège pour nous de n’appartenir qu’à Dieu, et de n’avoir pas autre chose à faire qu’à le servir. Christ s’est livré pour nos péchés, afin qu’il nous retirât du présent siècle mauvais ; il ne s’agit pas pour nous d’unir le christianisme à un certain train de vie dans ce monde, comme si nous lui appartenions, mais de vivre ici-bas la même vie que Christ. Notre chemin en Christ traverse les diverses circonstances de la vie, et cela met notre coeur à l’épreuve, parce que nous sommes appelés à nous y conduire et à y juger toutes choses selon les pensées de Christ. Le monde ne peut rien nous donner, parce que ce qu’il donne appartient à cette vie, tandis que nous avons maintenant la vie de Christ, une vie de résurrection, dont le domaine est en dehors du monde.

Au v. 14, on voit que la Providence dont les hommes aiment tant à parler, favorise les méchants. De même le riche, en Luc 16, avait reçu ses biens en ce monde pendant sa vie. Il y a dans ce monde mille choses dont le coeur humain ne saura pas se passer, à moins qu’il ne soit fortement attaché à Jésus.

(v. 8-10). Nous sommes toujours entourés de méchants. L’homme du monde que le fidèle rencontre, c’est l’homme rempli de hauteur qui ne veut pas qu’on parle des droits de Christ, et qui s’oppose à la manifestation de la vie de Dieu, dans ce monde de péché.

Le principe des voies de Dieu parmi les Juifs était le jugement, c’est-à-dire le gouvernement de Dieu s’exerçant au milieu du peuple. Nous sommes dans le même cas, car nous nous trouvons ici-bas dans un milieu où Dieu se trouve et où il gouverne. Ce n’est pas Israël, mais l’Assemblée, maison de Dieu, que Dieu gouverne par son Esprit. Dès le commencement de l’histoire de son Assemblée ici-bas, son jugement s’exerça sur Ananias et Sapphira. Ce gouvernement a ses conséquences pour les enfants de Dieu, mais elles sont indépendantes de la vie éternelle. Il n’y a pas une infidélité dans la marche du chrétien qui n’ait pour conséquence quelque jugement de Dieu. Introduits par la grâce auprès de Dieu, ayant le Saint-Esprit qui habite au milieu des siens, le mal ne peut se montrer sans tomber sous le jugement de Dieu. Tous les péchés sont contre le Saint-Esprit, et c’est même le caractère spécial du péché de nos jours, où le gouvernement du Saint-Esprit n’est pas reconnu. Tout péché a donc son jugement et ses conséquences, parce que le Saint-Esprit gouverne et que Dieu ne peut tolérer le mal chez ceux qui lui appartiennent. On se rendrait mieux compte des voies de Dieu et leur manifestation serait plus sensible, si l’on saisissait mieux le fait du gouvernement du Saint-Esprit dans l’Église. Au lieu d’aller en aveugles dans la vie chrétienne, on comprendrait ce que Dieu nous veut et pourquoi il nous en veut.

La justice parfaite de Christ ne changeait rien à ce qui était la joie de son coeur. Son oeil était invariablement fixé sur Dieu. Il voyait le monde s’en aller, les méchants prospérer, et que Dieu seul demeure. Son oeil était simple. S’il ne l’est pas, il nous est difficile de discerner un chrétien d’un mondain. Quand le témoignage est affaibli, le dévouement manque. Ce qui le donne, c’est la conviction que toute notre part est en résurrection ; ce qui le donne, c’est notre désir de vivre ici-bas selon la puissance de Sa résurrection. Ne pensons ni au blâme du monde, ni au blâme des chrétiens, mais regardons au Seigneur Jésus, et ayons notre part avec lui, entièrement en dehors du monde. Jésus ne marchait que selon les paroles des lèvres de Dieu ; cela lui faisait rencontrer la haine des méchants, mais ses yeux étaient fixés sur la résurrection : « Quand je serai réveillé, je serai rassasié de ton image » (v. 15).

Le chrétien fidèle ne se demande pas si les choses qu’il traverse sont permises ou non, mais si ces choses conviennent au Seigneur, répondent à son caractère, et par conséquent conviennent au fidèle qui désire être le plus près possible de lui.

Christ ressuscité, Christ en gloire, tel doit être l’objet de nos âmes. Dès ici-bas, nous avons le privilège d’être des nazaréens, séparés pour Dieu et suivant le Seigneur. Nous avons le sentiment que nous sommes formés par Dieu pour un certain but et que nous lui appartenons en propre. C’est là aussi ce qui donne de l’intelligence spirituelle dans les choses de Dieu.


162 - Méditations de J. N. Darby — 1 Chroniques 29

n°162 : ME 1907 p. 377

Il y a ceci de particulier dans les livres des Chroniques, que Dieu nous y présente ses pensées de bonté et de grâce à travers les circonstances dans lesquelles les hommes se trouvent. On peut parler d’un chrétien et raconter son histoire avec tous ses manquements sans en rien omettre, mais on peut aussi faire voir toutes les pensées de Dieu à son égard, sans entrer dans le détail de ses manquements ; sans cela, les voies de l’homme auxquelles la gloire et la bonté de Dieu s’appliquent, seraient cachées. Telle est la différence entre les livres de Samuel et des Rois d’une part, et ceux des Chroniques de l’autre. Samuel et les Rois présentent l’histoire des misères de l’homme responsable vis-à-vis de ce que Dieu lui a confié ; les Chroniques présentent les voies de Dieu, et non celles de l’homme. On n’y trouve pas un mot de la chute de David ou de Salomon. Il est bon que nos âmes considèrent ce qui, en Dieu, s’élève au-dessus de nos misères. Nous prenons ainsi l’empreinte des voies de Dieu et les transportons dans nos voies. En Hébr. 11, le Saint-Esprit passe par-dessus les manquements des fidèles et montre les voies de Dieu à leur égard et la bonne volonté de leurs coeurs envers lui.

Celle de David nous est présentée ici. Dieu lui avait promis que Salomon serait son successeur à toujours. Le Saint-Esprit lui avait donné le modèle du temple, comme à Moïse celui du tabernacle. Il était un type de Christ, comme le Bien-aimé, souffrant, combattant et victorieux.

Pour nous, comme au temps de David, la maison de Dieu n’est pas encore bâtie, mais nous avons le modèle des intentions de Dieu. Le Saint Esprit a pris ces choses et nous les a communiquées, avec la certitude que Christ régnera en gloire. Nous sommes dans la position de David ; le temple n’est pas encore bâti ; le règne de paix de Salomon, pas encore établi, et nous, encore étrangers devant Dieu et ses hôtes (v. 15), mais pleins de joie, et ayant le privilège de nous dévouer à Dieu avec tout ce que nous possédons.

Dieu était le tout de David. Sans Dieu, David n’était rien, rien qu’un pauvre berger. Toute sa gloire dépendait de cette maison que Salomon allait bâtir à Dieu. C’est la position du chrétien. Qu’est-il, sans l’Église, sans la maison de Dieu ? Toute la sphère de ses pensées est là, et certes ce n’est pas une chose trop petite, car c’est toute la sphère des pensées de Dieu quand il a voulu glorifier son Fils.

Il y a de l’énergie chez David ; ce qui la lui donne, c’est de « faire une seule chose ». L’homme double de coeur est inconstant dans toutes ses voies. Ce que Dieu a jugé suffisant pour manifester ses voies et ses conseils suffit à David ; tout devient grand pour lui. Il n’a qu’un seul objet, en vue duquel toute l’énergie de son coeur se déploie et qui remplit ses pensées et ses affections.

Dieu nous a présenté ces choses comme à David et nous pensons, avec Dieu, à cette Assemblée, dans laquelle il veut manifester la gloire de Christ.

Il y a de plus, chez David, le dévouement ; il avait préparé, selon que l’Esprit l’avait enseigné, ce qu’il fallait pour la maison de Dieu. Dieu a préparé toutes choses pour la maison de sa gloire. Dans la gloire, tout sera mis en ordre. Nous avons maintenant le privilège de la bonne volonté qui s’occupe des choses de Dieu, et c’est à quoi David engage les principaux de son peuple. Son coeur avait identifié la gloire de la maison de Dieu avec sa propre gloire. Que ce soit notre temps, nos talents, notre argent, quand nous sommes attachés à la maison de Dieu, tout ce que nous avons est identifié avec elle.

Ils offraient avec joie, volontairement. La consécration de tout ce que l’on a et de tout ce que l’on est, est une joie, l’oeil simple n’ayant qu’un objet. David en eut une fort grande joie et bénit l’Éternel. L’Esprit qui produit le dévouement fait aussi naître l’action de grâces.

Mais une chose le frappe : « Qui suis-je, et qu’est mon peuple, que nous ayons le pouvoir d’offrir ainsi volontairement ? » Le résultat de cette bonne volonté est l’humilité. L’Esprit de Dieu, agissant en David, lui fait sentir ce qu’il est : « Toutes choses viennent de toi, et les ayant reçues de ta main, nous te les présentons ». Dieu nous les donne, afin que nous ayons, par le Saint Esprit, la joie de les donner à Dieu. David n’était qu’étranger et un hôte chez Dieu ; le pays était à Dieu, et l’on ne pouvait l’aliéner pour plus de 50 ans. Le fait d’avoir donné, au lieu de lui inspirer la satisfaction de lui-même, lui rappelle ce qu’il est, que tout vient de Dieu, et qu’il est étranger et comme forain chez Lui.

(v. 17-19). C’est ce que nous avons à demander, et de tout notre coeur, que les coeurs des enfants de Dieu soient étrangers dans ce monde, comme des hôtes chez Dieu et identifiés avec ses pensées et ses intentions. S’il en est ainsi, on trouvera chez eux cette bonne volonté qui consacre tout à Dieu ; et le coeur sera simple et joyeux !

Que Dieu nous attache à sa maison et nous donne de lui offrir de bonne volonté ce qu’il nous a donné ! Nous n’avons rien, et ce que nous avons, notre joie est de l’offrir à Dieu !


163 - Méditations de J. N. Darby — Matthieu 22:1-14

n°163 : ME 1908 p. 135

On aurait de la peine à dire ce qui est le plus affligeant : de voir les hommes rejeter Christ, ou de les voir entrer en sa présence avec une certaine profession, sans être revêtus de lui, sans avoir une robe de noces. Combien l’on reconnaît peu la nécessité d’être revêtu de Christ pour pouvoir se tenir devant Dieu !

Dieu invite et dit : Tout est prêt. Il ne pose pas même ici la question du péché qui empêcherait l’homme d’entrer. Celui qui vient sans robe de noces s’est assis à table comme les autres et a eu connaissance de la joie qui remplit la salle du festin ; mais combien ce fait a dû augmenter sa misère quand il a été jeté dans les ténèbres du dehors !

Jésus a d’abord invité les Juifs, puis, après sa mort, il a envoyé d’autres serviteurs pour les convier encore ; ils n’ont pas voulu venir. Alors le roi envoie dans les carrefours des chemins et invite les nations. Mais un homme vient et s’assied au festin sans robe de noces ; il a une profession, mais n’a pas Christ. Nous y reviendrons.

Dieu veut réunir un peuple pour son Fils ; il veut faire un festin pour Lui ; il veut que d’autres viennent se réjouir avec lui et goûter les privilèges de cette fête. Il les y envoie. Il ne fait aucune mention du péché ; il veut avoir là des gens heureux. Le mal signalé ici, c’est qu’ils ne veulent pas venir, et non pas qu’ils en soient incapables. Le roi les déclare indignes après qu’ils ont refusé son invitation. C’est ainsi que le Seigneur a été présenté aux Juifs, son peuple qui avait les oracles de Dieu et possédait les promesses. Sans doute les Juifs ont violé la loi, comme les gentils ont violé la conscience ; mais il s’agit seulement, ici, en dehors de toute autre question, d’une invitation à venir. Ils ne veulent pas. Tel est le caractère d’un coeur entièrement opposé à Dieu. « Vous ne voulez pas venir à moi », dit Jésus, « pour avoir la vie ».

Les autres s’en allèrent, l’un à son champ, l’autre à son trafic. C’était faire au roi un immense affront que de mépriser ainsi sa bonté et la gloire de sa maison royale. Dieu a apprêté le festin ; le monde n’en tient pas compte et méprise complètement la bonté de Celui qui a tout fait.

Les Juifs avaient déjà déshonoré Dieu auparavant ; il aurait pu le leur rappeler, mais il ne le fait pas. C’est à Celui qui invite à savoir qui il veut introduire dans sa maison. Il ne s’arrête pas à leur indignité et ne leur impute point le péché ; il ne leur demande rien ; il prépare tout ce qui est nécessaire pour que chacun soit heureux et joyeux dans la salle des noces. « Tout est prêt » ; voilà ce que Dieu dit au monde. Il ne s’agit pas de quelque chose que l’homme soit tenu d’avoir avant d’entrer, mais il s’agit de jouir de quelque chose que Dieu a préparé. Les hommes préfèrent tous, les tristes objets qui vont périr avec le monde qui les contient, à l’honneur que Dieu veut nous faire d’assister au festin de noces de son Fils. La justice de Christ, la joie du ciel, rien ne manque à la maison du roi. Il ne demande ni force, ni dignité ; on n’a qu’à s’y rendre si l’on a faim, et c’est outrager le roi que de ne pas y aller. Tout est prêt, la paix, le ciel, l’habit de noces, et tout se trouve en Christ. Hélas ! l’homme n’en tient point compte ; les choses les plus misérables ont plus d’importance pour son coeur que tout ce que Dieu peut lui présenter. Les uns méprisent les invitations de Dieu, les autres maltraitent ses serviteurs, montrant ainsi leur haine contre Dieu. Haine ou mépris, c’est tout ce que Dieu rencontre. Mais Dieu veut que la salle des noces soit remplie ; il ne veut pas que son Fils soit privé de la gloire qui lui appartient. Il donne à sa grâce plus d’éclat en invitant les plus misérables. Il y a, dans Celui qui invite, assez de dignité et de gloire, pour que l’on soit heureux chez lui, sans apporter soi-même quoi que ce soit.

Il est vrai que ceux qui l’ont méprisé, sont jugés (v. 7), car il faut que son Fils soit aussi glorifié par le jugement, mais ce qu’il veut avant tout, c’est de satisfaire à sa gloire en manifestant son amour et en invitant tout le monde indistinctement. Or c’est ce que l’on trouve dans l’Évangile.

Ce n’est qu’ensuite que Dieu distingue entre les appelés et les élus. Tous ceux qui se disent chrétiens sont des appelés. Il est naturel que le roi s’enquière du caractère de ceux qui remplissent sa maison. Il y a un homme — non qu’il n’y en ait qu’un — mais c’est afin de montrer ce grand principe : Dieu voit ceux qui sont revêtus de Christ et ceux qui ne le sont pas. Dans la maison de Dieu, il faut que tout soit d’accord avec la gloire de Dieu et convienne aux yeux de Celui qui a tout fait, tout préparé, et si l’on n’a pas cette chose nécessaire, on ne peut être du festin. Cet homme avait mis son meilleur habit, peut-être, mais ce n’était pas celui que Dieu donne. Il voulait bien profiter du festin, mais il n’avait pas senti la vérité, ni connu le caractère de la présence de Dieu. Les chrétiens de nom veulent bien avoir le ciel ; ils sont dans la profession du christianisme, sans avoir une seule fois pensé à ce que c’est que d’être un chrétien, et sans s’apercevoir qu’ils ne le sont pas, et qu’un chrétien est un tout autre homme qu’eux. Pour l’homme de la parabole, c’était la plus grande stupidité morale ; il ne sentait pas sa condition ; il était assis là fort à l’aise, sans robe de noces, mais ne paraissant pas le remarquer. Ceux qui n’ont pas Christ en eux ne possèdent pas la joie de Christ, mais ils ne s’en aperçoivent pas, et c’est ce dont je les plains. Christ n’est rien pour eux, n’a pas de place dans leur coeur ; ils veulent être chrétiens sans Christ. Une telle conduite dénote chez eux une folie plus grande que chez ceux qui restent dehors. Ils se disent chrétiens sans avoir, dans leurs coeurs, la moindre apparence de Christ. Christ n’a pas été leur joie une seule fois dans leur vie. Ils n’avaient pas l’intention de l’offenser, mais lui n’était pas le motif de leurs actes. Leur motif est la réputation, l’argent ou toute autre chose.

On rencontre des personnes qui font une profession plus positive, qui s’habituent à vivre avec les chrétiens, à les accompagner dans leur marche extérieure, tandis que Christ n’est pas devant leurs yeux, comme motif de leur conduite, lui qui faisait la volonté de son Père, et la cherchait en toutes choses, ainsi que le bien de ceux qui l’entouraient. Si Dieu entre pour voir ceux qui sont à table, verra-t-il, dans ces professants, que Christ a été l’objet de leur vie dès le matin ? S’il ne trouve pas cela, il y aura plus d’angoisse pour eux que s’ils ne l’avaient jamais connu, plus d’angoisse pour celui qui a été dans la salle des noces que pour celui qui a entièrement rejeté l’invitation divine.

Vous est-il difficile de juger cela ? Souvenez-vous qu’il n’est besoin de rien, car Dieu a tout préparé. Il ne parle pas à ceux qu’il invite, de ce qu’il leur faut. Il sait qu’en vous, c’est-à-dire en votre chair, il n’y a aucun bien ; mais il présente ceci à votre conscience : Christ est-il votre objet ? Dès lors il n’est besoin de rien ; Dieu a tout préparé. Vous n’avez rien à préparer avant d’aller au festin ; l’orgueil seul voudrait préparer quelque chose. Mais, je le répète, Dieu, s’il entrait ici, trouverait-il Christ en vous et non pas une vaine profession ? Il est très triste de se laisser tromper en apportant quelque chose qui ne convienne pas à la salle des noces. Le meilleur des vêtements ne vaut rien, s’il n’est pas la robe de Christ.

Encore une remarque qui s’adresse au chrétien. S’il y a en lui une seule chose qui ne soit pas de Dieu, il se déshonore lui-même et montre la folie de son coeur. Vouloir garder quelques haillons avec sa robe de noces, n’est-ce pas une folie ? Dieu nous invite à avoir part au cortège glorieux de son Fils, et si nous apportons quelque chose qui ne soit pas digne de cette solennité, cela le déshonore et nous déshonore. C’est ce que font les chrétiens qui se mondanisent ; ils apportent au festin des haillons ou quelque autre chose et veulent les garder, parce qu’ils ne se croient pas heureux sans cela.

Mais Dieu a tout préparé et ne s’arrête pas à votre indignité. Il ne cherche pas des personnes dignes ; c’est lui-même qui donne la dignité. C’est ce que font aussi les rois de la terre.

S’il y a ici des personnes qui désirent être à Christ, qu’elles se souviennent que Dieu donne tout et que c’est lui faire un affront que de préparer ou d’apporter quelque chose, comme si Dieu n’avait pas tout fait.


164 - Méditations de J. N. Darby — Galates 6:14

n°164 : ME 1908 p. 210

« Mais qu’il ne m’arrive pas à moi de me glorifier, sinon en la croix de notre Seigneur Jésus Christ, par laquelle le monde m’est crucifié, et moi au monde ».

La différence entre le nouvel homme et le vieil homme, c’est que le premier se glorifie en la croix de Jésus-Christ. Cette croix a deux faces : le côté de l’homme, celui de la chair, et là, tout est noir et fait honte au vieil homme ; le côté de Dieu, et c’est la chose la plus glorieuse qui existe. Le nouvel homme peut se glorifier dans les afflictions, et s’il ne le peut pas, c’est que sa nouvelle nature n’est pas en activité. La nouvelle créature a un grand domaine d’action ; il y a tout un monde qui appartient au nouvel homme, monde dont Jésus est le centre, dont le nouvel homme s’occupe avec joie, mais auquel l’ancien monde et le vieil homme ne comprennent rien. Ce dernier ne peut comprendre que le chrétien renonce à tout, aux affections les plus chères, à toutes les choses agréables d’ici-bas ; mais c’est parce que son coeur est plein d’autres objets, car le Saint-Esprit prend les choses de Christ et les lui révèle. Sa nouvelle vie possède une activité et une énergie nourries par le Saint-Esprit. Tout ce qui est de l’ancienne création n’a de valeur que comme obstacle à la vie nouvelle.

S’il en est ainsi, il est évident que, pour la chair, toute l’activité de la vie de Christ en nous doit aboutir à la croix. Cette vie, dans son activité, froisse la chair, le vieil homme et tout ce qui tient à ce monde. Si mon coeur donne son temps aux choses de ce monde, il ne le donne pas à Dieu, Le nouvel homme dit : C’est du temps perdu. Même quand, de cette manière, il gagnerait tout, ce gain serait une perte, comme nous dit l’apôtre.

La première chose qui caractérise la vie chrétienne, c’est que la croix de Christ devient un sujet de se glorifier. Qu’est-ce que la croix représente pour nous ? Un ami qui nous abandonne, un Judas qui nous trahit, les autorités civiles qui nous persécutent, la famille qui se tourne contre nous, etc. Il n’y avait pour Jésus que peine et affliction dans un monde de péché, aussi y était-il à l’étroit ; tout ce qui est du monde devait être rompu pour lui, même le lien entre le Messie et son peuple, entre Abraham et sa semence, Christ, à qui appartenait la promesse. En principe, c’est la croix, et le Seigneur a dû s’en charger et la porter. Au milieu de ses parents et de ses amis, Jésus n’a vécu que pour Dieu. À mesure qu’il avançait dans sa carrière, la croix devenait plus sombre, mais il manifestait ainsi la perfection de son obéissance d’une manière toujours plus admirable, jusqu’à ce qu’enfin, la croix étant chose accomplie, sa parfaite obéissance fut pleinement consommée.

Souvenons-nous toujours qu’il y a quelque chose de plus que la question du péché, pour faire de la croix un gain ; il s’agit de liens à rompre pour pouvoir achever notre course vers le ciel ; et cette rupture fait de la croix une chose douloureuse et pénible. Mais quand je considère Jésus sur la croix, c’est autre chose. Elle est un instrument dans la main de Dieu, qui agit comme un orage dans l’atmosphère ; elle a tout détruit, tout dissipé, et éclairci le ciel entre Dieu et moi. Sa grâce, son amour, sa sainteté, sa justice, l’amour du Fils, tout brille sur la croix. Christ y est fait péché pour moi, afin que je devienne justice de Dieu en Lui. Quand je considère ainsi la croix, j’adore, j’admire, j’y vois la perfection de tout ce que Dieu est, de tout ce qu’est le Fils de l’homme. Là, le Seigneur est glorifié, et Dieu est glorifié en lui ; là, je vois achevée l’oeuvre que Dieu lui avait donnée à faire. Avant même qu’elle s’applique à moi, elle a déjà toute sa perfection ; elle brille de toute la gloire de l’amour de Dieu et de Christ, fait homme. Pour la rédemption, oeuvre bien plus glorieuse que la création, il a fallu la croix qui manifeste le Dieu d’amour dans toute sa plénitude.

Mais cela ne change en rien, ni le monde, ni les principes de la chair. Si l’apôtre a commencé, par la croix, comme lien entre son âme et Dieu, il ajoute : « Qu’il ne m’arrive pas à moi de me glorifier, sinon en la croix de notre Seigneur Jésus Christ, par laquelle le monde m’est crucifié, et moi au monde ». La croix me fait estimer les choses de Dieu comme seules précieuses ; dès lors, je suis un fou pour le monde. Entre le monde et Dieu, il n’y a pas un principe commun, et s’il y en a un seul en nous, chrétiens, la croix ne nous est pas précieuse en cela. Si vous aimez l’argent, la gaîté du monde, ces choses ne peuvent s’allier avec la croix. Le monde sait cela mieux que les chrétiens, et seule la folie de ces derniers voudrait concilier les deux choses. On n’aime pas à soulever les animosités, à encourir des reproches, à négliger ses affaires, à mépriser une bonne place, etc. Voir faire cela à un autre nous est indifférent, mais un père s’irrite quand c’est son fils qui le fait, et c’est là que nous rencontrons la croix sous son côté pénible, car elle entre en conflit avec nos affections. Si cela était pénible, même pour Christ, combien plus pour nous qui n’avons pas fait comme lui, sacrifice de tout.

Bien souvent, la croix arrive et revient toujours de nouveau. Il n’est pas mauvais que nous le sentions, mais il y a en nous mille choses charnelles qui la rendent nécessaire pour nos âmes, comme instrument de délivrance. Si j’ai senti que la gloire de Christ, au delà de la croix, est ma portion, je bénirai Dieu quand la croix arrivera ; elle s’appliquera à ce qu’il y a de charnel en moi et viendra me froisser, là où mon coeur commençait à germer du côté du monde pour m’empêcher de jouir de Dieu. Dieu m’applique la croix à l’endroit même où j’étais en danger ; elle devient un instrument de délivrance entre ses mains.

Chez plusieurs d’entre vous, le nouvel homme n’a pas toute sa liberté ; vous n’êtes pas, en toutes choses, hors de l’influence du monde, de vos amis.

Vous y perdez beaucoup ; vous ne jouissez pas des choses dont le nouvel homme jouit. Dans la pratique, la croix est pénible pour la chair, mais elle met le nouvel homme en liberté, pour qu’il puisse prendre son essor. Alors nous pouvons comprendre les choses comme Dieu les comprend, en voir toute la beauté morale et toute la perfection et en jouir. Comme un homme est fier de sa patrie, je suis fier de la croix, en présence du monde entier. Plusieurs d’entre vous doivent avouer que des motifs étrangers au nouvel homme agissent sur leur âme, qu’en bien des occasions, ils ne jouissent pas des choses célestes. C’est qu’en pratique le vieil homme n’est pas crucifié. Nous avons le droit de prendre la croix comme envoyée par la main de Dieu, et de dire : Je ne veux rien que Christ, rien que la croix ! Le nouveau-né en Christ le dit, et combien il est triste de penser qu’il cesse ensuite de le dire. C’est alors que la fidélité de Dieu nous applique la croix.

On se juge alors soi-même ; l’intelligence spirituelle augmente, et l’on évite les choses qui nécessitent cette application. Un coup terrible peut survenir ; mais voyez plus tard la personne qui a été frappée ; vous trouvez un coeur attendri, des affections en rapport avec Dieu, le fruit paisible de la justice produit, et une marche devant Dieu selon la « loi de la liberté ». Des jugements très pénibles peuvent nous atteindre, mais toujours en bénédiction, et l’homme spirituel en comprend la portée.

Nous pouvons adopter la croix, mais si nous ne le faisons pas, Dieu nous l’adapte, afin de nous mettre en liberté, hors du joug et de l’influence de la chair. Si vos âmes ont à se dire : « Je ne suis pas affranchi de ceci ou de cela », c’est qu’il y a quelque chose en vous qui tient la nouvelle nature enchaînée et sous le joug. Si nous prenons Christ et sa croix comme notre part et notre gloire, nous serons heureux, tout en traversant les afflictions.


165 - Méditations de J. N. Darby — 2 Timothée 1

n°165 : ME 1908 p. 313

Quand l’apôtre écrivait cette seconde épître, le temps de son départ était proche ; il allait être offert en oblation. Il pouvait donc regarder en arrière et se rendre compte de tout le chemin que sa foi avait parcouru. Il était en présence de la mort, après avoir vécu et achevé sa course ici-bas, et il pouvait ainsi parler avec une grande certitude de tout ce qui arrive au chrétien jusqu’à la fin de sa carrière. Tous ceux qui étaient en Asie l’avaient abandonné, et il savait ce qui allait arriver à l’Église après sa mort. Il exhorte donc Timothée à garder le bon dépôt, parce que le temps allait venir, où l’on ne pourrait souffrir la saine doctrine.

L’apôtre dit en premier lieu que Dieu ne nous a pas donné un esprit de crainte (v. 7), car l’Esprit de Christ est l’Esprit de Celui qui a déjà vaincu Satan et le monde. « Ayez bon courage, j’ai vaincu le monde », dit le Seigneur. Quand on réalise par la foi la puissance de Christ, on ne craint rien ; on peut penser tranquillement à ce qu’il faut faire. « Dieu ne nous a pas donné un esprit de crainte ». Il n’est pas question ici d’être sauvé, mais du fait que Paul était du parti de Dieu dans le monde, sans aucune équivoque. Les chrétiens sont des chrétiens, parce que le monde ne l’est pas. Peut-être un soldat ne saura-t-il pas s’il est un bon soldat, mais il ne peut lui venir à l’esprit de savoir s’il est soldat. De même un chrétien ne peut se demander s’il appartient à Dieu. Dieu peut supporter et pardonner la timidité ou la crainte chez les siens, mais il ne veut point de crainte devant l’ennemi. Gédéon renvoyait chez eux tous ceux qui « étaient peureux et tremblaient ».

« Dieu ne nous a pas donné un esprit de crainte, mais un esprit de puissance, et d’amour, et de conseil ». Ayant le sentiment que Dieu est avec lui, le chrétien peut aimer les autres et agir avec prudence et réflexion (conseil), parce qu’il a lui-même confiance. Plusieurs s’étaient détournés, non de Christ, mais de Paul, parce qu’ils avaient peur. Si l’on craint le monde, on ne peut agir avec amour et conseil, parce que l’on agit pour soi-même. La crainte pense à elle-même et ne pourrait prétendre, sans hypocrisie, être de l’amour. Dieu nous a donné son Esprit, qui n’est pas un esprit de crainte.

« N’aie pas honte du témoignage de notre Seigneur, ni de moi, son prisonnier, mais prends part aux souffrances de l’évangile, selon la puissance de Dieu » (v. 8). Telle est la position du chrétien, et il ajoute : « qui nous a sauvés, et nous a appelés d’un saint appel ». Il n’est pas question d’incertitude quant au salut. Pour que nous marchions dans la sainteté, il faut premièrement que Dieu nous sauve ; si le salut ne précédait pas le chemin de la sainteté, l’homme pourrait se sauver lui-même. Dieu veut que l’âme connaisse qu’elle est privée de toute force, qu’elle n’a que trop fait jusque-là, et que ce qu’elle a fait est mauvais, parce que l’homme est mauvais. Il s’agit donc, en premier lieu, pour l’homme d’être sauvé. S’il se dit d’abord que Dieu nous a appelés d’un saint appel, cela aura pour résultat, s’il a compris ce qu’il est et ce que Dieu exige, qu’il sera parfaitement sûr de n’être pas sauvé. Dieu amène l’âme à ce point de deux manières : s’il s’agit de justice, il la place devant lui-même ; s’il s’agit de force, il la place devant Satan. L’âme effrayée voit alors qu’il lui est impossible de se tenir devant Dieu, tout en apercevant un peu de la grâce.

Quand l’ange exterminateur frappait l’Égypte, Israël n’avait pas plus de justice pour Dieu que les Égyptiens, mais Dieu avait une justice pour Israël ; le sang avait été placé sur la porte. Alors le peuple prend un peu courage pour commencer à marcher avec Dieu, mais dès l’abord, il se trouve en face de l’ennemi. Pharaon, d’abord effrayé, poursuit Israël. C’est ainsi que Satan poursuit une âme, et il faut à celle-ci de la force pour lui tenir tête ; il faut qu’elle apprenne ce que Christ vaut pour elle quant à la force, comme elle l’a appris quant à la justice. Dans ce cas, il arrive souvent que l’âme, perdant le sentiment de ce que Dieu est pour elle, voit Dieu contre elle et se replace sous la loi comme au commencement. Il faut donc que l’âme connaisse Christ, non seulement comme ayant satisfait à la justice de Dieu, mais aussi comme étant notre force pour nous délivrer de la puissance de Satan. Jésus lui-même a été conduit par le Saint-Esprit au désert pour être tenté ; il a passé par là, parce qu’il fallait qu’après avoir délivré (non pas avant), son peuple y passât aussi. Nous pouvons remporter la victoire sur Satan par Christ, quand d’une manière ou d’une autre, nous nous trouvons en face de la puissance de l’ennemi ; et Jésus nous encourage en disant : « J’ai vaincu ». Si l’homme pense qu’il doit vaincre lui-même, Dieu lui fera sentir son incapacité. La seule force que nous ayons pour remporter la victoire, c’est de reconnaître notre faiblesse et de savoir qui nous avons cru, comme dit l’apôtre : « Je sais qui j’ai cru » (v. 12). Si nous nous appuyons sur Dieu, toute sa force est pour nous ; chaque fois que nous avons confiance en nous-mêmes, nous bronchons.

Il faut que l’on fasse l’expérience de sa faiblesse dans le combat avec Satan, comme de son injustice en présence de la justice de Dieu. Il a sauvé ceux qui sont sans force, aussi bien que ceux qui sont impies (Rom. 5:6). C’est lorsque nous sommes faibles, que nous sommes forts, et que nous pouvons dire avec une simplicité parfaite : Il nous a sauvés. Et si lui ne l’a pas fait, je ne sais ni qui le fera, ni comment Dieu le fera. Il n’a pas un second fils à donner pour nous sauver. Comprenons bien que Jésus est notre force, aussi bien que notre salut et notre justice.

Paul n’avait point de honte, car il savait qui il avait cru. Les choses qui tendaient à jeter de la honte sur le christianisme ne produisaient aucun effet sur lui, parce qu’il connaissait Celui en qui il avait cru ; il n’avait aucune incertitude sur les choses qui étaient son espérance ; il savait que plus le vase était méprisé, honni, plus le trésor qu’il contenait, serait glorifié. Quand la chair qui contient le trésor est foulée aux pieds, à cause même de ce trésor que le monde méprise, l’âme apprécie bien davantage la différence entre Christ et le monde ; le monde méprise son Christ, mais elle sait que Christ rétribuera « en ce jour-là ».

Paul n’avait reçu que la visite d’Onésiphore (v. 16), et tous les autres l’avaient abandonné. Dieu veut que le chrétien soit privé de tout, afin que ses joies découlent de Christ, sans cela elles ne seraient pas les vraies joies. L’apôtre avait confié son dépôt à Christ, il lui avait remis son bonheur, sa vie éternelle, et ne pouvait se fier à lui-même pour garder ce dépôt. Il y a un dépôt que l’Église doit garder par le Saint Esprit, c’est la vérité et la gloire de Christ qui lui sont confiés, mais le chrétien confie à Christ son bonheur et sa vie, et il ne craindra ni les difficultés, ni la mort, parce que Christ a son trésor, son dépôt, et qu’il le garde. Ce que le monde peut faire, c’est de fouler la chair, et c’est pour le chrétien une bonne chose, une expérience bénie ; il comprend mieux ainsi que Christ est son trésor, et il sait que Christ gardera son dépôt jusqu’à ce jour-là.

Pouvons-nous dire avec l’apôtre : « Il nous a sauvés ? » Mais parce qu’il nous a sauvés, nous serons aux prises avec l’ennemi. Un soldat doutera peut-être, comme nous l’avons dit plus haut, qu’il soit un bon soldat, mais si vous hésitez pour savoir si vous êtes chrétien ou mondain, il est bien à craindre que Christ ne vous reconnaisse pas.

Si nous ne voulons pas dire : Dieu est mon tout, il faudra, tout sauvés que nous soyons, que Dieu nous contraigne à apprendre que nous n’avions point de force. Quand on se trouve abattu en chemin, faute de s’être appuyé sur la vraie force, on peut en arriver à croire que Dieu n’est pas pour nous ; mais quand nous avons compris que Christ est notre trésor et que nous n’avons ni force, ni sagesse, nous pouvons dire en vérité : « Je sais qui j’ai cru ».

Pouvez-vous dire d’un côté : « Il nous a sauvés », de l’autre : « Je suis sans force » ? Mon bonheur est hors de question, j’en ai mis le dépôt entre les mains de Christ, et Satan ne peut le lui arracher. C’est la joie de celui qui sait qui il a cru.


166 - Méditations de J. N. Darby — Apocalypse 22:16-17

n°166 : ME 1908 p. 396

La pensée de Dieu est évidemment de nous faire réaliser maintenant, dans notre intelligence et nos affections, ce qu’il nous a donné en Jésus. Dieu aime sa famille, son peuple, et agit en grâce en nous, ses enfants, pour nous rendre conformes à sa pensée d’amour, et nous en faire jouir. Il nous place dans une relation avec Lui, où nous pouvons avoir l’intelligence de ses voies d’amour. Un jeune enfant comprend encore peu les pensées et la volonté de son père à son égard, mais il est dans une relation où il arrivera à les comprendre pleinement.

Il n’y a pas de bornes à notre bénédiction, en tant que notre coeur répond avec intelligence à tout ce que Dieu a en vue pour nous. Le coeur peut perdre cette intelligence ; il faut alors qu’il soit brisé par la main de Dieu pour la retrouver. Dans un terrain labouré, la bonne semence lève et croît. Ce que Dieu fait pour la gloire de Christ est la mesure de ce qu’il veut faire pour nous. Adam, dans l’innocence, aurait été incapable de saisir ces choses ; il n’avait pas ce besoin de bonheur en dehors de lui-même, que l’on trouve chez celui qui possède Christ et dont le bonheur est en Lui. Adam était heureux, très heureux, mais notre position est autre. Nous avons des besoins, et la connaissance du bien et du mal, comme conséquence de la chute et de notre malheur, mais nos besoins trouvent une réponse, la seule possible, par le Saint-Esprit.

Quand Dieu a converti une âme, il lui révèle ce qu’il a pensé faire par Christ et pour Christ, car il veut que ses enfants jouissent de ses pensées à l’égard de son Fils. Hélas ! souvent, loin d’y répondre, ils s’estiment satisfaits de ne pas même y penser, mais Dieu veut le faire, et, au lieu de soustraire les siens à l’influence du Saint Esprit par les choses de ce monde, il les soustrait aux choses du monde pour leur faire connaître ce que le Saint-Esprit leur révèle. De plus, il n’existe pas d’obstacle plus fort à l’intelligence spirituelle que l’orgueil et la sagesse de l’homme, aussi Dieu révèle-t-il ces choses, non pas aux sages, mais aux petits enfants.

Partout où l’on trouve une puissante affection, on trouve aussi un besoin qui remplit le coeur. L’Église n’est pas entrée en possession des choses célestes, elle n’en a encore aucune, mais elle est en position d’en jouir, et c’est un besoin que Dieu cultive et nourrit en nous. L’enfant de Dieu n’a encore que les désirs, sans avoir ce que, comme enfant, il doit posséder. L’Église est l’épouse de Christ et n’a rien de ce qui appartient à l’épouse ; mais l’Esprit de Christ produit en elle ce qui appartient à l’épouse en l’absence de l’Époux, des besoins spirituels qui ne trouveront leur réponse que lorsque les conseils de Dieu seront accomplis. L’épouse soupire après l’Époux ; son désir est, en un sens, en dehors de toutes les voies de Dieu dans son gouvernement sur la terre, voies développées dans les prophéties de l’Apocalypse. Mais l’Esprit de Dieu qui y a montré l’iniquité de l’homme et les jugements divins, sépare, par la lecture de la prophétie, l’âme du chrétien de cette terre jugée, pour la lier davantage à Christ. Dieu a communiqué à Abraham ce qu’il allait faire à Sodome, afin que son coeur ne fût nullement lié à la ville maudite. De même, Dieu fait connaître à l’Église le jugement du monde, afin que le coeur de celle-ci ne soit point lié au monde. En Héb. 11, Jacob adore appuyé sur le bout de son bâton, parce que son coeur a saisi, comme objet de son espérance, les bénédictions attachées à Christ.

Dans notre passage, Jésus se présente lui-même comme l’étoile du matin. Il annonce que le jour est près de paraître et c’est lui qui va l’introduire, mais il est l’étoile brillante du matin pour nos coeurs. Il est impossible que Jésus se révèle ainsi à nous, sans que nos affections soient réveillées, et, ces affections, Dieu les reconnaît. « L’Esprit et l’épouse disent : Viens ». L’Esprit est considéré comme étant ici-bas, le centre de vie et de puissance qui forme l’Église. Il est l’intelligence divine, quand même nous ne savons pas y répondre. Si nos coeurs ont saisi cette révélation, que le jour va paraître, que l’étoile brillante du matin luit déjà, le Saint-Esprit produira en nous le sentiment que nous sommes l’épouse de Christ et le désir que tout soit en accord avec ce que l’épouse de Christ doit être ici-bas. Comment être satisfaits si le jardin de Christ ne produit que de mauvaises herbes et ne répond pas à ce que le Seigneur devrait y trouver ? S’il descendait ici-bas, serions-nous contents ? Nous devons chercher à être le jardin qui fleurit sous les rayons de sa grâce et produit des parfums qui lui sont agréables.

« Que celui qui entend dise : Viens ! » S’il y a des chrétiens qui ont réalisé la position du Saint Esprit et qui parlent comme l’épouse, il y en a d’autres qui ont seulement entendu la voix du bon Berger. Il faut que ceux-là aussi puissent dire : Viens ! « Que celui qui a soif vienne ». Le désir de la venue de Jésus ne produit pas l’indifférence quant à ceux qui nous entourent. L’Église n’a pas encore l’Époux, mais elle possède les fleuves d’eau vive. Cela montre mieux que tout le reste à quel point elle a remplacé Christ dans le monde, car en Jean 7, c’est Christ qui a les eaux vives. L’Église dit aussi : Que celui qui a soif vienne ; je puis vous rendre heureux en vous réjouissant de cette eau, si vous en buvez avec moi. Elle exprime l’étendue de la bonté de Dieu qui produit le besoin dans le coeur. L’épouse n’est pas satisfaite si les chrétiens ne disent pas : Viens, et ne se trouvent pas dans la même position qu’elle. De plus, elle manifeste toute la libéralité de Dieu, dont elle est le témoin dans ce monde. Elle dit : « Que celui qui veut, prenne gratuitement de l’eau de la vie ». Elle représente devant le monde cette bonté de Dieu qui cherche les âmes, en sorte que ceux qui sont travaillés et chargés, sachent où trouver le repos.

Christ parle maintenant par son Esprit dans son Église, et nous devons chercher à rendre un témoignage fidèle à son amour.


167 - Méditations de J. N. Darby — Matthieu 3:11 à 6:11

n°167 : ME 1908 p. 434

J’ai lu ces versets avec le désir de faire ressortir la relation qui existe entre la joie de la foi et la vie de la foi. On y voit comment ces deux choses se lient. Jésus y est déclaré Fils bien-aimé du Père, et, du moment qu’il en a reçu le témoignage, il est engagé dans le combat avec l’ennemi. Il est précieux d’avoir ici Jésus, non seulement pour Sauveur, mais pour exemple. C’est un de nos privilèges d’être ainsi rapprochés de ce qu’il était lui-même. Il désire, non seulement que nous ayons sa joie accomplie en nous, mais que nous le suivions.

Nous trouvons ici le commencement de sa vie publique avec ce qui faisait sa joie, le témoignage de l’amour du Père envers lui. Lorsqu’il dut prendre une place ouverte et publique dans ce monde, il reçut un témoignage connu de lui-même. Du même coup, il rencontra les tentations et le diable voulut le faire sortir du chemin d’obéissance où Dieu l’avait introduit. S’il n’avait pas eu, comme homme, la pleine assurance de sa position comme Fils de Dieu dans ce monde, il n’aurait pu nous servir de modèle, ni se montrer fidèle dans cette position, et il en est de même de nous.

Jésus commence par être manifesté comme Fils de Dieu, Il l’était à la fois dans sa nature et comme né du Saint-Esprit. Comme tel, il veut accomplir toute justice ; il s’identifie, pour cela, avec l’état de misère et de ruine où se trouve son peuple. Il prend la place inverse de celle qu’il veut nous donner. Il se soumet aux circonstances d’Israël en faisant ce qui était commandé à ce peuple ; il s’humilie. Celui au sujet duquel Jean-Baptiste avait dit qu’il n’était pas digne de délier la courroie de ses sandales, accomplit la justice en se plaçant dans les rangs du peuple vis-à-vis du prophète. C’est alors qu’il voit le ciel ouvert et le Saint-Esprit descendant sur lui. Il n’y a rien entre lui et le ciel : il voit. Il a une pleine certitude, lui que le Père a scellé, il entend sa voix, lui qui se soumet au baptême de Jean, comme s’il avait besoin de repentance. Nous avons ce même privilège : le Père nous aime comme il aime Jésus (Jean 17), mais nous avons cette position d’une manière tout autre que Lui ; nous avons part à sa justice en nous soumettant à la justice de Dieu, tandis que lui, identifié avec son peuple, l’avait de son plein droit. Mais il nous identifie avec Lui, et le Saint-Esprit rend témoignage avec notre esprit que nous sommes enfants de Dieu. Le Fils nous a déclaré le nom du Père, afin que l’amour dont le Père l’a aimé, soit en nous.

On trouve avec raison du danger dans un pareil privilège ; mais il n’y a pas une position du chrétien où il ne soit en danger. Affranchissement de la loi, liberté, sanctification, troisième ciel, il y a des dangers partout, de tous côtés, dans toutes les positions. Jésus a-t-il dû renoncer à sa position, à cette pleine certitude d’être Fils de Dieu, parce qu’il a été tenté ? S’il y avait renoncé, il aurait été sans force, mais il a tenu bon dans ce monde de péché, parce qu’il était Fils de Dieu. Si nous ne sommes pas enfants de Dieu, où serait notre force ? Mais nous devons être enfants de Dieu dans ce monde de péché, plein de tentations, et même de tentations que Satan prépare, précisément parce que nous sommes enfants de Dieu.

Jésus est conduit dans le désert pour être tenté. Et à propos de quoi ? À propos du témoignage qu’il est Fils de Dieu. « Si tu es Fils de Dieu ». Il n’aurait pu accomplir ce qu’il avait à faire ici-bas, sans la parfaite certitude d’être Fils de Dieu. Si l’on perd la pleine conscience de l’amour de Dieu, comment tenir en face de l’ennemi, comment marcher en avant et maintenir sa position d’enfant en présence de la tentation ? Jésus descendait du trône de Dieu, et c’était pour lui une chose nouvelle que l’obéissance ; nous sortons d’un état de péché pour être obéissants.

Jésus jeûne ; il se soustrait à la nature de l’homme, pour se trouver aux prises avec Satan. Moïse, lui, se soustrait, par le jeûne, à cette nature, pour se présenter devant Dieu.

Satan engage le Sauveur à faire ce qui satisfait aux besoins de la nature, puis il lui présente les promesses de Dieu, puis les royaumes du monde, pour le faire sortir de son état d’humiliation, d’identification avec la condition du peuple. Il lui présente, avant le temps, la gloire qui lui appartient ; il met en avant les promesses faites au Messie, pour le faire sortir de sa position d’obéissance. Jésus lui répond par les passages du Deutéronome, où le peuple était déjà considéré comme ruiné.

Quand Satan se manifeste pleinement, le Seigneur a le droit de le renvoyer, mais, en commençant, l’ennemi ne se montre pas encore ouvertement ; il présente d’abord des choses subtiles, la faim, les promesses, puis il se dévoile. Alors Jésus le renvoie. Lorsque l’enfant de Dieu se tient près de Lui, il peut aussi renvoyer Satan, car il a l’avantage sur lui. Les tentations se présentent aussi à nous d’une manière subtile, mais l’enfant de Dieu sait discerner que telle n’est pas la position que Dieu lui a donnée, une position d’anéantissement total. Être rempli du Saint-Esprit, c’est être mort à soi-même, à sa volonté, c’est avoir annulé l’homme qui existait avant que le Saint-Esprit fût donné. Ne pas avoir une volonté, c’est l’anéantissement au sens moral. La seule chose que Jésus prenne dans ce cas, c’est la misère et l’affliction du peuple avec lequel il s’idenitifie.

Notre sagesse est de faire comme Lui, de nous anéantir. Mais nous n’avons pas à douter de notre qualité d’enfants de Dieu ; ce serait nous priver de toute force pour le service. Ce n’est que comme enfants de Dieu que nous pouvons nous anéantir, que nous en trouvons la capacité, et si nous n’en usons pas, notre marche sera la faiblesse même. Moïse tua l’Égyptien et fut obligé de fuir. Chez lui, l’énergie de la chair ne pouvait faire la volonté, ni accomplir l’oeuvre de Dieu.

Après avoir reçu témoignage, Jésus est exposé à la tentation ; sa sécurité est de garder sa position d’anéantissement. Le témoignage que nous avons d’être enfants de Dieu, nous délivre du moi et de la chair, mais nous sommes tenus à de la vigilance, afin de ne pas leur donner l’occasion d’agir ; à suivre notre modèle qui ne voulait rien faire sans la volonté de Dieu et voulait demeurer dans son anéantissement. Ayons le même sentiment que Lui ! Que nos coeurs s’arrêtent et considèrent Jésus tel qu’il était ici-bas. En faisant ainsi, nous trouverons la paix et la tranquillité de nos âmes, et la force où Lui la trouvait. Que Dieu nous enseigne à regarder à Lui. Nous ne trouverons pas la force en nous vantant d’être fils, mais en gardant notre position d’anéantissement.


168 - Méditations de J. N. Darby — Éphésiens 5

n°168: ME 1908 p. 452

Cette épître nous entretient des relations les plus élevées entre Dieu et les siens, puis elle déduit leurs conséquences pratiques : « Soyez donc imitateurs de Dieu, comme de bien-aimés enfants ».

Dieu a mis l’homme, tel quel, à l’épreuve, pour voir s’il pouvait se mettre en relation avec Lui. Cela aurait pu être si l’homme avait été sans péché, mais, l’homme étant pécheur, Dieu a dû recommencer son travail d’une autre manière. Il place premièrement l’homme en relation de grâce avec Lui, pour en déduire les conséquences de sa conduite ; il nous fait ses enfants et notre conduite en découle. En nous traitant ainsi, il nous communique une vie qui est de lui, et c’est le seul moyen de nous donner part à sa sainteté.

Le devoir de l’homme était d’être juste devant Dieu ; c’est parce que l’homme y a manqué complètement, que Dieu a dû commencer d’une autre manière.

Comment s’y prend-il ? Nous le voyons aux v. 25 à 27 de notre chapitre. Le but de Dieu, son conseil, est d’avoir auprès de lui une Église glorieuse, n’ayant ni tache, ni ride. De toute manière, l’homme est pécheur, envers Dieu, envers son prochain. Dieu ne demande plus à l’homme une justice de l’homme ; il a ses pensées et les poursuit ; il ne veut pas avoir une Église, autrement que sans tache, irrépréhensible et glorieuse. But précieux, quand nous pensons à cette bonté de Christ qui veut nous présenter à lui, entièrement selon son coeur !

Il faut d’abord que Jésus acquière cette Église, pour avoir le droit de la laver, de la sanctifier. Il veut la composer de pauvres pécheurs, mais elle doit être à lui, pour qu’il ait le droit de s’en occuper. D’abord, il se rend responsable de tout ce qu’elle a fait : « Il l’a aimée et s’est livré lui-même pour elle ». Il ne lui donne pas quelque chose ; il le fera plus tard ; mais il a dû la prendre telle quelle, avec toute sa dette, avec tout son avoir, quand elle n’avait que le péché. Avant de s’occuper de la purifier, il se charge de tout ce qu’elle a fait, se livre lui-même pour elle. S’il l’a rachetée de son état de péché, personne ne peut plus revendiquer sur elle aucun droit. Elle lui appartient entièrement ; il se l’est appropriée en se chargeant lui-même de tous ses péchés. Cela est parfaitement accompli.

Alors il commence une tout autre oeuvre, celle de la rendre conforme à ses pensées, après l’avoir rachetée. « Il s’est livré lui-même pour elle, afin de la sanctifier », et de la rendre telle qu’il la veut. La Parole est l’instrument qu’il emploie à cet effet. La Parole est l’expression de la pensée de Dieu, dans la révélation de lui-même et de tout ce qu’il a voulu nous faire connaître de notre propre état. En cela, il peut y avoir toujours du progrès. L’âme a à connaître Christ, comme étant sa justice devant Dieu et sa puissance contre Satan. Il importe de voir comment Dieu s’y prend pour le lui faire comprendre.

La Parole peut pénétrer dans une âme, ignorant encore que Jésus s’est donné pour elle. Cela produit dans l’âme du malaise, une conviction de péché, à la suite de ce peu de lumière qui y pénètre. On ne se rend pas encore bien compte de son état ; quand on a compris que Christ s’est livré lui-même pour nous, c’est l’oeuvre proprement dite de la grâce. Pour être chrétien, dans le vrai sens du mot, il faut avoir reçu cela ; nous connaissons alors son amour, sa grâce ; quant à la justice de Dieu, nous savons que Christ est notre justice, et nous trouvons la paix.

Mais il s’est livré afin qu’il sanctifiât l’Église ; il veut se la présenter sans tache. De ce que j’ai la paix, s’ensuit-il que je sois sans tache ? Aucunement. La lumière n’entre pas dans nos coeurs et nos consciences pour éclairer Dieu à notre sujet, mais pour nous éclairer nous-mêmes sur ce que nous sommes. On est réveillé, né de nouveau, mais à mesure que la lumière, la Parole, la révélation des pensées de Dieu, pénètre, elle nous fait connaître ce que nous sommes devant Dieu. Quelque vrai progrès que nous fassions, la parole de Dieu est toujours une lumière dans la conscience, lumière qui nous donne cette connaissance.

Ayant, plus ou moins, été travaillés, nous avons compris que Christ s’est donné pour nous ; la Parole nous fait ensuite découvrir en nous chaque tache, chaque ride, car elle révèle Dieu. Quand l’âme vit près de Dieu, tout est joie et lumière, mais elle voit son état et en est humiliée. Si, par contre, le chrétien ne marche pas selon la lumière, sa conscience devient mauvaise ; il voit non seulement qu’il n’est pas en communion avec Dieu, mais qu’il a commis quelque faute, à la suite de ce manque de communion. Dieu veut mettre tout cela en évidence au dedans de nous, afin que nous en ayons connaissance et que tout mal soit répudié. « En nous, c’est-à-dire en notre chair, il n’habite point de bien ». Quand Dieu met en nous la vie, elle juge le vieil homme et nous montre que tout est mauvais en nous. Si notre vie se développe, la lumière nous révèle des choses que nous n’avions pas vues jusqu’alors, et qui sont mauvaises. Lorsque nous comprenons que, devant Dieu, Christ est notre justice, cette révélation a lieu dans la paix ; mais, s’il en est autrement, l’âme perd le prix de cette vérité, qu’il a aimé l’Église et s’est livré lui-même pour elle.

La croissance de la vie en nous est toujours accompagnée de la découverte de choses qui ne sont pas selon le coeur de Christ. Laissez passer ces choses sans y prendre garde, elles s’accumulent ; on ne pense plus à Dieu, parce qu’on le néglige. Alors le coeur est accablé et se fait des reproches. C’est pourquoi l’on voit souvent des chrétiens tristes et extrêmement malheureux ; leur conscience leur reproche d’avoir méprisé l’amour qui s’est manifesté envers eux. Or il faut tôt ou tard que cette oeuvre se produise jusqu’au fond du coeur, que ce travail nous amène à en avoir fini avec tout ce que nous sommes dans notre volonté, notre orgueil et nos convoitises.

Nous l’avons dit : Jésus commence par la grâce et ne peut sanctifier une âme qui n’est pas à lui, une Église qui ne lui appartient pas. Il m’a racheté pour me sanctifier ; il faut que je sois fondé sur cette grâce. Dieu, alors, sonde notre coeur, quant à toutes les choses qui sont répréhensibles à ses yeux ; ce sont nos taches et nos rides. Il le fait en bonté, avec une grâce qui vient prendre soin de nos âmes. Lorsque nous négligeons cette voix du bon Berger qui s’adresse à nous, elle prend des accents de sévérité ; notre âme s’effraie, devient misérable, parce qu’elle a négligé l’amour lui-même. On se dit : Il agissait en amour, ne m’a-t-il pas souvent averti ? et l’on s’attriste profondément, en vertu même de cet amour de Dieu.

À cela il n’y a qu’un remède, mais fort simple, c’est d’être attentifs à la parole de Dieu, appliquée à nos âmes. Si vous voulez croître dans la lumière, discerner les pensées de Christ et en jouir, il vous faut être attentifs en détail, à la parole de Dieu, sinon, vous ne savez pas à quel point ces soins de l’amour de Dieu deviendront pour vous une occasion d’amertume. Quand pareille chose arrive, il faudra que nos coeurs soient vidés devant Dieu. Le secret de toute force sera alors pour nous de ne pas abandonner la certitude que nous sommes enfants de Dieu. Une âme ne se relèvera jamais que par la conscience que Dieu l’aime malgré tout. La médiation de Christ intervient pour nous relever. Dieu ne sort jamais de sa sainteté, ni de la perfection de sa grâce : « Si quelqu’un a péché, nous avons un Avocat auprès du Père », et non pas une loi qui nous condamne.

Dans tous les cas où le chrétien fait une chute, il avait auparavant confiance en lui-même. S’il avait eu conscience de sa misère, il aurait été attentif aux avertissements divins. Dieu ne relève pas l’âme, avant de la ramener à la pensée qu’elle n’a rien que Christ. Il est très humiliant d’avoir négligé ou maltraité cet ami qui nous aime malgré tout. Il faut, en fin de compte, que Christ soit tout pour nos âmes ; alors on le retrouve, ainsi que la puissance de la communion.

La sagesse du chrétien, ayant conscience de la pensée de Christ et la certitude de sa grâce, consiste à être attentif à sa voix, à la Parole par laquelle il lave et sanctifie ceux qu’il a rachetés. Du commencement à la fin, tout est grâce. Dieu a fait l’oeuvre pour nous, avant de faire l’oeuvre en nous. Il a commencé par le don de Christ pour racheter l’Église, afin de pouvoir procéder ensuite à l’oeuvre merveilleuse par laquelle il la prépare pour se la présenter.

Qui peut accomplir le salut ? Voulez-vous être le Christ qui sauve ? Si vous ne le pouvez, renoncez à toute prétention à cet égard. L’oeuvre tout entière est l’oeuvre de Christ et, s’il y met la main, il saura l’amener à bonne fin, mais il ne l’accomplira jamais en passant légèrement sur le péché. Christ l’a entreprise ; il n’avait pas besoin de notre coopération sur la croix ; le penser, c’est un terrible orgueil. Dans votre salut, il ne s’agit pas de vos oeuvres, mais de vos péchés, et c’est ce que l’homme n’aime pas. Mais il est impossible qu’un homme, ou même un ange, y entre pour quoi que ce soit.

Après cela, Dieu fait une oeuvre en nous, pour nous révéler ce qu’il est et ce qu’il veut être. Il a, pour notre sanctification, ses pensées à lui, et ne nous consulte pas plus sur ce point, que sur celui de notre justification.

Chrétiens, ne vous étonnez pas des voies du Seigneur, de la manière dont il cultive l’âme qu’il a rachetée, pour l’avoir sans tache et irrépréhensible en sa présence. Ne vous étonnez pas que Dieu mette au jour ici-bas, ce qui, sans cela, serait des rides et des taches à la journée de Christ. Et vous, qui ne connaissez pas encore le Seigneur, voudriez-vous entreprendre votre propre salut, être votre Christ à vous-mêmes ? Tout genou se ploiera devant Lui, et tant que votre orgueil ne se sera pas courbé devant la grâce de Dieu en Christ, vous ne trouverez jamais le salut !


169 - Méditations de J. N. Darby — Proverbes 8

n°169 : ME 1908 p. 472

Il y a une sagesse selon l’homme qui consiste seulement à bien connaître le mal. Si quelqu’un juge les motifs charnels qui gouvernent le coeur de l’homme, il est réputé prudent et sage, mais, au fond, quelle triste sagesse que celle d’être savant dans le mal pour savoir l’éviter ! Il y a une sagesse selon Dieu, un chemin qui fait éviter bien des malheurs, même dans ce monde. Lorsque l’Esprit de Dieu mentionne la moindre chose qui soit bonne, il la fait toujours remonter à Christ, comme à sa source ; il en est de même de la sagesse, car Christ est la sagesse. Elle était auprès de l’Éternel avant que le monde fût ; de même Christ, la Parole, expression de cette sagesse, était au commencement avec Dieu. Christ est, pour ceux qui croient, la sagesse de Dieu et la puissance de Dieu. Dans la première, comme dans la nouvelle création, rien n’a été fait sans Lui. Il était « Son nourrisson, ses délices de tous les jours », délices mutuelles et réciproques.

Dieu a exprimé les pensées de son coeur à l’égard de Christ, lorsqu’il était sur la terre : « C’est ici mon Fils bien-aimé, en qui j’ai trouvé mon plaisir. Écoutez-le ». Pierre désirait mettre Moïse et Élie de niveau avec Christ. Dieu répond : Non, celui-ci est mon Fils ; écoutez-le. C’est la sagesse. Le Père aime le Fils ; toute sa joie est concentrée en lui ; il est un avec Lui. Le Père est toute la joie de Christ ; tout son désir est de le glorifier : « Afin », dit-il, « que le monde sache que j’aime le Père ».

Mais nous trouvons ici quelque chose d’infiniment précieux pour nous : « Je me réjouissais en la partie habitable de sa terre ». Au milieu de tout ce qui a été créé, ses yeux se sont arrêtés sur la partie habitable de la terre. Son objet était l’homme : « Mes délices étaient dans les fils des hommes ». Les pensées de Dieu découlent de lui-même, et Christ est le premier anneau d’une chaîne qui se déroule à l’infini. Sa pensée va, non pas aux cieux, non pas aux anges, mais à la partie habitable de la terre. Quelle joie immense pour ceux qui l’ont compris, et combien l’homme le comprend peu ! C’est parce que sa pensée est venue jusqu’à nous, que nous jouissons de son amour et de sa grâce.

L’Église, à la suite des événements qui sont survenus, est admise à une position plus spécialement bénie, car l’expression : « Ceux qui habitent sur la terre », signifie, dans l’Apocalypse, des hommes qui ne veulent pas de Dieu, qui s’attachent à la terre, pour y demeurer dans un état de rébellion contre Dieu.

Au Psaume 2, on voit le conseil de Dieu, pour mettre Christ en possession de la terre, malgré l’iniquité de l’homme. Les rois de la terre consultent ensemble contre l’Eternel et contre son Oint. En dépit de cette malice et de cette rébellion de l’homme, Christ sera roi. Il est oint, et il a été introduit dans le monde comme homme, oint de Dieu pour être roi. Malgré cette animosité de l’homme, Dieu ne change rien à ses conseils, et l’effet de leur révolte est qu’il établit le sceptre de son Fils comme un sceptre de fer, au lieu de trouver la terre habitable comme un lieu pour s’y réjouir. Au moment où Christ fera la demande du monde (Jean 17:9), il le recevra de la main de Dieu et entrera en possession de son héritage. Dieu établira sur toute la terre la puissance de son Fils. Mais c’est autre chose que ce que Christ a fait pour nous.

Nous trouvons les pensées de Christ pour nous au chap. 17 de Jean. Là il ne demande pas le monde, mais fait des demandes pour les siens. C’était un mystère caché dès les siècles. Il veut nous introduire dans la joie et la gloire qu’il possède lui-même. Il ne s’agit pas ici d’accomplir les conseils de Dieu quant au monde. En attendant que cela ait lieu, il y a un conseil de Dieu, tout autre, envers les siens et, dans les épîtres de Paul, envers l’Église. La joie de Christ doit être parfaite. Il demande « qu’ils soient un, comme nous sommes un ». Il veut que l’Église demeure en lui, comme lui est uni au Père. Ce conseil de Dieu n’était pas encore révélé, mais était manifesté en Christ.

Lorsque Jésus est descendu vers les enfants des hommes qu’il aimait, qu’a-t-il trouvé ? Le mépris, la haine, les outrages, la mort. A-t-il montré quelque froideur ? A-t-il manqué dans l’énergie de son amour ? Devant toute leur haine, il a glorifié le Père, achevé l’oeuvre qu’il lui avait donnée à faire, et il dit : « Glorifie-moi ». Il rentre dans cette gloire, d’où nous l’avons vu sortir. « J’ai manifesté ton nom aux hommes que tu m’as donnés du monde » ; « je prie pour eux ». Ils sont son tout : « Tout ce qui est mien est tien ». Oui, son but actuel, ce sont nos âmes ; il veut qu’elles jouissent de ce dont il jouit. Il demande que les siens soient un ; c’est l’essence de la nature divine ; qu’ils soient « un en nous », dans le Père et dans le Fils ; il donne cette proximité à ceux qu’il a acquis pour lui.

La jouissance des fidèles n’est pas seulement que Christ possède la gloire qu’il avait, avant que le monde fût. Étant un avec le Père, il nous introduit auprès du Père selon l’acceptation dont il jouit lui-même, depuis que le monde l’a rejeté. Comment cette bénédiction peut-elle couler jusqu’à nous ? C’est que nous sommes aimés, comme il a été aimé ; nous sommes ses délices. Comment pouvons-nous nous l’approprier ? Il est descendu jusqu’à nous ; il est devenu l’un de ces fils des hommes ; il est venu prendre place avec nous, pour nous unir ensuite avec lui-même comme homme. Cette puissance de la vie de Christ agit en nous ici-bas. Il a pris la chair et le sang, à part le péché, parce que les fils qu’il voulait amener à la gloire avaient la chair et le sang.

Dieu nous a appelés fils de Dieu ; c’est le nom de Christ. Le monde ne l’a pas connu et ne peut le connaître. Christ a été dans la faiblesse, a traversé la tentation, l’opprobre. Si je porte l’opprobre, c’est l’opprobre de Christ. Toutes les circonstances à travers lesquelles je passe, comme chrétien, ne font que m’identifier avec Christ. Quand nous le verrons tel qu’il est, nous lui serons semblables, et nous marchons en avant vers celui qui est Fils de Dieu. Christ est l’objet de nos affections, et nos affections sanctifiées sont la vraie sanctification, une vie sainte. Si elles ne sont pas sanctifiées, elles ne seraient qu’hypocrisie.

Dieu veuille que nos affections s’attachent à Lui, afin que nous soyons affranchis de tout ce qui pourrait nous entraver, et que Christ devienne notre but en toutes choses.


170 - Méditations de J. N. Darby — Jean 1:29-34

1843 — n°170 : ME 1909 p. 369

Nous avons besoin de deux choses. La première est la certitude de l’amour de Dieu. Au lit de mort, on ne peut se passer de cette certitude, car, pour avoir la paix dans l’âme, il faut pouvoir compter sur Lui. La seconde chose est une puissance qui agisse en nous pour notre vie et notre témoignage ici-bas. Il nous faut cette puissance pour dompter nos convoitises et nous faire remporter la victoire sur nous-mêmes et sur l’ennemi. L’une de ces choses ne peut aller sans l’autre.

Je ne décrirai pas ici la misère dans laquelle le monde est plongé. Jésus est venu pour répondre aux besoins des âmes ; c’est ce que fait l’amour. Il cherche ceux qui sont travaillés et chargés, qui ont besoin de soulagement, sans qu’eux-mêmes sachent peut-être s’expliquer leur besoin, car nos âmes ne se rendent pas toujours compte de ce qui se passe en elles. Mais Lui est capable d’expliquer ce qui les travaille et les charge. Il ne dit pas : « Vous qui êtes travaillés et chargés par vos péchés » ; il se présente, quand l’impossibilité pour l’homme de se soulager en quelque manière que ce soit est démontrée, au moment où il ne lui reste plus de ressource. Alors il dit : « Venez à moi ».

Dieu est capable d’agir dans une âme sans besoins, et d’y faire son oeuvre, mais, dans ce cas, Christ ne se présente pas pour soulager celui qui n’a pas de besoins. Une telle âme est aveugle, sans la lumière de Christ, et les soulagements qu’il pourrait lui donner ne pénétreraient pas en elle. Jésus a traversé le monde ; il sait que le péché est la racine de tous les maux. L’Esprit de Dieu n’a pu reposer nulle part que sur Lui, l’Agneau de Dieu qui ôte le péché du monde. Il laisse de côté même la question des besoins et prend plaisir à se faire connaître et à produire dans les coeurs des affections qui s’attachent à Lui. C’est là l’amour de Dieu, pleinement manifesté pour s’appliquer à l’état des hommes. Rien ne peut nous séparer de cet amour, ni être remis en question ; l’Agneau de Dieu est le don de l’amour de Dieu, là où il n’y avait que du péché.

Nos convoitises sont plus fortes que nous ; nous prenons de bonnes résolutions, mais nous ne les accomplissons pas, parce que les convoitises ont plus de puissance en nous que la volonté du bien. Alors, quand le péché est manifesté dans sa puissance, quand tout a failli, quand l’homme est dans le péché et sans force, Christ se présente pour lui, comme l’Agneau de Dieu, et prend notre place pour vider la question entre Lui et Dieu. Cela a eu lieu sur la croix, et l’homme n’a pas autre chose à faire, qu’à dire : Christ a pris ma place.

C’est l’amour de Dieu qui a pensé à ce moyen. Christ dit : « Voici, je viens pour faire, ô Dieu, ta volonté », et prend notre place, afin que la question du péché soit vidée pour toujours. Toute cette question fut placée entre ses mains, du moment qu’il apparut comme l’Agneau de Dieu.

Christ est mort « au temps convenable », non pas au temps où l’homme avait quelque force, mais où il était déclaré impie, sans ressource en lui-même. Ce fut alors son temps à Lui : il s’est fait homme pour souffrir et mourir, pour vider la question du péché. De ce fait dépend le sort de tout homme, le sort de nos âmes. L’amour de Jésus pour nous, en même temps que sa volonté de glorifier son Père, lui ont fait accomplir ces choses.

L’âme qui a vu le Fils et croit en Lui, trouve là une source de paix et de joie ; elle reconnaît son péché, sa ruine, mais il n’en est plus question, parce que le péché est ôté. Dieu se manifeste comme Dieu d’amour, selon l’amour qu’il a pour son Fils, parce qu’il a donné sa vie pour ses brebis et qu’il a accompli la volonté de son Père. Par l’obéissance d’un seul, plusieurs sont constitués justes. Jésus connaît les besoins des âmes travaillées et chargées et leur dit : Venez à moi.

Il devient ainsi précieux à l’âme ; mais celle-ci ne peut être satisfaite d’un état où elle ne répond pas à l’amour de Jésus. Alors il devient pour elle une source de puissance et de force : il baptise du Saint-Esprit. C’est par la puissance du Saint-Esprit qu’il a traversé la vie d’ici-bas. Il était oint du Saint-Esprit et de puissance et allait de lieu en lieu faisant du bien. Puis il s’est offert par l’Esprit éternel, sans péché, comme victime. Ressuscité, il a reçu, comme homme, le droit de donner le Saint-Esprit. Celui qui est descendu si bas, qu’il a bu la coupe de la colère de Dieu et a été jusque dans le hadès, est monté comme homme à la droite de Dieu, après avoir remporté la victoire. Cet homme que nous connaissons, remplit ainsi toutes choses, mystère d’amour et de puissance qui fait valoir l’amour et la puissance de Dieu dans l’homme sans force et ruiné !

Jésus nous communique, par le baptême du Saint Esprit, la puissance et la vie qu’il avait lui-même, et qui nous rendent capables de vaincre le péché, puisque c’est par elles qu’il a lui-même remporté la victoire. Il nous a laissé l’exemple d’une marche sans péché au milieu du mal. Il a manifesté quelque chose de plus puissant que la mort et Satan. Il a consenti à être l’un de nous, à être chargé de ce qui pesait sur nous, puis il nous communique son don ineffable en nous baptisant du Saint-Esprit. Il n’est pas un Dieu éloigné ; c’est comme homme qu’il remplit toutes choses, et dans nos luttes avec Satan, il est là, toujours là. Que peut-on se représenter de plus complet et de plus infini ? L’amour de Dieu nous tire du mal, et sa puissance est avec nous pour nous en garder, et tout cela, nous le possédons en Jésus.

Avez-vous appris à compter sur son amour ? Aucune circonstance ne peut l’empêcher de vous atteindre. La foi traverse le voile des circonstances pour réaliser l’amour qui est en Dieu par Christ. Jésus lui-même redouble parfois ce voile en atteignant la conscience, mais la foi perce à travers tout. Elle peut être mise à l’épreuve, mais il est impossible à Dieu de se démentir, impossible à moi, de dire : Christ n’était pas assez puissant pour me faire remporter la victoire. L’amour de Dieu, qui est en Jésus-Christ, s’est placé dans nos circonstances et aucune, pas même la mort, ne peut nous séparer de cet amour. Christ a déjà remporté la victoire sur tout ; l’homme pécheur demeure ainsi sans excuse. S’il a le désir d’être à Christ et de remporter la victoire, il trouve en Lui la puissance nécessaire. Lorsque Dieu ne pouvait avoir de relations avec nous, parce que le péché était à son comble, toute cette question a été résolue, et il nous communique en Christ son amour et sa puissance.


171 - Méditations de J. N. Darby — Hébreux 11:24-27

13 juin 1843 — n°171 : ME 1909 p. 469

Je désire vous présenter quelques pensées sur le caractère de la foi de Moïse.

La suite des exemples que ce chapitre nous donne nous montre la puissance de Dieu agissant dans le coeur pour réaliser les choses invisibles. Dans la marche chrétienne, plus nous voyons le mal et réalisons le bien, plus nous comprenons la valeur de ce seul mot : la foi. Le croyant, dont la foi est en activité, est plus puissant que Satan, sinon il est plus faible que l’homme du monde. Les choses les plus irrésistibles n’ont aucun effet sur l’âme à laquelle les choses invisibles sont révélées, parce que ces dernières la placent dans un autre monde.

Je voudrais insister ici sur la pratique plutôt que sur des principes. La providence avait placé Moïse à la cour de Pharaon, et il aurait pu l’invoquer comme un excellent motif pour ne pas la quitter. Mais tous les raisonnements, basés sur la providence, deviennent inefficaces quand la foi entre en activité. La Parole juge ces raisonnements en mettant nos motifs à nu. Le motif de Moïse pour rester à la cour du roi aurait été que son coeur charnel tenait à cette position et à ses avantages. Il y avait été élevé et y jouissait d’une haute situation. Tout ce que le monde peut offrir, la convoitise de la chair, celle des yeux et l’orgueil de la vie, y était cultivé. Mais Moïse, nourri au milieu des jouissances et des délices de l’existence et connaissant toutes ces choses, car il était déjà adulte, agit par la foi, basée sur les choses invisibles, qui étaient beaucoup plus présentes à son coeur que les choses visibles de l’Égypte. Il refuse de s’appeler fils de la fille du Pharaon, de rester où la providence l’avait placé. La foi comprend parfaitement qu’il lui faut abandonner les choses présentes, et les échanger contre des difficultés ; mais elle a un seul objet, les choses qui ne se voient point, et son oeil étant simple, tout le corps du croyant est rempli de lumière. C’est comme voyant les choses invisibles, sans s’arrêter à ce qui l’entoure, que Moïse quitte une position qu’il aurait pu conserver sans encourir de blâme et qu’il pouvait justifier. L’homme spirituel discerne toutes choses et n’est discerné par personne. La foi décide, là où les raisonnements se mettent à la traverse.

Moïse reconnaît par la foi qu’il lui faut choisir l’affliction. Une seule chose le décide, l’objet de sa foi. Le peuple de Dieu lui était précieux, aussi choisit-il plutôt d’être affligé avec ce peuple, que de jouir des délices du péché que le monde lui offre. C’est là son choix ; il prend son parti d’être affligé plutôt que de jouir. On pourrait être affligé sans la foi, par sa propre faute ; mais si c’est par la foi, c’est que l’objet qu’elle nous présente nous a décidés. La vue des promesses de Dieu fait oublier les souffrances.

Quand elle se trouve au milieu de l’épreuve, la foi ne voit pas toujours aussi clairement l’objet qui la décide, mais elle reçoit la force de vouloir, en saisissant la pensée de Dieu. C’est ce qui arriva plus tard à Moïse dans le désert, quand il se trouva aux prises avec l’hostilité du peuple ; mais il demeura ferme, estimant que l’opprobre du Christ était un plus grand trésor que les richesses de l’Égypte. C’est là ce qui le soutint. Il préférait l’opprobre, parce que sa foi en faisait celle du Christ. Sortons, nous aussi, hors du camp, en portant son opprobre. La foi attache le nom du Christ à tout ce qui est pénible, la gloire à la croix, et n’est-ce pas un trésor

Au v. 27, Moïse ne trouve pas seulement l’opprobre, mais l’opposition du roi. Il est important pour nos âmes de reconnaître les droits de Christ sur nous-mêmes et sur le monde ; en agissant d’après ce principe, nous demeurerons fermes. Nous pouvons déployer beaucoup d’énergie au début, mais il faut plus de foi pour demeurer ferme au milieu de toutes les circonstances que pour avoir de l’énergie à un moment donné. Moïse « tint ferme » ; il quitta l’Égypte, alors que le roi était exaspéré de rencontrer un homme qui ne tenait aucun compte, ni de son autorité, ni de sa grandeur.

Ayant saisi Christ, il a patience au milieu des difficultés et tient ferme. Ce n’était pas chez lui force de caractère ; il était débonnaire et fidèle, mais timide ; il montre bien cette timidité quand Dieu veut l’envoyer auprès du peuple en Égypte, et cependant, on le voit porter plus tard tout le fardeau du peuple au désert. Pourquoi ? C’est qu’il avait choisi l’opprobre et voyait Celui qui est invisible.

Quel bonheur de réaliser, comme Moïse, les choses qui ne se voient pas ! Quelle joie de penser que nous pouvons jouir du bien, comme Dieu en jouit, sans que le mal puisse nous troubler ! C’est là le vrai repos de Dieu, dans lequel la puissance du Saint-Esprit nous fait entrer. Alors le monde perd toute puissance sur nos coeurs. Peut-être que nos âmes ne jouiront pas toujours de ce genre de paix où l’on estime l’opprobre comme un trésor, mais je suis certain que, si nous étions plus fidèles, nous en jouirions infiniment davantage, et que la vie de Christ se manifesterait chez nous sans effort. Elle jaillirait du coeur et coulerait de source. Que Dieu nous fasse la grâce d’être beaucoup plus dans cet état ; pour cela, il faut y vivre, être avec le Seigneur, avant de s’engager dans les affaires et les difficultés de la vie, afin de le trouver avec nous dans nos circonstances ; il faut, dès le matin, préférer l’opprobre du Christ et l’estimer comme un trésor.


172 - Méditations de J. N. Darby — Lévitique 23:1-4

20 juin 1843 — n°172 : ME 1909 p. 472

La grande pensée de toutes les fêtes, mentionnées dans ce chapitre, est que Dieu veut s’entourer de son peuple, d’êtres heureux et joyeux, et il leur donne, dans ce but, rendez-vous au tabernacle d’assignation.

Dieu ne laissera pas son peuple, Israël, tel qu’il est aujourd’hui, dispersé parmi les nations ; il le rassemblera sur la terre, pour jouir de Son repos au milieu d’eux. Il n’aura pas non plus un seul des membres de son Église qui ne jouisse de Son repos en gloire. Ce sera alors le Sabbat de Dieu. Il nous est parlé du repos de l’Église dans le ciel, du repos d’Israël sur la terre, du repos de la création dans la bénédiction future.

Pour faciliter la division de ce chapitre, je ferai remarquer que le sabbat, le repos, y occupe une place à part ; il est le grand résultat de tout, et chaque semaine Dieu le rappelle à Israël. Depuis le verset 4, nous trouvons le détail des fêtes, ou des moyens employés de Dieu pour rassembler son peuple et l’amener au repos (*). La première est la Pâque et les pains sans levain (v. 5-8) ; la seconde, la gerbe d’épis tournoyée et la Pentecôte (v. 9-22) ; la troisième, la fête du Jubilé (v. 23-25) ; la quatrième, le grand jour des expiations (v. 26-32) ; la cinquième enfin, la fête des tabernacles (v. 33-44). La Pâque et les pains sans levain vont ensemble, de même la gerbe d’épis et la Pentecôte ; les trois dernières fêtes sont chacune à part. Ces sept fêtes représentent la perfection des voies de Dieu pour amener le peuple dans son repos. La première chose dans la pensée de Dieu, le repos de Dieu avec son peuple, est la dernière qui s’accomplira.

(*) La formule : « L’Éternel parla à Moïse », annonce toujours, dans les quatre derniers livres de Moïse, un nouveau sujet.

La sabbat était le repos de Dieu lui-même. En ce jour-là, Dieu se reposa de toute son oeuvre, en création. Mais l’homme n’eut aucune part à ce repos ; il était déjà tombé dans le péché quand Dieu le visita pour la première fois. Seulement Dieu n’était pas satisfait de se reposer en lui-même. Il voulait avoir un peuple dans son repos, mais cela n’était pas possible avec le péché. Pour jouir vraiment du repos, il ne faut pas qu’une seule chose reste incertaine, ou qu’il reste une seule pensée qui ne puisse être partagée en commun ; il faut que le coeur de l’homme et le coeur de Dieu soient parfaitement d’accord. L’homme régénéré peut jouir de ce repos avant qu’il soit définitivement accompli, mais il n’en jouira pleinement qu’en résurrection. Par la foi, nos coeurs et nos consciences sont déjà en repos avec Dieu.

La Bible met complètement à nu le coeur de l’homme, et certes, le résultat de cet examen n’est pas fait pour nous réjouir. Le chapitre 15 de Matthieu nous détaille ce qui sort du coeur de l’homme. Lorsqu’il est vidé par le jugement du « moi » et par la mort, la vie nouvelle que nous possédons en Christ jouit pleinement de la révélation que Dieu a faite de lui-même. Aussi l’apôtre ne craint-il pas de dire : « Que Christ habite dans vos coeurs par la foi, afin que vous soyez enracinés et fondés dans l’amour… et connaître l’amour du Christ qui surpasse toute connaissance, afin que vous soyez remplis jusqu’à toute la plénitude de Dieu » (Éph. 3:18-19). Et encore : « L’amour de Dieu est versé dans nos coeurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné » (Rom. 5:5). De fait, ce sera le repos, lorsqu’en la présence du Père, semblables au Fils, nous jouirons pleinement de son amour et de la relation entre le Père et le Fils.

J’ajoute encore le repos de la création inférieure, comme on le voit en Osée 2:21-22. Dieu veut qu’elle soit bénie, afin que tout jouisse de la plénitude de la bénédiction. Les créatures soupirent après ce moment où toutes choses seront réunies en Christ devant Dieu. Il ne manquera ainsi aucun chaînon, depuis la bénédiction la plus élevée, jusqu’à celle de la création. Rien n’empêchera la pleine manifestation de cette bénédiction jusqu’aux parties les plus inférieures de la création rachetée de la puissance de Satan, car tout participait à la chute de l’homme.

La seconde mention du sabbat (Exode 16:23) suppose l’appel d’un peuple et une alliance entre Dieu et lui. Ce n’est pas la loi, mais la promesse, qui est la première pensée des relations de Dieu avec des pécheurs. Dieu donne à Israël le sabbat avant la loi. Il appelle un peuple racheté, dont il veut s’entourer, entre le sang de l’agneau pascal placé sur les portes, et l’arrivée d’Israël en Sinaï. Jusque-là tout est pure grâce de Dieu envers son peuple.

Après le sabbat nous trouvons, dans notre chapitre, toute l’histoire des voies de grâce de Dieu, jusqu’au repos millénaire. Dans le court exposé des voies de la grâce, compris entre le 12° et le 18° chapitre de l’Exode, le sabbat est donné avant Sinaï, au chapitre 16, comme le repos attaché à la manne, Christ. Au chapitre 17, nous trouvons le combat qui suit l’eau du rocher, c’est-à-dire la présence du Saint-Esprit.

En Sinaï, où toutes les relations de Dieu avec Israël dépendent de la loi, le sabbat prend le même caractère ; l’homme qui le viole doit être lapidé, car la loi conclut toujours à la malédiction.

Quand, plus tard, les prophètes entrent en scène, la grâce commence à reluire de nouveau. Le seul fait de leur témoignage était une grâce envers le peuple qui avait violé la loi. L’Éternel venait chercher du fruit dans sa vigne et ne trouvait que du verjus, mais annonçait en même temps aux élus, par les prophètes, les promesses de la grâce de Dieu, comme réparation des choses que l’homme avait gâtées.

L’Évangile parle d’une nouvelle création, d’une vie nouvelle, non d’une réparation, tandis que le prophète disait : « Si tu appelles le sabbat tes délices… alors tu trouveras tes délices en l’Éternel » (És. 58:13-14). Le sabbat prend donc, dans l’Évangile, un caractère différent du sabbat de la loi. Dieu prend tout le soin possible pour mettre en relief le fait qu’il ne peut trouver son repos au milieu d’un peuple infidèle et du péché. Quand le Messie paraît, sa présence prouve que tout est en désordre. Comme David rejeté mange les pains de proposition, — quand le vrai David est rejeté, tout, parmi le peuple, est profané, violé, rompu, et la relation de l’Éternel avec les Juifs rendue impossible. Pour eux le sabbat tombait avec le Messie, et tout était perdu par leur faute ; mais les gentils, de leur côté, avaient été livrés à un esprit dépourvu d’intelligence. Dieu ne pouvait donc avoir aucune relation avec l’homme ; il fallait quelque chose de nouveau.

Alors Dieu établit le repos du ciel et de la terre sur la résurrection de Christ, car, à part la personne de Christ, il ne pouvait rien goûter sur la terre avant cette résurrection. Comme toute bénédiction descend du ciel, il faut que Jésus y monte. Il ne peut avoir de rapport avec les hommes avant cela (Jean 20). Dès lors, la chaîne ininterrompue des bénédictions pourra s’étendre jusqu’ici-bas, de la part du Père lui-même.

En vous présentant la pensée du repos de Dieu, j’ai un peu touché aux moyens employés de Dieu pour y parvenir. La résurrection de Christ place l’homme nouveau devant Dieu, selon Sa puissance ; de là découle la bénédiction. Le premier chaînon, Christ glorifié, est déjà monté au-dessus de toute principauté et puissance, tandis que l’homme sur la terre est privé de toute puissance. Nous le voyons dans le cas de Pierre, à qui une servante fait renier le Sauveur qu’il aime. Ce qui caractérise le nouvel homme, c’est que, saisissant par la foi la puissance de Celui qui est en haut, il remporte la victoire sur Satan et se trouve placé, par la foi, entre la puissance de la foi dans le coeur, et la puissance de Christ dans le ciel.

Que Dieu, par sa grâce, nous fasse saisir la joie du repos, avant d’y entrer. Celui qui en est le centre et dont il sera la gloire, est déjà dans ce repos auprès du Père.


173 - Méditations de J. N. Darby — Lévitique 23:4-22

n°173 : ME 1910 p. 248

Les fêtes solennelles, dont le nom est le même que celui d’assignation, sont celles dans lesquelles Dieu veut s’entourer de son peuple. Comme nous l’avons vu précédemment (*), la première pensée et le dernier résultat que Dieu nous présente, c’est son repos et celui de la création. Le repos de la création ayant manqué, Dieu veut arriver à un repos de rédemption. Jusqu’à la venue de Christ, il éprouve l’homme de toutes manières. Jésus étant rejeté, le sabbat, signe de l’alliance, tombe avec Lui et Dieu renouvelle, par la résurrection, les gratuités assurées à David. C’est le repos de Dieu dans le second Adam, dans l’Église et dans la création. Nous sommes en Christ, et avec Christ en Dieu, qui trouve son repos en Lui et en nous.

(*) Méditation n° 172 sur Lévitique 23:1-4 (ME 1909 p. 472)

Dans ce chapitre, après la mention du repos sabbatique, l’Esprit de Dieu indique en figure, par les fêtes solennelles, tout ce que Dieu a fait pour s’entourer finalement de son peuple dans la bénédiction qui accompagne le repos. Ces fêtes se terminent par celle des tabernacles, bénédiction millénaire d’Israël sur la terre.

On ne trouve pas de division nouvelle jusqu’à la fin du verset 8, parce que la Pâque et les pains sans levain sont le grand fondement du repos. Dans les deux fêtes qui suivent celles-là, nous avons la résurrection de Christ et la puissance du Saint-Esprit comme vie de résurrection de l’Église. Ces deux choses préfigurent l’économie actuelle. La Pâque figure sa mort qui est le fondement de tout le reste, la base inébranlable du repos, parce que Dieu a trouvé son repos absolu dans l’oeuvre accomplie de Christ, sur laquelle toute l’oeuvre subséquente est établie. En vertu de cette oeuvre, Dieu travaille et cherche des âmes, mais il ne fait rien pour lui-même. Le repos dans le désert se rattache à la manne ; le combat, à l’eau de Réphidim, mais le repos de Dieu se rattache à la Pâque, à la mort de Christ et à son oeuvre.

Le grand principe présenté dans la Pâque est le sang de Christ, offert à Dieu. Ce sang, placé sur la porte, était vu de Lui, non d’Israël. En exerçant le jugement, Dieu aurait frappé le peuple, parce que sa justice ne fait point de différence, mais cette justice exigeait que l’ange exterminateur n’entrât pas là où l’aspersion du sang avait été faite, ce qui aurait été une injustice. Dieu voit le sang ; c’est ce qui donne le repos. Il veut trouver le sang comme réponse à sa justice, et celle-ci trouve dans le sang tout ce qui peut la satisfaire. C’est une question entre Dieu et Christ ; et la preuve qu’il est satisfait, c’est que sa justice a élevé Christ à sa droite. Dès ce moment, Dieu est entièrement pour son peuple ; il a trouvé le sang, et tout compte avec la justice est définitivement réglé. Dieu peut avoir encore à reprendre, à châtier, mais il est pour son peuple. La pensée dominante est ici le repos, mais il faut que le peuple quitte l’Égypte pour en jouir. Il mange l’agneau pascal et acquiert ainsi des forces pour le chemin.

L’absence de tout levain préfigure Christ en qui il n’y a pas de péché. Israël devait ôter tout levain de ses maisons, car il était censé être en rapport avec Dieu sans péché. En 1 Cor. 5, l’Église a le même caractère : « Vous êtes une nouvelle pâte sans levain », « ôtez le vieux levain ». Celui qui est mort est quitte du péché, et la mort de Christ est la démonstration de ce fait. Jusqu’à sa mort et dans la mort, il a été éprouvé par Satan, mais il a préféré tout souffrir, quelque amère que fût la coupe, plutôt que de ne pas obéir à Dieu un seul instant, aussi peut-il remettre son esprit entre les mains du Père, en étant absolument sans levain. L’Église est placée, dès lors, sur ce pied-là devant Dieu ; il n’est plus question pour elle d’un sacrifice pour le péché. Les offrandes faites par feu sont un culte sans question de péché.

Christ, mort pour le péché, met l’Église en position de pouvoir offrir à Dieu ses louanges et ses adorations sans conscience de péché. Tout cela est l’oeuvre de Dieu, dont la base est, d’une part, ce que Christ a accompli sur la croix, d’autre part, le fait qu’il est entré dans le repos comme parfaitement agréable à Dieu.

Si nous n’avons pas ce repos devant Dieu, nous ne pouvons nous représenter ce que c’est que d’être sans levain, ni ce qu’est le levain. On ne peut jamais avoir l’idée de l’absence du péché en regardant à soi. Le repos, pour le coeur qui aime la sainteté, c’est de savoir qu’en Christ nous sommes sans levain. S’il en est autrement, la sainteté devient une loi pour l’âme, et l’on se décourage ou bien on rabaisse l’idée de la sainteté.

Le peuple mangeait la Pâque ; sa sainteté commençait là ; il s’agissait dès lors de manger les pains sans levain, d’entrer dans le même chemin que Christ qui a glorifié Dieu dans une marche pure de tout péché, étant mis à l’épreuve jusqu’à la mort.

(v. 9-14). — Christ est ressuscité le lendemain du sabbat de la Pâque. C’est une nouvelle création, et nous y appartenons si nous sommes en Christ. La mort est intervenue ; Christ est maintenant le Chef d’un tout nouvel ordre de choses, sans aucune liaison avec l’ancien. Quand Israël en jouira, il faudra qu’il y entre sur le pied de la grâce.

La gerbe d’épis non broyée, c’est Christ qui n’a pas senti la corruption. Rien ne peut être agréable à Dieu, tant que Christ ne lui a pas été présenté comme homme ressuscité. Il est les prémices de ceux qui dorment. Jusqu’à ce moment, rien ne pouvait être présenté à Dieu.

On voit aussitôt le développement du culte et des relations avec Dieu. Il n’y a point de sacrifice pour le péché avec la gerbe tournoyée ; la chose est accomplie et maintenant tout est un sacrifice par feu, de bonne odeur et de joie. Christ lui-même est l’holocauste à l’Éternel ; le gâteau, c’est Christ ; l’aspersion du vin est la joie des relations avec Dieu, d’une communion parfaite en Christ avec lui. Nous avons Christ, le nouvel homme, présenté à Dieu, et l’on ne trouve plus que la joie, sans question de mort, ni de péché.

(v. 15 - 22). — Le gâteau nouveau n’est pas Christ, mais l’Église. Ce ne sont plus des épis non broyés ; le grain est pétri avec du levain, et il ne peut être offert en bonne odeur. Dans l’Église, on trouve toujours le principe du péché, quelle que soit la puissance du Saint-Esprit au milieu d’elle. Aussi trouvons-nous ici le sacrifice d’un bouc pour le péché. Les deux pains, avec du levain, n’auraient pu, sans cela, être présentés à Dieu. Il n’y avait rien de semblable dans la figure de la résurrection de Christ.

Au v. 23, les glanures de la moisson représentent cette économie où Dieu déploie sa puissance, dans la résurrection de Christ, au milieu des ruines de la première création. Christ devient la source de vie d’une race nouvelle, fruit de la puissance de Dieu au milieu de la mort. Pour faire valoir cela dans les hommes sur la terre, il faut la puissance du Saint-Esprit qui les identifie avec Christ ressuscité.


174 - Méditations de J. N. Darby — Luc 8:40-56

n°174 : ME 1910 p. 389

Cette partie de l’évangile de Luc nous montre la puissance de Jésus, s’élevant contre celle de Satan, pour chasser les démons, guérir les malades, ressusciter les morts. Dans le passage que nous venons de lire, une femme vient par la foi, mais en tremblant, toucher le Seigneur et elle est guérie. Jaïrus, de son côté, vient demander la vie de sa fille, alors qu’elle était incapable de s’intéresser à elle-même. La femme a un sentiment intime et profond de la puissance de Jésus, la fille de Jaïrus n’en a aucun, et c’est la foi d’autrui qui agit pour elle.

Le péché est une maladie qui ne meurt ni ne guérit, mais qui tourmente continuellement ; la mort est une autre forme du mal ; elle ronge, et ne s’arrête jamais dans son oeuvre de destruction ; cet état est exprimé par « le feu qui ne s’éteint point et le ver qui ne meurt point ».

Il est précieux de voir, dans tout ce chapitre, que Jésus est en chemin. Il va de ville en ville, agissant de la même manière, dans l’activité de la grâce. Il cherche ce qui est perdu ; et c’est encore aujourd’hui le temps favorable, le jour du salut. Son amour, au lieu d’être épuisé par la mort, y a trouvé une nouvelle occasion pour dire, par le Saint-Esprit, beaucoup plus qu’il ne pouvait dire pendant qu’il était présent sur la terre. Jésus avait passé la mer de Galilée pour guérir le démoniaque. Les Gadaréniens l’avaient repoussé, et il s’en revient. Sur le désir du chef de la synagogue, il va avec lui. En chemin, il est entouré par la foule. Il y avait alors, comme on le voit aujourd’hui quand l’Évangile est prêché, beaucoup d’âmes attirées qui ne se convertissaient jamais. Ce que le Saint-Esprit fait dans les autres, les attire, mais ensuite elles se retirent et ne portent pas de fruit. La semence se répand, indifféremment de leur état, de tous côtés. Cela n’empêche pas Jésus d’être en chemin. Écoutez ce que Dieu dit à Israël : « Pendant que tu es en chemin avec ta partie adverse, efforce-toi de te mettre en règle avec elle ». Aujourd’hui Jésus est en chemin ; il a pris la forme de serviteur ; il est là pour répondre aux besoins de vos âmes. Si celui qui l’insultait hier, le cherche aujourd’hui, il trouvera en Lui le serviteur du Père pour le recevoir. Jésus a démontré quelle était sa volonté en se dévouant ainsi à la volonté du Père. On aurait pu répondre à Jaïrus : Ne l’importune pas, il est occupé ; mais Jaïrus comptait sur la bonté de Jésus, à laquelle il n’avait peut-être guère pensé auparavant, comme chef de synagogue, car un chef de synagogue vaut plus, dans le monde, qu’un fils de charpentier. Mais la bonté de Jésus, en se faisant connaître, avait gagné le coeur de cet homme, et il vient à celui qui ne se refuse pas à son appel. Jésus se met en chemin, va comme si la jeune fille n’était pas mourante, et la trouve morte.

La femme, par contre, sentait sa maladie et sa misère depuis fort longtemps. À d’autres, le Seigneur ne dit pas : Venez à moi, vous tous qui sentez que vos péchés vous travaillent, mais seulement : vous tous qui êtes travaillés et chargés, vous tous qui avez des besoins et des misères. Je comprends votre maladie ; vous ne sauriez trouver ni soulagement, ni repos. Venez à moi ; mon remède est la grâce de Dieu, et je vous promets le repos. La femme avait consulté toute sorte de médecins, mais le monde n’a point de remèdes ni de guérison pour l’âme. Quand le voile qui couvrait la réalité de son mal est ôté, il ne lui est plus possible de chercher du repos. Le monde craint cette découverte ; il y perdrait la raison ; c’est pourquoi il cherche à oublier et à s’étourdir. Mais alors, de deux choses l’une : ou bien les passions qu’il cultive pour ne pas penser à son état, s’emparent totalement de son âme, ou bien il tombe dans l’ennui, ne trouvant pas un objet qui l’intéresse. Il n’est pas étonnant, dans ce cas, que l’on cherche des médecins, car on ne peut se contenter de rester dans sa misère. On dépense tous ses biens à chercher ce qui peut enrayer cette maladie terrible qui nous épuise. Un tel sentiment produit toujours du malaise, car on n’aime à dévoiler son état, ni aux autres, ni à soi-même. Mais le monde sait que cette misère existe.

Cette pauvre femme était fermement convaincue que Jésus avait une ressource pour elle, mais elle se tenait au milieu de la foule sans oser se présenter devant lui. Elle avait un profond besoin de la grâce, en même temps que la honte du péché. Peut-être aurait-elle eu plus de courage, si elle eût rencontré Jésus tout seul ? Elle n’osait pas confesser le Fils de Dieu, mais elle était convaincue qu’en touchant le bord de son vêtement elle serait guérie. Elle croyait à l’efficace de la personne de Christ d’une manière remarquable. C’était une âme délicate, angoissée, qui n’osait se montrer, tout en se confiant en Lui. Aussitôt la puissance de Dieu se manifeste et la guérit.

On touche ici du doigt la différence entre la foi et l’empressement des mille personnes qui entouraient le Seigneur. Dans une certaine mesure, tout le monde voudrait de l’Évangile, mais on ne touche pas Jésus, quoiqu’on le presse et qu’on aille après lui. Dans ce cas, aucune vertu ne sort de lui, comme cela arrive nécessairement quand on le touche par la foi.

Cette femme aurait voulu être guérie sans être manifestée en public. Cela arrive à bien des âmes, bénies sous d’autres rapports, qui n’osent pas même dire à Jésus : C’est toi que je veux. Mais lui, connaissait la présence de cette femme et voulait établir une relation entre Lui et elle. Comme nous le voyons, en Luc 18:39, ceux qui entourent la Parole et l’Évangile, sans conscience, ne peuvent supporter ceux qui ont de vrais besoins. La femme vient en tremblant, comme si elle avait mal fait, elle trouve alors une entière ouverture de coeur. La timidité qui osait à peine toucher le Sauveur déclare tout, quand il le lui demande. Son coeur obéit instantanément, elle ne cache rien devant la foule, parce que Jésus est le tout de son âme. Dès ce moment, elle ne veut rien que Lui, et a maintenant autant de force qu’elle avait auparavant de faiblesse. Guérie, elle n’a besoin que d’être rassurée, car la gloire de Jésus est tout pour elle. Il veut la mettre à l’aise vis-à-vis de lui-même. Il ne lui dit pas : Ma vertu t’a guérie, mais : Ta foi t’a guérie. Il veut la rassurer, Lui qu’elle craignait tant, mais estimait si haut, en lui montrant que la foi est l’instrument, le moyen employé, pour la guérir. En même temps, le Seigneur montre publiquement l’intérêt qu’il lui porte ; sa gloire y est intéressée. Il ne voit que sa foi, là où elle ne voyait qu’une misère qui la couvrait de honte.

Pour trouver la paix, il faut deux choses : la foi, et la réponse du Sauveur. La foi réelle peut produire le sentiment du besoin, mais c’est la réponse de Christ qui affranchit l’âme. Lui qui connaît ses besoins et sa foi, la rassure, sans rien lui reprocher, pas même d’avoir cherché d’autres médecins que Lui. Il lui dit : Ta foi t’a sauvée, et veut être avec elle dans une relation qui soit connue de tout le monde.

Souvenez-vous que Jésus est en chemin pour se mettre en rapport avec vous ; sa présence peut attirer une foule qui n’en remportera aucun profit, parce qu’elle entoure Jésus en se défendant de l’avoir touché, mais au milieu d’elle un petit nombre est sauvé. La manière dont le Seigneur reconnaît la foi, là où il n’y a encore ni paix, ni confiance, et lui donne une réponse, rassure l’âme.

Quant à nous, chrétiens, mettons Jésus en avant, afin que, s’il se trouve ici une âme avec des besoins, elle se manifeste en y trouvant la réponse. Combien de fois il s’en rencontre au milieu des foules qui entendent la parole du Seigneur. Cela peut arriver à chaque instant ; nul de nous ne le sait, mais le Seigneur qui est en chemin, les connaît.


175 - Méditations de J. N. Darby — Éphésiens 2

22 août 1849 — n°175 : ME 1911 p. 11 / 27

Si nous voulons vivre en chrétiens, deux choses sont nécessaires : d’abord, que nos affections soient nourries et en activité ; ensuite, que nous ayons, au moyen de la Parole, appliquée par le Saint Esprit, l’intelligence des relations dans lesquelles Dieu nous a placés.

Il est très difficile à une personne qui n’est pas père ou mère, d’expliquer leurs sentiments ; tandis que ceux-ci n’ont aucune difficulté à les exprimer. On comprend une position dans laquelle on se trouve, et cela est bien clair, parce que le coeur y est ; on ne peut la connaître par l’enseignement. Rien de plus simple, de fait, que les choses de Dieu qui nous paraissent souvent les plus profondes. Prenons, par exemple, l’union de Christ avec l’Église. Jésus l’a révélée en un seul mot à Saul de Tarse, sur le chemin de Damas : « Je suis Jésus que tu persécutes ». Cette parole amène Saul à la connaissance de la précieuse vérité qu’il a si bien comprise, savoir que le moindre des croyants est membre du corps de Christ, de sa chair et de ses os.

Dans les épîtres, cette vérité s’est développée et a grandi aux yeux de son âme, mais, lors de sa conversion, elle avait été saisie par lui dans toute sa simplicité. Rien n’est plus simple que cela, mais, pour jouir de cette relation, il faut être non seulement dans la dépendance de Dieu et sous la puissance du Saint-Esprit, il faut encore la connaître et la cultiver, quand elle existe.

Nous trouvons, dans l’épître aux Éphésiens, deux relations qui n’ont été mises en évidence qu’après la résurrection de Christ. La première est celle d’enfants. Elle nous place dans l’obligation d’imiter notre Père : « Soyez donc imitateurs de Dieu, comme de bien-aimés enfants » (v. 1). Quel principe puissant de sanctification découle ici de notre union avec Christ ! Il ne s’agit pas de faire un effort pour imiter Dieu, mais d’agir selon ce que nous sommes en Christ. « Marchez dans l’amour, comme aussi le Christ nous a aimés et s’est livré lui-même pour nous, comme offrande et sacrifice à Dieu, en parfum de bonne odeur ». (v. 2). « Marchez comme des enfants de lumière » (v. 8). Toutes ces choses découlent de ce que nous sommes devant Dieu en Christ. Il n’y a donc pas d’effort à faire pour cela. Comme il est facile d’être imitateurs de Dieu, quand on marche dans l’amour ! Et quand je sais que je suis enfant, je n’agis pas comme un étranger ou un esclave. Un père n’est-il pas attristé, lorsque son enfant doute de son amour. Or Dieu veut que nous en ayions conscience, comme aussi de la grande valeur que nous avons à ses yeux. Nous en sommes absolument indignes quant à nous-mêmes, mais nous Lui sommes précieux en Christ.

La seconde des relations contenues dans cette épître est celle d’Épouse. L’une et l’autre de ces relations était inconnue avant que Jésus fût monté vers son Père. Quand l’enfant est encore petit, il n’est en rien différent d’un esclave, il a des maîtres, des pédagogues, quelqu’un ou quelque chose qui s’interpose entre lui et le père ; il fait son temps d’école ; mais quand il a grandi, il entre en relation directe avec son père. Avant la révélation du Père, la loi disait à l’homme : Fais ceci ou cela ; ce n’était pas une relation filiale. Maintenant, Christ homme est venu, le Fils bien-aimé de Dieu, et cette relation, manifestée dans sa personne, est devenue la nôtre, à nous qui lui appartenons et qui sommes en Lui. « Je monte », a-t-il dit, « vers mon Père et votre Père, et vers mon Dieu et votre Dieu » (Jean 20:17). La rédemption ayant été accomplie sur la croix, Christ ne pouvait nous placer dans la même relation que Lui, avant de monter vers le Père. Il y est maintenant et nous a envoyé l’Esprit d’adoption, afin que nous ayons conscience et que nous jouissions de notre relation d’enfants.

Quant à la relation de Christ avec l’Église, elle était aussi entièrement cachée, et cette pensée ne pouvait pas monter au coeur de l’homme avant l’ascension de Jésus. Le Juif le plus éclairé, le plus instruit par le Saint-Esprit, ne connaissait, n’attendait qu’un Messie glorieux, sous le règne duquel le monde serait béni ; mais il ignorait entièrement que ce Messie, comme Fils de Dieu, aurait un corps, dont Lui-même serait la Tête, et Juifs et gentils les membres. Dans les conseils de Dieu, ce mystère était réservé pour le temps où le Christ serait rejeté par Israël.

Jusque-là, Dieu avait mis l’homme à l’épreuve de toutes les manières, et il avait entièrement manqué. Désobéissant et transgresseur, il avait perdu tout droit aux promesses. Christ fut alors présenté aux hommes comme Celui dans lequel toutes les promesses étaient accomplies, mais, comme tel, ils l’ont rejeté et mis à mort.

Dieu avait été fidèle envers Israël et avait usé, à son égard, d’un long support. Il avait tout employé : patience, châtiment et grâce. Qu’y avait-il plus à faire qu’il n’eût fait à sa vigne ? Tout avait été inutile, et n’avait eu d’autre résultat que de manifester l’inimitié de toute chair contre Dieu. Juifs ou gentils, n’importe, tous ont été rebelles à Dieu et se sont montrés des enfants de colère. L’arbre de la nature était mauvais et ne pouvait produire que des fruits sauvages. Il ne restait donc plus rien à faire, quand tout ce que Dieu avait fait n’avait servi qu’à démontrer un mal incurable.

L’apôtre fait ressortir dans notre chapitre cet état de l’homme : « Il est mort dans ses fautes et ses péchés ». Alors il passe de l’homme à Dieu. Nous n’avons plus à nous enquérir de ce dont l’homme est capable, mais à apprendre ce dont Dieu est capable ; et qui bornera Sa puissance ? Il prend un pauvre pécheur et le place dans la même gloire que son Fils bien-aimé, venu pour le racheter, ce même Jésus que Saul avait rejeté et persécuté. Celui en qui toutes les promesses de Dieu sont oui et amen, n’est pas venu accomplir ces promesses pour nous, mais introduire dans sa propre gloire l’Église, plénitude de Celui qui accomplit tout en tous. C’était un mystère, une chose dont il n’avait jamais été question auparavant. Le fait d’être vivifiés pour former un corps, uni par le Saint Esprit au Fils lui-même qui en est la Tête, voilà ce qui était entièrement nouveau. Dieu voulait, par là, montrer dans les siècles à venir les immenses richesses de sa grâce, dans sa bonté envers nous, dans le Christ Jésus. Maintenant, la sagesse si diverse de Dieu est donnée à connaître aux principautés et aux autorités dans les lieux célestes, par l’Église, selon le propos des siècles, lequel il a établi dans le Christ Jésus, notre Seigneur.

Satan avait dit au premier homme : Si tu manges du fruit, tu seras comme Dieu. Dieu répond à Satan en nous rendant semblables à son Fils, à Celui qui est la pleine manifestation de sa gloire et de ses conseils. Christ, ayant créé toutes choses et soutenant toutes choses par la parole de sa puissance, la gloire lui appartient et il est héritier de toutes choses. Va-t-il être seul pour en jouir ? Non, Dieu lui donne une Épouse, l’Église. De même qu’il a donné Ève pour compagne à Adam, il a voulu que l’Église, acquise par Christ, fût comme lui, avec lui, conforme à lui, et qu’il se la présentât à lui-même, glorieuse, n’ayant ni tache, ni ride, ni rien de semblable, mais qu’elle fût sainte et irréprochable (Chap. 5).

Ces choses, l’apôtre les annonce dans notre chapitre : « Dieu, qui est riche en miséricorde, à cause de son grand amour dont il nous a aimés, alors même que nous étions morts dans nos fautes, nous a vivifiés ensemble avec le Christ, et nous a ressuscités ensemble, et nous a fait asseoir ensemble dans les lieux célestes, dans le Christ Jésus » (2:4-6). C’est une chose toute nouvelle et qui ne pouvait avoir lieu avant l’ascension du Seigneur ; nous sommes les membres de Christ, et celui qui est uni à Lui est un même Esprit.

Jouissons-nous de ces choses ? Sans doute, quant à mon corps, je suis encore ici-bas et non dans la gloire, mais il n’y a rien que je ne possède dès maintenant, pas un seul fondement de bonheur dont je ne puisse jouir. Dieu m’aime autant, aussi parfaitement que lorsque je serai dans le ciel ; j’ai déjà l’amour ; Christ est déjà ma vie ; la puissance du Saint-Esprit me fait déjà jouir de ces choses ; il n’y a, en un mot, pas une source de bonheur que déjà je ne possède. Peut-être pensez-vous que c’est trop dire, mais non ; nous allons le voir.

Dieu m’aime, et Christ me procure le bonheur céleste ; il est ma vie, et, par la foi, je puise à la source du bonheur. Quelle paix cela donne ! Je comprends la grandeur de cette grâce qui m’a placé dans une telle position ; je suis près de Lui pour en jouir, et rien ne peut me séparer de l’amour que Dieu m’a témoigné en Lui. Telle est la position dans laquelle je suis placé. J’ai des motifs puissants de bénir Dieu : « Vous êtes sauvés par la grâce, par la foi, et cela ne vient point de vous, c’est le don de Dieu » (2:8-10).

Je ne dis pas que la chair ne puisse m’empêcher de profiter de ces bénédictions ; sans doute, j’offense et contriste le Saint-Esprit, mais Dieu est mon Père, et rien ne peut me sortir de là ; aucune créature ne peut nous séparer : voilà le bonheur ! C’est en nous qu’il a montré les immenses richesses de son amour, et nous connaissons Celui qui a tout accompli.

Il fallait que le Fils fût auprès du Père pour nous envoyer le Saint-Esprit qui unit le corps à la Tête glorifiée, afin que l’Église eût la conscience de son existence et qu’elle pût jouir de ses privilèges.

Vers. 11-12. — « Souvenez-vous que vous, autrefois les nations dans la chair… vous étiez étrangers aux alliances de la promesse ». Il est bon de vous en souvenir, dit l’apôtre, parce que cela fait ressortir la plénitude de la grâce.

Il n’y avait pas de promesses faites à Adam, quoique Dieu eût dit que la semence de la femme (Christ) écraserait la tête du serpent ; mais il y avait des promesses faites aux Juifs, seulement ils n’en voulurent pas. Lorsque la Syrophénicienne s’adressa à Jésus, elle ne réclama que la grâce, et le Seigneur pouvait-il lui répondre : Non, quand il s’agissait de la grâce et non des promesses ? Les promesses appartenaient aux Juifs ; Christ ne voulait pas donner le pain des enfants aux chiens, mais quand cette femme réclame les miettes qui tombent de la table, Christ ne peut les lui refuser. Il ne peut dire : Il n’y a point de grâce pour toi. En Christ, Dieu en a, dans sa maison, une plénitude qui a été entièrement manifestée. Les Juifs avaient, selon les promesses, un Christ vivant parmi eux, et ils n’en ont pas voulu, mais un Christ élevé de la terre, attire tous les hommes à Lui.

Avez-vous reconnu que vous n’êtes justifiés, ni par la loi, ni par les promesses, ni par vous-mêmes, mais que Dieu, dans sa grâce infinie, vous a tout donné, qu’il vous a fait être membres du corps de Christ, son Épouse, que vous entrez, par le Saint-Esprit, dans ces relations bénies avec Lui ? Dieu a unis ensemble Juifs et gentils par le sang de Christ, d’un Christ rejeté. « Car nous qui étions autrefois loin, nous avons été approchés par le sang du Christ ; car c’est Lui qui est notre paix, qui des deux en a fait un, ayant détruit le mur mitoyen de clôture » (v. 13-14). Et remarquez que c’est le sang de Christ qui a fait tout cela. Le péché affreux d’avoir rejeté le Seigneur, cet acte d’iniquité des hommes, devient le moyen par lequel Dieu, agissant en grâce, fait l’expiation pour le péché et réunit en un seul corps Juifs et gentils. Cette union ne pouvait avoir lieu auparavant, car les Juifs avaient les promesses, et non les gentils. Mais les Juifs ayant perdu tout droit aux promesses, Christ « crée les deux en lui-même pour être un seul homme nouveau, en faisant la paix » (v. 15). Le mur de clôture étant rompu, il réunit les deux en lui-même pour former un seul corps devant Dieu par la croix, « ayant tué par elle l’inimitié ». Ce qui jusqu’alors avait été caché en Dieu, ce n’était pas seulement qu’il voulait sauver Juifs et gentils, mais qu’il voulait acquérir un peuple céleste, uni à Jésus, qui en ferait son Épouse.

C’était quelque chose de tout nouveau, basé sur un terrain nouveau : un peuple vitalement uni par le Saint-Esprit qui le rassemble en un corps qui n’est pas plus complet sans la tête, que la tête n’est complète sans le corps.

Vus en Christ dans le ciel, nous sommes l’Épouse. Celui qui aime Christ aime l’Épouse, « car nous sommes membres de son corps, de sa chair et de ses os » (5:30). Dieu qui aime son Fils, a voulu que nous soyons une partie de Christ, que nous ayons la conscience qu’il est en nous, et Dieu en Lui, et que le Père nous aime comme il aime son Fils (Jean 17:23). En nous unissant étroitement à son Fils, Dieu a manifesté son amour pour nous : « Toi en moi, et moi en eux ».

Le Saint-Esprit nous donne l’intelligence de notre position. Nous sommes assis en Christ, pas encore avec lui, dans les lieux célestes, mais nous pouvons, par la foi, nous y voir en Lui ; aussi Jésus, étant dans la gloire, a pu dire à Saul : « Je suis Jésus que tu persécutes ». C’est aussi pour cela que Paul nous parle d’un Christ céleste, car il a vu, de ses propres yeux, Christ dans la gloire.

L’envoi du Saint-Esprit est le sceau et la confirmation de nos privilèges ; c’est par Lui que nous avons été baptisés pour être un seul corps, uni à Christ seul. Ce corps étant à Christ, ce qui le distingue, c’est qu’il est son Épouse, tirant son existence de Lui, lui appartenant uniquement. Ce qui distingue une épouse dans ce monde, ce n’est pas qu’elle soit honnête et aimable, mais qu’elle ait une existence spéciale, par le fait qu’elle appartient à son époux et qu’elle est une seule chair avec lui. Ève était la compagne d’Adam, elle jouissait de tous ses droits d’épouse, et en avait les sentiments pour son mari ; elle ne lui était pas assujettie, et n’avait pas non plus la seigneurie ; elle jouissait de tout ce dont Adam jouissait, et ses affections d’épouse lui faisaient comprendre ce qu’elle était pour lui ; mais, si elle avait ignoré qu’elle fût l’épouse, comment aurait-elle pu en avoir les affections ?

Quelle sera maintenant l’attitude de l’Épouse à l’égard de la venue du Seigneur ? Elle attendra son Époux. Il est l’étoile brillante du matin pour l’Église, parce qu’elle possède des relations célestes avec Lui. Elle sera avec Lui avant le jour, c’est-à-dire avant sa manifestation au monde. L’Épouse dit : Viens ! parce que le Saint-Esprit qui est personnellement en elle, dit : Viens ! C’est Lui qui produit ce désir dans le coeur de l’Église, et l’Époux répond : « Je viens bientôt ! »

Comme le Fils est venu pour son incarnation, ainsi il viendra pour sa glorification. L’Église est appelée à rendre témoignage de tout ce que Christ est, car l’Esprit prend les choses de Christ et les lui communique. Elle ne peut pas encore dire : « Je possède l’Époux », mais : « Je possède l’Esprit » ; je sais ce qu’est Jésus ; je possède l’eau vive ; je connais l’amour répandu dans mon coeur ; et j’invite les hommes à venir. Elle peut être le canal pour communiquer la grâce de Dieu à ceux qui sont malheureux et misérables, aux coeurs brisés, pour les soulager.

Si l’Épouse avait ces choses à coeur, le résultat serait l’union, car qu’est-ce qui nous sépare ? Nos propres intérêts. Mais si nous avons Christ, et que la chair soit mortifiée, nous aurons les mêmes pensées. Je sais bien que la chair est un obstacle, mais si mon frère manque à mon égard, cela donne à l’amour l’occasion de s’exercer. Les fautes de mon enfant ne me repoussent pas ; je chercherai à le redresser en m’occupant de lui avec affection, et cela manifestera l’amour. La puissance divine du Saint-Esprit, plus forte que le mal, le chasse, et cette puissance, étant dans le Chef de l’Église, doit être aussi manifestée en elle.

Nous manquons sans doute au témoignage que nous devons rendre, mais je parle de l’unité comme elle est dans la Parole, et comme elle doit être réalisée. S’il en est ainsi, comment laisserais-je un seul membre du corps de côté ? Est-il possible que Christ en néglige un seul ?

Les intérêts du corps sont un, car, jouissant des affections intimes et parfaites de la tête, il a les mêmes intérêts. De même, l’Épouse a tous les avantages de sa position, et jouit de toutes les affections de l’Époux qui la rend, par ses soins, sainte, sans tache et irrépréhensible en amour.

Je suis persuadé que, si les enfants de Dieu réalisaient les relations d’enfants, de membres du corps de Christ et d’Épouse, ils ne trouveraient ni embarras, ni difficultés sur leur route. On ne comprend ces relations qu’en y étant ; l’amour ne se raisonne pas, et ce que nous avons à faire, c’est de le manifester à ceux qui nous entourent.

L’amour de Dieu est sans bornes ; Dieu qui est riche en miséricorde a tout fait. Il a donné son Fils qui nous a rachetés et nous a faits sa chair et ses os, et nos pauvres coeurs peuvent se reposer dans l’amour parfait de Jésus.

La sagesse de Dieu et les richesses de sa grâce seront vues et manifestées aux principautés et aux autorités par l’Église, qui sera vue avec Christ et dans la même gloire que Lui. En attendant que Dieu exécute ses promesses pour les Juifs, l’Église est ici-bas l’objet de son plus tendre amour. Christ est pour elle l’étoile brillante du matin, avant qu’il se fasse voir au monde. Alors, quand il apparaîtra, nous paraîtrons avec lui en gloire.

Oh ! qu’il nous donne d’être fidèles comme une Épouse doit l’être en l’absence de son Époux, et de considérer que tous les membres du corps sont un avec Lui ! Amen.


176 - Méditations de J. N. Darby — Genèse 35

15 septembre 1844 — n°176 : ME 1911 p. 55

Toute l’histoire de Jacob, jusqu’à ce chapitre, est celle d’un homme qui a la foi, mais non pas la confiance en Dieu. Il n’est pas, comme Ésaü, un incrédule, un profane ; il fait cas des promesses de Dieu, mais il emploie de mauvais moyens pour les obtenir, comme si Dieu manquait de puissance pour accomplir ce qu’il a promis. C’est un homme que Dieu reconnaît (car il s’appelle aussi bien le Dieu de Jacob, que d’Abraham et d’Isaac, et jamais le Dieu d’Ésaü), mais dont la marche n’est pas une marche de confiance et de droiture. La conséquence en est une suite de peines et de châtiments que Dieu lui inflige dans son amour, jusqu’à ce qu’il l’ait amené à reconnaître que la chair est impuissante, qu’elle ne vaut rien ; et qu’enfin son coeur soit purifié devant Dieu.

Vous savez tous comment, d’accord avec Rebecca, Jacob trompe son père, comment, pour fuir la colère d’Ésaü, il se rend en Paddan-Aram chez Laban, comment il part, n’ayant rien que son bâton, comment il est obligé de prendre des pierres pour chevet. Pendant son sommeil, Dieu lui apparaît au haut de l’échelle, lui étant au bas ; les anges y montent et y descendent ; Dieu lui promet qu’il ne l’abandonnera pas, qu’il le ramènera et donnera à sa postérité la terre sur laquelle il est couché. Ensuite, Jacob se rend chez Laban qui le trompe au sujet de sa femme, et lui change dix fois son salaire. Il y reste vingt ans, dans un service voisin de l’esclavage, et quand enfin, par des moyens peu avouables, il s’est acquis des richesses, il s’aperçoit que le visage de Laban est changé à son égard, et prend la fuite avec tout ce qu’il possède. Laban le poursuit ; Dieu intervient et défend à Laban de lui faire aucun mal, montrant ainsi qu’il protège Jacob.

Après que Laban l’a quitté, Dieu envoie ses anges au-devant de lui. Jacob appelle ce lieu : Deux armées, Mahanaïm. Cependant, malgré tout cela, Jacob n’a pas encore confiance en Dieu. Il apprend qu’Ésaü vient, avec 400 hommes, à sa rencontre, dans un bon esprit, car Dieu l’a apaisé, mais Jacob est rempli d’une grande crainte, ne sachant que faire. Pourquoi ? C’est qu’il avait une mauvaise conscience à l’égard d’Ésaü. Combien il est triste qu’un enfant de Dieu ait une telle attitude devant le monde, qu’il soit obligé de rougir devant lui ! Il a perdu sa force, et cela durera aussi longtemps qu’il n’est pas entièrement en règle avec Dieu. Dieu ne lui retire jamais sa grâce, mais, précisément à cause de cette grâce, il le traitera avec une exacte justice et le châtiera, jusqu’à ce qu’il l’ait amené à reconnaître son état. Jacob prie, rappelle à Dieu ses promesses et lui demande de le délivrer (32:9-13), mais ici encore, il ne compte pas entièrement que Dieu agira, car il agit lui-même en envoyant au-devant d’Ésaü un, deux, trois troupeaux pour l’apaiser. Il avait dit : « Délivre-moi de la main de mon frère Ésaü », mais il ne croit pas sincèrement que Dieu le fera, car il fait, quant à lui, tout ce qu’il peut pour se concilier son frère que Dieu avait déjà apaisé.

Enfin il reste seul, le dernier de tous, car il est toujours rempli de frayeur ; mais c’est là que Dieu l’attend et lutte avec lui, sans toutefois se révéler à lui, car il ne peut avoir communion avec Jacob comme avec Abraham. Qu’il est triste de lutter avec Dieu, quand nous pourrions jouir d’une pleine liberté de communion avec Lui !

Toutefois, Dieu soutient la foi de Jacob pendant la lutte, car il ne veut pas que la foi de son serviteur défaille. Il lui donne de la force pour vaincre, mais en même temps il touche l’emboîture de sa hanche, et Jacob porte désormais toute sa vie la marque de sa lutte avec Dieu : il reste boiteux. Pour nous aussi, chers amis, il y a deux choses dont Dieu veut que nous gardions le mémorial toute notre vie : la victoire de la foi et l’humiliation de la chair.

Lorsque l’aurore se lève, Dieu veut quitter Jacob, car il n’est pas question de se manifester à lui. Jacob sait bien qu’il a affaire à Dieu, sans avoir une entière liberté avec Lui. Il lui dit : « Déclare-moi ton nom » ; Dieu refuse de le lui dire, car la pleine communion manque encore ; toutefois il le bénit et lui donne le nom d’Israël (victorieux de Dieu). Jacob dit : « J’ai vu Dieu face à face, et mon âme a été délivrée ».

Quand il rencontre Ésaü, il le craint encore et dit : « J’irai chez mon seigneur à Séhir », mais cette pensée est loin de son esprit. Il se rend à Sichem et y commet une nouvelle faute : à l’instar de Lot, il campe devant une ville, et s’achète une portion là où il devait être étranger et voyageur. Il en est toujours ainsi, lorsque Dieu n’est pas tout pour nous et que nous ne sommes pas heureux de n’avoir que Lui ; nous campons devant la ville, et il nous faut la portion du champ où nous avions dressé notre tente.

Vous connaissez tous les conséquences, pour le pauvre Jacob, de son séjour en cet endroit. Il est obligé d’abandonner son champ et son autel. Plus tard, il a dû dire, de tout le temps où il marchait ainsi : « Mes jours ont été courts et mauvais »

Maintenant Dieu le fait remonter à Béthel, et il dit à sa famille : « Ôtez les dieux étrangers qui sont au milieu de vous ». On s’étonnera peut-être qu’il y eût de l’idolâtrie dans la maison de Jacob ; mais, quand le coeur n’est pas entièrement droit, on tolère facilement le mal ; on y participe par manque de force ; souvent on ne le voit pas tel qu’il est. Quand on campe devant la ville, le discernement est obscurci ; il faut être près de Dieu, et non au milieu du mal, pour juger ce dernier.

Alors Jacob retourne à Béthel, le point de départ où Dieu lui était apparu et lui avait fait des promesses. Dieu les lui répète, recommençant, pour ainsi dire, ses relations avec lui sur un pied tout nouveau de confiance et de fidélité, et lui rappelant qu’il ne s’appellera plus désormais Jacob, mais Israël. Jacob, amené à vider son coeur devant Dieu, peut désormais lui parler librement et n’a plus besoin de lui dire : « Déclare-moi ton nom », mais parle avec Lui, comme le faisait Abraham (v. 11-15).

Puissions-nous, chers amis, pour être heureux et glorifier Dieu, avoir des coeurs non partagés. Ne nous contentons pas, comme Jacob, de la foi seulement, mais ayons une pleine confiance en Dieu, notre Père, et ne soyons jamais obligés de lutter avec Lui !


177 - Méditations de J. N. Darby — Nombres 6

n°177 : ME 1911 p. 96

Nazaréen signifie séparé ; quel terme précieux : le Seigneur a été appelé de ce nom ! Ce que le Nazaréen nous présente en figure, dans ce chapitre, c’est une séparation de coeur pour Dieu, caractère dont Christ est le modèle. Pour les hommes, c’est un terme de mépris ; et nous ne trouverons, en effet, que cela de la part du monde, si nous sommes réellement séparés de lui, pour appartenir à Dieu. Le monde, lui, est séparé de Dieu par le péché ; nous qui appartenons à Dieu, nous avons besoin d’un dévouement positif pour jouir des choses qui sont de Lui. Dieu a chassé l’homme pécheur de sa présence ; mais l’homme pécheur a chassé Dieu de sa présence en crucifiant le Seigneur de gloire. Lorsque nos coeurs sont attachés à Christ, nous lui montrons notre fidélité en nous séparant du monde, parce que Lui en est séparé. Le Fils de Dieu, envoyé dans le monde, y a été un vrai Nazaréen, saint, fidèle au Père, et nécessairement méprisé du monde pour cela, car, pour être fidèle, il s’est anéanti et a pris une forme d’esclave. Nazareth était un lieu méprisé ; il a convenu à Dieu, pour éprouver les coeurs des hommes, d’en faire le lieu d’habitation de son Fils bien-aimé. S’il était venu pour les Juifs comme le Messie glorieux selon la chair, ils l’auraient reçu, mais au lieu de cela il a été « séparé des pécheurs et élevé plus haut que les cieux » (Hébr. 7:26).

Il était défendu au Nazaréen de boire du vin. Le vin est le symbole de la joie des hommes, réunis en société. Jésus, par son ascension, s’est entièrement séparé de cette joie. Il a dit : « Je ne boirai plus du fruit de la vigne jusqu’à ce que le royaume de Dieu soit venu » (Luc 22:18). Aujourd’hui même, le temps des épanchements de son coeur au milieu des siens, n’est pas venu ; l’Église n’est pas rassemblée et le jour des noces de l’Agneau n’est pas encore là. Comme Lui, nous devrions donc être moralement séparés des pécheurs et élevés plus haut que les cieux. Dans le ciel, nous nous laisserons aller librement à nos affections sans rien perdre de notre sainteté ; ici-bas, c’est le contraire, car le laisser-aller n’y est pas autre chose que le péché : si, dans ce monde, nous ne mettons pas une ceinture à nos vêtements, ils traîneront dans la boue.

C’est en nous attachant aux choses d’en haut, en nous occupant des gloires de Christ, dont Dieu lui-même s’occupe, que nous sommes séparés des pécheurs et réellement libres. Notre liberté est de faire toujours la volonté de Dieu, selon les désirs du nouvel homme. Le moyen de jouir de cette liberté et d’être heureux, c’est d’être occupés de Christ et de penser à lui par l’efficace du Saint Esprit. Jésus est le chef des Nazaréens. Pour avoir à faire avec Dieu, il faut se séparer du monde qui est séparé de Dieu. Mais Christ n’est pas seulement séparé des pécheurs : il est élevé plus haut que les cieux. Le Christ que j’aime est là : mes pensées, mon coeur, ne doivent-ils pas être dans le ciel où est mon Ami, et où le Saint-Esprit me fait entrer ? (1 Cor. 2:7-12).

Nous avons besoin de vigilance ; ce n’est pas le moment de chercher la joie dans le monde (v. 2-7), car cette joie bannit le Seigneur et empêche ceux qui lui appartiennent d’être saints à l’Éternel. Dans ce monde que Dieu a créé, il ne faut pas parler de Christ ni chanter dans les rues des cantiques en son honneur.

(v. 9-12). — Christ vit en nous et nous vivons à Dieu ; notre vie doit donc être dévouée à Dieu : c’est une chose positive et non pas négative seulement, comme de s’abstenir du mal. Il est de toute importance d’être positivement occupé de Christ ; cela ferme la porte à Satan qui ne demande qu’à entrer pour tout souiller et détruire. Quand le Nazaréen s’était souillé, tous les jours de son nazaréat qui avaient précédé ne comptaient pour rien ; il en est de même pour nous, quant à la jouissance pratique de la communion avec Dieu. Lorsque Satan a troublé cette communion, notre force est perdue et tout est à recommencer ; nous sommes obligés de retrouver cette force comme si nous n’avions jamais été en communion avec Dieu.

Si je vis à Dieu, je dois vivre pour Lui, afin que les grâces dont il m’a comblé soient non seulement manifestées au monde, mais montent vers Dieu lui-même, comme un parfum de bonne odeur.

Quel privilège immense d’être unis à Jésus par son Esprit, d’être séparés du monde et élevés plus haut que les cieux !


178 - Méditations de J. N. Darby — Nombres 25

21 juin 1847 — n°178 : ME 1911 p. 154

Lorsque Balak voulut employer Balaam pour maudire Israël, Dieu intervint en faveur de son peuple et prit sa cause en main. Cette histoire est un type de la manière dont Dieu intervient, délivre et justifie les siens ; car c’est son affaire à Lui. Au chap. 3 de Zacharie, nous voyons Satan se tenir, comme accusateur, à côté de Joshua, et ce dernier n’avait rien à lui répondre, car il avait des vêtements sales et n’était pas dans un état convenable pour se tenir devant Dieu. Satan avait raison, mais Dieu lui-même intervient et dit : Tu te mêles de ce qui me regarde ; j’ai tiré ce tison du feu, et toi tu voudrais l’y rejeter ! Dieu met Satan entièrement de côté, quand il s’agit de ses conseils et de ses voies. Sans doute, il ne supporte pas des vêtements sales en sa présence, mais il ne veut pas non plus rejeter Joshua ; c’est là son affaire à Lui : il l’entreprend tout seul et la mène à bonne fin.

Balak voulait aussi s’opposer aux promesses de Dieu, et il est très important de remarquer que ce n’est pas au commencement, mais à la fin de la marche du désert. Quand le coeur du peuple a été pleinement manifesté, l’ennemi cherche à lui fermer l’accès de Canaan. Il en est de même pour le chrétien, ou pour l’Église, à la fin de sa carrière, quand, mise à l’épreuve, elle a manqué de toute manière et que le moment d’entrer dans la terre de la promesse approche. Satan cherche alors à faire tomber la malédiction, soit sur l’Église, soit, individuellement, sur le chrétien. Ce jugement est sans doute mérité, mais c’est la pensée de Satan et non celle de Dieu ; et Balaam est obligé de dire : « Comment maudirai-je ce que Dieu n’a pas maudit ? »

En Égypte, où il s’agissait des droits de Dieu sur son peuple, la question était entre Dieu et le Pharaon. Dieu lui avait dit : « Laisse aller mon peuple » ; Pharaon avait répondu : Je ne veux pas. Il s’agissait de savoir lequel, de Dieu ou du Pharaon, possédait les droits et avait la puissance. Mais la difficulté avait encore un autre caractère : elle résidait dans l’état du peuple en Égypte, car Israël était plus coupable d’idolâtrie que les Égyptiens. Dans cet état de choses, Dieu pouvait-il abandonner ses principes ? Il avait le droit de délivrer, mais il était un Dieu juste, c’est-à-dire conséquent avec lui-même, et il ne peut supporter le péché. C’est alors que Dieu prend toute l’affaire sur Lui ; il est impossible qu’il trouve de l’innocence dans le peuple, aussi intervient-il par le sang d’un agneau placé sur les poteaux et le linteau des portes. Sans cela, il eut fallu que Dieu détruisît des premiers-nés des Israélites, aussi bien que ceux des Égyptiens ; mais, pour le peuple, le sang était là sous les yeux de Dieu. Le péché était jugé ; Dieu y avait mis fin dans le sang de l’agneau ; mais il laisse cours à sa justice contre les Égyptiens. Ce jugement atteint d’abord les premiers-nés, puis le Pharaon et toute son armée à la mer Rouge. Israël n’a qu’à se tenir là, pour voir la délivrance de l’Éternel. C’est ainsi que Dieu a revendiqué ses droits en Égypte ; ensuite il amène son peuple dans le désert, où ce dernier commet faute sur faute. Alors, à la fin du voyage, Satan qui n’a pu empêcher la sortie d’Égypte, voudrait attirer la malédiction de Dieu sur le peuple pour l’empêcher d’entrer dans le pays de la promesse. Pas plus que Joshua, Israël ne peut rien invoquer pour sa défense ; mais Dieu intervient. C’est Lui, tout seul, qui répond à l’ennemi. Il dit, par la bouche même de l’accusateur : « Je n’ai pas aperçu d’iniquité en Jacob, ni vu d’injustice en Israël ». Alors Balaam voit qu’il n’y peut rien et qu’il n’y a pas d’enchantements contre Jacob ; la malédiction est changée en bénédiction.

Satan avait manqué complètement son but ; Dieu avait pris en main la cause de son peuple. Il est très précieux de voir que cela a lieu, sans même qu’Israël en prenne connaissance. De même pour nous : c’est à notre insu, sans que Dieu nous en ait dit un mot, que Christ a tout accompli pour notre délivrance et que la bénédiction est venue sur nous, sans nous. Quel bonheur qu’il en soit ainsi ! Sans cela, nous aurions tout gâté, mais Dieu fait son oeuvre tout seul, et la bouche de Satan est fermée. Il en est de même quant à la justification : c’est Dieu qui justifie. Il ne le fait pas seulement devant Lui, mais devant tous. Satan dit : Cet homme est méchant ! Dieu sait que cela est vrai et que nous ne valons rien, mais, malgré cela, Dieu nous justifie et Satan est réduit au silence. Il ne peut rien, mais ne cesse pas, pour cela, d’être notre ennemi, aussi cherche-t-il à susciter des obstacles pour empêcher Dieu de nous bénir.

Il s’y prend maintenant d’une autre manière. Ce même Balaam, qui avait dû bénir contre son gré, savait fort bien que Dieu est saint et ne peut bénir un peuple dans le péché ; aussi descend-il dans la plaine pour se mettre en contact avec le peuple ; il agit en bas, parce qu’il n’a pu agir en haut contre Dieu. Alors il cherche à mêler Israël avec le monde, en l’amorçant par des convoitises. Israël s’y laisse prendre et, dans sa folie, adore Satan comme Dieu (25:2). Il s’assujettit à l’ennemi et attire sur lui le jugement d’un Dieu qui ne peut pas le bénir dans son péché, car il ne peut abandonner son gouvernement moral. C’est ce que les enfants de Dieu oublient souvent. Une pareille folie, de la part du peuple, serait incroyable, si ses yeux n’avaient pas été aveuglés, parce qu’il avait consenti à dire : « Oui, à ce que le monde lui présentait avec une apparence aimable et désirable selon la chair.

Eh bien, Dieu va-t-il détruire le peuple ? Non, mais il le châtie, et il en est de même pour le chrétien. Si Israël ne fût pas tombé, il n’eût pas été châtié, car, dans le désert, Dieu pourvoyait à tous leurs besoins : leurs vêtements ni leurs chaussures ne s’étaient usés. Ils avaient sans doute à montrer de la diligence, mais n’avaient rien à faire qu’à passer comme étrangers à travers le désert. Le combat n’aurait dû commencer pour eux qu’en Canaan ; pour nous, dans les lieux célestes. Ce fut quand Israël eut passé le Jourdain qu’il dut livrer combat pour s’emparer de toutes les villes. Pour traverser le monde, nous avons, comme lui, la manne et l’eau du Rocher, mais du moment que nous voulons jouir de ce que le monde nous offre, nous tombons sous la discipline, et nous entrons dans le combat. Si nous passons ici-bas comme à travers un désert, nous y faisons l’expérience de la puissance et des soins de Dieu, et alors il n’y a point de combat. Si nous cédons au monde, Dieu dit : Il faut trancher la chose ! Les difficultés s’élèvent et se multiplient, Madian s’oppose ; Dieu veut à tout prix rompre les liens que nous avons formés. Il y réussira, mais combien de douleurs quand les liens que notre folie avait resserrés, sont arrachés.

Dieu, et cela est très précieux, mesure ce qui nous est nécessaire, car il n’abandonne jamais son peuple à Satan. Vingt mille hommes peuvent tomber sous le jugement, mais Dieu arrête la plaie par la fidélité de Phinées, tandis qu’en Canaan pas un d’entre eux n’a péri. Il en est de même quand Israël, après la discipline, est dans une position franche et doit combattre Madian ; la victoire est pleine et entière, et pas un d’eux ne tombe. Tout le peuple rentre dans le camp et offre des sacrifices à l’Éternel (31:49-50).

Toute cette histoire nous prouve combien il est important pour nous d’être continuellement en éveil, et de ne connaître, dans le désert, que la manne et l’eau du rocher, de ne pas nous replacer sous la puissance d’un ennemi qui n’a aucun droit sur nous, de ne pas céder à la chair au lieu de la mortifier, et de ne pas nous laisser séduire par elle, là où nous n’avons rien à faire qu’à marcher paisiblement avec notre Dieu.


179 - Méditations de J. N. Darby — Jean 20

20 juin 1847 — n°179 : ME 1911 p. 176

Marie de Magdala manquait de lumière ; elle cherchait Jésus parmi les morts, mais toutes ses affections étaient fixées sur Lui. Jésus l’avait délivrée de sept démons, de la plénitude de la puissance satanique, représentée par ce chiffre ; aussi le Seigneur était-il devenu son tout, et, lui absent, ce monde n’était pour elle qu’un sépulcre vide, auquel son affection entière pour Christ donnait ce caractère. D’autres disciples se rendent aussi au sépulcre et s’en retournent à la maison, parce qu’ils avaient un chez-eux dans ce monde. Pour cette femme, le monde n’existait pas, du moment que son Sauveur n’y était plus. Beaucoup de chrétiens, avec plus de lumière que Marie-Madeleine, n’en sont pas là. Malgré son entière affection pour Christ, il y avait cependant encore quelque présomption chez cette femme. Cela peut arriver à des âmes très sincères ; où ne trouve-t-on pas du mal, même chez les plus dévouées ? mais il est précieux de voir que le Seigneur n’en poursuit pas moins son travail d’amour envers elle. Marie pensait que Jésus lui appartenait ; elle demandait où on l’avait mis, afin de disposer de lui, et aurait voulu accomplir à son égard ses propres pensées. C’est ce qui arrive souvent. Une âme est tout occupée de Jésus selon ses idées à elle, plutôt que d’être disposée à écouter ce qu’il veut faire pour accomplir ses desseins d’amour envers elle.

Pour être reconnu d’elle, il faut qu’il l’appelle par son nom ; mais alors elle dit aussitôt : Rabboni, mon maître ! Combien il est précieux de pouvoir dire à Jésus, avec affection : Mon Maître ! — Le Seigneur se sert alors de cette pauvre femme, dont il avait chassé sept démons, comme du premier instrument, choisi pour rendre témoignage à sa résurrection. Il l’envoie vers les disciples et l’honore ainsi du premier acte, par lequel il rassemble, comme par anticipation, l’Église, au milieu de laquelle il vient apporter la connaissance des résultats de sa résurrection.


180 - Méditations de J. N. Darby — Nombres 18:1-13

22 juin 1847 — n°180 : ME 1911 p. 214

Nous avons vu, dans une précédente méditation, que lorsque Dieu prit en main la cause d’Israël, ce n’était pas au commencement, mais à la fin de la traversée du désert, quand tout le mal, existant chez le peuple, avait été manifesté. C’est alors que Balaam fut obligé de déclarer qu’il ne pouvait maudire. Dieu sait apprécier l’oeuvre de son Fils et en connaît la valeur. L’accusateur peut bien nous troubler ou nous séduire, mais non pas tromper Dieu, ni nous toucher. Malgré cela, Dieu a beaucoup à faire avec nous, non pas comme un juge assis sur son tribunal, et qui nous condamne, mais comme un père de famille qui ne laisse rien passer chez ses enfants, parce qu’il est leur père et qu’il les aime. Il le fait en grâce, mais d’une manière très exacte. Il n’y a pas une heure de la vie du chrétien qui ne porte des conséquences et dont Dieu ne se serve pour le bénir. Comme il fait notre éducation pour le ciel, il prendra connaissance de tout et corrigera chacune de nos fautes.

Quant à ses voies envers Israël, Dieu l’avait placé sous la conduite de Moïse qui était un homme de foi, s’il en fut ; mais Moïse représentait le principe de l’autorité de Dieu, selon Sa sainteté, et le peuple ne pouvait la supporter. Alors, quand toutes les misères de ce peuple eurent été manifestées, Dieu les plaça, non plus sous la conduite de Moïse, mais sous celle d’Aaron, et cela est très important à remarquer. Pour faire cesser leurs murmures Dieu ne les frappe plus ; Moïse dit aux princes de mettre chacun une verge, représentation d’un sceptre, devant l’arche (Nombres 17) La verge d’Aaron se trouve avoir poussé des boutons, produit des fleurs et mûri des amandes : Dieu montre ainsi qui il a choisi pour conduire son peuple ; il place ce dernier sous la sacrificature. Moïse avait parmi eux la place d’un roi, d’un représentant de Dieu, mais maintenant, ils n’étaient plus sous la puissance et l’énergie divines ; la verge morte était vivifiée et devenait le signe de la sacrificature. Dieu dit : « Prends la verge et parle au rocher et il donnera son eau ». Il ne s’agissait plus de frapper le rocher, mais de lui parler ; et c’était la grâce. Christ a été frappé ; l’autorité de Dieu a fait ce qu’il fallait, tout est expié ; il n’est donc plus nécessaire de frapper ; des fleuves de bénédictions peuvent sortir du Rocher pour nous. Dieu, voyant la dureté de nos coeurs, la difficulté de nous faire arriver au bout du désert pour entrer en Canaan, nous a placés sous le régime de la grâce. Israël aurait succombé, sans cela, comme Dathan et Abiram, sous un gouvernement d’autorité et de sainteté. Dieu place maintenant le peuple sous la direction du Souverain Sacrificateur (de Christ), qui agit en grâce et a intérêt à le conduire. Il sera châtié, s’il le faut (21:5-9), mais c’est la grâce ; car autrement jamais il ne serait arrivé au bout du désert. Il y a des murmures, mais il y a de l’eau (20:2-13). Combien de fois, au lieu du châtiment que nous avions mérité, avons-nous rencontré la bénédiction ! Le coeur charnel pourrait dire, afin de se justifier : Si ma faute produit la grâce, peu importe que je pèche… Non, mais le Souverain Sacrificateur intercède et l’Esprit nous fait sentir la faute et nous humilie.

Christ place toujours ses disciples dans la position qu’il occupe lui-même ; quand il vivait dans ce monde, ils étaient ses compagnons dans toutes les circonstances qu’il traversait ; maintenant il nous associe à la gloire qu’il occupe. — Il est caché en Dieu, et notre vie l’est aussi. Notre position suit donc toujours celle de Jésus. Il est maintenant sacrificateur ; nous aussi. Quelle en est la conséquence ? Notre conduite doit toujours être selon la grandeur et la hauteur de la grâce. Que l’on soit serviteur, compagnon ou fils, que l’on soit en esprit dans la gloire, notre règle de conduite est selon la position que Dieu nous a faite. Alors Dieu dit : « Toi et tes fils, et la maison de ton père avec toi, vous porterez l’iniquité du sanctuaire ; et toi, et tes fils avec toi, vous porterez l’iniquité de votre sacrificature » (18:1). Cela veut dire que la conduite sous la grâce doit être selon la sainteté du sanctuaire, et selon celle des sacrificateurs. Il en est de même pour nous ; ce n’est pas qu’il soit question du salut, mais, plus nous sommes rapprochés de Dieu, plus le mal est insupportable à ses yeux : nous portons l’iniquité de notre sacrificature. Il y avait des choses permises dans le camp, qui ne l’étaient pas pour la famille sacerdotale, que Dieu avait placée près de Lui et qui devait avoir une connaissance plus entière de ses pensées et de sa sainteté. Dans la proximité de Dieu et la communion avec Lui, nous connaissons mieux le bien et le mal et sommes plus capables d’être attachés à l’un et séparés de l’autre. Telles sont notre règle de conduite et notre responsabilité, quand Dieu nous introduit en sa présence.

« Je vous donne votre sacrificature comme un service de pur don ; et l’étranger qui approchera, sera mis à mort » (v. 7). Il est impossible que l’étranger, l’homme qui n’a pas le Saint-Esprit, jouisse de ces bénédictions. Ce n’est pas qu’on le lui défende, mais il ne le peut pas. Coré et les autres avec lui, avaient essayé, et n’ont pu atteindre la sacrificature, ni s’approcher du sanctuaire. C’est par un pur don de Dieu que, lavés par le sang de son Fils, nés de nouveau et amenés à lui, nous sommes devenus rois et sacrificateurs pour lui rendre culte.

Dieu nous conduit dans le désert et nous introduit devant Lui. C’est par pure grâce qu’il nous donne tout ce qui Lui est offert : « Voici, je t’ai donné la charge de mes offrandes élevées, de toutes les choses saintes des fils d’Israël ; je te les ai données, à cause de l’onction, et à tes fils, par statut perpétuel » (v. 8).

Nous avons été oints, scellés du Saint-Esprit, et la conséquence est que nous avons part à tout. Rien de ce qu’il a fait, en se dévouant toute sa vie, rien de ce qu’il a été ici-bas, dont nous ne soyons pas rendus capables de jouir ; tous les fruits que Dieu produit dans ce beau pays arrosé et fertile, tout cela nous appartient. « Toutes leurs offrandes… sont pour toi et pour tes fils » (v. 9). Quel privilège immense ! Nous avons le droit de nous nourrir de tout ce que Christ a fait dans ce monde, de ce qu’il a accompli sur la croix, dans un amour qui ne s’est jamais démenti, prompt à répondre en grâce à tous les besoins ! Telle est la nourriture du sacrificateur. Le brigand converti dit : « Celui-ci n’a rien fait qui ne se dut faire ! » Il comprenait la vie de Jésus. Jamais il ne fit une chose pour lui-même ; qu’il fût fatigué, qu’il eût besoin de manger, tout son temps appartenait aux autres. Celui qui est près de Dieu se nourrit de Lui ; il ne désire pas les gousses des pourceaux, il a Christ ! Ce même Jésus, quand il porte la colère de Dieu, manifeste une patience, une soumission, un amour parfaits ; il n’emploie jamais sa puissance pour se délivrer du mal, mais pour le supporter ; il montre son amour au brigand, sans penser à ses propres souffrances.

La perfection était dans son coeur, et celui qui est près de Lui, le comprend et s’en nourrit ; en sorte que, quand il voit le péché, il peut le porter, comme sacrificateur, en intercession devant Dieu, entrer dans les pensées de Jésus, et faire valoir envers d’autres la grâce qu’il a saisie pour lui-même.

« Tes fils et tes filles en mangeront ». Il y a des joies dont on ne peut se nourrir que dans le sanctuaire ; il y en a d’autres dont on jouit en famille ; c’est la communion des saints. Mais il reste encore une autre nourriture pour les enfants de Dieu : « Les prémices qu’ils donneront à l’Éternel, je te les donne » (v. 12). Ceux qui sont nets en mangent. Ce ne sont pas seulement des choses dont on jouit dans la communion des saints, mais d’autres plus générales, des fruits qui ne sont pas exclusivement dans la personne de Christ. Tout ce qui est pur, ou de bonne renommée, tout ce qui a quelque vertu ou quelque louange ; tels sont les fruits de l’Esprit, dans le pays « que l’on n’arrose pas avec son pied » (Deut. 11:10). C’est ce qui fait la joie de l’Église de Dieu : elle se nourrit avant tout de Christ, mais les fruits du ciel sont aussi sa nourriture.

On se plaint parfois de ne pouvoir s’élever, de manquer de vie ; il ne faut pas en rester là. Vous êtes sous la conduite de Christ qui est là pour vous bénir, pour vous donner à boire, quand vous murmurez. Vous ne pouvez pas entrer dans le sanctuaire, dites-vous ? Mais vous avez à faire à la puissance qui fait sortir la vie de la mort, qui couvre, en un moment, un morceau de bois sec, de bourgeons, de fleurs et de fruits. Ne vous contentez donc pas d’une vie incomplète, mais rappelez-vous que Dieu vous nourrit des fruits du sanctuaire, tout en vous disciplinant selon la position que vous occupez, soit dans le camp soit dans le sanctuaire. Si nous nous traînons péniblement dans le chemin chrétien, reconnaissons notre faute, mais comptons sur la grâce qui connaît et comprend tous nos besoins, et veut nous rendre heureux, malgré toutes nos faiblesses.


181 - Méditations de J. N. Darby — Nombres 20:1-13

Lausanne, juillet 1847 — n°181 : ME 1911 p. 293

Il n’y a rien de plus impossible à l’homme, soit comme créature, soit comme pécheur, que de connaître véritablement Dieu. Et cependant : « C’est ici la vie éternelle, qu’ils te connaissent seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus Christ » (Jean 17:3).

Cette connaissance de Dieu, qui est la vie éternelle, manque absolument à l’homme naturel, et ne peut se trouver en lui, parce qu’elle ne peut découler de l’intelligence de l’homme. Sans cela, Dieu ne serait pas Dieu, car, si mon intelligence forme un jugement sur une chose, elle est supérieure à l’objet qu’elle juge, et cet objet ne peut être Dieu, sinon je serais supérieur à Dieu. Si moi, pécheur, je pouvais le connaître, cette connaissance serait ma ruine. L’homme ne peut voir Dieu et vivre. Quand, en Exode 33:18-23, Dieu eut mis Moïse dans la fente du rocher, pendant que Sa gloire passait, et qu’il l’eut couvert de sa main, Moïse put le voir par derrière, mais Sa face ne se voyait point. Toute sa bonté passait devant la face de Moïse qui pouvait la connaître, mais, sans cela, voir Dieu ne pouvait être que la ruine éternelle de tout homme.

Une fois Dieu vraiment connu, l’on comprend parfaitement bien que, le connaître, c’est connaître l’amour. On voit cet amour dans tout ce que Dieu a fait pour nous, depuis la grâce qui s’applique au pécheur perdu, dans son état de péché. Marcher dans la connaissance de Dieu, ce qui est la vraie sainteté, c’est marcher dans la connaissance de son amour. Dieu reste toujours pour nous ce qu’il a été dans la mort de son Fils, et celui qui connaît Dieu de cette manière, compte sur un tel amour. Dépendre continuellement de Lui, fortifie la vie, donne et augmente l’intelligence, et le progrès consiste à le sentir toujours plus profondément et plus continuellement.

Au contraire, le déclin extérieur a toujours pour conséquence et pour cause que Dieu est moins bien connu et que l’on ne s’appuie plus autant sur sa grâce. Du moment que l’homme se trouve réduit à sa propre capacité, il est en chute. La rivière tarit, parce qu’elle n’est plus en rapport ave la source. Cesser de compter absolument sur la grâce de Dieu qui est toujours à notre disposition, c’est la clef de toute décadence spirituelle.

Une chose caractérise le christianisme, et nous ne la trouvons qu’en type dans l’ancienne alliance, c’est que nous avons affaire à Dieu par le moyen d’un Médiateur, tandis qu’en Eden, l’homme avait personnellement affaire avec Lui. C’est en Jésus que la grâce de Dieu se manifeste, en rapport avec nos besoins et nos fautes ; de cette manière Dieu devient infiniment précieux à nos coeurs.

Israël avait commencé, dans le désert, jusqu’au Sinaï, par la connaissance d’un Dieu de grâce. Délivré de l’Égypte, il avait tout quitté pour entrer dans un pays « non semé ». C’était « l’amour des fiançailles, quand Israël était saint à l’Éternel » (Jér. 2:2-3). Le peuple ne trouvait dans le désert aucun attrait, aucun motif quelconque, sinon de servir Dieu ; il le suivait, heureux, réjoui, ne s’inquiétant de rien, parce que le Dieu qui l’avait sauvé, l’y précédait. Dieu suffisait au coeur ; c’était le premier amour, l’amour des fiançailles.

Du moment que Dieu n’est plus le seul objet de nos affections, elles se refroidissent ; on ne s’occupe pas autant de Lui ; le coeur se tourne vers quelque autre chose, et, si ce n’est pas une chute plus évidente, la faiblesse et la misère s’en suivent. Alors on se préoccupe du désert, comme tel, et Dieu ne suffit plus au coeur, envahi par l’inquiétude et le découragement.

Dieu sait bien pourquoi il nous a introduits dans le désert. Qu’y a-t-il fait pour les Israélites ? Il allait devant eux, chercher un lieu pour les y faire camper, un lieu de repos (Nomb. 10:33), avec le tabernacle et l’arche au milieu d’eux. C’est aussi ce que Dieu fait pour nous dans ce monde. Il nous cherche un repos dont nous puissions jouir autour de Lui, et va pour cela devant nous. La nuée s’arrête : nous trouvons le calme et le rafraîchissement ; la nuée se lève : il faut marcher en avant, mais « de force en force ». Hélas ! cela ne suffit pas à Israël : au bout de trois jours, il se plaint déjà de la fatigue (Nomb. 11:1), puis il passe d’une rébellion à l’autre. Telle est l’histoire de nos coeurs !

Mais Dieu déploie la richesse des ressources de sa grâce. Après la rébellion de Coré, Dieu n’abandonne point ses pensées de grâce envers son peuple. Il fait fleurir la verge d’Aaron, Moïse n’ayant ici aucun rôle, et il nous montre les fonctions de cette verge à l’égard d’Israël.

La terre avait englouti Coré, Dathan et Abiram (Nomb. 16:33), mais cela ne conduisait pas le peuple jusqu’à la terre promise. Dieu voulait « faire cesser de devant lui les murmures des fils d’Israël » (Nomb. 17:5), et dans ce but, il fait placer les verges d’Aaron et des princes à l’intérieur du tabernacle, devant le témoignage. La verge qui fleurit est celle de la sacrificature, et c’est sous ce caractère que Dieu devient le conducteur de son peuple, type de la sacrificature de Christ pour nous. Son autorité s’adapte à nos besoins et en prend connaissance pour les présenter devant Dieu, afin que sa grâce y réponde. La sacrificature n’est pas seulement instituée pour nous procurer le pardon, la miséricorde et la grâce (Hébr. 4:16) ; elle nous communique une provision nécessaire pour le renouvellement de nos forces.

Nous allons voir l’usage de la verge d’Aaron et la bonté parfaite de Dieu à notre égard. Au chap. 19, la génisse rousse et l’eau de la purification appliquent au coeur les souffrances de Christ et donnent l’horreur du péché. Mais outre cela, nous avons des besoins ; la soif se fait sentir ; il nous faut être rafraîchis, en voyage vers le pays de la promesse. Le peuple murmure, parce qu’il n’a point d’eau et désire même la mort ; les difficultés l’amènent au découragement et il dit, dans sa folie : « Que n’avons-nous péri, quand nos frères périrent devant l’Éternel » (v. 3), c’est-à-dire quand Dieu jugeait sur eux leur péché ! Dans le désert, ils auraient préféré être restés en Égypte, quoiqu’ils eussent vu le jugement de Dieu sur elle ! Ils avaient complètement oublié la joie de leurs fiançailles, et le désert n’est plus, à leurs yeux, qu’un méchant lieu qui n’est point un lieu pour semer, ni pour des figuiers, des vignes et des grenadiers, et où il n’y a point d’eau pour boire (v. 5). Que de fois nous disons dans nos coeurs : « Ce méchant lieu ! » Nos bouches et notre conscience n’oseraient peut-être parler ainsi, mais que de coeurs, je n’en doute pas, même dans cette assemblée, disent : « Ce méchant lieu ! » Les Israélites avaient les yeux fixés sur le désert ; ils n’avaient pas la conscience que Dieu s’y trouvait parce que leur coeur y cherchait autre chose.

Mais ici, Dieu ne dit pas, comme après le veau d’or (Exode 32:10), ou après le refus de monter en Canaan (Nomb. 14:12), ou après la rébellion de Coré (16:21), qu’il retranchera le peuple. Ce n’est pas même, cette fois, l’intercession de Moïse qui détourne le jugement de Dieu. Les pensées de Dieu et son coeur sont dirigés d’un tout autre côté. Pour répondre aux murmures du peuple, il se rappelle la verge d’Aaron qu’il a instituée, la sacrificature appliquée à notre état et produisant la grâce pour répondre à nos besoins. Que de misères en Israël ! mais Dieu voulait agir en grâce, en faisant jaillir l’eau dans le désert : « Vous parlerez au rocher et il donnera ses eaux » (v. 8). Pour cela, Dieu ordonne de prendre la verge d’Aaron, cette verge bien connue, qui était devant d’Éternel, dans le tabernacle.

Moïse agit différemment. Il suit, il est vrai, les ordres de Dieu, prend la verge et convoque l’assemblée devant le rocher, mais il se sert de sa verge à lui, employant l’autorité de Dieu pour se faire valoir.

Sauf le caractère de Jésus, on n’en trouve peut-être pas, dans la parole de Dieu, de plus beau que celui de Moïse. C’est en tout cas une chose solennelle, un sentiment pénible et humiliant, que de rencontrer le péché chez un serviteur de Dieu. Dieu prononce son jugement sur lui ; à cause de cela, Moïse n’introduira pas le peuple en Canaan. Plus tard, quand Moïse le pria, Dieu ne voulut pas retirer sa parole : « C’est assez, dit-il, ne me parle plus de cette affaire » (Deut. 3:26).

Moïse dit au peuple : « Écoutez, rebelles » (v. 10). Il jugeait d’une manière parfaitement saine l’iniquité du peuple, mais il « s’irrite et parle légèrement de ses lèvres » (Ps. 106:33). Il ne voyait pas que Dieu dépassait ici ses voies ordinaires. Moïse avait été fidèle dans sa maison, mais il ne s’agissait pas ici de fidélité ; il s’agissait de grâce, et Moïse n’était plus à la hauteur des pensées de Dieu. Il pensait à la rébellion du peuple, tandis que Dieu pensait à la verge d’Aaron qui n’était nullement destinée à frapper les rebelles.

Dieu avait fait fleurir et fructifier un bois mort. C’était un principe entièrement nouveau : la vie, communiquée à ce qui était mort. Boutons, fleurs, amandes sur une branche sans vie, ce sont là des phénomènes qui proviennent de Dieu seul. Dans ce moment-là, Moïse juge les rebelles et ne comprend pas Dieu. Il dit au peuple : « Vous ferons-nous sortir de l’eau de ce rocher ? » Vous ferons-nous ! Il s’attribue cette puissance à lui-même. Moïse frappe le rocher de sa propre verge. Il ne peut s’élever à la hauteur de la grâce qui agit de son chef pour bénir le peuple et donner à la sacrificature l’importance qui lui est due.

Avez-vous des besoins ; souffrez-vous de sécheresse, de soif, de manque d’eau, à la fin du trajet du désert ? Qu’y a-t-il à faire ? La sacrificature est là. Il n’y a qu’à présenter cette floraison, cette puissance de vie éternelle sortie de la mort, pour que l’eau jaillisse du rocher. La première fois qu’Israël a manqué d’eau (Exode 17:6), il fallut que le rocher (Christ) fût frappé à la place du pécheur et en sa faveur. L’autorité de la justice de Dieu devait agir ainsi, mais une seule fois suffisait. Si Christ pouvait souffrir une seconde fois, ce serait nier l’efficace de ses souffrances, non seulement pour la première, mais aussi pour la seconde fois. Dès la première fois, le rocher avait fourni son eau pour le peuple ; il n’y avait qu’à lui parler sans le frapper, et il la donnait et la donnerait toujours.

C’est là que nous en sommes. Christ, ressuscité d’entre les morts, portant des fleurs et des fruits, démonstration éternelle de l’efficace de son oeuvre devant Dieu, comparaît devant Lui pour remédier à nos misères ici-bas. Nous n’avons qu’à présenter à Dieu sa sacrificature, et l’eau coule pour nous en abondance. Cela est si simple que, comme Naaman, on ne veut pas y croire (2 Rois 5). Sans cette grâce, agissant en leur faveur, il était inutile de conduire ce peuple avec l’espérance d’entrer en Canaan.

Tant que le désert est désert, et que l’homme est homme, rien ne nous soutient, sinon cette grâce constante, toujours prête à se répandre. La simplicité de coeur compte sur cela et s’appuie sur la sacrificature de Christ, dont elle a besoin ; elle compte sur lui comme sur un ami.

Les eaux de Meriba sont les eaux de contestation (v. 13) ; les enfants d’Israël contestèrent avec l’Éternel, et Dieu se sanctifia en leur donnant de l’eau, malgré la faute de Moïse. Dieu ne voulait pas descendre de la hauteur de sa grâce. Il a châtié Moïse à cause de sa faute, et agi selon la plénitude de sa grâce à l’égard des besoins de son peuple qui ne voulait pas se servir de cette grâce quand elle était là. Que de fois cela nous arrive !

Que Dieu nous donne l’intelligence des droits de sa grâce ; qu’il nous enseigne à venir à Lui, dans la conscience que Jésus est là, à user, dans une confiance simple et enfantine, de la sacrificature de Jésus ! Heureux sommes-nous toutefois, de ce que, si nous ne savons pas sanctifier Dieu, il se sanctifie lui-même. Si nous ne le faisons pas, nous y perdons à la vérité, mais il faut alors que Lui le fasse, afin d’acquérir dans nos coeurs l’importance qu’il mérite !


182 - Méditations de J. N. Darby — Romains 5:1-11

n°182 : ME 1911 p. 398

Il y a deux sources distinctes de joie pour nos âmes : la pensée de ce que Dieu a été pour nous comme pécheurs, la joie d’être sauvés, joie qui se rapporte à nous-mêmes, mais non dans un mauvais sens. Nous connaissons Dieu dans sa sainteté et nous nous savons réconciliés avec lui. Il n’existe plus rien entre Dieu et nous ; nous avons une pleine assurance, par le sang de Jésus. Outre la paix avec Dieu et l’accès à sa faveur, nous avons pour avenir la gloire de Dieu et nous nous réjouissons dans cette espérance.

Mais cette première source de joie n’est pas tout. Dieu est entré avec nous dans une relation encore plus intime que celle-là : il est important que nous trouvions une source de joie dans les afflictions mêmes qui exercent le chrétien. Il y a un travail intérieur, par lequel Dieu laboure le terrain de nos âmes, nous exerce dans la connaissance du bien et du mal, nous sépare des choses d’ici-bas, et nous fait sentir toute notre faiblesse. Nous nous réjouissons même dans les tribulations. Il est utile de nous poser la question si nous désirons que nos coeurs soient ainsi dépouillés dans leurs pensées et leurs affections naturelles. Paul se glorifiait dans ses infirmités, afin que la puissance de Christ reposât sur lui. Nous ne nous faisons souvent aucune idée de la somme d’épreuves qu’il nous faut pour être amenés à une vraie dépendance du Seigneur. C’est une chose plus précieuse que d’avoir l’espérance de la gloire de Dieu. Ici, le coeur est dépouillé de ses propres forces, de ses propres pensées, et son espérance se rattache tout entière à ce que Jésus est pour lui.

Nous avons ainsi, non seulement la paix avec Dieu et l’espérance de la gloire, mais l’amour de Dieu est répandu dans nos coeurs par le Saint Esprit qui nous a été donné. C’est bien plus que la jouissance d’une promesse ; nous connaissons ce que Dieu lui-même est pour le coeur qui se confie en Lui ; et il ne peut se confier en Dieu qu’après avoir appris que rien ne peut le soutenir que Lui. Le moi nous empêche de voir cela ; apprendre qu’on ne peut se confier en soi-même est la leçon la plus difficile de toutes ; chose bien différente que d’être assuré seulement qu’on a la paix avec Dieu. Quand on sait que Dieu est là, et qu’il suffit parfaitement, on peut se confier en Lui pour soi-même, pour l’Église, pour toutes choses. On connaît assez Dieu pour savoir qu’il emploiera sa puissance en amour, pour ceux qui se confient en Lui. C’est ce qui est appelé « l’expérience ». Elle donne une espérance qui ne confond point. La preuve de cette confiance inaltérable et ce qui la fournit, c’est que Dieu a donné son Fils. Nous sommes établis sur le Rocher de l’amour. Nous nous glorifions même en Dieu. Qu’il est précieux d’avoir une telle relation avec Lui, avec ce Dieu qui est mon Dieu, le Dieu que je connais, et dans lequel j’ai bien lieu de me glorifier, puisqu’il s’est révélé à moi dans son Fils et par son Fils !

Ne nous contentons pas de la pensée que la gloire nous appartient. Ce qui nous a été donné comme arrhes de cette gloire, c’est la présence de Dieu dans nos coeurs. Voilà ce qui nous donne puissance et repos. La source des pensées de nos coeurs, c’est le Dieu qui y est, et dont l’amour y est versé par son Esprit !

Il faut, dans un sens pratique, que nous soyons dépouillés de nous-mêmes. Par la tribulation, Dieu nous rend capables de tenir le mal loin de nous et de jouir du bien, sans que le mal vienne s’en mêler. Nous pouvons ainsi nous glorifier, non seulement dans la gloire de Dieu, mais en Dieu lui-même, et jouir en Lui des trésors de sa grâce.


183 - Méditations de J. N. Darby — Exode 12

n°183 : ME 1911 p. 458

Ce chapitre est l’image de notre délivrance. La condition des Israélites en Égypte représente la nôtre comme esclaves de Satan. Pharaon était le prince de ce monde, et le peuple de Dieu lui était assujetti. Satan a, dans un sens, des droits sur nous en vertu du péché, et parce que la justice de Dieu est contre nous ; Dieu ayant dit à l’homme : « Le jour que tu en mangeras, tu mourras de mort ». Satan, qui avait menti à l’homme, en lui disant : « Tu ne mourras pas », peut maintenant l’accuser. Mais il est toujours le même menteur ; il dit aujourd’hui à l’homme : Sans doute, tu as failli, mais tu n’es pas aussi entièrement ruiné que ces chrétiens te le disent. De son côté, Dieu ne peut pas dire : « Tu ne mourras pas » ; il doit prendre connaissance du péché, et il faut que sa justice soit reconnue, mais il a un moyen pour écarter les coups de sa justice.

Le Pharaon avait assez de puissance pour garder les Israélites sous un dur esclavage, auquel ils étaient accoutumés. Il n’avait pas de vrais droits et Satan n’en a pas non plus, mais, en attendant, il nous trompe. L’esclavage est, du haut en bas, l’état de tout homme dans ce monde. Cela est si vrai que, plus l’homme est élevé, plus il est esclave. Un pauvre homme se permettra bien des choses dans la rue sans que personne y prenne garde ; mais le riche est asservi par sa position même ; il n’ose blesser les convenances, les usages imposés par le monde.

Notre volonté est aussi un moyen de servitude. Si l’on nous disait que nous sommes dirigés et conduits par Satan, nous n’en conviendrions pas. Mais que fait l’Ennemi ? Il nous présente les choses de ce monde pour entraîner notre volonté dans le péché. Il y a d’abord la convoitise ; puis Satan fournit les moyens de la satisfaire, alors elle enfante le péché. Judas a été entraîné parce qu’il aimait l’argent ; alors Satan entre en lui et endurcit sa conscience. Quand il l’a amené à livrer le Seigneur, il le précipite dans l’abîme en lui enlevant tout espoir en la miséricorde de Dieu.

Dans le cas d’Adam, Satan lui enseigne, après la chute, à rejeter le mal sur d’autres, pour se disculper. Il accuse Dieu et sa femme, au lieu de reconnaître qu’il a péché, et que Dieu est juste en le condamnant.

En d’autres cas l’homme, au lieu d’être convaincu qu’il est perdu, cherche à se persuader que Dieu, étant bon, ne tiendra pas compte du péché. Mais est-ce que Dieu doit faire du ciel quelque chose de semblable à ce qu’est le monde ? Devrait-il y laisser entrer le péché, établir une mesure jusqu’où et combien l’on peut pécher pour y être admis ? Dieu est déshonoré par le péché ; c’est dans ce monde qu’il l’est de jour en jour, et que les anges et tout l’univers apprennent ce que c’est qu’un Dieu déshonoré et une création dégradée. Y a-t-il là quelque chose que Dieu puisse faire entrer dans son monde à Lui ?

Non, Dieu sort et dit : J’exécuterai mes jugements et manifesterai ma puissance sur tous les dieux de l’Egypte, et, en même temps, il met son peuple à l’abri du jugement par le sang de l’agneau pascal, et la question n’est pas si le peuple peut voir le sang, mais si Dieu l’a vu. Que ce sang soit sur les poteaux et le linteau de la porte, ou sur le propitiatoire, ou sur moi, la seule question est toujours s’il est placé sous les regards de Dieu.

Mais les Israélites étaient appelés à manger l’agneau pascal, à s’approprier, en figure, par la foi, le sacrifice de Christ. Il n’était pas question de savoir s’ils avaient de l’appétit pour le manger ; sans doute, ceux qui avaient faim en jouissaient davantage, mais ce n’était nullement la condition pour s’asseoir à ce repas : ils mangeaient l’agneau avec des pains sans levain, goûtaient la valeur d’un sacrifice sans péché, et y ajoutaient des herbes amères qui leur rappelaient ce qu’ils étaient eux-mêmes. Dès ce moment, ils n’étaient plus esclaves, et devenaient étrangers et voyageurs, avec les reins ceints, des sandales aux pieds et un bâton qu’ils ne prenaient pas pour se reposer.

L’ennemi pouvait encore les poursuivre, mais après avoir passé la mer Rouge, emblême de la mort de Christ comme jugement de Dieu, ils étaient entièrement libres, car non seulement ils y avaient passé dans la mort d’un autre, mais encore tous leurs ennemis avaient été engloutis par les eaux magnifiques. Le peuple était désormais affranchi.


184 - Méditations de J. N. Darby — Luc 2:1-20

n°184 : ME 1912 p. 154

Il est merveilleux de voir comment Dieu agit, quand il veut s’occuper de ce monde et prendre une part dans ce qui s’y passe, et en outre quels signes il donne de son intervention.

Il n’y a aucun rapport entre les voies de Dieu et celles des hommes ; elles se contredisent même totalement. L’empereur et son édit sont pour Dieu des instruments, mais de peu d’importance. César Auguste agit en vue de ses grands desseins et de la formidable puissance de son empire, mais il est simplement, sans le savoir, un instrument de Dieu pour accomplir la prophétie, disant que Jésus naîtrait à Bethléem. Tout le train de ce monde est en dehors des pensées de Dieu. Le fait capital pour Dieu et pour son royaume, fait auquel l’empereur ne pensait pas, était la naissance de ce petit enfant. L’édit remue tout l’empire, mais, au milieu de cette agitation, et par elle, Dieu réalise et effectue calmement ses pensées.

Mais ce passage nous parle encore d’un autre point. Toute intelligence des choses de Dieu vient de la révélation que Dieu a faite de ces choses, et non des raisonnements ou de la sagesse de l’homme. Les simples vont plus loin dans cette intelligence que les raisonneurs, car Dieu agit de manière à mettre de côté toute apparence de sagesse chez l’homme. Celui-ci a bien de la peine à se soustraire à l’empire de ses raisonnements et à laisser Dieu agir. Heureux celui qui a assez saisi le but de Dieu pour s’identifier avec ce but, et n’a besoin d’autre chose que de Dieu seul ! Tel est le cas des pauvres bergers. Ils avaient peu de connaissance du but visé par l’enregistrement, mais c’est à eux que Dieu se révèle. Ils deviennent sages par la révélation de Dieu.

(v. 8-14). — La vue de la gloire de Dieu effraie toujours l’homme. Les bergers épouvantés ne peuvent douter que la gloire de Dieu ne soit là. Mais Dieu qui se manifeste ainsi, les rassure et leur révèle l’espérance d’Israël dans la personne de Jésus, pivot de tous les conseils de Dieu en grâce : Dieu lui-même se faisant chair et se manifestant au milieu de la misère et du péché de l’homme.

Tout roule ici autour du fait que Dieu est devenu chair, est devenu homme, car Adam lui-même n’était qu’une image de Celui qui devait venir et qui était de toute éternité dans la pensée de Dieu.

Le signe donné par révélation à de pauvres bergers, que toutes les promesses sont accomplies par l’intervention de Dieu dans ce monde — ce signe est un enfant dans une crèche, tout ce qu’il y a de plus faible et de plus humilié, mais Dieu se trouve là !

De telles choses sont au-dessus de la portée de l’homme, mais Dieu les met à la portée de la foi, comme signe de son intervention, et la foi les sonde et y pénètre toujours davantage.

Ce signe est une faiblesse complète : un petit enfant qui ne fait que vagir et pleurer, un petit enfant couché, faute de place, dans une crèche, quand il lui aurait fallu toutes sortes de soins, et c’est là que l’on trouve le Seigneur ! C’est là ce que Dieu choisit et nous donne comme signe ; c’est à cette bassesse que l’on reconnaît Dieu et son intervention.

Certes, l’homme n’aurait pas inventé cela ; c’est une révélation. Joseph et Marie, très pauvres, ne trouvent place qu’à l’écurie, mais, à cette occasion, la multitude de l’armée céleste loue Dieu. Rien ne peut faire éclater davantage en louanges ceux qui ont l’intelligence des pensées divines ; c’est là que les créatures célestes voient Dieu. Dieu manifesté en chair a été vu des anges. La pensée qui s’attache pour eux au nom de Jésus est : « Gloire à Dieu dans les lieux très hauts ; et sur la terre paix, et bon plaisir dans les hommes ». Dieu déclare que, par sa grâce, il va trouver ses délices dans les hommes.

Nous voyons donc ici la grâce de Dieu indépendante de tout le train de ce monde. Ces choses sont invisibles, sauf à l’oeil spirituel, quand elles ne sont pas le sujet d’une révélation particulière. Qui aurait pensé à voir dans ce petit enfant, au milieu de telles circonstances, Dieu, le Seigneur, le Christ ? Dieu s’était révélé autrefois à Israël dans les flammes de feu d’un buisson, qu’elles ne consumaient pas ; ici, c’est en grâce, dans ce qu’il y a de plus faible, de plus méprisable pour le monde, mais infini pour la foi.

L’âme a de la peine à accepter cette vérité, que l’oeuvre de Dieu et de son Christ s’accomplit toujours dans la faiblesse. Paul est faible à Corinthe ; les chefs et les anciens ne voient dans les apôtres que de gens de rien, mais la force de Dieu s’accomplit dans l’infirmité. « Quand je suis faible, alors je suis fort ». L’écharde dans sa chair rendait Paul méprisable ; il pensait qu’il vaudrait mieux qu’elle lui fût ôtée ; il avait besoin d’apprendre la leçon : « Ma grâce te suffit ». C’est la manière de faire de Dieu, de choisir les choses faibles. Il faut que tout repose sur Sa puissance, autrement Son oeuvre ne pourrait s’accomplir. Combien nous avons de peine à croire qu’il faut que nous soyons faibles pour accomplir l’oeuvre de Dieu ! C’est qu’il faut que la force soit divine. Christ a été crucifié en faiblesse ; c’est ainsi qu’il a accompli l’oeuvre ; mais la faiblesse de Dieu est plus forte que les hommes. Cette oeuvre dure et demeure, alors que toute la terre sera secouée, ébranlée et, finalement, entièrement détruite.


185 - Méditations de J. N. Darby — Luc 10:9-24

n°185 : ME 1912 p. 215

La grande chose que nous avons à apprendre dans les évangiles, c’est Christ lui-même, le coeur de Christ. Les miracles sont à la surface du récit, pour attirer l’attention sur ce que Lui est ; mais Jésus a des choses particulières à communiquer à ses disciples, et ces choses ne sont pas, comme les miracles, une preuve pour le monde. Quoiqu’elles lui échappent et soient à peu près pour lui, comme les perles devant les pourceaux, elles ont pour effet de fortifier immensément la foi des disciples. Elles ne peuvent être communiquées au monde, parce que, pour les recevoir, il faut être avec Jésus et jouir de son affection. Ces choses, nous les voyons, et elles nous rendent heureux (v. 23), mais le monde ne les voit pas, parce qu’elles sont le privilège de l’obéissance (bien que le témoignage qui conduit à l’obéissance soit pour tout le monde). Le croyant sent qu’il possède ce que le monde ne peut ni donner, ni offrir ; ce dont il n’a pas même l’idée.

On voit dans les trois premiers évangiles la réjection progressive de Christ et ce qui se passe dans son coeur pour ses disciples, à mesure qu’il est ainsi rejeté. Sa face était résolument dressée vers Jérusalem pour y souffrir ; il était en chemin pour la mort, et ceux qui étaient près de lui comprenaient qu’il réalisait cette pensée : « Il faut que je sois rejeté ». Tous s’étonnaient de le voir agir ainsi, mais Lui dit à ses disciples : « Vous, gardez bien ces paroles : Le Fils de l’homme va être livré entre les mains des hommes », au milieu desquels il a fait ces miracles (9:43, 44). Malgré tout cela, le Seigneur continue d’agir en patience. Nous trouvons dans les chapitres précédents un résumé de ce que Jésus faisait envers les Juifs et envers les gentils. Les chap. 9 et 10 contiennent diverses manifestations de sa puissance et de sa grâce. Il agit envers le monde par le moyen de ses disciples. Plus il est près de sa fin, plus il en envoie. Au chap. 10, ce sont les soixante et dix, afin que le témoignage fût rendu à tous en Israël. Il les envoie, munis d’autorité quand, au fond, tout était déjà fini, car ils étaient comme des agneaux au milieu des loups, et le Messie était déjà rejeté. Aussi le témoignage devait-il être prompt et évident. Les disciples n’ont pas le temps de s’arrêter pour saluer en chemin ; ils apportent la paix, mais, si on la rejette, elle retourne à eux. Plus la mort était près de lui, plus le Seigneur sentait l’importance de sa mission et de son témoignage. C’est ce qui nous arrive aussi quand la puissance de l’amour de Jésus est dans nos coeurs.

Les soixante-dix reviennent avec joie, car, disent-ils, les démons leur sont assujettis. Jésus reconnaît le fait sans s’y arrêter. Il y voit même la fin de tout, Satan chassé du ciel. Si la croix de Christ chasse Satan de la conscience, la puissance du Fils de l’homme chassera Satan du ciel et de la création. Mais Jésus montre ici à ses disciples, de quoi il veut faire jouir ceux qui le suivent, car il ne s’agit pas seulement pour nous de la manifestation de sa puissance, mais de ce que Lui seul peut nous révéler, c’est-à-dire que nos noms sont écrits dans les cieux. Il était nécessaire, comme résultat final, que Satan fût chassé du monde, car, aussi longtemps qu’il s’y trouve et en est le prince, c’est un monde d’iniquité et de misère, malgré la présence des chrétiens. Cependant nous pouvons être employés, en un temps pareil, dans l’activité du témoignage rendu à Christ, et c’est ce qui a lieu continuellement. Le Seigneur ouvre la porte, malgré les obstacles ; la puissance de Dieu agit pour écarter les difficultés et c’est une grande joie ; mais Jésus n’exerce pas encore sa puissance pour chasser Satan et nous délivrer complètement en ôtant le mal.

Malgré tout cela, le Seigneur nous donne une joie, que lui seul peut donner (v. 20), et qui a pour vrai sujet, que nos noms sont écrits dans les cieux. Quel repos cela apporte à l’âme ! C’était la joie secrète du coeur de Christ, qui allait souffrir. Voyant le monde prêt à le rejeter, il déploie d’autant plus de puissance pour lui rendre, par ses disciples, témoignage de Sa grâce et de Ses droits. Plus Satan a de puissance, plus il est nécessaire, par un principe d’amour, de montrer aux âmes les conséquences du mépris de ces droits du Seigneur. Il fallait que le monde rejetât Christ en connaissance de cause. Nous apportons la paix, mais, qu’on la reçoive ou non, le royaume, les droits de Christ, sont venus jusqu’au monde.

Ensuite, Jésus insiste auprès de ses disciples sur la joie d’avoir leurs noms écrits dans les cieux. Le coeur de Jésus est serré par le mal qui l’entoure, mais d’autant plus énergique dans son témoignage, pour révéler aux siens ce qu’il a en réserve pour eux. Vos noms sont écrits dans les cieux ! De combien cela dépasse ce qu’il fera comme Messie !

Tel est le témoignage de Christ lui-même, ferme, solide et précieux, et auprès duquel, même les miracles ne peuvent, en aucune manière, avoir une pareille puissance de joie. Les miracles, leur dit-il, et ce que je vous ai donné jusqu’ici, ne suffisent pas ; j’ai des droits bien plus élevés que celui de faire des miracles ici-bas. Je vous ai associés à toute ma gloire ; vos noms sont écrits dans les cieux ! C’est une chose intime, une preuve d’affection, un conseil de grâce, car c’est Dieu qui les a écrits. Le Fils de Dieu vient du ciel et peut nous dire ce qui y est écrit. Ce n’est pas une chose passagère, mais une chose écrite, solidement établie, et il peut nous la communiquer. Le nom des Juifs était écrit sur la terre et en rapport avec elle, mais ce que Dieu écrit dans le ciel est pour le ciel. Quoique nous soyons sur la terre, nos noms sont déjà en la présence de Dieu, mais la connaissance de ce fait nous est donnée sur la terre pour notre joie. Si l’on saisit, une telle source de grâce, il n’y a aucune difficulté à comprendre la gloire qui en découle ; cela nous rend le ciel naturel et familier, que d’y avoir nos noms écrits.

Nous voyons ici l’oeuvre parfaite de Christ. Dieu veut nous introduire dans la demeure de sa sainteté, et Jésus s’en est chargé. C’est pourquoi aussi il dressait résolument sa face pour monter à Jérusalem. Toute la puissance qu’il pouvait développer sur la terre perdait sa gloire et son éclat, comparée à sa joie d’accomplir pour nous ce qui nous rend capables d’avoir part à l’héritage des saints dans la lumière. Il nous veut pour le ciel et n’épargne rien pour arriver à ce résultat ; il était à l’étroit, jusqu’à ce que le sacrifice fût accompli. Il voulait présenter au Père, tels qu’il les désire, ceux dont les noms sont écrits dans les cieux. La croix nous révèle ainsi tout l’amour de Dieu et toute la perfection de l’oeuvre de Christ. Le sang répandu fait oublier à Dieu nos péchés, et nos âmes sauvées sont un témoignage de l’efficace de l’oeuvre de son Fils, témoignage infiniment précieux pour le Père, car le sacrifice de Jésus est lié à la gloire du Père.

Nos noms sont écrits là où le mal ne peut entrer, où Christ jouit d’un repos parfait. Il faut que Dieu trouve son repos, non seulement en lui-même, mais dans le résultat de son travail de grâce. Pour jouir de cette joie, il est nécessaire d’être près de Dieu. Nous serons avec Jésus dans le ciel, dans la conscience de la joie de Christ lui-même, car c’est là que, comme Médiateur, il trouve son repos et sa joie, joie que le Père lui a préparée, digne d’être sa récompense après tout son travail.

Christ tient à ce que nous voyions sa gloire et que nous y soyons sensibles (Jean 17). La vue de Jésus, foulé aux pieds par le monde, est pénible à nos coeurs, et, pour effacer toute mémoire de ce mépris, il veut que nous contemplions toute la gloire dont il jouira, et que le Père lui a préparée avant que le monde fût. C’est là que nous jouirons en paix de ce repos éternel, mais nous en jouissons déjà par le témoignage que Christ, qui s’y trouve, a pu nous en rendre.

Ces bénédictions se rattachent à la croix de Christ, à l’efficace de son sang. L’oeuvre de Christ nous place dans ce repos. Lors même qu’on pourrait faire des miracles, c’est là que l’âme revient toujours. La croix est le centre de ce qui manifeste l’amour de Dieu ; elle répond à tout ce que Dieu est, en face du péché, et en venant à Dieu nous ne pouvons rien apporter que le péché. Or Dieu ne supporte ni mal, ni péché ; il ne veut que lui-même ; et la croix, c’est l’amour, la sainteté, la majesté de Dieu, en présence du péché. Si je n’ai pas même le pouvoir de voir la croix, Dieu la voit et, en elle, la perfection de sa nature et de son Être, dans ce qui justifie le pécheur devant Lui.

Nous avons de la peine à nous dégager de nous-mêmes pour ne rien voir que la croix et ce que Dieu en pense. Impossible, quand on est en présence de Dieu, de voir du bien dans l’homme. Ceux qui sont sauvés doivent en venir là et trouver tout en Dieu. La puissance de l’Esprit de Christ le réalise en nous et détruit ce triste moi qui nous empêche de glorifier Dieu sur la terre.


186 - Méditations de J. N. Darby — Luc 4:1-14

n°186 : ME 1912 p. 352

Il était nécessaire que le Seigneur Jésus, le Fils de l’homme, le second Adam, fût tenté comme le premier. Il a dû l’être, afin qu’il fût victorieux comme second Adam, car il n’aurait pu se prévaloir de sa victoire et de sa puissance, s’il n’était entré dans le combat. Notre péché avait donné à Satan le droit de mettre Jésus à l’épreuve ; mais, à part cela, cette épreuve eut lieu, afin qu’il pût sympathiser avec nous. Pour compatir à nos infirmités, il a dû être tenté en toutes choses, comme nous, à part le péché.

Adam innocent fut induit en tentation par sa faiblesse qui le porta à écouter l’Ennemi ; nous avons, de plus que lui, dans notre coeur, les mauvaises convoitises par lesquelles Satan nous amorce. Jésus est venu, par amour et par obéissance, au point où notre désobéissance nous avait placés. Seulement nous sommes tentés par notre propre volonté et par le péché, tandis que Jésus a été conduit par le Saint-Esprit dans le désert pour y être tenté. Il y avait entre ces deux tentations un contraste absolu, car c’était la grâce qui conduisait l’Agneau de Dieu pour le mettre aux prises avec la puissance de Satan.

Moïse a jeûné quarante jours, Élie a fait au désert un repas qui lui a donné de la force pendant quarante jours ; mais si Moïse et Élie ont dû jeûner quarante jours, c’était pour rencontrer Dieu. Ici, nous avons tout autre chose : Jésus jeûne quarante jours pour rencontrer Satan. Moïse jeûnait par l’énergie de Dieu qui le soutenait d’une manière surnaturelle pour le rendre capable de recevoir la loi de la main de l’Éternel. Les circonstances d’Élie étaient différentes ; il atteignait la fin de l’économie commencée par Moïse avec Dieu et qu’Israël avait enfreinte dès le premier moment en faisant le veau d’or. Élie, comme plus tard Jean-Baptiste, prêchait au peuple la repentance et lui rendait témoignage pour le ramener au vrai Dieu ; et, voyant que la repentance ne pouvait pas sauver Israël, il revint, en désespoir de cause, à Horeb, au Sinaï, la montagne de Dieu. Alors Dieu lui révèle qu’il s’était réservé en grâce 7000 hommes. Mais, qu’il s’agît d’entrer en relation avec Dieu sur le pied de la loi, ou sur celui de la repentance, l’homme ne le pouvait que s’il était extraordinairement soutenu de Dieu.

Jésus, au contraire, était habituellement avec Dieu ; la force de Dieu était sa vie, mais il devait être placé dans la plus extrême faiblesse, comme séparé extérieurement de Dieu, afin de rencontrer Satan, et non, comme Moïse ou Élie, séparé de l’homme pour rencontrer Dieu.

Comme second Adam, il vient donc, en grâce, visiter les hommes dans leur état de péché, et quand ils ne sont que pécheurs. Il entre dans les circonstances où l’homme pécheur se trouve, reconnaît sa ruine et son absolue faiblesse, et se place en face de Satan afin de manifester que, pour l’homme, la puissance de Dieu se trouve dans l’obéissance. Il descend ainsi en grâce jusqu’au niveau des circonstances de l’homme pour être tenté, reconnaissant que l’homme est sous la puissance de Satan, mais voulant être tenté et combattre pour lui et vaincre l’Ennemi par l’obéissance.

C’est par l’obéissance d’un homme que Satan est vaincu, et cela nous sert d’exemple. Les réponses que Jésus lui fait sont des réponses d’homme et nous montrent comment nous devons nous y prendre pour remporter la victoire sur l’Ennemi.

L’évangile de Matthieu nous fait ce récit en suivant l’ordre historique (les pains, le temple, la montagne) et termine par les paroles : « Va arrière de moi, Satan ! » Luc omet ces dernières pour présenter les faits dans l’ordre moral, rapportant en dernier lieu la tentation, la plus subtile de toutes (Les pains, la montagne, le temple).

La première tentation invite l’homme à satisfaire à sa manière les besoins de la chair. La seconde est plus subtile. Bien des personnes qui ne voudraient pas de la première, désirent cependant avoir une place convenable dans le monde. Jésus avait le droit de posséder le monde, mais pour cela il lui fallait abandonner Dieu. En dernier lieu, Satan se sert des promesses pour tenter Jésus. Il le traite de Fils de Dieu et le pousse à agir selon sa propre volonté, en se basant sur ces promesses. Cette tentation est la plus subtile de toutes.

Jésus agit dans une parfaite obéissance ; il ne veut pas faire sa volonté, même pour se nourrir. Tout en lui était obéissance ; c’était pour obéir qu’il ne montait pas à Jérusalem (Jean 7:8), puis, pour obéir, qu’il montait y mourir. Quand la volonté de Dieu nous est révélée, nous pouvons aller de l’avant avec une parfaite certitude (Jean 11:6-8). Dieu est là, si seulement nous obéissons.

Quand Satan nous offre le monde, c’est afin que nécessairement l’hommage lui soit rendu. Jésus lui répond par l’obéissance : « Il est écrit ». Il est des tentations très grandes, malgré que leur caractère satanique soit très évident et les fasse aisément reconnaître ; mais l’âme, quand elle se trouve devant elles, sent sa faiblesse et n’a de ressource que dans l’obéissance. Les avantages mondains, l’amitié du monde, nous sont offerts, mais les accepter ne serait pas l’obéissance et je perdrais Dieu.

Dans la dernière tentation, Satan présente la Parole, mais en la tronquant. Vouloir obtenir les promesses de Dieu hors du chemin de l’obéissance, c’est manquer de foi. Jésus répond : « Tu ne tenteras pas le Seigneur, ton Dieu », c’est-à-dire, tu ne douteras pas que Dieu ne soit avec toi. Tenter Dieu, c’est le mettre à l’épreuve, parce qu’on n’est pas sûr qu’il soit avec nous. Les Israélites, après avoir refusé d’entrer en Canaan quand Dieu l’es y invitait, voulurent s’y rendre ensuite quand Dieu le leur défendait, afin d’essayer si Dieu ne serait pas avec eux (Deut. 1:26, 42). C’était tenter Dieu ; mais la hardiesse qui compte sur Dieu dans le chemin de l’obéissance n’a jamais ce caractère.

Christ a passé victorieux par les tentations les plus subtiles. Satan le laisse pour un temps, mais revient à la fin, toujours pour l’empêcher de suivre le chemin de l’obéissance. Dans le premier cas, le Seigneur lie l’homme fort pour piller ses biens ; dans le second, il prend la place de l’homme coupable pour subir la mort et le jugement ; alors Satan revient pour le dissuader, par l’effroi, d’entreprendre cette oeuvre. Venu une première fois lui présenter tous les royaumes de la terre pour le tenter, il revient à la fin avec tous les royaumes de la terre contre Lui, pour l’effrayer, mais il ne l’empêche pas de se charger de la croix. Tout est dans ce moment-là contre Celui qui obéit, mais il n’hésite pas à prendre le chemin des souffrances, parce que l’obéissance l’y conduit. C’est par elle que sa grâce sort triomphante de ces deux tentations.

Nous aussi, nous trouvons, par grâce, dans l’obéissance, la force qui se glorifie dans notre infirmité. Notre Sauveur a entièrement renoncé à sa volonté, et c’est la place à laquelle son exemple nous convie.


187 - Méditations de J. N. Darby — Lévitique 23:1-3

20 juin 1843 — n°187 : ME 1912 p. 376

La grande pensée de toutes les fêtes mentionnées dans ce chapitre est que Dieu veut s’entourer de son peuple, d’êtres heureux qui partagent sa joie, et qu’il leur donne rendez-vous au tabernacle d’assignation. Les fêtes solennelles, ou temps fixés pour s’approcher de Dieu, et l’assignation sont le même mot en hébreu. Dieu donne assignation, ou rendez-vous, à tout le peuple pour lui manifester sa grâce et son amour.

Pour faciliter l’intelligence de ce chapitre, il faut remarquer que la formule : « L’Éternel parla à Moïse, disant », annonce chaque fois un nouveau sujet, comme partout, du reste, dans les quatre derniers livres de Moïse. Nous avons donc ici :

1° Le sabbat, la Pâque et les pains sans levain, le sabbat étant mis à part en quelque mesure, comme nous allons le voir (v. 1-8).

2° La gerbe tournoyée et la Pentecôte (v. 9-12).

3° Le mémorial de jubilation (v. 23-25).

4° Le grand jour des expiations (v. 26-32).

5° La fête des tabernacles (v. 33-44).

Il s’agit naturellement des choses que Dieu fait pour rassembler son peuple sur la terre ; ce qu’il fait dans le ciel pour son peuple n’étant pas le sujet de l’Ancien Testament. Il y a, en effet, un repos de l’Église dans le ciel, un repos d’Israël sur la terre, et enfin, un repos de la création dans la bénédiction générale.

Comme nous l’avons dit, le sabbat est en quelque sorte mis à part ici (v. 3). Il est le grand résultat auquel aboutissent toutes les autres fêtes. Il y a sept fêtes, représentant la perfection des voies de Dieu pour amener son peuple dans son propre repos, représenté par le sabbat. La première chose dans la pensée de Dieu, son repos avec son peuple, est la dernière qu’il accomplira.

Le sabbat était le repos de Dieu lui-même. Dieu s’était reposé de toutes ses oeuvres à la création. L’homme n’avait aucune part à ce repos. Il était déjà tombé dans le péché quand Dieu descendit en Eden pour le visiter la première fois. Mais Dieu n’était pas satisfait de se reposer seulement en lui-même ; il voulait introduire un peuple dans son repos ; et comment cela pouvait-il avoir lieu quand le péché était là ? Pour avoir un repos en commun, il ne faut pas qu’une seule chose reste incertaine ; il ne faut pas une seule pensée qu’on ne puisse avoir ensemble. Il faut que le coeur de l’homme et le coeur de Dieu soient complètement d’accord. L’homme régénéré peut sans doute jouir de ce repos avant qu’il soit pleinement réalisé ; il n’en jouira en perfection que dans la résurrection, mais y entre déjà par la foi.

La Bible nous présente le coeur de l’homme complètement vidé et mis à nu ; le résultat est bien triste. Vous voyez, en Matth. 15, ce qui sort du coeur de l’homme. La Parole apprend ainsi à l’homme à se juger, mais la mort de Christ intervenant, la vie nouvelle que nous avons en Lui nous rend capables de jouir de la révélation que Dieu fait de lui-même. L’apôtre ne craint pas de dire : « Que Christ habite dans vos coeurs par la foi… afin que vous soyez capables de comprendre… et de connaître l’amour du Christ… afin que vous soyez remplis jusqu’à toute la plénitude de Dieu » (Éph. 3). « L’amour de Dieu est versé dans nos coeurs par le Saint-Esprit qui nous a été donné ».

Ce sera, en réalité, le repos parfait, lorsque dans la présence du Père, semblables au Fils, nous jouirons des rapports entre le Père et le Fils.

Mais le repos comprend en outre la bénédiction de la création. Pour que nous jouissions de la plénitude de la bénédiction, il faut aussi que la création soit bénie. Les créatures soupirent après le moment où toutes choses seront réunies en un dans le Christ. Osée 2:21-22, nous montre clairement la bénédiction de la partie inférieure de la création. Aucun chaînon ne doit manquer à ce repos universel. Rien n’empêchera la pleine manifestation de la bénédiction jusque dans les parties inférieures de la création, rachetée de la puissance de Satan ; car tout était tombé dans les cieux et ici-bas, et, par Satan, les cieux avaient agi en mal sur la terre.

La première idée du sabbat suppose une alliance entre Dieu et le peuple, et par conséquent l’appel d’un peuple. La loi ne peut pas être la première pensée des relations de Dieu avec des pécheurs ; cette première pensée est la promesse. Dieu a donné à Israël le sabbat avant la loi (Ex. 16) ; mais seulement après avoir appelé et racheté d’Égypte un peuple dont il veut s’entourer. Depuis le sang de l’agneau pascal placé sur les portes, jusqu’au Sinaï, tout a été pure grâce de Dieu envers Israël, et l’on trouve, dans l’Exode, avant la promulgation de la loi, toute l’histoire des voies de la grâce de Dieu jusqu’au millénium.

Dans ce court tableau des voies de la grâce qui va du 12° au 18° chap. de l’Exode, le sabbat est donné pour la première fois. Il est donné comme le repos attaché à Christ, qui est la manne, le pain descendu du ciel ; de même que l’activité est attachée à la présence du Saint-Esprit, eau du rocher, et le combat, à Josué, conducteur du peuple.

Il est évident que, lorsqu’en Sinaï les relations de Dieu avec Israël deviennent une loi, le sabbat prend aussi ce caractère : on lapide celui qui le viole. La loi conclut toujours à la malédiction de celui qui ne fait pas les choses qui y sont contenues.

Quand les prophètes entrent sur la scène, la grâce commence à reluire de nouveau. Le seul fait de leur témoignage était déjà une grâce envers un peuple qui avait violé la loi. S’ils venaient chercher du fruit et ne trouvaient que du verjus, ils annonçaient néanmoins aux élus les promesses de Dieu en grâce, la grâce comme réparation des choses que le peuple avait gâtées. L’Évangile, survenu après cela, parle d’une nouvelle création, d’une vie nouvelle, et non d’une réparation.

En És. 58, on voit le caractère différent du sabbat de la loi et du sabbat annoncé par les prophètes : « Si tu appelles le sabbat tes délices… alors tu trouveras tes délices en l’Éternel ». Comme cela diffère des malédictions de la loi ! En Ézéch. 20:12, 20, le sabbat est donné comme signe de l’alliance. Dieu prend tous les soins possibles pour mettre en relief qu’il ne peut trouver son repos dans un peuple infidèle et désobéissant.

Quand le Seigneur vint comme Messie au milieu de son peuple, sa présence était déjà la preuve que, sous le rapport du sabbat, du repos de Dieu, tout était dans un complet désordre. David rejeté mange, le jour du sabbat, les pains de proposition. Tout était profané, violé, rompu, impossible, dans les relations entre l’Éternel et son peuple, du moment que le Messie, le vrai David, était rejeté (Matth. 12). Le sabbat et le Messie tombaient ensemble.

De leur côté, les gentils avaient abandonné Dieu et avaient été livrés à un esprit dépourvu d’intelligence. Dieu ne pouvait donc avoir aucune relation avec l’homme, Juif ou gentil. Il fallait quelque chose de nouveau. Désormais, Dieu base le repos du ciel et de la terre sur la résurrection de Christ. Il faut que Jésus monte en haut pour que la bénédiction en descende ; il ne peut avoir de repos avec les hommes avant cela. Dieu ne peut goûter le repos et y introduire les hommes que par ce moyen. La résurrection de Christ place l’homme nouveau devant Dieu, selon la puissance de Dieu, et de là découle toute bénédiction. Le premier chaînon, Christ glorifié, est déjà monté au-dessus de toute puissance, tandis que l’homme sur la terre, est privé de toute puissance ; il a suffi d’une simple servante pour lui faire renier le Sauveur qu’il connaît. Pour nous, il faut que, saisissant par la foi la puissance de Celui qui est en haut, nous remportions la victoire sur Satan et que nous le serrions, pour ainsi dire, entre la puissance de la foi dans le coeur et la puissance de Christ dans le ciel.

Que Dieu, par sa grâce, nous fasse saisir la joie de ce repos. Celui qui en est le centre et en sera la gloire est déjà dans le repos près de Dieu !


188 - Méditations de J. N. Darby — Lévitique 23:4-14

n°188 : ME 1912 p. 390

Nous avons vu la force de l’expression des fêtes solennelles, fêtes dont le nom est celui d’assignation, et dans lesquelles Dieu veut s’entourer de son peuple ; nous avons vu que le sabbat, la première pensée qui nous est présentée, mais la dernière en résultat, est le repos de Dieu et de la création. Le repos de la création ayant manqué le premier, Dieu veut arriver à un repos de rédemption. Il éprouve, jusqu’à Christ, l’homme de toutes manières. Jésus étant rejeté, le sabbat, signe de l’alliance, tombe avec Lui, et Dieu recommence, en résurrection, les gratuités assurées à David. Ce repos-là est le repos de Dieu dans le second Adam, et enfin dans la création. Dieu trouve son repos en Jésus et en nous, car nous sommes en Lui, et avec Lui en Dieu.

Le Saint-Esprit présente, dans les fêtes qui suivent, tout ce que Dieu a fait pour s’entourer de son peuple dans la bénédiction du repos. Ayant parlé du sabbat, il recommence, au v. 4, à parler des fêtes, comme si le sabbat n’y entrait pas. Elles finissent, par la fête des tabernacles, dans la bénédiction du repos de son peuple sur la terre.

Il n’y a point de division depuis le v. 4 jusqu’à la fin du v. 8, parce que la Pâque et les pains sans levain sont la grande base du repos. Dans les deux fêtes qui suivent, la gerbe tournoyée et les premiers fruits, nous trouvons la puissance de la résurrection et la puissance du Saint-Esprit ; la résurrection de Christ et la vie de résurrection de l’Église. Elles préfigurent l’économie actuelle.

La Pâque et les pains sans levain figurent la mort qui est la base de tout.

Ces fêtes sont les fêtes de l’Éternel ; elles mettent les âmes en rapport immédiat avec Lui. C’est Lui qui se met en avant, rassemble le peuple, et l’oblige de penser à Lui. La tendance de l’homme est de s’éloigner constamment de Dieu, et il faut que Dieu agisse pour le ramener vers Lui. C’était cette assignation qu’il donnait au peuple.

La Pâque est la base inébranlable du repos, parce que Dieu a trouvé son repos absolu dans l’oeuvre de Christ. Tout le travail qui se poursuit est basé sur cette oeuvre accomplie. Dieu travaille en vertu d’elle et cherche des âmes, mais il ne fait rien pour lui-même. Le repos dans le désert se rattache à la manne ; le repos de Dieu se rattache à la mort de Christ et à son oeuvre.

Le grand principe de la Pâque est le sang de Christ, présenté à Dieu. Le sang placé sur la porte était vu de Dieu, non d’Israël. Dieu, au moment de juger, aurait frappé le peuple, aussi bien que les Égyptiens, parce que sa justice ne connaît point de restrictions, mais la justice demandait que l’Ange exterminateur n’entrât pas là où le sang se trouvait ; cela aurait été une injustice. Dieu voit le sang ; voilà ce qui donne le repos. Il veut rencontrer le sang, comme réponse à sa justice, et cette dernière y trouve tout ce qui la satisfait. C’est une question entre Dieu et Christ, de savoir si le sang du Sauveur satisfait à tout ce que Dieu peut exiger. La preuve que le sang y a satisfait, c’est que Christ est à la droite de Dieu. Dès ce moment-là, Dieu est entièrement pour le peuple. Trouvant le sang, tout compte avec la justice est réglé. Dieu peut encore avoir à reprendre, à châtier, mais il est pour le peuple.

La pensée dominante ici, c’est le repos ; mais il faut que le peuple sorte d’Égypte et qu’il mange l’agneau, afin de trouver des forces pour le chemin.

Les pains sans levain figurent Christ, en qui il n’y a pas de péché. Il faut bannir tout levain des maisons, car le peuple est censé être en rapport avec Dieu, sans péché. C’est la position de l’Église en 1 Cor. 5 : « Vous êtes une pâte sans levain » ; « ôtez le vieux levain » ; « celui qui est mort est quitte du péché ». La mort de Christ en est la démonstration. Christ a été mis à l’épreuve par Satan jusqu’à la mort, mais il aimait mieux tout souffrir, quelque amère que fût la coupe, plutôt que de ne pas obéir à Dieu, ne fût-ce qu’un seul instant, et ainsi il peut remettre à son Père son esprit, absolument sans levain. Sur ce pied-là, l’Église, les pains sans levain, est devant Dieu sans qu’il soit plus question de sacrifice pour le péché. Les offrandes faites par feu correspondent à un culte sans conscience de péché.

Il faut comprendre cela en toute simplicité ; c’est ce qui donne le repos. Christ, mort pour le péché, place l’Église dans la position de pouvoir offrir à Dieu ses louanges et ses adorations sans conscience de péché. Tout cela est l’oeuvre de Dieu, basée sur ce que Christ a tout accompli et est entré dans le repos comme parfaitement agréable à Dieu.

Si nous n’avons pas ce repos devant Dieu, nous ne pouvons avoir l’idée de ce que c’est que d’être sans levain, ni de ce qu’est le levain. On n’aurait jamais l’idée de l’absence de péché en regardant à soi. C’est un repos pour le coeur qui aime la sainteté, de savoir qu’en Christ nous sommes sans levain. S’il n’en est pas ainsi, la sainteté devient une loi pour l’âme et l’on se décourage, à moins qu’on ne rabaisse la notion de la sainteté.

C’est une grande joie pour le coeur qui est en combat avec le mal, de sortir de ses combats, et de dire : Voilà ce qui m’appartient. L’oeuvre est parfaite et Christ est là ; le peuple le mangeait, se nourrissait de Lui, et c’est la Pâque. Mais Lui, au lieu d’avoir une volonté, a souffert jusqu’à la mort, pur de tout péché ; nous avons donc à nous armer de ce même sentiment.

C’est là que la vie commence ; les pains sans levain ont lieu le lendemain du sabbat. Tout ce qui s’attachait à Christ est resté dans le tombeau. Christ dans la chair a été mis à l’épreuve jusqu’à la mort, et si nous l’avions connu selon la chair, toutefois nous ne le connaissons plus ainsi. Le chef de la bénédiction a été fait péché, a dû être traité comme tel, pour être consommé par les souffrances.

Le lendemain du sabbat, une chose nouvelle a lieu, la résurrection. C’est ce qui suit dans les versets 9 à 14. Le lendemain du sabbat de la Pâque, Christ est ressuscité. C’est une nouvelle création. « Si quelqu’un est en Christ, il y a une nouvelle création ». La mort est intervenue, et Christ est le chef d’un tout nouvel ordre de choses, sans liaison avec l’ancien. Lorsqu’Israël en jouira, il faudra qu’il y entre sur le pied de la grâce.

La poignée d’épis non broyés, c’est Christ qui n’a pas senti la corruption. Nous ne pouvons être agréables à Dieu, avant que Christ lui soit présenté comme homme ressuscité. Il est les prémices ; jusqu’à ce moment-là, rien ne pouvait être présenté à Dieu.

Dans cette fête des prémices, on voit aussitôt le développement du culte et des relations avec Dieu. On n’y trouve point de sacrifice pour le péché ; la chose étant faite, tout est sacrifice par feu, de bonne odeur et de joie. Christ lui-même est l’holocauste à l’Éternel ; le gâteau est Christ ; la libation est la joie des relations avec Dieu. Christ, le nouvel homme, est présenté à Dieu ; il n’y a plus pour nous que joie, sans question de mort, ni de péché.

Aux v. 15 à 22, l’offrande de gâteau nouvelle est l’Église. Ce ne sont pas des épis non broyés. On pétrit le gâteau avec du levain, et il ne peut être offert en bonne odeur. Ce n’est plus Christ. Dans l’Église, on trouve toujours le principe du péché, quelle que soit la puissance du Saint-Esprit au milieu d’elle. Toutes les choses figurées ici ont lieu sur la terre.

Il y a, avec l’offrande du gâteau et les holocaustes, un sacrifice pour le péché. Il n’y en avait point dans la gerbe tournoyée, figure d’un Christ ressuscité. Le gâteau ayant du levain, il fallait une offrande pour le péché ; il n’aurait pu, sans cela, être présenté à Dieu.

L’offrande du gâteau représente cette économie où Dieu a déployé l’excellente grandeur de sa puissance dans la résurrection de Christ, au milieu des ruines de la première création. Christ devient source de vie pour une nouvelle race, fruit de la puissance de Dieu, développée au milieu de la mort — non de la faiblesse de l’homme — et ainsi toute la position de l’homme est basée sur la puissance de Dieu lui-même. Pour faire valoir cela dans les hommes sur la terre, il faut la puissance du Saint-Esprit qui les identifie avec Christ ressuscité, du Saint-Esprit ici-bas qui exerce sa puissance dans le coeur et dans l’Église, pour faire face au mal au dehors, et au levain dans nos coeurs. Nous avons besoin de la Pentecôte, aussi bien que de la gerbe des prémices.

Les jours qui suivent sont ceux de la moisson, mais tous les élus ne sont pas rassemblés pour cette économie ; il y a un résidu pour l’économie à venir ; il reste quelques épis aux coins des champs (v. 22).

L’Église est fondée sur la présence et la puissance du Saint-Esprit. Otez cela, vous ôtez la puissance qui édifie, quand même la base sur laquelle on édifie, la résurrection de Christ, demeure.

Que Dieu, par son Esprit, nous fasse entrer dans la jouissance de ces choses !


189 - Méditations de J. N. Darby — Lévitique 23:15-22

n°189 : ME 1912 p. 415

Après la pensée générale du sabbat et de la Pâque, nous avons trouvé, aux v. 9 à 14 de ce chapitre, une figure de la résurrection de Christ dans la gerbe tournoyée au « lendemain du sabbat ».

L’économie du christianisme est basée sur deux grands faits : la résurrection de Christ, et la présence du Saint-Esprit dont nous entretiennent les v. 15 à 22, que nous venons de lire.

Lors de la gerbe tournoyée, il y a l’holocauste, mais point de sacrifice pour le péché. Sept semaines après, à la Pentecôte (v. 15), les deux pains offerts sont cuits avec du levain. La résurrection ôte le péché, mais le don du Saint-Esprit ne l’ôte pas. De là vient aussi qu’à la Pentecôte, un bouc est offert en sacrifice pour le péché. La vie que nous avons reçue de Jésus ressuscité est essentiellement sans péché ; le péché ne peut y entrer, pas plus qu’il n’est jamais entré en Christ. Il touchait le péché à chaque instant sans jamais en être touché ni souillé. L’Esprit de sainteté qui était en lui pendant sa vie, était le même Esprit selon lequel il a été déclaré Fils de Dieu en puissance, par la résurrection des morts (Rom. 1:4). La résurrection laisse entièrement de côté la nature humaine déchue. Celle de Christ forme la base de la présentation de l’Église devant Dieu, en lui communiquant une nouvelle vie. Cette vie de résurrection est cachée avec Christ en Dieu ; mais la présence du Saint-Esprit manifeste tout particulièrement le caractère du chrétien ici-bas.

Christ glorifié, qui nous représente devant Dieu, envoie le Saint-Esprit ici-bas et manifeste sa présence par certains résultats. Si le Saint-Esprit est contristé, le témoignage est proportionnellement perdu ; s’il agit avec puissance, le témoignage est éclatant. Ce « Consolateur » nous a été donné pour demeurer avec nous éternellement, et le jugement de Dieu sur son Église consiste simplement à prononcer jusqu’à quel point elle a répondu à la présence du Saint-Esprit au milieu d’elle. Cette puissance du Saint-Esprit se manifeste dans les croyants au milieu du mal qui les entoure, sans que, pour cela, le monde soit changé en aucune manière.

On ne peut pas séparer l’Esprit agissant en grâce, de l’Esprit agissant en puissance, car il n’y a qu’un seul Esprit. Il y avait à Corinthe plus de puissance que de grâce, et le Saint-Esprit reprend les Corinthiens à ce propos ; mais l’une et l’autre manifestent la présence du Saint-Esprit. Les miracles sont appelés « miracles du siècle à venir » ; ils étaient des échantillons de la puissance de Christ qui chassera le mal du monde. Par l’Esprit, Christ est venu en puissance et en grâce au milieu du mal. La grâce est éternelle, mais la puissance qui chasse le mal n’aura plus besoin de se manifester, quand elle aura fini son oeuvre.

Si l’Église n’agit pas, dans la puissance de l’Esprit, vis-à-vis du monde, ce dernier agira, contre l’Église, avec la puissance de Satan, son prince, qui est toujours prêt à le conduire. Christ nous rassure en nous montrant que l’Esprit qui est en nous est plus puissant que celui qui est dans le monde ; mais si l’Église ne se manifeste pas en puissance, elle est envahie par l’erreur et conquise par le monde. C’est aussi ce qui lui est arrivé.

Le don des langues, tel qu’il fut manifesté d’abord à la Pentecôte, était le plus petit des dons, mais il était une grande manifestation de grâce envers les gentils. À Babel, Dieu avait frappé l’orgueil de l’homme et séparé les peuples par la confusion des langues. Du moment que le Saint Esprit est donné, il franchit la barrière juive et parle des merveilles de Dieu à toute nation, dans sa propre langue. Ce fait signalait la puissance du christianisme, il était le signe que l’Évangile s’adresse à tous ceux qui en ont besoin.

La Pentecôte était donc la manifestation bénie que Dieu était dans ce monde et y déployait en grâce une puissance plus grande que celle de Satan.

Cela me conduit à une autre remarque. Ces choses ont lieu sur la terre ; le Saint-Esprit est envoyé d’en haut ici-bas, et y demeure comme Consolateur. Il manifeste le nom du Père et du Fils. Il est Dieu de toute éternité, un avec le Père et le Fils ; il n’est pas une incarnation, mais il est une puissance dans l’homme ici-bas, sur la terre.

Plus je lis le Nouveau Testament, plus je suis frappé de voir combien la présence du Saint Esprit y est mise en lumière. En Rom. 7, où il s’agit de l’état d’une âme réveillée sous la loi, il n’est fait mention ni de Christ, ni du Saint-Esprit ; mais, au chap. 8, c’est la présence du Saint Esprit qui signale l’état de l’âme affranchie, jusqu’à la résurrection du corps. L’amour de Dieu est répandu dans nos coeurs par le Saint-Esprit qui nous a été donné. Dieu lui-même est là par son Esprit. Le salut dépend entièrement de Son amour pour nous, et le coeur réalise pratiquement cela en répondant par l’amour à la nature de Celui qui est amour, et qui est en nous. Les affections ne peuvent se manifester sans que le coeur ait un objet, et il nous faut pour cela, outre la vie de résurrection, la puissance du Saint-Esprit qui prend les choses de Christ et nous les apporte, mettant en jeu à leur égard les facultés du nouvel homme.

Par sa présence, le Saint-Esprit rend témoignage que nous sommes enfants de Dieu. En Lui, nous possédons quelqu’un qui nous donne plus qu’une règle de vie, qui nous conduit dans la sainteté. Il nous donne l’intelligence de la volonté et de la pensée de Dieu, car nous avons une onction de la part du Saint, et nous connaissons toutes choses. Le Saint-Esprit nous attache au ciel par des besoins et intercède par des soupirs inexprimables. Il glorifie Christ en nous communiquant les choses qui sont de Lui ; il entretient l’Église de ses relations avec l’Homme glorifié. Il ne témoigne pas seulement de l’amour de Dieu, il manifeste la gloire donnée au Fils de l’homme. Il agit selon cette gloire, et l’Église est le vase appelé à la contenir au milieu de ce monde ; car l’Église est le tabernacle de Dieu en Esprit.

De fait, extérieurement, une telle chose n’existe presque plus, et il est impossible que l’Église puisse être satisfaite de la manière dont elle manifeste cette gloire avant de la posséder en réalité. En tant qu’il est amour, le Saint-Esprit soupire après le temps où toute corruption ayant pris fin, la gloire sera pleinement manifestée. Plus l’Église la comprend, plus elle soupire, même pour le monde, après le moment où elle sera manifestée. C’est ce qui lui fait dire : « Viens ! » Elle désire voir le jour du Fils de l’homme briller partout, et en attendant elle dit, par l’Esprit : « J’ai déjà le fleuve d’eau vive », et s’adressant au monde, elle lui offre le salut : « Que celui qui a soif vienne ; que celui qui veut prenne gratuitement de l’eau de la vie ».

Quand nous avons vraiment saisi la vérité de la présence du Saint-Esprit ici-bas, nous avons un sentiment profond de notre propre misère, et nous sommes confondus en voyant dans quel état l’Église est tombée, en regard de la manière dont l’Esprit se manifestait en elle au commencement.

Le Saint-Esprit est venu manifester ici-bas la gloire de Christ, avant de la manifester en haut.

Outre le sacrifice du gâteau, il y avait à la Pentecôte un sacrifice pour le péché. Nous en avons besoin, tant qu’il y a du levain dans l’offrande.

Avec la Pentecôte, la moisson n’est pas encore complète (v. 22). Cette économie ne sera pas le moyen de rassembler tout ce qu’il y aura d’âmes sauvées. Il y aura du bon grain laissé dans le champ de ce monde pour le pauvre (le Juif) et l’étranger (le gentil), outre la grande moisson de l’Église. Les « coins du champ » ne seront pas moissonnés ; il y aura encore des épis à glaner.

Au septième mois, c’est le mémorial de jubilation : le rappel d’Israël (v. 23-25) ; puis aura lieu le jour des expiations : l’affliction et la repentance du peuple (v. 26-32) ; enfin la fête des tabernacles : la joie avec la présence de Christ au milieu d’Israël.


190 - Méditations de J. N. Darby — Lévitique 23:23-36

n°190 : ME 1912 p. 434

Nous avons considéré les deux premières sections de ces fêtes : 1° Le sabbat, la Pâque et les pains sans levain. 2° La gerbe tournoyée et les premiers fruits.

Dans les versets que nous venons de lire, quand la moisson était terminée, au septième mois, figure d’un temps parfait écoulé, il y avait la « Jubilation », le rassemblement d’Israël, et sa joie d’être l’objet de la faveur de l’Éternel. Quoique rejeté, ce peuple est encore aujourd’hui l’objet de l’intérêt de Dieu. S’il avait reçu le Messie, il n’aurait pas été proprement question d’une pure grâce envers lui, car, en recevant Christ, il aurait démontré que l’homme pouvait être béni sans expiation et sans Sauveur. Ayant rejeté Jésus, Israël devient l’objet de la pure grâce de Dieu et se trouve sur le même pied que les gentils. Il a perdu tout droit aux promesses. « Jésus-Christ était serviteur de la circoncision pour la vérité de Dieu, pour la confirmation des promesses faites aux pères et pour que les nations glorifiassent Dieu pour la miséricorde » ; or, pour qu’Israël devînt objet de miséricorde, il fallait qu’il entrât par grâce, comme les nations.

Une fois le temps des gentils terminé, Dieu reprend ses voies avec son ancien peuple sur la terre, et la pensée de célébrer un sabbat sur la terre, se présente de nouveau. Il y a un repos, un mémorial de jubilation.

C’est à la nouvelle lune : la lumière d’Israël recommence à se manifester. Toute nouvelle lune était une fête, mais celle du septième mois typifiait particulièrement le rassemblement d’Israël.

Au v. 27, on voit dans le grand jour des propitiations, l’application à Israël du sacrifice de Christ. Ce n’est que par une expiation qu’on peut s’approcher de Dieu. On trouve les détails de la fête des propitiations, dans ce même livre du Lévitique, au chap. 16. C’est là qu’on voit le sacrifice pour le péché. Ici, il n’en est rien dit, parce que, en tant qu’application à l’histoire future d’Israël il n’y a pas de sacrifice pour le péché ; mais, dans ce jour, ils affligeront leurs âmes, en regardant à Celui qu’ils ont percé, et alors ils saisiront l’efficace du sang de Christ, déjà versé pour eux, et sans lequel il n’y a point d’expiation. Pour jouir du sacrifice de Christ, il faut que l’âme soit devant Dieu, dans la position à laquelle ce sacrifice s’applique, et qu’elle réalise que Dieu a vu, mis et visité notre péché sur Lui.

Pour que Dieu soit en relation avec nos âmes, il faut que nous soyons en relation avec Lui, selon ses pensées et que nous voyons, tel qu’il est, le péché dont il a pris connaissance en Christ. Nous jugeons ainsi le péché dans son horreur, mais cependant dans le calme d’une âme, attendrie à la pensée de ce qu’il a souffert pour nous. En présence du fait que Dieu a pris connaissance de nos péchés en Christ, nous en prenons aussi connaissance, mais en paix, parce que dans le sang de Jésus tout est grâce, et que Dieu ne peut nous imputer le péché, puisqu’il a condamné « le péché dans la chair » sur Celui qui a été fait péché pour nous.

En ce temps futur, Israël « affligera son âme ». Zach. 12:10-14, nous montre que, dans ce temps-là, les liens de famille ne sont plus rien, quand le coeur est convaincu de péché. Chacun est absorbé par son deuil, sachant qu’il a rejeté son Messie. La grâce qui les ramène leur fait voir leur péché, et ils en gémissent, mais ils sont, en même temps, ramenés aux pensées de Dieu, en voyant que Sa fidélité merveilleuse les a gardés, malgré leurs iniquités, pour les faire enfin jouir des promesses. Ils comprennent que Jésus est non seulement un Messie, mais un Sauveur, et, appelés à jouir de la faveur de Dieu, ils jugent le péché comme Dieu le juge.

C’est devant l’expiation que nous comprenons combien le péché est horrible aux yeux de Dieu, et combien parfait est l’amour de Christ, qui, au lieu de couvrir notre haine de son mépris, se voue à la mort, sans aucune pensée de lui-même. Toujours l’homme se recherche lui-même ; le chrétien hait cet égoïsme et néanmoins y retombe continuellement ; mais, s’il a par le Saint-Esprit la conviction du dévouement de Christ, il est absolument dégoûté de tout ce qu’il trouve dans son propre coeur.

Devant ces choses, l’âme s’afflige ; elle est dans l’amertume. Tout est remué dans le coeur ; il faut qu’il soit vidé. Il renonce même au jugement de lui-même, parce qu’il a perdu toute espérance d’une amélioration quelconque. Il laisse le jugement au Seigneur, mais voici que ce jugement révèle l’amour. Le péché est condamné en Christ ; l’âme s’en rapporte au jugement de Dieu et entre en plein dans la paix. Elle ne se juge plus ; elle s’en remet à Dieu, et Dieu est tout grâce ; il ne lui reste plus qu’à se juger continuellement dans sa marche.

Il est question dans cette fête, telle que notre chapitre la présente, de l’application à l’âme d’un sacrifice fait depuis longtemps ; il n’est donc pas question d’imputation. D’abord, tout est jubilation ; puis Dieu révèle à l’âme du peuple son état, comme ayant rejeté le Messie. « Toute âme qui ne s’affligera pas en ce même jour, sera retranchée de ses peuples ». L’expiation est faite et, en ce jour, c’est la seule chose qui soit placée devant Dieu. Malheur à qui la repousse !

Du v. 33 à 36, nous trouvons tout autre chose. C’est la seule fête qui soit appelée une assemblée solennelle : la grande congrégation. Elle n’a eu lieu que deux fois en Israël, à la dédicace du temple par Salomon, et quand Néhémie rétablit le culte. Sauf ces deux cas, Israël n’a jamais célébré proprement la fête des tabernacles, non plus que le repos de la terre.

Le peuple, épargné alors, sera un peuple juste, parce que les méchants auront été retranchés ; il entrera dans le repos de la terre. Il lui faudra une nouvelle naissance pour jouir des bénédictions terrestres (Voyez Ézéch. 37 ; Jean 3). Impossible, à plus forte raison, que nous jouissions sans cela des choses célestes. Le Seigneur présente ce contraste à Nicodème. La chair ne comprend pas le principe sur lequel on peut entrer dans le royaume de Dieu ici-bas. Seuls, ceux d’Israël qui auront reçu l’efficace de la croix de Christ, jouiront des « grâces assurées de David ». Ils auront communion avec Dieu au sujet de ces bénédictions ; de plus, la malédiction sera ôtée, et la liberté de la gloire des enfants de Dieu introduite.

La fête des tabernacles avait un huitième jour ; les autres grandes fêtes n’en avaient que sept. Ce jour se rattache à la résurrection. Il fallait se réjouir ce jour-là, en se rappelant la condition d’Israël dans le désert, et la bonté et la fidélité de Dieu qui les y avait conduits et gardés.

Nous aussi, quand nous serons entrés dans le repos, nous saurons que la grâce nous a conduits tout le long de notre vie ici-bas. Notre condition extérieure est actuellement l’affliction, mais en même temps nous pouvons entrer, par la croix, dans la jouissance de la gloire céleste où tout est joie, pure joie pour nous.

Cette fête des tabernacles n’a point encore eu d’accomplissement ; elle est entièrement à venir. Elle est le repos d’Israël dans le pays, quand il sera revenu à Christ et l’aura reconnu.


191 - Méditations de J. N. Darby — Lévitique 23:33-44

n°191 : ME 1912 p. 451

Il y a une chose spéciale à la fête des tabernacles, c’est qu’elle n’a pas d’antitype.

Il y avait trois grandes fêtes, la Pâque, la Pentecôte et les Tabernacles, où tout Israélite devait se présenter devant Dieu à Jérusalem. Christ est notre Pâque, le Saint-Esprit notre Pentecôte ; la fête des tabernacles n’est pas encore venue, et rien, dans l’histoire du peuple de Dieu, n’y répond encore. Cette fête avait lieu après la moisson et après la vendange. La moisson est « la consommation de ce siècle-ci » ; la récolte, le jugement où Dieu distingue le bon grain de l’ivraie et les sépare. La vendange est la vengeance pure et l’indignation de Dieu contre la vigne de la terre, dont les grappes sont mûres, pour être foulées dans la cuve de la colère de Dieu.

La fête des tabernacles ne peut être célébrée que quand Israël est dans sa terre, après le temps du désert. C’est en mémoire de ce temps, que le peuple passait sept jours sous des tentes.

Nous trouvons ici la « joie » du peuple de Dieu, quand tout est terminé, quand il jouit du plein accomplissement des promesses. Ce n’est pas seulement la jouissance du salut dans le coeur. Dieu qui veut avoir son peuple autour de Lui, l’attire par la grâce, présentée dans le sacrifice de Christ (la Pâque), le rassemble par le Saint-Esprit (la Pentecôte) et, après avoir jugé le mal et délivré le peuple, le met en possession de la joie goûtée dans l’accomplissement des promesses (fête des tabernacles).

Le chapitre 16 du Deutéronome (v. 1-17) nous présente aussi ces trois grandes fêtes, mais le centre moral y est différent (v. 5 et 7). Il y a dans la Pâque, en un sens, la joie de ne plus être esclave en Égypte, mais il y a en même temps des pains d’affliction (v. 3). Les moyens par lesquels Dieu nous délivre sont une chose infiniment précieuse, mais à cela s’attache l’idée que nous avons été esclaves en Égypte. Le pain levé qu’il faut ôter de ses maisons, rappelle l’interdit ; il faut se hâter de l’enlever. Il y a délivrance, mais après en avoir joui comme d’une délivrance extraordinaire, Israël se hâte de retourner dans ses tentes (v. 7).

La Pentecôte (v. 9-12) allait un peu plus loin. La pensée dominante est ici la joie, non la repentance ; la présence du Saint-Esprit apportant la communion, la joie et la grâce qui s’étend même à l’étranger, l’orphelin et la veuve (v. 11). Le nom de l’Éternel devient le centre de la joie du peuple qui l’entoure. Tout en se réjouissant, le peuple se souvient qu’il n’est plus esclave ; cela répond, pour nous, à ce qui nous est dit : « Marchez par l’Esprit ».

Aux v. 13-15 — la fête des tabernacles — il n’est plus même recommandé de garder ces statuts. C’est joie pure ; c’est même un commandement de se réjouir. Quand Dieu aura terminé toute son oeuvre pour rassembler son peuple, que ce dernier jouira de tout, que Satan lié ne pourra plus entraver la joie, elle sera sans mélange, sans crainte et sans fin. À la Pâque, il y avait les « pains d’affliction » ; à la Pentecôte, il fallait encore prendre garde, dans un monde de péché, de « pratiquer les statuts » ; mais, quand tous sont rassemblés auprès de Dieu, en possession définitive des promesses, le seul commandement est : « Tu ne seras que joyeux » (v. 15).

Il en est de même pour l’enfant de Dieu aujourd’hui : il est encore dans le cas de se souvenir de son esclavage en Égypte ; il lui faut encore veiller, afin de marcher par l’Esprit ; il soupire après le temps de la pleine bénédiction, et d’autant plus, qu’il comprend mieux les choses que Dieu a préparées à ceux qu’il aime. En résurrection, plus nous laisserons aller notre coeur, plus nous glorifierons le Seigneur. Maintenant, la joie laisse toujours une porte ouverte à quelque chute, dès que nous ne nous souvenons pas de la délivrance d’Égypte, ou que nous ne veillons pas à marcher par l’Esprit pendant que nous sommes encore dans ce monde.

Apoc. 14:15-20, parle de la moisson et de la vendange sur la terre. En Matth. 13:39, la moisson est la consommation du siècle ; ce n’est pas un simple jugement, car il y a récolte de bon grain et séparation de l’ivraie. La vendange a lieu, quand tout ce qui restait est mauvais et sans mélange. Dieu le foule alors dans la cuve de son indignation et de sa colère.

Après l’exécution de ce jugement, nous trouvons la pleine joie du peuple de Dieu, le mal qui nous empêchait de jouir de Sa bonté étant détruit.

La fête des tabernacles se divise en deux parties : la gloire terrestre et la gloire céleste. Il conviendra alors à Israël de se souvenir qu’il a été dans le désert, où son péché l’a retenu pendant quarante ans, loin de la bénédiction. Quand même, il jouira pleinement de cette dernière ; il gardera le mémorial d’avoir été dans le désert.

Quant à nous, ce n’est pas à la suite de notre péché que nous avons été retenus dans le désert, car ce dernier est notre part, comme étant conformes aux souffrances et à la mort de Christ. Quand la gloire arrivera pour nous, il n’y aura que de la joie. Ayant trouvé, en tant que fidèles, que le monde est un désert et l’ayant traversé fidèlement, nous n’aurons que de la joie au bout de notre course. Telle est notre position à nous, chrétiens ; c’est pourquoi un huitième jour est ajouté à la fête des tabernacles, le commencement d’une nouvelle semaine, dans laquelle on ne peut entrer que par la résurrection. C’est le grand jour de la fête : tous s’y trouvent. Ce jour dépassait les sept jours ; tout ce que Dieu donnait à son peuple sur la terre appartenait à un état de choses dans lequel la résurrection seule introduit. Jean 7 en donne le commentaire. Au v. 8, il n’était pas encore temps pour Christ de se montrer au monde. Cela aura lieu lorsqu’il paraîtra dans la vraie fête des tabernacles. Les frères du Seigneur représentent ici les Juifs incrédules. Plus tard (v. 9-10), Jésus monte en secret à la fête ; mais au huitième jour, le grand jour, il se montre publiquement, figure de ce qui devait arriver par sa mort et sa résurrection. Il annonce les fleuves d’eau vive pour ceux qui croiront en Lui, la grâce à quiconque a soif, le Saint-Esprit qui serait les arrhes de la gloire céleste dans laquelle Jésus allait entrer. Le Saint-Esprit est, dans nos coeurs, le témoin de la gloire du Fils de l’homme, le sceau, les arrhes de l’héritage. Il nous est donné, en attendant la pleine manifestation de la gloire. Ce n’est pas seulement le Saint-Esprit comme principe de vie, mais un fleuve qui déborde et coule de nous, parce que nous avons la connaissance de la gloire et de la joie qui nous appartiennent. Cela nous fait soupirer après le temps où cela arrivera et où nous jouirons en liberté de tous les résultats de la grâce !


192 - Méditations de J. N. Darby — Jean 7

n°192 : ME 1912 p. 472

La fête des tabernacles caractérise ce chapitre. Quant aux fêtes, il y en avait trois grandes : 1° la Pâque, 2° la Pentecôte, et 3° la fête des tabernacles (Voir Lév. 23 et Deut. 16). Outre ces fêtes principales, nous avons premièrement le sabbat, repos de l’ancienne création, repos impossible tant que le péché est dans le monde, mais qui aura sa pleine réalisation pour les Juifs d’une manière terrestre, quand Satan sera lié, et pour nous d’une manière céleste, comme le repos qui reste pour le peuple de Dieu. Ensuite venait la Pâque, sacrifice de Christ, et après cela la fête des pains sans levain, car la sainteté accompagne ce sacrifice. Puis la fête des prémices de la moisson ; ensuite la Pentecôte — après quoi un long intervalle suivi de la fête de la nouvelle lune, préfigurant le retour des Juifs ; enfin le grand jour des expiations, jour d’humiliation, quand Israël reconnaîtra son péché et en portera deuil (És. 63) Alors seulement vient la septième fête, celle des tabernacles.

Jusqu’à la Pentecôte, qui représente en type la descente du Saint-Esprit, toutes ces fêtes ont déjà eu leur accomplissement ; car, s’il s’agit de la Pâque, Christ est mort, c’est un fait ; s’il s’agit de la Pentecôte, le Saint-Esprit est descendu, nous le savons (Actes 2:39), mais s’il s’agit de la fête des tabernacles, où en voyons-nous l’antitype dans le Nouveau Testament ? Nulle part ; car il s’agit d’une chose future qui n’aura lieu que lorsque Christ sera manifesté en gloire, et que Dieu sera entouré des siens. Cette fête avait lieu après la moisson et après la vendange. — Nous savons que la moisson représente la séparation du bon grain d’avec l’ivraie. C’est donc un jugement de séparation du bon d’avec le mauvais, tandis que la vendange représente le jugement pur et simple. — La fête des tabernacles clôt les travaux ; c’est le temps du repos. Dans És. 63, ils reconnaissent avoir perdu tout droit aux promesses, et viennent (v. 19) comme de pauvres gentils ; ce n’était donc pas le moment de Jean 7:4, car les Juifs ne s’étaient pas repentis et en étaient, au contraire, bien éloignés ; ce ne pouvait donc pas être le moment de la bénédiction qui suivra leur repentance. Voilà pourquoi le Seigneur ne pouvait pas se montrer publiquement au monde, comme prenant part à cette fête, chose que ses frères ne pouvaient pas comprendre. Or un intervalle s’écoule entre la Pentecôte et la fête des tabernacles, et cet intervalle est rempli par l’Église ; mais aussi certainement que la Pâque et la Pentecôte ont été accomplies, aussi certainement la fête des tabernacles aura son accomplissement. Le cycle des faits n’est pas encore accompli, mais nous en avons le cadre.

Il est à remarquer que les miracles de l’Ancien Testament sont des actes de puissance, et ceux du Nouveau des actes d’amour, sauf une exception ; je parle du figuier maudit. Ce figuier est le type de l’homme sous la loi, de l’homme soigné de Dieu de plusieurs manières, et finalement par les prophètes. L’homme sous l’ancienne alliance ne porta jamais de fruit ; là il est manifesté tel et condamné. Cela introduit une chose toute nouvelle. Nous voyons un homme glorifié dans le ciel, au delà de la mort, du jugement, de la puissance de Satan et du péché, et c’est comme homme ressuscité qu’il dit par Marie de Magdala aux siens : « Mon Père est votre Père, mon Dieu est votre Dieu ». Or c’est de là que le christianisme découle.

Il y a deux côtés du christianisme : 1° Dieu a été manifesté en amour ; 2° L’homme est monté dans la gloire. C’est alors que vient le Saint-Esprit, et c’est là le grand secret qui caractérise le christianisme. Dans Jean 3, nous voyons la nouvelle naissance ; dans Jean 4, la relation formée ; mais dans Jean 7, des fleuves qui débordent — le Saint-Esprit. Dès lors, Dieu peut demeurer en nous, mais pas avant. Dieu n’a pas demeuré en Eden avec Adam, nous le savons ; pas davantage avec Abraham, bien qu’il le bénît ; ce n’est qu’en Ex. 29, qu’il demeure au milieu d’Israël, la rédemption étant accomplie en figure. Quand la rédemption a été accomplie en réalité, c’est-à-dire quand il prend sa place dans la gloire, le Saint-Esprit descend, pas avant cela. La présence du Saint-Esprit sur la terre était la preuve qu’il y avait un homme glorifié dans le ciel à la droite de Dieu, et voilà ce qui caractérise le christianisme, l’Église (j’entends par là ce qui est vivant, comme tel) et le chrétien. Toutes choses seront assujetties à Christ et, en attendant, nous voyons au ciel un homme couronné de gloire et d’honneur. Quand toutes choses lui seront assujetties, alors il jouira du fruit du travail de son âme et sera satisfait — ce sera la fête des tabernacles. Les Juifs y auront une part terrestre, mais nous avons quelque chose de meilleur ; ils croiront, parce qu’ils verront ; nous croyons sans voir et sommés scellés de l’Esprit, parce que nous avons ainsi cru (je parle d’une foi réelle). Si je suis seulement réveillé à l’égard de mes péchés et cherchant le salut — bien que je sois en chemin pour le trouver — Dieu ne peut sceller cela. Il ne peut pas sceller un pécheur. Christ est assis à la droite de Dieu, après en avoir fini avec nos péchés ; il n’y est pas assis avec nos péchés. Si nous avons cru cela, la conscience est parfaite ; je ne dis pas que nous soyons parfaits de fait, car je ne connais pas d’autre perfection que d’être semblables à Christ dans la gloire, et nous n’y sommes pas, cela est certain ; mais le péché ne nous est pas imputé, et nous avons toute assurance devant le tribunal de Christ (devant lequel il nous faudra tous être manifestés), car nous serons dans la même position que Celui devant qui nous comparaîtrons.

Quant au sceau de l’Esprit, le Saint-Esprit demeure dans le croyant, c’est un fait, mais il faut pouvoir dire : Abba, Père ! c’est-à-dire en vérité, car vous ne devez pas dire Père, si vous n’êtes pas sûrs d’être des enfants. La demeure du Saint-Esprit en nous, en tant que chrétiens, est une réalité. « En ce jour-là, vous connaîtrez que je suis en mon Père et vous en moi, et moi en vous, telle est la mesure de ma position (vous en moi) et de ma responsabilité (moi en vous). Si je suis en Christ, Christ est donc en moi ; c’est, dis-je, la mesure de ma responsabilité, c’est-à-dire de ne pas laisser paraître autre chose que Christ dans ma vie — il s’agit de « porter, toujours, partout, dans le corps, la mort de Jésus, afin que la vie aussi de Jésus soit manifestée dans notre corps ». Telle est notre responsabilité. « Et par ceci nous savons qu’il demeure en nous, savoir par l’Esprit qu’il nous a donné ». Si donc j’ai l’Esprit (et je l’ai si j’ai cru, et si je puis en toute vérité crier : Abba, Père !), alors Dieu demeure en moi. Cela est certain, car si Dieu ne demeure pas en moi, je n’ai pas l’Esprit, et si je n’ai pas l’Esprit, je ne suis pas de Christ. Mais quelle pensée à la fois heureuse et solennelle ! Il demeure en chaque chrétien. « Quiconque confessera que Jésus est le Fils de Dieu, Dieu demeure en lui, et lui en Dieu ». Le confessez-vous ? Vous dites : Oui. Je dis alors : Dieu demeure donc en vous. Vous reculez devant cette pensée qui vous paraît présomptueuse, mais qu’il est impossible de renverser, car c’est Dieu, dans sa Parole, qui le dit clairement, et quand Dieu dit qu’il demeure dans celui qui confesse Christ ainsi, vous n’avez pas le droit de dire qu’il n’y demeure pas. Eh bien ! je vous adresse une question : Si Dieu demeure en vous (et c’est un fait, si vous pouvez l’appeler votre Père), comment traitez-vous cet hôte ? Quand nous recevons quelqu’un qui nous est cher et que nous voulons honorer, nous mettons notre maison à sa disposition ; nous désirons qu’il trouve les choses à sa convenance, nous désirons lui faire plaisir. Eh bien ! cherchons-nous ainsi à plaire à Dieu ? Il ne s’agit pas d’éviter les gros péchés, mais quelle est ma vie, ma marche tout entière, ma marche dans le monde d’où Christ a été rejeté, dans le monde qui n’a pas voulu de Dieu en grâce ? Souvenons-nous que si nous vivons par l’Esprit, nous devons aussi marcher par l’Esprit, mener une vie pratique selon l’Esprit.


193 - Méditations de J. N. Darby — Luc 11:14-36

16 juillet 1843 — n°193 : ME 1913 p. 186

Dans cet évangile, les discussions entre le Seigneur et les Juifs mettent à nu l’état moral de ces derniers et aussi de nos propres coeurs. La lumière est entrée dans le monde ; quel accueil l’homme lui a-t-il fait ? Va-t-il être sauvé par elle, ou est-ce qu’il la repoussera ? Ainsi la lumière manifeste l’état du coeur de l’homme : il l’évite et la fuit, parce que les ténèbres ne l’ont point comprise. Mais il nous est dit aussi que la vie est la lumière des hommes, et cette lumière est celle de la grâce. Quand Dieu agit dans le coeur selon l’efficace de cette grâce, la lumière est reçue, comprise, et l’on devient lumière dans le Seigneur.

Jésus développe dans ses discours les phases du combat entre la lumière et les ténèbres, et montre les caractères divers que présente le coeur de l’homme. Lui est le semeur qui sème dans le coeur la bonne parole de Dieu, parfaitement adaptée aux besoins des hommes. Si le coeur est endurci, elle n’y entre pas et Satan enlève tout ; si le coeur, avec ses affections naturelles, la reçoit avec joie, elle germe de suite, mais sans résultat ultérieur ; le terrain est insuffisant, la conscience n’est pas atteinte, et tout sèche à la première difficulté qui surgit. Les épines, d’autre part, les soucis de la vie, étouffent tout ; enfin, la Parole peut lever dans un terrain préparé pour cela. Jésus décrit ainsi les divers caractères qui se rencontrent pour recevoir la Parole.

Ce ne sont pas les qualités de la lumière, ni sa valeur qui sont en question, mais la manière dont le coeur la reçoit. Les Juifs ne pouvaient nier que Jésus chassât les démons, mais disaient que c’était par Béelzébul ; et d’autres lui demandaient un miracle. Quand la lumière entre, elle a pour effet de mettre en mouvement tout ce qui est dans le coeur : un homme voit chasser les démons, et, malgré ce fait, attribue cette puissance au diable ; un autre, plus léger, voit ces choses, et demande un signe du ciel ; d’autres encore n’ont pas une volonté hostile aussi prononcée, et discourent au sujet du Seigneur. L’un dit : C’est Élie ; l’autre, un prophète ; l’autre, Jean-Baptiste. Il n’y avait pas eu jusqu’alors une force assez complète, dans le témoignage rendu, même par Jean-Baptiste, pour manifester tout ce qui était dans le coeur de l’homme et le mettre en évidence. Cela n’a lieu que lorsque, avec Jésus, la pleine lumière est venue. Partout où elle entre, elle produit toute sorte d’oppositions et d’incertitudes, parce qu’elle oblige chaque coeur à se montrer devant Dieu, tel qu’il est ; et, quand le fond du coeur est remué, on y trouve un égout. Plus la lumière est parfaite, plus ce résultat se produit ; elle force chacun à prendre parti pour ou contre elle, et les choses prennent aussitôt leur vrai caractère devant Dieu.

Nous devons désirer que Dieu agisse dans les coeurs avec toute la puissance de son Esprit, afin que ceux qui aiment la lumière arrivent à la posséder clairement. Si elle met en évidence nos péchés, c’est afin de les ôter, car Celui qui est lumière a aussi fait l’expiation. La puissance de Satan est à l’oeuvre, cherchant à retenir les hommes dans les ténèbres (v. 21-23), et toute la question revient à ceci : êtes-vous pour Christ ou contre lui ? « Celui qui n’est pas avec moi est contre moi ». Cela résoud toute la question de la puissance de Satan, car Celui qui est la lumière est plus puissant que le prince des ténèbres. Ce n’est pas la lumière qui manque, mais c’est la foi. La lumière du corps, c’est l’oeil (v. 34), et non le soleil ; car ce qui est en question ici, c’est l’état de celui qui reçoit la lumière, et non la manifestation de cette dernière en Christ. Il y a toujours une lumière en nous, l’oeil, c’est-à-dire ce que nous voyons, le but et l’objet du coeur. Quand il s’agit de voir clair, tout dépend de cet objet, et de rien d’autre. Il est certain que tout est lumière en Christ, et qu’il y a assez de grâce en Lui pour la faire jaillir, mais, moralement, la lumière est l’oeil, et il importe que cette lumière en nous ne soit pas ténèbres. Pour voir, il ne s’agit ni de miracles, ni de signes ; la foi n’est jamais basée sur des miracles ; si elle ne se fonde que sur eux, elle ne vaut rien ; c’est une conviction qui n’est pas dans la conscience ; ce n’est pas la vie de Dieu, et Christ ne s’y fie pas (Jean 2:24).

Il en est de la Parole écrite comme de la lumière ; elle est une Parole vivante ; rien ne lui est caché ; elle discerne jusqu’aux intentions du coeur ; elle manifeste Dieu au coeur et manifeste le coeur à Dieu. Quand il y a des besoins dans l’âme, la lumière, tout en nous condamnant, ne nous effraye pas, mais nous attire.

Le Seigneur dit ici (v. 29) : « Cette génération est une méchante génération ». Pourquoi ? « Elle demande un signe ». En présence de la lumière, elle en demandait la démonstration. Elle n’aura d’autre signe, dit Jésus, que celui de Jonas ; il sera trop tard alors pour qu’elle soit épargnée. La résurrection du Christ est la conséquence de son rejet par cette génération, et ce rejet est la cause de son jugement ; de plus, Jonas était non seulement un signe, mais un prédicateur sans miracles. À sa voix, Ninive se repentit et fut épargnée. La reine de Sheba condamnait aussi cette génération ; elle venait pour entendre la sagesse de Salomon, qui ne faisait pas de miracles. Or il y avait là plus que la prédication de Jonas, et la sagesse du grand roi. La lumière de Christ était-elle moins évidente que celle des temps passés ? Non, mais cette génération actuelle était méchante.

La lumière du corps, c’est l’oeil. Dieu soit béni qu’il en soit ainsi ! Cela nous amène à nous juger, et nous fait désirer d’être débarrassés du mal que la lumière manifeste en nous. Or tel est le but de Dieu : il envoie la lumière afin que l’on voie, et si elle met tout en évidence, c’est précisément ce que Dieu désire. Il veut que la lumière soit vue et la place sur un pied de lampe (v. 33).

Il n’y eut jamais un temps plus pénible que celui où Jésus vint ici-bas. Tout était contre Dieu ; les plus éloignés de Lui étaient les sacrificateurs qui servaient de lien entre le peuple et l’Éternel ; la justice des pharisiens n’était qu’hypocrisie. Cependant ceux qui attendaient la rédemption d’Israël reconnurent déjà le Messie dans le petit enfant. Anne en parlait à tous ceux qui attendaient la délivrance. Il y avait assez de lumière pour que tous pussent accepter ce témoignage. Ici, Jésus applique la lumière à la conscience : la lumière du corps, c’est l’oeil. Quand il est question de voir, il faut qu’elle entre en nous par nos yeux. Si elle ne manifeste pas ce que nous sommes, elle ne vaut rien. Il ne s’agit pas ici de discerner entre le vrai et le faux au dehors, mais il faut que la lumière entre en nous et y manifeste tout, en nous révélant notre état à nous-mêmes. Elle devient ainsi la source de toute bénédiction.

« Prends donc garde que la lumière qui est en toi ne soit ténèbres ». Si nous avons un autre but que la gloire de Dieu, la lumière est ténèbres ; l’oeil n’est pas net ; il est mauvais. Tout cela est très encourageant. Ne reculez pas devant la lumière, quelque pénible que soit son action sur votre conscience. Nous n’avons ni à juger la Parole, ni à savoir quelle est la bonne religion ; car c’est la Parole qui juge l’âme, la pénètre et s’en empare. Quand un homme me tient sans que je puisse lui échapper, je sais qu’il est fort. La Parole nous saisit, elle veut que nous soyons jugés et purifiés ; elle met à nu tout notre péché pour nous en débarrasser. La grâce et la vérité sont venues par Jésus-Christ. La vérité nous juge, mais elle est inséparable de la grâce. Ce même Jésus qui manifeste jusqu’au fond de l’âme ce que c’est que le péché, l’a lavé dans son propre sang. Il remue et amène à la surface tout le mal en nous, afin de l’ôter entièrement. La lumière pour le croyant est toujours grâce. L’homme qui, pour garder sa réputation, l’évite, se prive avec elle de la grâce.

Dieu ne nous laisse pas ; il nous aime ; il s’est imposé la tâche de nous bénir et de nous faire tout le bien possible. Il y a en nous une quantité de choses que la lumière manifeste. L’homme, en présence de la pureté de Dieu, est tellement sale que ses vêtements même l’ont en horreur (Job 9:30-31). Pourquoi Dieu serrait-il Job de si près ? Il laissait agir Satan pour que le mal, que Dieu seul voyait, se manifestât. Il y a en nous, chrétiens, comme en Job, beaucoup de choses qui ne sont pas de Christ, mais viennent de nous-mêmes. Alors Dieu fait entrer la lumière pour mettre en évidence les choses qui nous empêchent de jouir de la communion avec Dieu. Quand la recherche de lui-même s’établit dans le coeur du chrétien, elle est une source de misère ; il lui faut en être débarrassé pour qu’il n’y ait aucun obstacle entre Christ et lui. Dieu agit pour produire cela, et c’est l’histoire de toute la vie chrétienne. Dieu ne peut nous bénir dans le mal, mais il agit en grâce ; et s’il nous manifeste sa pureté, sa sainteté, ce n’est pas autre chose que la grâce. Confiez-vous en Lui avec un entier abandon ; il veut vous purifier pour que vous puissiez jouir de la clarté de sa face.


194 - Méditations de J. N. Darby — Jean 4:1-42

n°194 : ME 1913 p. 213

Les faits de l’Évangile sont d’une portée immense. Prenez le seul fait que le Fils de Dieu a été dans ce monde et a été rejeté : Dieu est venu agir en faveur des pécheurs, et ceux-ci n’en ont pas voulu ! Or c’est là que nous en sommes tous. Nous savons parfaitement bien que, dans notre état naturel, ce n’est pas Christ qui fait les délices de nos coeurs. Bien au contraire, quand il s’agit non pas de vérités comme celle-ci : que nous sommes tous pécheurs — vérité que l’éducation peut nous faire connaître — mais de l’état de nos coeurs, voici où nous en sommes : Christ, le Fils de Dieu, est mort pour nous, et nous ne nous en soucions pas. Est-ce vraiment de Christ que le monde s’occupe ? Est-ce Christ qui est l’objet de vos plaisirs ? Le fait est que, si l’on vient vous parler de Christ, au moment où vous jouissez de toute sorte de choses dont le monde est rempli, on vous gâte votre jouissance. Depuis le cabaret, jusqu’à la société scientifique la plus sérieuse, on ne peut introduire Christ où que ce soit, sans qu’il soit immédiatement démontré qu’on ne peut pas le supporter. À ce fait s’en ajoute un autre : Vous ne trouverez jamais un homme qui ait honte d’une fausse religion. Un mahométan fait ses prières devant tout le monde sur la place publique. On n’a pas honte, non plus, d’un christianisme corrompu et à moitié idolâtre. Il en est autrement là où le vrai Christ est connu, et l’on voit même des chrétiens obligés de vaincre le malaise que son nom soulève dans certains milieux. Les folies de la vie, la parure, préoccupent beaucoup plus que Christ et l’excluent du coeur. On a honte de reconnaître sa vraie souveraineté. Pourquoi ? Parce que nos coeurs sont mauvais, parce qu’il y a séparation complète entre nos âmes et Dieu, et que nous ne pouvons supporter de voir Dieu se présenter en grâce, en bonté, pour remédier à des misères que nous ne voulons pas avouer ! Il est bon et profitable, chers amis, que nous ne reculions pas devant cette connaissance de nous-mêmes.

À commencer par la loi, nous l’avons violée : nous n’aimons pas notre prochain comme nous-mêmes. Si votre voisin perd sa fortune, vous n’en êtes pas fâchés comme si vous aviez perdu la vôtre. Eh bien ! dans ce cas, la loi vous maudit. Je prends la loi, et j’y trouve trois choses : Je n’ai pas aimé Dieu de tout mon coeur, ni mon prochain comme moi-même, et de plus, j’ai des convoitises. La loi est la règle parfaite de la conduite d’un enfant d’Adam. Elle dit : Si tu veux offrir une justice à Dieu, la voici, mais n’oublie pas qu’il est impossible que Dieu tolère le mal ; il y a un jugement contre le péché.

Nous voici donc placés en face de Dieu, tels que nous sommes, acceptant qu’il y a un jugement à venir où tout sera manifesté — mais nous espérons encore qu’il y aura, à ce moment-là, un moyen de régler les choses. Pure illusion ! Jamais le jugement de Dieu n’a ce caractère. Il est parfaitement certain qu’au nom de Jésus tout genou se ploiera, mais la question pour vous n’est pas si, sans exception, tous ploieront le genou devant Lui, mais si vous les ploierez actuellement devant Jésus Sauveur, ou bientôt devant Jésus Juge. Maintenant, aujourd’hui, Dieu agit en grâce et par son Esprit, pour que vous fassiez connaissance avec Lui comme Sauveur, au lieu de renvoyer cette connaissance au jour du jugement. Représentez-vous Dieu venant dans cette salle pour juger. Pensez-vous que toutes les personnes qui ne sont pas lavées dans le sang de Jésus ne s’empresseraient pas, si elles le pouvaient, de sortir aussitôt. Cela prouve que leur conscience n’est pas à l’aise, mais à quoi cela servira-t-il, quand elles se trouveront là où il n’y a plus possibilité d’échapper ? Ici-bas, les hommes ont une extrême facilité à oublier le péché ; est-ce que cela les justifie ? Dieu les supporte, il est vrai, mais serait-ce une chose juste que le mal ne fût jamais découvert ?

Maintenant, voici l’Évangile : Dieu, dans sa grâce, est venu manifester ce que nous sommes et ce qu’Il est. En contraste avec la loi qui exige, il nous a fait connaître que Dieu donne, nous a apporté le don de Dieu. La loi exige ce que nous devons être, Christ nous donne ce dont nous avons besoin, le salut. Il nous tient devant Lui, comme cette femme Samaritaine, et ne nous cache aucunement ce que nous sommes, mais avec quelle grâce ! N’est-elle pas merveilleuse sa manière d’agir envers le pécheur ?

Jésus venait d’être chassé de la Judée ; il était venu vers les siens, et les siens ne l’avaient pas reçu. Fatigué du chemin, il s’assied au bord d’un puits et demande de l’eau. Lui qui l’avait créée, comme il avait créé toutes choses, était là, seul, à la chaleur du jour, sans rien pour l’abriter, et demandant de l’eau pour étancher sa soif !

Arrive une femme à une heure qui n’était pas habituelle, toute seule aussi. C’était une âme déçue ; elle avait cherché dans le monde quelque objet pour ses affections et avait trouvé le péché. Fatiguée elle-même, lasse d’un monde où elle avait cherché le bonheur sans le trouver, elle rencontre une âme plus isolée qu’elle, dans ce monde de misère. C’était le Seigneur ; mais ce qu’il y avait de plus frappant, c’est que Lui était plein d’une sympathie parfaite pour les autres, tandis qu’il n’en rencontrait aucune pour lui-même. Même quand il était en Gethsémané, suant des grumeaux de sang, dans l’angoisse du combat, ses disciples, qu’il priait de veiller, dormaient. Il n’y a pas un coeur qui réponde au sien, mais il n’y a pas un coeur qui éprouve des besoins, auquel le sien ne réponde. Il est isolé dans sa sainteté ; mais, dans son coeur, l’homme le plus affable possible. C’était ce qui, partout, se voyait en Lui. Eh bien ! la bonté parfaite était là, descendue au milieu du mal, cherchant à gagner la confiance des pécheurs, mais il fallait que le pécheur eût conscience de son état. L’origine du péché dans ce monde a été que l’homme a perdu confiance en Dieu ; aussitôt la convoitise, la transgression et la ruine en ont été la conséquence. Mais lorsque Christ apparaît, c’est Dieu descendant au milieu de ce monde pour inspirer confiance, même à un coeur qui n’aurait pas pu se montrer en compagnie d’honnêtes gens. Mais voici cette femme restaurée, quand, au lieu de cacher ses péchés, elle est là en pleine lumière et trouve en même temps un amour parfait chez celui qui la sonde. Un lépreux en Israël était chassé hors du camp ; celui qui le touchait était impur ; Jésus le touche sans être souillé et chasse toute souillure. Il en est de même ici au puits de Sichar. Cette femme, repoussée du monde, trouve le Dieu saint qui y est descendu pour lui apporter ce dont elle a besoin. Pourquoi ? Uniquement par amour. Ah ! qui a donc mis cela dans le coeur de Dieu ? L’homme peut-être ? Mais il n’a pas voulu de Lui quand il est venu ! Qui serait-ce donc si ce n’est Dieu lui-même, Dieu qui est amour ! Quand, par la grâce, j’ai compris cette vérité, je connais le coeur de Dieu ! C’est ainsi qu’il se manifeste. Il est descendu si bas, afin que nous ayons les yeux ouverts pour voir jusqu’au fond de Son coeur. Et c’est cela que les hommes rejettent !

Aujourd’hui Dieu donne ; mais n’est-il pas juste que le temps vienne où il jugera ?

« Qui est celui qui te dit : Donne-moi à boire ? » Il est donc descendu si bas pour demander un peu d’eau à une femme telle que toi ? C’est la grâce ! Je crains qu’il n’y ait ici des personnes qui aient entendu parler d’eau vive et qui n’en aient jamais bu une goutte. « Celui qui en boit n’aura jamais soif ». L’intelligence de l’homme, comme celle de la Samaritaine, n’y comprend rien et ne le peut pas. « Donne-moi de cette eau vive », dit-elle. Il répond : « Appelle ton mari ». Aussitôt elle cherche à tout cacher, et en voulant tout cacher elle dit la vérité. Jésus la prend par la conscience ; c’est par là que la lumière entre toujours. La grâce attire le coeur, la lumière pénètre la conscience. Dieu nous amène toujours là, quand nous avons à faire à Lui. Du moment que la lumière pénètre, on voit les choses comme elles sont, car elle manifeste tout. Ce n’est pas une bonne chose d’avoir une bonne réputation et une mauvaise conscience ; mieux vaut avoir une mauvaise réputation, afin que la conscience puisse être atteinte, et c’était le cas de cette Samaritaine. Elle trouve Celui qui est venu pour donner, non pas pour exiger ; qui est venu non pas pour imputer, mais pour porter, pour abolir le péché. S’il manifeste à ma conscience ce que je suis, il le fait en amour ; il est tout amour pour nous, tels que nous sommes.

Cette femme était toute préoccupée de sa cruche et de sa corvée, et voici tout à coup que, sur un mot, sa conscience se réveille. N’y a-t-il pas de péché en toi ? Jésus devance en grâce le jour du jugement ; il est là, lumière parfaite et amour parfait. Cette lumière qui a pénétré dans la conscience de cette femme pour lui montrer ce qu’elle est, c’est Dieu lui-même qui vient ôter le péché. La grâce et la vérité sont venues par Jésus-Christ. Comme lumière, il luit dans ma conscience pour me faire sentir ce que je suis ; comme amour, il remédie à tout ce que je suis. Aussi je ne cherche pas à Lui rien cacher ; il n’y a que le pardon qui ôte toute fraude du coeur. « Voyez », dit la Samaritaine, « un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait ».

C’est ainsi que l’intelligence entre en nous. Cette femme ne comprenait rien, mais lorsque sa conscience est atteinte, elle dit : « Tu es un prophète ». La parole de Dieu est entrée dans son âme et lui a fait voir clairement toutes choses.

Remarquez encore cette parole du Seigneur : « Le Père cherche de tels adorateurs ». Quelle grâce infinie que le Père en cherche dans un monde de péché qui, après tout, avait rejeté son Fils. Êtes-vous convaincus de cela ?

La femme dit : « Je sais que le Messie, qui est appelé le Christ, vient ». Eh bien ! dit Jésus : « Je le suis, moi qui te parle ». Ayant confiance dans sa Parole, l’ayant reçue dans son coeur et sa conscience, elle avait déjà Christ. Elle possédait comme Sauveur, comme vie éternelle, Celui qui était venu la chercher pour la mettre en relation avec Dieu.

J’ajoute encore ce qui n’est pas précisément le sujet de ce chapitre. Nous savons qu’il s’est donné lui-même pour tous nos péchés, et qu’il n’en est plus question devant Dieu. Il a pris soin de nous donner une paix parfaite. Mais c’est Jésus qui sera le juge des vivants et des morts. Quand j’arriverai devant le tribunal de Christ, je dirai : Voici Celui qui a porté tous mes péchés ! Il se renierait lui-même s’il m’en imputait aucun. Il n’est plus sur la croix ; il est dans la gloire à la droite de Dieu. « En la consommation des siècles, il a été manifesté une fois pour l’abolition du péché, par son sacrifice ». Ce Christ qui s’est ainsi donné, n’a pas porté mes péchés dans le ciel à la droite de Dieu. Ma culpabilité devant Dieu a été absolument réglée sur la croix, et ma conscience est rendue parfaite par le sang de Christ. Dieu a accepté, reconnu, l’oeuvre de son Fils, en le ressuscitant d’entre les morts, et je trouve ainsi que, non seulement il a effacé mes péchés, mais qu’il m’a acquis la gloire.

Voyez cette femme, complètement délivrée, même des inquiétudes de la vie présente, une fois qu’elle a trouvé Christ comme Sauveur. Il prend la place qu’occupaient ses soucis. Elle laisse sa cruche. Une fois que j’ai le ciel, que m’importent les petites inquiétudes d’ici-bas !

Chers amis, croyez-vous en Dieu, tel qu’il s’est manifesté en Jésus ? Croyez-vous à un amour déployé envers les pécheurs, tels qu’ils sont ? Connaissez-vous le don de Dieu ? Avez-vous vu comment Christ s’est abaissé ? Croyez-vous qu’il a ôté tous vos péchés ? S’il en a effacé un seul, il les a tous effacés ! Souvenez-vous que Dieu, le Père, cherche des adorateurs !

Mais quelle chose terrible que d’être obligé de comparaître devant le Christ et de l’entendre dire : « Je t’ai cherché et tu n’as pas voulu ! »


195 - Méditations de J. N. Darby — Marc 10:17-40 — Philippiens 3:4-11

Lausanne, 5 septembre 1852 — n°195 : ME 1913 p. 232

Ces deux passages offrent un contraste absolu entre deux états d’âme. D’un côté, Paul nous présente (Phil. 3) une âme affranchie par la puissance du Saint-Esprit, chez laquelle nous trouvons la liberté, l’énergie, la paix, l’intelligence spirituelle, la confiance au milieu des difficultés. Cette âme a trouvé Christ.

En opposition avec elle, nous rencontrons (Marc 10) la nature aimable, telle qu’on peut la voir parfois chez les hommes. Le jeune homme, dont il est ici question, était véridique, pur dans sa conduite, respectueux envers ses parents. Il se jette à genoux devant Jésus, saisi par l’attrait qui émane de lui. Jésus le regarde et l’aime, au lieu de le rejeter. On peut rencontrer, en effet, de belles qualités chez les hommes qui ne connaissent pas Dieu. Le jeune homme dit : « Bon maître, que ferai-je, afin que j’hérite de la vie éternelle ? » Il ne parle pas d’être sauvé ; c’est un Juif, à la recherche de quelque commandement jusqu’ici ignoré de lui, qui puisse lui faire acquérir la vie éternelle ; ce n’est pas une âme qui sent son péché. Jésus est pour lui l’homme, l’excellent rabbin, qui saura lui dire ce qu’il faut faire, et non le Fils de Dieu. Aussi Jésus lui dit : « Pourquoi m’appelles-tu bon ? Tu sais les commandements ». Le jeune homme est convaincu de les avoir gardés.

Mais le Seigneur met tout cela de côté ; il va droit au mobile de toute la vie de ce jeune homme, à ce qui se trouve au fond de son coeur, et lui montre qu’il ne veut ni le salut, ni le Sauveur. Les richesses s’étaient placées entre le Seigneur et lui, et quand il voit qu’il faut les quitter, il s’en va.

Son coeur est mis à l’épreuve. Parmi toutes ses bonnes qualités, aucune ne mettait au jour le mobile qui le gouvernait. Ce qui constitue l’homme moralement, c’est l’objet qui gouverne son coeur. Les richesses étaient l’objet de ce jeune homme ; il était aussi loin que possible du royaume de Dieu. On peut être et paraître très aimable, tant que le motif qui nous gouverne n’est pas atteint ; mais, du moment qu’il l’est, tout est renversé et il ne reste rien pour Dieu !

Le cas de Saul de Tarse, en Phil. 3, était très semblable à celui-ci. Saul pouvait avoir confiance en la chair ; il était sans reproche quant à la justice qui est par la loi ; il possédait tous les avantages qu’un Juif pouvait avoir ; mais, lors de sa conversion, il reconnaît que toutes ces choses étaient nuisibles, car elles se plaçaient entre son âme et Christ. Dès que le Saint-Esprit lui eut révélé l’excellence de la connaissance de Christ, il estima tout le reste comme des ordures, afin de gagner ce nouvel objet qui lui était présenté. Il ne s’agit pas chez lui d’un mouvement d’homme énergique, d’un accès de fanatisme, mais d’un jugement calme et motivé. Il connaît la valeur de Celui qui possède son âme et ses affections, et lorsque Christ s’est ainsi emparé de son coeur, tout le reste est considéré comme une perte.

Est-il mauvais de garder les commandements ? C’est ainsi que la chair raisonne. Saul et le jeune homme ne les avaient-ils pas gardés ? Et pourtant ce dernier préfère l’argent au Seigneur, à la gloire, au ciel, et il abandonne, pour cette basse convoitise, tout ce que Dieu peut lui offrir. Avec une conduite irréprochable, son coeur est entièrement dégradé. Quant à Saul, il a vu, dans la gloire, sur le chemin de Damas, ce Jésus qu’il persécutait. Dieu avait mis son sceau sur l’oeuvre de la croix en plaçant là son Fils bien-aimé. Telle est la justice de Dieu, mais cette justice devenait, par la foi, celle de Paul. En vertu de l’oeuvre accomplie pour lui, il appartenait désormais au ciel ; il avait droit à la gloire. C’était la justice de Dieu, non pas celle de l’homme. Si vous observiez en tout point la justice légale, et que vous n’eussiez même jamais convoité, ce ne serait encore que la justice de l’homme ; une justice à laquelle vous travailleriez, et non une justice donnée à la foi. En Christ, j’ai la justice de Dieu, mille fois supérieure à tout ce que j’aurais fait si j’avais observé la loi, aussi bien qu’un ange. Christ n’a-t-il fait qu’accomplir la loi ? Cette dernière demande-t-elle que je me donne pour les péchés d’autrui, que j’aille jusqu’à la mort pour accomplir cette oeuvre ? Elle n’y pense pas même. La justice de Dieu et son oeuvre ont été manifestées et glorifiées dans la mort de Jésus ; et, quand nous ne pouvions apporter à Dieu la justice de l’homme, lui, nous apporte sa propre justice, accomplie pour l’homme pécheur.

Ayant vu, élevé dans la gloire, le Christ qui avait été obéissant jusqu’à la mort, Paul dit : Christ m’a été révélé ; c’est lui que je veux. Observer la loi ne me donne pas le droit d’être où Christ se trouve, en vertu de la justice divine, qui n’est pas ma justice. La justice de Dieu a placé Christ dans la gloire, et c’est là ce qu’il me faut. Je ne veux pas être trouvé en Lui ayant ma propre justice. La justice de Dieu qui justifie un pécheur ne peut s’accorder avec la justice de l’homme qui va rencontrer un juge. Ces deux choses ne peuvent se mélanger, ni s’ajouter l’une à l’autre. Je veux être trouvé en Lui, n’ayant pas ma justice qui est de la loi, mais celle qui est par la foi en Christ. J’ai la justice de Dieu, Dieu en a fini avec tout ce qui était entre mon âme et Lui ; il m’a paré, couvert de la justice. Je veux cela ; tout le reste n’est qu’empêchement, des fardeaux qui m’entravent, des ordures. Si je trouvais que c’est de ma part un grand sacrifice de quitter les choses du monde, cela prouverait que j’estime encore le monde, car il n’y a pas de grand sacrifice à quitter des ordures. Les quitter, c’est la liberté. La connaissance de la justice manifestée dans la gloire de Jésus à la droite de Dieu, délivre le coeur de tout obstacle.

Aussitôt que Dieu sonde votre coeur, fussiez-vous sans reproche, vous y trouverez quelque chose qui n’est pas Christ ; bien plus, qui le chasse, qui vous empêche de l’aimer et de le suivre, qui possède votre coeur, le péché, en un mot, qui montre que, de fait, vous n’aimez pas Christ du tout. Le jeune homme aimait sa fortune. Certes, il n’est pas le seul.

Que faut-il donc faire ? Simplement reconnaître cette vérité. Mais, puisque vous n’avez pas de justice pour Dieu, Lui en a une pour vous, et Christ est venu vous l’acquérir. Il vous donne le droit de vous trouver là où Dieu l’a placé lui-même. Vous ne pouvez mélanger ces deux choses ; il vous faut l’une ou l’autre. S’il s’agit de la justice de Dieu en Christ, tout le reste est des ordures. On ne se justifie pas avec des ordures. Quand on a saisi cette vérité, l’âme est en paix devant Dieu.

Pierre dit au Seigneur : « Voici, nous avons tout quitté et nous t’avons suivi » (10:28). Nous avons fait ce que tu viens d’exiger de ce jeune homme. Pierre était converti, mais n’était pas encore affranchi par le Saint-Esprit ; et de même les autres disciples. Ils étaient en chemin pour suivre le Seigneur, mais « ils étaient stupéfiés et craignaient en le suivant » (v. 32). Pourquoi ? Parce qu’il y avait la croix sur le chemin, et Pierre oubliait que c’était précisément ce que Jésus avait dit au jeune homme : « Suis-moi, ayant chargé la croix » (v. 21). Jésus allait monter au ciel, bien plus haut que Jérusalem, mais à Jérusalem la croix l’attendait, et il lui fallait passer par là pour monter au ciel. Les disciples n’étaient pas les seuls à devoir suivre ce chemin ; il faut que nous y passions tous. La croix épouvante l’âme qui a vu la gloire, et trouve que c’est le seul chemin pour obtenir la justice de Dieu. Mais quand on est, comme Paul, sous la puissance du Saint-Esprit, on ne veut connaître que Lui, et la puissance de sa résurrection. La croix est passée ; la mort n’est plus le roi des épouvantements. On en a fini avec la mort, avec le péché, avec une vie où l’homme ne peut être béni ; on commence une vie nouvelle, une vie avec Christ et avec le Père. C’est la pensée de l’apôtre, dans le chap. 3 des Philippiens : Il faut, dit-il, que je possède Christ. Jésus est sur la croix ; il faut que j’y passe, étant rendu conforme à sa mort. Au lieu d’être, comme les disciples, effrayé et stupéfié sur le chemin, Paul désire cela par la puissance du Saint-Esprit. Ayant vu la gloire de Jésus, il veut être avec Lui, là où il se trouve. Le Saint-Esprit lui fait comprendre quel est le chemin de Celui qu’il aime, qu’il poursuit, qu’il voit dans la gloire, lui, l’homme présenté à Dieu sans tache, sans peine, dans toute la beauté et la perfection d’une vie nouvelle où le péché n’entre pas, et il veut le connaître, étant rendu conforme à sa mort. La croix est moralement pour lui une partie de Jésus, et il veut la posséder, posséder Jésus tout entier.

Dans ce chap. 10 de Marc, lorsque Jésus a dit à ses disciples qu’après trois jours il ressuscitera (v. 34), Jacques et Jean (v. 35-40) demandent au Seigneur qu’il leur donne la meilleure place dans sa gloire. Ce n’est pas la chair aimable du jeune homme, ni celle d’hommes convertis, qui reculent devant la croix ; c’est la chair qui, sur le chemin même où l’on suit Jésus, montre son égoïsme et veut avoir la meilleure place. Le Seigneur leur dit : « Pouvez-vous boire la coupe que moi je bois ? » Oui, répondent-ils. — Eh bien ! vous la boirez, mais les places dans la gloire sont préparées, et ce n’est pas à moi de les donner.

Combien est différente la pensée de l’apôtre Paul ! Il ne veut ni la meilleure place, ni la moindre. C’est Christ qu’il veut gagner. Il le voit sur la croix ; il le veut à la croix ; il le voit dans la gloire, il le veut dans la gloire. Si la couronne de justice lui est réservée, ce n’est pas à elle que son coeur s’attache. Ce qui le fait travailler plus que tous les autres apôtres, c’est le Christ auprès duquel il va se trouver ; il a vu en Lui un objet si parfait, si unique, qu’il ne peut rien y ajouter, pas même la meilleure justice de l’homme, pas même la justice d’un ange, car tout mélange le lui gâterait. C’est par la puissance du Saint-Esprit que l’apôtre peut réaliser ces choses. Le Saint-Esprit nous délivre, non des luttes, mais des affections qui nous tenaient en esclavage, et nous donne la liberté dans le coeur et dans la conscience. Par la connaissance de Christ, il nous communique l’énergie, la paix, la joie, la pureté d’affections exemptes de tout égoïsme.

Chers amis, avez-vous cette paix, cette joie, cette liberté ? Le Saint-Esprit vous a-t-il tellement révélé Christ, que vous ayez compris ce que c’est que la justice de Dieu, et que vous ayez abandonné la vôtre ? Ne faites-vous qu’une chose ? Est-ce que vous dites : C’est Christ que je veux gagner ? Le but de votre vie est-il Christ seul ou bien pensez-vous, comme Jacques et Jean, a la place que vous occuperez dans la gloire ? Une situation brillante acquise à une femme par son mariage, est-elle la même chose pour elle que la possession de son mari ?

Qu’il vous soit donné de comprendre que Christ est la seule raison d’être de votre existence ici-bas. « Pour moi », disait l’apôtre, « vivre c’est Christ ! »


196 - Méditations de J. N. Darby — 1 Thessaloniciens 3:11-13

Lausanne, 17 décembre 1857 — n°196 : ME 1913 p. 247

Quand nous pensons à ce que nous sommes par nature, nous avons lieu de nous étonner des affections toutes nouvelles qui découlent pour nous de la révélation de Dieu en Christ. Quel changement, quels nouveaux liens, quelles relations nouvelles, sont formés depuis que Dieu a été ainsi révélé dans un homme qui a été au milieu de nous ici-bas, qui est maintenant dans la gloire ! Ce n’est pas seulement qu’un objet nouveau nous a été manifesté dans sa personne, mais des relations nouvelles ont été établies par lui. C’est par lui que Dieu est devenu mon Père, que je suis réellement son enfant, né de Lui, possédant une nature, la nature divine, que je n’avais pas auparavant. C’est un fait, et non pas une simple manière de parler ; c’est une vie réelle qui a ses goûts, ses pensées, ses relations de père à enfants, de frères et de soeurs unis ensemble. La pensée que je suis enfant de Dieu me fait apprécier ce qu’est mon Père, me glorifier de lui appartenir ; et aussi, mes relations avec d’autres croyants sont infiniment plus intimes que celles avec mes frères selon la chair ; car elles sont éternelles et découlent de la nature même de Dieu. Toutes nos relations avec Dieu et avec nos frères sont fondées sur le fait que nous avons le même Esprit.

Mais nous avons aussi de nouvelles relations avec Christ et de nouvelles affections. Elles nous délivrent de ce à quoi nous étions attachés auparavant dans ce monde de péché. « Nous ne connaissons », dit l’apôtre, « personne selon la chair, et si même nous avons connu Christ selon la chair, toutefois maintenant nous ne le connaissons plus ainsi ».

Avant la croix, Dieu avait établi une religion pour le monde : temple, musique, vêtements somptueux, Jérusalem, le peuple, la loi, tout ce système destiné à l’homme dans la chair était formé sur les « éléments du monde ». Toute la carrière de Christ ici-bas, quoiqu’il fût né sous la loi et qu’elle fût au dedans de ses entrailles, a été en opposition formelle avec ce système dont il aurait pu être la couronne ; et sa mort a établi une barrière absolue entre Dieu et l’homme dans la chair. Aussi Paul ne connaissait-il plus Christ selon la chair. Pour lui, toutes choses étaient désormais en relation avec un Christ ressuscité d’entre les morts.

Mais Christ sur la terre avait encore un autre caractère que celui d’un homme sous la loi. Il était, malgré son humiliation, la manifestation de Dieu. Sans doute, il accomplissait la loi, mais il y avait autre chose en lui, qui nous touche de plus près. La loi était adaptée à l’homme dans la chair, mais Christ était Dieu manifesté en chair, devenu homme pour mettre l’homme en relation avec Dieu. Toute la plénitude de la déité s’est plue à habiter en Lui, et sa marche a été la manifestation de la nature de Dieu dans un homme. Cette nature nous est communiquée ; nous avons la vie éternelle, et cette vie est dans le Fils. Nous pouvons dès lors marcher comme lui a marché : « Par ceci nous avons connu l’amour, c’est que lui a laissé sa vie pour nous, et nous, nous devons laisser nos vies pour nos frères ».

J’ajouterai un mot sur la nature de notre responsabilité. Le chrétien n’est pas responsable d’avoir la vie, car cette responsabilité tombe d’elle-même du moment qu’il est parfait, sûr de son salut, qu’il a la vie éternelle, qu’il est gardé par la puissance de Dieu, par la foi. On ne peut lier la responsabilité avec ce que Dieu est. Mais penser que, si l’on a la vie, on peut faire ce qu’on veut, c’est raisonner le plus faussement possible. Si je suis enfant, je suis responsable d’agir selon cette relation. La responsabilité pour obtenir la vie éternelle n’est pas autre chose que le péché. S’il faut que je gagne cette vie, c’est que je ne l’ai pas, et cela prouve mon éloignement de Dieu. Quand Adam était en Éden, il n’avait pas à gagner l’Éden. Il y était et n’avait que la responsabilité d’y rester. Si je suis dans une relation de père, de mère, de mari, de femme, etc., je suis tenu de me conduire selon cette relation qui ne peut pas changer ; ma responsabilité est d’y marcher ; je ne puis l’acquérir par ma conduite.

L’homme étant assujetti au péché, la loi lui donne une règle de vie pour acquérir la vie, mais cette règle ne lui donne rien que la mort.

Dès lors Dieu se manifeste en amour parfait dans l’homme, amour qui ne se dément jamais, sainteté tellement inaccessible au mal, que cet homme pouvait entrer en contact avec les pécheurs les plus dégradés sans se souiller. Nous ne pourrions dire cela de nous d’une manière absolue. Il est vrai que si j’allais, pour les retirer du mal, au milieu des pécheurs les plus dépravés, je n’en serais pas souillé, mais seule la puissance du Saint-Esprit pourrait me garder. La vie de Christ au milieu du monde était l’expression de la sainteté de Dieu au milieu du péché ; la vie que nous possédons est la manifestation de cette même vie de Christ, vie sainte sur la terre, dans nos corps mortels. Telle est ma responsabilité journalière : ma vie doit être la manifestation du second, et non du premier Adam. Je jouis de sa sainteté, parce que je suis saint ; de son amour, parce que je suis capable de le comprendre. La vie chrétienne a deux faces : la communion avec sa source, et ce qui s’en manifeste au dehors. Vous ne pouvez séparer la communion avec le Père et avec le Fils, de la marche dans la lumière. C’est pourquoi l’apôtre dit : « Ce que je vis maintenant dans la chair, je le vis dans la foi, la foi au Fils de Dieu ». Il est mon objet. Dieu seul peut être sans un objet ; il se suffit à Lui-même, tandis qu’une créature ne le peut pas. Il n’y a pas un seul jour où cette communion ne puisse se réaliser. Dans la mesure où nous vivons avec Dieu, nous le manifestons devant les hommes ; la chose est impossible si nous ne sommes pas en communion avec Lui ; nous ne pouvons vivre en chrétiens sans cette dernière. Nous marcherons toujours d’après l’objet dont notre coeur est rempli ; si c’est le monde, selon le monde ; si c’est Dieu, selon Dieu. Il ne peut en être autrement ; car tout dépend de la relation dans laquelle je me trouve. Dans le détail, nous rencontrons toutes les variétés possibles. Si l’on n’a pas la conscience d’être un enfant de Dieu, on ne peut manifester ce que c’est qu’un enfant de Dieu. Si un enfant craint à chaque instant qu’on ne découvre qu’il n’est pas l’enfant de son père, il n’aura aucune liberté pour montrer qu’il possède cette relation. Toute la vie chrétienne est le reflet, l’expression, de ce que nous avons la certitude d’être. Nos relations intimes avec le Père et avec le Fils, avec Dieu qui est amour et lumière, sont une réalité. Nous y sommes, sans doute, avec la faiblesse d’hommes dans la chair, mais nous y sommes. Pensez-vous que Dieu vous aimera davantage dans le ciel ? Non ; Dieu a aimé le monde, il a pensé aux pécheurs ; Christ a aimé l’Église, son Épouse. Peut-il l’aimer davantage ?

Si vous écoutez la prière d’un chrétien professant, vous trouverez qu’il confond continuellement les titres de Dieu, parce qu’il n’est pas en relation avec lui. Le croyant qui est réellement dans cette relation, dit « Père », quand il s’adresse à son Père, et « Seigneur » quand il pense à Sa souveraineté. Si vous vivez dans ces relations, votre coeur est formé par elles. Dieu nous aime ici-bas comme il nous aimera dans le ciel ; il tient à nous de la même manière qu’il le fera éternellement. Sans doute, nous ne comprenons pas cet amour, comme nous le comprendrons alors, mais nous sommes tenus d’être en pratique, malgré la chair, ce que nous serons quand nous verrons le Père. Il est dit du Seigneur : « Le Fils de l’homme qui est dans le ciel ». C’est aussi là que le chrétien est placé par la puissance du Saint-Esprit ; et, s’il en est ainsi, il rapporte tout ce qu’il est et tout ce qu’il fait ici-bas à ce que Dieu est pour lui, et à ce que lui est pour Dieu.

La perfection de cette relation ne sera manifestée publiquement que dans la gloire, selon qu’il est dit : « Et la gloire que tu m’as donnée, moi, je la leur ai donnée, … afin que le monde connaisse que toi tu m’as envoyé, et que tu les as aimés comme tu m’as aimé » (Jean 17:22). Quelle relation ! Comme cela nous fait comprendre la grâce, et ce qu’est le coeur du Père, et cet amour du Christ qui nous place dans la même relation que Lui !

À quel moment cela sera-t-il manifesté au monde ? « Quand le Christ, qui est votre vie, sera manifesté, alors vous aussi, vous serez manifestés avec Lui en gloire » (Col. 3:4). Ce sera à « la venue de notre Seigneur Jésus avec tous ses saints » (1 Thess. 3:13). Nous serons tous ensemble dans la même gloire que Lui, et nous lui serons semblables quand nous le verrons tel qu’il est.

La venue du Seigneur est envisagée de trois manières dans le Nouveau Testament.

1° D’une manière générale. Il y a un siècle à venir, un « monde habitable à venir », où il gouvernera et ordonnera toutes choses selon sa pensée. Ce ne sera pas comme aujourd’hui l’action du Saint-Esprit dans les coeurs, en opposition au monde, mais un changement complet des relations du monde avec Dieu. Christ sera là ; la gloire sera établie sur la terre. Il faudra que tout se soumette absolument aux droits de Jésus.

2° La venue du Seigneur en jugement sur ceux qui auront rejeté son autorité. Quand ils diront : Paix et sûreté — une ruine subite viendra sur eux. Ils apprendront trop tard que cet homme qui a été chassé par ceux qui ont dit : Nous ne voulons pas qu’il règne sur nous, a des droits sur le monde qui lui appartient, et qu’il viendra revendiquer ces droits. Il exercera la vengeance sur ceux qui le persécutent, le méprisent et le rejettent encore aujourd’hui, dans la personne de ses bien-aimés.

3° La venue de Jésus pour ses saints est toute autre. Nous avons part avec Lui ; nous sommes héritiers de Dieu, cohéritiers de Christ. Il veut nous avoir auprès de Lui, comme il nous porte déjà sur son coeur.

Nous l’attendons », mais paraître avec Lui, comme cela nous est dit dans notre passage, quand il viendra avec tous ses saints (1 Thess. 3:13), ce n’est pas l’attendre. Quand il viendra avec nous, toutes nos relations avec le Père et le Fils seront manifestées dans leur perfection. Son amour parfait nous fera partager absolument tout ce dont il jouit. Il nous a préparé une place dans la maison du Père, et c’est sa place à Lui. Il est homme, nous sommes hommes ; il est Fils, nous sommes fils ; il est dans la gloire, et nous y serons avec Lui ; il est saint et irréprochable devant Dieu en amour, et nous serons comme Lui dans la jouissance de la sainteté de Dieu, sans reproche.

Quant à nos relations avec Dieu, elles existent déjà en perfection ; mais le fait que nous sommes dans ce corps nous fait toujours soupirer après ce que nous serons en la présence de Dieu, quand ce qui est mortel aura été absorbé par la vie — et cela nous remplit du désir de marcher en accord avec cette glorieuse perspective. Vous trouvez cette pensée en Phil. 3. L’apôtre désire posséder la résurrection en elle-même, mais veut déjà en avoir maintenant la puissance dans son coeur. Plus j’avance dans un corridor sombre au bout duquel brille une lampe, plus j’ai de lumière ; mais je ne touche pas la lampe elle-même avant d’être arrivé au bout du couloir.

« Pour affermir vos coeurs sans reproche, en sainteté, devant notre Dieu et Père » (v. 13). C’est la réalisation actuelle des relations dans lesquelles nous sommes placés. Dieu ne veut pas abaisser la mesure de son caractère ; il faut que nous soyons affermis maintenant dans cette sainteté dont toute la plénitude se voit devant notre Dieu et Père.

« Que le Seigneur vous fasse abonder et surabonder en amour les uns envers les autres et envers tous » (v. 12). Si nous nous aimons les uns les autres, Dieu demeure en nous, réalisé dans nos âmes par l’amour, et c’est la force de la sainteté. Nous aurons atteint cela parfaitement devant Dieu, à la venue du Seigneur, mais l’apôtre ne veut pas que nous ayons une mesure d’amour moindre que la perfection de la relation dans laquelle il nous a introduits. Il nous place en la présence de Dieu où toutes nos pensées et nos affections ne peuvent être que le reflet des pensées et des affections de Dieu pour nous. C’est parce que nous y sommes que nous pouvons en être le reflet, car nous ne pouvons refléter ce que nous ne voyons pas. Dieu nous place ici-bas dans la conscience de cette relation, afin que nous ayons des motifs absolus pour résister au péché, et au monde.

La fin de ce chapitre resplendit comme une constellation de vérités ! « Devant notre Dieu et Père ! Avec Lui ! Lui, avec tous ses saints ? » Il nous prend pour compagnons, nous introduit avec Lui dans l’avenir, y place maintenant nos coeurs ! Nous serons ses compagnons quand il viendra, parce que nous le sommes maintenant ! Et en attendant, ce qui affermit mon coeur tout le long du chemin, c’est que Dieu s’est manifesté à moi en Christ, et m’a placé avec tous mes frères dans la relation de Christ avec Lui.

En 1 Jean 2, nous voyons qu’il y a progrès dans cette connaissance. L’apôtre s’adresse d’abord à tous les chrétiens : « Je vous écris, enfants, parce que vos péchés vous sont pardonnés par son nom ». C’est la base de tout. Puis viennent les petits enfants : « Vous connaissez le Père ». C’est le commencement de la vie chrétienne ; on ne sait pas ce que c’est que d’être un chrétien, si on ne connaît pas cela. Les jeunes gens ont « vaincu le méchant » ; il y a chez eux développement, combat et expérience. Les pères connaissent Celui qui est dès le commencement. Par la pratique, ils connaissent les richesses insondables de Christ.

Les chrétiens sont enfants de Dieu et pardonnés ; mais, demeurant en Dieu et Dieu en eux, ils sont responsables de manifester « la vie de Jésus dans leur chair mortelle ». Par la jouissance de la communion avec Dieu, ils seront affermis ; leurs coeurs seront sans reproche, et seront ainsi une expression publique de ce que Dieu est dans leurs coeurs.

La pensée du jugement peut agir sur la conscience, et c’est une chose légitime, mais ce n’est pas la force. La force journalière, c’est la communion avec Lui. S’il y a quelque chose de bon dans notre vie d’ici-bas, c’est toujours l’expression des relations que nous possédons avec Lui, par grâce, en Jésus-Christ.


197 - Méditations de J. N. Darby — Philippiens 2

15 juillet 1868 — n°197 : ME 1913 p. 274

L’expérience chrétienne est le sujet de cette épître ; elle décrit en détail le sentier du chrétien, vivant dans la puissance de l’Esprit de Dieu. Nous en voyons, pour ainsi dire, le modèle ; on n’y trouve aucune incertitude, mais une parfaite confiance en Dieu. La puissance de l’Esprit de Dieu au milieu du mal, notre lien avec Lui, n’y sont jamais présentés comme affaiblis. Elle insiste sur ce qu’il nous faut apprendre, c’est-à-dire l’entière mise de côté du moi.

Le chap. 2 nous présente l’homme humilié ici-bas ; le chap. 3, l’homme glorifié à la droite de Dieu. Le chap. 2 fait ressortir ce qui forme notre caractère ici-bas, non pas un Christ monté en haut, mais un Christ descendu. Ces deux chapitres nous présentent le déploiement de la vie de Dieu en nous. La seule pensée de Paul, au chap. 3, est qu’il se trouve en chemin vers la gloire ; il n’a point de difficultés ; il estime toutes choses comme des ordures, afin de gagner Christ. En effet, quand l’oeil est fixé sur Lui, il n’y a point de difficultés. On ne court pas dans la lice en gardant son manteau sur soi, et, pour remporter le prix, la simple condition est d’avoir le but (Christ) devant les yeux, et de ne pas en détourner ses regards.

Au chap. 2, le coeur est modelé sur lui. Nous n’y trouvons pas la gloire qui nous attire, comme au chap. 3 ; mais un Christ dont nous devons connaître la pensée pour marcher à travers ce monde. Or cette connaissance juge le moi et produit une conformité et une ressemblance complète avec Lui.

Tout ce que nous possédons pour le moment dans ce monde, c’est le déploiement de la bonté au milieu du mal. La chute de l’homme est générale ; le mal n’a jamais été guéri — mais je connais un autre homme, le Seigneur Jésus-Christ. Le premier homme est complet dans sa ruine ; le second homme complet dans sa gloire. Le premier homme n’est absolument bon à rien ; mais Dieu introduit dans la scène où l’homme se trouve la plénitude de la bénédiction, et aucune chute ne peut rompre un lien formé par la puissance de Dieu. Rien ne peut nous séparer de l’amour de Dieu qui est dans le Christ Jésus, notre Seigneur. Les ténèbres qui nous entourent ne font que donner plus d’éclat à la lumière, à la grâce qui a amené Dieu sur la scène. Paul dit : Si vous voulez rendre ma joie accomplie, ayez tous une même pensée, et quelle grâce il met dans cette exhortation ! Il faut que la puissance de Dieu agisse dans nos coeurs pour y produire la pensée de Christ. Le moi ne peut subsister à côté d’elle ; il faut en avoir fini avec lui. Le premier homme fut désobéissant jusqu’à la mort ; dans le second homme, nous trouvons précisément le contraire. Le premier homme s’est élevé, le second s’est abaissé. Le moi aime à être servi, l’amour se plaît à servir. Prenons-nous toujours cette place ? Christ l’a prise et, comme le serviteur hébreu, il « servira à toujours » (Ex. 21). C’est dans cette qualité qu’il est maintenant occupé à laver les pieds de ses disciples, après s’être ceint pour les servir. Il nous exhorte à faire de même (Jean 13), mais il reste le premier, grand, saint et parfait exemple du service. Il n’a cessé d’aller en descendant depuis la gloire de Dieu jusqu’à la croix. Où trouvons-nous trace du moi dans son exemple ?

Regardons à Christ ; contemplons-le, nourrissons-nous de lui, dans son humiliation ; nous serons alors formés sur son caractère. Nous le verrons dans nos frères, et ainsi il ne nous sera pas difficile de les estimer supérieurs à nous-mêmes (v. 4). Si l’amour de Christ est dans mon coeur, je verrai tout ce qu’il y a de bon dans les autres, et le moi sera complètement perdu de vue.

Un autre trait caractéristique du sentier chrétien est l’obéissance. Christ est devenu obéissant jusqu’à la mort, et à la mort de la croix (v. 8). Ce qui caractérise le nouvel homme est toujours la dépendance et l’obéissance : « Voici, je viens, dit-il, pour faire, ô Dieu, ta volonté ». L’obéissance du Christ était d’avoir la volonté de Dieu comme seul objet et seul motif. Son obéissance était continuelle. Telle doit être la nôtre ; rien ne doit mettre obstacle, dans nos pensées, à la toute-suffisance de Dieu, dans quelque circonstance que nous nous trouvions. La parole de Dieu est le guide et l’aliment dont le nouvel homme se nourrit. Enlevez-la, il ne reste rien ; il n’y a point de vérité dans le monde sans la Parole écrite. Christ est la Parole vivante.

(v. 12-14). — Paul était absent ; présent, il avait travaillé pour les Philippiens ; désormais, ils avaient à poursuivre seuls le combat, mais Dieu était toujours avec eux. Si nous nous reposons entièrement sur Lui, il ne peut jamais y avoir d’obstacle qui nous fasse rebrousser chemin ; car il est impossible que Dieu ne puisse pas poursuivre ses intentions dans ses saints. « C’est lui qui opère en nous le vouloir et le faire selon son bon plaisir » (v. 13).

(v. 15-16). — Le chrétien étant ici-bas dans le sentier de la grâce, son moi doit s’abaisser toujours. Je le répète : l’amour se plaît à servir. Pour glorifier Christ, nous ne devons tenir aucun compte de nous-mêmes. Notre position ici-bas est bien solennelle : nous sommes revêtus du caractère de Christ pour traverser ce monde — cette génération tortue et perverse — en dépit des efforts de Satan pour nous faire marcher selon la chair. Tout chrétien, s’il est en bon état, c’est-à-dire ne pensant point à lui-même, est une épître de Christ.

Notre marche est-elle celle de Christ quand il était ici-bas ? Nous rappelons-nous que nous avons été achetés à prix ? Regardons à Christ : il allait, s’abaissant toujours. Il a commencé à la crèche, car il ne voulait occuper aucune place dans le monde. Où en aurait-il trouvé une ? Si le monde est séparé de Dieu, quel chemin pouvons-nous y suivre ? Le sien était de n’y avoir aucun lieu où reposer sa tête ; le monde était un désert pour lui et nous, nous devons le suivre à travers le désert.

C’est là le vrai secret de Christ ; il nous faut apprendre de Lui, comme Marie, assise à ses pieds pour écouter sa parole. Aimeriez-vous que le monde vous honorât et vous regardât avec estime, ou préférez-vous qu’il vous regarde comme il regardait votre Seigneur ? Soyez beaucoup en sa compagnie, et vous lui ressemblerez en quelque mesure, peu importe dans quelles circonstances. Il ne pensait jamais à lui-même. Voyez-le sur la croix, pensant à sa mère ; dans le jardin, guérissant l’oreille d’un esclave. Se donnait-il même le temps de manger, de se reposer, de s’occuper de lui ? Nous n’avons jamais aucune excuse, si nous laissons notre moi reparaître ; car si nous étions habituellement avec Christ, la chair ne lèverait point la tête. Puissent nos coeurs s’attacher toujours davantage à Lui seul !


198 - Méditations de J. N. Darby — 2 Corinthiens 3 ; le voile — 1 : Le voile sur la face de Moïse

n°198 : ME 1913 p. 287

Dans la simplicité du ministère de l’Évangile gît sa propre dignité. Mais atteindre cette simplicité est la grande difficulté, à la fois pour ceux qui servent dans le ministère et pour ceux qui écoutent ; parce que le ministère, ou service, est considéré comme une profession savante, et que le christianisme est pour la plupart une affaire traditionnelle.

« Ayant donc une telle espérance », dit l’apôtre, nous usons d’une grande liberté » (2 Cor. 3:12). La gloire du ministère est la vérité qu’il présente, aussi bien que le pouvoir de Dieu de se rencontrer en grâce salutaire avec un pécheur exposé à son juste jugement. La grande variété de caractères et de talents qu’on rencontre chez l’homme disparaît devant cette vérité que, lorsque l’homme est introduit dans la présence de Dieu, « il n’y a point de différence, mais que tous ont péché et sont privés de la gloire de Dieu » (Rom. 3:23). Cette conclusion ayant été établie, il n’existe plus aucun empêchement pour le ministère d’agir selon la capacité qui lui appartient, pour se rencontrer avec l’homme dans sa seule vraie condition comme pécheur. Qu’« il n’y ait point de différence entre un homme et un autre homme devant la lumière de la gloire de Dieu », est une chose admise par le ministère du Nouveau Testament, tout aussi bien que, dans une démonstration mathématique, il est admis que « le tout est plus grand qu’une de ses parties ». Nier que l’homme soit perdu, c’est réellement annuler la mort de Christ, dépouiller le ministère du Nouveau Testament de toute sa gloire, et le réduire au niveau d’un système de morale. On peut sans doute le supposer supérieur à d’autres systèmes de même nature, mais il ne sera jamais qu’un des nombreux moyens de venir en aide à l’homme pour son développement, au lieu d’être la seule puissance de Dieu à salut.

Cette pensée au sujet de l’Évangile est de toute importance ; elle rendra peut-être « une grande hardiesse de parler » plus difficile à atteindre que même aux jours de Paul. Lui avait atteint son but, quand il avait réduit le Juif religieux au même niveau que le païen idolâtre, ou le Grec policé, au même niveau que le Scythe barbare. Il est aussi difficile de dépouiller des chrétiens de naissance de leur christianisme, il est aussi difficile de leur faire voir, qu’à moins d’échanger leur christianisme de naissance contre Christ lui-même, ils périront dans leurs péchés — qu’il ne l’était pour Paul de faire comprendre aux Juifs qu’ils ne valaient pas mieux que les gentils.

« Et nous ne faisons pas comme Moïse qui mettait un voile sur sa face, pour que les enfants d’Israël n’arrêtassent pas leurs yeux sur la consommation de ce qui devait prendre fin » (2 Cor. 3:13). Ici, l’apôtre Paul met en contraste la simplicité, la hardiesse, la franchise de son témoignage, à la fois quant à la ruine sans espoir de l’homme et quant à la surabondante grâce de Dieu, avec l’obscurité jetée sur toutes deux par le ministère de Moïse. Cette obscurité était nécessaire pour ce temps-là, car quoique Dieu eût « fait connaître ses voies à Moïse », et l’eût fait entrer dans le secret de sa grâce, cependant son ministère ostensible n’était pas celui de la grâce, mais celui de la loi. « La loi a été donnée par Moïse ; la grâce et la vérité vinrent par Jésus-Christ » (Jean 1:17). Le peuple avait contracté inconsidérément une alliance avec Dieu, disant : « Tout ce que l’Éternel a dit, nous le ferons » (Ex. 19:8) ; cependant, quand ils virent les tonnerres, et les flammes, et le son de la trompette, et la montagne fumante, ils tremblèrent et se tinrent loin, et dirent à Moïse : « Toi, parle avec nous, et nous écouterons ; mais que Dieu ne parle point avec nous, de peur que nous ne mourions ».

Jusqu’ici il y avait de la terreur, mais point d’obscurité. Il n’y avait point de voile sur le visage de Moïse, quand il descendit de la montagne après le premier séjour de « 40 jours et 40 nuits qu’il y fit » (Ex. 32). Le péché du peuple le fit descendre ; et « Moïse se tourna, et descendit de la montagne, ayant dans sa main les deux tables du témoignage. Et les tables étaient l’ouvrage de Dieu, et l’écriture était l’écriture de Dieu, gravée sur les tables ». Ici, l’alliance était dans la main du médiateur, tout était clair et lumineux. « Et il arriva que lorsque Moïse s’approcha du camp, il vit le veau et les danses et la colère de Moïse s’embrasa, et il jeta de ses mains les tables et les brisa au pied de la montagne » (Ex. 32:19). Cette action était bien significative : le peuple avait rompu l’alliance ; et le médiateur de l’alliance déclarait, en les brisant, qu’elle était rompue, et le jugement en était la suite. Aucun voile n’était nécessaire à cette occasion. Le médiateur avait montré que l’alliance était rompue ; alors il intercède pour le peuple ; et le Seigneur, dans sa fidélité à sa promesse au sujet de la terre de Canaan, propose d’envoyer son Ange devant eux (Ex. 32:30-35 ; 33:1-3).

Mais ceci ne peut satisfaire le coeur de Moïse ; il est en perplexité, et supplie le Seigneur, disant : « Fais-moi connaître ton chemin » ; et : « Si ta face ne vient pas, ne nous fais point monter d’ici ; car à quoi connaîtra-t-on que j’ai trouvé grâce à tes yeux, moi et ton peuple ? Ne sera-ce pas en ce que tu marcheras avec nous ? Ainsi, moi et ton peuple, nous serons séparés de tout peuple qui est sur la face de la terre. Et l’Éternel dit à Moïse : Je ferai cela aussi, dont tu as parlé ; car tu as trouvé grâce à mes yeux, et je te connais par nom ». Moïse enhardi, anticipant pour ainsi dire la déclaration pleine de grâce de celui auquel il rendait témoignage — car à chacun qui a, il sera donné — insiste dans sa requête : « Je te prie, fais-moi voir ta gloire ».

Moïse avait vu d’une manière remarquable la gloire de Dieu, lorsqu’il avait donné la loi ; mais, dans le tabernacle de l’assemblée qu’il avait dressé hors du camp, le Seigneur avait parlé à Moïse face à face, « comme un homme parle avec son intime ami » (Ex. 33:11) ; aussi cherchait-il la vue d’une gloire plus excellente que celle que donnait la loi. Il y avait, derrière la loi, « un chemin » de Dieu, et une « gloire » de Dieu, qui était la fin de la loi, et à laquelle la gloire de la loi servait de préparation et d’introduction. C’était cette gloire que Moïse dut voiler, le temps de sa manifestation publique selon les conseils de Dieu n’étant pas encore « accompli » (Voyez Marc 1:15).

Cette gloire, révélée à Moïse, était réellement « la gloire de Dieu dans la face de Jésus-Christ » (2 Cor. 4:6). Dieu l’a proclamée ainsi : « Je ferai passer toute ma bonté devant ta face, et je crierai le nom de l’Éternel devant toi ; et je ferai grâce à qui je ferai grâce, et je ferai miséricorde à qui je ferai miséricorde » (Ex. 33:19). La souveraineté de Dieu en grâce est un élément essentiel de sa gloire. Israël s’était détruit lui-même, et il n’y avait de secours pour lui que dans l’Éternel (Osée 13:9). Quand tout est perdu, alors est venu le temps où la grâce peut se montrer. Mais la gloire de cette grâce ne pouvait être considérée directement par le législateur d’Israël. Moïse ne pouvait la voir que dans les voies de Dieu, par derrière, après Son passage.

Ayant taillé deux tables de pierre, comme les premières qu’il avait brisées, Moïse monta une seconde fois sur la montagne de Sinaï, et l’Éternel descendit dans la nuée, et s’arrêta là avec lui, et cria le nom de l’Éternel (Ex. 34:1-5). Après un séjour sur la montagne de 40 jours et 40 nuits (v. 28 ; Deut. 10:10), « Moïse descendit de la montagne de Sinaï, tenant en ses mains les deux tables du témoignage — et il ne savait pas que la peau de son visage rayonnait, parce qu’il avait parlé avec Dieu » (Ex. 34:29).

Il y a dans la grâce une puissance capable de transformer : quarante jours de relations intimes avec le Dieu de toute grâce avaient opéré merveilleusement sur Moïse. Maintenant, son coeur connaissait par expérience la grâce avec laquelle il avait conversé, mais il n’avait aucune conscience de l’impression visible qu’elle avait produite sur lui. Bienheureux sommes-nous, quand nous connaissons le secret de l’intimité avec la grâce de Dieu. Elle réjouit le coeur ; elle imprime à la marche du croyant un cachet d’humilité, de telle sorte qu’il est surpris que quelqu’un s’aperçoive du changement produit en lui. En effet, nous pouvons être assurés que nous ne serons jamais employés dans le service de Dieu, sans que nous soyons comme rien à nos propres yeux. Si Dieu fait « resplendir notre face » aux yeux des autres, nous-mêmes devons être les derniers à le découvrir.

Le peuple est plus effrayé de la gloire de la face de Moïse, que des deux tables qui sont dans sa main. Tel est l’homme ! Il est tout disposé à entreprendre pour toute la vie d’obéir à des commandements, mais plus Dieu, dans sa grâce, s’approche de lui, plus il cherche à éviter cette rencontre. Toujours l’homme aime à se trouver loin de Dieu, c’est là son élément naturel ; de sorte que, même quand la doctrine de la croix est proclamée comme renversant toutes les barrières sur le chemin par lequel un pécheur a accès auprès de Dieu — et cette religion, ils osent l’appeler christianisme — ils préfèrent se placer sous une obligation vis-à-vis de Dieu, que de recevoir son don gratuit.

Moïse avait appris a connaître « le chemin de l’Éternel », supportant dans sa miséricorde un peuple placé sous la malédiction de la loi violée. Mais c’est précisément cette gloire qu’il était obligé de voiler, parce que les enfants d’Israël ne devaient pas arrêter leurs yeux sur la consommation de ce qui devait prendre fin. Pour Moïse, tout ce qu’on pouvait attendre de la loi était déjà prouvé. Il pouvait voir ce qui remplacerait cette loi, car « Christ est la fin de la loi pour justice à tout croyant » (Rom. 10:4). Mais Israël, dans son ensemble, ne pouvait pas voir au delà de la loi et attendait d’elle la justice, alors qu’il se trouvait sous sa malédiction. Dieu, conséquent envers lui-même, et non à cause de leurs justices, introduisit éventuellement Israël dans la terre de Canaan. Mais à l’égard des individus, comme il l’avait dit à Moïse, « il faisait grâce à qui il faisait grâce » (Ex. 33:19). Toute âme, ainsi vivifiée par sa grâce, pouvait virtuellement voir, au delà de la loi, la gloire qui resplendissait sur le visage de Moïse. Mais, pendant que le voile était sur la face de Moïse, la grâce était nécessairement obscure. Or maintenant, dit l’apôtre, il n’y a plus de ténèbres. Le ministère est « le ministère de la grâce de Dieu » — de « l’évangile de la gloire du Christ qui est l’image de Dieu » — « l’évangile de la gloire du Dieu bienheureux » (Éph. 3:2 ; 2 Cor. 4:4 ; 1 Tim. 1:11) ; il est la pleine manifestation de la gloire de cette grâce, dont les rayons illuminaient la face de Moïse, sans que les tables de la loi, que Moïse tenait dans sa main, vinssent l’obscurcir. « La grâce et la vérité sont venues par Jésus-Christ ».

De nos jours, la prédication de l’Évangile de la grâce de Dieu est-elle bien caractérisée par cette grande liberté et cette hardiesse de parole que nous trouvons en Paul ? La prédication moderne n’est-elle pas mieux figurée par Moïse tenant en ses mains les deux tables de la loi, et ayant un voile sur son visage, qui couvre la gloire de la grâce ? Le temps, au milieu duquel nous vivons, a une analogie remarquable avec les temps apostoliques, pour ce qui concerne la réception du témoignage de la pure grâce. C’est à des chrétiens gentils que Paul parle du voile qui couvrait la face de Moïse. Une justice légale, une sainteté*cérémonielle, une sagesse philosophique, sont des barrières également impénétrables à la réception de la grâce, et même à la compréhension de ce qu’elle est, car elle ne peut guère être comprise, sans être goûtée. Le christianisme moderne, dans ses traits généraux, est un effort pour confondre ces éléments incompatibles, la grâce et la loi, un effort ayant pour résultat une justice conventionnelle, car l’union de la grâce et du ritualisme produit « l’assujettissement aux ordonnances » et « un culte arbitraire » ; tandis que l’union de la grâce avec la sagesse humaine aboutit à « la philosophie et à de vaines déceptions » (Comp. Col. 2, avec Gal. 5). Ces choses ne sont que des imitations de Moïse tenant dans ses mains les deux tables de la loi et ayant le visage couvert d’un voile.

Cette vérité se manifeste souvent d’une manière bien significative par la place que ces religions nationales donnent aux tables de la loi, en les plaçant au-dessus de la table de la communion, type frappant, en vérité, de leur organisation. Les doctrines de la grâce sont énoncées avec une grande précision dans leurs Articles de foi, et ces doctrines sont prêchées de coeur du haut de nombreuses chaires ; mais toute cette clarté d’exposition est obscurcie par un rituel conduisant à une justice légale.

Que le Seigneur veuille accorder à tous ses serviteurs qui agissent dans le ministère, d’être et de demeurer dans une position où ils pourront user d’une « grande liberté » dans l’Évangile !


199 - Méditations de J. N. Darby — 2 Corinthiens 3 ; le voile — 2 : Le voile ôté en Christ (2 Corinthiens 3:18)

n°199 : ME 1913 p. 308

Nous ne pouvons assez admirer la sagesse de Dieu dans le don qu’il nous a fait d’une histoire détaillée d’Israël. Cette histoire est écrite spécialement « pour notre instruction ». Elle démontre clairement l’impossibilité qu’il y a pour l’homme à maintenir sa position devant Dieu, toutes les fois qu’il est placé sous une responsabilité légale. Cependant une démonstration de cette sorte fait défaut, quand il s’agit de porter la conviction dans la conscience. C’est par le pouvoir vivifiant de l’Esprit de Dieu qu’un homme apprend réellement à connaître la ruine sans espoir dans laquelle le péché l’a plongé. Quand un homme est ainsi réellement convaincu de péché, il est capable de profiter de la démonstration que lui offre l’histoire d’Israël, lui montrant la vanité de tout ce qu’on peut attendre de la loi. « L’homme spirituel discerne toutes choses » (1 Cor. 2:15). Mais l’histoire d’Israël nous présente encore une autre instruction, en nous montrant si particulièrement le pouvoir aveuglant d’une religion héréditaire et traditionnelle, même dans le cas d’une organisation originellement établie par Dieu lui-même. L’effet produit par un système de ce genre est d’aveugler les consciences des hommes quant à leur position devant Dieu. « Leurs entendements ont été endurcis, car jusqu’à aujourd’hui, dans la lecture de l’ancienne alliance, ce même voile demeure sans être levé » (2 Cor. 3:14). Leur propre histoire dans le désert ; le cantique que Moïse avait appelé en témoignage contre eux (Deut. 32) ; le témoignage de Samuel contre la corruption de la sacrificature ; le ministère des prophètes par lequel leur orgueil était abattu (Osée 5:5) ; tandis que, par ce même ministère, le fidèle engagé dans le combat était fortifié par des promesses pleines de grâce ; la captivité de Babylone et leur délivrance de cette captivité ; le renouvellement de la parole du Seigneur par Jean-Baptiste (Luc 3:2), après un lugubre silence de 400 ans ; le ministère du Seigneur Jésus lui-même, et plus tard, celui des apôtres avec le Saint-Esprit envoyé du ciel — tout fut impuissant à ôter le voile de dessus la face de Moïse. Jusqu’à aujourd’hui, nous pouvons le dire avec la même vérité que Paul, le voile demeure dans la lecture de l’Ancien Testament sans être levé.

Il n’y a qu’une seule condition dans laquelle le voile tombe de devant le visage de Moïse : Moïse et Élie apparurent avec Jésus sur la montagne de la transfiguration, mais ils disparurent de la scène à ces mots expressifs : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, écoutez-le ! » (Luc 9:28-36). Quand nous sommes enseignés de Dieu, nous venons à Jésus, et de Lui nous apprenons à reporter nos yeux en arrière vers Moïse ; et il faut que nous ayons fait cela avant de pouvoir, avec intelligence et profit, regarder de Moïse vers Christ. Quand nous connaissons le Seigneur, « le voile tombe de dessus le visage de Moïse ». « Ce même voile prend fin en Christ » (2 Cor. 3:14). Ce fut après que les disciples eurent vu le Seigneur ressuscité d’entre les morts, qu’il ouvrit leur entendement pour comprendre les Écritures. « Et il leur dit : Ce sont ici les paroles que je vous disais quand j’étais encore avec vous, qu’il fallait que toutes les choses qui sont écrites de moi dans la loi de Moïse, et dans les prophètes, et dans les psaumes, fussent accomplies » (Luc 24:44). La conversion de Saul, le pharisien, à la foi de Jésus, nous offre un exempte remarquable du voile ôté en Christ. Du moment que le Seigneur lui apparut sur le chemin de Damas, qu’il découvrit que Jésus de Nazareth, contre le nom duquel il croyait qu’il fallait faire beaucoup (Actes 26:9), était véritablement le Seigneur de gloire, dès ce moment-là le voile tomba de dessus la face de Moïse et de dessus son propre coeur. Le même homme qui avait été zélé plus que tous ceux de sa nation pour la religion de ses pères, en ayant saisi la substance (Col. 2:17) dans sa propre âme, fut rendu ainsi éminemment propre à montrer à d’autres le danger qu’il y a de s’attacher à l’ombre, après que « la substance » même a été révélée. Désormais lui aussi pouvait montrer clairement la fin glorieuse annoncée d’avance par les ombres de la loi, savoir : « Christ, la fin de la loi en justice à tout croyant » ; car « la loi et les prophètes ont prophétisé jusqu’à Jean ».

En Christ, le voile fut ôté, de telle sorte que Paul put montrer à Israël, tout au travers de son histoire, la souveraineté de Dieu dans sa grâce envers eux, comme nation, et leur faire voir en même temps que, comme peuple, jamais ils n’avaient pu (ainsi qu’ils l’avaient follement pensé) se tenir devant Dieu sous la loi. L’apôtre pouvait également faire descendre de leur orgueilleuse position ceux qui disaient : « Nous savons que Dieu a parlé à Moïse » (Jean 9:29), et leur montrer qu’ils étaient aussi entièrement privés de droits à la gloire de Dieu, qu’un pécheur d’entre les gentils. Car il dit à Moïse : « Je ferai grâce à qui je ferai grâce, et j’aurai compassion de qui j’aurai compassion ».

Le vrai caractère de Moïse, comme médiateur de l’ancienne alliance, ne pouvait être reconnu que par un homme en Christ, quand le voile fut ôté de la face de Moïse. Et un homme, ainsi placé dans la grâce, pouvait découvrir non seulement la gloire de cette grâce sous le voile qui couvrait le visage de Moïse, mais l’enlèvement du voile découvrait aussi le vrai caractère de la loi comme ministère de mort et de condamnation. « Annulons-nous donc la loi par la foi ? À Dieu ne plaise : au contraire, nous établissons la loi ». L’intégrité de la loi paraît complète et entière, à qui est en Christ. Il voit que cette loi ne doit être que mort et jugement pour lui ; et il maintient la majesté de la loi précisément à cette occasion : « La loi est sainte, et le commandement est saint, et juste, et bon » (Rom. 7:12). Pour celui qui est en Christ, la loi est établie par la manière dont Christ l’a magnifiée, soit dans sa vie, soit dans sa mort. « L’Éternel a pris plaisir en lui à cause de sa justice ; il a rendu la loi grande et honorable » (Ésaïe 42:21). « Christ naquit sous la loi afin qu’il rachetât ceux qui étaient sous la loi, afin que nous reçussions l’adoption » (Gal. 4:4-5). C’était l’introduction dans la liberté à l’égard de laquelle Christ les avait affranchis, savoir la liberté d’enfants, qui leur faisait voir l’esclavage hors duquel ils avaient été délivrés, et la malédiction de laquelle ils avaient été rachetés. Ceux qui connaissent ces choses, ne voudraient pas rendre vaine la grâce de Dieu et annuler la mort de Christ, en se tournant vers la loi pour y trouver du secours ; ils apprendraient par expérience que rien, si ce n’est la grâce la plus entière, ne peut répondre à leurs besoins. Le voile fut ôté de dessus la face de Moïse, et la grâce resplendit dans toute sa splendeur.

Pour qui est en Christ, l’enlèvement du voile de dessus la face de Moïse a pris une importance toute particulière, en donnant la vie à ceux qui avaient été sous un joug accablant. Voyez avec quel sentiment Pierre en parle : « Maintenant donc, pourquoi tentez-vous Dieu, en voulant imposer aux disciples un joug que ni nos pères, ni nous n’avons pu porter ? Mais nous croyons être sauvés par la grâce du Seigneur Jésus-Christ, de la même manière qu’eux aussi » (Actes 15:10-11). Quand Pierre connut le Seigneur, tout ce système d’ordonnances si lourd à porter prit une vivante réalité. Le voile tombant de dessus la face de Moïse, tous les solennels commandements quant aux sacrifices, quant à la sacrificature, aux rangs, aux fêtes, devinrent des oracles vivants : tous ensemble, ils parlaient de Christ. La loi elle-même devint une prophétie. Les ombres recevaient à la fois un sens et un intérêt, maintenant que le corps (Christ) était venu, tandis que l’ombre à elle seule était peu intéressante et intolérable. Les ombres peuvent être utilement employées pour développer les richesses infiniment diverses de la grâce de Christ, leur réalité en Lui, au lieu que vouloir les imposer de nouveau comme devoirs, serait renier Christ ; ou bien les copier comme modèles, serait renvoyer bien loin en arrière ceux qui ont été « approchés par le sang du Christ » (Éph. 2:13).

En Christ, le vrai rocher frappé, la gloire de Dieu est manifestée et son nom déclaré : « Si toutefois », comme dit l’apôtre, « vous avez goûté que le Seigneur est bon » (1 Pierre 2:3). « Et vous approchant de Lui, comme d’une pierre vivante, rejetée par les hommes, mais choisie et précieuse auprès de Dieu, vous aussi, comme des pierres vivantes, êtes édifiés une maison spirituelle, une sainte sacrificature, pour offrir des sacrifices spirituels, agréables à Dieu par Jésus-Christ » (1 Pierre 2:4-5). Voilà « le joug aisé et le fardeau léger », que Christ place sur ceux qui le suivent, et c’est là leur vrai honneur et leur vraie dignité. Ils sont justifiés, ils sont saints, ils sont sacrificateurs et rois, et c’est pourquoi ils sont propres à « annoncer les vertus de Celui qui les a appelés des ténèbres à sa merveilleuse lumière ». Toute obscurité, pour ce qui est de Moïse, est ôtée ; la loi est comprise dans la réalité de son pouvoir de condamnation ; et au lieu d’être réduite à rien, afin de s’accommoder aux convenances de l’homme, elle est considérée comme manifestant en détail les perfections du Sauveur. Le caractère prophétique de la loi n’est pas seulement rendu intelligible, mais il réjouit aussi, en présentant dans un type admirable, « les biens » qui sont déjà nôtres pour en jouir en Christ. Mais après tout, la loi reste bien au-dessous, elle n’est qu’une ombre et non l’image même des choses, un tableau exquis d’une belle scène ; mais combien la scène elle-même ne surpasse-t-elle pas le tableau qui la reproduit !

Le voile est ôté en Christ, et Moïse se présente comme le héraut de la grâce : grâce dans l’amour qui choisit, grâce qui vivifie l’âme morte dans ses fautes et ses péchés, grâce qui nous ouvre les yeux pour voir la gloire de Christ, et dans sa personne, et dans son oeuvre ; grâce dans les « voies » de Dieu, supportant la misère de son peuple ; la grâce, en un mot, qui règne par la justice pour la vie éternelle par Jésus-Christ, notre Seigneur (Rom. 5:21).

Il y a deux points de vue qui renferment les plus profonds enseignements pour nous : « À moins qu’un homme soit né de nouveau, il ne peut voir le royaume de Dieu » (Jean 3:3) ; mais quand il est ainsi vivifié, il voit la force et connaît la bénédiction du commandement : « Tournez-vous vers moi et soyez sauvés ! » (Ésaïe 45:22). Celui qui est né de Dieu, lui seul, trouve du soulagement à porter ses regards loin de lui-même, sur la croix de Christ. Christ crucifié est pour lui « la puissance de Dieu et la sagesse de Dieu ». Mais quand il est conduit plus avant dans la doctrine de la croix, par le Saint-Esprit, la vérité de la substitution de Christ pour son peuple lui est clairement manifestée, savoir « que Dieu a fait celui qui n’a point connu le péché, être péché pour nous, afin que nous devinssions justice de Dieu en lui » (2 Cor. 5:21). Alors celui qui est né de l’Esprit est rendu capable de voir les choses d’un autre point de vue. Il peut reporter ses regards en arrière, de Christ sur lui-même, de ce que la grâce de Dieu l’a fait être en Christ, sur ce que, par une douloureuse expérience, il trouve en lui-même. Christ est pour lui la vraie lumière, et il est lui-même lumière dans le Seigneur, et ainsi l’homme né de nouveau est capable de démêler les contradictions, qu’il trouve en lui-même et de justifier Dieu de plus en plus dans le chemin de sa grâce.


200 - Méditations de J. N. Darby — 2 Corinthiens 3 ; le voile — 3 : Le voile sur le coeur d’Israël

n°200 : ME 1913 p. 325

Avec tout leur respect tant vanté pour Moïse, les Israélites ne le reçurent pas réellement comme le messager de Dieu. Ils l’avaient rejeté en Égypte, disant : « Qui t’a établi chef et juge sur nous ? » (Ex. 2:14). Quand il revint auprès d’eux avec des titres de créance si manifestes de la part de Dieu, ils murmurèrent à plusieurs reprises contre lui, et le dernier témoignage qu’il leur rendit fut : « Vous avez été rebelles à l’Éternel depuis le jour que je vous ai connus » (Deut. 9:24). « Car moi, je connais ton esprit de rébellion et ton cou roide. Voici, aujourd’hui, tandis que je suis encore vivant avec vous, vous avez été rebelles à l’Éternel ; combien plus le serez-vous après ma mort ! » (Deut. 31:27). Lorsque vint Jésus « le témoin fidèle et véritable » — « la vraie lumière » — alors Israël revendiqua les titres de Moïse, afin de rabaisser ceux de Jésus. C’est là une des formes du coeur corrompu de l’homme, de sa volonté perverse : il refuse de reconnaître le droit actuel de Dieu. Des hommes qui méprisent la grâce de Dieu en Jésus-Christ, veulent bien reconnaître ses droits dans la loi, et usent de la loi comme d’une arme pour rejeter Christ. Mais Jésus ne voulut point reconnaître la prétendue soumission des Juifs à Moïse : « Ne pensez pas que moi, je vous accuserai devant le Père ; il y en a un qui vous accuse, Moïse, en qui vous espérez ; car si vous croyiez Moïse, vous me croiriez aussi, car lui a écrit de moi. Mais si vous ne croyez pas ses écrits, comment croirez-vous mes paroles ? » (Jean 5:45-47). Le voile était sur leurs coeurs quand ils lisaient Moïse.

L’Évangile de la grâce de Dieu est la manifestation de la gloire de Dieu dans la personne et dans l’oeuvre de son Fils Jésus-Christ. Il est la complète expression de ce nom, que Dieu avait déclaré à Moïse. « La parole certaine et digne de toute acceptation », c’est « que Jésus-Christ est venu dans ce monde pour sauver les pécheurs » (1 Tim. 1:15). Que l’homme soit un pécheur perdu, tel est le terrain établi sur lequel Dieu s’adresse à lui dans le ministère de la réconciliation. Pierre déclarait à Israël comme peuple : « À vous premièrement, Dieu, ayant suscité son serviteur, l’a envoyé pour vous bénir, en détournant chacun de vous de vos méchancetés » (Actes 3:26). Mais malgré la clarté du témoignage, le voile était sur leurs coeurs, ils regardaient toujours à Moïse. Ils scellèrent leur péché national, en rejetant le Saint Esprit parlant par la bouche d’Étienne, et en mettant à mort celui-ci, comme précédemment ils avaient été les traîtres et les meurtriers du Fils. Lorsque l’apôtre des gentils fut appelé, il rendit témoignage à la pleine gloire de la grâce de Dieu en Jésus-Christ : « Sachez donc, hommes frères, que par lui vous est annoncée la rémission des péchés, et que de tout ce dont vous n’avez pu être justifiés par la loi de Moïse, quiconque croit est justifié par lui » (Actes 13:38-39). Mais le voile demeurait sur leurs coeurs. « C’était à vous premièrement qu’il fallait annoncer la parole de Dieu ; mais puisque vous la rejetez, et que vous vous jugez vous-mêmes indignes de la vie éternelle, voici, nous nous tournons vers les nations » (Actes 13:46).

Considérons maintenant une vérité fondamentale grandement altérée de nos jours : « Ni par force, ni par puissance, mais par mon Esprit, dit l’Éternel des armées » (Zach. 4:6). On peut, sans doute, annoncer très clairement et développer heureusement l’Évangile de la grâce de Dieu ; mais tandis que cet Évangile est à découvert « pour ceux qui ont trouvé la connaissance » (Prov. 8:9), si le pouvoir vivifiant de l’Esprit fait défaut, le véritable sens de l’Évangile reste caché et la grâce incomprise. De même, si nous n’avons donné l’assentiment de notre entendement aux doctrines de la grâce, pressé, en quelque sorte, par la clarté de leur exposition, le coeur toujours étranger à ses propres besoins, montre bien vite, qu’il rejette la grâce de Dieu, et que l’indépendance, au lieu de la joie en Christ, est son seul principe. Quand le Seigneur dit aux Juifs qui avaient été attirés par ses miracles : « Travaillez, non point pour la viande qui périt, mais pour la viande qui demeure jusque dans la vie éternelle, laquelle le Fils de l’homme vous donnera, car c’est lui que le Père, Dieu, a scellé » ; quelle fut leur réponse ? « Que ferons-nous, pour faire les oeuvres de Dieu ? » (Jean 6:27-28). Le coeur couvert du voile, accepte facilement la pensée de « travailler », mais il se refuse à la pensée de Dieu « qui donne » ; il se mettra à l’oeuvre honnêtement, anxieusement, « cherchant à établir sa propre justice », mais il refuse de « se soumettre à la justice de Dieu ». Se soumettre ainsi, c’est reconnaître la grâce de Dieu — et c’est reconnaître que Dieu peut donner librement, pour l’amour de lui-même, ce que l’homme jamais ne saurait acquérir, ni réclamer de Dieu comme son droit. Il faut que le voile soit ôté de dessus le coeur, pour que celui-ci discerne ces choses. Le voile tombe à la fois et du coeur d’Israël et de la face de Moïse. Néanmoins, « quand le coeur d’Israël se tournera vers le Seigneur, le voile sera ôté » (2 Cor. 3:16). Il n’y a qu’un seul pouvoir par lequel le coeur méchant d’Israël puisse être converti au Seigneur : les miracles ont été inefficaces sous ce rapport ; l’histoire nationale d’Israël était miraculeuse depuis son origine, mais ils n’en furent pas moins « une génération perverse et corrompue » ; et quand Jésus, dans son infinie condescendance, les invite à venir à Lui, il faut qu’il ajoute : « Mais je vous ai dit qu’aussi vous m’avez vu, et vous ne croyez pas » (Jean 6:36). Quoique Jésus leur parlât « comme jamais homme n’a parlé », les conducteurs religieux interrompirent avec colère les huissiers qui lui rendaient ce témoignage : « Aucun d’entre les chefs, ou d’entre les pharisiens, a-t-il cru en lui ? » (Jean 7:46-49). Leurs yeux étaient témoins de ses miracles, « mais quoiqu’il eût fait tant de miracles devant eux, ils ne crurent pas en lui » (Jean 12:37). Quand le Saint-Esprit descendit du ciel comme témoin de la gloire de ce Jésus qu’ils avaient crucifié — rendant des hommes ignorants et illettrés, capables de parler avec tant de clarté et de hardiesse pour glorifier son exaltation — cette parole est encore rappelée : « Gens de col roide, et incirconcis de coeur et d’oreilles, vous résistez toujours à l’Esprit Saint ; comme vos pères, vous aussi » (Actes 7:51). Qu’aurait-on pu faire de plus pour Israël que Dieu n’ait pas fait : « Ils sont sans excuse », et justement aveuglés jusqu’à ce jour.

Mais quoique le Seigneur ne puisse rien faire de plus pour Israël, il peut, pour l’amour de lui-même, faire l’oeuvre merveilleuse de tourner leurs coeurs vers Lui — et c’est ce qui est arrivé : « Et je répandrai sur vous des eaux pures, et vous serez purs ; je vous purifierai de toutes vos impuretés et de toutes vos idoles. Et je vous donnerai un coeur nouveau, et je mettrai au dedans de vous un esprit nouveau » (Ézéch. 36:25-26). « Ce n’est point à cause de vous que je le fais, dit le Seigneur, l’Éternel : sachez-le. Soyez honteux et soyez confus à cause de vos voies, maison d’Israël » (Vers. 32). « Ce n’est point à cause de vous, maison d’Israël, que je le fais, mais c’est à cause de mon saint nom » (v. 22). « L’Esprit vivifie » — c’est le privilège de Dieu d’avoir la vie en lui-même ; Dieu seul peut communiquer la vie — et là où le Saint-Esprit opère selon son office dans la rédemption, l’oeil est ouvert pour voir, l’oreille est ouverte pour entendre, le voile ôté de dessus le coeur, et le coeur gagné au Seigneur.

N’est-il question ici que d’Israël, et les paroles de Paul ne sont-elles pas adressées aussi à nous et écrites pour notre instruction ? Nous apprenons souvent à connaître le mieux notre propre position, en la voyant reproduite dans celle des autres. Ce n’est certainement pas sans intention que l’apôtre, par le Saint-Esprit, en réfère à la future conversion d’Israël, tout en écrivant à des convertis d’entre les gentils. Les Corinthiens pouvaient facilement penser que le privilège d’une civilisation très avancée serait favorable à la cause de l’Évangile ; mais dès le début, Paul répudie une aide pareille. Son témoignage au milieu d’eux, n’était pas en paroles persuasives de la sagesse humaine, mais en démonstration de l’Esprit et de puissance, afin que leur foi ne reposât pas sur la sagesse des hommes, mais sur la puissance de Dieu (1 Cor. 2:4-5). Ces sages Grecs avaient tracé la ligne de la civilisation, et comptaient pour barbares ceux qui se trouvaient en dehors : leur sagesse cependant, était compatible avec la plus grossière idolâtrie. En opposition avec les Grecs, nous trouvons le Juif religieux affirmant l’unité de la divinité. Le témoignage de Paul est le même pour tous deux, quoique opposés l’un à l’autre : « pour les Juifs un scandale, une folie pour les Grecs » (1 Cor. 1:23). Le voile était également sur le coeur des uns et sur celui des autres, entièrement impénétrable à cette doctrine ; et l’apôtre ne comptait que sur une seule puissance pour ôter le voile, et pour ouvrir les voies à la réception de son témoignage. Quand Jésus était sur le point de quitter ses disciples, il leur fit cette promesse : « Mais quand le Consolateur sera venu, lequel moi je vous enverrai d’auprès du Père, l’Esprit de vérité, qui procède du Père, celui-là rendra témoignage de moi. Et vous aussi, vous rendrez témoignage ; parce que dès le commencement vous êtes avec moi » (Jean 15:26-27). Ce double témoignage est également nécessaire : le témoignage des serviteurs de Dieu, et le témoignage vivifiant de l’Esprit. L’exposition la plus claire, les arguments les plus frappants, ne suffisent pas en dehors du pouvoir vivifiant de l’Esprit ; et comme il est l’Esprit de vérité, quand il a vivifié quelqu’un, il rend témoignage, parce que l’Esprit est la vérité (1 Jean 5:6).

On ne peut pas encore dire que le grand corps des professants soit livré à l’aveuglement par le jugement de Dieu, comme il en est d’Israël, quoiqu’il puisse y avoir des cas individuels dans lesquels Dieu envoie une efficace d’erreur, « pour qu’ils croient au mensonge » (2 Thess. 2:11). Mais au point de vue moral, il y a un voile aussi impénétrable sur les coeurs de la grande masse des chrétiens de nom quant à ce que l’Évangile est réellement, que pour ce qui touche le peuple d’Israël, quant à la venue du Messie. Sans parler du papisme, qui est manifestement antichrétien, quel est l’état du grand nombre des protestants de naissance et de traditions, même de ceux qui lisent le Nouveau Testament, si toutefois il est réellement lu ? On lit au travers de la tradition, d’un milieu qui par lui-même est suffisant pour rendre la parole de Dieu nulle et sans effet. On lit subjectivement, comme on lirait les oeuvres d’un auteur humain, au lieu que cette Parole se présente comme l’autorité et l’exposition de la pensée de Dieu, requérant l’obéissance de la foi. Ou bien encore, on cherche dans les livres saints un récit, des annales, sans avoir le moindre égard aux vérités liées à ces faits, c’est-à-dire aux doctrines de l’Évangile. On peut lire aussi ces Saintes Écritures sans reconnaître en elles, le moins du monde, la Parole vivante adressée à des pécheurs ou à des disciples, aussi directement qu’elle pouvait l’être aux premiers jours de l’Église, lorsque cette Parole sortait de la bouche du Seigneur ou de ses apôtres.

Le christianisme existe ; l’existence d’une église est reconnue ; et ces faits mêmes tendent doublement à garder le voile sur le coeur dans la lecture du Nouveau Testament. De ce que des hommes maintiennent le christianisme tel qu’ils l’ont trouvé, de ce qu’ils s’attachent à l’une ou l’autre de ses formes particulières de culte, on en infère volontiers que ces hommes sont chrétiens : de la connaissance personnelle de Dieu, tel qu’il est révélé en Christ, on ne s’en soucie pas. Les doctrines fondamentales de l’Évangile sont obscurcies ; ou bien, si elles sont exposées, une fiction les annule. La controverse entre protestants et catholiques romains est considérée par les premiers comme tournant plutôt sur l’irrationalisme de la croyance catholique et sur ses rapports avec la politique, que sur les questions les plus vitales de la foi qui sauve, comme cela eut lieu au temps de la réformation. « Jusqu’à ce jour, le voile demeure sur le coeur » du grand corps des protestants dans la lecture des Écritures. Ils bronchent sur le seuil : « À moins qu’un homme ne soit né de nouveau, il ne peut voir le royaume de Dieu ». Laissons à une saine critique biblique toute sa valeur, reconnaissons toute la lumière jetée sur les Écritures par les recherches des voyageurs modernes, et recevons avec reconnaissance les secours multipliés qui sont à la disposition de celui qui veut étudier les Écritures ; mais toutes ces choses par elles-mêmes n’ont aucune puissance pour ôter le voile de dessus le coeur. La loi ne pouvait donner la vie, et ces études ne le peuvent pas davantage. C’est l’Esprit qui donne la vie. Et dans ce cas, comme dans nombre d’autres, le Seigneur est au-dessus des hommes, dans les choses mêmes dans lesquelles ils se sont portés orgueilleusement. « Le Seigneur est cet Esprit-là ». Dieu permet à l’homme de déployer toutes ses ressources, afin qu’il montre ainsi la distance qu’il y a de l’homme à Dieu, et combien en ce cas-ci en particulier, lorsqu’il s’agit de donner la vie, la ligne de démarcation est largement tracée. « Je suis la vie », dit Jésus. « Je suis (non pas « je serai ») la résurrection et la vie ». — « Le Fils vivifie qui il veut ». — « Le second Adam est un esprit vivifiant ». — « La vie est la lumière des hommes », et l’âme vivifiée voit Jésus comme le salut de Dieu. Dans l’entretien de notre Seigneur avec Nicodème, le sujet, pour ainsi dire, est l’homme : « Et comme il était à Jérusalem, à la Pâque, pendant la fête, plusieurs crurent en son nom, contemplant les miracles qu’il faisait ; mais Jésus lui-même ne se fiait pas à eux, parce qu’il connaissait tous les hommes, et qu’il n’avait pas besoin que quelqu’un rendît témoignage au sujet de l’homme ; car lui-même connaissait ce qui était dans l’homme. Or y il avait un homme d’entre les pharisiens, nommé Nicodème, qui était un chef des Juifs. Celui-ci vint à lui de nuit, et lui dit : Rabbi, nous savons que tu es un docteur venu de Dieu, car personne ne peut faire les miracles que toi tu fais, si Dieu n’est avec lui. Jésus répondit et lui dit : En vérité, en vérité, je te dis : Si quelqu’un n’est né de nouveau, il ne peut voir le royaume de Dieu » (Jean 2:23-25 ; 3:1-3).

Nous trouvons dans Nicodème un homme sincère qui donne aux miracles de Jésus la valeur convenable, reconnaissant qu’ils constataient sa mission de la part de Dieu. Nicodème était un docteur en Israël, l’une des autorités religieuses du jour ; cependant il rencontre ici, dès le début, une déclaration qui l’embarrasse. Le voile était sur son coeur, et ainsi avec l’étrange inconsistance qui se trouve dans l’homme, il hésitait à recevoir une doctrine mise en avant par quelqu’un qu’il reconnaissait pour « un docteur venu de Dieu », parce que cette doctrine confondait son intelligence. Un homme peut reconnaître la mission de Jésus, appuyée qu’elle est par de belles et incontestables preuves ; mais sans le pouvoir vivifiant de l’Esprit Saint, il ne peut pas recevoir la doctrine de Christ. Que la même personne puisse être à la fois docteur et la doctrine, c’est ce que celui-là seul qui est né de nouveau est capable de « voir » et de comprendre.


201 - Méditations de J. N. Darby — Éphésiens 1:1-7

Lausanne, 17 septembre 1856 — n°201 : ME 1913 p. 396 / 412

Deux grandes vérités forment les deux côtés de l’Évangile. La première est la communication de la vie divine ; la seconde est d’être placés devant Dieu, nous des êtres responsables, comme étant justifiés. Nous avons besoin de ces deux choses : une justice devant Dieu, et la vie éternelle, la vie divine. L’épître de Jean et son évangile aussi, ont pour sujet principal la vie ; mais, dans l’évangile, le Fils lui-même est manifesté comme vie, tandis que, dans l’épître, cette vie qui nous a été manifestée, nous est communiquée.

Nous qui n’avions point de vie, nous possédons maintenant la vie éternelle, et nous sommes faits la justice de Dieu en Christ. Quand il s’agit pour l’homme de s’approcher de Dieu, la Parole nous le présente sous deux aspects : le premier, comme dans l’épître aux Romains, nous montre l’état de l’homme selon la nature, sa souillure, sa culpabilité, et la réponse à tous ses besoins dans l’Évangile. Cette épître nous fait voir l’homme sans loi, les païens, leur idolâtrie, leur iniquité — puis l’homme sous la loi, la violant et la transgressant — enfin, elle nous montre comment Dieu justifie l’un et l’autre. Mais la Parole commence aussi par l’autre bout, et nous fait voir d’abord les intentions de Dieu à l’égard des pécheurs.

C’est ce que l’apôtre fait au chap. 1 de l’épître aux Éphésiens ; ensuite, au chap. 2, nous trouvons cette parole : « Lorsque vous étiez morts dans vos fautes et dans vos péchés » ; car il importe que nous sachions ce que c’est que le péché, et il faut que la lumière pénètre dans notre conscience.

L’épître aux Éphésiens ne considère pas, comme celle aux Romains, l’homme comme vivant dans le péché, mais comme déjà mort. C’est lorsque nous étions morts que Dieu vient faire l’oeuvre tout entière et d’un bout à l’autre. Nous pouvons voir, dans cette épître, Dieu et son oeuvre de grâce à lui, dans toute son étendue. Notre âme en jouit dans la mesure dans laquelle elle est travaillée. Une terre labourée, laissée à elle-même, se durcit de nouveau ; il en est ainsi de nous. Il faut un travail continuel de Dieu, afin que nous connaissions les choses divines, autrement qu’à la surface ; que nous y soyons fondés, enracinés, que l’âme en jouisse, et que les vérités divines, excellentes et glorieuses, deviennent réelles et vitales au dedans de nous. L’épître aux Éphésiens nous présente ces richesses insondables de la grâce.

Le chap. 1 a quatre parties distinctes :

v. 1-7. — Les pensées de Dieu à l’égard du chrétien ; la position chrétienne ; la grâce qui nous est faite, vue dans les pensées et les intentions de Dieu.

v. 8-11. — Dieu place devant nous ses pensées et ses conseils à l’égard de Christ. Il nous traite en amis, comme il révélait à Abraham les choses qui regardaient Sodome et Lot. S’il ne nous parlait que d’affaires qui nous concernent, il ne serait pas nécessairement notre ami.

v. 12-14. — L’héritage et, jusqu’à ce que nous y soyons entrés, la présence du Saint-Esprit.

v. 15-23. — La prière de l’apôtre pour les Éphésiens.

C’est de la première partie de ce chapitre que je désire dire quelques mots ce soir, en montrant comment le Dieu de toute grâce nous place en sa présence pour nous faire jouir de cette grâce.

Il est doux, et bien plus que cela, d’avoir devant nos yeux les pensées de Dieu dans leur réalité. Nos coeurs sont petits et très étroits. Qu’est-ce qui peut les élargir, sinon la communication que Dieu nous fait de ses pensées, quand il nous présente ce qui est dans son coeur, afin de nous faire connaître ce qui surpasse toute connaissance, car si ces choses ne dépassaient pas notre intelligence, Dieu ne serait pas Dieu. Nous sommes introduits ainsi dans l’infini. Je ne puis en sortir ; je ne puis le mesurer, ni en toucher les limites, mais j’y suis, et, grâce à Dieu, je n’en sortirai jamais. Si l’amour est infini, je dis : Moi j’aime, et je sais ce que c’est que l’amour. Parce qu’il est infini, je n’en atteindrai jamais le bout ; mais, où que j’aille, je trouverai l’amour manifesté en Jésus. C’est là le repos du coeur. Vérité très simple : nous avons affaire à la perfection d’une nature à laquelle nous avons part, et c’est là le bonheur parfait. Quelle jouissance pour moi, de savoir que la chose dont je jouis est parfaite et infinie !

Mais il y a plus encore. Si Celui dont je jouis est mon Père, j’ai une relation particulière avec Lui. Dieu nous fait jouir de ce qu’il est, dans la relation où il nous a placés avec lui-même.

v. 1-3. — L’apôtre répète très souvent ces mots : En Christ. C’est évidemment la source de tout, l’amour de Dieu, son amour infini en Christ. On trouve en Dieu une compassion qui ne se lasse jamais ; mais cela ne donne pas encore la mesure de ce que Dieu est pour moi. Si je suis faible, je suis heureux de trouver en Dieu quelqu’un qui me soutienne. La mesure de ce bonheur, c’est ma faiblesse. Dieu répond au besoin de mon âme, mais le besoin est la mesure du bonheur que je trouve dans sa réponse.

Cependant, il y a une chose infiniment plus élevée. Dieu me fait jouir de ce qu’il est, par la capacité qu’il m’a donnée de jouir de Lui. C’est la communion. La première des choses dont je parle est très douce, mais elle se rattache à moi, se mesure par moi, quand je trouve en Dieu, par la foi, la réponse à mes besoins et à mes désirs. La seconde est plus grande. On la trouve dans cette parole de Dieu à Abraham : « Je suis ton bouclier et ta très grande récompense » (Gen. 15). Abraham ne la comprend pas, car, faisant retour à ses besoins, il dit : « Que me donneras-tu ? ». Il ne comprend pas que Dieu lui-même est sa part. Plus tard, au chap. 17, Dieu lui dit : « Je suis le Dieu Tout-puissant ; marche devant ma face… ». Alors Abraham adore ; il a compris ce que Dieu est. Trouver, de la part de Dieu, une réponse à nos besoins, est autre chose que de connaître les profondeurs de sa grâce.

Nous sommes appelés à jouir des pensées de Dieu, telles qu’elles sont dans son coeur à notre égard, et nous aurions entièrement tort si nous mesurions la connaissance de Dieu au besoin que nous avons nous-mêmes. Dans ce dernier cas, toute notre joie finirait au moment où nous arriverions dans le ciel, au lieu d’y commencer réellement, car nous ne trouverons là ni péchés, ni besoins.

Ces bénédictions sont en Christ. Ce que Dieu est pour Christ, il l’est pour moi. « Je leur ai fait connaître ton nom, et je le leur ferai connaître, afin que l’amour dont tu m’as aimé soit en eux, et moi en eux » (Jean 17:26). Dieu nous place dans la jouissance de la relation dans laquelle Christ est lui-même, lui, le second Adam, le Fils bien-aimé du Père, en qui il a mis toute son affection. Dieu nous présente Christ comme objet de ses délices, et il nous place en Christ, pour que nous en soyons les objets au même titre.

C’est en cela que consiste « l’appel de Dieu » ; ensuite, vient son héritage. Nous sommes appelés, d’une part, à jouir de Dieu lui-même ; d’autre part, à hériter de tout ce qu’il a créé. L’appel de Dieu est au-dessus, l’héritage au-dessous de nous.

Nous sommes bénis, non dans les lieux terrestres, mais « dans les lieux célestes », de toute bénédiction spirituelle. Pas une ne manque. Il nous a bénis. Pour comprendre réellement l’amour de Dieu, il faut que nous puissions dire : « Il nous a bénis ». Il n’y a pas une seule chose qui puisse me rendre heureux, qu’il ne m’ait donnée. S’il avait gardé quelque chose par devers lui, son amour ne serait pas parfait. Il nous a bénis en Christ. Dieu veut-il garder pour lui quelque chose qu’il ne donne pas à Christ ? La grâce m’a placé dans le second Adam, et mon coeur s’ouvre pour recevoir tout ce que Dieu manifeste de lui-même dans ce second homme. Il ne s’agit pas de proportion entre lui et moi, quant à la bénédiction ; il veut se montrer, Lui. Il le fait pour une pécheresse ou pour un brigand. Quand les anges les voient arriver à la gloire du Fils de Dieu, ils peuvent dire : Voici ce qu’est la grâce !

Au vers. 3, Dieu est nommé « le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus-Christ ». Au vers. 4, nous apprenons quelle est notre place devant Dieu, et au vers. 5, devant le Père. Dieu s’est manifesté en Christ comme « saint et irréprochable en amour » ; il nous place en sa présence selon sa propre nature. Si je ne réponds pas parfaitement à sa nature, je ne puis être devant Lui, ni jouir de la plénitude de joie qui appartient à cette position.

Dieu peut avoir devant lui des serviteurs, aussi bien que des enfants ; mais il ne peut avoir des êtres qui ne soient pas saints ; il faut qu’ils lui ressemblent.

Quant à notre relation avec Lui, il nous a adoptés par Jésus-Christ pour faire de nous ses enfants (v. 5). La relation la plus intime est celle avec le Père. J’y suis placé, toujours en Jésus, et c’est pour moi une source de confiance, d’intimité, d’abandon de coeur.

Telle est la position chrétienne ; elle est à la louange de la gloire de sa grâce (v. 6) ; Dieu se glorifie dans ses voies d’amour. Il ne dit pas qu’il nous a rendus agréables en Christ, mais il veut nous faire comprendre ce que nous sommes dans le Bien-aimé, sur lequel sont concentrées toutes ses affections. Dieu a un Bien-aimé ; c’est là ma place ! Quelle peine il se donne pour que nos coeurs se confient en son amour, le comprennent et en jouissent !

Je passe maintenant à un autre verset. L’épître aux Romains décrit les misères, les péchés, et l’état affreux de l’homme devant Dieu. L’épître aux Éphésiens déploie les richesses de la grâce. C’est dans le Bien-aimé lui-même que nous avons « la rédemption par son sang » (v. 7). Dieu nous a tellement aimés qu’il a pu donner pour nous le Bien-aimé. La clef de tout est : « la rémission des fautes ». D’esclave que j’étais, me voilà racheté. Il a aboli le péché qui m’avait fermé la porte et m’avait exclu de sa présence ; mais, quand je veux comprendre l’amour, je dis : « Je suis rendu agréable dans le Bien-aimé ». Les « richesses de sa grâce » sont manifestées, en tirant une créature pauvre et misérable de la lamentable condition dans laquelle le péché l’avait plongée ; « la gloire de sa grâce » est manifestée dans la position dans laquelle il me place.

Avez-vous jamais pensé que vous serez semblables au Fils de Dieu ? Comment cela est-il possible ? direz-vous. En effet, ce serait une folie, si ce n’était pas ce que Dieu a dit. S’il s’agit de ce que Dieu est pour vous, vous le connaissez déjà. On peut connaître Dieu bien mieux que l’on ne se connaît soi-même. Il y a dans nos coeurs une quantité de choses que nous ne connaissons pas ; mais je sais, par le don de son Fils, qu’il est amour et qu’il ne changera jamais. J’ai un coeur traître, auquel je ne puis me fier deux instants de suite. Lui ne peut changer ; il ne peut être que « Le Même » pour moi. Je suis en Christ, et Dieu est pour moi ce qu’il est pour Christ. Ce qui atteint mon coeur, c’est que je suis rendu agréable dans le Bien-aimé. Par vos besoins, vous avez appris ce qu’il est, mais ce n’est pas là qu’il vous laisse. Il vous conduit plus haut ; il vous place en sa présence en Christ et veut que vous jouissiez de Lui. Il ne veut certes pas nous laisser oublier sa grâce ; mais, quant à nos relations avec Lui, il veut que nous en ayons fini de telle sorte avec le péché, comme question entre Lui et nous, que nous jouissions de Lui, dans la relation parfaite dans laquelle il nous place. C’est la communion.

Bien des chrétiens se contentent de ne connaître Dieu que par le bord de son amour. C’est une preuve que leur marche est défectueuse, car on jouit de Dieu en marchant avec Lui. Il est plus heureux pour moi de me promener avec mon père en jouissant de lui, que de me trouver devant lui comme un criminel auquel il pardonne.

Que Dieu nous donne de marcher avec lui, à la hauteur de l’appel dont il nous a appelés. Que nos coeurs jouissent profondément de sa grâce, mais qu’en même temps nous connaissions son amour, selon la position qu’il nous a donnée en sa présence. Puissions-nous y demeurer !


202 - Méditations de J. N. Darby — Actes 26:29

n°202 : ME 1914 p. 468

C’est une grande chose, chers amis, de pouvoir s’exprimer, comme l’apôtre Paul : « Plût à Dieu que, non seulement toi, mais tous ceux qui m’entendent aujourd’hui, vous devinssiez, de toute manière, tels que je suis, hormis ces liens ». Paul pouvait dire cela du fond du coeur. Une âme affligée ne peut guère penser aux autres : elle ne s’occupe que d’elle-même ; mais l’apôtre, malgré les circonstances les plus adverses, était parfaitement heureux ; il se rendait compte de ce bonheur et pouvait dire : Je souhaite que vous deveniez de toute manière tels que je suis. Tel est l’effet produit par le christianisme dans une âme qui l’a complètement reçu. Celle-ci est au clair, possède le bonheur et désire que tous le possèdent comme elle. Les circonstances n’atteignent pas ce bonheur-là ; il est une source, jaillissant du fond de l’âme, et que toutes les circonstances extérieures ne peuvent altérer.

Paul avait passé deux ans en prison et, à la fin, avait été obligé, d’en appeler à César. Certes il aurait dû être fatigué, harassé, déprimé, car il y avait là tout ce qu’il fallait pour accabler son âme ; mais il n’en était rien : il parle de ses liens comme d’une petite chose, car ils n’atteignaient pas son coeur, ils n’étaient pour lui que quelques anneaux de fer, et il ne désirait pas plus pour lui que pour les autres, d’autre bonheur que celui dont il jouissait lui-même.

Les circonstances dans lesquelles l’apôtre se trouvait n’étaient pas passagères, mais duraient depuis longtemps, et cela faisait voir d’autant mieux que son bonheur en était indépendant. Ce bonheur était tranquille, complet, ne laissait rien à désirer. Sans doute, Paul ne se persuadait pas d’avoir atteint le but, mais il y avait en lui une source de jouissance telle quel, captif et prisonnier devant des rois, il pouvait leur dire : Je désirerais que vous fussiez tel que je suis.

Peut-être se trouve-t-il, dans cet auditoire, des personnes qui traversent des circonstances pénibles et douloureuses ? Eh bien ! selon l’homme, Paul pouvait avoir aussi bien des raisons de se plaindre et de se dire malheureux, mais, au contraire, vous le voyez heureux. Pourquoi ? C’est qu’il jouissait d’un bonheur indépendant des circonstances ; ces dernières ne pouvaient le rendre ni heureux, ni malheureux. Beaucoup de personnes croient qu’elles seraient heureuses si elles possédaient telle chose ou telle autre ; mais, qu’elles viennent à les posséder enfin, elles n’ont pas davantage trouvé le bonheur. Aucune des choses de ce monde ne rend heureux ; les circonstances de la vie ne donnent jamais le bonheur dont Paul jouissait, et je puis dire aux personnes présentes qui, j’en suis certain, sont sous le poids de leurs chagrins, que le bonheur dont Paul parlait ne pouvait être touché par rien.

Saul de Tarse, avant sa conversion, était un homme consciencieux, ne faisant que les choses qu’il croyait devoir faire : mais la conscience est souvent obscurcie, faussée par l’éducation ou de toute autre manière, en sorte que le seul témoignage qu’on puisse lui rendre dans ce cas, c’est qu’elle n’est pas mauvaise. Saul était donc religieux, consciencieux, zélé pour sa religion, mais plus il avait de zèle, plus il faisait la guerre à Dieu. Tout cela l’empêchait de se déclarer moralement en faillite, car c’est une chose pénible et difficile de faire banqueroute quand on est religieux, savant dans sa religion, et que l’on a une bonne conscience — et cependant, dans le cas de Paul, tout cela n’avait abouti qu’à faire la guerre à Dieu ! C’est un moment terrible quand il faut apprendre subitement que non seulement tout ce sur quoi nous nous sommes appuyés jusqu’ici nous manque, mais encore que cela nous a conduits à nous déclarer ennemis de Dieu. C’est que la chair, avec sa religion, fait tout ce qu’elle peut pour empêcher la conscience de rencontrer Dieu. Quand Saul agissait selon sa conscience, il était content de lui-même ; et il en est toujours ainsi, lorsqu’on met dans la balance, d’un côté la religion de la chair et de l’autre la foi. La foi nous approche de Dieu, et, près de Lui on ne peut être content de sa religion ; elle disparaît pour faire place à la conscience du péché, et l’âme est trop occupée de ce que Dieu pense de son état pour penser elle-même à sa religion. Il n’y a pas une personne ici qui pût y penser un instant, si elle était en présence de Dieu.

Ce n’était donc pas sa religion qui rendait Paul heureux, car, placé subitement devant Dieu sur le chemin de Damas, il lui fut prouvé qu’il était l’ennemi de Dieu. Jusqu’alors il pouvait être content de lui-même, mais ne pouvait aller plus loin. Le Seigneur lui parle du sein de la gloire, le convainc de péché ; il reste trois jours sans manger ; à Damas, Ananias lui est envoyé ; l’oeuvre est complète : l’ennemi de Dieu devient l’apôtre de la grâce.

Oui, avec toute sa conscience, il avait été religieux, zélé et ennemi de Dieu, et sa religion ne l’avait pas empêché d’être le plus méchant homme possible, comme il le dit du reste lui-même : « le premier des pécheurs ». Et le voici qui, en trois jours, devient un apôtre remarquable entre tous ! Comment cela a-t-il pu se faire ? La réponse est très simple : Saul avait fait la connaissance de Jésus. Il n’avait pu manifester la chose au moment même, tellement il était terrifié, mais il avait fait, la connaissance de Jésus.

Que l’on soit Pierre, Paul ou Jean, cela revient au même : tant que l’âme n’est pas dépouillée de toute sa religion, rien n’est encore commencé. Le travail qui s’opère peut varier avec les circonstances, mais il faut que l’âme soit mise à nu, pour que Christ lui révèle comment il considère les chrétiens et dans quelle relation il est avec eux. Il y a des chrétiens pauvres, honnis de ceux qui sont considérés et qui les appellent de noms méprisants ou de sobriquets. Eh bien ! le Seigneur révèle à Saul, d’une manière très positive et précise, sa relation avec ces personnes méprisées qui n’ont de qualité que leur foi. Sans doute, ces personnes pouvaient jouir plus ou moins de leur relation avec Christ, mais Saul les persécutait, et le Seigneur lui révèle qu’il s’identifie entièrement avec elles. Saul est atterré quand Jésus lui dit : C’est moi que tu persécutes ; je suis tous ces hommes-là. Malgré toutes les différences que leur piété pouvait présenter, il dit : Eux, c’est moi ! Devant cette révélation complète de Christ, Saul, cet homme religieux, savant, considéré, se trouve n’être pas autre chose que l’ennemi de Dieu. Il en est toujours ainsi : tous les dehors favorables : la conscience, l’honnêteté, la bonté, la sainteté de l’homme naturel sont aussi opposés à Dieu que si l’on abondait dans le péché. Mais cette simple vérité : Être un avec Christ dans la gloire, change tout quant à l’état de notre âme. Paul fut enlevé plus tard au troisième ciel, mais, du moment qu’il se vit perdu, il comprit par l’Esprit Saint qu’il était un avec Jésus. Depuis lors, et quelles que fussent ses circonstances, même lorsque Festus le prenait pour un fou, il pouvait dire : Plût à Dieu que tous fussent tels que je suis ! Quoi d’étonnant à cela ? Il était un avec Christ !

Il y avait pour Paul, il y a pour tous, et toujours, des progrès à faire, mais ce n’étaient pas ses progrès qui le rendaient heureux ; il était uni, désormais, indissolublement à Christ. Voyons un peu ce que c’est que d’être un avec Christ. Paul ne pouvait en rien chercher cela dans sa vie passée, car, religion et le reste, elle était toute entière inimitié contre Dieu. Chose triste à dire, mais il en est ainsi. Paul ne pouvait avoir désormais aucune estime pour lui-même, mais, ayant appris une chose toute simple, c’est que ceux qu’il persécutait étaient un avec Jésus, il put, par la foi, prendre place avec eux. Il ne s’agissait pas, pour cet homme savant, d’une discussion métaphysique pour savoir ce que signifiait cette union, et ce que c’était que la foi, mais il avait appris cela de la bouche de Christ. La joie et la vie de son âme était de comprendre que Jésus ne lui demandait rien, mais qu’il avait dit : Je suis un avec les miens.

Tout est péché dans ce monde ; il n’y a plus moyen, depuis la chute, de s’approcher de Dieu, et, plus il y a de connaissance, plus le péché est grand. C’est alors qu’apparaît un homme en qui Dieu prend son plaisir, et avec lequel il est en relations ininterrompues. Cet homme fait connaître aux hommes l’intérêt que Dieu prend à eux. Il y a là de quoi nous ôter toute défiance, parce que Dieu nous connaît à fond ; notre coeur est mis au large, parce que, sachant tout, Il est venu tout exprès pour cela ; nous pouvons venir à Lui en toute liberté, pour tout savoir sur notre état, mais pour ne trouver que grâce, et, sachant qu’il est Dieu, pour le connaître comme Dieu de bonté. Quelle révélation pour l’âme, d’apprendre qu’elle a affaire à un Dieu qui ne se démentira jamais, et qui est amour ! Ce n’est pas seulement que Christ soit venu me soulager, mais il est venu me sauver, et, chose infiniment précieuse, en rencontrant l’homme Jésus, j’ai rencontré Dieu. Je suis un avec lui — non pas sur la croix, car si le grain de blé ne meurt, il demeure seul — mais je suis un avec lui dans le ciel, depuis que la question de mon salut a été vidée pour toujours et que Dieu ne peut la remettre en cause. Je pourrais me tourmenter vis-à-vis de moi-même, mais jamais vis-à-vis de Dieu. Tout ce que Satan a pu faire contre moi, n’a servi qu’à manifester que sa puissance est détruite pour toujours ; il ne reste donc rien qui puisse me troubler devant Dieu. Là est désormais pour moi la source de vie et de puissance ; la grâce est en lui pour mes besoins ; il possède la joie et me la donne ; il est ma justice, la justice de Dieu lui-même. La plénitude est manifestée en lui, et ce Jésus a dit, après avoir été glorifié, qu’il est un avec moi. Il a envoyé son Esprit pour en être le gage, dans le coeur d’un pauvre pécheur comme Saul de Tarse, comme moi, comme nous tous.

Quand on a reçu le Saint-Esprit, est-ce que peut-être on ne s’inquiétera plus du péché ? Bien au contraire, car on est un avec Jésus. Comment Lui, négligerait-il sa propre chair ? Il la nourrit, la chérit, la sanctifie, la purifie ; il ne supporte pas de la voir en défaut ; il est obligé parfois de la blesser un peu, mais c’est parce qu’elle est sa chair. La conscience de mon union avec Christ me rend sensible à l’égard de ce qui est en désaccord avec cette union. Il peut y avoir, hélas ! dans la vie du pauvre chrétien bien des phases qui obligent Christ à le châtier ; son amour ne peut pas toujours se manifester envers nous sans entraves, mais cela n’altère en rien cette vérité : Ils sont un avec moi !

Remarquez que, pour être au large, pour pouvoir dire : Je suis heureux, il faut être en communion avec Dieu. Paul n’aurait pu dire ce qu’il disait, s’il n’eût pas été en sa présence. Le Saint-Esprit n’était pas contristé par la prison ou les chaînes de l’apôtre. Il pouvait se dire heureux dans quelque circonstance que ce fût et désirer que tous ceux qui l’entendaient fussent tels que lui. Quand Agrippa dit : « Tu me persuaderas bientôt d’être chrétien », peut-être lui aurions-nous répondu : « Plût à Dieu que tu le fusses ! » mais aurions-nous pu lui dire comme Paul, dans la jouissance du bonheur intime qu’il possédait : « Je souhaite que tu sois tel que moi » ? Oh ! qu’il est heureux, celui qui peut s’exprimer ainsi, et tous les enfants de Dieu le peuvent, car Jésus a dit d’eux tous : « Ils sont moi ».

Si vous n’êtes pas auprès de Christ dans l’état de Paul, vous ne pouvez être au large. Lorsqu’on entre dans la présence de Dieu, tout ce que l’on avait mis comme obstacle à l’action de la conscience est détruit. Voudriez-vous, avec toute votre religion, vous trouver mis à nu devant Celui dont la présence déchire tous les voiles, tout ce que nous plaçons entre nous et Lui, pour nous empêcher de le voir ? Ah ! combien, lorsque notre conscience est réveillée, tous nos soucis, tous nos plaisirs, toute notre religion, nous dégoûtent !

Eh bien ! vos consciences sont-elles à nu devant Dieu ? Avez-vous cru, quand vous avez entendu Jésus vous dire : Les miens, c’est moi ? Celui qui le croit est occupé de Jésus ; il n’a plus qu’une pensée, celle d’appartenir à la compagnie de ceux qui font partie de Lui !


203 - Méditations de J. N. Darby — Matthieu 13

28 mai 1844 — n°203 : ME 1915 p. 36

Nous trouvons dans ce chapitre trois choses distinctes : 1° La parabole du semeur. 2° Trois paraboles adressées par Jésus à la multitude. 3° Une interprétation, puis trois paraboles qu’il adresse à ses disciples.

La parabole du semeur n’est pas une similitude du royaume des cieux. On y voit le Saint-Esprit agissant individuellement, en contraste avec le système juif, où Dieu agissait envers la nation comme ensemble. Dans ce chapitre, les Juifs, comme nous le voyons au chap. 12, sont déjà jugés (v. 41-42). La nation étant ainsi condamnée d’avance, Jésus se présente comme un Semeur ; il est alors question de l’effet, produit par la semence, dans chaque coeur individuellement. Chacun est responsable individuellement et sera aussi jugé individuellement selon ses oeuvres. Les consciences ne forment pas une unité, quoique tous les enfants de Dieu soient appelés à former un seul corps ; mais la semence tombe sur chaque individu, et il est démontré que ce n’est pas elle qui fait défaut, mais le terrain qui la reçoit.

Les trois premières paraboles, celles de l’ivraie, du grand arbre et du levain, nous montrent le résultat extérieur de la semence semée dans le monde. La récolte, étant mélangée avec de l’ivraie, est cachée au monde, mais elle y est jetée ; il en est de même du grain de moutarde et du levain.

Ce n’est qu’aux disciples qu’il est donné de connaître les mystères du royaume des cieux : le monde et les incrédules voient les faits extérieurs, mais il faut être un disciple, assis aux pieds de Jésus dans la maison, séparé du monde et de la multitude, pour avoir la connaissance de ce que le Seigneur pense de tout cet état de choses. Les justes resplendiront comme le soleil dans le royaume de leur Père (v. 43) et, dans ce temps-là, le froment aura déjà été assemblé dans le grenier. Nous savons ainsi ce qui aura lieu sur l’autre rive, quand le bon grain aura été entièrement retiré du monde. Alors le Père aura, autour de lui, une famille qui répondra à son désir et sera le reflet de Lui-même. Il ne s’agit donc plus de la nation juive dont Jésus aurait été le Roi si elle l’avait reçu, tandis qu’elle l’a rejeté.

Dans les paraboles du trésor et de la perle, Jésus laisse entrevoir les conseils de Dieu accomplis dans la gloire de l’Église et fait connaître à ses disciples sa propre joie à la vue de ce résultat. Devant cette gloire à venir, il abandonne tout ce qui lui appartient pour venir chercher et posséder ceux qu’il veut en rendre participants. Qu’était-ce, en vue de cela, que son titre de Messie des Juifs ? Pour conquérir le trésor caché dans le champ, il achète le champ. Il possédera le monde, et son motif, en l’achetant, c’est le trésor caché qu’il y a trouvé. Il est ici sur le seuil de cette découverte ; il voit la gloire de l’Église qui fera suite à sa réjection de la part des Juifs, et ce motif gouverne son entière obéissance à la volonté du Père. Mais cette gloire de l’association avec Lui, car « le soleil » est Christ lui-même, cette joie dans les conseils de Dieu quant à l’Église, s’empare aussi de notre âme de telle sorte qu’elle n’est pas seulement la règle de sa conduite, mais de la nôtre, et que nous abandonnons tout pour l’atteindre, Lui, comme il a tout abandonné pour acquérir son trésor et sa perle de grand prix.

Le marchand, Christ, se connaît en belles perles ; il s’y entend ; il les cherche. Il avait le discernement de tout ce qui était beau et parfait aux yeux du Père ; c’est ce qu’il cherchait, et il l’a trouvé dans l’accomplissement des conseils de Dieu à l’égard de l’Église. Les portes de la nouvelle Jérusalem seront d’une seule perle ; on trouve cette perfection dès l’entrée de la cité céleste. La perle de grand prix n’est pas seulement pour lui la joie d’un trésor trouvé, mais la jouissance d’un objet parfait selon Dieu, trouvé par Christ dans l’Église. Le discernement sérieux et réfléchi de tout ce qui est précieux aux yeux de Dieu le dirige. C’est autre chose — bien qu’il faille les deux — que l’énergie pour s’emparer d’un objet.

Il en est de même pour nous. La joie du salut est la première chose qui s’empare du coeur de l’enfant de Dieu ; mais, plus il étudie la Parole, plus il connaît Dieu et ce que Dieu est pour nous, plus aussi il considère toute autre chose comme des ordures. Quand il s’agit de gagner Christ et de le connaître, toute autre chose a entièrement perdu sa valeur. Ce qui gouverne le coeur du croyant devient alors ce qui gouvernait le coeur de Christ. Il communique la révélation du trésor et de la perle de grand prix à l’enfant de Dieu et le pénètre de leur valeur. Il ne doit pas y avoir chez nous seulement une règle de conduite, mais aussi une énergie de motifs. S’il y avait d’autres belles perles, nous serions empêchés de n’acquérir que celle-là. Est-ce ainsi, chers amis, que nous avons saisi Christ et le royaume de Dieu ?

On apprend ces choses quand on a quitté la multitude et qu’on est entré avec Christ dans la maison où il peut épancher son coeur dans celui de ses disciples et leur parler de ce qui est son motif à Lui. Tout s’explique là ; c’est là que l’on reçoit la connaissance du conseil de Dieu ; c’est là que Jésus nous apprend pourquoi le chemin qu’il poursuivait l’a conduit même à la mort pour acquérir son Église. L’apôtre Paul avait, comme son Maître, un objet dans un autre monde. Jusqu’à quel point la connaissance du conseil de Dieu en Christ agit-elle sur nos coeurs, pour nous faire dire : Lui est mon tout ? En vue de la joie qui lui était proposée, il a méprisé la honte et enduré la croix !


204 - Méditations de J. N. Darby — Genèse 8:20-22

2 juin 1844 — n°204 : ME 1915 p. 74

Si l’on considère ce qui se passe sur la terre, on a lieu d’être étonné de la patience de Dieu. Quand il crée l’homme, le péché entre dans le monde. Il le chasse du Paradis, et le péché se multiplie. Après avoir appelé Abraham, il choisit le peuple d’Israël, la sacrificature, la royauté : tous sont infidèles. La manière dont l’homme a abusé de tout ce que Dieu a fait en sa faveur, et a gâté tout ce qu’Il avait établi, n’empêche pas Dieu de persévérer à son égard. Quel objet a-t-il donc en vue pour persister et patienter malgré tout ? Du commencement à la fin, cet objet est Christ. La patience de Dieu supporte ses misérables créatures, parce qu’il peut se reposer sur Christ.

La foi répond à ces pensées de Dieu, les saisit et comprend Dieu dans ses voies. Sans doute, au milieu du mal le coeur souffre, mais si les circonstances sont difficiles, la foi est tranquille ; elle attend ; elle réalise les pensées de Dieu par le Saint-Esprit. Le Saint-Esprit faisait qu’un Jephthé, un Jonathan et tant d’autres s’attendaient à Dieu pour qu’il opérât avec eux. Par le Saint Esprit, la foi répond, dans le coeur, aux pensées de Dieu ; elle en embrasse l’étendue du commencement à la fin ; elle sait attendre, et, en un sens, elle n’est pas plus petite que Dieu lui-même. En même temps, elle nous met à notre place, parce qu’elle s’attend à Dieu et qu’elle est convaincue que Dieu sait très bien ce qu’il a à faire. Elle produit l’activité, dès qu’elle a la certitude que Dieu veut que nous agissions. Alors la plus grande montagne devient une plaine. Moïse étend sa verge ; Israël entre dans la mer : il n’y a plus de mer ; l’obstacle a disparu, car la foi pense comme Dieu.

Dieu supporte tout le mal que l’homme peut faire, parce qu’il a la gloire de Christ en vue, et que cette gloire sera rendue plus glorieuse à la suite de tout ce qui semblait devoir l’anéantir. Il en est de même pour nous : nous savons que Dieu glorifiera Jésus, et que tous les efforts de Satan ne feront que faire jaillir la gloire de Christ d’une manière plus éclatante. Josué et Caleb étaient fidèles au milieu d’Israël infidèle ; ils ont subi les conséquences de cette infidélité du peuple, mais avec la certitude d’entrer dans le pays de Canaan où les autres ne devaient pas entrer. Il en est de même d’Élie, et, à la fin, il monte au ciel dans un tourbillon. Il arrive souvent, dans les voies de Dieu, que la foi doive subir, peut-être même en châtiment, les conséquences du péché de l’homme, mais en cela la foi patiente avec Dieu, parce qu’elle sait que Dieu se glorifiera, et elle est satisfaite. Cela peut nous arriver à tous, comme à Noé, comme à Paul. — La foi pense avec Dieu, sinon elle ne peut penser comme Dieu, car Dieu pense d’en haut et nous d’en bas. C’est d’en haut que Dieu nous présente et nous manifeste ses pensées en Christ.

Le conseil de Dieu en Christ soutient, si je puis m’exprimer ainsi, la patience de Dieu. Ce qui fait que Dieu supporte et bénit, au lieu de maudire, c’est la bonne odeur qui monte du sacrifice de Noé, type de celui de Christ. C’est ici (vers. 20), la première fois que nous rencontrons l’autel.

Dieu s’était repenti dans son coeur d’avoir fait l’homme. Il peut créer et détruire : cela ne concerne pas ses dons qui sont sans repentance. Il y a beaucoup de choses que Dieu a créées et qu’il ne veut pas conserver. Il s’est repenti d’avoir fait l’homme et le détruit ; mais nous trouvons ici une chose nouvelle : l’autel. Dieu flaire une odeur agréable et dit en son coeur : « Je ne maudirai plus de nouveau la terre à cause de l’homme » (v. 21). Tant que la terre existera, cette bonne odeur aura une efficace continuelle. L’ordre de la terre ne cessera pas, quel que soit le péché de l’homme. Le coeur de Dieu, ses affections sont occupés de Christ, de l’odeur agréable de son sacrifice, et il agit envers le monde en vertu de ce parfum. Il peut lui infliger des châtiments de détail, mais rien ne démentira la vertu du sacrifice de son Bien-aimé. Il agit donc, envers la terre, en vertu de cette odeur agréable. Quelle chose pour nous, de connaître ce qui émeut tout le coeur de Dieu ! La Bible nous le révèle. Quand la perfection de Dieu trouve une chose qui lui réponde, il l’accepte, et c’est la perfection de la croix. La foi s’appuie sur cela : elle connaît le coeur de Celui qui a donné son Fils. Dès le commencement, Dieu avait Christ en vue, et c’est pourquoi il a supporté les péchés qui ont précédé la croix (Rom. 3:25).

Le salut est, dans un sens, une chose à venir que nous n’avons pas encore. Pour accomplir ce salut, Dieu agit envers nous, en vertu de la bonne odeur du sacrifice de Christ. Si Dieu dit : « Je ne maudirai plus », la foi sait sur quoi il se fonde pour cela. Elle pense avec Dieu, au sujet du péché ; elle sait que tout ce qu’il fera à notre égard, malgré tous nos manquements, sera en vertu de la satisfaction qu’il trouve dans le sacrifice de son Agneau, de Celui qui a été fait péché pour nous, afin que nous devinssions justice de Dieu en Lui.

Dieu est occupé d’une chose, de Christ ; il faut, je le sais, qu’il se conduise d’après cela. J’entre, par la foi, dans la pensée de Dieu, et cela me sanctifie. Il ne s’agit pas seulement de mes péchés expiés, mais de la valeur même du sacrifice pour Dieu. À travers tout, ma foi compte sur Dieu et sur son coeur. Je rencontre des difficultés ; l’Église même est en ruine ; mais, quoiqu’il arrive, nous comptons sur Dieu en Christ, et notre coeur va de l’avant, rempli de joie et d’assurance dans sa communion.


205 - Méditations de J. N. Darby — Éphésiens 1

Lausanne, 24 décembre 1857 — n°205 : ME 1915 p. 114 / 136

On peut considérer le salut de deux manières distinctes : du côté des privilèges de la grâce et des conseils de Dieu, ou du côté des besoins de l’âme. Si je pense à ces besoins, à l’état de péché de l’homme et à la réponse que l’Évangile y apporte, je trouve cela dans l’épître aux Romains. Dans les Éphésiens, au contraire, comme aussi dans l’évangile de Jean et dans sa première épître, la grâce et les conseils de Dieu sont présentés, avant qu’il soit question des péchés de celui auquel cette grâce s’adresse. Sa position est dans les lieux célestes. Dans l’épître aux Hébreux, le chrétien est considéré comme en chemin sur la terre, au milieu d’exercices divers, de tentations et d’infirmités. Il n’est donc pas vu en Christ, ni dans les lieux célestes, mais il a une libre entrée dans le lieu saint. Une de ces vérités est, à sa place, aussi précieuse que l’autre. J’apprends dans l’épître aux Romains ce que Dieu est pour moi ; dans celle aux Éphésiens, j’ai la conscience de mes privilège et la connaissance de la grâce et des conseils de Dieu ; dans celle aux Hébreux, j’apprends à connaître la condescendance, la tendresse et les sympathies de Christ.

L’épître aux Éphésiens parle donc de nos privilèges, et il ne peut en être autrement, parce qu’elle s’occupe de l’Église. Quand je pense à l’Église, corps de Christ, je ne suis pas occupé du péché, mais de la position que Dieu nous a faite à tous ensemble, en tant que nous sommes en Christ. Je suis occupé de l’Église, non des individus ; ces derniers cheminent sur la terre ; mais, quand je pense à l’Église, ce n’est pas ma marche individuelle qui m’occupe : c’est le corps de Christ, uni à sa Tête et qui en possède tous les privilèges.

L’Église est considérée à deux points de vue. À la fin du premier chapitre, elle est le corps de Christ. Envisagée dans sa perfection absolue, elle est la « plénitude » du Chef. C’est la Tête, Christ, qui dirige et fait tout, mais cette Tête a besoin d’un corps. À la fin du deuxième chapitre, l’Église est envisagée comme une maison. C’est le second point de vue. Jésus-Christ est la maîtresse pierre du coin ; l’édifice est en croissance, mais il n’est pas dans le ciel. C’est une habitation de Dieu par l’Esprit ; elle s’élève comme un temple saint au Seigneur ; elle est la demeure de Dieu sur la terre. Tels sont donc les deux caractères de l’Église : corps de Christ, et édifice où Dieu demeure par l’Esprit.

Plus on fait de progrès, plus on voit l’importance de distinguer ces deux points de vue, mais aussi de les distinguer, l’un et l’autre, des individus qui les composent, de leur responsabilité, de leurs changements, de leurs états d’âme. Cela est important de nos jours, où plusieurs sont occupés de ces questions. Il nous faut avoir une vue scripturaire de la pensée de Dieu au sujet de l’Église.

C’est l’Église de Christ qui caractérise ce premier chapitre. Si je veux connaître ma position, ma bénédiction, il faut que je pense à Christ, duquel tout découle, auquel tout est uni. C’est pourquoi il dit au vers. 1 : « Aux saints et fidèles dans le Christ Jésus ». Il est impossible de comprendre la bénédiction du corps en laissant une partie du corps de côté. Depuis son exaltation à la droite de Dieu, Christ a reçu le Saint-Esprit pour le corps, la « promesse du Père ». Lui-même avait été oint du Saint-Esprit sur la terre ; les disciples ne l’avaient pas été. Dieu pouvait oindre Jésus du Saint-Esprit, comme sceau de la justice personnelle qui était en lui ; les disciples n’ayant pas cette justice personnelle, ne pouvaient pas être oints de cette manière. Pour qu’ils pussent l’être, il fallait que le grain de blé, Christ, tombant en terre, mourût, sinon il demeurait seul. L’idée, si commune aujourd’hui, de l’union de Christ avec l’humanité, par l’humanité, est entièrement fausse. C’est un Christ ressuscité qui est le chef de la nouvelle création, ainsi que le commencement d’une nouvelle famille. 1 Cor. 15, qui nous parle de sa résurrection, nous le présente comme le Chef, le second Adam. Après être devenu justice de Dieu pour d’autres, il a reçu le Saint-Esprit et l’a envoyé pour habiter en ceux qui, par sa grâce, croyaient en lui. L’Esprit est venu prendre la place du Seigneur Jésus sur la terre, lorsque lui, le grain de froment, a été mort et ressuscité. Christ, ayant glorifié Dieu à l’égard du péché, la justice de Dieu était tenue de lui donner la place qui lui était due comme homme. Il reçoit alors des dons pour les hommes ; il envoie le Saint-Esprit, et l’Église est formée.

Le Saint-Esprit est donné comme sceau de la justice. C’est autre chose qu’une nouvelle naissance. Celle-ci ne signifie pas que j’aie la justice ; j’ai par elle une nature juste, mais le péché est en moi. Il me faut donc autre chose, car je ne puis me présenter ainsi devant le tribunal de Dieu. Christ est notre justice, justice parfaite et déjà présentée à Dieu, et nous recevons le Saint-Esprit comme sceau de cette justice que Christ a acquise personnellement pour nous. « Celui qui est uni au Seigneur est un seul Esprit avec lui » (1 Cor. 6:17), et membre de son corps.

Au commencement du chap. 1 des Éphésiens, l’apôtre parle de la bénédiction des individus qui composent l’Église, et, à la fin du chapitre, de la bénédiction de l’Église comme corps de Christ et de toutes les gloires dont il jouit lui-même.

« Le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus-Christ », tels sont, au commencement de ce chapitre les deux caractères de Dieu. Le croyant jouit personnellement et individuellement de toutes les conséquences de ce que Christ est en la présence de Dieu. Il y est dans cette double relation, comme homme, et comme Fils. « Je monte », dit-il, « vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu ». Auparavant, il ne pouvait mettre ses disciples sur le même pied que lui. Étant encore sous la loi, ils n’avaient pas l’adoption d’enfants ; mais Christ a porté la malédiction de la loi, et après sa résurrection il dit : Mon Père et votre Père, mon Dieu et votre Dieu. Nous l’avons déjà dit : l’idée de l’union de Christ avec l’humanité est une fable. La Tête dans le ciel ne s’unit pas avec l’humanité déchue ici-bas, mais les croyants, les membres de Christ, sont unis avec lui, leur Tête dans le ciel. Comment le Fils de Dieu pourrait-il s’unir avec le péché ? Impossible ! Une telle pensée renverse, de fait, la nécessité de la rédemption. Si le péché n’est pas ôté, nous ne pouvons être unis à Dieu, et Dieu ne peut s’unir à nous. Mais, la rédemption étant accomplie, il y a un nouvel homme ; nous pouvons être unis à Lui. Notre position, notre nature, sont devenues celles de notre Chef.

« Bénis de toute bénédiction spirituelle dans les lieux célestes en Christ ». Plus une seule bénédiction ne nous manque. Elles sont toutes entièrement célestes. Nous ne sommes pas comme les anges, mais beaucoup au-dessus d’eux, en Christ. C’est le mot de ce mystère, de cette révélation ; Dieu nous place en Christ, avec qui nous avons part à toutes les bénédictions qui sont dans le ciel, sans qu’il en manque aucune.

« Élus en Lui ». Nous aurions pu être élus autrement qu’en Lui. Il y a des anges élus (1 Tim. 5:21), qui ne sont pas élus en Christ, nous sommes en Lui, formant une partie de ce Christ.

« Avant la fondation du monde ». Nous sommes élus en Lui, entièrement en dehors de ce monde, avant que le monde fût. Cette élection se réalise ici-bas, mais le monde n’y est pour rien. La souveraineté divine pourrait nous élire dans le temps ou avant le temps, mais cette élection est en Christ. Elle est en dehors du gouvernement du monde. Dieu le gouvernera, mais Christ n’en est pas, ni n’en fait partie, et nous n’en faisons pas plus partie que Lui. La vie, la gloire, que nous avons reçues a donc sa source dans ce qui existait avant que le monde fût.

« Saints et irréprochables devant Lui, en amour ». Christ est cela. Il est l’image du Dieu invisible, et ces termes présentent le caractère de Dieu lui-même qui est saint, irréprochable dans ses voies, et qui est amour. Nous sommes élus en Christ, afin que nous soyons aussi cela. C’est la perfection. Dieu l’est en lui-même ; nous le sommes en Christ devant lui. Pour être devant Dieu, il me faut une nature sainte, capable d’aimer, mais il me faut aussi un objet parfait pour que j’aie la possibilité d’en jouir. Je l’ai, quand je suis devant Dieu. Il ne pourrait trouver ses délices en moi qui ai toute sorte de défauts. Cependant, si nous avons le Dieu parfait comme objet, nous sommes aussi ses objets à Lui, car, en Christ, nous possédons toutes ces perfections. Ce petit mot « en Lui » me dit que je puis être pour Dieu un objet de délices !

Dieu aurait pu nous prendre seulement comme serviteurs, mais non : il veut nous bénir en Christ, en son Fils, et il nous adopte pour être ses fils. C’est une nécessité de sa nature, de nous avoir saints et irréprochables devant Lui, mais non de faire de nous ses enfants, ce qui est une toute autre chose. Mon père est bon pour tout le monde, mais il n’est pas père de tout le monde.

« À la louange de la gloire de sa grâce, dans laquelle il nous a rendus agréables dans le Bien-aimé ». Tout ce qui peut être exprimé pour donner une idée de cette affection de Dieu pour nous est déployé ici, pour nous faire comprendre notre position devant lui. Remarquez que l’apôtre n’a pas encore dit un mot jusqu’ici, de l’état des âmes introduites dans cette position. Il veut, quant à cette dernière, que nous la connaissions maintenant, et que cela influe sur notre marche, sur nos affections, sur toute notre vie. Pour avoir des affections saintes, il nous faut la conscience des relations qui les produisent dans le coeur. L’homme ne peut pas avoir cet état subjectif sans un objet dont il soit occupé. Il n’est pas Dieu, pour dire : Je suis ; il dépend de ce qu’il voit, de ce qu’il a. On peut posséder une nature capable d’aimer les enfants, un père, une mère, mais on ne les aime pas quand on ne les a pas. Il faut des coeurs occupés de leur objet pour jouir des relations avec lui et les réaliser.

C’est du côté de Dieu que nous est présentée ici la rémission des péchés. L’apôtre ne les étale, ni ne les détaille, comme en d’autres passages des épîtres ; il dit simplement : « En qui nous avons la rédemption par son sang, la rémission des fautes, selon les richesses de sa grâce ». À la naissance de Christ, les anges disaient : « Gloire à Dieu dans les lieux très-hauts ! » Les hommes qui les entendaient étaient ignorants et ne savaient ce que cela signifiait. Ils ne voyaient ni l’iniquité de l’homme, ni sa folie qui donnait à Christ une place dans une crèche. De toute manière, l’homme manifestait tristement ce qu’il était, mais le ciel proclamait : « Gloire à Dieu dans les lieux très-hauts ; et sur la terre paix et bon plaisir dans les hommes ! » Si moi, je considère la croix, j’y vois tout le détail de mes fautes et la grâce qui couvre mes iniquités, mais quel bonheur de pouvoir envisager les résultats de cette oeuvre du côté de Dieu et en s’élevant au-dessus de l’égoïsme et des souillures de l’homme ! Quand nous avons senti ce qu’est le monde, ce qu’est le péché, quel soulagement de trouver en Christ un être parfait qui a fait triompher le bien au milieu de tout ce mal !

Mon coeur a trouvé un asile, où je puis demeurer, et là, mis à l’abri, et entouré de son amour, je considère le mal comme il l’envisage lui-même. C’est notre privilège, en vertu de la grâce infinie dont nous sommes les objets. S’il importe que nous jugions le péché devant Dieu, il importe aussi que nous nous tenions là où Dieu nous a placés par sa grâce, pour voir le péché d’en haut, comme Lui le voit.

Nous ayant introduits dans cette position et dans cette intimité, Dieu nous parle de Christ (v. 9-11), et de la manière dont il veut glorifier Celui en qui il nous a placés. S’il y a l’appel et l’adoption, il y a aussi l’héritage du Christ, et le Saint-Esprit nous en est donné comme les arrhes. En outre, le sceau du Saint-Esprit est mis sur la justice qui nous appartient désormais.

Je dirai encore un mot sur la fin de ce chapitre. Remarquez, au v. 18, qu’il s’agit de l’appel de Dieu, de l’héritage de Dieu, dont il jouira dans les saints. Puis, au v. 19, nous trouvons « l’excellente grandeur de sa puissance envers nous qui croyons ». La même puissance qui a ressuscité Christ d’entre les morts a agi en nous pour produire spirituellement le même effet. C’est ainsi que les membres y arrivent, et c’est ce que je voulais faire remarquer. La puissance qui a ressuscité le Christ d’entre les morts et l’a placé dans la gloire est la même qui agit en nous : « Il nous a ressuscités ensemble, et nous a fait asseoir ensemble dans les lieux célestes, dans le Christ Jésus » (2:6). C’est ainsi que nous avons cette position en Christ et que nous devenons membres de son corps.

Que la chair résiste au Saint-Esprit, nous le savons ; que le monde soit rempli, par Satan, de tout ce qu’il faut pour y résister, nous le savons aussi. Quelque réelle et puissante que soit cette résurrection spirituelle, le monde ne la reçoit pas, parce qu’il ne la voit pas. Nous l’avons, et le Saint-Esprit demeure en nous. Nous possédons ces choses, mais seulement par la foi. Nous avons la vie, nous avons le Saint-Esprit, nous sommes unis à Christ. La vie que j’ai reçue de Christ est plus réelle que celle que j’ai tirée d’Adam. Cela n’a rien de mystique. Cette vie a sa source en Dieu lui-même ; elle nous le révèle et nous donne communion avec Lui. Le Saint-Esprit n’est pas un objet ; il est en nous, et par lui nous avons communion avec le Père et avec son Fils, Jésus Christ, comme objets de nos coeurs.

Voilà ce qu’est, selon toute la force du terme, l’Église selon les pensées de Dieu. Elle est le corps de Christ ; nous sommes unis à Christ, comme membres de ce seul corps, par un seul Esprit.

Je désire, chers amis, que le Saint-Esprit (et cela est de toute importance) donne à ces choses une puissante réalité en nous, dans nos affections. Puissions-nous savourer l’amour qui nous a donné cette position, car tel est l’état normal du chrétien devant Dieu !

Ce que nous avons à chercher, par la grâce de Dieu, c’est d’avoir des coeurs qui reçoivent ces pensées de Dieu, qui les reçoivent de Dieu lui-même afin d’en jouir, des coeurs qui pensent à l’égard de Dieu (et cela ne se peut que dans la communion avec Lui) comme Dieu pense à notre égard, des coeurs qui soient en relation d’intimité avec Lui-même, en Christ. Vivre dans ces relations est la seule manière d’en jouir !


206 - Méditations de J. N. Darby — Éphésiens 1:15 à 2:10

Lausanne, 5 septembre 1850 — n°206 : ME 1915 p. 148

L’Évangile contient tant de richesses, tant de parties diverses, dans lesquelles la grâce et l’amour de Dieu se manifestent envers les hommes, qu’il n’est pas difficile de se rendre compte comment il peut répondre à mille besoins divers. Une âme qui a le sentiment de sa faiblesse y trouve de quoi encourager le plus faible ; une conscience réveillée devant la sainteté de Dieu y trouve cette parole : « Combien plus le sang du Christ purifiera-t-il votre conscience ! »

Mais l’Évangile ne place pas seulement la croix devant nous ; il nous parle aussi de la gloire, pour nous encourager : « La gloire que tu m’as donnée », dit Jésus, « je la leur ai donnée » ; et encore : « Je vous prendrai auprès de moi, afin que là où je suis, moi, vous soyez aussi ».

Une chose, enfin, est encore propre à nous encourager ; nous la trouvons dans ce chapitre : c’est la connaissance de la puissance qui agit en nous et pour nous (1:19-20). Elle ne change pas la chair, il est vrai, mais elle nous fait jouir de notre position en Christ et nous rend capables d’en manifester les effets ; car, si elle n’avait pas un résultat pratique, la connaissance de cette puissance ne ferait que nous enorgueillir.

Au commencement de notre chapitre (1:1-7), nous apprenons à connaître la position que Dieu nous a donnée actuellement : « Élus en Christ avant la fondation du monde, pour que nous fussions saints et irréprochables devant Dieu en amour ». Il nous est nécessaire d’être bien au clair à l’égard de la position que nous occupons devant Dieu par la grâce. Une telle chose n’aurait jamais pu entrer dans la pensée de l’homme. S’il s’agit de sa responsabilité, l’homme y a complètement manqué, et l’Évangile commence par établir ce fait : Nous sommes tous perdus. Or Christ est venu chercher et sauver ce qui était perdu. C’est là, quant à l’état de nos âmes, que la vérité commence.

La conséquence en est que l’homme est absolument et définitivement mis de côté. Son état est entièrement condamné par le juste jugement de Dieu ; la chair n’est pas autre chose qu’inimitié contre Lui. Il n’y a aucun moyen de revenir à ce que nous étions au commencement. En Éden, l’homme était innocent, mais ce n’est pas la pensée de Dieu qu’il y ait jamais un homme innocent dans le ciel. Pas plus l’homme innocent que l’homme pécheur n’y entreront. Or, comme créature, le premier Adam n’a que ces deux alternatives : être innocent ou pécheur.

Mais il s’agit ici du second Adam, de Christ. Toutes les promesses de Dieu sont « Amen » en Lui. Les promesses ont été faites à Abraham et à sa semence qui est Christ (Gal. 3:16). Dieu, ayant entièrement mis de côté l’homme, tel qu’il est, comme pécheur, il l’introduit en sa présence dans un état entièrement nouveau, celui de Christ lui-même. Tous les conseils de Dieu se résument en Christ, pour ceux qui Lui appartiennent. Dieu trouve en nous ses délices, parce qu’il les trouve en Christ. Il a voulu montrer, dans les siècles à venir, les immenses richesses de sa grâce envers nous, et c’est sa gloire de nous introduire devant Lui en Christ, saints et irréprochables, en amour. Là nous jouissons de tout l’amour qui a donné Jésus pour nous, qui nous a placés en Christ et avec Christ devant Lui, qui nous a aimés du même amour dont il l’a aimé. Nous sommes, sans doute, bien indignes de tant de grâce, mais tout cela est à la louange de la gloire de la grâce de Celui qui a accompli cette oeuvre.

Il nous est donc impossible d’entrer dans le ciel comme innocents, et plus impossible encore d’y entrer comme pécheurs. Il nous faut y entrer dans une condition et avec un caractère entièrement nouveaux, c’est-à-dire en Christ lui-même.

Nos âmes ont une grande tendance à s’enfermer dans leurs propres pensées, dans ce qui s’agite en nous. La foi laisse Dieu penser et le laisse agir en conséquence. Il nous donne une position digne de Lui et de son amour, mais combien nous avons de peine à nous élever à la hauteur de ses pensées pour nous ! Les soucis de la vie tendent à nous cacher les choses célestes et l’amour de Dieu ; leur effet est d’empêcher notre âme d’échapper à son milieu misérable. Combien, hélas ! nous sommes faibles ! mais ce qui peut nous relever, c’est de nous nourrir des pensées de Dieu à notre égard. La révélation de Christ produit cet heureux résultat : la foi le saisit ; la grâce de Dieu nous l’applique.

Dieu veut que vous ayez une confiance pleine et entière dans son amour ; il ne veut pas que l’étendue de ses grâces soit pour vous une chose étrange, sinon votre coeur ne peut être formé par elles. Mon état répond toujours au degré de connaissance de Celui avec lequel je suis en relation.

Pour que nous soyons « à la louange de la gloire de sa grâce » (v. 6) ; Dieu nous fait voir qu’avant d’entrer dans la gloire, Christ a absolument et parfaitement accompli la rédemption, et c’est là la base de nos affections chrétiennes, ce qui donne un fondement à nos coeurs : « Par une seule offrande il a rendu parfaits à perpétuité ceux qui sont sanctifiés ». Avons-nous tout juste la rémission de nos fautes ? Non certes, car elle est « selon les richesses de sa grâce ». Le Dieu qu’il fallait satisfaire est le Dieu qui est amour. C’est ce que l’apôtre montre ici : il nous introduit dans les pensées de Dieu, et nous fait jouir de ses grâces selon ce que Dieu est, et non pas selon nos pensées.

« Nous étions, par nature, des enfants de colère » (2:3). C’en est fait de nous ; voilà ce que nous sommes ! Il est donc nécessaire que nos pensées soient formées par ce que Dieu est. Cette colère s’exécutera-t-elle sur nous ? Aucunement : « Dieu est riche en miséricorde » (v. 4). En ayant fini avec nous-mêmes, il nous faut, comme de droit, nous adresser à Dieu, et que trouvons-nous en Lui ? Selon les richesses de sa grâce, il nous a donné la rémission de nos péchés. « Je ne me souviendrai plus jamais », dit-il, « de vos péchés ni de vos iniquités », bien différent de l’homme qui peut pardonner une offense, mais non pas l’oublier. Dieu nous accorde la parfaite rémission de nos péchés pour que nous comprenions la valeur immense du sang de Christ. Le pardon des péchés est le fruit de l’amour parfait qui a donné Jésus. Le moyen par lequel ce pardon est obtenu est la preuve d’un amour ineffable et digne de Dieu lui-même.

Dieu est pour nous ; pour entrer en sa présence, il faut que nous soyons parfaits. Quand je pense à ce que je suis, j’ai honte et je suis effrayé et découragé ; car, pour entrer devant Lui, ayant conscience de sa sainteté, il faut que je sois sans péché. Si je pouvais me tenir devant Dieu avec le péché, ce serait la négation du ciel et du christianisme. Nos consciences nous disent que nous ne pouvons aborder Dieu ainsi. Il ne peut accepter quelque chose de souillé. Tout chrétien, même un Juif, reconnaît que pour l’adorer il faut être sans péché.

Cela nous fait sentir jusqu’à quel point il a fallu que notre conscience fût purifiée ; et cela ne pouvait avoir lieu que selon les richesses de sa grâce. Le Fils de Dieu, le Bien-Aimé, s’étant offert pour nos péchés sur la croix, ils sont entièrement effacés selon les richesses de cette grâce. Dieu m’a reçu, selon la valeur du don de son Fils. Tel est le fondement que Dieu a posé pour nous introduire devant Lui en Christ.

Mais ce n’est pas tout. Christ ne jouirait pas du fruit du travail de son âme, s’il ne nous avait pas pour toujours avec Lui, devant Dieu. « Le Dieu de notre Seigneur Jésus-Christ, le Père de gloire, vous donne l’esprit de sagesse et de révélation dans sa connaissance, les yeux de votre coeur étant éclairés pour que vous sachiez quelle est l’espérance de son appel » (non pas du vôtre), « et quelles sont les richesses de la gloire de son héritage dans les saints » (non pas du vôtre). L’apôtre veut nous faire comprendre comment Dieu appelle, et à quoi il appelle ; il nous présente les choses entièrement du côté de Dieu ; il nous le montre jouissant de la gloire de son héritage dans les saints. « En lui est le oui, et en lui l’amen, à la gloire de Dieu par nous ». C’est ainsi qu’il se glorifie ; il Lui faut des objets de son amour, et, au lieu de prendre les anges, c’est nous qu’il choisît. Sa gloire est de donner selon les richesses de sa grâce, et ce sont des êtres tels que nous qui en sont les objets. Il prend une Marie de Magdala dont il chasse sept démons, un brigand sur la croix, et les place avec Lui dans la gloire de Dieu.

« Qu’il vous donne l’esprit de sagesse et de révélation dans sa connaissance ». Je désire, chers amis, que cette parole agisse sur votre conscience et vous encourage. Je dis : « votre conscience », car, dès qu’elle est en activité, il y a encouragement. Le premier effet de la grâce de Dieu, c’est de parler à la conscience, afin de bénir. Il est étonnant de voir combien de choses nous tolérons habituellement dans nos vies. Quand la présence de Dieu est puissamment sentie, tout change de face et prend une autre tournure. Là où manque la confiance en la grâce, on est découragé. Il est très bon d’être humilié, mais pas découragé. Je ne puis l’être, si, avec la lumière dans ma conscience, je vois en Dieu un Dieu de grâce. Ce passage a pour effet, à la fois de me mettre dans la poussière et de me remplir de confiance. « Et quelle est l’excellente grandeur de sa puissance envers nous qui croyons, selon l’opération de la puissance de sa force, qu’il a opérée dans le Christ, en le ressuscitant d’entre les morts » (1:19-20). Il s’agit d’une puissance qui s’exerce ici-bas, car on ne croit pas dans le ciel. Mais croyez-vous, chers frères, que lorsque Dieu donne efficace à sa grâce envers vous, il use de la même puissance qui a placé Christ dans le ciel, en le ressuscitant d’entre les morts, et que cette puissance est en vous ? Il est humiliant de penser que, la possédant, je sois ce que je suis, que mon coeur soit si peu élevé au-dessus des choses de la terre. Cependant, il est dit : « Soyez parfaits, comme votre Père qui est aux cieux est parfait ». Soyez comme Lui : il fait luire son soleil sur les justes et sur les méchants ; il agit en grâce. Faites de même ; faites du bien à vos ennemis ; soyez parfaits. Dans le sens de notre acceptation, il nous a déjà rendus parfaits devant Dieu, mais il veut que nous manifestions ce caractère. Nous sommes participants de la nature divine ; nous demeurons en Lui ; mais, comme Moïse, nous sommes appelés à refléter sa gloire. Moïse n’en savait rien, il n’examinait pas sa figure ; il ne se donnait pas de la peine pour la rendre resplendissante. Il avait passé quarante jours avec Dieu, l’oeil fixé sur sa gloire, et la conséquence en était que cette gloire se reflétait sur son visage. Il faut être en Christ pour faire paraître Christ : « Portant toujours, partout, dans le corps, la mort de Jésus, afin que la vie aussi de Jésus soit manifestée dans notre corps ». Il n’est besoin d’aucun effort pour le faire ; la vie que nous possédons en Lui est la source de cette manifestation.

Ce pauvre monde a besoin de la manifestation de Dieu en grâce ; il a besoin d’apprendre que la bonté et la grâce de Dieu sont au-dessus de tout le mal de l’homme.

Vos coeurs désirent-ils manifester la bonté et la grâce de Dieu ? Savez-vous que la puissance de Dieu, qu’il a opérée en ressuscitant Christ, est en vous ? Si vous le savez, n’est-il pas humiliant de penser que le train de votre vie, les motifs de votre coeur, le caractère de votre vie intérieure, n’en sont pas influencés ? D’un autre côté, cette vérité est bien encourageante ; car, malgré tout, elle est une chose vraie. L’apôtre veut, il demande à Dieu, que les saints comprennent l’excellente grandeur de sa puissance envers nous qui croyons selon l’opération de cette puissance. Oui, elle agit en nous. Par la foi, Dieu nous a placés dans le ciel avec Christ. Votre place est dans le second Adam, après qu’il a lavé vos péchés, et la puissance qui agit pour vous la faire réaliser est en vous.

N’est-il pas merveilleux de voir à quel point absolu Dieu nous a placés dans cette position. Vivifiés ensemble avec le Christ, ressuscités ensemble, assis ensemble dans les lieux célestes en Lui ! (Éph. 2:5-6).

Au 10° chapitre de l’épître aux Hébreux, l’apôtre nous montre les sacrificateurs, se tenant debout continuellement, parce que leurs sacrifices ne pouvaient jamais ôter les péchés, mais Celui-ci, ajoute-t-il, ayant offert un seul sacrifice pour les péchés, s’est assis à perpétuité. Il n’a plus rien à faire ; tout est accompli. Mais Dieu vous a aussi fait asseoir en Lui. Vous avez entièrement la place qu’il possède, la seule que vous puissiez avoir, car, sans Lui, vous n’en auriez aucune.

Telle est notre place. Dieu qui, par la foi, nous fait comprendre que nous la possédons, nous a laissés ici-bas pour manifester la vie de Christ dans nos corps mortels au milieu de ce monde. Telle est l’excellente grandeur de sa puissance envers nous. Au chap. 3:20, nous trouvons la puissance qui opère en nous. « À Lui soit gloire dans l’assemblée, dans le Christ Jésus, pour tous les âges du siècle des siècles ! »

Si Dieu permet que les siens traversent toute sorte d’exercices d’âme, il n’a d’autre but que notre sanctification. Le Saint-Esprit agit en nous par toutes ces choses, et nous pouvons nous glorifier dans toutes les épreuves et toutes les peines. Fondés et enracinés dans l’amour, nous savons que bientôt nous Lui serons semblables et que nous paraîtrons avec Lui, tels que Lui.

Quelle tendresse il manifeste dans tous les détails de ses voies, pour nous faire comprendre qu’il est amour, et si nous comprenons cela, nous serons remplis du désir, du besoin de manifester Jésus. Ce sera notre seule affaire dans ce monde. Si vous avez ce désir, ne vous contentez pas d’avoir une mesure plus basse que celle de le montrer tel qu’il est. Bien-aimés, si vous n’avez pas réellement le désir de glorifier Celui qui vous a tant aimés, qui s’est donné lui-même pour vous, qui vous a sortis d’entre les morts et vous a fait asseoir en Lui dans les lieux célestes, soyez-en humiliés, mais aussi, que vos coeurs soient encouragés à la pensée de tant d’amour, de grâce et de puissance de sa part. Que Dieu nous donne de chercher en Lui la force nécessaire et nous fasse trouver dans la joie de sa communion, la puissance pour manifester aux autres la vie de Christ !


207 - Méditations de J. N. Darby — Matthieu 3:13 à 4:11

Juin 1850 — n°207 : ME 1915 p. 394

Tout ce qui nous fait mieux connaître le Seigneur nous sanctifie, et en même temps nous rend heureux au milieu de ce pauvre monde où nous rencontrons tant de chagrins, de difficultés et de pièges ; où toute habitude, même religieuse, devient un piège, car ce qu’on fait par habitude, on finit par le faire machinalement, et le coeur s’éloigne peu à peu de la source de la vie et de la dépendance de Dieu.

La tendance de tout ce qui nous entoure dans le monde, c’est de nous éloigner de Dieu, de nous distraire ; il n’y a que le Saint Esprit qui puisse nous délivrer de cette tendance, et il le fait en nous communiquant les choses qui sont de Lui, non au moyen d’une connaissance qui enfle, mais par la révélation de Christ à l’âme, en sorte que celle-ci s’approprie le Seigneur et peut dire : « Je sais qui j’ai cru, et je suis persuadé qu’il a la puissance de garder ce que je lui ai confié ». Alors on peut dire aussi : Je le connais, et je sais que, comparées à Lui, toutes choses sont comme des ordures.

C’est dans cette pensée, chers amis, que nous allons voir dans ces versets, ce qui nous est dit de ce précieux Sauveur et ce qu’il a fait dans son amour pour nous.

Il y a plusieurs choses à observer dans ces chapitres, et d’abord remarquons que Jean-Baptiste y annonce le jugement, et que l’effet de ce témoignage, pour ceux qui le reçoivent, est la repentance. Ils reconnaissent que le jugement leur est dû, et se tournent vers Dieu.

« Déjà », leur disait Jean, « la cognée est mise à la racine des arbres ; tout arbre donc qui ne produit pas de bon fruit, est coupé et jeté au feu ». En présence de cette menace, plusieurs gens de mauvaise vie se retournèrent vers Dieu ; le seul moyen, pour l’homme, de produire de bon fruit, c’est de reconnaître qu’il est méchant ; la première manifestation du bien dans l’homme, c’est la conscience qu’il est mauvais. La mission de Jean-Baptiste, annonçant que la cognée ferait son oeuvre là où il n’y avait pas de bon fruit, était le ministère de la repentance. Or, aussitôt qu’il y avait un pas à faire dans le chemin de la foi, Jésus s’identifiait avec les siens. Il n’y a pas un seul mouvement de nos coeurs pour Lui sans que Jésus y réponde aussitôt et ne vienne au-devant de nous. On pouvait dire : Il n’y a que les méchants qui se rendent à ce baptême ! Eh bien, dit Jésus, j’y vais. Du commencement à la fin, il nous accompagne, et nous n’avons pas un pas, pas un sacrifice à faire, pas un opprobre à porter, qu’il ne soit là avec nous, car c’est son opprobre. S’agit-il de la souffrance attachée au service, nous sommes heureux de pouvoir dire avec Paul : « J’accomplis dans ma chair ce qui reste encore à souffrir des afflictions du Christ pour son corps qui est l’Assemblée ».

La première chose donc que nous remarquons dans les versets que nous avons lus, c’est la condescendance de Jésus qui nous suit partout, en sorte que nous ne pouvons jamais être dans les difficultés, dans les douleurs, dans les opprobres, sans pouvoir dire : Il y est. Il s’est même abaissé jusqu’à recevoir le baptême de la repentance pour être partout avec son peuple. Il est évident que Lui, Jésus, n’avait pas besoin de ce baptême, ainsi que le Saint Esprit le fait constater par Jean : « Moi, j’ai besoin d’être baptisé par toi, et toi, tu viens à moi ! » Mais Jésus répond : « Il nous est convenable d’accomplir toute justice ». Pour Lui, ce baptême était la perfection de la justice, car l’amour et l’obéissance envers son Père s’y manifestaient. Cet amour et cette obéissance l’ont amené où nos péchés nous avaient amenés. Il accomplissait la justice, là où nous confessions le péché. C’est ainsi qu’on se rencontre toujours avec Jésus, lorsqu’on reconnaît comme sien le mal qu’il a pris sur Lui, et que l’âme se place dans la position que Lui a prise en grâce pour nous. Il est descendu là avec son peuple, et c’est alors que le ciel s’est ouvert sur Lui, et que le Père s’est adressé à Lui comme homme, en disant : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé ». Il s’est abaissé comme Fils de l’homme jusqu’à la position où l’homme doit se placer, et c’est sa perfection aux yeux de Dieu et de la foi. Ce n’était ici que le commencement de sa carrière, il est vrai, mais ce principe s’étend jusqu’à la croix où il a tout accompli.

« Et Jésus, ayant été baptisé, monta aussitôt, s’éloignant de l’eau ; et voici, les cieux lui furent ouverts, et il (Jésus) vit l’Esprit de Dieu descendant comme une colombe, et venant sur Lui. Et voici une voix qui venait des cieux, disant : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai trouvé mon plaisir ». Nous voyons ici Christ, ayant accompli la justice, recevoir le témoignage de Dieu. Le ciel s’ouvre sur Lui dans ce monde, et le Saint Esprit descend sur Lui. Il est doux de penser qu’il y avait là sur la terre, une personne que le Père pouvait reconnaître comme possédant toute son affection — et de savoir que ce Jésus est avec nous, et qu’il a reçu ce témoignage en venant s’associer avec ceux qui croient. En s’ouvrant sur Lui, le ciel s’est ouvert sur nous, car maintenant nous avons été scellés et oints du Saint Esprit ; placés dans la même position que Lui ; nous sommes pleinement acceptés et établis en la présence de Dieu, non seulement comme étant pardonnés, mais comme introduits dans la joie d’une relation d’amour. Jésus avait la joie d’accomplir la volonté de son Père et celle de recevoir le témoignage de Dieu, et nous aussi, nous possédons cette même joie.

Je désire que nous saisissions bien cela, et que nous sachions que, comme Jésus a reçu le témoignage de l’amour du Père, nous aussi nous l’avons reçu, afin que, selon le désir de son coeur, sa joie soit en nous et qu’elle y soit accomplie. La réaIité de ces choses a-t-elle empêché les difficultés sur son chemin ? Nullement, et il en est de même pour nous. Aussitôt après cette scène, nous le voyons tenté par Satan. L’ennemi cherche aussi à nous soustraire à l’efficace du témoignage de Dieu et à nous détourner, même par des choses innocentes en elles-mêmes, telles que satisfaire notre faim, de faire la volonté parfaite de Dieu. Mais ces choses innocentes, quand elles ne sont pas la volonté de Dieu, sont le péché. C’était comme si Satan avait dit à Jésus : Le ciel t’est ouvert ! Eh bien ! fais maintenant quelque chose pour toi ; peu importe quoi. Les privilèges que nous recevons de Dieu nous introduisent, nous aussi, dans la lutte. Dieu nous place dans une position de bénédiction spirituelle, comme il nous avait placés auparavant, comme créatures, dans une position de bénédiction naturelle, et c’est de cette position-là que Satan travaille à nous faire descendre. Les mauvais anges ont abandonné leur premier état, le premier Adam en a fait autant. Satan cherche à nous priver, nous aussi, de notre état de joie spirituelle et des rapports immédiats avec Dieu dont nous sommes appelés à jouir. Il cherche à empêcher le témoignage de Dieu de retentir dans nos coeurs. C’est tout autre chose d’entendre le Père nous dire : Tu es mon cher enfant, que de savoir seulement que nous sommes enfants. Il y a une joie profonde dans ce témoignage de l’amour et, pour en jouir, le chrétien doit se mettre en garde contre les attaques de Satan qui cherche à l’en priver, et qui fait ce qu’il peut pour l’empêcher de marcher dans la puissance de l’Esprit Saint.

Il est de toute importance pour les enfants de Dieu de se garder eux-mêmes, en sorte que le malin ne les touche point. Quand une femme faible est seule dans sa maison et qu’un voleur est dehors, qu’importe sa faiblesse, si la porte est solide et bien fermée ; la femme n’a pas affaire avec le voleur, et celui-ci n’a affaire qu’à la porte. Si Christ est entre nous et l’ennemi, tout est paix et joie à l’intérieur.

Au chap. 7 des Actes, Étienne vit le ciel ouvert et Jésus assis à la droite de Dieu. C’était quelque chose de différent de ce qui est dit dans notre chapitre. Le ciel s’ouvrit sur Jésus, sur un homme parfaitement agréable à Dieu sur la terre ; dans les Actes, Étienne sur la terre voit au-dessus de lui le ciel, non pas qui s’ouvre, mais qui est ouvert. Christ étant monté en haut, en vertu de la justice qu’il a accomplie pour nous, le ciel est maintenant ouvert et reste ouvert à ceux qui sont devenus la justice de Dieu en Lui. Nous pouvons toujours, comme Étienne, voir par l’Esprit le ciel ouvert sur nous (je ne parle pas d’une vision), et nous n’avons qu’à rester en relation avec Celui qui s’y trouve. Christ a accompli toute justice, afin que, malgré tout, nous ayons la jouissance des choses célestes.

Soit qu’il s’agisse de Jésus s’humiliant jusqu’au baptême de la repentance, soit qu’il s’agisse de Lui, reconnu et glorifié par le Père, c’est toujours de Lui que le Saint-Esprit nous occupe. Il nous le montre nous accompagnant depuis le commencement jusqu’à la fin, et condescendant à s’associer à nous dans toutes nos circonstances, dans toutes nos difficultés. Qu’il s’agisse de la vie ou de la mort, Jésus est là, et nous pouvons dire que, pour nous, vivre c’est Christ et mourir un gain.

Christ est-il si présent à vos coeurs qu’il se trouve toujours plus près de vous que toute autre chose ? Peu importe ce que nous faisons dans la vie ordinaire, pourvu que nous le fassions avec Lui. Même en travaillant pour Lui, que pourrais-je faire de bien s’il ne remplit pas mon coeur ? S’il y est, toutes les attaques de Satan ne sont qu’un moyen de me faire remporter des victoires. Quand vous succombez aux tentations, dites-vous que Christ n’était pas l’objet le plus proche de votre coeur ; sans cela, vous auriez trouvé la puissance pour vaincre l’Ennemi. À celui qui a, il sera donné, s’il a Christ pour premier et seul objet de ses affections. Souvenons-nous toujours que, depuis le baptême de la repentance jusqu’à la gloire, il est avec nous, et que, comme dit l’apôtre, rien ne pourra jamais nous séparer de son amour.

Que Dieu nous donne de nous tenir continuellement tout près de Lui.


208 - Méditations de J. N. Darby — Lévitique 9:22-24

23 juin 1844 — n°208 : ME 1915 p. 433

Nous trouvons deux grandes bénédictions dans ces versets : 1° La gloire de l’Éternel apparaît, preuve évidente et visible que Dieu approuve et reçoit l’offrande d’Aaron. Mais cette gloire apparaît à tout le peuple, car il est purifié par l’offrande, selon cette parole : « Ceux qui sont purs de coeur verront Dieu » (Matth. 5:8). 2° Dès lors le peuple commence à présenter quelque chose à Dieu. Ils poussent des cris de joie et tombent sur leurs faces. Les fils d’Aaron ont le même privilège. Une fois purifiés par l’eau (Lév. 8:6), leurs mains sont remplies. Nous aussi, ayant été nettoyés et purifiés, nous pouvons adorer Dieu et lui présenter nos louanges.

Mais la première vérité que nous trouvons ici, c’est que, pour nous acquérir cette position, les mains de Christ lui-même ont été remplies, et ont présenté à Dieu ce qui le glorifiait et convenait à sa sainteté. Le mal n’a jamais été plus affreux, ni mis davantage en évidence que dans la mort de Jésus, mais aussi, rien n’a plus manifesté son dévouement que sa mort. C’est à la croix que l’on voit du côté du Père la perfection du bien, et le dévouement du Fils, pour que ce bien soit accompli selon les conseils de Dieu. On voit, dans ce dévouement de Christ, la perfection, dans l’homme, de l’oeuvre du Saint Esprit. C’est une agréable odeur pour Dieu. De même aussi, les hommes peuvent respirer la bonne odeur de notre vie, quand elle est tout entière offerte à Dieu. Il n’y avait pas chez Christ une seule pensée qui ne fût l’expression de la puissance du Saint Esprit. Nos mains ont pu toucher, dans cet homme, la vie éternelle qui est auprès du Père, et cela, au milieu des mêmes circonstances de mal et de misère où nous nous trouvons nous-mêmes. Sa vie était une offrande continuelle à Dieu. Il a fait tout ce qui pouvait ouvrir les écluses de l’amour de Dieu envers nous, car Lui, un homme au milieu du mal, déployait, par la puissance du Saint Esprit, tout ce qui pouvait engager le coeur de Dieu à être pleinement satisfait.

Aussi, comme Moïse et Aaron, Christ est entré, comme roi et sacrificateur, dans le tabernacle céleste (v. 23), et c’est de là qu’il nous bénit. Lorsqu’il en sortira, ce sera l’accomplissement des conseils de Dieu, et son peuple terrestre sera béni ; mais, avant d’entrer dans le repos, nous, chrétiens, avons quelque chose de plus précieux qu’Israël, nous possédons déjà la bénédiction de la part de Christ.

Si nous considérons la manière dont Dieu envisage le mal, cela ne donne aucune paix à notre âme, mais, quand le Seigneur nous bénit d’en haut, nous savons que cette bénédiction est le fruit de son sacrifice qui a réglé toute la question du mal devant Dieu. L’imputation du mal n’existe plus : Christ ayant été accepté, bénit. Dieu lui-même, quand il pense au mal, a Christ devant les yeux. Il bénit, car le sang est sur le propitiatoire, remplaçant le mal à ses yeux, et c’est la chose la plus précieuse qu’il puisse y avoir devant Lui, quand il s’occupe du mal. Il regarde le mal en grâce, parce que le sang l’a entièrement effacé, et notre coeur peut le considérer selon cette mesure.

Tout ce que le monde contient s’est réuni pour crucifier Christ. Si j’ai le moindre goût pour les choses du monde, c’est parce que Jésus est devenu moins précieux pour mon coeur. Puis-je désirer acquérir quelque importance ici-bas, en présence de la croix de Christ, et si mon âme jouit de la bonne odeur que Dieu a flairée dans ce sacrifice ? Quand je porte les yeux autour de moi, tout me paraît souillé en comparaison de ce que je possède. Le sang de Christ donne la mesure du mal. S’il est moins précieux pour moi, c’est que j’ai cherché et ai cru trouver quelque bien dans le mal lui-même. Il en est autrement si j’ai trouvé en Christ la bénédiction qui découle de son sacrifice, pendant que je suis encore dans mon état d’infirmité et que je traverse, par la puissance de la vie intérieure, un monde de péché, dans un corps de péché. Je trouve, dans ma faiblesse, ce qui met en jeu les affections qui sont la suite de ma relation avec Dieu. Toutes nos faiblesses et les exercices moraux qui s’y rattachent, ne sont que l’occasion du développement de nos affections. C’est une chose plus intime que la manifestation de la gloire. Nous sortons des angoisses que nous cause la faiblesse, et nous trouvons alors toutes les clartés de la face de Dieu : il ne nous reste qu’à nous reposer dans la lumière.

Quand la conscience est pure, je n’ai plus besoin de penser au mal, et les affections peuvent avoir tout leur développement. Christ verse dans nos coeurs toutes les affections qui, dans le coeur de Dieu, répondent à son sacrifice. Il nous introduit devant Dieu, purifiés du mal par son sang, et nous fait part de tout ce que Dieu est, en réponse à tout ce qu’il y a de précieux dans le sacrifice qu’Il lui a présenté. C’est à cause de notre faiblesse que nous possédons ces choses. Adam ne les possédait pas dans son innocence. Quant à nos affections, si nous voulons garder quelque chose du monde, c’est que nous n’estimons pas le sang de Christ qui montre que ce que nous voulons garder est mauvais. Semblable à Moïse et Aaron, Christ sortira du sanctuaire comme roi et sacrificateur, et la gloire de Dieu apparaîtra. Nous n’avons pas encore cela, mais les choses que nous avons sont plus précieuses, même que cela, pour nous, car elles sont, par le Saint Esprit descendu ici-bas, la communion avec Dieu dans ce qui fait ses délices, dans la perfection du sacrifice de Jésus !


209 - Méditations de J. N. Darby — Hébreux 12:1-13

n°209 : ME 1916 p. 131

Dans l’oeuvre excellente que Dieu accomplit, il lui faut nécessairement s’occuper des instruments qu’il emploie. Jamais la chair n’est propre à l’oeuvre de Dieu. Les vases d’argile dont il se sert altèrent la pureté de ce qu’ils contiennent et lui communiquent souvent une saveur mauvaise. Pour faire son travail un homme aiguise son outil, mais qui aiguise, use, et cette usure est nécessaire, de peur que la rouille n’envahisse la lame et ne gâte l’ouvrage. Dieu prépare donc ses instruments ; il les éprouve par les circonstances qu’ils traversent et dont son Esprit prend connaissance. Lorsque la chair est devenue un obstacle à notre service, Dieu agit en grâce à notre égard et pour notre profit.

Tous nos coeurs contiennent beaucoup de mélange que Dieu seul peut démêler. De là souvent du malaise, d’autant plus sensible qu’il y a plus d’activité de l’Esprit. Sauf cela, l’état de nos âmes est peut-être satisfaisant. Il arrive aussi que, tout en étant dans le bon chemin, nous pensons à nous-mêmes, à l’instrument plutôt qu’à l’oeuvre, et qu’ainsi nous la gâtons. Christ, qui manifestait la perfection du Père, avait un service sans mélange et ne pensait jamais à lui-même. Les circonstances qu’il traversait n’étaient pour Lui que l’occasion de déployer une obéissance toujours plus parfaite. Dieu nous encourage en présence de ces difficultés. Ne perdez pas courage, nous dit-il ; fixez les yeux sur Jésus, le Chef et le Consommateur de la foi ; considérez Celui qui a souffert une telle contradiction des pécheurs contre lui-même. La question n’est pas ici de savoir si l’on est chrétien, mais de connaître le chemin dans lequel un chrétien doit marcher. Ceux qui nous ont précédés ont vu, et cru, et salué ces choses de loin ; ils ne les avaient pas, mais les saluaient comme une réalité. Cette nuée de témoins nous entoure, mais, de plus, nous avons le Chef, celui qui va à la tête, le premier de tous, celui qui a accompli toute la marche de la foi. D’un bout de sa vie à l’autre, il n’y avait que la foi, une foi, agissant sans un appui quelconque, autre que Dieu. Il a dû compter sur Dieu, non pas comme Job qui disait : « Voici, qu’Il me tue, j’espérerai en Lui » ; mais quand il était dans la mort même. Le résultat du fait qu’il est descendu jusque dans la mort a été qu’il est maintenant assis à la droite de Dieu. Maintenant la lumière luit d’en haut sur notre chemin, où Lui n’a trouvé que la contradiction des pécheurs ; elle nous éclaire et provient de Celui qui a suivi cette voie et nous engage à l’y suivre ! « Si quelqu’un me sert, qu’il me suive ; et là où je serai, moi, là sera aussi mon serviteur ; si quelqu’un me sert, le Père l’honorera » (Jean 12:26). Nous devons considérer Celui qui a « enduré une telle contradiction des pécheurs contre lui-même ». Dieu se sert des circonstances que nous traversons pour nous faire considérer Jésus qui a été dans ces mêmes circonstances. Elles ne nous abattront pas ; car, si nous fixons les yeux sur Lui, tout est paix. Quand je pense à moi-même, c’est que l’instrument entre pour quelque chose dans l’oeuvre. Alors Dieu me montre mon néant et je trouve Jésus. Si j’ai manqué, il ne me sera pas pénible de le constater, ayant été amené, quand je l’ai trouvé, à découvrir que je ne suis rien. Lui seul est le Chef et le Consommateur de la foi. Cette découverte me rend profondément heureux.

Aux v. 4 et suivants, on voit un autre côté des voies de Dieu pour perfectionner l’instrument qu’il emploie. C’est la discipline et parfois le châtiment, que nous rencontrons dans le chemin de la foi. Il y a, comme nous l’avons vu, des défauts inhérents à l’instrument, mais on trouve souvent chez lui le manque de soumission à la volonté de Dieu. L’un des dangers de notre activité chrétienne est d’agir de notre propre chef. Jésus, lui, n’a rien fait sans la volonté expresse, sans le commandement de son Père. On ne trouve en lui que l’amour obéissant. Il en était autrement chez les apôtres, et à bien plus forte raison chez nous. Paul avait voulu se rendre en Bithynie, mais l’Esprit de Jésus ne le lui avait pas permis (Actes 16:7). Il s’était repenti d’avoir écrit aux Corinthiens. Constamment nous agissons sans savoir si telle est bien la volonté de Dieu. Nos exercices d’âmes montrent l’imperfection de l’instrument pour maintenir sa proximité avec Dieu. Christ avait aussi des angoisses au dedans : « Un abîme appelle un autre abîme au son de tes cataractes. Toutes tes vagues et tous tes flots ont passé sur moi ». En Gethsémané, il traverse « l’angoisse du combat ». Mais tout cet exercice a lieu dans la communion de son Père, et l’accomplissement de sa volonté le trouve dans une soumission parfaite. Quant à nous, lorsque nous traversons l’épreuve, Dieu s’y trouve et ne nous abandonne pas avant que l’obéissance soit produite. Le Père des esprits veut qu’il ne reste en nous que sa nature, que nous soyons participants de sa sainteté. Il nous exerce à la soumission, afin que tout en nous découle de Lui ; qu’il soit, Lui seul, la source de tout le résultat produit. Tel est son but. Quelle grâce dans toutes ses voies envers nous ! Quand il s’agit de l’homme dans la chair, Dieu ne peut obtenir aucun bon résultat. Cette épreuve a été faite avec Israël avant l’expiation ; avec nous, Dieu commence par l’expiation et, par elle, nous introduit dans sa faveur, en nous communiquant sa vie. C’est sur ce principe-là qu’il nous gouverne. Il cultive son jardin, mais pas comme il le faisait pour Israël où il ne rencontra jamais autre chose que l’homme. Il se sert des circonstances pour mater et détruire en nous les fruits de la vieille nature, afin qu’il ne reste rien d’autre que Christ. C’est là le vrai progrès chrétien. Quand nous avons senti notre néant, toute notre confiance est en Celui qui nous a tant aimés. Quelle profondeur, quelle largeur, dans ses pensées envers nous ! Que Dieu nous remplisse de confiance en Celui qui est le ressort et la source de toutes ses voies à notre égard !


210 - Méditations de J. N. Darby — Romains 1:1-18

n°210 : ME 1916 p. 152

Cette épître n’est pas adressée à une Église fondée par l’apôtre ; il n’avait pas encore vu les Romains et aucun apôtre n’était jamais allé à Rome. Paul ne s’adresse pas à eux comme à ses enfants en la foi et comme étant au fait de leur état. Il leur parle avec suite des grands principes de l’Évangile, et non de tel ou tel des sujets particuliers que Dieu lui avait révélés. Les relations de l’homme, Juif ou gentil, avec Dieu, tel est le caractère de cette épître.

L’apôtre s’annonce comme mis à part pour l’Évangile de Dieu ; il n’avait pas besoin de le dire aux Éphésiens ou aux Philippiens. L’appel de Dieu et la mise à part pour Lui, ont lieu aussi bien pour l’apostolat que pour la vie chrétienne (v. 1, 7). Paul ne s’était pas avancé pour obtenir l’apostolat ; il y avait été appelé. Cet appel suppose que l’état dans lequel se trouvent, dans ce monde, ceux que Dieu a élus est tel, qu’il faut en sortir. Dieu ne corrige, ni ne modifie cet état. Il trouve un pécheur loin de Lui et l’appelle pour en faire un saint ou un apôtre ; il l’appelle, hors de ses relations naturelles et la transporte dans des relations entièrement nouvelles. C’est de cette manière qu’on devient chrétien.

Paul avait été « mis à part pour l’Évangile de Dieu », et montre ce qu’est cet Évangile. On aurait pu supposer que Dieu vient, dans l’Évangile, nous parler de nous-mêmes ; il le fait sans doute aussi, mais le sujet dont l’Évangile nous parle est le Fils de Dieu, sujet entièrement nouveau, qui n’avait jamais encore été présenté à l’homme sur la terre. Pour nous appeler, Dieu vient nous parler de son Fils. Nous parler du monde et des pécheurs serait certes un triste sujet, mais Dieu introduit son Fils, sujet qui peut soulager le coeur des pauvres pécheurs et tirer l’homme de l’abîme où le péché l’a jeté. La personne du Fils de Dieu, non pas tant ce qu’il a fait, tel est, avant toute autre chose, ce grand sujet. On rencontre des personnes qui croient au Fils de Dieu, mais doutent de leur foi, parce qu’elles n’ont pas pleinement saisi les résultats de Son oeuvre ; mais Dieu dit à ceux qui ont saisi la personne de son Fils qu’ils sont sauvés. Dieu avait fait aux Juifs la promesse que le Messie viendrait de la semence de David selon la chair (v. 3). Cette promesse, quoiqu’ils n’aient pas voulu en profiter, est déjà accomplie ; mais, en outre, s’il a été présenté aux Juifs comme l’accomplissement de la promesse, il a été déclaré Fils de Dieu en puissance. La puissance de Dieu est entrée dans le monde, et c’est de quoi nous avons besoin. Quand l’homme voit toute l’étendue de son état de péché, il comprend qu’il a besoin, non seulement de grâce, mais de puissance pour en sortir. Semblable à un homme dans un marécage, s’il travaille à se délivrer du péché, il s’y enfonce toujours plus. Dieu se sert de cela pour lui faire comprendre qu’il a besoin de puissance, car il est sans force aussi bien que pécheur. Alors il trouve la puissance en Jésus, « Fils de Dieu en puissance ». C’est ainsi qu’il nous est présenté premièrement comme objet de foi, dans toute sa perfection, car cette puissance est selon l’Esprit de sainteté qui l’a caractérisé pendant sa vie. Si les hommes avaient été assez spirituels pour le discerner, ils auraient vu en Jésus, venu ici-bas, cette puissance divine, manifestée dans une perfection absolue. L’épée de Satan n’a pu atteindre cela en Lui, car c’est par la résurrection d’entre les morts qu’il a été déclaré Fils de Dieu en puissance. Satan a fait tout ce qu’il a pu contre Lui : n’ayant pu toucher à sa vie spirituelle, il s’est attaqué à sa vie corporelle. Jésus s’est soumis un moment à cette puissance, mais il en est sorti par la résurrection. Il est descendu sous les conséquences du péché et en est sorti par sa propre puissance. Voilà ce que je trouve en Jésus comme objet de foi. Le Fils de Dieu est sorti, complètement victorieux, dans la nature humaine, de dessous la puissance de la mort. C’est la révélation d’une délivrance qui est complètement en dehors de nous. Dans les circonstances où l’homme se trouve à la suite du péché, la puissance de Dieu, dans l’homme, a été victorieuse de toute celle de Satan qui cherchait à l’entraver.

Paul était débiteur envers tous, car Dieu voulait employer en grâce cette puissance pour délivrer des âmes esclaves du péché. Il trouve Juifs et gentils, sans distinction, sous le péché. Il les prend tels quels, parce que sa puissance peut les faire sortir de cet état. Dieu n’est débiteur de personne, mais l’effet de son amour envers nous est de faire de nous les débiteurs des autres et leurs serviteurs. Dieu était si déterminé à apporter cette bonne nouvelle aux pauvres pécheurs, que Paul, se sentant leur débiteur, dit : « Malheur à moi, si je n’évangélise pas ! » Quelle belle position Dieu s’est faite par la grâce ! C’est à cause d’elle qu’il n’a pas épargné son propre Fils.

L’Évangile du Christ est la puissance de Dieu lui-même (v. 16). Il ne cherche rien dans l’homme. Paul vient avec cette puissance, et l’on voit ici quel est son Évangile. Il nous faut la sainteté, me dit-on. Mais comment transformer la boue en or ? Montrez-moi dans ce monde un homme qui cherche à se sanctifier et y réussisse ; tandis que le croyant a la puissance de Dieu. Si Dieu cherche la sainteté dans ce monde, il y trouve la loi violée, son Fils mis à mort, et le Saint Esprit rejeté avec des grincements de dents. Mais le Fils de Dieu est venu dans le monde, et toute la puissance de Dieu a été manifestée pour vous sortir de l’état où vous êtes. C’est « la puissance de Dieu à salut », précisément ce dont nous avons besoin : un salut accompli par la puissance de Dieu. Vous êtes perdu ? Regardez à Jésus. Il a été aussi bas que vous, plus bas encore, et maintenant il est à la droite de Dieu. Quand le pécheur a conscience de son état, il ne cherche pas des fruits en lui-même ; il sent qu’il a besoin d’être sauvé. La chose est présentée à tous de la part de Dieu, et celui qui croit la possède. C’est « la puissance de Dieu en salut à tout croyant », au Juif premièrement, parce qu’étant le peuple de Dieu, le salut, comme administration, s’adresse premièrement à eux. « La justice de Dieu est révélée » dans cet Évangile. Ce n’est pas une justice de l’homme, à produire ou à accomplir. Dieu a une justice à Lui. L’homme n’est pas juste ; il n’a ni la justice de l’homme, ni la justice de Dieu ; il n’a que le péché de l’homme. Essayez de travailler de tels matériaux, vous les trouverez pourris. Quand Dieu veut la justice, il ne la cherche pas chez l’homme ; il la lui présente, la lui révèle, la lui offre. Il ne peut venir nous parler d’une justice qui n’existe pas ; il la révèle maintenant. Auparavant, Dieu avait supporté le péché de l’homme ; il vient maintenant révéler la justice de Dieu. Je n’ai rien à faire qu’à le croire. Cette justice est « sur le principe de la foi, pour la foi ». La conséquence en est que celui qui croit la possède et jouit du résultat de cette révélation.

La colère de Dieu est aussi révélée contre tout ce qui n’est pas selon Dieu. Cette colère, quand elle agissait contre les Juifs, était réglée par la loi et n’atteignait les gentils que lorsqu’ils s’élevaient contre le peuple de Dieu ; mais maintenant, la colère de Dieu est révélée contre tous sans exception, tandis qu’en Jésus la justice de Dieu est révélée pour la foi. Dieu ne veut plus de tout ce qui n’est pas selon cette justice.

Le sujet de l’évangile est donc le Fils de Dieu ; la puissance de Dieu y agit à salut ; la justice de Dieu y est révélée et non point demandée à l’homme ; elle y est révélée pour ceux qui croient. D’autre part, la colère de Dieu est révélée du ciel contre toute impiété et injustice des hommes, Juifs ou gentils, qui possèdent la vérité, tout en vivant dans l’iniquité.


211 - Méditations de J. N. Darby — Luc 11

16 juin 1844 — n°211 : ME 1916 p. 256

Combien de choses le Seigneur Jésus a dû traverser dans son chemin d’amour au milieu du monde ! Le v. 54 de notre chapitre montre ce qu’il y a trouvé. Personne comme Lui ne fut aux prises avec toutes les difficultés de la foi que Satan suscite. Cela est encourageant pour nous, êtres faibles que nous sommes, car Celui qui a remporté la victoire l’a fait pour nous. La vie en Jésus a suscité de tous côtés l’opposition la plus terrible de la chair et des ténèbres, car la lumière ne peut s’accommoder aux ténèbres, et la conséquence en a été une manifestation épouvantable de ce que contenait le coeur de l’homme. Pour ceux qui marchent selon le Seigneur, il y a une abondante provision de lumière et de grâce, mais en même temps le caractère des ténèbres est mis à découvert.

Quand il n’y a pas de besoins réels, on est rebuté par la première difficulté qui se présente, mais là où existe un désir sincère, un oeil simple, un besoin produit par la grâce, on trouve une réponse de Dieu. Daniel prie et jeûne trois semaines ; la réponse était préparée dès le commencement, mais Dieu éprouve ainsi la sincérité de son désir et lui répond au bout de ces trois semaines d’exercice.

Il faut avoir le Saint Esprit pour être conduit à travers le monde ; sa présence déroute toutes les idées naturelles. Dieu n’est pas descendu dans le monde pour laisser le coeur de l’homme où il se trouve. Christ est venu, parce que le train du monde est le chemin large qui conduit à la perdition ; Sa présence a démontré le mal irrémédiable dans lequel le monde est plongé, et son chemin est la sagesse selon Dieu, un chemin que l’oeil de l’aigle ne pouvait découvrir.

La manifestation de la puissance de Dieu en Jésus a pour résultat que l’homme l’attribue à Béelzébul (v. 15) et que, d’autre part, il demande un signe (v. 16) ; mais Jésus n’en donne point, car ceux qui ont l’oeil simple n’ont besoin que de la Parole de Dieu, et d’un guide, la puissance du Saint Esprit. Le bonheur consiste en cela. Dans ce monde qui aime mieux renier sa raison en attribuant au diable la bonté de Dieu, que d’ouvrir les yeux à cette bonté, la présence de Christ fait ressortir le mal que Satan voudrait cacher. Jésus dit : « Bienheureux ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la gardent » (v. 28). Il refuse de leur donner un signe. Jonas était une figure de Sa mort : la mort et la réjection du Messie, signe accordé à cette génération, démontrait l’iniquité totale de cette dernière. C’est aussi le même signe que Dieu donne aujourd’hui pour convaincre le monde. Jonas ne faisait pas de miracles : il prêchait, et la conscience était mise à l’épreuve. Le Seigneur insiste sur cette action sur la conscience. Jean le Baptiseur n’avait pas, non plus, fait de miracles. Jésus, en leur demandant si son témoignage était du ciel ou des hommes, en appelait à leur conscience. La lumière était là, dans sa personne ; la lumière du corps n’est pas cette lumière qui était là, mais l’oeil. Il s’agissait de l’intention du coeur, de la netteté de l’oeil. Si l’oeil est net, le corps tout entier est éclairé. Je n’ai qu’une question à me poser : Est-ce que mon oeil est simple ? Du moment que l’intention du coeur est portée sur Christ seul, il n’y a aucune incertitude. Quand je vois clair, je sais où mettre le pied, où poser la main. Oserait-on dire que Christ n’a pas donné la lumière, que la faute est à Lui ? Si l’on ne voit pas clair, on regarde à quelque autre chose qu’à Christ.

Nous avons une promesse attachée à cet état de l’âme. Dieu ne veut pas la conduire si elle est dans un mauvais état, parce que le mal demeurerait. C’est un grand privilège que d’avoir Christ comme lumière. Quand il n’y aurait que Christ dans le monde, et que nous aurions telle ou telle chose à faire, nous n’hésiterions jamais, et il en sera de même si nous n’avons que Christ dans le coeur.

Oseriez-vous dire que Christ vous conduira dans un chemin qui aura pour vous de mauvaises conséquences ? Je n’ai pas besoin d’autre chose que de voir Christ : puis-je dire que la lumière manque ? Non, la lumière ne manque pas, c’est l’oeil qui manque. « Prends garde que la lumière qui est en toi ne soit ténèbres » (v. 35). Quand la lumière du corps est ténèbres, quand l’oeil n’est pas net, le dedans est plein de rapine et de méchanceté (v. 39), tandis que, dans la même proportion, le dehors prend de l’importance. On attribue une grande valeur aux formes, au cérémonial, à ce qu’il y a extérieurement de respectable dans la religion ; on tient à la première place, aux salutations, aux marques de déférence en public. Mais Jésus considère l’oeil, c’est-à-dire les motifs du coeur. Dans l’oeil mauvais il n’y a pas d’apparence de mal : on professe un très grand respect pour le témoignage rendu dans les siècles passés et l’on rejette le témoignage présent. C’est que le témoignage passé dont on se vante n’atteint pas la conscience et qu’on ne reçoit pas celui que Dieu envoie aujourd’hui.

À la fin du chapitre, le Seigneur signale les ténèbres qui règnent là où Christ n’est pas. Ce n’est pas de relations extérieures avec Christ qu’il s’agit : toute la question roule autour de ce point : « Si ton oeil est simple, tout ton corps aussi est plein de lumière ».

La foi regarde à Christ, comme s’il n’y avait que Lui dans le monde.


212 - Méditations de J. N. Darby — Luc 19:1-10

n°212 : ME 1916 p. 312

Il est étonnant de voir à quel point l’homme tient à son aveuglement ; mais Dieu ne veut pas cesser d’agir en grâce, quoique l’homme s’oppose à l’action de cette dernière. Il faut qu’il reçoive la pensée de Dieu pour avoir la même pensée au sujet de lui-même. Alors l’âme voit clair, comme Dieu voit clair, et cette vision n’est pas renvoyée à un monde futur ; elle a lieu dans celui-ci. La connaissance claire et simple du jugement que Dieu a porté sur nous, c’est là ce qui nous donne la paix.

Jésus montait à Jérusalem, sachant ce qui allait lui arriver, mais résolu de marcher à la mort. Ceux qui le blâmaient de manger avec des pécheurs étaient prêts à le détruire et en guettaient l’occasion. Ils se plaignaient de ce que Jésus n’était pas assez exact dans sa conduite. Zachée n’était pas un homme de mauvaise vie ; il dépeint, au v. 8, sa conduite habituelle ; seulement il était dans une fausse position comme instrument d’asservissement du peuple de Dieu aux gentils. Cependant il était plus qu’un honnête homme, et cela met en lumière le blâme que jetaient sur lui ceux qui n’avaient dans le coeur que haine et mépris pour Jésus. Plus l’homme est mal avec Dieu, et plein d’hostilité contre lui, plus il se rassasie d’ordonnances. Jésus savait ce qu’il devait attendre de la part de l’homme : les injures, les crachats, la mort. On voit, en Zachée, un homme dans une position que les Juifs sans conscience pouvaient blâmer avec raison, mais qui avait une conscience droite dans cette position. La présence de Jésus était la seule lumière au milieu de cette confusion, tandis que la loi n’était pas cette lumière, car le pécheur, même sans conscience, peut encore l’endurcir contre Dieu, en observant certaines ordonnances qui exaltent l’homme.

Ce tableau se répète constamment de nos jours ; ce n’est pas un état d’athéisme, mais celui d’un peuple religieux, hostile à Dieu. Jésus, sans se laisser arrêter ou détourner par eux, poursuit le chemin de Dieu à travers tout et découvre la plus petite étincelle de droiture, venant de Dieu, dans le coeur. Ce n’est pas encore le salut, mais Dieu sait distinguer des désirs vagues et des besoins réels. Un homme, même spirituel, pourrait ne pas savoir faire cette distinction. Quand même il n’y avait, en apparence, chez Zachée, que de la curiosité, il y avait un besoin chez lui, qui isolait son coeur, la grâce commençant toujours par nous isoler. L’iniquité de l’homme était prête à s’embraser contre le Seigneur, mais Zachée a un besoin qui ne se laisse pas rebuter par les difficultés, un besoin dans l’âme, et c’est ce qui distingue cet homme de la foule. Jésus ne s’y trompe pas ; il sait qu’il n’a à attendre de cette foule que la mort. Souvent les âmes qui désirent connaître Jésus sont, comme Zachée, empêchées de le voir par la foule qui fait profession de le connaître. Zachée était un homme d’une certaine importance mondaine, et il était peu convenable pour lui de monter sur un arbre pour voir Jésus, mais celui-ci le voit. Il avait produit en lui le besoin et tout le reste. Il y avait là un coeur qui avait besoin de Jésus et Jésus avait besoin de ce coeur. Tous deux se rencontrent. Le Seigneur invite Zachée, il méprise le jugement de la foule sur sa conduite. Le coeur de Dieu tenait à cette pauvre âme, comme elle tenait à Dieu. Quand nous n’aurions qu’un besoin de trouver le Seigneur, le Dieu de grâce ne s’arrêtera pas au jugement de l’homme. La foi cherche Jésus, sans s’embarrasser des circonstances : il faut qu’elle le trouve. Êtes-vous assez occupés de Lui, pour ne pas être arrêtés par les circonstances ? Il en était de même de la femme pécheresse chez Simon le pharisien. Jésus non plus ne s’inquiète ni du souper, ni de ceux qui sont à Table avec Lui, mais il répond à cette femme. Rien n’arrête non plus ceux qui apportent le paralytique au Seigneur. Si l’on se laisse arrêter, c’est la preuve que le besoin n’est pas réel et que la foi n’est pas en exercice. Y a-t-il un besoin dans vos âmes ?

Zachée était un homme qui faisait du bien, qui avait une conscience délicate. S’il faisait tort à quelqu’un, il rendait le quadruple ; il avait besoin de l’approbation de Dieu. Quelque chose se réveillait dans son coeur ; il tenait à être approuvé de Jésus. On ne peut l’en blâmer, seulement ce n’est pas le salut. Un homme qui connaît le salut ne dirait pas : Je fais ceci ; je fais cela ; mais Zachée avait besoin de l’approbation de Dieu, car il voyait bien qui était Jésus. Devant les hommes, Zachée était un publicain, haï, méprisé ; devant Dieu, c’était un homme qui avait besoin de Lui ; mais il ne s’agit plus de savoir s’il a fait du bien ou n’a pas fait de tort : Jésus est venu chercher et sauver ce qui était perdu. Il dit : Aujourd’hui le salut est entré dans cette maison. Tout est là. Il y a quelque chose de très précieux dans la netteté de cette réponse divine. C’est une bonne chose de rendre le quadruple, de donner la moitié de son bien aux pauvres, mais ce n’est pas le salut. Jésus est le salut ; non pas un salut à espérer dans un autre monde, mais un salut venu sur la terre et que l’on reçoit aujourd’hui. Vis-à-vis du paralytique, Jésus commence par pardonner, et montre qu’Il en a le droit en guérissant son infirmité, selon qu’il est dit au Ps. 103 : « C’est lui qui pardonne toutes tes iniquités, qui guérit toutes tes infirmités ». Il pardonne le péché, et donne la connaissance de ce pardon. C’est ainsi qu’il parle : point d’équivoque, point d’incertitude. On rencontre des âmes qui ne font pas de tort et qui rendent au quadruple, mais cela ne les empêche pas de dire : Si seulement j’étais sauvé ! Celui qui, sur la terre, a le pouvoir de pardonner les péchés est ce salut ; il est venu pour l’apporter dans ce monde. C’est ce que l’Évangile nous présente, afin que nous marchions avec Dieu. Il ne s’agit que d’entendre cette parole : Le salut est venu à toi. Ce qui donne la paix, c’est l’assurance que Jésus nous apporte, que Lui-même est venu, et le salut avec Lui.

Où en êtes-vous ? Vous êtes peut-être de ceux qui fréquentent les réunions, les oratoires, avec la foule qui empêche de voir Jésus et qui est prête à le tuer à l’occasion. Mais il faut que Dieu se révèle. Il est beau de voir la lumière jaillir, là où il n’y avait que ténèbres. Le monde, sans être changé, admire cela et suit cette lumière comme il suivrait les ténèbres, car la foule qui suivait Jésus à Jéricho, suivait à Jérusalem ceux qui le crucifiaient. Si vous ne faites partie que de la foule, vous êtes de ceux qui, après tout, rejetèrent le Seigneur. Mais, quand la grâce agit dans le coeur, l’âme est conquise, car elle a besoin de Jésus pour elle-même. Dans ce siècle de profession, si vous n’avez pas encore été isolés par Lui, vous ne faites partie que de la foule dont le Seigneur ne tient aucun compte.

On peut rencontrer une âme qui est loin de Jésus, mais qui a conscience de s’en rapporter beaucoup plus à Lui, qu’à ceux qui la condamnent, car on ne peut obtenir la paix parmi eux. Vous donneriez la moitié de vos biens ; cela peut être la preuve d’un effet de la parole de Dieu sur votre conscience ; néanmoins, le salut n’est pas là ; c’est un mélange où ne se trouve ni lumière claire pour le suivre, ni connaissance du salut. Cependant c’est la preuve que l’on tient à l’approbation de Dieu, plus qu’à celle de l’homme. Mais il faut quelque chose de plus que tout cela ; il faut, en la présence de Jésus, seul dans la maison avec Lui, avoir sa lumière et le salut en Lui ; il faut savoir que, lorsque nous n’étions que pécheurs, Christ est mort pour nous. Ne jetons pas d’obscurité sur la lumière que sa présence apporte dans ce monde ; elle nous montrera que c’est un monde de péché et d’inimitié contre Dieu. Les Juifs savaient que Dieu pouvait pardonner les péchés, mais le Fils de l’homme est venu ici-bas pour les pardonner, et quand l’âme voit Jésus, elle trouve un salut accompli.

Que Dieu nous fasse comprendre l’étendue de cette grâce, la clarté de cette révélation, l’efficace immense et parfaite, aux yeux de Dieu, du sang de l’Agneau. Il ne s’agit de rien moins que de la mort de Celui qui, étant Dieu, s’est fait homme, afin de mourir pour nous !


213 - Méditations de J. N. Darby — Épître de Jude

14 juillet 1844 — n°213 : ME 1916 p. 336

Nous voyons, dans cette épître, les difficultés suscitées par l’usage que l’homme fait de la grâce de Dieu. Jude aurait voulu écrire aux saints, touchant leur commun salut, mais il se trouve dans la nécessité de les soutenir dans le combat par les vérités de la foi. Il voit que des méchants se sont glissés parmi eux et montre comment tout cela finira. Tel est le fond du tableau ; c’est le résultat du mal chez la masse de ceux qui prennent le nom de chrétiens. On rencontre chez elle « le train de Caïn — le péché selon la nature ; Balaam enseignant l’erreur pour une récompense — le péché religieux ; enfin le train de Coré — la révolte ouverte ».

Du temps de Jude, ses maux s’étaient déjà glissés au milieu des chrétiens, mais une pensée le réconforte et le ramène du côté de Dieu : si le mal est manifesté, il l’est par un Dieu qui agit en notre faveur. En présence du mal nos coeurs pourraient être abattus, mais Dieu nous le signale d’avance par ses apôtres, et c’est un encouragement, si nous regardons à Lui.

« Vous édifiant vous-mêmes sur votre très sainte foi » ; celle-là n’a pas changé, et si nous craignons de ne pas être en état de nous édifier ainsi, Jude nous montre que Dieu a le pouvoir de nous garder « exempts de chute ». Ceux qui s’étaient glissés parmi les croyants se vantaient d’être plus avancés qu’eux ; c’était ainsi qu’ils se séparaient eux-mêmes et non dans le sens d’une sainte séparation du mal, puisqu’ils étaient des « taches dans leurs agapes ». Mais la très sainte foi des fidèles tranche sur le fond sombre du tableau, et la mesure de leur confiance, c’est que Lui peut les garder. Quelle consolation, quand il y a le désir d’être ramené à Dieu ! Il est la puissance à salut pour ceux qui croient. Je connais toute ma faiblesse et le triomphe de ces impies, mais, en Christ, j’ai tout ce qui répond à mon état. J’étais moi-même un impie, sans force, quand Dieu a commencé d’agir dans mon coeur. Le résultat du mal pour une âme qui craint Dieu est qu’elle se tourne vers Dieu. Quand je n’avais aucune force et que j’étais entraîné par Satan, c’est alors que Dieu est intervenu. Il a commencé par l’expiation ; avant même de commencer à agir en nous, il a tout fait pour nous ; Jésus a pris notre place ; toute son oeuvre est achevée. Alors Dieu nous communique la vie de Christ. Jacques dit : « Celui qui a regardé de près dans la loi parfaite, celle de la liberté ». Christ a été devant Dieu le modèle de cette loi parfaite.

Il y a d’abord la loi des dix commandements ; puis la loi royale : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » ; enfin la loi parfaite. Elle est manifestée dans la vie de Christ. Plus la loi est parfaite, plus je suis condamné, si je regarde à cette loi, comme une règle que Dieu exige de moi ; mais alors ce ne serait plus une loi de liberté, mais d’esclavage. L’esclave est tenu de faire la volonté d’autrui, et jamais la sienne. Si la loi de Dieu est appliquée à notre vieille nature et que nous soyons tenus de l’accomplir, elle est un esclavage, car la chair a une tout autre volonté que celle de Dieu. Mais la loi parfaite est celle de la liberté.

Le mot loi signifie souvent un principe, l’impulsion qui conduit un être ; ainsi : « la loi de l’Esprit de vie » en Rom. 8:2, car la vie n’est pas une chose imposée ; c’est un principe qui agit en moi, en vertu de la vie qui m’est communiquée ; et qui produit certains effets. Ainsi aussi : « la loi du péché », un train de conduite, produit par un principe uniforme, le péché. Maintenant nous avons la loi de la liberté. La puissance de Dieu, m’ayant communiqué la vie de Christ, je suis affranchi du péché et de la mort, et je possède une volonté qui agit dans un sens opposé. Cette loi parfaite est la perfection de la nature divine qui nous est communiquée, et qui, au lieu de vouloir autre chose que Dieu, marche dans sa volonté à Lui et la veut. Cette loi de liberté est une loi de l’Esprit de vie qui est, non pas en nous, mais en Jésus Christ, car la vie est en Lui. Il y a toujours en Lui une nouvelle provision de vie pour alimenter la nôtre. Le Saint Esprit agit en nous, en révélant ce qui donne de l’énergie à cette vie, mais, en nous, cette vie nous donnera toujours un sentiment profond de notre faiblesse. Le chrétien fidèle craint toujours la possibilité d’une chute ; il n’ose se fier aux circonstances, car elles contiennent des tentations.

Le Seigneur Jésus a toujours manifesté un sentiment de dépendance pendant toute sa vie. Je connais un Dieu qui peut me garder exempt de chute et me placer irréprochable devant sa gloire avec abondance de joie (v. 24). C’est bien plus que de ne pas craindre la condamnation. Il est vrai que nous bronchons tous de diverses manières, mais l’Esprit nous adresse à Dieu pour trouver la force de ne pas broncher. Jude était près de Dieu, pensant à ce que Lui est pour les siens et non pas à ce que ceux-ci sont pour Dieu. Ne craignez pas devant tous les dangers qui vous assaillent : rapprochez-vous de Dieu. Paul doutait des Galates, mais était assuré à leur égard, en regardant au Seigneur. Du moment que nous pensons à Dieu, à sa puissance à salut pour ceux qui croient, notre âme est à l’aise ; alors nous disons : Voilà ce que Dieu peut, et Il est amour !

S’il y a ici des âmes qui sentent leur faiblesse, des âmes découragées par la conscience qu’elles ont de cette faiblesse, des âmes qui tremblent devant le mal, qu’elles tremblent, car, par là même, elles l’éviteront. Mais elles sont appelées à regarder de près dans la loi parfaite qui est une loi de liberté, une loi de l’Esprit de vie, en vertu de laquelle notre liberté est d’éviter le péché, de faire le bien et d’obéir à la nature divine qui nous a été communiquée. Et, si nous cherchons cette force en Dieu, rien ne nous entravera. Si même notre conscience nous reproche nos misères, nous avons un Avocat auprès du Père. Que de fois le péché nous décourage, parce que nous négligeons de regarder à la puissance de Dieu, en grâce pour nous ! Christ intercède pour nous devant Dieu, afin que nous jouissions de Sa puissance dans notre vie.

Que Dieu nous enseigne à regarder à Lui : Il est puissant pour nous garder, quel que soit notre état.


214 - Méditations de J. N. Darby — Éphésiens 2:10-22

n°214 : ME 1916 p. 355

Deux pensées sont présentées, quant à l’Église, dans cette épître : ce qu’elle sera dans la gloire de Christ, et ce qu’elle est, ici-bas, comme habitation de Dieu par l’Esprit. Tout cela est autre chose que de saints désirs ou une conscience en activité : c’est une position que Dieu nous a faite.

On rencontre les opérations du Saint Esprit, même avant la connaissance de l’oeuvre de Christ. Ainsi Jean-Baptiste agissait par l’Esprit pour amener les âmes à la repentance ; mais il parlait de Jésus comme de Celui qui baptiserait du Saint Esprit. La présence du Saint Esprit est plus qu’un certain effet produit dans le coeur par Son action. Nous sommes Son ouvrage : c’est une création nouvelle et non pas seulement des sentiments, si bénis soient-ils, produits en nous. Nous sommes l’ouvrage de Dieu (et Lui ne fait pas de mauvais ouvrage), une création en Christ, non pas, comme Adam, une création hors de Christ. La puissance de Dieu nous ayant créés dans le nouvel homme, en Jésus Christ, nous faisons partie de Lui-même, nous sommes de sa chair et de ses os. Dans ce cas, les bonnes oeuvres (v. 10) sont l’expression de ce que Christ est, et non de ce que le premier Adam aurait dû être ; elles reproduisent Christ devant le monde, et n’ont pas pour but de nous approcher de Dieu.

Notre condition naturelle, comme gentils, était d’être sans Dieu dans le monde, mais maintenant, nous qui étions loin, nous avons été approchés de Dieu par le sang de Christ, une création de Dieu en Celui dont le sang ne laisse aucune tache sur nous. C’est l’abolition complète de tout ce qui a précédé ; toutes les distinctions sont effacées ; c’est un homme nouveau, sans aucune relation avec le vieil homme, car, par la croix de Christ, il a effacé les conséquences de l’état de ce dernier.

Christ réunit en un Juifs et gentils et abolit dans sa chair l’inimitié. Étant venu, il a annoncé la bonne nouvelle d’une paix déjà faite, et invite à s’approcher de Dieu par elle. Nous avons accès auprès du Père par un seul Esprit (v. 18). L’Esprit ne peut être nommé avant que toute idée de péché et des relations, proposées auparavant à l’homme sous la loi, soit effacée. Quand cet homme nouveau peut avoir ainsi accès auprès du Père, le Saint Esprit devient, en lui, la puissance de ses nouvelles relations avec Dieu. La présence du Saint Esprit est le résultat du fait que toute question est vidée entre Dieu et l’homme.

Nous trouvons de plus, ici, l’habitation de Dieu ici-bas. Si nous montons en haut, nous avons accès auprès du Père, mais nous sommes ici-bas les gens de la maison de Dieu à laquelle nous appartenons, ayant été édifiés ensemble sur le fondement des apôtres et prophètes, savoir des prophètes du Nouveau Testament. Tout cela a été révélé par le Saint Esprit descendu du ciel. Nous sommes fondés sur cette chose nouvelle qui n’a été déclarée que par les apôtres et prophètes ; tout cela, pour être le tabernacle de Dieu en Esprit ici-bas. Le fait que nous avons, d’une part, accès auprès du Père, de l’autre, que nous sommes sa maison, est le résultat du baptême du Saint Esprit.

La présence du Saint Esprit a pour point de départ l’Homme nouveau, Christ glorifié dans le ciel. Quant à la pratique, la joie qui en découle dépend de la conduite des enfants de Dieu. Là ou est le Saint Esprit, là est la liberté quant à tout ce qui peut gêner le nouvel homme ; la liberté à l’égard des hommes qui voudraient nous retenir loin de Dieu. Jésus dit : « Si le Fils vous affranchit, vous serez véritablement libres » (Jean 8). Notre conduite nous fait jouir de cette liberté en nous affranchissant de tout ce qui pourrait entraver le nouvel homme. Rien de cela ne peut subsister devant l’activité du Saint Esprit. Dans ce cas, amis, parents, tous les liens naturels, perdent leur influence, parce qu’on les aime en vue de Christ. Le don du Saint Esprit n’est pas seulement ici les saints désirs qu’il produit. Paul a eu ces désirs après avoir rencontré Christ sur le chemin de Damas, mais c’est par Ananias qu’il a reçu la puissance du Saint Esprit. Désormais, il était en état d’agir au nom du Seigneur Jésus, et, pour être consacré à cette mission, il a été baptisé du Saint Esprit. Cela reste toujours vrai. Tous les chrétiens sont l’ouvrage de Dieu. Il faut, ou être baptisé du Saint Esprit, si cela n’a pas encore eu lieu, ou, si on l’a été, que Christ soit notre seul motif, et que l’Esprit ne soit pas contristé. Désormais, tout ce qui avait exercé une si grande influence sur Saul de Tarse était tombé. Le Saint Esprit présente Christ ; et tout autre objet disparaît, parce que Lui a remplacé toutes ces choses dans l’âme. Le Saint Esprit nous est donné pour être en nous la puissance de Christ qui Le révèle et produit une vie qui ne s’occupe que de Lui. C’est là ce que nous avons à rechercher, soit pour nous-mêmes, soit pour nos frères. L’important est de comprendre que le Saint Esprit agit en puissance et de voir Jésus assez clairement pour marcher selon Lui, en ne tenant compte que de Lui. Un chrétien, vraiment dirigé par le Saint Esprit, ne peut faire autre chose que la volonté du Seigneur : c’est le résultat de la proximité avec Lui.


215 - Méditations de J. N. Darby — 2 Pierre 1

5 Novembre 1844 — n°215 : ME 1916 p. 372

Les Juifs, devenus chrétiens, auxquels l’apôtre Pierre écrivait, avaient obtenu la foi par la fidélité de Dieu à ses promesses, appelée ici sa justice. La grâce et la paix se multipliaient en eux par la connaissance de notre Seigneur Jésus Christ. Il n’y a pas d’autre moyen de rafraîchissement que celui-là. Au v. 3, Dieu, lui-même, est le moyen par lequel nous pouvons jouir de ces choses. Sa divine puissance nous est donnée, se communique à nous, demeure en nous, devient en nous la force de vie, produisant tout ce qui convient à sa gloire. Dieu demeurant en nous, Sa vie a un objet et ne peut en avoir d’autre que son propre conseil réalisé dans la gloire. Lorsque Dieu donna une règle de vie à Israël, ce peuple ne fut pas « appelé par gloire ». Dieu est venu demeurer en nous, non pas pour nous donner une règle de vie, mais pour nous communiquer une puissance de vie qui a un but : la gloire vers laquelle nous marchons. C’est par « les très grandes et précieuses promesses », la vie, la justice, le Saint Esprit, que nous participons à la nature divine ; mais il faut que notre vie s’alimente. Une vie énergique, sans objet, se détruirait elle-même. Cet objet, c’est la gloire de Dieu, manifestée en Christ. Lorsque je suis occupé de Christ, mon coeur en est rempli, et Christ se manifeste au dehors, car de l’abondance du coeur la bouche parle. Nous sommes gardés par la puissance de Dieu, par la foi qui nous occupe de cet objet.

Dieu nous a appelés, non seulement par gloire, mais aussi par vertu, en nous présentant la carrière qui s’ouvre devant nous. Tout ce qui est défectueux en nous doit être mis en évidence ; tout ce qui est de Lui doit être exercé et fortifié. Il y a une carrière à franchir entre le point de départ et le but qui est la gloire. La vie divine, dans un coeur qui est occupé d’autre chose, ne nous permet pas de voir Dieu clairement, ni de saisir purement les promesses. Il faut le creuset pour nous purifier en nous débarrassant de toutes nos entraves. C’est pourquoi Dieu permet les obstacles et les tentations sur notre chemin. Ayant, outre la vie divine, des natures très faibles et mauvaises, nous avons besoin de la vertu, du courage moral de la foi, pour atteindre la gloire qui est le but. La vie divine en nous surmonte les obstacles, et la spiritualité évite les tentations. Les mêmes circonstances seront une tentation pour un homme charnel et une occasion d’amour pour un homme spirituel. Il faut la vertu, un courage décidé à tout affronter pour suivre le chemin que Dieu nous a tracé. Il nous appelle à traverser un désert pour arriver au but. Il aurait fallu aux Israélites de la vertu pour prendre possession de la terre promise, malgré les Anakims, mais, n’ayant pas à coeur le but auquel Dieu les appelait, ils manquèrent de vertu. Chez Josué et Caleb, la foi était en activité, aussi disent-ils : « Ils seront notre pain ; leur protection s’est retirée de dessus eux » (Nombres 14:9). La foi manquant au peuple, Moïse lui dit : « Ne montez pas » (v. 42). L’absence de foi tient compte des obstacles, parce que Dieu n’est pas dans le coeur. C’est là ce qui nous arrive, quand Dieu met le chemin devant nous, et que nous ne voulons pas y marcher. Il est triste alors d’être obligé de confesser que Satan est le plus fort ; il en est toujours ainsi quand la foi manque.

Aux v. 5-6, nous trouvons la tempérance qui nous tient en bride, de manière à faire échouer nos désirs naturels. La piété est l’exercice de la vie divine dans les rapports avec Dieu, les heureuses affections entre nos âmes et Lui. L’amour fraternel est comme le contre-coup, envers nos frères, de notre piété envers Dieu. Il faut que l’amour fraternel ait sa source en Dieu : c’est l’amour. Dieu lui-même est amour ; l’amour est le lien avec Lui. Tout en étant actif envers les frères, il est indépendant d’eux.

Dieu veut, par sa présence en nous, faire croître, fleurir cette plante qu’il a plantée, et lui faire porter du fruit ; sinon l’on ne trouve pas cette joie qui pénètre jusqu’au sein du bonheur qui est auprès de Dieu. L’exercice de la foi venant à manquer, on ne voit pas loin, et il n’y a ni vertu, ni toutes les grâces qui l’accompagnent. Quand, au lieu de voir loin on voit de près, l’on n’aperçoit que des misères et des choses qui attristent le coeur ; dans le cas contraire, on découvre une puissance qui ne manque jamais, une paix dans laquelle le mal n’entre pas et qui se répand dans l’âme. Quelle grâce ! On peut être clairvoyant pour les misères qui nous entourent, mais Jésus introduit la puissance de la grâce de Dieu au milieu de ces misères, pour nous en tirer. C’est aussi ce qu’il nous est donné de faire. Comptons sur la grâce qui est nôtre : Dieu n’est pas faible. Plus les circonstances sont difficiles, plus aussi Dieu a l’occasion de manifester les ressources de sa puissance divine. Que Dieu nous fasse la grâce de sentir que nous sommes appelés par Celui qui nous conduit à la gloire et qui est puissant pour surmonter toutes les difficultés du chemin par lequel nous devons l’atteindre.


216 - Méditations de J. N. Darby — Philippiens 3

12 Novembre 1844 — n°216 : ME 1916 p. 376

Il est touchant de voir ici l’exercice du coeur, découlant du Saint Esprit, et nous forçant à trouver, dans une vraie confiance, notre tout en Dieu. On a souvent le Seigneur Jésus plutôt à côté de soi que devant soi ; alors on n’est pas dans la pleine lumière ; on ne se juge pas et l’on ne se sent pas directement en sa présence. La foi nous amène en face de Christ afin qu’il luise sur nous ; sans cela il reste dans nos coeurs quelque chose de louche, et la confiance entière nous fait défaut. Le bonheur solide pour nos âmes consiste en une confiance basée sur la vraie lumière de la présence de Christ. Tel était ici le cas de l’apôtre. Il était en prison, sur le point d’être condamné, après une longue vie chrétienne. Son coeur est exercé, jugé, et le résultat est une entière confiance. C’est une chose solennelle, disons plutôt très heureuse, d’être en route pour l’éternité. Cette joyeuse confiance dans le Seigneur éclate dans le coeur de Paul. Toute son épître nous présente le chemin chrétien. Le salut, résultat de la manifestation de Jésus à sa venue, se trouve à l’autre bout du désert que l’on traverse. Avons-nous, pendant la route, l’entière confiance qui caractérisait l’apôtre ? Paul ne parle pas ici de l’amour de Christ pour lui, mais de son affection à lui, pour le Seigneur. Devant Lui, il considère toutes choses comme une perte ; il en est toujours ainsi quand on a une idée juste de Christ. De plus, il n’y a pas d’hésitation sur le but à atteindre. S’il y a hésitation, c’est que nos coeurs ont des désirs charnels, et Jésus ne peut être le but de tels désirs. Il n’est notre force qu’autant qu’il est le but et l’objet de nos coeurs. Toute autre chose est une perte, une acquisition nuisible, comparée à l’excellence de sa connaissance. Christ étant notre objet, nous voyons bien vite ce qui est à sa gloire. Dieu ne peut pas diriger des affections détournées de leur objet, et quand le coeur n’est pas dépouillé de lui-même on trouve, soit de l’incertitude, soit de l’énergie pour le mal, et c’est alors le mal qui donne de l’énergie. L’homme énergique est celui qui n’a qu’un but, et quand le coeur a Christ pour seul objet, il peut parler de bonheur et de joie. Cette vérité est d’une application journalière : quand nos coeurs sont faibles, incertains, malheureux, c’est qu’ils n’ont pas Christ pour seul objet.

Paul estime toutes choses comme des ordures ; il ne dit pas qu’il les a estimées ainsi, une fois pour toutes, mais qu’il fait actuellement et journellement cette expérience. Il est l’homme d’un seul objet. Si vous voulez vous réjouir dans le Seigneur, posséder la sagesse qui rend heureux, le secret est là. Jésus est lumière ; lorsque nous plaçons cette lumière devant nous, nous voyons s’il est, ou non, notre seul objet ; et il faut, pour cela, que nous allions continuellement à Lui. Il est l’objet nécessaire des affections du nouvel homme, et, par là même, il devient la force pour renoncer à tout. Quand je vois Jésus, mon coeur est attiré vers Lui et détourné de tout le reste. Ce qui affaiblit la vie chrétienne, c’est le manque de foi, qui n’a pas su prendre le chemin qui conduit tout droit vers Dieu. Quand on ne veut pas suivre le chemin des promesses de Dieu, les moindres difficultés deviennent insurmontables. Le peuple d’Israël n’a pas voulu monter à la montagne des Amoréens quand Josué l’y engageait ; les choses qui n’auraient été que « son pain », s’il avait suivi la direction de Dieu, deviennent des obstacles insurmontables. La sagesse est de prendre le chemin de Dieu quand il nous le montre ; il est trop tard pour le prendre ensuite. Après cet échec, Dieu devient le guide d’Israël pendant les quarante années du désert, mais combien cela était plus triste et plus humiliant pour le peuple ! Nous nous exposons à beaucoup de travail et de choses pénibles, parce que nous n’avons pas eu le courage de marcher dans le chemin de la foi, tandis que, si notre but avait été Christ, nous aurions oublié toute autre chose.

Paul n’avait pas atteint le but ; il continuait à le poursuivre, ne possédant pas encore les choses qu’il espérait ; c’était un exercice de foi. Mais il savait que Jésus l’avait placé dans ce chemin et l’avait saisi pour cela. Nous sommes dans un chemin dont il est à la fois la fin et le commencement, car « Il est le chemin ». Cela donne une entière humilité, une entière dépendance de la grâce, une entière confiance en son amour. Notre coeur est heureux, heureux en rapport avec Lui, comme celui d’Énoch qui marchait avec Dieu. La conscience de n’avoir pas atteint un but aussi glorieux, prouve son excellence et soutient l’espérance. Quand un trésor à acquérir est assez grand, on ne se décourage pas avant de le posséder. Christ soutient l’énergie intérieure et le but est assez excellent pour qu’il vaille la peine de le poursuivre avec patience. « Je fais une chose ». Pouvons-nous le dire ? On ne fait qu’une chose quand on n’a qu’un but. Soyez certains que cet effort sera toujours accompagné d’une humilité réelle.

« Notre bourgeoisie est dans les cieux, d’où aussi nous attendons le Seigneur Jésus Christ comme Sauveur ». Nous sentons que, tant que nous serons dans ce corps, il y aura des afflictions, avec l’impossibilité de jouir pleinement de ce que nous posséderons dans la résurrection. Mais c’est notre part, d’être nécessairement affligés et éprouvés pour jouir de la bénédiction éternelle, et cela nous empêche de chercher du soulagement dans les choses d’un monde dont la fin est la perdition. Nous attendons la rédemption. Il est précieux d’avoir un but si glorieux, que seule la puissance de Dieu qui ramènera Jésus, puisse nous le faire atteindre. Tel est le chrétien : il a besoin d’un Sauveur pour l’accomplissement de sa joie, comme il en a eu besoin pour l’accomplissement de sa justification. Chercher quelque agrément dans le chemin, c’est chercher quelque chose qui détourne le coeur de Christ, et, ajoutons-le, même de l’amour fraternel, car toutes nos affections sont influencées par l’affaiblissement de notre premier amour. Un coeur qui a Jésus pour objet est capable de s’élargir indéfiniment pour l’aimer, comme il en est aimé. Nous sommes tous bien loin de cela, car ce but est si parfait qu’il nous faut, pour l’avoir atteint, attendre comme Sauveur Celui qui transformera le corps de notre abaissement en la conformité du corps de sa gloire. Quelle joie de penser que Christ, qui est notre force dans le chemin, a Lui-même un tel but et qu’il ne faille rien moins que Sa puissance qui peut s’assujettir toutes choses, pour nous y placer. Ne cherchons pas ailleurs qu’en Jésus la consolation et l’encouragement, lorsque Dieu nous envoie une épreuve destinée à nous faire regarder à Lui. Regardons à Jésus. Il est notre but, notre force, le commencement et la fin de notre chemin. Heureux le chrétien qui Le saisit ! Il y a assez de grâce en Christ, pour faire se réaliser ces choses en nous tous !


217 - Méditations de J. N. Darby — 1 Corinthiens 15:13-28

19 Novembre 1844 — n°217 : ME 1916 p. 397

Quelle scène la parole de Dieu place ici, en quelques mots, devant nos yeux ! Ce ne sont pas des raisonnements, mais la révélation claire, et dont la source est certaine, d’une chose bien connue.

Si les morts ne ressuscitent pas, Christ n’est pas ressuscité ; son sort ne peut être séparé de celui des hommes. Notre position est si complètement unie à la sienne, que si l’on y touche, tout tombe : la foi est vaine, la prédication est vaine, et nous sommes des imposteurs. M’ôter la résurrection, c’est me ravir mon Sauveur. Cela touche aussi au lien entre Paul et tous les chrétiens. Si les morts ne ressuscitent pas, tout m’est ôté, même le lien avec ceux qui dorment. Si l’espérance, dit l’apôtre, n’est que pour la vie d’ici-bas, « nous sommes plus misérables que tous les hommes » quant aux circonstances de cette vie. Paul était un « sans patrie » partout où il allait, et, s’il n’y avait point de résurrection, pouvait-il y avoir une plus grande misère que la sienne ?

Je me suis demandé quel est le secret caché dans ce fait que Christ a la toute-puissance dans les cieux et sur la terre et laisse ici-bas ceux qu’il aime, plus misérables que tous les hommes. La puissance est en Christ ; il est ressuscité, et c’est dans l’autre vie que Dieu déploie les résultats de sa grâce et les effets de sa gloire. Christ a été fait les prémices de ceux qui dorment, mais l’ensemble des siens manquerait à Dieu, si Christ, les prémices, était seul ressuscité. Il n’est pas question ici de ce qui a lieu entre la résurrection de Christ et sa seconde venue, mais, dans ce passage, je trouve ceci : 1° Dieu assujettit toutes choses à l’homme, en Christ. 2° Christ exerce cette puissance en s’assujettissant toutes choses, même ses ennemis. C’est son règne, lequel suppose encore des ennemis. 3° À la fin, il remet le royaume à Dieu, le Père, mais pas avant que, dans l’exercice de sa puissance, le dernier ennemi, la mort, ait été abolie.

Nous régnerons avec Lui, nous aurons la même gloire que Lui, quand il soumettra tous ses ennemis. Mais, en attendant, Christ ne règne pas encore, et nous ne participons pas encore à son règne. Pendant cette période, où Christ est assis à la droite de Dieu, nous sommes « plus misérables que tous les hommes ». Comme Médiateur, Christ est entré dans son repos, mais, quant à sa personne, il est assis à la droite de Dieu jusqu’à ce que ses ennemis soient mis pour le marchepied de ses pieds. Il est, là, ayant toute puissance, et laisse cependant les siens exposés aux persécutions, aux difficultés de toute sorte, de fait, « plus misérables que tous les hommes ».

La réponse à la question, posée plus haut, est qu’il y a pour le chrétien, autre chose encore que d’être avec Christ dans la gloire : Jésus fait, par lui, une oeuvre secrète et cachée. Sa puissance n’est pas le repos pour s’occuper de nous. Nous en faisons nous-mêmes l’expérience. Si nous avons des occupations, nous ne pouvons être tout entiers aux affaires des autres. Ce n’est que dans le repos et la paix qui suit notre travail, que nous avons un plein loisir pour sympathiser avec eux. N’ayant rien qui nous occupe pour nous-mêmes, nous pouvons nous donner entièrement à ceux qui ont besoin de nous. Christ est cela pour nous ; il n’a plus à tenir tête pour lui-même à toute la contradiction des pécheurs, à la méchanceté d’Hérode, à l’indifférence de Ponce Pilate. Il est de tous les hommes le plus heureux. La conséquence en est que son amour peut se répandre comme un fleuve et que toutes nos tribulations d’ici-bas deviennent les occasions de sa sympathie et de sa grâce. Il verse les choses dont il jouit auprès du Père comme baume et consolation dans nos coeurs, pour les détacher des tristes circonstances de la terre et mettre notre âme en relation complète avec son amour. Plus donc nous serons exercés et dépouillés de tout, plus notre joie sera complète, car nous trouverons en Christ une réponse parfaite à toutes les souffrances de nos coeurs. Telle est son oeuvre en nous maintenant, pour qu’en suivant le chemin de la foi, nous fassions des progrès réels. Séparés des choses présentes, tout ce que nous rencontrons dans ce monde devient un moyen de nous purifier, en liant nos âmes à Christ.

Que Dieu, en nous gardant du mal, nous fasse profiter, par sa grâce, de la position de Christ ressuscité, lequel actuellement n’a rien à faire qu’à attacher nos âmes à Lui par sa grâce, en nous exerçant par les circonstances que nous traversons !


218 - Méditations de J. N. Darby — Romains 3:3-31

5 décembre 1844 — n°218 : ME 1917 p. 74

Il est difficile à l’homme de concilier sa responsabilité comme pécheur avec le besoin qu’il a de se justifier devant Dieu. Il n’y a pour lui qu’un seul moyen de répondre à cette difficulté, c’est d’être convaincu que l’homme est absolument perdu et que, pour le justifier, Dieu doit commencer une oeuvre toute nouvelle. L’homme voudrait pouvoir mêler ces deux choses en les atténuant : il n’a pas une pleine conviction de péché, et il voudrait satisfaire, un peu du moins, à sa responsabilité, en laissant à Dieu le soin de faire le reste. Il affaiblit et détruit par là sa responsabilité et nie la justice de Dieu. Si je n’accomplis qu’à moitié mon devoir, et que cela suffise, je ne suis pas responsable pour le reste ; si je fais un peu et que Dieu fasse le reste, la justice de l’homme et celle de Dieu sont sur le même pied et la justice de Dieu est perdue. Dieu affirme et maintient la responsabilité de l’homme et montre en même temps sa ruine : Tous, sans exception ou différence, ont péché, et n’atteignent pas à la gloire de Dieu (v. 23). Les choses étant ainsi, Dieu peut faire ce que bon lui semble, en grâce et en justice, car il n’y a aucune relation entre l’homme et Dieu, sinon en jugement et en condamnation.

Dieu ne s’était pas laissé sans témoignage dans le monde, et avait donné un avantage au Juif, mais le seul résultat en fut de démontrer d’autant plus la culpabilité de l’homme, puisqu’en dépit des avantages qu’il possédait, il n’était pas plus près de Dieu qu’auparavant. Or, pas plus que le Juif, le chrétien de nom n’est « plus excellent » qu’un païen. L’effet, sur l’homme, de sa religion, est de fermer ses yeux à la lumière de Dieu. Quand on a sa religion on n’a pas besoin de sa conscience ; mais, quand il s’agit de ce que nous sommes, en la présence de Dieu, nous ne sommes que des pécheurs, et Dieu peut nous traiter en grâce. Le Juif possède les oracles de Dieu ; s’il les consulte, il trouve ce que Dieu pense des Juifs, de ceux qui ont une religion selon Dieu. « Tout ce que la loi dit, elle le dit à ceux qui sont sous la loi ». Dieu n’a pas dit cela de l’homme avant de l’avoir créé, mais après l’avoir éprouvé. Sa Parole nous rend compte de ce qu’il a trouvé dans l’homme sous la loi ; telle est son expérience de l’homme, ce qu’il trouve dans sa vigne quand il y cherche du fruit, et il nous en parle quand le résultat de cette expérience a été pleinement manifesté. Tel est l’homme, dans sa nation, même avec une religion selon Dieu. Il faut que tout le monde soit coupable, et non seulement pécheur, devant Dieu (v. 19). Dieu porte son jugement sur l’état de tout homme, et dit : « Coupable devant Dieu ! »

Pensez-vous que Dieu pourrait introduire des coupables dans le ciel ? Il n’y aurait point de justice en cela, et il serait dès lors inutile de distinguer entre l’innocent et le coupable. C’est une chose terrible, d’être coupable devant Dieu. La loi a parlé afin que toute bouche soit fermée à ce sujet. Pensez-vous commencer à être bons quand Dieu vous déclare coupables ? Mais ce serait trop tard ! Cela paraît dur à dire, mais c’est ce dont nous avons besoin. Si nous ne connaissons pas notre vrai état devant Dieu, jamais nous ne le laisserons faire. La loi donne à l’homme la mesure de sa responsabilité en maintenant complètement cette dernière, mais la justice de Dieu est manifestée sans loi, c’est-à-dire en dehors d’elle. La loi exige de notre part la justice et provoque le péché par la défense. Dès que j’introduis le principe de la loi, il s’agit de la justice de l’homme, et ce n’est plus la justice de Dieu. Si l’homme avait accompli toute la loi, ce ne serait toujours que la justice de l’homme ; il aurait satisfait à sa responsabilité et à l’exigence de Dieu. Or cette justice de l’homme n’existe pas et Dieu ne la cherche pas. Un homme juste serait celui qui aurait la justice de l’homme, et elle n’existe pas ! Maintenant la justice de Dieu est manifestée : s’il y a une justice de Dieu, il faut qu’elle vienne de Lui, qu’il l’accomplisse et la manifeste ; il ne peut l’associer à la justice de l’homme. Tel est le but de tout l’Évangile.

La justice étant celle de Dieu, il peut agir en pure grâce, quel que soit l’état de péché de l’homme. Il peut faire cadeau à qui que ce soit de cette justice qui est la sienne. Elle est parfaite en elle-même, puisque c’est la justice de Dieu. L’opposition produite par l’état de péché est ainsi effacée. La justice de Dieu étant accomplie, il peut laisser aller son coeur à la grâce : il peut dire au plus grand pécheur : J’ai ce qu’il te faut. L’homme légal peut se vanter de ce qu’il est et mépriser le misérable ; Dieu va vers ce misérable et lui donne sa justice. Voilà un pécheur relevé, un coeur renouvelé par la grâce de Dieu. Dieu se donne le droit, au milieu d’un monde de pécheurs d’aller chercher, d’entrer dans les cavernes de la misère de l’homme, et de l’en faire sortir pour le ciel. Il n’y a point de différence devant Dieu.

Sur qui trouvera-t-on cette justice de Dieu ? Si c’est Sa justice, et non la mienne, comment y aurai-je part ? Par la foi, car cette justice est envers tous et se trouve sur tous ceux qui croient (v. 22). Du moment que la grâce de Dieu nous a amenés a nous reconnaître coupables, cette justice est à nous ; elle est sur tous ceux qui croient. La justice de Dieu a été accomplie entre Dieu et Jésus. Celui-ci, ayant expié le péché, ayant fait la propitiation, la justice ne reste pas un attribut de Dieu, mais elle est un fait et Dieu peut la donner à ceux qui en ont besoin. Dieu justifie l’impie, le méchant. Chose extraordinaire ! Si Dieu était juge, justifierait-il le méchant ? Il est donc clair qu’il n’agit pas en juge. Comment donc justifie-t-il ? Il donne gratuitement au pécheur une justice qui a été accomplie entre Lui et son Fils. Elle est par la foi : on y croit, et l’on est heureux. Dieu a eu la patience de supporter les péchés précédents en attendant la venue de Christ. La justice étant accomplie, Dieu peut maintenant la manifester. Dans ses conseils, son Agneau était préconnu avant la fondation du monde ; Dieu a supporté l’homme, parce qu’il avait en vue l’oeuvre qu’il allait accomplir par Jésus. Maintenant, dans le temps présent, Dieu a montré sa justice et vient nous la révéler. C’est là où nous en sommes jusqu’au moment où Christ reviendra. La grâce de Dieu peut maintenant être annoncée à tout le monde, parce que la justice de Dieu est satisfaite. Elle est révélée maintenant ; elle est sur tous ceux qui croient. Ils n’ont pas à la chercher en eux-mêmes ; elle se trouve en Lui, et non dans nos coeurs.

Le coeur est purifié par la foi. Quand j’ai compris l’amour de Dieu, je sais que la justice est accomplie et qu’il n’y a plus aucun nuage entre mon coeur et Dieu. J’aurai des combats, mais non entre Dieu et moi ; ils sont entre la chair et moi, entre Satan et moi.

Regardez-vous, chers amis, à votre propre coeur, pour savoir si Dieu est satisfait ? Oseriez-vous dire que Dieu n’est pas satisfait de ce qu’il a fait ? Voudriez-vous ajouter quelque chose à ce qu’il a fait ? Quant à moi, je vois une chose accomplie, sa justice, et il l’a manifestée. De quel côté vous tournerez-vous : du côté de Dieu, ou du côté de vous-même, pour devenir autre chose que ce que vous êtes ? Trouverez-vous quelque ressource en vous-mêmes ? La mesure de ce qu’un chrétien doit être ne se trouve que dans la grâce. Dieu m’a parfaitement aimé, m’a donné sa Justice et je comprends que je dois être à Lui tout entier, corps et biens.

La foi exclut l’orgueil. Aussi longtemps que je puis concourir avec Dieu pour avoir un peu de justice, je suis sous l’empire d’un orgueil épouvantable ; mais, quand je trouve que je ne suis que pécheur, toute vanterie est exclue pour toujours (v. 27), et me voilà à ma place dans mes relations avec Dieu. C’est le jugement complet et définitif, l’anéantissement de moi-même. Sans la foi, on ne peut comprendre ce qu’est cette justice de Dieu. Quand on l’a trouvée par la foi, l’orgueil fait place à une humilité réelle.

Savez-vous que vous êtes coupables et que vous ne pouvez avoir aucune relation avec Dieu ? Si vous ne le savez pas, vous ne connaissez pas votre véritable état aux yeux de Dieu. C’est là ce qui produit l’humilité. L’humilité, arrosée par la connaissance de l’amour de Dieu, est la source de toute croissance pour Lui. Il suffit d’avoir trouvé Sa justice, pour que le coeur tout entier monte en actions de grâces devant Lui !


219 - Méditations de J. N. Darby — Luc 9:18-45

27 juin 1847 — n°219 : ME 1917 p. 136

Je suis frappé de la manière dont le Seigneur Jésus ramène ici les pensées de ses disciples à sa croix et à ses souffrances. Il ne veut pas être reconnu comme le Christ, ni prendre sa place comme Messie dans le monde ; il prend une place beaucoup plus basse : « Il faut que le Fils de l’homme souffre beaucoup » (v. 22), et prenne sur lui les conséquences du péché de l’homme. Il s’agit pour Lui, de se placer là où Dieu prend connaissance du péché dans lequel l’homme se trouve. Cela fait de la croix de Christ une chose plus admirable même que sa gloire. Ayant dit cela, il veut que nous vivions dans un dévouement d’amour qui a toujours ici-bas le caractère de la croix (v. 23). L’amour qui descend d’en haut a toujours l’aspect d’un sacrifice qui monte à Dieu en bonne odeur. C’est ainsi que Jésus veut se présenter en amour au milieu du mal (Éph. 5:2).

D’autre part, une gloire se rattache au sacrifice : « Il y en a quelques-uns qui ne goûteront point la mort, jusqu’à ce qu’ils aient vu le royaume de Dieu » (v. 27). C’est la transfiguration. Nous voyons là, en un tableau, quel sera le bonheur de Jésus avec les siens, dans ce jour que nous attendons. La première pensée de l’Esprit de Dieu est la gloire de la personne de Jésus. Après la croix sur la terre, il reçoit la gloire. Ensuite nous voyons les saints célestes paraître en gloire et s’entretenir familièrement avec Lui, dans une parfaite intelligence de ses pensées. C’est alors que nous réaliserons une entière intimité de conversation avec Lui. Dieu veut nous glorifier avec et comme Lui ; nous apparaîtrons avec Lui en gloire. « La gloire que tu m’as donnée », dit-il, « je la leur ai donnée » ; mais ce n’est pas tout d’apparaître avec Lui. Ce qu’il y a de plus émouvant pour son coeur et ce qui est l’objet des conseils du Père, fait le sujet des entretiens des saints avec Lui. « Ils parlaient de sa mort qu’il allait accomplir à Jérusalem » (v. 31). Mais déjà nous annonçons sa mort, dans la faiblesse ici-bas, jusqu’à ce qu’il vienne, faisant ce qui nous est présenté ici comme notre portion dans la gloire.

Pierre, ne sachant ce qu’il disait, voulait placer Moïse et Élie sur le même pied de gloire que Christ. Cela était impossible. Alors un autre personnage entre en scène ; Celui qui est la source de tout, le Père.

On voit, dans tout ce tableau, le fruit anticipé des souffrances de Christ : « Il reçut de Dieu, le Père, honneur et gloire » (2 Pierre 1:17). Lors même que nous avons la même gloire que Jésus, tout est mis de côté pour laisser la place à Lui seul. Dès que nos pensées s’arrêtent sur notre gloire, sans donner tout honneur à Christ, il faut que le Père lui rende ce témoignage devant nous et que son coeur place Jésus à la hauteur unique de sa propre gloire. Moïse et Élie disparaissent : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé. Écoutez-le » (v. 35).

Nos coeurs répondent par le Saint Esprit aux pensées du Père à l’égard de Jésus, et c’est notre joie. La transfiguration fut, pour Lui, un court moment de soulagement et de bénédiction. Il fallut ensuite qu’il rentrât dans la carrière de la foi. Jésus n’était pas toujours sur la montagne. Il en redescend, et agit, dans la vie de la foi, selon toute la perfection qui a été manifestée en Lui. S’il trouve le Père sur la montagne, il rencontre ici-bas le démon, la puissance de Satan, et l’incrédulité des disciples, impuissants devant le pouvoir du diable. Tout en s’écriant : « Jusqu’à quand vous supporterai-je ? » il dit : « Amène ici ton fils », montrant ainsi la perfection de son amour et de sa puissance. Le monde s’en étonne ; il s’étonne de la grandeur de Dieu, et non de la puissance de Satan, à laquelle il est accoutumé. Mais, comme tous s’étonnent, Jésus dit à ses disciples : « Vous, gardez ces paroles que vous avez entendues, car le Fils de l’homme va être livré entre les mains des hommes » (v. 44). Il ramène les pensées de ses disciples à la croix et à son amour, et non pas au déploiement de sa puissance ici-bas.


220 - Méditations de J. N. Darby — Romains 4

n°220 : ME 1917 p. 272

Si la justice de Dieu est notre justice, toutes les formes religieuses et la justice de l’homme ne valent rien du tout ; même elles ne valaient rien, sous ce rapport, quand Dieu les avait établies, comme il le fit pour les Juifs. Les formes religieuses et la confiance dans les oeuvres vont toujours ensemble ; l’homme se fait une certaine règle d’honnêteté et l’accomplit jusqu’à un certain point, mais quand il sent sa responsabilité, il sent aussi que cela ne suffit pas, car un homme qui cherche à faire des oeuvres, n’en est au fond jamais content. Il lui faut une religion qui comble les lacunes que ses oeuvres laissent dans sa conscience, une religion qui tranquillise cette dernière et lui ôte le besoin d’avoir affaire à Dieu. Il ne rencontrera Dieu qu’au moment où il devra être jugé par Lui. Le principe de la religion et des oeuvres est si profondément enraciné chez l’homme que le Saint Esprit doit beaucoup travailler pour le détruire. Aussi, la tâche du chrétien est-elle de présenter Dieu à la conscience et, avant de parler des oeuvres, de parler de l’homme tel qu’il est devant Dieu. Il s’agit de rapprocher de Dieu la conscience des pécheurs, pour leur faire connaître où ils en sont. Dieu détruit les espérances de l’homme afin de lui en donner une autre, basée sur Dieu lui-même. Le Juif dit : Je suis de la semence d’Abraham ; mais Abraham a été reconnu de Dieu avant toute ordonnance légale, avant toute oeuvre, et c’est selon le même principe que la justice nous est comptée. Si l’on peut être justifié par des ouvres, on a de quoi se glorifier, mais non pas envers Dieu. Abraham crut Dieu, et cela lui fut compté pour justice. Dieu lui avait dit que sa postérité serait comme les étoiles ; il fallait pour cela la puissance de la résurrection, car Abraham et Sara étaient comme morts, mais Abraham crut qu’il aurait une postérité. Pour l’homme, la résurrection est une folie ; la chose que Dieu annonçait était en dehors de toute énergie humaine ; comment cette dernière y entrerait-elle pour rien, si l’homme est un cadavre ? Mais l’énergie divine donne la vie à ce qui est mort. C’est là qu’est la puissance, et en cela la foi d’Abraham se rattache à la foi chrétienne. Nous sommes des morts par nature, mais qu’importe ? Ce que Dieu a dit s’accomplira. Tandis que la vérité de l’immortalité de l’âme nourrit l’orgueil des philosophes, la résurrection, cette folie pour la philosophie, glorifie Dieu.

L’homme est impuissant ; il ne peut échapper, ni à sa faiblesse, ni à la justice de Dieu et rencontre ces deux choses dans la mort. Sa conscience lui dit : La mort est là, le jugement est là, et tu n’es pas juste ; te voilà sans espérance ! Mais Dieu, dans sa grâce souveraine, est venu agir au milieu de ceux qui sont sous les conséquences du péché pour les en délivrer par la résurrection de Christ.

Abraham crut Dieu ; il n’avait que Sa parole ; il l’a crue et cela lui a été compté à justice. Ce que Dieu dit est impossible en apparence, mais je le crois, parce que Dieu le dit. À celui qui fait des oeuvres, le salaire est compté à titre de chose due, mais à celui qui croit en Dieu qui justifie l’impie, sa foi est comptée à justice. Si Dieu justifiait un homme juste, la justice serait de l’homme ; s’il justifie l’impie, ce ne peut être que par la justice de Dieu. Si l’homme était justifié par les oeuvres, ce ne serait pas une grâce, mais c’est l’impie que Dieu justifie. Il n’est pas besoin de la justice de Dieu, si ce ne sont pas des impies qu’il s’agit de justifier.

La conséquence de tout cela est qu’il faut que l’homme en vienne à la connaissance de lui-même et se reconnaisse comme étant lui-même un impie. Cela humilie l’homme qu’il lui faille nécessairement en finir avec lui-même, avec sa justice et ses oeuvres. Il ne lui reste que la ressource d’avoir affaire à un Dieu qui justifie l’impie et de reconnaître qu’il est cet impie-là.

Il y a un bonheur, une béatitude. L’avez-vous ? Les saints dans la gloire sont dans cette béatitude, mais il y a ici-bas une béatitude pour le pécheur, pour une conscience convaincue, pour celui qui se sent perdu devant Dieu. Impossible que vous jouissiez de ce bonheur, si vous n’avez jamais gémi sous ce fardeau. « Bienheureux l’homme à qui l’Éternel ne compte point le péché ! » C’est quand on sait qu’on a tout à se reprocher et qu’on est mécontent de soi-même, qu’on est sous le poids des conséquences du péché, qu’on se voit chassé pour toujours loin de la présence de Dieu — c’est alors qu’on peut comprendre et sentir cette béatitude. Jamais une conscience atteinte, sous l’action du Saint Esprit, ne parle de ses bonnes oeuvres. Quel était donc l’état de l’homme qui a parlé de cette béatitude ? Lisez le Ps. 32. C’était un homme qui, lorsqu’il se taisait, au lieu de confesser son péché ne faisait que « rugir tout le jour », jusqu’à ce que Nathan, le prophète envoyé de Dieu, vînt vers lui et lui dit : « Tu es cet homme » (2 Sam. 12:7). Quand l’Esprit de Dieu nous a dit : Tu es cet homme, voilà ce que tu as fait, nous comprenons le bonheur de celui auquel Dieu ne compte pas le péché, auquel il dit : « L’Éternel a fait passer ton péché ». Il ne s’agit pas de se dire : « Tu n’aurais pas dû faire cela » ; la réponse est : « Tu l’as fait ; tu es cet homme » ; mais il s’agit de dire à Dieu : « J’ai péché contre l’Éternel ». Alors seulement on entend la réponse et le soulagement survient. Lorsque la conscience devient intègre, qu’il n’y a plus de fraude dans le coeur ; au lieu de dire : « Je n’aurais pas dû faire cela », on dit : « Je l’ai fait », et l’on comprend ce que c’est que d’être justifié. Aussi longtemps que cela n’a pas lieu par l’action du Saint Esprit, on ne trouve pas la paix.

Il faut avoir compris que Dieu donne une justice indépendante de l’homme, qu’il ne compte pas le péché. Le péché est là ; il est reconnu, mais n’est pas imputé. Dans quelles circonstances cette bénédiction est-elle venue sur Abraham ? Quand il était dirigé par les formes religieuses ? Non, mais avant qu’il fût circoncis. Avait-il fait beaucoup d’oeuvres ? Non, ce fut avant toute oeuvre.

Quant à nous, après avoir cru, nous sommes scellés du Saint Esprit de la promesse. Dieu peut-il mettre son sceau sur la justice de l’homme ? Non, mais uniquement sur la justice de Dieu, qui est par la foi. Avant cela, l’on ne pourra jamais trouver les fruits du Saint Esprit, la joie, la paix, l’amour. Il y a dans ce monde plus d’un brave homme, mais sans une trace du sceau de l’Esprit et de ses fruits. Ceux qui, ruinés, ont eu recours à la justice de Dieu, reçoivent seuls le Saint Esprit. S’il était donné sans cela, il viendrait sanctionner le péché de l’homme, et renier l’oeuvre de Christ. On rencontre dans le monde des hommes très honnêtes et aimables et des chrétiens très pénibles. Néanmoins, chez les premiers, je ne trouve aucune trace du Saint Esprit, pas un écho dans leur âme ; chez les autres, je trouverai de très mauvais caractères, mais je les vois pleurer et s’humilier ; je les vois touchés et attendris par des affections spirituelles. Ils comprennent qu’ils ont manqué, mais ils sont reconnaissants de trouver qu’il y a de la grâce pour eux et les fruits de l’Esprit se font connaître. C’est qu’il y a chez eux un nouvel homme.

La justice comptée à Abraham nous l’est aussi, à nous qui croyons en Celui qui a ressuscité d’entre les morts Jésus notre Seigneur. Dans notre chapitre, c’est la foi en Celui qui a ressuscité Jésus, dans le chapitre précédent la foi en son sang. Par la foi en son sang, je connais le Dieu qui a frappé Christ pour moi et dont la justice a été pleinement satisfaite. Dans notre chapitre, je trouve l’homme mort dans ses péchés, et le Jugement exécuté sur Christ, mourant sous la colère de Dieu ; je trouve alors un Dieu qui intervient en grâce et ressuscite cet homme condamné. Ma confiance est en Dieu qui a ressuscité Jésus d’entre les morts. Je trouve en Christ un homme portant la culpabilité du péché, un homme que Dieu avait condamné, ressuscité par Dieu lui-même ; car la justice de Dieu a été si pleinement satisfaite par l’oeuvre de la croix, qu’il a dû, en justice, ressusciter Christ. Dieu s’est occupé de mes péchés ; il est maintenant satisfait ; il peut agir en grâce et en puissance et ressusciter Christ d’entre les morts. C’est ainsi que notre foi est en Celui qui a ressuscité Jésus (v. 24). Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? Si Dieu lui-même me justifie, qui me condamnera ? Il est venu me délivrer quand j’étais sous la condamnation ; sa justice, accomplie en Jésus, m’est imputée.

Connaissez-vous ce bonheur ? Avez-vous compris que Dieu est venu vous délivrer, quand vous étiez sous les conséquences du péché ? Mes péchés sont grands ; la colère de Dieu est terrible ; mais Dieu, en ressuscitant Jésus, m’a délivré de toutes ces choses. Il n’y a plus, entre Dieu et moi, que la justice de Dieu et l’amour de Christ.


221 - Méditations de J. N. Darby — Romains 5:1-11

17 juin 1847 — n°221 : ME 1917 p. 316

Il y a, pour nos âmes, deux sources de joie distinctes l’une de l’autre :

La pensée de ce que Dieu est pour nous comme pécheurs, la joie d’être sauvés, joie qui se rapporte à nous-mêmes, mais non dans un mauvais sens ; la connaissance de ce que Dieu est dans sa sainteté et l’assurance que nous sommes réconciliés avec Lui ; la certitude qu’il n’y a plus rien entre Dieu et nous et que, justifiés par la mort et la résurrection de Christ, nous avons la paix avec Dieu, l’accès à sa faveur actuelle, et pour avenir la gloire, tout cela est pour nous une source infinie de joie.

Mais ce n’est pas tout. Dieu est entré dans une relation encore plus intime avec nous et il est important que nous y trouvions la seconde source de notre joie. « Non seulement cela », est-il dit, « mais aussi nous nous glorifions dans les tribulations » (v. 3). Il y a un travail de Dieu, un labourage du terrain de nos âmes qui, si nous le supportons avec patience, nous exerce dans la connaissance du bien et du mal, nous sépare des choses d’ici-bas, tout en nous faisant sentir et reconnaître notre faiblesse. C’est pourquoi nous nous glorifions même dans les épreuves que nous avons à traverser. Il est bon de nous demander si nous désirons d’être éprouvés ainsi et voir détruites les choses et les pensées auxquelles s’attachent nos coeurs naturels. Paul se glorifiait dans ses infirmités, afin que la puissance du Christ demeurât sur lui. Souvent nous ne nous faisons aucune idée du degré auquel il faut que nous soyons exercés pour apprendre la dépendance. Il y a quelque chose de plus que l’espérance de la gloire de Dieu. Le coeur étant dépouillé de ses propres forces, de ses propres pensées, son espérance s’attache à la certitude de ce que Jésus est pour lui. Il n’a pas seulement la paix avec Dieu et l’espérance de Sa gloire, mais l’amour de Dieu lui-même est répandu dans son coeur par le Saint Esprit qui lui a été donné. C’est plus qu’une promesse ; c’est une réalité. Il a la certitude, par le Saint Esprit, que Dieu l’aime comme Il aime Jésus. L’amour de Dieu est la clef de toutes les épreuves que nous rencontrons, et la puissance qui nous aide à les supporter. Le coeur ne peut se confier en Dieu que lorsque, ayant été exercé, il a appris que rien ne peut le soutenir sauf l’amour de Dieu.

Le moi nous empêche de voir cela, et c’est pourquoi il nous faut un dépouillement pratique de nous-mêmes, car on ne peut se fier à soi-même. C’est la leçon la plus difficile à apprendre, une chose bien différente que d’être assuré seulement de la paix avec Dieu et de sa faveur. Quand on sent que Dieu est là et qu’Il suffit on peut se confier à Lui pour toutes choses. On le connaît assez pour savoir qu’il emploiera sa puissance en amour pour tous ceux qui se confient en Lui.

Cette expérience produit l’espérance, et l’espérance ne confond point. La preuve de son amour c’est que Dieu a donné son Fils et qu’Il est mort pour nous, lorsque nous étions encore pécheurs. Comment pourrais-je ne pas avoir confiance en Lui ? « Nous nous glorifions en Dieu, par notre seigneur Jésus Christ ».

Qu’il est précieux d’avoir une telle relation avec Dieu ! « Je me glorifie dans ce Dieu qui s’est révélé à moi dans son Fils et par son Fils. Ne nous contentons pas de la pensée que la gloire nous appartient. Ce qui nous a été donné comme arrhes de cette gloire, c’est la présence de Dieu, en amour, dans nos coeurs. Il y devient la source de nos pensées et de notre joie et nous fait connaître la grandeur de l’amour de Celui qui est mort pour nous.

Pour nous glorifier ainsi en Dieu par notre Seigneur Jésus Christ, il faut, dans un sens pratique, que nous soyons dépouillés de nous-mêmes, et voilà pourquoi nous nous glorifions dans les tribulations.


222 - Méditations de J. N. Darby — Hébreux 4 — Le Repos

n°222 : ME 1923 p. 214 / 221

Deux choses nous sont particulièrement présentées dans ce chapitre :

1° Le caractère du repos qui appartient au peuple de Dieu et en quoi il consiste.

2° Le moyen que Dieu emploie pour que nous arrivions à ce repos.

Il est évident que le repos est la suite du travail. Pour l’homme le travail comporte la fatigue d’esprit et de corps et la conscience qu’un changement est bien désirable. C’est un besoin dont le repos est la réponse. Il n’en est pas ainsi pour Dieu, et cela dit beaucoup. Pour nous la pensée de chercher un repos suppose un état de chute, tandis que le repos de Dieu a pour cause un travail par lequel il sort de lui-même. Il se repose de ses oeuvres, non de sa fatigue.

Nous avons été créés dans un état qui répondait à la volonté de Dieu ; aussi Dieu vit « que cela était bon ». Il ne s’agissait pas pour l’homme de trouver un repos ; il aurait dû rester où Dieu l’avait placé et jouir en Éden des bénédictions que l’Éternel, dans sa bonté lui avait procurées. L’homme n’avait ainsi aucune part au travail, ni par conséquent au repos de Dieu. Il jouissait, il était innocent, très heureux et béni, avec un coeur sans reproche, sans un seul besoin pénible, mais aussi, sans aucune part au repos de Dieu.

Maintenant ce n’est plus le cas. La chute est survenue, la misère, le péché. On ne trouve personne qui puisse dire : Je suis satisfait, pas même le chrétien. En un sens il doit être parfaitement heureux, toujours joyeux, mais il n’est pas satisfait de rester où il est, parce qu’il a goûté des choses célestes. Pour le monde, il n’y a que travail, souci, inquiétude et personne qui soit heureux. On cherche à expliquer cela par le besoin d’activité, de progrès, de civilisation, mais où est le bonheur, le contentement ? Une génération succède à l’autre et cherche mieux que la précédente, mais n’arrive jamais au repos. La civilisation ne peut pas rendre le coeur heureux. On rencontre aujourd’hui plus de chagrins, d’inquiétudes, de malaise intérieur, que lorsque la vie était plus rude et plus simple. Même quand tous ses désirs sont satisfaits, vous trouverez l’homme malheureux. La famine est dans ce pays-là ; on n’y mange que les gousses des pourceaux. Il est clair que cela n’est ni le repos de Dieu, ni même le chemin de ce repos. Il est bon que l’homme soit convaincu de ne pas être dans le chemin du bonheur.

Nous sommes en chute, dans un état de péché, subissant la conséquence de notre éloignement de Dieu, cherchant dans le pays de Satan de quoi satisfaire des besoins qui renaissent sans cesse. Si même nous sommes convertis, nous n’avons pas le repos dont ce chapitre nous parle. Les effets de la chute demeurent et la connaissance de la grâce ne nous permet pas d’être dans le repos. Christ lui-même ne l’avait pas ici-bas. L’amour et la sainteté ne peuvent se reposer au milieu du péché et de la misère. Pour nous, la lutte de la chair contre l’Esprit n’est pas le repos. Nous n’avons pas même le repos de Dieu dans le coeur avant que le travail ait cessé et que tout en nous corresponde à la pensée de Dieu lui-même. La vie de Dieu dans le coeur a besoin d’être avec Dieu, semblable à Lui et que son image y soit formée, sans rien de contraire. Cette vie ne peut se contenter de trouver, soit en nous, soit autour de nous des choses contraires à Dieu. Dans ce sens, l’effet de la vie de Dieu est de rendre le repos impossible. Le besoin d’être avec Jésus, de lui être semblable, de se trouver dans la pleine lumière de l’amour du Père, empêche le repos. Jésus n’y est entré que lorsqu’il est remonté au ciel. La vie que Dieu nous a donnée a ses goûts, et ses délices dans ce que Dieu aime ; elle a Dieu personnellement comme objet suprême de ses affections. « Mon âme », est-il dit, « a soif de Dieu, dans une terre déserte et désire voir Sa gloire dans le sanctuaire ». Elle a besoin d’y être et d’en jouir. Il est impossible qu’on ait cette vie dans le coeur, sans le besoin d’être avec Dieu et comme Lui.

Il y a un double genre de travail :

1° Le travail du nouvel homme qui soupire après un monde où nous serons semblables à Christ, et qui court vers le but en vue duquel Dieu nous a pris. Mais nous rencontrons des obstacles continuels sur la route. La vie spirituelle, abstraction faite de la chair et du péché, tend à ne plus se trouver au milieu du mal et à posséder définitivement le bien. Le chrétien est peiné de voir tout le mal qui l’entoure ; il en est navré, de manière à être en un certain point homme de douleur et sachant ce que c’est que la langueur.

2° L’autre genre de travail est la lutte en soi.

Si je désire être saint pratiquement, je trouve quelque chose en moi qui veut m’empêcher de l’être. Le monde m’entoure, cherche à me faire perdre l’équilibre et ce n’est pas difficile, à moins que la puissance de Dieu n’intervienne. Un chrétien vivant voit Christ clairement, jouit de lui, et devant cette jouissance les choses du monde deviennent des ordures. S’il ne voit pas Christ clairement, c’est parce que les choses de chaque jour ont pris pour lui de l’importance. Ce n’est plus : « Christ est mon tout » : beaucoup d’autres choses font partie du tout du chrétien et se le partagent. Si Christ ne le relève, Il perdra toujours plus de sa valeur pour son coeur. Le jugement spirituel étant faussé, on ne trouve plus un discernement suffisant du mal. Peut-être la conscience n’est-elle pas mauvaise, mais la clarté de la vue spirituelle est perdue et cela ne donne pas le repos.

Tous les objets que le monde contient tendent à cacher Christ. Il en était ainsi pour ces Hébreux auxquels l’apôtre écrivait. Les choses terrestres et visibles qui, dans la pensée de Dieu, représentaient les célestes et les invisibles, comme par exemple les offrandes, la sacrificature et le temple, reprenaient de la valeur du moment que Christ n’avait plus toute la place devant leurs yeux. L’apôtre appelle cela un « endurcissement arrivé à Israël » (Rom. 11:25). En sortant d’Égypte, Canaan était tout pour le peuple. Quel bonheur de se rendre dans le lieu que Dieu leur avait préparé ! Mais le chemin était long ; il n’y avait pas d’eau, pas de pain. Alors leur coeur perd de vue la grâce qui les a rachetés ainsi que le pays désirable et la manne même devient à leurs yeux « un pain misérable » (Nombres 21:5). Leur coeur s’était endurci.

N’est-ce pas aussi un endurcissement de coeur, quand, Dieu nous ayant donné son Fils et toutes choses avec Lui, ces choses n’ont plus la même valeur pour nous, et que nous sommes aveuglés quant à celles qui ont une valeur ineffable aux yeux de Dieu ? La toilette, les journaux, les devoirs de société, toutes les distractions journalières, prouvent que le coeur ne répond pas à l’affection que les bénédictions célestes méritent, qu’il a perdu la conscience de la valeur de son objet. Ce dernier est peu apprécié et nous ne l’aimons pas comme nous devrions l’aimer. La cause de tout cela est la chair en nous. Convoitises de l’esprit ou de la chair, tout se place entre moi et ce que Dieu a fait pour prendre possession de mon coeur, et tend à obscurcir ma vue.

Ce qui nous est présenté ici c’est le repos de Dieu lui-même. L’apôtre tient à faire comprendre aux Hébreux qu’ils n’avaient pas le repos et qu’il était encore devant eux. S’il s’agit du repos de la conscience, il est atteint et aussi parfait ici-bas que dans le ciel, le sang de Jésus-Christ ayant autant de valeur maintenant que dans l’éternité. Je suis aussi bien sans péché quant à la justice de Dieu que je le serai dans le ciel. Le sang de Jésus Christ me purifie de tout péché. J’ai la même justice, le même Christ que dans le ciel. Le repos est donc parfait, même avec peu d’activité chrétienne et de travail. Il peut y avoir, ce qui est autre chose, un travail pour arriver au repos de la conscience. Ainsi Romains 7 me place devant la loi et aboutit à la misère. La conscience dit : « La loi est bonne et je ne l’accomplis pas », aussi ne peut-elle avoir de repos. En Rom. 8 c’est autre chose : Je suis aussi agréable à Dieu que Christ lui-même et je n’aurai pas dans le ciel une autre justice que celle que j’ai maintenant. N’ayant aucune conscience de péché, j’ai le repos de la conscience.

L’activité de la vie chrétienne est autre chose. Lorsque le coeur lui-même sera comme le coeur de Dieu quant à ses joies et possèdera son Objet sans qu’il puisse y avoir quoique ce soit pour l’empêcher d’en jouir, ce sera le repos. Le chrétien ne l’a pas encore, mais il a la conscience d’avoir confié son bonheur à Christ. En attendant il travaille pour Lui.

Hélas ! le chrétien ne se repose que trop. Il se contente facilement du désert, tandis que son coeur est en Égypte. Si Canaan ne s’est pas emparé du coeur, le désert ne vaudra rien, puisqu’on y trouve l’occasion de retourner en Égypte. On a souvent à insister là-dessus. Il reste un repos, sans cela on éprouve le besoin d’en trouver un ici-bas. On se contente de choses qui ne sont pas selon le coeur de Dieu et de ne posséder que très peu de Christ. Le coeur s’endurcit ; on abaisse le niveau de ce qu’on devrait atteindre ; on se mondanise ; on oublie qu’une promesse nous est laissée d’entrer dans Son repos et qu’il reste un repos pour le peuple de Dieu.

Considérons les traits de ce repos et les moyens que Dieu emploie pour nous faire aller en avant avec bon courage.

Dieu veut que vous compreniez qu’il reste un repos et que vous n’y êtes pas. Christ ne peut pas vous le donner ici-bas où tout est souillé. Si le coeur peut trouver du repos au milieu de la souillure, il n’aura jamais de repos avec Dieu. Une pleine confiance dans l’amour de Dieu est un repos pour le coeur, car on sait que Dieu nous aime comme il aime Jésus. En ce sens le coeur s’y repose. Il sait de plus que cet amour aura tout son effet et que Celui qui a commencé en nous une bonne oeuvre, l’achèvera jusqu’au jour de Christ.

Considérons maintenant le caractère du travail et de l’absence de repos !

Pourquoi le travail ? Pourquoi ne suis-je pas dans le repos ? Parce que j’ai les mêmes pensées, les mêmes goûts que Dieu : sainteté, bonheur. Je n’ai pas de repos, non parce que ma conscience n’est pas en paix, ni parce que je ne suis pas sûr de l’amour de Dieu, mais parce que j’ai les mêmes pensées, les mêmes affections que Dieu lui-même. Je ne puis pas être dans le repos, jusqu’à ce qu’Il se repose dans son amour (Soph. 3:17). C’est là un repos satisfait du fruit de Son travail. Le coeur a les mêmes goûts, la même nature que Dieu, et ne peut avoir du repos tant que Dieu ne se repose pas dans un état de choses parfaitement conforme à ses perfections. À ceux qui l’accusaient de ne pas observer le sabbat, Jésus dit : « Mon Père travaille jusqu’à maintenant et moi je travaille ». Pas de repos dans la misère et le péché ; telle est la pensée de Christ.

Nous serons dans le repos, et Dieu lui-même y sera, quand nous serons parfaits, selon son coeur. Comme Église glorieuse, sans tache ni ride, possédant enfin l’Objet de nos coeurs renouvelés, nous serons dans le repos, avec les mêmes pensées que Christ.

Pourquoi est-ce que je travaille maintenant ? Parce que j’ai les mêmes pensées que Dieu. Il verra du fruit du travail de son âme et se reposera parce que tout sera bon et parfait (És. 53).

Le travail n’a pas cessé. Il reste que quelques-uns entrent dans le repos de Dieu (v. 6). « Celui qui est entré dans son repos, celui-là s’est reposé de ses oeuvres, comme Dieu s’est reposé des siennes propres » (v. 10). Il ne s’agit pas pour nous de nous reposer de nos oeuvres mauvaises, mais de nos bonnes oeuvres. Ce ne sera plus un effort continuel pour raccommoder ce que le péché gâte toujours.

Qu’est-ce qui nous empêche de jouir de ce repos et de faire des progrès pour l’atteindre ? Le péché, la chair, les pensées qui retournent en Égypte. Alors, qu’est-ce que Dieu fait à notre égard ? Il a une Parole (v. 12-13) qui pénètre jusqu’à la division de l’âme et de l’esprit, qui discerne les pensées et les intentions du coeur. Il juge, dans le désert, toutes les choses qui tendent à nourrir l’incrédulité et ce qui nous obscurcit l’Objet de notre foi. J’insiste beaucoup là-dessus. Si vos coeurs ont goûté d’avance ce repos, c’est en ayant vos pensées et vos affections conformes aux pensées de Dieu. Repos de deux amis, bonheur, privilège immense d’être rendus participants de sa sainteté ! Tout ce qui nourrit la chair et tend à détourner le coeur de la pureté de Dieu, tend à ôter son importance à Canaan pour en donner à l’Égypte, et à faire de Christ un « pain méprisable ». L’homme apprécie tout selon son Objet. S’il est ambitieux, il juge de la valeur des choses selon le but de son coeur. Si vous avez goûté le bonheur d’être avec Dieu, vous jugerez de tout comme Dieu. Des choses innocentes, un devoir qui cache Christ ne sont ni innocentes, ni un devoir pour le chrétien. Je parle du coeur, du principe, du ressort de toute la vie. Si j’ai vu Christ, si je l’ai contemplé, tout ce qui m’empêche de le voir est une perte. Celui qui ne hait pas père, mère, et jusqu’à sa propre vie, ne peut être son disciple. Quand je fais un sacrifice, c’est que j’aime la chose que j’abandonne ; c’est donc toujours moi-même que je sacrifie. Si un lien avec le monde est rompu, c’est le coeur qui est rompu, brisé, et je souffre ; mais Dieu fait cela parce qu’il a un but pour nous. Il emploie la Parole, la perfection de la révélation de Christ, Christ lui-même, dans ce but. Cela encourage la vie spirituelle et nous fait voir que tout n’est qu’ordures en comparaison de Lui. Mais ce n’est pas tout. Christ m’est présenté et me dit : Tu recherches quelque chose d’aimable ? Ce n’est pas moi, cela ; c’est toi-même. J’aurais voulu garder cela sans en rien dire ; mais la Parole est inexorable ; elle fait des ravages, mais, ne craignez pas, d’heureux ravages. Si nos coeurs étaient ce qu’ils devraient être, il n’y aurait que du bonheur. Christ ne veut pas conclure la paix avec ce qui est un obstacle ; la Parole de Dieu est vivante et efficace ; c’est Dieu lui-même qui y est. Elle vient à nous comme l’oeil de Dieu qui se fixe sur quelque chose que nous aurions voulu nous cacher à nous-mêmes. Alors il y a lutte dans nos coeurs entre ces choses et Christ et il nous faut savoir si elles sont jugées. La Parole n’épargne rien, pas même la vie, pourvu que l’on gagne Christ.

C’est une joie parfaite pour nos âmes quand notre coeur est purifié, tandis qu’il y a danger d’endurcissement par la séduction du péché. Tel est le remède que l’apôtre applique à l’état religieux des Hébreux. Il emploie la Parole pour le juger. Il ne veut faire la paix avec aucune chose dans nos coeurs, qui les empêcherait d’être heureux avec Dieu. Quand on emploie la Parole pour se juger, on ne trouve que du bonheur et de la joie dans cette fidélité qui ouvre le coeur à la lumière. La volonté est détruite, le but est atteint. Notre volonté se mêle à tout. Prenez l’affection pour un enfant ; voilà une idole dans le coeur. Dieu voit cela et retranche l’enfant. On souffre, mais avec la conscience que Dieu nous aime, et la douceur dans le coeur remplace l’amertume causée par le combat de notre volonté avec celle de Dieu.

Je suppose la volonté brisée par la Parole qui l’a jugée. Je trouve alors le « grand souverain sacrificateur » « Jésus, le fils de Dieu » (v. 14). Aussitôt qu’il ne s’agit plus de ma volonté, je suis dans sa compagnie. Il sait introduire dans le coeur qui souffre, plus de consolations que s’il n’y avait jamais eu de souffrance. L’affection de Jésus est devenue une force divine pour mon coeur ; Il a la langue des savants pour soutenir par une parole celui qui est accablé de maux.

Jésus sait par expérience, non parce qu’il avait une volonté, mais parce qu’il avait celle de son Père, comment Dieu console un coeur brisé, de quelle manière Sa grâce s’applique aux besoins d’un coeur d’homme. Et ainsi il sait consoler nos coeurs et les lier au coeur de Dieu, n’ayant aucune autre volonté que la sienne. S’agit-il de notre volonté, il faut l’épée à deux tranchants et ce n’est pas la paix. S’agit-il de nos besoins, nous avons le trône de la grâce qui répond à tout, nous console et nous vient en aide. Jésus a tout rencontré dans ce monde et sympathise avec nous, sauf avec la volonté mauvaise et les mauvaises convoitises. Même s’il s’agit d’une chute il est là pour nous relever. Il est miséricordieux pour tous nos besoins, mais la Parole n’épargne rien en nous, afin que nous trouvions, par nos infirmités même, ce qui nous fait jouir de Christ.

Le trône de la grâce (v. 16) nous parle des difficultés du chemin.

Encore un mot : On ne peut être chrétien sans que Christ soit l’objet de nos coeurs, le but de notre vie. « L’oeil simple » n’est pas simplement l’oeil, car si l’homme n’a pas l’oeil, la foi, il n’est pas chrétien ; mais Dieu veut que notre oeil soit simple, que Christ seul soit au fond du coeur. C’est l’entre-deux qui est la difficulté. Il ne s’agit pas seulement de ne pas déshonorer par une vie mauvaise le nom que nous portons. Les affaires de toute espèce nous trompent en dominant notre coeur, obscurcissent la vue, et pendant les trois quarts du temps la chair occupe nos pensées. Christ est là, mais c’est un Christ gâté dans la manifestation de notre vie, un mélange qui n’étant ni eau, ni terre, devient boue.

Où en êtes-vous, bien-aimés ? Votre oeil est-il simple ? Si vous avez des besoins, tant mieux ! Que je serais heureux d’entendre les chrétiens dire : Je suis faible, j’ai besoin de Christ. Cherchez-vous peut-être d’autres choses qui ne sont rien pour Christ ? Y gagnez-vous maintenant, et qu’y aurez-vous gagné quand vous le rencontrerez ! On n’a pas l’oeil simple, on ne voit pas Christ clairement, et ce sont ces choses-là qui empêchent de le voir. Plus d’un d’entre vous n’est pas heureux ; il cherche en vain à parler de Christ, dont il ne goûte pas l’amour, avec des chrétiens plus spirituels que lui. S’il se trouve seul, Christ est éloigné de sa pensée et il n’est occupé que de sa campagne ou de ses affaires. Sans Christ un chrétien mort peut être à son aise !

Si nous voulons être joyeux et avoir les affections heureuses du coeur, comprenons qu’il ne s’agit pour nous que de Christ, que de le gagner, que de croire à son amour, et la Parole qui juge tout en nous est encore l’action de son amour afin que nous puissions le glorifier dans notre marche.

S’il en est ainsi, notre désir sera de le voir, de lui être semblables, et nos coeurs savoureront d’avance ce repos qui reste pour le peuple de Dieu. Bientôt Il viendra nous prendre pour nous y introduire !


223 - Méditations de J. N. Darby — Romains 8 — Quelques pensées

Lausanne, 4 juillet 1850 — n°223 : ME 1923 p. 253

Nous trouvons dans ce chapitre, si riche sur tant de points, deux bénédictions spéciales que la présence du Saint Esprit nous apporte : 1° une intimité avec Dieu telle qu’on ne peut souvent démêler si l’apôtre parle du Saint Esprit ou de l’état de notre coeur. 2° La force de Dieu lui-même, et dans ce cas le Saint Esprit est distingué de notre état intérieur.

S’agit-il de communion, le Saint Esprit est nous-mêmes, en un certain sens, mais nous avons tout autant besoin de la puissance de Dieu agissant en nous et opérant indépendamment de nous.

Ce qui distingue le chrétien, c’est la conscience de ses rapports avec Dieu. L’Esprit produit en lui des affections qui montent vers Dieu comme les prémices du coeur : l’amour, la joie, la paix. En parlant ainsi, je suppose un chrétien qui a compris sa position en Christ.

Rappelons-nous toujours que l’oeuvre de Christ n’est pas seulement de nous sauver, mais de nous placer dans une position où nous jouissions de la présence de Dieu lui-même : « Christ a souffert, lui juste pour les injustes, afin de nous amener à Dieu ». Dès lors nous sommes en Sa présence, non dans la servitude, ni pour trembler devant Lui, mais avec des affections découlant de la grâce infinie qui nous a amenés en cette présence. Nous connaissons Dieu comme Celui qui nous a amenés à Lui ; le Saint Esprit qui nous est donné agit en nous et y habite. C’est lui qui produit dans nos coeurs les affections convenables à la position où l’amour de Dieu nous a placés.

Le Saint Esprit nous donne non pas seulement l’assurance que nous pouvons y être, mais que nous y sommes. À cela se rattache nécessairement la jouissance de cette position. Dieu est pour moi un ami, non plus un juge ; je vais à lui, je suis avec lui, et par conséquent je jouis de sa présence. Il ne s’agit pas ici de la valeur du sang de Christ, base invariable de nos relations avec Dieu, mais de l’état où nous sommes, en vertu de l’oeuvre de Christ.

« Il n’y a donc maintenant aucune condamnation pour ceux qui sont dans le Christ Jésus ». Son oeuvre en a détruit la possibilité. Il n’y a pas de condamnation, non pas parce que Christ est mort, mais parce que je suis en Lui. C’est une position dans laquelle je me trouve. Le pécheur a besoin d’être introduit devant Dieu par le sang de Christ mais, dans ce passage, les croyants ont leur place devant Dieu en Christ, tel qu’il est. L’apôtre ne dit pas : Il n’y a aucune condamnation parce que Christ est mort, mais parce que « la loi de l’Esprit de vie, dans le Christ Jésus m’a affranchi de la loi du péché et de la mort ». Si Dieu satisfait son coeur en nous amenant à Lui, est-ce pour nous condamner ? Ces deux choses sont incompatibles et s’excluent l’une l’autre.

C’est là le secret de l’assurance, de la tranquillité d’esprit, de la joie que le chrétien devrait avoir, même au milieu des combats. La foi fait cela : elle juge comme Dieu juge, d’après ses pensées et ses affections ; et voici comment il juge : « Voyez de quel amour le Père nous a fait don, que nous soyons appelés des enfants de Dieu ! » Il y a des conséquences pratiques à tirer de ce fait : Si nous sommes en Christ, la vie de Christ, son caractère, se trouvent là. La pensée de la chair et la pensée de l’Esprit sont antagonistes. La chair ne peut point plaire à Dieu, mais, dès que vous êtes venus à Lui, vous trouvez une telle intimité entre l’Esprit et notre état, que ce dernier est à la fois moi et l’Esprit. On ne peut séparer la vie en moi, d’avec l’Esprit qui agit dans cette vie. J’aime Dieu ; le Saint Esprit produit ces affections en moi. Les choses que l’Esprit révèle sont la sphère de ces affections. La chair a ses convoitises ; c’est le monde et les choses qui s’y trouvent, mais il y a les pensées de l’Esprit qui sont vie et paix et les choses de l’Esprit qui sont un monde entièrement à part de ce monde-ci.

L’opération vitale du Saint Esprit produit ces affections qui sont à la fois miennes et siennes. Nous avons les pensées de l’Esprit ; nous pouvons jouir de Dieu et nous glorifier en Lui, trouver notre plaisir et nos affections en Christ dans lequel Dieu a son plaisir et ses affections.

Aux vers. 9-11 nous trouvons trois caractères des opérations de l’Esprit en nous : 1° Vous n’êtes pas dans la chair, mais dans l’Esprit. L’Esprit de Dieu est mis en contraste avec la chair ; il produit ce qui plaît à Dieu, ses affections et ses pensées. Christ est le modèle de ces affections : « Si quelqu’un n’a pas l’Esprit de Christ, celui-là n’est point de Lui ». L’Esprit de Christ est la forme que prend la manifestation de l’Esprit de Dieu. Nous avons en Christ lui-même cet Esprit, comme forme et affections de l’homme en Christ. 2° Si Christ est en nous, le corps est bien mort à cause du péché, mais l’Esprit est vie à cause de la justice. 3° Si l’Esprit de Celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts habite en nous, Dieu vivifiera aussi nos corps mortels à cause de son Esprit qui habite en nous.

Vers. 12-14. La grande, la seule pensée de Dieu quant à nous, est toujours Christ. Dieu a fait toutes choses pour Christ. Quand sa pensée est une pensée de grâce elle est de nous rendre conformes à l’image de son Fils pour qu’il soit premier-né entre plusieurs frères. Cette pensée est-elle trop élevée pour vous ? Rappelez-vous que Dieu ne peut penser autre chose. Si Christ a ses délices dans les fils des hommes, Dieu ne peut les vouloir moindres que l’image de son Fils. Il opère déjà en nous pour nous rendre conformes à Christ ; il veut que nous jouissions de Lui et que nous lui donnions gloire comme ayant cette jouissance. Cela nous encourage, nous humilie, nous donne de la force, nous inspire de la confiance en l’amour infini de Dieu.

« Car tous ceux qui sont conduits par l’Esprit de Dieu, ceux-là sont fils de Dieu ». Telle est notre place, notre position ; nous sommes fils et filles du Dieu Tout-Puissant qui nous conduit ainsi sur les traces de Jésus.

Vers. 15-16. L’effet nécessaire de la présence du Saint Esprit est de nous donner conscience de notre adoption et de nous placer, quant à nos coeurs, dans cette relation. Ce n’est pas seulement une doctrine que l’on pourrait posséder avec un coeur très froid, mais, sans cette assurance, point de joie. Dieu ne veut pas nous sauver tout juste pour que nous entrions dans le ciel ; il a des intentions en vue de sa propre gloire. L’Esprit, agissant dans nos coeurs, devient en nous un Esprit d’adoption, l’esprit des enfants. Il n’est pas seulement un Esprit d’amour, mais nous donne conscience et jouissance de la relation dans laquelle Dieu nous a placés. S’il n’en est pas ainsi, c’est que vous avez contristé le Saint Esprit. Il ne peut être témoin d’autre chose que des conseils de Dieu ; il ne peut, comme habitant dans un enfant de Dieu, produire autre chose que les affections qui découlent de cette relation. L’âme peut en jouir à tel moment plus qu’à tel autre, comme un enfant jouit de son père, mais il a le sentiment d’être enfant : « L’Esprit lui-même rend témoignage avec notre esprit que nous sommes enfants de Dieu ». C’est le Saint Esprit lui-même ; il ne varie pas, ne rend pas deux témoignages ; il est toujours là, constamment le même, source de nos pensées, puissance qui rend témoignage que nous sommes enfants de Dieu. Il est impossible de le changer ; cet Esprit est Dieu lui-même.

Au vers. 17, l’apôtre tire les conséquences de l’adoption, sur lesquelles je ne m’étendrai pas. Aux vers. 18-29, ayant par le Saint Esprit conscience de la gloire qui nous attend, connaissant parfaitement la bonté de Dieu, jouissant du bonheur de ceux qui l’entourent et mesurant l’étendue du malheur de ceux qui sont loin de Lui, nous soupirons, non de la peine dont nous souffrons, mais en sympathie et avec la pensée que nous nous trouvons au milieu de ces choses. Ce n’est pas de l’égoïsme. Ayant l’Esprit, je connais la misère de ce qui m’entoure, je soupire sur le malheur, parce que j’ai le bonheur. Mais je ne suis pas dans la condition où Dieu me veut. Les misères, l’angoisse, les maladies, la mort ne sont pas ce que Dieu veut, sa pensée définitive pour moi. Dieu s’entoure de bonheur. Je vois Christ dans cette gloire ; tout reluit dans la splendeur de cette béatitude. Je soupire, parce que je traverse dans un corps mortel, un monde qui est sous le joug de la mort. Je soupire, parce que j’ai l’Esprit de vie qui m’a fait comprendre ce que Dieu veut pour moi. Je parle en tant que chrétien. Mes souffrances même découlent de la certitude que ce qui est loin de Dieu doit souffrir. Christ avait la conscience infinie du bonheur qui entourait Dieu, la jouissance de l’amour de son Père, mais il était l’homme de douleur ; il souffrait — et dans quelle mesure ! — de la misère de l’homme. Telle est aussi notre position selon l’Esprit. Nous soupirons en nous-mêmes, attendant l’adoption, la délivrance de notre corps. L’Esprit nous est en aide dans notre infirmité (v. 26). Il intercède lui-même par des soupirs inexprimables ; il prend connaissance de ces choses. Celui qui sonde les coeurs connaît la pensée de l’Esprit ; il mélange ma pensée avec celle de l’Esprit qui intercède pour les saints selon Dieu. Quelle pensée ! Ces soupirs sont ce que le Saint Esprit produit et non l’expression de la misère qui est en nous. Seulement nous ne savons pas demander comme il convient, et quoi qu’il en soit l’Esprit intercède.

Tout le reste du chapitre (v. 29-39) se passe en dehors de nous : « préconnus, prédestinés, appelés, justifiés, glorifiés ». Il ne dit pas : « sanctifiés » parce qu’il parle de ce que Dieu fait hors de nous ; c’est entièrement l’acte de Dieu. Qui sera plus fort que Lui ? Qui nous séparera de son amour ? Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? Impossible que ce qu’il a voulu manque jamais, et c’est pourquoi la sanctification est laissée de côté.

Dieu nous ayant placés dans la relation d’enfants pour nous rendre conformes à l’image de son Fils, le Saint Esprit devient la puissance de ces affections et cette puissance est telle, qu’elle va jusqu’à la résurrection de nos corps.

Que Dieu nous donne de savoir que nous possédons une telle grâce, mais demeurons avec Dieu, dans la douce et paisible conscience de la position dans laquelle nous sommes par l’Esprit de Dieu qui habite en nous.


224 - Méditations de J. N. Darby — Galates 3 — Les Promesses, la Loi et Christ

Lausanne, le 12 septembre 1850 — n°224 : ME 1923 p. 357

Ce qui est à craindre dans l’usage de la loi, ce n’est pas tant qu’on la considère comme l’unique moyen de justification, mais qu’on la mélange, en quelque manière, avec la grâce. L’homme inconverti veut ajouter un peu de grâce à la loi : il compte sur la bonté de Dieu pour suppléer à ce qui lui manque. Inversement, beaucoup de chrétiens sincères, tout en proclamant la valeur de la grâce, veulent ensuite y ajouter la loi. Ils portent en cela une atteinte plus grave à la vérité de Dieu, car au fond il est plus raisonnable d’ajouter la grâce à la loi que la loi à la grâce. « Êtes-vous si insensés ? » dit l’apôtre aux Galates dont c’était précisément l’erreur. « Ayant commencé par l’Esprit, achèveriez-vous maintenant par la chair ? » Une fois le fondement de la grâce posé, on veut introduire ensuite la loi. Les Galates ne prétendaient pas que la loi seule pût suffire pour s’approcher de Dieu ; mais leurs docteurs plaçaient devant eux la loi des Juifs comme nécessaire pour les rendre parfaits. C’est là ce que l’Esprit de Dieu dans cette épître dénonce comme venant de l’ennemi, et Il nous révèle de la façon la plus claire quelle est à cet égard la volonté de Dieu en Christ. Pour cela, Il met ici en contraste la doctrine de la promesse et celle de la loi.

On voit la promesse intervenir dès que l’homme est tombé. Avec la chute d’Adam, l’innocence est à tout jamais perdue dans ce monde. Mais la grâce de Dieu fait une promesse. Sa fidélité exigera que cette promesse soit accomplie. Il faut qu’elle le soit, puisqu’il y aura désormais dans ce monde des êtres qui accepteront, croiront cette promesse, et qui attendront de Dieu sa réalisation. Or l’effet de la promesse sur l’âme et le coeur de ceux qui seront ainsi mis en rapport spirituellement et d’une manière intelligente, avec son accomplissement, sera de produire une marche selon Dieu. C’est là ce qui fait l’harmonie de l’Écriture. Puissent nos âmes être vraiment intelligentes, pour que nous comprenions dans leur ensemble les voies de Dieu. Nous sommes mis ainsi en rapport avec ce que Dieu est ; et pour le connaître, Lui, le Dieu saint, il faut que le coeur soit renouvelé par la puissance du Saint Esprit. Autrement dit, il faut que le coeur soit amené à la connaissance du péché pour apprécier Dieu dans toutes ses voies.

Aussi la loi est-elle ensuite introduite, d’une façon occasionnelle pour ainsi dire, entre le péché et la promesse, comme par-dessus les voies de Dieu. Cette loi est d’une perfection telle que l’homme est entièrement incapable de l’accomplir, parce qu’il est pécheur, loin de Dieu, adonné à de mauvaises convoitises, alors que la loi demanderait pour être accomplie qu’il fût sans péché.

Ainsi viennent d’abord les promesses, puis la loi, qui ne donne pas la vie ; enfin vient l’accomplissement de la promesse, en Christ. L’ordre de ces révélations est merveilleux : la promesse est donnée avant la loi, pour qu’en tout temps la foi ait un appui ; la loi vient ensuite, pour que l’homme comprenne que seule sa volonté mauvaise l’empêche de profiter de la promesse ; l’accomplissement vient enfin montrer, malgré la transgression de l’homme, la parfaite fidélité de Dieu.

Suivons de plus près les voies de Dieu. La désobéissance d’Adam ayant tout gâté, Dieu donne une promesse. Il révèle un événement futur, résultat de sa grâce, par lequel doit être détruit le mal que l’homme a fait : le jugement est prononcé sur Satan. Mais la promesse n’est pas faite à Adam : la victoire qui sera le moyen de rétablissement est promise à la semence de la femme. Adam, comme chef de sa race, est totalement exclu : il n’est en aucune manière la postérité de la femme. C’est de Christ qu’il s’agit, Christ, seul centre où aboutissent toutes les voies de Dieu depuis la chute.

Une fois le Libérateur promis, l’homme est d’abord laissé à lui-même, sans loi, sans rien même de semblable au commandement qu’il avait reçu en Éden et qu’il n’avait pas su garder. Il tombe dans l’idolâtrie. C’est du sein de cette idolâtrie que Dieu appelle Abraham, et aussitôt Il lui donne des promesses ; mais ces promesses, elles aussi, dépassent Abraham, elles vont à sa semence, c’est-à-dire à Christ (v. 16). Isaac, en qui est appelée la semence, est enfant de promesse. Plus tard, David à son tour reçoit des promesses, pour lui et pour sa famille, et c’est encore Christ qui est l’héritier. Ainsi, toutes les fois que je retrouve les promesses, j’ai Christ devant moi, et Il est présenté de façon toujours plus précise à mesure que l’homme poursuit son histoire et que le péché envahit tout. La sphère de la révélation se rétrécit sans cesse, pour conduire à Christ : avec Adam, la promesse est faite à la semence de la femme, avec Abraham, à sa semence, enfin c’est la famille de David qui en devient dépositaire. Dieu n’a pas renoncé à ses intentions en grâce, mais, quant à l’administration des promesses l’homme a tellement manqué que Dieu a dû restreindre la sphère de la bénédiction.

Les promesses sont faites sans conditions à Abraham, c’est le fruit de la grâce de Dieu, du coeur même de Dieu, dans un monde où le péché est entré ; elles sont « la bonne nouvelle » du pardon de Dieu, embrassant d’avance tous les croyants (v. 8). Celles faites au peuple d’Israël ont un autre caractère : Dieu amène un peuple dans sa présence, après l’avoir racheté et lui avoir montré sa puissance, et Il lui donne une loi, de l’observation de laquelle dépend la bénédiction. Mais comment donc, dans ces conditions, l’homme obtiendrait-il celle-ci ? Il est perdu d’avance, dès qu’il y a une responsabilité. Aussi, il a beau avoir été délivré d’Égypte, avoir vu couler l’eau du rocher pour se désaltérer, la manne descendre pour le nourrir, du moment qu’il est placé vis-à-vis de Dieu dans une alliance dépendant de la fidélité de l’homme aussi bien que de celle de Dieu, Israël faillit : Moïse n’était pas descendu de la montagne que le peuple avait fait le veau d’or ! La loi sous laquelle il est placé entraînera toujours pour lui la condamnation et la mort.

Quel est donc le but de la loi ? Ôter les promesses ? En aucune manière. Mais, en provoquant les transgressions, faire éclater le péché, le montrer « excessivement pécheur » ; donc montrer l’homme indigne des promesses. La loi n’a pas été donnée pour sauver, ni pour fournir une force quelconque à l’homme ; elle ne donne pas la vie, elle ne pardonne rien. Elle manifeste ce qu’est l’homme devant Dieu. Si je commets un acte mauvais alors qu’il est défendu, j’ai montré et la convoitise qui est dans mon coeur et ma volonté, assez forte pour m’entraîner malgré la défense ; celle-ci n’a fait que forcer cette volonté à se dévoiler. Mettez une barrière devant un enfant, il s’acharnera dessus, il essaiera de prouver qu’il est assez fort pour la renverser. Il faut que le coeur soit entièrement mis à nu devant Dieu, que l’âme sente la force du péché sur elle. La loi montre que le péché est là, et cette volonté mauvaise qui veut passer outre à ce que veut la loi. Et sur ces choses elle prononce la malédiction et la mort.

Dans ces conditions, quel recours reste-t-il à l’homme ? L’intervention de Dieu seule, en grâce pour le sauver. Elle a eu lieu en Celui qui est l’accomplissement de la promesse, Christ. Il est venu dans ce monde pour l’accomplir. Qu’y a-t-il trouvé ? On lui a craché au visage et on l’a crucifié ; l’homme n’a pas voulu de l’accomplissement des promesses, il a entièrement méconnu celles-ci. Christ était là, ayant dans sa main toutes les promesses, on n’a pas voulu les recevoir. Le peuple voulait être digne des bénédictions divines, et c’est au nom de la loi que les violateurs de la loi rejettent les promesses. L’homme sera-t-il donc privé de celles-ci ? Non, avant de les accomplir en Christ, Dieu fait une, autre chose. Christ est placé sous le péché où l’homme se trouvait, et, né d’une femme, né sous la loi, il a porté la malédiction de la loi avant de prendre les promesses pour Lui. De même qu’Isaac, qui a dû être présenté en sacrifice sur Morijah pour hériter des promesses, Christ les reçoit comme homme ressuscité. Dieu avait dit à Abraham : « Parce que tu as fait cette chose-là, et que tu n’as pas refusé ton fils, ton unique… toutes les nations de la terre se béniront en ta semence, parce que tu as écouté ma voix » (Gen. 22:16-18). Et la bénédiction d’Abraham nous parvient dans un Christ mort et ressuscité (Galates 3:14).

Ainsi Jésus, rejeté comme l’accomplissement des promesses dans ce monde, se place sous l’effet de la violation de la loi pour expier le péché même de ceux qui l’avaient rejeté. Mais après la résurrection d’un tel Rédempteur qui a satisfait aux exigences de la loi, étant devenu malédiction pour nous, nous entrons dans la jouissance des promesses qui lui appartiennent. « Christ nous a rachetés de la malédiction de la loi » (v. 13). Par la foi à l’oeuvre de Christ, nous recevons l’Esprit promis et nous sommes rachetés pour entrer dans la jouissance de tout ce dont Christ est héritier.

Remarquez que cette nécessité absolue de la grâce s’applique à tous, même à ceux qui estiment ne pas avoir violé la loi. Car quiconque se place sur le terrain des oeuvres de la loi est toujours condamné ; il faut les accomplir toutes (« maudit est quiconque ne persévère pas dans toutes les choses qui sont écrites dans le livre de la loi pour les faire ») et l’homme, pécheur, en est incapable. Vous ne pouvez pas être justifiés par la loi. Mais, dites-vous, si je ne puis être justifié par la loi, du moins, après avoir été objet de grâce, je veux accomplir la loi pour arriver à la perfection ; je prendrai la loi non pour ma Justification, mais pour ma sanctification. Ce n’est pas à vous de choisir ce qu’il vous faut prendre. Dieu seul en décide, or son témoignage est formel : « Maudit est quiconque ne persévère pas… ». Dieu vous veut parfait. Si vous n’êtes pas ce que la loi exige, elle ne vous changera pas, mais elle vous demandera impitoyablement la justice. Si donc vous voulez être observateur de la loi, vous vous placez sous la malédiction. Et si, ayant connu la grâce, vous prenez ensuite la loi, vous êtes déchus de la grâce (v. 4). « Si la justice est par la loi, Christ est mort pour rien ».

Au contraire, si j’ai saisi que tout ce qui était entre moi et Dieu, le péché, est ôté pour l’éternité par la mort de Christ, je suis entièrement délivré de la loi. Ma part est de jouir des promesses qui appartiennent à Christ, et à Lui seul. « Autant il y a de promesses de Dieu, en Lui est le oui et en lui l’amen ». Il y en avait pour les Juifs, mais ils y ont manqué ; quant à nous, nous étions gentils, étrangers. Mais « si je suis de Christ, je suis la semence d’Abraham, héritier selon la promesse » (v. 29). Toute la bénédiction de Dieu, selon son dessein envers son Fils, tout ce par quoi Dieu veut glorifier son Fils, voilà ce dont je suis héritier.

J’ai même beaucoup plus que des promesses, je bénéficie de leur réalisation en Christ. Je me tiens pour la semence d’Abraham, je puis parler de choses accomplies. Je puis venir à tout pécheur ce soir et lui dire : « Es-tu sous le péché ? Eh bien, tu seras sauvé par le sang de Christ. Ce sang a tout expié ». J’annonce l’efficace de ce sang. Il ne s’agit plus seulement de promesses, mais de réalités. Dieu n’a pas fait une simple promesse de salut, mais Il a tant aimé le monde qu’Il a donné son Fils unique.

S’il s’agit de l’affranchissement, de la paix, je ne compte plus sur les promesses, mais je me fonde sur l’oeuvre accomplie ; la paix est faite par le sang de la croix. Dieu ne m’impute plus rien, Il tient compte du sang qui a été versé. Les promesses que j’ai, c’est d’être aidé tout le long du chemin ; dans ce sens, il y en a une foule. Mais je possède la paix, parce qu’elle a été faite par le Seigneur Jésus Lui-même.

S’il s’agit de la marche, « je suis crucifié avec Christ, et je ne vis plus, moi, mais Christ vit en moi ». On ne peut plus me replacer sous le joug d’une loi que je ne saurais garder, mais dont Christ a porté la malédiction. C’est Christ Lui-même qui est notre modèle. Lui a accompli la loi, Il a aimé Dieu, aimé son prochain. Ma part maintenant c’est de montrer la vie de Jésus manifestée dans mon corps mortel, et, comme Lui, d’aimer Dieu de tout mon coeur, et mon prochain comme moi-même. Mais la chair n’y a aucune part, elle est condamnée. Je suis crucifié au monde ; au lieu de penser à être condamné par les choses du monde, je les condamne. « Je suis crucifié avec Christ, et je ne vis plus, moi, mais Christ vit en moi ». Cette vie est dans la puissance du Saint Esprit, et c’est là quelque chose d’infiniment plus précieux que la loi. C’est la force pour marcher dans la réalisation de la perfection de l’oeuvre rédemptrice accomplie par Christ.

Nous devrions, chacun de nous, manifester ainsi constamment Christ, agir en toute circonstance de la vie comme Il aurait agi. Pour cela, que Dieu nous donne de comprendre les merveilles de son oeuvre de grâce envers nous. Retenons bien que la loi est seulement une phase des voies de Dieu, où Dieu a montré la condamnation et la mort appliquées au péché qui est en nous. Délivrés maintenant par Christ, gardons-nous de tout mélange entre la grâce qu’il nous a apportée et la loi. Christ est notre force, notre vie, et le modèle d’après lequel nous devons marcher.


225 - Méditations de J. N. Darby — Marc 10:17-45 — Gagner Christ

Lausanne, le 5 septembre 1852 — n°225 : ME 1924 p. 87

Le rapprochement de ces versets avec Philippiens 3 nous montrera la différence entre l’état d’une âme que la puissance du Saint Esprit a affranchie, et celui d’une âme, convertie ou non, qui n’est pas encore affranchie. Chez Paul, nous verrons la liberté, l’énergie, la paix, l’intelligence d’une âme où le Saint Esprit agit, la confiance qui l’anime à travers les difficultés de la vie, parce qu’elle ne voit rien que la puissance de l’Esprit.

En contraste avec cela, nous trouvons ici, en premier lieu, une très aimable nature, mais pas autre chose. Une aimable nature, cela se trouve chez les hommes ; on peut avoir un bon voisin sympathique, agréable. Jésus aima le jeune homme riche. Mais le Seigneur va droit au mobile de toute la vie, au fond du coeur et montre que ce dernier ne veut ni le salut ni le Seigneur. Ses richesses se placent entre le Seigneur et lui.

Il se met à genoux devant Jésus, attiré par ce qui est effectivement si attrayant en Lui, sa bonté, son affabilité, son enseignement. Il dit : Maître qui es bon, que ferai-je pour mériter la vie éternelle ? Il ne parle pas d’être sauvé ; c’est un Juif à la recherche d’un certain commandement donnant la vie éternelle. Ce n’est pas une âme qui sent son péché ; Jésus est pour lui l’homme qui saura lui dire ce qu’il faut faire. Il regarde Jésus comme un rabbi, et non comme le Fils de Dieu. « Pourquoi m’appelles-tu bon ? » lui demande Jésus ; tout s’efface en la présence de Dieu, c’est Lui, non un homme, qu’il faut reconnaître. Puis : « Tu sais les commandements ». Il les a gardés. Voilà donc un homme aimable, irréprochable, faisant le bien, respectant Jésus. Il n’est pas de plus bel extérieur. Jésus, loin de rejeter cela, l’aime ; il y a des choses belles même dans les créatures qui ne connaissent pas Dieu.

Mais tout de suite, son coeur est mis à l’épreuve. Rien, dans ses bonnes qualités, ne mettait au jour le mobile qui le gouvernait. Ce qui fait l’homme moralement, c’est la chose qui gouverne son coeur. Or les richesses gouvernaient le jeune homme et il est aussi loin que possible du royaume de Dieu. On peut être très aimable tant que le motif profond du coeur n’est pas touché, et quand il l’est, tout est renversé : il n’y a rien pour Dieu.

Le cas de l’apôtre Paul présentait une grande ressemblance avec celui-là (Phil. 3:4-7). Il pouvait avoir confiance dans la chair, plus que quiconque ; quant à la justice qui est par la loi, il était sans reproche. Mais toutes ces choses qui étaient un gain pour lui, il les a trouvées nuisibles pour l’amour de Christ. Voilà la puissance du Saint Esprit. Il avait tous les avantages possibles d’un Juif, et cela est une perte pour lui. Il a vu Christ, mais toutes ces choses se placent entre son âme et Christ pour le lui voiler ; c’est pour l’amour de Christ qu’il les a estimées toutes comme des ordures, « afin, dit-il, que je gagne Christ », et rien que cela. Le Saint Esprit lui a révélé la valeur de l’excellence de la connaissance de Christ. Ce n’est pas là un mouvement d’énergie propre, de fanatisme, mais c’est un jugement calme ; il connaît la valeur de Christ et ne veut que cela. Christ possède son âme, il est l’objet de ses affections. Et lorsque Christ possède ainsi le coeur, tout le reste est considéré comme des entraves à cette possession.

Quand le jeune homme voit qu’il faut quitter ses richesses, il s’en va. Est-il donc mauvais de garder les commandements ? c’est ainsi que raisonne la chair. La foi voit autrement. Saul de Tarse, aussi bien que le jeune homme riche, avait gardé les commandements, mais Saul a vu Christ, et a vu en lui une tout autre justice. Le jeune homme préfère l’argent au chemin de Jésus, à la gloire, au ciel, et il abandonne, pour cette convoitise dégradante, tout ce que Dieu peut offrir avec une conduite irréprochable, c’est un coeur entièrement dégradé. Il convoite à ce point les richesses qu’il ne veut les lâcher ni pour le ciel, ni pour le Seigneur. Saul, voyant Jésus, voit en Lui celui que Dieu a placé dans la gloire, mettant ainsi son sceau sur sa vie et sur sa mort. Voilà la justice qui est de Dieu par la foi, la justice de celui qui a part au ciel, la justice de Dieu, et non de l’homme. Supposons que vous ayez observé la loi en tout point, que vous n’ayez même pas convoité, ce ne serait pas encore la justice de Dieu, mais celle de l’homme, et il n’y aurait là aucun objet pour la foi, rien à croire. C’est en Christ que je trouve la justice de Dieu lui-même, bien supérieure à tout ce que j’aurais si même j’avais observé la loi aussi parfaitement qu’un ange. Christ a-t-il simplement accompli la loi ? La loi demande-t-elle que je me dévoue pour les péchés d’autrui ? La loi prévoit-elle que le Fils de Dieu se livre à la mort pour accomplir la volonté de son Père ; comporte-t-elle un dévouement comme celui de la croix ? Non, si j’étais sans reproche quant à la loi, ce ne serait pas la justice de Dieu. La justice de Dieu, comme son amour, a été manifestée et glorifiée dans la mort de Jésus : « maintenant le Fils de l’homme est glorifié et Dieu est glorifié en Lui ». Dieu a fait ce qui est digne de Lui. Il ne nous a pas revêtus de la justice de l’homme, l’homme n’en a point ; mais lorsque nous n’avions aucune justice à lui apporter, il nous a apporté, Lui, la justice même de Dieu. Il nous la présente dans la mort de Jésus, subie pour l’homme pécheur.

Paul a vu Christ, celui qui, ayant été obéissant jusqu’à la mort de la croix, a été haut élevé ; maintenant il peut dire : Christ m’a été révélé, voilà ce que je veux, et rien d’autre. L’obéissance à la loi ne me donne pas le droit d’être où Christ est par la justice divine. Ce qu’il me faut, ce n’est pas ma justice à moi, c’est la justice qui a placé Christ dans la gloire. Je ne veux pas être « trouvé en lui ayant ma justice qui est de la loi ». La justice de Dieu envers un pécheur ne peut se concilier avec la justice que l’homme voudrait offrir à son juge. L’une ne peut se mêler à l’autre, ni s’y ajouter. De mon côté, je ne puis voir que le péché, les convoitises, les richesses qui m’éloignaient de Dieu ; du côté de Dieu, je trouve une justice de laquelle je profite, mais où je ne suis pour rien, et la gloire qui en découle. C’est seulement une question de foi, c’est la justice « qui est par la foi en Christ, la justice de Dieu, moyennant la foi ». Il n’y a plus aucune question entre mon âme et Dieu, j’ai la justice de Dieu, il en a fini avec tout ce qui me séparait de Lui, il m’a paré, couvert de la justice. Désormais, je ne veux que cela. Tout le reste est empêchement. Pour courir, on jette les poids qui alourdissent ; tout ce qui m’occupait est entrave et perte pour moi. Il ne vaut pas la peine de m’y arrêter, ce sont des ordures. Si, ayant quitté les choses du monde, je pense que j’ai fait un grand sacrifice, cela prouve que j’estime encore le monde, tandis que je ne puis trouver qu’il y ait un sacrifice quelconque à quitter des ordures. Au contraire, je suis débarrassé ; c’est la liberté. Ce qui me possède, c’est l’amour de la justice, c’est la contemplation de la gloire de Jésus à la droite de Dieu. Cela délivre le coeur de toute entrave.

Aussitôt que Dieu sonde le coeur, fussiez-vous sans reproche, vous trouverez quelque chose qui n’est pas Christ, qui chasse Christ, qui empêche d’aimer Christ, de suivre Christ, quelque chose qui possède votre coeur. Ce quelque chose, c’est le péché, qui fait que vous n’aimez pas Christ du tout. Et, trouvant une telle plaie dans votre coeur, pourriez-vous donc dire que vous aimez Dieu de tout votre coeur ? Hélas ! Le jeune homme riche aimait sa fortune. Il n’est pas le seul.

Que faire donc, après une telle découverte ? Il faut en reconnaître toute la vérité, et, puisque vous n’avez pas de justice à offrir à Dieu, accepter celle qu’Il vous offre, reconnaître que Christ est venu pour cela, et que Dieu, par lui, veut vous donner le droit d’être dans le lieu même où il a placé Christ. Encore une fois, vous ne pouvez mêler vos prétentions à une propre justice avec la justice de Dieu en Christ. Tout ce qui n’est pas cette dernière n’est qu’ordures, et on ne se justifie pas avec des ordures. Quand on a saisi cela, on jouit de la vraie justice et de la paix devant Dieu.

Désormais, c’est une vie nouvelle. Lorsque, par la grâce de Dieu, j’ai dit : Voilà ma justice, tout le reste ne vaut rien, je veux cela et seulement cela, — avec la justice j’ai l’énergie quant à cette vie nouvelle, l’énergie même du Saint Esprit. Il s’agit, en effet, de suivre maintenant Christ. « Suis-moi, ayant chargé la croix ».

Pierre dit au Seigneur (v. 28) : « Voici, nous avons tout quitté, et nous t’avons suivi », nous avons fait ce que tu as demandé à ce jeune homme ! Ils le suivaient en effet, « ils étaient en chemin » avec lui (v. 32), mais « ils étaient stupéfiés, et craignaient en le suivant ». C’est qu’il y a la croix sur le chemin. Il montait vers le ciel, mais le ciel était plus loin que Jérusalem, et à Jérusalem la croix l’attendait. Ils craignaient en le suivant. Ils ne sont pas les seuls non plus. Jésus a dû passer par la croix pour aller dans le ciel, et il faut que nous y passions aussi ; cela effraie. Avoir vu la gloire, puis voir la croix, et trouver que c’est le seul chemin de la justice de Dieu, — voilà l’âme épouvantée, même l’âme qui a été saisie, convertie, comme Pierre et les disciples.

Voyons maintenant une âme sous la puissance du Saint Esprit. « Pour le connaître, lui, dit Paul, et la puissance de sa résurrection… ». Ah ! voilà la croix passée. La mort n’est plus le roi des épouvantements. Christ a remis son esprit au Père, il est mort à la mort, au péché, en a fini avec une vie où l’homme ne peut être béni, pour commencer, comme homme, une nouvelle vie avec son Père. Et il dit au brigand : « Aujourd’hui, tu seras avec moi dans le Paradis ». La pensée de l’apôtre est celle-ci : Il faut que je possède Christ. Christ est mort sur la croix ? il faut que j’y passe : « étant rendu conforme à sa mort ». Il veut Christ, et la croix de Christ. Au lieu d’être effrayé et stupéfié sur le chemin, il veut, il désire y suivre Christ, dans la puissance du saint Esprit. Le chemin mène à la gloire où est Jésus ; mais où qu’il passe, c’est être avec Jésus que de le suivre, et c’est ce que Paul veut. Il veut connaître « la communion de ses souffrances, étant rendu conforme à sa mort ». C’est là ce que le Saint Esprit nous fait comprendre du chemin de Jésus. Le Christ que nous aimons, que nous poursuivons, se trouve là, et c’est là que nous sommes avec lui. On trouve ainsi chez Paul à la fois l’intelligence du Saint Esprit et la puissance du Saint Esprit. Il a été saisi par Christ ; l’homme glorifié lui a été présenté sans tache, sans douleur, sans chagrin, dans toute la beauté, la perfection d’une nouvelle vie où le péché n’entre pas, et il poursuit, cherchant à le saisir. Il veut connaître Jésus, étant rendu conforme à sa mort. La croix est moralement une partie de Jésus, et il veut la posséder, posséder entièrement Jésus. Nous voyons là toute l’efficace morale de la croix de Jésus : Jésus est là et je veux le connaître, et le posséder là comme ailleurs.

Jacques et Jean, eux (v. 35-37) veulent la gloire, après avoir entendu Jésus dire : « je ressusciterai le troisième jour ». Leurs pensées sont à la gloire seule. Ce n’est là ni la chair aimable, ni l’homme converti qui craint la croix, c’est l’égoïsme qui veut la première place, c’est la chair qui est occupée de la meilleure place sur le chemin même où l’on marche avec Jésus. Jésus répond par une demande destinée à sonder le coeur : « Pouvez-vous boire la coupe que moi je bois ? — Nous le pouvons ». Il s’en tient là : Vous la boirez.

Voyons encore une fois ce que produit, en contraste avec cet égoïsme, l’action du Saint Esprit dans le coeur. « J’estime toutes choses comme des ordures, afin que je gagne Christ », dit Paul. Il ne veut ni la meilleure place, ni la moindre, mais Christ. Il voit Christ sur la croix, il le veut à la croix, il le voit glorifié, il le veut dans la gloire. Il sait que la couronne de justice lui est réservée, mais son coeur n’y est pas, ce qui le fait poursuivre, c’est la pensée de Christ, qu’il trouvera quand il sera arrivé au but. Telle est la puissance de l’Esprit de Dieu. Il prend les choses de Christ et les révèle, et il fait que Christ soit tout pour l’âme, à l’exclusion de toute autre chose. Il faut que Christ soit ainsi le tout du coeur, sinon on s’éloigne, et c’est l’asservissement à ses propres convoitises.

Ce n’est pas pour nous-mêmes que nous aurons jamais ni cette justice, ni cette vie. Il faut laisser tout ce qu’on possède ou qu’on croit posséder. Un riche ne peut entrer dans le royaume de Dieu. Les apôtres s’étonnent : Qui entrera ? — Personne sur ce pied-là. L’homme n’y sera pas comme homme. À Dieu rien n’est impossible, mais, justement parce que l’oeuvre est de Dieu, tout ce qui appartient à l’homme est mis de côté. Le jeune homme riche a montré, avec le caractère le plus aimable, qu’il ne peut entrer dans le ciel. Paul, lui, déclare : Je ne veux pas ma justice ; j’étais sans reproche, mais j’en ai une meilleure ; j’ai vu Christ, Christ a entièrement chassé toute autre justice. Je connais quelque chose de parfait, d’unique, tel que rien ne peut s’y mêler, et je gâterai tout en essayant de mettre la justice de l’homme auprès de la justice de Dieu. Je connais Jésus, et je ne veux que cela. En lui j’ai vu la gloire de la justice de Dieu, et je ne veux rien y mêler. Comment parler de l’état de votre coeur ? Vous ne comprenez pas, vous qui le faites, ce que c’est que la justice de Dieu ! Vous auriez la justice d’un ange, serait-ce la justice de Dieu ? Un ange n’est pas Dieu ? Oui, pour le coeur saisi par la puissance du Saint Esprit, il n’est qu’un objet : Christ. Toute autre chose, tout ce qui est mien, n’est qu’ordure, entrave, difficulté. Une difficulté n’est pas un objet. Je veux aller dans un endroit, il y a en route une montée, c’est une difficulté du chemin, ce n’est pas le but du voyage. La chair ne peut être un objet, mais un obstacle, et je veux m’en débarrasser. Elle cherche à se prévaloir. Mais quand on pense au ciel, ce qui occupe, ce n’est pas le bonheur dont on jouira ou la bonne place qu’on pourra y occuper. Travaillez-vous une heure par jour seulement pour cela ? Ce ne serait pas la gloire. Au ciel je vois Christ, j’y veux Christ. C’est là la liberté et l’énergie du Saint Esprit. L’homme perd entièrement sa valeur : il n’y a qu’un seul bon, c’est Dieu. Le Saint Esprit me délivre non des luttes, mais des affections qui me tenaient en esclavage, et met mon coeur en liberté, comme ma conscience, en m’occupant de Christ. Ainsi mes affections seront purifiées de tout égoïsme, si Christ est mon seul objet, mon seul gain.

La liberté, l’énergie, la joie, la pureté dans les affections, voilà donc ce qui découle de la connaissance de Christ. Avez-vous cette paix, cette joie, cette liberté ? Le Saint Esprit a-t-il révélé Christ à votre âme de telle manière que, comprenant ce que c’est que la justice de Dieu, vous ayez abandonné la vôtre ? Ne faites-vous, comme l’apôtre, qu’une chose ? Alors vous connaîtrez la vraie liberté. C’est Christ que je veux gagner, combien cela vaut mieux que d’être moi-même dans la gloire ! Trouver une belle position dans son mariage, est-ce la même chose pour une femme que de posséder son mari ? Le but de votre vie est-il Christ seul ? que Dieu vous fasse au moins comprendre que là où est le Saint Esprit, là est la liberté. Que nos coeurs reconnaissent la gloire en Jésus et en son amour parfait !


226 - Méditations de J. N. Darby — 1 Rois 19:1-18 — Le Prophète découragé

Genève, 10 novembre 1848 — n°226 : ME 1924 p. 141

On voit constamment combien il est difficile à l’homme de se tenir à la hauteur de la bonté de Dieu. Élie était effectivement seul en face de toute la haine de Jézabel, et il perd de vue la grâce de l’Éternel. Nous pouvons, à un moment donné de notre course, regarder en arrière, et nous constatons la fidélité de Dieu. Mais pour l’avenir il faut aller jour après jour, et le jour présent cache celui qui n’est pas encore. De loin ou voit bien que Dieu est là. Mais poursuivre le chemin et voir alors que Dieu est là, c’est autre chose. Pour Élie, Dieu a en apparence abandonné la terre. Le mal triomphe, et la foi manque au prophète, qui estime stérile sa mission, ne pense qu’à lui-même et s’enfuit.

Le chemin de la foi est toujours difficile, il l’est d’autant plus qu’on est placé plus en vue, parce qu’il faut supporter, outre l’opposition du monde, le manque de foi chez les enfants de Dieu, et cela est encore plus difficile. La faiblesse de la foi chez les autres ôte le courage à celui qui est en avant. Tant que Jonathan était en avant du peuple, il ne sentait pas les conséquences de l’incrédulité de Saül. Dans ce chemin de la foi on ne rencontre pas seulement son incrédulité à soi, et c’est une peine de plus. Paul dit : « tous m’ont abandonné » ; ils n’avaient pas la foi pour se maintenir à la hauteur où celle de Paul le plaçait ; devant Néron, il n’a pas l’appui de la foi des autres.

Élie est l’un des deux hommes qui étaient avec ?? Jésus à la transfiguration. Or on voit que ces deux avaient manqué de la même manière : l’un et l’autre n’avaient pu (l’homme ne l’a jamais pu !) s’élever à la hauteur de cette grâce qui soutient ceux qui sont à l’épreuve et qui a compassion de ceux qui manquent. Elle seule rend capable de ne pas s’aigrir. Moïse s’est aigri contre le peuple. « Rebelles ! » dit-il (Nomb. 20:10). Il a parlé légèrement de ses lèvres. Devant de tels exemples, on peut dire qu’il est inutile que Dieu nous bénisse si notre coeur ne se tient pas près de Lui ; il reste étranger à sa grâce. D’un mot, Moïse avait fait s’ouvrir la terre, et, peu après, devant la disette d’eau, sa foi manque.

Il en est ainsi d’Élie à ce moment de son histoire. Il avait vu d’une manière remarquable la réponse de Dieu à sa foi. Parce qu’il avait prié, durant trois ans et demi, il n’y avait pas eu de pluie. Il avait ensuite défait par la foi les sacrificateurs de Baal. Un témoignage saisissant avait été rendu, par cette victoire éclatante, à la puissance de Dieu, et au fait que cette puissance était avec Élie. On aurait pu dire : Voilà Élie bien fortifié, l’Éternel s’est déclaré pour lui.

Non. L’effet d’une victoire remportée par la foi, c’est de nous placer en présence de l’irritation et de tous les efforts de Satan. Si l’on compte sur Dieu, et non sur la victoire précédente, on va à une nouvelle victoire. Toutes les fois que Satan suscite quelque nouvelle attaque contre le peuple de Dieu, c’est l’occasion d’une nouvelle victoire. Mais ce qui nous prive souvent de la victoire, c’est justement d’en avoir remporté une : on s’élève, et on est battu.

C’est ce qui est arrivé à Élie. « Je ne suis pas meilleur que mes pères ; que je meure ! » Il y a là une leçon profonde pour nous, afin que nous apprenions à nous tenir dans le chemin de la foi près de Dieu, avec le sentiment de notre faiblesse.

Satan est toujours là pour nous tenter, et plus les circonstances sont importantes, plus nous nous trouvons, comme Josué, en présence des ennemis. Si je puis compter sur Dieu, je reste dans la tranquillité. Mais si les circonstances sont au-dessus de notre portée et qu’il n’y ait pas chez nous la proximité de Dieu, nous nous aigrissons contre ceux qui nous font du mal. C’est là ce que Moïse a fait vis-à-vis d’Israël, le peuple de Dieu. En un sens, il avait raison ; mais il n’était pas assez près de Dieu pour comprendre l’étendue et la puissance de sa grâce. Élie se croit seul, et pourtant Dieu s’est réservé sept mille hommes. Aurait-il pu y avoir au temps de Jésus sept mille hommes qu’il n’eût pas trouvés ? Non. Sa grâce se mettait au niveau de toutes les âmes, même des plus cachées, son amour les rencontrait, et trouvait tout ce qui avait des oreilles pour écouter. Quand la foi est en activité, il y a toujours des âmes dont on fait la découverte, mais elles restent cachées quand la foi manque pour les rencontrer.

Au lieu d’avoir conscience de la puissance et de la grâce de Dieu, Élie a conscience de sa fidélité propre devant l’incrédulité et devant Dieu. Il n’a que ce triste mot à dire : J’ai fait tout cela, et on veut me tuer ! Élie n’était pas assez ferme pour se maintenir avec foi dans le sentiment de la grâce de Dieu.

Plus on se laisse aller à cet esprit, plus on dit : Je voudrais mourir ! C’est le désir d’éviter le combat de la foi. Or pour dire « mourir m’est un gain », il faut pouvoir dire « pour moi, vivre c’est Christ ». La vie qui jouit de Christ dans le ciel, c’est celle qui s’appuie sur Christ sur la terre.

D’un autre côté, Élie perd le sentiment de la position dans laquelle Dieu pouvait le bénir. Il y a telle position où Dieu nous place et où nous devons rester. Si Paul avait cessé d’être un apôtre, il n’aurait été qu’un homme dont la vocation était manquée, — un savant peut-être. C’est ce qui est arrivé à Barnabas. Hors de notre position, nous ne sommes rien, sinon une source de misère : pour nous-mêmes, et pour les autres aussi.

C’était pourtant un grand témoignage que celui d’Élie, au milieu d’Israël coupable. Dans toute cette histoire, il est peu parlé des rois de Juda : Dieu dans sa bonté avait gardé une lampe à David ; mais l’histoire d’Israël est celle de l’apostasie du peuple de Dieu. Par Élie, Dieu s’était ménagé un témoignage remarquable au sein du mal, témoignage unique, mais qui dépendait entièrement de Dieu et que Dieu sanctionnait par les miracles qui l’accompagnaient. Maintenant, Dieu ramène Élie à l’endroit d’où la loi était partie ; sa foi manquant, il lui faut revenir à Horeb, il faut que ce témoignage de Dieu au milieu du mal soit retiré. C’en est fini. Ainsi le témoignage de Jésus prend fin non par la méchanceté du monde, mais par l’incrédulité des disciples : « Ô génération incrédule et perverse, jusqu’à quand serai-je avec vous, et jusqu’à quand vous supporterai-je ? »

Élie, oubliant totalement sa position et sa mission, se retourne contre Israël. « Ils ont démoli tes autels, ils ont tué tes prophètes par l’épée… ». Terrible témoignage ! La question de l’Éternel : « Que fais-tu ici, Élie ? » met à nu le coeur du prophète. Et quand il s’agit de faire ouvrir le coeur de l’homme (au lieu de faire ouvrir le coeur de Dieu, comme Élie eût dû le faire), il s’y trouve toujours de l’incrédulité et du péché.

Élie pense à lui-même (v. 10). Ce malheureux moi est là. Élie intercède, contre Israël, non pas pour Israël. Il présente ce peuple à Dieu avec le coeur aigri, il exhale tout son mécontentement contre lui. Ce n’est pas là la puissance de la foi. Celle-ci présente au peuple les ressources qui sont en Dieu, et non pas à Dieu la malice du peuple.

v. 11-13. — Mais voici le témoignage de la présence de Dieu. Élie aurait été content de voir la puissance de Dieu intervenir et justifier son incrédulité en accablant le peuple. Il aurait aimé que l’Éternel fût dans le tremblement de terre, si ce tremblement avait frappé Israël ; dans le feu, s’il l’eût consumé ; dans le vent, s’il l’eût emporté. Mais Dieu est dans la voix douce et subtile. Il est pour ceux qui ont des oreilles pour écouter sa voix. Sans doute, Dieu peut par les choses terribles qui arrivent sur la terre attirer l’attention des hommes, mais il n’est pas dans ces choses, ce n’est pas ainsi qu’il se fait connaître. Il parle doucement à ceux qui savent l’entendre. Élie est saisi, mais sans retour sur lui-même. Il répète ce qu’il a dit de lui et du peuple. Alors l’Éternel met expressément son ministère de côté. L’Éternel a de grandes choses à faire, il veut effectivement châtier le mal. Mais ce n’est pas par Élie. Le témoignage de celui-ci au milieu du mal est fini. Il aura maintenant le triste devoir de consacrer les instruments de la vengeance. C’est Hazaël qui doit châtier Israël, puis Jéhu, enfin un autre prophète. Dieu introduit avec Élisée un témoignage plus grand que celui d’Élie, mis de côté.

Élie cependant se trompait quant à Israël. Dieu peut exercer le jugement quand cela lui est convenable, et le prophète apprend ici qu’il fera exécuter ses jugements sur Israël parce que la foi ne continue pas à rendre témoignage au milieu du mal (révélation affligeante pour Élie ! ), mais il lui déclare aussi : Quand tu n’as su trouver en Israël que toi-même et ton pauvre coeur, quand l’oeil de ta foi est fermé, moi, j’ai encore mes sept mille ! Dieu a les siens. Combien ce dut être humiliant pour Élie, qui affirmait : Je suis resté seul ! Et parce qu’Élie est un serviteur de Dieu remarquable entre tous, c’est là quelque chose de plus humiliant encore.

Ainsi nous voyons, avec toute la clarté que l’éclat brillant de la vie d’Élie y projette, l’effet du manque de foi dans nos âmes. Lorsqu’on dit : Je n’en puis plus ! c’est dire que l’on a perdu de vue la plénitude de la grâce et de la bonté de Dieu. Dieu ne peut-il plus ? Heureusement Dieu reste ce qu’il est. Quand les disciples montrent leur faiblesse, Jésus dit au père qui le supplie : « Amène ton fils ici ». Et si Moïse ne prend pas, pour faire jaillir l’eau, la verge d’Aaron comme il lui était commandé, l’Éternel donne l’eau tout de même. Sa grâce ne manque jamais. Il faut être assez près de lui pour traverser toutes les circonstances avec cette précieuse assurance : « Ma grâce te suffit ». Les victoires passées ne suffisent pas du tout, mais bien le sentiment de la faiblesse qui s’appuie sur Dieu et sur sa grâce entière. Sinon Satan peut toujours nous renverser, dès que nous ne restons pas dans la dépendance du Seigneur.

Que Dieu nous trouve dans la conscience de cette paix qui est la sienne, laquelle surpasse toute intelligence, qu’il nous mette « à couvert dans sa loge, loin des contestations des langues » (Ps. 31:20). Ce n’est pas à Horeb que l’on trouve cela. Notre affaire, c’est de voir Dieu par la foi dans les difficultés. Si Dieu était à mes côtés, et que je le voie de mes yeux, que me ferait le monde entier ? Je n’éprouverais pour ce dernier que de la compassion et je rendrais un témoignage plus fervent, présentant à ces pauvres âmes la bonté et la force de Celui qui les supporte et les attire à Lui. Qu’Il nous garde dans le sentiment de sa puissance et de sa bonté, et à la hauteur de sa grâce !


227 - Méditations de J. N. Darby — Éphésiens 4 — Conséquences Pratiques de l’Union de Christ et L’Église

Septembre 1846 — n°227 : ME 1924 p. 165

Nous avons, dans les trois premiers chapitres de cette épître, la révélation du mystère de Dieu quant à l’union de Christ et de l’Église et quant à la position céleste que, selon ses conseils, Il a donnée à cette dernière. Dans les chapitres suivants, nous trouvons les conséquences pratiques qui découlent de cette position de l’Assemblée.

Pour pouvoir entrer dans la jouissance de la pleine bénédiction présentée aux Éphésiens, il ne faut jamais abandonner cette pensée que Dieu envisage l’Église dans le ciel ; le chrétien ne jouit des bénéfices actuels de cette position de l’Église, et ne peut marcher d’une manière digne de Dieu, qu’autant qu’il se voit là où Dieu le considère. Il est impossible de présenter les principes du ciel, et ceux de l’homme dans le ciel, si l’on ne réalise pas le ciel par la foi. Pour la plupart des chrétiens, cette parole est dure, et qui peut l’ouïr (Jean 6:60) ; plusieurs n’aiment pas une doctrine qui les sépare si complètement de la terre ; et cependant il est dit : « C’est l’Esprit qui vivifie, la chair ne profite de rien » (Jean 6:63).

Jésus dit souvent dans cet Évangile de Jean qu’il est venu d’en haut ; c’est aussi le témoignage de Jean-Baptiste (Chap. 3:31). L’Église participe à cette origine par son union avec Jésus, l’homme du ciel. Si je ne garde pas la conscience que je suis du ciel, si je ne réalise pas cette position par l’Esprit, par la foi, je ne présenterai jamais le caractère d’enfant, et d’imitateur de Dieu, d’une manière qui réponde convenablement à ce caractère.

Dans l’évangile de Jean qui nous présente plus particulièrement Jésus comme Fils de Dieu et par conséquent dans le caractère céleste de Sa marche, nous lisons : « Le Fils de l’homme qui est dans le ciel » (Chap. 3:13). Jésus parlait sur la terre avec le docteur de la loi, Nicodème ; cependant il se disait dans le ciel. Se trompait-il ? Les chrétiens qui ne peuvent supporter ce langage doivent nécessairement l’expliquer par quelques raisonnements qui en anéantissent la force.

Les anges de Dieu qui sont « envoyés pour servir en faveur de ceux qui vont hériter du salut », bien qu’ils accomplissent une mission de la part de Dieu ici-bas, sont pourtant du ciel par leur vie et leur nature ; eh bien, le chrétien l’est encore plus que les anges par l’union de sa vie et de sa nature avec Jésus, le Fils de Dieu. Il est maintenant « au-dessus de tous les cieux » et les anges, en servant les membres de son corps, savent qu’ils servent des personnes qui sont plus élevées qu’eux devant Dieu. Ils sont heureux dans ce service, et c’est même pour eux un honneur, car, en servant les saints, ils servent Jésus.

Si donc les chrétiens étaient au-dessous des pensées de Dieu quant à leur position actuelle, ils ne sauraient marcher de manière à faire ressortir la dignité dont Dieu les a revêtus en son Fils bien-aimé. L’apôtre, parlant aux Colossiens pour les tenir en garde contre le faux enseignement de ceux qui ne retenaient pas Christ, la Tête de son corps, leur dit : « Si vous êtes morts avec Christ aux éléments du monde, pourquoi, comme si vous étiez encore en vie dans le monde, établissez-vous des ordonnances… selon les commandements et les enseignements des hommes ? » (Chap. 2:20). Paul pensait et jugeait comme « un homme en Christ » doit penser et juger ; et il ne se trompait pas.

Il est évident que la base même du jugement du chrétien, dans tout ce qu’il est appelé à faire, c’est la position que Dieu lui a faite en Jésus ressuscité et glorifié à sa droite. Le chrétien auquel manque cette pleine certitude de foi, qui lui fait dire : Je suis dans le ciel, ce chrétien sera incapable de réaliser les préceptes célestes dans leur étendue, en conformité de pensée et de sentiment avec Christ.

L’apôtre, comme prisonnier dans le Seigneur, en prison, mais réalisant sa position céleste, exhorte les chrétiens à marcher d’une manière digne de l’appel de Dieu ; et cette dignité consiste en toute humilité, et douceur, avec longanimité, se supportant l’un l’autre dans l’amour, s’appliquant à garder l’unité de l’esprit par le lien de la paix.

L’apôtre s’arrête ici, pour présenter, comme base de son exhortation, l’unité de Dieu, Père, Fils et Saint Esprit réalisée dans l’Église, corps de Christ. Il n’y a point de motif plus puissant et plus élevé à présenter aux chrétiens que celui-là, pour leur donner la conscience qu’ils sont du ciel.

Dieu nous a fait être un en lui, par Christ, c’est pourquoi nous devons présenter Dieu par notre vie, qui est sa vie en nous, dans le corps de Christ dont nous sommes les membres ; et comme Dieu est essentiellement amour, c’est l’amour, et les perfections qui en résultent qui manifestent Dieu en nous, et au milieu de nous tous.

Le chap. 5 commence en revenant au même principe ; imitateurs de Dieu, et marchant dans l’amour.

Ensuite il est dit : « Mais à chacun de nous la grâce a été donnée selon la mesure du don de Christ » (4:7). Il s’agit ici de la grâce particulière en vue des dons divers dans le corps. Le chap. 3:19 nous présente la plénitude de Dieu dans chacun des membres du corps dans le sens de comprendre avec tous les saints, quelle est la longueur, et la largeur, et la profondeur et la hauteur des merveilles du mystère maintenant révélé, de toute la nouvelle création en Christ, et la plénitude de l’amour de Christ qui surpasse toute connaissance.

Dans le Chap. 1:23 nous trouvons l’Église, plénitude de Christ comme étant son corps. Dans le Chap. 4 les dons sont une des conséquences au présent pour l’Église, du triomphe de Christ. Tous ses ennemis qui semblaient avoir pu le retenir un moment dans le tombeau, sont devenus ses captifs par son triomphe sur la mort ; tous nos ennemis sont maintenant offerts en spectacle à son triomphe, et Jésus est monté au-dessus de tous les cieux, afin qu’il remplit toutes choses. Le Seigneur Jésus à cette hauteur, et selon son pouvoir sans limite, fait valoir tous ses droits en faveur des siens, et Il prend soin de tout ce qui est nécessaire pour l’accomplissement de son conseil envers l’Église.

Dans les dons de sa grâce pour son corps, il y a la bénédiction du ministère ; l’apôtre nous en parle du v. 11 au 16, puis il reprend son exhortation et continue à présenter des instructions sur la marche chrétienne.

Lorsque Dieu eut déployé son pouvoir magnifique en faisant passer le Jourdain à son peuple, Josué circoncit le peuple, et cela nous enseigne la nécessité du dépouillement du corps de la chair (Col. 2:11) pour pouvoir aller plus avant, c’est-à-dire, pour être comme Israël conduit dans le combat. Dieu se sert des ministères pour accomplir son oeuvre au milieu de l’Église et par l’Église. Il nous a communiqué par le ministère de son apôtre Paul, dans cette épître, les richesses de ses conseils envers l’Église en Christ ; Il nous y manifeste aussi le principe de sa présence au milieu de nous d’une manière merveilleusement élevée ; et il nous montre comment nous pouvons traverser la mort à pied sec, cette mort pratique et continuelle pour le chrétien, comment nous pouvons en triompher toujours par la puissance de sa présence avec nous ; car la présence de l’arche au milieu du Jourdain, faisait que tout le peuple le traversait sans difficulté. C’est ce que les serviteurs de Christ doivent tenir haut élevé au milieu de l’Église, ils doivent rappeler sans cesse, à la mémoire de tous, les conseils de la grâce de Dieu, cette présence glorieuse et puissante du Seigneur au milieu des siens, présence qui est leur force, qui les fait toujours triompher en Lui, et devant laquelle, la mer, le Jourdain, Satan et toutes ses armées ne sont que des captifs dont la présence proclame le triomphe de Christ !

Le chrétien fidèle dans son ministère est certainement une grande bénédiction de Christ au milieu des siens, et les serviteurs qui seront trouvés fidèles auront une grande récompense au jour où le Seigneur distribuera celles-ci à chacun selon le travail qu’Il aura reconnu. Les membres de Christ sont exhortés à estimer très haut dans l’amour ceux qui travaillent parmi eux (1 Thes. 5:12, 13). C’est une chose précieuse pour tous, que la fidélité du ministère dans l’Église ; mais aussi l’infidélité dans ce service devient une source de toute sorte de maux ; et que penser d’un ministère qui ne met pas tous ses soins à ce que Dieu soit honoré au milieu de son peuple, à ce qu’Il occupe toute la place, et qu’Il soit le tout des âmes. Tel est le caractère du serviteur fidèle : sa joie est que son Seigneur soit haut élevé, mais le serviteur infidèle s’élève aux dépens de la gloire de son maître. Ce mal peut se manifester plus ou moins, cependant il suffit de son existence même en une faible mesure pour imprimer le caractère de méchants serviteurs, à ceux qui ne jugent pas et ne condamnent pas cette recherche d’eux-mêmes.

L’Éternel avait dit à Josué de faire prendre, par un homme de chaque tribu, douze pierres du lieu où s’arrêta l’arche, au milieu du Jourdain ; Josué les dressa en Guilgal ; c’était un monument de la puissance de Dieu en faveur de son peuple. Ce fait devait être raconté de génération en génération pour servir de mémorial aux fils d’Israël pour toujours, « afin, est-il dit, que tous les peuples de la terre connussent la main de l’Éternel, qu’elle est forte ; afin que vous craigniez toujours l’Éternel votre Dieu » (Josué 4).

Il est évident que la mémoire de ce que Dieu est pour son peuple, est une source de joie et de force pour ce dernier, ainsi qu’un témoignage de la force de Dieu pour tous les peuples. Josué dressa aussi douze pierres au milieu du Jourdain. Le témoignage des oeuvres de Dieu demeure à toujours ; ces témoignages sont des choses merveilleuses pour ceux qui y sont rendus attentifs ; mais ils s’élèveront en condamnation contre ceux qui les méprisent.

Ils seront une louange éternelle dans la bouche de tous ses bien-aimés ; rien ne peut les effacer ni les annuler ; il est dit de ces pierres, témoignage de la grâce de Dieu en faveur de son peuple, ainsi que de sa puissance et de sa fidélité, qu’« elles sont là jusqu’à ce jour » (4:9). Ce que Dieu fait demeure éternellement ; les oeuvres de la foi demeurent aussi, Dieu en parlera éternellement. Il est très important de considérer l’oeuvre du Seigneur dans son commencement, c’est-à-dire selon ses conseils ; cela donne l’intelligence de sa pensée dans l’état où nous nous trouvons, et pour notre propre bénédiction, et aussi pour pouvoir en parler avec sagesse pour la bénédiction de Dieu envers d’autres.

Que Dieu donne à tous ses enfants de fournir leur course, en réalisant par la foi qu’ils sont ressuscités, et assis dans les lieux célestes en Christ.


228 - Méditations de J. N. Darby — Luc 4:16-44 — Christ, Accomplissement des Promesses et Puissance de Dieu

Lausanne, 16 septembre 1851 — n°228 : ME 1924 p. 289

Deux choses ressortent de ce que nous venons de lire et je désire vous en faire remarquer les conséquences. La première est que Christ est venu en accomplissement des promesses. Quelque précieuses que soient des promesses comme aide le long du chemin, et quelque glorieux qu’en soit le résultat, ce qui nous est présenté ce ne sont plus des promesses, mais leur accomplissement. Je puis désormais, et c’est là chose nouvelle, être avec Dieu dans la pleine certitude de son amour révélé en Christ, je ne me fonde pas sur des promesses seulement, mais sur cette révélation parfaite. La seconde chose, c’est que, Christ étant venu, la puissance du Seigneur lui-même est là, Il la fait valoir, elle s’exerce en notre faveur, et tout ce qui s’oppose à elle est absolument impuissant. De sorte que notre ressource est : « Ma grâce te suffit, ma force s’accomplit dans l’infirmité »


1


Abraham a reçu des promesses, et il a vu les choses de loin, mais il n’avait pas la possession de « ce qui avait été promis, Dieu ayant en vue quelque chose de meilleur pour nous ». Jésus peut dire à ses disciples : « Plusieurs prophètes et plusieurs justes ont désiré de voir les choses que vous voyez, et ils ne les ont pas vues, et d’entendre les choses que vous entendez, et ils ne les ont pas entendues ». Mais il dira aussi, ne l’oublions pas : « Bienheureux ceux qui n’ont point vu, et qui ont cru », et c’est dans cette dernière consolation que nous avons une paix parfaite. Ce qui a tout changé, c’est que Christ est venu. « Les yeux de tous ceux qui étaient dans la synagogue étaient arrêtés sur lui. Et il se mit à leur dire : « Aujourd’hui cette écriture est accomplie, vous l’entendant ». Voilà la parole, et me voici ! Abraham avait pu tressaillir de joie à la pensée qu’Il viendrait, mais maintenant Il est venu. La réalité est mieux que l’espoir ; être hors de prison est mieux qu’espérer en sortir bientôt. L’Écriture annonçait : « Maintenant cette écriture est accomplie ».

Désormais le croyant possède Jésus. Il ne dit plus : Il viendra, comme tous les fidèles depuis Adam ont dû dire. Mais : « Maintenant, Seigneur, tu laisses aller ton esclave en paix… car mes yeux ont vu ton salut », dit Siméon. Nous possédons le Seigneur ; nous le possédons même mieux que lorsqu’il était sur la terre, car, dit-il, « il est avantageux pour vous que je m’en aille ». En parlant à un croyant je puis dire : Le Messie est venu, il a pris place au milieu de nous ; tout est renfermé dans ce simple fait : voici le Sauveur lui-même. Il a accompli la rédemption, et tout ce qui était nécessaire pour que nous fussions entièrement purifiés. Ce n’est pas une promesse, mais un fait, et sur lequel il n’y a pas à revenir ; Il ne peut mourir de nouveau. Il n’est plus question de promesse ni de prophétie, mais quant au coeur, quant à l’âme, Dieu m’a donné la vie éternelle, et cette vie est dans son Fils, et celui qui a le Fils a la vie (1 Jean 5:13). Il n’y a pas d’autre objet pour la foi, croire autrement ne serait pas croire : ce serait renier le Sauveur que de ne pas considérer sa venue et son oeuvre comme des réalités. Le possédant, je possède la vie éternelle, cette vie qui était auprès du Père et qui a été manifestée (1 Jean 1:1-2). Quel repos, quelle paix, quelle certitude pour le coeur ! Celui qui est le pardon, la vie éternelle, le salut, est là, je le possède, et je trouve en Lui plus que ce qui était manifesté lorsqu’Il lisait dans la synagogue de Nazareth.

La conséquence pratique de cela est d’une immense portée. Au lieu de dire : J’espère, je dis : Je sais que Dieu m’aime ; j’ai avec Dieu une communion fondée sur ce qu’Il est en amour pour moi ; je puis me tenir en sa présence, Christ m’a purifié. Dieu m’aime, car Il a donné son Fils. Telle est ma relation chaque jour avec celui qui m’a sauvé ; j’ai communion avec le Père et avec son Fils Jésus-Christ ; son Esprit me fait jouir ainsi de la faveur de Dieu. Je puis le bénir, le louer, être rassasié de moelle et de graisse, parce qu’entre moi et Dieu il n’y a que Christ, preuve éternelle que Dieu m’a aimé, et d’un amour sans bornes. Comment le coeur ne trouverait-il pas là son repos ? Dieu ne m’a pas envoyé un message, Il est venu Lui-même en la personne de son Fils. C’est à Lui que j’ai affaire ; je ne sais pas seulement que je suis sauvé, mais Lui-même est venu me dire : Je t’aime. Je réponds : Je crois. Son amour est la force de mon coeur, c’est comme s’il parlait entre moi et Dieu. Je ne puis pas vivre avec Dieu d’une autre manière que dans une confiance illimitée en son amour. Je me vois faible, mais Lui ne manque jamais, et ma communion est établie avec le Père et avec son Fils Jésus Christ. Telles sont nos relations avec Dieu ; le croyant ne peut en connaître d’autres que celles fondées sur l’amour parfait manifesté dans le don de Jésus sur la croix. Tout, je le répète, se résume en ceci : il n’y a pas entre moi et Dieu d’autre pensée que celle qu’Il est amour.


2


S’il s’agit de marcher, d’une manière conséquente, nous trouvons au dedans la faiblesse, au dehors les tentations. Alors interviennent des promesses, sans doute : « Je ne t’abandonnerai point », etc. Mais là encore il y a plus que des promesses : « Ma grâce te suffit, ma puissance s’accomplit dans l’infirmité ». Il est avec moi, sa puissance est là. Satan peut m’entraîner, mais la puissance de Dieu est plus forte que l’Adversaire ; il est un ennemi vaincu. « Résistez au diable, et il s’enfuira loin de vous ». Résister ! Mon méchant coeur le peut-il ? Hélas, un bon désir ne suffit pas, il faut la puissance, et je n’en ai pas ; il me faut, à chaque moment, une autre puissance qui vienne à mon secours. Mais Jésus est le même, Il nous aime, et pour nous Il est allé à la rencontre de l’ennemi et du jugement de Dieu, de sorte que nous avons avec nous, pour nous, toute la puissance que Jésus peut exercer. Nous avons à demander à Dieu la grâce de penser à Lui plus continuellement ; Lui pense à nous, même quand nous l’oublions, comme un bon père vient au secours de son enfant tombé et n’attend pas qu’il se relève pour intervenir.

Que surviennent les combats, les tentations, les difficultés, Jésus est toujours là avec nous. C’est ce que montrent les signes qui confirment ses paroles dans notre chapitre. Voici un homme possédé d’un démon : la puissance qui est là rend Satan impuissant. Encore une fois il ne s’agit pas de promesse ni d’espoir en la venue d’un libérateur. Il est là, et voilà ce que nous trouvons en lui : la délivrance. C’est un Sauveur qui est venu et qui a accompli toute rédemption, et mon âme est placée dans la jouissance de sa puissance et de son amour. Il a mis en nous ses affections, c’est la grâce, cette grâce qui nous est montrée ici, en Naaman le Syrien et dans la veuve de Sarepta, franchissant toutes les barrières pour aller partout où est le besoin. Par elle nous avons la jouissance actuelle de l’amour de Dieu versé dans nos coeurs par le Saint Esprit qui nous a été donné. Il faut de la vigilance, nous avons des ennemis spirituels dans les lieux célestes mêmes, mais la grâce est là, elle nous suffit, la puissance du Seigneur s’accomplit dans l’infirmité.

Telle est la précieuse réalité présente. Dans l’avenir, il reste une chose, une seule, c’est de Le voir tel qu’Il est, et c’est ce que le coeur désire. Dans la Jérusalem céleste, la gloire de Dieu éclaire la sainte cité, mais c’est Jésus qui en est la lampe.

Que Dieu nous donne de tenir notre coeur près de Lui, que notre vie actuelle se passe dans la jouissance de l’amour divin, et soit une vie de communion avec cet amour. Et qu’il nous donne de réaliser la pleine suffisance de sa grâce, en attendant que le Seigneur vienne afin que là où Il est, nous y soyons aussi avec Lui !


229 - Méditations de J. N. Darby — Romains 7 — Être ou n’Être pas Dans la Chair

Genève, 12 novembre 1848 — n°229 : ME 1924 p. 319 / 339

C’est une chose sérieuse que de mettre vraiment une âme en relation avec Dieu. S’il ne s’agissait que de relations semblables à celles d’Adam en Éden, il n’y aurait pas tant de difficulté : l’homme jouissait, sans questions préalables, des bontés de Dieu, et regardait à Lui comme un enfant qui voit tout naturellement en son père celui dont il dépend et de la main duquel il reçoit tout ce dont il a besoin.

Mais il s’agit de mettre en relation avec Dieu un homme éloigné de Lui. Aussitôt mille questions surgissent. Quel est l’état de cet homme devant Dieu ? Et s’il n’est pas dans un état convenable, où trouver le moyen de répondre aux droits de Dieu et de paraître devant Lui ? C’est là ce que Job a rencontré : nul moyen de se trouver en la présence de Dieu, et personne pour se placer entre lui et Dieu.

Quand on a compris qu’il faut un Médiateur, nouvelle question : Comment concilier la réalité du péché avec cette médiation ? Dieu donne le Médiateur, et celui-ci va parler à l’homme du Dieu d’amour ; mais il ne peut le faire sans mettre à nu de son côté le coeur de l’homme. C’est une oeuvre souvent pénible. Et l’on voit l’homme travailler inutilement à accorder ces faits contradictoires : d’une part l’amour de Dieu, d’autre part l’incapacité de l’homme à s’approcher de Lui. Il faut qu’il apprenne ce que Dieu est pour lui, mais il faut aussi qu’il comprenne ce qu’il est devant Dieu. Dieu seul peut faire une telle oeuvre, et placer ainsi quelqu’un en sa présence avec la conscience de ce qu’il est et de ce que Dieu est. Il en résulte la paix et la joie, mais alors seulement ; sans cette oeuvre, en effet, on ne pourrait se sentir heureux que par ignorance, ou par hypocrisie.

C’est une oeuvre pénible, ai-je dit. Quand on fait la découverte de ce qu’on est, la conscience dit : « Plus d’espoir ! Je suis souillé de péché ! » Et il faut arriver à concilier ce douloureux travail de conscience avec une pleine connaissance et une pleine jouissance de l’amour de Dieu. Les mondains voudraient bien être dans le ciel, mais ils ne veulent pas que la conscience soit atteinte. C’est que, dès qu’elle se trouve en présence de Dieu, il semble que ce soit la fin et non le commencement du bonheur ! D’autres se contentent d’avoir bonne conscience devant les hommes, et voudraient que l’homme soit la mesure de l’homme ; mais quel pauvre bonheur ce serait, même si l’on devait rester toujours ici-bas dans ces conditions !

L’amour de Dieu d’une part, une mauvaise conscience de l’autre, voilà les extrêmes qui doivent se rencontrer. C’est la difficulté, dans laquelle se débat une âme réveillée. Elle apprend que l’amour de Dieu s’adresse à une mauvaise conscience, — sans quoi l’amour de Dieu ne serait pas fait pour nous ; et en même temps cette mauvaise conscience l’empêche de jouir de cet amour. Dieu justifie l’impie, est-il dit ; mais l’impie qui n’a pas une mauvaise conscience prouve que sa conscience est endurcie et il n’éprouve nul besoin de justification ; il n’a aucun sentiment de la présence de Dieu. Le premier effet du sentiment de cette présence c’est précisément la mauvaise conscience. Vous avez péché ; votre conscience vous le répète, vous tourmente, et il en sera ainsi jusqu’à ce qu’elle soit purifiée du péché. Ou vous pourrez dire que Dieu ne se souviendra jamais de vos péchés, ou votre conscience restera mauvaise. Ainsi, si vous voulez avoir affaire avec Dieu, vous ne le pouvez pas sans être troublé dans votre conscience. On a de la peine, et il est humiliant de se soumettre à cela, mais il ne peut en être autrement. Il faut avoir compris que, quant à nous, notre état est sans remède et qu’il n’y a pas de moyen d’en sortir. Alors on comprend aussi que Dieu, et Lui seul, peut créer quelque chose de nouveau, nous placer dans un état entièrement nouveau. C’est là ce dont nous avons besoin.

Toute l’histoire de la Bible est l’histoire des rapports de Dieu et de l’homme dans son état de ruine dû au péché.

Cet état est désigné par l’expression : « être dans la chair ». Il est important pour une âme qui veut être délivrée de la comprendre. Ce n’est pas la même chose qu’avoir la chair en nous, disons-le en passant. Être dans la chair, c’est être devant Dieu dans la condition d’un homme tel qu’il est naturellement, n’ayant que soi-même pour répondre de soi. Un homme converti qui se place sous la loi est dans la chair. Nous sommes toujours dans la chair jusqu’à ce que nous ayons compris que le croyant est en Christ dans la présence de Dieu, et alors tout est changé. « Si même nous avons connu Christ selon la chair, toutefois maintenant nous ne le connaissons plus ainsi », dit l’apôtre. Christ était là sous la loi, lui aussi, mais sans l’avoir violée, et il pouvait, lui seul, se présenter lui-même à Dieu.

« Quand nous étions dans la chair » (v. 5). En disant cela, Paul ne veut pas dire évidemment que la chair n’est plus en lui. Elle y est, il parle ailleurs d’une écharde dans sa chair, nécessaire parce que cette chair voulait s’enorgueillir d’avoir été dans le troisième ciel. Mais un homme n’est plus dans la chair quand la présence de l’Esprit de Dieu en lui l’a placé d’une manière intelligente en Christ qui est en haut. Dès lors la chair est bien toujours en lui, mais il ne se place pas devant Dieu avec la pensée de répondre pour lui-même à Dieu, ce qui est le propre de la chair. La chair est bien en nous, mais nous sommes dans l’Esprit (Rom. 8:9). Pour avoir l’assurance et la force pour la sainteté, il faut être transporté du domaine de la chair en Christ, et trouver cette vérité si précieuse et si importante que c’est un autre qui répond pour nous, et non pas nous-mêmes.

C’est là le centre de tout le christianisme. Répondre pour moi-même n’est pas la grâce ; au contraire ! Mais l’âme qui ne comprend pas sa justification en Jésus veut répondre pour elle-même. Et alors, quel trouble !

Le malaise de la conscience croît d’autant plus qu’on sait que Dieu est un Dieu de grâce. Plus Dieu est bon, plus mon péché est grand si je méconnais sa bonté ; plus Christ est précieux, plus je suis coupable de ne pas l’apprécier ; plus les motifs pour m’engager à aimer Dieu sont puissants, plus je suis démontré méchant si je ne l’aime pas. Satan reproche à la doctrine de la grâce de nous pousser au péché. Au contraire. Rien ne peut nous donner une telle horreur du péché. La grâce n’est pas la justice, mais elle nous fait part de la justice, et c’est là ce qu’il faut saisir.

Le premier effet de l’amour de Dieu est de réveiller la conscience, et, plus étendue est la grâce, plus sa révélation fait sentir à l’homme sa culpabilité.

Je rappelle à ce propos Exode 34:5. Quand le nom de l’Éternel est crié devant Moïse, il est appelé « miséricordieux et faisant grâce, lent à la colère et grand en bonté ». Or en faisant allusion à ces événements, l’apôtre déclare que c’est l’introduction d’un « ministère de condamnation et de mort » (2 Corinthiens 3). On cite souvent ce passage comme une révélation de ce que Dieu est, en grâce ; mais il n’y avait pas là une grâce qui, ayant fait provision pour le péché, ôtât celui-ci, délivrât la conscience et plaçât l’homme net devant Dieu. C’était le ministère de la condamnation et de la mort, en contraste avec celui de la justice et de l’Esprit.

Ainsi une âme qui voit que Dieu est bon et qui n’a pas la paix, est encore dans la chair, sous la loi, sous le ministère de mort, devant le voile que Moïse avait mis sur son visage. Les enfants d’Israël l’avaient prié de porter un voile parce que la gloire dont il rayonnait était celle d’un ministère de mort, qui ne graciait pas le pécheur. Dieu n’avait pas voulu effacer Moïse de son livre, mais, avait-il dit, « celui qui aura péché contre moi, je l’effacerai de mon livre ». L’Éternel restait le Dieu d’Israël, mais eux se retrouvaient sous la loi. Et plus Dieu se montrait bon et miséricordieux, plus le péché était grand de le méconnaître. C’était bien par conséquent un ministère de mort et de condamnation.

Les âmes angoissées dont je parle, savent bien que Dieu, dont elles disent pourtant qu’Il est bon, ne peut voir l’iniquité et que quiconque est trouvé devant Lui dans son péché, sera effacé de son livre. Si Dieu n’était pas le Dieu de sainteté, il n’y aurait besoin ni de Christ, ni de loi, ni de conscience, ni de quoi que ce soit. Savoir qu’il est le Dieu saint entraîne pour la conscience l’arrêt de mort et de condamnation.

Au fond, en être là, c’est être sous la loi tout autant que si on prenait les dix commandements pour se rendre juste devant Dieu. Sans doute vous ne faites pas vôtres les paroles du peuple à Sinaï. Sans doute vous avez entendu avec Moïse sur la montagne que Dieu est miséricordieux. Mais il reste que si vous voulez satisfaire vous-mêmes à la justice de Dieu, vous êtes sous la loi, vous êtes dans la chair. Et je le répète, votre conscience est d’autant plus troublée que vous savez que Dieu est bon. Moïse avait précédemment brisé les tables de la loi avant d’entrer dans le camp. Comment donner la loi à un peuple qui l’avait déjà violée ? Ainsi, sur le pied de la loi toute pure, l’homme n’a pas pu vivre même un instant. Mais le mélange de la loi et de la grâce, auquel on voudrait s’attacher, écrase l’âme. Aimer Dieu de tout son coeur, tel est le principe de la loi. Or il est tellement bon, il donne tant de raisons de l’aimer, que cette bonté même crée une exigence de plus pour l’homme dans la chair, qui est inimitié contre lui.

On ne sort de là que lorsqu’on a compris que l’Esprit, qui opère tout ce travail intérieur, est donné à l’homme en vertu de la présence de Jésus devant Dieu, de Jésus qui comparaît devant Dieu pour nous. Alors tout change. On voit que la grâce n’a été satisfaite que par une oeuvre complète, créant un état de choses entièrement nouveau.

La fin du chap. 7 nous dépeint le travail d’une âme qui est amenée à comprendre ce changement. Elle a découvert que « la loi est spirituelle, mais moi charnel ». Un combat intérieur en est la suite, amené par la conscience que l’âme manque à la spiritualité de la loi. Et pourtant on donne pleine raison à celle-ci ; on la reconnaît bonne (v. 16). On se débat dans une incertitude angoissante : « Ce n’est plus moi qui fais cela, mais le péché qui est en moi ». On sait bien qu’en moi il n’habite point de bien, mais on a l’ardent désir de répondre à Dieu, et on en voit l’impossibilité ! On voudrait trouver plus de sainteté, plus de puissance spirituelle. Mais où trouver cela en moi ? C’est vouloir que la grâce produise en moi quelque chose qui me rende plus content de moi-même. Jamais ! Il n’y a donc qu’à désespérer de moi. « Misérable homme que je suis ! » Peu importe, me semble-t-il, qu’il y ait de la grâce en moi. Elle me fait voir ce que je dois à Dieu, mais c’est pour constater que je ne le fais pas ; la puissance manque. La lutte me donne conscience du mal qui est en moi, et aussi longtemps qu’il s’y trouve je ne puis être content de ce que je suis. De sorte que je ne puis jamais trouver la paix !

Alors une autre question se présente : « Qui me délivrera ? » Y a-t-il un espoir en dehors de moi ? L’âme veut s’attacher à quelqu’un qui accomplisse ce qu’elle est incapable de faire. Pour moi, je suis un misérable, la chair est en moi, je ne puis être ce que je devrais, qui me délivrera ? Et j’apprends à connaître ce que Dieu a fait pour moi ; par là je me retrouve sur le terrain de la grâce seule.

La grâce, qui me révèle à la fois ce que je suis dans mon état de péché et ce que Dieu a fait pour moi alors que j’étais dans cet état, la grâce vient me dire qu’il ne s’agit plus de me présenter, moi, devant Dieu, mais que Christ est venu parce que l’homme quel qu’il fût était pécheur, et que c’est en Christ que Dieu agit envers moi. Christ s’offre à tout pécheur, si dégradant que soit son état, et le présente à Dieu. Ainsi, quand vous dites : Il y a du péché en moi, comment me tenir devant Dieu ? la réponse est : Vous ne le pouvez pas, mais Christ vous voit, vous avez besoin de Lui et il n’a jamais repoussé un pécheur.

La grâce est donc le grand principe de cette délivrance. Dieu agit en grâce envers le pécheur tel qu’il est, lui donnant conscience de son péché ; Jésus se présente à lui en grâce, justement parce qu’il n’y a que péché en lui et que Christ est venu sauver le pécheur.

Ce n’est pas encore : « être dans l’Esprit ». L’âme a trouvé repos, consolation, elle se sent attirée par Christ. Mais si elle quitte Sa présence, sa conduite reparaît devant elle et la trouble ; si elle commence à raisonner, elle rencontre le Dieu de justice qu’elle ne peut satisfaire. Cependant un pas immense est fait. Maintenant, en avançant dans cette voie, je comprends que je n’ai plus à aller me présenter seul devant Dieu avec ma propre justice, et que Christ se présente continuellement pour moi. Il est monté en haut, et cela après avoir accompli l’oeuvre qui ôte tous mes péchés.

Moïse avait dit au peuple : « Je monterai vers l’Éternel ; peut-être ferai-je propitiation » (Ex. 32:30), et Dieu n’avait pas voulu de sa propitiation : « Celui qui a péché, avait-il dit, je l’effacerai de mon livre ». Mais en Jésus il n’y a pas de peut-être. Il est monté, Il a dit à Dieu : J’ai fait l’expiation, et Il a donné dans son sang la preuve que celle-ci est faite.

Si maintenant je me présente à Dieu, je vois Christ qui est là, Christ qui a offert son sang dans lequel tous mes péchés ont été lavés. Et ma conscience est purifiée, dès que je suis sûr qu’aucun péché n’est mis à mon compte devant Dieu.

La vraie question, la seule, est donc celle-ci : le sang de Christ suffit-il ? C’est un péché que de supposer le contraire. Mais vous direz : Je trouve ceci et cela en moi ! — En vous il n’y a que mal, vous n’y trouverez jamais le salut. C’est le sang de Christ qui ôte le péché. Encore une fois, suffit-il ? Dire non serait mépriser et l’amour de Dieu dont le coeur a conçu le dessein de l’oeuvre rédemptrice, et Christ qui est monté avec la preuve que cette oeuvre est achevée et qu’il n’y a plus de péché sur ceux qui croient. Le sang est là, il est accepté et il est d’un prix infini devant Dieu : je puis venir, et jouir de la parfaite paix que donne le sentiment de l’effacement définitif du péché. Seul le sang du Fils de Dieu pouvait ôter le péché, et je sais qu’il l’a ôté : voilà la paix de l’âme.

Et maintenant, comment ai-je la connaissance de tout cela ? Parce que Celui qui est ainsi monté a pu envoyer son Esprit demeurer en moi, afin que je sois le temple du Saint Esprit. Désormais je suis dans l’Esprit, j’ai la connaissance même de Dieu, j’ai cette intelligence que l’Esprit donne et qui me fait voir les choses comme Dieu les voit. L’homme dans la chair ne participait à aucun degré à cette connaissance.

Enfin, quand viendra le moment de nous présenter personnellement devant Dieu, nous trouverons toujours Christ, qui a entrepris notre cause d’un bout à l’autre. Il est venu faire l’expiation du péché. Il reviendra, et Il changera nos corps vils pour nous prendre et nous introduire tels qu’Il est lui-même dans la présence de Dieu. Nous lui serons semblables. Il reviendra nous chercher parce qu’il nous aime, et que le Père nous aime.

En attendant, notre position est d’être dans l’Esprit. C’est avoir l’Esprit de Celui qui est déjà à la droite de Dieu après avoir accompli le salut dont cet Esprit rend témoignage. Il ne s’agit pas seulement de produire des fruits. Le Saint Esprit qui les produit nous rend témoignage de la perfection de l’oeuvre de Jésus, et de sa gloire actuelle.

Ainsi, nous sommes dans la chair aussi longtemps que nous n’avons pas compris l’amour parfait de Dieu qui nous a lavés de tous nos péchés dans le sang de l’Agneau. Et nous ne le comprenons qu’en recevant le témoignage du Saint Esprit. Il nous procure cette paix que nous ne trouverons jamais en regardant à nous pour y chercher quelque chose de compatible avec la présence de Dieu. Si le Saint Esprit me fait désirer d’être saint, Il me fait sentir aussi que je ne le suis pas. Mais il me montre Christ qui comparaît devant Dieu pour nous. Alors la conscience est purifiée et ne met aucun obstacle à la jouissance de l’amour de Dieu. Ainsi se concilient ces choses qui paraissaient inconciliables : une conscience réveillée au sentiment du péché, et la preuve parfaite de l’amour de Dieu qui a donné son Fils.


230 - Méditations de J. N. Darby — Jean 13 — La Gloire Brillant dans la Honte

n°230 : ME 1925 p. 141

Il est frappant de voir comment Dieu fait tout tourner à sa gloire et pour la bénédiction des siens. Il est au-dessus de tout, et les événements qui se déroulent aboutissent, non à réaliser ce que Satan a voulu, mais toujours à glorifier Dieu et à bénir ses enfants. Cela donne un sentiment profond de la fidélité de la grâce divine ; toutes les fois qu’on regarde plus haut que les circonstances, on trouve Dieu qui les domine et qui agit, toutes choses travaillant à l’accomplissement de ses grands desseins de grâce et de gloire.

En Jésus on voit cela à la fois réalisé et manifesté. Nous trouvons dans ce chapitre que « le fils de l’homme est glorifié ». Voilà tout le résultat des efforts de l’ennemi ! Le coeur de l’homme ne pouvait aller plus loin dans son inimitié que Judas : « L’un de vous me trahira », dit Jésus, l’un de vous, l’un de mes intimes… Au lieu de chercher à arrêter le mal qui s’élève contre lui, Jésus dit : « Ce que tu fais, fais-le promptement » ; le plus vite est le mieux, au point où en sont les choses, il faut que tout s’accomplisse et que je sois mis au rang des malfaiteurs. Il est temps. Or c’est à ce moment qu’Il ajoute : « Maintenant le fils de l’homme est glorifié ». Tout ce que Satan a pu faire aboutit là ! C’est pour Jésus l’occasion de son obéissance, pour Dieu celle de son amour. Plus le mal se montre, plus c’est le moment de Dieu. Alors que l’homme arrive au comble de son péché, le fils de l’homme est glorifié ! (v. 31).

De quelque côté que nous nous tournions, nous apercevons le péché de l’homme. Où l’on peut s’attendre à trouver du bien voilà le mal qui s’y oppose. En Pilate, le jugement inique, dans les sacrificateurs l’accusation, dans l’ami la trahison. Le bien est partout surmonté par le mal. Or au milieu de tout cela vient briller la gloire du divin fils de l’homme qui brillera dans sa plénitude à la croix. Le voici, plein de tendresse pour les siens, de patience envers Judas. Sa perfection fait ressortir ce que le mal a d’horrible, mais le coeur qui cherche la gloire de Dieu trouve en Lui, au milieu de cette sombre scène, un point où se fixer. Dieu est glorifié en Lui, dans un homme : en Jésus l’homme est le moyen de la gloire de Dieu, et c’est pourquoi lui-même acquiert la gloire.

La justice divine eût été glorifiée par le châtiment éternel du péché, mais l’amour n’aurait pas eu sa place. En Christ l’amour et la justice sont manifestés ensemble ; il s’offre volontairement pour qu’ils le soient dans toute leur étendue. Plus Satan et l’homme montraient ce qu’il y avait d’entièrement opposé à cet amour et à cette justice, plus Il a été, Lui, ce qui répondait aux caractères divins, plus Il a glorifié Dieu. Il rencontre la lâcheté, l’injustice, la trahison, mais en Lui c’est toujours le même amour. C’est une parfaite supériorité au mal ; plus celui-ci s’affirme, plus Lui manifeste sa patience et sa fidélité à Dieu son Père. Ainsi les événements tournent à la pleine gloire de Dieu.

Ils tournent pareillement à notre bénédiction. Ce qui semblerait devoir nous séparer de Jésus, devient l’occasion pour Lui de montrer la fidélité et l’efficace de son amour. C’est ce que nous voyons au début de ce chapitre. Satan a amené le mal au point que Jésus va être trahi par l’un des siens, et c’est le moment où l’on voit Jésus entrer dans toute sa gloire (il venait de Dieu et il allait à Dieu), mais Il ne nous sépare pas de Lui-même. « Vous êtes nets », dit-il aux siens. Et s’il y a des souillures contractées du fait de la marche, le voilà qui lave leurs pieds. C’est une scène merveilleuse. Il est trahi, il ne se retrouvera plus à table avec ses disciples, il quitte ce monde. Ce serait donc la séparation complète, éternelle, entre Christ et l’homme, à cause de cette trahison ? Loin de là, il vient s’occuper d’eux, de leurs misères, de leurs pieds souillés, il veut que rien de souillé ne s’attache à eux, parce qu’il les veut dans la gloire où il va entrer. Rien ne doit rester, des suites de la marche ici-bas, qui contredirait le caractère du ciel. Il faut que les siens aient une part avec lui, son coeur ne peut être satisfait à moins. Eh bien, je le répète, c’est la trahison de Judas, c’est le déploiement de la puissance de Satan, propres en apparence à nous séparer de Jésus, qui aboutissent à cette précieuse révélation. C’est ainsi que Dieu intervient dans les choses de ce monde, pour que brillent toute la clarté et toute la perfection de cet amour actif, qui travaille à l’accomplissement de ses desseins éternels de grâce, en se servant même des efforts de l’adversaire.

Votre repos, c’est d’arrêter nos coeurs sur Celui qui nous révèle toute cette bonté de Dieu. Si d’un côté je vois la séparation complète entre le coeur de l’homme et la pureté du ciel, je vois en même temps Jésus qui me rend propre pour le ciel. Je trouve le bien en présence du mal, et d’autant plus abondant que le mal abonde. La pensée même du mal ne peut envahir le coeur quand il saisit que plus il se manifeste, plus la grâce de Jésus le domine. Que Dieu nous enseigne à étudier toujours plus ce que Jésus a été, et que nos coeurs se nourrissent de sa précieuse personne !


231 - Méditations de J. N. Darby — Romains 8:1-11 — La Délivrance

30 août 1850 — n°231 : ME 1926 p. 16

Ces versets renferment la réponse à la question posée au chapitre précédent : « Qui me délivrera de ce corps de mort ? » L’apôtre commence à répondre au premier verset et poursuit la définition de la délivrance jusqu’à ces paroles : « Si l’Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts habite en vous, celui qui a ressuscité le Christ d’entre les morts vivifiera vos corps mortels aussi, à cause de son Esprit qui habite en vous » (v. 11).

Les versets suivants ne sont plus que les conséquences de cette délivrance. Dans le chapitre 7 nous voyons une âme qui a conscience de l’esclavage dans lequel elle est retenue. Or la conscience de l’esclavage n’est pas l’esclavage lui-même. L’état naturel de l’homme c’est de faire le mal, de satisfaire les convoitises de son coeur ; et, quand le péché a été consommé, il produit la mort. Tel l’enfant prodigue qui n’a pour se nourrir que les gousses des pourceaux au lieu du pain de la maison de son Père. Cependant la conscience, qui est en chacun, parle à l’homme, et l’effet de sa conscience réveillée est de lui faire craindre la présence de Dieu. Mais, il n’en reste pas là et, quand la lumière le pénètre, il comprend que le mal est un esclavage ; sa volonté alors est délivrée et il sent et déteste l’esclavage.

Si l’homme qui est en prison se figure habiter un palais, il ne souffre pas de l’esclavage, il ne s’en doute pas même ; mais s’il lui vient le désir de sortir et qu’il essaye de le faire, il en voit l’impossibilité et comprend alors que la liberté est une chose précieuse. L’homme est moralement affranchi quand sa volonté est détruite. Cet état est exprimé dans ces mots : « Ce n’est pas ce que je veux, que je fais, mais ce que je hais, je le pratique ». Ce n’est pas encore une entière délivrance, et c’est pourquoi nous parlons d’un affranchissement moral. Cet homme est encore esclave, mais il a conscience de son mal et soupire après la délivrance ; il fait l’expérience que, pour l’atteindre, il n’y a en lui aucune force, aucun moyen de sortir de l’esclavage.

En un mot : lorsqu’on commence à haïr le mal, on sent qu’il est un esclavage, et quand on veut faire le bien, on se sent privé de la force nécessaire pour l’accomplir. Alors, plus l’âme est sincère, plus elle est malheureuse ; plus elle fait d’efforts pour se dégager de ses chaînes, plus ces dernières lui font de blessures : c’est ce que nous trouvons à la fin du chapitre 7. La conscience du mal introduit l’âme dans un combat, où elle apprend une chose : son incapacité ; alors elle s’écrie : Misérable homme que je suis, qui me délivrera de ce corps de mort ? Comme nous l’avons dit en commençant, c’est dans les onze premiers versets du chapitre 8 que se trouve la réponse à ce cri, tandis que le reste du chapitre traite des conséquences de la délivrance.

Aussi longtemps que nous cherchons à sortir de l’esclavage par nous-mêmes, Dieu nous laisse faire, afin que nous sachions que, non seulement nous étions des impies, mais encore des gens sans force, et que la délivrance vient de Dieu seul. « Quand nous étions encore sans force. Christ est mort pour des impies ». Lorsque Dieu a montré aux hommes en général où ils en étaient, Il a envoyé un Sauveur. Il agit de même individuellement ; il faut que l’âme comprenne bien qu’elle est perdue, pour recevoir de Dieu la délivrance. Il lui fait alors connaître qu’Il l’aime, et que le salut ne vient absolument que de Lui. Le péché dans l’homme attire sur lui la condamnation ; aussi la grâce est-elle pour lui la source de toute délivrance.

Il arrive parfois que l’âme est bien convaincue que le moyen d’être sauvé réside dans l’efficace du sang de Christ, mais qu’elle y ajoute la sainteté de l’homme. Oh ! se dit-elle, si seulement je puis arriver à vaincre tel ou tel penchant, je jouirai de l’efficace du sang. Mais aussi longtemps qu’elle en est là, elle n’est pas affranchie et ne connaît pas l’amour de Dieu. En effet, si c’était en vertu d’une valeur qui serait dans l’homme, que Dieu ferait grâce, ce ne serait plus une grâce absolue, même en supposant qu’on croie le sang nécessaire. L’expiation par Jésus Christ est le moyen unique de salut, et jamais l’homme qui mêle l’efficace du sang de Jésus et le progrès dans la sainteté ne jouira d’une paix parfaite. En ajoutant ces choses l’une à l’autre, on ne peut avoir l’idée de l’amour de Dieu pour nous qui a précédé le sacrifice de Christ, et a donné lieu au don qu’Il nous a fait de son propre Fils.

Une vraie confiance dans le sang de Christ, nous apprend que ce sang seul suffit sans notre sainteté et que cette dernière n’ajoute rien à la valeur de ce sang. C’est pourquoi Dieu fait faire à l’âme cette découverte qu’il n’y a en elle que misère, et alors elle peut dire :

Ce n’est pas de moi que vient la délivrance, mais « lorsque nous étions encore pécheurs, Christ est mort pour nous ».

Mais ce n’est pas tout. Il est dit : « la loi de l’Esprit de vie dans le Christ Jésus m’a affranchi de la loi du péché et de la mort ». Dieu est pour nous quoi qu’il en soit, et cette pensée restaure l’âme accablée non seulement par ses péchés, mais encore par le sentiment de l’esclavage du péché.

Jusqu’à la fin du chap. 3 de cette épître, il est question de l’efficace du sang ; au chap. 4 l’Esprit commence à présenter la résurrection. Par la résurrection Christ a été entièrement libéré du péché qu’Il a pris sur Lui. Dieu a pris Celui qui était sous le poids du péché et l’a placé à Sa droite. Voilà une délivrance pleine et entière. La confiance en Dieu faisait dire à Christ : Tu ne permettras pas que ton Saint voie la corruption.

Eh bien ! il est écrit que Dieu a agi en nous avec la même puissance qu’en Christ lorsqu’Il l’a ressuscité. « Pour que vous sachiez… quelle est l’excellente grandeur de sa puissance envers nous qui croyons, selon l’opération de la puissance de sa force, qu’il a opérée dans le Christ, en le ressuscitant d’entre les morts ; — (et il l’a fait asseoir à sa droite dans les lieux célestes » (Éph. 1:19, 20).

Être en Christ a pour premier effet de nous faire dire : il ne s’agit plus maintenant du péché ; je suis en Christ et il n’y a plus de condamnation pour ceux qui sont tels ; je suis délivré pleinement et absolument. — C’est beaucoup plus que le seul fait d’être lavés de nos péchés, car non seulement Dieu nous nettoie, mais il nous prend et met en nous la vie de Christ. Non seulement nos péchés sont ôtés, mais Christ devient notre vie, et nous avons ainsi avec le second Adam un rapport bien plus intime que nous n’avons jamais eu avec le premier.

Ce Christ auquel nous sommes tellement unis est Celui que Dieu a placé à sa droite, Celui qui a si parfaitement glorifié Dieu sur la terre que le coeur de Dieu peut s’épancher en Lui. Jamais Dieu n’a pu ouvrir son coeur avec délices sur un autre objet que sur Christ, et nous qui sommes en Lui, sommes devenus, par cette union, les objets des délices de Dieu ; l’écluse qui faisait obstacle est maintenant levée, et la bénédiction peut couler dans nos âmes. « Il n’y a donc maintenant aucune condamnation ». Christ est descendu pour moi et m’a pris avec Lui, dans sa mort et dans sa résurrection.

Ma foi saisit la position de délivrance en Christ, dans lequel il n’y a pas de péché, et la parfaite sainteté de Dieu ne m’effraye plus ; je trouve en Christ l’énergie qui fait vaincre. Le péché est encore en moi, mais je n’en suis plus l’esclave, parce que Christ ne l’est pas, et que, comme l’apôtre l’exprime, « ce n’est plus moi qui vis, mais Christ vit en moi ».

Il est évident que je réalise souvent fort mal cette vérité, mais ma volonté est renouvelée par cette nouvelle vie. Ce n’est pas seulement que j’ai de nouveaux désirs, mais la force qui agit en moi est la même que celle qui a pris Christ d’entre les morts et l’a ressuscité. Cela ne veut pas dire que je n’aie plus d’ennemis à combattre. Une pierre qui serait trop pesante pour qu’un petit enfant la remuât, un homme fait saurait la prendre et la jeter au loin. Il en est de même pour nos ennemis ; quand Christ vit en nous, nous avons puissance sur eux.

L’âme, dont l’état est décrit au chap. 7 de notre épître, voyait bien que la loi était bonne ; elle y trouvait même son plaisir quant à l’homme intérieur, mais, étant dans le péché, elle arrivait à cette conclusion que la puissance du péché c’est la loi. Mais notre chapitre nous montre que ce qui était impossible à la loi parce qu’elle était faible en la chair, Dieu l’a fait en envoyant son propre Fils ici-bas et en condamnant en Lui le péché dans la chair.

Christ nous est présenté comme le Dieu qui nous a sauvés, qui est descendu avec nous dans la mort, pour nous faire monter avec Lui là où Il est. L’Esprit suggère au coeur une loi qui dit : Voilà ce que Dieu a fait pour toi ; quelle délivrance ! Il t’a placé en Christ. — Cela change tout et désormais il y a la liberté dans le coeur.

L’expression : la loi de l’Esprit de vie, est employée pour désigner un certain principe qui agit toujours dans le même sens. On dit par exemple : la loi du mouvement des planètes, etc. La loi du péché est ce qui agit pour produire le péché ; mais la loi de l’Esprit de vie est une règle constante qui produit la sainteté. C’est la force constante qui est dans la vie de Christ en moi et qui me délivre du péché. J’ai une autre vie, celle de Christ ; je manque encore, cela est évident, car la chair est toujours là, et Dieu n’a aucunement changé la chair, mais « Il a envoyé son propre Fils en ressemblance de chair de péché et pour le péché, et a condamné le péché dans la chair ».

Vous parlez du péché dans la chair et vous ne savez que faire de ce péché ; eh bien, c’est pour cela même que Dieu a envoyé son Fils ; Christ s’est chargé de ce péché, tout cela est réglé et mis entièrement de côté. Dieu ne parle pas d’amélioration, Il donne autre chose. Il met en contraste absolu la chair et l’Esprit. Ayant l’Esprit, j’ai ce qui suffit pour combattre et vaincre la chair.

L’apôtre ne dit pas : la chair n’est plus en vous ; mais il dit : Vous n’êtes plus dans la chair. — Vous avez une autre vie, si toutefois l’Esprit de Christ habite en vous.

Il pourrait se faire que j’aie de nouvelles aspirations et que je sois encore esclave, comme il arrive qu’on peut aimer la liberté tout en étant en prison ; mais si l’Esprit est en moi, il y a une énergie de vie qui résulte de ce que Christ m’a racheté et de ce qu’Il m’en a donné la révélation par l’Esprit. La loi me disait : « tu mourras » — mais l’apôtre me dit : « Si l’Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts habite en vous, celui qui a ressuscité le Christ d’entre les mort vivifiera vos corps mortels aussi, à cause de son Esprit qui habite en vous ». Si j’ai réalisé que je suis mort, je puis dire à la loi : « Je n’ai plus rien à faire avec toi ».

Je ne pouvais pas le dire quand je n’avais rien d’autre, mais maintenant je puis le dire parce que j’ai Christ. Je puis même dire à la loi : Maintenant je suis ressuscité. L’Esprit de vie est en moi une source de bonnes pensées et de bons fruits qui sont les fruits de l’Esprit.

Nous avons donc vu qu’il y a une délivrance morale, puis une délivrance énergique par l’Esprit qui fait vaincre le mal, et enfin une délivrance complète par la résurrection. Dieu nous rendra parfaitement semblables à Jésus, « car nous le verrons comme il est ». Notre marche ici-bas doit être conforme à celle de Christ quand il était sur la terre ; elle est imparfaite c’est évident, mais nous devons regarder à Jésus afin d’être transformés à sa ressemblance, puis dans la gloire nous lui serons faits semblables, car nous le verrons comme il est. Voilà la délivrance présentée en réponse à ce cri : « Misérable homme que je suis, qui me délivrera de ce corps de mort ? »

Nous avons donc vu, au chapitre 7, l’âme désirant être délivrée ; mais elle est en prison et la loi ne peut l’en faire sortir ; elle gémit dans l’esclavage. Puis Christ lui est présenté comme celui à qui son péché à elle a été imputé, et elle trouve en Lui la délivrance de sa conscience. Puis vient la délivrance morale, et enfin la délivrance du corps avec Christ dans la gloire.

Dans les derniers versets du chap. 8, l’apôtre nous montre que rien ne peut nous séparer de l’amour de Dieu, de ce Dieu qui est descendu dans l’abîme et monté dans le ciel pour nous. S’il y a encore dans nos coeurs et dans nos bouches ce cri : « qui me délivrera de ce corps de mort ? », soyons assurés que Christ le fera et qu’« en Lui nous sommes plus que vainqueurs ». Il nous délivrera d’abord intérieurement en attirant à Lui nos affections ; puis se manifesteront les effets extérieurs de cette délivrance intérieure ; et enfin rien, pas un iota en nous, ne sera contraire à la parfaite ressemblance avec Christ.

Ceux qui sont selon l’Esprit, vivent des choses que l’Esprit leur présente pour en jouir. Ne soyez donc pas satisfaits, si vous n’êtes pas pleinement affranchis, et jouissant de toutes les conséquences de l’oeuvre de Christ. Il est vrai que souvent nos infidélités mettent des difficultés sur notre route ; l’infidélité affaiblit, nous avons peur de nos ennemis et quand on a peur d’eux, on tombe devant eux. Mais regardons à Christ et nous trouverons en Lui la force pour être relevés et les faire tomber devant nous. Nous pourrons alors jouir vraiment des choses de Dieu et le bénir de ce qu’en Christ, Il nous a fait triompher de toute manière.


232 - Méditations de J. N. Darby — Marc 4:1-29 — La Vérité dans le Coeur

Lausanne, 9 septembre 1852 — n°232 : ME 1926 p. 69

L’Esprit de Dieu emploie les paraboles de ce chapitre dans un tout autre but que dans le chapitre 13 de Matthieu. On sait que l’objet spécial de l’évangile de Marc est le service du Seigneur Jésus dans son témoignage, son service comme prophète, alors que dans Matthieu c’est le Messie accomplissant la loi et les prophètes. C’est ici la réalisation de Ps. 40:9 : il annonce la justice dans la grande congrégation, comme un prophète fidèle pour dire tout ce que l’Éternel lui a confié. En Matthieu 13, ces paraboles ont pour point de départ la mise de côté de l’ancienne économie ; Jésus annonce les mystères du royaume et remplace ainsi le système juif. Ici il a en vue purement et simplement le témoignage divin. L’effet de la parole dans le coeur, voilà ce qui est présenté dans ce chapitre.

Il est particulièrement instructif de considérer à ce point de vue ce qui, dans cet évangile seulement, est ajouté après la parabole du semeur (versets 21-29).

« La lampe vient-elle pour être mise sous le boisseau ou sous le lit ? N’est-ce pas pour être mise sur le pied de lampe ? » Si Dieu a allumé dans le monde la lumière de la vérité, ce n’est pas pour la cacher. Celui qui possède cette lumière en jouit, mais il s’agit ici de la responsabilité qui en découle pour lui. Un homme sera sauvé par la vérité, mais elle lui est donnée pour luire dans le monde ; la manière dont il agit doit montrer qu’il possède cette vérité, et qu’il est vraiment lumière par la lumière qu’il a reçue. « Prenez garde à ce que vous entendez », pour que ce soit une lumière brillant par vous. Vous êtes responsables de tout ce que vous avez entendu. Dieu vous confie la vérité comme quelque chose par quoi Il doit être glorifié Lui-même dans ce monde. Jésus a réalisé cela en perfection. La vérité lui a été confiée, il ne l’a pas cachée. Cela lui a tout coûté ; il a tout supporté, tout subi, Il a manqué de tout, pour que toutes ses brebis entendissent sa voix. Aussi lui a-t-il été mesuré selon sa fidélité comme prophète. Il n’a manqué en rien au témoignage qu’il avait à rendre vis-à-vis des âmes et Il a mérité d’être glorifié. C’est là notre modèle. La vérité est allumée non seulement pour que nous en jouissions, mais pour que tous ceux qui entrent dans la maison voient. Nous sommes responsables de tout ce que Dieu nous a confié en fait de vérité. Toute la vérité a été confiée à Christ, et Il ne l’a pas altérée, Il l’a donnée à tout homme comme Il l’a reçue. Maintenant Dieu a lui dans nos coeurs pour qu’ainsi nous répandions à notre tour la vérité. Pour cela, il faut la vivre. Quand Dieu lui-même est précieux au coeur, il y a la force pour communiquer cette vérité dans nos paroles, dans nos voies, dans toute notre vie. Si l’on réalise ce dont le Seigneur parle ici, c’est de Christ qu’on jouit en jouissant de la vérité, car c’est Lui qu’elle nous révèle, et on en jouit comme d’un Christ qui vit en nous, qui devient un motif, une énergie, une force. S’il n’en est pas ainsi, toute jouissance de la vérité est ôtée, et elle devient même une occasion de jugement ; on demande davantage à celui à qui on a beaucoup confié. Un Christ vivant dans le coeur est une force réelle dans le coeur pour traverser toute contradiction ; Lui-même l’a fait, et nous avons à le faire par sa vie. La vérité dont nous jouissons nous dirige vers Lui, nous met en rapport avec Lui, devient force et joie pour notre propre coeur, anime toute notre vie : « Rien de secret qui ne soit révélé ». D’autre part, « de la mesure dont vous mesurerez, il vous sera mesuré » : si vous devenez lumière, vous en profiterez dans la mesure où vous le deviendrez, et vous aurez la bénédiction de Dieu dans cette mesure-là. C’est en ayant Christ dans mon coeur par la vérité que je suis fortifié, il y a croissance, car mon coeur se nourrit de viande. Si vous ne voyez dans la vérité qu’une jouissance égoïste, vous n’en aurez pas davantage, mais si c’est Christ dont vous jouissez, alors vous serez capable d’en connaître davantage. Cette croissance est un trait caractéristique du royaume de Dieu. « Il sera ajouté ». Il y a là un côté particulier du service de Christ, sur lequel insistent les versets 26-29.

Quand Christ s’en est allé de ce monde, Il a cessé d’être personnellement la lumière du monde, Il a mis la lumière dans l’Église. C’est un homme qui a semé, et qui quitte tout cela. On ne voit pas maintenant qu’Il plante, sème et arrose. Il ne s’en mêle pas jusqu’au moment où le blé sera mûr ; alors Christ apparaîtra de nouveau. Il était là pour semer, il sera là pour moissonner ; mais en attendant tout continue pour ainsi dire comme s’il n’y avait point de Christ. En un sens la terre produit d’elle-même, la semence croît d’elle-même. Sans doute, rien ne croît sans soleil ni sans pluie, mais le travail de la croissance est tout intérieur. Nous avons là l’oeuvre de Dieu dans le coeur par la vérité. Si c’est vrai pour le royaume dans son ensemble, cela ne l’est pas moins pour chacun individuellement. Chez celui qui réalise ce qu’il a reçu, l’oeuvre progresse, la vérité germée dans le coeur croît, mûrit, autrement dit on reçoit toujours davantage de Christ : « il est ajouté ». Mais si ce n’est qu’une vérité qui flotte dans la pensée, on n’en profite pas, et on en est responsable.

Quand nous parlons ainsi de notre responsabilité, cela est sérieux, mais n’oublions pas qu’elle accompagne une immense grâce. Si Dieu suscite un apôtre, quelle immense grâce de manifester Christ sur la terre ! mais il y a responsabilité dans cette proportion-là. Or c’est ainsi qu’Il nous envoie tous. Il nous place dans ce monde de ténèbres pour nous confier la gloire de son Fils, pour qu’il y ait de la lumière dans ce monde. Dans sa grâce souveraine, au lieu d’envoyer pour cela un ange, il confie cette mission à des pécheurs qui sont les objets de cette grâce et qui peuvent en parler mieux qu’un ange à qui Dieu n’a pas dû faire grâce. Moi pécheur, sauvé, uni à Christ, je puis en parler. Avez-vous assez de confiance dans cette grâce pour oser accepter la responsabilité qui en découle, savoir de réaliser Christ ? Dieu nous a fait la grâce infinie de nous communiquer Christ, la lumière. Si nous sommes dépendants de cette grâce, c’est sans effort, en un sens, qu’elle produira en nous la lumière, comme le visage de Moïse rayonnait de lui-même après que Moïse eut conversé avec Dieu sur la montagne. Ce n’est pas un effort, cela coule de source. De sorte que si nous voulons croître dans la connaissance de Christ, il faut réaliser Christ selon la connaissance que nous avons. Et si cela devient comme une partie de nous-mêmes, nous serons rendus capables de recevoir toujours davantage. Cela ira ainsi jusqu’à ce que la moisson soit bien mûre. Que Dieu nous donne de réaliser tout ce qu’il y a de précieux en Christ pour nous-mêmes, et qu’il y ait ainsi vie et bénédiction dans ce monde où Il nous laisse pour être la lumière.


233 - Méditations de J. N. Darby — Juges 2 — Le Combat au Milieu de la Ruine

Genève, 1850 — n°233 : ME 1926 p. 92

Ce chapitre nous fournit un exemple de la manière dont l’homme est privé par son infidélité de la bénédiction dans laquelle il avait été placé, et nous y voyons aussi comment Dieu tire le bien du mal.

Dieu avait accompli par Josué tout ce qu’il avait promis à Israël (Jos. 24), mais le peuple s’était corrompu par les faux dieux, et n’avait pas complètement détruit le mal qu’il avait trouvé dans le pays de Canaan. Alors Dieu permit qu’il restât quelque puissance ennemie, quelques Cananéens, pour éprouver son peuple. Cela est vrai pour nous aussi ; si, après notre conversion, nous éprouvons quelque gêne dans notre vie chrétienne, c’est que nous avons conservé de l’interdit, une habitude peut-être qui donne prise à Satan, et nous sommes exercés par cela même.

Dieu avait conduit Israël dans le désert pour l’humilier, l’éprouver (Deut. 8) et pour savoir s’il garderait Ses commandements ou non. Mais ici Dieu emploie un autre moyen. Il laisse subsister devant le peuple les nations ennemies. Il y avait en Israël une infidélité positive ; nous aussi nous sommes infidèles quand nous ne rompons pas nos liens avec le monde ; et la Parole de Dieu est là pour nous le montrer, quand notre conscience est éclairée par le Saint Esprit. Un coeur fidèle discernera entre ce qui est de Canaan et ce qui est de Dieu. « Tout ce qui est dans le monde… n’est pas du Père, mais est du monde » (1 Jean 2:16).

Il n’y a qu’un seul chemin droit, et si mon coeur en est occupé, je n’ai pas même besoin d’en connaître d’autres. Si l’on est fidèle, on voit bientôt toutes les choses qu’il faut quitter, et si l’oeil est simple, tout le corps est plein de lumière. Il y a de l’infidélité dans l’alliance avec ce qui est du monde. Si nous nous épargnons nous-mêmes en quelque chose, Dieu emploie comme châtiment précisément ce que nous avions cherché comme adoucissement. Nous sommes souvent assez insensés et assez imprudents pour ne pas rompre avec tout ce qui n’est pas de Dieu et de Christ. Quoiqu’Israël eût fait alliance avec les Cananéens qu’il s’était asservis, il en reçoit du mal. Josué était mort ; Israël est seul et faible. Il a la paix, mais étant moins aguerri dans les choses de Dieu, les choses mauvaises reprennent le dessus et font la guerre à l’âme. Israël avait préféré ces choses à l’Éternel. Or préférer une petite chose, insignifiante, peut-être, un fruit défendu, à la faveur de Dieu, est un très grand mal. Dieu nous livre à la puissance de cet objet, et nous fait éprouver l’angoisse d’avoir un autre maître que Lui (Juges 2:14, 15).

Il nous est très facile de rompre les mauvais liens, si nous sommes droits de coeur devant l’Éternel ; mais si nous voulons nous épargner, Dieu nous livre à l’influence de l’interdit, et nous ne pouvons subsister devant l’ennemi (v. 15). Dieu suscitait des Juges, mais parmi le peuple il y en avait qui ne voulaient pas écouter le juge ; tous n’étaient pas fidèles. La foi ne peut pas s’adresser à Dieu sans obtenir de réponse, car l’oreille de Dieu est toujours ouverte : « Il te sera fait selon ta foi ».

Mais l’infidélité d’Israël fait que Dieu ne dépossède plus les ennemis devant lui, ils servent au contraire à éprouver Israël. Dieu nous montre ainsi qu’il veut que les siens soient exercés. Ce n’est pas la même chose que souffrir avec Christ ou être persécuté, ce qui est une gloire. Mais Dieu veut que nous sachions ce que c’est qu’être fidèle ; il veut nous exercer, nous faire comprendre la grandeur de sa force, en nous mettant dans la nécessité de faire la guerre et de rencontrer des ennemis ; Il veut que nous sachions ce que c’est qu’être fidèles au milieu des difficultés. Si l’on marche dans la mondanité, on ne peut être un peuple céleste ; tel a été le péché de l’Église et Dieu la laisse là. Cela ne signifie pas que nous devions en rester là. Dieu tire ainsi le bien du mal ; car c’est à cause de l’infidélité de l’Église qu’on y trouve de la mondanité. Ce n’est pas Dieu qui l’a fait, mais Il laisse subsister cette mondanité afin de nous exercer, et afin que nous puissions manifester sa fidélité en nous abstenant de tout ce que Dieu a cependant laissé subsister.

Si l’Éternel avait permis que des faux dieux restassent en Israël, ce n’était certes pas pour que le peuple les servît, mais bien dans le but d’exercer la fidélité de son peuple pour les détruire. Or notre foi compte sur la puissance de Dieu, pour que nous ne soyons pas entraînés par l’influence des idoles.

Le peuple ne se trouve pas seulement aux prises avec les attraits du mal, mais avec la puissance de l’ennemi. Dieu veut que nous apprenions la guerre. Soyez bien certains que Satan présentera devant vous des montagnes en apparence infranchissables ; mais la foi reconnaît que Dieu est plus puissant que tout cela. Faire la paix avec Satan est une chose terrible ! Ce n’est donc pas de la joie que nous trouvons dans ces circonstances, mais le combat qu’Il nous faut soutenir. Cela peut parfois nous étonner, et la bénédiction nous semble être plutôt de l’autre côté de la montagne. Mais si nous résistons à Satan, il s’enfuit loin de nous. Du moment que nous sommes fidèles et faisons la guerre à l’ennemi, en nous fiant à la puissance de Dieu, cet ennemi disparaît. Satan n’est pas seulement battu, mais il s’enfuit. Ainsi nous voyons qu’en commençant notre carrière chrétienne, nous devons nous attendre à la guerre. Dieu donne premièrement la joie à l’âme pour la fortifier, mais elle doit s’attendre à la lutte.

Ensuite si nous avons laissé s’implanter quelqu’habitude, si nous avons admis dans notre vie quelque lien qui ne soit pas de Dieu, Il nous fera sentir toute la force de ces choses, par lesquelles à l’occasion nous serons battus et maltraités, et moissonnerons enfin ce que nous avons semé. Mais, du moment où nous découvrons que ces choses viennent de l’ennemi, prenons courage et combattons : Dieu sera avec nous. Nous aurons la victoire. L’ennemi disparaîtra et nous jouirons de la joie et de la paix de Dieu. Ainsi nos propres infidélités sont une occasion pour manifester la fidélité de Dieu, quand, dans Sa grâce, Il nous réveille et nous ramène dans son chemin.


234 - Méditations de J. N. Darby — 2 Pierre 2:1-9 — Délivrance

n°234 : ME 1926 p. 165

Dans le premier chapitre de cette épître, l’apôtre Pierre présente l’espérance du retour de Jésus, comme réalisant l’attente des croyants. En attendant, le Seigneur agit dans les âmes de ceux qu’Il retire du monde ; Satan n’est pas encore lié, et les enfants de Dieu sont affligés par diverses tentations. Notre passage nous parle de la bonté de Dieu manifestée envers un Noé ou un Lot, au milieu du mal.

Dans la gloire, c’est le repos qui est la récompense, et plus nous comprendrons cela, plus nous serons rendus capables de glorifier le Seigneur ici-bas. Mais avant d’entrer dans le repos de la gloire, il y a la souffrance ici-bas. Les versets 16 à 18 du premier chapitre nous parlent de la puissance personnelle de Christ et de sa manifestation personnelle en gloire ; voilà ce qu’est notre espérance ; elle a la puissance de nous sanctifier dans notre marche à travers le monde. Le chrétien doit se conduire comme un homme attendant son Maître, et rejeter tout ce qui est indigne de cette attente. Il a la parole prophétique que son intelligence spirituelle peut lui faire comprendre, mais il a dans son coeur avant tout, la venue de Christ, brillant comme une étoile avant que le soleil se lève.

Mais, comme il y a eu de faux prophètes, il y aura aussi de faux docteurs, reniant le maître qui les a achetés. Il ne s’agit pas là du rachat pour le salut de l’âme ; Jésus est ici comme un maître qui achète des esclaves ; dans ce sens on peut dire qu’il a acheté le monde entier, et qu’il a, comme homme, acquis pour lui-même un droit sur toutes choses. Les méchants renient le maître qui les a achetés et qui a tout droit sur eux. Cette acquisition est le droit de Jésus sur la créature, Dieu lui ayant donné pouvoir sur tous les hommes. Du moment que ceux qui ont porté le nom de chrétiens ont été corrompus, Christ a été blasphémé, et il en sera ainsi jusqu’à ce que Satan ait été lié ; on n’arrivera pas au ciel en endormant Satan. Il faut remporter la victoire, et Dieu veut que la foi soit éprouvée jusqu’à ce que Satan soit lié.

Plus Jésus manifestait d’amour dans le monde, plus il rencontrait d’hostilité ; au commencement il était suivi de foules, pleines d’étonnement et d’admiration ; mais dès qu’il s’est agi de soustraire la volonté de l’homme à la puissance de Satan, Christ a été rejeté et Il a dit : j’ai travaillé en vain (Ésaïe 49). Cela est important, parce que tout en jouissant de la bonté de Dieu, il faut s’attendre à souffrir par toutes sortes de tentations, le coeur ayant toujours de nombreuses racines dans le monde.

Le christianisme est une puissance merveilleuse sur la terre, mais il ne rend pas l’homme heureux. L’essai de rendre l’homme heureux ici-bas dans la relation avec Dieu, a été fait avec les Juifs ; mais il a été démontré que les bénédictions terrestres avaient pour résultat de corrompre le coeur, et de mettre cette corruption en évidence. C’est ce qui a été vu en Salomon. Dieu veut nous soustraire aux choses du monde pour nous conduire au ciel. Le coeur des chrétiens a toujours la tendance de retourner au monde, et c’est pour rompre ces attaches que Dieu envoie les épreuves.

Quand Paul, qui avait été introduit au troisième ciel, est exposé au danger de s’élever, le Seigneur lui envoie une écharde pour lui apprendre à ne pas se glorifier des bénédictions reçues.

Mais le Seigneur sait délivrer de la tentation les hommes pieux (vers. 9). L’apôtre nous donne ici trois exemples de la justice et de la miséricorde de Dieu. D’abord l’exemple des anges (vers. 4) nous montre que Dieu ne peut pas supporter le péché ; or les anges ont péché dans la lumière. Ensuite, le monde ancien détruit par le déluge, et Noé homme d’une justice positive préservé au milieu de cette ruine. En troisième lieu, Sodome et Gomorrhe condamnées, et Lot, ce juste, délivré. Lot n’avait nullement besoin d’être à Sodome. Mais il avait choisi le monde que Dieu a détruit, parce que, la plaine était belle et bien arrosée. Il s’était ainsi éloigné de Dieu ; Abraham avait reçu les promesses, non pas Lot ; l’histoire de ce dernier est très triste et utile à méditer pour tout croyant. Lot se trouvait dans des circonstances pénibles par sa propre faute ; il souffrait parce qu’il aimait le monde. Noé, au contraire, était un homme fidèle qui, exposé pendant cent-vingt ans à la souffrance due aux moqueries du monde, resta fidèle. Du moment que, comme Lot, on choisit le monde en cherchant à s’y faire une place agréable, on s’éloigne de Dieu.

Néanmoins Lot a été sauvé comme à travers le feu. Si nous sommes placés dans une position où nous subissons l’angoisse et le poids du mal, c’est que Dieu veut nous éprouver, innocents ou coupables. Coupables, nous subirons le châtiment outre l’épreuve ; innocents nous aurons affaire à l’épreuve seule ; mais Dieu veut que nous l’honorions dans nos voies, et Il saura délivrer de la tentation ceux qui l’honorent. Sortons de Babylone pour ne pas participer à ses péchés et à ses plaies, et Dieu nous délivrera. Tout ce que nous avons à faire c’est d’être fidèles, soit comme Lot dans la souffrance due à son infidélité, soit comme Noé dans sa marche de témoin fidèle. Mais, quoiqu’il en soit, Dieu saura nous délivrer.


235 - Méditations de J. N. Darby — 1 Pierre 1 — La Joie du Ciel et l’Expérience du Désert

Genève, 20 octobre 1848 — n°235 : ME 1927 p. 240

On peut considérer sous deux aspects la manière dont les enfants de Dieu sont empêchés de jouir de leurs privilèges en Christ. Être unis à Christ, cette vérité seule peut expliquer la grâce qui nous est faite, le bonheur et la gloire qui nous appartiennent et sont décrits dans l’épître aux Éphésiens. Mais l’apôtre Pierre n’envisage pas les enfants de Dieu comme unis à Christ : il les voit traversant le désert où les circonstances sont propres à empêcher la jouissance de la vie chrétienne et la réalisation de la position bénie et glorieuse qui nous appartient. Je suis frappé de la différence entre cette épître et celle aux Éphésiens. Pierre nous parle d’un « héritage incorruptible, sans souillure, inflétrissable, conservé dans les cieux pour nous », tandis que nous sommes encore ici-bas, et, dans l’épître aux Éphésiens Paul nous voit assis dans les lieux célestes en Christ, c’est-à-dire placés à la hauteur de nos privilèges. Pierre ne nous voit pas là : le ciel est bien notre espérance, mais nous n’y sommes pas. D’autre part, Paul dit : Je suis dans les lieux célestes, car si Christ, le chef, la tête y est, le corps y est aussi. Le chrétien peut s’exprimer ainsi ; il ne s’agit plus pour lui d’en sortir. Rien, dit-il, ne me séparera désormais de l’amour de Christ. Si je puis me considérer comme mort, je suis entré par la porte de la croix, laissant tous mes péchés de l’autre côté.

Mais le rachat introduit aussi le chrétien dans le désert, et Pierre, lui, nous présente le ciel comme une espérance ; le chrétien n’y est pas, mais il est en marche pour s’y rendre. C’est pourquoi il ne dit pas, comme Paul, que nous sommes ressuscités, mais que la résurrection est le fondement, le salut des âmes, la fin de notre foi. Christ, dit-il, a remporté la victoire sur la mort. Vous êtes désormais étrangers sur la terre, vous y êtes pèlerins. Il ne voit pas le chrétien assis (Éph. 2:6), mais en voyage pour atteindre le pays de la promesse. Cela aussi est très précieux. Ce n’est pas qu’il faille rien rabattre de notre position, ni en descendre, mais il nous faut considérer les circonstances que nous traversons comme nous rapprochant de Dieu au lieu de les prendre comme nous séparant de Lui.

Celui qui sent toutes les pierres du désert, doit sentir aussi la grâce de n’être plus en Égypte ; il en est sorti. Les difficultés, l’épreuve de la foi, sont tout autre chose que le retour aux distractions d’ici-bas qui produisent, en somme, le mécontentement et les murmures ; et quand il en est ainsi le chrétien ne peut pas dire qu’il jouit de n’être plus en Égypte ; il se plaint des difficultés du chemin, tandis que d’autres sont fortifiés en traversant l’épreuve de la foi dans leur marche à travers le désert.

Telle est la différence entre les épîtres de Pierre et l’épître aux Éphésiens à laquelle nous pouvons ajouter celle aux Colossiens. Aussi Paul leur dit : Vous connaissez les grands principes de la résurrection ; vous êtes morts avec Christ, ressuscités ensemble et vivifiés ensemble avec Lui. La conséquence est, non pas que vous, chrétiens, vous espérez le ciel, puisque vous y êtes, mais que vous espérez encore une chose, « l’héritage, de toutes choses » (Éph. 1:13-19).

Les Colossiens s’étaient un peu affaiblis, en ne demeurant pas attachés au Chef. Quand je ne puis me dire uni à la Tête, je ne puis parler d’être où elle est et je ne puis, par conséquent, dire que je suis au ciel. Le Chef reste toujours immuablement fidèle, mais il n’en est pas de même du Corps. C’est pourquoi Paul leur dit : « Cherchez les choses qui sont en haut, où le Christ est assis à la droite de Dieu » (Col. 3:1-2), et leur rappelle, que « leur vie est cachée avec le Christ en Dieu ».

Les Éphésiens n’avaient pas besoin d’être ramenés ainsi ; l’apôtre leur communique leurs privilèges, mais il exhorte les Colossiens, parce qu’ils n’étaient pas restés attachés au Chef, et que le ciel était devenu pour eux une espérance. Les Éphésiens n’espéraient pas y être : ils y étaient. L’apôtre pouvait leur dire : « Restez à la hauteur de vos privilèges ».

Mais il y a autre chose que la joie de la foi ; il faut que la vie de la foi se réalise et c’est la vérité que l’apôtre Pierre nous présente. Même pour Christ, c’était une toute autre chose d’être sur la montagne ou d’en être descendu pour rencontrer en bas la puissance de Satan. Christ était parfait toujours et partout, mais pour nous la vie de la foi est bien différente de la joie. J’oublie tout dans la joie, mais la vie de la foi consiste à maintenir les principes divins dans les difficultés et vis-à-vis du diable. Nous avons chanté ce cantique : « Jésus est seul ma lumière et ma vie ». C’est une vérité très douce pour l’âme : « Jésus seul », mais combien de choses apportent des obstacles à cela et à ce que notre pèlerinage soit une vie de foi. Nous sommes gardés par la puissance de Dieu pour l’héritage, mais il nous faut marcher pour l’atteindre. Pendant que nous marchons il nous garde, mais il veut que nos coeurs restent journellement dans sa dépendance.

Le salut est fondé sur la résurrection de Christ ; l’objet de ma foi et de mes espérances est en dehors de ce monde. L’apôtre Pierre présente Jésus comme objet à ceux qui croient à l’oeuvre que Dieu a faite par Lui. Il l’a ressuscité ; il est le Dieu Sauveur. Il produit la foi et les résultats de la foi : Nous sommes gardés pour le salut. Cela ne signifie pas seulement que nous sommes sauvés, mais Il va être révélé. Il nous faut marcher pour l’atteindre, et, pour traverser le monde, les affections doivent être tellement concentrées sur Christ que la vue de ce monde perdu et gisant dans le mal, qui nous entoure, perd sa valeur pour nos coeurs à tel point qu’il devienne pour nous un désert.

Tout est ordonné par Lui, même l’épreuve. Dieu n’a pas voulu l’ôter, mais nous faire trouver dans le désert les ressources qui sont en Lui. Réjouissons-nous : le salut est prêt à être révélé. S’il se fait attendre, c’est grâce à la patience de Dieu, mais il est prêt à être manifesté. La Parole, me le dit ; je le sais ; je puis attendre !

Lorsque rien, quant à mes affections, ne se place entre Christ et moi, je partage sa gloire et j’attends d’être manifesté comme lui. Son apparition est tout pour moi ; tout est changé ; le monde lui-même a disparu comme désert de devant mes yeux.

Il n’y a jamais, comme nous l’avons dit, de la joie à traverser l’épreuve, mais Dieu veut par là nous détacher de ce monde afin que nous trouvions notre joie en Jésus. La conséquence est que toutes les ressources de Dieu se développent pour nous pendant le voyage du désert, et que si nous n’avions pas ce dernier, jamais nous n’aurions pu comprendre l’étendue de la grâce. Le désert fait ressortir mes besoins, mais fait ressortir en même temps toutes les ressources qui y répondent.

Vous dites peut-être que vous n’êtes pas à la hauteur de jouir de pareilles expériences. Peu importe, car vous trouverez, lorsque Jésus sera révélé, que l’épreuve de votre foi vous aura tourné à louange, à honneur et à gloire. C’est pourquoi il est dit : Attendez patiemment, afin qu’après avoir fait la volonté de Dieu, vous receviez l’effet de la promesse.

Pouvez-vous dire que dans les diverses circonstances de votre vie vous avez ressenti la joie de la foi ou la puissance de la foi ? Mais, au sujet de cette dernière, il est bon de vous demander aussi si ce que vous traversez est une épreuve ou une distraction. Plus je suis fidèle dans mon union avec la Tête, plus mon esprit est dégagé de toute vaine distraction et plus je comprends ce qu’est la vie du ciel. Alors aussi les épreuves ne sont pas la suite de mon égoïsme, mais celle de ma foi. Est-ce que les épreuves rencontrent chez vous la foi ? L’espérance d’être avec Jésus est-elle aussi vivante, la pensée de notre manifestation avec lui est-elle aussi puissante que par le passé ? Avez-vous les reins ceints pour l’attendre ?

Il nous est doux d’avoir, dans la vie de chaque jour, cette pensée : Je suis en route et j’ai en Christ toutes mes ressources. Tout ce que je rencontre ici-bas m’attache toujours plus à Lui. Il est à moi, et moi je suis à Lui : J’ai connu Celui qui est dès le commencement. Toute l’histoire de ma vie a un nom : « le dépouillement », afin que Christ soit tout pour moi. S’il en est ainsi, nos coeurs seront heureux dans l’épreuve, heureux d’une joie ineffable et glorieuse (1:8) ; ils seront tranquilles et se maintiendront dans la paix.

La conclusion est que nous avons tous une triste nature, mais quelle peine Dieu se donne pour ôter de nos coeurs tout ce qui ne convient pas à sa sainteté !


236 - Méditations de J. N. Darby — Luc 2:1-20 — La Naissance du Sauveur

Lausanne, 29 août 1852 — n°236 : ME 1927 p. 273

Les choses ont une tout autre apparence aux yeux de la foi et aux yeux de la chair. Ce qui était grand pour les hommes, c’était Auguste, qui pouvait à son gré faire d’Hérode un roi ou le révoquer, et mettre tout le monde habité en mouvement en ordonnant que chacun allât à sa ville pour y être recensé. Or ce recensement ne fut pas même achevé, et tout ce mouvement des populations eut lieu afin seulement qu’une humble femme allât avec son fiancé pour être enregistrée à Bethléem. Les plus puissants de ce monde ne font rien, ainsi, qu’accomplir ce que Dieu a voulu. L’important à ce moment-là ce n’était en réalité ni Auguste, ni le recensement, mais le fait qu’un petit enfant naquît à Bethléem. L’éternité y est intéressée ; il n’est pas une âme, qu’elle ait vécu avant ou après, dont le sort ne dépende de ce petit enfant, et qui ne doive avoir affaire avec lui comme Sauveur ou comme juge.

Il s’agit donc pour nous de venir trouver ce petit enfant ; seuls des coeurs simples l’ont trouvé, mais ils sont en présence des anges chantant les louanges de Dieu. Tout parle là de l’état moral où nous sommes, hommes pécheurs : aussi bien toute la vie de Jésus, tous les sentiments de son coeur, jusqu’à la croix, supposent le péché autour de lui. Ce n’est pas vers l’homme innocent qu’il est venu ; sans péché l’homme n’aurait pas besoin de la grâce. Mais il est venu apporter une grâce dont l’étendue est en proportion des besoins de l’homme pécheur, et c’est pourquoi il est né au milieu des hommes dans cet état. Le voici emmailloté dans une crèche, il s’est fait petit pour moi, il est né au sein de l’extrême humilité. Il n’y avait pas de place pour le Sauveur dans l’hôtellerie, et c’est là le signe donné aux bergers : vous le trouverez là où personne n’aurait mis un enfant ! C’est le témoignage d’un amour qui dépasse tout, la misère comme l’égoïsme de l’homme, et c’est la marque que le Sauveur est là. La gloire de Dieu dans les lieux très hauts est vue. Au milieu de ce peuple qui n’a aucune place pour Dieu, Il s’est fait une place pour lui-même, au milieu des hommes et cependant mis dehors par l’homme qui ne veut pas de Dieu. Notre état moral est effrayant : non seulement je ne puis retrouver un chemin vers le ciel, mais Dieu n’a pas de place dans mon coeur, comme le monde n’avait pas de place pour Jésus dans l’hôtellerie où d’autres étaient admis ; eh bien, le Sauveur venant ici-bas accepte dans son amour parfait d’être dehors, et d’avoir là une crèche pour berceau. Cette place d’abaissement, il s’y est mis par sa puissance et par sa bonté, quand la méchanceté de notre coeur l’y a mis. Et c’est en face de ce fait précieux, le Seigneur emmailloté dans une crèche, que l’Esprit de Dieu nous amène. Il nous fait sortir du monde pour regarder à Jésus. Quelle place Jésus a-t-il dans nos coeurs ? S’Il n’y chasse pas le monde, c’est le monde qui chasse Jésus.

Dieu visite les bergers pour attirer leur coeur vers Jésus. Ils suivaient leurs occupations ordinaires qui les tenaient hors du monde agité, mais ils étaient très ignorants, et l’ignorance nous sépare de ce que Dieu fait. Mais Dieu dans sa grâce leur envoie annoncer que le Christ est né : « un Sauveur, qui est le Christ, le Seigneur ». Il est l’accomplissement de toutes les promesses de Dieu ; on ne peut le trouver en dehors de Lui, car l’Homme innocent n’avait pas besoin de promesses, et l’homme pécheur n’a aucun droit à en jouir, tout est dans le second Adam. Si Dieu avait donné des promesses à Abraham et au peuple lorsque celui-ci était en relations reconnues avec Lui, toutes ces promesses sont en Christ, et toutes sont amen en lui. Pour que le pécheur y ait part, il faut la grâce, par laquelle Dieu se montre au-dessus du péché. Le lépreux disait à Jésus : Si tu veux, tu peux me rendre net. Jésus dit : Je veux. Dieu seul peut parler ainsi, et chasser le péché en touchant le lépreux sans être souillé. Dieu a employé tous les moyens possibles pour mettre en évidence cette vérité qu’il est impossible que le Dieu de sainteté entre en relations avec le pécheur sans la grâce qui le sauve ; et pourtant, que de personnes prétendent être en relation avec Lui autrement que par la grâce souveraine ! Dieu a fait passer l’homme par toutes les circonstances on l’on peut le supposer en relation avec Lui, et toujours il a été démontré que cela était impossible à cause du péché. Et c’est dans cet état qu’il nous visite ! De sorte que la démonstration suprême a été celle-ci : lorsque le Fils de Dieu est venu visiter l’homme, il n’a point trouvé de place. Mais il a montré en même temps que l’amour qui était en Lui était supérieur au péché qui était en l’homme.

L’homme ne s’occupe pas du petit enfant, mais tout le ciel est en émoi et s’en occupe. Les anges chantent. Remarquez qu’ils ne disent rien de la gloire céleste de Christ ; ce n’est pas ce sujet-là qui fait résonner le cantique : Gloire à Dieu dans les lieux très-hauts ! Il ne s’agit point de la venue de Jésus en gloire sortant du ciel pour juger le monde. Ce qui émeut le ciel, ce n’est pas un fait céleste, c’est quelque chose qui nous regarde, nous les hommes, ici-bas, c’est l’amour de Dieu envers nous, c’est l’enfant qui est né, c’est la présence de Jésus sur la terre.


237 - Méditations de J. N. Darby — Jean 14:20-31 — « Nous Viendrons à Lui »

Genève 1850 — n°237 : ME 1928 p. 348

Le verset 20 de ce chapitre est de toute importance pour nous. Il nous parle de la connaissance intime, non pas de notre salut, mais du fait que Jésus est en nous, et nous en Lui. Une telle connaissance est le fruit du Saint Esprit dans l’âme. Il y a beaucoup de choses qui se passent dans l’âme en vertu de la présence du Saint Esprit, et si je perdais la conscience de cette présence, ce serait la preuve que chez moi quelque chose n’est pas en ordre. Cette conscience, c’est d’être un avec Jésus ; il est notre seul partage ; c’est le grand principe de notre sanctification. Cette union avec Christ, est une connaissance dont on jouit, bien plus qu’une doctrine. Elle agit puissamment sur nos âmes pour leur donner la paix, le calme et la confiance. Elle influe même sur nos prières.

Ayant par l’Esprit la conscience de la présence de Dieu, je ne lui demande pas qu’il m’approche de Dieu ; mais je Lui expose tous mes besoins. Cela produit chez moi, non la joie bruyante du salut, mais la joie calme de quelqu’un qui est sauvé, et introduit dans la présence de Dieu, avec un coeur habitué à sa présence, et jouissant de son intimité. En un mot c’est la familiarité avec la maison, et non la joie inattendue de s’y voir introduit. Nos coeurs déjà introduits devant Dieu, et un avec Jésus, jouissent en paix de leurs rapports familiers avec Dieu. Il n’y a pas ici un effort pour s’approcher de Lui, mais la jouissance de Son intimité.

Jude ne comprenait pas cela (vers. 22), ni comment Jésus se manifestait aux disciples et non pas au monde. Le Père a un autre amour que celui qui sauve le pécheur, c’est l’amour qu’Il ressent pour son enfant, et même un amour qui trouve en lui quelque chose d’agréable. Un père connaît les besoins de son enfant, et agit d’après ces besoins sans même que l’enfant les manifeste. Si l’enfant se conduit mal, Dieu l’aime malgré ses fautes ; s’il marche selon le coeur du Père, ce dernier prend plaisir à ses voies. Ce qui est agréable au Père, ce qui attire Son coeur, c’est que nous gardions les paroles de Jésus et que nous les aimions. Le Père a mis Jésus à la première place, Il l’aime, et Il aime ceux qui écoutent ses paroles, ceux qui prennent part à son humiliation, et, en un mot, qui l’aiment. Il prend plaisir en eux. Sentir l’affection du Père pour le Fils et être aimé du Père, me tient lieu de tout. Du moment que je plais au Père en écoutant la parole du Fils, je suis entré dans un secret que le monde ne peut connaître et dont il ne peut me priver. Il y a des joies infinies en Sa présence. Ce n’est pas un raisonnement qui démontre que le monde n’est rien ; c’est un système d’affection en dehors du monde. Quel bonheur d’être introduit dans cette région d’affection où le Père aime le Fils et ceux qui gardent la Parole du Fils. « Nous viendrons à lui ».

Un père et une mère ont une affection commune pour un objet commun. Le Père nous aime parce que nous lui sommes précieux comme rachetés au prix du sang de Christ. Le Fils nous aime et s’est donné pour nous. Il dit : « Nous viendrons à lui ». Nous sommes l’objet commun de cet amour du Père et du Fils. Nous partageons l’intérêt commun du Père et du Fils, et c’est un nouveau système de vie, d’affection et de pensées. Le Saint Esprit nous y introduit et il sait demeurer dans les coeurs simples beaucoup mieux que dans les autres. Cela se rencontre quand on suit Jésus en simplicité, et en comptant sur Lui : être là, c’est pénétrer dans les affections de Dieu.

Si le Père et le Fils viennent faire leur demeure chez nous, est-il possible qu’il n’en résulte pas quelque chose de visible ? n’est-il pas évident que quand le Père et le Fils demeurent dans le coeur, il doit y avoir là une séparation réelle du monde, pour que le coeur jouisse de l’union avec Dieu ? On sent que cela est éternel. Cet amour de Dieu peut-il ne pas être éternel ? Il est l’avant-goût de ce que nous possèderons dans la maison du Père pour toujours. Avant que nous y entrions, le Père demeure en nous. L’éternité de cette joie en augmente le prix.

Quand Jésus nous donne la paix (v. 27), Il se donne lui-même. L’âme n’est ni troublée ni craintive. Elle se sent l’objet des affections du Père et du Fils. Elle a la conscience que Dieu est souverain et qu’Il fait concourir toutes choses au bien de ceux qui l’aiment ; que le Père aime le Fils et que le monde a beau s’opposer et mettre tout en oeuvre contre Lui, Dieu fait tout travailler à la gloire de son Fils. Étant en Jésus, nous sommes déjà là où se trouve le but de Celui-ci. Cela donne de la force dans tous les détails de la vie. Rien ne peut nous séparer de l’amour de Dieu en Christ, car c’est notre tout. Le monde n’a de puissance sur nous qu’autant qu’il en a sur notre coeur, et s’il m’ôte la vie, il ne m’ôte que ce que j’ai déjà donné à Christ ; il ne peut pas toucher à la vie éternelle. Nous sommes parfois troublés par la crainte du monde ; cela montre que nous aimons quelque chose d’autre que le Seigneur Jésus ; déracinez en effet, ce qui, en vous, est du monde ; vous en éprouverez du déchirement ; cela nous rend troublés et craintifs, parce que Jésus n’est pas notre tout. Dieu veut arracher de nos coeurs toutes les choses qui ont leur racine dans le monde, et quand cela est fait nous réalisons tout le bonheur qu’il y a de vivre de foi.

On ne pouvait rien ôter à Jésus, parce que Dieu était son tout. Le chef du monde n’avait rien en Lui ; il ne pouvait donc rien faire contre Lui, ni pour le tenter, ni pour le troubler. Remarquez que c’est à la fin de sa vie dans le monde, que Jésus dit cela. Il avait gardé la Parole de Dieu et avait été parfaitement obéissant. Satan l’avait tenté inutilement, puis l’avait quitté pour un temps. Jésus alors avait chassé les démons et obéi à Dieu en toutes choses. Viennent ensuite les jours mauvais, mais quoiqu’Il ait été éprouvé de toutes manières, nous ne voyons en Lui que l’amour et l’obéissance, et le chef du monde n’a rien en Lui.

Demandons-nous si le désir et le principe de notre vie est de dire : Le chef du monde vient et il n’a rien en moi ! Contemplons ce cher Sauveur ; Lui a pu le dire ; cela attirera sur Lui toutes nos affections, et nous serons transformés à son image, de gloire en gloire.


238 - Méditations de J. N. Darby — Psaume 77 — TA VOIE EST DANS LE LIEU SAINT

Genève, 20 octobre 1848 — n°238 : ME 1929 p. 55

Souvent, dans les grandes détresses, l’âme éprouvée chérit sa douleur, et ne veut pas être consolée. Ayant perdu son objet le plus cher ici-bas, elle ne veut être distraite par aucune circonstance extérieure, et repousse toute intervention pour se concentrer dans son chagrin. Mais quand elle refuse les consolations de Dieu, c’est un très mauvais signe.

Aussi est-ce pour l’âme une chose pénible de sentir la main de Dieu sur elle (v. 3) lui rappelant qu’il est Dieu ; elle ne le connaît pas encore comme le Dieu d’amour, mais comme Celui qui l’a trouvée. Elle sent que Dieu la tient, et elle l’avait oublié. Mais alors, elle apprend que Sa voie est dans le lieu saint, et elle est heureuse de voir la majesté, la gloire, la puissance de cette voie qui est le secret de Sa sagesse envers nous. Quand nous nous adressons à Dieu, quand nous crions à Lui, nous sommes sûrs qu’Il nous écoutera. Souvent nous nous attachons plus à la bénédiction qu’au Bienfaiteur qui la dispense ; puis la bénédiction passée, nous éprouvons de nouveau le vide et l’angoisse. Au contraire quand c’est à Dieu seul que nous nous attachons, à Lui seul que nous regardons, jouissant de la bénédiction pour être élevés jusqu’à Lui, Dieu nous reste et suffit à notre coeur, alors même que la bénédiction est retirée. Dans l’épreuve et dans les difficultés de la vie, si le coeur regarde aux circonstances extérieures, le découragement et l’abattement s’emparent de lui ; mais tout change dès qu’il s’attache à Dieu, et reconnaît sa main et sa puissance : Il n’a que Dieu, mais il a tout ce qu’il lui faut.

« La voie de Dieu est dans le lieu saint ». Si Israël se détourne, s’il est infidèle, Dieu ne se détourne jamais ; sa voie est droite en opposition avec les voies détournées d’Israël. Les voies de Dieu partent du sanctuaire, du lieu de sa sainteté, de son amour, de sa justice. Le chrétien sait cela, et s’y repose. Si même nous ne comprenons pas souvent ces voies, surtout si elles sont « dans la mer », où nous ne pouvons en distinguer les traces, nous savons que toutes choses concourent ensemble au bien de ceux qui aiment Dieu.

Plus le chrétien avance dans la connaissance de l’amour de son Dieu, mieux il comprend pourquoi Dieu agit ; mais le plus simple et le plus ignorant doit se souvenir que les voies de Dieu sont dans le lieu saint.

La gloire de Dieu et la bénédiction de son peuple sont inséparables selon les conseils de Dieu ; mais ici-bas la gloire de Dieu et la bénédiction extérieure du peuple de Dieu ne sont pas toujours réunies à cause de l’infidélité de ce peuple. Aussi est-ce Sa gloire que nous devons avoir en vue par-dessus tout et avant tout.

Le verset 10 doit être compris ainsi : « Et je dis : c’est ici mon infirmité », de croire que la droite du Souverain n’est plus la même. Je veux rappeler les actes de l’Éternel, ses oeuvres, ses merveilles. Remarquons encore, qu’il ne s’agit pas dans ce Psaume de Juda seulement, mais d’Israël tout entier, qui se souvient des voies de Dieu et du temps où Il conduisait son peuple à travers la mer Rouge au milieu des épreuves et des difficultés. Ce souvenir ranime sa foi. Puissions-nous, nous aussi, ne pas oublier que toutes ses voies sont dans le sanctuaire.


239 - Méditations de J. N. Darby — Philippiens 4 — La Paix

Lausanne, 28 septembre 1856 — n°239 : ME 1929 p. 133

L’apôtre, au moment où il écrit cette épître, avait été deux ans en prison à Césarée, puis deux ans à Rome. Dans cette position Dieu le rendait tout aussi utile pour l’Église que par ses travaux actifs. C’est, en effet, de sa captivité que sont datées les épîtres aux Éphésiens, aux Colossiens, aux Philippiens, aux Hébreux, à Philémon et la seconde à Timothée. Il y a dans ces épîtres, tout un développement des pensées de l’Esprit. L’épître aux Éphésiens nous présente l’Église avec Christ dans les lieux célestes, celle aux Colossiens, Christ la Tête ; dans celle aux Philippiens nous avons le développement des plus douces affections, quoiqu’il y eût aussi des misères à Philippes, où Évodie et Syntiche étaient peu d’accord ensemble. Nous ne trouvons pas dans cette épître la doctrine, mais les circonstances, dans lesquelles les chrétiens se trouvent.

Le fardeau de Paul était de ne pouvoir vaquer aux soins de l’Église, mais le résultat de tout cet exercice est pour lui la paix et la joie. Examinons quel en est le fondement.

Aux v. 4 à 7 de notre chapitre, l’apôtre écrit : « Réjouissez-vous toujours dans le Seigneur ; encore une fois, je vous le dirai : réjouissez-vous. Que votre douceur soit connue de tous les hommes ; le Seigneur est proche ; ne vous inquiétez de rien, mais, en toutes choses, exposez vos requêtes à Dieu par des prières et des supplications avec des actions de grâces ; et la paix de Dieu, laquelle surpasse toute intelligence, gardera vos coeurs et vos pensées dans le Christ Jésus ». Il ne dit pas que leurs coeurs garderaient la paix de Dieu, mais que la paix dans laquelle Dieu se trouvait, Lui qui ne peut être ni troublé, ni inquiété par quoi que ce soit, remplirait leurs coeurs.

Leur joie devait être dans le Seigneur, non dans les circonstances, et devait porter ce caractère. En prison, séparé de l’Église, et de la prédication de l’Évangile, privé de son activité, le chemin de l’apôtre était comme fermé d’une barrière infranchissable. Il avait à trouver que, quoiqu’il en fût, le Seigneur lui suffisait. Plus il était dans les peines et les difficultés, plus il avait de sujets d’inquiétude, plus aussi il trouvait une joie et une paix que rien ne peut atteindre. Sa joie était dans le Seigneur, preuve qu’aucune angoisse ne pouvait s’emparer de lui.

C’est le caractère de la joie dans le Seigneur de découler d’une source intarissable située si profondément que rien ne peut la troubler. D’autre part dans la paix de Dieu, tout se rapporte à Lui. Dieu était-il troublé ? Ne savait-il pas ce qu’il fallait faire ? Oubliait-il son Église ? Celui aux mains duquel l’apôtre remet tout, lui montre que, dans sa faiblesse, il peut se reposer en Dieu qui pense à l’Église et en prend soin. Il faut une confiance complète en Lui pour pouvoir dire : « La paix de Dieu qui surpasse toute intelligence gardera vos coeurs ». Paix infinie comme l’amour de Christ ! (Éph. 3:19). Quelle chose merveilleuse de pouvoir dire : Cette paix est la paix de Dieu ! Ce n’est pas qu’il n’y ait pas pour moi d’inquiétudes, mais, quelles qu’elles soient, elles ne sont pas trop fortes pour Dieu, quand le coeur cherche sa ressource en Lui.

Pour être gardé dans la paix de Dieu, il faut avoir la paix avec Dieu qui est le fondement de tout, et c’est ce que nous allons examiner.

La paix avec Dieu ne peut se trouver dans un coeur qui a la conscience du péché et se fonde sur quelque chose qui soit en lui-même. On ne pourrait avoir, dans cet état, que la paix sans Dieu. Une conscience endurcie, une conscience troublée ou une conscience parfaite devant Dieu, telles sont les trois positions dans lesquelles l’homme peut se trouver. L’oubli de Dieu n’est pas la paix, car, du moment que je pense à Lui, toute tranquillité disparaît. Aussi le pécheur cherche-t-il à s’étourdir pour ne pas avoir affaire à Dieu, mais l’inévitable jugement arrivera tout de même. Nul homme, ayant affaire à Dieu ne peut se tenir en sa présence. De là l’oubli, ou l’endurcissement du coeur. Au fond, l’homme sait parfaitement bien qu’il n’a pas la paix, aussi la seule paix dont il lui soit donné de jouir, c’est de ne pas penser à Dieu. Êtes-vous dans la présence de Dieu, dont la pleine et parfaite lumière luit sur votre coeur ? C’est la paix d’une conscience parfaite. Mais vous dites : J’ai conscience du péché. Dans ce cas, vous ne pourriez pas dire que la présence de Dieu ne réveille chez vous aucune inquiétude. Quelle chose terrible, que cette présence, le seul bonheur du ciel, quand on n’a pas la paix ! Pouvez-vous désirer, n’étant pas en paix avec Dieu, d’aller au ciel ? Qu’y ferez-vous en présence de Dieu, de Celui qui, dès que vous pensez à Lui, détruit totalement votre paix ?

Comment donc avoir une conscience parfaite devant Dieu ? Vous ne le pouvez, ni un seul jour, ni un seul instant, par vos efforts qui jamais ne vous procureront la paix. La grâce seule la donne, parce qu’elle a fait la paix. L’homme ne peut être en paix avec Dieu dans le péché qu’il ne peut cacher ni à Dieu, ni à lui-même. Il faut que le péché soit ôté, parfaitement ôté, pour que vous ayez affaire à la bonté de Dieu ; il faut qu’il soit ôté pour que Dieu ne le voie plus, et ne puisse jamais le voir. Pouvez-vous faire cela ? Pouvez-vous vous rendre innocent, ou devrez-vous dire comte Job : « Il n’y a pas entre nous un arbitre qui mettrait sa main sur nous deux ? » (Job 9:33). S’il faut que le péché soit ôté de telle manière que Dieu ne le voie plus, il faut que Dieu l’ôte. Vous ne le pouvez, ni personne, sauf Dieu seul, s’il l’ôte selon sa propre perfection. La grâce a pensé au péché et l’a entièrement ôté et détruit. Autant Dieu est saint, autant il a parfaitement ôté le péché dont il s’est occupé. Il a fait la paix par le sang de la croix.

Quelle est la valeur du sang ? Dieu suppose-t-il qu’il reste un peu de péché ? Non, le sang de Jésus Christ a fait la paix, la paix avec Dieu. Dans la mesure de sa sainteté, Dieu a ôté le péché ; comme il ne veut pas le péché en Sa présence, il ôte Lui-même le péché pour toujours en m’introduisant devant Lui par sa grâce.

Il est nécessaire, pour que j’en jouisse, que je me reconnaisse incapable d’avoir, par moi-même, la paix avec Lui : quand il m’a lavé dans le sang de l’Agneau, il ne reste pas devant Lui un seul péché qu’il puisse voir. Christ a fait par lui-même la purification de mes péchés selon sa propre perfection ; voilà une paix parfaite avec Dieu. Il m’a aimé et a montré cet amour en étant fait péché pour moi. Son amour dépend, non de ce que je suis, mais de ce qu’Il est. J’ai une conscience parfaite, parce que Dieu l’a purifiée et je sais qu’Il m’aime, parce qu’Il a tiré cela du fond de son propre coeur. Jésus a dit : « Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix », sa propre paix à Lui : la paix qu’Il a faite, Il me l’a donnée.

Dieu ne peut pas me juger pour les choses dont Il m’a purifié. Il vous faut savoir cela. Pouvez-vous marcher avec un Dieu qui vous fait peur ? Nous avons la simple assurance que la paix que Dieu a faite ne peut être détruite, parce qu’Il a mis de côté le péché pour toujours.

Outre la paix avec Dieu, il y a la paix de l’âme, dans la conduite de chaque jour. Si je fais ce qui déplaît à Dieu, ce n’est pas que je doute de son amour, mais je ne puis être satisfait. Si je crois que Dieu a donné son Fils, et que son sang a été répandu pour moi, cela ne me fait pas douter de son amour, quand j’ai péché, puisque c’est pour ce péché que Jésus s’est donné lui-même, mais cela me montre le péché sous un jour abominable. Comment commettre avec légèreté le péché qui a fait agoniser Christ sur la croix ? Je sais que le péché ne peut m’être imputé, mais cela me donne un jugement du péché plus pur, plus profond, parce qu’il a été imputé à Christ qui a souffert pour l’ôter. Telle est la différence entre la douleur d’avoir péché, propre au chrétien, et une mauvaise conscience en présence du jugement.

Je voudrais encore parler d’un sentiment qui est loin d’être pur. Vous avez péché et vous en êtes douloureusement affecté. Est-ce parce que vous avez déplu à Dieu ? Non, mais parce que vous avez détruit par là votre bonne opinion de vous-même. Ce sentiment est très fâcheux. Quelle chose laide que notre coeur ! Combien il est trompeur et rusé, et combien il entre du moi même dans notre chagrin au sujet du péché ! La paix pratique est détruite, jusqu’à ce que le péché soit jugé pour lui-même, jugé à cause de ce que Dieu est, à cause de Sa gloire et de la gloire de Christ. Et tant que la gloire de Dieu n’a pas remplacé notre propre gloire, nous n’avons pas de paix réelle. Une fois la gloire de Dieu rétablie dans le coeur, la paix redevient parfaite et l’âme est restaurée. Vous avez le même jugement que Dieu au sujet du péché, et la communion est restaurée.

Il y a encore un autre point. Vous pouvez n’avoir rien sur la conscience, mais, comme nous tous, vous avez la chair en vous. On voudrait ceci ; on voudrait cela. La volonté n’est pas brisée ; on n’a pas la paix, on s’inquiète aujourd’hui d’une chose dont, dans une semaine peut-être, on ne s’inquiètera nullement. Le coeur n’a pas la stabilité nécessaire pour pouvoir traverser ce pauvre monde sans inquiétude. On se casse la tête pour savoir que faire, quand il n’y a rien à faire du tout. La volonté veut diriger les choses à sa façon. Les affections, les convoitises peut-être, ne sont pas satisfaites. Où trouver une réponse à tout cela ? On ne peut changer ni le monde, ni soi-même. L’homme a perdu son centre, Dieu, et il ne peut avoir de repos. Christ est notre centre retrouvé. Il a traversé pour moi les circonstances où je me trouve, rencontré les mêmes tentations, les mêmes difficultés auxquelles mon égoïsme s’arrête, mais avec un coeur où l’égoïsme n’avait aucune place. Il veut remplir notre coeur. S’agit-il de ce monde, mon coeur est trop grand pour lui, car tout y est vanité et rongement d’esprit. Le monde est vide ; on ne peut se remplir du vide, ou se remplir d’inquiétude. Christ seul peut remplir le coeur, mais si ce dernier est trop grand pour le monde, il est trop petit pour Christ. Avec Lui, c’est le repos, repos d’autant plus parfait que les circonstances sont plus pénibles. J’ai trouvé un ami et mon coeur est occupé d’autre chose que de moi-même ; je me réjouis dans le Seigneur. Plus on est dépouillé de soi, plus le coeur est satisfait. Quand le coeur est avec le monde, il n’y trouve rien qui le remplisse : quand il est avec Jésus, il est trop petit pour le contenir et Christ le remplit jusqu’à le faire déborder. Ah ! j’ai donc enfin trouvé ce qu’il me faut ; je suis guéri des affections vagabondes et stériles. J’ai un objet qui me purifie et qui s’attache mes affections : je n’ai pas besoin d’autre chose !

Réjouissez-vous dans le Seigneur ; vous avez de quoi ; mais si votre coeur vous détache de Christ, Dieu ne vous rendra pas heureux loin de lui. Il ne peut reconnaître de telles affections. Il nous a donné Jésus au milieu des circonstances dans lesquelles nous nous trouvons afin que nous possédions une source éternelle de bonheur intérieur en Celui qui, ayant connu nos inquiétudes, les prend toutes sur Lui sans en sentir le poids. La source en est tarie : Dieu est pour moi. Si j’ai un souci et que je ne sache que faire, je vais à Lui. Il a tout réglé d’avance. Aucun passereau ne tombe en terre sans sa volonté ; les cheveux même de notre tête sont tous comptés et nous ne pouvons en faire devenir un seul blanc ou noir. Apporte-moi, dit-il, tes inquiétudes, elles ne m’inquiètent pas, moi. Je m’en charge et ma paix remplira ton coeur.

Dieu est tellement pour moi, que je n’ai pas besoin de m’inquiéter de quoi que ce soit, non par indifférence, mais par confiance en son amour infini.

Serez-vous inquiets, si vous avez à chaque instant la certitude parfaite que Dieu s’est occupé de vos affaires ? Ce qui manque à l’homme, parce qu’il a abandonné Dieu, c’est de savoir que Dieu est pour lui. Dieu avait donné à l’homme les choses terrestres pour en jouir présentement et, de fait, il a cru le Diable. Alors Dieu lui dit : Tu portes désormais les conséquences et les peines de ta méfiance à mon égard. Il faut que tu me croies. Il faut que tu jouisses de ma bonté par la foi. Pour que nous en jouissions, Christ est venu au milieu de toutes les conséquences de notre infidélité et il y a été pour nous. Ce qui manque à l’homme, c’est la simplicité de la foi. Je sais qu’il est pour moi ; je puis être avec Dieu.

Occupez-vous, ajoute l’apôtre, de toutes les choses vraies, vénérables, justes, pures, aimables ; si vous le faites, le Dieu de paix sera, avec vous (v. 8-9). Ce n’est pas seulement que la paix de Dieu remplira notre coeur : étant faibles, nous avons besoin de Dieu lui-même, dans le monde où nous vivons.

Que Dieu nous donne de comprendre en simplicité le fondement de toutes ces bénédictions : Christ a fait la paix par le sang de sa croix. En vertu de son oeuvre, la conscience est rendue parfaite devant Dieu pour toujours. Le coeur compte sur Lui, est restauré s’il faillit, et, quand une difficulté surgit, il trouve la joie dans le Seigneur et la paix qui garde son coeur.


240 - Méditations de J. N. Darby — Luc 2 — Gloire à Dieu dans les Lieux Très-Hauts !

n°240 : ME 1929 p. 256

Les anges sont occupés de Lui. Ils ne s’occupent pas, du péché de l’homme. Ils ne parlent point de l’inhumanité de ceux qui laissent ce petit enfant dans la crèche. Mais, occupés de Jésus, ils voient la création délivrée du mal. Il y a là un principe important : penser à Jésus a la puissance de faire oublier même le péché. Comment me soustraire aux souillures et à toute la misère du péché ? Le seul moyen, c’est que Jésus m’occupe au point de m’empêcher de penser à ces choses. Ce n’est point là de l’endurcissement, mais le coeur qui s’affaissait sous le poids du péché a maintenant un objet qui peut le remplir, l’objet qui occupe les êtres célestes ! On ne voit que la grâce.

Le mal n’a pas cessé, ce n’est pas le paradis terrestre revenu, mais je m’occupe de l’amour de Dieu, je le vois surmontant le péché dans la pire manifestation de celui-ci, et l’ôtant. Que je contemple la crèche ou la croix, je trouve bien la haine de l’homme contre Dieu, le péché dans toute son horreur, mais combien la bonté, la grâce, l’amour de Dieu le dépassent ! Il y a, là pour moi délivrance, sanctification et joie. Et il en sera ainsi dans les détails de la vie, cela est très précieux : c’est toujours la puissance de Jésus qui délivre. Dans les soucis, les difficultés, la foi introduit Jésus, trouve là sa force, et le coeur se repose. Y a-t-il beaucoup de coeurs ici qui se reposent ? Vous ne le pourriez, ni ne le devriez, si vous avez conscience d’être au milieu du péché. Mais lorsqu’on trouve le Seigneur Jésus dans le lieu même du péché, dans ce monde, le coeur peut se reposer, rempli de sa pensée. Cela s’applique à toutes les circonstances de la vie et à tous les besoins du coeur. Dieu veuille que nous l’éprouvions davantage.

Les anges sont ainsi occupés exclusivement de ce que Dieu fait, de la venue de Jésus en grâce. « Gloire à Dieu dans les lieux très hauts ! » Jamais Dieu n’a été glorifié de cette manière. En un sens, Dieu est glorifié dans la création qu’il a tirée du néant, mais ici il vient créer à nouveau ce qui avait été déshonoré par le péché. Il n’est pas seulement au-dessus du néant, il est au-dessus du mal. Alors que Satan est le prince de ce monde, la faiblesse de Dieu est plus forte que ce monde et son prince, et un enfant dans une crèche est le Sauveur ! Il trouve dans le mal même, déploiement du pouvoir de l’ennemi, l’occasion de manifester l’impuissance absolue de l’homme, et de montrer sa toute-puissance à lui. Quant à son amour, sont-ce les anges qui en sont les objets ?

C’est l’homme qu’Il visite, l’homme qui ne veut pas de Lui. Les anges ont vu dans la naissance de Jésus un amour dont ils n’avaient aucune idée. « Gloire à Dieu dans les lieux très hauts ! » Dieu manifeste son amour en ce que lorsque nous étions encore pécheurs, Christ est mort pour nous. Tout était gâté, l’ennemi était venu, et il pouvait croire les plans de Dieu écartés, se réjouir que tout fût ruiné ; les anges voyaient cette ruine de ce que Dieu avait fait. Mais ici ils voient Celui qui vient pour accomplir les conseils de Dieu. Ces desseins de Dieu vont trouver leur réalisation par le fait même que le péché a tout détruit. L’homme n’y est pour rien, c’est Dieu qui est à l’oeuvre dans son amour. « Gloire à Dieu dans les lieux très hauts ! » Je sais où est cet amour, je puis contempler Dieu de près : l’enfant est dans la crèche, venu tout près de moi qui ai besoin de l’amour divin. Il nous l’a apporté pour que nous en profitions, que nous le possédions. C’est là ce que les anges n’avaient jamais vu encore, et ils célèbrent Dieu comme ils ne l’avaient jamais célébré.

« Paix sur la terre ! » Que Jésus fût là assurait aux anges l’établissement de la paix ici-bas. L’homme l’a rejeté (aussi ne voyons-nous pas la paix établie maintenant) et il fallait qu’Il fût rejeté pour que la paix fût obtenue. Mais ce n’est pas la question ici. Tout dépend de la présence de Celui qui est là dans la crèche. Du moment où je vois en Jésus la grâce venue au milieu des hommes, j’ai la certitude absolue de l’accomplissement des desseins de Dieu en lui, et je vois d’avance la paix sur la terre. Quel bonheur pour nos coeurs de voir les effets de la grâce en Sa personne ! Cela aussi est de toute importance en pratique. Si mon coeur s’éloigne de Jésus, me voilà occupé de moi, et il n’y a que doute et que trouble. Mais je pense à lui, me voilà assuré qu’il me prendra à lui, que je serai tel qu’il est. C’est en lui seul que j’ai cette assurance. En lui j’ai la nouvelle vie, et la gloire m’appartient. Par cette assurance je ne fais, remarquez-le, qu’attribuer à Jésus la gloire qui lui revient : le Fils de Dieu est venu dans ce monde, et comment cela n’entraînerait-il pas des résultats certains ? Il est là Lui-même, somme de la gloire, certitude de toute espérance, et c’est Lui que je possède. Les anges célèbrent la paix sur la terre en regardant à Lui : elle était renfermée dans Sa personne.

« Bon plaisir dans les hommes ! » Quelle merveille ! Non seulement il y a gloire pour Dieu, paix et repos pour le coeur, mais voici que sont révélées les pensées de Dieu. Cela ne doit-il pas être une source infinie de jouissance pour moi que de connaître les pensées de Dieu ? Ayant maintenant la paix de la conscience, j’apprends à connaître le Dieu qui m’a donné cette paix, j’apprends ses pensées. Et quelles pensées ? Son bon plaisir est dans les hommes. Ce bon plaisir s’est trouvé, non dans les anges, mais dans les hommes. Il est devenu un homme dans la personne de son Fils. Il a voulu être un petit enfant dans ce monde, croître en sagesse et en stature. Le bon plaisir de Dieu est dans l’homme, j’en ai la certitude en voyant que Jésus est né homme dans ce monde. Il a visité l’homme et non les anges de cette manière. Il s’est intéressé à l’homme et il a voulu que l’homme le comprît. Si un ange veut voir l’amour de Dieu, il lui faut regarder ici le petit enfant. Voilà manifesté le bon plaisir de Dieu, toute la satisfaction de son amour dans toute son étendue. Dieu est connu, le coeur qui a connu Jésus sait où l’affection de Dieu se repose, c’est dans les hommes en la personne de Jésus, et ceux qui sont à lui participent à ce bon plaisir.

Avez-vous trouvé tout cela avec les anges, comme les bergers ? Ceux-ci montrent de la foi. « Allons voir cette chose qui est arrivée ». Et ils vont voir l’enfant dans une crèche ! Cela nous met en dehors de ce monde et de tout ce qu’il admire, mais nous fait trouver la source de toute joie. Si le coeur s’égare ailleurs, il n’est point de Sauveur.

Avez-vous vu Dieu glorifié si parfaitement que votre pensée peut s’arrêter avec Lui sur un objet qui est entièrement en dehors du péché ? Votre coeur a-t-il trouvé cette paix qui n’est pas maintenant dans ce monde, mais que Christ a faite par le sang de la croix, en ôtant le péché par le sacrifice de lui-même ? C’est là ce que les anges ont célébré, et ce que je suis heureux de croire. Il est venu vers moi, et c’est quand Il a quitté les anges pour venir vers moi que ceux-ci ont pu le célébrer, mais maintenant je le connais mieux qu’un ange, qui ne peut le connaître qu’extérieurement pour ainsi dire, alors que, entrant dans le secret de son coeur, je jouis de son bon plaisir en Jésus.

Dieu vous donne de connaître, de comprendre et de savourer son amour qui a surabondé dans ce don de Jésus. Qu’Il vous donne par là de chanter Sa gloire, la paix, le bon plaisir divin, déjà sur la terre puisque c’est sur la terre que Jésus a été vu. « C’est ici la vie éternelle, qu’ils te connaissent seul vrai Dieu et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ ».


241 - Méditations de J. N. Darby — Lévitique 14:1-20 — La Purification du Lépreux

Lausanne, 19 septembre 1850 — n°241 : ME 1930 p. 113 / 140

Nous avons à apprendre beaucoup dans ce chapitre quant à la perfection de la position dans laquelle Dieu nous place. En effet, nous trouvons ici, en type, comment la conscience est nettoyée et jusqu’à quel point elle peut l’être. En d’autres termes, de quelle façon nous pouvons nous tenir en la présence de Dieu.

Le sujet est la purification du lépreux. Le péché a deux caractères : souillure et culpabilité. D’un côté, responsables devant Dieu de nos actes, nous sommes coupables de violer Sa volonté. D’un autre côté, Il est lumière, le péché souille l’âme, et il est impossible de concilier la présence de Dieu avec cette souillure due au péché.

La lèpre nous présente le péché sous ce caractère de souillure. L’effet de cette souillure est de nous séparer de toute manière de la présence de Dieu. Le lépreux était hors du camp, placé en dehors de toute relation avec Dieu et avec le lieu où Sa présence se manifestait. Rien de souillé ne peut entrer là. Le sacrificateur lui-même doit sortir pour s’occuper du lépreux. Lors même que celui-ci, déjà net en un sens, peut entrer dans le camp, il y a encore quelque chose à faire pour sa purification. Dieu a les yeux trop purs pour regarder l’iniquité, et tant que l’âme n’est pas entièrement purifiée de toute trace de la souillure qu’apporte le péché, elle ne peut se tenir devant Lui. Mais Dieu a pourvu pleinement à cette purification, et c’est ce que nous allons considérer.

Tant que le lépreux est dehors, il n’y a pas de sacrifice brûlé pour lui. Le sacrificateur prend deux passereaux. L’un est égorgé sur de l’eau vive. L’autre est trempé dans le sang qui a été recueilli dans cette eau vive ; il en est fait aspersion sur l’homme. Remarquez cet emploi de l’eau purifiante pour l’aspersion. Celle-ci exigeait le sang, mais l’opération est faite avec de l’eau. L’eau est la puissance purifiante de l’Esprit de Dieu, car l’eau vive est toujours un symbole du Saint Esprit agissant par la Parole ; on comprend d’ailleurs que cette Parole ne puisse avoir d’efficace si elle n’apporte pas toute l’efficace du sang de Christ. Christ « est venu par l’eau et par le sang ». La purification est impossible, moralement, sans l’expiation, parce que, sans elle, le péché ne serait pas jugé du tout. Si je n’ai pas compris la condamnation du péché en Christ, j’ignore absolument ce qu’est le péché. Le sacrifice est nécessaire pour que la Parole agisse dans le coeur. L’homme montre son total éloignement de Dieu en ce qu’il appelle péché cela seulement qui fait tort à l’homme, et ne se préoccupe pas de ce qui est contre Dieu ; il n’y voit rien ; peu importe la religion, pourvu qu’on soit heureux ; je puis laisser Dieu de côté pourvu que je n’en souffre pas. Cette manière humaine de juger du péché prouve que Dieu est complètement ignoré. Mais c’est la mort de Christ qui nous montre ce qu’est le péché aux yeux de Dieu.

Avec l’oiseau vivant, du bois de cèdre, de l’écarlate et de l’hysope, étaient trempés dans le sang. Du cèdre, grand arbre, à l’hysope, plante minuscule, nous avons un résumé de toute la création. L’écarlate est un signe de la gloire royale. Tout cela est trempé dans le sang. L’homme est éloigné de Dieu, et tout ce qui tient à lui doit être purifié. Désirs du coeur, gloire de l’homme, de la nature, intérêt, pouvoir, tout ce dont l’homme fait cas, s’est réuni pour crucifier Christ. Le monde entier est jugé pour moi si je vois dans la croix la chose la plus précieuse aux yeux de Dieu. L’apôtre se glorifiait « en la croix de notre Seigneur Jésus Christ, par laquelle, dit-il, le monde m’est crucifié, et moi au monde ». Tout objet auquel le coeur de l’homme s’attache est marqué par là même de la tare du péché et est jugé.

Cela est appliqué au coeur par la puissance du Saint Esprit, figurée par l’eau vive. Comment le coeur serait-il disposé à confesser un homme cloué à un gibet ? Mais le Saint Esprit fait comprendre que tout le propos du coeur est péché, que Jésus Christ a été crucifié par ces choses et pour ces choses. Nettoyé par la Parole, dans le lavage de la régénération, on reçoit la vie de Dieu en vertu du sacrifice de Christ.

Tout est basé sur ce sacrifice. C’est parce que Christ s’est donné pour nous, que le Saint Esprit a une parole à nous adresser. Sans le sacrifice de Christ, l’amour de Dieu ne pourrait s’exercer, et l’Esprit n’aurait rien à nous dire pour le salut. Mais le sang a coulé, l’aspersion peut être faite sur celui qui doit être nettoyé. Cela avait lieu sept fois pour le lépreux guéri. Tout est ôté, la preuve est faite de la sincérité du coeur, content de faire le sacrifice de tout ce qui est souillé du péché comme étant soi-même.

Une fois purifié, ses vêtements et son corps lavés, l’homme pouvait entrer dans le camp. « Il sera pur », est-il dit (v. 8). Le pécheur, régénéré en vertu du sacrifice de Christ, est pur aux yeux de Dieu. Ayant jugé le péché dans sa racine, le voyant comme Dieu le voit, il est introduit par grâce dans le lieu même de la présence de Dieu. C’est Dieu qui déclare : « Il sera pur ». Ainsi Jésus pouvait dire à ses disciples : « Vous êtes tous nets ». Ils étaient bien ignorants, mais parce qu’ils avaient cru la parole et la personne de Jésus, ils étaient nets, avant même que le sacrifice de Christ eût été offert. Ils n’avaient pas compris cela, mais ils L’avaient cru, Lui. Et c’est là ce que nous sommes appelés à croire ; la personne du Seigneur est le seul objet présenté à la foi. Ce n’est pas, remarquez-le, le sang de Christ, c’est la personne de Christ. Il s’agit de croire que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu. À quiconque le croit, Dieu applique la valeur du sang qui purifie, mais il est net dès qu’il a reconnu Christ. L’ignorance des disciples quant au fondement de leur purification n’empêche pas l’affirmation du Seigneur : « Vous êtes nets ». La connaissance est importante pour affermir la foi, et Dieu veut la produire, mais c’est Lui qui déjà a déclaré net le croyant avant que celui-ci en ait conscience. On voit même que le premier effet de la foi peut être une extrême angoisse. Pierre dit aux Juifs : « Vous avez renié le Saint et le Juste ». Les voilà au désespoir. Pourquoi ? Ils reconnaissaient que Jésus était le Messie, et ils l’avaient rejeté ! Ils croyaient en Lui, mais Il était Celui qu’ils avaient crucifié ! Ils avaient besoin de comprendre que le sacrifice de Christ les purifiait du péché même de l’avoir mis à mort. Si j’ai négligé Christ toute ma vie, je serai angoissé en découvrant la gloire de sa personne, tant que je n’aurai pas compris la valeur de son oeuvre. Mais Dieu, je le répète, applique la vertu de cette oeuvre à quiconque croit, avant qu’il ait compris celle-ci. Puis la Parole lui fait comprendre que désormais il est « tout net ». Ainsi l’homme est régénéré — la lèpre étant guérie — en vertu du sacrifice de Christ, et la Parole appliquée à nos coeurs nous introduit en la présence de Dieu, comme étant nets. Cela va plus loin que la régénération : le péché qui nous arrêtait, est jugé, l’accès à Dieu nous est ouvert à cause du sacrifice de Christ.

Que rencontre-t-on constamment ? Un homme est régénéré ; mais il commence par examiner s’il est bien régénéré, il ne fait pas intervenir Christ, il cherche en lui-même le fruit d’une vie nouvelle, sans regarder, pour y fonder sa paix avec Dieu, à ce que Christ a fait. Cela le trouble. Pourtant l’oeuvre est accomplie, il est régénéré. Pour s’approcher de Dieu en liberté, il lui faut comprendre la valeur de cette oeuvre de Christ, par laquelle il est crucifié au monde et au péché, et que précisément la régénération est l’introduction directe et réelle de l’âme là où Dieu se trouve, sans conscience de péché. Il n’y a qu’à se reposer hardiment sur la Parole qui le déclare.

C’est là ce que présente en figure le lépreux guéri qui, après s’être lavé, entre dans le camp. Mais il habite sept jours hors de sa tente (v. 8). Il n’a pas encore la pleine jouissance du camp. Le chrétien est chez lui dans le camp de Dieu, sa tente est une partie de ce camp, il n’est pas un étranger là où Dieu se trouve ; l’enfant ne s’étonne pas qu’il y ait du pain sur la table paternelle et il en mange. Pourtant avant d’arriver à la pleine liberté de celui qui est chez lui dans le camp de Dieu, de nouvelles expériences sont nécessaires. « Il habitera sept jours hors de sa tente ».

Il est pur, mais il n’est pas à son aise, pas au large devant Dieu. Il doit être amené, par la foi, dans toute l’intelligence de ce que Christ a fait pour lui, et dans la jouissance des résultats de cette oeuvre. Il est accepté, il y a des relations établies entre lui et Dieu ; mais il faut, pour qu’il y ait pleine liberté et pleine paix avec Dieu, que sa conscience soit purifiée. Il faut qu’il apprenne à connaître Dieu lui-même sous un jour nouveau, pour venir sans arrière-pensée à Sa maison. En d’autres termes, il faut qu’il jouisse, dans leur réalité, de ses relations qui sont établies avec Dieu.

Ce qui entrave sa liberté vis-à-vis de Dieu, c’est la pensée des péchés commis. Je vois telle et telle faute, telle habitude de péché, tel péché particulier, et je vois dans ces choses la cause des souffrances de Christ. Sans doute, je suis dans le camp, objet de la grâce, en rapport avec Dieu, je sais que Christ a souffert pour ces choses, et qu’elles ne me seront pas imputées. Mais la pensée d’avoir fait souffrir Christ me poursuit. Il a dû souffrir parce que j’ai commis cela ! Il a été en agonie ; il a été abandonné, à cause de cela ! Mon âme voit l’horreur du péché, et je me trouve jugé par moi-même, me reprochant les fautes pour lesquelles Dieu m’aurait jugé si Christ n’était pas mort pour moi.

Ce travail peut être long. Il faut qu’il soit profond. Je n’ai d’abord devant moi que des choses positives, et dont j’ai honte en pensant que Christ a souffert à cause d’elles. Mais je pense qu’il en est dont le souvenir s’est perdu… Plus encore, il en est que je ne sais pas même voir, fautes cachées pour lesquelles Christ pourtant a aussi souffert. J’apprends à connaître que je porte la racine de tous les péchés, par le péché qui habite en moi.

Que me faut-il donc pour être en paix ? Saisir que Christ a été jugé pour le péché et non pour les péchés seulement. Voici que j’apprends que Christ a souffert pour cet état, qu’il a été fait péché. Ce principe du péché contre Dieu, cette volonté mauvaise que je découvre en moi, tout cela a été jugé en Christ, Il l’a aboli par son oeuvre. Quelle efficace donc dans cette oeuvre ! Désormais, au lieu du péché entre moi et Dieu, j’y trouve Christ qui a été fait péché. Tout est entièrement changé. Dieu voit Christ, le péché lui-même est ôté, l’idée du péché est enlevée. Il y a Christ seul, qui a laissé sa vie pour moi, répondant à toute la pensée de Dieu. « À cause de ceci le Père m’aime, c’est que moi je laisse ma vie, afin que je la reprenne ».

Ainsi, dans mes relations avec Dieu, j’en ai fini avec le péché autant que Lui-même. Cela, est important, parce que quelqu’un pourrait dire : « Mais je ne me suis pas jugé à fond ! » C’est vrai, et personne ne le peut. Mais Dieu l’a fait, il a mis à nu tout le péché ; il a donné Christ pour l’abolir, et Christ a accompli cette oeuvre. Désormais je suis vis-à-vis de Dieu sur le même pied que Christ.

Ce sont toutes ces phases de la purification de la conscience que présentent, en type, les versets 10-20 : le sacrifice pour le délit, exprimant l’application de l’oeuvre de Christ aux fautes particulières, puis le sacrifice pour le péché, exprimant le fait que le péché même a été jugé, Christ ayant été fait péché pour nous. Enfin vient l’holocauste. Le lépreux purifié s’approche de Dieu en offrant quelque chose de bon gré. Ainsi le pécheur purifié vient à Dieu selon la perfection de l’offrande de Christ, dont l’inestimable valeur a pleinement glorifié Dieu que le péché avait déshonoré. Il s’est offert volontairement, et en offrande parfaite. « À cause de ceci, dit-il, le Père m’aime, c’est que moi je laisse ma vie ».

Quelle valeur dans cette-obéissance et dans ce dévouement absolu à la gloire de son Père ! Or c’est selon toute cette valeur que nous sommes présentés à Dieu. Je suis aimé comme Jésus est aimé. Le père peut se jeter au cou du fils prodigue en haillons, il a pour le revêtir la plus belle robe ! Comme nous sommes loin ici du pauvre lépreux souillé hors du camp.

Le lépreux guéri offrait ensuite une offrande de gâteau. C’est la perfection de Christ dans sa vie. Notre âme considère cette vie, y trouve ses délices, comme Dieu trouve les siennes en ce Fils bien-aimé en qui Il a mis tout son plaisir. Et c’est dans ce Bien-aimé que nous sommes rendus agréables.

Ainsi l’homme, net enfin, peut se trouver parfaitement à l’aise dans la présence de Dieu, beaucoup plus qu’à l’état d’innocence. Il est revêtu de toute la valeur de l’oeuvre de Christ. Christ l’a accomplie à la gloire de Dieu, et Christ nous reçoit à la gloire de Dieu. Cette oeuvre ne perdra jamais sa valeur, notre place est là pour toujours, dans la joie et la paix d’une conscience désormais à l’aise devant Dieu. Nous sommes appelés à en jouir sans cesse.

En est-il ainsi de vous, chers amis. ? Pouvez-vous dire que votre conscience et votre coeur se trouvent en la présence de Dieu, satisfaits, non de vous-mêmes, certes, mais de la valeur de l’oeuvre de Christ ! Grâces à Dieu, Lui voit le croyant net dès le début de cette oeuvre de purification, mais ce que vous avez à chercher c’est la jouissance de cet état, et pour cela vous avez seulement à considérer l’efficace de l’oeuvre de Christ elle-même, la valeur de sa personnes devant Dieu. Que Dieu vous amène à comprendre qu’en Sa présence vous êtes vus, en vertu de cette oeuvre, selon les perfections de cette personne.


242 - Méditations de J. N. Darby — Jean 1:1-34 : L’Agneau de Dieu et le Baptême du Saint Esprit

n°242 : ME 1930 p. 222

Si vous examinez de près ce chapitre, vous verrez que Jésus y est présenté de diverses manières avec beaucoup de méthode. Ce chapitre embrasse toute la gloire de Jésus depuis sa divinité jusqu’à l’apparition du Fils de l’Homme en gloire. C’est comme une préface à tout l’Évangile qui s’occupe de la présence de Jésus et de toutes ses gloires.

L’évangile de Jean commence avant le commencement de la Genèse, par l’existence de Dieu ; et Christ s’est trouvé là. Jusqu’au v. 13 nous voyons la gloire essentielle de Jésus comme Dieu et venu de Dieu. Jésus est Créateur, comme Parole, Vie, Lumière. La vie est en Lui et cette vie est la lumière, mais les ténèbres ne comprennent rien à la lumière. Au v. 11, Christ est présenté d’une manière plus positive. La Parole est faite chair, elle se rapproche de nous et vit au milieu de nous, manifestée parmi les hommes (1 Jean 1:1-3). Elle a habité parmi nous. C’est précieux, parce que tout ce qui est essentiel en Dieu a habité parmi nous ; c’est important, parce que le monde ne l’a pas voulu et a chassé Jésus, Parole faite chair, pleine de grâce et de vérité. Toute l’histoire du monde dépend de cela.

v. 18. Il est la manifestation de Dieu ; il a, comme Fils, révélé le Père. Nous ne connaissons pas seulement Dieu comme Dieu en providence, mais comme Père. Jésus nous révèle Dieu selon l’amour dans lequel Il le connaissait Lui-même, Lui qui est dans le sein du Père et le connaît dans toute sa grâce.

Au v. 29-34, ce n’est plus ce qui est essentiellement en Christ, mais l’Homme qui vient accomplir une certaine oeuvre pour la bénédiction de ceux qui croient, et Jean lui rend témoignage.

Jean introduit l’homme par la repentance dans la jouissance des privilèges du royaume. Jésus est présenté d’abord ici comme « l’Agneau de Dieu qui ÔTE le péché du monde ». Le premier Adam a introduit le péché dans le monde. Le second Adam l’en ôtera. Il n’est pas dit : qui porte les péchés, mais qui ÔTE le péché. Comme Agneau de Dieu Il est Celui que Dieu lui-même s’est choisi pour expier le péché. Dieu a trouvé la victime et a pourvu à ce que la souillure du péché fût ôtée, à ce qu’exigent Sa justice et Sa sainteté ; Il s’est pourvu de cet Agneau pour l’offrande que Sa nature pure demandait. La création ne pouvait ni fournir, ni présenter cet agneau ; mais Dieu a donné en Jésus ce que Sa gloire demandait et ce que Sa justice exigeait. Dire que tout n’est pas accompli, ce serait dire que Dieu y a mal pourvu, et ce serait un blasphème. C’était la volonté du Père d’ôter le péché de devant ses yeux, et le Fils vient pour accomplir cette volonté du Père et se dévouer à cela. La souveraineté, l’amour et la pureté de Dieu se réunissent pour ôter le péché. Dieu se glorifie en ôtant le péché et en rétablissant toutes choses devant Lui en pureté et en bonheur. Même pour le plus petit péché il y a besoin du sang de Christ et le sang suffit pour tout ôter. Dieu a voulu ôter le péché. La question est de savoir s’Il y a réussi et si Jésus a tout accompli. L’Église sait d’avance que pour nous le péché est entièrement ôté entre Dieu et nous, et qu’il sera plus tard ôté du monde.

C’est comme homme que Jésus a fait cela et qu’il est devenu Agneau de Dieu.

Je ne veux pas m’arrêter à Jean, quoique l’oeuvre de la grâce soit bien manifestée en lui. Personne plus que lui ne se met au-dessous du Seigneur Jésus d’une manière plus touchante (v. 30, 33). Son humilité faisait briller sa fidélité. Jean voit le Saint Esprit descendre du ciel sur Jésus. C’est un Homme que Dieu peut reconnaître. Le Saint Esprit ne s’arrête pas sur les prophètes. Ils avaient une révélation et c’était fini. La puissance du Saint Esprit ne demeure pas sur eux. Mais en Jésus le Saint Esprit descend comme une colombe, la douceur et la pureté, et non comme une langue de feu. La colombe de Noé vole autour de l’arche et ne trouve rien au monde où s’arrêter. Le corbeau pouvait s’arrêter à la charogne qui flottait sur les eaux du déluge et s’en nourrir. Le Saint Esprit s’arrête sur Jésus. C’est un fait nouveau. Jésus est un homme qui a la conscience du bien et du mal, qui est pur et en qui il n’y a que du bien ; et cela est nouveau dans ce monde.

Non seulement le Saint Esprit descend sur Jésus, mais Jésus devient le canal du Saint Esprit (v. 33). Il baptise du Saint Esprit. Les prophètes remplissaient leur mission, mais ils ne baptisaient pas du Saint Esprit. Jésus comme homme devient le canal de communication du Saint Esprit pour le chrétien et pour l’Église. Le Saint Esprit ne peut pas reconnaître le monde, et le monde ne peut pas reconnaître le Saint Esprit. Celui-ci peut rendre témoignage contre le monde. Si Dieu peut voir les hommes purifiés par le sang de Jésus, le Saint Esprit peut descendre là parce qu’ils sont purs. Qui peut faire descendre le Saint Esprit, baptiser du Saint Esprit ? C’est Jésus qui en a acquis le droit.

Deux choses distinguent l’Église de Dieu. Premièrement, avant que le péché soit ôté du monde, le coeur est assuré que le péché est ôté, et, à la fin, tous ceux qui seront bénis auront sans péché la connaissance du bien et du mal ; la connaissance que l’Agneau de Dieu a ôté le péché est la base de tout. Deuxièmement l’Église est baptisée du Saint Esprit. Ce sont là les deux grandes vérités, la base et la puissance de l’Église. Nous trouvons la puissance en ce que Jésus est le canal par lequel nous recevons le Saint Esprit.

v. 34. Nous en voyons la conséquence. C’est qu’il y a un témoignage rendu que Jésus Homme rempli du Saint Esprit est reconnu Fils de Dieu. Jésus a reçu le Saint Esprit parce qu’Il en a été digne personnellement. Nous en sommes rendus dignes par Christ.

Le Saint Esprit descend sur Jésus sous la forme d’une colombe, parce qu’Il a dû être la manifestation de toutes les grâces de Dieu. Sur l’Église il descend comme langue de feu afin qu’elle soit témoin dans le monde de la gloire de Celui qui l’a baptisée. Si nous affaiblissons l’une ou l’autre de ces deux vérités « Agneau de Dieu qui ôte le péché », « Baptême du Saint Esprit », nous perdons la puissance pour agir. En les maintenant, nous avons le témoignage, que nous sommes enfants de Dieu, puisque nous voyons Jésus Homme déclaré Fils de Dieu et le Saint Esprit s’arrêter sur Lui.


243 - Méditations de J. N. Darby — Hébreux 9

n°243 : ME 1930 p. 317

Combien grande est la bonté de Dieu qui veut nous convaincre de ce qu’Il a fait pour le rachat de nos âmes par Lui-même ! L’épître aux Hébreux a pour but de montrer la parfaite purification de nos péchés par le sang de Jésus ; elle montre aussi nos consciences purifiées des oeuvres mortes pour servir le Dieu vivant. On ne peut se tenir devant Dieu à moins que la conscience ne soit purifiée.

Je désire insister sur les v. 27 et 28. Ils présentent deux cas. Celui de l’homme naturel, vers. 27 — la mort et le jugement. Celui du chrétien, vers. 28 — Christ mort une seule fois. L’homme du monde : il faut qu’il meure ; mais pour le chrétien, c’est Christ qui est mort. Pour le mondain, il y a le jugement après la mort ; pour le chrétien, Christ apparaît sans péché, à salut à ceux qui l’attendent. Une première fois, Christ est venu pour s’occuper du péché, pour être fait péché. Il a été fait péché pour les hommes. Quand Il viendra la seconde fois, ce sera en dehors de toute question de péché. Il faut donc, pour avoir à faire à Lui, que la question du péché ait été absolument vidée ici-bas. Il veut recevoir absolument ceux qui sont sans péché, et ne veut pas s’occuper du péché ; Il viendra chercher les siens qui sont sans péché.

Le v. 27 est bien bref, mais il comprend tous les hommes. Dans la Genèse on voit les hommes vivre longtemps, engendrer des fils, et finalement mourir. C’est l’histoire de tous les hommes, ils passent comme les feuilles d’automne. L’homme le plus riche ne peut pas se racheter de la mort. L’homme le plus sage meurt comme tous les autres. La mort est la preuve de l’impuissance totale de l’homme ; elle est la conséquence du péché. L’homme peut réussir dans tous ses desseins : il finit par mourir. La mort est la preuve que rien de tout ce que l’homme peut faire ou dire ne peut le soustraire à la mort et au jugement de Dieu.

C’est une bonté de Dieu qu’il y ait ici-bas cette évidence que la main de Dieu est sur tous, que son jugement est là et que tout est nivelé. La mort est l’huissier qui précède le juge et dit à la conscience : le tribunal va suivre. C’est une preuve de la culpabilité de tous les hommes (Rom. 5) : la racine du péché en Adam, le fruit en chacun de nous, la mort comme part de tous en jugement sur tous. « N’entre pas en jugement avec ton serviteur, car devant toi nul homme vivant ne sera justifié » (Ps. 143:2). Dieu ne peut pas faire autre chose que condamner s’Il entre en jugement. Il est réservé aux hommes de mourir, parce que l’homme a péché. En dehors de Christ nous ne pouvons nous soustraire à la condamnation. Si nous ne pouvons nous soustraire à la mort, nous ne le pouvons pas non plus à la condamnation éternelle. C’est une triste condition qui fait voir la folie de l’homme s’étourdissant pendant sa vie pour tomber finalement sous le jugement.

Si nous ne trouvons pas un remède parfait en Christ, ce qui nous attend, c’est la condamnation. Dieu peut-il se démentir, et dire qu’il n’est pas vrai que le jugement suive la mort ? Il ne peut même pas le dire de ceux qui sont sauvés, car ceux qui sont sauvés ont péché comme les autres et n’échappent pas à la mort. Mais si Dieu ne peut pas faire d’exceptions aux conséquences du péché, son amour a conçu quelque chose qui, tout en reconnaissant les conséquences du péché, ôte le péché. Sans effusion de sang, point de rémission des péchés. Où trouverons-nous du sang pour effacer nos péchés ? Le sang des taureaux et des boucs ? Où trouver quelqu’un qui ait la bonne volonté de donner son sang ? Il fallait un homme. Les anges ne pouvaient pas se présenter comme homme et comme victime. Celui qui ne nous devait rien, que nous avions de notre volonté privé de tous ses droits et dont nous nous sommes moqués, est devenu homme pour s’occuper de nos âmes afin de pouvoir mourir, s’offrir en sacrifice pour nous et faire cette effusion du sang sans laquelle il n’y a point de rémission.

Il n’y a pas besoin de plusieurs morts pour manifester qu’il y a des pécheurs. Jésus est sorti du monde pour porter les conséquences du péché ; cela s’est fait une seule fois. Le jugement de Dieu a rencontré le péché de l’homme, et Il en a fini avec le péché. Dieu n’a pas traité cette question d’une manière incomplète. Jésus a paru une seule fois pour l’abolition du péché. Cela donne une grande confiance. Dieu a exécuté le jugement contre le péché et tout a été réglé. Voilà notre confiance et notre consolation. Les anges eux-mêmes désirent regarder ces choses de près ! Il n’y a pas deux morts de Christ. Nos âmes se reposent-elles là-dessus ? Avons-nous compris que dans la mort de Jésus, Dieu s’est occupé une seule fois du péché en grâce ? Craignons-nous que tous nos péchés soient encore devant les yeux de Dieu ? Ils ont été sous ses yeux à la croix quand Il les a abolis et Christ reviendra Lui-même, non pour nous juger, mais pour nous recevoir et se présenter Lui-même à nous.

Il n’y a aucune crainte à attendre Celui qui est allé nous préparer nos places et qui viendra nous prendre. Jésus savait fort bien ce qu’il fallait pour nous introduire dans le ciel.

Si nous nous excusons du péché, la première manifestation de la lumière de Dieu anéantira tous les voiles trompeurs qui nous couvrent. Dieu n’excuse pas le péché, Il l’expie, Il l’abolit et donne la paix.

Croyons-nous que quand Dieu a donné son Fils, il en était besoin ? Si la mort de Christ était nécessaire et que nous ne soyons pas réconciliés avec Dieu par Christ, nous sommes dans la plus triste situation.

Ce n’est pas quelque chose à faire que Dieu vous demande. C’est une chose que Dieu a faite par Lui-même. Nous n’avons part à la mort de Christ que par notre iniquité et notre incrédulité.

L’amour de Christ donne une paix parfaite. Dieu, en nous donnant la connaissance de la mort de Jésus, nous donne une conscience purifiée dès ici-bas.

Chers lecteurs, vos consciences sont-elles purifiées ? Pouvez-vous dire : Je n’ai pas une tache devant Dieu, parce que Christ a aboli le péché ? Ou le sang de Christ a fait cela, ou il n’a rien fait.

Cette oeuvre de Christ suffit-elle pour abolir le péché ? Dieu dit que oui. Telle est la part de ceux qui croient en Jésus. Dieu les a tant aimés qu’Il n’a point épargné son Fils, et qu’Il leur donnera toutes choses avec Lui.

Je vous conjure par la miséricorde de Dieu qui a donné Christ, puisez à cet amour.


244 - Méditations de J. N. Darby — 1 Jean 1:1-8 : La VIE manifestée

Lausanne, 26 février 1851 — n°244 : ME 1931 p. 246

Il est merveilleux de voir quelle intimité Dieu veut entre nos coeurs et Lui-même. Nous avons un trésor dans des vases d’argile : il fait de nos corps ses temples, des vases de sa présence. Ce n’est pas, évidemment, pour y demeurer comme dans un temple de pierre, mais en agissant dans nos pensées et dans nos affections pour tout remplir de ce qu’Il est. En Christ Il était là lui-même, c’était la manifestation de Dieu dans l’homme ; maintenant il nous remplit de lui-même. Le plus faible chrétien est ainsi, quant à sa position réelle, élevé au-dessus de toute créature : les anges voient bien la face de Dieu comme nous ne la voyons pas maintenant, mais il ne s’est pas manifesté aux anges comme il se manifeste à nous. Cela fait comprendre le bonheur du chrétien, et quel doit être son caractère.

Jean s’occupe de ce que Dieu est. Il est peu question dans ses écrits des conseils de Dieu, de tous ses plans, mais de sa nature, et la connaissance la plus excellente nous en est donnée en Christ. « Si quelqu’un m’aime… nous viendrons à lui, et nous ferons notre demeure chez lui ».(Jean 14:23). Dieu se manifeste, afin d’être l’objet de notre adoration, et pour que nous ayons communion avec lui. Il y a là tout autre chose que l’idée d’être parfait pour se présenter devant Dieu dans le ciel. Il s’agit d’être parfait comme lui est parfait, et de reproduire son caractère devant les hommes : « Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait » (Matth. 5:48). « Pardonnez-vous les uns aux autres comme Dieu aussi, en Christ, vous a pardonné. Soyez imitateurs de Dieu comme de bien-aimés enfants, et marchez dans l’amour » (Éph. 4:32 ; 5:1). Cet amour, c’est la perfection en Dieu. Nous ne saurions apprendre à aimer nos ennemis ; mais nous avons fait l’expérience réelle, dans nos personnes, que Dieu aime ses ennemis, et cet amour est pour ainsi dire reproduit dans nos coeurs par la puissance de son Esprit. Cette reproduction du caractère même de Dieu dans le chrétien, quel privilège ! C’est là l’excellence de notre position. Dieu nous appelle, dans une entière confiance, par l’exercice de sa grâce parfaite, à manifester dans ce monde ce qu’Il est. Ce n’est pas qu’on puisse mettre la moindre confiance en ce que nous sommes, mais bien dans la manifestation absolue de cette grâce. C’est après que Pierre eût renié le Seigneur et fait l’expérience de sa faiblesse que Jésus lui confie ses brebis et le rend capable de manifester la grâce aux autres. On connaît la grâce lorsqu’on en est l’objet ; on a besoin d’être humilié pour la comprendre, car il nous faut apprendre que nous ne sommes que pécheurs et que Dieu n’est que grâce. Si nous étions, en quoi que ce soit, autre chose que des pécheurs, il ne serait plus question de la grâce ; c’est par là que nous entrons dans la connaissance de celle-ci, — ce qui n’est pas dire qu’il faille nécessairement y entrer par une chute.

Nous avons une connaissance réelle de ce que Dieu est ; le Saint Esprit le révèle continuellement, nous faisant faire l’expérience constante de ce qu’Il est pour nous et nous sommes appelés à être parfaits comme Lui. Vous ne pouvez penser à l’être avant d’être absolument parfaits avec Lui. La première nécessité pour l’âme, c’est d’être en paix avec Dieu, et pour cela il faut être parfait avec Lui. Si vous n’avez pas compris ce que c’est que la rédemption, vous pouvez bien être attiré en quelque manière par la bonté divine, mais seule la rédemption, en vous rendant parfait aux yeux de Dieu, vous rendra capable de manifester la vie divine. Jusqu’à ce que les apôtres eussent compris la rédemption, ils étaient sans intelligence : « Vous ne savez de quel esprit vous êtes animés ! ». Christ ne pouvait les envoyer témoigner de ce que Dieu est dans sa grâce parfaite, mais seulement de ce que Dieu était en Israël ; et quant à eux-mêmes, il devait leur dire : « Je suis depuis si longtemps avec vous et vous ne m’avez pas connu ? » Ils n’avaient pas vu Dieu dans la personne de Christ.

La première chose est donc la paix avec Dieu, la réconciliation. On ne peut parler de communion qu’ensuite. C’est quand je comprends qu’en Christ je suis parfait, qu’en lui Dieu me voit sans tache, quand j’ai le témoignage d’être juste et agréable à Dieu (Hébr. 11:4-9), que je puis comprendre ce que Dieu est, et l’amour dont je suis l’objet. Tant que je pense à mes péchés, au besoin que j’ai du sang de Christ pour être sauvé, à la grandeur de Dieu et à la valeur de ce sang versé, je ressens sans doute d’impérieux besoins, mais c’est tout autre chose que la connaissance de ce que Dieu est, — amour.

C’est de cette connaissance que cette épître nous entretient. L’apôtre parle continuellement de la manifestation de ce que Dieu est en Christ. Il veut nous maintenir dans la communion de Dieu tel qu’Il s’est manifesté, et il nous fait, par conséquent, regarder constamment hors de nous-mêmes.

La vie a été manifestée. Je possède la vie, elle est en moi, et je dois aimer Dieu qui m’a aimé ; tout cela est vrai, mais ce n’est pas par moi que l’apôtre commence. Sans préface, parce qu’il ne pense qu’à Christ, il le présente devant nous. Lorsqu’il y a de la propre justice dans le coeur, ou de l’impatience, on pense à soi. L’apôtre en est bien loin : j’ai, semble-t-il dire, un objet à vous présenter, un objet en dehors de vous-mêmes, qui est digne de toute votre attention. C’est « ce qui était dès le commencement », la personne de Jésus ! Voilà ce que nous trouvons en Lui : un objet pour le coeur — en supposant toujours une âme en paix quant à ses péchés. C’est « la vie éternelle, qui était auprès du Père, et qui nous a été manifestée ». Jésus a été dans ce monde la manifestation, dans un homme, de Dieu lui-même, de sa puissance, en amour et en sainteté. C’est sur Lui que Jean fixe notre pensée, afin que la communion soit établie. « Ce que nous avons vu et entendu, nous vous l’annonçons, afin que vous ayez aussi communion avec nous : or notre communion est avec le Père et avec son Fils Jésus Christ ». C’est sur le fondement de cette manifestation pleine et parfaite de Dieu en Jésus qu’est basée notre communion.

Cela manquait avant que le Saint Esprit eût été donné, car c’est par Lui que nous voyons cette manifestation. Il vient nous donner, de la part de Dieu, la capacité de comprendre ces choses, c’est-à-dire de comprendre ce que Dieu est lui-même. Nous savons que cela résulte de l’exaltation de Jésus. Il est monté vers son Père après avoir accompli parfaitement la rédemption qui nous place devant Lui sans péché ; mais ce n’est pas tout, nous sommes par là dans la présence de Dieu, agréables en Christ. Nous sommes justifiés par Jésus, mais nous sommes aussi aimés, comme Jésus a été aimé (*), et nous connaissons Dieu maintenant sous ce caractère : Il est amour. Christ est devant Dieu, objet de toute sa faveur et de toute sa dilection, lui qui a glorifié Dieu quant à nos péchés, et Dieu veut nous placer avec Christ au-dessus de tout. Étienne, rempli du Saint Esprit, n’est pas effrayé par la vision de la gloire de Dieu et du Fils de l’homme, comme Daniel l’avait été. Il est sur la terre, mais rempli du Saint Esprit, il voit sa place dans le ciel et dit : « Seigneur Jésus ; reçois mon esprit ! » Il a devant ses yeux le Fils de l’homme, non le Fils de Dieu seulement. C’est ainsi qu’il y a une parfaite communion, par le Saint Esprit, le Consolateur qui a été envoyé, et qui remplit le coeur. Le « ciel ouvert », comme nous le voyons ici, parle clairement de notre position. Lorsqu’il était sur la terre, au baptême de Jean, Jésus a vu le ciel ouvert et le Saint Esprit descendu sur Lui, l’objet des délices de Dieu dont la voix se fait entendre pour le déclarer son Fils bien-aimé. En Jean 1:52, les instruments de la puissance de Dieu sont au service de Christ homme sur la terre, et le ciel est ouvert pour que les anges montent et descendent sur lui. Dans l’Apocalypse (19:11) le ciel est ouvert encore, mais pour que Christ vienne exercer le jugement. Entre ces deux venues, Étienne voit le ciel ouvert. Il l’est à d’autres qu’à Christ. Étienne est rempli du Saint Esprit parce que Christ est là-haut, et le ciel est ouvert au saint sur la terre afin qu’il y puisse entrer. Ainsi l’Église ici-bas voit la position nouvelle de l’homme en la présence de Dieu en vertu de la rédemption accomplie sur la terre. Voilà ce qui est manifesté dans la personne de Christ. Il est monté en haut, il y a fait notre place, et de là il envoie l’Esprit d’adoption dans nos coeurs. « Vous saurez, avait-il dit, que je suis en mon Père, et vous en moi ». De sorte que nous n’avons pas seulement une certaine vue de cette union entre le Père et lui, entre lui et nous, mais nous y avons part, c’est la communion : « notre communion est avec le Père et avec son Fils Jésus Christ ».

(*) Cette différence est signalée dans le ch. 11 de l’épître aux Hébreux : Abel reçoit le témoignage d’être juste, Énoch celui d’avoir plu à Dieu. Pour nous, nous avons les deux choses en Christ.

C’est une relation toute nouvelle. Dieu est dans la lumière, et je suis dans la lumière comme il l’est. Il s’agit non plus de justification, mais de communion : Dieu est le Dieu de sainteté, mais Il est amour. Je l’ai appris par la croix, et maintenant, introduit dans la présence de Dieu, aimé comme Jésus est aimé, l’amour de Dieu est répandu dans mon coeur. Christ s’occupe de communiquer à nos âmes et à nos coeurs la jouissance de cet amour (Jean 17). Il dit à ses disciples : « Je vous laisse ma paix », et… « afin que vous ayez ma joie accomplie en vous-mêmes ». Ce n’est pas seulement la paix de la conscience ; les affections se développent ; placés dans la parfaite grâce de Dieu, ayant reçu le Saint Esprit dans nos coeurs, nous sommes capables de comprendre l’objet des désirs de Dieu, Christ.

Je ne suis plus dans l’ignorance quant à cette vie : je l’ai vue en perfection en Christ. Connaissant le Fils, et ayant reçu le Saint Esprit, je comprends que le Fils est dans le Père, et je vois le Père en Lui. Les apôtres pouvaient se remémorer la vie de Jésus, et y voir la parfaite manifestation de Dieu. Et nous, lisant les évangiles, nous avons la connaissance de cette manifestation comme les apôtres mêmes ne l’avaient pas avant d’avoir reçu le Saint Esprit. Le coeur trouve là son repos : comment aller plus loin que la communion avec le Père et avec son Fils Jésus-Christ ? L’apôtre jouissait profondément chaque jour, sans qu’il fût encore question de péché ni de justification, de ce que Dieu s’était manifesté en Jésus. Quelle communion que celle à laquelle nous sommes appelés ! Le Saint Esprit nous fait entrer dans les affections mêmes de Dieu, en présentant à tout chrétien Jésus comme l’objet de toute la dilection du Père. Le coeur en jouit, l’âme trouve sa joie à vivre et à demeurer dans cet amour, et c’est ainsi que la vie de Christ se reproduit en nous ; on ne comprend l’amour qu’en aimant, et en face d’un tel objet que la personne de Christ, les affections divines agissent. C’est la communication de la vie même de Jésus, et cela est manifesté en nous à d’autres ; aussi peut-il nous dire : « Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait », car c’est ce qu’il réalisait lui-même. Il nous appelle à manifester sa propre vie. Quand il dit : « Bienheureux, etc. », en Matthieu 5:1-12, il parle au fond de ce qu’il est lui-même : qui est pur de coeur, qui a procuré la paix, qui est pauvre en esprit, etc., comme Jésus ? En portant ses caractères nous goûterons ce bonheur qui est le sien, et qui n’est autre chose que la jouissance de ce que Dieu est. Nous avons la capacité d’en jouir, si du moins nous n’avons pas contristé le Saint Esprit ; voilà le bonheur de la vie chrétienne. Remarquez qu’il n’y a nul effort à faire pour cela : Moïse n’a pas fait effort pour que son visage resplendît, et nul effort n’eût pu produire un tel résultat. Je suis occupé de l’objet dont Dieu est occupé, je trouve ma joie où Dieu trouve ses délices, j’ai les mêmes pensées que le Père : si mon âme réalise cela, c’est, sans effort, la sainteté. Cette réalisation implique que la chair soit mortifiée ; aussi Dieu dans sa grâce veille continuellement à ce qu’elle le soit, et si nous marchons avec Lui nous rencontrerons dans ce monde des exercices spirituels propres à cet effet. Ainsi la communion sera gardée, et garder la communion c’est, nous l’avons vu, le seul moyen de reproduire sur la terre le caractère et la conduite de Dieu. Notre jouissance et notre témoignage sont deux choses liées. « Nous vous écrivons ces choses, dit l’apôtre, afin que votre joie soit accomplie ». Souvent elle ne l’est pas, parce qu’il y a quelque chose à mortifier en nous. Mais quoi qu’il en soit, est-ce un effort qui nous est proposé, sont-ce des choses difficiles à l’homme qui nous sont présentées ? Non, le secret est de contempler Jésus. « Ce que nous avons vu… », etc. Il faut être assez familier avec Jésus pour savoir, à chaque instant de la vie, ce qu’il est ; voilà ce qu’il nous faut rechercher, et il est triste d’avoir parfois à l’apprendre par une chute. Ce n’est ni trop haut ni trop difficile : il s’agit d’être avec Christ quant à tous nos besoins ; et par là même en tant que nous sommes faibles, nous apprendrons ainsi à connaître la pleine suffisance de son amour, répondant à tout, ne faisant jamais défaut. C’est l’heureuse expérience que les apôtres avaient faite. Rester en communication avec Jésus dans toutes nos circonstances, nos fautes, nos misères, nous fera connaître tout ce qu’Il est en grâce. Nous verrons que ce qui est le plus élevé en amour descend au plus bas en grâce, et c’est là la perfection.

Toutes les vérités contenues dans l’épître sont aussi simples que possible quand on a saisi ce début. On ne peut marcher dans la communion avec Dieu sans marcher dans la lumière ; il y a ainsi la lumière pour tout ce qui est mauvaise volonté dans l’homme, mais il y a la grâce pour tout ce qui est misère. Quelqu’un marche dans les ténèbres, il n’est pas en communion avec Dieu. De même plus loin, si quelqu’un hait son frère, il n’a pas connu l’amour. Tout revient à ce point capital : nous connaissons la perfection de la manifestation de Dieu, elle est en Christ. Mais, je le répète, pour pouvoir parler de la communion, il faut premièrement être justifié ; Dieu ne peut avoir communion avec la chair, et une mauvaise conscience ne sera jamais à l’aise devant Lui. Il faut la paix. Pour être parfait avec mon Père, il faut premièrement qu’il soit mon Père. Mais pour nous approcher de Dieu comme pour demeurer dans sa communion, la ressource est toujours la même, c’est Jésus. Plus nous sentons notre faiblesse, plus nous pouvons profiter de la grâce qui est en Lui et qui s’exerce continuellement envers nous.


245 - Méditations de J. N. Darby — Josué 5:9-15 : La Nourriture du Chrétien

n°245 : ME 1934 p. 324

L’appel et la vocation du chrétien sont une chose merveilleuse. Il n’a pas seulement devant lui la gloire à venir, mais, possédant la nature divine, il est appelé à être semblable à Christ. C’est pourquoi nous lisons en Éphésiens 5:25-27 : « Christ a aimé l’assemblée et s’est livré lui-même pour elle, afin qu’il la sanctifiât, en la purifiant par le lavage d’eau par la parole ; afin que lui se présentât l’assemblée à lui-même, glorieuse… ». La Parole sanctifie, mais c’est la communion avec Jésus dans la gloire qui, moralement déjà, glorifie.

En jouissant de ce qu’il est, nous sommes rendus participants de sa gloire. Les exhortations de l’épître aux Éphésiens se résument en ceci : vous avez été amenés à connaître le Dieu de la grâce et de la gloire ; eh bien ! cette connaissance doit se manifester dans votre conduite (5:1). Dans le même sens, le Seigneur dit en Matthieu 5:48 : « Vous, soyez donc parfaits, comme votre Père céleste est parfait ». Ainsi, ce qui est connu spirituellement dans le coeur se reproduit dans la marche et dans le témoignage, comme Jean nous en offre encore un exemple : « Ce qui était dès le commencement, ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé et que nos mains ont touché, concernant la parole de la vie,… nous vous l’annonçons. « (1 Jean 1:1-3). C’est dans la mesure où je discerne Christ, où je jouis de lui, que je le manifeste dans ma vie, car c’est sa présence dans mon âme qui juge la chair et est la source de ma joie et de ma force.

Considérons comment Christ peut ainsi nourrir nos âmes et les soutenir, en maintenant en elles la jouissance de lui-même au milieu des difficultés de la vie présente. Si nous ne l’avons pas lui-même dans toutes les circonstances, notre amour pour lui s’affaiblit dans nos âmes et notre coeur se refroidit.

Nous pouvons considérer dans le chrétien trois caractères : D’abord, il est un pécheur racheté, un objet de la grâce.

En second lieu, sa part est avec Christ dans la gloire.

Enfin, pendant qu’il est sur la terre, Christ est pour lui ce qu’était la manne pour Israël.

Ce dernier fait est temporaire, pour la traversée du désert ; les deux autres sont éternels.

Quand Dieu a visité son peuple en Égypte, il ne lui a pas parlé du désert qu’il aurait à traverser, mais il lui a parlé de Canaan. De même, en nous tirant du monde par la connaissance de Jésus, Dieu nous parle du ciel. Il a en vue pour nous la gloire. Quant à nous, nous nous arrêtons souvent à considérer nos circonstances présentes, mais quand l’Esprit agit dans une âme, elle ne voit que le but devant elle. Paul ne vivait pas dans les choses qui se voient et qui étaient nulles pour lui ; mais il demeurait dans la jouissance des choses éternelles. La première condition nécessaire pour pouvoir considérer ainsi le monde comme nul, c’est de savoir que l’on n’en est pas. Dieu nous a trouvés dans le péché où nous étions loin de lui, et il a agi comme il fallait pour nous placer dans le ciel. Comme il a ressuscité Christ hors de la mort et l’a fait asseoir à sa droite, par la même puissance il nous a tirés de notre état de péché pour nous introduire dans le ciel et notre première condition est abolie.

Dans le passage que nous avons lu, nous trouvons que le peuple a fait la Pâque à Guilgal et a mangé du cru du pays en remplacement de la manne qui cesse à ce moment-là. Tout cela dit au croyant qu’il a à vivre dans le ciel, à se nourrir d’un Christ glorifié. Sa part ne consiste pas seulement à être à l’abri du jugement de Dieu, mais à jouir des choses célestes.

Dans le désert, Israël n’était plus en Égypte, il était délivré du Pharaon, mais cependant il ne mangeait pas le cru du pays. Il en est de même pour un chrétien qui en est à comprendre seulement le salut qu’il a en Christ : il n’est plus sous la condamnation, mais il ne peut glorifier Dieu avec intelligence ; il est garanti du jugement, mais il ne connaît pas les pleins et glorieux résultats de l’oeuvre de Christ. Il faut donc d’abord que toute lutte ou toute crainte quant au salut ait entièrement cessé et que nous connaissions Dieu comme Sauveur. Un chrétien est celui qui peut dire : Christ a tout accompli pour mon salut et m’a arraché à la puissance de Satan ; de la même manière qu’Israël pouvait dire : je ne crains plus le Pharaon, il a été englouti au fond de la mer. La délivrance est complète, Dieu s’est manifesté comme notre Dieu Sauveur, et alors « si Dieu est pour nous, qui sera contre nous » ? Peu importe donc que Satan et le désert soient encore là, puisque je sais que Dieu est pour moi.

Mais il y a une autre vérité qu’il me faut aussi comprendre : il y a le Jourdain. Christ est mort et ressuscité pour moi : voilà ce que me dit la croix ; mais le Jourdain me dit que je suis mort et ressuscité avec Christ. Réaliser la connaissance et la jouissance de notre union avec lui, c’est manger du cru du pays, c’est être dans le ciel.

Une fois qu’on est introduit dans le pays, on commence à combattre les ennemis qui s’y trouvent, mais on mange du cru du pays. Le peuple campait à Guilgal, le lieu de la circoncision. C’est quand on a la conscience d’être dans le ciel que l’on juge tout à la mesure du ciel. Si mes affections sont en haut, je laisse les choses du monde. C’est là qu’il faut demeurer pour juger la chair en la présence de Dieu.

Quand le peuple a mangé du cru du pays, la manne a cessé. Lorsque le croyant réalise sa position céleste, il jouit de la rédemption d’une manière toute nouvelle. Au début, il pense à ses péchés et à Christ qui les a ôtés ; il a appris qu’il était un pauvre pécheur et que Christ l’a fait entrer dans la présence de Dieu. Mais ensuite il apprend que Dieu l’aime comme il aime Christ, qu’il jouit de la faveur de Dieu ; il comprend la pensée d’amour de cette rédemption accomplie par Jésus et il commence à apprécier l’oeuvre de Christ comme Dieu l’apprécie, il a les mêmes pensées que Dieu à cet égard. L’âme alors considère Christ et se nourrit de lui d’une manière toute nouvelle. Il ne s’agit plus seulement pour moi d’être délivré, mais je suis à Dieu lui-même en Christ, je contemple toute la perfection de l’Agneau qui est dans le ciel. Et si je pense à quel abaissement il s’est soumis jusqu’à la croix, et à l’anéantissement de lui-même pour revendiquer les caractères et la gloire de Dieu, pour que Dieu pût être juste sans abdiquer son amour, et agir en amour sans abandonner sa justice, alors j’adore Christ. Le Fils de l’homme a été glorifié par Dieu, parce que Dieu a été glorifié par lui. Il a renoncé à tout et a eu dans le Père une confiance absolue, même sur la croix, comme il l’exprime au Ps. 22:3 : « Et toi, tu es saint, toi qui habites au milieu des louanges d’Israël ». Il s’est humilié volontairement, il est allé jusqu’au bout et a bu la coupe, pour que Dieu fût glorifié.

C’est de tout cela que je me nourris maintenant. Le chrétien qui est dans le ciel contemple Christ et l’adore. Plus nous serons spirituels, plus nous comprendrons cette gloire que Christ a voulu partager avec nous qui sommes destinés à lui être semblables. Christ dans le ciel n’est-il pas pour moi un objet d’affection ? Suis-je heureux de le voir là ? Il veut que nos coeurs trouvent un aliment à le contempler dans la gloire : « Si vous m’aviez aimé, vous vous seriez réjouis de ce que je m’en vais au Père » (Jean 14:28). Et lorsque nous nous souvenons que Jésus a été humilié et rejeté du monde, nous sommes heureux de le voir dans le ciel. Christ dans la gloire est la nourriture appropriée à nos âmes ; il est le cru du pays dans lequel nous sommes entrés par la foi. Car le chrétien est du ciel, et son coeur doit se nourrir d’un Christ glorifié.

Toutefois, comme le peuple arrivé en Canaan va avoir affaire à des ennemis, de même le croyant, entré dans les lieux célestes par la foi, a des combats à y livrer, car le complet et parfait repos n’aura lieu que lors de l’entrée effective dans le ciel. Le chrétien a été tiré de l’Égypte, le monde, où, pécheur, il se trouvait ; maintenant il est de Canaan, mais aussi il traverse le désert et quelquefois son coeur se lasse et retourne en arrière, en Égypte. Le monde ne doit être pour lui que ce qu’il était pour Jésus, « une terre aride et altérée, sans eau » (Ps. 63:1). C’est un désert où se rencontrent les serpents brûlants, mais il faut le traverser avec Dieu, et nous pouvons tout surmonter si nos coeurs sont nourris de Christ. Pourquoi n’en est-il pas toujours ainsi ? Parce que nous ne mangeons pas du cru du pays, parce que nous ne demeurons pas dans la communion du Seigneur.

À la différence de ce qui en était pour le peuple d’Israël, le chrétien qui réalise sa position céleste est à la fois dans le désert et en Canaan. C’est pourquoi il peut se nourrir en même temps du cru du pays et de la manne, qui est encore Christ. Jésus en parle en Jean 6:32 : « mon Père vous donne le vrai pain qui vient du ciel ». Nous avons à nous nourrir de lui, comme de la vraie manne. Lorsque Jésus montait sur la montagne, c’était pour lui comme le cru du pays : il se nourrissait de la gloire. Quand il redescendait il rencontrait la puissance de Satan, mais dans toutes les circonstances du désert il vivait de la vie de son Père. Il a traversé ce monde dans la puissance de la foi, veillant en prières et cela d’autant plus que croissaient les difficultés, poursuivant son chemin avec le secours de son Père. De même nous avons à nous nourrir de Lui qui a été tenté, humilié et fidèle en toutes choses ; notre privilège est de l’imiter, de réaliser que nous sommes ses disciples et de manifester devant le monde quelque chose de ses perfections. Si le chrétien marche avec Christ, on verra en lui bonté, support et douceur. Pour Jésus l’effet des tentations était toujours de faire ressortir la grâce parfaite qui était en lui. Si je demeure près de lui, je saurai supporter une insulte et rester débonnaire parce que je me nourris de celui qui a été tel. Ce n’est pas que le fait d’être chrétien me mette dans l’obligation légale d’agir ainsi, mais j’ai toutes les ressources pour cela, parce que je ne suis pas du monde, mais du ciel. Telle est la manne pour le croyant et il convient chaque jour de s’en nourrir avec diligence, car la manne d’un jour était gâtée le lendemain. C’est là que se trouve le secret d’une vie qui glorifie Dieu en reproduisant les caractères de Christ dans quelque position que ce soit.

Un autre fait encore nous est signalé dans les versets 13-15. Avant que le peuple eût livré le premier combat, Christ lui-même se présente comme chef de l’armée. Josué lui demande : « Es-tu pour nous, ou pour nos ennemis ? » En effet, quand il s’agit de Christ, on est pour lui ou contre lui, sans autre position possible. Lorsqu’il est question de suivre Christ dans le ciel, le coeur se manifeste. Plus un croyant est spirituel, plus il est engagé avec un Christ céleste et avec les choses qui sont en haut ; l’attitude d’un croyant charnel, au contraire, est en opposition avec la pensée du Seigneur et avec la vraie bénédiction du peuple de Dieu.

Remarquons en terminant que le peuple, pour livrer ses combats, devait avoir Guilgal comme point de départ, ainsi que nous le voyons par la suite. Le jugement continuel de soi-même, l’humiliation en cas de chute, pour la restauration de l’âme, sont les conditions nécessaires pour les victoires de la foi.

Si nous voulons connaître la joie céleste, il faut nous nourrir de Jésus comme de la manne descendue du ciel, suffisante pour toutes nos circonstances. Alors nous pourrons jouir de lui et de la gloire comme de notre éternelle portion.


246 - Méditations de J. N. Darby — 2 Corinthiens 5 : CHRIST, notre Vie

n°246 : ME 1935 p. 44

Nous trouvons ici un principe qui peut s’appliquer à toutes les circonstances. Sans doute, il a été réalisé d’une manière toute particulière dans le cas de l’apôtre Paul en qui l’Esprit a déployé une puissance remarquable, mais c’est le même Esprit qui agit aussi en nous.

Dans ce chapitre, l’apôtre montre d’une manière frappante comment il pouvait réussir à être agréable au Seigneur (v. 9). Il a dit plus haut (1:8) qu’il ne voulait pas que nous ignorions qu’il avait été excessivement chargé, même au delà de ce qu’il pouvait supporter, mais il avait en lui-même la sentence de mort (1:9). Que pouvait la mort contre celui qui se tenait pour mort, dans la réalisation de son union avec Christ et de la puissance de la plénitude de la vie de Christ ? Mais comment donc pouvait-il dire : « Car notre légère tribulation d’un moment opère, pour nous, en mesure surabondante, un poids éternel de gloire… » ? Parce que, le voile étant déchiré, le vase renfermant le trésor (4:7) étant comme brisé, l’apôtre contemple Christ qui a déjà passé par la mort et qui est sa vie, de sorte que la mort ne peut plus l’atteindre. Le secret de sa force était en ce qu’il portait partout dans le corps la mort de Jésus (4:7-10). Il réalisait toujours que le Seigneur était mort quant à ce monde, et il pouvait dire : Voilà où j’en suis (1:9). Alors la vie de Jésus se déployait en lui et la mort ne pouvait rien sur lui.

Nous allons voir maintenant ce qui soutenait Paul dans cette épreuve, car il faut, en effet, que le coeur soit soutenu. Nous lisons, au chapitre 5, verset 1 : « Car nous savons que, si notre maison terrestre qui n’est qu’une tente est détruite, nous avons un édifice de la part de Dieu, une maison qui n’est pas faite de main, éternelle, dans les cieux ». Quelle confiance doit nous donner ce passage ! Dieu nous a donné la vie éternelle, elle est bien en nous, mais cette vie est dans son Fils (1 Jean 5:11) et n’est pas dépendante de nous. Non seulement la mort ne peut m’atteindre, mais j’ai, dans les cieux, une maison glorieuse de la part de Dieu. Si je réalise que ma part assurée est la gloire de Dieu dans la personne de Christ, que me peut la mort ? Ainsi Étienne lapidé ne voyait que Jésus à la droite de Dieu.

Cependant, au verset 4, Paul déclare qu’il gémissait. Qu’est-ce qui le faisait gémir ? Pour nous, c’est souvent parce qu’étant dans quelque mesure mêlés au monde, notre vanité souffre de n’être pas satisfaite. Imitant son Maître, Paul ne gémissait pas parce qu’il désirait quoi que ce fût du monde, mais parce qu’il était sur la terre sachant ce qu’est le ciel. Il avait vu la gloire céleste, une gloire qu’il savait être la sienne par Christ et il se trouvait extrêmement chargé dans sa tente terrestre. En est-il ainsi de nous-mêmes ? Est-ce parce que j’ai la vie dans mon âme et que je connais la gloire qui s’y rattache que je gémis dans ce monde ?

Quand on gémit comme c’est souvent le cas, dans le désir d’être délivré des peines, des soucis, ou à cause des convoitises, ce n’est pas gémir comme Christ ou comme Paul. L’apôtre ne désirait pas du tout être dépouillé, mais bien être revêtu (v. 4). Les misères, il les sentait, sans doute, mais ce n’était pas le désir d’en être déchargé qui le faisait gémir, comme si son coeur avait été las. La connaissance de la gloire plus excellente lui rendait sensible l’état de la créature et produisait le désir que la puissance de vie qu’il possédait en Jésus absorbât ce qui était mortel en lui. Il ne sentait pas le besoin d’être déchargé de ce corps, car il savait qu’il y avait en Christ assez de puissance pour le transformer et effacer en lui toute trace de ce qui est mortel. C’est la vie au milieu de la mort, une vie assez puissante en Christ pour vivre de ses propres ressources au dessus des circonstances, selon ce que dit Paul ailleurs : « Je ne vis plus, moi, mais Christ vit en moi » (Galates 2:20). Si l’apôtre sentait quel était le fardeau de ce corps, c’est parce qu’il sentait Christ vivre en lui.

On pourrait objecter : comment pouvez-vous parler d’une telle gloire ? La réponse est au verset 5 : « Or celui qui nous a formés à cela même, c’est Dieu ». Il nous a formés : nous avons ce privilège comme Paul lui-même, et c’est un principe pour toute la vie chrétienne. Sans doute, Paul a été appelé à une oeuvre particulière et nous lui sommes bien inférieurs en travail et en dévouement pour Christ, mais, comme lui, nous avons besoin de la force de Dieu pour surmonter les difficultés et les tentations qui nous assaillent chaque jour. Quelque faible chrétien que vous soyez, vous pouvez dire que, pour vous aussi, « ce qui est mortel sera absorbé par la vie », parce que « celui qui nous a formés à cela même, c’est Dieu ». Tout croyant a Christ pour sa vie, et, en lui, une puissance qui est victorieuse de la mort. Possédant Christ, Paul ne tenait pas compte de la mort, même dans les circonstances où il désespérait de vivre. Ainsi, l’épreuve de la puissance de Christ a été faite en lui.

En Romains 1:4, nous lisons que Jésus a été « déterminé Fils de Dieu, en puissance, selon l’Esprit de sainteté, par la résurrection des morts ». C’était le témoignage public d’une puissance qui annulait la mort. Et, comme le montre l’expression « selon l’Esprit de sainteté », la même puissance qui s’est manifestée dans la résurrection de Jésus avait agi dans tous les moments de sa vie et lui avait fait surmonter toutes les tentations : et c’est là un précieux sujet de méditation pour l’âme spirituelle.

Pour la transmutation le principe est le même que pour la résurrection : la puissance de la vie absorbe ce qui est mortel, et c’est cette puissance qui peut déjà nous élever au dessus de toutes les circonstances. Si, comme Paul, je dois passer par la mort, eh bien ! cela ne m’ôte rien : je sais la position glorieuse de Christ en suite de sa résurrection en puissance, j’ai la vie de Christ que la mort ne peut toucher, et si je suis absent du corps, je serai présent avec le Seigneur (v. 8).

Pouvons-nous, comme Paul, dire que nous savons que si notre maison terrestre est détruite nous avons dans le ciel un édifice éternel ? et aussi que nous avons toujours confiance ? (v. 6). Cette confiance est fondée sur Dieu, dont la puissance s’est déployée en Christ pour nous donner la vie et la gloire. Nous devons, comme Paul, nous tenir pour morts quant au corps, car il est bien mort, à cause du péché (Romains 8:10) ; mais aussi, quelles que soient les difficultés, nous pouvons avoir confiance. Le croyant est sûr que si on le tue, on ne tue en lui que ce qui est mortel.

Nous sommes dans des circonstances bien moins pénibles que l’apôtre, mais elles sont peut-être plus dangereuses et plus subtiles, parce que ce n’est pas toujours pour Christ que nous y sommes, et alors elles risquent de ruiner nos âmes en nous détachant pratiquement du Seigneur. Quoiqu’il en soit, nous avons en Jésus une puissance qui peut nous faire triompher de tout : un chrétien est quelqu’un qui a en Christ tout ce qu’il faut pour être vainqueur. Si vous vous sentez distraits par le bruit ou par les événements de ce monde, envahis par son influence, amorcés par ses convoitises, pensez qu’il y a en Jésus assez de puissance pour vous arracher à tout cela, car votre vie c’est Christ. Cela n’est pas seulement une doctrine : la seule connaissance d’une doctrine ne donnerait pas la force de passer par où Paul a passé, mais avec la doctrine il faut la foi. Il faut avoir un Christ vivant, et réaliser que, Christ étant notre vie, tout le reste n’est rien. Au chapitre 4, verset 11, l’apôtre dit : « Nous sommes toujours livrés à la mort pour l’amour de Jésus, afin que la vie aussi de Jésus soit manifestée dans notre chair mortelle ». C’est là ce qui glorifie le Seigneur.

Que Dieu nous accorde de le glorifier de la sorte !


247 - Méditations de J. N. Darby — Philippiens 3 : Le BUT de l’Apôtre PAUL

n°247 : ME 1935 p. 121

Cette épître ne traite pas de la doctrine ; le mot péché ne s’y trouve même pas. Le sujet traité, c’est l’expérience chrétienne, et, dans notre chapitre, il est parlé aussi de la justice de Dieu en Christ, en contraste avec celle de la loi.

Paul nous est montré comme courant vers un but qu’il cherche à atteindre ; il n’y est point parvenu encore : c’est dans ce sens-là qu’il n’est pas arrivé à la perfection (v. 12). Il dit pourtant au v. 15 : « nous tous donc qui sommes parfaits… » : ici, un homme parfait est un homme fait, qui a atteint toute sa croissance, par contraste avec un enfant qui a encore à se développer ; c’est un homme qui a compris la pensée, le dessein de Dieu à son égard. En 1 Cor 2:6-10, nous lisons : « Or nous parlons sagesse parmi les parfaits, sagesse toutefois non pas de ce siècle,… ». Dieu ne nous a pas fait connaître seulement les immenses richesses de sa grâce, mais aussi les richesses de sa gloire. Non seulement Christ a effacé nos péchés, mais Dieu nous donne toutes choses avec lui et en lui. Si un ami ne fait que juste payer mes dettes, je n’ai plus d’obligation, mais je reste néanmoins sans le sou. Au contraire, comme chrétien, non seulement je suis acquitté devant Dieu de tous mes péchés, mais encore j’ai une fortune immense qui m’est assurée : j’ai la gloire, l’héritage, l’adoption.

Il y a deux genres de service à l’égard des âmes : le premier, le plus précieux peut-être, consiste à présenter le salut aux pécheurs ; le second, également très précieux, a pour objet l’édification de l’âme déjà convertie. Quand j’ai trouvé le salut, je puis en parler à d’autres. L’homme dans la chair, l’homme naturel, vit pour la terre, il ne pense pas à Dieu. Ce n’est jamais vers Dieu que se tournent les pensées d’un homme, même non absorbé par ses occupations. Qu’il vive décemment ou non, il vit sans Dieu. L’homme a d’ailleurs toujours failli, dans toutes les situations où il a été placé : en Eden, Adam désobéit et est chassé hors du paradis ; Noé, sur une terre nouvelle et purifiée par le déluge, s’enivre ; la loi est donnée aux Israélites, et ils font le veau d’or ; la sacrificature est établie, et les fils d’Aaron apportent le feu étranger, de sorte qu’Aaron n’est jamais entré dans les lieux saints avec ses vêtements de gloire et de beauté ; le roi Salomon aima les femmes étrangères et le royaume fut divisé. Alors Dieu dit : J’ai encore mon Fils, les hommes auront du respect pour mon Fils. Jésus vient dans ce monde et il est crucifié. Dieu a permis en cela que le coeur de l’homme soit manifesté, et, par la croix de Christ, il met fin une fois pour toutes à la responsabilité de l’homme. Quand l’épreuve de l’homme a été terminée, « en la consommation des siècles, Christ a été manifesté » (Hébreux 9:26). Il est le « dernier Adam » (1 Cor. 15:45), l’homme des conseils de Dieu. Lors de la fondation du monde, Christ se « réjouissait en la partie habitable de la terre, et ses plaisirs étaient avec les fils des hommes » (Prov. 8:27-31). C’est la pensée qu’on trouve en Luc 2:14 : « Gloire à Dieu dans les lieux très hauts ; et sur la terre, paix ; et bon plaisir dans les hommes ! » Jésus s’est fait homme ; et, comme homme, il a parfaitement glorifié Dieu. Aussi Dieu l’a placé dans la gloire, l’ayant fait asseoir à sa droite. Un homme est dans la gloire, et c’est Christ. Notre place est là aussi, dans la gloire avec lui. Entre Dieu et Christ seuls fut réglée la question du péché et de la justice de Dieu. Christ « a été manifesté pour l’abolition du péché par le sacrifice de lui-même » (Hébreux 9:26). « Il a rendu parfaits à perpétuité (c’est-à-dire sans interruption, continuellement) ceux qui sont sanctifiés » (Hébreux 10:14). En outre, nous sommes faits enfants de Dieu, et nous avons reçu l’Esprit d’adoption par lequel nous crions : Abba, Père ! (Rom. 8:15, 16). Les relations sont établies, les affections se développent en rapport avec elles. Il ne s’agit plus de responsabilité quant à la vie, mais d’une position bien assurée, qui n’exclut pourtant pas, évidemment, la responsabilité pour le croyant de marcher d’une manière digne de Celui qui l’a racheté. Celui qui croit n’est plus dans la chair ; il est en Christ, et non plus en Adam. Trop souvent les âmes s’en tiennent au salut qu’elles ont trouvé en Christ et n’entrent pas dans ces vérités. Parfois même l’on pense qu’il y a de l’humilité à demeurer dans l’incertitude ; mais ne pas accepter simplement ce que Dieu donne, c’est de l’orgueil.

À quoi Dieu destine-t-il ceux qui ont reçu par la foi le salut en vertu de l’oeuvre de Christ ? À être « conformes à l’image de son Fils, afin qu’il soit premier-né entre plusieurs frères » (Rom. 8:29). Le Rédempteur ne sera point sans ses rachetés. Il nous a acquis pour la gloire et il a acquis la gloire pour nous. Quand nous le verrons nous lui serons rendus semblables. « Tel qu’est le céleste, tels aussi sont les célestes » (1 Cor. 15:48). C’est là la perfection que Paul poursuivait. Il voulait gagner Christ et à cause de cela, il estimait toutes choses comme des ordures. Il ne voulait pas de la justice selon la loi, qui aurait été sa justice à lui ; mais il avait la justice qui est en Christ, de même qu’on échangerait avec bonheur des haillons contre des vêtements précieux. Il n’y a point d’autre perfection pour le chrétien que d’être conforme à Christ. Et, en courant vers ce but, il y a progrès pour l’âme dans ce chemin, comme dit l’apôtre ailleurs : « contemplant à face découverte la gloire du Seigneur, nous sommes transformés en la même image, de gloire en gloire, comme par le Seigneur en Esprit » (2 Cor. 3:18). Si je réalise ce progrès, mon oeil deviendra toujours plus net : une chose se présente à moi comme incompatible avec la gloire du Seigneur ? eh bien ! j’y renonce ; et je ferai ainsi à l’égard de tout ce que je discerne progressivement comme indigne de Christ. Nous sommes en Christ et Christ est en nous (Jean 14:20). Alors nous avons à refléter Christ, à manifester sa vie dans notre chair mortelle (2 Cor. 4:11). Le Seigneur est toujours avec nous ; nous avons besoin de son secours à chaque instant, mais nous ne serons pas tentés au delà de ce que nous pouvons supporter (1 Cor. 10:13). Il en est du fidèle qui a Christ devant lui comme de quelqu’un qui aperçoit une lumière au bout d’une longue allée : elle devient toujours plus distincte et plus claire à mesure qu’il approche jusqu’à ce qu’il puisse la saisir. Paul était sur le point de comparaître devant Néron ; il s’attendait à des souffrances, mais il savait qu’elles n’auraient pour résultat que de le faire ressembler davantage à Christ en le rendant conforme à sa mort. Christ dans la gloire était le but vers lequel il courait, auquel il voulait parvenir coûte que coûte. Je voudrais vous demander, chers amis : Avez-vous le même but que l’apôtre Paul ?


248 - Méditations de J. N. Darby — 1 Jean 4:11-21 : L’Amour de Dieu

n°248 : ME 1935 p. 191

Cette épître de Jean nous présente la vie de Christ, sa manifestation dans les croyants, et l’amour des frères. Dans le chapitre qui nous occupe, l’apôtre développe trois états dans cette activité de l’amour de Dieu. En premier lieu, il parle de l’amour de Dieu pour nous (v. 9-10) ; puis de l’amour de Dieu en nous (v. 12) ; enfin de l’amour de Dieu avec nous, afin que nous ayons toute assurance au jour du jugement (v. 17).

Par nature, nous sommes « morts dans nos fautes et dans nos péchés » (Éph. 2:1), ennemis de Dieu dont nous redoutons la présence. À l’égard de Dieu, l’homme dans la chair est mort, sans aucun sentiment. Mais Dieu est intervenu en donnant son Fils. Il a dû agir en amour et en justice, faisant ce qui était nécessaire pour l’homme qui ne connaissait ni la justice, ni l’amour. Personne ne pouvait suggérer à Dieu sa pensée de grâce envers le pécheur ; c’est son coeur qui est la source de toute cette activité : Dieu est amour (v. 8 et 16) ; c’est la meilleure chose dont on jouira dans le ciel. Dieu a donné son Fils de son propre mouvement, afin que l’homme, mort, vive par lui. La vie que reçoit ainsi l’homme est toute nouvelle, car Dieu n’améliore pas le pécheur. Auparavant Dieu avait mis l’homme à l’épreuve de toute manière : avant que fût donnée la loi, l’homme est devenu horrible devant Dieu ; sous la loi, il a fait le veau d’or ; quand Christ est venu, il l’a crucifié. Même lorsque Dieu a fait entrer un homme au troisième ciel, il a fallu qu’une écharde lui soit donnée ensuite pour que, redescendu sur la terre, il ne s’enorgueillisse pas (2 Cor. 12:1-7). Il n’y a qu’un seul remède pour la chair, c’est la mort. Alors l’apôtre Paul peut dire : « Je suis crucifié avec Christ ; et je ne vis plus, moi, mais Christ vit en moi ; et ce que je vis maintenant dans la chair, je le vis dans la foi, la foi au Fils de Dieu, qui m’a aimé et qui s’est livré lui-même pour moi » (Gal. 2:20). Cette vie est une chose toute nouvelle qui ne se trouvait pas en Adam innocent ; c’est une vie qui connaît Dieu, qui jouit de Dieu. « Celui qui a le Fils a la vie » (1 Jean 5:12). Il n’est plus question de péché pour nous qui croyons ; nous sommes des adorateurs, sans conscience de péché. Sans doute nous ne sommes pas parfaits pratiquement, tant que nous sommes dans nos corps de faiblesse, mais notre conscience est parfaite. Il n’y a pas d’autre perfection pour le croyant que Christ dans la gloire. Le chrétien peut courir après Christ, comme faisait Paul, avec une conscience parfaite. Christ a porté mes péchés ; je n’ai pas à regarder à moi-même : l’oeuvre s’est accomplie entièrement en dehors de moi. Jésus « nous a été fait… justice de la part de Dieu.. » (1 Cor. 1:30) ; il a été « fait péché pour nous, afin que nous devinssions justice de Dieu en lui » (2 Cor. 5:21). Nous n’avons été présents dans cette oeuvre que par nos péchés, et la grâce et l’amour de Dieu les ont ôtés de devant sa face.

Au verset 12 nous n’avons plus l’amour de Dieu envers nous comme pécheurs, mais son amour en nous comme chrétiens. Le croyant jouit de cet amour comme enfant de Dieu. Ayant cru, il est scellé du Saint Esprit, par lequel l’amour de Dieu est versé dans son coeur (Rom. 5:5). C’est l’amour consommé en nous ; Dieu vient demeurer en nous pour manifester la plénitude de son amour. Nous en avons l’intelligence par le Saint Esprit, qui est en nous, dont nos corps sont les temples (1 Cor. 6:19). Le pécheur est premièrement lavé, dans le sang de l’Agneau, puis oint d’huile, c’est-à-dire du Saint Esprit. Tel est l’état chrétien, d’où découle la communion. Dieu est à la fois la source et l’objet de l’amour. Nous jouissons non seulement de ce qu’il a donné, mais de ce qu’il est. Le chrétien trouve son bonheur en Dieu lui-même ; il est en Dieu, et Dieu en lui, et c’est dans un tel état que le croyant a le sentiment de l’horreur du péché et de l’importance de la justice pratique (on peut voir Rom. 6). La question de culpabilité est réglée pour toujours, mais il faut veiller à ne pas contrister le Saint Esprit : c’est l’exercice pratique de chaque jour. Le chrétien est mis en rapport avec Dieu de la manière la plus intime, mais s’il manque, cette communion est interrompue, le Saint Esprit est contristé.

Le verset 15 nous donne la condition pour que Dieu demeure dans une âme : c’est la confession que Jésus est le Fils de Dieu. Dieu n’habita jamais avec Adam, même avant la chute ; jamais non plus avec Abraham. Il faut la rédemption pour que Dieu puisse demeurer en ceux qui en sont les objets. À un pécheur il faut Christ en propitiation pour ses péchés, mais la part du chrétien c’est la demeure de Dieu en lui. C’est un état qu’il doit veiller à réaliser, et il est profondément triste qu’un chrétien se laisse aller parfois à ce qui est indigne de la présence de Dieu en lui.

Maintenant, Dieu va plus loin encore, son amour nous accompagne jusqu’au bout, jusqu’au jour du jugement (vers. 17). On pourrait jouir de l’amour de Dieu et, toutefois, avoir peur du tribunal du Christ (2 Cor. 5). Ce dernier passage effraye plus d’un chrétien. Mais il doit y avoir pour nous une entière confiance, parce que « comme il est, lui, nous sommes, nous aussi, dans ce monde ». Si nous avons bien compris la pensée de Dieu, il n’y a pas de lieu où nous nous sentirons plus à l’aise que devant ce tribunal, parce qu’alors nous serons semblables à Christ. Le chrétien sera manifesté alors comme « portant l’image du céleste » (1 Cor. 15:49). Quand je serai manifesté devant le tribunal du Christ, je serai déjà glorifié, et je ne pourrai être jugé alors. Paul déclare ailleurs qu’« il n’y a maintenant aucune condamnation pour ceux qui sont dans le Christ Jésus » (Rom. 8:1). De sorte que si je pense au jour du jugement, je puis dire : quel bonheur ! je serai semblable à Christ ! Je saisis par la foi que, devant Dieu, je suis tel que Christ lui-même. Nous avons le trésor de la révélation divine dans des vases de terre (2 Corinthiens 4), nous avons à croître dans la connaissance de Christ, dans la sainteté pratique et l’horreur du péché, mais notre relation avec Dieu est établie dès le début de notre vie chrétienne et est immuable. Au chapitre 2 de l’épître aux Hébreux, nous lisons : « celui qui sanctifie et ceux qui sont sanctifiés sont tous d’un » (vers. 11). Il n’y a aucune place pour la crainte. Dieu m’a aimé lorsque j’étais pécheur, il m’a amené à lui par Christ, et alors, par une conséquence toute naturelle, je l’aime parce qu’il m’a aimé le premier. L’apôtre ne dit pas que nous devions l’aimer, mais que nous l’aimons (v. 19) : c’est le reflet de son amour. Un enfant attaché à sa mère ne dira pas, en parlant d’elle : « J’aime assez ma mère » ; mais bien plutôt : « Ah ! si vous connaissiez ma mère ! »

Le Saint Esprit nous donne la jouissance présente de Dieu lui-même. Réaliser la demeure de Dieu en nous, c’est réaliser la somme de bonheur du ciel lui-même ; c’est jouir de la même portion que celle dont nous jouirons quand nous y serons introduits. Sans doute, présentement, nous ne goûtons que bien faiblement à une bénédiction aussi parfaite et aussi infinie, mais elle nous est assurée dès maintenant comme l’éternelle et précieuse part de nos âmes.


249 - Méditations de J. N. Darby — Jean 14 : La Vraie Piété

n°249 : ME 1935 p. 229

Il y a dans ce chapitre deux choses distinctes : la position dans laquelle Dieu, dans ses conseils de grâce, nous a placés, et ensuite notre condition présente ici-bas. Il est important pour nos coeurs qu’ils saisissent ces deux vérités et la différence qui les distingue.

Lorsqu’on n’a pas compris l’affranchissement, on risque de considérer la piété comme moyen d’arriver à la connaissance de Christ, au lieu qu’elle découle de cette connaissance de ce qu’est le Seigneur pour nos âmes. Nous ne pouvons être davantage approchés de Lui que nous le sommes, car « il a souffert une fois pour les péchés, le juste pour les injustes, afin qu’il nous amenât à Dieu » (1 Pierre 3:18). Nous sommes même « assis dans les lieux célestes en Lui » (Éph. 2:6). Le Saint Esprit nous a été donné et nous sommes scellés comme étant à Christ, et, de ce fait, nous sommes devant Dieu dans la perfection même de Christ. Lui a pu s’asseoir parce qu’il a achevé son oeuvre à la satisfaction de Dieu, et nous sommes assis en Lui. Il est notre sacrificateur en ce qu’il présente à Dieu pour nous une justice qui convient à Dieu.

Bien des âmes s’exercent à la piété en vue de gagner le ciel ; mais, si nous croyons, nous y sommes déjà. Jésus était dans le Père (v. 10), et nous sommes en Lui, et Lui est en nous. Nous sommes bien-aimés de Dieu et nous lui sommes rendus agréables en Jésus, le Bien-aimé (Éph. 1:6). Si une telle position est ainsi acquise aux croyants, quel est donc le caractère de la piété ? Elle n’est pas un moyen d’acquérir la faveur de Dieu, mais elle est la conséquence de cette faveur connue et appréciée de l’âme. Jésus nous donne la paix dont il a joui ici-bas, Lui qui était agréable au Père, et dont c’étaient les délices d’accomplir la volonté de Dieu. Il a été tenté en toutes choses comme nous à part le péché, mais sa communion avec son Père et sa paix étaient parfaites ; et il nous a laissé cette paix qui est la racine de la piété. La piété du croyant découle, non seulement de ce qu’il se sait sauvé par Christ, mais encore de ce que Jésus l’a placé, dès ici-bas, dans la même relation avec le Père dont il jouissait Lui-même. La joie de nos âmes est en rapport avec la connaissance de cette vérité. L’amour du Père pour Jésus est aussi notre portion : « Et je leur ai fait connaître ton nom, et je le leur ferai connaître, afin que l’amour dont tu m’as aimé soit en eux, et moi en eux » (Jean 17:26).

C’est là que commence la responsabilité du chrétien. Celui qui dit demeurer en Lui, doit marcher comme il a marché. « Celui qui a mes commandements et qui les garde, c’est celui-là qui m’aime » (Jean 14:21). Ses commandements sont les communications qu’il a faites aux siens de la part de son Père. Il était la vie, et chacun de ses commandements était l’expression de cette vie, mais n’était pas donné comme moyen de l’obtenir. Si nous aimons le Seigneur, la manifestation de cet amour, c’est que nous gardons ses commandements. Un enfant, s’il est affectueux pour son père, sera attentif à connaître ses pensées, sinon il ignorera tout ce qui peut plaire au coeur de son père.

Ce qui satisfait le coeur et apporte la joie à l’âme, c’est que Jésus se manifeste à elle : « et moi je l’aimerai et je me manifesterai à lui » (v. 21). Dieu veut qu’il y ait en nous la réalisation de notre union avec Christ, que Jésus habite en nous par la foi, et ce qui nourrit la piété c’est qu’il se manifeste à l’âme. Le repos du coeur en est la conséquence parce qu’on trouve en Jésus tout ce qu’il faut, la réponse à tous les besoins : en le possédant je possède tout. Plus il est révélé à mon coeur, plus je désire le posséder en marchant personnellement dans l’obéissance à ses commandements. C’est une affaire individuelle ; il y a une action positive du Seigneur à l’égard de celui qui fait ainsi, car Jésus ajoute : « Je me manifesterai à lui » (v. 21). Nous lisons ensuite au verset 23 : « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole, et mon Père l’aimera ; et nous viendrons à lui, et nous ferons notre demeure chez lui ». Si je garde sa parole, c’est-à-dire sa pensée, non seulement Christ sera ma force, mais encore je jouirai de sa communion et de celle du Père. Garder la parole d’une manière légale ne procure rien à l’âme, mais si mes affections sont en exercice, l’amour pour Christ est le mobile de mon attachement à la Parole ; alors il se révèle à moi d’une manière intime, il me remplit de son amour, de sa force, il me fait jouir de sa gloire, et me rend capable d’être en bénédiction à d’autres.

Voilà la vraie piété : c’est la manifestation de Jésus dans une âme dans laquelle le Père et le Fils demeurent. Les commandements de la loi disaient à l’homme : Fais cela et tu vivras. Jésus dit au contraire : Parce que je t’ai donné la vie je veux que tu marches avec moi. Si nous gardons ses commandements nous portons les fruits de l’Esprit ; autrement l’Esprit est contristé et la communion est perdue. La joie et la force de la piété se puisent dans la marche individuelle avec Jésus.


250 - Méditations de J. N. Darby — Jean 1:1-34 : La Vraie Lumière

Nîmes 1872 — n°250 : ME 1935 p. 241

Quand il s’agit de la conscience naturelle, chers amis, et que Dieu agit dans l’âme, ce sont les péchés qui nous occupent premièrement. Nous sentons que si Dieu entrait en jugement avec nous, nous serions perdus ; nous comprenons que le péché ne peut subsister devant Dieu. Dieu fait pénétrer la lumière dans nos coeurs, et alors ce ne sont pas seulement les péchés qui nous occupent, mais ce que nous sommes. — Si nous avons péché, pourquoi avons-nous péché ? Parce que nous aimons le péché. Nous l’appelons peut-être plaisir, mais c’est triste si nous appelons plaisir ce que Dieu appelle péché. Le tribunal manifestera Sa gloire. La lumière s’adresse à l’homme, à nous, et nous montre ce que nous sommes ; et si nous ne pouvons pas nous tenir en la présence de Dieu, c’est très sérieux. Dieu ne s’est-il pas révélé ? Il manifeste ce qu’il est de plusieurs manières. Quand quelque chose d’extraordinaire arrive, on a peur : le choléra peut-être sera un sujet de frayeur, je l’ai vu moi-même dans cette ville ; tout le monde est pieux alors, on a des réunions de prières, etc. ; et c’est bien triste, car ce n’est qu’une impression passagère, tant que la conscience n’est pas réellement atteinte. On voit bien ce qui en est alors en présence de la mort. Ce qui est la racine de tout cela, c’est ce que Dieu est, et ce que nous sommes. La première chose c’est que Dieu se révèle ; il s’est révélé au commencement, même immédiatement après la chute. Noé seul fut épargné quand le déluge vint sur la terre. Dieu parle, mais écoute-t-on ce qu’il dit ? Il dit : « Il n’y a point de juste, non pas même un seul ». Vous-mêmes vous le dites. Mais le pécheur tel qu’il est peut-il entrer dans le ciel ? Quand Dieu agit dans sa grâce, il montre ce qui en est ; il montre ce qu’est l’arbre.

Il n’attend pas le jugement pour se révéler. Si vous êtes amenés à cette lumière, que voyez-vous ? Si vous réalisez cette lumière, est-ce que votre coeur vous condamne ? Questions sérieuses !… Il nous invite à les poser, dans sa grâce, pour nous faire découvrir ce que nous sommes.

Il est « la lumière des hommes » ; il n’est pas dit des anges. Il se présente réellement en rapport avec les besoins de l’homme. Cette lumière est venue par l’homme et pour l’homme dans le monde. Jamais l’homme n’aurait pensé à une pareille chose. Est-ce que la lumière luit dans vos coeurs ? C’est à vous de répondre !… Il est venu, celui qui était la lumière et on ne l’a pas voulu. Est-ce que la lumière s’est révélée à vous de telle manière qu’il ne reste rien de caché dans vos coeurs ?… Vous vous appelez chrétiens, mais vous aimez tout autre chose que Christ. On a rejeté le Sauveur. Quand il vient comme homme et en rapport avec les besoins de l’homme, on ne s’aperçoit de rien, il était pour eux le fils du charpentier. Êtes-vous meilleur que les autres ? Vous dites que vous êtes chrétiens, cependant votre coeur le rejette. Je ne parle pas de ce qu’on appelle ordinairement péché, c’est-à-dire de ces choses grossières que tout le monde connaît et condamne. Quand l’Esprit arrive le jour de la Pentecôte, c’est comme si Dieu disait aux hommes : Qu’avez-vous fait de mon Fils ?… Tout était ténèbres, on ne voyait rien en lui qui attirât. La philosophie vous donnera mille et un doutes, et jamais une vérité. Christ est la vérité, et dit la vérité, et que dit-il ? Tu es un pécheur. Je ne puis le nier. C’est dans la lumière qu’on apprend à se connaître. Croyez-vous que le Dieu suprême veuille raisonner avec vous philosophiquement ? Non, il dit : tu es un pécheur. Quand cette lumière nous rencontre, elle juge. On n’attend pas le jour du jugement pour le faire : il n’y a pas de salut au jour du jugement. Étant né de Dieu, je reconnais Christ ; une fois que je suis là, toute une scène de bonté, de salut, de grâce et de gloire plus tard, se déroule devant moi. La grâce et la vérité sont venues dans ce monde par Jésus. Il a envoyé Jean-Baptiste pour attirer l’homme vers cette lumière. Je vois que je suis dans la lumière, et comme une chose présente, je dis : je suis perdu. Alors on ne renvoie pas les choses au jour du jugement. Quand on les y renvoie, c’est une preuve qu’on n’est pas venu à la lumière. Dieu est venu dans ce monde pour montrer aux pauvres pécheurs ce qu’ils sont ; mais il ne s’agit pas de jugement, la grâce et la vérité étant venues par Jésus Christ. Dieu s’est manifesté comme un homme pour ne pas effrayer. La grâce qui apporte le salut est venue au milieu de nous dans la personne de Jésus. Trouvez-moi une personne qui prétende être juste, pour Lui c’est un sépulcre blanchi ; mais quand un pauvre pécheur vient à Lui tel qu’il est, il trouve ce qui répond parfaitement à ses besoins. La loi réclame ; Christ ne réclame rien, mais il révèle ce que Dieu est, et il est venu parce que les hommes ne portaient pas de fruits ; il leur apporte le salut. Il était la parole faite chair ; l’homme accessible à tous au milieu des hommes. Quelle grâce ! il ne nous reproche rien, et ne nous demande rien.

Ceux qui croient, il les introduit dans la relation d’enfants de Dieu, la seule relation vraie est que nous sommes enfants de Dieu. C’est la seule vraie position, bien qu’on dise que c’est de la présomption. L’enfant prodigue ne voulait pas être présomptueux, quand il disait en lui-même : « Je ne suis pas digne d’être appelé ton fils, traite-moi comme l’un de tes mercenaires ». La seule relation est celle d’enfant ; nous n’avons pas le droit de choisir notre relation. Mais où trouverai-je assez de grâce pour une telle position ? « Nous avons reçu de sa plénitude et grâce sur grâce ». « Voilà l’Agneau de Dieu qui ôte le péché du monde ! Qui est-ce qui a pensé à cela ? Le monde ? Il l’a rejeté, cet Agneau de Dieu, quand il est venu. Où a-t-on trouvé une telle pensée ? Jésus dit : « Tu m’as formé un corps ». C’est dans le coeur de Dieu qu’il y a eu une telle pensée d’amour. Il avait un Agneau pour nous, sans tache, sans rien qui ne fût parfait. Jamais Dieu n’a été glorifié comme à la croix. Christ fut parfait en toutes choses. Le fait que Dieu s’est pourvu d’un Agneau nous montre les pensées de Dieu. J’ai l’Agneau de Dieu pour moi, je n’y avais pas pensé, mais il y a pensé. Il a pensé à nos péchés et a voulu les ôter. La valeur de cet Agneau, le résultat final de la valeur de cet Agneau, ce sont les nouveaux cieux et la nouvelle terre. « Voilà l’Agneau ! » Ce n’est pas à venir ; il est là. Je regarde à cet Agneau seul sur la croix, ayant à faire avec Dieu. Quelle part avez-vous à la croix ? si ce n’est que vos péchés et le péché ont été jusque-là. Je vois une chose qui se fait sur la croix, mais il est là seul. Dieu traite la question du péché sur la croix, même d’une manière intérieure, car Jésus est abandonné et s’écrie : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » Mais il n’est pas resté dans la mort ; il est ressuscité et s’est assis à la droite de Dieu. La valeur de son oeuvre a aboli le péché. Est-ce que Christ peut abolir le péché ? Oui ; Ce n’est pas une chose à faire, mais faite pour l’éternité. Cette oeuvre a toujours sa même valeur devant Dieu, et je me trouve selon l’efficace de cette oeuvre devant Lui. Quand je suis hors de mes péchés, je suis en la présence de Dieu et il me scelle de son Esprit. Ne contristez pas le Saint Esprit. Pécherez-vous avec un corps qui est le temple du Saint Esprit ? Il m’a été donné pour que je puisse appeler Dieu Père. Le Saint Esprit est la force et l’énergie de la vie divine en nous. Jésus est monté en haut, après avoir premièrement pris notre place en jugement, afin de nous donner sa place là, en haut, et le Saint Esprit est donné en vertu de sa glorification. Comme homme ici-bas il veut être le premier-né entre plusieurs frères et il veut nous avoir tels que Lui dans la gloire. Tout est fondé sur l’Agneau fait péché ; il a été obéissant jusqu’à la mort ; l’obéissance est manifeste quand Christ est fait péché. Il nous fait comprendre son coeur. Alors nous sommes aimés comme il est aimé. Dieu a tout fait pour que nos coeurs soient amenés à cette parfaite confiance, que nous sommes aimés comme Jésus. Est-ce que nous croyons à cet Agneau de Dieu ? Il dit que nous sommes pécheurs, que nous sommes perdus, et il dit aussi que nous sommes sauvés, si nous croyons à cet amour, et de savoir ce que c’est que l’Agneau de Dieu.


251 - Méditations de J. N. Darby — Apocalypse 22:16-17 — Le service de l’Épouse dans ce monde

n°251 : ME 1936 p. 333

C’est évidemment la pensée de Dieu de nous faire réaliser dès maintenant dans notre intelligence spirituelle et nos affections la part qu’Il nous a faite en Jésus. Dieu aime sa famille, son peuple, il veut dans sa grâce faire jouir ses enfants de sa pensée d’amour, les former d’après elle et leur donner l’intelligence de ses voies de grâce envers eux. Le jeune enfant comprend peu encore la volonté de son père à son égard, mais il doit s’appliquer pour parvenir à la discerner pleinement.

Il n’y a pas de bornes à la bénédiction d’une âme engagée avec intelligence dans la pensée de Dieu. Souvent, un coeur reste distrait jusqu’au moment où Dieu le foule dans sa main ; il retrouve alors la compréhension des voies divines : le terrain est labouré et la bonne semence croît et fructifie. Les desseins de Dieu, quant à la gloire de Christ nous donnent la mesure de ce qu’Il veut faire pour nous. Adam, dans son innocence, était incapable de saisir cette pensée de Dieu. Il n’y avait pas en lui ce besoin d’un bonheur en dehors de soi-même, du bonheur de l’âme qui possède Christ et a trouvé son bonheur en Lui. Adam était heureux, même très heureux, mais notre position est bien différente : le chrétien a la connaissance du bien et du mal, il en résulte des besoins auxquels Dieu répond en donnant par le Saint Esprit l’intelligence de sa pensée. Quand Dieu a converti une âme, il veut lui révéler tout ce qu’Il a décidé de faire pour Christ ; Il veut que ses enfants jouissent de sa propre pensée à cet égard. Hélas ! loin de répondre à ce désir, souvent ils n’y prêtent même pas attention. Les choses du monde tendent à soustraire l’âme à l’influence du Saint Esprit. Il n’y a pas de barrière plus forte contre le développement de la sagesse spirituelle que l’orgueil et la sagesse de l’homme. En revanche, Dieu révèle sa pensée aux petits enfants.

Une puissante affection crée toujours un besoin dans le coeur. L’Église n’est pas encore dans la possession des choses célestes, mais elle est déjà en état d’en jouir, et c’est un besoin que Dieu cultive et nourrit dans le coeur. L’Église est l’Épouse de Christ et n’a rien que ce qui appartient à l’Époux. L’Esprit de Christ produit en elle les sentiments dignes de l’Époux tandis qu’Il est absent. Dieu produit ces besoins spirituels qui trouveront une pleine réponse lorsque les conseils de Dieu seront accomplis. L’Épouse soupire après l’Époux : cela est en dehors de toutes les voies de Dieu dans son gouvernement sur la terre. Après avoir développé les prophéties de ce livre, montré l’iniquité de l’homme et les jugements de Dieu, l’Esprit de Dieu veut détacher l’âme de cette terre sous le jugement pour la lier davantage à Christ. De même que Dieu avait donné autrefois à Abraham l’intelligence de ce qu’Il allait faire à Sodome, afin que son coeur ne fût nullement à Sodome, de même Dieu fait connaître à l’Église le jugement du monde afin que son coeur ne soit point au monde.

On voit en Hébreux 11:21, que Jacob se prosterna parce que son coeur avait saisi, comme objet de son espérance, les bénédictions attachées à Christ. Ici, dans le chapitre qui nous occupe, Jésus se présente lui-même. Il annonce que le jour va venir, mais déjà Christ, l’étoile du matin, est là. Il est pour nous l’étoile brillante du matin. Il est impossible qu’Il se révèle ainsi à nous sans que nos affections soient réveillées ; ce sont des affections que Dieu reconnaît. « L’Esprit et l’Épouse disent : Viens » (v. 17). L’Esprit est considéré comme étant ici-bas ; Il est la source de vie et de puissance. C’est par son activité que se forme l’Église. Si nos coeurs ont saisi cette révélation que le jour va bientôt venir, que l’étoile du matin est déjà levée, le Saint Esprit produira en nous le sentiment que nous sommes l’Épouse de Christ, et le désir que tout en nous soit digne de l’Épouse de Christ ici-bas. Nous ne devons pas être satisfaits si le jardin de Christ ne produit que de mauvaises herbes et s’il ne répond pas à ce que le Seigneur lui-même aimerait à y trouver s’Il descendait sur la terre. Nous avons à chercher à être le jardin qui fleurit selon sa grâce et produit des parfums qui lui sont agréables.

« Que celui qui entend dise : viens » (v. 17). Il y a des croyants qui entendent et qui ont réalisé la position que révèle le Saint Esprit ; ils disent à l’Époux : Viens. Il y en a d’autres qui, tout en connaissant la voix du bon Berger, ne l’ont pas réalisée ; il faut que ceux-là aussi puissent dire : Viens.

« Que celui qui a soif vienne ». Ce désir de la venue de Jésus ne produit pas en nous de l’indifférence quant à ceux qui nous entourent. L’Épouse n’a pas encore l’Époux, mais elle puise dans le fleuve d’eau vive, et elle invite à venir y puiser : cette invitation montre à quel point l’Église a remplacé Christ dans ce monde. En Jean 7:37-39, Jésus est Celui qui a les eaux vives et qui appelle à venir à Lui pour s’en abreuver. L’Église dit aussi : Que celui qui a soif vienne. Je puis vous rendre heureux si vous voulez jouir de ce que j’ai moi-même. L’Église est ainsi l’expression de la grande bonté de Dieu qui produit dans le coeur des besoins afin d’y répondre. Elle n’est pas satisfaite si les chrétiens ne disent pas : Viens, et ne réalisent pas la position où elle se trouve elle-même ; et, en même temps, elle manifeste toute la libéralité de Dieu dont elle est le témoin dans le monde. C’est ce qui lui fait dire : « Que celui qui veut prenne gratuitement de l’eau de la vie ». Elle représente, devant le monde, la bonté de Dieu qui cherche à bénir, afin que ceux qui sont travaillés et chargés sachent où trouver le repos. Christ parle maintenant par son Esprit dans l’Église, et nous avons à nous appliquer à rendre un témoignage fidèle à l’affection et à l’amour du Seigneur.


252 - Méditations de J. N. Darby — Jean 14:15-31 : Je vous laisse la Paix

n°252 : ME 1948 p. 137

Au commencement de ce chapitre, le Seigneur avait présenté à ses disciples plusieurs motifs de n’être pas troublés pendant son absence. Ces motifs étaient des promesses très précieuses, telles que : « Je vais vous préparer une place ». Il leur faisait aussi comprendre que le voyant, Lui, ils avaient vu le Père ; Il les délivrait ainsi de toute recherche, et de toute anxiété. Puis Il leur annonce que le Consolateur viendra sur eux, et qu’ainsi ils ne seront plus orphelins. Jésus donc leur disait des paroles consolantes et encourageantes pour leur marche ici-bas. Il ajoute quelque chose d’encore plus précieux ; Il dit : « Je vous laisse la paix ; je vous donne ma paix ; je ne vous donne pas, moi, comme le monde donne ». Celui-ci ne donne jamais la paix de Jésus, et il ne le peut pas, puisqu’il ne la possède pas.

La première chose qu’il y a à remarquer, c’est que la paix dont Jésus parle ôte toute agitation et toute crainte : « Que votre coeur ne soit pas troublé, ni craintif ». Il n’y a point de paix là où il y a de l’agitation.

Remarquons aussi que pendant que Jésus était ici-bas, jamais Il n’avait parlé de paix. Il avait dit aux disciples, effrayés de le voir marcher sur l’eau : « C’est moi, n’ayez point de peur » — , et en les envoyant sans argent et sans sac : « Ne craignez pas », car Il les pourvoyait de tout ; mais jamais Il ne leur avait parlé de paix ; c’est seulement quand Il vient au milieu d’eux, après sa résurrection, qu’Il dit : « Paix vous soit ». C’est là une paix parfaite qui ne pouvait pas se trouver dans une âme avant le départ de Jésus pour le ciel. C’est pourquoi Il n’en parle pas plus tôt. Il y a deux choses à noter : d’abord que c’est sa paix ; ensuite que c’est la même paix dont Il a joui pendant qu’Il était dans le monde, au milieu de toutes les difficultés et de toutes les douleurs. Il est évident que dans le ciel il y aura la paix ; mais c’est ici-même, au milieu de tout ce qui est de nature à ébranler cette paix, que Jésus nous la laisse ; rien ne peut la détruire. C’est de sa bouche même que sort cette consolante parole : « Je vous laisse la paix ». Vous allez être seuls au milieu du mal, comme des brebis au milieu des loups ; pour sauvegarde je vous laisse ma paix.

Pour posséder cette paix, il faut d’abord avoir celle du coeur. Il faut avoir compris que le péché n’est plus imputé, et de plus avoir une pleine et entière confiance en Dieu lui-même. Il faut que le coeur et la conscience réalisent ce que Dieu est pour nous, et qu’il n’y a pas en Lui d’autre pensée que celle de nous bénir. La paix est faite entre nous et Dieu par Jésus Christ, d’une manière parfaite, car Dieu ne peut pas faire quelque chose qui soit imparfait.

Pour que nous soyons en paix, il faut que nous puissions dire sans réflexion, sans hésitation : Dieu est pour moi. Il y a des personnes qui disent : oui, la paix est parfaite, et qui n’osent aller plus loin. Nous savons que Dieu est amour ; mais Lui veut que nous sachions que nous sommes les objets de son amour. Ainsi pour connaître ce qui vaut la peine d’être appelé paix, il faut connaître Dieu. On peut avoir de la joie en pensant à l’efficace du sang de Christ, mais cela ne dure pas tous les moments. Il faut de plus que nous ayons la conscience que toute la pensée de Dieu est de nous bénir ; alors nos relations avec Lui dépendront, non de ce que nous sommes, mais de ce qu’Il est. Voilà la vraie paix. Mais quelle était sa paix, à Lui Jésus ? N’était-ce pas toujours la connaissance de ce que Dieu est ?

Il avait à supporter la contradiction des hommes et celle de Satan, et bien d’autres choses encore, mais cela ne changeait rien en Dieu pour Lui ; cela changeait les circonstances ici-bas à son égard, mais cela ne touchait en rien à la source de sa joie. Il faut que nous désirions que Dieu soit toujours tel envers nous, c’est-à-dire amour.

Pour avoir la paix, il faut que nous n’ayons point d’autre désir que celui d’être aimés de Dieu ; si notre coeur a envie de quelqu’autre chose, être aimés de Dieu ne serait plus notre paix, car si notre coeur ne désire pas d’une manière pratique l’amour de Dieu, la simple connaissance de cet amour de Dieu ne suffit pas. Tout le désir de Christ était de plaire à son Père ; Il ne cherchait que cela et tout le reste Lui était assuré. Il en est de même pour nous ; il se peut que le désir de plaire à Dieu se trouve en nous, au milieu de beaucoup de luttes et de tentations ; mais enfin s’il y est, il y a paix ; tandis que si notre volonté garde quelque chose de contraire à Dieu, il n’y a point de paix au milieu de toutes les tentations que nous présentent Satan et notre propre coeur ; rien ne nous trouble si nous sommes sincères dans notre désir de faire la volonté de Dieu.

« Je ne vous donne pas, moi, comme le monde donne ». C’est d’un principe que Jésus veut parler ici. Il n’est pas dit : « comme le monde la donne », mais « comme le monde donne ». Si quelqu’un du monde donne, il donne le plus souvent de son superflu, et ce qui arrive toujours c’est qu’il reste donateur au-dessus de l’obligé ; mais Jésus s’est donné lui-même, c’est-à-dire qu’Il veut que nous soyons dans la même gloire que Lui. Voilà comment Christ donne ; le monde ne peut pas donner ainsi.

Nous avons des chagrins, des luttes, mais nous aurons la paix dans toutes ces choses, si Christ est l’objet de notre désir ; et même dans les difficultés nous le trouverons plus près de nous que dans d’autres moments ; Il est évident que Dieu nous veut toujours heureux, et point agités ni craintifs. Il n’est plus question de savoir si nous n’aurons plus de combats, ni de tentations, car ces choses auront lieu jusqu’à la fin, mais si nous avons la paix, même dans ces difficultés ; ce ne sont pas les circonstances qui nous empêchent d’être heureux ; ce qui nous manque c’est Christ. Si malgré cela, nous sommes agités et craintifs, c’est qu’il manque quelque chose à notre confiance. C’est la puissante énergie du Saint Esprit qui révèle Christ, et l’amour parfait que Dieu nous a donné en Jésus. Occupons-nous de Christ et non de nous-mêmes et de nos difficultés, car en nous occupant de la chair nous ne nous faisons pas de bien. Si nous avons une tentation quelconque, ne pensons pas à nos luttes et à nos combats, mais à Celui qui peut les vaincre en attirant à Lui notre coeur ; alors nous serons délivrés, et nous trouverons en Jésus ce qu’il faut pour nous rendre capables de jouir de cette paix qui surpasse toute intelligence ; tout devient bonheur parce que Dieu est avec nous et que son amour est versé dans nos coeurs par le Saint Esprit. Nous sommes alors dans cette position qui faisait dire à Paul prisonnier : « Plût à Dieu que tous vous devinssiez tels que je suis, hormis ces liens ».


253 - Méditations de J. N. Darby — Jean 15 : Que votre joie soit accomplie

Genève, mai 1850 — n°253 : ME 1949 p. 133

Le Seigneur a en vue pour nous des choses qui vont bien au delà du salut. Il a pourvu à ce que nous n’allions pas en enfer, mais aussi à ce que nous trouvions le bonheur et la joie dans sa communion. Certes, les tentations sont là, mais si nous avons la jouissance de Christ, il y a un bonheur réel dont Jésus connaît la puissance parce qu’il est tout en Lui, et qu’Il veut que nous le réalisions dès ici-bas au milieu des difficultés, et plus tard dans la plénitude. Pour le moment, Il veut que nous ayons déjà une joie parfaite en Lui, une pleine certitude de son amour, et que nos affections et notre être tout entier soient fondés, pour cette jouissance, sur la révélation qu’Il en a faite. L’effet de la révélation de Dieu, c’est que le coeur de l’homme peut refléter la manifestation de Dieu, « la lettre de Christ connue et lue de tous les hommes ». C’est ce qui se voyait sur le visage de Moïse, tout illuminé parce qu’il avait parlé avec Dieu, au point qu’il dut mettre un voile sur sa face. Quand on en est là, on ne pense plus à soi, mais on jouit de la communion de Dieu et l’effet en est visible. Voilà ce qu’est un chrétien. Souvent on s’arrête au salut, mais si nous avons la vie de Dieu, nous en aurons les pensées, les goûts, les désirs, et Dieu peut encore nous communiquer bien plus que cela. C’est ce que Jésus nous présente dans ce chapitre. « Je vous ai dit ces choses, afin que ma joie soit en vous, et que votre joie soit accomplie » (v. 11). Dieu veut que selon l’expression de Jésus « Sa joie soit en nous, et que notre joie soit accomplie ». Il parle de cela comme étant la portion des disciples dans ce monde ; en effet, c’est ici-bas seulement qu’il s’agit de porter du fruit ; on ne le pourra plus dans le ciel. C’est dans ce monde que Jésus se présentait comme le cep, et dans tout ce chapitre il s’agit de l’état de ses disciples dans le monde.

Nous ne devrions pas nous étonner que Dieu veuille notre bonheur dès ici-bas, et pourtant quelle difficulté n’éprouvons-nous pas, à cause de ce que nous sommes, à comprendre l’amour de Dieu ? Quand nous sommes envisagés comme assis en Christ dans les lieux célestes, il ne peut pas s’agir de nettoyer ou de retrancher les sarments, mais ce n’est pas sous ce point de vue que ce chapitre nous considère. Il prend l’homme tel qu’il est dans le monde. Il était dit dans l’Ancien Testament que Dieu avait planté une vigne, que la maison d’Israël était cette vigne et que les hommes de Juda en étaient les ceps (És. 5). Mais Jésus se présente dans notre chapitre en disant : « Moi, je suis le vrai cep », « vous les sarments ». Il ne dit pas : « Je serai le vrai cep et vous, les sarments », parce qu’Il parle de l’état des disciples tels qu’ils étaient : « Vous êtes déjà nets, à cause de la parole que je vous ai dite ». Sans doute faut-il que l’union avec Lui fasse porter des fruits, mais Il les engage aussi à profiter de cette union pour en jouir. Et pour qu’ils puissent en jouir, Il commence par les mettre à l’aise en leur disant : « vous êtes déjà nets ». Dans tout ce chapitre Il parle de la responsabilité du chrétien et de la force qui peut nourrir ses affections afin qu’il soit capable d’agir selon cette responsabilité. Dieu nous voit, nous pécheurs, morts dans nos fautes et dans nos péchés. Il est venu dans la personne de Jésus, s’est approché de nous dans notre souillure, afin que nous réalisions qu’il n’y a rien dans l’homme et que tout vient de la grâce de Dieu. La mort de Jésus est l’expression de ce qu’est l’homme naturel : « Ils m’ont haï sans cause ». Ils ont été jusqu’à insulter même un mort, car Jésus était déjà mort quand on lui perça le côté avec une lance !

Mais du côté de Dieu, c’est l’amour parfait et pur, et la vraie délivrance de soi-même est de pouvoir se mettre de côté pour être capable de voir ce qu’Il est. Dieu nous a aimés tels que nous sommes, vérité qu’il est important de bien retenir ; et Jésus est l’ami des pécheurs ; Il l’a dit lorsque nous n’étions que pécheurs ; mais ici Il nous dit : « Vous êtes mes amis, si vous faites tout ce que moi je vous commande » (v. 14). Nous ne sommes ses amis, que si nous faisons tout ce qu’il nous commande, et c’est très différent. L’amour dont il est question dans ce chapitre est l’amour d’un père pour ses enfants, amour qui amène des rapports d’affection ; la jouissance de ces rapports dépend de l’obéissance. « Si quelqu’un m’aime », a-t-Il dit, « il gardera ma parole, et mon Père l’aimera » (14:23). Lorsqu’on marche ainsi dans les voies de Jésus, il y a une bénédiction immense, et nous sommes appelés, une fois nets, à jouir des confidences de Jésus. Il se manifeste à nous. Il ne nous appelle plus esclaves, mais Il nous appelle ses amis, parce qu’Il nous fait connaître tout ce qu’Il a ouï de son Père. Nous sommes appelés à marcher en vue du témoignage de son amour, en vue du bonheur qui se trouvera dans le ciel.

Remarquons maintenant une chose très importante ; le Seigneur dit : « vous êtes déjà nets ». Il veut tout d’abord que nos coeurs soient bien au large, que notre conscience ne vienne pas nous troubler, en nous faisant douter du droit que nous avons de jouir de ces bénédictions. C’est Lui-même, Lui qui connaît si bien nos coeurs, qui nous dit : « vous êtes nets ». C’est Lui qui nous a rendus tels, Lui qui exige la sainteté, Lui dont la parole est efficace : « à cause de la parole que je vous ai dite ». Les disciples ne savaient pas encore qu’ils étaient nets ; Jésus le leur apprend. Quand donc nous sentons le besoin d’être nets, et de l’être assez pour être avec Lui, il faut que nous en venions là, et nous ressentirons ce bonheur immense de pouvoir dire : Il m’a dit : Tu es net ! — Notez qu’Il ajoute et répète : « demeurez en moi ».

« Si vous demeurez en moi, et que mes paroles demeurent en vous, vous demanderez ce que vous voudrez, et il vous sera fait ». C’est une promesse merveilleuse ; nous savons maintenant que Dieu nous écoute et nous donnera ce que nous demandons, si nous le Lui demandons selon sa volonté. Il y a dans ce verset deux conditions : « Si vous demeurez en moi », et : « si mes paroles demeurent en vous ». Il faut que le chrétien jouisse de la communion, car hors de la communion il n’y a point d’intelligence ; il faut qu’il soit dans la dépendance de Christ, car hors de Lui il n’y a rien. Quand on est dans cette jouissance et dans cette dépendance, c’est Christ qui agit dans l’homme, et ce que celui-ci fait dans cette communion, c’est le Saint Esprit qui le fait en lui. Il en est ainsi de nos demandes. On pense parfois : « faut-il donc que pour tout ce que je fais, je regarde à Christ ? pour la moindre des choses, la plus insignifiante, faut-il que j’aille m’adresser à Lui et chercher en Lui la réponse ? » Oui, il le faut. Il faut de notre côté un réel anéantissement, une confiance totale en Lui. Cela suppose une pleine certitude de l’amour de Jésus, une âme qui Le connaît. Si notre coeur demeurait toujours en Jésus, ne sortait pour ainsi dire jamais de Lui, nous aurions atteint la perfection en pratique. Quand nous ne demeurons pas en Jésus, le monde a prise sur nous. Demeurer en Lui est exprimé par une seule phrase de l’apôtre Paul : « Pour moi, vivre c’est Christ, et mourir un gain ». C’est avoir les mêmes intérêts que Lui, sa joie aussi, comme nous aurons la même gloire. S’il s’agit de Christ, il s’agit de moi, car je suis un avec Lui.

Jésus ajoute : « Si mes paroles demeurent en vous ». Il avait déjà dit au chapitre 14 : « Celui qui a mes commandements et qui les garde, c’est celui-là qui m’aime ». Si un enfant aime son père, il sera attentif à ses ordres, il cherchera à lui plaire, il apprendra à discerner ce qu’il désire. Le coeur qui aime comprend la volonté de celui qui est aimé, et si c’est Dieu que nous aimons, il en sera ainsi de nous avec Lui. L’intelligence de sa volonté sera le résultat de notre communion avec Lui, et l’amour nous fera garder les pensées de Dieu : cela implique toute une vie d’attention à ce qui Lui plaît, qui nous donnera une intelligence et une vue de prophète. Je ne parle pas ici du don de prophète, mais de cette intelligence qu’a celui qui peut dire : « nous avons la pensée de Christ ». Si l’on en est là, on peut demander, et l’on demande selon la volonté de Dieu. C’est un principe reconnu ailleurs dans la Parole. C’est parce qu’Abraham vivait dans la communion de Dieu qu’il avait le caractère de prophète, et Dieu dit de lui à Abimélec : « Il est prophète, et il priera pour toi » Jérémie dit à peu près la même chose : « s’ils sont prophètes, et si la parole de l’Éternel est avec eux, qu’ils intercèdent auprès de l’Éternel ». Il est vrai qu’il s’agissait à cette occasion de reconnaître si les prophètes étaient de vrais prophètes. Aussi je le répète, ce n’est pas du don de prophète que je parle, mais de ce caractère que donne la communion, qui rend capable de discerner et de demander avec intelligence ce qui est selon Dieu, qui ne veut que cela en demeurant en Christ. Ses paroles nous guident dans nos désirs mêmes : « Vous demanderez ce que vous voudrez ». Quelle part que celle que Jésus nous fait ! Nous sommes moralement identifiés avec Lui et pouvons disposer de sa force ! Voilà ce que sont les chrétiens. Et quelle certitude n’acquiert-on pas si l’on demeure dans son amour, et si l’on se sert chaque jour de ses privilèges, comme un enfant jouit habituellement de tout ce qui se trouve dans la maison de son père. Vous direz peut-être : « Je n’en suis pas là ! » N’oubliez pas qu’Il veut que nous estimions les choses d’après la révélation qu’Il nous en a faite. Il dit aux disciples : « Vous savez ou moi je vais, et vous en savez le chemin », et Thomas lui répond : « nous ne savons pas ». C’est qu’il n’avait pas réalisé ce que Jésus avait révélé, et souvent nous ne l’avons pas réalisé non plus. Mais c’est égal : Jésus nous place dans nos privilèges, et nous communique tout ce qui est en Lui, pour que nous en jouissions.

Il dit encore : « Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés ». Il ne dit pas : « comme le Père m’aime », mais : « comme le Père m’a aimé », c’est-à-dire comme le Père l’a aimé sur la terre, dans sa perfection. Il nous aime sur la terre malgré nos imperfections. Cela dépasse toutes nos pensées. Il veut que nos coeurs aient une confiance pleine et entière, que nous comptions sur ce qu’Il est malgré nos imperfections, notre faiblesse, notre ignorance. C’est l’absence de cette confiance dans son amour qui produisait le manque de fidélité chez les disciples. Il nous a pourtant donné, comme à eux, assez de preuves de son amour !

Le Seigneur entend-Il vraiment que notre joie puisse être accomplie alors que nous sommes encore dans ce monde ? Il y a tant de choses qui viennent nous troubler, difficultés, épreuves, etc., mais c’est bien dans ce monde que Jésus a accompli toute son oeuvre et que son amour a pris soin de nous. Il ne dit pas : « Quand vous serez dans le ciel, demeurez dans mon amour » ; car il est évident que nous ne pourrons pas en sortir ; mais c’est ici-bas qu’Il veut que nous demeurions en Lui, afin qu’ici-bas déjà sa joie soit accomplie en nous. Croyez-vous cela ?

Les disciples avaient vu maintes preuves de son amour, et nous, en marchant jour après jour en Lui, nous constaterons en toutes choses une telle fidélité chez Lui, que nous aurons pleinement de quoi nous réjouir et nous assurer en Lui. Quelle joie délicieuse de pouvoir dire : « Je suis dans ses bras ». C’est ce qui verse la joie dans le coeur ; c’est en marchant dans ses commandements que l’on jouit de ces choses, autrement l’Esprit de Dieu en nous devient un Esprit de répréhension.

Jouissons-nous de cet amour de Jésus ? Croyons-nous que quand Il dit : « Je vous appelle mes amis », nous le sommes effectivement ? Pouvons-nous dire : Oui, nous le sommes, nous savons ce que c’est ; notre confiance journalière en Lui est basée sur ce précieux témoignage qu’Il nous donne. Marchons-nous avec Lui de manière à ce que notre lumière et nos intérêts soient les mêmes que les siens ? Notre coeur se tourne-t-il vers Lui dans toutes les circonstances, car voilà ce que doit être un chrétien ? Il faut que les affections de nos coeurs soient toutes formées sur cette révélation qu’Il est venu attacher nos coeurs à Dieu. La joie céleste ici-bas c’est la conscience que ce qu’on a, c’est la joie du ciel. Nous ne trouverons dans le ciel ni un autre Père, ni un autre Jésus que celui qui veut habiter dans nos coeurs. Pourrait-il y avoir en Lui une autre intention que celle de nous rendre parfaitement heureux ? C’est en regardant à Lui que les affections sont produites et en même temps satisfaites.


254 - Méditations de J. N. Darby — Luc 9:18-45 : La Croix et la Gloire

n°254 : ME 1949 p. 277

Il est instructif de voir dans ce passage de quelle manière le Seigneur Jésus ramène les pensées de ses disciples de la contemplation de sa gloire à sa croix et à ses souffrances.

Jésus ne veut pas être connu pour être le Christ et prendre dans le monde sa place comme Messie. Il Lui faut une place beaucoup plus basse, mais en un sens beaucoup plus glorieuse. Il faut que le Fils de l’homme souffre beaucoup, qu’Il prenne sur Lui les conséquences du péché de l’homme, et qu’Il se place là où Dieu prend connaissance du péché dans lequel l’homme se trouve, afin d’ôter le péché et de réconcilier l’homme avec Dieu ; ce qui fait que la croix de Jésus est encore plus admirable que sa gloire manifestée.

Ayant ainsi parlé de ses souffrances, Jésus exhorte ses disciples, nous exhorte tous, à le suivre avec ce dévouement d’amour qui, ici-bas, a toujours le caractère de la croix. C’est ce que nous voyons en Lui. Il s’est offert en offrande et sacrifice, en parfum de bonne odeur (Éph. 5:1). Si l’amour descend d’en haut, il a toujours le caractère d’un sacrifice qui monte de la terre à Dieu comme un parfum excellent. Ainsi Jésus qui, au milieu du mal, s’est offert à Dieu, en parfum de bonne odeur.

Mais une gloire s’y rattache. Jésus annonce aux siens que de ceux qui étaient là présents, il y en aurait qui ne mourraient point jusqu’à ce qu’ils aient vu le royaume de Dieu. Et six jours après, Il prit Pierre, Jean et Jacques avec Lui sur une montagne, et fut transfiguré. Nous voyons, dans cette révélation de la gloire de Jésus, quelque chose de ce que sera son bonheur avec les siens en ce jour que nous attendons.

La gloire de la personne de Jésus est ici la première pensée de l’Esprit de Dieu, v. 29. Au v. 22, c’est la croix sur la terre ; ici Christ en gloire. On voit ensuite les siens parler avec Lui et apparaître en gloire, dans la personne de Moïse et d’Élie. C’est un entretien familier dans l’intelligence des pensées de Christ, intelligence dans laquelle on peut réaliser une entière familiarité de conversation avec Jésus. Dieu a voulu nous glorifier avec Jésus et comme Jésus. Il n’est pas dit seulement que nous apparaîtrons avec Lui, mais que nous apparaîtrons en gloire. Jésus dit : « La gloire que tu m’as donnée, moi, je la leur ai donnée… afin que le monde connaisse… que tu les as aimés comme tu m’as aimé » (Jean 17:22, 23). Moïse et Élie s’entretiennent avec Jésus de sa mort à Jérusalem, c’est-à-dire de ce qu’il y a de plus émouvant pour le coeur de Jésus et de ce qui occupe les conseils du Père. Nous, nous annonçons la mort du Seigneur jusqu’à ce qu’Il vienne.

Pierre, en proposant de faire trois tentes, ne savait pas ce qu’il disait, et il voulait placer Moïse et Élie dans la même position que Christ. Cela ne se pouvait pas, Jésus ne peut pas, quoiqu’Il n’ait pas honte de nous appeler ses frères, être mis dans les pensées de Dieu au même rang que Moïse et Élie. Un autre personnage apparaît sur la scène, Celui qui est la source de tout, le Père, dont la voix se fait entendre dans la nuée. « Il reçut de Dieu le Père honneur et gloire, lorsqu’une telle voix lui fut adressée par la gloire magnifique : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai trouvé mon plaisir ». C’est Celui-ci qui occupe particulièrement les pensées du Père et qui est le centre et l’objet de ses affections. Quand bien même nous avons la même gloire que Jésus, tout disparaît pour laisser place à Jésus seul. Aussitôt que la pensée s’arrête à notre gloire, sans donner toute la gloire à Christ, il faut que le Père nous rende ce témoignage : « Celui-ci est mon Fils Bien-aimé », et que le coeur du Père place Jésus à la hauteur de sa gloire. Moïse et Élie sont mis de côté et Dieu met en honneur Celui que ses affections et sa justice distinguent. Nos coeurs répondent par le Saint Esprit aux pensées du Père envers Jésus. C’est là notre joie.

La révélation de la gloire de Jésus était pour Lui un moment de soulagement et de bénédiction. Il faut qu’Il rentre maintenant dans la carrière et dans la marche de la foi. Il descend de la montagne et agit selon la perfection dans laquelle Il a été manifesté en gloire. Il trouve le Père là-haut ; ici-bas Il rencontre un démon et l’incrédulité de ses disciples qui étaient demeurés impuissants devant la puissance de Satan. Mais Jésus montre la perfection de son amour et de sa puissance. Tout en disant : « Jusques à quand vous supporterai-je ? » Il ajoute : « Amène ici ton fils ». Le monde s’étonne de la puissance de Jésus, car il ne se fie pas à la puissance de Dieu à laquelle il n’est pas accoutumé ; mais il ne s’étonne pas de celle de Satan dont il subit les effets.

« Vous, gardez bien ces paroles que vous avez entendues » (v. 44). Jésus ramène alors ses disciples à la pensée de la croix, à son amour, après leur avoir montré sa gloire et sa puissance.


255 - Méditations de J. N. Darby — 2 Pierre 2:1-9 : La Bonté de Dieu au Milieu du Mal

n°255 : ME 1949 p. 331

Dans le premier chapitre de cette épître, l’apôtre avait présenté l’espérance du retour de Christ ; ce retour réalisait toute l’attente de l’Église ; en attendant le Seigneur Jésus agit dans les âmes qu’Il tire du monde ; Satan n’est pas encore lié et pendant ce temps les enfants de Dieu sont affligés par diverses tentations (1 Pierre 1:5-6). Le repos dans la gloire de Jésus est la récompense. Mieux nous comprendrons cette position, plus nous glorifierons le Seigneur, mais en attendant le repos dans la gloire, nous trouvons la souffrance dans ce monde. 2 Pierre 1:16, 17 parle de la puissance personnelle et de la manifestation personnelle du Seigneur en gloire. Ce n’est pas une simple bénédiction extraordinaire du Saint Esprit ; Pierre présente cela comme espérance et comme puissance de sanctification. Il faut que le chrétien agisse comme un homme qui attend son Maître, et rejette tout ce qui est indigne de cette attente. Il ne s’agit pas seulement d’une certaine intelligence expliquant la prophétie, mais le coeur salue la venue de Christ comme une étoile brillant avant que le soleil se lève.

Comme il y a eu de faux prophètes, il y aura aussi de faux docteurs qui renieront le Seigneur qui les a achetés. Il n’est pas question ici du rachat de l’âme ; Jésus est le Maître ; ce mot est pris ici non pas dans la signification de Seigneur et Maître, mais de Maître qui achète des esclaves. Il a, dans ce sens, acheté tout le monde, et, comme homme, a acquis pour Lui-même droit sur toutes choses ; les méchants renient le Maître qui les a achetés et qui a tous les droits sur eux. Ce n’est donc pas le rachat pour le salut de l’âme, mais le droit de Jésus sur la créature. Dieu Lui a donné pouvoir sur tous les hommes. Du moment où ceux qui ont porté le nom de chrétien ont été corrompus, Christ a été blasphémé, et cela ne peut que continuer jusqu’à ce que Satan soit lié. On n’entrera pas au ciel en faisant sommeiller Satan. Il faut remporter la victoire, et Dieu veut que la foi soit éprouvée jusqu’à ce que l’ennemi soit lié.

Plus Jésus montrait d’amour dans le monde, plus Il était rejeté. Au commencement Il était suivi par des foules qui étaient remplies d’étonnement et d’admiration devant les miracles qu’Il faisait et en entendant sa parole ; mais quand il faut soustraire la volonté de l’homme à la puissance de Satan, Jésus est repoussé, et Il dit : « J’ai travaillé en vain ». Cela est important pour nous : tout en jouissant de la bonté de Dieu, il nous faut nous attendre à souffrir par toutes sortes de tentations, parce que le coeur a d’innombrables racines dans le monde. Le christianisme est une puissance extraordinaire, mais il ne rend pas l’homme heureux pour ce monde. L’essai de rendre l’homme heureux ici-bas dans la relation avec Dieu a été fait avec les Juifs, mais il a été démontré que l’effet des bénédictions terrestres a été de corrompre le coeur, et de mettre cette corruption en évidence. C’est ce que l’on voit en Salomon. Dieu veut soustraire le coeur aux choses de ce monde pour le conduire au ciel ; et ce ne sont pas les choses qui ont de l’attrait pour le coeur chrétien qui suffisent pour cela, le coeur ayant toujours la tendance de se replonger dans le monde. C’est pour rompre ces liens que Dieu suscite des épreuves sur le chemin du chrétien. Quand Paul risquait de s’enorgueillir en revenant du troisième ciel, Dieu lui envoie une écharde dans la chair, afin qu’il ne s’exalte pas lui-même.

Le cas des anges montre que Dieu ne peut en aucune manière supporter le péché. C’est un cas final parce que les anges ont péché dans la lumière.

Le cas de Noé est celui d’un homme qui n’est pas soustrait à la moquerie et à la souffrance pendant cent vingt ans, et qui demeure fidèle. Nous voyons en lui un homme d’une justice positive, gardé au milieu de la ruine du monde.

Sodome et Gomorrhe sont condamnées et Lot délivré. Lot est un homme qui n’aurait pas dû se trouver à Sodome. Il avait choisi le monde que Dieu allait détruire, parce que la plaine était belle et bien arrosée. Il s’était ainsi éloigné de Dieu ; c’est Abraham qui avait les promesses et non pas Lot, et l’histoire de ce dernier est triste, mais pleine d’avertissements pour le croyant. Mais c’est par sa faute qu’il se trouve dans ces circonstances pénibles ; il souffrait parce qu’il aimait le monde. Aussi, si nous choisissons le monde pour jouir d’une position plus agréable, nous serons plus éloignés de Dieu.

Néanmoins Lot a été sauvé comme à travers le feu ; si nous sommes angoissés à cause du mal, c’est que, d’une manière ou d’une autre, Dieu veut que nous soyons éprouvés : si c’est notre faute qui nous a placés là, le châtiment sera plus grand. Mais en tous cas il faut honorer Dieu dans nos voies, et Dieu saura délivrer de la tentation les hommes pieux. Sortons de Babylone pour ne pas participer à ses péchés, et Dieu nous délivrera. Tout ce que nous avons à faire, c’est d’être fidèles — soit que nous soyons dans la souffrance par suite de notre fidélité comme Noé, ou par suite de notre infidélité, comme Lot, et Dieu nous délivrera.


256 - Méditations de J. N. Darby — Hébreux 7 : La Sacrificature de Melchisédec

n°256 (ex 255) : ME 1950 p. 27

Depuis que le péché est entré dans le monde, le pécheur n’est plus dans la possibilité de s’entretenir directement avec Dieu ; il faut un médiateur entre l’homme et Dieu. La sacrificature d’Aaron lui donnait cette fonction sous la loi ; mais la sacrificature étant changée, l’économie l’est aussi par là même. Sous la loi la sacrificature correspondait aux nécessités de la loi. Il existait cependant avant la loi une sacrificature d’un ordre entièrement supérieur ; c’est celle de Melchisédec, qui n’était pas une sacrificature d’intercession, mais de bénédiction et de louanges. L’épître aux Hébreux nous montre que Christ est sacrificateur non selon l’ordre d’Aaron, mais selon celui de Melchisédec.

L’économie actuelle est fondée sur l’expiation qui est un fait accompli, et le Saint Esprit y tient lieu de gages, d’arrhes de ce qui doit arriver. Christ est un sacrificateur selon la puissance d’une vie impérissable et Il est entré une fois et pour toujours dans le ciel. Il réunit l’intercession et la bénédiction. Si le chrétien regarde en haut, il se voit présenté à Dieu par Christ ; s’il regarde à lui-même il a besoin de quelqu’un qui soit pour Lui auprès de Dieu.

Melchisédec bénit Abram lorsque ce dernier a vaincu tous les ennemis, et il loue Dieu de la part d’Abram. Il était roi de justice et roi de paix. Christ n’est pas actuellement roi de justice ; dans l’exercice de la justice ce n’est pas actuellement qu’Il juge ; c’est dans l’économie future, et c’est alors aussi qu’Il sera roi de paix, qu’Il sera roi et sacrificateur sur son trône, tandis que maintenant Il est assis sur le trône de son Père (Apoc. 3:21). Il sera alors assis sur son trône (Apoc. 3:21), la terre entière et les Juifs recevant la bénédiction. Nous sommes placés en Esprit sous la sacrificature de Christ selon l’ordre de Melchisédec, mais la terre n’a point encore en Lui son roi de justice et de paix, son sacrificateur de bénédiction et de louanges.

Melchisédec n’était pas sacrificateur par descendance ou par origine ; Christ aussi l’est selon la puissance d’une vie impérissable. S’Il était sur la terre, Il ne serait pas sacrificateur. Il y a pour le peuple terrestre de Dieu la sacrificature selon l’ordre d’Aaron. Dans l’économie actuelle, Christ est aussi sacrificateur d’intercession. Dans l’économie future Il le sera uniquement selon l’ordre de Melchisédec.

Lév. 9:22 nous montre qu’Aaron avait aussi envers le peuple une sacrificature de bénédiction ; Il bénissait à côté du sacrifice qu’il avait offert ; de l’autel il bénit le peuple par l’efficace du sacrifice. Moïse et Aaron sortirent du tabernacle comme Jésus sortira du ciel, et bénirent le peuple (Lév. 9:23). Celui-ci poussa des cris de joie et se prosterna après avoir vu la gloire de l’Éternel.


257 - Méditations de J. N. Darby — 1 Corinthiens 13 : L’Amour (fragment)

n°257 (ex 256) : ME 1950 p. 221

Je ne pense pas qu’il y ait rien de plus méconnu que l’amour, et souvent même ce n’est que par égoïsme que nous aimons quelqu’un. On se refuse à être affecté par la peine d’autrui, on s’en détourne, et d’autre part on craindra de faire de la peine, de peur d’être mal considéré : ce sentiment est l’opposé de l’amour. L’amour s’occupe des autres selon leur état et s’oublie pour eux. Il n’épargne pas le mal chez les autres, mais il s’oublie entièrement pour y porter remède. Dieu est amour et Jésus est venu vers les hommes avec des paroles de vérité : Il n’a pas été reçu. Dieu en effet n’épargne pas le coeur humain, et Il lui démontre son orgueil. Mais Il ne s’épargne pas lui-même : Il donne son Fils pour l’homme. Jésus reçoit tout le mal possible, et fait tout le bien possible. L’amour de Dieu met le mal en évidence, mais il le pardonne.

L’oubli de soi-même est ainsi le trait dominant de l’amour. Sans lui, les plus excellents dons de Dieu ne servent à rien. Les Corinthiens se glorifiaient du don des langues ; la chair en abusait. Paul leur montre que les dons les plus excellents, s’ils ne sont pas accompagnés de l’amour, ne font qu’exalter l’homme et sa vanité. Sans ce principe d’amour, tous ces dons ne sont rien.

Paul parle ici uniquement des effets de l’amour et non de l’amour lui-même. L’esprit de Dieu est l’amour ; si on croit le trouver en soi-même on confondra toujours la crainte de faire de la peine afin d’être bien reçu, avec l’amour de Dieu. L’amour, c’est de demeurer en Dieu et Dieu en nous. Dieu en est la source. La présence de Dieu et le Saint Esprit agissant dans le coeur, c’est là la source et la puissance de l’amour.

Dans le coeur, l’amour de Dieu pour nous et notre amour pour Dieu ne sont pas séparés. L’amour de Dieu est versé dans nos coeurs par le Saint Esprit qui nous a été donné. Quand nous comprenons que Dieu nous a aimés le premier, alors commence l’amour. Le coeur naturel n’a aucune idée de l’amour de Dieu ; la conscience peut tout au plus connaître quelque chose de sa justice. Quand je réalise que Dieu m’a aimé, je comprends qu’Il est amour parce qu’Il a pu aimer un pécheur. Aucune philosophie ne peut comprendre cela.

Le Saint Esprit vient habiter dans mon coeur pour me donner communion avec ce Dieu d’amour (Rom. 5:5). Je connais Dieu parce qu’Il m’a sauvé, et je me glorifie en Lui. L’âme est dans le repos, satisfaite, parce que Dieu est en moi, habite en moi par son Saint Esprit. Si j’ai la conscience que tout m’appartient parce que je possède Dieu, je me contente de la plénitude de Dieu, et je ne peux plus rien envier de ce que possède un homme quelconque.

Ayant Dieu pour notre portion, nous sommes satisfaits, nous ne désirons que jouir davantage de cette plénitude. Le coeur est heureux d’être débarrassé de toutes les circonstances extérieures. Dans la présence de Dieu, nous sentons notre petitesse et notre néant devant Lui. Cela détruit l’orgueil.

L’orgueil est le sentiment d’être quelque chose devant l’homme. L’amour au contraire se soumet aux plus humbles services pour ce qu’il aime. L’amour de Jésus pour les siens nous fait aimer ceux qu’Il aime, si la présence de son Esprit est sentie. Cet amour de Christ nous fait supporter un frère faible dans le sentiment que Christ l’aime ; cela même nous rendra plus clairvoyants pour le mal. Il ne faut pas chercher l’amour pour l’avoir. Pour avoir les fruits, il faut émonder l’arbre, et engraisser le terrain. La présence de Dieu en nous, la communion avec Dieu et la vie de Christ en nous, nous font trouver cet amour. C’est tout l’opposé de ce que l’homme appelle charité. Laisser aller son frère dans le péché, par crainte de le blesser, de lui faire de la peine, ce n’est pas là de l’amour.

L’amour est la chose la plus excellente et nous l’avons déjà dans son principe. Possédant déjà l’amour de Dieu, nous avons l’assurance de l’éternité de notre joie. Dieu est éternel, et je sais que je Le posséderai toujours, que son amour sera toujours en moi.

Si je pouvais craindre de perdre cet amour, je serais doublement malheureux. L’amour ne périt jamais ; les meilleurs des autres dons ne sont que des moyens d’édification passagers. Quand nous verrons Dieu face à face, son amour sera avec nous.

Le propre de l’amour est de ne pas s’épargner soi-même pour faire le bien et supporter le mal. Il n’y a d’autre moyen de supporter l’égoïsme que de se tenir en la présence de Dieu. Et là, le sentiment de notre néant devant Lui et l’assurance de posséder toutes choses avec Lui vont ensemble.


258 - Méditations de J. N. Darby — Hébreux 5 : L’Auteur du Salut éternel

n°258 (ex 257) : ME 1950 p. 274

Notre sûreté, comme notre joie, dépendent de la connaissance que nous avons du Seigneur Jésus. Il nous faut vivre habituellement avec Christ pour apprendre à le connaître et pour croître dans sa plénitude et dans la certitude de notre salut. Il faut que notre âme mette ses affections en Dieu. Le chemin est pénible, humiliant, mais à mesure qu’on apprend à connaître Christ, on voit que tout est vanité dans ce monde, et on se trouve content de posséder Christ et son amour. Si on n’a pas une entière confiance en Christ, la chair et le découragement s’emparent de vous. Voyez Moïse : dès qu’il veut éprouver ses forces, la chair s’en mêle. Quand Dieu veut l’employer, il n’est pas disposé. Il a besoin d’apprendre ce qu’il est, et ce que Dieu est.

Dès lors, quand il se trouve devant Pharaon, il n’est plus seul, Dieu est là. Moïse tient la verge de Dieu. C’est désormais un homme qui ne craint plus rien, parce qu’il va avec la force de Dieu. À mesure que Dieu remplace l’homme, Il lui donne la force nécessaire pour agir, et les événements ne peuvent plus nous embarrasser.

Lorsqu’on se compare avec Lui, on se demande comment il est possible que notre chair puisse encore s’élever. Que Dieu nous donne de connaître Jésus comme il est question de Lui dans ce chapitre, et de vivre près de Lui, afin qu’Il demeure dans nos coeurs par la foi.

Il nous faut remarquer que dans cette épître, il y a plus de contraste que de rapprochement, entre la sacrificature d’Aaron et les fonctions du Seigneur Jésus, quoiqu’elles soient mises en parallèle. La manière dont il est parlé de la souveraine sacrificature dans ce chapitre a une grande importance et voici pourquoi : c’est afin que Christ ait la toute première place dans nos coeurs. Il est important de comprendre que Christ est venu tout près de nous, qu’Il est devenu parfaitement homme. « La Parole devint chair, et habita au milieu de nous… pleine de grâce et de vérité ».

Il faut que nous sachions que le Seigneur est tout sympathie pour nous ; il faut que sa personne ait pour nous toute sa valeur ; Il ne pourrait avoir de sympathie réelle s’Il n’était parfaitement homme. S’Il entre dans toutes nos misères, c’est pour nous faire entrer dans toutes ses gloires. Sur la montagne de la transfiguration, Moïse et Élie sont dans la plus grande intimité avec Lui, dans la même gloire que Lui ; mais dès que Pierre dit : « Faisons trois tentes », Dieu proclame : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, écoutez-le ». Il ne s’agit plus ni de Moïse ni d’Élie. Dieu nous montre ainsi que nous devons jouir de la même gloire que Jésus, mais Il veut que nous connaissions l’appréciation qu’Il fait de Jésus. Il doit être le premier en tout. Il se place dans la même position que les pauvres pécheurs, et le Père le reconnaît comme son Fils bien-aimé.

Le souverain sacrificateur était lui-même enveloppé d’infirmité, mais Christ ne l’est pas. C’est un contraste. Le souverain sacrificateur était « capable d’avoir de l’indulgence pour les ignorants et les errants », parce qu’il était enveloppé d’infirmité, mais Christ est dans le lieu très saint, Lui qui est parfait. Il faut toujours se souvenir de cela. À cause de cette infirmité, le souverain sacrificateur devait offrir des sacrifices, non seulement pour les péchés du peuple, mais aussi pour lui-même. Mais pour Christ ce n’est plus cela ; il est dit : « Nul ne s’arroge cet honneur, mais seulement s’il est appelé de Dieu, ainsi que le fut aussi Aaron ». Christ ne s’est point glorifié lui-même pour être fait souverain sacrificateur, mais celui-là l’a glorifié qui lui a dit : « Tu es mon Fils ; moi je t’ai aujourd’hui engendré ».

Christ avant d’entrer dans la sacrificature, nous est présenté dans toute la gloire de sa personne. Nous parlons de Jésus comme homme ; Il est le Fils de Dieu ; voilà la personne de Christ, et sa gloire Lui donne le droit de dominer sur toutes choses. « Il est sacrificateur selon l’ordre de Melchisédec » (Ps. 110).

Quand Abraham revint vainqueur de la défaite des rois, Melchisédec fit apporter du pain et du vin ; il le bénit de la part de Dieu, et il bénit aussi le Dieu Très-Haut, et Abraham lui donna la dîme de tout. Nous trouvons donc que Christ est déclaré Fils de Dieu et souverain sacrificateur selon l’ordre de Melchisédec, mais ici-bas Il ne prend pas encore ce caractère ; Il le prendra quand Il entrera dans la gloire qui Lui est due. Avant de prendre cette gloire, et c’est encore un contraste, Il prend toute l’oeuvre de la grâce sur Lui, afin que nous soyons avec Lui dans la gloire, et qu’Il soit à même non seulement de nous sauver, mais aussi d’élargir notre coeur, pour que nous comprenions l’oeuvre qu’Il a accomplie dans cette grâce. Il est le Fils de Dieu, sacrificateur selon l’ordre de Melchisédec, mais Il veut que toute la perfection développée en Lui, nous fasse sentir le contraste qu’il y a entre cette gloire et la souveraine grâce. Il faut qu’Il descende vers les pécheurs pour se mettre à leur place. On voit cela dans la tentation. Il a vu ce que Satan voulait faire pour l’engager à sortir de sa position comme homme. Après son baptême, Satan lui dit : « Si tu es Fils de Dieu, dis que ces pierres deviennent des pains ». Emploie ta gloire et ta puissance, si tu es le Fils de Dieu ! Mais Jésus était ici pour obéir ; Fils de Dieu, Il était descendu pour être l’homme obéissant, pour entreprendre une oeuvre d’obéissance à l’égard de Dieu. Au lieu de jouir de la gloire où Il était, Il entre dans la poussière où nous sommes, pour que nous ayons la certitude de la gloire.

Il n’y a aucune difficulté, aucune chose pénible qui nous arrive, aucun danger qui nous menace, qu’Il n’ait éprouvés et surmontés pendant sa carrière. Plus Il avançait, plus Il était mis à l’épreuve et plus aussi sa force était évidente. Le résultat en était la démonstration continuelle de l’obéissance et de l’amour. C’est là ce qui nous est présenté dans le passage : « Tu es sacrificateur pour toujours selon l’ordre de Melchisédec ».

Au milieu de toutes nos souffrances, nous trouvons Jésus, car Il y est ; jamais Il n’évita une seule souffrance, ni une seule tentation. Il y est entré pour nous faire comprendre comment, en toute circonstance, la grâce trouve son application. Dans chaque épreuve d’obéissance Jésus manifeste plus de grâce ; chaque difficulté était propre à Lui enseigner l’obéissance. Il pouvait dire : « C’est mes délices, ô mon Dieu, de faire ce qui est ton bon plaisir ».

La raison pour laquelle Christ a appris l’obéissance, c’est qu’Il est Dieu béni éternellement, et nous devons l’apprendre parce que nous sommes des pécheurs qui faisons notre propre volonté. Chaque pas que le Seigneur faisait était un pas toujours plus difficile, mais Il le faisait accompagné de Dieu. Ainsi quoiqu’Il fût Fils de Dieu, Il a appris l’obéissance par les choses qu’Il a souffertes. Il avait à l’apprendre, dans le principe même, parce qu’Il était Dieu ; en pratique parce que le chemin de la vie devenait toujours plus difficile.

Nous trouvons, au v. 9, les conséquences de son obéissance : « Ayant été consommé, il est devenu, pour tous ceux qui lui obéissent, l’auteur du salut éternel ». Il a parfaitement glorifié Dieu dans la position où Il se trouvait. Il ne s’agissait pas seulement de la gloire de sa personne, mais aussi de la gloire de son oeuvre. Si, comme il est dit dans Phil. 2 : « Il s’est anéanti lui-même, prenant la forme d’esclave… il s’est abaissé lui-même, étant devenu obéissant jusqu’à la mort, et à la mort de la croix », ce n’est pas seulement la gloire de sa personne comme Fils de Dieu, selon le conseil de Dieu, comme Souverain Sacrificateur, que cet abaissement profond fait resplendir, mais c’est aussi son oeuvre. Il est entré dans toutes les oeuvres qui Lui étaient proposées. Il a été éprouvé et Il a été trouvé parfait. Il a offert un seul sacrifice, car, est-il dit : « Par une seule offrande, Il a rendu parfaits à perpétuité ceux qui sont sanctifiés », et Il est devenu l’auteur du salut éternel, non seulement à cause de la gloire de sa personne, mais aussi de l’oeuvre qu’Il a accomplie sur la terre.

Le Fils de l’homme est glorifié, et Dieu est glorifié en Lui. Voilà ce qui fait la base en vertu de laquelle je possède le salut. Il est l’auteur du salut éternel. Est-il possible que ce soit un salut éternel ? Oui, car l’oeuvre de Christ ne peut perdre de son prix. C’est un salut éternel comme celui qui l’a accompli. Jésus est descendu au milieu du mal, pour nous guérir et nous sauver. Il a été fait péché pour nous, et Il est notre délivrance éternelle. C’est une délivrance faite par Christ, Lui qui est maintenant à la droite de Dieu, en vertu de ce qu’Il a fait. C’est une oeuvre qui a pleinement glorifié Dieu. Il n’est pas dit que l’obéissance soit le moyen du salut, mais que Jésus est l’auteur du salut éternel. Il est notre garant devant Dieu. L’oeuvre qui nous donne le droit d’entrer au ciel, c’est l’oeuvre de Christ, nous nous trouvons parfaits devant Dieu en vertu de cette oeuvre, et nous en avons la conscience dans toutes nos peines. Mais nous sommes, il est vrai, séparés pour Dieu, avant la pleine manifestation du salut. Notre âme a besoin d’entrer dans la sainteté par l’épreuve. Nous avons la paix par la justice de Christ, mais nous avons besoin d’être exercés pour nous dépouiller de nous-mêmes, et pour comprendre que nous n’avons rien que le péché dans notre propre chair. Christ est notre vie et notre paix. Il est au-dessus de tout comme homme, et en Lui nous trouvons le bonheur, la joie, aussi bien qu’un salut éternel.


259 - Méditations de J. N. Darby — Apocalypse 2:18-29 : L’Étoile du Matin

n°259 (ex 258) : ME 1952 p. 162

Au commencement l’Église de Dieu se trouvait au milieu du monde comme un petit résidu ; elle avait perdu, pour un moment, son époux, et son désir ardent était d’être réunie à Lui. Jésus avait fait comprendre aux siens qu’Il ne pouvait pas rester avec eux ici-bas, mais qu’Il les prendrait avec Lui, et qu’au lieu d’être avec eux sur la terre, eux seraient avec Lui dans le ciel. C’est par cette vérité qu’Il les consolait, en ajoutant que pour le présent Il ne les abandonnait pas.

Au fur et à mesure que l’Évangile s’est propagé, on a perdu de vue ce qu’était l’Église, et elle s’est unie au monde et à sa prospérité. Ce que nous trouvons dans les chapitres 2 et 3 de l’Apocalypse est le déroulement de l’histoire de l’Église sur la terre.

Il est très frappant de voir que dans ce qui est dit aux trois premières Églises, il n’est pas question du retour de Christ. Mais Pergame est le trône de Satan ; l’Église a commencé à s’associer à ce monde dont Satan est le prince ; l’Esprit dénonce ensuite d’autres corruptions qui se sont introduites au-dedans de l’Église. Dès lors, une fois qu’il est bien démontré que malheureusement l’Église est incapable de glorifier Dieu sur la terre, Jésus parle de sa venue, et dirige les pensées des saints sur un changement d’économie (v. 26, 27, 28). La corruption qui règne maintenant sera remplacée par un nouveau système de justice et de sainteté. Pour le présent il faut être fidèle malgré le misérable état de l’Église ; puis, plus tard, ceux qui auront vaincu paîtront les nations avec une verge de fer (c’est la première fois que Jésus parle de ce fait), et ils recevront l’étoile du matin.

Dans ce qui est dit à chaque Église, se trouve une promesse relative au genre de combat qu’elle a à soutenir. Par exemple à ceux qui vaincront dans Éphèse, est promis l’arbre de vie ; à ceux qui vaincront dans Smyrne est donnée l’assurance d’être gardés de la seconde mort ; et ceux qui vaincront dans Pergame recevront le caillou blanc, le nouveau nom et la manne cachée. Chacune de ces promesses est très précieuse, mais comme nous l’avons dit elle répond à un certain caractère. Puis nous arrivons à ce qui est dit à Thyatire : « Ce que vous avez, tenez-le ferme jusqu’à ce que je vienne. Et celui qui vaincra… je lui donnerai autorité sur les nations ; et il les paîtra avec une verge de fer, comme sont brisés les vases de poterie, selon que moi aussi j’ai reçu de mon Père ; et je lui donnerai l’étoile du matin ». À Sardes il dit : « Sois vigilant, et affermis ce qui reste, qui s’en va mourir… celui qui vaincra, celui-là sera vêtu de vêtements blancs, et je n’effacerai point son nom du livre de vie… Si tu ne veilles pas, je viendrai sur toi comme un voleur ». C’est dire que l’Église professante sera jugée comme le monde ; car Il viendra sur elle comme un voleur et c’est ainsi qu’Il doit venir contre le monde. « Le jour du Seigneur vient comme un voleur dans la nuit. Quand ils diront : « Paix et sûreté », alors une subite destruction viendra sur eux… et ils n’échapperont point » (1 Thess. 5:2, 3).

Dès qu’il n’y a plus d’espoir pour l’ensemble, Jésus parle de sa venue. Mais cette venue doit être considérée sous deux points de vue bien distincts ; car pour Sardes cette parole : « Je viens », est une promesse de jugement, tandis que pour Philadelphie elle est une promesse de délivrance et un encouragement. Pour d’autres elle s’applique aux deux choses.

« Et celui qui vaincra, et celui qui gardera mes oeuvres jusqu’à la fin, — je lui donnerai autorité sur les nations ». En lisant le Psaume 2, nous voyons que c’est là la part qui a été donnée à Christ comme roi, mais aussi comme Fils et comme Homme, et nous aurons cette portion avec Lui. En cela nous pouvons remarquer tout d’abord que l’Église est absolument en dehors de toute question de jugement, sauf qu’elle exercera le jugement avec Christ. Il est dit dans ce Psaume 2, en parlant du Fils Roi : « Je raconterai le décret : l’Éternel m’a dit : Tu es mon Fils ; aujourd’hui je t’ai engendré. Demande-moi, et je te donnerai les nations pour héritage, et, pour ta possession les bouts de la terre. Tu les briseras avec un sceptre de fer ; comme un vase de potier, tu les mettras en pièces ». Nous voyons dans Apoc. 2 que la même part est assignée avec Jésus à celui qui vaincra ; c’est là une portion infiniment précieuse, et il est encore ajouté : « Et je lui donnerai l’étoile du matin ». Ce n’est pas le jour, car c’est le jugement qui est appelé le jour du Seigneur ; quand Christ aura demandé les nations, il arrivera alors que tous ses ennemis seront mis sous ses pieds. Jusqu’à ce moment tout ne sera que misère pour les siens. Mais il est ajouté : « À celui qui vaincra, je lui donnerai l’étoile du matin » ; cette étoile précède le jour. C’est de cette terre qu’Il donne à l’Église une portion tout à fait à part avec Lui. Avant que le jour éclate pour ceux qui vainquent, ceux qui veillent avec Christ reçoivent cette part.

En parlant de la prophétie, l’apôtre Pierre dit : « Nous avons la parole prophétique, rendue plus ferme, à laquelle vous faites bien d’être attentifs, comme à une lampe qui brille dans un lieu obscur, jusqu’à ce que le jour ait commencé à luire, et que l’étoile du matin se soit levée dans vos coeurs ». Et c’est là ce que Christ veut que nous comprenions, que nous avons avec Lui cette part bénie ; qu’Il nous prendra avec Lui avant le jour. C’est l’étoile du matin. Il veut que nous soyons dans cette relation avec Lui, pour nous récompenser d’avoir cru en Lui et de l’avoir connu avant le jour, alors que ce n’était pas encore le moment où tous devront par force Le connaître.

Il y en aura qui croiront parce qu’ils verront, mais ce ne sont pas ceux-là qui sont appelés bienheureux. Pour nous qui avons cru sans avoir vu, nous aurons un privilège distinct, car la récompense est toujours en rapport avec l’oeuvre. Ainsi celui qui pendant la nuit, veille avec Christ, aura l’étoile du matin. Nous verrons Christ avant qu’Il se fasse voir au monde. Il donne au résidu fidèle, comme soutien de sa foi, cette promesse : « Je vous donne autorité sur les nations », vous aurez part avec moi avant que j’apparaisse. Cette pensée est révélée aussi dans le dernier chapitre de l’Apocalypse, à la suite de quoi l’Esprit et l’Épouse disent : « Viens ».

Il est dit à Sardes : « Je viens comme un voleur ». Elle est traitée comme le monde. Il est dit à Philadelphie : « Je viens bientôt ». Il peut nous sembler que l’Époux tarde ; sans doute le fait-il, mais nous savons pourquoi ; nous savons que sa grande patience envers le monde en est la cause, et en attendant Il encourage notre foi et veut que nous sachions que nous serons avec Lui avant qu’Il soit vu du monde. Il veut que déjà nous jouissions de ce privilège et que nos coeurs soient détachés de ce monde jusqu’à ce que l’étoile du matin soit levée en eux.

Que Dieu nous donne de penser à ce qu’a de solennel le fait que toute l’Église professante sera jugée comme le monde. Qu’Il nous donne de comprendre que nous n’avons à craindre aucun jugement, puisqu’au contraire c’est nous qui devons exercer le jugement avec Christ, et que la verge sera mise dans nos mains comme dans les siennes. Réjouissons-nous d’être en Lui et d’avoir notre part avec Lui quand il ne restera plus que Lui seul.

Je suis toujours plus convaincu de l’importance qu’il y a pour le témoignage à attendre ainsi Jésus. Si nous comprenons ce qui en est, il est impossible que nous nous unissions à ce monde qui va être jugé. On ne peut pas tenir le monde d’une main et de l’autre la verge qui doit le frapper. Que le sentiment d’être bientôt avec Jésus, nous fasse déjà marcher ici-bas avec Lui par la foi.


260 - Méditations de J. N. Darby — Exode 33 : La Gloire hors du Camp

n°260 (ex 258) : ME 1953 p. 77

Les conseils et les pensées de Dieu ont pour objet son peuple, et son amour pour lui fait qu’Il ne peut pas l’abandonner. Du moment où le peuple est tombé et où il est impossible à Dieu, à cause de ce qu’Il est lui-même, de rester en relation extérieurement avec lui, Il place sa gloire hors du camp et elle reste toujours la source de la bénédiction. Dieu met sa gloire en dehors de toute atteinte, et Il continue d’agir en grâce. Cette grâce même s’exerce sans doute en jugement envers ceux qui ont failli à garder sa gloire au milieu d’eux, mais c’est néanmoins la grâce de Dieu, sans quoi Dieu aurait dû retrancher Israël.

Nous voyons dans ce chapitre l’effet de cette grâce de Dieu : Il se place dans une proximité plus grande avec Moïse et ce dernier en retire une grande et précieuse bénédiction.

En faisant le veau d’or, les Israélites ne voulaient pas entièrement se détourner de l’Éternel. Aaron, en bâtissant un autel devant le veau d’or, proclame : « Demain, une fête à l’Éternel ». La conscience des Israélites reconnaissait qu’ils ne pouvaient pas abandonner le nom de l’Éternel, et ils disaient du veau que c’était le dieu qui les avait fait monter d’Égypte. En alliant un veau d’or avec le nom de l’Éternel, ils ont montré l’idée qu’ils se faisaient de ce dernier : idée tellement misérable qu’ils estimaient pouvoir associer son nom à l’image d’une bête ! Dieu ne peut pas supporter une telle association. Il place sa gloire hors du camp. La foi, jugeant sainement la position où Israël se trouve, s’éloigne du camp. Moïse se place franchement là. Du moment qu’il tolérait un veau d’or, le camp repoussait Moïse. En Égypte cela n’aurait pas eu lieu ; la présence du veau d’or n’aurait pas éloigné Moïse, parce qu’Israël n’était pas formé là comme camp de Dieu.

On voit au v. 5 la patience magnifique de Dieu. Il dit : « Vous êtes un peuple de cou roide… je te consumerai : et maintenant, ôte tes ornements de dessus toi, et je saurai ce que je te ferai ». Dieu agit avec plus de patience encore que Moïse, et même comme Moïse n’aurait pu le faire sans infidélité. Dieu accepte de monter encore avec le peuple, mais Il exige que le peuple ôte ses ornements ; Il ne veut au moins pas les trouver joyeux et impudents dans le mal. Le peuple attristé se dépouille ; c’est ici la condescendance de Dieu ; Il savait qu’il n’y avait rien à attendre du peuple ; c’est pourquoi Il disait, v. 3 : « Je ne monterai pas au milieu de toi, car tu es un peuple de cou roide ; de peur que je ne te consume en chemin », et cela n’aurait pas manqué d’arriver ; Dieu aurait dû de nouveau les consumer. C’est pourquoi, au lieu d’accorder sa présence à Israël, Il dit, v. 2 : « J’enverrai un ange devant toi ». Mais aussitôt que la grâce se manifeste et que le caractère de Dieu en gouvernement est déclaré en ce qu’Il dit à Moïse, v. 19 « Je ferai grâce à qui je ferai grâce, Et je ferai miséricorde à qui je ferai miséricorde », Moïse prie Dieu de monter au milieu d’eux (chap. 34:9), parce que c’est un peuple de cou roide. C’est précisément la raison que Dieu avait donnée pour ne pas monter. Mais quand la grâce est bien établie, Moïse la réclame pour que Dieu monte avec Israël, parce qu’il voit qu’il n’est pas possible de conduire en Canaan ce peuple de cou roide, à moins que Dieu n’y soit. Moïse ajoute : « Pardonne nos iniquités et nos péchés, et prends-nous pour héritage ». C’est l’expression de la confiance pleine et entière dans la grâce de Dieu, grâce sans laquelle il est impossible de conduire ce peuple, fardeau dont personne ne pouvait se charger.

Mais quel est l’effet de la manifestation de cette grâce sur Moïse lui-même ? Il tend pour lui, hors du camp, loin du camp (v. 7) une tente, et il l’appelle la tente d’assignation. C’était quelque chose de tout nouveau, car auparavant il n’en avait pas été besoin ; en effet, la présence de Dieu était au milieu du camp, et aucune convocation spéciale n’était nécessaire : Il n’y avait pas à chercher Dieu ailleurs. Mais ici Dieu place sa gloire en dehors, et ceux qui le cherchent vont à la tente. L’effet de cet acte de Moïse était de donner au peuple la conscience que Dieu agissait. La foi sort vers Dieu hors du camp. Mais ceux qui ne cherchaient pas Dieu, se levaient, chacun se tenait à l’entrée de sa tente et regardait Moïse par derrière. Quand la colonne de nuée descend et s’arrête à la porte de la tente, et que Dieu ainsi se manifeste, ils se prosternent. Mais ce n’est pas encore là la foi qui jouit de cette tente d’assignation et qui va chercher l’Éternel.

Suivons Moïse. Pour lui, la conséquence de sa foi, c’est que l’Éternel parle avec lui (v. 11), et qu’il entre dans la communion de Dieu. Ce n’est pas seulement qu’il parle à l’Éternel, mais l’Éternel lui parle. Josué qui a le caractère de Jésus en ce que c’est lui qui devra introduire le peuple au pays de la promesse, ne sort pas de l’intérieur de la tente. Moïse y jouit de l’intimité de Dieu, et se trouve dans la présence de l’Éternel dans la confiance de cette intimité.

« Moïse dit à l’Éternel : Regarde, tu me dis : Fais monter ce peuple ; et tu ne m’as pas fait connaître celui que tu enverras avec moi ; et tu as dit : Je te connais par nom, et tu as aussi trouvé grâce à mes yeux « (v. 12). L’effet de la manifestation de Dieu pour le jugement du peuple en général était de mettre en évidence l’amour de Dieu envers celui qui était fidèle. Quand les jugements de Dieu tomberont sur le monde, ce sera à la fois pour le châtiment du monde, et pour la manifestation de l’amour de Dieu envers ses élus, envers ceux qui ont trouvé grâce à ses yeux.

Moïse ne demande pas à Dieu de lui montrer un chemin ; il demande de savoir qui Dieu veut envoyer avec lui (v. 12) ; et il demande à connaître (v. 13) le chemin de Dieu lui-même. Ce que le coeur et la foi demandent de Dieu, c’est son chemin à Lui pendant que nous sommes dans le désert, et on n’ose pas s’y risquer ans cela. Quelle précieuse confiance que celle-là, qui ne veut avoir dans le désert d’autre chemin que celui de Dieu lui-même. C’est là que Dieu se trouve ; c’est là que l’on connaît les voies de Dieu. Moïse dit : v. 13 : « Je te connaîtrai », si je suis dans ton chemin, et cela « afin que je trouve grâce à tes yeux », dans l’oeuvre de conduire ce peuple. Et il ajoute : « Considère que cette nation est ton peuple ».

Dieu répond : « Ma face ira ». Dieu va beaucoup plus loin que ce que Moïse demande. Ce que Moïse ne pouvait pas voir directement, la face de Dieu lui-même, sa perfection, voilà ce que Dieu lui accorde. Ce n’est plus seulement un ange envoyé devant Moïse. « Ma face ira, et je te donnerai du repos « (v. 14).

Moïse s’enhardit (v. 15) : « Si ta face ne vient pas, ne nous fais pas monter d’ici ». La gloire du peuple est la présence de Dieu lui-même ; c’est cette présence qui les séparera de tout peuple qui est sur la face de la terre.

La grâce souveraine de Dieu est la base de tout, et Moïse a tout ce qu’il demande. Il demande enfin à voir la gloire de Dieu ; mais Dieu fait auparavant passer toute sa bonté devant sa face (v. 19), Il fait connaître son nom, et Il fonde le salut de son peuple sur sa grâce souveraine. Ainsi ce n’est pas par un raisonnement de l’intelligence humaine que nous pouvons voir la grâce et la gloire de Dieu ; ce n’est qu’après avoir été cachés en Christ. Là seulement nous pouvons comprendre ce que Dieu est. C’est quand nous acceptons en toute soumission de nous laisser cacher là, pendant que Dieu passe dans sa majesté, c’est dans la croix de Jésus, que nous le voyons dans toute sa beauté, en majesté, en amour, en fidélité, en justice. Moïse a compris alors la puissante grâce de Dieu. Et quel bonheur ! un tel Dieu nous sépare pour Lui !

Ce que nous avons à demander et à rechercher, c’est la face de l’Éternel, là où Il s’est manifesté, c’est-à-dire en Jésus. Nous n’avons pas à nous prosterner à la porte de notre tente, pour regarder de loin la bénédiction de la présence et de la gloire de Dieu, dont les autres, qui ont la foi, vont jouir hors du camp ; mais à être introduits nous-mêmes dans le chemin de l’Éternel. Cette connaissance fait que nous pouvons être en admiration. Dieu veuille nous donner cette simplicité de foi pour nous attacher à la gloire de Jésus ! Ce sera alors une nécessité que d’aller à la tente. Le fait que nous sentons notre incapacité entière n’est pas ce qui arrête la faveur de Dieu. Moïse n’ose aller ; Dieu lui dit : « Ma face ira et je te donnerai du repos ». La fidélité pratique tient à la gloire de Dieu ; on peut alors tout demander, et tout trouver.


261 - Méditations de J. N. Darby — Jean 18:1-11 ; 19:25-30 : Laissez aller Ceux-ci

Genève, mai 1850 — n°261 (ex 258) : ME 1954 p. 247

La pensée de Dieu et de Jésus est de nous rendre parfaitement heureux ; et bien que nos âmes aient souvent à passer par des exercices dont le but est de nous purifier et de mûrir nos âmes devant Dieu, il n’en est pas moins vrai que son intention est de nous rendre parfaitement heureux.

Et cela non seulement pour l’éternité auprès de Lui dans la gloire ; mais déjà ici-bas Il veut que nous jouissions de tous les effets de son amour. Il veut que nous goûtions la réalité de cet amour en sachant que malgré les tentations et les afflictions « rien ne nous séparera de l’amour de Dieu qui est dans le Christ Jésus notre Seigneur ».

Il est vrai que si nos coeurs ne sont pas attachés à Jésus, nous ne serons pas heureux ici-bas ; Dieu nous appelle à croire et à connaître son amour dont Il a donné la preuve dans le don de son Fils. Cependant il y a des difficultés, des tentations par lesquelles Satan cherche à nous détourner et à nous effrayer ; mais le Seigneur Jésus nous a entièrement délivrés de ces difficultés, et je suis toujours plus convaincu que seule la foi en l’efficace de l’oeuvre de Christ nous rend capables de surmonter le mal. Nous ne pourrions pas jouir de cette délivrance, si la colère de Dieu n’était pas satisfaite, mais nous savons que Jésus a subi tous les effets de cette colère et l’a éteinte. À Gethsémané Il était en présence de la coupe qu’il lui fallait boire ; Il n’était pas encore sous la colère de Dieu. C’est sur la croix qu’Il s’y est trouvé, quand Il a dit : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » En Géthsémané Il n’était pas abandonné car Il s’adresse directement à son Père, et un ange aussi fut envoyé pour le fortifier. Mais là, Satan l’environnait de ses terreurs, tâchant de le séparer de la communion avec son Père ; cependant Il a tout surmonté et a pu aller avec calme au devant de tout.

Le croyant qui contemple Jésus sur la croix, buvant la coupe, trouve en cela une paix pleine et complète, et de quoi être parfaitement heureux. La colère de Dieu a passé comme un nuage qui a éclaté sur Jésus, et le soleil de l’amour de Dieu parait maintenant dans tout son éclat. Satan a cherché à empêcher l’oeuvre de Jésus de deux manières, d’abord en le tentant au commencement de son ministère, ensuite dans le jardin de Gethsémané. Au début de sa vie publique, en résistant à la tentation, Jésus a lié l’homme fort, et si l’homme avait pu être béni et entrer dans la jouissance de la bénédiction, c’était le moment : Jésus guérissait les malades, rendait la vue aux aveugles, etc. Mais l’homme n’était pas même capable de recevoir ce que Dieu lui envoyait : Christ, source de bénédiction sur la terre, a été rejeté. Quoiqu’il en soit, comme nous le savons et ne le saurons jamais assez, Jésus n’a pas reculé, car Il nous voulait dans le ciel à la fin. Voyant l’homme comme tel incapable de recevoir la bénédiction, Il a dû opérer une nouvelle création pour nous introduire dans la jouissance du ciel.

Dans Jean 18, Jésus se trouve en présence de l’ennemi et de tout ce qui pouvait cribler un homme, sauf la colère de Dieu, car Il ne la subissait pas encore, quoiqu’elle fût devant ses yeux.

« Ayant dit ces choses, Jésus s’en alla avec ses disciples au delà du torrent du Cédron, où était un jardin dans lequel il entra, lui et ses disciples ». Que d’entretiens, que de communications intimes et d’épanchements d’amour n’avait-Il pas eus avec ses disciples dans ce lieu ! Judas s’y était trouvé et le connaissait bien, et cependant c’est dans cet endroit même qu’il trahit Jésus ! Chose affreuse, mais tel est l’homme !

Il est dit dans Luc 22:44 : « Et étant dans l’angoisse du combat, il priait plus instamment ». Satan cherchait à obscurcir son âme, à l’ébranler, à l’accabler en Lui montrant ce qui allait arriver. Il tentait de détruire sa communion avec son Père, et c’est ainsi qu’il agit aussi avec nous, quand il travaille à nous décourager. Mais sur Jésus l’effet de tous ces efforts de Satan nous sont révélés par cette parole : « Il priait plus instamment ». Satan, le Prince des ténèbres, mettait en oeuvre toute sa puissance pour le faire tomber, mais le résultat est de rapprocher toujours plus Jésus du Père, de manifester sa fidélité, de le rattacher avec toujours plus d’énergie à la volonté de son Père. C’était là sa perfection ; plus Satan le tentait, plus Il cherchait Dieu ; s’Il devait boire la coupe, c’était la coupe de son Père. Il ne recevait rien, ni de Satan, ni de Judas, mais Il recevait tout de son Père. Toute la force de Satan, ses droits sur nous, tout était détruit pour Lui.

Dans l’Évangile de Jean, c’est la personne glorieuse de Christ qui nous est présentée avant tout ; aussi voyons-nous au chap. 18, v. 4, qu’Il s’avance Lui-même et leur dit : « Qui cherchez-vous ? » C’est le berger « qui met sa vie pour ses brebis » ; « Personne ne me l’ôte », dit-Il, « mais moi je la laisse de moi-même ». Il aurait pu s’en aller tranquillement, l’impuissance de ceux qui venaient pour le prendre étant ainsi rendue manifeste, mais Il s’avança pour nous garantir du mal qui sur Lui n’avait aucun empire.

Il avait déjà passé intérieurement par l’exercice de coeur dans lequel Satan le tentait, alors qu’Il prenait sur Lui les conséquences de notre position. Son âme avait été saisie de tristesse jusqu’à la mort. C’est pourquoi maintenant Il peut être tranquille devant l’ennemi. Il a déjà vaincu intérieurement ; Il ne voit dans tout ce qui l’attend que la volonté de son Père ; en l’accomplissant Il mettait les siens à l’abri par une délivrance pleine et entière.

« Quand donc Il leur dit : C’est moi, ils reculèrent et tombèrent par terre ». Ils ne peuvent rien contre Lui ; Il n’est pas pris, Il se donne. Il dit encore : « Si donc vous me cherchez, laissez aller ceux-ci ». Quand l’ennemi est là, Il se met à la brèche et se livre pour délivrer les siens.

Christ s’est entretenu avec son Père, il s’agit maintenant de savoir si c’est Lui ou nous qui devons être pris. Mais Il a dit : « Laissez aller ceux-ci ». Son oeuvre nous rassure complètement, si nos coeurs ont vraiment saisi que Christ s’est avancé pour nous au devant de l’ennemi et qu’Il a dit : « Laissez aller ceux-ci » ; ils peuvent jouir d’une pleine paix. Il y a des tentations, il est vrai, mais il n’en reste pas moins que Jésus a dit : « Laissez aller ceux-ci ». Satan n’a aucun droit, aucun empire sur nous, il a été vaincu à Gethsémané.

Nous ne réalisons pas assez tout ce que nous vaut cette parole, et il nous faut apprendre à en jouir.

« Personne ne m’ôte la vie », dit-Il ; sa victoire sur l’ennemi, dont c’était l’heure, l’avait placé dans cette paix parfaite. C’est parce que la puissance des ténèbres n’agissait que sur ses ennemis, qu’Il a dit : « La coupe que le Père m’a donnée, ne la boirai-je pas ? » Or cette coupe, la colère que nous avions méritée, était encore à boire ; mais dans le chapitre 19:28, Il dit : « J’ai soif ». En cela nous voyons Jésus parfaitement tranquille. C’est afin que l’Écriture fût accomplie en cela comme en toute autre chose qu’Il dit : « J’ai soif » ; au verset 26, voyant sa mère et près d’elle le disciple qu’Il aimait, Il dit à sa mère : « Femme, voilà ton fils. Puis il dit au disciple : Voilà ta mère ». Ces paroles encore nous révèlent que l’état moral de Jésus était une paix entière. Il s’occupe de sa mère ; son âme a une intelligence parfaite de tout ce qui l’entoure, et Il est en pleine paix à l’égard de toutes ces choses.

« Quand donc Jésus eut pris le vinaigre, il dit : C’est accompli. Et ayant baissé la tête, il remit son esprit ». Il ne meurt pas comme tous les hommes meurent, Il rend son esprit après avoir souffert dans son âme toute l’ardeur de la colère de Dieu. Mais la coupe elle-même est maintenant vidée, car Il a vaincu Satan en affrontant toute la puissance de celui qui avait l’empire de la mort. Il se donne Lui-même pour subir la mort sur la croix comme effet de la colère et du jugement de Dieu et non comme effet de la puissance de Satan. Là Il boit la coupe et subit, sans que rien en intercepte la force, la réalité du jugement.

Nous voyons en même temps que toute la colère de Dieu est apaisée, et que la mort pour nous comme pour Jésus, c’est de rendre l’esprit. Jésus a souffert en Gethsémané et Il y a vaincu la puissance de Satan ; sur la croix Il a bu la coupe de la colère ; maintenant pour nous, la mort c’est être avec le Seigneur, et comme il est écrit : « Pour moi vivre, c’est Christ ; et mourir un gain ». Toutes choses sont à nous, soit la vie, soit la mort, et rien ne peut nous séparer de l’amour de Dieu en Jésus, ni la mort, ni la vie. Si donc Satan est vaincu par celui qui croit, il ne reste plus pour nous que les effets de l’amour de Dieu qui introduit déjà l’âme dans la pleine jouissance de la grâce et qui l’introduira plus tard dans celle de la gloire.

L’oeuvre de Christ s’est appliquée à tout ce que nous sommes, et notre âme doit trouver dans la puissance de Jésus le moyen de remporter des victoires pour Lui.

Le chrétien commence sa carrière en obtenant une délivrance parfaite, et s’il a des combats ensuite, c’est pour apprendre à se servir des armes que Dieu lui a données ; pour apprendre aussi que ses ennemis ont déjà été vaincus.

Nous sommes le fruit de l’efficace de l’oeuvre parfaite de Jésus. Ne nous tenons pas pour satisfaits tant que nous n’en jouissons pas. Si Satan vient, « résistons-lui et il s’enfuira » de nous, comme il s’est enfui de Jésus après l’avoir tenté dans le désert.

Connaître Dieu dans son amour est une grâce continuelle ; je le sais par mon expérience ; il y a des combats, mais il n’en est pas moins vrai qu’en contemplant l’oeuvre de Jésus, on jouit d’une paix parfaite. Soyez sûrs que Jésus a vaincu ce qui pouvait nous empêcher d’en jouir.

Dieu est juste, c’est certain, et Il veut le jugement du mal ; mais ce jugement est tombé sur Christ, et Il n’a plus maintenant qu’à aimer. Le monde et la chair nous font encore la guerre, mais nous pouvons être heureux en Christ ; nous pouvons dire : « Mon âme s’attache à toi pour te suivre, ta droite me soutient ». Voilà le bonheur !

Le Saint Esprit lui-même en nous, nous fait comprendre que l’amour de Dieu pour nous est sans bornes. Christ nous a acquis tout cela. Le Dieu d’amour a fait éclater son amour pour nous dans le don de son Fils, afin que nous vivions dans la paix, dans un esprit tranquille, et qu’en jouissant de Dieu, rien ne nous manque. Oui, dans ce pauvre monde perdu, Jésus s’est avancé afin que les autres échappent. « Laissez aller ceux-ci » ; savoir cela c’est ce qui sanctifie et qui rend parfaitement heureux.


262 - Méditations de J. N. Darby — Nombres 24:1-9 : L’Église aux Yeux de Dieu

24 juin 1847 — n°262 (ex 259) : ME 1954 p. 330

Cette prophétie de Balaam a un caractère particulier. Elle n’est pas du tout adressée au peuple d’Israël et est même prononcée à son insu. Elle ne fait aucun appel à la conscience du peuple.

Les prophéties s’adressaient ordinairement à la foi et parlaient de choses à venir auxquelles la foi prêtait attention. Ce n’est pas le cas ici.

Le livre des Nombres nous raconte la formation du camp d’Israël autour du tabernacle de Dieu, et ce qu’Israël a été en traversant le désert. À la fin du livre nous avons les pensées et les voies de Dieu après la manifestation de tout ce que le peuple de Dieu a été dans le désert où Dieu marchait devant lui, où sa puissance était au milieu de lui, mais où ils ont montré d’un bout à l’autre leur esprit de rébellion. Dans cet état même, la grâce de Dieu les devance ; et au lieu que le peuple soit rangé et rassemblé autour du tabernacle comme le camp de Dieu, l’arche va devant eux le chemin de trois journées pour leur chercher du rafraîchissement et un lieu de repos. Ce qu’on voit d’eux ce sont des plaintes, de la fatigue, des murmures, des rébellions. Leur histoire dans le désert n’est que celle de leurs révoltes continuelles. Néanmoins, Dieu, en grâce, les place sous la verge d’Aaron, figure de la sacrificature de Christ, et non sous la conduite de Moïse.

Il s’agissait de savoir si Satan pouvait finalement leur barrer le chemin et les empêcher d’entrer dans le pays du repos. Dieu intervient, prend la chose en mains et arrête absolument toute la pensée de l’ennemi. Dieu avait arraché ce tison du feu, retiré ce peuple d’Égypte, et Il ne pouvait permettre que Satan l’y plaçât de nouveau.

C’est Dieu qui fait parler Balaam malgré lui ; car Balaam était un très méchant homme qui, même après toute cette expérience, enseignait à Balak à jeter une pierre d’achoppement devant les fils d’Israël pour les inciter au péché et pour qu’ils fussent privés de la bénédiction de Dieu. Balaam parle malgré lui, non au peuple, ni même guère à Balak pour ainsi dire. Il exprime seulement ce qui se passe sur le haut de la montagne où Dieu agit pour son peuple et à l’insu de son peuple, où Il prend en mains sa cause. L’ennemi ne peut barrer le chemin. Cette prophétie est la réponse de Dieu à l’ennemi qui veut maudire le peuple de Dieu.

Chacune des quatre prophéties de Balaam a un caractère particulier. La première nous présente Israël comme un peuple à part.

Dans la seconde, nous voyons la justification absolue du peuple. Dieu le voit de ses yeux et ne se trompe pas. À la fin de leur marche dans le désert, Dieu fait dire d’eux par Balaam qu’Il n’a pas aperçu d’iniquité en Jacob, ni d’injustice en Israël. Il n’y a pas d’enchantements possibles contre Israël. Dieu l’a tiré d’Égypte ; c’est une affaire de Dieu, et il est inutile d’en appeler à Satan.

La troisième prophétie nous montre la beauté d’Israël même. Balaam l’a vu dans le désert rangé selon ses tribus. C’est ce que l’Église est aux yeux de Dieu selon la puissance du Saint Esprit.

La quatrième prophétie présente la venue de Jésus ; l’étoile doit surgir de Jacob.

Arrêtons-nous un peu sur la troisième de ces prophéties. Voyant que Dieu veut bénir et qu’il n’y a pas de divination contre Israël, Balaam ne va plus à la rencontre des enchantements ; il tourne son visage vers le désert. Il ne voit ni Canaan, ni une anticipation de la gloire future. Il voit Israël dans le désert, dans ses tentes, rangé selon ses tribus. Il le voit dans l’ordre dans lequel Dieu l’avait placé. C’est ce que l’Esprit de Dieu voit dans l’Église ; mais en outre l’Esprit prend connaissance de ce qui se passe dans le chrétien et dans l’Église, de tout le mal qui s’y trouve, et le mal porte sa conséquence soit en faiblesse de communion, soit en châtiment. Balaam voit Israël du haut de la montagne, selon la pensée de Dieu. Il est ici l’homme qui a les yeux ouverts. Jusqu’à ce que nous voyions cette beauté de l’Assemblée de Dieu, nous avons les yeux fermés. L’homme qui tombe : la chair n’entre pour rien là-dedans. Il voit la vision du Tout-Puissant : voir ce que Dieu voit dans le désert, c’est là la chose importante. Considérer le peuple de Dieu dans le désert, cela humilie et cela attriste, mais nous avons besoin aussi de le voir selon la vision du Tout-Puissant. Il n’y a point alors d’iniquité en Jacob, ni d’injustice en Israël. Néanmoins Dieu le jugeait quand il s’agissait de son gouvernement sur le peuple.

On peut voir d’en haut, dans le désert même, la beauté du peuple de Dieu avec la vision du Tout-Puissant. Cela nous importe d’abord pour pouvoir juger de son état d’après ce que nous voyons dans la vision de Dieu, en puissance et abondance de grâce. C’est le moyen de former un jugement sain sur l’état du peuple. Ensuite parce que nous avons besoin d’être encouragés à cet égard. En effet si nos yeux sont tant soit peu ouverts, ils trouveront dans l’assemblée de quoi décourager le coeur de l’homme. Mais Dieu a aussi sa manière de voir, et cela rend courage. Cela nous fait sentir quelle est la beauté et la perfection de cette grâce qui voit le peuple de Dieu dans sa beauté quand même.

Quelques remarques encore sur des expressions particulières. « Que tes tentes sont belles ! » Ce ne sont pas des demeures permanentes. « Comme des vallées elles s’étendent, comme des jardins auprès d’un fleuve ». Point de sécheresse, même si l’on est incapable d’en jouir. Ce sont « des arbres d’aloès que l’Éternel a plantés ». Qui est-ce qui les déracinera ? Et plantés afin que leurs racines puisent de l’eau dans le fleuve. Il n’y a rien de plus beau qu’une plante de Dieu ! Elle est, il est vrai, étrangère au désert ; mais c’est Dieu qui l’a plantée au désert. « Comme des cèdres auprès des eaux ». Le cèdre est le plus beau des arbres. « L’eau coulera de ses seaux ». Il y avait au-dedans de lui une abondance d’eau parce que le Saint Esprit était là. « Sa semence sera au milieu de grandes eaux ». Outre le rafraîchissement il y a la force des buffles. Quels que soient les ennemis du peuple de Dieu, ils sont sans force contre Dieu. La force de la présence de Dieu est avec son peuple. Dieu s’est identifié avec lui, et béni est celui qui le bénit, maudit celui qui le maudit.

Nous voyons là ce que Dieu pense au sujet de son peuple : c’est entre Lui et Satan, et le peuple n’en sait rien. Aucun enchantement ne pouvait avoir d’effet. Peut-être, dans ce moment-là, Israël murmurait-il dans la plaine. Quoi qu’il en soit, voilà ce qui se passait en haut. C’est précisément quand Satan veut s’opposer à la bénédiction de Dieu que Dieu se manifeste pleinement. S’il s’agit des rapports entre Dieu et le peuple, Dieu châtiera le mal. S’il s’agit de l’inimitié d’Ésaü contre Jacob, Dieu lui-même lutte contre Jacob et le fait boiter toute sa vie, mais Il ne permet pas à l’ennemi de toucher les siens, sinon en discipline comme instrument de sa part.

Il est bien précieux de penser sous ce rapport aux richesses de la grâce de notre Dieu. Dieu ne nous trompe point. L’homme dans le camp ne pouvait voir cela. Mais du haut de la montagne on voit le peuple de Dieu avec les yeux de Dieu. C’est ce que fait la grâce. Cela nous humilie ; mais cela nous encourage aussi en nous faisant voir les conseils de la grâce de Dieu. Le fleuve est là ; l’eau est toujours là. Il est vrai qu’il y a souvent de l’incrédulité individuelle qui empêche de penser que l’eau est si près de nous. Dieu veut que nous voyions avec ses yeux ce qu’Israël est dans ses tentes.

Qu’Il nous fasse la grâce de monter quelquefois sur la montagne avec Lui. La foi alors comprend que l’amour de Dieu fait usage de sa puissance pour la bénédiction de son peuple.


263 - Méditations de J. N. Darby — Éphésiens 4:1-16 : Avoir Conscience de notre Position devant Dieu

Lausanne, 24 août 1849 — n°263 (ex 260) : ME 1957 p. 75

Je désire parler ce soir des grandes vérités sur lesquelles se fondent les instructions de ce chapitre. Il est important en effet d’avoir bien conscience de notre position devant Dieu : de là découlent notre joie, notre force, notre sécurité. Quand il en est ainsi l’âme, jouit de façon intime et heureuse de son amour et de ce qui est en Lui, dans les relations qu’Il maintient avec nous.

Il est impossible d’avoir les affections chrétiennes réellement formées si l’on n’a pas la conscience de la position à laquelle ces affections se rapportent. Être dans une relation est une chose, éprouver les affections que cette relation suppose en est une autre ; il faut pour les éprouver se savoir dans cette relation. Un enfant est pris par la main dans la rue par un homme aimable : Ah, dit-il, si seulement j’étais l’enfant de cet homme ! S’il découvre qu’il est un enfant perdu, tout est changé. Quand quelqu’un est régénéré et qu’il voit Christ qui attire son coeur, cela produit d’abord des soupirs et de la tristesse : Si j’étais quelque chose pour Lui ! Une fois qu’il a compris qu’il est en Lui, quel changement ! Il y a maintenant paix et joie. L’âme qui a saisi ce que Christ est envers nous, ce que Dieu est envers nous, se voit placée dans la position qui seule rend heureux. Dieu nous donne, par son Esprit, la conscience de la relation dans laquelle il est envers nous, croyants, et c’est là le bonheur. Ainsi en a-t-il été pour l’enfant prodigue, quand le père se jeta à son cou. Des pensées nouvelles sont formées dans son coeur du fait qu’il a devant ses yeux le témoignage de ce qu’il y a dans le coeur du père. C’est quand nous comprenons cela que la joie est produite.

L’enfant une fois là ne raisonne pas. Il est près de son père et jouit de cette proximité. Il a plus d’intelligence de ce qu’est un père que le savant qui raisonnerait là-dessus. Quelqu’un qui n’est pas une mère ne peut en avoir les sentiments, et de même l’enfant seul peut savoir ce qu’est un enfant près de son père. L’esprit d’adoption est donné au croyant, par Lui il sait ce que c’est que d’être fils, et il crie : « Abba, Père ».

Voilà donc ce qui est nécessaire pour que nous ayons les affections convenables, devant Dieu et devant Jésus Christ. L’enfant prodigue se sent fils non par ses propres pensées, mais en voyant ce que le père est envers lui. Si le père a un fils, le fils a un père.

Il en va de même quant à la relation entre Christ et l’Assemblée. Si Christ est l’époux de l’Église, l’Église est l’épouse de Christ. Nous avons besoin de bien saisir cela. Quand on l’a saisi, Jésus grandit à nos yeux. On ne peut connaître une telle relation sans connaître, et désirer connaître davantage, qui est ce Christ qui nous y a placés.

J’aimerais suivre un peu ce qui est dit ici de ce que Christ a été et a fait pour nous.

Quelle que soit la position dans laquelle l’homme responsable a été placé, cela n’a fait que mettre en évidence son péché. Il en a été ainsi même et surtout en présence des promesses divines. Rien n’a démontré la méchanceté du coeur de l’homme comme l’accomplissement des promesses de Dieu en Christ. Les hommes — et plus précisément « les siens », son peuple — ont rejeté Christ et perdu tout droit aux promesses. Christ venait avec les promesses de Dieu dans sa main, en grâce, et ils n’en ont pas voulu. Auparavant, il y avait le péché, la transgression, mais maintenant l’homme est démontré un enfant de colère. Mais c’est alors que l’homme est manifesté tel, que Dieu manifeste ce qu’Il est, Lui. Désormais nous n’avons plus un Christ accomplissant les promesses envers ceux à qui ces promesses avaient été faites, mais un Christ qui est la pleine manifestation de ce que Dieu est, — Dieu manifesté en chair. Dieu peut introduire de pauvres pécheurs dans la connaissance de Lui-même. Tel que je suis, je trouve Dieu en Christ, pour mon bonheur éternel.

L’homme était pécheur, captif de Satan, Christ vient accomplir l’oeuvre de son salut. Christ a aimé l’Assemblée et s’est livré lui-même pour elle : elle n’existait pas encore, Il devait la racheter et l’appeler. Voilà ce qu’il y avait dans le coeur de Christ, et c’est la source de toute notre espérance. J’ai trouvé ce que Christ est. Il est venu accomplir la rédemption de ceux qui étaient pourtant coupables d’avoir violé la loi, rejeté les promesses, — une rédemption telle qu’Il fait d’eux sa propre chair et ses os. « Personne n’a jamais haï sa propre chair, mais il la nourrit et la chérit, comme aussi le Christ l’assemblée ». Paul en a la révélation dans la gloire : ce qu’il persécutait c’était de pauvres chrétiens qu’il avait liés, mais il apprend qu’en les persécutant il persécutait Christ. Ainsi la pensée de Dieu n’était pas seulement de sauver des âmes, mais de faire des sauvés les membres du corps de Christ, une partie de Jésus, autant et plus encore que ma main est une partie de mon corps. Telle a été la pensée de Dieu, tels sont les résultats de l’amour de Christ. Tout est grâce. Dieu avait donné la loi, Il a envoyé son Fils, Il a présenté les choses à l’homme de toutes manières, pour voir s’il y avait quelque bien en lui ; Il a cherché du fruit sur cet arbre, mais en vain. Tout est arrêté de ce côté-là : l’homme est perdu. Mais maintenant Dieu met en évidence quelque chose qui était caché jusque-là, savoir l’Église. Il unit ce pauvre pécheur à Jésus, Il lui donne la place même que Jésus donne aux siens. Il a seul tout accompli. De telles pensées ne pouvaient monter au coeur de l’homme, même de l’homme le plus pieux avant la venue de Jésus. Un Juif pieux pouvait bien saisir que le Christ fût le Fils de Dieu et le Fils de l’homme, mais après tout un homme ayant son individualité exclusive ; il ne pouvait avoir l’idée d’un Christ qui aurait d’autres personnes comme ses membres. Or, glorifié dans le ciel Il est là le Chef, la Tête, et nous sommes ses membres. C’est une réalité toute nouvelle. Il envoie son Esprit ici-bas, et, baptisés l’un seul Esprit, nous sommes un seul corps. Il n’est pas exact que nos corps le soient individuellement, Il fait de nous un seul corps.

Vos âmes ont-elles réalisé ce que c’est que d’être unis à Jésus, d’être l’Église de Dieu, le corps de Jésus uni à Lui seul afin que nous jouissions avec Lui de tout ce que le Père lui a conféré ? Jamais vous ne jouirez pleinement de toutes les affections divines qui découlent de la bonté de Dieu, à moins d’être dans cette relation pour en jouir. Et il faut que vous compreniez que vous y êtes, par grâce sans doute, sinon vous ne pouvez jouir des choses dont seule elle vous donne le droit de jouir.

« Il est monté en haut ». Les Juifs pouvaient lire cette expression dans le Psaume 68, et ils auraient pu en concevoir l’idée d’un Christ glorifié dans le ciel. Mais « qu’il soit monté, qu’est-ce, sinon qu’il est aussi descendu dans les parties inférieures de la terre ? » Nous trouvons ici ce que Dieu a fait pour l’accomplissement du salut. Christ vient ici-bas, dans l’énergie de l’amour de Dieu, d’un amour qui descend là où le péché nous avait placés, et exécute une oeuvre que Dieu seul peut opérer, dans l’infini de son amour. Venu du trône de Dieu, Il descend jusque dans la dernière forteresse de Satan. Puis Il monte. Ayant glorifié Dieu dans son amour et sa justice, en subissant la peine du péché, Il monte en haut et remplit toutes choses, non comme Dieu mais dans la puissance de la rédemption qu’il a opérée. Comme Dieu il a créé toutes choses, et par la rédemption Il a repris ses droits en toute choses.

Si j’ai foi en cela, je n’aurai pas même l’idée que Satan puisse quelque chose contre moi. Christ a vaincu, Il a subi la peine du péché, et il ne reste que la plénitude de l’amour de Dieu et les conséquences de l’oeuvre de Christ.

Il n’est rien qui me rende heureux dans le ciel que je ne possède déjà, sauf un corps ressuscité. L’amour du Père, j’en jouis. L’amour de Christ, j’en jouis. La puissance qui rend capable d’en jouir, savoir le Saint Esprit, et tout ce qui rend le ciel un endroit de bonheur et de joie, nous l’avons déjà. Ce pauvre corps empêche d’en jouir comme il faut, le vase est d’argile ; mais les choses, j’en jouis maintenant, je jouis de l’efficace du sang de Christ qui les assure dans le ciel. Le chrétien marche sous le regard de Dieu avec la conscience qu’il n’y a rien pour lui que l’amour. Dans les psaumes, quand Christ parle de l’homme et de sa conduite, Il demande la vengeance, mais au psaume 22, quand Il parle de ce que Dieu est, tout est amour. Avec la plénitude de l’amour et de la justice de Dieu en Christ, il ne reste rien que ce qui est pour nous. Une fois dans la position où Christ nous place, nous trouvons un Dieu qui, parce qu’Il est amour, a accompli une oeuvre propre à nous donner une parfaite confiance en Lui. Cela manquait à Moïse (Exode 33), parce que Moïse ne pouvait accomplir ce qui ôte le péché. Si nous sommes encore sous la loi, toute révélation de la bonté de Dieu nous fait apparaître encore plus méchants. Mais Christ a apporté ce qui manquait à Moïse, Il a fait propitiation avant de monter. Il ne dit pas : « Je monterai vers l’Éternel : peut-être ferai-je propitiation… ». Les desseins de l’amour de Dieu peuvent s’accomplir à notre égard parce que Christ a fait propitiation.

Quand nous en sommes là, jouissant de la plénitude de l’amour de Dieu, nous pouvons penser en paix à ces conseils de Dieu envers nous. Étant sauvé, dans la conscience de cet amour de Dieu, j’aspire à connaître davantage Dieu et ses pensées. C’est un Dieu infini, mais qui a des pensées à notre égard ; quelles sont-elles ? Il veut nous rendre semblables à son Fils. Il nous a faits le corps de son Fils. L’Église était captive dans les mains de Satan, où nous nous trouvions de par le jugement de Dieu. Christ vient, meurt, se met à notre place sous les coups de Satan qui a des droits contre l’homme pécheur, et Il détruit ainsi le pouvoir de Satan. « Par la mort Il a rendu impuissant celui qui avait le pouvoir de la mort, c’est-à-dire le diable ». Christ a asservi l’oppresseur, Il a « emmené captive la captivité », afin de nous posséder selon son amour à Lui, et afin de se présenter l’assemblée à Lui-même, sans tache. Il faut qu’il rende l’Église telle qu’Il la veut. Il nous a si entièrement délivrés qu’Il fait de cette Église le vase de la puissance par laquelle la victoire a été remportée. Il donne des dons aux hommes, à ceux-là mêmes qui étaient sous la puissance de l’ennemi, et qui en ont été si entièrement délivrés par Lui qu’ils deviennent les vases de l’Esprit de Dieu envoyé par Lui d’en haut. Nous sommes, dans nos corps, les temples du Saint Esprit.

L’Église est le vase du Saint Esprit afin qu’elle en jouisse dès maintenant, avant d’arriver dans le ciel. Elle jouit de la conscience de l’amour de Dieu, répandu dans nos coeurs par le Saint Esprit. Elle a la conscience d’être l’épouse de Christ, elle sait que le salut est parfaitement accompli, que Jésus l’aime et qu’Il l’aimera jusqu’à ce qu’Il la prenne sans tache auprès de Lui. L’effet produit dans nos coeurs est de les faire dire : « Viens ». Comment ne pas désirer qu’Il revienne et que nous soyons toujours avec le Seigneur ? Mais l’effet pratique est de nous faire sentir que nous sommes exclusivement à Lui, comme la femme est à son mari seul. Elle ne peut être à un autre, par affection, par devoir, par la conscience de sa relation avec lui : « Je suis à mon Bien-aimé ». Avoir conscience d’appartenir à Jésus seul remplit le coeur de joie, et c’est le secret de tout vrai progrès de l’âme. La vie chrétienne devient beaucoup plus simple parce qu’elle se ramène simplement à Jésus. Les peines et les difficultés de la vie en sont oubliées, parce que Jésus est là. Il achèvera tout selon son amour. Il aime l’Église comme sa propre chair. Ce n’est pas seulement un Messie accomplissant des promesses, c’est Dieu plaçant l’Église hors de la puissance de Satan.

En jouissez-vous ? Comprenez-vous que nous Lui appartenons ? Avez-vous la conscience d’être une partie de Jésus à ce point qu’Il peut dire à qui persécute les siens : « Je suis Jésus que tu persécutes » ? Soyez sûrs que, si vous avez cette conscience, votre vie sera une vie de joie constante et calme. Le plus grand bonheur de votre coeur sera de dire : « Viens, Seigneur Jésus ». Et en attendant vous serez les témoins que tout est grâce, vous pourrez dire aux pécheurs : Je connais le fleuve d’eau vive, je suis heureux, venez ; l’Esprit et la Parole font la joie de mon coeur ; je puis vous dire que Dieu est bon… C’est le témoignage de la grâce qui nous a placés là dans la joie. Si votre coeur est partagé, vous avez bien le droit d’en jouir mais vous n’en jouissez pas, vous délaissez vos privilèges de chrétien pour la vanité et le mensonge. Du côté de Christ tout est fidélité : Il s’est donné pour nous et Il ne s’arrêtera pas avant de nous posséder selon les vœux de son coeur dans la gloire qu’Il nous a destinée. Que notre coeur soit occupé de ce qui occupe le sien.

Ainsi, la grâce manifestée dans une oeuvre qui a ôté le péché, voilà la première chose. La seconde, c’est que Christ nous a placés dans la position qui est la sienne, comme son corps, son Épouse, comme le centre de ses affections. Dieu vous fasse comprendre cet amour qui nous a unis à Lui-même afin que nous jouissions de tout ce qu’Il est pour nous.


264 - Méditations de J. N. Darby — [2 Chroniques ; Hébreux 8:5 ; 10:19-20] — Le Caractère distinctif de la Position Chrétienne

Lausanne, 22 août 1850 — n°264 (ex 261) : ME 1957 p. 204

Le dessin du temple a été donné à David par inspiration directe de Dieu, comme le plan du tabernacle l’avait été à Moïse sur la montagne de Sinaï. Ce n’était pas affaire d’architectes. Seulement le tabernacle était le modèle des choses célestes, alors qu’il n’en était pas ainsi du temple.

Je voudrais à ce propos faire ressortir les privilèges qui nous appartiennent comme membres de l’Église de Dieu.

Il importe avant tout de distinguer ces deux choses : le gouvernement de Dieu et la grâce. Sous le gouvernement de Dieu l’homme est béni s’il fait le bien, puni s’il fait le mal. Ce gouvernement s’exerce actuellement d’une manière cachée. Bientôt il y aura une manifestation directe, pleine et entière de ce gouvernement et de ses heureux résultats : Satan sera lié, la terre bénie. Le chap. 3 de 2 Chroniques nous présente précisément le temple comme le siège de ce gouvernement.

Or il arrive souvent qu’on veuille employer le christianisme en vue d’obtenir la bénédiction qui résulte du gouvernement de Dieu ; mais le christianisme a un tout autre but, qui est de nous faire jouir de la présence de Dieu dans le ciel, de nous introduire avec Christ dans la jouissance des choses dont Lui-même jouit en la présence de son Père. Toutes choses ont été créées par Lui et pour Lui ; Il est héritier de toutes choses ; mais, si sa gloire doit être manifestée au jour où Dieu lui assujettira toutes choses, sa joie dans la communion de son Père, comme homme, est quelque chose de plus grand et de plus élevé encore. Et la part de Christ est celle de l’Église, l’Épouse de Christ. Nous régnerons avec Lui, nous partagerons sa gloire quand Il exercera le gouvernement de la part de Dieu ; mais, quelque grand que soit ce bonheur il ne peut être comparé avec celui d’être auprès de Lui. « Nous serons toujours avec le Seigneur ». « Notre communion est avec le Père et avec son Fils Jésus Christ ». Nous sommes aimés du Père comme Jésus en est aimé. Nous sommes en Lui et Lui en nous. Nous sommes dans la lumière comme Lui est dans la lumière. Nous n’avons, il est vrai, l’une ou l’autre de ces bénédictions qu’en espérance, en Esprit, nous ne sommes pas effectivement en sa présence comme nous y serons. Mais déjà nous voyons sa face sans voile, nous en avons la conscience.

Ainsi, non seulement régner avec Christ sera quelque chose de plus que de jouir de la bénédiction qui découle de son règne, comme le feront ceux qui seront bénis sur la terre, mais il est plus précieux encore de pouvoir se trouver dans la présence de Dieu son Père comme Lui s’y trouve, et de jouir de cette présence. Cette part future, la foi la saisit dès maintenant. Quelque chose dans ce chapitre se rattache à cela, nous aidant à discerner ce qu’a de distinctif la position dans laquelle le christianisme nous introduit.

C’est comme figure et type du Seigneur Jésus que Salomon, fils de David, a de l’importance. Hébreux 1 applique à Jésus ce que Dieu dit à David relativement à Salomon. Le règne de celui-ci contraste avec ce qui avait précédé, il préfigure le règne de Christ. Aussi le temple diffère-t-il du tabernacle antérieur, quand les deux chérubins regardaient vers l’arche, parce que rien n’était encore accompli. Non seulement le voile était là, et Dieu caché, mais l’arche était l’arche de l’alliance, le trône de Dieu avant l’accomplissement des promesses.

Dans le temple tel que ce chapitre le présente, les chérubins n’avaient pas les yeux dirigés vers l’alliance, mais ils regardaient dehors. Tout étant accompli, en figure, il ne s’agissait pas de la fidélité de Dieu à l’alliance en attendant l’accomplissement des promesses, mais tous les attributs de Dieu s’appliquaient à la bénédiction de la terre. C’est ainsi que sous le gouvernement du Seigneur tout sera bénédiction. Les colonnes font voir la solidité de cette domination. « Il établira » et « En Lui est la force ». « Une colonne dans le temple de mon Dieu » est une figure qui représente cette force que rien ne peut ébranler. En cela Salomon a manqué mais Christ ne manquera pas. Il est doux de penser ainsi au règne de Christ. La misère, la malédiction, les angoisses, l’oppression, les guerres, les déchirements, tout cela aura pris fin. Un coeur étreint par l’amour de Christ éprouve un sentiment de honte aussi bien que de peine en voyant les fruits du péché et les effets de la puissance de Satan, non seulement dans les pays païens mais dans ceux qui portent le nom de chrétiens. Quel soulagement et quel repos, alors, de savoir que bientôt la malédiction sera entièrement ôtée ! Ce sera l’effet du gouvernement de Dieu. Quand Jésus était sur la terre Il chassait les démons, guérissait les malades, et le mal s’enfuyait de devant sa face, mais quand Il gouvernera, le mal ne pourra lever la tête. Oh ! quel soulagement pour notre coeur en traversant le monde actuel !

Mais il y a dans ce chapitre un autre élément à remarquer. Le voile est encore dans le temple (v. 14). Ceux qui seront sur la terre en ce jour-là sauront que la bénédiction ici-bas vient de Dieu par Christ, mais le voile sera encore là. Ce qui distingue le christianisme, c’est que le voile est déchiré du haut en bas ; mais pour ceux qui se trouveront sur la terre pendant le règne de Christ, ce ne sera pas le ciel, ils ne jouiront pas de la bénédiction céleste. Dieu, en un sens, sera encore caché. De sorte que nous, qui sommes maintenant au milieu des souffrances, des luttes contre la chair, nous sommes plus heureux qu’ils ne le seront ; notre sort est meilleur que le leur, alors même qu’ils vivront sur une terre où Satan n’agira plus et où la malédiction sera ôtée. Ils profiteront des résultats de l’oeuvre de Christ, mais nous sommes placés avec Christ lui-même dans la position d’où découle cette bénédiction. C’est une différence du tout au tout. Dans l’Apocalypse il n’y a plus de voile ; on peut remarquer d’autre part qu’il n’est pas mentionné dans le livre des Rois. Cela nous parle de Dieu parfaitement révélé : on est dans la lumière, comme Dieu est dans la lumière, alors qu’en dehors du voile il ne peut en être question. En Lui il n’y a point de ténèbres : il faut donc que nous soyons devant sa face en perfection ; nous ne pourrions nous tenir là autrement, bien moins encore que l’Israélite à la place qui lui était assignée, et qui était en dehors de cette présence de Dieu au dedans du voile. Quand cette présence se manifeste un instant et que la nuée remplit le temple les sacrificateurs ne peuvent y poursuivre leur service : ils ne marchaient jamais, à proprement dire, en la présence de Dieu.

Or qu’est-ce que Christ a fait ? Le voile a été déchiré. Nous avons pleine liberté pour entrer dans les lieux saints. Les sacrificateurs n’avaient pas cette liberté bien qu’ils pussent être bénis en dehors. Mais maintenant l’oeuvre, qui a pleinement manifesté Dieu dans sa justice et sa sainteté et par laquelle le voile a été déchiré, est la même qui ôte tous les péchés qui étaient sur moi aux yeux de Dieu. La perfection de la sagesse de Dieu dans cette oeuvre de Christ est déployée par un acte qui atteste que le péché qui était sur nous est ôté. Nous sommes en la présence de Dieu sans voile et sans péché. Si le chrétien n’était pas sans péché devant Dieu, sa situation serait pire que celle d’un Israélite, puisque Dieu était caché à celui-ci. Il ne voyait pas ce qu’il y avait derrière le voile, ni quant aux péchés, ni quant à la mort. Il pouvait y avoir, du reste, une vraie piété, mais Dieu était caché.

Qu’un travail d’âme soit nécessaire pour nous amener à comprendre qu’en nous il n’existe aucun bien, cela n’ôte rien à ce fait d’une portée immense que Dieu communique avec nous sans voile. Christ a porté nos péchés, les conséquences en ont été sur Lui, Dieu l’a frappé à notre place, et a déchiré le voile ; Il n’est plus caché. La conséquence pratique est que nous pouvons avoir communion avec Dieu. Christ, l’oeuvre parfaitement accomplie, entre dans la présence de Dieu comme premier-né entre plusieurs frères. La position qu’Il nous a faite, c’est la sienne. « Il y a plusieurs demeures dans la maison de mon Père… Je vais vous préparer une place, afin que là où moi je suis, vous, vous soyez aussi ».

Jusqu’à quel point jouissons-nous de ces choses maintenant ? Assurément nous n’en aurons la pleine jouissance que lorsque nous serons au ciel. Mais le Saint Esprit a été envoyé pour que nous comprenions que cette position est la nôtre.

L’oeuvre de l’Esprit en nous est la même, dans la même puissance, que celle qui a pris Christ dans le tombeau pour le faire asseoir à la droite de Dieu dans les lieux célestes (Éph. 1:19-20). Le croyant n’est pas seulement béni, il l’est « dans les lieux célestes dans le Christ Jésus », et « de toute bénédiction spirituelle ». Il n’a pas seulement pour lui le sang en vertu duquel il peut s’approcher de Dieu, mais le voile est déchiré, nous avons une pleine liberté pour entrer dans le lieu très-saint, sachant, par le Saint Esprit et par la Parole, que nous possédons cette entrée par le chemin nouveau et vivant qu’Il nous a consacré à travers le voile. Le résultat, quant à nous-mêmes, est la conscience de l’amour parfait de Celui qui nous a introduits là, et celle que le péché est ôté vis-à-vis de Dieu. J’ai à lutter contre le péché, mais je ne puis me présenter devant Dieu qu’en vertu du sang de Christ, et par le chemin consacré à travers le voile déchiré. Si Dieu voit le sang, il est impossible qu’il voie le péché, ou autrement le sang ne l’aurait pas lavé, et il n’y aurait point d’Évangile. Le sang des taureaux et des boucs, répandu en dehors du voile, n’ôtait pas la conscience du péché, mais Christ nous a rendus parfaits à perpétuité, étant sanctifiés par la volonté de Dieu.

Dira-t-on que cela donne liberté au mal ? Mais comment le fait de se trouver dans la lumière comme Dieu est dans la lumière pourrait-il donner liberté au mal ? Pourrait-il y avoir liberté de pécher en la présence de Dieu ? Non, certes. La « pleine liberté » qui nous est donnée est celle de jouir de cette présence dans la certitude d’un amour parfait, qui n’a pas épargné Christ afin de nous faire entrer là, avec la conscience que Dieu nous aime. Voilà notre position et dans le ciel et quant à notre coeur dès maintenant. De quoi jouirais-je, de fait, au dedans du voile, sinon de l’amour du Père ? Cet amour est démontré dans le don de Jésus, et dans le fait qu’Il est maintenant auprès du Père. Si je parle du ciel, et de la présence de l’homme dans le ciel, je puis y entrer, le voile est déchiré par la mort de Christ. L’oeuvre qui m’introduit est faite, et j’entre dans le lieu très-saint. C’est là ma position actuelle ; toute autre position signifierait que Christ n’a pas accompli cette oeuvre et que Dieu n’est pas complètement révélé. La perfection de l’oeuvre qui nous amène devant Dieu sans péché et sans voile nous place dans la lumière. Il ne peut y avoir une autre position pour le croyant. Voilà ce qui distingue essentiellement le christianisme. Un fidèle des temps anciens avait des promesses, tandis que je me fonde non sur des promesses mais sur une oeuvre accomplie. Nous ne sommes pas en prison, mais hors de captivité. Christ, l’oeuvre faite, est entré, en la présence du Père comme homme ; telle est notre position en Lui, et ce qui devrait caractériser le chrétien c’est d’être un homme qui marche dans la présence de Dieu sans voile. Il a la certitude d’avoir été « rendu agréable dans le Bien-aimé », d’être positivement agréable à Dieu comme Christ Lui-même, d’être devenu « justice de Dieu en Christ », d’être l’objet de l’amour du Père comme Christ en est l’objet. Appelé à marcher et à trouver sa joie en Lui, la marche dans la sainteté est pour le chrétien le ciel même. Les choses qui font sa jouissance et en sont la source sont exclusivement célestes ; il est mort et ressuscité avec Christ, mort à la loi et au monde ; il n’est pas du monde ; son propos est de demeurer dans l’amour de Dieu, la sainteté de Dieu. Il a tout à craindre dans ce monde ; il a peur de Lui-même, de sa chair, de Satan, et sa sagesse est dans tout cela ; mais devant Dieu, il n’a aucune peur : il est aimé de Dieu en Christ. S’il Lui est demandé d’être parfait comme son Père céleste est parfait, c’est parce qu’il connaît ce Père. Il n’est pas dit : « Soyez parfaits avec votre Père », mais « comme votre Père ». Il s’agit pour lui de présenter Dieu au monde, en qualité d’enfant ; le caractère de Dieu doit se reproduire en lui, parce qu’il est en Sa présence et appartient à Sa famille. La vie de Jésus est à manifester dans nos corps mortels. Dieu a aimé, aimez comme Lui. Dieu a pardonné, pardonnez. Faites du bien à ceux qui vous font du mal. Ce sont là les fruits qui sont produits par la grâce, dans la présence de Dieu. La joie, le bonheur du chrétien, se trouvent dans cette présence, en toute liberté. Une telle position est sa force et sa règle. Son caractère résulte du fait que le voile a été déchiré lorsque Jésus est mort.

Si nous n’osons pas accepter cela, en alléguant que nous en sommes indignes, nous n’avons pas l’intelligence de ce qu’est la grâce de Dieu. La grâce n’a rien à faire avec la dignité de celui qui en est l’objet. Comprenons que ce qui distingue dès maintenant la position du chrétien dans ce monde, c’est sa position céleste en Christ. Quelle joie d’entrer dans le ciel comme Christ y est entré, quel droit que celui d’être déjà dans la présence de Dieu comme Lui-même y est !

Que Dieu nous donne de croire qu’Il veut nous rendre heureux en Christ, dans sa présence : Christ est à nous et nous sommes à Christ, et Christ à Dieu. Dieu veuille produire en tous les siens le besoin de jouir des conséquences de cet amour de Christ, qu’Il a donné.


265 - Méditations de J. N. Darby — 2 Corinthiens 12 : Position Chrétienne et État Pratique

n°265 (ex 262) : ME 1958 p. 44

Paul était cet homme, « un tel homme », qui avait été ravi au troisième ciel ; mais il se glorifiait et disait se glorifier dans ses infirmités. Elles étaient un contre-poids à la grandeur des révélations qui lui avaient été faites. Il se glorifie d’un « tel homme ». Se glorifier pleinement de ce que nous sommes en Christ est la vraie position chrétienne.

Mais ce qu’est la chair est manifesté aussi dans ce chapitre, où se montre quel contraste peut présenter l’état des chrétiens. On y trouve en effet le chrétien au plus haut degré de son élévation spirituelle, l’homme en Christ, et, à la fin du chapitre, le chrétien marchant selon la chair, et même endurci en quelque mesure. Il est étonnant de voir à quel point nous pouvons aller, car c’est au milieu des chrétiens que se passaient des choses aussi affligeantes.

Il importe de ne pas nous tromper là-dessus. Le christianisme assurément a purifié les moeurs, influé sur la moralité qu’imposent, en dehors de lui, les relations nées de la création ; que l’on soit bon mari, bon père, etc., cela est en rapport avec la position dans laquelle l’homme se trouve placé en tant que créature. Si Dieu est intervenu et a introduit par le christianisme un principe nouveau qui nous place au-dessus de la création, un effet de cette puissance de Dieu agissant dans les siens a été de donner aux relations naturelles plus de force qu’auparavant. Dans toute la sphère où s’exerce l’influence chrétienne, qui manque à ces relations est tenu pour criminel ; le Seigneur met sa sanction de la manière la plus formelle sur elles. Malheur à qui ne se range pas à ce que Dieu a établi. Mais le christianisme est autre chose, Paul se trouve sur un tout autre terrain, celui d’une autre nature. La vieille nature peut changer d’aspect, elle ne change pas en son fond. Les païens avaient pour dieux des démons qui excitaient les hommes à satisfaire leurs convoitises, et les convertis avaient d’autant plus de peine à remporter la victoire sur des habitudes corrompues. On pourrait s’étonner que, parlant à des chrétiens, l’apôtre ait pu dire aux Éphésiens (Éph. 4) : « Que celui qui dérobait ne dérobe plus, etc. », mais c’est qu’ils y étaient habitués, même enseignés ; il n’y avait chez ces païens aucune relation quelconque avec un Dieu connu dans la conscience. Aujourd’hui, ce serait plutôt l’opposé : du fait de la longue influence chrétienne, un homme peut être ce qu’on appelle un honnête homme sans être converti, et sans avoir aucunement l’idée de ce qui tient au premier Adam. L’homme se trompe ainsi sur son véritable état, mais il n’y a pas chez lui la puissance. Le christianisme introduit une toute nouvelle relation avec Dieu lui-même, en Christ. Le fait d’être fidèle à son mari, à sa femme, quelque bon qu’il soit en lui-même, n’a rien à faire avec cette relation, ce n’est pas être en Christ. Rechercher seulement une moralité extérieure ne serait, au mieux, que rétablir l’ordre de la première création. Il ne faut pas confondre cela avec la relation dans laquelle se trouve placée une âme vivifiée de cette nouvelle vie qui appartient à Christ et nous introduit dans une position où aucune des relations d’ici-bas ne subsistera, dans la gloire.

Il est remarquable de voir la manière dont l’apôtre saisit le côté où l’âme est en relation avec Dieu pour la tirer de son mauvais état. Son seul but est de faire sortir de cet état les Corinthiens auxquels il s’adressait. Il dit tout le bien possible des chrétiens les plus méchants, pour les amener à se conduire d’une manière digne de cette relation dans laquelle Dieu les a placés. Il y avait parmi eux des choses telles qu’on n’en faisait pas de pareilles chez les païens, car les chrétiens tombent plus bas que le monde quand les vrais motifs chrétiens viennent à manquer : ils n’en ont pas d’autres, et Satan se joue d’eux. L’apôtre doit leur dire : Je viendrai avec la verge s’il n’y a pas de repentance, — mais il les avertit. Il a ses raisons pour agir ainsi : il le peut parce qu’il parle à des chrétiens. Jamais il ne parle à des convertis comme s’ils étaient inconvertis ; ce sont deux états incompatibles. Mais il écrit aux Corinthiens comme à des chrétiens charnels. Ce ne sont pas des hommes naturels. L’homme qui a l’Esprit peut être dans un état charnel, et il en était ainsi d’eux, mais ils étaient des chrétiens, la preuve en est donnée par celui qui a été ramené. Le chrétien inconséquent tombe dans le mal, mais le pécheur inconverti, même s’il observe les relations naturelles, n’a pas la vie de Christ. Être conséquent avec la vieille création ne dit pas que j’aie la nouvelle, et avoir la nouvelle n’empêche pas que je puisse être dans un état charnel si je ne suis pas vigilant. Dieu aura peut-être à châtier, jusqu’à ôter la vie terrestre, cela arrive même en nos temps. Voilà où le chrétien peut tomber. Nous ne sommes pas dans la chair, mais la chair est bien en nous. Seulement le chrétien inconséquent rencontre plus de barrières que l’inconverti, et il doit s’endurcir alors que le pécheur n’a pas besoin de s’endurcir. L’homme du monde recherche le plaisir et l’avoue, le chrétien ne peut l’avouer, et son état est plus triste que celui de l’homme du monde. Tel est l’affligeant côté des choses que l’on peut voir chez des chrétiens. « Voulez-vous que je vienne vers vous avec la verge ? »

Mais voici l’autre côté, celui de la grâce. Le chrétien peut se trouver au troisième ciel, dans un état tel que Paul ne pouvait même en rendre compte. Il est vrai qu’il n’y a aujourd’hui ni vision ni révélation, mais Paul nous fait comprendre la relation qui rendait possible qu’il fût là : c’est celle d’un « homme en Christ ».

On trouve cela même dans les choses ordinaires. Comment est-il possible que des pécheurs deviennent des instruments pour la conversion d’autres pécheurs, ou pour l’édification des chrétiens ? « Il a emmené captive la captivité et reçu des dons dans l’homme » et pour les hommes. Christ descendu, selon l’amour de Dieu, dans les parties inférieures de la terre, est remonté où est Dieu. Ceux qui étaient les esclaves de Satan ont été délivrés de sa puissance et sont en Christ, d’une manière si absolue, en vertu d’une délivrance si parfaite qu’ils peuvent être employés pour délivrer les autres.

Ce n’est pas que les dispositions du coeur naturel soient changées. Les Israélites dans le désert pensaient aux oignons de l’Égypte et murmuraient contre Moïse, de sorte que Dieu devait descendre en jugement. Au fond de toutes leurs méchancetés, il y avait l’oubli de la délivrance de l’Égypte, et la méconnaissance de la promesse de Canaan. Ils n’en étaient pas moins délivrés, ils n’étaient plus en Égypte, c’est en Canaan et non en Égypte que les combats les attendaient. Vis-à-vis de l’Égypte la délivrance était complète, Israël n’appartenait plus, à aucun degré, à Pharaon, mais à Dieu. Ils pouvaient, hélas, murmurer contre Lui, mais ils étaient à Lui. Moïse disait que c’était un peuple de cou roide, et il avait raison, mais Balaam est forcé de déclarer : « Il n’a pas aperçu d’iniquité en Jacob ni d’injustice en Israël ». Dieu les avait délivrés, c’était son travail propre, — et ce n’est là que la figure de la rédemption éternelle que Christ a obtenu pour nous. Balaam prophétisait au moment où le peuple allait se détourner après Baal-Péor et où un homme allait pécher outrageusement sous les yeux des sacrificateurs : Dieu intervient en gouvernement, et vingt-quatre mille hommes sont retranchés en un jour ; mais Il ne permet pas qu’on accuse son peuple. Il s’occupe de lui, mais dès que l’ennemi apprête ses accusations, se dresse comme juge et veut mettre le mal en évidence de façon à faire maudire le peuple, l’Éternel dit qu’Il ne voit pas de mal. Ainsi encore lorsque Joshua est devant l’Ange de l’Éternel et que