Entretiens sur la

première Épître aux THESSALONICIENS

Par H. Rossier


TABLE DES MATIÈRES :


1 - Chapitre premier — Relations dans lesquelles le croyant est introduit

2 - Le moyen de la conversion

3 - Le but de la conversion

4 - les fruits de la conversion : l’oeuvre de foi

5 - les fruits de la conversion : le travail d’amour et la patience d’espérance

6 - Chapitre 2 — Comment retrouver le premier amour

7 - Chapitre 2:11, 12 — La marche

8 - Chapitre 3 — La foi, l’espérance et l’amour

9 - Chapitres 3:11 à 4:12 — Encore la marche

10 - Chapitre 4:13-18 — Rapport de la Résurrection avec la venue du Seigneur

11 - Chapitre 5:1, 2 — le jour du Seigneur

12 - Chapitre 5:4-11

13 - Chapitre 5:12-28 — Conduite dans l’Assemblée


1 - Chapitre premier — Relations dans lesquelles le croyant est introduit

Le chapitre que nous venons de lire contient trois points importants : le moyen, le but, et les résultats pratiques de la conversion ; mais, avant d’aborder ces sujets, je désire parler des relations dans lesquelles la conversion nous introduit. Elles sont exprimées en deux mots, dans le premier verset de notre chapitre : « À l’assemblée des Thessaloniciens, en Dieu le Père et dans le Seigneur Jésus Christ ».

Ces chrétiens, jeunes encore dans la foi, s’étaient, lors de leur conversion, tournés des idoles et du paganisme vers Dieu ; changement d’une immense portée dans leur vie. Jusqu’alors « sans Dieu dans le monde », ils avaient été subitement « amenés à Dieu », par la foi en un Sauveur mort pour leurs péchés. L’évangile du salut qu’ils avaient reçu, devenu pour eux « l’évangile de Dieu », les avait introduits dans cette relation nouvelle avec Lui (2:2, 8, 9) ; ils avaient reçu la Parole comme la parole de Dieu (2:13). Dès lors, ils connaissaient Dieu (4:3, 5) , étaient enseignés de Dieu (4:9) , cherchaient à plaire à Dieu et à servir Dieu (4:1 ; 1:9).

Aussi vous pouvez comprendre que ce soit le premier mot de Paul à ses chers enfants dans la foi : il s’adresse à eux comme étant « l’assemblée des Thessaloniciens en Dieu… », seulement il ajoute : « En Dieu le Père ». Telle était, en effet, leur relation avec le Dieu qui s’était fait connaître à eux en Christ. Le nom de Père était le premier que leurs lèvres avaient balbutié, quand, amenés à Lui par l’oeuvre du Sauveur, ils avaient trouvé dans « le Dieu vivant et vrai », Celui dont l’amour les avait engendrés pour être ses enfants.

Le premier mot du petit enfant est : papa, maman ; d’instinct son coeur enfantin comprend la relation entre lui et ses parents, par l’amour dont ceux-ci l’entourent. C’est ainsi que les petits enfants dans la foi connaissent le Père ; ils se sentent aimés d’un amour qui a fourni ses preuves et ne peut être égalé par aucun autre. C’est une chose délicieuse de connaître le Père, mais, toute élémentaire que soit cette relation, nulle autre n’est plus profonde, ni plus sublime. Le Seigneur Jésus, comme homme, n’en avait pas de plus élevée que celle-là, ni de plus intime, et c’est pour nous en révéler la valeur éternelle que Lui, le Fils unique dans le sein du Père, est venu dans ce monde. Eh bien ! les petits enfants dans la foi ont un tel privilège, mais hâtons-nous de dire qu’ils ne sont pas seuls à en jouir. Si leur relation est exactement la même que celle de nous autres, vieux chrétiens qui touchons au bout de notre carrière, nous avons un avantage sur eux : Nous avons fait l’épreuve du coeur de notre Père pendant les mille circonstances, les nombreuses péripéties, les hauts et les bas d’une longue vie chrétienne, où sa sollicitude et sa discipline paternelles ne nous ont jamais fait défaut, et nous pouvons encourager ces jeunes chrétiens, en leur montrant qu’il en sera de même pour eux.

La conversion avait introduit les Thessaloniciens dans une seconde relation, infiniment précieuse. L’apôtre ajoute : « Et dans le Seigneur Jésus Christ ». Remarquez bien ce mot. Paul ne dit pas : « dans le Sauveur », comme on aurait pu s’y attendre, quand il s’agissait de petits enfants nouveau-nés, ayant trouvé en Christ le pardon de leurs péchés et auxquels l’Évangile avait fait connaître que Jésus était descendu en grâce dans ce monde pour les sauver. Mais ce n’était pas tout le christianisme des Thessaloniciens : ils professaient être en relation avec Celui qui les avait sauvés à si grand prix, pour qu’ils pussent lui appartenir entièrement, l’esprit, l’âme et le corps ; ils lui reconnaissaient un droit, une autorité absolue sur eux. Jésus Christ était devenu leur Seigneur.

J’insiste sur ce mot parce que beaucoup de jeunes chrétiens seraient disposés à l’oublier. Ils reçoivent avec joie l’oeuvre de la grâce accomplie à leur égard par le Sauveur, et ne comprennent pas que cette oeuvre les amène dans une nouvelle et bienheureuse servitude, et, si j’ose m’exprimer ainsi, dans le libre esclavage du Seigneur Jésus Christ. Il faut que nous comprenions que nous n’avons plus aucune liberté de faire notre volonté, comme avant notre conversion. Celui qui a accompli notre délivrance au prix de sa propre vie, n’aurait-il pas sur nous les droits les plus absolus ? Jeunes ou vieux, nous sommes placés par la rédemption sous une autorité qui ne nous permet plus de vivre pour nous-mêmes ; nous n’avons plus le droit de nous conduire selon nos propres pensées, mais la volonté de Christ doit être notre seule règle de conduite. Cela me rappelle les paroles du centurion au chapitre 8 de l’évangile de Matthieu. Cet homme avait confiance dans l’autorité absolue du Seigneur pour guérir par une parole son serviteur malade. Or lui-même savait ce qu’était l’autorité de l’homme : Quelle devait être celle de Christ, si lui, indigne et placé sous celle d’autrui, l’exerçait lui-même sans contrôle et imposait à d’autres une obéissance absolue ? « Moi aussi, dit-il, je suis un homme placé sous l’autorité d’autrui, ayant sous moi des soldats, et je dis à l’un : Va, et il va ; et à un autre : Viens, et il vient ; et à mon esclave : Fais cela, et il le fait ». Prenant comme exemple son autorité relative, à lui, il fait appel à l’autorité sans limite du Seigneur, certain que rien ne doit Lui résister. Celui qui a autorité absolue sur toutes choses, n’a-t-il pas avant tout des droits sur nous ? Nous sommes sa propriété, et quand il nous dit : Va, oserions-nous ne pas obéir ? Cette parole qu’il vous adressait, l’avez-vous peut-être entendue aujourd’hui sans y prendre garde ? Il voulait vous envoyer vers telle de vos relations pour lui parler de l’Évangile, vers tel malade pour l’encourager, vers tel affligé pour le consoler ; il voulait peut-être vous expédier dans telle ville pour y annoncer la bonne nouvelle du salut… Que sais-je ? mais Lui le savait et vous avait dit : Va. Le simple soldat du centurion allait à la parole de son chef sans discuter son ordre ; il ne se permettait ni objection, ni retard ; il allait. Le centurion savait ce qu’il voulait accomplir et le soldat s’y conformait parce qu’il reconnaissait l’autorité de son chef ; il ne pouvait pas répondre : Je préfère me rendre ici ; j’ai choisi d’aller là, sans déranger tous les plans de son capitaine. Vous dites : Comment saurai-je qu’il m’envoie ? Si vous ne le savez pas, c’est qu’il ne vous a pas parlé ; attendez alors, prêt à obéir quand le commandement viendra. Il ne vous faut qu’une oreille attentive. Mais peut-être êtes-vous atteint de surdité ? Triste, fâcheuse, humiliante infirmité ! Combien je vous plains, car un esclave sourd ne peut répondre à l’appel de son maître. — Il pourrait arriver qu’ayant obéi vous soyez allé, mais que vous ne voyiez aucun résultat de votre obéissance. Au lieu de trouver un accueil empressé, vous avez rencontré telle âme indifférente qui exerce votre patience, telle âme hostile qui vous repousse. Ne vous découragez pas : Si le Seigneur vous a dit : Va, soyez certain qu’il a un but que vous ignorez. N’allez pas avec la pensée d’obtenir des résultats immédiats ou de faire de grandes choses. Allez, parce qu’il vous l’a dit. Il peut vous arriver, jour après jour, d’être envoyé pour porter le même message à la même personne, sans qu’elle vous ait jamais donné une réponse satisfaisante. Je visitais hier une dame chez laquelle le Seigneur m’envoie depuis des années. Bien des fois ma patience était à bout devant une indifférence que rien ne pouvait émouvoir. Je disais : À quoi bon ? oubliant que mon affaire n’était pas d’obtenir des résultats, mais d’obéir. Hier, elle me dit tout à coup : Oh ! Monsieur, que je suis malheureuse ! Je voudrais faire le bien, et je ne fais que du mal ! En un instant toute la question de l’affranchissement se posait pour la première fois devant cette âme. Le chap. 8 de l’épître aux Romains fournit la réponse. L’heure de la délivrance avait sonné. Ah ! s’écria-t-elle, je comprends aujourd’hui ce que je n’ai jamais compris dans ma vie ! Mais, quant à moi, j’ai compris que si, lorsqu’il me disait : Va, j’étais allé autre part, j’aurais entravé les desseins de grâce de mon Maître.

Le centurion dit aussi : « À un autre, je dis : Viens, et il vient ». Il est des moments dans la vie — ne les négligeons pas, car ils sont d’entre les plus délicieux et les meilleurs — où le Seigneur nous dit : Viens ; j’ai quelque chose à te communiquer ; écoute. Lui répondrez-vous : Adresse-toi à d’autres ; je ne comprendrais pas ta parole ; je préfère à la méditation l’activité de la vie pratique ? Non ! il pourvoira, par son Esprit, à ce que je la comprenne. Ne dirai-je pas plutôt, comme Samuel, jeune enfant ignorant : « Parle, Seigneur, ton serviteur écoute » ? Ou ne viendrai-je pas m’asseoir à ses pieds, comme Marie, faible femme sans grande intelligence, non parce que j’ai la capacité de le comprendre, mais parce qu’il a dit : Viens, et que mon seul devoir est de lui obéir. Quand j’aurai reçu cette parole au-dedans de moi et en aurai joui, je n’aurai plus aucune difficulté à en parler, et, pour la porter à d’autres, j’irai joyeux où il m’envoie.

Cependant il ne faut pas remplacer ces appels l’un par l’autre. Quelque précieuse que soit la lecture de la Parole, elle peut dégénérer en une étude aride et stérile dont on ne tire aucun profit ni pour soi, ni pour personne. Dans ce cas, je suis venu quand il me disait : Va, au lieu de faire comme Jérémie qui mangeait les paroles de l’Éternel quand elles s’étaient trouvées (Jér. 15:16).

Le centurion ajoute : « Je dis à mon esclave : Fais cela, et il le fait ». Il parle ici des oeuvres ; de même le Seigneur a préparé de bonnes oeuvres, afin que nous marchions en elles. Avons-nous le droit de les choisir à notre convenance, de faire autre chose que ce que le Seigneur nous dit de faire ? Ce serait pure désobéissance. Soyez certains que toutes les « oeuvres mortes » des hommes, et les oeuvres inutiles de tant de chrétiens, n’ont pas d’autre source que l’insoumission à l’autorité du Seigneur Jésus Christ.

Le bon état des saints de Thessalonique dépendait donc, non seulement de leur intimité filiale avec Dieu le Père, mais aussi de leur obéissance au Seigneur Jésus Christ. Dès qu’ils eurent réalisé les deux relations dont nous venons de parler, leur vie chrétienne prit un développement si admirable que l’apôtre rendait grâces à Dieu pour eux tous. La connaissance de Dieu le Père et du Seigneur Jésus Christ dirigeait, pour ainsi dire, toute leur existence et leur vie ne souffrait pas de mélange avec le monde, ni ne se contentait d’une profession extérieure. N’oublions pas que notre activité chrétienne peut souvent n’être qu’une habitude qui trompe les autres et nous-mêmes sur sa valeur morale. En écrivant à l’assemblée d’Éphèse dans l’Apocalypse, l’apôtre Jean fait mention de ses oeuvres, de son travail et de sa patience. Toutes ces choses existaient, mais par habitude et sans liaison avec leur source. Je compare souvent cet état au cerceau que les enfants font mouvoir avec une baguette. Quand cette dernière cesse de frapper le cerceau, il continue à rouler un certain bout de chemin par l’habitude qui suit une impulsion donnée, mais, après quelque temps, il chancelle et tombe. Ainsi la foi, l’amour et l’espérance sont l’impulsion de l’activité chrétienne, mais cette impulsion elle-même a son origine dans notre relation avec Dieu le Père et avec le Seigneur Jésus Christ. La connaissance de ces personnes divines remplissait le coeur des Thessaloniciens de foi, d’espérance et d’amour, établissant une liaison constante entre leurs relations et leur témoignage.

Appliquons-nous à connaître ces bénédictions si simples, si faciles à réaliser. Il suffit pour cela que nos coeurs aient trouvé leur objet dans Celui auquel nous appartenons si entièrement que nous n’avons plus aucun droit quelconque de faire notre volonté dans ce monde.

2 - Le moyen de la conversion

Je désire vous entretenir aujourd’hui de la Parole comme étant le moyen de la conversion des Thessaloniciens. Ce chapitre 1 ne nous montre pas toute l’importance de la Parole, car son domaine s’étend bien au delà du champ de l’évangélisation et n’a, de fait, pas de limites, mais nous voyons ici son importance capitale pour la conversion des âmes. En effet, aucune conversion n’a lieu par un autre moyen ; sans la Parole, la conscience n’est pas atteinte, la vie et le salut sont lettre morte pour le pécheur. Cette vérité ressort d’une manière remarquable dans notre chapitre, mais vous trouvez au chap. 2:13, pourquoi la Parole avait tant d’importance aux yeux des Thessaloniciens : Ils l’avaient reçue, de la manière la plus absolue, comme inspirée de Dieu. Elle n’était pas pour eux une parole d’homme, pas même la parole d’un apôtre excellent et digne de foi, dans lequel ils avaient la plus grande confiance. La théologie de nos jours répand partout cette fatale erreur au sujet de l’inspiration. Demandons-nous si l’apôtre Paul l’envisageait de même. Il dit : « Ayant reçu de nous la parole de la prédication qui est de Dieu, vous avez accepté, non la parole des hommes, mais (ainsi qu’elle l’est véritablement) la parole de Dieu ». Voilà ce qu’était pour eux la parole sortie de la bouche de l’apôtre ; elle était véritablement la parole de Dieu. Paul, son histoire le montre, n’était pas toujours inspiré, mais il l’était pour présenter la Parole aux Gentils. S’agissait-il, à Thessalonique, des Juifs, il discourait avec eux d’après les Écritures, et les Juifs de Bérée examinaient les Écritures pour contrôler par elles la parole de Paul. Il se servait de la parole inspirée de l’Ancien Testament pour les convaincre, mais il n’en était pas absolument de même de son ministère parmi les Gentils de Thessalonique. Ils pouvaient, sans doute, trouver dans les Écritures la preuve que Jésus était le Christ, mais la parole inspirée de l’apôtre réclamait aussi leur foi, car elle complétait les Écritures en leur donnant une espérance que l’Ancien Testament ne contenait pas. Aujourd’hui la Parole est complète ; il n’est plus besoin de l’inspiration pour la communiquer, quoiqu’elle soit toujours transmise par le Saint Esprit et reçue par le Saint Esprit, mais, possédant aujourd’hui les Écritures dans toute leur plénitude divine, nous n’avons pas d’autre autorité à laquelle il nous faille nous soumettre, tandis que les Thessaloniciens avaient reçu directement la parole inspirée de l’apôtre comme étant véritablement la parole de Dieu.

L’évangélisation ne leur avait pas apporté des impressions ou des émotions comme cela se rencontre beaucoup de nos jours. Soyez certains que si vous recevez l’Évangile de cette manière, l’effet s’en effacera bientôt. La parabole du semeur nous instruit sur ce point. Il faut que la Parole pénètre dans le coeur et la conscience avec le caractère du Dieu vivant dont elle émane, qu’elle soit reçue comme une Parole qui apporte à l’âme la vie éternelle. Il suffit pour cela de la recevoir comme ce qu’elle est véritablement, la parole de Dieu. Les frères qui annoncent l’Évangile ont tous fait cette expérience. Une seule parole des Saintes Écritures, qui ne sont pas autre chose, notez-le bien, — car les rationalistes de nos jours vous affirment le contraire — que la parole de Dieu, apporte la vie à l’âme qui la reçoit. Nulle parole au monde, ne peut avoir une analogie quelconque avec elle ; aucune parole humaine, quelque éloquente qu’elle soit, ne sera jamais une parole vivante, produisant la vie, une vie qui naît, qui est engendrée par elle dans l’âme.

Si nous demandons comment la Parole doit être présentée pour produire ce résultat, l’apôtre nous répond : « Notre évangile n’est pas venu à vous en paroles seulement, mais aussi en puissance, et dans l’Esprit Saint » (1:5). La Parole ne peut être appliquée aux besoins des âmes que par lui. L’Esprit est l’archer qui de sa flèche perce de part en part la conscience, seul organe par lequel un pécheur puisse être atteint. L’apôtre ne se servait pas d’un autre moyen. Il ne faisait appel ni aux émotions, ni à l’intelligence, ni à la raison, ni à la sagesse humaines, car elles n’avaient aucune valeur à ses yeux ; il présentait la parole de Dieu par l’Esprit Saint, avec une plénitude d’assurance. Nous avons tous fait cette expérience au moment où nous avons reçu l’évangile. La parole de Dieu est venue à nous avec une autorité sans réplique. Quand le Seigneur, la Parole faite chair, enseignait les hommes, il ne le faisait pas comme les docteurs de la loi et les Pharisiens, mais avec autorité. L’apôtre parlait avec la même autorité, seulement elle n’était pas inhérente à sa personne, mais à celle du Saint Esprit qui, par la bouche de Paul, apportait la Parole aux âmes. De plus, Paul présentait, comme des réalités, les choses qu’il connaissait pour lui-même, et qui faisaient sa joie, sa force et son bonheur. Il les avait vues avec les yeux de la foi, aussi avait-il, pour en parler, une « grande plénitude d’assurance ». Les Thessaloniciens avaient reçu la Parole de la même manière (v. 6). Par le Saint Esprit, elle avait développé sa puissance dans la prédication ; eux l’avaient reçue par le Saint Esprit, et elle avait produit dans leurs âmes ce qu’elle produit chez tous ceux qui la reçoivent : la joie de l’Esprit Saint.

Connaissons-nous cette joie ? Quand nous nous sommes trouvés, lors de notre conversion, en contact avec les Écritures, je pense que tous, sans exception, nous en avons éprouvé de la joie. Mais, cette première période passée, est-ce que notre coeur s’épanouit chaque fois qu’il se trouve en contact avec les Écritures, et découvre-t-il, par le Saint Esprit, quelque nouveau trésor dans ces richesses inépuisables ?

Une grande cause d’humiliation pour nous, chrétiens, est que, nous étant laissés entraîner, souvent d’une manière insensible, du côté du monde, la Parole a perdu de sa saveur pour nos âmes. On se réveille parfois, on se dit : Où suis-je ? alors que, ne s’en doutant pas, l’on n’était plus dans le même milieu qu’auparavant. Nos coeurs, s’étant laissé gagner par le monde, la Parole avait été négligée. Nous ne pouvons assez répéter à ceux qui sont jeunes dans la foi : Nourrissez-vous de la parole de Dieu ; qu’elle remplisse vos moments de loisir. À quoi occupez-vous ces moments-là ? Est-ce à lire la Parole ? Goûtez-vous, chers jeunes frères et soeurs, le sel de la parole de Dieu ? Quant à moi, j’ai fait, hélas ! de nombreuses expériences au cours d’une longue vie chrétienne et je puis dire ce que c’est d’être attiré par les « choses qui sont dans le monde » ; car il n’est pas dit seulement : « N’aimez pas le monde » ; — il pourrait nous arriver à tous de ne pas l’aimer — mais : « N’aimez pas les choses qui sont dans le monde ». C’est là peut-être notre plus grand danger. À ne parler que des lectures, du moment qu’elles sont sans une relation directe ou indirecte avec la connaissance de la Parole, elle nous font perdre le sel de cette dernière ; nous la trouvons insipide, et n’y découvrons plus rien ; notre trésor ne s’accroît plus d’aucune des choses qui remplissaient notre coeur de joie. Alors, au cas où notre conscience ne serait pas déjà endurcie, elle se réveille ; nous nous humilions devant Dieu, confessant nos péchés, puis nous revenons à la Parole en abandonnant les lectures qui nous avaient attirés. Tout à coup les Écritures ont retrouvé leur sel, car elles ne l’avaient perdu que pour nous. Même son amertume nous devient chère et a, dans notre bouche, le goût du miel.

Il faut donc, pour que les Écritures aient une saveur réelle, que nous soyons séparés des choses qui sont dans le monde ; mais, en outre, il est nécessaire que nous vivions, par la prière, dans une humble dépendance de Celui qui seul peut nous enseigner. L’étude de la Parole est bonne, mais l’étude seule n’en découvrira jamais les trésors. Avec la prière, il faut, pour l’aborder, l’enseignement du Saint Esprit. Lui seul sonde toutes choses, même les choses profondes de Dieu. Par lui, la bénédiction abonde. Combien elle serait plus sensible, combien de richesses nouvelles viendraient s’ajouter aux anciennes, si tous nos coeurs abordaient la divine Parole de cette manière ! Soyez persuadés que, si vous en étiez nourris, il serait impossible que de l’abondance de votre coeur, votre bouche ne parlât pas. Dieu veuille qu’il en soit ainsi ! Ne nous contentons pas même de l’étude de la Parole ; ayons faim d’elle, comme le prophète Jérémie. Apprenons à l’apprécier comme les Thessaloniciens. Elle leur avait apporté la connaissance de Dieu, celle de l’amour du Père, celle de Jésus Christ, l’espérance de sa venue et l’assurance d’une pleine délivrance pour l’avenir ; aussi l’avaient-ils reçue avec la joie de l’Esprit Saint.

3 - Le but de la conversion

Après avoir parlé, l’autre jour, du moyen de la conversion, nous trouvons encore, dans ce chapitre premier, son but et ses fruits. Il est très important que nous sachions pourquoi Dieu nous a convertis, quel était son but en agissant dans nos coeurs par sa Parole, et c’est ce dont je voudrais vous entretenir ce soir. Ce but était-il seulement de nous sauver ? Les versets de notre chapitre, qui nous en parlent d’une manière si sérieuse et si intéressante, ne nous disent rien de semblable. En voyant combien ces premiers chrétiens avaient répondu au but de Dieu, nous sommes obligés de nous poser cette question : Y réponds-tu toi-même ? Rien ne nous juge davantage. Dieu place les Thessaloniciens devant nous comme des modèles de personnes qui répondaient au but de leur conversion. Les apôtres, dépositaires de dons particuliers du Seigneur, n’étaient pas seuls des modèles ; ces simples enfants de Dieu, plus ignorants que nous sur une quantité de points, mais qui avaient reçu avec joie la Parole présentée à leurs consciences par l’Esprit Saint, étaient devenus des témoins de Dieu et du Seigneur Jésus dans ce monde. L’apôtre leur dit : « Vous êtes devenus nos imitateurs et ceux du Seigneur… de sorte que vous êtes devenus des modèles pour tous ceux qui croient » (v. 6, 7). Les croyants pouvaient se diriger d’après le témoignage des Thessaloniciens, mais, de plus, le monde lui-même avait été le spectateur de ce témoignage : « En tous lieux, votre foi envers Dieu s’est répandue, de sorte que nous n’avons pas besoin d’en rien dire » (v. 8). Pourquoi ces simples chrétiens, qui venaient de naître à la foi, étaient-ils devenus des modèles ? Parce qu’ils étaient les imitateurs de l’apôtre et ceux du Seigneur. Ils avaient eu devant les yeux le témoignage si remarquable de Paul, venu dans la plénitude de l’Esprit Saint, pour les mettre en rapport avec le Seigneur Jésus par la Parole ; ils avaient appris par lui à Le connaître et étaient devenus, par son témoignage, des imitateurs, une copie de Jésus Christ. Quand la Parole nous a révélé cette personne et que nous l’avons reçue et vue par la foi, nous avons besoin de la suivre et de marcher dans ce monde de manière à la faire connaître. La conversion nous sort toujours du monde pour nous amener dans le chemin de Christ. Qu’est-ce donc qu’un chrétien qui ne rend pas témoignage à Christ et ne marche pas à sa suite ? Les hommes peuvent-ils distinguer qu’il est un chrétien, s’il marche comme eux ?

Mais, direz-vous, quel est donc le but de la conversion et en quoi consiste ce témoignage ? En deux choses que vous trouvez aux versets 9 et 10. Les Thessaloniciens s’étaient tournés des idoles vers Dieu et c’est en cela que consiste la conversion. Ils avaient tourné le dos à ce qu’ils adoraient auparavant et porté leurs regards vers Dieu. Mais le premier but de leur conversion était de servir le Dieu vivant et vrai. C’est là ce qui, de prime abord, paraissait aux yeux des hommes et constituait le témoignage de ces chrétiens. Naturellement, les Thessaloniciens avaient trouvé pour eux-mêmes, par la conversion, un objet infiniment plus béni que leur service ; ils avaient trouvé le Père. Telle était, comme nous l’avons vu l’autre jour, la relation dans laquelle la conversion les avait introduits, mais le monde n’en savait rien. Il savait seulement qu’ils avaient abandonné leurs dieux pour servir un Dieu que ces païens ne connaissaient pas, le Dieu vivant et vrai. Les idoles étaient devenues pour eux des dieux morts, des dieux de mensonge, et leurs compatriotes idolâtres pouvaient dire d’eux : Ils prétendent connaître un Dieu vivant, un Dieu qui, pour eux, est le vrai Dieu.

Mais qu’est-ce donc que ce Dieu de vérité ? Placés devant Lui nous apprenons d’abord à connaître la vérité sur notre état. Le pécheur commence toujours par là ; il apprend qu’il est un pauvre être souillé et perdu et qu’il a besoin d’un Sauveur ; il comprend que le Dieu saint a en horreur le mal et ne peut le supporter. Mais ce Dieu qui lui révèle la vérité de sa condition désespérée, lui révèle aussi la vérité de Son propre caractère : Il est le Dieu d’amour qui, en donnant son Fils, a fait tout ce qui était nécessaire pour amener un pécheur à Lui.

Or ce Dieu vrai est aussi un Dieu vivant, ayant la vie en Lui-même et voulant la communiquer : « Il nous donne la vie éternelle ».

Si l’on a appris à le connaître ainsi, l’on comprend qu’il faut servir un tel Dieu et répondre au but qu’il s’est proposé en nous rachetant. Jusqu’alors les Thessaloniciens avaient servi les idoles, images de leurs propres mauvaises passions, l’une représentant l’argent, l’autre le vol, l’autre la corruption de la chair, etc. Ainsi, en adorant leurs idoles, ils rendaient culte à tout le mal qui était dans leur propre coeur et servaient, avec leurs passions, Satan qui les avait allumées. Du moment que, tournant le dos aux idoles, ils étaient sortis de cet esclavage, ils avaient trouvé un Dieu qui méritait d’être servi sans réserve.

Tout est pratique dans la vie chrétienne. Les dogmes sont une chose précieuse, mais seulement en tant qu’ils ont une valeur pratique ; au cas contraire ils seraient sans valeur. À quoi bon connaître Dieu comme le Dieu vivant et vrai, si je ne le sers pas ? Les démons le connaissent aussi comme tel, et l’homme peut savoir que Dieu est vivant et vrai tout en étant un réprouvé. En se révélant ainsi à ceux qu’il sauve, Dieu veut être servi par eux.

Il a encore un second but en nous convertissant, c’est que nous attendions « des cieux son Fils, qu’il a ressuscité d’entre les morts ». Ce chapitre ne nous donne pas les détails de la vérité quant à la venue du Seigneur Jésus. Si les Thessaloniciens savaient bien des choses, comme on le voit dans cette épître, il y en avait un grand nombre aussi qu’ils ignoraient, et cette ignorance portait précisément sur les circonstances de la venue de Christ. Ils ne savaient pas comment il viendrait, quel rapport le sort de leurs frères endormis et leur résurrection auraient avec Sa venue, quels événements l’accompagneraient ; toutes ces choses ne leur furent révélées que dans le cours de cette épître ; mais un fait était certain pour eux : Le Seigneur allait venir ; ils l’attendaient et répondaient ainsi au but de Dieu quand il les avait convertis. Cette attente avait produit dans leur vie des résultats tout à fait remarquables : elle les avait détachés de tous les liens qui auraient pu les retenir ici-bas. Ils attendaient à chaque instant le Seigneur. Comment il viendrait, ils n’en savaient rien encore, mais leur coeur était attaché au Sauveur qu’ils avaient appris à aimer et ils se réjouissaient de le voir. C’était là leur espérance et ils n’en avaient pas d’autre.

Je suis très occupé ces jours de cette pensée et j’espère que nous le sommes tous : Le Seigneur vient ! On découvre aujourd’hui dans le monde des symptômes précurseurs de cette venue. C’est comme un vent frais qui souffle, non pas dans la chrétienté, mais parmi les croyants qu’il réveille, ranime et rafraîchit : Le Seigneur vient !

Les signes précurseurs des temps annoncés par la prophétie s’accentuent de plus en plus et nous font penser que cette venue, qui nous délivre de la colère à venir, ne peut tarder. Mais le signe le plus frappant peut-être des temps de la fin est que cette vérité, si combattue quand Dieu nous l’avait confiée comme faisant partie de Son témoignage, devient tout à coup, depuis le début de la bataille des peuples, comme un cri de ralliement parmi les chrétiens. On écrit, on publie des volumes au sujet de la venue actuelle du Seigneur. Elle est présentée sans altération, dans son exactitude scripturaire, sans les mille réticences par lesquelles Satan avait, depuis tant d’années, cherché à l’annuler. Cela donne beaucoup à réfléchir. Il faut, quand le Seigneur viendra du ciel, qu’il trouve sur la terre un peuple réuni pour l’attendre. Le désir de réunir les enfants de Dieu, sur la base de la grande vérité de l’Unité du corps de Christ, n’a été qu’une misérable défaite, et les brebis du Seigneur, faisant partie de l’Église, sont plus dispersées aujourd’hui que lorsqu’Il venait ici-bas rassembler les brebis errantes d’Israël. L’espoir de réunir de nouveau les enfants de Dieu sur ce terrain-là s’est trouvé illusoire, sans, du reste, que cette faillite change rien à la précieuse vérité qui fait partie du témoignage chrétien pour le temps actuel. Mais il reste encore une ressource et nous ne doutons pas qu’elle ne devienne efficace. Ce cri : Le Seigneur vient ! peut réunir et réunira, ne fût-ce que pour une semaine, un jour, une heure même, les chers enfants de Dieu. Ils seront sortis du monde, sortis de leurs sectes coupables et stériles, de leurs mille partis misérables qui ont déshonoré le Seigneur et son Assemblée, pour répondre au cri de minuit ; ils rallumeront leurs lampes pour escorter l’Époux. Oui, l’Époux vient, sortons à sa rencontre ! N’oublions pas que le second but de Dieu en nous convertissant est que nous attendions des cieux son Fils, qu’il a ressuscité d’entre les morts !

L’apôtre ajoute : « Qui nous délivre de la colère qui vient ». Il ne dit pas : « Qui nous délivrera ». Jésus, que nous attendons, vient dans le caractère de Libérateur. Son attente, pour nos âmes, n’est que parfaite joie et éternelle délivrance. Dans ce moment même où nous l’attendons des cieux, nous savons, avec une certitude absolue, que la colère à venir ne pourra jamais nous atteindre.

Tel était le but de Dieu dans la conversion des Thessaloniciens. Nous verrons qu’ayant répondu à ce but, leur activité chrétienne s’était développée en fruits magnifiques et que rien ne manquait à leur vie pratique. Les fruits de la conversion seront donc le sujet de notre prochain entretien.

4 - les fruits de la conversion : l’oeuvre de foi

Au début de ce chapitre premier, l’apôtre rend grâces pour les fruits que la conversion des Thessaloniciens avait produits. Il ne rend pas grâces, comme dans la seconde épître (2:13) de ce que Dieu les avait choisis « pour le salut, dans la sainteté de l’Esprit et la foi de la vérité » ; une telle oeuvre dépendait entièrement de la grâce de Dieu et la responsabilité chrétienne n’y entrait pour rien. Alors que, dans la seconde épître, un certain déclin commençait à se montrer au milieu d’eux, l’apôtre pouvait néanmoins toujours rendre grâces à Dieu pour l’oeuvre merveilleuse qu’il avait accomplie à leur égard et dont la valeur ne pouvait être affaiblie par l’infidélité de l’homme.

C’est donc pour l’état pratique des Thessaloniciens que l’apôtre rend ici grâces à Dieu. Il semblerait logique que l’apôtre eût changé l’ordre de ce chapitre et eût commencé par le moyen et le but de la conversion pour n’en décrire les fruits qu’en dernier lieu, mais cette interversion nous aurait privés d’un grand enseignement. Si l’homme, en général, ne se soucie pas de porter du fruit pour Dieu, si le chrétien se contente facilement de ne porter qu’un fruit incomplet, sans saveur et sans maturité, Dieu nous fait savoir que c’est précisément aux fruits que Lui regarde, et que sa conduite envers nous dépend de la manière dont notre vie pratique répond à la grâce qu’il nous a faite. Comme un bon jardinier, son premier but est d’obtenir, des sarments qu’il a greffés sur le cep, une récolte. Il les émonde si leur produit est insuffisant, mais il ôte et brûle tout sarment qui ne porte pas de fruit (Jean 15:1, 2, 6). De même le figuier stérile ne doit pas occuper inutilement la terre : si tous les soins du vigneron ne produisent aucun résultat, il sera coupé et détruit (Luc 13:6-9).

La place que ce passage occupe ici est donc d’une grande importance pour nous. Elle est en premier lieu une exhortation solennelle à n’être pas stériles pour Dieu et à ce que notre vie pratique corresponde aux grâces qu’il nous a départies.

Chez les Thessaloniciens, l’arbre, étant un arbre de vie, portait beaucoup de fruits et même diverses sortes de fruits (Apoc. 22:2). Nous allons les énumérer, mais auparavant, notons un caractère commun à tous ces fruits divers.

Le Seigneur Jésus était l’objet de toute l’activité spirituelle des Thessaloniciens (*). Si la foi, l’amour et l’espérance étaient la source de toute leur vie pratique, cette source elle-même avait son origine, son centre et sa puissance en Jésus Christ. Ils réalisaient ce qui est dit au Psaume 87:7 : « Toutes mes sources sont en Toi ».

(*) Les mots « de notre Seigneur Jésus Christ, devant notre Dieu et Père » se rapportent aussi bien à « l’oeuvre de foi » et au « travail d’amour » qu’à la « patience d’espérance ».

Mais leur vie entière se passait « devant notre Dieu et Père ». Les relations de ces jeunes chrétiens avec leur Père étaient si intimes, si précieuses pour leur coeur, que tous leurs actes se faisaient en Sa présence, dans Sa communion et avec le but de Lui être agréables.

Hélas ! bien vite ce bel ensemble de l’activité chrétienne, avec ses ressorts et ses motifs, s’est affaibli et il n’est en fin de compte resté dans l’Église (nous ne parlons pas du témoignage individuel) qu’une activité dénuée de toute puissance, représentée par l’état de l’Église d’Éphèse en Apoc. 2:2-6. Ce que l’on nomme les trois vertus théologales n’était plus la source du témoignage pratique de l’Assemblée. Il n’en était pas ainsi des Thessaloniciens. Il était impossible que leur foi, ayant trouvé un objet captivant et d’un intérêt suprême dans la personne du Sauveur, pût rester stérile ; elle portait des fruits bénis et se manifestait aux yeux de tous dans chaque circonstance de leur vie. Leur coeur était rempli de l’amour de Christ pour eux, aussi déployaient-ils les plus grands efforts dans leur travail d’amour pour le Seigneur Jésus. C’est ce que la Parole appelle le premier amour : la connaissance de l’amour de Christ, produisant dans nos âmes l’amour pour Lui. Leur espérance ne pouvait s’adresser qu’à Christ. C’était même de ces trois vertus la seule qui ne pût s’occuper d’aucun autre objet. L’oeuvre de foi, le travail d’amour s’adressent à un cercle très étendu de personnes ; la patience d’espérance ne peut s’adresser qu’à Jésus seul, venant du ciel pour nous recueillir auprès de Lui.

Demandons-nous d’abord ce qu’est l’oeuvre de foi. Ce n’est pas chaque oeuvre de foi en particulier, mais toutes ces oeuvres réunies en un faisceau : en un mot, l’ensemble de l’activité de la foi, dont les divers actes sont multiples. On n’en finirait pas si l’on voulait, d’après la Parole, les citer tous. Prenons l’exemple d’Abraham, le père des croyants, chez lequel la foi s’est montrée pratiquement d’une manière très complète, comme sa vie en est la preuve. Ouvrons le chap. 11 de l’épître aux Hébreux. Ce chapitre ne nous donne pas une définition de la foi — car la foi n’est autre chose que l’acceptation du témoignage que Dieu a rendu au sujet de son Fils — mais il nous montre l’activité de la foi. Cette activité a pour point de départ et pour première manifestation l’obéissance. Ah ! puissions-nous savoir que le premier pas dans la carrière de la foi, c’est d’obéir quand Dieu a parlé — et il nous parle dans les Écritures. Chaque partie de ce Livre nous impose l’obligation d’y obéir. Si nous abordions la parole de Dieu avec cette pensée, des bénédictions sans nombre en seraient la conséquence ; nous n’en lirions pas un chapitre sans nous demander : Comment y obéirai-je ? Abraham obéit donc, sort de son pays et de sa parenté, et entre dans le pays de la promesse : ce sont les deux premières oeuvres de sa foi. Puis il y demeure ; c’est la troisième. Il y demeure comme dans une terre étrangère où il vit en pèlerin, sans un lieu qui lui appartienne. Le résultat est pour lui une bénédiction immense. Les yeux de sa foi n’ayant aucun objet sur lequel se reposer ici-bas, se lèvent vers le ciel et y voient une cité qui a des fondements, dont Dieu est l’architecte et le fondateur. Sa foi s’y attache. Nous connaissons mieux que lui ce qu’est la nouvelle Jérusalem ; nous en savons toutes les splendeurs dont le détail ne lui était pas révélé, mais en jouissons-nous comme sa foi en jouissait ? Pour qu’il en soit ainsi, il faut que, semblables à lui, nos coeurs ne soient pas partagés entre la terre et le ciel. Maintenant Dieu lui fait des promesses que sa foi saisit. Elles sont toutes concentrées sur une seule tête, sur un fils unique, son Isaac. Une postérité nombreuse comme les étoiles des cieux sortira de cet enfant. La joie d’Abraham est à son comble. Mais un jour, Dieu lui dit : Va à Morija ; tu y offriras ton Isaac en holocauste. Que devait être un tel ordre pour son coeur de père ! Abraham ne fait pas une objection, il ne supplie pas Dieu de l’épargner ; on ne le voit ni pleurer, ni se lamenter, ni passer dans le deuil ses jours et ses nuits. Par la foi, il accepte sans hésiter ce sacrifice. Il dit seulement : « Il y sera pourvu », car sa foi ne doute pas de la promesse de Dieu et laisse à Dieu le soin de l’accomplir. Puisqu’il m’a dit : Je te donnerai en Isaac une postérité, il faut, pense-t-il, que je la reçoive en résurrection. Abraham ajoute une nouvelle oeuvre à ses oeuvres de foi, se rend à Morija et en rapporte la promesse de Dieu quant à Christ.

Consultons maintenant la Genèse : nous y apprendrons encore beaucoup de choses sur l’oeuvre de foi d’Abraham. Prenons le chapitre 13. Il nous arrive souvent de ne pas choisir le chemin de Dieu et nous avons alors à traverser de pénibles expériences. Ainsi Abraham choisit l’Égypte, mais il apprend bientôt que ce choix n’est pas une oeuvre de foi, aussi, au retour, il ne descend pas dans la plaine du Jourdain. Il dit à Lot : Choisis, toi ; je m’en remets à Dieu, et cette oeuvre de foi trouve une abondante rémunération spirituelle. Au chapitre 14, un ennemi puissant emmène prisonnier le neveu d’Abraham. Ce dernier n’a que quelques hommes à opposer à cette armée nombreuse. Il n’hésite pas, car il agit par la foi. Après avoir renoncé par la foi à s’établir dans le monde, il combat par la foi, remporte la victoire et délivre son frère.

Arrivé à Sodome, Melchisédec vient au devant de lui, car Dieu voulait le fortifier, après sa victoire, afin de le rendre capable de résister par la foi aux ruses de l’ennemi. Le roi de Sodome lui offre de grands biens ; il répond : Je ne recevrai rien de toi. Il complète ainsi son oeuvre de foi, et l’achève sans aucune hésitation. Il avait refusé de choisir et refuse maintenant de rien recevoir du monde.

Je ne vais pas plus loin, car on pourrait continuer longtemps encore. J’ajouterai cependant que l’oeuvre de foi d’Abraham se montre aussi quand il s’agit de sa famille et je trouve cela très important. Toutes ses expériences dans le chemin de la foi lui font désirer que son Isaac suive le même chemin de séparation en s’unissant étroitement à la famille de la foi. Cela nous humilie quand nous pensons à nos familles. Avons-nous eu assez d’énergie de foi pour que tous les nôtres s’engagent dans la même direction ? Si nous la suivons nous-mêmes fidèlement et sans broncher, soyons certains que nous trouverons chez nos enfants des coeurs disposés, comme celui d’Isaac, à y marcher.

« Me souvenant sans cesse de votre oeuvre de foi ». Nous venons de voir celle d’Abraham, mais nous pourrions, à bon droit, considérer celle de beaucoup d’autres serviteurs de Dieu. Dès sa conversion, l’apôtre Paul nous en fournit l’exemple admirable. Nous trouvons, bien mieux encore, l’exemple du Seigneur Jésus lui-même. Lui, a accompli du commencement à la fin, sans faiblesse et sans lassitude, l’oeuvre de foi, une oeuvre absolument complète, un ensemble parfait auquel il ne reste rien à ajouter, aussi est-il appelé le Chef et le Consommateur de la foi : Celui qui est arrivé, sans une défaillance, jusqu’à l’extrême limite de l’activité de la foi. Dans l’histoire d’Abraham, même dans l’histoire de l’apôtre Paul, nous rencontrons plus d’une lacune ; mais combien plus dans la nôtre ! Pour trouver le moyen d’accomplir, sans broncher, l’oeuvre de foi, regardons à Jésus. Son oeuvre découlait d’une parfaite confiance en Dieu. Disons à Dieu comme lui : « Je me suis confié en toi ! »

5 - les fruits de la conversion : le travail d’amour et la patience d’espérance

Le deuxième fruit de la conversion est appelé le « travail d’amour ». Le travail est l’activité dans le service. À peine convertis, les Thessaloniciens étaient entrés au service de Dieu et s’y étaient donné beaucoup de peine. Comme leur oeuvre avait la foi pour point de départ, le ressort de leur travail était l’amour. L’amour se montrait de bien des manières diverses. En effet, l’amour des chrétiens n’est pas seulement l’amour qui les unit les uns aux autres, lien délicieux, car celui qui a fait l’expérience du service d’amour envers ses frères peut en parler comme de la partie la plus précieuse de son activité. Mais notre travail d’amour s’adresse aussi au monde, aux pécheurs. à tous les hommes, car le cercle d’activité, dans lequel nous sommes introduits, est immense. L’apôtre Paul, allant porter l’Évangile au monde, pouvait dire : « L’amour du Christ nous étreint » ; amour qui n’était pas seulement son amour pour Christ, mais celui de Christ lui-même. Nous avons appris à connaître l’amour, non pas en le contemplant dans nos coeurs, comme les mystiques — pauvre contemplation que celle-là — mais nous avons vu, dans la personne et l’oeuvre du Sauveur, l’amour divin dans sa perfection. Si l’amour du Christ, versé dans mon coeur par le Saint Esprit, est descendu vers moi, il remonte de mon coeur vers Lui, comme vers son objet ; j’aime Celui qui m’aime ; des relations d’amour mutuel existent entre nous et c’est ce que la parole de Dieu appelle « le premier amour ». Mon âme, ayant appris à connaître le Seigneur, se tourne vers Lui, réponse naturelle à ce que son coeur contient pour moi. Jésus est satisfait de voir, chez ses bien-aimés, des sentiments qui répondent aux siens. Cela est exprimé dans le prophète Jérémie, au sujet d’Israël : « Je me souviens de toi, de la grâce de ta jeunesse, de l’amour de tes fiançailles, quand tu marchais après moi dans le désert, dans un pays non semé. Israël était saint à l’Éternel, les prémices de ses fruits » (Jér. 2:2). N’oublions pas que l’Église occupe une place bien plus intime encore dans le coeur de Christ. Le Seigneur trouvait ses délices dans ceux qu’il avait sauvés d’Égypte, rachetés, sanctifiés pour Lui ; il voyait Israël paré de grâce, comme sa jeune épouse, et pouvait dire : « Que tes tentes sont belles, ô Jacob, et tes demeures, ô Israël ! » (Nomb. 24:5). Il versait son amour sur son peuple comme la rosée de l’Hermon ; mais ce n’était pas tout : « Il se souvenait de l’amour de ses fiançailles ». Dans la fraîcheur délicieuse de cette relation, nouvellement établie, l’Éternel avait trouvé, chez son Épouse, un amour qui répondait au sien. Alors, aucun dévouement ne semblait impossible à sa bien-aimée ; les difficultés, l’aridité du chemin, n’étaient rien pour elle ; le premier amour l’attirait irrésistiblement après Lui : « Tire-moi : nous courrons après toi » (Cant. 1:4). Il en fut de même aux premiers jours de l’Église : L’ardeur de l’amour n’a pas quitté le coeur de l’Époux ; ce coeur n’a pas changé, car il est éternellement le même, mais notre premier amour s’est bientôt perdu ; notre affection s’est, hélas ! refroidie ; le coeur de l’Épouse a changé ! Quel sujet d’humiliation pour nous ! Penser, qu’en présence de l’amour de Christ, il n’y ait plus dans nos coeurs comme chez les Thessaloniciens, ce travail du premier amour, ayant pour objet le Seigneur Jésus, le service de ses bien-aimés et le désir de porter au monde la bonne nouvelle de Sa grâce, quelle triste constatation ! Le travail du premier amour n’existe plus dans l’Église ; cependant ne soyons pas découragés, il existe. Ne le cherchons pas dans l’Assemblée, ou chez nos frères, quelque dévoués qu’ils soient ; ce serait nous exposer à des déceptions. Cherchons-le dans la personne du Seigneur Jésus. Il dit lui-même : « Mon Père travaille jusqu’à maintenant, et moi je travaille » (Jean 5:17). Son travail d’amour a duré pendant toute sa vie ici-bas et son activité, en parole ou en oeuvre, n’a pas eu d’autre caractère. Tous ses miracles (sauf un seul, et pour cause) étaient des miracles d’amour ; mais quand il dit : « Moi je travaille », il ne parle pas seulement de ses miracles, mais de ce qu’il opère dans le coeur et la conscience des hommes. Quand la femme pécheresse vient à lui, il ne fait pas de miracle, mais travaille dans son coeur pour lui faire connaître le pardon de ses péchés et le salut, et pour que ce coeur lui réponde par un grand amour. Quand la femme adultère lui est amenée, il accomplit son travail d’amour en la soustrayant à la condamnation de Dieu et des hommes. Quand Pierre dit : « Retire-toi de moi, car je suis un homme pécheur », c’est le fruit du travail d’amour dans sa conscience, afin qu’il puisse recevoir la réponse : « Ne crains pas, dorénavant tu prendras des hommes ». Ce travail du Seigneur est une des grandes beautés des Évangiles. Dès ses premiers pas dans ce monde, jusqu’à la fin, nous le trouvons, endurant tout, la soif, la faim, la fatigue, les insomnies, les soupçons, le mépris, la haine, pour accomplir son travail d’amour. Les souffrances physiques des hommes le remplissent de compassion, et il en a le remède, mais combien plus encore leurs souffrances morales sous l’esclavage de Satan, sous le poids du péché et de la mort ! Sa vie est pleine de ce travail d’amour, mais comment en parler sans arriver à la croix, au couronnement de son travail d’amour ici-bas ? C’est le « travail de son âme », dont il verra le fruit quand il aura les siens éternellement avec lui dans la gloire qu’il leur a acquise par son oeuvre. Alors son travail cessera : « Il se reposera dans son amour » (Soph. 3:17). Regardons à Lui, pour connaître le travail d’un amour qui surpasse toute intelligence, travail que sa vie, et sa mort, et sa sacrificature devant Dieu nous révèlent !

Considérons maintenant le troisième fruit de la conversion, « la patience d’espérance de notre Seigneur Jésus Christ ».

Le mot patience implique toujours la souffrance. Être patient, c’est souffrir, sans chercher à y mettre fin, en vue d’un but que l’on désire atteindre. Comme nous l’avons dit plus haut, l’amour, tout en s’alimentant à la source qui est le coeur de Christ, se multiplie à l’infini et s’étend, par sa nature même, à toute sorte d’objets. Quand il s’agit de l’espérance, nous trouvons exactement le contraire ; elle se concentre sur un seul objet, Jésus Christ, parce que Lui seul est digne de la fixer. Des milliers de chrétiens ignorent cette espérance ; ils ont l’espoir, souvent peu certain à leurs yeux, d’être avec Jésus dans le ciel, quand ils mourront, mais toute autre est « l’espérance de notre Seigneur Jésus Christ », l’attente de Sa venue, la certitude qu’Il vient lui-même en personne, lui, le Fils de Dieu, pour nous ravir auprès de lui. L’apôtre et les Thessaloniciens considéraient tout obstacle à leur espérance comme méprisable. Il est dit, dans l’épître aux Hébreux : « Nous qui nous sommes enfuis pour saisir l’espérance proposée ». Comme les Thessaloniciens, ayant échappé au jugement, n’avaient qu’une pensée : attendre le Seigneur Jésus, les Hébreux n’avaient qu’un but : l’atteindre dans le sanctuaire où il les avait devancés.

Les temps néfastes que nous traversons nous ouvrent un vaste champ pour le travail d’amour, mais aussi pour la patience d’espérance. Le sentiment des jugements de Dieu sur le monde nous pousse à ne désirer qu’une chose : Que le Seigneur complète, par ces calamités, le nombre de ses élus, afin que puisse arriver le moment de Sa venue. Nous n’attendons point le rétablissement de la paix sur la terre, ni même, à la fin de tant de deuils et de douleurs, un temps de repos durable dans ce monde. Non, le Seigneur nous dit : « Je viens bientôt ». S’il le faut, supportons patiemment d’autres épreuves dans l’espérance de son prochain retour.

Mais n’oublions pas que, si nous voulons connaître la « patience d’espérance », nous la trouvons parfaite dans notre Seigneur glorifié, à la droite de Dieu. Il attend patiemment. Il dit à Philadelphie : « Tu as gardé la parole de ma patience » ; il attend que le Père donne un signe, connu de Lui seul, qui permette à Jésus de se lever de son trône et de venir au devant des siens sur les nuées. Il n’a qu’un désir : avoir son Épouse auprès de Lui. Voici dix-neuf siècles qu’Il attend le moment où il pourra « s’égayer en elle avec chant de triomphe ». Il loue Philadelphie (et Dieu veuille qu’il nous loue aussi) de ce qu’elle a la même espérance, la même patience que Lui, patience qu’elle a puisée dans sa Parole. Bien-aimés, désirons-nous sa venue, de la même manière que Lui désire nous avoir avec Lui pour toujours ?

6 - Chapitre 2 — Comment retrouver le premier amour

Nous avons vu l’autre jour que l’Église n’a pas mieux gardé son premier amour qu’Israël ne l’avait fait. En vertu de son infidélité, la menace : « J’ôterai ta lampe de son lieu », prononcée dans l’Apocalypse sur l’Église d’Éphèse, sera sûrement exécutée sur l’Église responsable. Cette dernière prendra fin, sera vomie de la bouche du Seigneur, puis détruite, alors que tous ses éléments vivants, l’Église corps de Christ, épouse de Christ, auront été recueillis dans la gloire.

La pensée d’une restauration, d’une reconstruction de l’Église responsable ici-bas, est entièrement antiscripturaire. Elle ne sera pas réédifiée ; toute son histoire se terminera par l’apostasie finale de la profession chrétienne.

Cependant la Parole nous montre qu’au milieu de cet état de ruine, conséquence inévitable de l’abandon du premier amour, un Résidu fidèle, que nous voyons se former à Thyatire — « les autres qui sont à Thyatire », les seuls que Jésus approuve — rendra témoignage au Seigneur jusqu’à sa venue. Sans que « le premier amour » soit réalisé par ce Résidu, comme il l’était au commencement, nous trouvons chez lui (Apoc. 2:19) « un amour » plus précieux et plus près de sa source que « le travail » d’Éphèse ; « une foi » qui, s’adressant directement à Christ, a plus de valeur que « les oeuvres » d’Éphèse. Toutefois, à Thyatire, « la patience » n’est pas plus « la patience d’espérance » qu’elle ne l’était à Éphèse. Cet état de Thyatire montre donc le Réveil incomplet d’un Résidu au milieu du déclin, mais un réveil dont le Seigneur tient compte, en promettant sa venue et la possession de l’Étoile du matin (v. 28) à celui qui vaincra.

Si nous passons à l’Église de Philadelphie, nous y rencontrons de nouveau quelques traits du premier amour, accompagnés d’un sensible progrès sur l’état du Résidu de Thyatire. Jésus trouve en Philadelphie, malgré son extrême faiblesse, quelque réalisation de ce que l’Assemblée devrait être, sans que ce soit une réédification de l’Assemblée elle-même. Philadelphie, sans force, sans autorité, trouve ces choses dans Celui qui, avec l’autorité, possède la force pour la soutenir. Philadelphie réalise dans son abaissement les caractères moraux de l’Assemblée, et en porte les fruits, non pas complets, comme dans l’Église à son début, mais propres à attirer l’approbation du Seigneur. C’est ainsi que nous y trouvons, non pas l’oeuvre complète de la foi, mais la foi en la Parole de Christ et en son nom pendant son absence ; non pas le travail d’amour, mais l’amour des frères, inscrit dans ce nom de Philadelphie, et la connaissance de l’amour de Christ : « Moi, je t’ai aimé ». Cependant Philadelphie est caractérisée plus spécialement par « la patience d’espérance de notre Seigneur Jésus Christ » qui manquait totalement à Éphèse et était encore inconnue au Résidu de Thyatire lors de sa formation. « Tu as gardé la parole de ma patience » , lui dit le Seigneur, et il ajoute : « Je viens bientôt ; tiens ferme ce que tu as ».

L’état actuel d’un Réveil dans le christianisme n’est donc pas « le premier amour » retrouvé, mais une réalisation partielle de ce qu’il doit être, quant à l’espérance de la venue de Christ. Si le Résidu actuel avait la prétention, en réunissant les enfants de Dieu, de rétablir ici-bas l’unité visible du corps de Christ, il commettrait une grande erreur. Historiquement, Philadelphie est en voie de dégénérer en Laodicée, et n’a rien d’autre à attendre. Les enfants de Dieu, conviés à se rassembler sur la base de l’unité du corps de Christ, dont tous sont membres, ont refusé de le faire. Le témoignage de Philadelphie durera jusqu’à la fin, mais si, comme ensemble, il pouvait faire naître au début, chez les ignorants, des illusions de restauration ecclésiastique, ces espérances ont été bien vite déçues. Pas plus qu’Israël (És. 49:5), l’Église ne s’est rassemblée, ni ne se rassemblera. Sous ce rapport, le témoignage actuel de Philadelphie n’est pas autre chose qu’un témoignage de la ruine. Nous en sommes là aux jours où nous vivons. Laodicée qui sera finalement rejetée, se rassemble sur un principe diamétralement opposé à celui du corps de Christ. Mais une chose reste, comme caractérisant toujours plus la piété dans le temps actuel. Le Seigneur a dit : « Je viens bientôt », et les saints de Philadelphie, gardant la parole de Christ, réalisent cette attente avec « la patience d’espérance de notre Seigneur Jésus Christ ».

Les mots : « Tu as abandonné ton premier amour » s’adressent donc à nous, aujourd’hui aussi bien que jadis, et combien nous avons raison d’en être profondément humiliés et de confesser cette ruine, car nous faisons aussi partie de l’Église responsable ici-bas. En serons-nous découragés ? Ne pourrons-nous jamais retrouver les fruits bénis qui brillaient d’un si vif éclat aux jours de l’assemblée de Thessalonique ? La réponse est très consolante. Si, comme ensemble, même en tenant compte de tous les Réveils, nous avons entièrement failli et sommes tous retombés au même niveau, le premier amour peut être retrouvé et maintenu individuellement. Nous constatons cela dans le deuxième chapitre de notre épître que nous avons lu ce soir. L’apôtre Paul en est l’exemple : il n’avait jamais abandonné son premier amour. Il est donc possible à chacun d’entre nous de réaliser les fruits de sa conversion, comme cela eut lieu au début de la vie chrétienne dans l’Assemblée des Thessaloniciens.

Nous trouvons dans ce chapitre « l’oeuvre de foi » chez Paul. Prêtons l’oreille à ce qu’il nous dit : Il avait souffert après avoir été outragé à Philippes ; il avait eu toute hardiesse pour annoncer l’évangile de Dieu avec beaucoup de combats ; il n’avait pas cherché à plaire aux hommes, mais à Dieu qui éprouve les coeurs ; Dieu lui était témoin qu’il n’avait jamais usé de parole de flatterie, ni de prétexte de cupidité ; il n’avait pas cherché la gloire qui vient des hommes. D’un bout à l’autre de sa carrière, son oeuvre de foi avait eu Jésus Christ pour point de départ.

Son « travail d’amour » était tout aussi remarquable. « Nous avons été doux au milieu de vous », dit-il. « Comme une nourrice chérit ses propres enfants, ainsi, vous étant tendrement affectionnés, nous aurions été tout disposés à vous communiquer… nos propres vies, parce que vous nous étiez devenus fort chers. Car vous vous souvenez, frères, de notre peine et de notre labeur ; c’est en travaillant nuit et jour, pour n’être à charge à aucun de vous, que nous vous avons prêché l’évangile de Dieu ». Ce travail d’amour à l’égard des Thessaloniciens se montrait même dans les occupations extérieures et journalières de l’apôtre. Paul était au milieu d’eux comme un père qui aime ses propres enfants, comme une nourrice qui les chérit. Il avait à la fois un amour tendre et un amour puissant, capable d’entreprendre ce que la tendresse seule n’aurait pu faire.

Dans les derniers versets du chapitre, nous trouvons sa « patience d’espérance ». « Car quelle est notre espérance, ou notre joie, ou la couronne dont nous nous glorifions ? » N’est-ce pas bien vous qui l’êtes devant notre Seigneur Jésus, à sa venue ? « Car vous, vous êtes notre gloire et notre joie » (v. 19, 20). L’apôtre avait à attendre patiemment la réalisation de son espérance quand tous ses chers Thessaloniciens seraient la couronne glorieuse de son service à la venue du Seigneur. Il attendait constamment cette venue pour voir les fruits de son ministère. Sa patience d’espérance était telle, qu’il lui suffisait de remettre l’heure de sa récompense à un avenir, toujours présent à ses yeux, mais très éloigné peut-être, où le Seigneur qu’il attendait viendrait réunir auprès de Lui tous ses bien-aimés. Cette patience d’espérance caractérisait toute la carrière de l’apôtre, si bien qu’au moment de déposer sa tente il espérait encore et pouvait dire : « Désormais m’est réservée la couronne de justice… et non seulement à moi, mais aussi à tous ceux qui aiment son apparition ». Il allait entrer dans la présence du Seigneur où il n’aurait la récompense de son fidèle service que lors de cette apparition qui constituera le second acte de la venue de Christ.

Efforçons-nous de répondre individuellement, avec fidélité, au but du Seigneur : il veut que nous portions les fruits du premier amour pour Dieu et pour Lui, jusqu’à l’heure, journellement attendue, où il viendra nous recueillir auprès de Lui.

7 - Chapitre 2:11, 12 — La marche

Je reviens aux versets 11 et 12 du chap. 2 pour vous entretenir de la marche, et en vérité nous ne pouvons jamais assez nous pénétrer des principes qui doivent la gouverner.

Le témoignage chrétien, qu’il soit individuel ou collectif, revêt les aspects divers du combat, de la course, de la marche et de la conduite.

Le combat est la lutte contre une partie adverse ou ennemie qui cherche à nous dominer ou à asservir nos frères, ou à retenir les hommes en esclavage — ou enfin à nous ravir nos biens et à nous empêcher d’en prendre possession. La course est l’effort énergique qui nous porte en avant, méprisant la fatigue et surmontant tous les obstacles, pour atteindre le but et remporter le prix. La marche n’est pas l’effort, ni la lutte, mais une progression constante dans une même direction. Cet acte se passe en public et le public le juge ou l’apprécie ; aussi celui qui marche évite par habitude les faux pas ou des chutes qui le compromettraient ou auraient des conséquences dangereuses. Appliquez cette notion à la marche chrétienne, vous trouverez qu’elle comprend notre témoignage journalier, notre manière de nous comporter dans ce monde en présence des hommes. De même que la conduite, la marche a pour but de faire honorer le nom que nous portons, le caractère que nous représentons en public. Suivre ou marcher à la suite de quelqu’un est quelque peu différent. C’est prendre un autre pour guide de notre marche, sans le perdre de vue, suivre la direction qu’il prend, régler notre pas sur le sien, conformer notre marche à la sienne, le prendre en un mot pour modèle. La conduite a un aspect plus général que la marche, sans cependant en être séparée habituellement. Elle est la manière de nous comporter envers les hommes avec lesquels nous entrons en relation ou dans les diverses circonstances que nous traversons.

Or, je trouve, dans la parole, que notre marche chrétienne doit être régie en premier lieu par les caractères de la vie divine que nous possédons. En nous donnant la vie et en faisant de nous ses enfants par la foi en Jésus, Dieu nous a communiqué sa propre nature et c’est elle qui doit nous diriger. Nous possédons d’abord, et c’est le premier caractère de notre vie, la puissance de cette vie, qui est le Saint Esprit. En conséquence, l’apôtre oppose, dans le chap. 5 de l’épître aux Galates, versets 19 à 21, « les oeuvres de la chair », fatales à ceux qui les accomplissent, et « le fruit de l’Esprit » que peut toujours porter le chrétien affranchi, car il a « crucifié la chair avec les passions et les convoitises ». Ce fruit doit caractériser notre marche, aussi Paul ajoute : « Si nous vivons par l’Esprit, marchons aussi par l’Esprit ». Cela nous donne à réfléchir et nous juge quant à notre vie journalière. « L’amour, la joie, la paix, la longanimité, la bienveillance, la bonté, la fidélité, la douceur, la tempérance », ce « fruit de l’Esprit », notre marche le met-elle en lumière ? Si tel n’est pas le cas, humilions-nous et demandons instamment à Dieu qu’il nous donne de le porter. — Au chap. 5 de l’épître aux Éphésiens (v. 2), nous trouvons l’amour comme second caractère de la vie divine que nous possédons : « Marchez dans l’amour ». Nous sommes participants de la nature divine qui est amour et cet amour est versé dans nos coeurs par le Saint Esprit. Ici je fais de nouveau un retour sérieux sur moi-même. Ai-je aujourd’hui marché dans l’amour, dans cet amour qui est « plein de bonté, sans envie, sans vanterie, sans orgueil, sans égoïsme, dans cet amour qui supporte tout, croit tout, espère tout, endure tout » ; ou bien dans l’égoïsme, dans la recherche de mes intérêts, dans la critique de mes frères, dans l’indifférence quant à l’état des pécheurs ? Quel est donc le moyen d’être débarrassé de tout ce qui, en cela, entrave ma marche ? Le moyen est de suivre Christ, de voir comment « il nous a aimés et s’est livré lui-même pour nous », de le prendre pour modèle. Tout le secret d’une marche fidèle se trouve dans un attachement réel du coeur à Christ. Être occupé de lui, avec une affection sincère, nous transforme à son image. — Au verset 8 de ce même chapitre 5 des Éphésiens, nous trouvons un troisième caractère de la vie que nous possédons. Dieu est non seulement amour, mais aussi lumière, et nous sommes lumière dans le Seigneur, aussi l’apôtre dit : « Marchez comme des enfants de lumière ». Comme Jésus avait dit : « Je suis la lumière du monde » (Jean 8:12) , il dit à ses disciples : « Vous êtes la lumière du monde » (Matt. 5:14). Nous avons donc à faire luire cette lumière comme Lui. Il ne peut y avoir aucune communion entre elle et les ténèbres. Un quatrième caractère de la vie divine est la vérité. Or, la vérité c’est Christ, sa Parole et son Esprit. Aussi avons-nous à manifester ce caractère. L’apôtre Jean l’appréciait bien haut, quand il disait : « Je me suis fort réjoui d’avoir trouvé de tes enfants marchant dans la vérité » (2 Jean 4).

Mais voici un second point de toute importance : Notre marche chrétienne doit être digne de nos relations. C’est ce que vous trouvez en premier lieu dans l’épître qui fait le sujet de nos entretiens. L’apôtre exhorte ses enfants dans la foi, au chap. 2:12, à « marcher d’une manière digne de Dieu qui nous appelle à son propre royaume et à sa propre gloire ». N’est-ce pas là une vérité très élevée ? Le Dieu souverain, Créateur et Conservateur de toutes choses, nous appelle à la dignité suprême de partager son royaume et sa gloire ! Notre caractère doit être le reflet du sien et nous avons à marcher dans la conscience d’une dignité qui nous élève au-dessus de notre entourage autant que le ciel est élevé au-dessus de la terre. Mais jamais, notez-le bien, la dignité n’exclut l’humilité. Si, d’une part, les Thessaloniciens avaient à marcher dans la dignité de fils de Dieu, héritiers de sa gloire suprême, ils avaient, de l’autre, à servir le Dieu vivant et véritable avec l’humble caractère qui convient à des serviteurs (1:9). Telle était leur première relation.

Une seconde relation les caractérisait, comme nous l’avons vu au chapitre 1. Ils avaient Jésus comme Seigneur et il avait tous les droits sur eux. Mais l’épître aux Colossiens (1:10) nous présente cette relation dans ses rapports avec notre marche. Dans l’épître aux Thessaloniciens, la relation avec Dieu était la première qui fût connue de ces petits enfants dans la foi ; les Colossiens étaient beaucoup plus avancés en connaissance. L’Église, corps de Christ, n’était point pour eux un mystère, mais ils couraient le risque de perdre de vue le Chef du corps, aussi l’apôtre ne leur parle-t-il que du Seigneur, et leur devoir consistait à « marcher d’une manière digne du Seigneur pour lui plaire à tous égards, portant du fruit en toute bonne oeuvre, et croissant par la connaissance de Dieu ».

Voici enfin un troisième point : Notre marche doit être digne des privilèges que nous possédons. Le premier chapitre de l’épître aux Éphésiens nous dit que nous avons été « élus avant la fondation du monde, pour que nous fussions saints et irréprochables devant Lui, en amour » (v. 4). Dieu nous destine à être éternellement tels que Christ lui-même en sa présence. Nous n’avons pas encore atteint cette perfection, mais Jésus la possède, tandis que le chrétien le plus avancé ne pourra jamais y prétendre ici-bas. Mais le moment est proche, où nous serons en la présence de Dieu, tels que Christ lui-même, non pas seulement, comme aujourd’hui, en Christ, mais avec Christ devant Dieu, et partageant ses propres perfections, car nous lui serons semblables. C’est pourquoi l’apôtre exhorte les Éphésiens au chapitre 4, verset 1, à « marcher d’une manière digne de l’appel » dont ils ont été appelés. Il leur enjoint de répondre par leur conduite, dans ce monde, aux privilèges dans la jouissance définitive desquels ils vont entrer, pareils à quelque prince héritier qui, avant de prendre possession de sa dignité royale, est déjà considéré par tous comme digne d’en avoir les honneurs. Nous avons besoin d’être exhortés à réaliser cela constamment. — Vous trouvez encore, en Phil. 1:27, quelque chose de semblable : « Conduisez-vous d’une manière digne de l’Évangile du Christ ». Les Philippiens avaient le privilège d’être dépositaires de l’Évangile, de cette bonne nouvelle merveilleuse qui part du pardon des péchés pour aboutir à la gloire, et ils avaient à se conduire en conséquence.

Nous devons donc avoir continuellement en vue nos caractères, nos relations et nos privilèges, et en comprendre le prix et la grandeur, pour que notre marche y corresponde. Qu’il est beau de voir un chrétien marcher dans ce monde d’une manière conforme à toutes ces bénédictions : un jour il entendra Jésus lui dire : Tu marcheras avec moi en vêtements blancs, car tu en es digne ! (Apoc. 3:4). N’est-il pas vrai que nous devrions avoir beaucoup plus le sentiment de la hauteur de nos bénédictions ? Ce sentiment n’exclut nullement, avons-nous dit, l’humilité, car elle fait partie de la marche du chrétien à la suite de son Maître ; mais la dignité chrétienne est le partage de celui dont les relations, le caractère et les intérêts sont entièrement hors du monde qu’il traverse comme un étranger céleste, sur les pas de son Sauveur. Jésus n’avait aucune patrie dans ce monde. Il y avait un lieu de naissance, mais sa patrie était le ciel. Il était « le fils de l’homme qui est dans le ciel » et marchait en conséquence. Faisons comme Jean-Baptiste : « Regardons-le marcher » et suivons-le avec la conscience de notre dignité céleste.

8 - Chapitre 3 — La foi, l’espérance et l’amour

La foi, l’espérance et l’amour, les « trois vertus théologales », comme les hommes les appellent, ne sont que des dons de grâce, mis par l’Esprit de Dieu dans le coeur de l’homme lors de sa conversion, et sans lesquels nous ne pourrions ni avoir, ni maintenir des relations avec Dieu, notre Père, et avec Jésus Christ, notre Sauveur. La foi reçoit la parole de Dieu et saisit Jésus que cette Parole nous révèle, l’amour de Dieu, versé dans nos coeurs, nous attache à Christ, l’espérance a pour but et pour objet Sa venue. Mais la garde de ces dons nous étant confiée, nous ne pouvons, négligeant leur usage, les laisser s’affaiblir, sans courir les plus grands dangers. Pour les conserver dans leur fraîcheur et leur puissance initiales, il nous faut veiller à les tenir continuellement en rapport avec la personne de Christ. Ce contact perdu, ils vont s’affaiblissant et descendent parfois à un niveau si bas qu’on pourrait croire assister même à leur ruine définitive. La Parole nous apprend qu’on peut laisser tomber le bouclier de la foi, qu’on peut abandonner le premier amour et descendre graduellement jusqu’à la mort spirituelle de Sardes, qu’on peut perdre l’espérance en se rabaissant au niveau d’un monde qui ne l’a jamais connue. — Toutes ces « vertus », remarquons-le bien, sont solidaires, aussi la Parole les mentionne d’habitude ensemble. L’une ne peut être affaiblie ou fortifiée, sans que les autres en subissent l’influence en bien ou en mal.

L’amour est le plus grand de ces dons, car étant l’essence divine elle-même, « il ne périt jamais ». La foi, conviction des choses qu’on ne voit pas, prendra fin quand elle sera changée en vue. L’espérance n’aura plus de raison d’être quand elle aura atteint son but et son objet en le possédant à toujours. Mais, tant que la perfection n’est pas atteinte, et elle ne peut l’être ici-bas, ces trois choses demeurent inséparablement unies, régies et dominées, pour ainsi dire, par l’amour : « L’amour », dit l’apôtre, « croit tout, espère tout ». La foi rend présentes les choses qu’on espère ; l’espérance alimente la foi ; la foi est affermie par l’amour.

Cette solidarité est bien connue de Satan qui, en ennemi dangereux et rusé, dirige toujours ses attaques sur celle de ces « vertus » que nous surveillons habituellement le moins ou que nous avons peut-être momentanément négligée. Il sait qu’il suffit d’en faire tomber une pour entraîner la ruine des autres. Il réussit ainsi souvent à nous faire subir une défaite que sa haine contre Christ estime pouvoir être définitive. Ne pouvant plus, depuis la résurrection, s’attaquer directement à Christ, il cherche à ruiner les membres de son corps en rompant leur lien pratique avec la Tête. Tantôt donc il dirige son effort sur l’une de ces « vertus », tantôt sur l’autre.

Dans notre chapitre, nous le voyons se servir des persécutions pour chercher à ébranler la foi des Thessaloniciens. Dans la seconde épître, il se sert de la tribulation terrible que ces chrétiens traversaient, pour leur persuader que le jour du Seigneur était déjà arrivé et qu’il leur fallait abandonner leur espérance.

L’effort de l’Ennemi pour ébranler la foi des Thessaloniciens et le danger qui en résultait pour eux, causait de grandes appréhensions à l’apôtre. Pour accomplir plus facilement ses desseins, Satan avait réussi à empêcher Paul de se rendre à Thessalonique (2:18). Il ne nous est pas dit de quelle nature était cet empêchement, mais il nous suffit de savoir que cette manoeuvre réduisait Paul à l’inaction. Voyant le danger menaçant et « n’y tenant plus » (3:1), l’apôtre avait consenti à être laissé tout seul à Athènes et leur avait envoyé Timothée, afin de les affermir et de les encourager touchant leur foi (v. 2) ; mais, ayant supprimé Paul, Satan s’était mis incontinent à l’oeuvre pour « rendre vain son travail » dans le coeur des Thessaloniciens (v. 5). Il cherchait à les « tenter » en leur suggérant que leur foi, leur confiance en Dieu était vaine, puisqu’Il ne les sauvait pas de la tribulation. Cela devait réduire à néant, du même coup, la parole de Dieu que l’apôtre leur avait présentée et qu’ils avaient reçue par la foi. Mais Dieu les avait prémunis contre ce danger. Paul leur rappelle que, quand il était auprès d’eux, il leur avait dit d’avance qu’ils auraient à subir des tribulations ; ils pouvaient donc taxer de mensonges les insinuations de l’Adversaire. Dieu ne les abandonnait pas ; mais Il pourvoyait, en outre, à leur besoin pressant en leur envoyant Timothée, compagnon d’oeuvre de Paul, pour les affermir et les encourager quant à leur foi (v. 2). Sa mission accomplie, il revient apporter à l’apôtre « les bonnes nouvelles de leur foi » (v. 6) , et ainsi la foi des Thessaloniciens qui lui avait causé tant d’angoisses devient un sujet de consolation pour lui (v. 7).

Mais ce n’était pas seulement leur foi qui réconfortait l’apôtre, c’était aussi leur amour. Quand l’amour est intact, la foi ne court pas de dangers réels, car l’amour croit tout. Il y avait néanmoins quelques menaces sérieuses d’un côté et de l’autre ; aussi l’apôtre parle de ses prières constantes pour que Dieu le Père lui-même et le Seigneur Jésus lui frayassent le chemin auprès d’eux. Il sait que du moment que Dieu l’aura décidé, Satan ne sera plus capable de barrer sa route et qu’alors il pourra « suppléer à ce qui manque à leur foi », point faible par lequel l’Ennemi cherchait à les atteindre, et qu’il connaissait bien, étant toujours à l’affût pour surprendre le défaut de la cuirasse. Mais leur sauvegarde était l’amour : s’ils y surabondaient — et l’apôtre le demandait pour eux — leur foi résisterait victorieusement à toutes les attaques de l’Adversaire. Dans ce chap. 3, l’apôtre, en désirant l’accroissement de leur foi et de leur amour, dirige leurs pensées vers la venue de Christ où leur sainteté pratique sera pleinement réalisée. La foi, l’amour et l’espérance se retrouvent donc ici, quand il s’agit de leur marche, comme au chapitre 1, où il est question de leur activité. Nous les verrons reparaître au chap. 5, quand il sera question du combat chrétien.

Ne pensons pas, lorsque, par la grâce de Dieu, la vigilance et les prières de l’apôtre avaient réduit à néant les desseins de l’Ennemi, que ce dernier renonçât à ses attaques. Dans la seconde épître aux Thessaloniciens, nous le voyons, comme nous l’avons déjà dit, se tourner d’un autre côté et se servir d’une recrudescence de persécutions, pour détruire l’espérance des fidèles en cherchant à leur persuader que le jour du Seigneur est . S’ils avaient écouté cette suggestion, ils auraient renoncé à l’espérance de la venue du Seigneur pour enlever les saints, car elle devait, selon la Parole, précéder l’apparition du jour du Seigneur. Si le jour du Seigneur était là, leur attente aurait été une pure chimère et Satan aurait triomphé en leur ravissant l’objet même de leur espérance.

S’il échoue dans ses entreprises contre la foi et l’espérance chrétiennes, soyons certains qu’il s’attaquera à l’amour et, chose profondément humiliante, c’est ici que sa victoire a le plus de chances d’être décisive. Le retour de la prospérité extérieure, le calme succédant à l’orage, entraînent le chrétien inattentif sur la pente du monde et des choses qui s’y trouvent. Les conseils de Satan nous poussent à nous emparer de ces choses ; bientôt elles remplissent le coeur ; les affections pour Christ se refroidissent et que deviennent alors l’espérance et la foi ? Dans le temps actuel, l’abandon du premier amour a détruit l’espérance et la foi dans la chrétienté professante. La Parole, objet de la foi, est abandonnée, l’espérance est devenue lettre morte. Mais, grâce à Dieu, elle commence à renaître dans le coeur de plusieurs et marche de concert avec un renouvellement de foi dans les Saintes Écritures. Ce réveil nous prouve que la venue du Seigneur est proche.

9 - Chapitres 3:11 à 4:12 — Encore la marche

Nous sommes loin d’avoir épuisé le sujet de la marche chrétienne en montrant, comme nous l’avons fait l’autre jour, qu’elle est dirigée par les caractères de la vie divine que nous possédons, par nos relations avec Dieu et par nos privilèges. Le chapitre que nous venons de lire nous montre, en partie du moins, en quoi cette marche consiste. Mais permettez-moi une remarque préliminaire.

On a souvent fait ressortir que la première épître aux Thessaloniciens introduit dans toute notre conduite, pour la déterminer, la pensée de la venue personnelle du Seigneur. C’est ainsi qu’à la fin du deuxième chapitre, l’apôtre n’attend la récompense de son travail qu’à la venue du Seigneur Jésus ; alors seulement les Thessaloniciens seront manifestés comme la couronne de gloire de ce cher serviteur de Christ. Il attendait patiemment ce moment-là, car il peut nous arriver de travailler fidèlement pendant toute notre vie sans récolter ici-bas les fruits de notre travail pour le Seigneur ; mais que cela ne nous décourage pas. En travaillant pour notre Maître, nous n’avons pas à prétendre récolter actuellement du fruit : il pourrait sans doute nous être accordé, mais pourrait aussi manquer. L’un laboure, l’autre sème et plante, l’autre arrose : il faut du temps pour voir un accroissement ou une moisson. Il n’est pas dit que les plantes, arrosées de nos mains, réjouiront notre vue par beaucoup de fleurs ou de fruits. S’il convient au Seigneur de ne pas nous en faire voir, notre patience est exercée. En récoltant d’habitude les fruits de mon activité, mon faible coeur serait disposé à s’en glorifier et à s’y complaire, au lieu d’attendre la récolte à la venue du Seigneur Jésus.

À la fin du chap. 3:11-13, nous trouvons un autre aspect de sa venue. Ce passage offre quelque difficulté à plusieurs âmes, habituées à voir dans tous les chapitres de cette épître, la venue du Seigneur pour ravir les siens auprès de lui. Or ce n’est pas proprement le sujet à la fin de ce troisième chapitre. Il est vrai qu’il ne nous parle pas, comme la seconde épître, de son apparition (ou Épiphanie), car il nous présente sa venue (ou Parousie), mais avec tous ses saints, comme à son apparition. C’est une vérité pour ainsi dire intermédiaire entre le premier et le second acte de la venue du Seigneur. Dans ce passage, après nous avoir enlevés à sa rencontre, le Seigneur nous présentera tous ensemble avec Lui devant notre Dieu et Père. La raison de cette différence d’avec les autres passages de notre épître est simple. Ce passage-ci nous parle de notre responsabilité chrétienne qui n’est jamais en rapport avec la venue du Seigneur pour nous prendre auprès de Lui. D’autre part, le mot « son apparition », désignant le moment où il viendra en jugement avec tous ses saints, ne peut être employé ici parce qu’il ne s’agit pas de jugement, mais de paraître devant notre Dieu et Père pour y atteindre enfin le plein résultat d’une marche fidèle, accomplie dans l’amour. Ce n’est pas le moment où le Seigneur apparaîtra publiquement pour être glorifié et admiré dans tous ceux qui auront cru (2 Thess. 1:10). Dans le premier cas, Il les introduit devant le Père, dans le second devant le monde. Ici, l’apôtre demande pour les Thessaloniciens, que le Seigneur les fasse « abonder et surabonder en amour » comme lui, Paul, leur en avait donné l’exemple. Ils n’avaient pas besoin d’y être exhortés, car dès le début ils l’avaient prouvé par leur « travail d’amour », mais l’apôtre désirait que leur marche chrétienne fût caractérisée par une « surabondance » d’amour « les uns envers les autres », l’amour ardent entre les membres de la famille de Dieu étant la première chose qui les fasse reconnaître. Paul désirait, en outre, que cet amour abondât « envers tous » ; et lui-même, que l’amour de Christ pressait à porter au monde la bonne nouvelle du salut, leur avait aussi donné cet exemple. Il réalisait ainsi le caractère de son Maître qui, ayant aimé les siens, les aima jusqu’à la fin, et dont l’amour s’adressait à tous les pécheurs.

Cette manifestation de l’amour dans toute l’activité de leur conduite journalière devait « affermir leur coeur sans reproche, en sainteté ». La sainteté est la vraie séparation pour Dieu de toutes les choses qui pourraient entraver nos rapports avec Lui. Si l’amour, s’étant emparé du coeur, y est en plein exercice, le monde ne peut plus y trouver de place. L’apôtre ajoute : « sans reproche en sainteté ». Il regarde en avant vers le moment où cet état sera réalisé dans son entière perfection. S’il ne peut l’être maintenant, il le sera, non pas seulement individuellement, mais pour l’ensemble des saints quand le Seigneur les présentera « devant notre Dieu et Père ». Alors la sainteté parfaite, consécration absolue au Père et au Fils, sera pleinement manifestée ; alors tous seront absolument sans reproche ; alors tous seront capables de sonder l’amour parfait (voyez Éph. 5:27). Le premier chapitre de l’épître aux Éphésiens nous montre qu’ils étaient « élus en Christ, avant la fondation du monde, pour être saints et irréprochables devant Lui, en amour ». Tel sera, pour l’éternité, le résultat de notre élection : nous serons semblables à Christ. L’apôtre exhorte les Thessaloniciens à réaliser, déjà ici-bas, cette bénédiction dans la plus grande mesure. Il dit : « Pour affermir vos coeurs » ; non pas pour que vous soyez parfaits dans ce monde, mais pour que l’amour et la sainteté rayonnent de plus en plus dans votre vie chrétienne jusqu’au jour de la perfection. Dans notre passage, l’amour, en Jacq. 5:8, l’espérance, et en Col. 2:7, la foi, affermissent le coeur. Quand le Seigneur sera venu avec tous ses saints, une sainteté parfaitement en accord avec le caractère de Dieu sera manifestée pour les temps éternels. « Devant notre Dieu et Père » : Il s’agit de ce que le Père verra, et non le monde. L’apôtre désire que les chrétiens fassent des progrès continuels en Sa présence, en sorte qu’à la venue du Seigneur ils soient devant le Père dans leur perfection absolue, si incomplète qu’elle ait été jusqu’alors dans leur marche ici-bas.

Comme nous l’avons dit, il est beaucoup question de la marche dans cette épître, mais notez que toujours, dans l’Ancien aussi bien que dans le Nouveau Testament, les croyants fidèles sont caractérisés par elle. De fait la marche, étant la vie dans toutes ses manifestations extérieures, a beaucoup d’analogie avec la conduite, bien que cette dernière ait une acception peut-être plus large. La seule chose qui nous soit dite d’Énoch, c’est qu’il « marcha avec Dieu ». Ce mot suffit pour décrire toute sa vie. Énoch était en public, dans ce monde, un compagnon de Dieu, le reproduisant dans son caractère, ses pensées et sa volonté, et n’ayant pas une marche indépendante de Lui. Le prophète Michée décrit aussi cette marche : « Qu’est-ce que l’Éternel recherche de ta part, sinon que tu fasses ce qui est droit, que tu aimes la bonté, et que tu marches humblement avec ton Dieu ? » Dans ce passage, le premier caractère de cette marche est la droiture ; le second, un amour qui se nourrit de l’amour de Dieu ; le troisième, enfin, consiste à marcher humblement avec son Dieu. Absence d’égoïsme, défiance de soi, dépendance, tels sont les caractères de l’humilité. Il faut que notre marche montre la justice pratique et l’intégrité, l’amour et l’oubli de soi-même, qui ont été le caractère de Christ sur la terre.

Revenons au chapitre 4 de notre épître. C’est, comme nous l’avons vu au chap. 3:12, 13, l’amour qui est le caractère principal de l’activité chrétienne dans notre témoignage journalier. Ensuite vient la sainteté (3:13 ; 4:3, 4, 7, 8), la séparation de tout mal pour plaire à Dieu. Combien elle est importante en particulier pour les jeunes gens qui entrent dans la carrière chrétienne ! C’est pourquoi Paul disait à Timothée : « Fuis les convoitises de la jeunesse, et poursuis la justice, la foi, l’amour, la paix, avec ceux qui invoquent le Seigneur d’un coeur pur ».

Les moeurs d’alors étaient affreusement corrompues, chacun se livrait publiquement à ses convoitises et s’en glorifiait ; aujourd’hui la chrétienté, avec un peu plus de retenue, ne nous offre-t-elle pas un spectacle semblable ?

La sainteté se manifeste d’abord au sujet de nous-mêmes : « C’est ici la volonté de Dieu, votre sainteté, que vous vous absteniez de la fornication, que chacun de vous sache posséder son propre vase en sainteté et en honneur » (v. 3, 4). Elle se montre ensuite en rapport avec les liens conjugaux, « car Dieu ne nous a pas appelés à l’impureté, mais dans la sainteté » (v. 6, 7). Elle se montre enfin en rapport avec Dieu. « Il nous a donné son Esprit Saint » (v. 8). Cet Esprit nous sépare du mal ; pourrions-nous donc consentir à le contrister, Lui qui est venu faire sa demeure chez nous ? En 1 Pierre 1:14-16, nous trouvons les mêmes vérités quant à la sainteté de la marche chrétienne : « Ne vous conformant pas à vos convoitises d’autrefois pendant votre ignorance : mais comme Celui qui vous a appelés est saint, vous aussi soyez saints dans toute votre conduite ; parce qu’il est écrit : Soyez saints, car moi je suis saint » (1 Pierre 1:14-16).

Au v. 24, l’apôtre revient encore sur l’amour fraternel, tant ce caractère principal de la marche a d’importance. Ce n’était pas pour le leur prescrire, car « ils n’avaient pas besoin que l’apôtre leur en écrivît » (v. 9) , mais pour les engager à y abonder, car la marche chrétienne proprement dite implique un progrès continuel : « Vous-mêmes, vous êtes enseignés de Dieu à vous aimer l’un l’autre… mais nous vous exhortons, frères, à y abonder de plus en plus » (v. 9, 10).

Un dernier trait, l’activité et le travail journaliers, caractérise ici la marche chrétienne : « Nous vous exhortons… à vous appliquer à vivre paisiblement, à faire vos propres affaires et à travailler de vos propres mains, ainsi que nous vous l’avons ordonné, afin que vous marchiez honorablement envers ceux de dehors » (v. 11, 12). Cette recommandation n’est pas sans importance pour nous, car nous avons à nous demander si notre activité se développe en vue de nous-mêmes et du monde, ou pour Dieu et pour nos frères. L’apôtre appuyait son exhortation de son propre exemple. Faire des tentes était aussi bien pour lui l’activité d’amour que prêcher l’Évangile. La progression de cette vie paisible et honorable, occupée de ses propres affaires, astreinte à l’humble travail manuel, devait être un témoignage pour le monde lui-même, témoignage qui ne consistait pas seulement, comme au chap. 1, dans leur patience et leur foi au milieu de grandes tribulations, mais dans l’esprit doux et paisible de l’humble activité journalière.

La marche a donc lieu, dans ce chapitre, sous le regard de Dieu, en ce qui concerne les chrétiens eux-mêmes, ou leurs frères, ou le monde. Nous sommes cependant bien loin d’avoir épuisé ce sujet, car marcher c’est vivre, depuis le premier pas de la carrière chrétienne jusqu’à l’entrée dans le royaume éternel de notre Seigneur et Sauveur Jésus Christ.

Les v. 13 à 18 de notre chapitre nous ramènent au sujet capital de cette épître : la venue du Seigneur. Nous savons tous par coeur ce délicieux passage, mais chaque fois que nous y revenons, nous pouvons l’envisager sous quelque aspect nouveau. Si le Seigneur le permet, il fera donc le sujet de notre prochain entretien.

10 - Chapitre 4:13-18 — Rapport de la Résurrection avec la venue du Seigneur

En lisant cette épître on est frappé de voir combien de choses ces Thessaloniciens, encore jeunes dans la foi, savaient déjà, tout en devant être instruits sur un grand nombre d’autres. Pendant le court séjour de Paul au milieu d’eux, ils avaient reçu, par son ministère, une somme de précieuses vérités. Avec une vivacité de coeur qui doit nous frapper, nous d’habitude si endormis spirituellement, ils ne s’étaient pas contentés de l’évangile du salut et de la rédemption, mais, par la prédication de l’apôtre, leurs yeux, leurs pensées, leur espérance s’étaient attachés immédiatement à la personne de leur Sauveur. Je dis qu’ils savaient beaucoup de choses, car rien n’élargit notre connaissance comme une relation d’amour avec la personne de Christ. « Vous savez » est le mot de la certitude chrétienne et revient continuellement dans cette épître. Voyez 2:1, 5, 11 ; 3:3, 4 ; 4:2, 9, enfin 5:2, où Paul leur dit : « Vous savez vous-mêmes parfaitement que le jour du Seigneur vient comme un voleur dans la nuit ». Ce n’étaient pas pour eux des choses qu’ils croyaient parce qu’elles étaient généralement admises, mais des choses dont ils avaient, par la foi, une conviction profonde. La prédication de l’apôtre les avait familiarisés avec ces vérités, et ils les avaient parfaitement reçues, mais ils étaient ignorants sur d’autres points. On le voit déjà au chapitre 3:10, où Paul demande instamment de pouvoir « suppléer à ce qui manquait à leur foi ». Il y avait certaines lacunes dans leur connaissance. Le passage que nous venons de lire nous montre qu’une de ces lacunes se rapportait à la venue actuelle du Seigneur Jésus, venue qui occupait journellement le coeur des Thessaloniciens. Cette lacune dans leur foi, l’apôtre se hâte de la combler.

À ce propos, permettez-moi une remarque qui nous concerne tous : Nous possédons un certain fonds de vérités que nous avons peu vécues. Or les Thessaloniciens les vivaient dès le début de leur conversion ; elles étaient si actuelles pour eux, qu’ils en attendaient à chaque instant la réalisation. Ils avaient encore beaucoup de choses à apprendre sur ce sujet, mais ils attendaient des cieux le Seigneur Jésus. Toute leur vie avait cette vérité pour centre. Pour nous, s’il s’agit de cet événement, nous le connaissons fort bien, car nous possédons les révélations nouvelles que les Thessaloniciens n’avaient pas avant cette épître. Et cependant la venue du Seigneur a-t-elle pris dans nos coeurs une telle importance que nous puissions dire : Nous attendons le Seigneur d’un moment à l’autre ? Je me trompe : nous le disons, mais le vivons-nous ? Cette question, nous devons la résoudre par la négative. Il en résulte que, malgré une provision considérable de vérités, nous faisons peu ou point de progrès dans leur connaissance, peu ou point de découvertes nouvelles dans les trésors de la Parole à leur sujet. Les Thessaloniciens vivant ces vérités, Dieu prenait soin de les leur faire approfondir. Chers amis, cette constatation est très humiliante pour nous. Mais, je me hâte d’ajouter qu’au milieu de tant d’expériences affligeantes, Dieu a soin de nous encourager. Il suffit d’avoir quelques notions de ce qui se passe dans la chrétienté pour être frappé de voir dernièrement, je dis même tout dernièrement, la venue actuelle du Seigneur que, depuis plus de cent ans, nous proclamons avec si peu de vie et de puissance, devenir individuellement une réalité pour beaucoup d’âmes. Les circonstances tragiques que le monde traverse font réaliser que les temps de la fin sont proches. Les enfants de Dieu se réveillent. Nous pourrions dire l’année du siècle passé où « le cri de minuit » s’est fait entendre. La grande majorité des chrétiens n’y a pas répondu ; beaucoup ont combattu cette vérité et ceux qui auraient dû enseigner les autres ont souvent été les tristes instruments de l’Ennemi pour empêcher les âmes de l’entendre. Cependant — quelle bonté de notre Dieu ! — ce cri retentit encore. Il aurait semblé d’abord que, devant cette indifférence, le Seigneur allait venir et fixer ainsi pour toujours le sort d’une multitude d’âmes incrédules. Loin de là : avec la patience merveilleuse de l’amour, Dieu continue encore à faire entendre ce cri ; les échos le répètent. Aujourd’hui, beaucoup d’enfants de Dieu sentent que les saints devraient se rassembler pour attendre Jésus du ciel. Et nous qui, depuis longtemps, « savons » ces choses, ne devons-nous pas aller vers ces âmes pour leur confirmer que leur espérance est une réalité ? Attendons ensemble, leur dirons-nous, le Seigneur Jésus !

Une chose encore me frappe. Le Seigneur, au milieu de beaucoup de vérités, nous en a confié une de toute importance pour le témoignage actuel des chrétiens, celle de l’Église, corps de Christ, composée de tous les croyants, unis ensemble par le Saint Esprit avec leur Chef glorieux dans le ciel, ainsi que notre responsabilité de nous réunir ensemble autour de la table du Seigneur, pour témoigner de cette unité. Mais avons-nous vu que cette table devînt le centre du rassemblement de beaucoup d’enfants de Dieu ? À qui la faute ? Faisant un retour sur nous-mêmes, nous devons confesser ne pas avoir marché à la hauteur de ce que Dieu nous avait confié. Nous n’avons pas réussi, par ce témoignage, à réunir les enfants de Dieu et nous ne pouvons plus même espérer que cela ait jamais lieu. La pensée que le temps de cette réalisation pratique de l’unité est passé, m’humilie profondément. Ce témoignage, entre nos mains, a subi une ruine complète, ce qui, du reste, tout en nous condamnant, n’enlève pas un atome de sa valeur. Mais Dieu nous donne un autre moyen de rassembler les enfants de Dieu et ce moyen est la venue du Seigneur.

Je ne doute pas, nous le voyons dans ce passage, que peut-être aujourd’hui ou demain, pour quelques heures, ou pour un instant seulement, le Seigneur aura soin de rassembler ses élus, les yeux levés vers le ciel, attendant l’étoile du matin et disant ensemble : Amen, viens, Seigneur Jésus ! Nous n’aurons pas besoin de nous exhorter à nous réunir pour cela. Aussi je suis profondément réjoui de voir des ecclésiastiques dans cette ville réunir des âmes pour leur parler de la venue du Seigneur. Seulement, ne l’oublions pas, la Parole ne dit pas seulement : « Que celui qui entend dise : Viens ! » Elle dit d’abord : « L’Esprit et l’Épouse disent : Viens ! » L’attente du Seigneur est avant tout une espérance d’ensemble, l’espérance de l’Église au moment où paraît l’étoile brillante du matin, et l’Esprit qui a formé l’assemblée s’y associe, car il retournera avec l’Épouse au ciel, d’où il était personnellement descendu pour la former.

Contrairement à cette attente, il se fait, au jour actuel, un travail satanique dans le monde. Il a pour but la résurrection d’une confédération latine, régie par l’empire romain, la première Bête d’Apoc. 13, et l’appel à ce rassemblement est formulé de telle manière qu’on pourrait supposer que les hommes, d’ailleurs absolument incrédules, qui en sont les porte-voix ont étudié de près le prophète Daniel et l’Apocalypse. Ne pouvant voir que c’est Satan qui ressuscitera l’empire Romain, ils attendent une nouvelle ère de prospérité à la suite de cette restauration dont l’Italie sera le centre et Rome la capitale. Nous « savons » que cet événement ne peut avoir lieu qu’après la venue du Seigneur pour enlever ses élus, et lorsque Satan, précipité du ciel sur la terre, y aura formé cette fausse unité, l’ayant, lui, comme directeur, et l’Empereur romain avec l’Antichrist, comme chefs temporel et spirituel. Ces choses qui s’impriment et se propagent dans le monde nous montrent que les temps de la fin sont très proches. Dieu emploie ces aspirations parmi les peuples de l’Occident, pour nous réveiller. Nos coeurs à tous sont-ils attachés au Seigneur seul ? Dans ce cas, au lieu d’être préoccupés de ce qui se passe autour de nous, nous pousserons d’autant plus instamment le cri de l’Épouse : Viens ! Nous ne nous laisserons pas effrayer par les signes des temps, mais ils contribueront à nous attacher à un seul signe, le Seigneur Jésus venant nous ravir auprès de Lui, car la Parole nous montre souvent que le signe est sa personne elle-même.

Revenons maintenant à notre passage. Comme nous l’avons dit, les Thessaloniciens avaient largement réalisé, dès le début, la vérité de la venue du Seigneur, mais l’apôtre voulait ajouter ce qui, sous ce rapport, manquait à leur foi. « Nous ne voulons pas que vous soyez dans l’ignorance », leur dit-il. Une chose qu’ils ignoraient manquait encore à la vérité si précieuse qu’ils avaient reçue. Ils ne savaient pas qu’à la venue du Seigneur Jésus pour les transporter auprès de Lui, sans passer par la mort, tous ceux d’entre eux, et plus encore tous les saints de tous les âges qui s’étaient « endormis en Christ » , ressusciteraient, de manière à ne former avec eux qu’une seule compagnie. Leurs pensées au sujet de la résurrection ne dépassaient pas le niveau des notions juives qui ne connaissaient, selon la parole de Marthe, qu’une résurrection générale « au dernier jour ». Ils ne mettaient pas en doute le bonheur éternel de ceux d’entre eux qui s’étaient endormis, mais ils estimaient que ceux-là perdraient quelque chose et auraient peut-être à attendre longtemps le jour de la résurrection, tandis qu’eux, les vivants, seraient enlevés dans le ciel à la venue du Seigneur. Ils reçoivent dans cette épître la nouvelle consolante qu’ils ne devanceraient pas ceux qui dorment et que ce seraient au contraire ces derniers qui, dans le « clin d’oeil », les devanceraient. Ils apprennent ainsi une vérité nouvelle capable de remplir leur coeur de consolation.

Comme vous le savez, la venue du Seigneur se compose de deux actes, le premier, dans lequel Jésus enlève les saints à sa rencontre ; le deuxième, dans lequel il revient avec les saints. C’est à ce second acte que l’apôtre fait allusion quand il dit : « Si nous croyons que Jésus mourut et qu’il est ressuscité, de même aussi, avec lui, Dieu amènera ceux qui se sont endormis par Jésus » (v. 14). Telle sera la part de ceux qui se sont endormis. Mais, dans une parenthèse comprise entre les versets 15 et 18, l’apôtre nous apprend que ces ressuscités auront d’abord partagé l’heureux sort des vivants au premier acte de la venue du Seigneur. Ils seront donc tous ensemble, transmués et ressuscités, quand Dieu les amènera avec Jésus, au jour où le Seigneur viendra avec tous ses saints pour juger les nations et manifester sa gloire dans ceux qui auront cru. Cela vous explique la raison de la parenthèse introduite dans notre version entre le 15° et le 18° verset. Le chapitre 5 se relie directement au verset 14 du chapitre 4.

Le premier acte de la venue du Seigneur consiste, ce que les Thessaloniciens apprenaient pour la première fois, en deux événements : la résurrection des saints endormis et la transmutation des saints vivants. Le second acte de sa venue comprend également deux événements : le jugement des vivants et la glorification de Christ dans ses saints. Le premier acte est sa venue en grâce et en puissance, car il faut de la puissance pour « engloutir la mort en victoire » , mais il est le triomphe de la grâce, de rien autre que de la grâce. La question de notre responsabilité n’y sera pas soulevée, mais, comme nous l’avons vu, elle le sera quand le Seigneur, ayant enlevé ses saints, les introduira dans la gloire. La présentation de l’Épouse, les noces de l’Agneau, la maison du Père, le tribunal de Christ, que j’appelle « les promotions célestes », tout cela est mentionné en d’autres passages. Notre chapitre, quand il traite du résultat de la venue de Christ, n’a qu’une parole : « Nous serons toujours avec le Seigneur ». Cela suffisait au coeur des Thessaloniciens dont toute la vie chrétienne se concentrait sur « notre Seigneur Jésus Christ ». Cette parole suffit-elle à nos coeurs ?

Je le répète ; nous trouvons ici la pure grâce en puissance. Vous pouvez avoir tristement marché, déshonoré le Seigneur dans votre conduite — et combien d’entre nous doivent avouer cela à leur confusion — rien ne viendra troubler la grâce ineffable de sa venue. Le cri de commandement, la voix de l’archange, la trompette de Dieu, n’effrayeront pas plus les saints vivants que les saints endormis. Les couronnes, récompense de leur fidélité (ou, pensée infiniment solennelle, leur perte, suite de notre infidélité), ne seront pas distribuées dans ce moment-là, qui ne sera la constatation que de la grâce. C’est qu’il ne s’agira, lors de cet événement, ni de notre amour pour Christ, ni de notre conduite, mais de son amour à Lui pour nous. C’est son amour qui a payé notre dette et nous a rachetés par la mort de la croix, son amour qui veut nous faire partager sa gloire. Il veut avoir un résultat sans mélange de son oeuvre. Comment balancerait-il, en ce moment-là, sa grâce avec sa justice, quand, pour nous sauver, les deux se sont entrebaisées. Il veut avoir ses bien-aimés selon le désir de sa grâce, selon son attente patiente à lui-même pour posséder enfin son trésor. Un trésor ! Quelle est donc la valeur que nous avons pour Christ ? En avons-nous une quelconque en nous-mêmes ? Non certes ; mais nous avons à ses yeux la valeur que nous donnait son amour quand il a laissé sa vie pour nous posséder, la valeur que son amour continue à nous donner, puisqu’il veut nous faire partager sa propre gloire ! Nous avons, aux yeux de Christ, la valeur du prix payé pour nous avoir, la valeur de l’oeuvre par laquelle il nous rendra dignes de Lui pour l’éternité, la valeur des soins incessants que prend son amour pour se présenter son Épouse sainte et irréprochable. Le grand apôtre des Gentils s’estimait lui-même « moins que rien », mais il estimait immense le prix que le Seigneur avait payé pour l’avoir et se réjouissait à la pensée qu’Il serait enfin satisfait de posséder le fruit du travail de son âme. Le premier acte de sa venue a donc la grâce comme caractère et comme résultat.

La justice sera le caractère et le résultat de son apparition, second acte de sa venue. Comme la grâce, cette justice sera manifestée en puissance en donnant le repos de la gloire aux témoins de Christ et en exécutant avec eux le jugement sur le monde qui les a fait souffrir. Ce second acte est une nécessité, car, sans lui, le caractère du Saint et du Juste ne serait pas mis en pleine lumière. Il faut qu’Il se glorifie par le jugement après s’être glorifié par la grâce. Ceux qui auront repoussé la gloire de sa grâce devront se courber sous sa gloire en jugement.

Et maintenant, Dieu veuille que ce passage si familier ne s’adresse plus à notre mémoire, mais à notre coeur, en sorte que le mot : « Viens » soit pour nous une réalité !

L’apôtre voulait que les Thessaloniciens ne fussent pas affligés « comme les autres ». Le monde n’aime pas beaucoup être appelé « les autres », terme répété deux fois dans ces chapitres (4:13 et 5:6). Il voudrait qu’on ne fît pas une différence si tranchée entre ce qui est de Christ et ce qui n’est pas de Lui. Quant à nous, le Seigneur veut nous faire comprendre que nous avons été mis à part du monde, de ceux qui appartiennent à la nuit et aux ténèbres — et que nous sommes, par grâce, des fils de ce jour du Seigneur qui va se lever après l’Étoile du matin, jour où le soleil de justice paraîtra dans le ciel, où les saints resplendiront eux-mêmes comme le soleil dans le royaume de leur Père.

Mais ce que nous attendons, c’est la douce et fraîche lumière de l’Étoile du matin. Le voyageur qui a vu se lever cette étoile, précurseur de l’aube, quand déjà le milieu de la nuit est dépassé, ne peut en oublier l’éclat qui illumine l’horizon tout entier. Quand Jésus viendra, ce sera la pleine manifestation de sa grâce dans sa beauté et dans ses résultats éternels !

11 - Chapitre 5:1, 2 — le jour du Seigneur

Les grâces apportées aux enfants de Dieu par la venue du Seigneur Jésus se résument, à la fin du chapitre 4, en six mots qui comprennent l’ensemble de nos bénédictions éternelles : « Nous serons toujours avec le Seigneur ! » Ces paroles sont le moyen efficace de consoler, d’encourager nos âmes au milieu des difficultés de l’heure présente.

Nous trouvons, au chapitre 5, le contraste entre le jour du Seigneur et Sa venue pour enlever les saints, sujet de la parenthèse du chapitre 4. Ce dernier chapitre nous avait enseigné, comme nous l’avons vu, que Dieu amènerait avec Christ les saints endormis (v. 14) et avait montré, dans une parenthèse, qu’ils seraient auparavant enlevés avec les saints vivants à la rencontre du Seigneur. Le chapitre 5 nous apprend que le second acte de Sa venue ne consistera pas seulement en son apparition, aux yeux de tous, avec les saints, mais sera le jour du Seigneur pour le monde. Ce second acte, l’apparition du Seigneur avec les siens et le jugement des nations est, du reste, plus spécialement le sujet de la seconde épître. Quoique ces deux actes, la venue et l’apparition, soient séparés par un certain espace de temps, ils sont mentionnés comme faisant partie d’un même événement ; aussi l’espérance du chrétien n’est-elle pas limitée à la venue du Seigneur pour enlever les siens ; elle comprend aussi son apparition pour rétribuer au monde sa conduite envers les saints qu’il a méconnus et persécutés, et pour récompenser par des couronnes la fidélité de ses bien-aimés.

Le chapitre 5 nous annonce donc le sort du monde dans le jour du Seigneur, en contraste avec notre sort dans ce jour-là : « Mais pour ce qui est des temps et des saisons, frères, vous n’avez pas besoin qu’on vous en écrive ; car vous savez vous-mêmes parfaitement que le jour du Seigneur vient comme un voleur dans la nuit » (v. 1, 2). Vous trouvez au chapitre 1 des Actes l’explication du terme : « les temps et les saisons ». Les disciples réunis y demandent à Jésus ressuscité : « Seigneur, est-ce en ce temps-ci que tu rétablis le royaume pour Israël ? » (v. 6). Ils pensaient que le moment de son apparition était arrivé et qu’Il allait rétablir le royaume pour son peuple. Jésus leur répond : « Ce n’est pas à vous de connaître les temps ou les saisons que le Père a réservés à sa propre autorité » (v. 7). Ils avaient une autre chose à attendre : la descente du Saint Esprit pour former l’Assemblée en unité. Les temps et les saisons sont la période où les jugements du Seigneur s’exerceront sur le monde, afin d’établir son royaume glorieux sur la terre.

Au sujet des temps et des saisons, les Thessaloniciens savaient parfaitement comment viendrait le jour du Seigneur, appelé aussi le jour du Fils de l’homme (Luc 12:39) pour le monde, car la Parole nous dit qu’il vient « comme un voleur dans la nuit » et si subitement que les hommes, plongés dans un sommeil profond, ne pourront échapper à leur sort (Matt. 24:43 ; 2 Pierre 3:10 ; Apoc. 3:3). « Quand ils diront : Paix et sûreté, alors une subite destruction viendra sur eux, comme les douleurs sur celle qui est enceinte, et ils n’échapperont point » (v. 3). Ce jour ne peut nous atteindre : « Ne crains pas », est-il dit, « la frayeur subite, ni la ruine des méchants quand elle surviendra ; car l’Éternel sera ta confiance, et il gardera ton pied d’être pris » (Prov. 3:25, 26). Nous serons comme Noé dans l’arche (Luc 17:26, 27), mais eux, au moment où il leur semblera que la terre est enfin en sécurité, seront détruits. Les Thessaloniciens savaient parfaitement que les temps et les saisons sont en rapport avec les jugements du monde, et l’établissement d’un royaume terrestre, tandis que les saints ont leur part en haut, hors des saisons et des temps. C’est pourquoi ils attendaient continuellement l’Étoile du matin, s’en remettant à Dieu pour déterminer la venue du jour du Seigneur, quoiqu’ils y fussent directement intéressés, car il était le jour de leur manifestation avec Christ. Aussi pouvaient-ils « aimer son apparition » (2 Tim. 4:8) , « sa révélation » (1 Cor. 1:7) et relier dans leurs pensées « la bienheureuse espérance » avec « l’apparition de la gloire de notre grand Dieu et Sauveur Jésus Christ » (Tite 2:13).

11 - Chapitre 5:4-11 — le jour du Seigneur

L’apôtre part de là pour établir un contraste absolu entre ceux qui sont du monde et ceux qui appartiennent au Seigneur (v. 4-11). Il saisit cette occasion pour adresser une exhortation solennelle à ses chers Thessaloniciens, exhortation qui nous concerne tout autant qu’eux. Le caractère chrétien est, dans son essence, absolument l’opposé de celui du monde : « Mais vous, frères, vous n’êtes pas dans les ténèbres, en sorte que le jour vous surprenne comme un voleur ; car vous êtes tous des fils de la lumière et des fils du jour ; nous ne sommes pas de la nuit ni des ténèbres » (v. 4, 5). Remarquez ce mot : « Vous êtes tous », s’adressant à des chrétiens. Il en est de fidèles, de misérables, d’autres qui se laissent gagner par les choses de la terre, mais l’apôtre dit à tous : Vous êtes des fils de la lumière et du jour ; vous avez été engendrés par eux ; c’est là ce qui vous caractérise ; que vous le sachiez ou non, que vous en jouissiez ou non, le fait existe ; pas un croyant n’est exclu de cette catégorie. L’apôtre ajoute : « Nous » (vous et moi qui vous parle) « ne sommes pas de la nuit ni des ténèbres ». Le monde est plongé, loin de Dieu, dans les ténèbres morales et cela est cause qu’il n’a ni prévision, ni force pour échapper au jugement quand il se présentera. Il est semblable à l’homme qui dort au lieu de garder sa maison : le voleur, le jour du Seigneur, vient, y pénètre en un instant, dérobe et détruit tout. Ceux qui sont de la nuit et des ténèbres ont deux caractères inséparables : ils dorment et s’enivrent. Le sommeil des hommes les rend étrangers aux choses de Dieu, tout occupés qu’ils sont de vaines rêveries et incapables de jouir des réalités divines. Ils s’enivrent, envahis par les convoitises terrestres. Satan leur présente une foule de choses qui leur font perdre un sain jugement. Ce n’est pas seulement le vin, mais la convoitise des richesses, des jouissances, souvent les plus abjectes, du succès, les satisfactions d’amour-propre ; ces choses empêchent l’homme de veiller et lui cachent le danger imminent du jour du Seigneur. Comment des coeurs abreuvés à ces sources d’ivresse, pourraient-ils l’attendre ? Au contraire, ils font tout pour se cacher cette éventualité.

Mais, ne l’oublions pas, nous qui sommes du jour, nous avons aussi un urgent besoin d’être exhortés. L’apôtre ne nous dit pas : « Nous ne dormons pas et nous ne nous enivrons pas » ; il dit : « Ne dormons pas, comme les autres ». Prenons garde ! « Veillons et soyons sobres » ; cela seul appartient à notre caractère de « fils du jour ». « Revêtant la cuirasse de la foi et de l’amour, et, pour casque, l’espérance du salut ! » (v. 8).

Nous avons donc un combat à livrer, une victoire à remporter. Pour combattre, il faut être sobre et ne pas dormir ; mais en outre il faut être armé. Comment, sans armure, résister aux embûches du prince des ténèbres ? Nous n’avons pas ici le combat d’Éphésiens 6 où le chrétien revêt l’armure complète de Dieu, afin de remporter la victoire sur les puissances spirituelles de méchanceté dans les lieux célestes. Ici le combat est plus simple, pour ainsi dire ; il ne s’agit que de résister aux convoitises que Satan présente à nos coeurs pour nous faire perdre l’attente du Seigneur et nous assimiler au monde. Aussi nous n’avons besoin que de deux pièces d’armure défensive, la cuirasse et le casque. Elles ont le même nom que les « vertus » des chapitres 1 et 3. Ici l’apôtre exhorte les chrétiens, non pas, comme précédemment, à user de ces vertus en vue de porter du fruit dans leur service et dans leur marche, mais en vue de résister aux efforts de l’ennemi qui cherche à nous ravir notre espérance. Pour nous vaincre et nous détourner de Christ, Satan peut atteindre soit notre coeur, soit notre tête. Le coeur est le siège des affections et peut être blessé mortellement, aussi nous faut-il, pour le garantir, une cuirasse, celle de la foi et de l’amour. La foi, la vue de l’âme, ne reconnaît qu’un seul objet, Christ ; l’amour nous attache à Christ avec la conscience que nous sommes aimés de Lui. La foi nous donne un objet ; l’amour, le fait habiter dans nos coeurs. Tous les traits de l’Ennemi s’émoussent et tombent à terre devant de telles réalités. Comment le monde s’emparerait-il d’un coeur qui trouve son aliment dans la foi et dans l’amour ? Oui, l’amour de Christ, réalisé par la foi, est la vraie cuirasse qui empêche nos coeurs de se livrer aux séductions du monde.

Mais l’Ennemi vise aussi notre tête, le siège de nos pensées pour les détourner de leur objet qui est la personne de Christ. Afin de garantir nos pensées de l’égarement, il nous faut porter, comme casque, l’espérance du salut. En nous préservant des « choses qui sont sur la terre », étrangères au salut que nous allons atteindre, nous pourrons résister à Satan. Le salut qui est devant nous et dont parle ce passage, est aussi assuré que celui qui est derrière nous (Éph. 2:5 ; 2 Tim. 1:9 ; Tite 3:5) ; il nous sera donné à la venue du Seigneur, comme le couronnement de notre espérance ; il est le bout de la course, il est la gloire ! Pour arriver à la gloire, maintenons dans son intégrité l’espérance du salut. Nous ne pouvons y entrer que par la venue du Seigneur. Veillons donc, soyons sobres, et revêtons les deux pièces de notre armure. Ce que l’apôtre désirait pour ses chers Thessaloniciens doit être notre désir à tous.

Tandis que le monde est destiné à la colère, Dieu a destiné les siens « à l’acquisition du salut par notre Seigneur Jésus Christ, qui est mort pour nous, afin que, soit que nous veillions, soit que nous dormions, nous vivions ensemble avec Lui ». C’est pour nous qu’il est mort, et son but, en mourant, est que nous soyons avec lui — saints endormis et saints qui veillent encore dans la nuit — jouissant tous ensemble de la vie éternelle dans l’état complet, non plus dans l’état imparfait d’âmes séparées du corps ou d’êtres qui, présents dans le corps, ont encore besoin de veiller. Nos jouissances éternelles sont condensées dans un seul mot : « Avec lui ».

12 - Chapitre 5:12-28 — Conduite dans l’Assemblée

Après avoir encouragé les Thessaloniciens à s’exhorter et à s’édifier l’un l’autre au sujet de leur espérance, ce que du reste ils faisaient « chacun en particulier », l’apôtre traite à la fin de ce chapitre de leur conduite dans l’Assemblée. L’amour et la paix doivent caractériser cette conduite (v. 13) mais elle a des objets divers : Il s’agit, en premier lieu, de nos sentiments à l’égard des frères dont l’activité s’exerce dans l’Assemblée (v. 12, 13) ; en second lieu de nos rapports les uns avec les autres (v. 14, 15) ; en troisième de notre conduite personnelle (v. 16-18) ; en quatrième, de notre attitude à l’égard des manifestations de l’Esprit dans l’Assemblée (v. 19-22).

Dans les v. 12 à 15, il n’est pas fait mention de dons proprement dits, mais du travail assidu et de la surveillance exercée par quelques-uns dans l’Assemblée, ainsi que de l’activité spirituelle de tous. Cela tenait sans doute au fait que ces jeunes enfants dans la foi se trouvaient exclusivement sous l’action directe du ministère apostolique au milieu d’eux ; cependant ces recommandations sont particulièrement importantes pour nous, car nous sommes en un temps où, par suite de l’infidélité générale de l’Église, les dons de l’Esprit sont devenus rares et, pour la plus grande partie, sortis de la place qu’ils devraient occuper. Ce passage a d’autant plus de valeur pour nous, que nous assistons ici au fonctionnement d’une assemblée modèle au début de sa formation, d’une assemblée qui croît d’une manière normale et régulière par les relations des membres les uns avec les autres. Il nous est donc très précieux d’apprendre que ce bon état peut se développer en dehors de l’exercice des dons.

Reprenons en détail les différents points contenus dans ces versets.

Verset 12, 13. Les Thessaloniciens avaient d’abord à connaître ceux qui travaillaient parmi eux, à ne pas ignorer leur utilité pour l’assemblée, ni l’importance de ceux qui, dans le Seigneur, étaient à la tête du troupeau. Il n’y avait chez ces derniers aucune prétention à l’autorité ; leur importance comme conducteurs était déterminée par le Seigneur. Ils n’étaient pas institués dans cette fonction ; cependant leur service ne devait être ni négligé, ni combattu. Le Seigneur leur avait donné une place spéciale qui n’était pas la part de tous et leur zèle et leur travail au milieu des saints confirmaient leur mission. C’était un mal positif de l’ignorer. -- Un frère, sans don spécial, peut être un excellent conducteur et cette fonction est parfois dévolue à ceux qui, tout en « tenant la première place parmi les frères » (Actes 15:22) , ne sont pas des dons de l’Esprit à l’Assemblée. Être à la tête, c’est être capable d’avertir. Celui qui conduit le troupeau doit pouvoir mettre les brebis en garde contre les dangers et les pièges que le berger connaît et que les brebis ignorent. Il faut estimer de tels hommes très haut en amour à cause de leur oeuvre. L’amour sait toujours apprécier la valeur des autres. L’esprit qui consiste à vouloir réduire au niveau commun ceux dont la sagesse dirige le troupeau, n’est certes ni l’amour, ni la reconnaissance. Les obstacles que la jalousie oppose aux conducteurs pourraient les plonger dans le découragement et, ce qui serait plus grave, s’ils n’étaient pas fortifiés dans la foi, les engager à abandonner leur travail et la direction que le Seigneur leur a confiée. Il faut, et cela nous incombe à tous, que les coeurs des frères qui se dévouent pour l’assemblée, sentent la chaleur d’amour et le respect dont ils sont entourés. Y manquer serait nuire à la bonne marche de tous. L’apôtre ajoute : « Soyez en paix entre vous ». Ne pas reconnaître, ou plutôt ignorer cet ordre moral établi de Dieu dans l’Assemblée, conduit à des contestations et trouble la paix et le bon accord qui doivent régner parmi les frères.

Versets 14, 15. L’apôtre les avait « priés » d’observer le premier point ; il les « exhorte » quant au second : nos rapports les uns avec les autres. La bonne marche de l’assemblée dépend non seulement du dévouement de quelques-uns, mais de la collaboration et du vrai zèle de tous pour le Seigneur. Ils avaient avant tout à avertir ceux qui, parmi eux marchaient dans le désordre (cf. 2 Thess. 3:11) ; à consoler ceux qui perdaient courage (3:3) à cause des tribulations ; à venir en aide aux faibles au lieu d’user envers eux d’une sévérité propre à arrêter leur marche déjà chancelante ; enfin à user de patience envers tous. Combien facilement nous oublions ce mot : « envers tous » ! On rencontre dans l’assemblée des frères ayant de graves défauts, et dont le caractère les rend difficiles à vivre, qui s’opposent souvent à ce qui semble devoir être fait pour le Seigneur et pour le bien de l’assemblée… Qu’avons-nous à faire dans ce cas ? À les supporter, à user de patience. La patience est d’autant plus facile à exercer que tout chrétien spirituel sait qu’elle n’est pas d’un seul côté quand il s’agit de ses rapports avec ses frères. « Envers tous ! » J’entends dire : Ma patience est à bout ! Je réponds : C’est que tu n’as pas réalisé cette parole ! Combien nous devrions chercher à nous appliquer constamment ces exhortations, et quels fruits elles porteraient dans la vie de l’Assemblée ! C’est ainsi que nous pouvons contribuer à sa prospérité spirituelle. Au verset 15 nous avons à veiller sur ceux qui se montrent vindicatifs dans leurs rapports avec leurs frères et avec le monde et cherchent à leur rendre du mal pour leurs mauvais procédés. Donnons-leur nous-mêmes l’exemple en poursuivant toujours le bien soit entre frères, soit à l’égard de tous les hommes.

Versets 16-18. L’apôtre passe maintenant à leur conduite personnelle. « Réjouissez-vous toujours ». C’est aussi ce que l’épître aux Philippiens recommande. Toujours ! direz-vous. J’ai tant de choses qui me pèsent, tant de pertes et de deuils, tant de craintes et de soucis… comment me réjouirais-je ? — Mais que faisait-il, Lui, notre Modèle ? Au milieu des douleurs (et quelles douleurs furent semblables aux siennes !) il disait à ses disciples : « Je vous ai dit ces choses, afin que ma joie soit en vous, et que votre joie soit accomplie » (Jean 15:11) « Et personne », dit-il encore, « ne vous ôte votre joie » (16:22). Il n’y eut qu’un seul moment de sa carrière, où pour nous sauver il lui fallut être « saisi de tristesse jusqu’à la mort », mais, à part ce moment-là, sa vie douloureuse était remplie d’une joie parfaite dans la communion avec son Père, et il voulait que ses disciples la partageassent avec Lui.

« Priez sans cesse ». Notre vie devrait être une prière continuelle, non pas que cette dernière constitue nécessairement un arrêt dans nos occupations. Pour prier, il n’est pas besoin de beaucoup de paroles. Parfois c’est un seul mot : « Vois, Écoute, Aide », ou tel autre ; d’autres fois la nuit tout entière se passe à prier.

« En toutes choses rendez grâces, car telle est la volonté de Dieu dans le Christ Jésus à votre égard ». Il y a des choses, dites-vous, pour lesquelles je ne puis rendre grâces ; tels sont les châtiments, la discipline, les chagrins, les douleurs, les deuils qui m’accablent. Mais l’apôtre nous donne ici la raison de nos actions de grâces : « Telle est la volonté de Dieu en Jésus Christ à notre égard ». Or cette volonté de Dieu est bonne, agréable et parfaite. Je puis ne pas la comprendre, mais je rends grâces avec la certitude que c’est la volonté de l’amour parfait manifesté en Christ envers moi.

Les versets 19-22 nous parlent de nos devoirs à l’égard des manifestations spirituelles dans l’Assemblée.

« N’éteignez pas l’Esprit ». C’est une recommandation très importante, et souvent contredite dans la pratique. Il arrive dans les assemblées qu’un jeune frère, après avoir résisté longtemps à l’appel du Saint Esprit, après avoir fait preuve de mainte hésitation, est enfin contraint de rendre grâces. Il le fait peut-être d’une manière faible et incomplète, manquant encore de confiance en la direction du Saint Esprit, préoccupé de lui-même au lieu de penser au Seigneur. Nous qui assistons à cette victoire de l’Esprit, en lutte avec la chair, ne l’éteignons pas. Les forts ont à supporter l’infirmité des faibles et ainsi se produiront chez plusieurs dans l’assemblée des progrès qui peuvent conduire à l’exercice d’un don spirituel véritable.

« Ne méprisez pas les prophéties, mais éprouvez toutes choses ». Les prophéties, les révélations de l’Esprit de Dieu dans l’Assemblée ne devaient pas être méprisées. La prophétie est ici, comme en 1 Cor. 14, cette action de l’Esprit, par laquelle, en dehors des révélations habituelles de la Parole, les âmes sont mises en communication avec les pensées de Dieu. Seulement toutes ces révélations doivent être éprouvées et contrôlées, comme le furent jadis les paroles de Paul à Bérée, par la vérité des Écritures, afin de savoir si elles proviennent réellement de l’Esprit de Dieu. De là cette recommandation : « mais éprouvez toutes choses ».

Nous trouvons ensuite une autre parole : « Retenez ce qui est bon ». Des milliers de chrétiens citent mal ce passage. Ils prétendent pouvoir assister aux prédications les plus mauvaises en n’y prenant que les choses bonnes qu’elles peuvent contenir. La Parole ne nous dit rien de semblable, mais condamne de la manière la plus positive une telle attitude. Il y a une solidarité avec le mal dont ces chrétiens s’estiment déchargés, mais dont Dieu ne les décharge pas. « Retenez ce qui est bon », nous dit l’apôtre, et il ajoute : Abstenez-vous de toute forme de mal » (v. 22). Je ne dois pas sanctionner le rationalisme, la libre pensée, l’incrédulité moderne, par ma présence, et je ne puis me rendre partout, sous prétexte d’y « chercher mon édification ». Le bien pêché dans les eaux troubles du rationalisme en rapporte nécessairement l’odeur et la saveur. Si je dois retenir soigneusement ce qui est bon, je dois m’abstenir de quelque forme que ce soit que revête le mal. Qu’est-ce donc que ce qui est bon ? C’est la parole de Dieu, la Parole tout entière, telle que Dieu nous l’a donnée. Tel est notre devoir jusqu’au bout de notre carrière. Ne nous laissons rien enlever de cette Parole toute-puissante qui fait notre force, notre joie, qui nourrit notre vie et la développe. Fourbissons chaque jour soigneusement la seule épée avec laquelle nous puissions vaincre l’Ennemi. Il ne peut tenir devant les coups de l’épée à deux tranchants !

L’apôtre dit en terminant : « Or le Dieu de paix lui-même vous sanctifie entièrement ; et que votre esprit, et votre âme, et votre corps tout entiers, soient conservés sans reproche en la venue de notre Seigneur Jésus Christ » (v. 23). Son désir final est que chez eux, comme le dit un autre, « l’homme dans toutes les parties de son être : le vase par lequel il exprime ce qu’il est, les affections naturelles de son âme, ainsi que la partie la plus élevée de sa nature, savoir son esprit par lequel il est au-dessus des animaux et en relation intelligente avec Dieu », soit entièrement sanctifié, en sorte qu’il réponde à la nature de Celui qui nous a été révélé comme le Dieu de paix. L’apôtre ne désire pas pour les Thessaloniciens une sanctification pratique partielle, mais une mise à part de l’être tout entier pour Dieu, en sorte que Jésus, à sa venue, nous trouve sans reproche. Quel désir élevé pour les saints, que celui-là ! Oui, que notre sainteté pratique corresponde à notre espérance en cette venue prochaine de notre bien-aimé Sauveur, où il se présentera son Épouse sainte, irréprochable et sans défaut ! Mais comment, infirmes et faibles que nous sommes, réaliserons-nous jamais une telle séparation ? Écoutez la réponse : « Celui qui vous appelle est fidèle, qui aussi le fera ! » (v. 24).