Notes sur le Livre du Deutéronome

Cinquième livre de Moise

par Charles Henry Mackintosh


« Des choses nouvelles et des choses vieilles ».


Table des matières :


1 - Préface

2 - Introduction

3 - Chapitre 1

4 - Chapitre 2

5 - Chapitre 3

6 - Chapitre 4

7 - Chapitre 5

8 - Chapitre 6

9 - Chapitre 7

10 - Chapitre 8

11 - Chapitre 9

12 - Chapitre 10

13 - Chapitre 11

14 - Chapitre 12

15 - Chapitre 13

16 - Chapitre 14

17 - Chapitre 15

18 - Chapitre 16

19 - Chapitre 17

20 - Chapitre 18

21 - Chapitre 19

22 - Chapitre 20

23 - Chapitre 21

24 - Chapitres 22-25

25 - Chapitre 26

26 - Chapitre 27

27 - Chapitre 28

28 - Chapitre 29

29 - Chapitre 30

30 - Chapitre 31

31 - Chapitre 32

32 - Chapitre 33

33 - Chapitre 34


Éternel ! ta parole est établie à toujours dans les cieux (Ps. 119:89)


J’ai caché ta parole dans mon cœur, afin que je ne pèche pas contre toi (Ps. 119:11)


1 - Préface

On ne saurait donner trop de valeur et d’importance à la parole de Dieu dans le moment actuel. On en attaque l’autorité et l’intégrité de tous côtés et de toute espèce de manières. « Si les fondements sont détruits, que fera le juste ? » (Psaume 11:3).

Les pensées et les principes de l’incrédulité ne sont plus limités à quelques esprits spéculateurs, comme c’était le cas il y a cinquante ans, mais ils sont maintenant adoptés par un grand nombre de ceux qui devraient être les fidèles gardiens du christianisme et les défenseurs de la Bible, en tant que révélée de Dieu.

De cette manière une multitude d’âmes simples sont induites en erreur. Si le discours que l’on vient d’entendre a été agréable à l’oreille, les auditeurs sont satisfaits, et la conscience n’étant pas mise en activité, peu de personnes songent à le juger d’après la parole de Dieu.

Mais quelle sera, en présence de l’éternité, la condition d’âmes immortelles, sous un tel ministère ? Sur qui repose le poids de la responsabilité ? De belles théories ne réveilleront jamais une âme endormie dans le péché. Il faut que le pécheur perdu soit mis en présence de la simple parole de Dieu et des réalités solennelles de l’éternité. Là tout est clair, positif et absolu : « La parole du Seigneur demeure éternellement » (1 Pierre 1:25).

Le livre du Deutéronome est bien propre à contre-balancer le relâchement et le vague de l’enseignement de nos jours. Le législateur juif y met avec instance les paroles de l’Éternel sur le cœur d’Israël. Ce n’est pas un livre de cérémonies, mais d’exhortations au peuple, à garder les commandements, les statuts et les jugements de l’Éternel.

Une obéissance et une soumission implicite à la volonté révélée de Dieu sont, en tout temps, le premier devoir de l’homme. Moïse parle aux enfants d’Israël comme un père ; il les exhorte de la manière la plus tendre et la plus touchante. « Et maintenant », leur dit-il, « écoutez les statuts et les ordonnances que je vous enseigne… Vous n’ajouterez rien à la parole que je vous commande, et vous n’en retrancherez rien, afin de garder les commandements de l’Éternel, votre Dieu, que je vous commande ». Et encore « Tu les lieras comme un signe sur ta main, et elles te seront pour fronteau entre les yeux, et tu les écriras sur les poteaux de ta maison et sur tes portes » (Deut. 4:1, 2 ; 6:8, 9).

La prospérité du peuple, individuellement et comme nation, dépendait de leur fidèle observance de ces lois si souvent répétées. Les négliger, c’était attirer sur eux le déplaisir et les châtiments du Dieu d’Israël.

Le lecteur trouvera dans ces pages l’ample développement et l’application pratique de ces diverses exhortations et de ces avertissements.

L’auteur ne s’est pas borné à ce qu’enseigne le Deutéronome, mais il a développé ce qu’il suggère. De cette manière, nous y rencontrerons toutes les grandes vérités du christianisme et y trouverons des applications au chrétien, à la famille et à l’Église de Dieu.

Veuille le Seigneur, dans sa bonté, se servir de ces pages pour la gloire de son nom, l’avancement de son peuple, et le salut éternel de beaucoup de précieuses âmes !

A. M.


2 - Introduction

Le caractère de ce Livre est tout aussi distinct que celui de chacune des quatre autres portions du Pentateuque. À juger d’après le titre du livre, nous pourrions supposer qu’il n’est qu’une répétition des précédents. Mais ce serait une erreur. Dieu ne se répète jamais, ni dans sa Parole, ni dans ses œuvres. Où que nous discernions notre Dieu, que ce soit dans les pages sacrées ou dans le vaste champ de la création, nous voyons une variété infinie, une plénitude divine, un plan arrêté ; et notre faculté de discerner et d’apprécier ces choses, sera en proportion de notre spiritualité. Le fait est que, du commencement à la fin du volume inspiré, il ne se trouve pas une phrase superflue, un mot de trop, ni un argument qui n’ait sa signification propre et son application directe. Si nous ne voyons pas cela, nous avons encore à apprendre quelle est la force, la profondeur et la signification de ces paroles : « Toute Écriture est inspirée de Dieu » (2 Tim. 3:16).

Paroles précieuses ! Plût à Dieu qu’elles fussent mieux comprises de nos jours. Le relâchement à cet égard se répand d’une manière effrayante dans l’église professante. En maints endroits, il est de bon ton de se moquer de la foi à une entière inspiration ; on considère cela comme un signe d’ignorance ou d’enfantillage. On pense faire preuve d’un grand savoir et d’un esprit très développé, en critiquant le précieux volume de Dieu et en y trouvant des imperfections. Les hommes se permettent de porter leur jugement sur la Bible, comme si elle n’était qu’une composition humaine. Au fond, c’est Dieu lui-même qu’ils jugent. Le résultat de tout cela est l’obscurité et la confusion les plus complètes, soit pour ces savants docteurs eux-mêmes, soit pour ceux qui les écoutent. Quelle sera la destinée éternelle de tous ceux qui auront à répondre devant le tribunal du Christ, pour avoir blasphémé la parole de Dieu et égaré un si grand nombre d’âmes par leur enseignement infidèle ?

Le livre du Deutéronome occupe une place tout à fait distincte dans le volume inspiré. Les paroles par lesquelles il s’ouvre suffisent pour le prouver : « Ce sont ici les paroles que Moïse dit à tout Israël, en deçà du Jourdain, dans le désert, dans la plaine, vis-à-vis de Suph, entre Paran et Thophel, Laban, Hatséroth, et Di-Zahab » (v. 1).

Les Israélites étaient arrivés sur la rive orientale du Jourdain ; ils allaient entrer dans le pays de la promesse. Leur pèlerinage dans le désert était près de finir, comme nous l’apprend le v. 3 : « Et il arriva, en la quarantième année, au onzième mois, le premier jour du mois, que Moïse parla aux fils d’Israël, selon tout ce que l’Éternel lui avait commandé pour eux ».

Ainsi, non seulement nous avons l’époque et le lieu indiqués avec une précision divine, mais nous apprenons encore, par les paroles que nous venons de citer, que les communications faites au peuple dans les plaines de Moab, étaient bien loin d’être une répétition de ce que nous avons trouvé dans nos études des livres de l’Exode, du Lévitique et des Nombres. Le vers. 69 du chap. 28 de notre livre nous en donne encore une preuve évidente : « Ce sont là les paroles de l’alliance que l’Éternel commanda à Moïse de faire avec les fils d’Israël dans le pays de Moab, outre l’alliance qu’il avait faite avec eux à Horeb ».

Le lecteur remarquera qu’il est question de deux alliances : l’une en Horeb, l’autre au pays de Moab ; or nous verrons que cette dernière, loin d’être une répétition de la précédente, en est aussi distincte que possible.

Le livre du Deutéronome a une place qui lui est propre. Le but qu’il se propose est aussi distinct que possible. Du commencement à la fin, il cherche à inculquer la grande leçon de l’obéissance. Et cela, non seulement quant à la lettre, mais dans un esprit d’amour et de crainte, — d’une obéissance fondée sur des relations d’intimité, — d’une obéissance stimulée par le sentiment d’obligations morales les plus positives.

Le vieux législateur, le fidèle et bien-aimé serviteur de l’Éternel, allait prendre congé de la congrégation. Il s’en allait au ciel, et les enfants d’Israël étaient sur le point de traverser le Jourdain ; — c’est ce qui rend ses dernières exhortations solennelles et touchantes au suprême degré. Il passe en revue toute leur vie dans le désert. Il rappelle les circonstances et les phases de leurs quarante années de pèlerinage, d’une manière bien propre à toucher le cœur. Ces précieux discours possèdent un charme incomparable, résultant autant des circonstances au milieu desquelles ils furent prononcés, que de l’importance de leurs divins sujets. Ils s’adressent à nous avec autant d’à-propos qu’à ceux auxquels ils étaient destinés.

N’en est-il pas ainsi de toute l’Écriture ? Ne sommes-nous pas sans cesse frappés de sa merveilleuse puissance d’adaptation à nos propres circonstances et à notre état d’âme ? Elle nous parle avec le même à propos et la même fraîcheur que si elle était dictée aujourd’hui même et exprès pour nous. Rien ne ressemble à l’Écriture. Prenez un écrit humain de la même date que le Deutéronome ; si vous pouviez trouver un volume quelconque écrit il y a trois mille ans, que verriez-vous ? Une relique curieuse de l’antiquité ; une chose digne d’être placée au Musée, à côté d’une momie égyptienne, mais n’ayant aucune application à nous ou à notre temps ; un document suranné sans utilité pour nous, ne traitant que d’un ordre de choses et d’un état de la société, depuis longtemps passés et tombés dans l’oubli.

La Bible, au contraire, est le Livre du jour présent. C’est le Livre même de Dieu, sa parfaite révélation. C’est sa propre voix, s’adressant à chacun de nous. C’est un livre pour tous les âges, pour toutes les classes, pour toutes les conditions. Elle parle un langage si simple qu’un enfant peut le comprendre, et en même temps si profond que la plus vaste intelligence ne peut l’épuiser. Avant tout, elle va droit au cœur ; elle touche les sources les plus cachées de notre être moral ; elle nous juge complètement. En un mot, comme nous le dit l’apôtre inspiré, elle est « vivante et opérante, et plus pénétrante qu’aucune épée à deux tranchants, et atteignant jusqu’à la division de l’âme et de l’esprit, des jointures et des moelles ; et elle discerne les pensées et les intentions du cœur » (Héb. 4:12).

Remarquez encore l’ampleur merveilleuse de ses conceptions. Elle s’occupe aussi minutieusement des coutumes, des mœurs et des maximes du dix-neuvième siècle de l’ère chrétienne, que de celles des premiers âges de la vie humaine. Elle montre une connaissance parfaite de l’homme à tous les degrés de son histoire. La vie de l’homme, dans toutes les périodes de son développement, est décrite de main de maître dans ce volume admirable que notre Dieu a composé pour notre instruction.

Quel privilège de posséder un tel Livre ! d’avoir entre les mains une Révélation divine ! de posséder l’histoire, donnée par Dieu, du passé, du présent et de l’avenir !

Mais ce Livre juge l’homme, sa conduite, son cœur. Il lui dit la vérité sur tout ce qui le concerne. Pour cette raison, l’homme n’aime pas le Livre de Dieu. Un homme inconverti préférera de beaucoup un journal ou un roman à la Bible. Il aimera mieux le rapport d’un procès criminel qu’un chapitre du Nouveau Testament.

Pour cette raison aussi, les incrédules ont de tout temps travaillé fort et ferme pour découvrir des imperfections et des contradictions dans les Saintes Écritures. Les ennemis de la Bible ne se trouvent pas seulement dans les classes vulgaires et démoralisées, mais parmi les gens instruits, cultivés, de bonne société. Tout comme il en était du temps des apôtres : « de méchants hommes de la populace » et « des femmes de qualité qui servaient Dieu », trouvèrent un point sur lequel ils étaient d’accord, savoir le rejet de la parole de Dieu et de ceux qui la prêchaient fidèlement (comp. Actes 13:50, avec 17:5). De même, nous voyons des hommes qui diffèrent sur presque tous les autres sujets, être d’accord dans leur opposition positive à la Bible. On laisse les autres livres tranquilles. Les hommes ne se donnent pas la peine de chercher des défauts dans Virgile, Horace, Homère ou Hérodote, mais ils ne peuvent supporter la Bible, parce qu’elle les met à nu et leur dit la vérité sur eux-mêmes et sur le monde auquel ils appartiennent.

N’en fut-il pas exactement de même pour la Parole vivante, le Fils de Dieu, le Seigneur Jésus Christ, quand il était sur la terre ? Les hommes le haïssaient, parce qu’il leur disait la vérité. Son ministère, ses paroles, sa conduite, sa vie entière étaient un témoignage contre le monde ; de là son opposition amère et persistante. D’autres pouvaient passer tranquillement leur chemin, mais lui était surveillé, épié, persécuté à chaque pas qu’il faisait. Les conducteurs et les docteurs du peuple « cherchaient à l’enlacer dans ses paroles » (Matt. 22:15), afin d’avoir un prétexte pour le livrer au gouverneur. Ainsi en fut-il durant sa vie merveilleuse ; puis lorsque l’Être béni fut cloué à la croix entre deux malfaiteurs, on laissa ces derniers en paix ; on ne les accabla point d’injures, les principaux sacrificateurs et les gouverneurs ne hochaient pas la tête en se raillant d’eux. Non, toutes les insultes, toutes les moqueries, toutes les paroles cruelles et sans pitié étaient à l’adresse du divin crucifié.

Il est de toute importance que nous comprenions bien d’où provient réellement l’opposition à la parole de Dieu — que ce soit à la Parole vivante ou à la Parole écrite. Le diable hait la parole de Dieu d’une parfaite haine ; il se sert des savants incrédules pour écrire des livres destinés à prouver que la Bible n’est pas la parole de Dieu ; qu’elle ne saurait l’être, vu qu’il s’y trouve des erreurs et des contradictions, et qu’il y a dans l’Ancien Testament des lois, des institutions, des coutumes et des cérémonies indignes d’un Dieu bon et miséricordieux.

À cette catégorie d’arguments, nous n’avons qu’une courte réponse à faire ; de tous ces savants incrédules, nous disons simplement : « Ils n’entendent ni ce qu’ils disent, ni ce sur quoi ils insistent » (1 Tim. 1:7). Il se peut qu’ils soient très instruits, très savants, de profonds philosophes, versés dans la littérature, très compétents pour trancher une question difficile, pour discuter un sujet scientifique. Il se peut encore qu’ils soient très aimables, estimables dans leur vie privée, et respectés au dehors, mais en tant qu’inconvertis et ne possédant pas l’Esprit de Dieu, ils sont parfaitement incapables de porter un jugement à l’égard des Saintes Écritures. Si quelqu’un, ignorant l’astronomie, se permettait de juger les principes du système de Copernic, ces mêmes hommes dont nous parlons, le déclareraient totalement incompétent et dédaigneraient de l’écouter. En un mot, personne n’a le droit d’émettre une opinion sur un sujet qui lui est inconnu. C’est là un principe reconnu de chacun, et par conséquent son application au cas qui nous occupe ne peut pas être mise en question.

L’apôtre nous dit que : « L’homme animal ne reçoit pas les choses qui sont de l’Esprit de Dieu, car elles lui sont folie ; et il ne peut les connaître, parce qu’elles se discernent spirituellement » (1 Cor. 2:14). Voilà qui est concluant. Il parle de l’homme dans son état naturel, quelque cultivé qu’il puisse être. Il ne parle pas d’une certaine classe d’hommes, mais simplement de l’homme inconverti, de l’homme ne possédant pas l’Esprit de Dieu, de l’homme naturel, que ce soit un savant philosophe ou un pauvre ignorant. « Il ne peut connaître les choses qui sont de l’Esprit de Dieu ». Comment donc peut-il porter un jugement sur la parole de Dieu ? Comment peut-il se permettre de décider de ce qui est digne de Dieu et de ce qui ne l’est pas ? Et s’il a l’audace de le faire, qui devrait l’écouter ? Personne. Ses arguments sont sans fondements, ses théories misérables, ses livres de la pauvre maculature. D’après le principe invoqué plus haut, nous écartons la totalité des écrivains rationalistes. Un aveugle, discutant sur l’ombre et la lumière, aurait plus de droit à être écouté, qu’un homme inconverti discutant sur l’inspiration des Écritures. Des savants peuvent, sans doute, être appelés à donner leur opinion sur le sens de tel ou tel passage, mais ceci est tout à fait différent du fait de prononcer un jugement sur la Révélation, que Dieu nous a donnée. Nous maintenons que nul homme ne peut le faire. Ce n’est que par l’Esprit qui a lui-même inspiré les Saintes Écritures, que celles-ci peuvent être comprises et appréciées. Il nous faut recevoir la parole de Dieu sur le pied de sa propre autorité. Si l’homme peut la juger et en raisonner, elle n’est plus du tout la parole de Dieu. Dieu nous a-t-il donné une Révélation, oui ou non ? S’il nous l’a donnée, elle doit être parfaite à tous égards et, comme telle, au-dessus de tout jugement humain. L’homme n’est pas plus capable de juger l’Écriture qu’il ne l’est de juger Dieu. C’est l’Écriture qui juge l’homme et non l’homme l’Écriture.

Rien n’est plus méprisable que les livres écrits par les incrédules contre la Bible. Chaque page, chaque ligne prouvent la vérité de ces paroles de l’apôtre : « L’homme animal ne reçoit pas les choses qui sont de l’Esprit de Dieu ; et il ne peut les connaître, parce qu’elles se discernent spirituellement » (1 Cor. 2:14). Leur grossière ignorance du sujet qu’ils cherchent à traiter n’est égalée que par leur présomption et leur manque de respect. Les livres humains ont la chance d’un examen impartial ; mais quand on s’approche du précieux livre de Dieu avec la certitude préconçue qu’il n’est pas une Révélation divine, c’est parce que l’on a écouté les incrédules, qui nous disent que Dieu ne peut pas nous donner une révélation écrite de sa volonté.

Que c’est étrange : les hommes peuvent nous révéler leurs pensées (et les incrédules l’ont assez fait), mais Dieu ne le pourrait pas ! Pourquoi donc Dieu ne pourrait-il pas révéler sa volonté à ses créatures ? Pour la seule raison que les incrédules le veulent ainsi ! La question posée par le serpent ancien dans le jardin d’Éden, il y a près de six mille ans, a été répétée de siècle en siècle par toute espèce de sceptiques, de rationalistes et d’incrédules : « Quoi, Dieu a dit ? » Nous répondons avec bonheur : Oui, béni soit son saint Nom, il a parlé — il nous a parlé. Il a révélé sa volonté ; il nous a donné les Saintes Écritures. « Toute Écriture est inspirée de Dieu, et utile pour enseigner, pour convaincre, pour corriger, pour instruire dans la justice, afin que l’homme de Dieu soit accompli et parfaitement accompli pour toute bonne œuvre ». Et encore : « Car toutes les choses qui ont été écrites auparavant, ont été écrites pour notre instruction, afin que, par la patience et par la consolation des Écritures, nous ayons espérance » (2 Tim. 3:16, 17 ; Rom. 15:4).

Le Seigneur soit béni pour de telles paroles ! Elles nous assurent que toute l’Écriture est donnée de Dieu, et que toute l’Écriture nous est donnée. Précieux lien entre l’âme et Dieu ! Dieu a parlé — a parlé à nous. Sa Parole est un rocher, contre lequel toutes les vagues de l’incrédulité se brisent dans leur misérable impuissance, le laissant debout dans sa puissance divine et éternelle. Rien ne peut ébranler la parole de Dieu. Toutes les puissances combinées de la terre et de l’enfer ne peuvent l’affaiblir. Elle reste immuable dans sa gloire morale, en dépit de tous les assauts de l’ennemi, siècle après siècle. « Éternel ta Parole est établie à toujours dans les cieux » (Ps. 119:89). Que nous reste-t-il à faire ? Simplement ceci : « J’ai caché ta Parole dans mon cœur, afin que je ne pèche pas contre toi » (Ps. 119:11). C’est là le secret de la paix. Le cœur est lié au cœur même de Dieu par le moyen de sa précieuse Parole. Pour celui qui a vraiment appris, par grâce, à croire à la parole de Dieu et à se reposer sur l’autorité de l’Écriture Sainte, tous les livres qui ont jamais été dictés par l’incrédulité sont sans aucune valeur. Ils montrent l’ignorance et la coupable présomption de leurs auteurs ; mais quant à l’Écriture ils la laissent ce qu’elle a toujours été et sera toujours : « fondée dans les cieux », aussi ferme que le trône de Dieu (*). Les assauts des incrédules ne peuvent ébranler ni le trône de Dieu, ni sa Parole. Béni soit son Nom, ils ne peuvent non plus ébranler la paix qui remplit le cœur de celui qui se repose sur ce fondement inattaquable. « Grande est la paix de ceux qui aiment ta loi, et pour eux il n’y a pas de chute » (Ps. 119:165). « La parole de notre Dieu demeure à toujours » (Ésaïe 40:8). « Or c’est cette parole qui vous a été annoncée » (1 Pierre 1:25).


(*) En faisant allusion aux écrivains incrédules, nous devons nous rappeler que les plus dangereux sont ceux qui s’appellent chrétiens. Autrefois, quand on prononçait le mot « incrédule », on pensait immédiatement à Voltaire ou à Paine ; maintenant, hélas ! ce mot peut s’appliquer à maints docteurs et ministres de l’église professante. Quelle chose effrayante !


Nous avons ici de nouveau le même précieux lien. La Parole qui nous a atteints sous forme de la bonne nouvelle, est la parole de l’Éternel qui subsiste à toujours et, par conséquent, notre paix et notre salut sont aussi stables que la Parole sur laquelle ils sont fondés. Si toute chair est comme l’herbe et toute la gloire de l’homme comme la fleur de l’herbe, alors de quelle valeur seront les arguments des incrédules ? Ils n’ont pas plus de valeur que l’herbe séchée ou la fleur fanée, et c’est ce qu’ils reconnaîtront tôt ou tard. Quelle coupable folie que de contester contre la parole de Dieu, contre la seule chose au monde qui puisse donner paix et consolation à de pauvres cœurs fatigués ; contre cette Parole qui apporte la bonne nouvelle du salut aux pauvres pécheurs perdus, et qui l’apporte de la part de Dieu !

On nous demandera peut-être : « Comment savons-nous que le livre que nous appelons la Bible est bien la parole de Dieu ? » question qui a troublé beaucoup d’âmes. Notre réponse est bien simple : Celui qui nous a donné ce livre précieux peut aussi nous donner la certitude qu’il est de Lui. Le même Esprit, qui a inspiré les divers écrivains des Saintes Écritures, peut nous faire comprendre que ces Écritures sont la voix même de Dieu s’adressant à nous. Mais il nous faut l’Esprit pour cela, car, comme nous l’avons déjà vu : « L’homme animal ne reçoit pas les choses qui sont de l’Esprit de Dieu, et il ne peut les connaître, parce qu’elles se discernent spirituellement » (1 Cor. 2:14). Si le Saint Esprit ne nous enseigne pas avec certitude que la Bible est la parole de Dieu, aucun homme ou assemblée d’hommes ne pourront le faire, et, d’un autre côté, si l’Esprit nous donne cette assurance bénie, nous n’avons besoin d’aucun témoignage humain.

L’ombre d’un doute sur cette si importante question serait un véritable tourment. Mais qui peut nous donner la certitude ? Dieu seul. Si tous les hommes sur la terre étaient d’accord pour reconnaître l’autorité des Saintes Écritures ; si tous les conciles qui se sont jamais assemblés, tous les docteurs et tous les pères qui ont enseigné ou écrit en faveur de l’inspiration plénière ; si l’Église universelle, c’est-à-dire chaque dénomination de la chrétienté, donnaient leur assentiment à cette vérité que la Bible est vraiment la parole de Dieu ; en un mot, si nous avions toute l’autorité humaine qu’il soit possible d’avoir par rapport à la divinité de cette Parole, tout cela serait insuffisant comme fondement de certitude, et si notre foi était basée sur une telle autorité, elle serait sans valeur aucune. Dieu seul peut nous donner la certitude qu’il a parlé dans sa Parole, et quand il la donne, tous les arguments, tous les raisonnements, toutes les chicanes des incrédules anciens et modernes ne sont que comme la fumée qui s’échappe d’un toit, ou la poussière soulevée par le vent. Le vrai croyant les repousse comme autant de choses sans valeur, et se repose en paix sur cette Révélation que notre Dieu a daigné nous donner.

Prenons un exemple. Un père écrit une lettre à son fils à Canton, lettre toute remplie de l’affection et de la tendresse de son cœur de père. Il lui parle de ses affaires et de ses projets, de tout ce qu’il pense pouvoir intéresser le cœur d’un fils — de tout ce que lui suggère son cœur de père. Le fils passe au bureau de poste à Canton pour demander s’il n’y a pas une lettre de son père. Un employé lui répond qu’il n’y a pas de lettre, que son père n’a pas écrit et ne saurait écrire, ne saurait communiquer ses pensées par ce moyen, que c’est folie à lui de le croire. Un autre employé s’avance et lui dit : « Oui, il y a bien ici une lettre pour vous, mais vous ne pourriez la comprendre ; elle vous est tout à fait inutile, et même elle ne vous ferait que du mal, car vous n’êtes pas capable de la lire convenablement. Laissez-la entre nos mains, et nous vous en expliquerons les portions que nous considérerons pouvoir vous être utiles ». Le premier de ces deux employés représente l’incrédulité, le second la superstition. L’un et l’autre voudraient priver le fils de la lettre si longtemps désirée, des précieuses communications venant du cœur de son père. Mais quelle serait sa réponse à ces indignes employés ? Une réponse très brève et allant droit au but, nous pouvons en être certains. Au premier, il dirait : « Je sais que mon père peut me communiquer ses pensées dans une lettre, et qu’il l’a fait ». Il dirait au second : « Je sais que mon père peut me faire comprendre sa lettre beaucoup mieux que vous ne le pouvez ». Et à tous deux il dirait d’un ton ferme et décidé : « Donnez-moi à l’instant la lettre de mon père ; elle m’est adressée et personne n’a le droit de me la refuser ».

C’est ainsi qu’un chrétien au cœur simple, devrait répondre à l’audacieuse incrédulité et à l’ignorante superstition, ces deux principaux agents du diable en nos jours : « Mon père m’a communiqué ses pensées, et il peut me faire comprendre ses communications ». « Toute Écriture est inspirée de Dieu », et « toutes les choses qui ont été écrites auparavant, ont été écrites pour notre instruction ». Réponse admirable à tous les ennemis de la précieuse Révélation de Dieu, qu’ils soient rationalistes ou ritualistes !

Nous ne chercherons pas à nous excuser auprès du lecteur pour cette longue introduction au livre du Deutéronome. Nous sommes trop heureux de cette occasion d’apporter notre faible témoignage à la grande vérité de la divine inspiration des Saintes Écritures. Nous sentons que c’est notre devoir, comme aussi notre grand privilège, d’insister auprès de tous ceux qui nous liront sur l’immense importance, sur l’absolue nécessité d’une entière certitude à cet égard. Nous devons à tout prix maintenir fidèlement l’autorité divine, et par conséquent la suprématie absolue de la parole de Dieu en tous temps, en tous lieux et pour tous les besoins. Nous devons croire que l’Écriture ayant été donnée de Dieu est complète dans le sens le plus élevé et le plus large de ce mot ; qu’elle n’a pas besoin d’une autorité humaine pour l’accréditer, ni d’une voix humaine pour la vanter ; elle parle pour elle-même et se recommande elle-même. Tout ce que nous avons à faire c’est de croire et d’obéir, non de raisonner ou de discuter. Dieu a parlé ; notre devoir est d’écouter et de lui accorder une respectueuse et implicite obéissance.

C’est là le grand point fondamental du livre du Deutéronome, comme nous le verrons par la suite de notre étude ; et il n’y a jamais eu dans l’histoire de l’Église de Dieu, un moment où il fût plus urgent d’insister auprès de la conscience humaine sur la nécessité d’une obéissance implicite à la parole de Dieu. Hélas ! elle ne se fait que peu sentir. La plupart des chrétiens professants semblent croire qu’ils ont le droit de penser par eux-mêmes ; de suivre leur propre raison, leur propre jugement ou leur conscience. Ils ne croient pas que la Bible soit un livre-indicateur, divin et universel. Ils pensent que, dans beaucoup de choses, il nous est permis de choisir nous-mêmes. De là les innombrables partis, sectes, confessions et écoles théologiques. Si l’on accorde l’autorité aux opinions humaines, alors il va sans dire qu’un homme a autant de droit qu’un autre à penser ce qu’il veut ; et c’est ainsi que l’église professante est devenue un proverbe et un synonyme de division.

Quel est le souverain remède pour ce mal si largement répandu ? C’est une soumission absolue et complète à l’autorité de l’Écriture Sainte. Ce n’est pas l’homme allant à l’Écriture, afin de voir ses opinions et ses idées confirmées ; c’est l’homme allant à l’Écriture pour y trouver les pensées de Dieu sur toutes choses, et inclinant tout son être moral devant l’autorité divine. Tel est le besoin pressant de l’époque actuelle. Il y aura sans doute des divergences dans nos appréciations ou nos explications des Écritures ; mais ce sur quoi nous insistons tout particulièrement auprès de tous les chrétiens, c’est l’attitude du cœur, exprimée dans ces précieuses paroles du Psalmiste : « J’ai caché ta Parole dans mon cœur, afin que je ne pèche pas contre toi » (Ps. 119:11). Nous pouvons être sûrs que cela est agréable à Dieu, car il dit : « C’est à celui-ci que je regarderai : à l’affligé et à celui qui a l’esprit contrit et qui tremble à ma parole » (Ésaïe 66:2).

C’est là le secret de toute sécurité morale. Notre connaissance des Écritures peut être fort limitée, mais si notre respect pour elles est profond, nous serons préservés de mille erreurs et nous croîtrons dans la connaissance de Dieu, de Christ et de la Parole écrite. Nous puiserons avec bonheur à ces sources vives et inépuisables, et nous nous promènerons avec ravissement dans ces verts pâturages, que la grâce ouvre si généreusement au troupeau de Christ. C’est ainsi que la vie divine sera entretenue et fortifiée ; la parole de Dieu deviendra de plus en plus précieuse à nos âmes, et le puissant ministère du Saint Esprit nous en fera connaître toujours mieux la profondeur, la plénitude, la majesté et la gloire morale. Nous serons entièrement délivrés des influences desséchantes des systèmes théologiques quels qu’ils soient ! Nous pourrons dire aux promoteurs de toutes les écoles de théologie sous le soleil, que quels que soient les éléments de vérité qu’ils puissent trouver dans leurs systèmes, nous les possédons avec une perfection divine dans la parole de Dieu ; ni tordus, ni tourmentés, afin de les faire entrer dans un système, mais étant tous à leur vraie place dans le vaste cercle de la révélation divine, dont le centre éternel est la personne bénie de notre Seigneur et Sauveur Jésus Christ.


3 - Chapitre 1

« Ce sont ici les paroles que Moïse dit à tout Israël, en deçà du Jourdain, dans le désert, dans la plaine, vis-à-vis de Suph, entre Paran et Thophel, Laban, Hatséroth, et Di-Zahab. Il y a onze journées depuis Horeb, par le chemin de la montagne de Séhir, jusqu’à Kadès-Barnéa » (Deut. 1:1-2).

L’écrivain inspiré a soin de nous donner les renseignements les plus précis, quant à l’endroit où les paroles de ce Livre furent prononcées, aux oreilles du peuple. Israël n’avait pas encore traversé le Jourdain. Ils en étaient tout près. Toute la situation est décrite avec une minutie qui montre l’importance que Dieu mettait à tout ce qui concernait son peuple. Il veillait sur eux de jour et de nuit. Chaque étape de leur voyage était dirigée par Lui. Rien n’était trop petit pour qu’il s’en occupât ; rien n’était trop grand pour sa puissance.

S’il en était ainsi pour Israël dans le désert de jadis, il en est encore ainsi maintenant pour l’Église dans son ensemble et pour chaque membre en particulier. Les yeux d’un Père sont continuellement sur nous, ses bras éternels sont autour de nous de jour et de nuit. « Il ne retire pas ses yeux de dessus le juste » (Job 36:7). Il s’est chargé de tous nos besoins, de tous nos soucis. Il nous invite à nous décharger sur Lui de notre fardeau, qu’il soit gros ou petit, avec la douce conviction qu’il prend soin de nous.

Tout cela est merveilleux et rempli de consolation, bien propre à tranquilliser le cœur, quoi qu’il arrive. Mais le croyons-nous ? Croyons-nous réellement que le « possesseur des cieux et de la terre » (Gen. 14:19) est notre Père, et qu’il s’est chargé de pourvoir à tous nos besoins, du commencement à la fin ? Hélas ! il est à craindre que nous ne connaissions guère la puissance de ces grandes mais simples vérités. Nous en parlons, nous en faisons profession, mais avec tout cela, nous prouvons par notre vie de chaque jour, combien peu nous nous les approprions. Si nous étions bien convaincus que Dieu pourvoit à tous nos besoins, si « toutes nos sources étaient en Lui » (Ps. 87:7), pourrions-nous rechercher de pauvres sources terrestres, qui tarissent si promptement et désappointent nos cœurs ? Évidement non. Nous nous imaginons souvent que nous vivons de foi, tandis qu’en réalité nous nous reposons sur quelque appui humain, qui nous manquera tôt ou tard. N’en est-il pas ainsi, lecteur ? Ne sommes-nous pas constamment portés à abandonner la source d’eau vive, pour nous creuser des citernes crevassées qui ne peuvent contenir de l’eau ? Et cependant nous croyons vivre de foi ! Nous faisons profession de ne nous attendre qu’à Dieu seul pour suppléer à nos besoins, quels qu’ils soient, tandis qu’en réalité, nous nous arrêtons à quelque source terrestre et y cherchons quelque chose. Est-il surprenant que nous soyons désappointés ? Comment pourrait-il en être autrement ? Notre Dieu ne veut pas que nous comptions sur quelqu’un d’autre ou sur autre chose que sur Lui-même. En maint endroit de sa Parole, il nous a donné ses pensées quant au vrai caractère et au résultat certain de la confiance humaine. Prenons ce passage si solennel du prophète Jérémie : « Maudit l’homme qui se confie en l’homme, et qui fait de la chair son bras, et dont le cœur se retire de l’Éternel ! Et il sera comme un dénué dans le désert, et il ne verra pas quand le bien arrivera, mais il demeurera dans des lieux secs au désert, dans un pays de sel et inhabité ». Puis remarquez le contraste : « Béni l’homme qui se confie en l’Éternel, et de qui l’Éternel est la confiance ! Il sera comme un arbre planté près des eaux ; et il étendra ses racines vers le courant ; et il ne s’apercevra pas quand la chaleur viendra, et sa feuille sera toujours verte ; et dans l’année de la sécheresse il ne craindra pas, et il ne cessera de porter du fruit » (Jér. 17:5-8).

Nous avons ici, dans un langage divinement clair et éloquent, les deux côtés de cet important sujet. La confiance terrestre amène une malédiction certaine ; son résultat est la stérilité et la désolation. Dieu, dans sa fidélité même, fera tarir toutes les sources humaines, fera écrouler tous les appuis humains, afin que nous apprenions quelle est la folie de ceux qui se détournent de Lui. Quelles images frappantes que celles employées dans le passage cité : « les lieux secs du désert », — « une terre salée et inhabitée ». Telles sont les figures employées par le Saint Esprit pour représenter la confiance en l’homme.

D’un autre côté, quoi de plus beau, de plus rafraîchissant que les images adoptées pour représenter toutes les bénédictions de la confiance simple et entière en l’Éternel : un arbre planté près des eaux, qui étend ses racines le long d’une eau courante, — la feuille toujours verte, le fruit ne cessant jamais ! Il en est de même de l’homme qui se confie en l’Éternel et dont l’Éternel est l’espérance. Il est nourri par ces sources éternelles qui coulent du cœur de Dieu. Il boit gratuitement de la fontaine d’eau vive. Il trouve toutes ses sources dans le Dieu vivant. La chaleur peut survenir, mais il ne s’en aperçoit point. L’année de la sécheresse peut arriver, il ne s’en met point en peine. Des milliers de ruisseaux tributaires peuvent tarir, il ne s’en doute pas, parce qu’il ne dépend pas d’eux. Il habite à côté de la fontaine jaillissante. Il ne manquera jamais de rien. Il vit par la foi.

Et maintenant, puisque nous sommes sur ce sujet, tâchons de comprendre bien clairement ce que c’est que vivre de foi ; et demandons-nous si tel est notre cas. On parle souvent de la vie de foi d’une manière peu intelligente. On croit que c’est simplement se confier en Dieu pour la nourriture et le vêtement. On cite certaines personnes n’ayant ni fortune, ni revenu assuré, comme « vivant de foi », comme si la vie glorieuse et merveilleuse de la foi n’avait pas une sphère plus vaste, une portée plus haute que les choses temporelles et la satisfaction de nos besoins.

Nous ne saurions protester avec trop de force, contre cette misérable appréciation de la vie de la foi. Elle en limite la sphère, en abaisse la portée d’une manière intolérable pour quiconque en connaît quelque peu les saints et précieux mystères. Pouvons-nous admettre un instant qu’un chrétien qui se trouve avoir un revenu assuré, doive pour cela être privé du privilège de vivre de foi ? Cette vie bénie ne s’élève-t-elle pas plus haut que la confiance en Dieu pour nos besoins temporels ? Ne nous donne-t-elle pas de Dieu une idée plus élevée que celle-ci : il ne nous laissera pas mourir de faim ni privés de vêtements ?

Loin de nous une telle pensée ! La vie de la foi ne doit pas être comprise de la sorte. Ce serait la déprécier grandement et faire un tort grave à ceux qui sont appelés à vivre de cette vie. Quelle est la signification de ces quelques paroles : « Le juste vivra de foi » ? Nous les trouvons pour la première fois dans Habakuk 2:4. Elles sont citées par l’apôtre en Rom. 1:17, où il pose le solide fondement du christianisme. Il les cite encore en Gal. 3:11, où il cherche anxieusement à ramener ces églises ensorcelées au fondement solide qu’elles abandonnaient dans leur folie. Enfin ces paroles se trouvent une quatrième fois au chap. 10:38, de l’épître aux Hébreux, où l’apôtre avertit ses frères du danger de rejeter leur confiance et de renoncer à atteindre le but.

Tout cela nous montre l’immense importance et la valeur pratique de ces quelques mots : « Le juste vivra de foi ». À qui s’appliquent-ils ? À quelques serviteurs du Seigneur qui n’ont pas de revenu assuré ? Non ; ils s’adressent à chaque enfant de Dieu et sont l’heureux privilège de tous ceux à qui peut s’appliquer le titre de « juste ». C’est une funeste erreur de limiter ce privilège. C’est donner la prééminence à une portion de la vie de la foi qui devrait être à l’arrière-plan, si une classification était ici permise, car il ne doit pas y en avoir. La vie de la foi est une. La foi est le grand principe de la vie divine, du commencement à la fin. Nous sommes justifiés par la foi et nous vivons par la foi ; nous sommes debout par la foi, et nous marchons par la foi. Du début à l’issue de la course chrétienne, tout est par la foi.

C’est donc une funeste erreur que de distinguer certaines personnes, qui dépendent du Seigneur pour leurs besoins temporels, et de dire qu’elles vivent de foi, comme si elles étaient les seules à le faire. Souvent même, on les donne en exemple à l’Église de Dieu, comme quelque chose de merveilleux, et le reste des chrétiens est amené à croire que le privilège de vivre de foi est entièrement au-dessus de leur portée ; ils sont ainsi trompés quant au vrai caractère et à la sphère de la vie de foi, et leur vie morale en souffre matériellement.

Que le lecteur chrétien comprenne donc clairement que c’est son heureux privilège, quelle que soit sa position sociale, de vivre d’une vie de foi dans toute l’acception de ce mot. Il peut, selon sa mesure, prendre le langage de l’apôtre et dire : « Ce que je vis maintenant dans la chair, je le vis dans la foi, la foi au Fils de Dieu, qui m’a aimé et qui s’est livré lui-même pour moi » (Gal. 2:20). Que personne ne lui ravisse ce précieux et saint privilège, qui appartient à tous les membres de la famille de la foi. Hélas ! trop souvent notre foi est faible, tandis qu’elle devrait toujours être forte, ferme et vigoureuse. Notre Dieu aime une foi ferme. Si nous étudions les évangiles, nous y verrons que rien ne réjouissait le cœur de Christ comme une foi qui Le comprenait, qui comptait largement sur Lui et qu’Il appelle « une grande foi ». Voyez, par exemple, la Syrophénicienne en Marc 7, et le centurion en Luc 7.

Il est vrai qu’il venait aussi au-devant d’une petite foi — de la foi la plus faible. Il pouvait répondre à un : « Si tu veux », par un miséricordieux : « Je veux », à un « Si tu peux », par un : « Le « Si tu peux », c’est : Crois ! toutes choses sont possibles à celui qui croit ». Le cœur du Sauveur était réjoui et son âme rafraîchie, lorsqu’il pouvait dire « Ô femme, ta foi est grande ; qu’il te soit fait comme tu veux » (Matt. 15:28).

Nous pouvons être assurés qu’il en est de même aujourd’hui que lorsque notre bien-aimé Seigneur était sur la terre. Il aime qu’on se confie en Lui, qu’on se serve de Lui, qu’on compte sur Lui en toute occasion et pour toutes choses. Nous ne saurions aller trop loin en comptant sur son amour ou sur sa force. Il n’y a rien de trop petit, rien de trop grand, pour Lui. Il a toute puissance dans le ciel et sur la terre. Il est chef sur toutes choses à l’Assemblée. Il soutient l’univers et tout ce qu’il renferme par la parole de sa puissance. Les philosophes parlent des forces et des lois de la nature. Le chrétien pense avec délices à Christ, à sa Parole, à sa toute-science, à sa toute-puissance. Toutes choses ont été créées ou subsistent par Lui.

Son amour ! Quel repos de savoir que le Tout-Puissant créateur et conservateur de l’univers est l’ami éternel de nos âmes ; qu’il nous aime parfaitement ; que ses yeux sont toujours sur nous ; qu’il s’est chargé de pourvoir à tous nos besoins physiques, intellectuels ou spirituels. Il a des provisions pour toutes nos nécessités. Il est le trésor de Dieu pour nous.

Pourquoi chercherions-nous ailleurs ? Pourquoi faisons-nous, directement ou indirectement, connaître nos besoins à nos semblables et n’irions-nous pas tout droit à Jésus ? Nous faut-il de la sympathie ? Qui peut sympathiser avec nous comme notre miséricordieux Souverain Sacrificateur, touché par nos infirmités ? Avons-nous besoin de secours ? Qui pourrait nous secourir comme notre puissant ami, le possesseur de richesses incalculables ? Nous faut-il des conseils et des directions ? Qui peut nous en donner comme Celui qui est la sagesse même de Dieu, et qui nous a été fait sagesse de sa part ? N’affligeons pas son cœur aimant, ne déshonorons pas son nom glorieux en nous détournant de Lui. Luttons avec soin contre la tendance, qui nous est si naturelle, d’attendre des secours humains. Si nous nous tenons tout près de la Source, nous n’aurons jamais à nous plaindre de voir tarir les ruisseaux. En un mot, cherchons à vivre de foi, et par là à glorifier Dieu dans notre vie.

Revenons maintenant à notre chapitre, et tout d’abord, nous attirerons l’attention du lecteur sur le verset 2. C’est certainement une parenthèse bien remarquable : « Il y a onze journées depuis Horeb, par le chemin de la montagne de Séhir, jusqu’à Kadès-Barnéa ». Onze journées ! Et cependant ce trajet leur prit quarante années ! D’où cela vint-il ? Nous n’avons pas besoin d’aller loin pour trouver la réponse. N’en est-il pas de même pour nous ? Comme nous avançons lentement ! Que de tours et de détours ! Que de fois nous devons retourner en arrière et refaire le même chemin ! Nous avançons lentement, parce que nous apprenons lentement. Nous nous étonnons de ce qu’Israël ait mis quarante années à accomplir un voyage de onze jours ; nous aurions bien plus de raisons de nous en étonner pour nous-mêmes. Comme Israël, nous sommes retardés par notre incrédulité, par notre lenteur de cœur à croire ; mais nous sommes bien moins excusables, vu que nos privilèges sont bien plus élevés que les siens.

Les paroles de l’apôtre peuvent sûrement s’appliquer à beaucoup d’entre nous : « Car lorsque vous devriez être des docteurs, vu le temps, vous avez de nouveau besoin qu’on vous enseigne quels sont les premiers rudiments des oracles de Dieu, et vous êtes devenus tels, que vous avez besoin de lait et non de nourriture solide » (Héb. 5:12). Notre Dieu est un maître fidèle et sage, aussi bien que clément et patient. Il ne nous permet pas d’apprendre superficiellement nos leçons. Quelquefois nous croyons en avoir bien appris une, et nous essayons de passer à une autre, mais notre sage instituteur sait ce qu’il en est ; il voit la nécessité d’une étude plus approfondie. Il ne veut pas que nous nous en tenions à la théorie ou à la surface. Il nous gardera, s’il le faut, des années aux éléments jusqu’à ce que nous puissions aller plus loin.

Si cela est humiliant pour nous et prouve notre lenteur à apprendre, quelle bonté du Seigneur de se donner tant de peine pour nous instruire (*).


(*) Le voyage d’Israël de Horeb à Kadès-Barnéa représente l’histoire de beaucoup d’âmes cherchant la paix. Plusieurs des bien-aimés du Seigneur s’en vont, année après année, doutant, craignant, ne connaissant jamais le bonheur de la liberté par laquelle Christ affranchit son peuple. Il est triste de voir dans quel déplorable état beaucoup d’âmes sont retenues par le légalisme, par un faux enseignement, etc. Il est rare, de nos jours, de trouver une âme fermement établie dans la paix de l’Évangile. On considère comme une bonne chose, comme une marque d’humilité, d’être toujours dans le doute. On traite la confiance de présomption. En un mot, tout est renversé ; l’Évangile n’est pas connu ; les âmes sont sous la loi au lieu d’être sous la grâce ; on les tient à distance au lieu de leur apprendre à s’approcher de Dieu. La religion du temps actuel est un mélange déplorable de Christ et du moi ; de la loi et de la grâce ; de la foi et des œuvres ; et les âmes sont laissées dans une complète confusion. Sûrement cet état de choses demande l’attention la plus grande de tous ceux qui occupent la place si sérieuse de docteurs et de prédicateurs dans l’église professante. Un jour solennel s’approche où ils auront tous à rendre compte de leur ministère.


« Et il arriva, en la quarantième année, au onzième mois, le premier jour du mois, que Moïse parla aux fils d’Israël, selon tout ce que l’Éternel lui avait commandé pour eux » (vers. 3). Ces quelques mots renferment un volume d’instructions pour tous ceux qui sont appelés à expliquer la Parole. Moïse donnait au peuple ce qu’il avait lui-même reçu de Dieu ; rien de plus, rien de moins. Il le mettait en contact immédiat avec la parole vivante de l’Éternel. C’est là, en tout temps, le grand principe du ministère. La parole de Dieu seule subsistera, car elle possède une puissance et une autorité divines.

Tous ceux donc qui enseignent dans l’Assemblée de Dieu devraient mettre un soin jaloux à prêcher la Parole dans toute sa pureté, dans toute sa simplicité ; à la donner à leurs auditeurs comme ils la reçoivent de Dieu ; à les mettre en face du vrai langage de la Sainte Écriture. Ainsi seulement leur ministère s’adressera réellement aux cœurs et aux consciences de ceux qui les écoutent. Il liera l’âme à Dieu lui-même par le moyen de sa Parole, et produira une assurance et une fermeté qu’aucun enseignement humain ne donnera jamais.

Voyez l’apôtre Paul : ce fidèle serviteur de Christ cherchait à amener les âmes de ses auditeurs en contact direct et personnel avec Dieu lui-même. Il ne cherchait pas à les attacher à Paul. « Qui donc est Apollos, et qui Paul ? des serviteurs par lesquels vous avez cru » (1 Cor. 3:5). Le but de tout faux ministère est de s’attacher les âmes. Ainsi le ministre est élevé ; Dieu est mis de côté ; et l’âme est laissée sans base divine sur laquelle se reposer.

Voyons ce que dit encore notre apôtre sur cet important sujet : « Car je vous ai communiqué avant toutes choses ce que j’ai aussi reçu », rien de plus, rien de moins, « que Christ est mort pour nos péchés selon les Écritures, et qu’il a été ressuscité le troisième jour, selon les Écritures » (1 Cor. 15:1-4).

C’est de toute beauté et bien propre à attirer l’attention sérieuse de tous ceux qui désirent être de vrais ministres de Christ. L’apôtre avait soin de laisser le fleuve divin couler directement de sa source jaillissante, du cœur de Dieu, dans les âmes des Corinthiens. Il sentait que cela seul avait de la valeur. S’il avait cherché à se les attacher, il aurait déshonoré son Maître, leur aurait fait un grand tort, et lui-même en aurait assurément subi une perte en la journée de Christ.

Mais Paul était bien loin de chercher à se faire un parti. Notez ce qu’il dit à ses bien-aimés Thessaloniciens : « C’est pourquoi aussi nous, nous rendons sans cesse grâces à Dieu de ce que, ayant reçu de nous la parole de la prédication qui est de Dieu, vous avez accepté, non la parole des hommes, mais (ainsi qu’elle l’est véritablement) la parole de Dieu, laquelle aussi opère en vous qui croyez » (1 Thes. 2:13).

Nous nous sentons pressés de recommander ce sujet si important à l’examen sérieux de l’Église. Si tous les soi-disant ministères de Christ suivaient l’exemple de Moïse et de Paul, nous verrions un état de choses bien différent dans l’Église professante. Mais, hélas ! il est de fait que l’Église de Christ, comme autrefois Israël, s’est complètement éloignée de l’autorité de sa Parole. Où que l’on aille, on voit pratiquer et enseigner des choses qui n’ont pas de fondement dans l’Écriture. Non seulement, on tolère, mais on sanctionne et on défend à outrance des choses qui sont en opposition directe avec l’Esprit de Christ. Si l’on demande où est l’autorité divine pour telle ou telle pratique, on nous répond que Christ ne nous a pas donné de directions pour ce qui concerne les affaires d’église, qu’il nous a laissés libres d’agir d’après nos consciences, notre jugement ou nos sentiments religieux ; qu’il est absurde d’exiger un : « ainsi a dit l’Éternel », pour tous les détails en rapport avec nos institutions religieuses ; qu’une large marge nous est laissée pour y faire entrer nos coutumes nationales et nos diverses manières de penser. On prétend que les chrétiens de profession sont libres de se former en soi-disant églises, de choisir la forme particulière de gouvernement de celles-ci, de faire leurs propres arrangements et de nommer leurs propres officiants.

En est-il ainsi ? se demandera le lecteur chrétien. Se peut-il que le Seigneur ait laissé son Église sans directions sur des points aussi importants ? Se peut-il que l’Église de Dieu soit plus mal partagée à cet égard que le peuple d’Israël ? Dans nos études des livres de l’Exode, du Lévitique et des Nombres, nous avons vu quels soins admirables l’Éternel prenait pour instruire son peuple des plus minutieux détails en rapport avec leur culte public et leur vie privée. Tout ce qui concernait le tabernacle, le temple, la sacrificature, les ordonnances, les fêtes et les sacrifices, les solennités périodiques, les années, les mois, les jours, les heures même, tout était prescrit et arrangé avec une précision divine. Rien n’était laissé au jugement de l’homme, à sa sagesse, à sa raison ; sa conscience n’avait absolument rien à voir dans tout cela. S’il en eût été autrement, nous n’aurions jamais eu cet admirable et profond système typique, que la plume inspirée de Moïse nous a présenté. Si Israël avait eu la liberté d’agir comme on voudrait nous faire croire que l’Église en a la liberté, quelle confusion, combien de querelles, de divisions, de partis en auraient été l’inévitable résultat !

Il n’en était point ainsi. La parole de Dieu elle-même décidait de tout. « Selon tout ce que l’Éternel avait commandé à Moïse ». Cette phrase si significative précédait tout ce qui était prescrit et tout ce qui était défendu à Israël. Leurs institutions nationales, leurs habitudes domestiques, leur vie publique et privée, tout dépendait de ce commandement : « Ainsi a dit l’Éternel ». Il n’y avait pas lieu à ce qu’un membre de la congrégation pût dire : « Je ne puis voir ceci » ; ou « je ne puis comprendre ou approuver cela ». Un tel langage aurait été considéré comme un fruit de la volonté propre. Tout aussi bien aurait-il pu dire : « Je ne puis être d’accord avec l’Éternel ». Dieu lui-même avait donné pour toutes choses des directions si claires et si simples, qu’il n’y avait plus de place pour des discussions humaines. Dans toute l’économie mosaïque, il n’y avait pas la largeur d’un cheveu où l’homme pût faire entrer son opinion ou son jugement. L’homme ne pouvait rien ajouter à ce vaste système d’ombres et de types divins, exposés dans un langage si simple et si compréhensible, que tout ce qu’Israël avait à faire c’était d’obéir — non pas raisonner, discuter, argumenter, mais obéir.

Hélas ! ils faillirent, nous le savons. Ils firent leur propre volonté ; ils suivirent leur propre chemin, ils firent « chacun ce qui était bon à ses yeux » (Juges 21:25). Ils s’écartèrent de la parole de Dieu, pour suivre l’imagination et les conseils de leurs méchants cœurs ; ils s’attirèrent ainsi la colère et l’indignation dont ils souffrent encore aujourd’hui.

Mais tout cela n’a rien à faire avec le point qui nous occupe maintenant. Israël avait les oracles de Dieu, et ces oracles étaient divinement suffisants pour le guider en toutes choses. Il n’y avait aucune place laissée pour les commandements et les doctrines des hommes. La parole de l’Éternel prévoyait chaque circonstance, répondait à toutes les exigences, et cette parole était si claire qu’un commentaire humain était inutile.

L’Église de Dieu est-elle plus mal partagée que l’Israël de jadis, sous le rapport de la direction et de l’autorité ? Les chrétiens sont-ils chargés de choisir et d’organiser eux-mêmes ce qui concerne le culte et le service de Dieu ? Y a-t-il là matière à discussions humaines ? La parole de Dieu est-elle suffisante ou ne l’est-elle pas ? A-t-elle laissé quelque chose sans y pourvoir ? Écoutons le témoignage suivant : « Toute Écriture est inspirée de Dieu, et utile pour enseigner, pour convaincre, pour corriger, pour instruire dans la justice, afin que l’homme de Dieu soit accompli et parfaitement accompli pour toute bonne œuvre » (2 Tim. 3:16, 17).

Voilà qui est concluant. L’Écriture Sainte renferme tout ce qu’il faut à l’homme de Dieu pour le rendre accompli, et propre à tout ce qui peut être appelé une « bonne œuvre ». Or, si cela est vrai quant à l’homme de Dieu individuellement, cela est vrai aussi quant à l’Église de Dieu collectivement. L’Écriture est pleinement suffisante pour l’un et pour l’autre, elle l’est pour tous. Dieu soit béni de ce qu’il en est ainsi ! Quelle grâce immense d’avoir un guide écrit ! Sans cela que ferions-nous ? Que deviendrions-nous ? De quel côté nous tournerions-nous ? Si nous étions laissés à la merci des traditions et des arrangements humains pour les choses de Dieu, quelle confusion désespérante ! Quel conflit d’opinions !

On nous dira peut-être que bien que nous soyons en possession des Saintes Écritures, nous avons néanmoins des sectes, des partis, des confessions, des écoles théologiques innombrables. D’où cela vient-il ? Simplement de ce que nous refusons de nous soumettre moralement à l’autorité de l’Écriture Sainte. C’est le secret du mal, la vraie cause de toutes les sectes et de tous les partis, qui sont la honte et l’opprobre de l’Église de Dieu.

C’est en vain que l’on prendra la défense de cet état de choses, en disant qu’il est le résultat naturel du libre examen et du jugement personnel dont se vante et se glorifie la chrétienté protestante. Nous ne saurions croire un instant qu’une raison semblable subsistera devant le tribunal du Christ. Nous croyons au contraire que cette liberté de pensée, que cette indépendance de jugement si vantées, sont en opposition directe avec l’esprit d’obéissance implicite et respectueuse qui est due à notre adorable Seigneur et Maître. De quel droit un serviteur exercerait-il son jugement personnel, lorsque son maître lui a clairement exprimé sa volonté ? Son devoir est simplement d’obéir, non de raisonner ou de questionner. Il manque à ce devoir en exerçant son jugement particulier.

On convient de tout cela lorsqu’il s’agit des choses terrestres, mais dans les choses de Dieu, les hommes se croient libres de juger par eux-mêmes. C’est une fatale erreur. Dieu nous a donné sa Parole, et cette Parole est si claire que nul ne saurait s’y tromper. Si donc nous nous laissions tous guider par elle, si nous nous inclinions tous, dans un esprit d’implicite obéissance, devant sa divine autorité, il ne saurait y avoir ni opinions contradictoires, ni sectes diverses. Il est impossible que l’Écriture Sainte puisse enseigner des doctrines contradictoires. Elle ne saurait prêcher à l’un l’anglicanisme, à l’autre le presbytérianisme, à un troisième le méthodisme. Elle ne saurait absolument pas donner des bases opposées à diverses écoles de la pensée. Ce serait faire insulte au volume divin, que de lui attribuer toutes les tristes divisions de l’église professante ; une pensée aussi impie fera frissonner une âme pieuse. L’Écriture ne peut se contredire ; par conséquent si deux hommes ou si dix milliers d’hommes sont enseignés exclusivement par l’Écriture, ils penseront tous de même.

Voyez ce que l’apôtre dit à l’église de Corinthe et à nous aussi : « Or je vous exhorte, frères, par le nom de notre Seigneur Jésus Christ », — remarquez la force de cet appel, — « à parler tous un même langage, et à ce qu’il n’y ait pas de divisions parmi vous, mais que vous soyez parfaitement unis, dans un même sentiment et dans un même avis » (1 Cor. 1:10).

Que fallait-il faire pour obtenir ce résultat béni ? Fallait-il que chacun se permît de juger par soi-même ? Hélas ! ce fut précisément cela qui donna naissance à toutes les divisions, à toutes les disputes de l’assemblée de Corinthe, et lui attira la sévère remontrance du Saint Esprit. Ces pauvres Corinthiens croyaient qu’ils avaient le droit de penser, de juger, de choisir par eux-mêmes, et quel en fut le résultat ? « Car, mes frères, il m’a été dit de vous, par ceux qui sont de chez Chloé, qu’il y a des dissensions parmi vous. Or voici ce que je dis, c’est que chacun de vous dit : Moi, je suis de Paul ; et moi, d’Apollos ; et moi, de Céphas ; et moi, de Christ. Le Christ est-il divisé ? » (1 Cor. 1:11: 12).

Nous avons ici le jugement particulier et ses tristes et immanquables fruits. Un homme a tout autant de droit qu’un autre à juger par lui-même, et aucun n’a le droit d’imposer ses opinions à ses semblables. Que faut-il donc faire ? Jeter aux quatre vents nos pensées particulières, et nous soumettre avec révérence à l’autorité suprême et absolue de l’Écriture. Sinon, comment l’apôtre pouvait-il supplier les Corinthiens de « parler tous le même langage et d’être parfaitement unis dans un même sentiment et dans un même avis ? » Qui est-ce qui devait prescrire le « langage » qu’ils devaient tous « parler » ? Dans le « sentiment » ou dans « l’avis » de qui, devaient-ils « être parfaitement unis » ? Est-ce que tel membre de l’Assemblée, quelque doué qu’il pût être, avait le moindre droit de prescrire ce que ses frères devaient dire, penser ou croire ? Certainement non. Il n’y avait qu’une autorité absolue, parce qu’elle était divine, à laquelle tous étaient tenus, ou plutôt avaient le privilège de se soumettre. Les opinions humaines, la conscience, la raison, le jugement, sont sans aucune valeur en matière d’autorité. La parole de Dieu est la seule autorité, et si nous sommes tous gouvernés par elle, nous « parlerons tous le même langage », et il n’y aura pas de divisions parmi nous, car « nous serons parfaitement unis dans un même sentiment et dans un même avis ».

Condition admirable mais qui, hélas ! n’est pas actuellement celle de l’Église de Dieu ; c’est pourquoi il est parfaitement évident que nous ne sommes pas tous gouvernés par une seule et même autorité suprême, absolue et suffisante, — la voix de l’Écriture Sainte — cette voix bénie qui n’a jamais de note discordante, qui a toujours une harmonie divine pour l’oreille sanctifiée.

Voilà la racine de tout le mal. L’Église s’est éloignée de l’autorité de Christ, telle qu’elle est démontrée dans sa Parole. Tant que cela n’est pas reconnu, il est inutile de discuter les droits des divers systèmes ecclésiastiques ou théologiques. Si un homme ne reconnaît pas que c’est son devoir sacré d’éprouver tout système, quel qu’il soit, au creuset de la parole de Dieu, c’est en vain qu’on discutera avec lui. Si nous n’avons pas une autorité divine, un guide infaillible, comment est-il possible à qui que ce soit d’être certain qu’il marche dans le bon chemin ? S’il est vrai que nous avons la liberté de choisir nous-mêmes parmi les innombrables chemins qui nous entourent, alors, adieu à toute certitude, à la paix de l’âme, au repos du cœur, à toute sainte stabilité. Si nous ne pouvons pas dire de la place que nous occupons, du chemin que nous suivons, et du travail dans lequel nous sommes engagés : « C’est là ce que le Seigneur a commandé », nous pouvons être sûrs que nous sommes dans une fausse position, et plus tôt nous la quitterons mieux ce sera.

Grâce à Dieu, son enfant ou son serviteur n’est pas obligé de demeurer un instant en contact avec ce qui est mal. « Qu’il se retire de l’iniquité, quiconque prononce le nom du Seigneur » (2 Tim. 2:19). Mais comment saurons-nous ce qui est iniquité ? Par la parole de Dieu. Tout ce qui est contraire à l’Écriture dans la doctrine ou dans la morale est iniquité, et je dois m’en retirer, coûte que coûte. C’est une question individuelle : « Quiconque ». « Celui qui a des oreilles » (Matt. 11:15). « Celui qui vaincra ». « Si quelqu’un entend ma voix » (Apoc. 3:20, 21).

Voilà le grand point : c’est la voix de Christ, non celle de cet excellent homme-ci ou de cet excellent homme-là ; ce n’est pas la voix de l’Église, celle des pères ou celle des conciles, mais la voix de notre bien-aimé Seigneur et Maître. C’est la conscience individuelle mise en contact direct avec la voix de Christ, la parole de Dieu vivante et éternelle, l’Écriture Sainte. Pour être au clair et à l’abri de toute incertitude, il nous fallait une autorité suprême et inattaquable, un fanal immuable, et, grâce à Dieu, nous l’avons. Dieu a parlé, il nous a donné sa Parole, et c’est, à la fois, notre devoir, notre privilège, notre sécurité morale et notre bonheur que de lui obéir.

Il est de toute importance que rien ne vienne se placer entre la conscience et la révélation divine. On parle de l’autorité de la voix de l’Église ; de quelle Église ? Est-ce l’église grecque, latine, protestante, presbytérienne ? Toutes diffèrent entre elles, et il y a même des partis, des sectes, des dissensions dans chacune d’elles. Les conciles ont différé ; les pères se sont disputés ; les papes se sont excommuniés l’un l’autre. Dans l’église anglicane, nous avons la haute église, la basse et la large, chacune différant des autres. Dans l’église d’Écosse ou presbytérienne, il y a aussi trois grandes divisions. Et si, dans sa perplexité, une pauvre âme angoissée se détourne de ces grands systèmes, pour chercher la lumière parmi les dissidents, s’en trouvera-t-elle mieux ?

Cher lecteur, le cas est sans espoir. L’église professante tout entière s’est révoltée contre l’autorité de Christ, et ne saurait être un guide ou une autorité pour personne. Dans les chap. 2 et 3 de l’Apocalypse, nous voyons l’Église sous le jugement, et l’appel sept fois répété est : « Que celui qui a des oreilles écoute ». Écoute quoi ? La voix de l’Église ? Impossible ! Le Seigneur ne saurait nous dire d’écouter la voix de ce qui est soi-même sous le jugement. Qui doit-on donc écouter ? « Qu’il écoute ce que l’Esprit dit aux assemblées ».

Mais où cette voix se fait-elle entendre ? Seulement dans les Saintes Écritures données de Dieu, dans sa grâce infinie, pour guider nos âmes dans le chemin de la paix et de la vérité, malgré la ruine totale de l’Église et les ténèbres et la confusion dans la chrétienté baptisée. Le langage humain ne saurait trouver de termes pour exprimer le bonheur de posséder une autorité et un guide divin et infaillible pour notre route ici-bas. Mais rappelons-nous, que nous sommes responsables de la manière dont nous suivons ce guide et nous soumettons à cette autorité. Il est vain et même dangereux moralement de faire profession d’avoir un guide et une autorité divine, si nous ne nous y soumettons pas entièrement. C’est là ce qui caractérisait les Juifs, aux jours de notre Seigneur. Ils avaient les Écritures, mais ils ne leur obéissaient pas. Et l’un des plus tristes caractères de la chrétienté de notre temps, c’est qu’elle se vante de posséder la Bible, tout en mettant hardiment de côté son autorité.

Nous sentons profondément le sérieux de tout ceci, et nous le mettons sur la conscience du lecteur chrétien. La parole de Dieu est virtuellement mise de côté parmi nous. De toutes parts, on pratique et on sanctionne des choses qui, non seulement ne sont pas fondées sur l’Écriture, mais qui lui sont diamétralement opposées.

Nous sommes persuadés que ce qui caractérisera tous ceux qui veulent marcher fidèlement dans ces dernières heures de l’histoire terrestre de l’Église, c’est un profond respect pour la parole de Dieu, et un attachement sincère à la personne de notre Seigneur et Sauveur Jésus Christ. Ces deux choses sont liées ensemble par un anneau sacré et indestructible.

« L’Éternel, notre Dieu, nous parla en Horeb, disant : Vous avez assez demeuré dans cette montagne. Tournez-vous, et partez, et allez à la montagne des Amoréens et dans tous les lieux voisins, dans la plaine, dans la montagne, et dans le pays plat, et dans le midi, et sur le rivage de la mer, au pays des Cananéens et au Liban, jusqu’au grand fleuve, le fleuve Euphrate » (vers. 6, 7).

Nous verrons, en parcourant ce Livre, que l’Éternel s’y adresse à son peuple, d’une manière beaucoup plus directe et plus simple, que dans les trois livres précédents. Nous savons, par le livre des Nombres, que les mouvements du camp étaient dirigés par la nuée, et annoncés par le son de la trompette. Mais, dans ce cinquième livre, il n’est fait allusion ni à l’un ni à l’autre ; c’est beaucoup plus simple et familier : « L’Éternel, notre Dieu, nous parla en Horeb, disant : Vous avez assez demeuré dans cette montagne ».

C’est de toute beauté, et cela nous rappelle l’admirable simplicité des temps des patriarches, lorsque l’Éternel leur parlait comme un homme parle à son ami.

Mais dans l’Exode, le Lévitique et les Nombres, nous avons quelque chose de tout à fait différent. Nous y voyons se déployer un vaste système de types et d’images, de rites, d’ordonnances et de cérémonies, qui étaient imposés au peuple pour un temps, et dont la signification nous est donnée dans l’épître aux Hébreux (Héb. 9:8-10).

Sous ce système, les enfants d’Israël étaient tenus à distance de Dieu. Il n’en était pas pour eux comme du temps de leurs pères, dans le livre de la Genèse. Dieu était comme voilé. Les traits principaux des cérémonies lévitiques étaient, quant à ce qui concernait le peuple, servitude, obscurité, éloignement. Mais, d’un autre côté, leurs types et leurs images représentaient le grand sacrifice, qui est le fondement de tous les conseils merveilleux de Dieu, et par le moyen duquel il peut, en toute justice et d’accord avec l’amour de son cœur, s’acquérir un peuple qui lui est cher, à la louange de la gloire de sa grâce.

Nous l’avons déjà dit, nous trouverons comparativement, peu de rites et de cérémonies dans le livre du Deutéronome. L’Éternel communique plus directement avec le peuple ; les sacrificateurs même se présentent rarement à nous, et quand il est fait allusion à eux, c’est au point de vue moral plutôt que cérémoniel. Nous en aurons la preuve en avançant dans notre étude.

« L’Éternel, notre Dieu, nous parla en Horeb, disant : Vous avez assez demeuré dans cette montagne. Tournez-vous et partez, et allez à la montagne des Amoréens ». Quel privilège d’avoir l’Éternel si près d’eux, s’intéressant à tous leurs mouvements et à tout ce qui les concernait ! Il savait combien de temps ils devaient rester dans un endroit, et de quel côté se diriger ensuite.

Que leur restait-il donc à faire ? Quel était leur devoir pur et simple ? Obéir. Là se trouvait le secret de leur paix, de leur bonheur, de leur sécurité morale. Ils n’avaient pas à s’inquiéter de leurs mouvements ; tout leur voyage était arrangé pour eux par Celui qui connaissait chaque pas du chemin depuis Horeb à Kadès-Barnéa ; ils n’avaient qu’à vivre au jour le jour, dans une heureuse dépendance de Lui.

Position bénie et privilégiée ! Mais elle demandait une volonté brisée. Si, lorsque l’Éternel avait dit : « Vous avez assez demeuré en cette montagne », ils avaient, au contraire, décidé d’y rester un peu plus longtemps, ils y seraient restés sans Lui ; sa compagnie, ses conseils et son secours ne leur étaient assurés que sur le chemin de l’obéissance.

Il en est de même de nous. Nous avons le précieux privilège de pouvoir remettre tout ce qui nous concerne entre les mains, non seulement du Dieu de l’alliance, mais d’un Père qui nous aime. Sa bonne Parole nous dit : « Ne vous inquiétez de rien, mais, en toutes choses, exposez vos requêtes à Dieu par des prières et des supplications avec des actions de grâces ». C’est alors que « la paix de Dieu, laquelle surpasse toute intelligence, gardera vos cœurs et vos pensées dans le Christ Jésus » (Phil. 4:6, 7).

Mais on demandera peut-être : « Comment Dieu dirige-t-il son peuple maintenant ? Nous ne pouvons espérer d’entendre sa voix, nous disant ce que nous avons à faire ».

Nous pouvons être guidés de deux manières : par la Parole et par le Saint Esprit ; et nous devons nous rappeler que ces deux choses seront toujours d’accord. Une personne peut se croire amenée par le Saint Esprit à suivre une certaine ligne de conduite, dont les conséquences sont en opposition avec la parole de Dieu. Son erreur sera mise en évidence. Il est très dangereux de se fier à ses impressions ou d’agir par impulsion ; les conséquences les plus fatales peuvent en résulter. Mais nous pouvons nous fier à l’Écriture sans aucune hésitation, et nous verrons toujours que l’homme conduit par le Saint Esprit n’agira jamais en contradiction avec la parole de Dieu. C’est ce que nous pouvons appeler un axiome de la vie divine ; une règle immuable du christianisme pratique. Que n’y a-t-on prêté plus d’attention dans toutes les périodes de l’histoire de l’Église !

Un autre côté de cette question demande encore notre sérieuse considération. On entend souvent parler « de la divine Providence », comme d’un guide auquel on peut se fier. Il se peut que ce ne soit là qu’une manière d’exprimer l’idée d’être guidé par les circonstances, ce qui est loin d’être une direction convenable pour un chrétien. Sans doute, le Seigneur nous fait connaître quelquefois sa volonté, et nous montre notre chemin d’une manière que nous appelons providentielle ; mais nous devons vivre bien près de Lui pour pouvoir discerner convenablement ce fait ; sans cela, il se peut que ce que nous appelons « circonstances providentielles », ne soient que des pierres d’achoppement sur le sentier de l’obéissance. Les circonstances extérieures doivent être pesées en la présence de Dieu et jugées à la lumière de sa Parole, sans quoi elles peuvent nous conduire aux plus graves erreurs. Bref, la parole de Dieu est la pierre de touche parfaite pour toutes choses ; les circonstances extérieures, les impressions intimes et les sentiments, — tout doit être placé dans la lumière de l’Écriture Sainte, et jugé là calmement et sérieusement. C’est le vrai chemin de la paix, de la sûreté et de la bénédiction pour tout enfant de Dieu.

On peut répondre à tout ceci, que nous ne saurions nous attendre à trouver un passage de la Bible pour nous guider dans les mille détails de notre vie journalière. En effet ; mais il y a dans l’Écriture certains grands principes qui, appliqués à propos, seront une direction divine, même dans les cas où nous ne pourrions trouver un texte formel. En outre, nous avons l’assurance certaine, que notre Dieu peut guider ses enfants en toutes choses, et qu’il le fait. « Par l’Éternel les pas de l’homme sont affermis » (Ps. 37:23). « Il fera marcher dans le droit chemin les débonnaires, et il enseignera sa voie aux débonnaires » (Ps. 25:9). « Je te conseillerai ayant mon œil sur toi » (Ps. 32:8). Il peut nous montrer sa volonté à l’égard de telle ou de telle chose ; sans cela où en serions-nous ? Dans quelque cas que ce soit, il peut nous donner, d’une manière parfaite, la certitude que nous faisons sa volonté ; et, sans cette certitude, nous ne devrions jamais faire un pas. Si nous sommes indécis, restons tranquilles et attendons.

Souvent il arrive que nous nous tourmentons pour des choses que Dieu ne nous demande pas du tout. Quelqu’un disait un jour à un ami : « Je ne sais de quel côté me tourner ». « Eh bien ! ne vous tournez d’aucun côté », fut la sage réponse.

Mais ici se place un point moral de toute importance : c’est notre état d’âme, qui joue ici un grand rôle. Ce sont « les débonnaires qu’il fera marcher dans la justice et auxquels il enseignera sa voie ». Si nous sommes humbles et méfiants de nous-mêmes, si nous comptons sur Dieu en simplicité de cœur, il nous dirigera sûrement. Mais c’est un fatal manque de droiture que de demander conseil à Dieu, lorsque nous avons un parti pris et que notre volonté est en jeu.

Prenez l’exemple de Josaphat, dans 1 Rois 22: « Et il arriva, en la troisième année, que Josaphat, roi de Juda, descendit vers le roi d’Israël », — faute grave, pour commencer, — « Et le roi d’Israël dit à ses serviteurs : savez-vous que Ramoth de Galaad est à nous ? Et nous nous taisons sans la reprendre de la main du roi de Syrie ! Et il dit à Josaphat : Viendras-tu avec moi à la guerre à Ramoth de Galaad ? Et Josaphat dit au roi d’Israël : Moi, je suis comme toi, mon peuple comme ton peuple, mes chevaux comme tes chevaux » et, comme nous le lisons en 2 Chroniques 18:3: « je serai avec toi dans la guerre ».

Nous voyons ici que son parti était pris avant qu’il ne pensât à consulter Dieu dans cette affaire. Il était dans une fausse position. Il était tombé dans le piège de l’ennemi, faute de posséder un œil simple ; il n’était donc pas en état de recevoir la direction divine. Il était décidé à faire sa propre volonté, et le Seigneur lui en laisse recueillir les fruits. Sans la miséricorde infinie de Dieu, il serait tombé sous les coups des Syriens, et on l’aurait emporté mort du champ de bataille.

Il est vrai qu’il avait dit au roi d’Israël : « Enquiers-toi aujourd’hui, je te prie, de la parole de l’Éternel ». Mais à quoi cela servait-il après qu’il s’était engagé à faire cette guerre ? S’il eût été dans un bon état d’âme, il n’aurait jamais demandé conseil pour un cas pareil. Son état d’âme étant mauvais, sa position était fausse, et ses intentions en opposition directe avec les pensées et la volonté de Dieu. Par conséquent, quoiqu’il entendît le messager de l’Éternel prononcer un jugement solennel sur toute cette expédition, il n’en suivit pas moins son propre chemin et fut bien près d’y perdre la vie.

Nous voyons la même chose au chap. 42 de Jérémie. Les Israélites s’adressent au prophète pour savoir s’ils doivent descendre en Égypte. Mais ils étaient déjà tout décidés. Ils voulaient faire leur propre volonté. S’ils avaient été humbles, ils n’auraient pas eu besoin de demander conseil à cet égard. « Et ils dirent à Jérémie : L’Éternel soit entre nous un témoin véritable et fidèle, si nous ne faisons selon toute la parole pour laquelle l’Éternel, ton Dieu, t’enverra vers nous ! Soit bien, soit mal, nous écouterons la voix de l’Éternel, notre Dieu, vers qui nous t’envoyons, afin qu’il nous arrive du bien, quand nous écouterons la voix de l’Éternel, notre Dieu ».

Tout cela paraît très bon et rempli de promesses. Mais remarquez la suite. Lorsqu’ils virent que le jugement et le conseil de Dieu ne s’accordaient pas avec leur volonté, « tous ces hommes orgueilleux parlèrent à Jérémie, disant : C’est un mensonge que tu dis ; l’Éternel, notre Dieu, ne t’a pas envoyé pour nous dire : N’allez point en Égypte pour y séjourner » (chap. 43:2).

L’orgueil et la volonté propre étaient à l’œuvre. Tous ces vœux et toutes ces promesses étaient illusoires : « Vous vous êtes séduits vous-mêmes dans vos âmes, dit Jérémie, quand vous m’avez envoyé vers l’Éternel, votre Dieu, disant : Prie l’Éternel, notre Dieu, pour nous, et selon tout ce que l’Éternel, notre Dieu, dira, ainsi déclare-nous, et nous le ferons ». Tout aurait bien été, si la réponse divine se fût accordée avec leur volonté dans cette affaire, mais comme elle lui était en opposition, ils la repoussent entièrement.

Combien souvent n’en est-il pas ainsi ? La parole de Dieu ne convient pas à l’homme ; elle le juge ; elle est en directe opposition à sa volonté ; elle dérange ses plans ; c’est pourquoi il la rejette. La volonté et la raison humaines sont toujours en antagonisme avec la Parole. Le chrétien doit donc mettre de côté l’une et l’autre, s’il désire réellement être conduit par Dieu. Une volonté non brisée et l’aveugle raison, ne nous mèneront que dans les ténèbres, la misère et la désolation. Jonas voulut aller à Tarsis, quand il aurait dû aller à Ninive, et la conséquence fut qu’il se trouva « dans le sein du sépulcre », avec « les algues enveloppant sa tête » (Jonas 2:6). Ainsi aussi Josaphat voulut monter à Ramoth de Galaad, quand il aurait dû être à Jérusalem ; la conséquence fut qu’il se trouva environné par les épées des Syriens. Le reste du peuple, aux jours de Jérémie, voulut descendre en Égypte, au lieu de rester à Jérusalem ; la conséquence fut qu’ils moururent par l’épée, par la famine et la peste, dans ce pays d’Égypte, « où ils désiraient aller pour y séjourner ».

Il en sera toujours ainsi. Le chemin de la propre volonté est un chemin de ténèbres et de misère. Le chemin de l’obéissance est un sentier de lumière et de bénédiction, un sentier sur lequel les rayons de la faveur divine brillent toujours avec éclat. Ce chemin peut paraître étroit, rude et solitaire, à l’œil humain ; mais, pour l’âme obéissante, c’est un sentier de vie, de paix et de sécurité morale. « Le sentier des justes est comme la lumière resplendissante qui va croissant jusqu’à ce que le plein jour soit établi » (Prov. 4:18). Sentier précieux ! Puissions-nous tous être trouvés y marchant d’un pas résolu !

Avant de quitter ce sujet si pratique de l’obéissance et de la direction divine, nous prierons nos lecteurs de s’arrêter avec nous quelques instants sur un beau passage du chapitre 11 de Luc ; ils le trouveront rempli d’instructions précieuses.

« La lampe du corps, c’est ton œil ; lorsque ton œil est simple, ton corps tout entier aussi est plein de lumière ; mais lorsqu’il est méchant, ton corps aussi est ténébreux. Prends donc garde que la lumière qui est en toi ne soit ténèbres. Si donc ton corps tout entier est plein de lumière, n’ayant aucune partie ténébreuse, il sera tout plein de lumière, comme quand la lampe t’éclaire de son éclat » (vers. 34-36).

Rien ne peut égaler la beauté et la force morales de ce passage. Tout d’abord, nous avons « l’œil simple ». Il est essentiel pour la jouissance de la direction divine. Il indique une volonté brisée, un cœur honnêtement résolu à faire la volonté de Dieu, sans prétextes personnels ou autres, et quelle que puisse être cette volonté.

Quand l’âme est dans cette situation, la lumière divine y resplendit et le corps en est rempli. D’où il suit que, si le corps n’est pas plein de lumière, c’est que l’œil n’est pas simple ; la volonté propre, des motifs divers, des intérêts personnels sont en jeu ; nous ne sommes pas droits devant Dieu. Dans ce cas, la lumière que nous faisons profession d’avoir est ténèbres ; et il n’y a pas de ténèbres plus profondes et plus terribles, que ces ténèbres judiciaires, qui s’étendent sur un cœur gouverné par la propre volonté, tout en professant d’avoir la lumière de Dieu. Cela se verra avec toute son horreur dans la chrétienté, lorsque « sera révélé l’inique, que le Seigneur Jésus consumera par le souffle de sa bouche et qu’il anéantira par l’apparition de sa venue » (2 Thes. 2:8).

Combien cela est terrible ! et avec quelle solennité cela s’adresse à l’église professante tout entière ; à vous et à moi aussi, cher lecteur ! La lumière non utilisée devient ténèbres. « Si la lumière qui est en toi est ténèbres, combien seront grandes les ténèbres » (Matt. 6:23). D’autre part, une faible lumière, sincèrement suivie, augmentera sûrement, car « à celui qui a, il sera donné davantage ».

Ce progrès moral est admirablement exposé au verset 36 de Luc 11: « Si donc ton corps tout entier est plein de lumière, n’ayant aucune partie ténébreuse », — pas de coin fermé aux rayons célestes, — pas de réserve déloyale, — tout ton être moral sera exposé à l’action de la lumière divine. De plus, l’âme obéissante a non seulement une lumière pour son propre sentier, mais cette lumière brille au dehors, de sorte que d’autres la voient, comme l’éclat brillant d’une lampe. « Que votre lumière luise ainsi devant les hommes, en sorte qu’ils voient vos bonnes œuvres et qu’ils glorifient votre Père qui est dans les cieux » (Matt. 5:16).

Le sentier du juste est celui de la sagesse céleste, de la paix parfaite. N’oublions jamais que c’est notre grand privilège d’être dirigés par Dieu dans les plus petits détails de notre vie de chaque jour. Celui qui n’est pas ainsi guidé bronchera souvent ; il fera plus d’une chute, plus d’une triste expérience. Quel privilège béni que de marcher, jour après jour, dans le sentier tracé pour nous par notre Père ; sentier que l’œil de l’aigle n’a point vu, que le lionceau n’a point foulé ; sentier d’une sainte obéissance, dans lequel les humbles et les petits se trouveront toujours, à la louange et à la gloire de Celui qui le leur a ouvert.

Dans la suite de notre chapitre, Moïse répète au peuple, dans un langage d’une touchante simplicité, les faits relatifs à la nomination des juges et à la mission des espions. Ici, Moïse attribue l’établissement des juges à sa propre suggestion. La mission des espions fut proposée par le peuple. Ce cher serviteur de Dieu trouvait le poids de la congrégation trop lourd pour lui ; il était lourd en effet, bien que nous sachions que la grâce de Dieu était amplement suffisante pour tous les besoins, et de plus, que cette grâce pouvait agir tout aussi bien avec un seul homme qu’avec soixante et dix.

Nous pouvons néanmoins comprendre la crainte qu’éprouvait « l’homme le plus doux de la terre », relativement à la responsabilité d’une charge aussi importante ; le langage qu’il emploie pour exprimer cette crainte est touchant au plus haut degré : « Et je vous parlai, en ce temps-là, disant : Je ne puis, moi seul, vous porter ». Non, assurément, nul homme ne l’aurait pu ; mais Dieu était là pour répondre aux besoins de tous les moments. « L’Éternel, votre Dieu, vous a multipliés, et vous voici aujourd’hui, en multitude, comme les étoiles des cieux. Que l’Éternel, le Dieu de vos pères, ajoute à votre nombre mille fois ce que vous êtes, et vous bénisse, comme il vous l’a dit ! » (vers. 10-12). Belle parenthèse ! Souhaits d’un cœur généreux ! — « Comment porterais-je, moi seul, votre charge, et votre fardeau, et vos contestations ? »

Le secret de beaucoup de leurs « charges et de leurs fardeaux » c’est qu’ils n’étaient pas d’accord entre eux ; il y avait des différends, des controverses et des procès ; et qui aurait pu porter un tel poids ? N’en aurait-il pas dû être autrement ? S’ils eussent marché d’accord, il n’y aurait pas eu de procès à juger, et par conséquent nul besoin de juges pour les juger. Si chaque membre de la congrégation eût cherché l’intérêt, l’avantage, le bonheur de ses frères, il n’y aurait pas eu de querelles.

Il n’en était point ainsi d’Israël dans le désert et, ce qui est bien plus humiliant, il n’en est pas ainsi de l’Église de Dieu, quoique nos privilèges soient bien plus grands.

À peine l’assemblée eut-elle été formée, par la présence du Saint Esprit, que des accents de murmure et de mécontentement s’y firent entendre. Et pourquoi ? À propos d’une « négligence » réelle ou imaginaire (Actes 6). Quoi qu’il en soit, le moi était à l’œuvre. Si la négligence était imaginaire, les Grecs étaient blâmables ; si elle était réelle, alors les Hébreux étaient blâmables. Il arrive ordinairement en pareils cas, qu’il se trouve des fautes des deux côtés ; mais le seul moyen d’éviter les disputes, les dissensions et les murmures, c’est de fouler aux pieds le moi et de rechercher sincèrement le bien des autres. Si cela eût été compris et pratiqué dès le commencement, combien la tâche de l’historien sacré eût été différente ! Mais, hélas ! l’histoire de l’église professante n’est, dès son début, qu’un récit déplorable et humiliant de divisions et de divergences. En présence du Seigneur lui-même, dont la vie tout entière était une vie d’abnégation complète, les disciples se disputent, pour savoir lequel d’entre eux sera le plus grand. Quiconque connaît la vraie grandeur morale, qui consiste à dépouiller le moi, ne recherchera pas la meilleure place. Être près de Christ, satisfait tellement un cœur humble, qu’il ne fait aucun cas des honneurs ou des distinctions. Mais quand le moi domine, on voit paraître l’envie et la jalousie, les dissensions, les querelles, et tout ce qui est mauvais.

Voyez la scène entre les deux fils de Zébédée et leurs dix frères, au chapitre 10 de Marc.

Le moi en était la cause. Les deux premiers pensaient à se procurer une bonne place dans le royaume, et les dix autres en « conçurent de l’indignation contre eux ». Si chacun avait mis de côté le moi et recherché le bien des autres, cette scène n’aurait jamais eu lieu.

Il est superflu de multiplier les exemples. Chaque siècle de l’histoire de l’Église prouve la vérité de notre assertion : que l’égoïsme et ses viles menées sont les causes qui produisent la division, depuis les temps des apôtres jusqu’à nos jours. En revanche, on verra que l’oubli de soi et de ses intérêts est le secret de la paix, de la concorde et de l’amour fraternel. Si nous apprenons à mettre le moi de côté, pour rechercher sincèrement la gloire de Christ et le bien de son peuple bien-aimé, alors nous n’aurons guère de « procès » à juger.

Mais revenons à notre chapitre.

« Donnez-vous des hommes sages, et intelligents, et connus, selon vos tribus, et je les établirai chefs sur vous. Et vous me répondîtes et dîtes : La chose que tu as dit de faire est bonne. Et je pris les chefs de vos tribus, des hommes sages et connus », — des hommes préparés par Dieu, et possédant, parce qu’ils la méritaient, la confiance de la congrégation, — « et je les établis chefs sur vous, chefs de milliers, et chefs de centaines, et chefs de cinquantaines, et chefs de dizaines, et officiers sur vos tribus » (vers. 13-15).

Admirable arrangement ! Puisqu’il y avait lieu de le faire, rien n’était mieux adapté au maintien de l’ordre, que ces degrés d’autorité allant du gouverneur de dizaines au gouverneur de milliers, — le législateur étant à la tête de tous, et lui-même en communication directe avec le Dieu d’Israël.

Il n’est pas fait allusion ici au fait rapporté au chap. 17 de l’Exode, savoir que l’établissement de ces juges se fit à la suggestion de Jéthro, le beau-père de Moïse. Il n’est non plus pas fait mention de la scène du chap. 11 des Nombres. Nous ferons remarquer au lecteur, que c’est là une des nombreuses preuves que ce livre est loin d’être une pure répétition des autres sections du Pentateuque. Ce livre a un caractère qui lui est particulier, et la manière dont les faits y sont présentés est en parfait accord avec le but du Saint Esprit, qui était de parler au cœur des enfants d’Israël, afin d’obtenir ce grand résultat, objet tout spécial du livre, savoir une obéissance filiale à toutes les ordonnances de l’Éternel, leur Dieu.

Les incrédules et les rationalistes voudraient nous faire voir des contradictions dans les divers récits donnés par les différents livres, mais le lecteur pieux rejettera avec une sainte indignation une telle suggestion, qui procède directement du père du mensonge, cet Ennemi déclaré de la Révélation. Si nous consentons à être aussi simples qu’un petit enfant, nous jouirons de la révélation de l’amour du Père, telle qu’elle nous est donnée par le Saint Esprit dans l’Écriture. D’un autre côté, ceux qui se croient sages et comptent sur leur savoir, leur philosophie et leur raison, qui se croient compétents pour juger la parole de Dieu et, par conséquent, Dieu lui-même, ceux-là seront laissés à leur aveuglement et à leur endurcissement de cœur. « Où est le sage ? où est le scribe ? où est le disputeur de ce siècle ? Dieu n’a-t-il pas fait de la sagesse du monde une folie ? » (1 Cor. 1:20).

« Si quelqu’un veut être sage, qu’il devienne fou ». Tel est le secret de toute l’affaire.

Continuons maintenant notre étude.

« Et je commandai à vos juges, en ce temps-là, disant : Écoutez les différends entre vos frères, et jugez avec justice entre un homme et son frère, et l’étranger qui est avec lui. Vous ne ferez point acception des personnes dans le jugement ; vous entendrez aussi bien le petit que le grand ; vous n’aurez peur d’aucun homme, car le jugement est de Dieu ; et l’affaire qui sera trop difficile pour vous, vous me la présenterez, et je l’entendrai » (vers. 16, 17).

Quelle sainte et juste impartialité ! Dans tous les cas de divergences, on devait entendre les deux parties, sans aucune acception de personnes. Le jugement devait se baser, non sur les impressions personnelles, mais sur les faits clairement établis. La position et les circonstances des plaignants n’étaient point prises en considération. La justice seule devait décider la question. « Vous entendrez aussi bien le petit que le grand ». Le pauvre devait avoir la même mesure que le riche, l’étranger que celui qui était né au pays.

Combien tout cela est rempli d’instruction pour nous tous ! Il est vrai que nous ne sommes pas tous appelés à être des juges, des chefs ou des gouverneurs, mais les grands principes moraux posés dans le passage cité plus haut, sont de toute importance pour chacun de nous, car il se présente constamment des cas qui en demandent l’application directe. Dans quelque position que nous soyons, nous pouvons être appelés à voir des divergences entre nos frères, des cas de torts réels ou imaginaires, et il nous est nécessaire d’être divinement instruits sur ce que nous avons à faire dans de semblables occasions.

Dans les cas de cette nature, nous ne saurions trop nous rappeler que notre jugement doit être basé sur tous les faits de l’un et de l’autre côté. Nous ne nous laisserons pas influencer par nos impressions, car nous savons qu’elles peuvent nous tromper. Il nous faut des faits réels et irrécusables — des faits établis par deux ou trois témoins, comme l’Écriture le dit si clairement (Deut. 17:6 ; Matt. 18:16 ; 2 Cor. 13:1 ; 1 Tim. 5:19).

En outre, nous ne devons jamais nous borner, dans une affaire à juger, à une affirmation ex parte (*). Chacun est sujet, même avec les meilleures intentions, à colorer ses assertions de telle ou telle manière, sans avoir la moindre idée de mentir ou de porter un faux témoignage. Le manque de mémoire ou telle autre cause, peut faire omettre un point important, ou, au contraire, lui donner trop d’importance, ou en altérer la signification. « Audi alteram partem » (écoute l’autre partie) est une maxime à suivre. Écoutons donc les deux parties, et nous pourrons porter un jugement juste et équitable. En règle générale, tout jugement formé sans une exacte connaissance de tous les faits, n’a aucune valeur. « Écoutez les différends entre vos frères, et jugez avec justice entre un homme et son frère, et l’étranger qui est avec lui ». Paroles utiles en tout temps.


(*) terme juridique indiquant que le juge juge une affaire en n’ayant à faire qu’à une seule partie, et non pas deux parties pouvant apporter des arguments contradictoires.


Quelle injonction importante aussi au verset 17: Comme ces paroles dévoilent le pauvre cœur humain ! Ne sommes-nous pas portés à avoir égard à l’apparence, à être influencés par les personnes, à mettre de l’importance à la position, à la fortune ; à craindre l’homme ?

L’antidote divin à tous ces maux est la crainte de Dieu. Si nous avons le Seigneur devant nos yeux en tout temps, cela nous délivrera de la pernicieuse influence de la partialité, des préventions et de la crainte des hommes, sources de tant de mal parmi les enfants de Dieu.

Voyons maintenant le récit fait par Moïse de la mission des espions, de son origine et de ses résultats.

« Et je vous commandai, en ce temps-là, toutes les choses que vous devez faire » (vers. 18). Le sentier de l’obéissance était mis devant eux, ils n’avaient qu’à y marcher d’un pas ferme et avec un cœur soumis. Ils n’avaient pas à raisonner ou à peser les conséquences. Ils devaient laisser tout cela entre les mains de Dieu et avancer résolument dans ce sentier béni.

« Et nous partîmes d’Horeb, et nous traversâmes tout ce grand et terrible désert que vous avez vu, le chemin de la montagne des Amoréens, comme l’Éternel, notre Dieu, nous l’avait commandé, et nous vînmes jusqu’à Kadès-Barnéa. Et je vous dis : Vous êtes arrivés jusqu’à la montagne des Amoréens, laquelle l’Éternel, notre Dieu, nous donne. Regarde, l’Éternel, ton Dieu, a mis devant toi le pays : monte, prends possession comme l’Éternel, le Dieu de tes pères, te l’a dit ; ne crains point et ne t’effraye point » (v. 19-21).

Tel était leur mandat pour entrer en possession immédiate. L’Éternel, leur Dieu, leur avait donné le pays et l’avait mis devant eux. Il leur appartenait, c’était le don gratuit de sa grâce souveraine en suite de l’alliance qu’il avait faite avec leurs pères, son dessein, de toute éternité. Cela aurait dû suffire pour mettre leur cœur en repos, non seulement quant à la nature du pays, mais encore quant à la manière dont ils y entreraient. Il n’y avait nul besoin d’espions. La foi ne demande pas à examiner ce que Dieu a donné, elle conclut que ce qu’il a donné doit être bon à avoir, et qu’Il est capable de nous faire entrer en pleine possession de tout ce que sa grâce nous a accordé. Israël aurait pu conclure que la même main qui les avait guidés « dans tout ce grand et terrible désert », pouvait les faire entrer et les affermir dans leur héritage.

C’est ainsi que la foi aurait raisonné, car elle va de Dieu aux circonstances, jamais des circonstances à Dieu. « Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? » (Rom. 8:31). C’est l’argument de la foi, grand dans sa simplicité, et simple dans sa grandeur morale. Lorsque Dieu remplit tout l’horizon de la vision de l’âme, les difficultés sont de peu d’importance. Ou bien elles passent inaperçues, ou bien elles sont considérées comme des occasions pour le déploiement de la puissance divine. La foi aime à voir Dieu triompher des difficultés.

Mais, hélas ! le peuple n’était pas gouverné par la foi dans cette circonstance, c’est pourquoi il eut recours aux espions. C’est ce que Moïse leur rappelle dans un langage à la fois tendre et fidèle. « Et vous vous approchâtes tous de moi, et vous dîtes : Envoyons des hommes devant nous, et ils examineront le pays pour nous, et ils nous rapporteront des nouvelles du chemin par lequel nous pourrons monter et des villes auxquelles nous viendrons » (vers. 22).

Ils auraient dû se reposer sur Dieu pour tout cela. Celui qui les avait fait sortir du pays d’Égypte, qui leur avait frayé un passage à travers la mer, qui les avait guidés dans le désert, était bien capable de les faire entrer dans le pays. Mais non, ils veulent envoyer des espions, parce que leurs cœurs n’avaient pas confiance dans le Dieu Tout-Puissant.

C’était là le secret de l’affaire, soyons-en bien persuadés. S’il nous est dit dans les Nombres que l’Éternel commanda à Moïse d’envoyer les espions, c’est à cause de la condition morale du peuple. Nous voyons là la différence caractéristique, et, en même temps, la belle harmonie des deux livres. Les Nombres nous donnent l’histoire publique, le Deutéronome nous montre la raison secrète de la mission des espions. L’une est le complément de l’autre, et chacune en parfait accord avec le caractère du livre. Nous ne comprendrions pas le sujet à fond, si nous n’avions que le récit donné dans les Nombres. Le commentaire fourni par le Deutéronome complète le tableau.

Il se peut cependant que le lecteur demande comment ce pouvait être mal de les envoyer, puisque l’Éternel leur avait dit de le faire ? Nous répondrons : le mal n’était pas dans le fait qu’on les envoyait, mais dans leur désir de les envoyer. Ce désir était le fruit de l’incrédulité ; l’ordre de les envoyer fut donné à cause de cette incrédulité.

Nous voyons quelque chose de semblable en Matt. 19, touchant le divorce : « Moïse, à cause de votre dureté de cœur, vous a permis de répudier vos femmes ; mais, au commencement, il n’en était pas ainsi ».

Tout s’explique aussi dans l’affaire des espions. Israël n’aurait pas dû en avoir besoin ; une foi simple n’y aurait jamais pensé. Mais l’Éternel vit l’état des choses, et donna un ordre en accord avec cet état. De même, plusieurs siècles plus tard, il vit que le cœur du peuple désirait un roi, et il commanda à Samuel de leur en donner un (lisez 2 Sam. 8:7-9).

Nous voyons que, lorsque Dieu satisfait un désir, ce n’est nullement une preuve que ce désir soit selon Lui. Israël n’aurait pas dû demander un roi, l’Éternel ne leur suffisait-il pas ? N’était-il pas leur roi ? Ne pouvait-il pas, comme toujours, les conduire à la bataille et combattre pour eux ? Pourquoi rechercher le bras de la chair ? Tout pouvoir, toute sagesse, toute vraie bonté, se trouvaient en l’Éternel, leur Dieu, et ils pouvaient y avoir recours en tout temps et dans toutes leurs nécessités.

Et lorsqu’ils possédèrent le roi que leur cœur désirait, que fit ce roi pour eux ? « Tout le peuple le suivait en tremblant » (1 Sam. 13:7). Plus nous étudions la triste histoire du règne de Saül, plus nous voyons que, du commencement à la fin, il fut un obstacle plutôt qu’une aide. Son règne fut un lamentable fiasco, exprimé par ces paroles du prophète Osée (13:11) : « Je t’ai donné un roi dans ma colère, et je l’ai ôté dans ma fureur ». En un mot, Saül fut la réponse à l’incrédulité et à la volonté propre du peuple, c’est pourquoi toutes leurs brillantes espérances à son sujet furent bientôt totalement détruites. Il ne répondait point au cœur de Dieu, et, par conséquent, il ne répondit point aux besoins du peuple. Il se montra tout à fait indigne de la couronne, et sa mort ignominieuse sur la montagne de Guilboa fut en accord avec toute sa carrière.

Maintenant, si nous considérons la mission des espions, nous voyons qu’elle se termine aussi par un désappointement complet. Il n’en pouvait être autrement, puisqu’elle était le fruit de l’incrédulité. Il est vrai que Dieu leur donna des espions ; aussi Moïse dit-il, avec une grâce touchante : « Et la chose fut bonne à mes yeux, et je pris d’entre vous douze hommes, un homme par tribu ». C’était la grâce s’abaissant à l’état du peuple, et consentant à un projet qui convenait à cet état. Mais cela ne prouve nullement que, soit le projet, soit l’état du peuple, fussent selon Dieu. Béni soit son Nom, il peut nous venir en aide dans notre incrédulité, quoiqu’il soit affligé et déshonoré par elle.

Il aime une foi ferme et franche, la seule chose au monde qui lui donne sa vraie place. C’est pourquoi, lorsque Moïse dit au peuple : « Regarde, l’Éternel, ton Dieu, a mis devant toi le pays : monte, prends possession, comme l’Éternel, le Dieu de tes pères, te l’a dit ; ne crains point, et ne t’effraye point », quelle aurait dû être leur réponse ? « Nous voici, ô Éternel, conduis-nous à la victoire. Tu nous suffis. Avec toi pour chef, nous avancerons avec confiance. Pour toi les difficultés ne sont rien. Peu nous importe ce qui nous attend : les géants, les hautes murailles, les tours menaçantes, ne sont devant Toi, ô Éternel, Dieu d’Israël, que comme des feuilles sèches devant l’orage. Conduis-nous donc, ô Éternel ! »

Tel ne fut pas le langage d’Israël. Dieu ne leur suffisait pas. Ils ne se fiaient pas à ce qu’il leur avait dit du pays. Le pauvre cœur humain veut tout essayer plutôt que de dépendre simplement de Dieu. L’homme naturel ne peut se confier en Dieu, parce qu’il ne le connaît point. Il n’y a rien au monde de plus béni qu’une vie de foi simple et réelle. Mais on se fait illusion si l’on croit vivre de foi, tandis que le cœur s’appuie sur quelque soutien humain. Le vrai croyant n’a affaire qu’à Dieu. Toutes ses ressources sont en Lui. Ce n’est pas qu’il n’apprécie les instruments que Dieu veut bien employer ; au contraire, il les apprécie hautement, précisément parce qu’ils sont les moyens dont Dieu se sert pour venir en aide et bénir. Mais il ne leur donne pas la place de Dieu. Il dit : « Mais toi, mon âme, repose-toi paisiblement sur Dieu ; car mon attente est en lui. Lui seul est mon rocher » (Ps. 62:5, 6).

Il y a une force toute particulière dans ce mot « seul ». Il sonde le cœur. S’attendre à l’homme, soit directement, soit indirectement, pour suppléer à un besoin quelconque, c’est, en principe, s’écarter de la vie de foi. Et quelle triste chose que de compter sur les moyens humains ! C’est, au point de vue moral, aussi dégradant que la vie de foi est ennoblissante, — et c’est aussi illusoire que dégradant. Israël voulut envoyer des espions, et toute l’affaire tourna à sa confusion.

« Et ils se tournèrent, et montèrent dans la montagne, et vinrent jusqu’au torrent d’Eshcol, et explorèrent le pays. Et ils prirent dans leurs mains du fruit du pays et nous l’apportèrent, et ils nous rendirent compte et dirent : Le pays, que l’Éternel, notre Dieu, nous donne, est bon » (vers. 24, 25). Puisque Dieu le donnait, il ne pouvait être que bon. Avaient-ils besoin d’espions pour leur dire que le don de Dieu était bon ? Assurément non. Une foi simple aurait raisonné ainsi : « Tout ce que Dieu donne doit être digne de Lui ; nous n’avons pas besoin d’espions pour nous en assurer ». Mais hélas ! cette foi simple est un joyau extrêmement rare, et ceux-là même qui le possèdent n’en connaissent que bien peu la valeur et ne savent guère s’en servir. Parler de la vie de foi et vivre de cette vie, c’est deux choses, comme le sont la théorie et la pratique. N’oublions jamais que c’est le privilège de tout enfant de Dieu de vivre de foi, et que cette vie embrasse tout ce qui est nécessaire au chrétien du commencement à la fin de sa carrière terrestre.

Le lecteur remarquera de quelle manière Moïse fait allusion à la mission des espions. Il se borne à cette portion de leur témoignage qui était selon la vérité. Il ne dit rien des dix espions infidèles. Ceci est en parfait accord avec le caractère et l’objet du livre. Tout s’y adresse à la conscience de l’assemblée. Il leur rappelle qu’ils avaient eux-mêmes proposé d’envoyer les espions, et que, quoique ces derniers eussent placé devant eux du fruit du pays, et témoigné de son excellence, ils ne voulurent pas y monter : « Mais vous ne voulûtes pas monter, et vous fûtes rebelles au commandement de l’Éternel, votre Dieu » (vers. 26). Ils étaient sans excuse. Leur cœur était évidemment dans un état d’incrédulité et de rébellion, et la mission des espions, du commencement à la fin, ne fit que le manifester pleinement.

« Et vous murmurâtes dans vos tentes, et vous dites : C’est parce que l’Éternel nous hait », — terrible mensonge ! — « qu’il nous a fait sortir du pays d’Égypte, afin de nous livrer aux mains des Amoréens, pour nous détruire ». Combien les arguments de l’incrédulité sont absurdes ! Sûrement, si l’Éternel les eût haïs, rien ne lui eût été plus facile que de les laisser mourir parmi les fours à briques des Égyptiens, sous le fouet cruel des exacteurs du Pharaon. Pourquoi s’était-il donné tant de peine à leur sujet ? Pourquoi ces dix plaies envoyées sur le pays de leurs oppresseurs ?

S’il les haïssait, pourquoi n’avait-il pas laissé les eaux de la Mer Rouge les engloutir, comme elles avaient englouti leurs ennemis ? Pourquoi les avait-il délivrés de l’épée d’Amalek ? Ah ! s’ils n’eussent pas été gouvernés par un esprit d’aveugle incrédulité, tant de preuves magnifiques de son amour les auraient amenés à une conclusion tout opposée à celle qu’ils osèrent exprimer. Il n’y a rien sous le ciel de plus irrationnel que l’incrédulité ; il n’y a rien de plus logique que la simple confiance d’une foi enfantine. Puisse le lecteur faire toujours l’expérience de cette vérité !

« Et vous murmurâtes dans vos tentes ». L’incrédulité non seulement raisonne, mais elle murmure. Elle ne voit ni le bon, ni le beau côté des choses. Elle n’est jamais au clair, parce qu’elle met Dieu de côté et ne regarde qu’aux circonstances. Ils dirent : « Où monterions-nous ? Nos frères nous ont fait fondre le cœur, en disant : C’est un peuple plus grand et de plus haute taille que nous » ; — mais ils n’étaient pas plus grands que Jéhovah ; — « les villes sont grandes, et murées jusqu’aux cieux » ; — grossière exagération de l’incrédulité ! — « et de plus nous avons vu là des fils des Anakim ».

La foi aurait répondu : Eh bien ! si les villes sont murées jusqu’au ciel, notre Dieu est au-dessus d’elles, car il est dans le ciel. Que sont les grandes cités et les hautes murailles pour Celui qui créa l’univers, et le soutient par la parole de sa puissance ? Que sont les Anakim en présence du Dieu Tout-Puissant ? Si le pays était couvert de villes murées, de Dan à Beër-Shéba, et si les géants étaient aussi nombreux que les feuilles d’une forêt, tout cela serait comme de la balle pour Celui qui avait promis de donner à toujours la propriété du pays de Canaan à la postérité d’Abraham, son ami.

Mais Israël n’avait pas la foi, comme l’apôtre nous le dit au chapitre 3 des Hébreux : « Ils n’y purent entrer à cause de l’incrédulité ». Là était la difficulté. Les villes à hautes murailles et les terribles Anakim n’auraient pas été des obstacles, si Israël ne s’était confié qu’en Dieu, qui en aurait promptement eu raison. L’incrédulité nous prive toujours de la bénédiction. Elle s’oppose au rayonnement de la gloire de Dieu ; elle jette une ombre sur nos âmes, et nous ôte le privilège de faire l’expérience de la toute-suffisance de notre Dieu, pour suppléer à tous nos besoins et pour écarter toutes nos difficultés.

Béni soit-il de ce qu’il ne fait jamais défaut au cœur qui se confie en Lui, et plus on Lui demande, plus il aime à donner. Ne nous dit-il pas : « Ne crains pas, crois seulement » (Marc 5:36), ou encore : « Qu’il vous soit fait selon votre foi » (Matt. 9:19). Précieuses paroles ! Puissions-nous tous en réaliser pleinement la douceur et la force ! Nous pouvons être certains que nous ne saurions jamais aller trop loin en comptant sur Dieu. Nous manquons toujours en ne puisant pas assez dans ses trésors infinis : « Ne t’ai-je pas dit que, si tu crois, tu verras la gloire de Dieu ? » (Jean 11:40).

L’envoi des espions finit comme il avait commencé par l’incrédulité la plus déplorable. Dieu étant mis de côté, ils ne voyaient que les difficultés.

« Ils n’y purent entrer ». Ils ne purent voir la gloire de Dieu. Écoutons les paroles de Moïse ; elles font du bien au cœur ; elles en touchent les cordes les plus sensibles ; « Et je vous dis : Ne vous épouvantez pas, et ne les craignez point ; L’Éternel, votre Dieu, qui marche devant vous combattra lui-même pour vous ». — Dieu combattant pour le peuple ! l’Éternel, un homme de guerre ! — « Il combattra pour vous, selon tout ce qu’il a fait pour vous sous vos yeux, en Égypte, et dans le désert, où tu as vu que l’Éternel, ton Dieu, t’a porté comme un homme porte son fils, dans tout le chemin où vous avez marché, jusqu’à ce que vous soyez arrivés en ce lieu-ci. Mais, dans cette circonstance, vous ne crûtes point l’Éternel, votre Dieu, qui, afin de reconnaître pour vous un lieu pour que vous y campiez, allait devant vous dans le chemin, la nuit, dans le feu, pour vous faire voir le chemin où vous deviez marcher, et le jour, dans la nuée ».

Quelle force morale, quelle touchante douceur dans cet appel ! Comme nous voyons clairement ici, ainsi qu’à chaque page du livre, que le Deutéronome n’est pas une simple répétition de faits, mais un puissant commentaire de ces faits qui touche tout à fait le cœur. La manière d’agir si tendre de l’Éternel est indiquée ici avec une délicatesse inimitable. Qui ne serait frappé par cette douce image : « Comme un homme porte son fils ? » Si la force de la main de l’Éternel, ou la supériorité de son intelligence, se voient dans la nature de son action, l’amour de son cœur se montre dans la manière, dont il l’accomplit.

Les Israélites, néanmoins, ne pouvaient croire que Dieu les ferait entrer au pays. Malgré les merveilleuses preuves qu’il leur avait données de sa puissance, de sa fidélité, de sa bonté, depuis les fours à briques d’Égypte, jusqu’aux confins du pays de Canaan, ils restaient incrédules. « Et l’Éternel entendit la voix de vos paroles et fut courroucé, et jura, disant : Si aucun de ces hommes, de cette génération méchante, voit ce bon pays que j’ai juré de donner à vos pères ! excepté Caleb, fils de Jephunné : lui, le verra, et je lui donnerai, et à ses fils, le pays où il a marché, parce qu’il a pleinement suivi l’Éternel » (v. 35-36).

« Ne t’ai-je pas dit que, si tu crois, tu verras la gloire de Dieu ? » (Jean 11:40). Tel est l’ordre divin. Les hommes disent que voir c’est croire, mais dans le royaume de Dieu, croire c’est voir.

Pourquoi aucun des hommes de cette méchante génération ne put-il voir ce bon pays ? Simplement, parce qu’ils n’avaient pas cru l’Éternel, leur Dieu. Et pourquoi Caleb eut-il la permission de le voir et d’en prendre possession ? Simplement, parce qu’il avait cru. L’incrédulité est toujours ce qui nous empêche de voir la gloire de Dieu. « Il ne fit pas là beaucoup de miracles, à cause de leur incrédulité » (Matt. 13:58). Si Israël eût cru, Il l’aurait amené et établi sur la montagne de son héritage.

Il en est de même des chrétiens maintenant. Il n’y a pas de limites aux bénédictions dont nous pourrions jouir, si nous comptions davantage sur Dieu. « Toutes choses sont possibles à celui qui croit » (Marc 9:23). Dieu ne nous dira jamais : « Tu as assez reçu ; tu attends trop ». Impossible, car c’est sa joie de répondre aux espérances les plus vastes de la foi.

Tirons donc largement sur Lui : « Ouvre ta bouche toute grande, et je la remplirai » (Ps. 81:10). Les trésors inépuisables du ciel sont ouverts à la foi. « Quoi que vous demandiez en priant, si vous croyez, vous le recevrez » (Matt. 21:22). « Si quelqu’un de vous manque de sagesse, qu’il demande à Dieu qui donne à tous libéralement et qui ne fait pas de reproches, et il lui sera donné ; mais qu’il demande avec foi, ne doutant nullement » (Jac. 1:5). La foi n’hésite ni ne doute ; l’incrédulité est toujours hésitante et chancelante, c’est pourquoi elle ne voit jamais la gloire de Dieu, ni sa puissance. Elle est sourde à sa voix, et aveugle pour voir ses actes. Elle affaiblit le cœur et les mains ; elle assombrit la route et empêche tout progrès. Elle retint Israël quarante ans loin du pays de Canaan ; et nous n’avons aucune idée de combien de bénédictions elle nous prive. Combien tout irait mieux parmi nous, si la foi était plus vivante dans nos cœurs ! Quelle est la cause de la déplorable stérilité de la chrétienté professante ? Comment expliquerons-nous notre pauvreté morale, notre peu de croissance ? Pourquoi voyons-nous de si faibles résultats de toutes les œuvres chrétiennes ? Pourquoi y a-t-il si peu de véritables conversions ? Pourquoi nos évangélistes sont-ils si souvent découragés à cause du petit nombre de leurs gerbes ? Nous répondrons à toutes ces questions : La cause de tout ce mal est notre incrédulité.

Sans doute que nos divisions y ont aussi leur part, de même que notre mondanité, l’état charnel de nos cœurs, notre égoïsme, notre amour de nos aises. Quel est le remède à tout cela ? Comment nos cœurs seront-ils attirés vers tous nos frères, dans un amour sincère ? « Par la foi » — ce principe précieux — « opérant par l’amour » (Gal. 5:6). Ainsi l’apôtre peut dire aux chers nouveaux convertis de Thessalonique : « Votre foi augmente beaucoup », et puis encore (2 Thes. 1:3) : « Et l’amour de chacun de vous tous, l’un pour l’autre, abonde ». Il en est toujours ainsi. La foi nous met en contact immédiat avec la source éternelle de l’amour en Dieu lui-même, et la conséquence naturelle en est que nos cœurs sont attirés vers tous ceux qui Lui appartiennent, vers tous ceux dans lesquels nous retrouvons, quelque peu que ce soit, son image bénie. Nous ne pouvons être près du Seigneur, et ne pas aimer tous ceux qui, en tous lieux, invoquent son Nom d’un cœur pur. Plus nous sommes près de Christ, plus nous serons intimement unis, dans l’amour fraternel, à chaque membre de son corps.

Quant à la mondanité, sous toutes ses formes, comment la combattrons-nous ? Voici la réponse d’un autre apôtre : « Parce que tout ce qui est né de Dieu est victorieux du monde ; et c’est ici la victoire qui a vaincu le monde, savoir notre foi. Qui est celui qui est victorieux du monde, sinon celui qui croit que Jésus est le Fils de Dieu ? » (1 Jean 5:4, 5). Le nouvel homme marchant dans la puissance de la foi, vit au-dessus du monde, au-dessus de ses intérêts, de ses motifs, de ses usages. Il n’a rien de commun avec lui. Quoique dans le monde, il n’est pas du monde. Il se meut en sens contraire. Toutes ses sources viennent du ciel. Sa vie, ses espérances, son tout est là, et il lui tarde d’y être aussi, quand son œuvre sur la terre sera terminée.

La foi est donc un principe puissant. Elle purifie le cœur, elle opère par l’amour, elle est victorieuse du monde. Il n’est donc pas étonnant que Pierre l’appelle une « foi précieuse » ; elle l’est vraiment au-delà de toute expression.

Voyez comment ce principe agissait en Caleb, et quels fruits bénis il produisit. Caleb put réaliser la vérité de ces paroles, prononcées des centaines d’années plus tard : « Il vous sera fait selon votre foi ». Il crut que Dieu était capable de les faire entrer dans le pays, et que tous les obstacles et toutes les difficultés n’étaient là que pour exercer leur foi ; puis Dieu, comme il le fait toujours, répondit à sa foi (voyez Josué 14:6-14). Qu’elle est édifiante l’expression d’une foi candide ! Quel contraste avec les accents de la sombre incrédulité qui déshonore Dieu ! — « Et Josué le bénit, et donna Hébron en héritage à Caleb, fils de Jephunné. C’est pourquoi Hébron appartient en héritage, jusqu’à ce jour, à Caleb, fils de Jephunné, le Kenizien, parce qu’il avait pleinement suivi l’Éternel, le Dieu d’Israël ».

Caleb, comme son père Abraham, était fort dans la foi, donnant gloire à Dieu. Nous pouvons dire, avec une entière certitude, que comme la foi honore toujours Dieu, Dieu à son tour aime à honorer la foi ; et que si les chrétiens dépendaient plus entièrement de Dieu seul, s’ils puisaient davantage aux sources éternelles, nous verrions un état de choses bien différent autour de nous : « Ne t’ai-je pas dit que, si tu crois, tu verras la gloire de Dieu ? » Oh ! si nous avions une foi plus vivante ! Si nous saisissions plus fermement les promesses de Dieu ! alors nous pourrions attendre des résultats plus glorieux de l’évangélisation ; nous verrions plus de zèle, plus d’énergie, et plus de dévouement dans l’Église, et plus de fruits de justice dans la vie de chaque croyant individuellement.

Au verset 37, Moïse rappelle d’une manière touchante le fait de son exclusion de la terre promise. « Contre moi aussi l’Éternel s’irrita, à cause de vous, disant : Toi non plus, tu n’y entreras pas ». Remarquez ces mots : « à cause de vous ». Il était nécessaire de rappeler à l’assemblée que c’était à cause d’eux que Moïse, ce bien-aimé et honoré serviteur de l’Éternel était empêché de traverser le Jourdain et de poser son pied dans le pays de Canaan. Il est vrai « qu’il avait parlé légèrement de ses lèvres », mais ils l’avaient provoqué en « chagrinant son esprit » (Ps. 106:33). Combien cela aurait dû les toucher ! Non seulement ils ne purent entrer eux-mêmes à cause de leur incrédulité, mais encore ils furent la cause de l’exclusion de Moïse, qui désirait si ardemment « voir cette bonne montagne et le Liban » (Deut. 3:25).

Le gouvernement de Dieu est une solennelle réalité. Le cœur humain s’étonnera peut-être que quelques paroles, prononcées à la légère, aient été une cause suffisante pour empêcher un bien-aimé serviteur d’atteindre l’objet de ses vœux. Nous n’avons qu’à courber la tête ; il ne nous appartient pas de juger ou de raisonner. « Le juge de toute la terre ne fera-t-il pas ce qui est juste ? » (Gen. 18:25). Assurément. Il ne peut se tromper. « Grandes et merveilleuses sont tes œuvres, Seigneur, Dieu Tout-puissant ! Justes et véritables sont tes voies, ô Roi des nations ! » (Apoc. 15:3). « Dieu est extrêmement redoutable dans l’assemblée des saints, et terrible au milieu de tous ceux qui l’entourent » (Ps. 89:7). « Notre Dieu est un feu consumant » (Héb. 12:29), et : « C’est une chose terrible que de tomber entre les mains du Dieu vivant » (Héb. 10:31).

La portée et l’action du gouvernement de Dieu seront-elles différentes, parce que nous, chrétiens, sommes sous la dispensation de la grâce ? Nullement. Il est aussi vrai aujourd’hui que jamais que « ce qu’un homme sème, cela aussi il le moissonnera » (Gal. 6:7). Il ne s’agit donc pas de spéculer sur la liberté de la grâce divine, pour être à l’abri des actes du gouvernement divin. Ces deux choses sont parfaitement distinctes ; on ne devrait jamais les confondre. La grâce peut pardonner gratuitement et pour toujours ; mais les roues du gouvernement de l’Éternel continuent à tourner avec une puissance écrasante. La grâce pardonna le péché d’Adam, mais sa justice le chassa d’Éden pour gagner son pain à la sueur de son front, parmi les épines et les ronces d’un sol maudit. La grâce pardonna le péché de David, mais l’épée du gouvernement resta sur sa maison jusqu’à la fin ; Bath-Shéba fut la mère de Salomon, mais Absalom fomenta une rébellion.

De même pour Moïse : la grâce le fait monter au sommet de Pisga et lui montre le pays, mais le gouvernement lui défend positivement d’y entrer. On objectera que Moïse, dans sa capacité officielle, en tant que représentant le système légal, ne pouvait amener le peuple dans le pays. Cela est vrai, mais ne touche en rien la solennelle vérité qui nous occupe. Ni dans le chapitre 20 des Nombres, ni dans le premier chapitre du Deutéronome, nous ne voyons un mot de Moïse dans sa position officielle. C’est lui-même en personne qui est devant nous, et s’il ne peut entrer dans le pays de la promesse, c’est parce qu’il a parlé légèrement de ses lèvres.

Il sera bon pour nous de bien peser, devant Dieu, cette grande vérité pratique. Soyons certains que plus nous connaîtrons vraiment la grâce, plus nous sentirons la solennité du gouvernement, et plus nous en approuverons les arrêts. Il y a du danger à recevoir avec insouciance et légèreté la doctrine de la grâce, lorsque le cœur et la vie n’en subissent pas la sanctifiante influence. Il n’y a rien de plus terrible qu’une légèreté charnelle relativement à la vérité du salut par grâce. Elle ouvre la porte à toute espèce de licence. C’est pourquoi nous voudrions mettre sur la conscience du lecteur la vérité pratique du gouvernement de Dieu. Elle est utile en tout temps, mais surtout de nos jours, où règne la fatale tendance de « changer la grâce de notre Dieu en dissolution » (Jude 4). Nous verrons toujours que ceux qui sentent le plus profondément l’immense bénédiction d’être sous la dispensation de la grâce, seront aussi ceux qui accepteront le plus entièrement les arrêts du gouvernement de Dieu.

Nous apprenons, par la fin de notre chapitre, que le peuple n’était nullement disposé à se soumettre à ce gouvernement. Il ne voulait ni grâce, ni gouvernement. Quand on l’invite à monter pour aller prendre possession du pays avec l’aide de l’Éternel, il hésite, refuse, et se laisse aller à un esprit d’incrédulité. En vain, Josué et Caleb lui font entendre les paroles les plus encourageantes en vain, étalent-ils devant ses yeux les beaux fruits du bon pays ; en vain, Moïse cherche à l’émouvoir par les motifs les plus touchants ; Israël ne veut pas monter lorsqu’on lui dit de le faire. Qu’arrive-t-il alors ? Il est pris au mot. Il lui est fait selon son incrédulité. « Et vos petits enfants, dont vous avez dit qu’ils seraient une proie, et vos fils qui aujourd’hui ne connaissent pas le bien et le mal, ceux-là y entreront, et c’est à eux que je le donnerai, et ils le posséderont. Et vous, tournez-vous, et partez pour le désert, par le chemin de la mer Rouge » (v. 39-40).

Il n’y avait pas d’alternative. S’ils ne voulaient pas monter au pays avec une foi simple, ils devaient retourner dans le désert. C’est à quoi ils ne veulent pas se soumettre. Ils ne voulaient ni profiter des provisions de la grâce, ni s’incliner sous la sentence du jugement : « Et vous répondîtes et me dîtes : Nous avons péché contre l’Éternel ; nous monterons, et nous combattrons, selon tout ce que l’Éternel, notre Dieu, nous a commandé. Et vous ceignîtes chacun ses armes de guerre, et légèrement vous entreprîtes de monter dans la montagne » (vers. 41).

Cela ressemble à la contrition et au jugement de soi-même, mais il n’y en avait que l’apparence. Il est très facile de dire : « Nous avons péché ». Saül aussi l’a dit plus tard, mais sans avoir le sentiment de la signification de ces mots : « J’ai péché », comme on le voit par ce qui suit immédiatement : « Honore-moi maintenant, je te prie, en la présence des anciens de mon peuple » (1 Sam. 15:30). Quelle étrange contradiction : « J’ai péché » ; mais pourtant, « honore-moi ». S’il eût réellement senti son péché, combien son langage aurait été différent, ainsi que toute sa conduite. Rempli de lui-même, se servant d’une formule, sans un atome de sentiment réel, Saül faisait montre d’adorer Dieu, afin de s’attirer de l’honneur ! Combien de telles choses doivent offenser Celui qui exige la vérité dans le cœur, et qui veut que ceux qui l’adorent, l’adorent en esprit et en vérité ! Les plus faibles soupirs d’un cœur brisé et contrit sont précieux au Seigneur ; mais il abhorre les vaines formes de la religiosité, dont le but est d’exalter l’homme à ses propres yeux et aux yeux de ses semblables. La confession des lèvres n’a aucune valeur, si le cœur ne sent pas le péché. Un auteur moderne l’a dit avec beaucoup de justesse : « C’est une chose facile de dire « nous avons péché », mais que de fois il nous faut apprendre qu’une prompte et brusque confession du péché n’est pas ce qui prouve que le péché est senti ! Elle est plutôt une preuve de la dureté de cœur. La conscience sent qu’un certain acte de confession est nécessaire, mais il n’y a peut-être rien qui endurcisse autant le cœur que l’habitude de confesser le péché sans le sentir. Un des grands pièges de la chrétienté est l’habitude de répéter au moyen d’une formule, une confession stéréotypée des péchés. Nous l’avons probablement tous fait d’une manière ou d’une autre ; car, sans posséder une formule écrite, le cœur naturel peut toujours s’en composer quelqu’une à son usage ».

Ainsi en fut-il pour Israël à Kadès : leur confession de péché était sans aucune valeur ; elle n’avait pas le cachet de la vérité. S’ils eussent senti ce qu’ils disaient, ils se seraient inclinés sous le jugement de Dieu et auraient accepté humblement la conséquence de leur péché. Voyez le cas de Moïse. Il courbe sa tête sous la discipline divine. « L’Éternel », dit-il, « s’irrita contre moi à cause de vous, disant : Toi non plus, tu n’y entreras pas. Josué, fils de Nun, qui se tient devant toi, lui, y entrera ; fortifie-le, car c’est lui qui le fera hériter à Israël » (vers. 37, 38).

Moïse leur montre qu’ils sont la cause de son exclusion du pays, et cependant pas une parole de murmure ne lui échappe ; il se soumet à la décision divine, non seulement résigné à être remplacé par un autre, mais prêt à nommer et à encourager son successeur. Il n’y a pas trace de jalousie ou d’envie en lui. Il n’était pas occupé de lui-même ou de ses intérêts, mais de la gloire de Dieu et du bien de son peuple.

Ce dernier montrait un esprit bien différent. « Nous monterons et nous combattrons ». Quelle folie ! Lorsque Dieu leur avait commandé de monter, et que ses fidèles serviteurs les avaient encouragés à aller prendre possession du pays, ils avaient répondu : « Où monterions-nous ? » Puis, lorsqu’il leur est ordonné de retourner dans le désert, ils disent : « Nous monterons et nous combattrons ».

« Et l’Éternel me dit : Dis-leur : ne montez pas, et ne combattez pas, car je ne suis point au milieu de vous, afin que vous ne soyez pas battus par vos ennemis. Et je vous parlai ; mais vous n’écoutâtes point, et vous fûtes rebelles au commandement de l’Éternel, et vous fûtes présomptueux, et montâtes dans la montagne. Et l’Amoréen, qui habitait cette montagne, sortit à votre rencontre, et vous poursuivit, comme font les abeilles, et il vous tailla en pièces en Séhir, jusqu’à Horma » (vers. 42-44).

Il n’était pas possible que l’Éternel les accompagnât sur le chemin de la volonté propre et de la rébellion, et sans la présence divine, Israël ne pouvait résister aux Amoréens. Si Dieu est pour nous et avec nous, nous devons être victorieux. Mais nous ne pouvons pas compter sur Dieu, si nous ne sommes pas dans le chemin de l’obéissance. C’est folie de s’imaginer que nous pouvons avoir Dieu avec nous si notre conduite n’est pas fidèle. « Le nom de l’Éternel est une forte tour le juste y court, et s’y trouve en une haute retraite » (Prov. 18:10). Si nous ne marchons pas dans la justice pratique, c’est une coupable présomption que de parler d’avoir le Seigneur pour notre forte tour.

Béni soit-il de ce qu’il peut nous agréer malgré toutes nos faiblesses et toutes nos misères, pourvu qu’il voie en nous un sentiment sincère de notre vraie condition. « Confie-toi en l’Éternel, et pratique le bien » (Ps. 37:3), tel est l’ordre divin.

Prétendre s’assurer en l’Éternel, tandis qu’on fait le mal, c’est changer la grâce de notre Dieu en dissolution, et nous mettre entre les mains du diable qui ne cherche que notre ruine morale. « Car les yeux de l’Éternel parcourent toute la terre, afin qu’il se montre fort en faveur de ceux qui sont d’un cœur parfait envers lui » (2 Chr. 16:9). Quand nous avons une bonne conscience, nous pouvons lever la tête, et cheminer à travers toute espèce de difficultés ; mais vouloir marcher sur le sentier de la foi avec une mauvaise conscience est une chose des plus dangereuses. Ce n’est que lorsque nos reins sont ceints de vérité et que nous avons revêtu la cuirasse de la justice, que nous pouvons prendre le bouclier de la foi.

Il est de toute importance que les chrétiens recherchent la justice pratique dans tous ses détails. Ces paroles de l’apôtre Paul sont d’une grande valeur morale pour nous : « Moi aussi je m’exerce à avoir toujours une conscience sans reproche devant Dieu et devant les hommes ». Nous devrions faire de même. Notre saint privilège est de fouler, jour après jour, d’un pas ferme, le sentier du devoir, de l’obéissance, celui sur lequel luit constamment la lumière de l’approbation de Dieu. Alors sûrement, nous pourrons compter sur Dieu, et ainsi avancer, en paix, vers notre patrie céleste.

Nous le répétons, ce n’est pas que nous ne puissions regarder à Dieu dans notre faiblesse, nos manquements, et même lorsque nous avons péché. Nous le pouvons et nous le devons ; son oreille est toujours attentive à notre cri. « Si nous confessons nos péchés, il est fidèle et juste pour nous pardonner nos péchés et nous purifier de toute iniquité » (1 Jean 1:9). « Je t’ai invoqué des lieux profonds, ô Éternel ! Seigneur ! écoute ma voix ; que tes oreilles soient attentives à la voix de mes supplications. Ô Jah ! si tu prends garde aux iniquités, Seigneur, qui subsistera ? Mais il y a pardon auprès de toi, afin que tu sois craint » (Psaume 130:1-4). Il n’y a aucune limite au pardon divin, par le fait qu’il n’y en a aucune à l’étendue de l’expiation, aucune à la vertu et à l’efficace du sang de Jésus Christ, le Fils de Dieu, qui purifie de tout péché ; aucune à la valeur de l’intercession de notre grand Souverain Sacrificateur, qui peut sauver jusqu’au bout tous ceux qui s’approchent de Dieu par lui.

Toutes ces vérités sont largement exposées et illustrées de diverses manières dans le volume inspiré. Mais la confession du péché et le pardon ne doivent pas être confondus avec la justice pratique. Ce sont deux conditions très distinctes dans lesquelles nous pouvons nous adresser à Dieu ; nous pouvons l’invoquer avec une profonde contrition, et être exaucés, ou bien nous pouvons le prier avec une bonne conscience et être exaucés aussi. Néanmoins, les deux choses sont essentiellement distinctes et forment toutes deux un contraste marqué avec l’indifférence et la dureté de cœur, qui prétendent compter sur Dieu dans une marche de désobéissance positive. C’est là ce qui est si choquant aux yeux du Seigneur et qui attire son juste jugement. Il reconnaît et il approuve la justice pratique ; il pardonne gratuitement et entièrement le péché confessé ; mais nous imaginer que nous pouvons nous confier en Dieu, tandis que nos pieds sont sur le chemin de l’iniquité, ce n’est rien moins que la plus épouvantable impiété. « Ne mettez pas votre confiance en des paroles de mensonge, disant : C’est ici le temple de l’Éternel, le temple de l’Éternel, le temple de l’Éternel Mais si vous amendez réellement vos voies et vos actions, si vous faites réellement la justice entre un homme et son prochain, si vous n’opprimez pas l’étranger, l’orphelin et la veuve, et que vous ne versiez pas le sang innocent dans ce lieu, et que vous ne marchiez pas après d’autres dieux pour votre dommage, je vous ferai demeurer dans ce lieu, dans le pays que j’ai donné à vos pères, de siècle en siècle. Voici, vous vous confiez en des paroles de mensonge, qui ne profitent pas. Quoi ? voler, tuer, commettre adultère, jurer faussement, brûler de l’encens à Baal, marcher après d’autres dieux que vous ne connaissez pas !… et vous venez, et vous vous tenez devant moi dans cette maison qui est appelée de mon nom, et vous dites : Nous sommes délivrés pour faire toutes ces abominations » (Jér. 7:4-10).

Dieu veut la réalité. Il désire la vérité dans le cœur, et si les hommes prétendent l’avoir et marchent dans l’impiété, il faut qu’ils s’attendent à son juste jugement. Cette pensée nous fait trembler pour l’église professante. Le passage si solennel, que nous avons tiré du prophète Jérémie, quoique s’appliquant tout d’abord aux enfants de Juda et aux habitants de Jérusalem, a aussi une application très positive à la chrétienté. Nous voyons au chapitre 3 de la seconde épître à Timothée, que toutes les abominations du paganisme, énumérées à la fin du chap. 1 des Romains, seront reproduites aux derniers jours couvertes du manteau de la profession chrétienne, et en relation immédiate avec « une forme de piété ». Quelle doit être la fin d’un semblable état de choses ? La colère sans rémission. Les plus sévères jugements de Dieu en destruction sont réservés aux masses baptisées de cette profession, que nous appelons la chrétienté. Le moment approche rapidement où tous les bien-aimés enfants de Dieu, rachetés par le sang de Christ, seront enlevés de ce monde coupable et pécheur, bien que soi-disant « chrétien », pour être à toujours avec le Seigneur dans ces demeures divines préparées dans la maison du Père. Alors « l’énergie d’erreur » (2 Thes. 2:11) sera envoyée sur la chrétienté, sur ces mêmes pays où la lumière du christianisme a brillé avec éclat ; où l’évangile du salut gratuit a été prêché ; où la Bible a circulé par millions d’exemplaires, et où tous, plus ou moins, professent le nom de Christ et s’appellent chrétiens.

Qu’est-ce qui doit succéder à cette « énergie d’erreur » ? Un nouveau témoignage ? de nouvelles offres de grâce ? d’autres tentatives de la miséricorde divine ? Non ; pas pour la chrétienté Non ; pas pour ceux qui professent, sans Dieu et sans Christ, les formes creuses et vaines du christianisme. Les païens entendront « l’Évangile éternel » (Apoc. 14:6) ; « l’Évangile du royaume » ; mais quant à cette chose terrible, quant à cette épouvantable anomalie qui s’appelle la chrétienté, rien ne reste pour elle que les ténèbres du dehors à jamais.

Lecteur, ce sont les paroles véritables de Dieu. Rien ne serait plus facile que de mettre sous vos yeux une foule de preuves convaincantes, tirées de l’Écriture ; mais cela nous écarterait de notre but actuel. Le Nouveau Testament, du commencement à la fin, enseigne la solennelle vérité énoncée ci-dessus, et tout système de théologie qui enseigne différemment, sera sur ce point du moins, reconnu complètement faux.


4 - Chapitre 2

Les dernières lignes du chapitre 1 nous montrent le peuple pleurant devant l’Éternel. Il n’y avait pas plus de réalité dans leurs larmes que dans leurs paroles. On ne pouvait pas plus s’y fier qu’à leur confession. Il est possible de verser des larmes et de se confesser devant Dieu sans avoir un véritable sentiment de son péché. C’est se moquer de Dieu. Nous savons qu’un cœur vraiment contrit le réjouit et qu’il y fait sa demeure. « Les sacrifices de Dieu sont un esprit brisé. ô Dieu tu ne mépriseras pas un cœur brisé et humilié » (Ps. 51:17). Les larmes d’un cœur pénitent sont mille fois plus précieuses au Seigneur que toutes les « bêtes sur mille montagnes » (Ps. 50:10), parce qu’elles lui prouvent qu’il y a une place dans ce cœur pour lui, et c’est ce qu’il recherche dans sa grâce infinie. Le plus faible cri d’un tel cœur monte immédiatement jusqu’au trône de Dieu, qui y répond à l’instant par le sentiment du pardon accordé par son amour.

Les Israélites durent donc retourner en arrière, au désert, et y errer pendant quarante ans. Il n’y avait pas d’autre alternative. Ils n’avaient pas voulu monter au pays en se confiant en Dieu seul, et Dieu ne voulut pas les y accompagner dans leur confiance en eux-mêmes ; ils n’avaient donc qu’à accepter la conséquence de leur désobéissance. Puisqu’ils n’avaient pas voulu entrer au pays de la promesse, ils devaient tomber dans le désert.

Quel sérieux commentaire l’Esprit en fait au chapitre 3 de l’épître aux Hébreux, v. 7-19, et comme il s’applique à nous !

Ici, comme dans toutes les pages du volume inspiré, nous voyons que l’incrédulité est la chose qui afflige le cœur de Dieu et déshonore son Nom. Et, en outre, elle nous prive des bénédictions et des privilèges que la grâce confère. Nous n’avons aucune idée de tout ce que nous perdons, de toutes manières, par l’incrédulité de nos cœurs. Israël avait le pays devant lui dans toute sa fertilité et sa beauté ; l’ordre d’aller en prendre possession lui avait été donné, mais « ils n’y purent entrer à cause de l’incrédulité » ; de même nous ne savons souvent pas nous approprier la plénitude des bénédictions que la grâce souveraine met à notre portée. Les trésors mêmes du ciel nous sont ouverts, mais nous n’en profitons pas. Nous sommes pauvres, faibles, vides et stériles, tandis que nous pourrions être riches, vigoureux, comblés et prospères. Nous sommes bénis de toute bénédiction spirituelle dans les lieux célestes en Christ (Éph. 1:3), mais combien nous les saisissons peu !

Combien aussi nous perdons par notre incrédulité, en ce qui concerne l’œuvre du Seigneur au milieu de nous ! Nous lisons dans l’Évangile, que notre Seigneur ne put pas faire beaucoup de miracles en un certain endroit, à cause de leur incrédulité. Lui sommes-nous aussi en obstacle par notre incrédulité ? On nous dira peut-être que le Seigneur fera son œuvre, malgré notre manque de foi ; qu’il rassemblera les siens et complétera le nombre de ses élus, malgré notre incrédulité ; que toutes les puissances de la terre et de l’enfer ne peuvent empêcher l’accomplissement de ses conseils et de ses desseins ; et, quant à son œuvre, qu’elle n’est « point par force, ni par puissance, mais par son Esprit » (Zac. 4:6).

Tout cela est parfaitement vrai, mais n’ôte rien à l’importance du passage cité plus haut : « Il ne fit pas là beaucoup de miracles, à cause de leur incrédulité » (Matt. 13:58). Ces gens ne perdirent-ils pas des bénédictions par leur incrédulité ? N’empêchèrent-ils pas que beaucoup de bien ne se fît ? Prenons garde de nous laisser aller à l’influence desséchante d’un fatalisme pernicieux qui, avec un certain air de vérité, est complètement faux, en tant qu’il renie la responsabilité de l’homme, et paralyse toute énergie divine pour la cause de Christ. Nous devons nous rappeler que Celui qui, dans ses conseils éternels, a décrété la fin, est aussi Celui qui a déterminé les moyens ; et si, par incrédulité, ou si, influencés par une vérité partielle, nous nous croisons les bras et négligeons les moyens, il nous mettra de côté et fera accomplir son œuvre par d’autres. Il agira, mais nous perdrons l’honneur, le privilège et la bénédiction d’être ses instruments.

Voyez la scène du chapitre 2 de Marc. Elle est un exemple frappant du grand principe que nous cherchons à inculquer au lecteur. Elle montre la puissance de la foi liée à l’accomplissement de l’œuvre du Seigneur. Si les quatre hommes, dont il est ici question, s’étaient laissé influencer par un sot fatalisme, ils auraient prétendu que c’était inutile de rien faire pour guérir le paralytique — que s’il devait être guéri, il le serait sans leurs efforts. Pourquoi devraient-ils se donner la peine de monter sur la maison, d’en découvrir le toit, et de faire descendre le malade devant Jésus ? Heureusement pour le paralytique, et heureusement pour eux-mêmes, ils ne raisonnèrent pas de la sorte, et quels beaux résultats de leur foi ! Elle réjouit le cœur du Seigneur Jésus ; elle amena le malade au lieu de la guérison, du pardon et de la bénédiction ; elle fut l’occasion d’un déploiement de puissance divine, qui attira l’attention de tous ceux qui étaient présents, et manifesta cette grande vérité que Dieu était sur la terre en la personne de Jésus de Nazareth, guérissant les malades et pardonnant les péchés.

Il n’est pas nécessaire de multiplier les exemples. Toute l’Écriture proclame ce fait, que l’incrédulité met obstacle à notre bénédiction, à notre service ; qu’elle nous prive du rare privilège d’être des instruments honorés de Dieu, et de voir sa main et son Esprit agir au milieu de nous. D’un autre côté, la foi attire la bénédiction, non seulement sur nous-mêmes, mais sur d’autres ; elle glorifie Dieu et lui plaît en ce qu’elle met de côté tout ce qui est de l’homme, pour faire place au déploiement de la puissance divine. Bref, il n’y a aucune limite aux bénédictions dont nous pourrions jouir de la part de notre Dieu, si nos cœurs étaient davantage gouvernés par cette foi simple qui s’attend toujours à Lui, et qu’il aime à honorer. « Qu’il vous soit fait selon votre foi » (Matt. 9:19). Précieuses et encourageantes paroles ! Puissent-elles nous exciter à puiser plus largement dans les ressources inépuisables que nous avons en Dieu ! Il aime à ce qu’on se serve de Lui. Il nous dit : « Ouvre ta bouche toute grande, et je la remplirai » (Ps. 81:10). Nous ne pouvons jamais trop demander au Dieu de toute grâce, qui nous a donné son Fils unique, et qui, avec Lui, nous donnera toutes choses gratuitement.

Mais les enfants d’Israël ne purent croire que Dieu voulût les faire entrer dans le pays ; ils prétendirent monter par leur propre force et, en conséquence, ils furent mis en fuite par leurs ennemis. La présomption et la foi sont deux choses totalement différentes ; la première se termine par la défaite, la seconde obtient une victoire certaine.

« Et nous nous tournâmes, et nous partîmes pour le désert, par le chemin de la Mer Rouge, comme l’Éternel m’avait dit, et nous tournâmes autour de la montagne de Séhir, plusieurs jours ». Il y a une grande beauté morale dans ce petit mot « nous ». Moïse s’unit complètement avec le peuple : Lui, ainsi que Josué et Caleb durent retourner en arrière dans le désert avec l’assemblée incrédule. À vue humaine, cela pouvait sembler dur ; mais il y a toujours bénédiction à se soumettre à la volonté de Dieu, bien que nous ne puissions pas toujours comprendre le pourquoi des choses. Nous n’entendons pas un seul murmure dans la bouche de ces serviteurs de Dieu, lorsqu’ils doivent retourner en arrière dans le désert pour quarante années, quoiqu’ils fussent prêts à entrer au pays. Et comment auraient-ils pu penser à se plaindre, puisque l’Éternel faisait de même, et qu’ils voyaient la nuée du Dieu d’Israël se tourner du côté du désert ? Ainsi la patiente grâce de Dieu leur faisait accepter sans murmure un séjour prolongé dans le désert, et attendre patiemment le moment fixé pour leur entrée dans la terre promise.

Nous recueillons toujours de riches bénédictions lorsque nous nous soumettons humblement à la volonté de Dieu. Nous prenons alors réellement sur nous le joug de Christ, ce qui, comme il nous l’assure lui-même, est le vrai secret du repos (Matt. 11:28, 29).

En quoi consiste ce joug ? En une soumission absolue à la volonté du Père. C’est ce que nous trouvons d’une manière parfaite dans notre adorable Sauveur. Il pouvait dire : « Oui, Père, car c’est ce que tu as trouvé bon devant toi » (Luc 10:21). C’était là pour Lui la chose principale. Cela arrangeait tout. Son témoignage était-il rejeté ? Semblait-il qu’il eût travaillé en vain et dépensé sa force pour le néant ? « Je te loue, ô Père, Seigneur du ciel et de la terre ». Tout était bien. Ce qui plaisait au Père lui plaisait. Il n’avait jamais une pensée ou un désir, qui ne fussent en parfait accord avec la volonté de Dieu. C’est pourquoi, comme homme, il jouit toujours d’un repos parfait. Il s’associait aux conseils divins, aussi sa paix coula, du commencement à la fin, sans jamais se troubler.

C’était là le joug de Christ, et c’est ce même joug qu’il nous invite à prendre sur nous, afin que, nous aussi, nous trouvions le repos de nos âmes. Remarquons ces mots : « Vous trouverez le repos ». Nous ne devons pas confondre le repos qu’Il donne avec le repos que nous trouvons.

Quand une âme fatiguée et chargée vient à Jésus avec une foi simple, il lui donne le repos, un repos complet, qui découle de la ferme assurance que tout est fait ; que les péchés sont ôtés à toujours ; qu’une justice parfaite a été accomplie, révélée et accordée ; que toute question a été divinement tranchée et cela pour l’éternité. Dieu est glorifié. Satan est réduit au silence. La conscience est tranquillisée. Tel est le repos que Jésus donne, lorsque nous venons à Lui. Mais ensuite, nous avons à traverser les circonstances de la vie journalière. Il s’y rencontre des épreuves, des difficultés, des luttes, des désappointements de toute espèce. Rien de tout cela ne peut affecter le repos que Jésus donne, mais oui bien, et gravement peut-être, celui que nous devons poursuivre. Les difficultés de la route ne troublent pas la conscience, mais elles peuvent troubler le cœur, elles peuvent nous donner de l’irritation et de l’impatience. Par exemple, je désire aller prêcher à tel endroit, et j’y suis attendu ; mais soudain me voilà retenu chez moi par la maladie ! Cela ne trouble pas ma conscience, mais peut me mettre dans une grande agitation, et me faire m’écrier : « Que c’est ennuyeux ! que c’est désappointant ! Que faut-il faire ? »

Comment le cœur angoissé peut-il être tranquillisé et l’esprit inquiet calmé ? Que me faut-il ? Il me faut du repos. Comment le trouverai-je ? En m’inclinant, et en prenant sur moi le joug précieux de Christ qu’il porta lui-même dans les jours de sa chair ; joug d’une entière soumission à la volonté de Dieu. Il faut que je puisse dire, sans la moindre restriction, et du plus profond de mon cœur : « Ta volonté soit faite, ô Dieu ! » Il faut que j’aie un sentiment si réel de son amour parfait envers moi et de son infinie sagesse dans toutes ses voies à mon égard, que je n’y voudrais rien changer, lors même que je le pourrais, persuadé qu’il vaut mieux pour moi être couché sur un lit de maladie, que prêchant là où j’étais attendu.

Le repos du cœur se trouve en contraste avec l’agitation, dans le simple fait de pouvoir remercier Dieu pour toute chose, quelque contraire qu’elle soit à notre propre volonté et aux plans que nous avions formés. Ce n’est pas le simple assentiment à cette vérité, que « toutes choses travaillent ensemble pour le bien de ceux qui aiment Dieu, de ceux qui sont appelés selon son propos » (Romains 8:28) ; c’est la réalisation positive du fait divin, qu’une chose, quelle qu’elle soit, que Dieu nous envoie, est certainement la meilleure pour nous. C’est une confiance parfaite dans l’amour, la sagesse, la puissance et la fidélité de Celui qui a bien voulu se charger de tout ce qui nous concerne, pour le temps et pour l’éternité. Nous savons que l’amour fait toujours tout pour le mieux de l’objet aimé. Quel est donc notre bonheur, d’avoir Dieu faisant tout au mieux pour nous ! Quel cœur n’en serait pas satisfait, pour peu qu’il connaisse Dieu !

Mais il faut le connaître, avant que le cœur puisse être satisfait de sa volonté. Ève, dans le jardin d’Éden, tentée par le serpent, devint mécontente de la volonté de Dieu. Elle désira quelque chose qu’il avait défendu, et le diable promit de le lui procurer. Elle pensait que Satan la traiterait mieux que Dieu. Elle crut gagner au change, en se sortant des mains de Dieu pour se placer dans celles de Satan. Il est donc impossible qu’un cœur non renouvelé se soumette à la volonté de Dieu. Si nous sondons le cœur humain, nous n’y trouverons pas une seule pensée qui soit à l’unisson avec la volonté de Dieu. Et même pour l’enfant de Dieu, ce n’est qu’autant qu’il lui est donné, par la grâce de Dieu, de mortifier sa propre volonté, de se compter pour mort, et de marcher par l’Esprit, qu’il peut prendre son plaisir en la volonté de Dieu et rendre grâces pour toutes choses. C’est une des meilleures preuves de la nouvelle naissance, que de pouvoir dire sans la moindre restriction, touchant tous les arrêts de la main de Dieu : « Ta volonté soit faite » (Matt. 26:42). « Oui, Père, car c’est ce que tu as trouvé bon devant toi » (Luc 10:21). Quand le cœur a pris cette attitude, Satan ne peut l’ébranler. C’est une grande chose de pouvoir dire au diable et au monde, — non des lèvres seulement, mais en vérité, et par toute notre vie : « Je suis parfaitement satisfait de la volonté de Dieu ».

Tel est le moyen de trouver le repos, le remède divin contre cet esprit d’ambition inquiète, d’agitation, de mécontentement, qui est si général dans le monde.

Puissions-nous, cher lecteur, rechercher diligemment cet esprit doux et tranquille, qui est d’un grand prix devant Dieu, qui s’incline devant sa volonté et approuve toutes ses voies, quoiqu’il arrive. Alors notre paix coulera comme un fleuve, et le Nom de notre Seigneur Jésus Christ sera glorifié par notre vie et notre conduite.

Avant de quitter ce sujet si éminemment pratique, nous remarquerons encore qu’il y a trois attitudes dans lesquelles l’âme peut être trouvée par rapport aux voies de Dieu : la soumission ; l’acquiescement ; la joie. Si la volonté est brisée, il y a soumission ; lorsque l’intelligence spirituelle est au clair quant au but de Dieu, il y a acquiescement ; et lorsque les affections sont attachées à Dieu lui-même, il y a joie positive. C’est pourquoi nous lisons au chapitre 10 de Luc : « En cette même heure, Jésus se réjouit en esprit et dit : Je te loue, ô Père, Seigneur du ciel et de la terre, parce que tu as caché ces choses aux sages et aux intelligents, et que tu les as révélées aux petits enfants. Oui, Père, car c’est ce que tu as trouvé bon devant toi » (vers. 21). Jésus trouvait ses délices à toute la volonté de Dieu. Sa nourriture et son breuvage étaient d’accomplir cette volonté, à tout prix. Dans le service ou dans la souffrance, dans la vie ou dans la mort, il n’eut jamais d’autre motif que la volonté du Père. Il pouvait dire : « Je fais toujours ce qui lui plaît ».

Revenons maintenant à notre chapitre.

« Et l’Éternel me parla, disant : Vous avez assez tourné autour de cette montagne ; dirigez-vous vers le nord ».

La parole de l’Éternel réglait tout. Le peuple n’avait pas à décider ou à combiner ses mouvements. C’était l’affaire de l’Éternel et sa prérogative de tout arranger pour eux ; leur affaire était d’obéir. Il n’est point fait mention ici de la nuée ni de la trompette, — il n’y a que la parole de Dieu et l’obéissance d’Israël.

Rien ne saurait être plus précieux pour un enfant de Dieu, si son cœur est en bon état, que d’être guidé, dans tous ses mouvements, par la volonté de Dieu. Cela lui évite un monde de perplexités. Dans le cas des Israélites, appelés comme ils l’étaient à voyager dans un grand et affreux désert, où il n’y avait pas de routes, c’était une grâce inexprimable d’avoir chacun de leurs mouvements, chacun de leurs pas, chacune de leurs haltes ordonnés par un Guide infaillible. Ils n’avaient pas à s’inquiéter de quoi que ce fût ; l’Éternel dirigeait tout ce qui les concernait ; ils n’avaient qu’à s’attendre à Lui, et à faire ce qu’il leur commandait.

Oui, cher lecteur, un cœur confiant et obéissant est la grande chose. Là où il fait défaut, les raisonnements et la rébellion surgissent immanquablement. Si, lorsque Dieu avait dit : « Vous avez assez tourné autour de cette montagne », Israël eût répondu : « Non, nous voulons y rester encore quelque temps ; nous nous trouvons bien ici, et nous ne désirons pas changer », ou encore, si lorsque Dieu avait dit : « Dirigez-vous vers le nord », ils eussent répondu : « Non, nous préférons aller à l’orient », qu’en serait-il résulté ? ils auraient perdu la présence de Dieu. Qui, dès lors, les aurait guidés, aidés et nourris ? Ils ne pouvaient compter sur Dieu, présent au milieu d’eux, que lorsqu’ils marchaient sur le chemin indiqué par le commandement divin. S’ils préféraient aller où bon leur semblait, ils n’avaient que des désastres à attendre. L’eau découlant du rocher et la manne céleste ne se trouvaient que sur le sentier de l’obéissance.

Nous avons, nous chrétiens, une importante leçon à apprendre de cela. Notre sentier est tracé, jour après jour, par Dieu ; ne nous laissons pas enlever cette assurance bénie par les raisonnements de l’incrédulité. Dieu a promis de nous guider ; ses promesses sont Oui et Amen. À nous de nous approprier cette promesse en toute simplicité de foi. Elle est aussi sûre que possible. Nous ne saurions admettre que les Israélites dans le désert, fussent mieux partagés que le peuple céleste de Dieu, dans son passage à travers ce monde. Comment Israël savait-il de quel côté il devait se diriger ? Par la parole de Dieu. Or nous avons mieux qu’eux ; nous avons à la fois la Parole et l’Esprit de Dieu pour nous guider. À nous appartient le précieux privilège de pouvoir suivre les traces du Fils de Dieu.

N’est-ce point une direction parfaite ? Écoutons ce que nous dit le Seigneur : « Moi, je suis la lumière du monde ; celui qui me suit, ne marchera point dans les ténèbres, mais il aura la lumière de la vie » (Jean 8:12). Remarquons ces mots : « celui qui me suit ». Il nous a « laissé un modèle, afin que nous suivions ses traces » (1 Pierre 2:21). Telle est la direction divine. Comment Jésus marchait-il ? Toujours et uniquement d’après le commandement de son Père. C’était ce qui le faisait agir et parler.

Nous sommes appelés à le suivre, et sa propre parole nous assure qu’en le faisant, nous ne marcherons pas dans les ténèbres, mais que nous aurons la lumière de la vie. Précieuse parole, « la lumière de la vie ! » « Les ténèbres s’en vont et la vraie lumière luit déjà » (1 Jean 2:8), et nous avons le privilège de pouvoir marcher dans la lumière resplendissante qui luit sur le sentier du Fils de Dieu. Se trouve-t-il là matière à hésitation, à incertitude, à perplexité ? Comment cela se pourrait-il, si nous le suivons ? Ces deux choses ne vont pas ensemble.

Cela ne veut pas dire, remarquons-le bien, que nous ayons une parole spéciale de l’Écriture pour diriger chaque détail de notre conduite. Je ne puis, par exemple, espérer trouver un passage de la Bible, ou entendre une voix du ciel, me disant d’aller dans telle ou telle ville et d’y rester plus ou moins longtemps. Comment donc puis-je être au clair à cet égard ? La réponse est : Attends-toi à Dieu en toute sincérité de cœur, et il rendra ton sentier lumineux. C’était ce que faisait Jésus, et si nous le suivons, nous ne marcherons pas dans les ténèbres : « Je te conseillerai, ayant mon œil sur toi » (Ps. 32:8), est une promesse des plus précieuses, mais pour en profiter il faut que nous soyons assez près du Seigneur, pour apercevoir les mouvements de son œil ; assez intimes avec Lui pour en comprendre la signification.

Combien de difficultés disparaîtraient dans les détails de notre vie journalière, que de doutes seraient éclaircis, si nous attendions la direction divine au lieu d’essayer d’agir sans elle. Si je n’ai pas de lumière pour avancer, mon devoir est de rester tranquille. Nous ne devrions jamais nous mouvoir dans l’incertitude. Souvent nous nous tourmentons, pour savoir si nous devons aller ou agir, quand Dieu veut que nous restions tranquilles et ne fassions rien. Nous consultons Dieu, mais nous ne recevons pas de réponse ; nous demandons conseil à nos amis ; ils ne peuvent nous aider, car c’est une question entre notre âme et le Seigneur. Nous voilà donc plongés dans le doute et l’anxiété, simplement parce que l’œil n’est pas simple, parce que nous ne suivons pas Jésus, « la lumière du monde ». C’est un principe certain dans la vie divine, que si nous suivons Jésus, nous aurons la lumière de la vie. Il l’a dit, et, pour la foi, cela suffit.

Nous sommes donc parfaitement en droit de conclure que Celui qui guida son peuple terrestre dans ses courses à travers le désert, peut et veut guider maintenant son peuple céleste en tout et partout. Prenons donc garde de ne pas vouloir faire notre propre volonté ou suivre nos propres plans. « Ne soyez pas comme le cheval, comme le mulet, qui n’ont pas d’intelligence, dont l’ornement est la bride et le mors pour les refréner quand ils ne veulent pas s’approcher de toi » (Ps. 32:9). Que ce soit notre plus cher désir de marcher sur les traces de Celui qui ne se complaisait pas à lui-même, mais se mouvait toujours dans le courant de la volonté divine et n’agissait jamais sans cette autorité ; qui, bien que Lui-même Dieu béni éternellement, abdiqua complètement sa volonté comme homme, et trouva sa nourriture à faire celle de son Père. C’est ainsi que nos cœurs et nos esprits seront gardés dans une paix parfaite, et que nous pourrons avancer, jour après jour, d’un pas ferme, sur le sentier tracé pour nous par notre Guide divin qui, non seulement, comme Dieu, en connaît chaque pas, mais qui, comme homme, l’a foulé avant nous, et nous a laissé un modèle, afin que nous suivions ses traces. Puissions-nous le suivre plus fidèlement en toutes choses, avec l’aide du Saint Esprit, qui habite en nous !


Nous attirerons maintenant l’attention du lecteur sur un sujet d’un profond intérêt, qui occupe une grande place dans l’Ancien Testament, et qui figure tout particulièrement dans ce chapitre ; — c’est le sujet du gouvernement de Dieu sur le monde et sur les nations de la terre. Il est de toute importance de nous rappeler, que Celui que nous connaissons comme notre Dieu et notre Père, prend un intérêt réel et personnel dans les affaires des nations et prend connaissance de leurs actes et de leurs procédés les unes envers les autres.

Il est vrai que tout cela est en rapport immédiat avec Israël et la Palestine, comme nous le voyons au chap. 32, vers. 8 de notre livre : « Quand le Très-haut partageait l’héritage aux nations, quand il séparait les fils d’Adam, il établit les limites des peuples selon le nombre des fils d’Israël ». Israël était et sera encore le centre terrestre pour Dieu ; c’est un fait des plus intéressants, que, dès le commencement, comme nous le voyons au chapitre 10 de la Genèse, le Créateur et Gouverneur du monde forma les nations et établit leurs bornes, en rapport direct avec la postérité d’Abraham, et l’étroite bande de pays qu’ils doivent posséder en vertu de l’alliance éternelle faite avec leurs pères.

Mais dans notre chapitre, nous voyons l’Éternel, dans sa justice et sa fidélité, s’interposant pour protéger trois nations distinctes contre les empiétements de son peuple élu. Il dit à Moïse : « Commande au peuple, disant : Vous allez passer par les confins de vos frères, les fils d’Ésaü, qui habitent en Séhir, et ils auront peur de vous ; et soyez bien sur vos gardes ; vous n’engagerez pas de lutte avec eux, car je ne vous donnerai rien de leur pays, pas même de quoi poser la plante du pied, car j’ai donné la montagne de Séhir en possession à Ésaü. Vous achèterez d’eux la nourriture à prix d’argent, et vous la mangerez ; et l’eau aussi, vous l’achèterez d’eux à prix d’argent, et vous la boirez ».

Les Israélites auraient pu s’imaginer qu’ils n’avaient qu’à s’emparer du pays des Édomites, mais ils doivent apprendre que le Dieu souverain est le Gouverneur des nations, que toute la terre lui appartient, et qu’il la partage selon son bon plaisir.

C’est là un fait magnifique, mais dont, en général, les empereurs, les rois, les princes, les gouverneurs, les hommes d’état ne s’inquiètent guère. Ils oublient que Dieu s’intéresse aux affaires des nations ; qu’il distribue les royaumes, les provinces et les pays, comme il le juge bon. Il leur semble qu’il ne s’agit que de leurs conquêtes militaires, comme si Dieu n’avait rien à faire avec la question des frontières des nations et des possessions territoriales. C’est en quoi ils se trompent gravement. Ils ne comprennent pas la signification et la force de cette simple sentence : « J’ai donné la montagne de Séhir en possession à Ésaü ». Dieu ne renoncera jamais à ses droits à cet égard. Il ne permit pas à Israël de toucher à quoi que ce fût qui appartînt à Ésaü. Ils devaient payer comptant tout ce dont ils avaient besoin, et passer outre. Le carnage et le pillage ne devaient pas être pratiqués sans autorisation par le peuple de Dieu.

Remarquez la touchante raison de tout cela : « Car l’Éternel, ton Dieu, t’a béni dans toute l’œuvre de ta main ; il a connu ta marche par ce grand désert ; pendant ces quarante ans l’Éternel, ton Dieu, a été avec toi ; tu n’as manqué de rien » (vers. 7). Ils pouvaient donc bien laisser Ésaü en paix, ainsi que ses possessions. Ils étaient les objets des plus tendres soins de l’Éternel qui s’enquérait de chacun de leurs pas dans ce pénible désert. Il s’était chargé de tous leurs besoins. Il allait leur donner le pays de Canaan, selon sa promesse à Abraham ; mais la même main, qui leur donnait Canaan, avait donné la montagne de Séhir à Ésaü.

Nous voyons exactement la même chose par rapport à Moab et aux fils d’Ammon. « Et l’Éternel me dit : Tu n’attaqueras pas Moab, et tu ne te mettras pas en guerre avec eux ; car je ne te donnerai rien de leur pays en possession, car j’ai donné Ar en possession aux fils de Lot » (vers. 9). Et de nouveau : « Et tu t’approcheras vis-à-vis des fils d’Ammon ; tu ne les attaqueras pas, et tu n’engageras pas de lutte avec eux, car je ne te donnerai rien du pays des fils d’Ammon en possession, parce que je l’ai donné en possession aux fils de Lot » (vers. 19).

Les possessions dont il est fait mention ici avaient été autrefois entre les mains des géants, mais Dieu avait trouvé bon de donner ces territoires aux enfants d’Ésaü et de Lot ; c’est pourquoi il avait exterminé ces géants, car rien ne saurait s’opposer aux conseils divins. « Ce pays est aussi réputé pays des Rephaïm ; les Rephaïm y habitaient auparavant… peuple grand et nombreux, et de haute stature comme les Anakim ; mais l’Éternel les détruisit devant eux, et ils les dépossédèrent et habitèrent à leur place ; comme il fit pour les fils d’Ésaü, qui habitent en Séhir, lorsqu’il détruisit les Horiens devant eux, et qu’ils les dépossédèrent ; et ils ont habité à leur place jusqu’à ce jour » (vers. 20-22).

Ainsi donc Israël n’osa pas toucher aux possessions de ces trois nations, les Édomites, les Ammonites et les Moabites. Mais, au verset 24, nous voyons une chose toute différente pour le cas des Amoréens. « Levez-vous, partez, et passez le torrent de l’Arnon. Regarde, j’ai livré en ta main Sihon, roi de Hesbon, l’Amoréen, et son pays : commence, prends possession, et fais-lui la guerre ».

Le grand principe de ces diverses instructions à Israël, c’est que la Parole de Dieu doit tout diriger pour son peuple. Israël n’avait pas à demander pourquoi il devait respecter les possessions d’Ésaü et de Lot, et s’emparer de celles de Sihon ; il n’avait qu’à obéir. Dieu peut agir comme il lui plaît. Son œil plane sur l’univers et l’embrasse dans son entier, et il n’a point abandonné la terre. Ainsi que nous le dit l’apôtre, dans son discours à Athènes : « Il est Seigneur du ciel et de la terre », et « il a fait d’un seul sang toutes les races des hommes pour habiter sur toute la face de la terre, ayant déterminé les temps ordonnés et les bornes de leur habitation ». Et plus loin : « Il a établi un jour auquel il doit juger en justice la terre habitée, par l’homme qu’il a destiné à cela, de quoi il a donné une preuve certaine à tous, l’ayant ressuscité d’entre les morts » (Actes 17:26, 31).

Nous avons ici une vérité importante, que les hommes de tout rang et de toute condition devraient prendre en considération : Dieu est le Gouverneur de toute la terre. Il ne rend pas compte de ses affaires. Il abaisse l’un et élève l’autre. Les royaumes, les trônes, les gouvernements sont tous entre ses mains. Il agit comme il lui plaît dans l’organisation des affaires humaines. Mais, en même temps, il veut que les hommes soient responsables de leurs actes dans les diverses positions où sa providence les a placés. Celui qui gouverne et celui qui est gouverné, les rois, les magistrats, les juges, toutes les classes et tous les degrés des hommes auront, tôt ou tard, à rendre compte à Dieu. Chacun, comme s’il était seul, aura à paraître devant le tribunal de Dieu, pour y passer en revue toute sa vie, du commencement à la fin. Chaque acte, chaque parole, chaque secrète pensée s’y verra avec une pleine clarté. On ne pourra échapper en se cachant dans la foule. La Parole déclare que « chacun sera jugé selon sa conduite ». Ce sera un jugement individuel, impartial et scrutateur, en un mot, divin et, par conséquent, parfait. Rien ne sera oublié. « De toute parole oiseuse qu’ils auront dite, les hommes rendront compte au jour du jugement » (Matt. 12:36). Les rois, les gouverneurs et les magistrats devront rendre compte de la manière dont ils auront fait usage de l’autorité qui leur a été confiée, et des trésors qui ont passé entre leurs mains. Les nobles et les riches de ce monde, qui ont dépensé leur temps et leur argent en folies, en conforts et en vanités, auront à en rendre compte devant le trône du Fils de l’homme, dont les yeux sont comme une flamme de feu pour lire jusqu’au fond des cœurs, et les pieds comme de l’airain pour écraser sans miséricorde tout ce qui est opposé à Dieu.

L’incrédulité moqueuse demandera peut-être : « Comment est-il possible que les millions incalculables des êtres de la race humaine trouvent place devant le tribunal de Dieu ? Et comment aurait-on le temps nécessaire pour entrer si minutieusement dans tous les détails de l’histoire de chaque homme ? » La foi répond : « Dieu dit qu’il en sera ainsi, et cela suffit », et quant au « Comment ? » la réponse est : « Dieu ! l’infini, l’éternité ! » Faites paraître Dieu, toutes les questions cessent et toutes les difficultés disparaissent en un instant. De fait, la réponse par excellence à toutes les objections des incrédules, des sceptiques, des rationalistes et des matérialistes, est ce seul mot : « Dieu ! »

Nous insistons sur ce point auprès du lecteur, non pas certes pour qu’il soit capable de répondre aux incrédules, mais pour le repos et la joie de son propre cœur. Pour ce qui concerne les incrédules, nous sommes toujours plus persuadés que ce que nous avons de mieux à faire à leur égard est, selon le conseil de notre Seigneur en Matt. 15:14, de les « laisser ». Il est parfaitement inutile de discuter avec des hommes qui méprisent la parole de Dieu, et qui n’ont pas d’autre base pour s’appuyer que leurs raisonnements charnels. En revanche, nous croyons qu’il est de la plus grande importance que le cœur se repose avec la simplicité d’un enfant, sur la vérité de la parole de Dieu. « Aura-t-il dit, et ne le fera-t-il pas ? aura-t-il parlé, et ne l’accomplira-t-il pas ? » (Nomb. 23:19).

Tel est le précieux refuge de la foi, le port paisible où l’âme peut s’abriter contre tous les courants tumultueux des pensées humaines. « La parole du Seigneur demeure éternellement. Or c’est cette parole qui vous a été annoncée » (1 Pierre 1:25). Rien ne peut atteindre la parole de notre Dieu. Elle est établie à toujours dans les cieux, et tout ce qu’il nous faut, c’est de la tenir serrée dans nos cœurs comme le trésor que nous avons reçu de Dieu.

Qu’il en soit ainsi, Seigneur, afin que ton Nom soit glorifié en toutes choses par notre moyen !


5 - Chapitre 3

« Et nous nous tournâmes, et nous montâmes par le chemin de Basan ; et Og, le roi de Basan, sortit à notre rencontre, lui et tout son peuple, à Édréhi, pour livrer bataille. Et l’Éternel me dit : Ne le crains pas, car je l’ai livré en ta main, lui et tout son peuple, et son pays ; et tu lui feras comme tu as fait à Sihon, roi des Amoréens, qui habitait à Hesbon. Et l’Éternel, notre Dieu, livra aussi en notre main Og, le roi de Basan, et tout son peuple ; et nous le battîmes jusqu’à ne pas lui laisser un réchappé. Et nous prîmes toutes ses villes, en ce temps-là ; il n’y eut point de ville que nous ne leur prissions : soixante villes, toute la région d’Argob, le royaume d’Og, en Basan ; toutes ces villes-là étaient fortifiées avec de hautes murailles, des portes et des barres, outre les villes ouvertes, en fort grand nombre ; et nous les détruisîmes entièrement, comme nous avions fait à Sihon, roi de Hesbon, détruisant toutes les villes, hommes, femmes, et enfants. Et nous pillâmes pour nous toutes les bêtes, et le butin des villes » (vers. 1-7).

Les ordres divins concernant Og, roi de Basan, étaient précisément les mêmes que ceux donnés au chapitre précédent au sujet de Sihon, roi des Amoréens. Pour comprendre ces ordres, nous devons les considérer à la lumière du gouvernement de Dieu, — sujet peu compris, quoique d’une haute importance pratique. Il faut savoir distinguer la grâce, du gouvernement. Lorsque nous contemplons Dieu en gouvernement, nous le voyons déployant sa puissance en justice, punissant les méchants, se vengeant de ses ennemis, renversant les empires et les trônes, détruisant les cités, balayant les nations, les tribus et les peuples. Nous le voyons commander à son peuple de passer au fil de l’épée les hommes, les femmes et les enfants, de mettre le feu à leurs maisons, et de réduire en cendres leurs villes.

Nous l’entendons aussi adresser au prophète Ézéchiel ces remarquables paroles : « Fils d’homme, Nebucadretsar, roi de Babylone, a fait travailler son armée à un grand travail contre Tyr : toute tête en est devenue chauve, et toute épaule en a été écorchée ; et il n’a eu de Tyr aucun salaire, ni pour lui, ni pour son armée, pour le travail qu’il a fait contre elle. C’est pourquoi, ainsi dit le Seigneur, l’Éternel : Voici, je donne à Nebucadretsar, roi de Babylone, le pays d’Égypte ; et il en enlèvera la multitude, il en emportera le butin, et en fera le pillage ; et ce sera le salaire de son armée. En récompense de son travail contre Tyr, je lui ai donné le pays d’Égypte, parce qu’ils ont travaillé pour moi, dit le Seigneur, l’Éternel » (Ézé. 29:18-20).

Ce passage remarquable place devant nous un sujet qui se retrouve dans tout l’Ancien Testament, et qui exige toute notre attention. Dans les cinq livres de Moïse, les livres historiques, les Psaumes et les Prophètes, nous voyons l’Esprit nous donner les détails les plus précis sur les actes de Dieu en gouvernement. Nous avons le déluge aux jours de Noé, où toute la terre, à l’exception de huit personnes, fut détruite par un acte du gouvernement divin. Les hommes, les femmes, les enfants, les animaux à quatre pieds, les oiseaux et les reptiles furent tous entraînés et engloutis sous les flots du juste jugement de Dieu.

Puis, aux jours de Lot, nous voyons les villes de la plaine, avec tous leurs habitants, hommes, femmes et enfants, détruites en quelques heures par la main du Tout-Puissant, et ensevelies sous les eaux de la Mer Morte ; ces villes coupables, « Sodome et Gomorrhe, et les villes d’alentour, s’étant abandonnées à la fornication de la même manière que ceux-là, et étant allées après une autre chair, sont là comme exemple, subissant la peine d’un feu éternel » (Jude 7).

Ensuite, les pages inspirées nous montrent les sept nations de Canaan, hommes, femmes et enfants, livrées entre les mains d’Israël pour être exterminées sans miséricorde, et sans qu’une seule personne échappât.

Le temps nous manquerait pour la simple indication de tous les passages des Écritures, qui mettent devant nos yeux les actes solennels du gouvernement divin. Nous les retrouvons de la Genèse à l’Apocalypse, — du déluge à la destruction finale du monde actuel.

Sommes-nous capables de comprendre ces voies de Dieu en gouvernement ? Avons-nous le droit de les juger ? Sommes-nous à même de sonder les profonds et terribles mystères de la Providence ? Pouvons-nous — devons-nous expliquer pourquoi des enfants innocents sont enveloppés dans le jugement de leurs parents coupables ? L’incrédulité impie peut se moquer de ces choses ; la sentimentalité peut s’y achopper, mais le vrai croyant, le lecteur respectueux de la Sainte Écriture, résoudra toutes ces questions par cette autre question si simple et si sûre : « Le juge de toute la terre ne fera-t-il pas ce qui est juste ? » (Gen. 18:25).

C’est la seule manière de répondre à de telles questions. Si nous admettons que l’homme peut juger les voies de Dieu, qu’il peut se permettre de décider de ce qui est digne de Dieu et de ce qui ne l’est pas, alors vraiment nous avons perdu le sentiment de ce qu’est Dieu. Or c’est précisément là le but de Satan. Pour éloigner nos cœurs de Dieu, il pousse les hommes à raisonner, à questionner et à spéculer sur des choses qui sont aussi au-dessus de leur portée que les cieux sont au-dessus de la terre. Pouvons-nous comprendre Dieu ? Si nous le pouvions, nous serions nous-mêmes Dieu.

Il est absurde et impie, tout à la fois, que de pauvres mortels osent discuter les conseils, les actes et les voies du tout puissant Créateur, du sage Gouverneur de l’univers. Tôt ou tard, ils reconnaîtront leur fatale erreur. Il serait bon que tous les sophistes prissent garde à cette grave question de l’apôtre : « Mais plutôt, toi, ô homme, qui es-tu, qui contestes contre Dieu ? La chose formée dira-t-elle à celui qui l’a formée : Pourquoi m’as-tu ainsi faite ? Le potier n’a-t-il pas pouvoir sur l’argile pour faire de la même masse un vase à honneur et un autre à déshonneur ? » (Rom. 9:20-21).

Telle est la méthode divine de répondre à tous les « comment » et « pourquoi » du raisonnement incrédule. Si le potier a pouvoir sur le morceau d’argile qu’il tient dans sa main, — fait que personne ne songerait à nier, — combien plus le Créateur de toutes choses a-t-il pouvoir sur les créatures que sa main a formées. Les hommes peuvent spéculer indéfiniment sur les raisons pour lesquelles Dieu a permis au péché d’entrer dans le monde, et au serpent de tenter Ève, au lieu de le détruire lui et ses anges, ou de préserver Ève de manger le fruit défendu, etc. En un mot, les « pourquoi » et les « comment » sont sans fin, mais la réponse est une : « Qui es-tu, ô homme, qui contestes contre Dieu ? » Quelle monstruosité ! un pauvre ver de terre ose porter un jugement sur les conseils et sur les voies de l’Éternel Dieu ! Quelle présomptueuse folie ! une créature, dont l’intelligence est aveuglée par le péché, et par conséquent totalement incapable de juger sainement les choses divines, prétend savoir comment Dieu aurait dû agir, dans tel ou tel cas ! Il est à craindre que des milliers qui raisonnent maintenant avec une habileté apparente contre la vérité de Dieu, ne reconnaissent leur fatale erreur, lorsqu’il sera trop tard pour la réparer.

Quant à ceux qui, loin de faire cause commune avec les incrédules, sont néanmoins tourmentés de doutes et de craintes au sujet de quelques-unes des voies de Dieu en gouvernement et sur la solennelle question des peines éternelles (*), nous leur recommandons la lecture et l’étude attentive du Psaume 131. « Éternel ! mon cœur n’est pas hautain, et mes yeux ne s’élèvent pas, et je n’ai pas marché en des choses trop grandes et trop merveilleuses pour moi. N’ai-je pas soumis et fait taire mon âme, comme un enfant sevré auprès de sa mère ? Mon âme est en moi comme l’enfant sevré ».


(*) Nous nous permettons ici quelques remarques sur le sujet si solennel des peines éternelles, vu que tant de chrétiens, en tous lieux, ne sont pas au clair sur ce sujet. Il y a, nous le croyons, trois considérations qui, dûment pesées, fixeront le chrétien quant à cette doctrine.

1. On trouve dans le Nouveau testament 70 passages avec le mot « éternel » (aiônios). Ce mot est appliqué à la vie que les croyants possèdent ; aux demeures dans lesquelles ils seront reçus ; à la gloire dont ils jouiront ; il s’applique à Dieu (Rom. 16:26) ; au salut, dont le Seigneur Jésus est l’auteur ; à la rédemption qu’il a obtenue pour nous ; et à l’Esprit

Parmi ces 70 passages, que le lecteur peut vérifier au moyen d’une concordance grecque, il y en a sept où ce même mot est appliqué aux châtiments des méchants ; aux jugements qui les atteindront ; au feu qui les consumera.

Or il s’agit de savoir d’après quels principes ou quelle autorité l’on peut dire que dans ces sept passages-là le mot aiônos ne signifie pas éternel, mais bien dans les 63 autres ? Cette assertion est sans fondement aucun, et indigne de l’attention d’un esprit sérieux. Nous admettons que si le Saint Esprit eût jugé convenable d’employer un autre mot pour parler du jugement des méchants, la raison demanderait que nous prenions ce fait en considération. Mais non, il emploie le même mot invariablement, de sorte que si nous nions les peines éternelles, nous devons nier la vie éternelle, la gloire éternelle, un Esprit éternel, un Dieu éternel, en un mot tout ce qui est éternel. Si le châtiment n’est pas éternel, rien ne sera éternel selon cet argument. Toucher à cette pierre de voûte de la Révélation divine, c’est faire crouler le tout. C’est justement ce que Satan cherche à faire. Nous sommes convaincus que nier la vérité des peines éternelles, c’est faire le premier pas sur la pente qui conduit au scepticisme universel.

2. Notre seconde considération est dérivée de la grande vérité de l’immortalité de l’âme. Nous lisons au chapitre second de la Genèse que l’Éternel Dieu forma l’homme poussière du sol, et souffla dans ses narines une respiration de vie, et l’homme devint une âme vivante (vers. 7). Ce passage fût-il le seul, c’est sur lui comme sur un rocher inébranlable que nous basons la grande vérité de l’immortalité de l’âme humaine. La chute de l’homme ne changea rien à cela. Innocente ou coupable, convertie ou non convertie, l’âme doit vivre à toujours.

La question solennelle est celle-ci : Où doit-elle vivre ? Dieu ne peut tolérer le péché en sa présence. Il a les yeux trop purs pour voir le mal (Habakuk 1:13). Par conséquent, si un homme meurt dans ses péchés, sans s’être repenti, sans avoir été lavé, et pardonné, il ne peut venir là où Dieu se trouve ; ce serait même le dernier endroit où il désirerait aller. Il ne reste rien pour lui qu’une éternité sans fin, dans l’étang ardent de feu et de soufre.

3. Enfin, nous croyons que la doctrine des peines éternelles est liée étroitement au caractère infini de la rédemption. Si rien moins qu’un sacrifice infini ne pouvait nous délivrer des conséquences du péché, ces conséquences doivent être éternelles. Cette considération n’aura peut-être pas grand poids auprès de certaines personnes, mais, pour nous, la force en est irrésistible. Nous devons mesurer le péché et ses conséquences, de la même manière que l’amour divin et ses résultats ; non à la mesure des sentiments humains ou de la raison humaine, mais uniquement à celle de la croix de Christ.


Lorsque le cœur a savouré, en quelque mesure, ces touchantes expressions, il peut retirer un vrai profit des paroles de l’apôtre en 2 Cor. 10:4 « Car les armes de notre guerre ne sont pas charnelles, mais puissantes par Dieu pour la destruction des forteresses, détruisant les raisonnements et toute hauteur qui s’élève contre la connaissance de Dieu, et amenant toute pensée captive à l’obéissance du Christ ».

Les philosophes et les libres-penseurs souriraient de mépris, sans doute, à l’idée de traiter aussi simplement une question aussi grave. Mais cela importe peu au jugement du disciple de Christ. Le même apôtre inspiré dispose en fort peu de mots, de toute la sagesse et de toute la science de ce monde. Il dit : « Que personne ne s’abuse soi-même : si quelqu’un parmi vous a l’air d’être sage dans ce siècle, qu’il devienne fou, afin de devenir sage ; car la sagesse de ce monde est folie devant Dieu » ; car il est écrit : « Celui qui prend les sages dans leurs ruses », et encore : « Le Seigneur connaît les raisonnements des sages, qu’ils sont vains » (1 Cor. 3:18-20). Et encore : « Il est écrit : Je détruirai la sagesse des sages et j’annulerai l’intelligence des intelligents ». Où est le sage ? où est le scribe ? où est le disputeur de ce siècle ? Dieu n’a-t-il pas fait de la sagesse du monde une folie ? Car, puisque dans la sagesse de Dieu, le monde, par la sagesse, n’a pas connu Dieu, il a plu à Dieu, par la folie de la prédication, de sauver ceux qui croient (1 Cor. 1:19-21).

Il faut donc que l’homme reconnaisse qu’il n’est qu’un fou, et que toute la sagesse du monde est folie. Vérité humiliante, mais salutaire ! Humiliante, parce qu’elle met l’homme à sa vraie place salutaire, précieuse même, parce qu’elle met en scène la sagesse de Dieu. On parle beaucoup de nos jours de science, de philosophie et d’érudition. « Dieu n’a-t-il pas fait de la sagesse du monde une folie ? »

Saisissons-nous bien le sens de ces mots ? Il est à craindre qu’ils ne soient que peu compris. Il ne manque pas d’hommes qui voudraient nous persuader que la science a de beaucoup dépassé la Bible. Malheur à cette science et à ceux qui l’écoutent ! Si elle est allée plus loin que la Bible, où est-elle allée ? Du côté de Dieu, de Christ, du ciel, de la sainteté, de la paix, ou dans une direction tout à fait opposée ? Et où tout cela finira-t-il ? (*)


(*) Il faut distinguer entre la véritable science et la « science faussement ainsi nommée ». En outre, nous devons faire la différence entre les faits de la science et les conclusions des savants. Les faits sont ce que Dieu a fait et fait encore ; mais, lorsque les hommes se mettent à tirer leurs conclusions de ces faits, ils commettent les plus graves erreurs.

Toutefois, c’est un soulagement pour le cœur de penser qu’il y a un grand nombre de savants, qui donnent à Dieu sa vraie place et qui aiment notre Seigneur Jésus Christ en sincérité.


« Le monde, par la sagesse, n’a pas connu Dieu ». Qu’est-ce que la philosophie de la Grèce faisait pour ses disciples ? Elle en faisait d’ignorants adorateurs d’« UN DIEU INCONNU ». L’inscription même qui était sur leur autel proclamait à tout l’univers leur ignorance et leur honte.

Revenons à notre chapitre. Depuis le verset 7 à 20, Moïse rappelle aux enfants d’Israël l’histoire de leurs conquêtes sur les deux rois des Amoréens, et les faits concernant l’héritage des deux tribus et demie en deçà du Jourdain. À cet égard, il est intéressant de remarquer qu’il ne dit nullement si ces tribus eurent tort ou raison en choisissant leurs possessions en dehors du pays de la promesse. D’après le récit qui en est fait ici, on ne peut même pas savoir si les deux tribus et demie exprimèrent un désir dans cette affaire. Nouvelle preuve que notre Livre n’est pas une répétition des précédents.

Voici ces paroles : « Et nous prîmes possession de ce pays-là, en ce même temps. Depuis Aroër, qui est sur le torrent de l’Arnon, la moitié de la montagne de Galaad, et ses villes, je les donnai aux Rubénites et aux Gadites ; et le reste de Galaad, et tout Basan, le royaume d’Og, je le donnai à la demi-tribu de Manassé Et je donnai Galaad à Makir. Et aux Rubénites et aux Gadites je donnai depuis Galaad jusqu’au torrent de l’Arnon, le milieu du torrent et ce qui y confine, et jusqu’au torrent du Jabbok, frontière des fils d’Ammon… Et, en ce temps-là, je vous commandai, disant : L’Éternel, votre Dieu, vous a donné ce pays pour le posséder ; vous passerez équipés devant vos frères, les fils d’Israël, vous tous, les hommes valides. Seulement, vos femmes, et vos enfants, et vos troupeaux — je sais que vos troupeaux sont nombreux — demeureront dans vos villes que je vous ai données, jusqu’à ce que l’Éternel ait donné du repos à vos frères comme à vous, et qu’eux aussi possèdent le pays que l’Éternel, votre Dieu, leur donne au-delà du Jourdain ; alors vous retournerez chacun dans sa possession, que je vous ai donnée » (vers. 12-20).

Dans notre étude du livre des Nombres, nous nous sommes arrêtés sur certains faits en rapport avec l’établissement des deux tribus et demie, prouvant qu’elles n’étaient pas à la hauteur de la pensée de Dieu en choisissant leur héritage en deçà du Jourdain. Mais, dans le passage que nous venons de citer, il n’est pas fait allusion à ce côté de la question, parce que le but de Moïse est de placer devant la congrégation l’excessive bonté, la sollicitude et la fidélité de Dieu en leur accordant de si éclatantes victoires sur les Amoréens, et en les mettant en possession de belles contrées qui leur convenaient si bien. Par là il posait la base des droits qu’avait l’Éternel à leur obéissance, et nous pouvons sans peine apprécier la beauté morale du fait que, dans ce résumé, la question de savoir si les tribus de Ruben et de Gad et la demi-tribu de Manassé eurent tort dans leur choix, est mise de côté.

Grâces à Dieu, sa Parole n’a pas besoin d’apologistes humains. Elle parle pour elle-même et porte avec elle ses preuves, de sorte que nous pouvons dire d’elle ce que l’apôtre disait de son évangile, que « s’il est voilé, il est voilé en ceux qui périssent, en lesquels le dieu de ce siècle a aveuglé les pensées des incrédules, pour que la lumière de l’évangile de la gloire du Christ, qui est l’image de Dieu, ne resplendît pas pour eux » (2 Cor. 4:3-4). Nous sommes toujours plus convaincus que la meilleure manière de répondre aux attaques des incrédules contre la Bible, est d’avoir nous-mêmes une foi plus entière en son autorité et en sa puissance divine, et de nous en servir comme étant parfaitement assurés de sa vérité et de sa valeur.

Arrêtons-nous maintenant quelque peu sur les derniers versets de notre chapitre : « Et je commandai à Josué en ce temps-là, disant : Tes yeux ont vu tout ce que l’Éternel, votre Dieu, a fait à ces deux rois ; l’Éternel fera ainsi à tous les royaumes où tu vas passer. Ne les craignez pas ; car l’Éternel, votre Dieu, est celui qui combat pour vous » (vers. 21, 22).

Le souvenir des dispensations du Seigneur envers nous dans le passé devrait fortifier notre confiance pour l’avenir. Celui qui avait accordé à son peuple une si éclatante victoire sur les Amoréens, qui avait détruit un ennemi aussi formidable que Og, roi de Basan, qui avait mis entre leurs mains tout le pays des géants, que ne pouvait-il faire pour eux ? Il était peu probable qu’ils rencontrassent au pays de Canaan un ennemi plus redoutable que cet homme, dont le lit de fer était de si énormes dimensions que Moïse en fait la remarque (vers. 11). Mais qu’était-il en la présence de son Créateur ? Les géants et les nains sont égaux devant Lui. Le grand point est d’avoir Dieu lui-même devant nos yeux ; alors les difficultés disparaissent. C’est là le vrai secret de la paix et du progrès. « Tes yeux ont vu tout ce que l’Éternel, votre Dieu, a fait ». Or ce qu’il a fait, il le fera encore. Il a délivré, il délivre et il délivrera. Le passé, le présent et l’avenir sont tous marqués par des délivrances divines.

Lecteur, es-tu dans les difficultés ? T’attends-tu, le cœur tremblant, à quelque terrible malheur ? Es-tu peut-être comme l’apôtre Paul, en Asie : « excessivement chargé, au-delà de notre force, de sorte que nous avons désespéré même de vivre ? » (2 Cor. 1:8). S’il en est ainsi, accepte une parole d’encouragement : « Ne crains point, crois seulement ». Il ne fait jamais défaut au cœur qui se confie en Lui. Fais usage des ressources qui sont en Lui pour toi. Place-toi, avec tes craintes, tes anxiétés, ta famille, entre ses mains ; en un mot, remets-lui tout.

À quoi sert de mettre vos difficultés, entre Ses mains, si, l’instant d’après, vous les reprenez dans les vôtres ? C’est ce que nous faisons souvent. Quand nous sommes dans une épreuve quelconque, nous allons à Dieu par la prière ; nous jetons sur Lui notre fardeau et paraissons soulagés. Mais, hélas pas plus tôt avons-nous fini de prier, que nous recommençons à voir les difficultés, à mesurer l’épreuve, à nous arrêter à toutes les circonstances pénibles, jusqu’à ce que tout soit de nouveau confus à nos yeux.

Cela déshonore Dieu, et nous laisse naturellement malheureux et non soulagés. Dieu veut que nos cœurs soient aussi libres de soucis que nos consciences de péché. Il nous dit : « Ne vous inquiétez de rien, mais, en toutes choses, exposez vos requêtes à Dieu par des prières et des supplications avec des actions de grâces ». Et qu’arrivera-t-il alors ? « La paix de Dieu, laquelle surpasse toute intelligence, gardera vos cœurs et vos pensées dans le Christ Jésus » (Phil. 4:6, 7).

De cette manière Moïse cherchait à encourager son compagnon et son successeur, Josué, dans toute l’œuvre qu’il plaçait devant lui. De même aussi, l’apôtre Paul encourageait son cher fils et frère Timothée à se fortifier dans la grâce qui est en Jésus Christ, à s’en remettre en toute assurance à l’autorité, à l’enseignement, à la direction des Saintes Écritures ; puis, armé et équipé de la sorte, à se mettre à l’œuvre à laquelle il était appelé. De même aussi, l’écrivain et le lecteur de ces lignes peuvent s’encourager mutuellement, dans nos jours de difficultés croissantes, à s’attacher avec une foi simple à cette Parole qui subsiste à toujours.

Les versets qui terminent notre chapitre nous racontent un épisode touchant entre Moïse et son Seigneur. Le récit que nous en trouvons ici, est en accord parfait avec le caractère du Livre. « Et en ce temps-là, je suppliai l’Éternel, disant : Seigneur Éternel ! tu as commencé à faire voir à ton serviteur ta grandeur et ta main forte, car quel est le Dieu, dans les cieux et sur la terre, qui fasse des œuvres comme tes œuvres et selon ta force ? Que je passe, je te prie, et que je voie ce bon pays qui est au-delà du Jourdain, cette bonne montagne, et le Liban. — Et l’Éternel fut irrité contre moi à cause de vous, et il ne m’écouta point ; et l’Éternel me dit : C’est assez, ne me parle plus de cette affaire. Monte au sommet du Pisga, et élève tes yeux vers l’occident, et vers le nord, et vers le midi, et vers le levant, et regarde de tes yeux ; car tu ne passeras pas ce Jourdain. Mais commande à Josué, et fortifie-le et affermis-le car lui, passera devant ce peuple, et lui, les mettra en possession du pays que tu verras » (vers. 23-28).

Il est bien émouvant d’entendre ici cet éminent serviteur de Dieu faire une requête qui ne pouvait lui être accordée. Il désirait voir ce bon pays au-delà du Jourdain. La portion choisie par les deux tribus et demie ne pouvait satisfaire son cœur. Il souhaitait poser son pied sur l’héritage même d’Israël. Mais cela ne devait pas être. Il avait parlé légèrement de ses lèvres en Meriba et, par une dispensation solennelle et irrévocable du gouvernement divin, il lui fut interdit de traverser le Jourdain.

Ce fidèle serviteur de Dieu répète tout cela au peuple. Il ne leur cache pas le fait que l’Éternel avait refusé de lui accorder sa requête. Il est vrai qu’il leur rappelle que c’était à cause d’eux ; il fallait, moralement, qu’ils l’entendissent. Mais il leur dit, sans la moindre réserve, que l’Éternel était fort irrité contre lui, refusait de l’écouter et de lui permettre de traverser le Jourdain, et lui ordonnait même de résigner sa charge et de nommer son successeur.

Rien n’est plus édifiant que d’entendre cela de la bouche de Moïse lui-même ; et une précieuse leçon pour nous. Nous trouvons souvent très difficile d’avouer que nous avons fait ou dit quelque chose de mal et de reconnaître devant nos frères que, dans un cas donné, nous n’avons pas compris la volonté du Seigneur. Nous sommes soucieux de notre réputation, susceptibles et obstinés. Et cependant, avec une étrange inconsistance, nous admettons, ou paraissons admettre, en termes généraux, que nous sommes de pauvres créatures faibles et faillibles ; et que, laissés à nous-mêmes, il n’y aurait rien de mauvais que nous ne puissions dire ou faire. Il est réellement bien différent de faire une confession générale, quelque humble qu’elle soit, ou de reconnaître franchement que, dans telle ou telle circonstance, nous nous sommes grandement trompés. C’est là ce que très peu de personnes savent faire ; en général, on ne veut pas admettre qu’on a eu tort.

Moïse, malgré sa haute position de chef du peuple, dont la verge avait fait trembler le pays d’Égypte, n’eut pas honte de confesser sa faute devant toute l’assemblée de ses frères, de reconnaître qu’il avait dit ce qu’il n’aurait pas dû dire, et qu’il avait désiré une chose que l’Éternel ne pouvait pas lui accorder.

Cela rabaisse-t-il Moïse dans notre estime ? Bien au contraire ; — il est aussi touchant qu’édifiant d’entendre sa confession, de voir avec quelle humilité il courbe sa tête sous les dispensations de Dieu en gouvernement ; d’admirer l’absence totale d’égoïsme dans sa conduite envers celui qui devait lui succéder dans sa charge éminente. Il n’y a pas trace de jalousie, d’envie, ni d’orgueil froissé. Dans son abnégation, Moïse descend de sa position élevée, jette son manteau sur les épaules de son successeur, et l’encourage à remplir, avec une sainte fidélité, les devoirs de cet office, que lui-même devait résigner.

Moïse s’humilia sous la puissante main de Dieu. Il accepta la discipline qui lui fut imposée par le gouvernement divin, et ne prononça pas un murmure lorsque sa requête lui fut refusée. Il se soumit à tout, c’est pourquoi il fut élevé au temps convenable (Luc 14:11). Si le gouvernement de Dieu l’empêcha d’entrer en Canaan, la grâce le conduisit au sommet du Pisga, d’où, dans la communion de son Seigneur, il lui fut permis de voir le bon pays dans toute son étendue — de le voir non pas comme hérité par Israël, mais comme donné de Dieu.


Le lecteur fera bien d’étudier sérieusement le sujet de la grâce et du gouvernement. Ce thème important et pratique qui revient constamment dans les Écritures, est peu compris parmi nous. Il peut nous sembler étrange qu’un homme aussi aimé que l’était Moïse, n’ait point obtenu la permission d’entrer dans la terre promise. La raison n’en était pas seulement que Moïse, dans sa capacité officielle et comme représentant du système légal, ne pouvait introduire Israël dans le pays. Cela est vrai, mais il y a plus : Moïse avait parlé légèrement de ses lèvres. Lui et Aaron, son frère, n’avaient pas glorifié Dieu en présence de l’Assemblée ; c’est pourquoi l’Éternel leur parla comme nous le voyons en Nomb. 20:12, 23-26.

Nous voyons ici les deux chefs de l’assemblée, les mêmes hommes dont Dieu s’était servi pour faire sortir son peuple du pays d’Égypte, avec des signes puissants et des miracles, — « ce Moïse et cet Aaron », — ces hommes grandement honorés de Dieu, à qui l’entrée en Canaan n’est pas accordée. Et pourquoi ? « Parce que vous vous êtes rebelles contre mon commandement ».

C’est une chose terrible que d’être rebelle au commandement de Dieu ; et, plus la position de ceux qui sont rebelles est élevée, plus la chose est grave, plus aussi le jugement divin sera prompt et solennel.

Des paroles semblables furent adressées à Saül, après qu’il eut refusé d’obéir à la parole de l’Éternel (1 Sam. 15:23) ; ainsi nous avons l’exemple d’un prophète, d’un sacrificateur et d’un roi, qui sont jugés, sous le gouvernement de Dieu, pour un seul acte de désobéissance. Le prophète et le sacrificateur ne purent entrer au pays de Canaan ; le roi fut privé de son trône.

Dans notre prétendue sagesse, nous trouvons peut-être ces châtiments bien sévères. Sommes-nous des juges compétents ? Prenons garde de nous permettre de juger les dispensations du gouvernement divin. Adam fut chassé du paradis ; Aaron fut dépouillé de ses vêtements sacerdotaux ; Moïse ne put entrer en Canaan ; Saül fut privé de son royaume, et pourquoi tout cela ? Était-ce pour quelque péché scandaleux ? Non, dans chacun de ces cas, c’était pour avoir négligé le commandement de l’Éternel. C’est ce que nous devrions toujours avoir devant nos yeux, dans ces temps de volonté propre où les hommes se permettent d’émettre leurs propres opinions, de penser, de juger et d’agir par eux-mêmes. Ils demandent si « chacun n’a pas le droit de penser comme bon lui semble ? » Nous répondons : Certainement pas. Nous avons le droit d’obéir. D’obéir à quoi ? Non pas aux commandements des hommes, à l’autorité de la soi-disant église, aux décrets des conciles généraux, non pas, en un mot à aucune autorité purement humaine, mais simplement à la parole du Dieu vivant, au témoignage du Saint Esprit. C’est là ce qui exige à juste titre notre implicite obéissance ; sans hésiter et sans questionner, nous devons nous incliner, et obéir. Un serviteur a-t-il à s’inquiéter des conséquences, ou à se préoccuper des résultats ? C’est le type d’un bon serviteur de faire ce qu’on lui dit, indépendamment de toute autre considération. Si Adam se fût souvenu de cela, il n’aurait pas été chassé du jardin d’Éden. Si Moïse et Aaron s’en fussent souvenus, ils auraient traversé le Jourdain ; si Saül s’en fût souvenu, il n’aurait pas été privé de son royaume. En descendant le cours de l’histoire humaine, nous voyons cet important principe illustré mainte et mainte fois, et nous pouvons être certains qu’il est d’une importance constante et universelle.

L’homme est-il responsable ou non ? Voilà la question. S’il l’est, comme nous en sommes certains, alors rien ne peut diminuer cette responsabilité. L’homme est appelé à obéir au simple commandement de Dieu ; il n’est nullement responsable de savoir quoi que ce soit de ses desseins et de ses conseils. La responsabilité de l’homme repose sur ce qui est révélé et non sur ce qui est caché. Qu’est-ce qu’Adam, par exemple, savait des plans et des desseins de Dieu, lorsqu’il fut placé dans le jardin d’Éden et qu’il lui fut défendu de manger du fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal ? Sa transgression fut-elle modifiée en quoi que ce soit, par le fait merveilleux que Dieu a pris occasion de cette transgression même pour déployer, aux yeux de tous les êtres créés, son glorieux plan de la rédemption par le sang de l’Agneau ? Évidemment non. Adam avait reçu un simple commandement ; sa conduite aurait dû être entièrement gouvernée par ce commandement. Il désobéit et fut chassé du paradis dans un monde où, depuis près de six mille ans, ont été manifestés les terribles résultats d’un seul acte de désobéissance.

Il est vrai, et Dieu en soit béni, que la grâce est venue dans ce pauvre monde pécheur, et y a récolté une moisson qui n’aurait jamais pu être récoltée dans les champs d’une création non coupable. Mais l’homme fut jugé pour sa transgression. Il fut chassé par la main de Dieu en gouvernement ; par une dispensation de ce gouvernement, il a été obligé de manger son pain à la sueur de son front. « Ce qu’un homme » — n’importe qui — « sème, cela aussi il le moissonnera » (Gal. 6:7).

La grâce est une chose, le gouvernement une autre. On ne devrait jamais les confondre, et nous ne saurions trop répéter que le déploiement le plus magnifique de la grâce souveraine de Dieu, ne peut jamais empêcher les actes solennels de son gouvernement.


6 - Chapitre 4

« Et maintenant, Israël, écoute les statuts et les ordonnances que je vous enseigne, pour les pratiquer : afin que vous viviez, et que vous entriez dans le pays que l’Éternel, le Dieu de vos pères, vous donne, et que vous le possédiez » (chap. 4:1).

Ici nous est présenté d’une manière très frappante le caractère particulier de tout le livre du Deutéronome. « Écoute », et « pratique », afin que vous « viviez » et que vous « possédiez ». — Ceci est un principe général et qui demeure. C’était vrai pour Israël, et cela est vrai pour nous. Le sentier de la vie et le secret pour posséder sont la simple obéissance aux saints commandements de Dieu. C’est ce que nous voyons à chaque page du volume inspiré. Dieu ne nous a pas donné sa Parole pour l’examiner ou la discuter, mais afin que nous y obéissions. Il faut que, par l’effet de la grâce, nos cœurs soient soumis avec joie aux statuts de notre Père céleste, pour que nous puissions marcher dans le sentier de la vie, et jouir réellement de toutes les richesses que nous possédons en Christ. « Celui qui a mes commandements et qui les garde, c’est celui-là qui m’aime ; et celui qui m’aime, sera aimé de mon Père ; et moi je l’aimerai, et je me manifesterai à lui » (Jean 14:21).

Quel privilège ! Chaque croyant n’en jouit pas, mais ceux-là seuls qui, soumis de cœur à notre Seigneur Jésus Christ, gardent ses commandements. Être enfant ou enfant obéissant sont deux choses ; comme aussi être racheté, ou aimer le Sauveur et prendre plaisir à garder ses paroles. Ainsi, dans une de nos familles, voici deux fils, dont l’un ne pense qu’à faire sa volonté et à satisfaire ses goûts ; il ne trouve pas de plaisir dans la société de son père ; connaissant à peine sa volonté et ses désirs, il ne cherche point à s’y conformer, tout en sachant bien profiter des avantages de sa relation de fils. Il accepte volontiers de son père vêtements, nourriture, etc., mais ne cherche jamais à réjouir son cœur par quelque aimable attention. L’autre fils, au contraire, aime la société de son père ; il en jouit, saisissant chaque occasion de prévenir ses désirs. Aimant son père, non à cause de ses dons, mais pour lui-même, sa plus grande jouissance est d’être auprès de lui et de faire sa volonté. Il n’est pas difficile de concevoir quelle sera la différence des sentiments du père à l’égard de ces deux fils, quoique tous deux soient ses enfants, aimés du même amour. Tous deux y ont également droit, au point de vue de la relation ; cependant le père éprouvera, sans doute, un sentiment particulier pour le fils obéissant, tandis que le fils égoïste, ne possédant pas sa confiance, sera pour lui un sujet d’angoisse, d’inquiétude et de prières.

Soyons assurés de ceci, que l’obéissance est agréable à Dieu, et « ses commandements ne sont pas pénibles », puisqu’ils sont la précieuse expression de son amour, le résultat de la relation dans laquelle nous sommes avec Lui. En outre, Dieu, dans sa grâce infinie, rémunère notre obéissance, en se manifestant plus pleinement à nos âmes, et en demeurant avec nous. C’est ce qui ressort d’une manière si frappante de la réponse de notre Seigneur à la question de Jude : « Seigneur, comment se fait-il que tu vas te manifester à nous et non pas au monde ? Jésus répondit, et lui dit : Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole, et mon Père l’aimera ; et nous viendrons à lui, et nous ferons notre demeure chez lui » (Jean 14:22, 23). Il ne s’agit pas ici de la différence entre « le monde » et « nous », le monde ne connaissant ni relation, ni obéissance envers Dieu. Le monde hait Christ, parce qu’il ne le connaît pas. Son langage est : « Retire-toi de nous ; nous ne prenons pas plaisir à la connaissance de tes voies » (Job 21:14). « Nous ne voulons pas que celui-ci règne sur nous » (Luc 19:14). Avec sa civilisation et sa profession de christianisme, tel est le monde. Sous ces brillantes apparences, sous ce vernis, on ne trouve qu’une haine profonde pour la personne et l’autorité de Christ. Son nom sacré est attaché à la religion du monde, — c’est-à-dire à la chrétienté, — et ce manteau de profession religieuse recouvre des cœurs pleins d’inimitié contre Dieu et contre son Christ.

Notre Seigneur ne parle donc pas du monde dans le chap. 14 de l’évangile de Jean. Il est entouré des « siens », et c’est d’eux dont il parle. S’il se manifestait lui-même au monde, ce ne pourrait être qu’en jugement et pour une destruction éternelle. Mais, béni soit son Nom, il se manifeste lui-même à ses rachetés obéissants ; à ceux qui ont ses commandements et qui les observent ; à ceux qui l’aiment et qui gardent ses paroles.

Il est important pour le lecteur de bien comprendre que lorsque notre Seigneur parle de ses commandements, de ses paroles et de ses préceptes, il n’entend pas les dix commandements ou la loi de Moïse. Sans doute, ces dix commandements font partie du canon des Écritures, de la parole inspirée de Dieu ; mais, confondre la loi de Moïse avec les commandements de Christ, serait tout renverser et confondre le judaïsme avec la chrétienté, la loi avec la grâce.

L’enseignement du Nouveau Testament tout entier, tend à établir indubitablement que le chrétien n’est pas sous la loi ; qu’il n’est pas du monde, ni dans la chair ou dans ses péchés. Le solide fondement de tout ceci est la rédemption accomplie que nous possédons dans le Christ Jésus, en vertu de laquelle nous sommes scellés du Saint Esprit et, ainsi, inséparablement unis et identifiés à un Christ ressuscité et glorifié ; en sorte que l’apôtre Jean peut dire, en parlant de tous les croyants, de tous les chers enfants de Dieu : « Comme il est, lui, nous sommes, nous aussi, dans ce monde » (1 Jean 4:17). Ceci résout toute la question pour ceux qui ne veulent être guidés que par les Saintes Écritures.

Le lecteur ne saurait se tenir assez en garde contre la tendance à confondre les commandements, dont il est parlé dans le chapitre 14 de Jean, avec les commandements de Moïse, prescrits en Exode 20. Et cependant, l’un de ces chapitres est aussi réellement inspiré que l’autre.

La différence entre le système légal et le christianisme est la même qu’entre la mort et la vie ; l’esclavage et la liberté ; la condamnation et la justice ; l’éloignement et la proximité ; le doute et la certitude. Quelle chose monstrueuse, que la tentative d’unir ces deux principes, d’en faire un seul système, comme si c’étaient deux branches issues du même tronc ; il n’en peut résulter qu’une confusion désespérante. En cherchant à placer ainsi les âmes à la fois sous l’influence de la loi et de la grâce, on ne peut obtenir que le plus triste résultat. Autant vaudrait l’essai de joindre les rayons du soleil de midi à la profonde obscurité de minuit.

Plusieurs âmes pieuses de l’église professante, croient sincèrement que le seul moyen possible de parvenir à l’obéissance, à la sainteté pratique, d’affermir sa marche, et de tenir la vieille nature en bride, est de se placer sous la loi. À leur point de vue, cesser d’avoir les dix commandements comme règle de conduite, c’est enlever ces grandes écluses morales placées par la main de Dieu pour arrêter le cours des dérèglements de l’humanité.

Mais que dit l’Écriture ? Nous fait-elle retourner à Moïse pour apprendre de lui comment nous devons vivre ? Nous renvoie-t-elle à « la montagne qui peut être touchée » (Héb. 12:18), pour produire une vie sainte ? Nous place-t-elle sous la loi, pour tenir la chair en bride ? Lisez les paroles suivantes de l’épître aux Romains, chap. 6:14: « Car le péché ne dominera pas sur vous, parce que vous n’êtes pas sous la loi, mais sous la grâce ».

Le Saint Esprit déclare de la manière la plus simple et la plus emphatique, que les chrétiens ne sont pas sous la loi. Si nous étions sous la loi, le péché dominerait sur nous. En effet, nous trouvons dans l’Écriture, que les mots « péché », « loi » et « chair », sont invariablement liés. Il est impossible qu’une âme sous la loi, jouisse d’une entière délivrance de la domination du péché ; c’est ce qui nous fait voir d’un coup d’œil, la tromperie de tout système légal, et sa complète incapacité pour amener les âmes à une marche de sainteté. Placer les âmes sous la loi est le sûr moyen de les assujettir au péché, et de les tenir sous sa puissance absolue. Il est donc complètement impossible de produire la sainteté par la loi.

Prenons encore, à l’appui de cette vérité, le verset 4 du chap. 7 de l’épître aux Romains : « C’est pourquoi, mes frères, vous aussi », — ainsi que tous les vrais croyants, tout le peuple de Dieu, — « vous avez été mis à mort à la loi par le corps du Christ, pour être à un autre, à celui qui est ressuscité d’entre les morts, afin que nous portions du fruit pour Dieu ».

Remarquons que l’apôtre ne dit pas ici que la loi est morte. En effet, la loi n’est pas morte, mais nous sommes morts à la loi. Par la mort de Christ, nous sommes sortis de la sphère à laquelle la loi s’appliquait. Christ a pris notre place ; il fut placé sous la loi ; et, sur la croix, il fut fait péché pour nous. Mais il est mort pour nous, et nous sommes morts en Lui ; il nous a sortis de la position dans laquelle nous étions assujettis au péché, et sous la loi, pour nous introduire dans une position entièrement nouvelle, dans une alliance et une union vivante avec lui-même ressuscité ; en sorte que nous pouvons dire : « Comme il est, lui, nous sommes, nous aussi, dans ce monde » (1 Jean 4:17). Christ dans la gloire est-il sous la loi ? Assurément non. Eh bien ! nous non plus. Le péché a-t-il quelque droit sur Lui ? Aucun droit quelconque ; ainsi donc, sur nous pas davantage. Comme Christ se tient en présence de Dieu, nous y sommes aussi quant à notre position ; c’est pourquoi nous replacer sous la loi, serait le bouleversement complet de notre position chrétienne ; une contradiction flagrante de la doctrine, si précise et si positive, que l’Écriture Sainte nous donne sur ce sujet.

Nous demanderons encore en toute simplicité, comment, en renversant le fondement même du christianisme, on pourrait progresser dans la sainteté pratique ? comment le péché qui habite en nous, pourrait être subjugué en adoptant le système même qui a donné au péché tout pouvoir sur nous ? comment la vraie obéissance chrétienne pourrait jamais être produite en se détournant de l’Écriture Sainte ? Ce serait impossible ; un but divin ne peut être atteint que par des moyens divins. Eh bien ! le moyen de Dieu pour nous soustraire à la domination du péché, a été de nous délivrer de la loi ; ainsi donc ceux qui enseignent que les chrétiens sont sous la loi, sont simplement en contradiction avec Dieu.

Placer les croyants dans une telle position est autant que saper à leur base les fondements du christianisme, — abandonner la grâce, — renoncer à Christ, — revenir à la chair, dans laquelle nous ne pouvons plaire à Dieu, enfin nous placer sous la malédiction. En un mot, je le répète, le légalisme des hommes est diamétralement opposé à l’enseignement du Nouveau Testament.

Il se peut que, malgré toutes les preuves si largement fournies par l’Écriture, tel chrétien en soit encore à demander : « Cette puissance de la loi étant ôtée, n’y a-t-il pas danger de relâchement et de légèreté profanes ? » À ceci nous répliquerons que Dieu est plus sage que nous. Il sait mieux comment remédier au relâchement et à la légèreté, et comment produire la vraie obéissance. Il a essayé de la loi, qu’en est-il résulté ? Elle produisit la colère ; elle fit abonder l’offense et développa les mouvements du péché ; elle fit régner la mort. Elle était la puissance du péché, privant le pécheur de tout pouvoir ; elle le tua et fut sa condamnation, maudissant tous ceux qui avaient affaire avec elle. « Car tous ceux qui sont sous le principe des œuvres de loi sont sous malédiction ». Il en fut ainsi, non à cause de quelque défectuosité de la loi, mais à cause de la complète incapacité de l’homme à l’observer.

Il est donc nécessaire de placer sur sa vraie base pour le chrétien la doctrine présentée au premier verset de ce chapitre : si Israël était appelé « à écouter » et « à pratiquer », combien plus nous, qui sommes si richement « bénis de toute bénédiction spirituelle dans les lieux célestes en Christ » (Éph. 1:3). Nous sommes appelés à l’obéissance de Jésus Christ (1 Pierre 1:2), à la même obéissance que celle qui a caractérisé la vie de notre bien-aimé Seigneur Jésus Christ. En Lui, cela va sans dire, il n’y avait point d’influence contraire, comme, hélas ! c’est le cas pour nous. ; mais quant au caractère de l’obéissance, il est le même. Nous devons marcher sur les traces de Jésus : « Celui qui dit demeurer en lui, doit lui-même aussi marcher comme lui a marché » (1 Jean 2:6). En considérant cette marche, nous trouvons un fait qui se lie d’une manière remarquable au livre du Deutéronome : c’est la place que Jésus a donnée constamment à la parole de Dieu. Ce fait tient une place capitale dans tout le livre que nous étudions et le distingue des trois livres précédents. La parole de Dieu y est partout signalée comme seule règle, seul modèle et seule autorité pour l’homme ; elle s’y applique à ses besoins, en toute position, en toute sphère d’activité, et à chaque phase de son histoire morale et spirituelle. Cette parole lui dit ce qu’il devrait faire, et ce qu’il ne doit pas faire ; elle lui donne des directions pour chaque difficulté, s’occupant même des moindres détails. Le Créateur et le conservateur du vaste univers condescend à donner une loi, même en faveur d’un nid d’oiseaux (chap. 22:6).

Ce qui donne au Deutéronome un charme particulier, c’est la manière dont la parole de Dieu y est exaltée, et dont le saint devoir de l’obéissance y est présenté. Quelle importance n’a pas cette exhortation à une obéissance implicite, de nos jours surtout, que l’apôtre appelle « les jours de l’homme », jours si tristement marqués par la tendance des chrétiens professants à faire prévaloir la raison, le jugement et la volonté de l’homme. N’entend-on pas de toute part prononcer des paroles hautaines sur la raison humaine, sur le droit qu’a tout homme de juger, de raisonner et de penser librement ? Quiconque confesse une humble croyance dans la divine inspiration, dans la pleine suffisance et l’autorité absolue de l’Écriture, et se laisse entièrement guider par elle, est méprisé, traité d’ignorant, d’esprit borné, sinon de fou, par des milliers d’hommes qui prétendent être des guides et des docteurs de l’église professante. Dans nos universités et nos écoles, la gloire morale du Volume divin tend à s’effacer de plus en plus. Au lieu de s’en servir pour guider notre jeunesse, on lui enseigne à marcher d’après la lumière de la science et de la raison humaine. La parole de Dieu citée à la barre du jugement de l’homme est abaissée au niveau de l’intelligence humaine.

De cette manière, la parole de Dieu est mise de côté ; car si elle doit être soumise au jugement humain, elle cesse d’être la parole de Dieu. Soumettre une révélation divine, et par conséquent parfaite, à un tribunal quelconque, est une folie. Ou Dieu ne nous a pas donné de révélation, ou bien s’il nous en a donné une, elle est supérieure, parfaite, suprême, au-dessus et au-delà de toute question ; absolument incontestable, infaillible et divine. Tout homme doit s’incliner et avoir la bouche fermée devant cette autorité. Supposer, pour un instant, que l’homme soit compétent pour juger la parole de Dieu, ou capable de prononcer sur ce qui est ou n’est pas digne de Dieu, c’est simplement mettre l’homme à la place de Dieu ; or, c’est précisément ce à quoi Satan vise, quoique plusieurs des instruments dont il se sert, ne se doutent pas qu’ils travaillent à l’accomplissement de ses desseins.

À la question qui nous est continuellement présentée : « Comment pouvons-nous être assurés que notre Bible contient la vraie révélation de Dieu ? » — nous répondrons que Dieu seul peut nous en donner la certitude. Si Lui ne le peut pas, nul ne le peut ; et s’il le fait, personne n’a à le faire.

Tel est notre terrain ; il est inattaquable. Sans cette certitude que donne la foi, de quel côté nous tournerions-nous ? Le moindre doute est une torture ; si je n’ai pas la certitude de posséder une révélation de la part de Dieu, me voilà plongé dans les ténèbres morales sans le moindre rayon de lumière pour éclairer mon sentier. Qu’ai-je à faire ? L’homme peut-il m’aider de sa sagesse, de sa science ou de sa raison ? Peut-il, par ses arguments, satisfaire mon âme, résoudre mes difficultés, dissiper mes doutes ? L’homme est-il plus capable que Dieu lui-même de me donner la certitude que Dieu a parlé ? L’idée seule est monstrueuse.

Si Dieu ne peut nous donner la certitude qu’il a parlé, nous sommes sans parole de Lui. S’il nous faut avoir recours à l’autorité humaine, quel que soit le nom qu’elle porte, comme garantie de la parole de Dieu pour nos âmes, nous accordons plus de confiance à cette autorité qu’à la parole qu’elle cautionne. Béni soit Dieu de ce qu’il n’en est pas ainsi ; il a parlé à nos cœurs, il nous a donné sa Parole, et cette Parole porte en elle-même ses propres lettres de crédit ; elle n’a pas besoin de lettre de recommandation, écrite par une main d’homme. Quoi ? avoir recours à l’homme pour accréditer la parole du Dieu vivant ! En appeler à un ver de terre pour nous donner la certitude que notre Dieu nous a parlé ! Loin de nous cette pensée blasphématoire, et que toute la puissance de notre âme rachetée s’élève en louanges à Dieu, pour cette grâce qui ne nous a pas laissé errer dans les ténèbres de nos pensées, ni nous égarer par les opinions diverses des hommes, mais qui nous a donné sa divine lumière pour guider nos pas, éclairer notre intelligence, consoler nos cœurs, et nous garder de toute erreur de doctrine, de toute corruption morale ; pour nous introduire enfin dans le repos de son royaume céleste !

Pénétrons aussi nos âmes de ce fait que le privilège dont nous venons de parler comporte une solennelle responsabilité. S’il est vrai que Dieu nous a donné une parfaite révélation de ses pensées, quelle doit être notre attitude vis-à-vis de Lui ? Avons-nous à juger ses pensées ? La seule attitude, vraie, convenable à l’homme en présence de cette révélation de Dieu, est une entière et joyeuse obéissance ; c’est aussi la seule chose agréable à Dieu.

Si la parole de Dieu est gravée profondément dans nos cœurs, il y aura des progrès marqués dans notre carrière chrétienne, qui présentera de cette manière aux contradicteurs le témoignage le plus efficace à la vérité de Dieu.

Le chapitre placé devant nous abonde en exhortations, fondées sur le fait qu’Israël avait entendu la parole de Dieu ; il y en a une surtout, qui devrait être profondément gravée dans le cœur de chaque chrétien : « Vous n’ajouterez rien à la parole que je vous commande, et vous n’en retrancherez rien » (v. 2).

Ce verset renferme deux vérités importantes, savoir qu’il ne faut rien ajouter à cette Parole, par la simple raison qu’il n’y manque rien ; et rien y retrancher parce qu’elle ne contient rien de superflu. Tout ce dont nous avons besoin s’y trouve, et l’on ne saurait se passer de rien de ce qu’elle contient. Supposer que quoi que ce soit puisse y être ajouté, c’est nier qu’elle soit vraiment la parole de Dieu. D’un autre côté, si nous admettons la divine inspiration de cette Parole, tout nous est nécessaire, rien n’y est de trop.

« Entendez-vous donc que chaque ligne, du commencement de la Genèse à la fin de l’Apocalypse, est divinement inspirée ? » C’est, en effet, le terrain sur lequel nous nous plaçons avec l’apôtre Paul : « Toute écriture est inspirée de Dieu, et utile pour enseigner, pour convaincre, pour corriger, pour instruire dans la justice, afin que l’homme de Dieu soit accompli et parfaitement accompli pour toute bonne œuvre » (2 Tim. 3:16-17).

Si la parole de Dieu n’était pas parfaite, si cette révélation qu’il nous a donnée n’était pas complète, où serait le fondement divin de notre foi ? Nous serions comme un vaisseau sans boussole et sans gouvernail, abandonné et jeté çà et là sur l’océan agité de l’incrédulité.

On pourrait encore nous demander : « Croyez-vous vraiment que la longue suite de généalogies, contenue dans les premiers chapitres du premier livre des Chroniques, soit divinement inspirée ? Ont-elles été écrites pour notre instruction ? Que peuvent-elles nous apprendre ? » Nous ne doutons pas que la valeur, l’intérêt et l’importance de cette généalogie seront pleinement prouvées par la suite dans l’histoire du peuple auquel elle se rapporte spécialement. Quant au profit à en retirer, pour nous, nous croyons qu’elle contient une leçon des plus précieuses concernant les soins fidèles de l’Éternel envers son peuple d’Israël, et l’intérêt plein d’amour qu’il porte à tout ce qui le concerne. Bien qu’à vue humaine, ce peuple soit déchu et dispersé, Dieu continue à veiller sur lui de génération en génération. Il connaît tout ce qui concerne les douze tribus ; il les manifestera au temps convenable, et les établira dans l’héritage qui leur est destiné au pays de Canaan, selon sa promesse à Abraham, Isaac et Jacob. N’est-ce pas une précieuse instruction et une consolation pour nos âmes, de voir la vigilance et les soins de notre Père envers son peuple terrestre ?

Malgré cette précieuse instruction, nous n’entendons pas que ces chapitres des Chroniques offrent autant d’intérêt que, par exemple, le chapitre 17 de Jean ou le chapitre 8 aux Romains, mais nous pensons que chaque portion de la Parole étant divinement inspirée, a son utilité et qu’un chapitre ne peut remplir le but d’un autre.

Il est important par-dessus tout de se rappeler que nous ne sommes pas aptes à juger de ce qui est ou n’est pas digne d’avoir place dans le canon inspiré. Nous sommes ignorants et bornés, et la portion même qui pourrait nous sembler au-dessous de la dignité de l’inspiration, peut avoir une portée très importante dans l’histoire des voies de Dieu envers le monde en général, ou envers son peuple en particulier.

Ce que nous venons de dire se résume en ceci : c’est que nous croyons en la divine inspiration de chaque ligne de l’Écriture, du commencement à la fin. Cette foi n’est basée sur aucune autorité humaine quelconque, car ce serait placer cette autorité au-dessus de la Bible, en tant que ce qui garantit a plus de valeur que la chose garantie. Nous ne devrions pas davantage recourir à l’autorité humaine pour confirmer la parole de Dieu, qu’à la faible flamme d’un lumignon pour prouver que le soleil brille.

L’inspiration plénière des Saintes Écritures doit être, pour ce qui concerne nos âmes, une vérité cardinale à laquelle nous tenions plus qu’à la vie même. De cette manière, nous aurons de quoi répondre à la froide audace du scepticisme moderne, du rationalisme et de l’incrédulité. Nous ne prétendons pas dire que nous convaincrons les incrédules ; Dieu agira à leur égard selon ses propres voies, et les convaincra en son propre temps. Discuter avec de tels hommes, c’est un temps et un travail perdus ; la réponse la plus digne et la plus effective à l’incrédule, se trouvera dans le calme d’un cœur qui se repose sur la certitude que « Toute Écriture est inspirée de Dieu ». Il est encore écrit : « Toutes les choses qui ont été écrites auparavant, ont été écrites pour notre instruction, afin que, par la patience et par la consolation des Écritures, nous ayons espérance » (Rom. 15:4). Le premier de ces textes prouve que l’Écriture procède de Dieu ; le dernier, qu’elle est venue à nous. Les deux ensemble mettent en évidence que nous ne devons ni ajouter à la parole de Dieu, ni en retrancher ; rien n’y manque, et rien n’y est superflu.


Nous allons maintenant citer au lecteur quelques-uns des passages de ce chapitre 4 du Deutéronome, qui font ressortir d’une manière si remarquable la valeur, l’importance et l’autorité de la parole de Dieu. Nous y verrons, comme dans ce Livre tout entier, — qu’il n’est pas tant question d’ordonnances particulières, de rites ou de cérémonies, que du poids et de la dignité de la parole de Dieu elle-même, quoi que ce soit que cette Parole place devant nous.

« Regarde, je vous ai enseigné les statuts et les ordonnances, comme l’Éternel, mon Dieu, me l’a commandé, afin que vous fassiez ainsi au milieu du pays où vous allez entrer pour le posséder ». Leur conduite devait se régler en toutes choses d’après les commandements divins. Principe d’une immense portée pour eux, pour nous, et pour tous. « Et vous les garderez et les pratiquerez ; car ce sera là votre sagesse et votre intelligence aux yeux des peuples qui entendront tous ces statuts et diront : Quel peuple sage et intelligent que cette grande nation ! » (vers. 5-6).

Leur sagesse et leur intelligence devaient consister à garder et à pratiquer les statuts et les ordonnances divines. Ce n’était point par des discussions savantes ou des arguments, qu’elles devaient se montrer, mais par une obéissance enfantine et implicite. Toute la sagesse était renfermée dans ces statuts à leur sujet, non pas dans leurs pensées et leurs raisonnements. La sagesse merveilleuse de Dieu ressortait de sa Parole, et était ce que les nations devaient voir et admirer dans la conduite de son peuple.

Mais, hélas combien les actions d’Israël apprirent peu aux nations de la terre à connaître Dieu et sa Parole ! Combien son beau Nom fut souvent blasphémé par leurs voies, lorsque, au lieu de demeurer sur le terrain de l’obéissance aux commandements divins, ce peuple si privilégié, s’abaissant au niveau des nations qui l’entouraient, adopta leurs habitudes, et adora leurs dieux. Comment, en ne voyant que dégradation morale dans leurs voies, les nations auraient-elles pu reconnaître la sagesse et la gloire morale des statuts divins, dont Israël se vantait être le dépositaire, et qui le condamnaient ? (Rom. 2:3).

Cependant, quoi qu’il en soit des manquements de son peuple, la parole de l’Éternel subsistera à jamais, et si la puissance de cette Parole n’a pas été démontrée par la conduite d’Israël, elle a brillé par le jugement de son infidélité et continuera à être, d’âge en âge, la bénédiction de chaque âme individuellement, qui désire marcher dans le chemin de l’obéissance.

Tout en montrant les vrais effets de l’obéissance, Moïse avertit le peuple du danger de se détourner des saints commandements de Dieu : « Quelle est, dit-il, la grande nation, qui ait Dieu près d’elle, comme l’Éternel, notre Dieu, est près de nous dans tout ce pour quoi nous l’invoquons ? Et quelle est la grande nation qui ait des statuts et des ordonnances justes, comme toute cette loi que je mets aujourd’hui devant vous ? » (vers. 7-8). C’est la vraie grandeur morale, s’appliquant à tous les âges et en tous lieux à une nation, à un peuple, à la famille, à l’individu. Avoir le Dieu vivant près de soi, avec le précieux privilège de pouvoir l’invoquer en toutes choses, sachant que sa puissance et sa grâce s’exercent sans cesse en notre faveur ; avoir la lumière de sa face brillant avec son approbation sur nous et sur nos voies ; constater journellement l’effet moral de ses saints commandements, dans notre carrière pratique ; avoir la manifestation de Lui-même, et sa demeure en nous par l’Esprit ; quel langage humain est capable de démontrer, même en quelque mesure, la bénédiction de tels privilèges ? Et cependant, ils sont placés à la portée de tout enfant de Dieu sur la terre.

Nous n’entendons pas que chaque enfant de Dieu en puisse jouir ; loin de là. Comme nous l’avons déjà vu, ils sont réservés pour ceux qui, par grâce, sont rendus capables d’obéir à la parole divine. Il était vrai pour Israël, il est vrai pour l’Église et pour tout croyant, que la faveur divine est la récompense inestimable de l’obéissance.

Nous savons cependant que le pauvre cœur humain est sujet à errer et à subir les influences diverses qui travaillent autour de nous pour nous éloigner du sentier étroit de l’obéissance. Nous n’avons donc pas à nous étonner des exhortations si solennelles et si souvent répétées que Moïse adresse au cœur et à la conscience de ses auditeurs. Devant cette congrégation qui lui était si chère, il épanche son cœur en accents pleins d’ardeur, et bien propres à réveiller leurs âmes. « Seulement, dit-il, prends garde à toi et garde soigneusement ton âme, de peur que tu n’oublies les choses que tes yeux ont vues, et afin que tous les jours de ta vie, elles ne s’éloignent pas de ton cœur, mais que tu les fasses connaître à tes fils et aux fils de tes fils » (vers. 9).

Ces paroles placent devant nous deux choses d’une très grande importance, la responsabilité individuelle et le témoignage personnel, avec celui de la famille. Le peuple de Dieu était responsable de garder diligemment son cœur, de peur qu’il ne laissât échapper la précieuse parole de Dieu ; et, de plus, ils étaient responsables d’instruire leurs enfants et leurs petits-enfants. Et nous, avec toute la lumière et les privilèges que nous possédons, serions-nous moins responsables qu’Israël ? Nous sommes impérieusement appelés à étudier avec soin la parole de Dieu, à y appliquer nos cœurs. Il ne suffit pas de lire à la hâte chaque jour quelques versets ou un chapitre entier, comme par une espèce de routine religieuse, mais nous devons faire de la Bible une étude sérieuse et approfondie, pour y trouver notre plaisir et notre édification.

Il est à craindre que quelques-uns d’entre nous ne lisent la Bible que par devoir, trouvant plus de plaisir à un journal ou à un livre quelconque. Faut-il alors s’étonner de notre connaissance superficielle de l’Écriture ? Comment la profondeur de ce Livre divin et sa gloire morale, nous seront-elles révélées si, ne l’ouvrant que par devoir, nous en lisons avec indifférence quelques versets seulement ? On me dira peut-être : « Nous ne pouvons pas toujours lire la Bible ». La même personne dira-t-elle : « On ne peut pas toujours lire le journal ou un roman ? » Quel serait l’état d’âme d’une personne tenant ce langage ? Aime-t-elle réellement la parole de Dieu ? A-t-elle une vraie intelligence du prix de cette Parole, de son excellence, de sa gloire morale ? Impossible.

Que signifient les paroles suivantes, adressées à Israël ? « Mettez ces miennes paroles dans votre cœur et dans votre âme, et liez-les pour signes sur vos mains, et qu’elles soient comme des fronteaux entre vos yeux » (chap. 11:18). Le « cœur », « l’âme », « la main », « les yeux », tout est engagé au sujet de la précieuse parole de Dieu ; il s’agissait de réalité, non de formes vides, ni d’arides routines. L’homme devait se donner tout entier dans un saint dévouement aux statuts et aux ordonnances de Dieu.

« Et vous les enseignerez à vos fils, en leur en parlant, quand tu seras assis dans ta maison, et quand tu marcheras par le chemin, et quand tu te coucheras, et quand tu te lèveras ; et tu les écriras sur les poteaux de ta maison, et sur tes portes ». Sommes-nous, comme chrétiens, liés par ces paroles ? La parole de Dieu a-t-elle une telle place dans nos cœurs, nos maisons et nos habitudes ? Quiconque entre chez nous, ou se trouve en contact avec nous dans la vie journalière, peut-il voir la parole de Dieu tenue ainsi en honneur ? Ceux avec lesquels nous avons affaire voient-ils que nous sommes guidés par les préceptes des Saintes Écritures ? Nos serviteurs et nos enfants voient-ils que nous vivons dans l’atmosphère même de l’Écriture, et que notre caractère et notre conduite sont gouvernés par elle ?

C’est ici une pierre de touche pour nos cœurs, bien-aimé lecteur chrétien ; ne laissons pas écouler ces paroles, mais soyons assurés qu’il ne peut y avoir d’indicateur plus exact de notre état moral et spirituel que la manière dont nous traitons la parole de Dieu. Si nous ne l’aimons pas, soupirant après l’heure tranquille que nous pouvons consacrer à lire ses pages sacrées dans le secret du cabinet, en famille et hors de la maison ; en un mot, si nous ne respirons pas habituellement sa sainte atmosphère, — si jamais il nous arrivait d’exprimer un sentiment comme celui mentionné plus haut : « On ne peut pas continuellement lire la Bible », alors, en vérité, notre état spirituel serait tout à fait mauvais. La nouvelle nature aime la parole de Dieu, la désire avec ardeur ; comme nous lisons dans 1 Pierre 2:2: « Désirez ardemment, comme des enfants nouveau-nés, le pur lait intellectuel, afin que vous croissiez par lui ». En effet, si nous ne désirons pas ce lait pur, l’état de notre âme sera en déclin. Il se peut qu’il n’y ait encore rien d’extérieurement répréhensible dans notre conduite ; mais nous attristons son cœur par notre négligence de sa Parole, ce qui est autant que négliger sa personne. C’est une vraie folie de parler de notre amour pour Christ, si nous n’aimons pas sa Parole et n’en vivons pas ; c’est une illusion de s’imaginer être dans un état prospère, lorsque la lecture de la Bible est négligée, en particulier ou en famille.

Il va sans dire que nous n’entendons pas qu’aucun autre livre que la Bible ne doive être lu, car nous n’écririons pas ces « Notes », mais rien ne demande plus de vigilance que le choix de nos lectures. Toutes choses doivent être faites au nom de Jésus, et à la gloire de Dieu ; or la lecture est du nombre de ce : « toutes choses ». Nous ne devrions lire aucun livre, dont la lecture ne tournerait pas à la gloire de Dieu.

Si la Parole a sa vraie place dans le cœur, elle l’aura aussi dans la maison. Les chefs de famille devraient y réfléchir sérieusement ; nous sommes persuadés que, dans chaque famille chrétienne, il devrait y avoir un témoignage journalier rendu à Dieu et à sa Parole. Quelqu’un considérera peut-être une lecture régulière en famille comme une routine religieuse, un esclavage, du légalisme. À de telles objections nous répliquerons à notre tour : Est-ce un esclavage pour la famille de se réunir pour les repas ? Cette réunion de tous les membres autour de la table de famille, a-t-elle jamais été considérée comme une triste routine ? Certainement non, si la famille est heureuse et qu’une bonne intelligence règne entre tous ses membres. Pourquoi alors serait-ce une chose pénible pour un chef de famille chrétien de réunir ses enfants et ses domestiques autour de lui chaque jour, pour lire quelques versets de l’Écriture, et pour faire monter quelques paroles de prière et d’actions de grâces devant le trône de la grâce ? Cette habitude est en parfait accord avec l’Ancien et le Nouveau Testament, elle est sainte, édifiante et agréable au cœur de Dieu.

Que penserions-nous d’un chrétien professant qui ne prierait jamais, qui ne lirait jamais la parole de Dieu en particulier ? Serait-il possible de le considérer comme un vrai chrétien, heureux et vivant ? Ne mettrions-nous pas en doute l’existence de la vie de Dieu dans cette âme ? La prière et la parole de Dieu sont absolument essentielles à la prospérité de la vie chrétienne, en sorte que l’état spirituel d’un homme qui néglige habituellement ces deux choses doit être un état de mort.

Eh bien ! s’il résulte de cela de telles conséquences pour l’individu, qu’en sera-t-il d’une famille où il n’y a ni lecture, ni prière en commun, aucun témoignage rendu à Dieu ou à sa Parole ? Pouvons-nous imaginer une famille craignant Dieu, vivant du dimanche matin au samedi soir, sans se souvenir collectivement de Celui à qui nous devons toutes choses ? Quelle est la différence, demanderons-nous, entre une telle famille et quelque pauvre ménage païen ? N’est-il pas profondément triste de voir ceux qui font une profession publique de christianisme, qui prennent la Cène dans leurs églises, vivre dans une aussi grossière négligence de ce devoir et de ce privilège ?

Lecteur, chef de famille, quelles sont vos habitudes à ce sujet ? Faites-vous une lecture journalière de la Bible avec votre famille ? Si tel n’est pas le cas, voyez et recherchez quelle en est la cause réelle. Si vous lisez et priez en particulier, comment le négligez-vous dans votre cercle de famille ? Peut-être donnerez-vous comme excuse votre état nerveux, votre timidité ? Si c’est le cas, demandez au Seigneur de vous rendre capable de surmonter cette faiblesse. Comptez sur sa grâce ; réunissez votre famille autour de vous à une certaine heure, chaque jour ; lisez quelques versets de l’Écriture et adressez vos demandes à Dieu en commun ; ou bien, si vous ne pouvez le faire tout d’abord, faites agenouiller votre famille quelques moments en silence devant Dieu.

N’y eût-il que la plus faible confession, le plus petit témoignage rendu en famille, cela vaudrait cent fois mieux qu’une maison sans Dieu et sans prière. Commencez tout de suite, vous attendant à Dieu pour le secours nécessaire. Il vous l’accordera sûrement, car il ne fait jamais défaut à un cœur réellement confiant et dépendant.

Il n’est cependant pas nécessaire de prolonger ce service, de manière à le rendre fatigant ; soit à la maison, soit dans nos assemblées publiques, un exercice court, mais fervent, sera toujours le plus édifiant.

Ce n’est pas, assurément, que nous entendions qu’une simple lecture en famille réponde à tout ce que comprend cette importante parole : « Nous servirons l’Éternel ». Loin de là. Le service de Dieu en famille comprend tout ce qui est du domaine de notre vie privée, jusque dans ses plus petits détails, mais nous sommes certains que rien ne peut bien aller dans une famille où la lecture de la Bible et la prière sont négligées.

On pourrait objecter que, dans nombre de maisons où ce devoir est très régulièrement observé matin et soir, la vie intérieure, en famille, est en contradiction flagrante avec ce service soi-disant religieux. Le chef de famille, par exemple, au lieu d’être un modèle et une lumière pour tous, est, au contraire, d’une humeur morose, dur et impoli dans ses manières, rude et contrariant avec sa femme, sévère et arbitraire avec ses enfants, déraisonnable et exigeant avec les domestiques. Après avoir demandé la bénédiction de Dieu sur sa table, il paraît mécontent de ce qui y est placé, — en un mot, il fait le contraire de ce qu’enseigne la Parole qu’il a lue avec sa famille. Il en est souvent de même avec la femme, les enfants et les serviteurs ; il n’y a que désarroi dans toute l’administration domestique ; les repas sont irréguliers ; les rapports peu aimables entre tous : les enfants sont grossiers, égoïstes, volontaires ; les domestiques négligents, prodigues et insubordonnés. Le ton et l’atmosphère morale de cet intérieur, sont, en un mot, antichrétiens.

Écoutez encore, en dehors du cercle domestique, le témoignage de ceux qui ont affaire avec le chef de famille, pour son commerce, pour sa manière de traiter les affaires ; on se plaint de ses marchandises ; il y a de l’avarice, de l’ambition et des artifices ; rien de Dieu, rien de Christ, rien qui le distingue d’avec les plus mondains. La conduite de ceux qui ignorent ce que c’est qu’un culte en famille devrait souvent le rendre confus.

Dans ces circonstances, ce service en famille n’est qu’une forme vide, une insulte à Dieu. Il semble que nous oubliions ces paroles si sérieuses de l’apôtre inspiré, en Rom. 14:17: « Le royaume de Dieu n’est pas manger et boire, mais justice, et paix, et joie dans l’Esprit Saint ». C’est de justice pratique qu’il s’agit ici. À quoi sert de terminer par un soi-disant culte de famille une journée qui a été du matin au soir marquée par toute sorte d’actes d’injustice et de vanité ?

Cela ne peut être en rapport avec le saint nom de Christ. Tout dans notre vie privée, l’économie de nos maisons, nos travaux journaliers, nos communications, toutes nos transactions quelles qu’elles soient, doit être mesuré à cette seule mesure : la gloire de Christ. À l’égard de tout ce qui se présente à nous, ou qui sollicite notre attention, la seule question devrait être : « Ceci est-il digne du saint Nom qui est invoqué sur moi ? » Si telle chose n’est pas digne de Dieu, ne la touchons pas. Ne prononçons pas cette question : « Quel mal y a-t-il à cela ? » Rien que du mal, si Christ n’y est pas.

Rappeler au cœur et à la conscience ces vérités pratiques est une chose essentielle dans nos jours de profession prétentieuse. Chacun de nous a besoin d’examiner l’état réel de son cœur quant à Christ ; car c’est là le secret de toute l’affaire. Si le cœur n’est pas vrai devant Lui, rien ne peut aller bien, ni dans la vie privée, ni dans la famille, ni en affaires, ni dans l’assemblée, ni où que ce soit.

Ne nous étonnons donc pas, si l’apôtre, en terminant la première épître aux Corinthiens, la résume par cette solennelle déclaration : « Si quelqu’un n’aime pas le Seigneur Jésus Christ, qu’il soit anathème ! Maranatha ! » (1 Cor. 16:22). Dans le cours de l’épître, il avait combattu contre diverses formes d’erreurs de doctrine, ou de dépravation morale ; mais quand il en vient à la conclusion, au lieu de prononcer sa sentence sur quelque erreur ou quelque mal particulier, il la prononce contre quiconque n’aime pas le Seigneur Jésus Christ. L’amour pour Christ est la meilleure sauvegarde contre toute forme d’erreur et de mal.


Revenons à notre chapitre.

L’attention du peuple est appelée d’une manière spéciale sur les scènes solennelles du mont Horeb, scènes qui auraient dû faire sur leurs cœurs une impression profonde et durable. « Le jour où tu te tins devant l’Éternel, ton Dieu, à Horeb, quand l’Éternel me dit : Assemble-moi le peuple, et je leur ferai entendre mes paroles ». Le grand point est d’être mis en contact direct et vivant avec la parole du Dieu vivant : « mes paroles, qu’ils apprendront pour me craindre tous les jours qu’ils seront vivants sur la terre, et qu’ils enseigneront à leurs fils » (vers. 10).

Il est très beau de remarquer le rapport intime qui existe entre écouter la parole de Dieu, et craindre son Nom. Le cœur qui aime la Parole, révérera le Nom, et s’inclinera devant sa sainte autorité en toutes choses. « Celui qui ne m’aime pas, ne garde pas mes paroles » (Jean 14:24). « Celui qui dit : Je le connais, et qui ne garde pas ses commandements, est menteur, et la vérité n’est pas en lui. Mais quiconque garde sa parole, — en lui l’amour de Dieu est véritablement consommé » (1 Jean 2:4-5). Toute personne qui aime vraiment Dieu, gardera sa Parole dans son cœur et alors l’influence bénie de cette Parole se fera sentir dans toute sa vie, son caractère et sa conduite. Le but de Dieu en nous donnant sa Parole, est qu’elle serve à gouverner notre conduite. Si sa Parole n’a pas cet effet pratique, c’est en vain que nous parlons de notre amour pour Lui, ce n’est qu’une raillerie positive, qui attirera tôt ou tard son déplaisir.

Prêtons aussi une attention particulière à la solennelle responsabilité d’Israël à l’égard de leurs enfants. Ils ne devaient pas seulement « écouter » et « apprendre » eux-mêmes ; mais ils devaient aussi « enseigner leurs fils ». Ce devoir ne peut être négligé impunément. Dieu attache une très grande importance à cette question ; nous l’entendons dire d’Abraham : « Car je le connais, et je sais qu’il commandera à ses fils et à sa maison après lui de garder la voie de l’Éternel, pour pratiquer ce qui est juste et droit, afin que l’Éternel fasse venir sur Abraham ce qu’il a dit à son égard » (Gen. 18:19).

Ces paroles nous montrent le cas que Dieu fait de la vie domestique et de la piété exercée dans la famille. Sous toutes les dispensations, Dieu a donné son approbation à une éducation fidèle des enfants de son peuple, selon sa sainte Parole.

Il est vrai que nous ne pouvons faire des chrétiens de nos enfants, et que nous ne devons pas en faire des formalistes. Mais nous ne sommes pas appelés à faire d’eux quelque chose ; nous avons simplement à remplir nos devoirs envers eux et à en laisser les résultats à Dieu. Nous avons reçu le commandement d’élever nos enfants « dans la discipline et sous les avertissements du Seigneur » (Éph. 6:4). Quand cette « éducation » doit-elle commencer ? Au commencement, assurément. Du moment où nous entrons dans une relation quelconque, nous sommes introduits dans la responsabilité que cette relation comporte. Il se peut que nous la négligions ; alors nous aurons à moissonner les tristes conséquences de notre négligence. Il est vrai, Dieu en soit béni, que sa grâce est suffisante pour nous, dans cette position comme dans toute autre : « Si quelqu’un de vous manque de sagesse, qu’il demande à Dieu, qui donne à tous libéralement et qui ne fait pas de reproches ; et il lui sera donné » (Jac. 1:5). Non que nous soyons capables par nous-mêmes, en matière si importante, de penser ou de faire quelque chose comme de nous-mêmes, mais notre capacité vient de Dieu, et il répondra à tous nos besoins. Nous n’avons qu’à regarder à Lui, pour les besoins de chaque moment.

Nous avons chacun nos devoirs respectifs à remplir ; tous n’aiment pas ce simple mot « devoir » ; il leur paraît légal. Nous considérons comme moralement sain ce mot, que tout vrai chrétien doit aimer. Une chose en tout cas est certaine, c’est que nous ne pouvons compter sur Dieu que dans le sentier du devoir. Parler de se confier en Dieu, hors du chemin du devoir, est une illusion ; et quant à notre relation de parents, en négliger les devoirs, c’est attirer sur nous les plus désastreuses conséquences.

Nous croyons que toute la question de l’éducation chrétienne se résume dans ces deux choses, savoir « compter sur Dieu pour nos enfants, et les élever pour Dieu ». Adopter le premier de ces principes sans le second, est de l’antinomianisme ; adopter le second sans le premier, est du légalisme, tandis que les deux réunis forment un christianisme sain et pratique — la vraie religion aux yeux de Dieu et des hommes.

Relativement aux difficultés, nous n’avons qu’à recourir, d’heure en heure, au trésor inépuisable de notre Père céleste pour obtenir ce dont nous avons besoin : grâce, sagesse, puissance morale, tout ce qui nous rendra capables de bien remplir les devoirs sacrés de notre relation. « Il donne une plus grande grâce » (Jac. 4:6). Ceci est toujours vrai. Mais si, au lieu de recourir à cette force que Dieu donne, pour remplir nos devoirs, nous recherchons nos aises en les négligeant, un grand nombre de peines fondront sur nous tôt ou tard. « Ne soyez pas séduits ; on ne se moque pas de Dieu ; car ce qu’un homme sème, cela aussi il le moissonnera. Car celui qui sème pour sa propre chair moissonnera de la chair la corruption ; mais celui qui sème pour l’Esprit moissonnera de l’Esprit la vie éternelle » (Gal. 6:7-8).

Ce passage est l’exposé d’un grand principe du gouvernement moral de Dieu qui s’applique d’une manière frappante à notre sujet : comme nous semons, en matière d’éducation pour nos enfants, ainsi, assurément, nous moissonnerons.

Que les chers parents chrétiens qui parcourent ces lignes, ne se laissent cependant pas décourager ; ils ont toute raison pour se confier joyeusement en Dieu. Qu’ils marchent d’un pas ferme dans le sentier du devoir ; là ils peuvent compter sur Dieu pour les besoins de chaque jour et, au temps convenable, ils moissonneront les fruits de leur travail.

Nous n’essayerons pas de donner des règles, ou une méthode d’éducation, car nous ne croyons pas qu’il y en ait ; les enfants ne peuvent être élevés au moyen de règles uniformes. Qui donc pourrait établir des règles au sujet de tout ce que renferme cette seule exhortation : « Élevez-les dans la discipline et sous les avertissements du Seigneur » ?

Dans ce commandement par excellence, est compris tout ce qui concerne l’éducation, dès le berceau à l’âge mûr. Oui, « dès le berceau » ; car toute vraie éducation chrétienne commence dès l’âge le plus tendre. Peu de personnes se doutent combien vite les plus petits enfants commencent à observer et à tout comprendre ; combien vite aussi ils subissent l’influence morale qui les entoure ! Cette atmosphère même constitue le grand secret d’une bonne éducation. Nous ne devrions tolérer pour nos enfants qu’une atmosphère d’amour, de paix, de pureté, de sainteté et de justice pratique dans la vie journalière ; cela aurait une grande influence sur leur moral. Quelle chose importante, en effet, pour nos enfants de voir marcher leurs parents dans l’amour, en harmonie, pleins de sollicitude l’un pour l’autre, ayant des égards pour leurs serviteurs, de la charité envers les pauvres. On ne saurait croire, par exemple, le mauvais effet que peut produire sur un enfant, un regard courroucé ou une parole désobligeante échangés entre son père et sa mère. Dans les cas, trop fréquents, hélas ! où la vie journalière d’un ménage se passe en querelles, comment les enfants peuvent-ils se former avec un pareil exemple sous leurs yeux ?

Avant de laisser ce sujet d’administration domestique, nous désirons attirer l’attention des parents chrétiens sur un point d’une extrême importance, celui d’inculquer aux enfants le principe d’une obéissance implicite. L’ordre et le bien-être de l’intérieur d’une famille en dépendent, mais, ce qui est infiniment plus important, cela touche à la gloire de Dieu et à la manifestation de sa vérité. « Enfants, obéissez à vos parents en toutes choses, car cela est agréable dans le Seigneur » (Éph. 6:1 ; Col. 3:20).

L’enfant doit obéir dès sa plus tendre enfance ; il lui faut apprendre la soumission à une autorité établie de Dieu, et, comme l’apôtre le dit, « en toutes choses ». Si l’on n’y prend pas garde dès le commencement, cela devient plus tard presque impossible. Lorsqu’on laisse agir la volonté, elle se renforce rapidement, et chaque année il est plus difficile de la gouverner. C’est pourquoi le père devrait tout d’abord établir son autorité sur une base de fermeté et de force morale : une fois sur ce pied, il peut être aussi doux et affectueux que le cœur d’un enfant aimant le demande. User de dureté, ou d’austérité, n’est pas chose nécessaire à l’éducation. Dieu a mis entre les mains du père les rênes du gouvernement, la verge de l’autorité ; mais en tirant continuellement les rênes, et se servant trop de la verge, il donnera une preuve certaine de faiblesse morale. Lorsque vous entendez un homme parler beaucoup de son autorité, vous pouvez être sûr que cette autorité n’est pas établie comme elle devrait l’être ; la vraie puissance morale donne une dignité calme, à laquelle il est impossible de se méprendre.

De plus, nous croyons que le père qui contrarie perpétuellement la volonté de son enfant, en des choses de peu d’importance, a tort ; ce procédé tend plutôt à briser l’énergie de l’enfant, tandis que briser la volonté est la base de toute bonne éducation. L’enfant devrait toujours se persuader que son père cherche uniquement son bien, et que s’il lui refuse quoi que ce soit, c’est par un vrai intérêt pour lui, et non pour lui retrancher des jouissances. Un point important aussi dans le gouvernement de la famille est de veiller à ce que chaque membre remplisse avec exactitude ses devoirs respectifs, et puisse aussi jouir de ses privilèges. Ainsi, le commandement de Dieu donné à l’enfant, étant d’obéir, les parents sont responsables de veiller à l’accomplissement de ce devoir, car, s’il est négligé, quelque autre membre de la famille en souffrira.

Que peut-il y avoir de plus nuisible à la paix d’un intérieur de famille, que la présence d’un enfant méchant et obstiné, et ne le sera-t-il pas, le plus souvent, par suite d’une mauvaise éducation ? Les enfants diffèrent, il est vrai, de caractère et de dispositions ; les uns ont une volonté particulièrement forte, un caractère raide et obstiné, qui rendra beaucoup plus difficile la tâche de les diriger ; mais cela ne change rien à la responsabilité que le père a d’exiger l’obéissance. Il peut compter sur Dieu pour la grâce et les facultés nécessaires. Une mère, laissée veuve, par exemple, comptant sur le Seigneur, sera rendue capable de diriger aussi bien ses enfants et sa maison, que le chef de famille l’aurait fait.

Il arrive aussi que, par une tendresse peu judicieuse, les parents sont tentés de céder à la volonté de l’enfant ; c’est, hélas ! semer à la chair, pour produire la corruption. Ce n’est pas du tout la vraie affection, que celle qui cède à la volonté de l’enfant. Témoignée de cette manière, il est impossible qu’elle contribue à son vrai bonheur ou même à des jouissances légitimes. Un enfant gâté, obstiné, est lui-même malheureux ; il sera une pénible charge pour ceux qui ont affaire à lui ; on devrait lui apprendre à penser aux autres, à chercher à contribuer de son mieux au bonheur et à l’agrément de chacun. — Qu’il est fréquent et peu convenable, par exemple, de voir un enfant rentrer bruyamment à la maison, monter l’escalier en sifflant, chantant, criant, sans aucun égard pour les autres membres de la famille, qu’il peut ainsi déranger ou inquiéter. Aucun enfant bien élevé n’aurait l’idée d’agir de cette manière ; en sorte que, là où une conduite pareille est tolérée, il doit y avoir de graves défectuosités dans l’administration de la maison.

Il est essentiel à la paix, à l’harmonie et au bien-être de la famille, que tous les membres aient des égards les uns pour les autres. Nous sommes responsables de chercher le bien et le bonheur de ceux qui nous entourent, et non pas seulement le nôtre propre. Si chacun s’appliquait à cela, quels intérieurs différents nous aurions, et quel meilleur témoignage serait rendu par chaque famille ! Chaque ménage chrétien devrait être un reflet du caractère divin ; l’atmosphère devrait en être celle du ciel. Comment cela peut-il se faire ? Simplement par l’effort de chacun, père, mère, enfant, maître et serviteur, pour marcher sur les traces de Jésus, et pour manifester son esprit. Lui, ne cherchait ni à se plaire à lui-même, ni ses propres intérêts en quoi que ce soit. Il faisait toujours les choses qui plaisaient à son Père ; il vint pour servir et pour donner. Il allait de lieu en lieu, faisant du bien, et guérissant tous ceux qui étaient sous le pouvoir de Satan. Lui, l’ami suprême, exerçait sa grâce, son amour et sa sympathie envers les faibles, les nécessiteux et les affligés. Si seulement les divers membres de chaque famille chrétienne se conformaient à ce parfait modèle, nous réaliserions, au moins en quelque mesure, l’efficacité du christianisme individuel et domestique qui, béni soit Dieu ! peut toujours être maintenu et manifesté, malgré la ruine désespérée de l’église professante. « Toi et ta maison » est un principe de toute beauté, qui se retrouve à travers le volume de Dieu, du commencement à la fin. À toute époque, sous chaque dispensation, aux jours des patriarches, comme aux jours de la loi et au temps du christianisme, nous trouvons, à notre grand encouragement, que la piété individuelle et domestique a sa place comme quelque chose d’agréable au cœur de Dieu et contribuant à la gloire de son saint Nom.

Ceci est, à notre avis, des plus consolants en tout temps, mais particulièrement dans le moment actuel où l’église professante semble s’enfoncer si rapidement dans une grossière mondanité et dans une incrédulité manifeste, et où ceux même qui désirent marcher dans l’obéissance à la parole de Dieu et agir d’après la grande vérité fondamentale de l’unité du corps, rencontrent tant de difficultés pour maintenir un témoignage collectif. En considérant tout ceci, nous pouvons bénir Dieu de tout notre cœur, de ce que la piété individuelle et dans la famille peut, malgré et à travers tout, être maintenue, et de ce que des accents de louanges peuvent monter constamment au trône de Dieu, ainsi que les supplications de chaque chrétien, en faveur d’un monde plongé dans le péché, la douleur et la misère. Puisse-t-il en être ainsi de plus en plus par la puissante intervention du Saint Esprit, afin qu’en toutes choses notre Dieu soit glorifié par chacun de ses enfants bien-aimés, individuellement et dans sa famille.

Considérons maintenant l’avertissement adressé à la congrégation d’Israël contre le terrible péché de l’idolâtrie, péché auquel, hélas ! le pauvre cœur humain est toujours enclin d’une manière ou d’une autre. Il est très possible de se rendre coupable de ce péché, sans fléchir le genou devant une image taillée ; c’est pourquoi il importe que nous pesions les paroles d’avertissement sortant de la bouche du législateur d’Israël ; elles aussi ont assurément été écrites pour notre instruction.

« Alors vous vous approchâtes et vous vous tîntes au bas de la montagne (et la montagne était brûlante de feu jusqu’au cœur des cieux… ténèbres, nuées, et profonde obscurité), et l’Éternel vous parla du milieu du feu ; vous entendiez la voix de ses paroles, mais vous ne vîtes aucune forme, seulement vous entendiez une voix. Et il vous déclara son alliance, qu’il vous commanda de pratiquer, les dix paroles ; et il les écrivit sur deux tables de pierre. Et l’Éternel me commanda en ce temps-là, de vous enseigner des statuts et des ordonnances, pour que vous les pratiquiez dans le pays dans lequel vous allez passer pour le posséder » (vers. 11-14).

Nous avons ici la base réelle de l’appel contre l’idolâtrie. Les enfants d’Israël ne voyaient rien, Dieu ne se montrait pas lui-même à eux, il ne revêtait aucune forme corporelle dont ils pussent se faire une image. Il leur donnait sa Parole, ses commandements d’une manière si claire, qu’un enfant aurait pu les comprendre ; les Israélites, quelque bornés qu’ils pussent être, ne pouvaient s’y tromper. Il n’était donc pas nécessaire pour eux de s’imaginer à quoi Dieu était semblable, cette tentation eût été le péché même, contre lequel Moïse les avertissait. Ils étaient appelés à écouter la voix de Dieu, non à voir sa forme ; à obéir à ses commandements, et non à se créer de Lui une image. C’est en vain que la superstition cherche à honorer Dieu en faisant et en adorant des images ; la foi reçoit et garde ses saints commandements : « Si quelqu’un m’aime », dit notre Seigneur, « il gardera ma parole ». « Personne ne vit jamais Dieu ; le Fils unique, qui est dans le sein du Père, lui, l’a fait connaître » (Jean 1:18). « Car c’est le Dieu qui a dit que du sein des ténèbres la lumière resplendît, qui a relui dans nos cœurs pour faire luire la connaissance de la gloire de Dieu dans la face de Christ » (2 Cor. 4:6).

Jésus est déclaré être le resplendissement de la gloire de Dieu, et l’empreinte de sa substance (Hébreux 1:3). Il pouvait dire : « Celui qui m’a vu, a vu le Père » (Jean 14:9). De cette manière, le Fils révèle le Père, et c’est par la Parole, par la puissance du Saint Esprit, que nous connaissons quelque chose du Fils ; c’est pourquoi la tentative, par quelque effort que ce soit de l’esprit ou de l’imagination, de concevoir une image de Dieu ou de Christ autrement que par les Écritures n’est que mysticisme ou idolâtrie ; plus que cela même, car c’est se mettre entre les mains de Satan, et nous laisser envelopper par lui d’illusions funestes et trompeuses.

C’est pourquoi, comme Israël, au mont Horeb devait s’en tenir à la « voix » de Dieu, et qu’il était exhorté à s’abstenir de toute ressemblance, nous, de même, devons nous en tenir à sa Sainte Écriture, et nous mettre en garde contre tout ce qui pourrait nous éloigner, ne fût-ce que de l’épaisseur d’un cheveu, de ce modèle divin et parfait, n’écoutant ni les suggestions de notre propre esprit, ni aucune opinion humaine.

« Et vous prendrez bien garde à vos âmes (car vous n’avez vu aucune forme au jour où l’Éternel vous parla du milieu du feu à Horeb), de peur que vous ne vous corrompiez, et que vous ne vous fassiez quelque image taillée, la forme d’une image quelconque, la figure d’un mâle ou d’une femelle, la figure de quelque bête qui soit sur la terre, la figure de quelque oiseau ailé qui vole dans les cieux, la figure de quelque reptile du sol, la figure de quelque poisson qui soit dans les eaux, au-dessous de la terre ; et de peur que tu ne lèves tes yeux vers les cieux, et que tu ne voies le soleil, et la lune et les étoiles, toute l’armée des cieux, et que tu ne te laisses séduire et ne te prosternes devant eux, et ne les serves lesquels l’Éternel, ton Dieu, a donnés en partage à tous les peuples, sous tous les cieux. Mais vous, l’Éternel vous a pris, et vous a fait sortir d’Égypte, de la fournaise de fer, afin que vous soyez le peuple de sa possession, comme vous l’êtes aujourd’hui » (v. 15-20).

Ces passages contiennent une vérité d’une grande importance pour nous aussi, montrant au peuple de Dieu que se faire une image quelconque et se prosterner devant elle, c’était, de fait, s’abaisser et se corrompre soi-même. Lorsque les enfants d’Israël firent le veau d’or, l’Éternel dit à Moïse : « Va, descends ; car ton peuple que tu as fait monter du pays d’Égypte, s’est corrompu » (Ex. 32:7). Il ne pouvait en être autrement. L’adorateur doit être inférieur à l’objet de son adoration ; donc, en se prosternant devant un veau, ils s’abaissaient au-dessous encore du niveau de la bête qui périt.

Quel spectacle ! Toute une congrégation conduite par Aaron, le souverain sacrificateur, se prosternant devant une image taillée. Peut-on se représenter un nombre pareil d’êtres intelligents, un peuple doué de raison, de conscience, disant d’un veau de fonte : « C’est ici ton dieu, ô Israël, qui t’a fait monter du pays d’Égypte ! » C’était, à la lettre, destituer Dieu, le remplacer par une image taillée d’après l’invention de l’homme. Et ceux qui le firent étaient ce peuple, témoin des œuvres merveilleuses de l’Éternel au pays d’Égypte !

Toutes ces choses s’étaient passées sous leurs yeux, et, néanmoins, ils purent si vite tout oublier et dire d’un veau de fonte : « C’est ici ton dieu, ô Israël, qui t’a fait monter du pays d’Égypte ». Croyaient-ils réellement qu’une image taillée pouvait avoir humilié, fait trembler un fier monarque, et les avoir fait sortir victorieusement d’Égypte ? Un veau d’or avait-il pu partager les eaux et les conduire à travers ses profondeurs ? Eh bien ! Israël le disait, car que n’est-on capable de dire lorsque l’œil et le cœur se sont détournés de Dieu et de sa Parole !

« Mais », nous demandera-t-on peut-être, « tout ceci s’adresse-t-il à nous aussi ? Les chrétiens peuvent-ils retirer quelque instruction de cette histoire du veau d’or ? Ces exhortations adressées à Israël contre l’idolâtrie, trouvent-elles de l’écho aux oreilles de l’Église ? Court-elle quelque danger de se prosterner devant une image taillée ? Serait-il possible que, possédant le privilège de pouvoir marcher à la pleine lumière du christianisme révélé dans le Nouveau Testament, nous puissions jamais adorer un veau d’or ? »

Nous répondrons d’abord à ces objections, en citant les paroles de l’apôtre Paul aux Romains (15:4) : « Toutes les choses qui ont été écrites auparavant », — y compris Ex. 32 et Deut. 4, — « ont été écrites pour notre instruction, afin que, par la patience et par la consolation des Écritures, nous ayons espérance ». Ce court passage démontre nos justes droits à user du privilège de parcourir le vaste champ de l’Ancien Testament pour y recueillir les précieuses leçons qu’il renferme, pour profiter de ses solennels avertissements, et y puiser les encouragements et les consolations dont nos cœurs ont besoin pendant notre course ici-bas. La question de savoir si nous serions capables de commettre le péché grossier d’idolâtrie, trouve une solution frappante dans 1 Cor. 10:1-13 où l’apôtre cite cette scène même du mont Horeb, comme avertissement à l’Église de Dieu ; nous ne saurions donc mieux faire que d’engager le lecteur à lire soigneusement le passage en entier.

Nous apprenons ici qu’il n’y a aucun péché, aucune folie, aucune forme de dépravation morale, dans laquelle nous ne serions sujets à nous plonger d’un moment à l’autre, si nous n’étions gardés par la toute puissance de Dieu ; il n’y a de vraie sécurité pour nous qu’à l’abri moral de la présence divine. Nous savons que l’Esprit de Dieu ne nous met pas en garde contre des choses auxquelles nous ne sommes pas enclins. Il ne nous dirait pas : « Ne soyez pas non plus idolâtres », si nous n’étions pas capables de le devenir. Ce n’est, par conséquent, pas de la forme extérieure de la chose dont il est question, mais de la chose elle-même, de sa racine ou de son principe. Nous lisons que « l’avarice est une idolâtrie », c’est-à-dire que l’homme désireux de posséder lui-même plus que ce que Dieu lui a donné, est coupable en réalité du péché d’Israël, lorsqu’il fit le veau d’or et l’adora. L’apôtre pouvait, avec raison, dire aux Corinthiens — nous dire : « C’est pourquoi, mes bien-aimés, fuyez l’idolâtrie » (1 Cor. 10:14). Pourquoi être exhortés à fuir une chose à laquelle nous ne serions pas sujets ? Que signifient les paroles qui terminent la première épître de Jean : « Enfants, gardez-vous des idoles ? » Ne nous disent-elles pas que nous sommes en danger d’adorer des idoles ? Assurément. Nos cœurs perfides sont capables de se détourner du Dieu vivant, et de s’attacher à quelque autre objet en dehors de Lui ; et qu’est cela sinon de l’idolâtrie ? Tout ce qui gouverne le cœur, est l’idole du cœur : argent, plaisir, pouvoir, ou autre chose ; nous pouvons donc facilement saisir la nécessité des nombreuses exhortations que l’Esprit Saint nous adresse contre le péché d’idolâtrie.

Nous avons encore, au chapitre 4 des Galates, des paroles très remarquables, des accents propres à faire impression sur l’église professante. Les Galates, ainsi que tous les autres gentils, avaient adoré des idoles ; mais, après avoir reçu l’Évangile, ils s’étaient tournés des idoles vers Dieu, pour servir le Dieu vivant et vrai. Cependant, des docteurs judaïsants étaient survenus, leur enseignant qu’à moins d’être circoncis et de garder la loi, ils ne pouvaient être sauvés.

C’est ceci justement que l’apôtre déclare sans hésitation être un retour à la grossière dégradation morale de leurs jours précédents, après avoir fait profession de recevoir l’évangile de Christ ; de là cette insistance de l’apôtre : « Mais alors, ne connaissant pas Dieu, vous étiez asservis à ceux qui, par leur nature, ne sont pas dieux : mais maintenant, ayant connu Dieu, mais plutôt ayant été connus de Dieu, comment retournez-vous de nouveau aux faibles et misérables éléments auxquels vous voulez encore derechef être asservis ? Vous observez des jours, et des mois, et des temps, et des années. Je crains quant à vous que peut-être je n’aie travaillé en vain pour vous » (Gal. 4:8-11).

Les Galates ne retournaient pas extérieurement au culte des idoles ; il est même probable qu’ils auraient rejeté avec indignation une telle idée ; malgré cela, l’apôtre leur demande : « Comment retournez-vous ? » Qu’est-ce que cette question signifie, s’ils n’étaient pas retournés à l’idolâtrie ? et qu’avons-nous à apprendre du passage entier ? Simplement ceci, que la circoncision, le retour à la loi, l’observation des jours, des mois et des années, — que tout ceci, en apparence si différent de leur ancienne idolâtrie, n’était ni plus ni moins qu’y retourner. Observer les jours et rendre culte aux faux dieux, était autant que se détourner du Dieu vivant et vrai, de son Fils Jésus Christ, du Saint Esprit, — de ce groupe brillant de dignités et de gloires appartenant au christianisme.

C’est un fait des plus solennels pour les chrétiens professants, et nous nous demandons si le sens et l’importance de Gal. 4:8-10, est réellement saisi par la grande majorité de ceux qui professent croire à la Bible. Que chacun examine sa position, ses habitudes, ses voies et ses relations, pour voir si, de fait, il ne suit pas l’exemple des assemblées de Galatie, dans l’observance des jours fériés, ou en d’autres choses semblables, qui ne sont propres qu’à détourner les âmes de Christ et de son glorieux salut. Un jour vient où les yeux de milliers d’âmes s’ouvriront à la réalité de ces choses ; ils verront alors ce qu’ils refusent de voir, c’est que les erreurs les plus grossières et les plus sombres du paganisme peuvent se reproduire sous le nom du christianisme, et en rapport avec les plus belles vérités qui aient jamais brillé aux yeux de l’intelligence humaine.

Prêtons maintenant notre attention au fait présenté au verset 21 de notre chapitre, savoir que Moïse, pour la troisième fois, rappelle à la congrégation les dispensations judiciaires de Dieu envers lui-même. Il en avait parlé, comme nous l’avons vu, au chap. 1:37 ; et encore au chap. 3:26 ; ici, de nouveau, il leur dit : « Et l’Éternel s’irrita contre moi, à cause de vous, et il jura que je ne passerais pas le Jourdain et que je n’entrerais pas dans le bon pays que l’Éternel, ton Dieu, te donne en héritage ; car, pour moi, je mourrai dans ce pays, je ne passerai pas le Jourdain ; mais vous allez le passer, et vous posséderez ce bon pays ».

Pourquoi répéter trois fois cette allusion au même fait ? — Et pourquoi, chaque fois, la mention spéciale de cette circonstance que l’Éternel a été irrité contre lui, à cause d’eux ? Une chose est certaine : il n’était nullement dans l’intention de Moïse de jeter du blâme sur le peuple, ou de se disculper ; un incrédule seul pourrait le supposer. Ce à quoi il visait, était de donner le plus possible de force morale et de solennité à son exhortation. Si l’Éternel était irrité contre un homme tel que Moïse ; si, à cause de sa parole imprudente aux eaux de Meriba, il ne lui fut pas permis d’entrer au pays de la promesse, — quoiqu’il le désirât si vivement, — combien plus, eux, devaient-ils prendre garde ? C’est une chose sérieuse d’avoir affaire avec Dieu, une chose bénie, sans doute, mais des plus sérieuses, comme le législateur lui-même fut appelé à le prouver en sa personne. Les paroles suivantes viennent à l’appui de cette vérité : « Prenez garde à vous, de peur que vous n’oubliiez l’alliance de l’Éternel, votre Dieu, qu’il a traitée avec vous, et que vous ne vous fassiez une image taillée, la forme d’une chose quelconque, ce que l’Éternel, ton Dieu, t’a commandé de ne pas faire. Car l’Éternel, ton Dieu, est un feu consumant, un Dieu jaloux » (vers. 23-24). Il nous faut laisser à cette vérité tout son poids moral sur nos âmes. On entend dire parfois : « Dieu est un feu consumant pour le monde ». Il le sera, dans la suite, sans doute, mais, maintenant, il agit en grâce, en patience et en longanimité envers le monde. N’oublions pas que l’apôtre Pierre nous dit : « Car le temps est venu de commencer le jugement par la maison de Dieu ; mais, s’il commence premièrement par nous, quelle sera la fin de ceux qui n’obéissent pas à l’évangile de Dieu ? » (1 Pierre 4:17). Nous lisons aussi dans Héb. 12:29 : « Car aussi, notre Dieu est un feu consumant ». Il ne parle pas de ce que Dieu sera pour le monde, mais de ce qu’il est pour nous. L’Écriture ne peut être ainsi tordue ; il faut la prendre comme elle est : claire et distincte ; tout ce que nous ayons à faire est d’écouter et d’obéir. « Notre Dieu est un feu consumant », un Dieu jaloux, non pas de nous consumer, béni soit son saint Nom ! mais de consumer le mal en nous et dans nos voies. Il ne peut tolérer en nous quoi que ce soit de contraire à sa sainteté, et, par conséquent, à notre vrai bonheur, à notre bénédiction réelle. Comme « Père Saint », il nous maintient dans une voie digne de lui-même ; s’il nous châtie, c’est afin de nous rendre participants de sa sainteté. Il laisse le monde suivre ses voies, n’intervenant pas publiquement ; mais il juge sa maison, et il châtie ses enfants, afin qu’ils répondent mieux à ses pensées, et qu’ils soient l’expression de son image morale.

En vérité, c’est un immense privilège, découlant de la grâce infinie de notre Dieu qui condescend à s’intéresser lui-même à nous ; à s’occuper de nos infirmités, de nos manquements et de nos péchés, afin de nous en délivrer et de nous rendre participants de sa sainteté.

Il y a encore un passage remarquable relatif à ce sujet : « Mon fils, ne méprise pas la discipline du Seigneur, et ne perds pas courage quand tu es repris par lui ; car celui que le Seigneur aime, il le discipline, et il fouette tout fils qu’il agrée. Vous endurez des peines comme discipline : Dieu agit envers vous comme envers des fils, car qui est le fils que le père ne discipline pas ? Mais si vous êtes sans la discipline à laquelle tous participent, alors vous êtes des bâtards et non pas des fils. De plus, nous avons eu les pères de notre chair pour nous discipliner, et nous les avons respectés ; ne serons-nous pas beaucoup plutôt soumis au Père des esprits, et nous vivrons ? Car ceux-là disciplinaient pendant peu de jours, selon qu’ils le trouvaient bon ; mais celui-ci nous discipline pour notre profit, afin que nous participions à sa sainteté. Or aucune discipline, pour le présent, ne semble être un sujet de joie, mais de tristesse mais plus tard, elle rend le fruit paisible de la justice à ceux qui sont exercés par elle. C’est pourquoi, redressez les mains lassées et les genoux défaillants » (Héb. 12:5-12).

Il y a trois manières de recevoir la discipline divine : nous pouvons la « mépriser », comme une chose ordinaire qui peut arriver à chacun ; nous n’y voyons pas la main de Dieu. Il peut nous arriver aussi de « perdre courage » sous son poids, comme trop lourd à porter. Nous ne reconnaissons pas le cœur du Père dans cette dispensation, ni son but miséricordieux, savoir de nous rendre participants de sa sainteté. En dernier lieu, nous pouvons être « exercés par elle », et c’est le moyen de recueillir ensuite « le fruit paisible de la justice ». Nous n’osons pas « mépriser » une chose dans laquelle nous reconnaissons la main de Dieu. Nous ne devons pas « perdre courage » sous une dispensation, dans laquelle nous discernons clairement le cœur du Père qui nous aime, et qui ne permettra pas que nous soyons tentés au-delà de nos forces, mais qui donnera une issue à l’épreuve, afin que nous puissions la supporter ; il nous explique aussi son but dans la discipline, et nous assure que chaque coup de sa verge est une preuve de son amour, et une réponse directe à la prière de Christ, dans Jean 17:11, où il nous recommande aux soins du « Père Saint », pour qu’il nous garde en ce nom et en tout ce que ce nom implique.

Il y a, de plus, trois attitudes distinctes du cœur en rapport avec la discipline divine, savoir la sujétion, la soumission, et la joie. Quand la volonté est brisée, il y a sujétion. Lorsque l’intelligence est éclairée quant au but du châtiment, il en résulte une soumission calme. Et quand les affections sont engagées quant au cœur du Père, il y a joie, et nous pouvons aller en avant d’un cœur content, recueillant en abondance des fruits paisibles de justice à la louange de Celui qui, dans son amour diligent, s’occupe de ce qui nous concerne, et agit envers nous selon son saint gouvernement, concentrant ses soins sur chacun, comme s’il n’y en avait qu’un seul à soigner.

Combien cette pensée devrait nous aider dans toutes nos épreuves ! Nous sommes entre les mains de Celui dont l’amour est infini, la sagesse infaillible, dont le pouvoir est tout puissant, et les ressources inépuisables. Pourquoi alors serions-nous rejetés ? S’il nous châtie, c’est parce qu’il nous aime et cherche notre bien réel. Nous pouvons trouver le châtiment pénible, nous sentir portés à nous demander parfois comment l’amour peut nous infliger la souffrance et la maladie ; mais souvenons-nous que l’amour divin est sage et fidèle, et ne dispense les peines, la maladie ou le deuil, que pour notre profit et notre bénédiction. Nous ne devons pas toujours juger de l’amour par la forme qu’il revêt. Regardez une bonne et tendre mère appliquant un vésicatoire à son enfant qu’elle aime comme son âme. Elle sait parfaitement que ce remède le fera souffrir ; pourtant elle l’applique sans hésiter, sans écouter son cœur sensible, sachant que la chose est absolument nécessaire, et que, humainement parlant, la vie de son enfant en dépend. Elle sent, qu’avec la bénédiction de Dieu, quelques moments de souffrance rendront la santé à son enfant bien-aimé. Ainsi, tandis que l’enfant n’est occupé que de la douleur passagère, la mère pense au bien permanent ; et si l’enfant pouvait être en communion de pensées avec la mère, le remède ne lui semblerait pas si dur à supporter.

Ceci est une image de la manière dont notre Père agit dans ses dispensations disciplinaires envers nous, et si nous savions nous le rappeler, ce serait d’un grand secours pour supporter tout ce que sa main trouve bon de nous infliger. — On pourrait objecter qu’il n’y a pas de comparaison entre un remède appliqué pour quelques minutes, et des années de souffrances et de peines corporelles intenses. Sans doute, mais quelle différence entre le résultat obtenu dans chaque cas ! Ce n’est qu’avec le principe de la chose que nous avons affaire. Lorsque nous voyons un cher enfant de Dieu appelé à traverser des années de vives souffrances, nous sommes tentés de nous demander pourquoi ; lui-même peut aussi se faire la même question, et être parfois sur le point de perdre courage, d’être accablé sous le poids de sa longue épreuve. Il se peut même qu’il en vienne à s’écrier : « Pourquoi en est-il ainsi ? Cette épreuve peut-elle m’avoir été dispensée par amour, et être l’expression de la sollicitude d’un Père ? » — « Oui, certes », est la réponse claire et décidée de la foi. « C’est tout amour, et divinement juste. Je ne voudrais pas pour rien au monde qu’il en fût autrement. Je sais que cette souffrance passagère opère une bénédiction éternelle, je sais que le Père qui m’aime m’a mis dans ce creuset pour me purifier des impuretés de la chair, et reproduire en moi sa propre image ; donc cette souffrance est la meilleure chose pour moi. Naturellement, je la sens, mais c’est l’intention de mon Père céleste que je la sente, comme la mère avec son remède, sans cela, il ne ferait aucun bien ».

Telle est, lecteur chrétien, la disposition convenable pour traverser quelque épreuve que ce soit.

Reprenons maintenant les derniers versets de notre chapitre, qui renferment des appels si touchants au cœur et à la conscience de la congrégation au sujet de l’obéissance. Si Moïse leur parle de la fournaise de fer d’Égypte, de laquelle l’Éternel, dans sa souveraine grâce, les a délivrés ; s’il insiste sur les signes puissants et les miracles opérés en leur faveur ; s’il leur représente les gloires de ce pays où ils allaient entrer ; ou s’il raconte les voies merveilleuses de Dieu envers eux dans le désert ; — le tout a pour but d’affermir la base morale des droits de l’Éternel à leur obéissance. Le passé, le présent et l’avenir, tout est exposé, comme pour faire peser sur eux la responsabilité, pour fournir des arguments puissants en faveur de leur consécration entière au service de leur Libérateur.

En un mot, ils avaient toute raison pour obéir ; et pas une excuse possible pour la désobéissance. Tous les faits de leur histoire, du premier au dernier, étaient calculés pour donner de la force morale à l’exhortation et à l’avertissement du passage suivant : « Prenez garde que vous n’oubliiez l’alliance de l’Éternel, votre Dieu, qu’il a traitée avec vous, et que vous ne vous fassiez une image taillée, la forme d’une chose quelconque, ce que l’Éternel, ton Dieu, t’a commandé de ne pas faire. Car l’Éternel, ton Dieu, est un feu consumant, un Dieu jaloux ».

« Quand tu auras engendré des fils et des petits-fils, et que vous aurez vécu longtemps dans le pays, et que vous vous serez corrompus, et que vous aurez fait une image taillée, la forme d’une chose quelconque, et que vous aurez fait ce qui est mauvais aux yeux de l’Éternel, ton Dieu, pour le provoquer à colère, j’appelle aujourd’hui à témoin contre vous les cieux et la terre, que vous périrez bientôt entièrement de dessus le pays où, en passant le Jourdain, vous entrez afin de le posséder ; vous n’y prolongerez pas vos jours, car vous serez entièrement détruits. Et l’Éternel vous dispersera parmi les peuples ; et vous resterez en petit nombre parmi les nations où l’Éternel vous mènera. Et vous servirez là des dieux, ouvrage de mains d’homme, du bois et de la pierre, qui ne voient, ni n’entendent, ni ne mangent, ni ne flairent » (vers. 23-28).

Le ciel et la terre sont appelés à témoigner de ces choses. Hélas ! comme tout ceci fut vite et complètement oublié ! Et comme toutes ces terribles prophéties ont été littéralement accomplies dans l’histoire de la nation !

Mais, béni soit Dieu, il y a miséricorde aussi bien que jugement ; notre Dieu est quelque chose de plus qu’un « feu consumant et qu’un Dieu jaloux ». Il est en vérité un feu consumant, parce qu’il est saint. De plus, il est jaloux, parce qu’il ne peut supporter un rival quelconque dans le cœur de ceux qu’il aime. Il lui faut avoir le cœur tout entier, parce que Lui seul en est digne, et peut le remplir et le satisfaire à jamais. Si ses enfants se détournent de Lui, et vont après des idoles de leur propre imagination, ils devront moissonner les fruits amers de leurs propres œuvres, et prouveront par une triste et terrible expérience, la vérité de ces paroles : « les misères de ceux qui courent après un autre seront multipliées ».

(vers. 29). Remarquez de quelle manière touchante Moïse présente au peuple le côté brillant des choses — brillant d’une lumière provenant de la stabilité éternelle de sa grâce et de la pleine suffisance de cette grâce à tous les besoins de son peuple : « Et de là vous chercherez l’Éternel, ton Dieu ; et tu le trouveras, si tu le cherches de tout ton cœur et de toute ton âme. Dans ta détresse », — moment propice pour découvrir ce qu’est notre Dieu, — « et lorsque toutes ces choses t’auront atteint, à la fin des jours, tu retourneras à l’Éternel, ton Dieu, et tu écouteras sa voix ». — Sera-t-il alors un « feu consumant » ? Non : « L’Éternel, ton Dieu est un Dieu miséricordieux, il ne t’abandonnera pas et ne te détruira pas, et il n’oubliera pas l’alliance de tes pères, qu’il leur a jurée » (vers. 30-31).

Nous avons ici un remarquable coup d’œil dans l’avenir d’Israël, leur séparation de Dieu, et leur dispersion parmi les nations ; la rupture complète de leur forme de gouvernement, et la perte de leur gloire nationale. Mais, béni soit le Dieu de toute grâce, il y a quelque chose au-delà de tous ces manquements, de cette ruine et de ce jugement. En considérant la dernière phase de la triste histoire d’Israël, — histoire qui peut réellement se résumer dans cette courte phrase : « C’est ta destruction, Israël, que tu aies été contre moi, contre ton secours » (Osée 13:9), nous voyons le déploiement de la grâce du Dieu de leurs pères quand il se révèle comme étant le secours d’Israël. Dans la première partie de cette phrase, nous avons la flèche aiguisée pour la conscience du peuple ; dans la dernière, le baume qui peut calmer son cœur brisé.

Il y a deux côtés de l’histoire d’Israël, la partie historique et la partie prophétique. La première rapporte leur complète ruine. L’autre révèle le remède de Dieu. Le passé d’Israël a été sombre et triste ; son avenir sera brillant et glorieux. Dans le premier, nous voyons les misérables actions des hommes ; dans le dernier, les voies bénies de Dieu. — Le passé nous donne l’illustration de ce qu’est l’homme ; l’avenir la brillante démonstration de ce que Dieu est. Il faut considérer les deux côtés, si nous voulons avoir une vraie intelligence de l’histoire de ce peuple remarquable. « Un peuple merveilleux dès ce temps » — et, nous pouvons ajouter, un peuple admirable jusqu’à la fin des temps.

Nous sentons l’obligation d’attirer l’attention du lecteur sur les précieux enseignements contenus dans le dernier passage cité. En peu de mots, il réunit toutes les vérités relatives au passé, au présent et à l’avenir d’Israël. Leur passé, par exemple, est vivement dépeint dans ces quelques mots : « Quand tu auras engendré des fils et des petits-fils, et que vous aurez vécu longtemps dans le pays, et que vous vous serez corrompus, et que vous aurez fait une image taillée, la forme d’une chose quelconque, et que vous aurez fait ce qui est mauvais aux yeux de l’Éternel, ton Dieu, pour le provoquer à colère… »

N’est-ce pas là précisément ce qu’ils ont fait ? Ils ont fait ce qui déplaît à l’Éternel, leur Dieu, afin de l’irriter. Ce seul mot : « ce qui est mauvais », comprend tout, depuis le veau en Horeb jusqu’à la croix du Calvaire. Tel est le passé d’Israël.

Quant à leur état présent, ne sont-ils pas un monument stable de la vérité impérissable de Dieu ? Est-il tombé un seul iota ou un trait de lettre de tout ce que Dieu a prononcé ? Écoutez ces paroles : « J’appelle aujourd’hui à témoin contre vous les cieux et la terre, que vous périrez bientôt entièrement de dessus le pays où, en passant le Jourdain, vous entrez afin de le posséder ; vous n’y prolongerez pas vos jours, car vous serez entièrement détruits. Et l’Éternel vous dispersera parmi les peuples ; et vous resterez en petit nombre parmi les nations où l’Éternel vous mènera ».

Tout ceci n’a-t-il pas été accompli à la lettre ? Qui pourrait mettre la chose en question ? Le passé et le présent d’Israël attestent tous deux la vérité de la parole de Dieu. Nous pouvons donc, en toute justice, déclarer que, comme le passé et le présent sont un accomplissement littéral de la vérité de Dieu, l’avenir le sera aussi assurément. Le même Esprit a dicté les pages de l’histoire, et celles de la prophétie ; c’est pourquoi elles sont aussi vraies l’une que l’autre, et de même que l’histoire nous rapporte le péché et la dispersion d’Israël, la prophétie nous prédit le repentir du peuple et son relèvement. Pour la foi, l’un est aussi vrai que l’autre. Aussi sûrement qu’Israël a péché dans le passé, et qu’il est dispersé actuellement, aussi sûrement se repentira-t-il et sera-t-il relevé dans l’avenir.

Tout ceci est au-dessus de tout raisonnement. Il n’y a pas un des prophètes, depuis Ésaïe jusqu’à Malachie, qui ne publie en accents pleins de grâce les bénédictions futures, la prééminence et la gloire de la semence d’Abraham (*). Nous aimerions pouvoir citer quelques-uns des sublimes passages se rapportant à ce sujet si intéressant ; mais il nous faut laisser ce soin au lecteur, recommandant tout spécialement à son attention la précieuse portion de l’Écriture contenue dans les derniers chapitres d’Ésaïe, dans laquelle il trouvera une pleine confirmation de cette vérité exprimée par l’apôtre : « Tout Israël sera sauvé » (Rom. 11:26). Tous les prophètes, « depuis Samuel et ceux qui l’ont suivi » (Actes 3:24), sont d’accord en ceci. Les enseignements du Nouveau Testament sont en harmonie avec la voix des prophètes ; ainsi, mettre en question la vérité concernant la restauration d’Israël dans son propre pays, et les bénédictions finales qui y seront leur partage, sous le règne de leur propre Messie, serait ignorer ou nier le témoignage des prophètes et des apôtres, parlant et écrivant sous l’inspiration directe de Dieu.


(*) Il est entendu que Jonas fait exception, sa mission était à Ninive. Il est le seul prophète, dont la mission fut exclusivement relative aux Gentils.


Il peut paraître étrange que ceux qui aiment Christ puissent ignorer ou nier ces témoignages ; cependant ils le font et l’ont fait, soit par suite de préjugés religieux, soit en vertu de certaines tendances théologiques. Mais, malgré tout, la vérité glorieuse du rétablissement d’Israël, et de sa prééminence sur la terre, brille avec une vive clarté dans les pages prophétiques, et tous ceux qui cherchent à la rejeter, ou à l’interpréter de quelque autre manière, se voient dans le cas, non seulement d’éviter la clarté des Saintes Écritures, et de contredire la voix unanime des apôtres et des prophètes, mais encore de s’ingérer dans les conseils et les promesses du Seigneur, Dieu d’Israël, pour aboutir finalement à annuler son alliance avec Abraham, Isaac et Jacob.

C’est une chose bien sérieuse de s’engager dans cette voie, et plusieurs, nous le croyons, l’ont fait sans le savoir, car il faut comprendre que quiconque applique à l’Église les promesses faites aux pères dans l’Ancien Testament, commet la faute grave dont nous parlons. Nous maintenons que personne n’a le moindre droit d’aliéner les promesses faites aux pères. Nous pouvons y prendre plaisir, retirer du bien et de l’encouragement de leur éternelle stabilité et de leur application directe et littérale ; mais lorsque, sous l’influence d’un système d’interprétation appelé « spiritualiste », on applique à l’Église, ou aux croyants du Nouveau Testament, des prophéties qui s’appliquent à Israël, nous considérons cela comme une chose très sérieuse et contraire à la pensée et au cœur de Dieu. Il aime Israël ; il l’aime à cause des pères, et nous pouvons être assurés qu’il n’approuve pas notre intervention dans leur position, leur lot, ou leurs espérances. Les paroles de Paul aux Romains, chap. 11, nous sont familières, mais il se peut que nous en ayons ignoré ou oublié le vrai sens et la force morale.

Parlant d’Israël, en rapport avec l’olivier de la promesse, l’apôtre dit : « Et eux aussi, s’ils ne persévèrent pas dans l’incrédulité, ils seront entés, car » — raison des plus simples et précieuse — « Dieu est puissant pour les enter de nouveau. Car si toi, tu as été coupé de l’olivier qui selon la nature, était sauvage, et as été enté contre nature sur l’olivier franc, combien plus ceux qui en sont selon la nature seront-ils entés sur leur propre olivier ? Car je ne veux pas, frères, que vous ignoriez ce mystère-ci, afin que vous ne soyez pas sages à vos propres yeux : c’est qu’un endurcissement partiel est arrivé à Israël jusqu’à ce que la plénitude des nations soit entrée (*) ; et ainsi tout Israël sera sauvé, selon qu’il est écrit : Le libérateur viendra de Sion ; il détournera de Jacob l’impiété. Et c’est là l’alliance de ma part pour eux, lorsque j’ôterai leurs péchés. En ce qui concerne l’Évangile, ils sont ennemis à cause de vous ; mais en ce qui concerne l’élection, ils sont bien-aimés à cause des pères. Car les dons de grâce et l’appel de Dieu sont sans repentir. Car comme vous aussi vous avez été autrefois désobéissants à Dieu et que maintenant vous êtes devenus des objets de miséricorde par la désobéissance de ceux-ci, de même ceux-ci aussi ont été maintenant désobéissants à votre miséricorde, afin qu’eux aussi deviennent des objets de miséricorde ». C’est-à-dire qu’au lieu d’entrer sur le terrain de la loi, ou de leur descendance selon la chair, ils viendront simplement, tout comme les gentils, sur le terrain de l’élection selon la grâce souveraine. « Car Dieu a renfermé tous, Juifs et nations, dans la désobéissance, afin de faire miséricorde à tous » (Rom. 11:23-32).


(*) Le lecteur doit saisir la différence entre « la plénitude des gentils », dans Rom. 11, et « le temps des nations », dans Luc 21. Le premier passage se rapporte à ceux qui forment maintenant l’Église. Le second, au contraire, a rapport au temps de la suprématie des nations, commençant avec Nebucadnetsar, et continuant jusqu’au temps où « la pierre coupée sans main » tombera avec puissance et écrasera la grande statue de Daniel 2.


Nous ne pouvons nous empêcher de citer la doxologie, par laquelle l’apôtre termine la grande exposition des dispensations ou des économies selon le plan de Dieu : « Ô profondeur des richesses et de la sagesse et de la connaissance de Dieu Que ses jugements sont insondables, et ses voies introuvables ! Car qui a connu la pensée du Seigneur, ou qui a été son conseiller ? ou qui lui a donné le premier, et il lui sera rendu ? Car de lui », — comme la source, — « et par lui », — comme canal, — « et pour lui », — comme objet, — « sont toutes choses ! À lui soit la gloire éternellement ! Amen » (vers. 33-36).

Cette magnifique partie de l’épître aux Romains est en parfait accord avec l’enseignement du chapitre 4 de notre livre. La condition présente d’Israël est le fruit de sa désobéissance ; sa gloire future sera le fruit de la riche et souveraine miséricorde de Dieu. « Car l’Éternel, ton Dieu, est un Dieu miséricordieux, il ne t’abandonnera pas et ne te détruira pas ; et il n’oubliera pas l’alliance de tes pères qu’il leur a jurée. Car, enquiers-toi donc des premiers jours qui ont été avant toi, depuis le jour où Dieu a créé l’homme sur la terre, et d’un bout des cieux jusqu’à l’autre bout des cieux », — Dieu en appelait aux limites extrêmes du temps et de l’espace, pour voir — « si jamais il est rien arrivé comme cette grande chose, et s’il a été rien entendu de semblable. Est-ce qu’un peuple a entendu la voix de Dieu parlant du milieu du feu, comme toi tu l’as entendue, et est demeuré en vie ? Ou Dieu a-t-il essayé de venir prendre pour lui une nation du milieu d’une nation, par des épreuves, par des signes, et par des prodiges, et par la guerre, et à main forte, et à bras étendu, et par de grandes terreurs, selon tout ce que l’Éternel, votre Dieu, a fait pour vous en Égypte, sous tes yeux. Cela t’a été montré, afin que tu connusses que l’Éternel est Dieu, et qu’il n’y en a point d’autre que lui. Des cieux, Il t’a fait entendre sa voix pour t’instruire, et, sur la terre, il t’a fait voir son grand feu, et tu as entendu ses paroles du milieu du feu » (vers. 31-36).

Le grand objet de toutes les voies divines relativement à Israël ressort de ces paroles avec une singulière puissance morale. C’était afin qu’ils pussent connaître que l’Éternel était le seul Dieu vivant et vrai, et qu’il n’y en avait, et ne pouvait y en avoir aucun autre, en dehors de Lui. En un mot, le dessein de Dieu était qu’Israël fût un témoin pour Lui sur la terre ; et, c’est assurément ce qu’il sera, quoiqu’il ait failli jusqu’à être la cause que son saint Nom a été blasphémé parmi les nations. Mais l’alliance de l’Éternel existera à toujours. Israël sera un témoin vivant de Dieu sur la terre, et le canal de riches bénédictions pour toutes les nations. L’Éternel a juré qu’il en serait ainsi ; et toutes les puissances réunies, de l’enfer, de l’homme et de Satan, ne pourront empêcher le plein accomplissement de tout ce qu’il a prononcé. Sa gloire est intéressée à l’avenir d’Israël, et si un seul iota de sa parole devait tomber, ce serait un déshonneur jeté sur son grand Nom, et un triomphe de l’ennemi, chose complètement impossible. L’anneau qui relie les futures bénédictions d’Israël, et la gloire de l’Éternel ne peut être brisé. Tant que ce fait n’a pas été pleinement saisi, on ne peut avoir l’intelligence du passé, ni de l’avenir d’Israël, et tout système d’interprétation prophétique est frappé de fausseté.

Une autre vérité est mise en avant dans notre chapitre : savoir, que non seulement la gloire de l’Éternel est intéressée au relèvement et aux bénédictions futures d’Israël, mais que son cœur y est engagé. C’est ce qui est révélé d’une manière touchante, dans les paroles suivantes : « Et parce qu’il a aimé tes pères, et qu’il a choisi leur semence après eux, il t’a fait sortir d’Égypte par sa face, par sa grande puissance, pour déposséder devant toi des nations plus grandes et plus fortes que toi, pour t’introduire dans leur pays, afin de te le donner en héritage, comme il paraît aujourd’hui » (vers. 37-38).

De cette manière, la vérité de la parole de Dieu, la gloire de son Nom, et l’amour de son cœur, sont compris dans ses dispensations envers la postérité d’Abraham, son ami ; aussi, bien que les Juifs aient transgressé la loi, déshonoré son Nom, méprisé sa grâce, rejeté ses prophètes, crucifié son Fils, et résisté à son Esprit, et soient en conséquence dispersés, et destinés à passer par une tribulation future sans exemple, — cependant le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, glorifiera son Nom, ratifiera sa parole, et manifestera l’amour immuable de son cœur, dans l’histoire à venir de son peuple terrestre. Rien ne change l’amour de Dieu ; qui que ce soit qu’il aime, il l’aime jusqu’à la fin.

Si nous nions cette vérité quant à Israël, nous n’avons pas un pouce de terrain solide sur lequel nous appuyer nous-mêmes : « Car autant il y a de promesses de Dieu, en lui est le oui et en lui l’amen, à la gloire de Dieu par nous » (2 Cor. 1:20). Dieu s’est engagé en faveur de la postérité d’Abraham. Il a promis de lui donner le pays de Canaan, à toujours. Ses dons de grâce et son appel sont sans repentir » (Rom. 11:29). C’est pourquoi toute tentative d’infirmer ses promesses et ses dons, ou d’intervenir d’une manière quelconque dans leur application à leur vrai objet, doit être une offense pour Lui. Cela entache l’intégrité de la vérité de Dieu, nous dépouille de toute certitude quant à l’interprétation des Saintes Écritures, et plonge l’âme dans les ténèbres du doute.

L’enseignement de l’Écriture est clair. Le Saint Esprit qui a dicté le Volume sacré, entend ce qu’il dit, et dit ce qu’il entend. S’il parle d’Israël, il entend Israël, — de Sion, il entend Sion, — de Jérusalem, Jérusalem. Appliquer quelqu’un de ces noms à l’Église du Nouveau Testament, c’est confondre des choses qui diffèrent, et introduire une méthode d’interpréter l’Écriture qui, par son inconsistance, ne peut conduire qu’aux plus désastreuses conséquences. Si nous manions la parole de Dieu de cette manière irrespectueuse, nous ne pourrons en réaliser la divine autorité sur notre conscience, ou en manifester la puissance dans notre marche.


Considérons maintenant l’appel par lequel Moïse résume son discours dans notre chapitre : « Sache donc aujourd’hui, et médite en ton cœur, que l’Éternel est Dieu dans les cieux en haut, et sur la terre en bas : il n’y en a point d’autre. Et garde ses statuts et ses commandements que je te commande aujourd’hui, afin que tu prospères, toi et tes fils après toi, et que tu prolonges tes jours sur la terre que l’Éternel, ton Dieu, te donne, pour toujours » (vers. 39-40).

Nous voyons ici que le droit moral à leur obéissance est fondé sur le caractère révélé de Dieu, et sur ses voies merveilleuses à leur égard. En un mot, ils étaient tenus d’obéir, par tous les arguments susceptibles d’agir sur leur cœur, leur conscience et leur intelligence. Celui qui les avait retirés du pays d’Égypte à main forte et à bras étendu ; qui avait fait trembler ce pays par les coups redoublés de sa verge judiciaire ; celui qui avait fendu les eaux pour leur frayer un passage à travers la mer ; qui leur avait envoyé du pain du ciel, et leur avait fait sortir de l’eau du rocher, — le tout, pour la gloire de son grand Nom, et parce qu’il aimait leurs pères, — avait sûrement droit à leur entière obéissance.

Si les fils d’Israël étaient moralement tenus d’obéir, combien plus le sommes-nous ! Si leurs motifs et leur objet étaient puissants, combien plus le sont les nôtres ! En sentons-nous la puissance ? Les droits de Christ sur nous sont-ils le sujet de nos méditations ? Nous rappelons-nous que nous ne sommes plus à nous-mêmes, mais rachetés au prix infiniment précieux du sang de Christ ? Cherchons-nous à vivre pour Lui ? Sa gloire est-elle notre objet, son amour, notre mobile ? Ou bien, vivons-nous pour nous-mêmes ? Cherchons-nous nos aises dans le monde qui a crucifié notre Seigneur et Sauveur ? Cherchons-nous à amasser de l’argent ? L’aimons-nous soit pour lui-même, soit pour ce qu’il peut nous procurer ? L’argent nous gouverne-t-il ? Sommes-nous à la recherche d’une position dans ce monde, pour nous-mêmes, ou pour nos enfants ? Sondons notre cœur en toute honnêteté, à la lumière de sa présence, et recherchons quel est l’objet qui gouverne ou que chérit notre cœur.

Pesons ces questions à la lumière même du tribunal de Christ. Le temps où nous vivons est très solennel. On voit de tous côtés une fausseté effrayante, et nulle part elle n’est plus apparente que dans la soi-disant religion. Le temps même où nous sommes parvenus, a été décrit par une plume qui n’exagère jamais : « Or sache ceci, que dans les derniers jours il surviendra des temps fâcheux ; car les hommes seront égoïstes, avares, vantards, hautains, outrageux, désobéissants à leurs parents, ingrats, sans piété, sans affection naturelle, implacables, calomniateurs, incontinents, cruels, n’aimant pas le bien, traîtres, téméraires, enflés d’orgueil, amis des voluptés plutôt qu’amis de Dieu », — et l’apôtre couronne cet effrayant tableau par ces mots « ayant la forme de la piété, mais en ayant renié la puissance » (2 Tim. 3:1-5).

Ces quelques phrases nous dépeignent la chrétienté infidèle ; comme 1 Tim. 4 avait peint la chrétienté superstitieuse. Dans ce dernier passage, nous voyons le papisme ; dans le premier, l’incrédulité, deux éléments qui sont à l’œuvre autour de nous, et dont le dernier aura bientôt la suprématie, vers laquelle il s’avance à grands pas. Les conducteurs mêmes et les docteurs de la chrétienté n’ont pas honte d’attaquer les fondements du christianisme. Un évêque soi-disant chrétien n’a pas honte, et ne craint pas de mettre en question l’authenticité des cinq livres de Moïse, et même celle de la Bible entière ; puisque, si Moïse n’est pas l’écrivain inspiré du Pentateuque, l’édifice entier de l’Écriture Sainte croule sous nos pieds. Les écrits de Moïse se lient si intimement avec toutes les autres grandes divisions du volume divin que, si on y touche, tout croule. Les colonnes mêmes du christianisme disparaîtraient, et nous aurions à chercher notre chemin en tâtonnant au milieu du conflit des opinions et des théories de docteurs infidèles, sans aucun rayon de la lampe divine de l’inspiration.

Ceci paraît-il trop fort à notre lecteur ? Croit-il qu’il soit possible d’accepter le désaveu de l’inspiration de Moïse, et puis de croire à l’inspiration des Psaumes, des Prophètes et du Nouveau Testament ? Celui qui croit cela est le jouet d’une fatale illusion. Qu’il lise avec attention le passage suivant, et qu’il se demande quelle en est la signification et la portée ? Notre Seigneur, en parlant aux Juifs, — qui n’auraient été d’accord avec aucun évêque chrétien pour nier l’authenticité de Moïse, — dit : « Ne pensez pas que moi, je vous accuserai devant le Père ; il y en a un qui vous accuse, Moïse en qui vous espérez. Car si vous croyiez Moïse, vous me croiriez aussi ; car lui a écrit de moi. Mais si vous ne croyez pas ses écrits, comment croirez-vous mes paroles ? » (Jean 5:45-47).

Un homme qui ne croit pas aux écrits de Moïse et ne les reçoit pas comme divinement inspirés, ne croit pas aux paroles de Christ, et, par conséquent, ne peut avoir une foi d’origine divine, en Christ lui-même ; il ne peut donc pas être un chrétien. C’est donc une chose bien sérieuse pour l’homme de nier la divine inspiration du Pentateuque. Il est tout aussi sérieux d’écouter un tel homme, ou de sympathiser avec lui. C’est très bien de parler de charité chrétienne et de libéralité d’esprit, mais nous avons à considérer si c’est avoir de la charité ou être libéral que de paraître approuver, en quelque manière que ce soit, un homme qui a l’audace de faire crouler sous nos pieds les fondements mêmes de notre foi. Qu’un tel homme soit un évêque ou un ministre de quelque dénomination que ce soit rend la chose mille fois pire. Nous pouvons comprendre un Voltaire ou un Paine attaquant la Bible ; on ne s’attend pas à autre chose de leur part ; mais, quand ceux qui prétendent être des ministres de la religion, gardiens reconnus et établis de la foi des élus de Dieu, se considérant comme ayant seuls le droit d’enseigner et de prêcher Jésus Christ, de garder et de paître l’Église de Dieu, — quand ceux-là mettent en question l’inspiration des cinq livres de Moïse, nous sommes forcés de demander : Jusqu’où l’église professante est-elle descendue ? Prenons encore un autre passage relatif à notre sujet ; le reproche du Sauveur ressuscité aux deux disciples d’Emmaüs : « Ô gens sans intelligence et lents de cœur à croire toutes les choses que les prophètes ont dites ! Ne fallait-il pas que le Christ souffrît ces choses, et qu’il entrât dans sa gloire ? Et commençant par Moïse et par tous les prophètes, il leur expliquait, dans toutes les Écritures, les choses qui le regardent ». Puis encore, aux onze et aux autres avec eux, il dit : « Ce sont ici les paroles que je vous disais quand j’étais encore avec vous, qu’il fallait que toutes les choses qui sont écrites de moi dans la loi de Moïse, et dans les prophètes, et dans les psaumes, fussent accomplies » (Luc 24:25-27, 44).

Ici nous trouvons que notre Seigneur reconnaît de la manière la plus positive, la loi de Moïse, comme faisant partie intégrante du canon inspiré, et qu’il la lie à toutes les divisions principales du volume divin, de telle sorte qu’il est complètement impossible de toucher à une seule, sans détruire l’intégralité du tout. Si on n’a pas confiance en Moïse, on ne peut pas davantage se fier aux Prophètes ou aux Psaumes ; ils se maintiennent ou tombent ensemble. Non seulement cela, mais nier la divine authenticité du Pentateuque, c’est comme si l’on affirmait que notre adorable Seigneur et Sauveur a donné la sanction de son autorité à une série de documents faux, en les citant comme des écrits de Moïse, tandis que Moïse ne les aurait pas écrits.

Prenez encore le passage qui termine la parabole de l’homme riche et de Lazare : « Mais Abraham lui dit : Ils ont Moïse et les prophètes ; qu’ils les écoutent. Mais il dit : Non, père Abraham mais si quelqu’un va des morts vers eux, ils se repentiront. Et il lui dit : S’ils n’écoutent pas Moïse et les prophètes, ils ne seront pas persuadés non plus si quelqu’un ressuscitait d’entre les morts » (Luc 16:29-31).

Si, en dernier lieu, nous ajoutons à tout ceci, le fait que notre Seigneur, dans sa lutte avec Satan au désert, ne lui cite que les écrits de Moïse, nous aurons un nombre suffisant de preuves, non seulement pour établir, péremptoirement, la divine inspiration de Moïse, mais aussi pour prouver que l’homme qui met en question l’authenticité des cinq premiers livres de la Bible, ne possède, au fait, ni Bible, ni révélation divine, ni fondement solide pour sa foi. Il peut s’appeler, ou être appelé par d’autres un évêque ou un ministre chrétien ; mais en réalité, il est un sceptique, et devrait être traité comme tel par tous ceux qui croient et connaissent la vérité. Nous ne saurions concevoir comment quiconque possède la moindre étincelle de vie divine dans son âme, puisse se rendre coupable du péché odieux de nier l’inspiration d’une grande partie de la parole de Dieu, ou maintenir que notre Seigneur Jésus Christ a pu citer de faux documents.

Nous pouvons avoir paru sévère dans ce qu’on vient de lire. De nos jours, il semble que ce soit chose reçue de reconnaître comme chrétiens, ceux qui nient les fondements mêmes du christianisme. C’est une opinion assez populaire que, pourvu qu’on soit moral, aimable, bienveillant, charitable et philanthrope, peu importent les croyances. On nous dit que la vie vaut mieux que des dogmes ou un credo ; le tout paraît plausible, mais le lecteur peut être assuré que cette manière de parler et de raisonner tend directement à se débarrasser de la Bible, — du Saint Esprit, — de Christ, — de Dieu, — enfin de tout ce que la Bible révèle à nos âmes. Qu’il serre donc cette parole dans son cœur, et l’étudie toujours davantage, avec prière ; il sera ainsi gardé de l’influence délétère du scepticisme et de l’incrédulité ; son âme sera nourrie du lait pur de la Parole et tout son être moral sera à l’abri dans la présence divine.


Terminons maintenant notre méditation sur le chapitre qui vient d’attirer notre attention ; mais auparavant, prenons encore connaissance du remarquable passage concernant les trois villes de refuge. Cela peut paraître un peu abrupt à un lecteur superficiel ; mais cela relie notre sujet avec le parfait ordre moral qui règne dans l’Écriture, où tout est divinement parfait.

« Alors Moïse sépara trois villes, en deçà du Jourdain, vers le soleil levant, afin que l’homicide qui aurait tué son prochain sans le savoir, et qui ne l’aurait pas haï auparavant, s’y enfuît, et que, s’enfuyant dans l’une de ces villes-là, il vécût : Bétser, dans le désert, sur le plateau, qui est aux Rubénites ; et Ramoth, en Galaad, qui est aux Gadites ; et Golan, en Basan, qui est aux Manassites » (vers. 41-43).

Ici nous avons un remarquable déploiement de la grâce de Dieu qui s’élève, comme toujours, au-dessus des faiblesses et des manquements humains. Les deux tribus et demie, en choisissant leur héritage en deçà du Jourdain, restaient séparées de la portion propre à Israël, au-delà du fleuve de la mort. Mais, malgré leur manquement, Dieu ne voulait pas laisser le pauvre meurtrier, sans lieu de refuge, au jour de sa détresse. Si l’homme ne peut s’élever à la hauteur des pensées de Dieu, Lui peut descendre dans les profondeurs des besoins de l’homme, et dans ce cas, il le fait avec tant d’amour, que les deux tribus et demie devaient avoir autant de villes de refuge, en deçà du Jourdain, que les neuf tribus et demie, au pays de Canaan.

C’était une abondance de grâce ; une manière d’agir bien différente de celle de l’homme ! Quelle supériorité sur la loi ou sur la justice légale qui, dans ce cas, aurait pu dire aux deux tribus et demie : « Si vous choisissez votre héritage en dehors des limites divines, si vous vous contentez de moins que Canaan, le pays de la promesse, il ne faut pas vous attendre à jouir des privilèges et des bénédictions du pays. Les institutions de Canaan sont exclusives à Canaan et, par conséquent, chez vous, le meurtrier doit essayer de traverser le Jourdain pour trouver un refuge ».

La loi peut tenir ce langage, mais la grâce parle différemment. Les pensées de Dieu ne sont pas les nôtres, ni ses voies nos voies. À notre point de vue, c’eût été déjà une grâce merveilleuse d’accorder une ville aux deux tribus et demie. Mais notre Dieu fait infiniment au-delà de ce que nous savons demander ou penser ; c’est pourquoi le district comparativement petit en deçà du Jourdain était pourvu d’une aussi abondante provision de grâce que le pays tout entier de Canaan.

Cela prouve-t-il que les deux tribus et demie avaient raison ? Non, mais cela prouve que Dieu est bon, et qu’il agit toujours selon ce qu’il est, en dépit de toute notre faiblesse. Pouvait-il laisser un pauvre meurtrier sans lieu de refuge, au pays de Galaad, parce que Galaad n’était pas Canaan ? Sûrement non. Cela n’aurait pas été digne de Celui qui dit : « Ma justice est proche » (Ésa. 51:5). Il a pris soin de rapprocher la ville de refuge du meurtrier. Il voulait que sa grâce pût venir au-devant de celui qui en avait besoin. Telle est la manière d’agir de notre Dieu.

« Et c’est ici la loi que Moïse plaça devant les fils d’Israël ; ce sont ici les témoignages, et les statuts, et les ordonnances que Moïse exposa aux fils d’Israël, à leur sortie d’Égypte, en deçà du Jourdain, dans la vallée vis-à-vis de Beth-Péor, dans le pays de Sihon, roi des Amoréens, qui habitait à Hesbon, que Moïse et les fils d’Israël frappèrent à leur sortie d’Égypte ; et ils possédèrent son pays, et le pays d’Og, roi de Basan, deux rois des Amoréens, qui étaient en deçà du Jourdain, vers le soleil levant, depuis Aroër qui est sur le bord du torrent de l’Arnon, jusqu’à la montagne de Scion qui est l’Hermon, et toute la plaine en deçà du Jourdain, vers le levant et jusqu’à la mer de la plaine, sous les pentes du Pisga » (vers. 44-49).

Ici se termine ce merveilleux discours. L’Esprit de Dieu prend plaisir à tracer les limites du peuple, et à citer les plus petits détails, concernant son histoire. Il prend un vif intérêt à tout ce qui les concerne, à leurs luttes, à leurs victoires, à leurs possessions, à leurs frontières, et tout cela avec une grâce et une condescendance touchantes, qui remplissent le cœur d’admiration. L’homme, dans son orgueilleuse suffisance, trouve au-dessous de sa dignité d’entrer dans des détails minutieux ; mais notre Dieu compte les cheveux de nos têtes ; recueille nos larmes dans ses vaisseaux ; prend connaissance de tous nos besoins. Il n’y a rien de trop petit pour son amour, comme aussi rien de trop grand pour sa puissance. Il concentre ses soins d’amour sur chacun de ses enfants ; et il n’y a aucune des moindres circonstances journalières de notre histoire particulière à laquelle il ne prenne intérêt.

Souvenons-nous de ceci pour notre sûreté, et puissions-nous apprendre à nous confier mieux en Lui, et à recevoir avec une foi simple, les soins paternels de son amour. Il nous dit de Lui remettre tous nos soucis, car il prend soin de nous. Il voudrait que nos cœurs fussent aussi libres de soucis, que notre conscience de culpabilité. « Ne vous inquiétez de rien ; mais, en toutes choses, exposez vos requêtes à Dieu par des prières et des supplications avec des actions de grâces ; et la paix de Dieu, laquelle surpasse toute intelligence, gardera vos cœurs et vos pensées dans le Christ Jésus » (Phil. 4:6, 7).

Il est à craindre que la grande majorité d’entre nous ne connaissent que bien peu la profondeur réelle de ces paroles. Nous les lisons et les entendons ; mais nous n’en jouissons pas comme étant pour nous. Nous ne les repassons pas dans nos cœurs pour les mettre en pratique. Combien peu nous réalisons cette vérité bénie, que nous pouvons Lui présenter toutes nos difficultés. Il ne faut pas nous imaginer que de telles choses soient indignes de l’attention du Tout-Puissant qui a son trône au-dessus de la terre ; cette idée nous priverait d’incalculables bénédictions journalières. Rien n’est trop grand ou trop petit pour notre Dieu, qui soutient le vaste univers par la parole de sa puissance, et prend garde à un passereau. Il est tout aussi facile pour lui de créer un monde, que de donner un repas à une pauvre veuve. Que la grandeur de sa puissance, comme les soins minutieux de sa grâce, excitent également l’adoration de nos cœurs !

Lecteur chrétien ! Appropriez-vous toutes ces choses. Cherchez à vivre plus près de Dieu dans votre vie journalière ; appuyez-vous sur Lui. Profitez davantage de sa grâce. Allez constamment à Lui, et confiez à Lui seul tous vos besoins : « Mon Dieu suppléera à tous vos besoins, selon ses richesses en gloire, par le Christ Jésus » (Phil. 4:19). Quel privilège de pouvoir placer tous nos besoins devant ses richesses, et de perdre de vue les premiers en présence des dernières. Le trésor inépuisable de la grâce de Dieu vous est ouvert avec tout l’amour dont son cœur est rempli. Allez-y puiser, en toute simplicité de foi, et vous n’aurez pas besoin de recourir aux faibles ressources de la créature.


7 - Chapitre 5

« Et Moïse appela tout Israël, et leur dit : Écoute, Israël, les statuts et les ordonnances que je prononce aujourd’hui à vos oreilles : vous les apprendrez, et vous les garderez pour les pratiquer ».

Observons avec soin ces quatre mots, si caractéristiques du livre du Deutéronome, et si importants pour le peuple de Dieu, en tous temps et en tous lieux : « Écouter », — « apprendre », — « garder », — « pratiquer ». Ces paroles sont d’une valeur inexprimable pour toute âme pieuse, pour tout homme qui désire réellement marcher dans le sentier étroit de la justice pratique, si agréable à Dieu, si sûr et si heureux pour nous.

Le premier de ces mots place l’âme dans l’attitude la plus bénie où elle puisse se trouver, celle d’écouter. « La foi est de ce qu’on entend, et ce qu’on entend par la parole de Dieu » (Rom. 10:17). « J’écouterai ce que dira Dieu, l’Éternel » (Ps. 85:8). « Écoutez et votre âme vivra » (Ésa. 55:3). L’oreille attentive est à la base de toute vie chrétienne réelle et pratique. Elle place l’âme dans la seule attitude qui convienne à la créature. C’est le secret de toute paix et de toute bénédiction.

Il est à peine nécessaire de rappeler au lecteur que, lorsque nous parlons de l’âme dans l’attitude d’écouter, nous supposons que ce qui est écouté est uniquement la parole de Dieu. Israël devait écouter « les statuts et les ordonnances » de l’Éternel, et pas autre chose. Ce n’était point aux commandements, aux traditions et aux doctrines des hommes qu’ils devaient prêter l’oreille, mais aux paroles mêmes du Dieu vivant qui les avait sauvés et délivrés du pays d’Égypte, pays de servitude, de ténèbres et de mort.

Il est bon de se souvenir de ceci, et l’âme sera préservée de bien des pièges, de bien des difficultés. De nos jours, on parle beaucoup d’obéissance et du devoir moral de se soumettre à l’autorité ecclésiastique. Un grand nombre de personnes excellentes et vraiment pieuses se laissent prendre à ces belles paroles. Mais lorsqu’on nous parle d’obéissance, demandons « à quoi il faut obéir » ? Quand on nous exhorte à soumettre notre volonté propre, informons-nous « à qui nous devons la soumettre » ? Si nous devons nous soumettre à l’autorité, nous devons connaître la source ou la base de cette autorité.

Ce point est de toute importance pour chacun des membres de la famille de la foi. Nombre d’âmes vraiment sincères et pieuses sont bien aises de n’avoir pas la peine de penser pour elles-mêmes, et d’avoir leur sphère d’action et leur ligne de conduite toute tracée par des personnes plus compétentes. On trouve agréable et reposant d’avoir sa tâche de chaque jour indiquée par d’autres. Le cœur est soulagé d’une grande responsabilité, et on a l’apparence de faire preuve d’humilité et de défiance de soi-même en se soumettant à quelque autorité.

Mais qu’on examine soigneusement, en présence de Dieu, quelle est la base de l’autorité à laquelle on se soumet, sans cela on court le risque de se trouver dans une position tout à fait fausse. Prenons l’exemple d’un moine ou d’une religieuse. Le moine obéit à son abbé, la nonne à sa mère abbesse, la religieuse à sa supérieure, mais la position et les relations de chacune de ces personnes sont complètement fausses. Il n’y a pas dans tout le Nouveau Testament un seul mot en faveur des monastères ou des couvents ; au contraire, l’enseignement de la Sainte Écriture, tout comme la voix de la nature, s’oppose à cet ordre de choses, qui sort les hommes et les femmes de la sphère et des relations où Dieu les a placés, pour les former en sociétés qui suppriment les affections naturelles et excluent toute vraie obéissance chrétienne.

Nous nous sentons poussés à attirer l’attention du lecteur chrétien sur ce sujet, vu que l’ennemi fait actuellement de vigoureux efforts pour raviver le système monastique au milieu de nous, sous mille formes diverses. On va même jusqu’à dire que la vie du cloître est la seule vraie vie chrétienne En entendant des assertions aussi monstrueuses, il convient d’examiner ce sujet à la lumière de l’Écriture, et de demander qu’on nous montre dans la parole de Dieu les raisons qui autorisent le système monastique. Est-il fait mention dans tout le Nouveau Testament de quoi que ce soit qui ressemble à un monastère, à un couvent, ou à une communauté de sœurs ? Où trouverons-nous une autorité pour un office tel que celui d’un abbé, d’une abbesse ou d’une supérieure ? Nulle part ; et par conséquent, nous n’hésitons pas un instant à déclarer que tout le système, du sommet à la base, n’est qu’une invention de la superstition, également opposée à la voix de la nature et à la voix de Dieu. On s’étonne que ces choses puissent encore avoir des adhérents de nos jours où la pleine lumière du glorieux Évangile brille sur nous dans les pages du Nouveau Testament (*).


(*) Il est important de distinguer entre « nature » et « chair ». La première est reconnue dans l’Écriture, la seconde est condamnée et mise de côté. « La nature même ne vous enseigne-t-elle pas ? » dit l’apôtre (1 Cor. 11:14). Jésus, ayant regardé le jeune homme, en Marc 10, « l’aima ». Être sans affections naturelles, sera un des signes de l’apostasie. L’Écriture dit que nous sommes morts au péché, mais non à notre nature, car alors qu’en serait-il de nos relations de famille et des affections naturelles ?


Béni soit Dieu, nous sommes appelés à l’obéissance ; nous devons « écouter », et nous soumettre avec un saint respect, à l’autorité. Et ici nous nous écartons encore de l’incrédulité et de ses hautes prétentions. Le chemin de l’humble et pieux chrétien est également éloigné de la superstition et de l’incrédulité de l’autre. La noble réplique de Pierre au sanhédrin (Actes 5:29), est une réponse complète à l’une et à l’autre : « Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes ». Nous pouvons faire face à l’incrédulité dans toutes ses phases et sous toutes ses formes, avec cette seule phrase : « Il faut obéir ». Et nous pouvons faire face à la superstition, de quelque manteau qu’elle se couvre, avec ces mots de toute importance : « Il faut obéir à Dieu ».

Nous avons là, dans sa forme la plus simple, le devoir de tout vrai chrétien. Il doit obéir à Dieu. L’incrédule peut se moquer d’un moine ou d’une nonne, et s’étonner de ce qu’un être doué de raison et d’intelligence puisse se soumettre aussi complètement à l’autorité d’un de ses semblables, et obéir à des règles et à des pratiques absurdes, dégradantes et contraires à la nature. L’incrédule se vante de sa soi-disant liberté intellectuelle, et s’imagine que sa raison est un guide tout à fait suffisant pour lui. Il ne voit pas qu’il est plus loin de Dieu que le pauvre moine ou que la nonne qu’il méprise. Il ne sait pas que, tout en s’enorgueillissant de sa volonté propre, il est, en réalité, tenu en esclavage par Satan, le prince et le dieu de ce monde. L’homme a été formé pour obéir, pour avoir quelqu’un au-dessus de lui. Le chrétien est sanctifié (mis à part) pour l’obéissance de Jésus Christ, c’est-à-dire pour posséder la même obéissance que celle que notre adorable Seigneur et Sauveur lui-même rendait à Dieu (1 Pierre 1:2).

Cela est de la plus grande importance pour celui qui désire vraiment savoir ce qu’est l’obéissance chrétienne. Si elle est bien comprise, adieu la volonté propre de l’incrédule et la fausse obéissance de la superstition. Il ne peut jamais être bien de faire notre propre volonté, mais ce peut être tout à fait mal de faire la volonté d’un de nos semblables. En revanche, il est toujours bien de faire la volonté de Dieu. C’est ce que Jésus est venu faire ; ce qu’il fit toujours. « Voici, je viens, pour faire, ô Dieu, ta volonté » (Héb. 10:7). « C’est mes délices, ô mon Dieu, de faire ce qui est ton bon plaisir, et ta loi est au-dedans de mes entrailles » (Ps. 40:8).

Mais il se peut que le lecteur pieux désire attirer notre attention sur l’exhortation du chap. 13 des Hébreux, vers. 17: « Obéissez à vos conducteurs, et soyez soumis, car ils veillent pour vos âmes, comme ayant à rendre compte ; afin qu’ils fassent cela avec joie, et non en gémissant, car cela ne vous serait pas profitable ».

Exhortation importante, assurément, à laquelle nous devons ajouter aussi un passage de la première épître aux Thessaloniciens : « Or nous vous prions, frères, de connaître ceux qui travaillent parmi vous, et qui sont à la tête parmi vous dans le Seigneur, et qui vous avertissent, et de les estimer très haut en amour à cause de leur œuvre » (5:12-13). Et encore, en 1 Cor. 16:15, 16 : « Or je vous exhorte, frères… (vous connaissez la maison de Stéphanas, qu’elle est les prémices de l’Achaïe, et qu’ils se sont voués au service des saints), — à vous soumettre, vous aussi, à de tels hommes, et à quiconque coopère à l’œuvre et travaille ». À tous ces passages, nous en ajouterons encore un, tiré de la première épître de Pierre. « J’exhorte les anciens qui sont parmi vous, moi qui suis ancien avec eux et témoin des souffrances de Christ, qui aussi ai part à la gloire qui va être révélée : paissez le troupeau de Dieu qui est avec vous, le surveillant non point par contrainte, mais volontairement, ni pour un gain honteux, mais de bon gré, ni comme dominant sur des héritages, mais en étant les modèles du troupeau ; et quand le souverain pasteur sera manifesté, vous recevrez la couronne inflétrissable de gloire » (5:1-4). — Tous les passages cités ci-dessus, n’établissent-ils pas le principe de l’obéissance à certaines personnes ? nous demandera-t-on. Et s’il en est ainsi, pourquoi objecter à l’autorité humaine ? — La réponse est fort simple. Lorsque Christ confère un don spirituel, que ce soit le don d’enseignement, de direction ou de surveillance, c’est le devoir et le privilège des chrétiens de reconnaître et d’apprécier de tels dons. Ne pas le faire, serait renoncer à nos bénédictions. Mais nous devons nous rappeler qu’en pareils cas, il faut que le don soit une réalité, une chose visible, reconnaissable, bona fide, donnée de Dieu. Ce n’est pas un homme s’emparant d’un certain office, ou étant établi et consacré par ses semblables pour un soi-disant ministère. Tout cela n’a aucune valeur quelconque ; bien plus, c’est une présomptueuse intrusion sur un domaine sacré et qui attirera, tôt ou tard, le jugement de Dieu.

Tout vrai ministère est de Dieu et se base sur la possession d’un don positif du Christ, Chef ou Tête de l’Église ; en sorte que nous pouvons réellement dire : pas de dons, pas de ministère. Dans tous les passages cités plus haut, nous voyons des dons positifs possédés, et un travail réel accompli. Nous voyons en outre de l’amour pour les brebis et les agneaux du troupeau de Christ ; nous voyons une grâce et une puissance divines. L’expression en Héb. 13 est : « Obéissez à vos conducteurs ». Or, il est essentiel qu’un bon guide ou conducteur marche devant nous sur le chemin. Ce serait folie à quelqu’un de se donner pour guide s’il était ignorant de la route, et s’il ne pouvait ni ne voulait y marcher. Qui songerait à suivre un tel homme ?

De même, lorsque l’apôtre exhorte les Thessaloniciens à « connaître » et à « estimer » certaines personnes, sur quoi base-t-il son exhortation ? Est-ce sur la simple attribution d’un titre, d’un office ou d’une position quelconque ? Nullement. Il fait reposer son appel sur le fait positif et bien connu que ces personnes étaient « à la tête parmi eux dans le Seigneur », et qu’elles les avertissaient. Et pourquoi devait-on « les estimer très haut, en amour ? » Était-ce à cause de leur charge ou de leur titre ? Non, mais « à cause de leur œuvre ». Et pourquoi les Corinthiens étaient-ils exhortés à se soumettre à la maison de Stéphanas ? Était-ce à cause d’un vain titre ou d’une charge dont ils s’étaient emparés ? En aucune façon, mais parce « qu’ils s’étaient voués au service des saints ». Ils étaient à l’œuvre. Ils avaient reçu le don et la grâce de Christ, et ils avaient de l’amour pour son peuple. Ils ne se vantaient point de leur office ou de leurs titres, mais se donnaient entièrement au service de Christ en la personne de ses rachetés.

Voilà le vrai principe du ministère. Ce n’est point une autorité humaine, mais un don divin, une puissance spirituelle communiquée par Christ à ses serviteurs ; exercée par eux sous sa dépendance, et reconnue avec gratitude par ses saints. Un homme peut se donner comme pasteur ou docteur ; il peut aussi être nommé à cet office par ses semblables, mais à moins qu’il n’ait reçu un don réel du Chef de l’Église, tout cela ne sera que vaines paroles, vides de sens et de force ; la voix de ce berger sera la voix d’un étranger que les vraies brebis de Christ ne connaissent point et ne doivent point reconnaître (*).


(*) Le lecteur fera bien de considérer le fait qu’il n’y a rien dans le Nouveau Testament qui indique un appel humain à prêcher l’Évangile, à enseigner dans l’assemblée de Dieu ou à paître le troupeau de Christ. Les anciens et les diacres furent nommés par les apôtres ou par leurs délégués Timothée et Tite, mais les évangélistes, les pasteurs et les docteurs ne sont jamais nommés de la sorte. Il s’agit de distinguer entre les dons et les charges locales. Les anciens et les diacres pouvaient posséder un don spécial, ou non ; ce don n’avait rien à faire avec leur charge locale. Si le lecteur désire comprendre le sujet du ministère, qu’il étudie les chapitres 12-14 de 1 Cor. et Éph. 4:8-13. Dans les Corinthiens, nous avons d’abord la base de tout vrai ministère dans l’Église de Dieu, savoir l’appel divin : « Dieu a placé les membres », etc. Secondement, le mobile d’action, « l’amour ». Troisièmement, le but, « afin que l’assemblée reçoive de l’édification ». En Éph. 4, nous avons la source de tout ministère, un Seigneur ressuscité et monté au ciel. Le but : « en vue de la perfection des saints ; pour l’œuvre du service ». La durée : « jusqu’à ce que nous parvenions tous à l’état d’homme fait, à la mesure de la stature de la plénitude du Christ ».

En un mot, le ministère dans toutes ses branches est une institution entièrement divine. Elle n’est pas de l’homme ni par l’homme, mais de Dieu. Il faut que, dans chaque cas, le Maître prépare, remplisse et place le vaisseau. Il n’y a aucune autorité dans l’Écriture pour la notion que tout homme a le droit de se faire entendre dans l’Église de Dieu. La liberté pour les hommes est le radicalisme et non pas l’Écriture. Le ministère par le Saint Esprit de ceux qu’il appelle à s’y vouer, voilà ce que nous enseigne le Nouveau Testament. Puissions-nous apprendre à connaître cette liberté.


Mais, d’un autre côté, nous n’aurons pas de peine à reconnaître et à apprécier le docteur enseigné de Dieu, le fidèle et infatigable pasteur qui veille sur les âmes, qui pleure sur elles, qui les soigne comme une tendre nourrice, qui peut leur dire : « Car maintenant nous vivons, si vous tenez fermes dans le Seigneur » (1 Thes. 3:8). Comment connaissons-nous un bon chirurgien ? Est-ce en voyant son nom sur sa plaque ? Non, c’est par son ouvrage. Un homme peut s’appeler mille fois chirurgien, mais s’il est un opérateur maladroit, qui songerait à l’employer ?

Il en est ainsi dans toutes les choses humaines, et de même aussi dans ce qui concerne le ministère. Si un homme a reçu un don, il est un ministre, si non, toutes les consécrations du monde ne le feront pas être un ministre de Christ. Il pourra être un ministre de la religion ; mais un ministre de la religion et un ministre de Christ, un ministre dans la chrétienté et un ministre dans l’Église de Dieu, sont deux choses totalement différentes. Tout vrai ministère a sa source en Dieu, il repose sur l’autorité divine, et son but est d’amener l’âme en la présence de Dieu et de l’attacher à Lui. Le faux ministère, au contraire, a sa source en l’homme ; il repose sur une autorité humaine, et son but est de s’attacher les âmes. L’immense différence entre ces deux ministères consiste en ce que le premier conduit à Dieu et le second loin de Lui. L’un nourrit et fortifie la vie nouvelle ; l’autre en empêche les progrès de toute manière et la plonge dans le doute et les ténèbres. En un mot, on peut dire que le vrai ministère est de Dieu, par lui et pour lui ; le faux ministère est de l’homme, par l’homme et pour l’homme. Nous estimons le premier plus que nous ne pouvons l’exprimer ; nous rejetons le second de tout notre pouvoir.

Nous croyons en avoir dit assez pour fixer l’esprit du lecteur sur le sujet de l’obéissance à ceux que le Seigneur appelle à l’œuvre du ministère. Nous sommes tenus de juger par la parole de Dieu et d’être bien assurés que c’est une divine réalité et non une prétention humaine, un don positif du Chef de l’Église et non un vain titre conféré par les hommes. Dans tous les cas où il y a un don réel, c’est notre doux privilège de le reconnaître et de nous y soumettre, en tant que nous discernons Christ dans la personne et dans le ministère de ses bien-aimés serviteurs.

Un cœur spirituel n’aura pas de difficulté à discerner la grâce et la puissance réelles. Nous pouvons aisément dire si un homme cherche avec amour à nourrir nos âmes du pain de vie et à nous conduire dans les voies de Dieu ; ou bien s’il cherche à s’élever lui-même et à avancer ses propres intérêts. Ceux qui vivent près du Seigneur, distinguent bien vite entre la vraie puissance et de vaines prétentions. En outre, nous ne verrons jamais les vrais ministres de Christ faire parade de leur autorité ou se vanter de leur charge ; ils font leur œuvre et la laissent parler pour elle-même. Dans le cas de l’apôtre Paul, nous le voyons faire, maintes fois, allusion aux preuves de son ministère, à l’évidence fournie par la conversion des âmes. Il pouvait dire aux pauvres Corinthiens égarés, lorsque, sous l’influence de quelque faux docteur, ils mettaient en question son apostolat : « Puisque vous cherchez une preuve que Christ parle en moi… examinez-vous vous-mêmes » (2 Cor. 13:3).

C’était les mettre au pied du mur. Eux-mêmes, ils étaient les preuves vivantes de son ministère. Si son ministère n’était pas de Dieu, qu’étaient-ils et où en étaient-ils ? Mais il était de Dieu, et c’était là sa joie, sa consolation et sa force. Il était « apôtre, non de la part des hommes, ni par l’homme, mais par Jésus Christ, et Dieu le Père, qui l’a ressuscité d’entre les morts » (Gal. 1:1). Il se glorifiait dans la source de son ministère, et quant à son caractère, il lui était aisé de produire des preuves amplement suffisantes pour convaincre tout esprit droit : chez lui, ce n’étaient pas les paroles, mais la puissance.

Il en doit toujours être, plus ou moins, ainsi. Il nous faut la puissance ; il nous faut la réalité. Les hommes peuvent essayer de conférer des titres et de donner des charges, mais ils n’ont pas plus le droit de le faire, qu’ils n’ont celui de nommer des amiraux dans la flotte de Sa Majesté, ou des généraux dans ses armées. Si nous voyions un homme se permettre de prendre le titre d’un amiral ou d’un général, sans une commission de Sa Majesté, nous l’appellerions un imbécile ou un fou. Cela ne serait pourtant qu’une faible imitation de la folie d’hommes prenant le titre de ministres de Christ, sans avoir ni don spirituel ni autorité divine.

Nous dira-t-on que ce n’est pas à nous d’en juger ? Au contraire, c’est à nous qu’il est dit : « Soyez en garde contre les faux prophètes ». Comment nous en garderons-nous, si nous ne devons pas juger ? Mais comment jugerons-nous ? « Vous les reconnaîtrez à leurs fruits ». Les enfants de Dieu ne distingueront-ils pas entre un homme qui vient à eux avec la puissance de l’Esprit, doué par le Chef de l’Église, rempli d’amour pour leurs âmes, désirant ardemment leur avancement spirituel, un humble, saint et désintéressé serviteur de Christ, et un homme qui se présente avec un titre purement humain, sans avoir trace de quoi que ce soit de divin ou de céleste, soit dans son ministère, soit dans sa vie ? Évidemment, ils ne s’y tromperont pas.

Nous demanderons encore ce que signifient ces paroles du vénérable apôtre Jean : « Bien-aimés, ne croyez pas tout esprit, mais éprouvez les esprits pour voir s’ils sont de Dieu, car beaucoup de faux prophètes sont sortis dans le monde » (1 Jean 4:1). Comment éprouverons-nous les esprits, ou comment distinguerons-nous entre les vrais et les faux, si nous ne devons pas juger ? Le même apôtre, en écrivant à « la dame élue », lui fait encore la solennelle exhortation que voici : « Si quelqu’un vient à vous et n’apporte pas cette doctrine, ne le recevez pas dans votre maison et ne le saluez pas, car celui qui le salue participe à ses mauvaises œuvres » (2 Jean 10). La dame élue n’était-elle pas tenue d’agir d’après cette exhortation ? Assurément. Mais comment le pouvait-elle, si nous ne devons point juger ? Et de quoi devait-elle s’inquiéter ? Était-ce de savoir si ceux qui venaient chez elle avaient été consacrés, ou autorisés par un homme quelconque ou par une société quelconque ? Rien de semblable. La seule et toute importante question pour elle avait trait à la doctrine. S’ils apportaient la saine et divine doctrine de Christ, — la doctrine de Jésus venu en chair, — elle devait les recevoir ; si non, elle devait leur fermer sa maison résolument, quels qu’ils fussent et d’où qu’ils vinssent. Lors même qu’ils eussent eu tous les meilleurs témoignages des hommes, s’ils n’apportaient pas la vérité, elle devait les repousser sans hésiter. Cela pouvait sembler sévère, étroit, bigot, n’importe ; c’est à la vérité qu’elle devait se mesurer. Sa porte et son cœur devaient être assez larges pour admettre tous ceux qui apportaient Christ, mais non au delà. Devait-elle être polie aux dépens de son Seigneur ? Devait-elle se faire la réputation d’avoir le cœur et l’esprit larges, en recevant dans sa maison et à sa table ceux qui prêchaient un faux Christ ? La seule pensée en est horrible.

Enfin, dans le second chapitre de l’Apocalypse, nous voyons l’église d’Éphèse louée pour avoir éprouvé ceux qui se disaient apôtres et qui ne l’étaient pas. Comment auraient-ils pu faire cela, s’ils ne devaient pas juger ceux qui se disaient apôtres ? Il est évident qu’on applique tout à fait à tort ces paroles de notre Seigneur, en Matt. 7:1 : « Ne jugez pas afin que vous ne soyez pas jugés », de même que celles de l’apôtre, en 1 Cor. 4:5 : « Ainsi, ne jugez rien avant le temps ». L’Écriture ne peut se contredire, et par conséquent, quelle que soit la signification du « ne jugez pas » de notre Seigneur, ou celle du « ne jugez rien… » de l’apôtre, il est parfaitement certain que ces deux injonctions ne diminuent en aucune manière la responsabilité solennelle qu’ont tous les chrétiens de juger les dons, les doctrines et la vie de tous ceux qui prennent la position de prédicateurs, de docteurs et de pasteurs dans l’Église de Dieu.

Si maintenant, l’on nous demande la signification de « ne jugez pas » et « ne jugez rien avant le temps », nous répondrons que ces paroles nous défendent simplement de juger les motifs ou les ressorts cachés des actions des autres. Nous n’avons absolument pas à nous en inquiéter. Nous ne pouvons pénétrer sous la surface et, grâce à Dieu, nous ne sommes pas appelés à le faire, cela nous est même interdit. Nous ne pouvons pas connaître les conseils du cœur, c’est l’affaire de Dieu seul. Mais dire que nous ne devons pas juger la doctrine, le don ou la conduite de ceux qui s’emparent des ministères dans l’Église de Dieu, c’est contredire ouvertement les Saintes Écritures et ignorer les instincts de la nature divine que Dieu a mis en nous par le Saint Esprit.

Le fait que nous reconnaissons tout vrai ministère dans l’Église, et que nous nous soumettons à ceux que le Seigneur juge capables d’être nos pasteurs, nos docteurs et nos guides, ce fait est en parfait accord avec le grand principe fondamental : « Il faut obéir à Dieu, plutôt qu’aux hommes ».

Le chapitre ouvert devant nous, de même que le livre tout entier du Deutéronome, nous montre Moïse cherchant constamment et avec instance, à persuader la congrégation d’Israël de l’urgente nécessité d’une obéissance implicite à tous les statuts et les droits de l’Éternel. Il ne recherchait pas l’autorité pour lui-même, et ne domina jamais sur le peuple de Dieu. Du commencement à la fin, il prêcha l’obéissance, non à lui-même, mais à Celui qui était son Seigneur et le leur. Il savait que là était le secret de leur bonheur, leur sécurité morale, leur dignité et leur force. Il savait qu’un peuple obéissant devait nécessairement être un peuple invincible et invulnérable. Nulle arme ne pourrait les atteindre, aussi longtemps qu’ils seraient gouvernés par la parole de Dieu. En un mot, il savait et il croyait que le devoir d’Israël était d’obéir à l’Éternel, tout comme le désir de l’Éternel était de bénir Israël. Tout ce qu’ils avaient à faire était « d’écouter », « d’apprendre », de « garder », et de « pratiquer » la volonté révélée de Dieu ; ainsi, ils pouvaient compter sur Lui et être assurés qu’il serait leur bouclier, leur force, leur refuge, leur tout. Et pour l’Israël de Dieu aussi, le seul sentier heureux et béni est le sentier étroit de l’obéissance, sur lequel brille sans cesse la lumière de la face approbatrice de Dieu ; et tous ceux à qui il fait la grâce d’y marcher, y trouveront toujours le Seigneur pour guide et pour défenseur ; mais si nous accomplissons notre volonté propre, si nous vivons dans une négligence habituelle de la parole de Dieu, alors le nom de l’Éternel, au lieu d’être pour nous une forte tour, nous sera un reproche qui nous fera juger nos voies et rentrer sur le chemin de la justice, duquel nous nous étions écartés.

Revenons maintenant à notre chapitre.

Au verset 2, Moïse rappelle au peuple leurs relations avec l’Éternel. Il dit : « L’Éternel, notre Dieu, fit avec nous une alliance à Horeb. Ce n’est pas avec nos pères que l’Éternel a fait cette alliance, mais avec nous, avec nous qui sommes ici aujourd’hui tous vivants. L’Éternel vous parla face à face, sur la montagne, du milieu du feu (moi, je me tenais en ce temps-là entre l’Éternel et vous, pour vous déclarer la parole de l’Éternel, car vous aviez peur à cause du feu et vous ne montâtes point sur la montagne) disant », etc.

Il est important de bien saisir la différence entre l’alliance traitée en Horeb et celle faite avec Abraham, Isaac et Jacob. Elles sont essentiellement différentes. La première était une alliance pour les œuvres, le peuple s’engageant à faire tout ce que l’Éternel avait ordonné. La seconde était une alliance toute de grâce, par laquelle Dieu s’engageait avec serment à tenir tout ce qu’il avait promis.

Le langage humain est impuissant pour exprimer l’immense différence, à tous égards, entre ces deux alliances : différence quant à leur base, leur caractère et leurs résultats. L’alliance d’Horeb reposait sur la capacité supposée de l’homme d’accomplir ses engagements ; l’alliance faite avec Abraham reposait sur la capacité de Dieu d’accomplir ses promesses et, par conséquent, elle ne peut manquer en un seul point.

Dans les « Notes sur l’Exode », nous avons cherché à montrer quel avait été le but de Dieu en donnant la loi, et l’impossibilité où se trouve l’homme pécheur d’obtenir la vie ou la justice en la gardant. Nous renvoyons donc le lecteur à ce que nous avons déjà dit sur cet important sujet.

Il semble étrange à ceux qui s’en tiennent uniquement à l’Écriture, qu’une ignorance aussi générale puisse exister parmi les chrétiens professants à l’égard d’une question que le Saint Esprit a éclaircie d’une façon aussi positive.

Tous les chrétiens sincères croient que la valeur morale de la loi est d’une application constante et universelle ; mais, quand nous en venons à considérer la loi comme base de relations avec Dieu, nous entrons dans un champ de pensées totalement différent. L’Écriture, en maint endroit, et de la manière la plus claire, nous enseigne que, comme enfants de Dieu, nous ne sommes pas du tout sur ce terrain-là. Le Juif y était, mais il ne pouvait s’y maintenir devant Dieu ; c’était pour lui la mort et la condamnation.

Les Juifs étaient sous la loi ; les nations sans loi. Rien ne saurait être plus distinct que cela. Les gentils furent placés sous le gouvernement humain en la personne de Noé ; jamais ils ne le furent sous la loi.

Au chap. 10 des Actes, nous voyons Dieu ouvrant la porte du royaume aux nations ; puis, au chap. 14:27, il leur ouvre « la porte de la foi ». Au chap. 28:28, nous voyons Dieu proclamant son salut aux nations ; mais du commencement à la fin du précieux volume, nous chercherions en vain un passage indiquant qu’il ait jamais placé les nations sous la loi.

Examinons cette si intéressante et importante question à la lumière de l’Écriture, en laissant de côté toutes les idées que nous pourrions avoir conçues à ce sujet. Quoiqu’on puisse nous dire le contraire, la Bible déclare invariablement la position du Juif comme étant « sous la loi », et celle des nations comme étant « sans loi ». Il n’y a pas à s’y méprendre (*).


(*) On nous demandera peut-être sur quel pied les nations seront jugées, si elles ne sont point sous la loi ? Le vers. 20 du chap. 1 aux Romains, nous dit clairement que le témoignage de la création les laisse sans excuse. Puis, au chap. 2:14, 15, elles sont jugées sur le terrain de la conscience, « car quand les nations, qui n’ont point de loi, font naturellement les choses de la loi, n’ayant pas de loi, elles sont loi à elles-mêmes, et elles montrent l’œuvre de la loi, écrite dans leurs cœurs, leur conscience rendant en même temps témoignage », etc. Enfin, quant aux nations qui sont devenues chrétiennes de profession, elles seront jugées sur le terrain de leur profession.


Si le lecteur veut ouvrir le chapitre 15 des Actes, il verra comment la première tentative faite pour placer les nations sous la loi, fut blâmée à Jérusalem par les apôtres et par l’Église tout entière. La question avait été soulevée à Antioche ; mais Dieu, dans sa sagesse, dirigea tout pour que ce fût à Jérusalem, où Paul et Barnabas se rendirent, qu’elle fut discutée librement et finalement tranchée par la voix unanime des douze apôtres et de l’Église tout entière.

Nous voyons par ce passage que la décision d’une assemblée locale, telle que celle d’Antioche, lors même qu’elle était approuvée par Paul et Barnabas, n’avait pas la même valeur que celle des douze apôtres réunis en conseil, à Jérusalem. Le Seigneur veilla à ce que l’ennemi y fut complètement confondu, et à ce que les docteurs de la loi d’alors et ceux de tous les temps apprissent qu’il n’est point selon sa volonté que les chrétiens soient placés en aucune manière sous la loi.

Ce sujet est tellement important, que nous nous sentons pressés de citer quelques-unes des paroles si convaincantes, adressées aux auditeurs dans ce concile. « Et quelques-uns, étant descendus de Judée, enseignaient les frères, disant : Si vous n’avez pas été circoncis selon l’usage de Moïse, vous ne pouvez être sauvés ». Que c’était terrible et décourageant ! Quel glas funèbre pour les oreilles de ceux qui avaient été convertis par le discours magnifique de Paul dans la synagogue d’Antioche ! « Sachez donc, hommes frères, que par Lui vous est annoncée la rémission des péchés », — sans circoncision ou œuvres de la loi d’aucune espèce, — « et que de tout ce dont vous n’avez pu être justifiés par la loi de Moïse, quiconque croit est justifié par lui… » Et quand les Juifs furent sortis de la synagogue, les gentils demandèrent que ces paroles leur fussent annoncées le sabbat suivant (Actes 15:1 ; 13:38, 39, 42).

Tel était le glorieux message transmis aux nations par l’apôtre Paul, message d’un salut gratuit, immédiat et parfait, d’une entière rémission des péchés et d’une complète justification par la foi en notre Seigneur Jésus Christ. Or, d’après ce qu’enseignaient « quelques-uns qui étaient descendus de Judée », tout cela était insuffisant. Christ n’était point suffisant, sans la circoncision et la loi de Moïse. Les pauvres gentils, qui n’avaient jamais entendu parler de Moïse, devaient ajouter la circoncision et l’observation de la loi à Christ et à son glorieux salut.

Combien le cœur de Paul devait souffrir, de voir les bien-aimés disciples gentils exposés à un enseignement aussi erroné ! Il n’y voyait rien moins que l’anéantissement complet du christianisme. Si la circoncision devait être ajoutée à la croix de Christ, si la loi de Moïse devait supplanter la grâce de Dieu, alors tout était perdu.

Béni soit le Dieu de toute grâce, il suscita de nobles champions pour s’opposer à une si funeste doctrine. « Une contestation s’étant donc élevée et une grande dispute, entre Paul et Barnabas et eux (les docteurs judaïsants), ils résolurent que Paul et Barnabas et quelques autres d’entre eux monteraient à Jérusalem vers les apôtres et les anciens pour cette question… Et (ceux-ci) étant arrivés à Jérusalem, ils furent reçus par l’assemblée et les apôtres et les anciens ; et ils racontèrent toutes les choses que Dieu avait faites avec eux. Et quelques-uns de la secte des pharisiens, qui avaient cru, s’élevèrent, disant qu’il faut les circoncire et leur enjoindre de garder la loi de Moïse » (Actes 15:2-5).

D’où venait cette nécessité ? Pas de Dieu, assurément, qui leur avait, dans sa grâce infinie, ouvert la porte de la foi, sans la circoncision ou l’obligation de garder la loi de Moïse. Non, c’étaient « quelques hommes » qui se permirent de dire que ces choses étaient nécessaires, des hommes qui ont troublé l’Église de Dieu dès ce moment jusqu’à maintenant, des hommes « voulant être docteurs de la loi, n’entendant ni ce qu’ils disent, ni ce sur quoi ils insistent » (1 Tim. 1:7). Les docteurs de la loi ne savent pas ce qui est impliqué dans leur triste enseignement. Ils ne se font pas une idée, combien leurs doctrines sont haïssables aux yeux du Dieu de toute grâce, du Père des miséricordes.

Le chapitre des Actes dont nous nous occupons, nous donne, avec une grande clarté, les pensées de Dieu à ce sujet. Il prouve, à n’en pouvoir douter, qu’il n’était pas selon Dieu de placer les nations sous la loi. « Et les apôtres et les anciens s’assemblèrent pour examiner cette affaire. Et une grande discussion ayant eu lieu », — hélas, déjà ! — « Pierre se leva et leur dit : Hommes frères, vous savez vous-mêmes que, dès les jours anciens, Dieu m’a choisi entre vous, afin que par ma bouche les nations ouïssent » — non la loi de Moïse et la circoncision, mais — « la parole de l’Évangile, et qu’elles crussent. Et Dieu qui connaît les cœurs, leur a rendu témoignage, leur ayant donné l’Esprit Saint comme à nous-mêmes ; et il n’a fait aucune différence entre nous et eux, ayant purifié leurs cœurs par la foi. Maintenant donc, pourquoi tentez-vous Dieu, en mettant sur le cou des disciples un joug que ni nos pères ni nous n’avons pu porter ? »

Remarquez ceci, lecteur ; la loi avait été un joug intolérable pour les Juifs qui y avaient été assujettis ; puis, ce n’était rien moins que tenter Dieu de vouloir mettre ce joug sur le cou des chrétiens d’entre les nations. « Mais » — ajoute le cher apôtre de la circoncision — « par la grâce du Seigneur Jésus », — et non par la loi, — « nous croyons être sauvés de la même manière qu’eux aussi ».

Combien ceci est concluant, comme sortant de la bouche de l’apôtre de la circoncision ! Il ne dit pas : « ils seront sauvés de la même manière que nous », mais : « nous serons sauvés de la même manière qu’eux aussi ». Le Juif consent à descendre de sa haute position dispensationnelle, et à être sauvé sur le même pied que le pauvre gentil incirconcis. Quel effet ces nobles paroles durent produire sur les partisans du système légal ! Ils ne surent que répondre.

« Et toute la multitude se tut ; et ils écoutaient Barnabas et Paul qui racontaient quels miracles et quels prodiges Dieu avait faits par leur moyen parmi les nations ». L’Esprit n’a pas jugé bon de nous faire savoir ce que dirent Paul et Barnabas en cette mémorable occasion, et nous en comprenons la sage raison. Son but est évidemment de donner la prééminence à Pierre et à Jacques, dont les paroles devaient avoir plus de poids auprès des docteurs de la loi que celles de l’apôtre des gentils et de son compagnon.

« Et après qu’ils se furent tus, Jacques répondit, disant : Hommes frères, écoutez-moi Siméon a raconté comment Dieu a premièrement visité les nations » — non pour les convertir toutes, mais « pour en tirer un peuple pour son nom. Et avec cela s’accordent les paroles des prophètes, selon qu’il est écrit : « Après ces choses, je retournerai et je réédifierai le tabernacle de David, qui est tombé, et je réédifierai ses ruines et je le relèverai, en sorte que le résidu des hommes recherche le Seigneur, et toutes les nations sur lesquelles mon nom est réclamé, dit le Seigneur, qui fait ces choses », connues de tout temps. C’est pourquoi moi, je suis d’avis de ne pas inquiéter ceux des nations qui se tournent vers Dieu ».

Nous devons être frappés de voir que, dans cette imposante assemblée, nul ne parle avec plus de force et de clarté que Pierre et Jacques, l’un, l’apôtre de la circoncision, l’autre, celui dont le ministère s’adressait plus spécialement aux douze tribus, et dont la position pouvait donner du poids à ses paroles vis-à-vis des défenseurs du système légal. Ces deux éminents apôtres furent d’accord pour déclarer positivement, que les nouveaux convertis d’entre les nations ne devaient pas être « inquiétés » ou « chargés » de la loi. Ils prouvèrent par leurs puissants discours qu’il était entièrement contraire à la parole et à la volonté de Dieu de placer les chrétiens d’entre les nations sous la loi.

Les paroles de Paul et de Barnabas ne nous sont point rapportées, et qui ne verrait là une preuve de la merveilleuse sagesse de Dieu ? Il nous est simplement dit qu’ils racontèrent les choses que Dieu avait faites parmi les nations. Il était naturel qu’ils s’opposent formellement à mettre les gentils sous la loi, mais que Pierre et Jacques fussent aussi décidés là-dessus, c’est ce qui devait étonner chacun.

Si le lecteur désire connaître à fond les pensées de Paul sur le sujet de la loi, qu’il étudie l’épître aux Galates. C’est là que ce précieux apôtre, sous l’inspiration du Saint Esprit, épanche son cœur envers les nouveaux chrétiens en paroles ferventes et pleines de force et d’énergie. Il est étonnant qu’on puisse lire cette remarquable épître, puis persister à soutenir que les chrétiens sont sous la loi, en quelque manière que ce soit. À peine l’apôtre a-t-il terminé ses courtes paroles d’introduction, qu’il se plonge, avec son énergie habituelle, dans le sujet dont son cœur aimant, mais affligé, est rempli jusqu’à déborder — « Je m’étonne » — dit-il, et il pouvait s’étonner — « de ce que vous passez si promptement de celui qui vous a appelés par la grâce de Christ », non la loi de Moïse, — « à un évangile différent, qui n’en est pas un autre ; mais il y a des gens qui vous troublent, et qui veulent pervertir l’évangile du Christ. Mais quand nous-mêmes, ou quand un ange venu du ciel vous évangéliserait outre ce que nous vous avons évangélisé, qu’il soit anathème. Comme nous l’avons déjà dit, maintenant aussi je le dis encore : si quelqu’un vous évangélise outre ce que vous avez reçu, qu’il soit anathème » (Gal. 1:6-9).

Que tous ceux qui prêchent la loi, méditent ces paroles. Elles paraissent sévères, mais souvenons-nous que ce sont les paroles mêmes de Dieu, le Saint Esprit. Oui, Dieu lance son terrible anathème sur quiconque ose ajouter la loi de Moïse à l’évangile de Christ, sur quiconque essaie de placer les chrétiens sous la loi.

Quelques personnes cherchent à arranger les choses, en nous disant qu’elles n’usent pas de la loi comme d’un moyen de justification, mais comme d’une règle de conduite. Nous leur demanderons sur quoi elles se fondent pour oser décider quel usage nous devons faire de la loi ? Ou nous sommes sous la loi, ou nous n’y sommes pas. Si nous y sommes, il ne s’agit pas de savoir comment nous la prenons, mais comment elle nous prend.

Là est toute la différence. La loi ne connaît point les distinctions des théologiens. Si nous sommes sous la loi, nous sommes sous la malédiction, car il est écrit : « Maudit est quiconque ne persévère pas dans toutes les choses qui sont écrites dans le livre de la loi pour les faire » (Gal. 3:10). Cela ne me servira de rien de dire que je suis un chrétien, que je suis né de nouveau, car qu’est-ce que la loi a à faire avec le christianisme ou avec la nouvelle naissance ? Absolument rien. La loi s’adresse à l’homme pécheur, comme être responsable. Elle exige une obéissance parfaite, et prononce sa malédiction sur quiconque lui manque ou lui désobéit, ne fût-ce qu’en un seul point (Gal. 3:10 ; 5:3 ; Jacques 2:10, 11 ; Deut. 6:25 ; 27:26. Voir Luc 18:10).

On dit aussi que si nous avons failli à garder toute la loi, Christ l’a accomplie à notre place. Argument sans valeur. La loi ne connaît pas l’obéissance par procuration. Son langage est : « Celui qui aura fait ces choses vivra par elles » (Gal. 3:12).

Et ce n’est pas seulement sur l’homme qui a désobéi à la loi que la malédiction est prononcée, mais afin de donner toute la clarté possible à ce principe, il est dit (3:10) « que tous ceux qui sont sur le principe des œuvres de loi sont sous la malédiction ». Ainsi donc tous ceux qui sont sur le terrain légal, sur le principe légal, en un mot tous ceux qui ont affaire avec les œuvres de la loi, sont nécessairement sous la malédiction. Dieu en soit mille fois béni, le chrétien n’est pas sous la malédiction, mais pourquoi ? Est-ce parce que la loi a perdu sa puissance, sa majesté, sa dignité, sa sainte énergie ? Nullement. Ce serait blasphémer la loi que de le penser. Et penser qu’un « homme » quelconque, qu’il soit chrétien, Juif ou païen, peut être sous la loi, et sur ce terrain, sans encourir la malédiction, c’est dire qu’il accomplit parfaitement la loi, ou bien, que la loi est abrogée et nulle. Malheur à qui oserait dire une telle chose !

Comment donc se fait-il que le chrétien ne soit pas sous la malédiction ? Voici la réponse dans toute sa force morale et sa beauté : « Car moi, par la loi, je suis mort à la loi, afin que je vive à Dieu » (*) (Gal. 2:19).


(*) La suppression de l’article ajoute immensément à la force et à la clarté du passage. C’est dia nomou nomô ; clause remarquable, assurément, et qui renverse tout un système théologique. Elle laisse la loi à sa place, mais met le croyant hors de son pouvoir et de ses atteintes, et cela « par la mort ». « C’est pourquoi, mes frères, vous aussi, vous avez été mis à mort à la loi par le corps du Christ, pour être à un autre, à celui qui est ressuscité d’entre les morts, afin que nous portions du fruit pour Dieu », — ce que nous ne pourrions jamais faire si nous étions sous la loi. « Car quand nous étions dans la chair », et la loi ne s’applique qu’à l’homme « en la chair », « les passions des péchés, lesquelles sont par la loi, agissaient dans nos membres pour porter du fruit pour la mort ». Remarquez la triste association : « sous la loi » — « dans la chair » — « passions des péchés » « fruits pour la mort » ! Mais, grâce à Dieu, il y a un autre côté à la question : « Mais maintenant nous avons été déliés de la loi ». Comment ? Est-ce parce qu’un autre l’a accomplie à notre place ? Non, mais « étant morts dans ce en quoi nous étions tenus, en sorte que nous servions en nouveauté d’esprit, et non pas en vieillesse de lettre ». Quelle harmonie parfaite entre le 7 des Romains et le 2 des Galates ! « Car moi, par la loi, je suis mort à la loi, afin que je vive à Dieu ».


Or s’il est vrai, comme le dit l’apôtre, que nous sommes morts par le moyen de la loi, comment est-il possible que la loi soit la règle de notre vie ? Elle ne fut qu’une règle de mort, de malédiction et de condamnation pour ceux qui lui étaient assujettis, pour ceux qui l’avaient reçue par l’entremise des anges (Gal. 3:19). Peut-elle être autre chose pour nous ? La loi a-t-elle jamais produit un seul bon fruit chez un fils ou une fille d’Adam ? Écoutez la réponse de l’apôtre : « Car quand nous étions dans la chair », — c’est-à-dire quand nous étions considérés dans notre nature déchue, — « les passions des péchés, lesquelles sont par la loi, agissaient dans nos membres pour porter du fruit pour la mort » (Rom. 7:5) (*).


(*) Il est nécessaire de se rappeler que, quoique les gentils n’aient jamais été placés sous la loi par les dispensations de Dieu, cependant tous les professants baptisés se placent sur ce terrain. C’est pourquoi il y a une grande différence entre la chrétienté et les païens quant à la question de la loi. Dans la chrétienté, des milliers de personnes inconverties demandent chaque semaine à Dieu d’incliner leurs cœurs à garder sa loi. Sûrement, ces personnes sont dans une position bien différente de celle des païens qui n’ont jamais entendu parler de la loi, ni de la Bible.


Où en sommes-nous maintenant, comme chrétiens ? Écoutez la réponse : « Car moi, par la loi, je suis mort à la loi, afin que je vive à Dieu. Je suis crucifié avec Christ, et je ne vis plus, moi, mais Christ vit en moi ; et ce que je vis maintenant dans la chair », ici chair signifie le corps, — « je le vis » comment ? Par la loi, comme règle de ma vie ? nullement, mais : « je le vis dans la foi, la foi au Fils de Dieu, qui m’a aimé et qui s’est livré lui-même pour moi » (Gal. 2:19-20).

Voilà le christianisme. Le comprenons-nous ? En saisissons-nous bien le sens et la portée ? La précieuse mort de Christ, comme si elle était la nôtre, nous délivre complètement de deux maux bien distincts : du légalisme, d’un côté, de la licence de l’autre. Au lieu de ces choses terribles, elle nous introduit dans la sainte liberté de la grâce ; dans la liberté pour servir Dieu, ou de « mortifier nos membres qui sont sur la terre », de « renier l’impiété et les convoitises mondaines », ou enfin de « vivre sobrement, justement et pieusement ».

Méditons ces paroles : « Je suis crucifié avec Christ, et je ne vis plus, moi, mais Christ vit en moi ». Le vieux « moi » mort, crucifié, enterré. Le nouveau « moi » vivant, en Christ. Ne nous trompons point, car il n’y a rien de plus terrible et de plus dangereux, que lorsque le vieux « moi » se place sur le nouveau terrain ; ou, en d’autres termes, lorsque les glorieuses doctrines du christianisme sont adoptées par la chair et que les inconvertis se disent délivrés de la loi, et changent la grâce de Dieu en dissolution. Nous avouons que nous préférons mille fois le légalisme à la licence. C’est contre ce dernier mal que nous avons à veiller avec le plus grand soin. Il fait de rapides progrès, préparant la voie à ces terribles flots d’incrédulité qui, avant qu’il soit longtemps, vont envahir la chrétienté.

Dire qu’on est délivré de la loi autrement que par la mort à la loi et par la vie en Christ, n’est pas du christianisme du tout, mais de la licence, dont toute âme pieuse doit s’éloigner avec une sainte horreur. Si nous sommes morts à la loi, nous sommes aussi morts au péché et, par conséquent, nous ne devons pas faire notre propre volonté qui est péché, mais la volonté de Dieu qui est la vraie sainteté pratique.

Souvenons-nous encore que, si nous sommes morts à la loi, nous sommes morts aussi à ce présent siècle mauvais, et associés à un Christ ressuscité, monté au ciel et glorifié. Nous ne sommes donc pas du monde, comme Christ n’était pas du monde. Chercher à se faire une position dans le monde, c’est renier le fait que nous sommes morts à la loi, car nous ne pouvons vivre pour le monde, et en même temps être morts à la loi. La mort de Christ nous a délivrés de la loi, de la puissance du péché, de ce présent siècle mauvais, et de la crainte de la mort. Mais toutes ces choses se lient, et nous ne pouvons être délivrés de l’une sans l’être de toutes. Prétendre être libéré de la loi, tandis qu’on vit dans la chair, dans la mondanité et l’égoïsme, c’est là un des caractères les plus terribles des derniers jours.

Le chrétien est appelé à prouver, dans sa vie journalière, que la grâce peut produire des résultats auxquels la loi n’a jamais pu atteindre. C’est une des gloires morales du christianisme de rendre un homme capable d’abandonner son moi et de vivre pour les autres. C’est ce que la loi n’a jamais pu faire. Sous son empire, chacun devait faire de son mieux, en vue de soi-même. Si un homme essayait d’aimer son prochain, c’était pour s’acquérir une justice propre. Sous la grâce, tout est glorieusement le contraire. Le moi est mis de côté comme une chose condamnée, crucifiée, morte et ensevelie. Le vieux « moi » a disparu, et le nouveau « moi » est devant Dieu dans toute la valeur et la perfection de Christ. Il est notre vie, notre sainteté, notre justice, notre but, notre modèle, notre tout. Il est en nous et nous sommes en lui ; notre vie pratique de chaque jour doit simplement être Christ reproduit en nous par la puissance du Saint Esprit. Nous ne devons donc pas aimer seulement notre prochain, mais aussi nos ennemis, et cela non pour nous acquérir une justice, car nous sommes devenus la justice de Dieu en Christ mais parce que la vie que nous possédons déborde, et cette vie est Christ. Un chrétien est un homme qui devrait vivre Christ. Il n’est ni un Juif « sous la loi », ni un gentil « sans loi », mais il est « un homme en Christ », placé dans la grâce, appelé à la même obéissance que celle dans laquelle a vécu le Seigneur Jésus lui-même.

Dieu veuille ouvrir les yeux de tous les chrétiens à la vérité de ces choses ! Puisse-t-il les amener à étudier les Écritures, et à se soumettre à leur sainte autorité en tous points ! C’est le grand besoin de notre époque.

Nous savons que notre Seigneur Jésus Christ viendra bientôt, pour enlever son peuple racheté dans les demeures préparées dans la maison du Père, pour être à toujours avec Lui. Mais que deviendront ceux qui seront laissés en arrière ? toute la masse de professants baptisés, mais mondains ? Voilà de solennelles questions qui doivent être considérées devant Dieu, pour qu’elles reçoivent la vraie, la divine réponse.

Nous avons cherché à démontrer par l’Écriture que le chrétien n’est pas sous la loi, mais sous la grâce ; maintenant, nous continuerons notre étude du chapitre 5 du Deutéronome. Nous y trouvons les dix commandements, mais ils y sont présentés un peu autrement que dans le chapitre 20 de l’Exode. Quelques traits caractéristiques demandent l’attention du lecteur.

En Exode 20, nous avons l’histoire ; dans Deut. 5, outre l’histoire, le commentaire ; le législateur y présente des motifs moraux et y fait des appels qui ne seraient nullement à leur place dans l’Exode. Dans l’un, nous avons les faits seuls ; dans l’autre, les faits et leur application pratique. En un mot, nous n’avons aucun motif de supposer que le chap. 5 du Deutéronome ait dû être une répétition littérale du chap. 20 de l’Exode, et, par conséquent, les misérables arguments des incrédules, qui s’appuient sur ces apparentes divergences, tombent d’eux-mêmes.

Comparons, par exemple, les deux passages qui traitent du sabbat. En Exode 20, nous lisons : « Souviens-toi du jour du sabbat, pour le sanctifier. Six jours tu travailleras, et tu feras toute ton œuvre ; mais le septième jour est le sabbat consacré à l’Éternel, ton Dieu Tu ne feras aucune œuvre, ni toi, ni ton fils, ni ta fille, ni ton serviteur, ni ta servante, ni ta bête, ni ton étranger qui est dans tes portes. Car en six jours l’Éternel a fait les cieux, et la terre, la mer, et tout ce qui est en eux, et il s’est reposé le septième jour ; c’est pourquoi l’Éternel a béni le jour du sabbat, et l’a sanctifié ».

En Deutéronome 5, nous lisons : « Garde le jour du sabbat pour le sanctifier, comme l’Éternel, ton Dieu, te l’a commandé. Six jours tu travailleras et tu feras toute ton œuvre ; mais le septième jour est le sabbat consacré à l’Éternel, ton Dieu ; tu ne feras aucune œuvre, ni toi, ni ton fils, ni ta fille, ni ton serviteur, ni ta servante, ni ton bœuf, ni ton âne, ni aucune de tes bêtes, ni ton étranger qui est dans tes portes, afin que ton serviteur et ta servante se reposent comme toi ; et tu te souviendras que tu as été serviteur dans le pays d’Égypte, et que l’Éternel, ton Dieu, t’a fait sortir de là à main forte et à bras étendu ; c’est pourquoi l’Éternel, ton Dieu, t’a commandé de garder le jour du sabbat » (vers. 12-15).

La différence entre ces deux passages frappe immédiatement. Dans l’Exode, le commandement de garder le jour du repos est basé sur la création. Dans le Deutéronome, il est basé sur la rédemption, sans la moindre allusion à la création. En un mot, les points de différence proviennent du caractère distinct de chaque livre, et s’expliquent aisément pour tout chrétien spirituel.

Quant à ce qui concerne l’institution du sabbat, souvenons-nous qu’elle repose entièrement sur l’autorité immédiate de la parole de Dieu. D’autres commandements prescrivent de simples devoirs moraux. Chacun sait que c’est moralement mal de tuer ou de voler ; mais, à garder le sabbat, nul n’aurait vu un devoir, si cela n’eût été expressément ordonné par l’autorité divine. De là son immense importance et son intérêt. Dans notre chapitre et en Exode 20, il est placé sur la même ligne que ces grands devoirs moraux, qui sont universellement reconnus par la conscience humaine.

Bien plus, nous voyons en maints autres endroits de l’Écriture que le sabbat est mis à part et présenté tout spécialement comme un précieux lien entre l’Éternel et Israël, comme le sceau de son alliance avec eux et le signe de leur consécration à Lui. Chacun pouvait reconnaître que c’est moralement mal de tuer et de voler, mais ceux-là seulement qui aimaient l’Éternel et sa Parole aimaient et gardaient ses sabbats.


Ainsi, au chap. 16 de l’Exode, en connexion avec l’envoi de la manne, nous lisons : « Le sixième jour, ils recueillirent du pain au double, deux omers pour chacun ; et tous les principaux de l’assemblée vinrent et le rapportèrent à Moïse. Et il leur dit : C’est ici ce que l’Éternel a dit : Demain est le repos, le sabbat consacré à l’Éternel ; faites cuire ce que vous avez à cuire, et faites bouillir ce que vous avez à faire bouillir, et tout le surplus, serrez-le pour vous pour le garder jusqu’au matin… Et Moïse dit : Mangez-le aujourd’hui, car aujourd’hui est le sabbat consacré à l’Éternel ; aujourd’hui, vous n’en trouverez point aux champs. Six jours vous en recueillerez ; mais au septième jour est le sabbat ; il n’y en aura point en ce jour-là » (v. 22-26). Ils étaient cependant si peu capables d’apprécier le précieux privilège d’avoir à garder le sabbat de l’Éternel, qu’il arriva « qu’au septième jour quelques-uns du peuple sortirent pour en recueillir, et ils n’en trouvèrent point. Et l’Éternel dit à Moïse : Jusques à quand refuserez-vous de garder mes commandements et mes lois ? » — Le fait qu’ils négligeaient le sabbat prouvait que leur état moral était mauvais, qu’ils s’étaient détournés de tous les commandements de Dieu. Le sabbat était la pierre de touche de l’état réel de leurs cœurs envers l’Éternel. — « Voyez que l’Éternel vous a donné le sabbat ; c’est pourquoi il vous donne au sixième jour du pain pour deux jours. Que chacun reste chez lui, que personne ne sorte du lieu où il est, le septième jour. Et le peuple se reposa le septième jour ». Ils trouvaient repos et nourriture en ce saint jour du sabbat.

À la fin du chap. 31, nous trouvons encore un passage bien remarquable pour montrer l’importance que l’Éternel attachait à l’observation du sabbat. Une description détaillée du tabernacle et de ses vaisseaux avait été donnée à Moïse, et il allait recevoir les deux tables du témoignage de la main de l’Éternel ; mais, comme pour prouver la place éminente que le sabbat occupait dans la pensée de Dieu, nous lisons : « Et l’Éternel parla à Moïse, disant : Toi, parle aux fils d’Israël, disant : Certainement, vous garderez mes sabbats, car c’est un signe entre moi et vous, en vos générations, pour que vous sachiez que c’est moi, l’Éternel, qui vous sanctifie. Et vous garderez le sabbat, car il vous sera saint ; celui qui le profanera sera certainement mis à mort, car quiconque fera une œuvre en ce jour-là, cette âme sera retranchée du milieu de ses peuples. Pendant six jours le travail se fera, et le septième jour est le sabbat de repos, consacré à l’Éternel ; quiconque fera une œuvre le jour du sabbat sera certainement mis à mort. Et les fils d’Israël garderont le sabbat, pour observer le sabbat en leurs générations ; — une alliance perpétuelle. C’est un signe entre moi et les fils d’Israël, à toujours ; car en six jours l’Éternel a fait les cieux et la terre, et le septième jour il s’est reposé, et a été rafraîchi » (Ex. 31:12-17).

Ce passage établit clairement la stabilité du sabbat. Les termes employés prouvent que ce n’était point une institution temporaire : « un signe entre moi et vous en vos générations » — « une alliance perpétuelle » « un signe à toujours ».

Le sabbat fut distinctement et exclusivement institué pour la nation juive. Il est mentionné à diverses reprises, comme étant un signe entre l’Éternel et son peuple Israël, mais il ne concernait en aucune manière les nations. Nous verrons par la suite que c’est un beau type du temps du rétablissement de toutes choses, dont Dieu a parlé par la bouche de tous ses saints prophètes, mais cela n’ôte rien au fait qu’il est exclusivement une institution juive. Il n’y a pas, dans toute l’Écriture, un seul passage prouvant que le sabbat concernait aussi les gentils.

On allègue que, puisque le sabbat est déjà mentionné dans le second chapitre de la Genèse, il doit nécessairement avoir une application plus générale qu’à la nation juive. Voyons le passage : « Et Dieu eut achevé au sixième jour son œuvre qu’il fit, et il se reposa au septième jour de toute son œuvre qu’il fit. Et Dieu bénit le septième jour, et le sanctifia, car en ce jour, il se reposa de toute son œuvre que Dieu créa en la faisant » (Gen. 2:2-3).

Voilà qui est bien simple. Il n’est point ici fait mention de l’homme. Il ne nous est pas dit que l’homme se reposa le septième jour. On pourrait s’imaginer ou conclure qu’il le fit, mais le chap. 2 de la Genèse n’en dit rien. Bien plus ; nous ne voyons pas dans tout ce livre une seule allusion au sabbat. La première fois qu’il en est fait mention, c’est au chap. 16 de l’Exode, passage que nous avons déjà cité : or, là nous voyons qu’il fut donné à Israël, comme à un peuple qui était en relation d’alliance avec l’Éternel. Il est évident qu’ils ne surent ni le reconnaître, ni l’apprécier. Le Psaume 95 et le chap. 4 des Hébreux, nous montrent qu’ils n’entrèrent jamais dans ce repos. Si nous parlons de ce qu’était le sabbat aux yeux de Dieu, il nous dit que c’était un signe entre Lui et son peuple d’Israël, et le critérium de leur condition morale et de l’état de leur cœur envers Lui. Ce n’était pas seulement une portion de la loi donnée par Moïse à la congrégation d’Israël, mais il est maintes fois mentionné et spécifié comme étant une institution qui tenait une place toute particulière aux yeux de Dieu.

Ainsi, nous lisons au chap. 56 d’Ésaïe : « Bienheureux l’homme qui fait cela, et le fils de l’homme qui le tient ferme ; qui garde le sabbat pour ne pas le profaner, et qui garde sa main de faire aucun mal ! Et que le fils de l’étranger qui s’est attaché à l’Éternel ne parle pas, disant : L’Éternel m’a entièrement séparé de son peuple ; et que l’eunuque ne dise pas : Voici, je suis un arbre sec ; car ainsi dit l’Éternel : Aux eunuques qui gardent mes sabbats, et choisissent les choses auxquelles je prends plaisir, et qui tiennent ferme mon alliance, je leur donnerai dans ma maison et au-dedans de mes murs une place et un nom meilleurs que des fils et des filles ; je leur donnerai un nom éternel qui ne sera pas retranché. Et les fils de l’étranger » — considérés, cela va sans dire, comme liés à Israël de même qu’en Nomb. 15 — « qui s’attachent à l’Éternel pour le servir et pour aimer le nom de l’Éternel, pour être ses serviteurs, — quiconque observe le sabbat pour ne pas le profaner, et ceux qui tiennent ferme mon alliance, je les ferai venir à ma montagne sainte, et je les rendrai joyeux dans ma maison de prière ; leurs holocaustes et leurs sacrifices seront agréés sur mon autel ; car ma maison sera appelée une maison de prière pour tous les peuples » (v. 2-7).

Et encore : « Si tu gardes ton pied de profaner le sabbat, de faire ton plaisir en mon saint jour, si tu appelles le sabbat tes délices, et honorable le saint jour de l’Éternel, si tu l’honores en t’abstenant de suivre tes propres chemins, de chercher ton plaisir et de dire des paroles vaines, alors tu trouveras tes délices en l’Éternel, et je te ferai passer à cheval sur les lieux hauts de la terre, et je te nourrirai de l’héritage de Jacob, ton père : car la bouche de l’Éternel a parlé » (Ésa. 58:13-14). Ces citations suffisent pour montrer quelle place importante le sabbat occupe aux yeux de Dieu. Il serait inutile de les multiplier, mais il est encore un passage du Lévitique que nous voudrions citer au lecteur : « Et l’Éternel parla à Moïse, disant : Parle aux fils d’Israël, et dis-leur : Les jours solennels de l’Éternel, que vous publierez, seront de saintes convocations. Ce sont ici mes jours solennels : Six jours on travaillera ; et le septième jour est un sabbat de repos, une sainte convocation ; vous ne ferez aucune œuvre : c’est un sabbat consacré à l’Éternel dans toutes vos habitations » (Lév. 23:1-3).

Le sabbat est ici placé en tête de toutes les fêtes solennelles énumérées dans ce merveilleux chapitre, et qui sont pour nous les types de toutes les dispensations de Dieu envers son peuple. Le sabbat est le type du repos éternel, dans lequel Dieu introduira son peuple, quand toutes ses tribulations auront pris fin ; de ce « repos sabbatique » qui reste « pour le peuple de Dieu » (Héb. 4:9). L’Éternel cherchait constamment à rappeler ce glorieux repos à son peuple ; le septième jour, la septième année, l’année du Jubilé, toutes ces belles fêtes sabbatiques avaient pour but de typifier l’époque bénie où Israël sera rassemblé dans son pays, et où le sabbat sera observé comme il ne l’a encore jamais été.

Ceci nous conduit à un second point de vue, savoir la durée permanente du sabbat. Des expressions telles que : « un signe en vos générations » — « une alliance perpétuelle » — « à perpétuité » auraient jamais été employées pour désigner une institution simplement temporaire. Il est vrai, hélas ! qu’Israël n’observa jamais le sabbat selon Dieu, et il n’en comprit jamais la signification ; il n’en savoura jamais les douceurs et les bénédictions. Il en fit le signe de sa justice propre, s’en vanta comme d’une institution nationale, et s’en servit pour s’enorgueillir ; jamais il ne le célébra dans la communion avec Dieu.

Nous parlons de la nation en général, car nous ne saurions douter qu’il ne se soit trouvé des âmes qui, dans le secret, jouissaient du sabbat et comprenaient les pensées de Dieu à ce sujet. Néanmoins, comme nation, Israël ne l’observa jamais comme Dieu le désirait. Écoutons ce que dit Ésaïe : « Ne continuez pas d’apporter de vaines offrandes : l’encens m’est une abomination, — la nouvelle lune et le sabbat, la convocation des assemblées ; je ne puis supporter l’iniquité et la fête solennelle » (chap. 1:13).

La précieuse institution du sabbat, que Dieu avait donnée comme un signe de son alliance avec son peuple, était donc devenue, entre leurs mains, une abomination qu’il ne pouvait plus supporter. Si nous ouvrons les pages du Nouveau Testament, nous voyons les chefs et les docteurs du peuple juif constamment en guerre avec le Seigneur Jésus, par rapport au sabbat. Lisez, par exemple, Luc 6:1-5 et 6-11.

Quelle preuve nous avons ici du peu de valeur du formalisme humain dans l’observance du sabbat. Ces directeurs religieux voulaient que les disciples endurent la faim, plutôt que d’enfreindre leur sabbat. Ils auraient laissé l’homme emporter sa main sèche au tombeau, plutôt que de le voir guérir le jour de leur sabbat. Hélas ! c’était bien leur sabbat et non celui de Dieu. Son repos ne pouvait s’allier avec la faim et des membres desséchés. Ils n’avaient jamais bien compris le récit de David mangeant les pains de proposition. Ils ne comprenaient pas que les institutions légales doivent céder le pas à la grâce divine venant au-devant des besoins de l’homme. La grâce, avec toute sa splendeur, s’élève au-dessus de toutes les barrières légales, et la foi se réjouit à sa lumière ; mais la religiosité s’offense de l’activité de la grâce et de la hardiesse de la foi. Les pharisiens ne comprenaient pas que l’homme à la main sèche était un commentaire frappant de l’état moral de cette nation ; une preuve vivante du fait qu’ils étaient fort éloignés de Dieu. S’ils eussent été comme ils auraient dû être, il n’y aurait pas eu de mains sèches à guérir ; mais ils n’étaient pas fidèles, et, par conséquent, leur sabbat n’était qu’une forme vide de sens, une observance sans valeur et sans force, une célébration abominable, haïssable aux yeux de Dieu et entièrement incompatible avec la condition de l’homme. Lisez encore Luc 13:10-16.

Quel accablant reproche pour ces formalistes ! Quelle démonstration de la vanité et de la complète nullité de tout leur système judaïque ! Oser parler du sabbat en présence d’une fille d’Abraham liée depuis dix-huit ans par la main cruelle de Satan, quelle incongruité ! Il n’y a rien au monde qui aveugle l’esprit, endurcisse le cœur, endorme la conscience, comme une religion sans Christ. On ne peut bien juger de cette puissance trompeuse et dégradante qu’à la lumière de la présence divine. Peu importait au chef de la synagogue que cette pauvre femme restât infirme jusqu’à la fin de ses jours. Il l’eût laissée continuer à être une triste preuve de la puissance de Satan, pourvu qu’il pût observer son sabbat. Son indignation religieuse était excitée, non pas par la puissance de Satan révélée dans l’état de cette femme, mais par la puissance de Christ révélée par sa complète délivrance.

Le Seigneur lui répond comme il le mérite. « Et comme il disait ces choses ; tous ses adversaires furent couverts de honte ; et toute la foule se réjouissait de toutes les choses glorieuses qui étaient faites par lui » (Luc 13:17). Quel contraste frappant ! Les adhérents d’une religion fausse, vaine et cruelle, démasqués et couverts de honte et de confusion ; puis, d’un autre côté, la foule se réjouissant des œuvres glorieuses du Fils de Dieu qui était venu au milieu d’eux pour les délivrer de la puissance écrasante de Satan ; pour remplir leurs cœurs de la joie du salut de Dieu, leurs bouches de sa louange.

Cette question du sabbat, si souvent débattue, doit être examinée à fond à la lumière de l’Écriture, car nous sommes convaincus que nombre de chrétiens professants ne se doutent pas de tout ce qui s’y rattache.

Le commencement du chap. 5 de Jean illustre, d’une manière remarquable la condition d’Israël.

Le réservoir de Béthesda est une frappante illustration de toute la famille humaine et de la nation d’Israël, de leur condition morale et spirituelle, considérée au point de vue de Dieu ! « Aveugles, infirmes, membres secs », tel est le réel état de l’homme, et plût à Dieu que l’homme le comprît.

Mais il y avait au milieu de cette multitude d’infirmes un homme, dont l’état de faiblesse et d’épuisement était tel que le réservoir de Béthesda ne pouvait rien pour lui. Il ne pensait qu’à obtenir un secours humain pour parvenir au réservoir, mais chacun, image frappante de tous ceux qui cherchent le salut par les œuvres, faisait de son mieux pour soi-même. Nul souci des autres ; nulle pensée de leur venir en aide. « Jésus lui dit : Lève-toi, prends ton petit lit, et marche. Et aussitôt l’homme fut guéri, et il prit son petit lit, et marcha. Or c’était sabbat ce jour-là » (v. 8-9).

Nous avons de nouveau ici le sabbat de l’homme, car ce n’était certainement pas celui de Dieu. La misérable multitude réunie autour du réservoir prouvait que le repos de Dieu n’était pas encore venu, que son glorieux antitype n’avait point encore lui sur cette terre coupable. Lorsque ce beau jour paraîtra, il n’y aura plus d’aveugles, de boiteux, ni d’infirmes, sous les portiques du réservoir de Béthesda. Le repos sabbatique de Dieu est absolument incompatible avec les misères humaines.

C’était le sabbat de l’homme. Ce n’était plus le signe de l’alliance de l’Éternel avec la postérité d’Abraham, comme cela avait été jadis, et comme cela sera de nouveau une fois. Le sabbat était devenu en Israël un signe de la propre justice de l’homme. Selon les Juifs, il était permis à l’homme de rester couché année après année sur ce même grabat, tandis qu’eux continuaient leurs vaines et inutiles tentatives pour observer le sabbat. S’ils eussent eu la moindre intelligence spirituelle, ils eussent compris l’inconséquence qu’il y avait à vouloir conserver leurs traditions au sujet du sabbat, en présence des misères humaines, des maladies et de toutes sortes de dégradations. Mais ils étaient complètement aveugles ; aussi, lorsque les résultats glorieux du ministère de Christ se révèlent, ils ont l’audace de les déclarer contraires à la loi.

Et non seulement cela, mais « à cause de cela, les Juifs persécutaient Jésus et cherchaient à le faire mourir, parce qu’il avait fait ces choses en un jour de sabbat ». Quel spectacle ! Des gens religieux, mieux encore, les chefs et les docteurs de la religion, les conducteurs du soi-disant peuple de Dieu, cherchent à faire mourir « le Seigneur du sabbat », parce qu’il avait guéri un homme le jour du sabbat !

Mais observez la réponse de notre Seigneur au verset 17: « Mon père travaille jusqu’à maintenant, et moi je travaille ». Cette parole si brève, mais si concluante, nous donne la clef de toute l’affaire. Elle nous dévoile la vraie condition de l’humanité en général et celle d’Israël en particulier ; elle nous présente d’une manière touchante le grand secret de la vie et du ministère de notre Seigneur. Il n’était pas venu dans ce monde pour se reposer ; que Dieu en soit béni ! Comment aurait-il pu se reposer, observer le sabbat, — entouré qu’il était par toutes les misères humaines ? Cette multitude d’impotents qui remplissaient les portiques du réservoir de Béthesda, n’aurait-elle pas dû montrer « aux Juifs » la folie de leurs idées au sujet du sabbat ? Car cette multitude n’était-elle pas un spécimen de la condition de la nation d’Israël et de toute la famille humaine ? Et comment l’amour divin aurait-il pu se reposer au milieu d’un tel état de choses ? C’eût été totalement impossible. L’amour ne peut que travailler au milieu des scènes de péché et de douleurs. Du moment où l’homme est tombé, le Père avait travaillé. Puis le Fils parut pour continuer l’œuvre. Maintenant le Saint Esprit travaille. C’est le travail, et non le repos, qui est l’ordre divin dans un monde tel que celui-ci. « Il reste donc un repos sabbatique pour le peuple de Dieu ».

Le Seigneur Jésus allait faisant du bien le jour du sabbat tout comme les autres jours, et lorsque enfin il eut achevé l’œuvre glorieuse de la rédemption, il passa le sabbat dans le tombeau et ressuscita le premier jour de la semaine, comme le premier-né d’entre les morts, la tête d’une nouvelle création dans laquelle tout est de Dieu, et où il ne saurait plus être question « de jours, de mois, de temps et d’années ». Si nous comprenons bien ce que signifient la mort et la résurrection, nous n’observerons plus les jours. La mort de Christ a mis fin à tout cet ordre de choses, et sa résurrection nous introduit dans une sphère entièrement différente, où nous avons le privilège de marcher à la lumière et dans la puissance de ces réalités éternelles qui sont nôtres en Christ, et en vivant contraste avec les observances superstitieuses d’une religiosité charnelle et mondaine.

Nous voici arrivés à un point fort intéressant de notre sujet, savoir, la différence qui existe entre le sabbat et « le jour du Seigneur, ou le premier jour de la semaine ». On confond souvent ces deux choses. Nous entendons fréquemment des personnes vraiment pieuses parler du « sabbat chrétien », expression qui ne se trouve nulle part dans toute la Bible. Or nous devons toujours chercher à nous exprimer d’une manière conforme à l’Écriture.

Nous sommes persuadés que l’ennemi de Dieu et de son Christ est beaucoup plus mêlé qu’on ne le croit aux formes et aux conventions de la chrétienté ; c’est là ce qui rend la chose si sérieuse. Le lecteur trouvera peut-être qu’il est ridicule de désapprouver l’expression de « sabbat chrétien », mais s’il examine la question à la lumière du Nouveau Testament, il verra qu’elle se développe d’une manière fort importante. On dit souvent que « le nom ne fait rien à la chose », mais dans le sujet qui nous occupe, le nom caractérise la chose.

Nous avons déjà remarqué que notre Seigneur passa le jour du sabbat dans le tombeau. Ce fait n’a-t-il pas une profonde signification ? Nous ne saurions en douter. Nous y lisons la mise de côté de l’ancien ordre de choses, et la complète impossibilité d’observer un sabbat dans un monde de péché et de mort. L’amour ne pouvait se reposer dans un monde tel que celui-ci ; il ne pouvait que travailler et mourir. C’est ce que nous lisons sur la tombe où le Seigneur du sabbat fut déposé.

Mais, dira-t-on, le premier jour de la semaine n’est-il pas le sabbat nouveau, le sabbat chrétien ? Il n’est jamais appelé ainsi dans le Nouveau Testament. Si nous étudions les Actes des Apôtres, nous verrons que ces deux jours sont mentionnés d’une manière tout à fait distincte. Le jour du sabbat, nous voyons les Juifs assemblés dans leurs synagogues pour la lecture de la loi et des prophètes. Le premier jour de la semaine, nous voyons les chrétiens assemblés pour rompre le pain. Ces deux jours étaient aussi distincts que le judaïsme et le christianisme, et rien, absolument rien, ne pourrait faire supposer que le sabbat se soit jamais confondu avec le premier jour de la semaine. Où nous est-il dit que le sabbat ait été transporté, du septième jour au huitième, ou au premier jour de la semaine ? Nulle part, assurément.

Qu’on se souvienne aussi que le sabbat n’est pas seulement un septième jour, mais le septième jour. Quelques-uns croient que, pourvu qu’une septième partie du temps soit donnée au repos et aux devoirs publics de la religion, cela suffit, et que peu importe le nom dont on l’appelle. Il en résulte que différentes nations et divers systèmes religieux ont leur jour du sabbat. Mais cela ne saurait suffire aux âmes qui désirent s’en tenir uniquement à l’Écriture. Le repos d’Éden était le septième jour. Le repos pour Israël était le septième jour. Mais le huitième attire nos pensées vers l’éternité, et, dans le Nouveau Testament, il est appelé « le premier jour de la semaine », comme marquant le commencement de ce nouvel ordre de choses, dont la croix est la base impérissable, et un Christ ressuscité la Tête glorieuse et le centre. Or, appeler ce jour-là le « sabbat chrétien », c’est simplement confondre les choses terrestres et les célestes. C’est faire descendre le chrétien de sa haute position, en tant qu’uni à une Tête glorifiée dans les cieux, et l’occuper d’ordonnances charnelles imposées jusqu’au temps de l’Évangile ; d’observances de jours, de mois, de temps et d’années, comme l’apôtre le reprochait aux assemblées de la Galatie.

Bref, plus nous réfléchissons à cette expression « sabbat chrétien », plus nous sommes convaincus qu’elle tend, ainsi que beaucoup d’autres termes usuels dans la chrétienté, à dérober au chrétien ces grandes vérités qui distinguent l’Église de Dieu de tout ce qui l’a précédée et de tout ce qui suivra. L’Église, bien que sur la terre, n’est pas de ce monde, tout comme Christ n’est pas de ce monde. Elle est céleste dans son origine, son caractère, ses principes, sa marche et ses espérances. Elle est placée entre la croix et la gloire. Les limites de son existence sur la terre sont le jour de la Pentecôte, lorsque le Saint Esprit descendit pour la former, et la venue de Christ pour la prendre auprès de Lui.

Rien ne saurait être plus clair. C’est donc fausser la position du chrétien tout entière, que de vouloir forcer l’Église de Dieu à observer, soit légalement, soit superstitieusement, « les jours, les mois, les temps et les années » ; c’est attaquer la révélation divine, et priver le chrétien de la place qui lui appartient, par la grâce infinie de Dieu et par la rédemption accomplie par Christ.

Si le lecteur trouve que nous allons trop loin dans nos assertions, qu’il médite le passage suivant de l’épître de Paul aux Colossiens : « Comme donc vous avez reçu le Christ Jésus, le Seigneur, marchez en lui, enracinés et édifiés en lui, et affermis dans la foi, selon que vous avez été enseignés, abondant en elle avec des actions de grâces. Prenez garde que personne ne fasse de vous sa proie par la philosophie et par de vaines déceptions », — remarquez cette association peu flatteuse pour la philosophie ! — « selon l’enseignement des hommes, selon les éléments du monde, et non selon Christ ; car en lui habite toute la plénitude de la déité corporellement ; et vous êtes accomplis en lui, qui est le chef de toute principauté et autorité ». — Que nous faut-il de plus ? — « En qui aussi vous avez été circoncis d’une circoncision qui n’a pas été faite de main, dans le dépouillement du corps de la chair par la circoncision du Christ, étant ensevelis avec lui dans le baptême, dans lequel aussi vous avez été ressuscités ensemble par la foi en l’opération de Dieu qui l’a ressuscité d’entre les morts. Et vous, lorsque vous étiez morts dans vos fautes et dans l’incirconcision de votre chair, il vous a vivifiés ensemble avec lui, nous ayant pardonné toutes nos fautes, ayant effacé l’obligation qui était contre nous, laquelle consistait en ordonnances et qui nous était contraire, et il l’a ôtée en la clouant à la croix ayant dépouillé les principautés et les autorités, il les a produites en public, triomphant d’elles en la croix » (Col. 2:6-15).

Magnifique victoire remportée par Lui seul et pour nous ! Que reste-t-il encore ? « Que personne donc ne vous juge en ce qui concerne le manger ou le boire, ou à propos d’un jour de fête ou de nouvelle lune, ou de sabbats, qui sont une ombre des choses à venir ; mais le corps est du Christ ».

Que peut avoir à faire, au point de vue religieux, avec le manger, le boire, ou les jours de fête, un chrétien qui est complet et accepté en un Christ ressuscité et glorifié ? Que peuvent faire pour lui la philosophie, les traditions, ou la religion du monde ? Que sont les ombres pour celui qui a saisi, par la foi, la substance éternelle ? Rien absolument ; c’est pourquoi aussi l’apôtre continue : « Que personne ne vous frustre du prix du combat, faisant sa volonté propre dans l’humilité et dans le culte des anges, s’ingérant dans les choses qu’il n’a pas vues, enflé d’un vain orgueil par les pensées de sa chair, et ne tenant pas ferme le chef, duquel tout le corps, alimenté et bien uni ensemble par des jointures et des liens, croît de l’accroissement de Dieu. Si vous êtes morts avec Christ aux éléments du monde, pourquoi, comme si vous étiez encore en vie dans le monde, établissez-vous des ordonnances — ne prends pas, ne goûte pas, ne touche pas ! — (choses qui sont toutes destinées à périr par l’usage), selon les commandements et les enseignements des hommes (qui ont bien une apparence de sagesse en dévotion volontaire et en humilité, et en ce qu’elles n’épargnent pas le corps, ne lui rendant pas un certain honneur), pour la satisfaction de la chair ? » c’est-à-dire non pas en rendant au corps le degré d’honneur qui lui est dû en tant que vaisseau de Dieu, mais enflant la chair par un orgueil religieux alimenté par une vaine, creuse et prétendue sainteté (Col. 2:6-23).

Si l’on comprend bien l’esprit de ce merveilleux passage, on sera au clair, non seulement sur la question du sabbat, mais encore sur tout un système de choses qui y a rapport. Le chrétien, qui a bien saisi quelle est sa position, en a fini pour toujours avec toute question religieuse, au sujet du manger, du boire, des jours, des mois, des temps et des années. Il n’a rien à faire avec les saintes époques, ni avec les saints lieux. Il est mort avec Christ aux éléments du monde, et comme tel, il est délivré de toutes les ordonnances d’une religion traditionnelle. Il est du ciel, où il n’y a ni nouvelles lunes, ni jours de fête, ni sabbats. Il appartient à la nouvelle création, où toutes choses sont de Dieu, et, par conséquent, il ne saurait voir aucune force morale dans des mots tels que ceux-ci : « ne prends pas, ne goûte pas, ne touche pas ». Ils ne s’appliquent en aucune façon à lui. Il vit dans une atmosphère où les nuages, les vapeurs et les brouillards du monachisme et de l’ascétisme ne se voient jamais. Il a mis de côté toutes les formes inutiles d’un piétisme charnel et a reçu, en échange, les sûres réalités de la vie chrétienne. Son oreille a été ouverte pour entendre et son cœur pour comprendre la puissante exhortation de l’apôtre inspiré : « Si donc vous avez été ressuscités avec le Christ, cherchez les choses qui sont en haut, où le Christ est assis à la droite de Dieu pensez aux choses qui sont en haut, non pas à celles qui sont sur la terre ; car vous êtes morts, et votre vie est cachée avec le Christ en Dieu. Quand le Christ qui est votre vie, sera manifesté, alors vous aussi, vous serez manifestés avec lui en gloire » (Col. 3:1).

Nous avons ici le contraste frappant de quelques-unes des gloires du vrai christianisme avec les formes stériles et desséchantes d’une religiosité charnelle et mondaine. La vie chrétienne ne consiste point dans l’observation de certaines ordonnances, commandements ou traditions des hommes. Elle est une divine réalité. C’est Christ dans le cœur, et Christ reproduit dans la vie de chaque jour, par la puissance du Saint Esprit. C’est l’homme nouveau, formé d’après le modèle de Christ lui-même, et se révélant dans les moindres détails de notre conduite et de notre marche au milieu du monde, de nos familles, dans nos transactions avec nos semblables, dans nos manières, notre humeur, en un mot dans tout ce qui est nous-mêmes. Ce n’est point une affaire de profession ou de dogme, d’opinion ou de sentiment, mais une réalité vivante et incontestable. C’est la dépendance de Dieu établie dans le cœur, étendant sa domination bénie sur tout l’être moral, et répandant sa douce influence sur toute la sphère où nous sommes appelés à vivre. C’est le chrétien marchant sur les traces bénies de Celui qui allait de lieu en lieu, faisant du bien ; cherchant, selon son pouvoir, à se rendre utile ; ne vivant pas pour soi-même, mais pour les autres ; trouvant son plaisir à donner et à servir ; toujours prêt à soulager et à sympathiser avec les cœurs affligés ou découragés.

Tel est le christianisme. Oh ! combien il diffère de toutes les formes que revêtent le légalisme et la superstition ! Quel contraste avec l’ignorante observance des jours, des mois, des temps et des années, l’abstention des viandes, la défense de se marier, et tant d’autres erreurs ! Quelle différence d’avec la sentimentalité du mystique, la mélancolie de l’ascète et les austérités du moine ! Oui, le vrai christianisme du Nouveau Testament est entièrement différent de tout cela, comme aussi de la triste union d’une profession sans pratique, qui, possédant par l’intelligence de grandes vérités, ne s’en associe pas moins à une vie de mondanité et de satisfactions égoïstes. Le vrai christianisme produit ce qui est divin, céleste et spirituel, au milieu de tout ce qui est naturel, humain et terrestre. Puissent l’auteur et le lecteur de ces lignes avoir le saint désir de posséder ce christianisme moralement glorieux révélé dans les pages du Nouveau Testament.

Il n’est pas nécessaire, croyons-nous, d’en dire davantage sur la question du sabbat. Si le lecteur a bien saisi le sens des passages qui ont été cités, il verra sans peine quelle est la place que le sabbat occupe dans les dispensations de Dieu. Il comprendra qu’il se rapporte directement à Israël et à la terre, qu’il est un signe de l’alliance entre l’Éternel et son peuple terrestre, et une importante pierre de touche de leur état spirituel.

En outre, le lecteur verra qu’Israël n’observa jamais réellement le sabbat, n’en comprit jamais la signification, n’en apprécia jamais la valeur. C’est ce qui fut rendu évident dans la vie, le ministère et la mort de notre Seigneur Jésus Christ, lequel accomplit nombre de ses œuvres de miséricorde le jour du sabbat, et finalement passa cette journée dans le tombeau.

Le lecteur enfin comprendra quelle différence il y a entre le sabbat juif et le premier jour de la semaine ou le jour du Seigneur, lequel n’est pas une seule fois appelé sabbat dans le Nouveau Testament, mais est, au contraire, constamment mentionné distinctement. Ce n’est point le sabbat transformé et transféré à un autre jour, mais un jour entièrement nouveau, ayant sa propre identité et sa raison d’être, laissant le sabbat complètement de côté, comme une institution suspendue momentanément, pour être reprise par la suite, lorsque la postérité d’Abraham sera rentrée de nouveau dans la terre promise (voyez Ézé. 46:1, 12).

Nous ne pouvons quitter cet intéressant sujet, sans dire quelques mots de la place assignée dans le Nouveau Testament au jour du Seigneur, ou premier jour de la semaine. Bien qu’il ne soit pas le sabbat et qu’il n’ait rien à faire avec les fêtes, les nouvelles lunes, ou « les jours, les mois, les temps et les années », il a cependant une place qui lui est propre dans la chrétienté, comme le prouvent maints passages du Nouveau Testament.

Notre Seigneur est ressuscité d’entre les morts ce jour-là. Il a rencontré maintes et maintes fois ses disciples en ce jour. Les apôtres et les frères en Troade se réunissaient pour rompre le pain ce même jour (Actes 20:7). L’apôtre ordonne aux Corinthiens et à tous ceux qui, en tous lieux, invoquent le nom de notre Seigneur Jésus Christ, de déposer leurs offrandes ce jour-là. Le premier jour de la semaine était donc le jour spécial, où le peuple de Dieu devait se réunir pour prendre la cène du Seigneur ; le culte, la communion, et le ministère, se trouvant ainsi liés à cette précieuse institution. L’apôtre Jean nous dit aussi que ce fut en ce jour dominical qu’il fut en esprit et qu’il reçut la Révélation merveilleuse qui clôt le volume divin (Apocalypse. 1:10) (*).


(*) Quelques personnes croient que l’expression : « Jour dominical » devrait être rendue par : « le jour du Seigneur » ; elles pensent que l’apôtre était dans l’esprit de ce jour où notre Seigneur reprendra possession de sa puissance et de son royaume. Il y a deux graves objections à cette manière de voir. D’abord les mots rendus en Apoc. 1:10, par « le jour dominical », sont différents de ceux traduits en 1 Thes. 5:2 ; 2 Thes. 2:2 ; 2 Pierre 3. 10, par : « le jour du Seigneur ».

Il nous semble que cela devrait trancher la question, mais nous ferons remarquer, en outre, que la plus grande partie du livre de l’Apocalypse traite non « du jour du Seigneur », mais d’événements qui lui sont antérieurs.

Nous sommes donc convaincus que, dans ce passage, l’expression « jour du Seigneur », ou « dominical », signifie : « le premier jour de la semaine », fait important, puisqu’il nous prouve que ce jour-là a une place toute spéciale dans la parole de Dieu, place que tout chrétien spirituel lui donnera avec reconnaissance.


Nous avons donc des preuves évidentes que le jour du Seigneur ne doit pas être mis au même niveau que les jours ordinaires. Pour le vrai chrétien, ce n’est ni le sabbat juif, ni le dimanche des gentils, mais le jour du Seigneur, dans lequel ses rachetés se réunissent avec joie autour de sa table pour faire la fête par laquelle ils annoncent sa mort jusqu’à ce qu’il vienne.

Aucun légalisme, aucune superstition ne se rattachent au premier jour de la semaine. Le prétendre, serait renier toute la chaîne de vérités qui se lient à ce jour. Nous n’avons pas de commandements directs touchant l’observation de ce jour, mais les passages auxquels nous avons fait allusion suffiront à tout cœur spirituel ; et nous dirons, en outre, que les instincts de la nature divine pousseront tout vrai chrétien à honorer le jour du Seigneur, à l’aimer et à le mettre à part pour le culte et le service de Dieu. La seule pensée que quelqu’un, faisant profession d’aimer Christ, puisse s’occuper d’affaires ou voyager sans nécessité le jour du Seigneur répugne à tout cœur vraiment pieux. Nous croyons que c’est un saint privilège que de pouvoir se retirer, autant que possible, de toutes les distractions de la terre, pour consacrer les heures du jour du Seigneur à Lui-même et à son service.

On objectera, peut-être, que le chrétien doit consacrer chaque jour au Seigneur. Assurément ; nous Lui appartenons dans le sens le plus complet et le plus élevé. Tout ce que nous avons et tout ce que nous sommes lui appartient ; nous en convenons avec bonheur. Nous sommes appelés à faire tout en son nom et pour sa gloire. C’est notre privilège d’acheter, de vendre, de manger, de boire, en un mot de tout faire comme étant devant ses yeux, dans la crainte et l’amour de son saint Nom. Nous ne devrions jamais, quelque jour de la semaine que ce soit, mettre la main à une chose quelconque sur laquelle nous ne pouvons pas, en toute confiance, demander la bénédiction du Seigneur.

Tout cela est pleinement reconnu par tout vrai chrétien ; mais, en même temps, il nous semble impossible qu’on lise le Nouveau Testament sans voir que le jour du Seigneur y occupe une place unique ; qu’il est marqué pour nous, de la manière la plus distincte ; qu’il a une signification et une importance que ne peut s’approprier aucun autre jour de la semaine. Nous en sommes si convaincus, que lors même que les lois de divers pays n’ordonneraient point que le jour du Seigneur soit observé, nous considérerions comme un devoir sacré et comme un saint privilège de nous abstenir alors de toute transaction commerciale quelconque.

Grâces à Dieu, les lois de plusieurs contrées veulent que le jour du Seigneur soit observé. C’est là une bénédiction signalée pour tous ceux qui aiment ce jour par amour pour le Seigneur. Nous reconnaissons sa grande bonté en arrachant ce jour à l’étreinte envahissante du monde pour le donner à son peuple et à ses serviteurs, afin qu’ils le consacrent à son culte et à son service.

Quelle faveur que d’avoir le jour du Seigneur avec son oubli profond des choses de la terre. Que ferions-nous sans lui ? Quelle interruption bénie au travail de la semaine. Que ses exercices sont rafraîchissants pour l’âme. Qu’il est précieux de se réunir autour de la table du Seigneur pour se souvenir de Lui, pour annoncer sa mort, et célébrer ses louanges. Qu’ils sont doux les devoirs divers du jour du Seigneur, que ce soient ceux de l’évangéliste, du pasteur, du docteur, de celui qui enseigne à l’école du dimanche, ou de celui qui distribue des traités. Quel langage humain pourra exprimer la valeur et l’intérêt de toutes ces choses ? Il est vrai que le jour du Seigneur n’est rien moins qu’un jour de repos pour ses serviteurs ; ils sont souvent plus fatigués ce jour-là que tout autre de la semaine ; mais, c’est une fatigue qui recevra sa belle récompense dans le repos qui reste pour le peuple de Dieu.

Encore une fois, cher lecteur chrétien, élevons nos cœurs avec reconnaissance à Dieu, pour le précieux privilège du jour du Seigneur. Puisse-t-il le continuer à son Église jusqu’à ce qu’il vienne ! Puisse-t-il anéantir, par sa toute-puissance, tous les efforts des incrédules et des athées pour renverser les barrières que les ordonnances ont élevées autour du jour du Seigneur ! Ce serait réellement un triste jour que celui où ces barrières seraient renversées.

Quelques personnes diront peut-être que le sabbat est aboli et, par conséquent, qu’il ne nous lie plus. Un grand nombre de chrétiens de profession ont pris cette raison pour demander, en Angleterre, que les lieux publics de récréation fussent ouverts le dimanche. Hélas ! il est facile de voir ce que l’on recherche et à quoi l’on voudrait en venir. On voudrait mettre de côté la loi, afin d’avoir toute liberté pour les plaisirs mondains. On ne comprend pas que le seul moyen d’être délivré de la loi, c’est d’être mort à la loi, et si nous sommes morts à la loi, nous sommes aussi nécessairement morts au péché et au monde.

C’est là toute la différence. Béni soit Dieu, le chrétien est affranchi de la loi, mais s’il en est ainsi, ce n’est point pour qu’il s’amuse et prenne ses aises le jour du Seigneur ou tel autre jour, mais afin qu’il vive pour Dieu. « Car moi, par la loi, je suis mort à la loi, afin que je vive à Dieu » (Gal. 2:19). Voilà le terrain chrétien ; il ne peut être occupé que par ceux qui sont vraiment nés de Dieu. Le monde ne saurait le comprendre, non plus que les saints privilèges et exercices spirituels du jour du Seigneur.

Tout cela est vrai, mais en même temps nous sommes persuadés que si l’Angleterre enlevait les barrières qui entourent le jour du Seigneur, on verrait alors combien elle a abandonné cette profession de religion qui l’a si longtemps caractérisée comme nation, et avec quelle rapidité elle s’avance du côté de l’incrédulité et de l’athéisme. Nous ne devons pas perdre de vue le fait sérieux que l’Angleterre s’est donnée pour être une nation chrétienne, faisant profession d’être gouvernée par la parole de Dieu. Elle est, par conséquent, beaucoup plus responsable que les nations qui sont enveloppées dans les ténèbres du paganisme. Nous croyons que les nations, tout comme les individus, auront à répondre de la profession qu’elles auront faite, et que, par conséquent, les nations qui s’appellent chrétiennes seront jugées, non seulement par la lumière de la création ou par la loi de Moïse, mais par la pleine et brillante lumière de ce christianisme qu’elles professent, oui, par toute la vérité contenue dans le précieux volume qu’elles possèdent et dont elles font leur gloire. Les païens seront jugés sur le terrain de la création ; les Juifs sur celui de la loi, les chrétiens de nom sur le terrain de la vérité du christianisme.

Ce fait si sérieux rend la position de toutes les nations professantes, excessivement grave. Dieu les traitera, sans aucun doute, suivant la profession qu’elles auront faite. Il ne sert à rien de dire qu’elles ne comprennent pas ce qu’elles professent, car pourquoi professer ce qu’on ne comprend ni ne croit ? Le fait est qu’elles font profession de comprendre et de croire ; or c’est d’après ce fait qu’elles seront jugées. Elles se font gloire de cette phrase familière : « La Bible, et la Bible seule est la religion des protestants ».

S’il en est ainsi, combien solennelle est la pensée que l’Angleterre sera jugée d’après la Bible Quel sera son jugement ? quelle sera sa fin ? Que tous ceux que cela concerne y réfléchissent sérieusement.


Nous quitterons maintenant le sujet du sabbat et du jour du Seigneur, pour terminer cette partie de notre étude, en recommandant à nos lecteurs de lire attentivement les versets 22 à 23, fin de notre chapitre 5.

Après avoir présenté au peuple les dix commandements, Moïse leur rappelle les circonstances solennelles qui avaient accompagné la promulgation de la loi, de même que ce qu’ils avaient éprouvé et exprimé en cette occasion.

Le grand principe du livre du Deutéronome brille ici dans tout son éclat. Il est exprimé par ces touchantes paroles qui sont comme le noyau du passage que nous venons de citer : « Oh ! s’ils avaient toujours ce cœur-là pour me craindre et pour garder tous mes commandements, afin de prospérer, eux et leurs fils, à toujours ! » (v. 29).

Précieuses paroles ! Elles nous révèlent, d’une manière bénie, le secret de cette vie que, en tant que chrétiens, nous sommes appelés à vivre jour après jour, de cette vie d’obéissance simple et implicite, provenant d’un cœur qui craint le Seigneur, non dans un esprit servile, mais avec cet amour vrai, respectueux, que le Saint Esprit répand dans nos cœurs. C’est là ce qui réjouit notre Père. Il nous dit : « Mon fils, donne-moi ton cœur ». Quand le cœur est donné, tout vient ensuite, sans peine. Un cœur qui aime Dieu, trouve sa plus grande joie à obéir à tous ses commandements, et rien n’a de valeur pour Dieu que ce qui découle d’un cœur dévoué. C’est du cœur que procèdent les sources de la vie ; lors donc qu’il est gouverné par l’amour de Dieu, il éprouve le besoin et le désir d’obéir à tous ses commandements. Nous aimons ses commandements, parce que nous l’aimons, Lui. Chacune de ses paroles est précieuse au cœur qui l’aime. Chaque précepte, chaque statut, chaque ordonnance, en un mot sa loi tout entière, sont chéris, respectés et obéis, parce que son Nom et son autorité s’y rattachent.

Le lecteur trouvera au Psaume 119 l’illustration du sujet qui nous occupe, et l’exemple d’une âme qui est à l’unisson avec ces paroles : « Oh ! S’ils avaient toujours ce cœur-là pour me craindre et pour garder tous mes commandements ! » Ce sont les touchantes aspirations d’un cœur, qui trouvait ses constantes et profondes délices en la loi de Dieu. Il y a, dans ce Psaume admirable, non moins de cent soixante et dix allusions à cette précieuse loi ; semblables à des perles, elles enrichissent chacun de ces versets.

Sûrement, cela réjouit le cœur et restaure l’âme d’avoir sous les yeux des paroles telles que celles de ce Psaume, et dont plusieurs furent prononcées par notre Seigneur lui-même, dans les jours de sa chair. Il vivait de la Parole. Elle était la nourriture de son âme, l’instrument de son ministère, son autorité en toutes choses. C’est par elle qu’il était victorieux de Satan, qu’il réduisait au silence les sadducéens, les pharisiens et les hérodiens. C’est par la Parole qu’il enseignait ses disciples, et c’est à elle qu’il recommanda ses serviteurs au moment de monter au ciel.

Quelle place cela donne à l’Écriture Sainte, lorsque nous nous souvenons que le précieux volume inspiré est sous-entendu dans chacune des sentences de cet admirable Psaume ! Le Seigneur en appelle en toute occasion à la Parole, comme à une autorité divine et irrévocable. Quoiqu’il fût lui-même Dieu et l’Auteur du volume, cependant, ayant pris sa place comme homme sur la terre, il démontre constamment que c’est le devoir absolu et le privilège sacré de l’homme de vivre de la parole de Dieu, et de se soumettre à son autorité divine.

N’y a-t-il pas là une réponse bien claire à cette question si souvent faite par l’incrédulité : « Comment saurons-nous que la Bible est la parole de Dieu ? » Si nous croyons réellement en Christ, si nous le reconnaissons comme Fils de Dieu, Dieu manifesté en chair, vrai Dieu et vrai homme, nous ne pouvons ne pas admettre la force morale du fait que cette Personne divine en appelle constamment aux Écritures, — Moïse, les prophètes et les Psaumes, — comme à une loi divine. Ne savait-il pas que c’était la parole de Dieu ? En tant que Dieu, il l’avait dictée ; en tant qu’homme, il la recevait, il en vivait et en reconnaissait l’autorité supérieure en toutes choses.

Quelle leçon et quel reproche pour l’église professante et pour tous ces docteurs et écrivains soi-disant chrétiens, qui ont eu l’audace d’attaquer la grande vérité fondamentale de l’inspiration des Écritures en général, et celle des cinq livres de Moïse en particulier ! Qu’il est terrible d’entendre des hommes qui enseignent dans l’Église de Dieu, oser appeler apocryphes les pages que notre Seigneur et Maître recevait et reconnaissait comme étant divines !

Et pourtant on voudrait nous faire croire que tout va progressant ! Les absurdités dégradantes du ritualisme et les raisonnements blasphématoires de l’incrédulité se multiplient rapidement autour de nous. Là même où ces influences ne dominent pas directement, on ne voit que froide indifférence, amour de ses aises, égoïsme, mondanité, tout en un mot, sauf les preuves d’un progrès spirituel. Si les masses ne sont pas entraînées par l’incrédulité d’un côté, ou par le ritualisme de l’autre, c’est en grande partie parce qu’elles sont trop occupées de leurs plaisirs et de leurs gains pour penser à autre chose. Quant à la religion du jour, si vous en retranchez l’argent et la musique, il ne vous restera pas grand-chose.

L’observation et l’expérience montrent donc avec évidence que les choses sont loin de progresser ; les preuves du contraire sont en si grand nombre, que croire encore à cette théorie est le fait d’une étonnante crédulité.

Quelques-uns diront peut-être que nous ne devons pas juger d’après ce que nous voyons ; qu’il faut toujours espérer. Cela est vrai, pourvu que notre espoir soit fondé sur une parole divine. Si l’on peut nous montrer une seule ligne de l’Écriture qui prouve que le système actuel sera marqué par une amélioration générale dans la religion, la politique, la morale ou la société, alors espérons, même contre espérance. Une seule parole inspirée est suffisante pour former la base d’une espérance qui élèvera le cœur au-dessus des circonstances les plus sombres et les plus décourageantes.

Mais où trouverons-nous cette parole ? Nulle part. Le témoignage de la Bible, du commencement à la fin, l’enseignement constant de la Sainte Écriture, la voix des prophètes et des apôtres, tous à l’unisson s’accordent à prouver que l’état actuel des choses empirera rapidement jusqu’à ce que les brillants rayons de la gloire millénaire viennent réjouir la terre oppressée. Il faut, avant cela, que l’épée du jugement accomplisse son œuvre terrible. Si nous voulions citer les passages à l’appui de cette assertion, nous remplirions un volume, car ils forment une large portion des écrits prophétiques de l’Ancien et du Nouveau Testament.

C’est ce que nous n’essaierons pas de faire. Le lecteur a sa Bible devant lui ; qu’il l’étudie, en mettant de côté toutes ses idées préconçues selon les enseignements généralement admis dans la chrétienté, ainsi que la phraséologie du monde religieux, avec tous les dogmes des écoles de théologie ; s’il vient avec la simplicité d’un petit enfant à la pure source de la Sainte Écriture, le résultat de ses recherches sera une conviction claire et certaine que le monde ne se convertira point par les moyens employés jusqu’ici ; enfin que ce ne sera pas l’Évangile de paix, mais la verge de la destruction qui préparera la terre pour la gloire millénaire.

Qu’on ne pense pas, néanmoins, que nous désapprouvons le bien qui se fait. Au contraire, nous en bénissons Dieu, et nous nous réjouissons du moindre effort tenté pour répandre le précieux Évangile de la grâce de Dieu ; nous rendons grâces pour chaque âme amenée dans le cercle béni du salut de Dieu. Nous sommes heureux à la pensée que quatre-vingt-cinq millions de Bibles sont répandues sur la terre. Qui pourrait calculer les effets qu’elles peuvent produire, ou même celui d’un seul exemplaire ? Nous accompagnons de nos meilleurs vœux tous les pieux missionnaires qui portent la bonne nouvelle du salut dans les ruelles de Londres, ou jusqu’aux confins les plus éloignés de la terre.

Cependant nous ne sommes pas de ceux qui croient à la conversion du monde par les moyens employés maintenant. L’Écriture nous dit que ce sera lorsque les jugements de Dieu seront sur la terre, que les peuples apprendront la justice.

Ce seul texte inspiré devrait suffire pour prouver que ce n’est point par l’Évangile que le monde doit être converti ; des centaines d’autres tiennent le même langage et enseignent la même vérité. Ce n’est point par la grâce, mais par le jugement, que les habitants de la terre apprendront la justice (Ésaïe 26:8, 9).

Quel est donc le but de l’Évangile ? S’il ne doit pas convertir le monde, pourquoi donc le prêche-t-on ? L’apôtre Jacques, dans son discours au concile assemblé à Jérusalem, répond d’une manière directe à cette question. Il dit : « Siméon a raconté comment Dieu a premièrement visité les nations ». — Dans quel but ? Était-ce pour les convertir toutes ? Bien au contraire : « Pour en tirer un peuple pour son nom » (Actes 15:13). Rien ne saurait être plus clair. Ces paroles nous montrent quel devrait être le but de tous les efforts missionnaires, savoir : « de tirer (d’entre les nations) un peuple pour Son nom ».

Combien n’est-il pas important de se souvenir de cela, et d’avoir toujours un but utile et réel devant nous en tout ce que nous entreprenons. À quoi sert de travailler pour un faux but ? Ne vaut-il pas bien mieux agir d’accord avec Dieu ? Les efforts du missionnaire seront-ils arrêtés ou même ralentis, parce qu’il sait quelles sont les pensées de Dieu à l’égard de son œuvre ? Assurément non. Supposons deux missionnaires partant pour quelque mission lointaine. L’un a pour but la conversion du monde ; l’autre celui d’en tirer un peuple pour Dieu. Ce dernier sera-t-il, à cause de son but, moins dévoué, moins énergique, moins enthousiaste que le premier ? Bien au contraire ; le fait même qu’il est dans le courant des pensées de Dieu, donnera de la puissance et de la stabilité à ses efforts, et fortifiera son cœur au milieu des difficultés et des obstacles qui l’entourent.

Il est parfaitement évident que les apôtres de notre Seigneur et Sauveur Jésus Christ n’avaient pas en vue la conversion du monde, lorsqu’ils partirent pour leur œuvre d’évangélisation : « Allez dans tout le monde, et prêchez l’Évangile à toute la création. Celui qui aura cru, et qui aura été baptisé, sera sauvé ; et celui qui n’aura pas cru, sera condamné » (Marc 16:15, 16).

Ces paroles s’adressaient aux douze. Le monde devait être leur sphère d’activité. Leur message s’adressait à toute la création, mais son application n’était que pour ceux qui avaient cru. C’était avant tout une affaire individuelle. La conversion du monde ne devait point être leur but ; elle sera opérée par des moyens entièrement différents, après que l’œuvre actuelle de Dieu par l’Évangile aura eu pour résultat le rassemblement d’un peuple pour le ciel. Le Saint Esprit descendit du ciel le jour de la Pentecôte, non pas pour convertir le monde, mais pour le « convaincre » (éléghxo), c’est-à-dire le convaincre du péché d’avoir rejeté le Fils de Dieu (*). L’effet de sa présence était de montrer que le monde était coupable ; le grand but de sa mission était de former un corps composé de croyants tirés d’entre les Juifs et les gentils. Or, c’est de ceci qu’il s’occupe depuis plus de dix-huit cents ans. Tel est le « mystère » dont l’apôtre Paul fut fait ministre, et qu’il explique et développe d’une manière si bénie dans son épître aux Éphésiens. Si l’on comprend bien la vérité exposée dans cette épître, il est impossible de ne pas voir que la conversion du monde et la formation du corps de Christ sont deux choses totalement différentes, qui ne sauraient marcher de front.


(*) Appliquer le passage de Jean 16:8-11, à l’œuvre de l’Esprit dans les individus, est une grave erreur, à nos yeux. Il fait allusion à l’effet de sa présence et de toute son action sur la terre, par rapport au monde en général. Son œuvre dans l’âme est une précieuse vérité ; mais ce n’est point cette vérité qui est enseignée dans ce passage.


Le lecteur verra par des passages tels que Éph. 3:1-10 ; Col. 1:23-29 et par d’autres encore, quel était le but spécial du ministère de Paul. Il n’avait assurément pas en vue la conversion du monde. Il est vrai qu’il prêchait l’Évangile dans toute sa puissance, soit « depuis Jérusalem, et tout alentour, jusqu’en Illyrie » (Rom. 15:19), soit « parmi les nations » (Éph. 3:8) ; mais ce n’était point dans le but de convertir le monde. Il savait et enseignait que le monde mûrissait rapidement pour le jugement, que « les hommes méchants et les imposteurs iraient de mal en pis » (2 Tim. 3:13), que « aux derniers temps quelques-uns apostasieraient de la foi, s’attachant à des esprits séducteurs et à des enseignements de démons, disant des mensonges par hypocrisie, ayant leur propre conscience cautérisée, défendant de se marier, prescrivant de s’abstenir des viandes que Dieu a créées pour être prises avec actions de grâces par les fidèles et par ceux qui connaissent la vérité » (1 Tim. 4:1-3).

Plus loin il dit que « dans les derniers jours » — plus tard encore que « les derniers temps » — « il surviendra des temps fâcheux » (ou difficiles), « car les hommes seront égoïstes, avares, vantards, hautains, outrageux, désobéissants à leurs parents, ingrats, sans piété, sans affection naturelle, implacables, calomniateurs, incontinents, cruels, n’aimant pas le bien, traîtres, téméraires, enflés d’orgueil, amis des voluptés, plutôt qu’amis de Dieu, ayant la forme de la piété, mais en ayant renié la puissance » (comparez 1 Tim. 4:1-3, avec 2 Tim. 3:1-5).


Ce tableau nous reporte à la fin du premier chapitre de l’épître aux Romains, où la même plume inspirée nous dépeint les mœurs du paganisme, mais avec cette différence terrible, que, dans la seconde épître à Timothée, il ne s’agit plus du paganisme, mais de la chrétienté qui a « une forme de piété ».

Telle sera la fin de l’état de choses actuel ! Serait-ce là le monde converti, dont on parle tant ? Hélas ! il s’élève de tous côtés des faux prophètes. On crie paix, paix ! quand il n’y a point de paix. On essaie de raffermir les murs croulants de la chrétienté avec un mortier sans consistance.

Tout cela n’empêchera point le jugement qui est à la porte. L’église professante a honteusement failli ; elle s’est éloignée de la parole de Dieu et s’est rebellée contre l’autorité de son Seigneur. Il n’y a pas le moindre rayon d’espoir pour elle. De toutes les pages de l’histoire de la création de Dieu, c’est elle qui présente le plus sombre tableau.

Le même apôtre que nous avons déjà si souvent cité, nous dit que « le mystère d’iniquité opère déjà », par conséquent, il opère maintenant depuis plus de dix-huit siècles. « Seulement celui qui retient maintenant, le fera jusqu’à ce qu’il soit loin. Et alors sera révélé l’inique, que le Seigneur Jésus consumera par… l’apparition de sa venue ; duquel la venue est selon l’opération de Satan en toute sorte de miracles et signes et prodiges de mensonge, et en toute séduction d’injustice pour ceux qui périssent, parce qu’ils n’ont pas reçu l’amour de la vérité pour être sauvés. Et à cause de cela, Dieu leur envoie une énergie d’erreur pour qu’ils croient au mensonge, afin que tous ceux-là soient jugés qui n’ont pas cru la vérité, mais qui ont pris plaisir à l’injustice » (2 Thes. 2:7-12).

Qu’il est terrible le sort de la chrétienté, en dépit des rêves de ces faux prophètes, qui parlent aux âmes du « beau côté des choses ». Grâce à Dieu, il y a un beau côté pour tous ceux qui appartiennent à Christ. L’apôtre peut s’adresser à ceux-là avec des paroles joyeuses et encourageantes : « Mais nous, nous devons toujours rendre grâces à Dieu pour vous, frères aimés du Seigneur, de ce que Dieu vous a choisis dès le commencement pour le salut, dans la sainteté de l’Esprit et la foi de la vérité, à quoi il vous a appelés par notre Évangile pour que vous obteniez la gloire de notre Seigneur Jésus Christ » (2 Thes. 2:13, 14).

Voilà quelle est la vraie espérance de l’Église de Dieu, espérance qu’il voudrait toujours voir luire dans les cœurs de ses bien-aimés enfants avec une puissance purifiante et sanctifiante.

Satan a ravi à l’Église son espérance divine, et lui a donné à la place une illusion, un mensonge. Au lieu d’attendre « l’Étoile brillante du matin », il l’a conduite à espérer la conversion du monde — un millénium sans Christ. Il a réussi à jeter sur l’avenir un voile tel, que l’Église a complètement perdu sa route. Elle ne sait plus où elle en est. Semblable à un vaisseau ballotté sur l’océan en tourmente, n’ayant ni gouvernail, ni boussole, n’apercevant ni soleil, ni étoiles. Tout est ténèbres et confusion !

D’où cela vient-il ? De ce que l’Église a perdu de vue les précieuses promesses de son Seigneur, et accepté à la place ces croyances et ces traditions humaines qui embrouillent et mutilent la vérité de Dieu, au point que les chrétiens ne savent plus quelle est leur vraie position ni leur espérance.

Et cependant, ils ont la Bible entre les mains. Cela est vrai, mais les Juifs l’avaient aussi, et néanmoins ils rejetèrent Celui qui est le grand sujet de la Bible, du commencement à la fin. C’était là l’inconséquence morale que notre Seigneur leur reprochait au chap. 5 de Jean, vers. 39 : « Sondez les Écritures, car vous, vous estimez avoir en elles la vie éternelle, et ce sont elles qui rendent témoignage de moi — et vous ne voulez pas venir à moi pour avoir la vie ».

Et pourquoi cela ? Simplement parce que leurs cœurs étaient aveuglés par des préjugés religieux. Ils étaient sous l’influence de doctrines et de commandements d’hommes. Par conséquent, bien qu’ils eussent les Écritures et s’en vantassent, ils en étaient aussi ignorants et se laissaient aussi peu diriger par elles, que les pauvres païens qui les entouraient. Une chose est d’avoir la Bible entre nos mains, dans nos demeures et dans nos assemblées, et autre chose d’avoir les vérités de la Bible agissant dans nos cœurs et nos consciences, et se montrant dans nos vies.

Prenons pour exemple le sujet qui vient de nous entraîner dans cette longue digression. Y a-t-il, dans le Nouveau Testament, rien de plus clairement démontré que ceci, savoir que la fin de l’état de choses actuel sera une terrible apostasie et une révolte complète contre Dieu et contre l’Agneau ? Les évangiles, les épîtres, l’Apocalypse, s’accordent à proclamer cette si solennelle vérité avec tant de clarté et de simplicité qu’un nouveau-né en Christ peut la saisir.

Et cependant, combien peu la reçoivent. La grande majorité croit exactement le contraire. On s’imagine que toutes les nations seront converties par le concours des divers moyens à l’œuvre actuellement. Mais alors, comment interprète-t-on les paraboles de notre Seigneur en Matt. 13, l’ivraie, le levain et le grain de moutarde ? Comment s’accordent-elles avec l’idée d’un monde converti ? Si le monde entier doit être converti par la prédication de l’Évangile, comment l’ivraie sera-t-elle trouvée dans le champ à la fin ? Comment y aura-t-il autant de vierges folles que de sages, lorsque l’Époux arrivera ? Si le monde entier doit être converti par l’Évangile, sur qui donc « le jour du Seigneur viendra-t-il comme un larron dans la nuit ? » Et que signifient ces terribles paroles : « Quand ils diront : paix et sûreté, une subite destruction viendra sur eux, comme les douleurs sur celle qui est enceinte, et ils n’échapperont point » (1 Thess. 5:3) ? Quelle serait l’application, quelle serait la force morale du chap. 1 de l’Apocalypse, si l’on espère la conversion du monde ? « Voici, il vient avec les nuées, et tout œil le verra, et ceux qui l’ont percé ; et toutes les tribus de la terre se lamenteront à cause de lui ». Où trouverait-on toutes ces tribus malheureuses, si la terre entière avait été convertie ?

Lecteur, n’est-il pas clair comme le jour, que les deux choses ne peuvent aller ensemble ? N’est-il pas évident que la théorie d’un monde converti par l’Évangile est diamétralement opposée à l’enseignement du Nouveau Testament tout entier ? Comment se fait-il donc que la grande majorité des chrétiens professants persistent à y croire ? Il n’y a qu’une réponse : c’est qu’ils ne se soumettent pas à l’autorité de l’Écriture. Cela est fort triste à dire ; mais, hélas ! ce n’est que trop vrai. La Bible est lue dans la chrétienté, mais loin de croire aux vérités de la Bible, on les repousse obstinément, malgré l’axiome si fréquemment répété : « La Bible, et la Bible seule est la religion des protestants ».

Là se trouve la cause réelle de toute la confusion, de toutes les erreurs, de tout le mal au milieu de nous. Nous nous sommes détournés de la parole du Seigneur et de Lui-même. Aussi longtemps que cela ne sera pas reconnu, senti et confessé, nous ne pourrons marcher droit. Le Seigneur exige et recherche une vraie repentance, une réelle contrition de cœur : « Je regarderai à l’affligé, et à celui qui a l’esprit contrit, et qui tremble à ma parole » (Ésa. 66:2).

Cela est vrai en tout temps. Il n’y a pas de bornes à la bénédiction pour l’âme qui se trouve dans cette attitude bénie. Dieu veut des réalités. Il ne s’agit pas de dire, qu’on est « affligé et contrit », il faut l’être. C’est une chose individuelle. « Je regarderai à celui ».

Oh ! veuille le Seigneur, dans sa grâce infinie, amener chacun d’entre nous, à un vrai jugement de lui-même, à la lumière de sa Parole ! Puissent nos oreilles être ouvertes pour entendre sa voix ! Puissent nos cœurs se tourner en réalité vers Lui et vers sa Parole ! Puissions-nous, une fois pour toutes, nous détourner fermement de tout ce qui ne s’appuie pas sur l’Écriture ! C’est, nous n’en saurions douter, ce que notre Seigneur attend de ceux qui lui appartiennent au milieu des ruines de la chrétienté.


8 - Chapitre 6

« Et ce sont ici les commandements, les statuts, et les ordonnances que l’Éternel, votre Dieu, a commandé de vous enseigner, afin que vous les pratiquiez dans le pays dans lequel vous passez pour le posséder ; afin que tu craignes l’Éternel, ton Dieu, pour garder, tous les jours de ta vie, toi, et ton fils, et le fils de ton fils, tous ses statuts et ses commandements que je te commande, et afin que tes jours soient prolongés. Et tu écouteras, Israël ! et tu prendras garde à les pratiquer, afin que tu prospères, et que vous multipliiez beaucoup dans un pays ruisselant de lait et de miel, comme l’Éternel, le Dieu de tes pères, te l’a dit. Écoute, Israël : L’Éternel, notre Dieu, est un seul Éternel » (chap. 6:1-4).

Ici nous est présentée cette grande vérité cardinale, que la nation d’Israël était spécialement responsable de retenir et de confesser, savoir l’unité de la divinité, vérité formant la base même de l’économie judaïque, le centre autour duquel le peuple devait se rallier. Aussi longtemps qu’ils la maintenaient, il y avait pour Israël, bonheur, prospérité et fertilité ; mais cette vérité une fois abandonnée, tout disparaissait. C’était, pour ainsi dire, le grand rempart national qui les séparait de tous les autres peuples de la terre ; ils étaient appelés à confesser cette glorieuse vérité à la face d’un monde idolâtre, et de ses plusieurs dieux et plusieurs seigneurs (voyez 1 Cor. 8:5).

Leur père Abraham avait été appelé hors du centre de l’idolâtrie païenne, pour devenir le témoin du seul Dieu vivant et vrai, se confier en Lui, marcher avec Lui, s’appuyer sur Lui, et Lui obéir.

Le lecteur trouvera dans le dernier chapitre de Josué, une expression très frappante de l’importance que l’Éternel attache à ce fait, lorsqu’il s’adresse pour la dernière fois au peuple : « Josué assembla toutes les tribus d’Israël à Sichem, et il appela les anciens d’Israël, et ses chefs, et ses juges, et ses magistrats ; et ils se tinrent devant Dieu. Et Josué dit à tout le peuple : Ainsi dit l’Éternel, le Dieu d’Israël : Vos pères, Térakh, père d’Abraham et père de Nakhor, ont habité anciennement au-delà du fleuve, et ils ont servi d’autres dieux ; et je pris votre père Abraham d’au-delà du fleuve, et je le fis aller par tout le pays de Canaan, et je multipliai sa semence : je lui donnai Isaac » (Josué 24:1-3).

Ici Josué rappelle au peuple que leurs pères ont servi d’autres dieux — fait très solennel et dont le souvenir leur aurait rappelé le profond besoin qu’ils avaient de veiller sur eux-mêmes, de peur d’être entraînés de nouveau dans l’idolâtrie, hors de laquelle Dieu, dans sa grâce souveraine, avait élu et appelé leur père Abraham. C’eût été sagesse de leur part de considérer que, même ce mal dans lequel leurs pères avaient vécu autrefois, était justement celui dont ils se rendraient coupables eux-mêmes.

Après avoir présenté ce fait au peuple, Josué retrace avec une force remarquable tous les principaux événements de leur histoire, depuis la naissance de leur père Isaac, jusqu’au moment où il s’adresse à eux, puis il résume son discours par l’appel suivant : « Et maintenant, craignez l’Éternel, et servez-le en intégrité et en vérité ; et ôtez les dieux que vos pères ont servis de l’autre côté du fleuve, et en Égypte, et servez l’Éternel. Et s’il est mauvais à vos yeux de servir l’Éternel, choisissez aujourd’hui qui vous voulez servir, soit les dieux que vos pères qui étaient de l’autre côté du fleuve ont servis, soit les dieux de l’Amoréen, dans le pays duquel vous habitez. Mais moi et ma maison, nous servirons l’Éternel » (Josué 24:14, 15).

Remarquez cette allusion répétée au fait que leurs pères avaient adoré des faux dieux ; et, en outre, que le pays dans lequel l’Éternel les avait amenés avait été souillé, d’une extrémité à l’autre, par les abominations de l’idolâtrie païenne.

Ainsi, ce fidèle serviteur de l’Éternel, évidemment inspiré par le Saint Esprit, cherche à représenter au peuple le danger qu’il court d’abandonner la grande vérité fondamentale d’un seul Dieu vivant et vrai, pour retourner au culte des idoles. Il insiste sur la nécessité urgente pour eux d’une décision absolue. « Choisissez aujourd’hui qui vous voulez servir ». Rien n’égale une décision du cœur franche et complète pour Dieu ; c’est ce que nous lui devons en tout temps. Quant à Israël, Dieu lui avait donné des preuves évidentes que Lui-même était pour eux, en les rachetant de la servitude d’Égypte et en les conduisant à travers le désert pour les établir au pays de Canaan ; pour cette raison, une consécration complète à l’Éternel n’était de leur part qu’un service raisonnable.

Les paroles de Josué prouvent combien il en sentait profondément l’importance pour ce qui le concernait : « Mais moi et ma maison, nous servirons l’Éternel ». Précieuse décision, qui nous montre que, quelle que soit la déchéance de la religion nationale, celle de la famille, et l’âme individuellement peuvent, par la grâce de Dieu, être maintenues en tout temps et en tous lieux.

Puissions-nous ne pas l’oublier ! « Moi et ma maison » est la réponse claire et précieuse de la foi à ces paroles de Dieu : « Toi et ta maison ». Quelle que puisse être, en un temps donné, la condition du peuple de Dieu ostensible et professant, tout homme de Dieu sincère et fidèle possède le privilège de pouvoir adopter ce principe : « Mais moi et ma maison, nous servirons l’Éternel », et d’y conformer tous ses actes.

Il est vrai que cette sainte résolution ne peut être mise en pratique que par le secours incessant de la grâce de Dieu ; mais nous pouvons être assurés que, si notre cœur est déterminé à suivre entièrement le Seigneur, toute grâce nécessaire nous sera fournie jour après jour, car ces paroles seront toujours vraies : « Ma grâce te suffit, car ma puissance s’accomplit dans l’infirmité » (2 Cor. 12:9).

Considérons maintenant l’effet apparent produit par l’émouvant appel de Josué à la congrégation : ne semble-t-il pas devoir être considérable ?

« Et le peuple répondit et dit : Loin de nous que nous abandonnions l’Éternel pour servir d’autres dieux ! Car l’Éternel, notre Dieu, c’est lui qui nous a fait monter, nous et nos pères, du pays d’Égypte, de la maison de servitude, et qui a fait devant nos yeux ces grands signes, et qui nous a gardés dans tout le chemin par lequel nous avons marché, et parmi tous les peuples, au milieu desquels nous avons passé. Et l’Éternel a chassé de devant nous tous les peuples, et l’Amoréen qui habitait dans le pays. Aussi nous, nous servirons l’Éternel, car c’est lui qui est notre Dieu » (Jos. 24:16-18).

Tout ceci sonnait très bien et donnait grand espoir, car le peuple paraissait avoir une claire intelligence du fondement moral des droits de l’Éternel à une obéissance implicite de leur part. Ils étaient en état de faire un récit exact de toutes ses œuvres de puissance à leur égard, de protester sérieusement, en toute sincérité, contre l’idolâtrie, et avec tout cela de promettre l’obéissance à l’Éternel, leur Dieu.

Cependant, il est évident que Josué n’avait pas une confiance particulière en cette profession, puisqu’il dit au peuple : « Vous ne pourrez pas servir l’Éternel ; car il est un Dieu saint, il est un Dieu jaloux : il ne pardonnera pas votre transgression et vos péchés. Si vous abandonnez l’Éternel, et si vous servez des dieux étrangers, alors il se retournera et vous fera du mal et vous consumera après vous avoir fait du bien. Et le peuple dit à Josué : Non, car nous servirons l’Éternel. Et Josué dit au peuple : Vous êtes témoins contre vous-mêmes que c’est vous qui vous êtes choisi l’Éternel pour le servir. Et ils dirent : Nous en sommes témoins. Et maintenant, ôtez les dieux étrangers qui sont au milieu de vous, et inclinez votre cœur vers l’Éternel, le Dieu d’Israël. Et le peuple dit à Josué : Nous servirons l’Éternel, notre Dieu, et nous écouterons sa voix » (Josué 24:19-24).

Arrêtons-nous ici pour méditer sur l’aspect sous lequel Josué présente Dieu à la congrégation d’Israël, puisque notre but en nous occupant de ce passage est de montrer la place éminente assignée dans le discours de Josué, à la vérité de l’unité de la divinité ; vérité à laquelle, comme nous l’avons vu, Israël était appelé à rendre témoignage devant toutes les nations de la terre, et dans laquelle se trouvait leur sauvegarde morale contre les influences séductrices de l’idolâtrie.

Or cette vérité même fut celle qu’ils abandonnèrent la première, de la manière la plus signalée. Les promesses, les vœux et les résolutions prises sous l’influence des paroles de Josué, se trouvèrent être semblables à une rosée du matin qui s’en va (Osée 6:4). « Et le peuple servit l’Éternel tous les jours de Josué, et tous les jours des anciens dont les jours se prolongèrent après Josué, et qui avaient vu toute la grande œuvre de l’Éternel, qu’il avait faite pour Israël. Et Josué, fils de Nun, serviteur de l’Éternel, mourut, âgé de cent dix ans… Et toute cette génération fut aussi recueillie vers ses pères ; et après eux, se leva une autre génération qui ne connaissait pas l’Éternel, ni l’œuvre qu’il avait faite pour Israël. Et les fils d’Israël firent ce qui est mauvais aux yeux de l’Éternel, et servirent les Baals. Et ils abandonnèrent l’Éternel, le Dieu de leurs pères, qui les avait fait sortir du pays d’Égypte ; et ils marchèrent après d’autres dieux, d’entre les dieux des peuples qui étaient autour d’eux, et se prosternèrent devant eux ; et ils provoquèrent à colère l’Éternel, et abandonnèrent l’Éternel, et servirent Baal et Ashtaroth » (Juges 2:7-13).

Quel avertissement solennel pour nous tous ! Une vérité si grande, d’une telle importance, sitôt abandonnée ! Se départir du seul Dieu vivant et vrai, pour suivre Baal et Astarté ! Tant que Josué et les anciens vivaient, leur présence et leur influence avaient gardé Israël d’une apostasie ouverte, mais à peine ces digues morales sont-elles ôtées, que le sombre courant de l’idolâtrie les envahit et emporte le fondement même de la foi nationale. L’Éternel, le Dieu d’Israël, était remplacé par les divinités mâles et femelles. L’influence humaine est un pauvre appui, une faible barrière ; il nous faut être soutenus par la puissance de Dieu, autrement, tôt ou tard, nous succomberons. La foi, maintenue simplement par la sagesse des hommes et non par la puissance de Dieu, sera sûrement démontrée faible et sans valeur ; elle ne résistera pas au jour de l’épreuve, ne supportera pas la fournaise, et défaillira inévitablement.

En second lieu, la foi ne suffit pas, il doit y avoir un lien vivant entre l’âme et Dieu. Nous devons avoir affaire avec Dieu pour nous-même, individuellement, autrement lorsque le temps de l’épreuve surviendra nous succomberons. L’exemple et l’influence de l’homme sont bons à leur place ; il était bon de considérer comment Josué et les anciens suivaient le Seigneur ; cette parole est vraie : « Le fer s’aiguise par le fer, et un homme ranime le visage de son ami » (Prov. 27:17). Il est très encourageant d’être entouré de cœurs réellement dévoués ; très doux d’être soutenu par le courant d’une fidélité collective à Christ, à sa personne et à sa cause. Mais si c’est tout, si la source profonde d’une foi et d’une connaissance personnelles n’existe pas ; s’il n’y a pas le lien formé et maintenu en Dieu dans une communion individuelle avec Lui, lorsque le courant de l’influence humaine décline, que les appuis humains manquent, lorsqu’en un mot, la décadence générale commence, alors, en principe, nous serons semblables à Israël qui suivait l’Éternel, tous les jours de Josué et des anciens, et qui finit par abandonner la confession de son Nom, pour retourner aux folies et aux vanités de ce présent siècle — choses nullement meilleures, en réalité, que Baal et Ashtaroth.

Mais, d’un autre côté, quand le cœur est fermement établi dans la vérité et la grâce de Dieu ; quand nous pouvons dire — et c’est le privilège de tout vrai croyant — « Je sais qui j’ai cru, et je suis persuadé qu’il a la puissance de garder ce que je lui ai confié, jusqu’à ce jour-là » (2 Tim. 1:12), alors même que tous se détourneraient de la confession publique de Christ, que tout secours humain viendrait à manquer, « le fondement de Dieu » demeurerait aussi solide que jamais pour nous, et le sentier de l’obéissance aussi distinct devant nous que si des milliers d’âmes le foulaient avec décision et une sainte énergie.

Nous ne devons pas perdre de vue le fait que, selon les décrets divins, l’Église professante de Dieu doit retirer de profondes et saintes leçons de l’histoire d’Israël, « car toutes les choses qui ont été écrites auparavant, ont été écrites pour notre instruction, afin que, par la patience et par la consolation des Écritures, nous ayons espérance » (Rom. 15:4).

Cependant il n’est nullement nécessaire, pour retirer cette instruction des écrits de l’Ancien Testament, que nous nous occupions à rechercher des analogies fantastiques, des théories extraordinaires ou des illustrations hasardées. Combien d’âmes, hélas ! en faisant ainsi, ont été entraînées à de folles et vides conceptions, sinon à de mortelles erreurs, au lieu de trouver « la consolation des Écritures ».

C’est avec les faits réels rapportés par les pages de l’histoire inspirée, que nous avons affaire ; il faut les étudier avec soin, puisque de grandes leçons pratiques peuvent en être retirées. Ce fait, par exemple, que nous venons de faire ressortir dans l’histoire d’Israël, savoir l’abandon de la vérité même qu’ils avaient été spécialement appelés à maintenir et à confesser, au sujet de l’unité de la divinité, ce fait, dis-je, est pour nous un avertissement de la plus grande importance. L’existence même d’Israël, comme nation, dépendait de cette vérité glorieuse, et ils l’abandonnèrent. L’eussent-ils retenue fermement, ils auraient été invincibles, mais en l’abandonnant, ils perdaient tout et devenaient pires que les nations qui les environnaient, en tant qu’ils péchaient contre la lumière et la connaissance, ayant les yeux ouverts, en dépit des plus solennelles exhortations, et ajoutons encore, malgré leurs protestations et leurs promesses d’obéissance souvent répétées.

Oui, lecteur, Israël abandonna le culte du seul Dieu vivant et vrai, l’Éternel Élohim, le Dieu de leur alliance ; non seulement leur Créateur, mais leur Rédempteur ; Celui qui les avait retirés d’Égypte, conduits à travers la mer Rouge, le désert et le Jourdain, pour les établir triomphalement sur l’héritage qu’il avait promis à Abraham, leur père : « Pays ruisselant de lait et de miel, qui est un ornement entre tous les pays » (Ézé. 20:6). Ils se détournèrent de Lui et s’adonnèrent au culte des faux dieux. « Ils le provoquèrent à colère par leurs hauts lieux, et l’émurent à jalousie par leurs images taillées » (Ps. 78:58). Combien cela paraît étonnant, qu’un peuple qui avait autant vu et connu de la bonté et de la grâce de Dieu, qui avait été témoin de ses actes de puissance, de sa fidélité, de sa majesté, de sa gloire, ait pu en venir à se prosterner devant une bûche de bois ! Leur histoire entière, depuis les jours du veau d’or, au pied du mont Sinaï, jusqu’au temps où Nebucadnetsar réduisit Jérusalem en ruines, toute cette histoire est marquée par un esprit d’invincible idolâtrie. Ce fut en vain que l’Éternel, dans sa patiente miséricorde, leur suscita des libérateurs pour les soustraire aux terribles conséquences de leur péché et de leur folie. Plusieurs fois, dans sa bonté inépuisable, il les délivra de la main de leurs ennemis, leur suscitant un Othniel, un Éhud, un Barak, un Gédéon, un Jephthé, un Samson, tous ces instruments de sa puissance et de sa miséricorde, témoins de son tendre amour et de ses compassions envers son peuple rebelle. À peine chacun de ces juges avait-il disparu de la scène, que la nation se plongeait de nouveau dans l’idolâtrie.

Au temps des rois, nous voyons la même affligeante histoire. Nous découvrons, il est vrai, quelques points brillants, quelques étoiles lumineuses à travers les tristes ténèbres de l’histoire d’Israël ; nous avons un David, un Asa, un Josaphat, un Ézéchias, un Josias, — autant d’exceptions bénies et rafraîchissantes à la funeste règle. Mais ces hommes même ne purent extirper du cœur de la nation, cette racine d’idolâtrie. Au milieu des splendeurs sans pareilles du règne de Salomon, cette racine produisit des rejetons sous forme de hauts lieux, élevés à Ashtaroth, déesse des Sidoniens, à Milcom, l’abomination des Ammonites ; et à Kemosh, l’abomination de Moab.

Arrêtez-vous un instant, lecteur, et représentez-vous l’écrivain de l’Ecclésiaste et des Proverbes, se prosternant dans le temple de Moloch ! Est-il possible de se représenter le plus sage et le plus glorieux des monarques d’Israël, brûlant de l’encens, et offrant des sacrifices sur l’autel de Kemosh ? N’y a-t-il pas là, pour nous, quelque instruction à retirer ? Le règne de Salomon fournit une des preuves les plus frappantes du fait qui nous occupe maintenant, savoir l’apostasie complète d’Israël quant à l’unité de la divinité — leur esprit invincible d’idolâtrie. La vérité qu’ils auraient dû maintenir avant tout, fut abandonnée la première.

Nous ne voulons pas rechercher d’autres preuves, ni nous arrêter à l’épouvantable description du jugement de la nation, conséquence de son idolâtrie. La condition actuelle de ce peuple est celle dont parle le prophète Osée : « Car les fils d’Israël resteront beaucoup de jours sans roi, et sans prince, et sans sacrifice, et sans statue, et sans éphod ni théraphim » (Osée 3:4). « L’esprit immonde d’idolâtrie est sorti d’eux » pendant ces « beaucoup de jours », pour retourner bientôt avec « sept autres esprits plus méchants que lui-même » (Luc 11:24-26) — la perfection même de la méchanceté spirituelle. Et alors surviendront des jours de tribulation incomparable pour ce peuple si longtemps égaré et révolté, « le temps de la détresse pour Jacob » (Jér. 30:7).

Mais, Dieu soit béni, la délivrance viendra. Des jours de bonheur sont réservés à la nation restaurée, — « jours du ciel sur la terre », — comme nous dit aussi le prophète Osée : « Ensuite, les fils d’Israël retourneront et rechercheront l’Éternel, leur Dieu, et David, leur roi, et se tourneront avec crainte vers l’Éternel et vers sa bonté, à la fin des jours » (Osée 3:5). Toutes les promesses de Dieu à Abraham, Isaac, Jacob et David, s’accompliront ; toutes les brillantes prédictions des prophètes, d’Ésaïe à Malachie, auront un glorieux accomplissement, car « l’Écriture ne peut être anéantie » (Jean 10:35). À la longue nuit, succédera le plus glorieux jour qui ait jamais brillé sur la terre ; la fille de Sion se réchauffera aux rayons du « soleil de justice » ; et « la terre sera pleine de la connaissance de la gloire de l’Éternel, comme les eaux couvrent le fond de la mer » (Hab. 2:14).

Il serait fort intéressant de reproduire ici les beaux passages des prophètes, concernant l’avenir d’Israël ; mais notre désir était seulement d’attirer l’attention sur l’application pratique du fait solennel de l’abandon si prompt et si complet que fit Israël de cette vérité : « Écoute, Israël : L’Éternel, notre Dieu, est un seul Éternel ».

On demandera peut-être : « En quoi ce fait peut-il intéresser l’Église de Dieu ? » Notre conviction est qu’il a pour elle une portée des plus solennelles ; et nous croirions manquer à notre devoir envers Christ et envers son Église, en négligeant de signaler cette application.

En considérant l’histoire de l’Église de Dieu, comme témoin public de Christ sur la terre, nous voyons qu’à peine établie dans toute la plénitude des bénédictions et des privilèges qui ont marqué le début de sa carrière, elle commença à laisser échapper les vérités mêmes que le chrétien était spécialement responsable de maintenir et de confesser, et qui devaient caractériser le christianisme et le distinguer de tout ce qui avait précédé. Comme Adam au jardin d’Éden, comme Noé sur la terre restaurée, comme Israël en Canaan, l’Église, à peine établie comme dispensateur responsable des mystères de Dieu, commença son déclin et sa chute. Sous les yeux mêmes des apôtres, des erreurs et des maux surgirent, travaillant à miner les fondements mêmes du témoignage de l’Église.

Les preuves de ce fait abondent. Écoutez les paroles de l’apôtre, qui a répandu plus de larmes sur la ruine de l’Église qu’aucun autre homme : « Je m’étonne », dit-il, « de ce que vous passez si promptement de celui qui vous a appelés par la grâce de Christ, à un évangile différent, qui n’en est pas un autre ». « Ô Galates insensés, qui vous a ensorcelés, vous devant les yeux de qui Jésus Christ a été dépeint, crucifié au milieu de vous ? » « Mais alors, ne connaissant pas Dieu, vous étiez asservis à ceux qui, par leur nature, ne sont pas dieux : mais maintenant, ayant connu Dieu, mais plutôt ayant été connus de Dieu, comment retournez-vous de nouveau aux faibles et misérables éléments auxquels vous voulez encore derechef être asservis ? Vous observez des jours, et des mois, et des temps, et des années » ; fêtes soi-disant chrétiennes, très imposantes devant la nature religieuse, et satisfaisant la chair ; mais dont la signification, d’après le jugement de l’apôtre et celui du Saint Esprit, était simplement d’abandonner le christianisme pour retourner au culte des idoles. L’apôtre ajoute : « Je crains quant à vous », (et quoi d’étonnant, quand ces Galates avaient pu si promptement se détourner des grandes vérités caractéristiques d’un christianisme céleste, pour s’occuper d’observances superstitieuses ?) « que peut-être je n’aie travaillé en vain pour vous ». « Vous couriez bien, qui est-ce qui vous a arrêtés pour que vous n’obéissiez pas à la vérité ? La persuasion ne vient pas de celui qui vous appelle. Un peu de levain fait lever la pâte tout entière » (Gal. 1:6 ; 3:1 ; 4:8-11 ; 5:7-9).

Tout ceci se passait au temps même de l’apôtre. L’abandon de la vérité fut encore plus rapide que dans le cas d’Israël ; car ils avaient servi l’Éternel tous les jours de Josué, et tous les jours des anciens qui lui survécurent ; mais, dans la triste et humiliante histoire de l’Église, l’ennemi réussit presque immédiatement à introduire du levain dans la farine, de l’ivraie parmi le blé. Avant même que les apôtres eussent disparu de la scène, une semence avait été jetée, qui continuera dès lors à produire ses fruits pernicieux, jusqu’à ce que des moissonneurs angéliques viennent nettoyer le champ.

Cherchons des preuves de la chose dans l’Écriture. Écoutons le même témoin inspiré, épanchant, à la fin de son ministère, son cœur dans celui de son bien-aimé fils Timothée : « Tu sais ceci, que tous ceux qui sont en Asie, du nombre desquels sont Phygelle et Hermogène, se sont détournés de moi ». Et encore : « Il y aura un temps où ils ne supporteront pas le sain enseignement ; mais, ayant des oreilles qui leur démangent, ils s’amasseront des docteurs selon leurs propres convoitises, et ils détourneront leurs oreilles de la vérité et se tourneront vers les fables » (2 Tim. 1:15 ; 4:3-4).

Tel est le témoignage de l’homme qui, en sage architecte, avait posé les fondements de l’Église. Et quant à ses propres expériences personnelles, qu’en était-il ? Comme son Maître ; il avait été abandonné, délaissé par ceux qui, une fois, s’étaient rassemblés autour de lui, dans toute la fraîcheur et l’ardeur des premiers temps. Son cœur large et aimant avait été brisé par des docteurs judaïsants, qui cherchaient à renverser les fondements mêmes du christianisme et la foi des élus de Dieu. Il pleurait sur les voies de ceux qui, tout en faisant profession, étaient néanmoins « ennemis de la croix de Christ ».

En un mot, l’apôtre Paul, de sa prison à Rome, prévoyait la décadence et la ruine du corps professant, et un sort pareil à celui du vaisseau dans lequel il avait fait son dernier voyage.

Rappelons ici que nous ne sommes occupés maintenant que de la question de l’Église, dans son caractère de témoin responsable pour Christ sur la terre ; il importe d’être au clair là-dessus, pour ne pas laisser nos pensées s’égarer à ce sujet. On ne saurait être assez exact à faire la distinction entre l’Église comme corps de Christ, et l’Église comme luminaire ou témoin de Christ dans le monde. Dans ce premier caractère, il ne peut y avoir de déchéance, tandis que dans le dernier, la ruine est complète et sans espoir.

L’Église, comme corps de Christ, unie à sa Tête vivante et glorifiée dans les cieux, par la présence et l’habitation du Saint Esprit, ne peut jamais, par aucun moyen faillir, — jamais être brisée, comme le vaisseau de Paul, par les orages et les flots d’un monde hostile ; l’Église, dis-je, est aussi à l’abri que Christ lui-même. La Tête et le corps sont un — indissolublement liés. Aucune puissance sur la terre ou dans l’enfer ne pourra jamais toucher ou attaquer le plus faible ou le plus obscur des membres de son corps. Tous les membres ont la même position devant Dieu, tous sont sous son œil miséricordieux dans la plénitude, la beauté et l’acceptation de Christ lui-même. Telle qu’est la Tête, tels sont les membres — tous les membres ensemble — chaque membre en particulier. Tous ont droit aux pleins résultats éternels de l’œuvre accomplie sur la croix. Il ne peut être question ici de responsabilité. La Tête s’est rendue responsable pour les membres, a parfaitement répondu à toutes les obligations, et nous a déchargés de toute responsabilité. Il ne reste rien qu’amour, — un amour aussi profond que le cœur de Christ, parfait comme son œuvre, invariable comme son trône. Toute question qui aurait pu être soulevée contre quelque individu, ou collectivement contre tous les membres de l’Église de Dieu, a été définitivement réglée, entre Dieu et son Christ sur la croix. Tous les péchés, toute la culpabilité de chaque membre individuellement, et de tous les membres collectivement, — oui, tout, et cela de la manière la plus entière et la plus absolue, a été mis sur Christ et porté par Lui. Dieu, dans son inflexible justice, et sa sainteté infinie, a ôté tout ce qui pouvait s’opposer au plein salut, et à la bénédiction parfaite de chacun des membres du corps de Christ, de l’Assemblée de Dieu. Chaque membre du corps subsiste par la vie de la Tête. Tous sont unis ensemble par la puissance d’un lien qui ne peut jamais être dissout.

Comprenons bien, en outre, que l’unité du corps de Christ est absolument indissoluble ; c’est là un point essentiel qui doit être fidèlement maintenu. Mais évidemment, si l’on ne croit pas cette vérité, on ne peut ni la maintenir, ni la confesser ; et à en juger d’après certaines opinions émises à ce sujet, on est tenté de se demander si cette belle vérité de l’Unité du corps de Christ, — unité maintenue sur la terre par l’habitation du Saint Esprit, — a jamais été saisie dans son sens divin, par les personnes qui expriment ces opinions.

Par exemple, nous entendons parler de « diviser le corps de Christ », ce qui est une grave erreur, la chose étant complètement impossible. Les réformateurs furent accusés de rompre ou de désunir le corps de Christ, lorsqu’ils tournèrent le dos au système romain. Cela revenait simplement à la monstrueuse présomption que cette vaste masse de mal moral, d’erreurs doctrinales, de corruption ecclésiastique et de superstition avilissante, devait être reconnue comme le corps de Christ ! Comment, avec le Nouveau Testament en main, aurait-il été possible de considérer la soi-disant église de Rome et ses abominations sans nom et sans nombre, comme étant le corps de Christ ? Comment, avec la plus faible idée de ce qu’est la vraie Église de Dieu, quelqu’un penserait-il jamais à accorder ce titre au Romanisme, sombre amas de méchanceté, le plus grand chef d’œuvre de Satan que le monde ait jamais contemplé ?

Non, lecteur ; il ne faut jamais confondre les systèmes ecclésiastiques de ce monde, — anciens ou modernes, grecs, latins, anglicans, nationaux ou populaires, établis ou dissidents, — avec la vraie Église de Dieu, le corps de Christ. Il n’existe de nos jours et n’exista jamais un système religieux, comme qu’il se nomme, qui possède le moindre droit d’être appelé « l’Église de Dieu » ou « le corps de Christ ». Par conséquent, on ne peut à juste titre et intelligemment appeler schisme ou division du corps de Christ, la séparation d’avec de pareils systèmes ; au contraire, le devoir de toute âme qui désire maintenir fidèlement et confesser la vérité de l’unité du corps est de se séparer avec décision de tout ce qui s’appelle faussement une église. On ne peut appeler schisme que l’acte de se séparer de ceux qui, clairement et incontestablement, se rassemblent sur le terrain de l’Assemblée de Dieu.

Aucun corps de chrétiens ne peut maintenant revendiquer le droit au titre de corps de Christ, ou d’Église de Dieu. Les membres de ce corps sont dispersés partout ; ils se trouvent dans toutes les diverses organisations religieuses du jour, excepté dans celles qui nient la divinité de notre Seigneur Jésus Christ, car impossible d’admettre l’idée que quelque vrai chrétien que ce soit, puisse continuer à fréquenter un endroit où son Seigneur est blasphémé. Mais quoique aucun corps de chrétiens n’ait droit au titre d’Assemblée de Dieu, tous les chrétiens sont responsables de se réunir sur le terrain de cette Assemblée et sur aucun autre.

Et si l’on nous demande : « Comment reconnaître et où trouver ce terrain ? » nous répondrons : « Lorsque ton œil est simple, ton corps tout entier aussi est plein de lumière » (Luc 11:34). « Si quelqu’un veut faire sa volonté, il connaîtra de la doctrine si elle est de Dieu » (Jean 7:17). Il y a un sentier, — Dieu en soit béni, — « que l’oiseau de proie ne connaît pas et que l’œil du vautour n’a pas aperçu ». La vue naturelle la plus pénétrante ne peut voir ce sentier ; le lion ne l’a pas traversé. Où est-il donc ? À l’homme, à chacun de nous, Dieu dit : « Voici la crainte du Seigneur, c’est là la sagesse ; et se retirer du mal est l’intelligence » (Job 28:7, 28).

Il y a une autre expression dont se servent assez souvent des personnes desquelles on pourrait attendre plus d’intelligence, savoir « retrancher les membres du corps de Christ » (*). Ceci aussi est impossible. Pas un seul membre du corps de Christ ne peut être séparé de la Tête, ou même ôté de la place dans laquelle le Saint Esprit l’a incorporé, d’après les desseins éternels de Dieu, et en vertu de l’expiation accomplie par notre Sauveur. Les trois personnes divines en une, sont le gage de l’éternelle sécurité du plus faible des membres du corps, et la cause du maintien de l’unité indissoluble du corps tout entier.


(*) L’expression « retrancher les membres du corps de Christ », s’applique en général aux cas de discipline, ce qui, est une fausse application. La discipline de l’assemblée ne peut jamais toucher à l’unité du corps. Un membre du corps peut manquer quant à la moralité, ou s’égarer de telle manière quant à la doctrine, que l’assemblée soit appelée à agir, en le privant de la Cène ; mais cela n’a rien à faire avec sa place dans le corps. Les deux choses sont parfaitement distinctes.


En un mot, il est aussi vrai aujourd’hui que lorsque l’apôtre inspiré écrivait le chapitre 4 de son épître aux Éphésiens, que « il y a un seul corps », dont Christ est la tête, dont le Saint Esprit est la puissance créatrice, et dont tous les vrais croyants sont les membres. Ce corps a été sur la terre depuis le jour de la Pentecôte ; il est encore sur la terre et continuera d’y être, jusqu’au moment qui approche rapidement, où Christ viendra l’introduire dans la maison de son Père. Il en est de ce corps dans la succession continue de ses membres, comme, par comparaison, d’un certain régiment de l’armée de la Reine ayant été à Waterloo, maintenant en garnison à Aldershot, et qui ne reste pas moins le même régiment, quoique pas un des hommes dont il est composé aujourd’hui n’ait existé lors de la mémorable bataille de 1815.

Le lecteur éprouve-t-il encore quelque difficulté à comprendre tout ceci ? Il se peut qu’il trouve difficile, en présence de la condition actuelle si affligeante des membres de ce corps, de croire et de confesser l’unité inviolable du corps. Il peut être tenté de limiter l’application de Éph. 4:4, aux jours où l’apôtre écrivait ces mots, lorsque les chrétiens étaient manifestement unis ; lorsqu’il ne pouvait être question d’être membre de telle ou de telle église, parce que tous les croyants étaient membres de la seule Église de Dieu (*).


(*) L’unité de l’Église peut être comparée à une chaîne jetée à travers une rivière ; nous la voyons aux deux bords, mais elle plonge au milieu. Quoique cachée dans l’eau, elle n’est pas rompue, et sans voir l’union du milieu nous y croyons néanmoins. L’Église a été vue dans son unité au jour de la Pentecôte ; elle sera vue dans son unité dans la gloire ; et, quoique ne voyant pas cela maintenant, nous y croyons néanmoins fermement.

Souvenons-nous aussi que l’unité du corps est une grande vérité pratique fondamentale, dont une déduction très importante et pratique aussi, est celle-ci, que l’état et la marche de chaque membre affectent tout le corps : « Si un membre souffre, tous les membres souffrent avec lui » (1 Cor. 12:26). Un membre de quoi ? De quelque assemblée locale ? Non ; mais un membre du corps. Il ne faut pas faire du corps de Christ une question de géographie.

Mais, nous demandera-t-on peut-être, une chose que nous ne voyons ni ne connaissons, peut-elle nous affecter ? Oui, assurément. Pouvons-nous limiter la grande vérité de l’unité du corps avec toutes ses conséquences pratiques, à la mesure de notre connaissance et de notre expérience personnelles ? Loin de nous cette pensée ! C’est la présence du Saint Esprit qui unit les membres du corps à la Tête et les uns aux autres ; de là vient que la marche et les voies de chaque individu affectent tout le corps. Même dans le cas d’Israël, dont l’unité n’était pas de corps mais nationale, lorsqu’Acan pécha, il est dit : « Israël a péché » ; et la congrégation tout entière eut à souffrir une humiliante défaite à cause d’un péché qu’elle ignorait.

Il est des plus étonnant de voir combien le peuple de Dieu paraît peu comprendre cette glorieuse vérité de l’unité du corps, et les conséquences pratiques qui en découlent.


En réponse à cette objection, nous devons protester contre l’idée de limiter ainsi la parole de Dieu. Quel droit avons-nous de séparer un membre de phrase d’Éph. 4:4-6, et de dire qu’il s’applique seulement aux jours des apôtres ? Si une clause peut être limitée, pourquoi pas toutes ? N’y a-t-il pas encore « un seul Esprit, un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême, un seul Dieu et Père de tous ? » Quelqu’un mettra-t-il cette vérité en question ? Sûrement pas. Eh bien donc, il en résulte qu’il y a aussi sûrement un seul corps et un seul Esprit, qu’il y a un seul Seigneur et un seul Dieu. Tous sont intimement liés ensemble, et vous ne pouvez toucher à l’un sans les toucher tous. Nous n’avons pas plus le droit de nier l’existence de ce corps, que de nier l’existence de Dieu, en tant que le même passage qui nous déclare une de ces vérités nous déclare l’autre aussi.

Quelqu’un, sans doute, nous demandera encore : « Où peut-on voir ce seul corps ? N’est-ce pas une absurdité de parler d’une telle chose que l’unité, en face des innombrables dénominations de chrétiens ? » Nous répondons ceci : Conviendrait-il d’abandonner la vérité de Dieu, parce que l’homme a manqué de la maintenir et cela d’une manière aussi signalée ? Israël n’a-t-il pas complètement manqué à maintenir et à confesser la vérité de l’unité de la divinité ? et cette glorieuse vérité a-t-elle été, en quelque manière, atteinte par ces manquements ? N’était-il pas aussi vrai qu’il n’y avait qu’un Dieu, lorsque les autels idolâtres étaient aussi nombreux que les rues de Jérusalem, et que de chaque toit de maison, un nuage d’encens était envoyé à la reine des cieux, que lorsque Moïse prononça aux oreilles de la congrégation entière, ces paroles : « Écoute Israël : L’Éternel, notre Dieu, est un seul Éternel ? » Grâce à Dieu, sa vérité ne dépend pas des voies infidèles et insensées des hommes ; elle demeure dans sa propre intégrité divine ; elle brille de son propre éclat céleste, en dépit des manquements les plus grossiers de l’humanité. S’il n’en était pas ainsi, que ferions-nous ? Où nous tournerions-nous, et qu’en adviendrait-il de nous ? De fait, cela revient à ceci que, si nous ne croyions que la faible mesure de vérité pratiquée par les hommes dans leurs voies, nous l’abandonnerions avec désespoir, et serions de tous les hommes les plus misérables.

Mais comment cette vérité de l’unité du corps peut-elle être maintenue pratiquement ? En refusant de reconnaître aucun autre principe de communion chrétienne, aucun autre terrain de rassemblement que Christ. Tous les vrais croyants devraient se réunir sur le simple terrain de communion du corps de Christ, et sur aucun autre. Ils devraient se réunir le premier jour de la semaine autour de la table du Seigneur et rompre le pain, comme membres d’un seul corps, suivant ce que nous lisons en 1 Cor. 10:17: « Car nous qui sommes plusieurs, sommes un seul pain, un seul corps, car nous participons tous à un seul et même pain ».

Cela est aussi vrai et aussi pratique aujourd’hui que lorsque l’apôtre s’adressait à l’assemblée de Corinthe. Il est vrai qu’il y avait des divisions à Corinthe, comme il y en a dans la chrétienté ; mais cela n’altérait en aucune manière la vérité de Dieu. L’apôtre blâmait les divisions : il les déclarait charnelles. Il n’avait aucune sympathie pour cette misérable idée émise quelquefois, que les divisions sont une bonne chose pour exciter l’émulation. Il croyait au contraire qu’elles étaient une très mauvaise chose — le fruit de la chair ; une œuvre de Satan.

L’apôtre n’aurait pas non plus, nous en sommes certains, accepté cette explication populaire que les divisions dans l’Église sont comme autant de régiments avec des drapeaux divers, mais combattant tous sous le même chef. Cela ne saurait être vrai d’aucune manière. Cela ne peut avoir aucune application quelconque, mais est plutôt en contradiction flagrante avec ce fait distinct et emphatique : « Il y a un seul corps ».

Lecteur ! c’est une vérité glorieuse et qui demande toute notre attention. Examinons la chrétienté à sa lumière, ainsi que notre propre position. Est-ce que nous marchons d’une manière conforme à cette vérité ? Est-ce que nous la proclamons à la table du Seigneur, chaque premier jour de la semaine, comme c’est notre devoir sacré et notre précieux privilège de le faire ? Ne disons pas qu’il se présente des difficultés de toute espèce, des pierres d’achoppement, des faiblesses chez ceux qui font profession de se réunir de la manière dont nous venons de parler. Tout cela, hélas ! n’est que trop vrai, et nous devons nous y attendre. Satan met tout en œuvre pour nous aveugler, afin que nous ne percevions pas la grâce de Dieu envers son peuple ; mais n’écoutons pas ses suggestions. Il y a toujours eu et il y aura toujours des difficultés à surmonter pour agir d’après la précieuse vérité de Dieu ; l’une des principales se trouve peut-être dans la conduite inconsistante de ceux qui font profession de la pratiquer.

Mais il importe de faire une distinction entre la vérité et ceux qui la professent ; entre le terrain et la marche de ceux qui l’occupent. Ils devraient être d’accord, mais ils ne le sont pas ; et, par conséquent, nous sommes appelés à juger la conduite par le terrain et non le terrain par la conduite. Si nous voyions un agriculteur travailler d’après des principes que nous savons être excellents, tout en étant un mauvais agriculteur, que ferions-nous ? Nous rejetterions sa manière de travailler, tout en maintenant les principes.

Il n’en est pas autrement relativement à la vérité qui nous occupe. Il y avait à Corinthe des hérésies, des schismes, des erreurs, du mal sous toutes les formes. Eh bien ! la vérité de Dieu devait-elle être abandonnée comme un mythe, comme quelque chose de tout à fait impraticable ? Fallait-il y renoncer ? Les Corinthiens devaient-ils se réunir sur quelque autre principe ? Devaient-ils s’organiser sur quelque nouveau terrain ? Devaient-ils se grouper autour d’un autre centre ? Non, Dieu en soit béni ! Sa vérité ne devait pas être abandonnée un seul instant, quoique l’église de Corinthe fût déchirée par mille sectes et son horizon assombri par mille hérésies. Le corps de Christ était un, et l’apôtre déploie simplement à leurs yeux la bannière portant cette inscription bénie : « Vous êtes le corps de Christ, et ses membres chacun en particulier » (1 Cor. 12:27).

Or ces paroles ne s’adressaient pas seulement à « l’assemblée de Dieu qui est à Corinthe », mais aussi « à tous ceux qui en tout lieu invoquent le nom de notre Seigneur Jésus Christ, et leur Seigneur et le nôtre ». Par conséquent, la vérité de l’unité du corps est permanente et universelle. Tout vrai chrétien est appelé à la reconnaître et à la pratiquer, et toute assemblée de chrétiens, en quelque lieu que ce soit, devrait être l’expression locale de cette grande et si importante vérité.

On demandera, peut-être, comment on pouvait dire à une assemblée : « Vous êtes le corps de Christ ? » N’y avait-il pas des saints à Éphèse, à Colosses et à Philippes ? Sans doute, et si l’apôtre leur eût écrit sur ce même sujet, il aurait pu leur dire de même : « Vous êtes le corps de Christ », en tant qu’ils étaient l’expression locale du corps, et non seulement cela, mais en s’adressant à eux, il pensait à tous les saints jusqu’à la fin de la carrière terrestre de l’Église.

Mais nous devons nous rappeler que l’apôtre ne pouvait donner ce titre à aucun ordre de choses humain, ancien ou moderne ; et, si même toutes ces diverses organisations, quel que soit le nom qu’on leur donne, étaient fondues en une, il ne pourrait les appeler « le corps de Christ ». Ce corps est formé par tous les vrais croyants du monde entier. Si tous ne sont pas réunis sur ce terrain, seul divin, c’est à leur perte et au déshonneur de leur Seigneur. La précieuse vérité : « Il y a un seul corps », subsiste tout de même, et c’est à cette mesure divine que doivent se mesurer toutes les associations ecclésiastiques et tous les systèmes religieux sous le soleil.

Il nous semble nécessaire d’étudier à fond le côté divin de la question de l’Église, afin de sauvegarder la vérité de Dieu, et aussi afin que le lecteur comprenne clairement que lorsque nous parlons de la ruine complète de l’Église, nous avons en vue le côté humain du sujet. C’est à celui-ci que nous revenons.

Il est impossible de lire le Nouveau Testament avec attention et de ne pas voir que l’Église, en tant que témoin responsable pour Christ sur la terre, a totalement et honteusement manqué à sa mission. On remplirait un volume si l’on voulait citer tous les passages à l’appui de cette assertion. Mais examinons les chapitres second et troisième de l’Apocalypse, où l’Église est vue sous le jugement. Nous avons, dans ces chapitres solennels, ce que nous pouvons appeler une histoire divine de l’Église. Sept assemblées sont choisies comme symboles des diverses phases de l’histoire de l’Église, depuis le jour où elle fut placée sur la terre avec sa responsabilité, jusqu’au moment où elle sera vomie de la bouche du Seigneur, comme quelque chose de parfaitement intolérable. Si nous ne discernons pas que ces deux chapitres sont prophétiques aussi bien qu’historiques, nous nous privons d’un vaste champ de précieuses instructions. Aucun langage humain ne pourrait exprimer toutes les richesses que nous avons recueillies dans ces chap. 2 et 3 de l’Apocalypse, considérés sous leur aspect prophétique.

Toutefois nous ne mentionnons maintenant ces richesses que comme les dernières preuves, parmi tant d’autres dans l’Écriture, à l’appui de notre thèse. Prenons l’adresse à Éphèse, cette même assemblée à laquelle l’apôtre Paul écrivit l’épître où il découvre, d’une manière si bénie, le côté céleste des choses, les desseins éternels de Dieu concernant l’Église — la position et la portion de l’Église acceptée en Christ, et bénie de toute bénédiction spirituelle dans les lieux célestes en Lui. Là aucun manquement ne peut être trouvé. Tout procède de Dieu. Le conseil est de Lui ; l’œuvre est de Lui. C’est sa grâce, sa gloire, sa toute-puissance, son bon plaisir ; et tout cela, fondé sur le sang de Christ. Il n’est point là question de responsabilité. Les saints qui forment l’Église étaient « morts dans leurs fautes et dans leurs péchés », mais Christ est mort pour l’Église ; il s’est placé judiciairement là où elle était moralement, et alors Dieu, dans sa grâce souveraine, a paru sur la scène et a ressuscité Christ d’entre les morts, et l’Église avec Lui — chose glorieuse ! Ici tout est définitivement réglé. Nous voyons l’Église dans les lieux célestes, en Christ, non l’Église sur la terre pour Christ. C’est le corps « accepté », non le chandelier jugé. Si nous ne savons pas voir les deux côtés de cette grave question, nous avons encore beaucoup à apprendre.

Mais il y a le côté terrestre, aussi bien que le céleste ; et c’est pourquoi, dans l’adresse judiciaire du chap. 2 de l’Apocalypse, nous avons des paroles solennelles telles que celles-ci : « J’ai contre toi que tu as abandonné ton premier amour ».

Quelle différence ! Rien de semblable dans l’épître aux Éphésiens ; tandis que dans l’Apocalypse nous ne trouvons rien contre le corps, rien contre l’épouse, mais il y a quelque chose à reprocher au chandelier. Alors déjà la lumière s’était obscurcie. À peine était-elle allumée qu’il fallait employer des mouchettes.

Ainsi, dès le début, des symptômes de déclin se montraient à l’œil pénétrant de celui qui marchait au milieu des sept chandeliers, et lorsque nous arrivons au bout et considérons la dernière phase de la condition de l’Église, telle qu’elle est représentée par l’assemblée de Laodicée, il n’y a plus un seul point favorable ; le cas est presque sans espoir. Le Seigneur se tient dehors, à la porte. « Voici, je me tiens à la porte, et je frappe ». Ce n’est pas ici comme à Éphèse : « J’ai quelque chose contre toi ». Tout l’état est mauvais. Toute l’assemblée professante va être rejetée. « Je vais te vomir de ma bouche ». Il attend encore, car il est toujours lent à quitter le terrain de la grâce pour entrer sur celui du jugement. Cela nous rappelle le départ de la gloire au commencement d’Ézéchiel ; elle marchait d’un pas lent et mesuré, comme regrettant de quitter la maison, le peuple et le pays. « Et la gloire de l’Éternel s’éleva de dessus le chérubin, et vint sur le seuil de la maison ; et la maison fut remplie de la nuée, et le parvis fut rempli de la splendeur de la gloire de l’Éternel ». « Et la gloire de l’Éternel sortit de dessus le seuil de la maison, et se tint au-dessus des chérubins ». Et enfin : « Et la gloire de l’Éternel monta du milieu de la ville, et se tint sur la montagne qui est à l’orient de la ville » (Ézé. 10:4, 18 ; 11:23). Que c’est touchant ! Quel contraste entre ce départ retardé de la gloire, et sa rapide entrée dans la maison au jour de la dédicace de Salomon, en 2 Chr. 7:1. L’Éternel était prompt à entrer dans sa demeure au milieu de son peuple, mais lent à la quitter. Il en fut, pour ainsi dire, chassé par les péchés et l’impénitence invétérée de ce peuple insensé.

Il en est de même de l’Église. Nous voyons, au chap. 2 des Actes, de quelle manière rapide il entre dans sa maison spirituelle. Il vint comme un souffle violent et impétueux pour remplir toute la maison de sa gloire. Mais, au chap. 3 de l’Apocalypse, quelle est son attitude ? Il est dehors. Oui, mais il frappe. Il s’attarde, non avec l’espoir d’une restauration en corps, mais pour le cas où « quelqu’un entendrait sa voix et lui ouvrirait la porte ». Le fait qu’il est dehors, montre ce qu’est l’Église. Le fait qu’il frappe, montre ce qu’il est.

Lecteur chrétien, il est de la plus haute importance que vous compreniez bien ce sujet. Nous sommes submergés de tous côtés par de fausses notions quant à l’état actuel et à la destinée future de l’église professante. Nous devons les rejeter toutes avec une sainte fermeté, et nous en tenir scrupuleusement à l’enseignement de l’Écriture. Cet enseignement est aussi clair que le jour. L’église professante est en ruines et le jugement est à la porte. Lisez l’épître de Jude ; lisez 2 Pierre 2 et 3, et la seconde épître à Timothée. Examinez attentivement ces passages solennels, et nous sommes assurés que cette étude vous prouvera infailliblement que la chrétienté n’a rien au-devant d’elle sinon la colère inflexible du Dieu Tout-Puissant. Son sort est prononcé dans cette courte, mais solennelle sentence de Romains 11: « Toi aussi, tu seras coupé ».

Oui, tel est le langage de l’Écriture : « Coupé », « vomi ». L’église professante a totalement failli en tant que témoin de Christ sur la terre. Il en a été de l’Église comme d’Israël, elle a abandonné la vérité même qu’elle était responsable de garder et de confesser. À peine les écrits du Nouveau Testament étaient-ils terminés, à peine les premiers ouvriers avaient-ils quitté le champ, que d’épaisses ténèbres se répandirent sur toute l’église professante. De quel côté que l’on se tourne ou que l’on feuillette les gros volumes des « Pères », comme on les appelle, on ne trouvera pas trace de ces grandes vérités caractéristiques de notre glorieux christianisme. Tout, tout avait été honteusement abandonné. Comme Israël, en Canaan, abandonna l’Éternel pour Baal et Ashtaroth, de même l’Église abandonna la précieuse parole de Dieu pour des fables puériles et de dangereuses erreurs. Ce déclin si rapide est des plus étonnants. Mais c’était précisément ce que l’apôtre Paul avait prédit aux anciens d’Éphèse : « Prenez donc garde à vous-mêmes, et à tout le troupeau au milieu duquel l’Esprit Saint vous a établis surveillants pour paître l’assemblée de Dieu, laquelle il a acquise par le sang de son propre Fils. Moi je sais qu’après mon départ il entrera parmi vous des loups redoutables qui n’épargneront pas le troupeau ; et il se lèvera d’entre vous-mêmes des hommes qui annonceront des doctrines perverses pour attirer les disciples après eux » (Actes 20:28-30).

Quel tableau ! Les saints apôtres de notre Seigneur et Sauveur Jésus Christ, remplacés presque immédiatement par des « loups redoutables » et par des propagateurs de doctrines perverses ; l’Église tout entière plongée dans des ténèbres épaisses ; la lampe de la révélation divine presque cachée aux regards ; la corruption ecclésiastique sous toutes ses formes ; la domination sacerdotale avec toutes ses terribles conséquences. Bref, l’histoire de l’Église — l’histoire de la chrétienté — est l’histoire la plus effroyable qui ait jamais été écrite.

Il est vrai que Dieu s’est toujours suscité des témoins. De siècle en siècle il a appelé, ici ou là, comme en Israël, des hommes pour proclamer sa vérité. Même au milieu des ténèbres les plus épaisses du moyen âge, une étoile paraît parfois au-dessus de l’horizon. Les Vaudois et d’autres encore purent, par la grâce de Dieu, s’en tenir à sa Parole, et confesser le nom de Jésus malgré la tyrannie et les cruelles persécutions de l’église romaine.

Puis vint l’époque du seizième siècle, où Dieu suscita Luther et ses bien-aimés compagnons d’œuvre, pour prêcher la grande vérité de la justification par la foi, et pour donner au monde le précieux livre de Dieu en langue moderne. Le langage humain est trop faible pour exprimer tous les bienfaits de cette époque mémorable. Des milliers d’âmes entendirent la bonne nouvelle du salut — l’entendirent, la crurent, et furent sauvées. Des milliers d’âmes qui avaient gémi longtemps sous le poids intolérable des superstitions romaines, accueillirent avec une profonde reconnaissance le message céleste. Des milliers s’abreuvèrent avec joie à ces sources inspirées, qui avaient été scellées pendant des siècles par l’ignorance et l’intolérance des papes. La lumière de la révélation divine, si longtemps voilée par la main de l’ennemi, put de nouveau jeter ses rayons au milieu des ténèbres, et des myriades se réjouirent à cette lumière céleste.

Mais, tout en bénissant Dieu pour tous les résultats glorieux de ce qu’on nomme ordinairement la Réformation, nous ne saurions y voir rien qui ressemble à un retour de l’Église à sa première condition. Loin de là. Luther et ses confrères, à en juger par leurs écrits, — quelque précieux qu’ils soient, — ne saisirent jamais la notion de l’Église, corps de Christ. Ils ne comprirent point l’unité du corps, ni la présence du Saint Esprit dans l’assemblée et son habitation en chaque croyant. Ils ne connurent pas la grande vérité du ministère dans l’Église, sa nature, sa source, sa puissance et sa responsabilité. Ils en restèrent toujours à l’idée que le ministère est basé sur une autorité humaine. Ils se taisent sur la vraie espérance de l’Église, savoir la venue de Christ pour son peuple — l’Étoile brillante du matin. Ils ne comprirent pas toute la portée des prophéties, et ne surent pas distribuer comme il faut la Parole de vérité.

Qu’on ne se méprenne pas, nous aimons la mémoire des réformateurs. Leurs noms nous sont chers et familiers. C’étaient des serviteurs de Christ, dévoués et bénis. Plût à Dieu qu’il y en eût beaucoup comme eux dans ces jours de papisme et de basse incrédulité ! Nous ne le cédons à personne en amour et en estime pour Luther, Mélanchton, Calvin, Farel, Latimer et Knox. Ils furent des lumières brillantes en leur temps, et des milliers d’âmes béniront Dieu durant toute l’éternité de ce qu’ils ont vécu, prêché et écrit. Et si on les considère dans leurs vies privées et dans leurs ministères publics, ils font honte à beaucoup de chrétiens qui ont le privilège de connaître toute une série de vérités, que nous cherchons en vain dans les écrits volumineux des réformateurs.

Mais, en admettant tout cela, nous sommes néanmoins convaincus que ces honorés serviteurs de Christ ne saisirent point plusieurs des vérités spéciales et caractéristiques du christianisme, et par conséquent ne les prêchèrent, ni ne les enseignèrent ; du moins nous ne trouvons pas ces vérités dans leurs écrits. Ils prêchèrent la précieuse vérité de la justification par la foi ; ils donnèrent les Saintes Écritures au peuple ; ils foulèrent aux pieds beaucoup de superstitions romaines. Ils firent tout cela, par la grâce de Dieu, et nous en bénissons le Père des miséricordes. Mais le protestantisme n’est pas le christianisme, et les églises nommées églises de la réformation, qu’elles soient nationales ou dissidentes, ne sont pas l’Église de Dieu, loin de là. Jetons un regard en arrière sur les dix-huit siècles écoulés, et malgré de soi-disant réveils, malgré les lumières brillantes qui ont lui de temps à autre sur l’horizon de l’Église, — lumières qui paraissaient d’autant plus vives par le contraste des ténèbres profondes qui les entouraient, — malgré les nombreuses manifestations de l’Esprit de Dieu, soit en Europe, soit en Amérique, au siècle passé et dans celui où nous sommes, malgré, dis-je, toutes ces choses, pour lesquelles nous bénissons Dieu, nous en revenons sans hésiter à notre assertion, savoir que l’église professante a fait naufrage, que la chrétienté descend rapidement la pente fatale qui mène aux ténèbres finales, que ces contrées favorisées, où la vérité évangélique a été prêchée, où les Bibles et les traités ont circulé par millions, seront couvertes de ténèbres épaisses, et tomberont dans une énergie d’erreur pour croire au mensonge.

Verra-t-on alors un monde converti ? Non, mais une église jugée. Les saints de Dieu, dispersés dans la chrétienté, tous les vrais membres du corps de Christ, seront enlevés à la rencontre du Seigneur, — les saints endormis seront ressuscités, les vivants transmués en un instant, — et tous ravis en même temps pour être toujours avec le Seigneur. Alors le mystère d’iniquité se montrera en la personne de l’homme de péché, du méchant, de l’antichrist. Le Seigneur Jésus viendra, et tous ses saints avec Lui, pour exécuter le jugement sur la Bête, c’est-à-dire sur l’empire romain qui aura repris vie et sur l’antichrist ; l’empire romain en Occident, le faux prophète en Orient.

Ce jugement sera un acte sommaire de jugement guerrier sans procès juridique quelconque, vu que soit la Bête, soit le faux prophète, seront trouvés en révolte ouverte et en opposition blasphématoire contre Dieu et contre l’Agneau. Ensuite aura lieu le jugement des nations vivantes, tel qu’il est rapporté en Matt. 25:31-46.

Dès lors, tout mal ayant été détruit, Christ régnera en justice et en paix pendant mille ans, — période heureuse et bénie, vrai sabbat pour Israël et pour toute la terre, — période marquée par ces deux grands faits : Satan lié et Christ régnant. Faits glorieux, dont la seule mention fait déborder le cœur en louanges !

Mais, après sa captivité de mille ans, Satan sera délié, et il lui sera permis de faire encore un effort contre Dieu et contre son Christ. « Et quand les mille ans seront accomplis, Satan sera délié de sa prison ; et il sortira pour égarer les nations qui sont aux quatre coins de la terre, Gog et Magog, pour les assembler pour le combat, eux dont le nombre est comme le sable de la mer (*). Et ils montèrent sur la largeur de la terre, et ils environnèrent le camp des saints et la cité bien-aimée ; et du feu descendit du ciel de la part de Dieu et les dévora. Et le diable qui les avait égarés fut jeté dans l’étang de feu et de soufre, où sont et la bête et le faux prophète ; et ils seront tourmentés, jour et nuit, aux siècles des siècles » (Apoc. 20:7-10).


(*) Le lecteur distinguera entre les Gog et Magog d’Apoc. 20, et ceux d’Ézé. 38 et 39. Les premiers sont post-millénaires, les seconds anti-millénaires.


Ce sera le dernier effort de Satan, suivi de sa perdition éternelle. Ensuite, nous avons le jugement des morts, « petits et grands », de tous ceux qui sont morts dans leurs péchés, depuis les jours de Caïn. Scène terrible que rien ne saurait dépeindre !

Enfin nous voyons se dérouler devant nous l’état éternel les nouveaux cieux et la nouvelle terre où la justice habitera.

Tel est l’ordre des événements que nous trouvons tracés de la manière la plus claire dans les pages inspirées. Nous venons d’en donner un court résumé, en rapport avec les vérités qui nous ont occupés, vérités qui, nous le savons, ne sont point populaires ; mais notre devoir est d’annoncer tout le conseil de Dieu et non pas de rechercher la popularité. Nous ne nous attendons pas à ce que la vérité de Dieu soit populaire dans la chrétienté ; nous avons, au contraire, cherché à prouver que, tout comme Israël abandonna la vérité qu’il devait garder, de même l’église professante a laissé échapper toutes les grandes vérités qui caractérisent le christianisme du Nouveau Testament. Notre désir est de réveiller les cœurs de tous les vrais chrétiens, au sujet de ces vérités et de la responsabilité qui leur incombe, non seulement de les recevoir, mais de chercher à les réaliser mieux et à en faire une plus noble confession. Nous voudrions voir se lever nombreux, dans ces heures dernières de l’histoire terrestre de l’Église, des hommes doués d’une véritable puissance spirituelle, pour proclamer avec ardeur les vérités trop longtemps oubliées de l’évangile de Dieu. Veuille le Seigneur, dans sa grande bonté envers son peuple, susciter de tels hommes et les envoyer. Puisse le Seigneur Jésus frapper de plus en plus fort à la porte, afin que beaucoup d’âmes entendent et lui ouvrent, selon le désir de son cœur, et qu’elles goûtent la douceur d’une communion personnelle avec lui-même, en attendant sa venue !

Il n’y a aucune limite aux bénédictions de l’âme qui entend la voix de Christ et lui ouvre la porte ; et ce qui est vrai pour une âme, l’est aussi pour des milliers. Mais soyons simples, sincères, reconnaissant notre faiblesse et notre néant, mettant de côté toute vaine prétention, ne cherchant pas être quelque chose, mais gardant la parole de Christ et ne reniant pas son nom, trouvant notre bonheur à rester à ses pieds, à nous nourrir de Lui, et notre joie à le servir en toutes choses. Alors nous cheminerons tous ensemble en bon accord et en amour, ayant notre centre commun en Christ, et pour but commun de faire avancer sa cause et connaître sa gloire. Plût à Dieu qu’il en fût ainsi, de nos jours, pour tous les chers enfants de Dieu ! Quel aspect différent nous présenterions au monde ! Le Seigneur veuille réveiller son peuple !

Le lecteur trouvera peut-être que nous nous sommes bien écartés du sixième chapitre du Deutéronome. Nous lui rappellerons, une fois pour toutes, que ce n’est point seulement ce que chaque chapitre renferme qui demande notre attention, mais aussi ce qu’il suggère. Et de plus, notre désir en écrivant est d’être conduit par l’Esprit de Dieu à développer certaines vérités qui peuvent s’appliquer aux besoins de tous nos lecteurs. Pourvu que le cher troupeau de Christ soit nourri, instruit et consolé, peu importe que ce soit par des explications complètes et suivies, ou par des fragments détachés.


Nous continuerons maintenant notre chapitre. Moïse ayant posé la grande vérité fondamentale, contenue au vers. 4: « Écoute, Israël : L’Éternel, notre Dieu, est un seul Éternel », continue à enjoindre à la congrégation, ses devoirs sacrés envers cet Être béni. Il n’était pas seulement un Dieu, mais il était leur Dieu. Il avait daigné faire une alliance avec eux. Il les avait délivrés, portés comme sur des ailes d’aigle et amenés à Lui, afin qu’ils lui fussent un peuple et que Lui fût leur Dieu.

Relation précieuse ! Mais il fallait qu’on rappelât à Israël quelle était la conduite qui convenait à une telle relation et qui ne pouvait résulter que d’un cœur aimant : « Tu aimeras l’Éternel, ton Dieu, de tout ton cœur, et de toute ton âme et de toute ta force ». C’est le secret de toute vraie religion pratique. Sans cela, tout est sans valeur pour Dieu : « Mon fils, donne-moi ton cœur ». Lorsque le cœur est donné, tout va bien. On peut comparer le cœur au régulateur d’une montre, lequel fait agir le petit ressort, puis celui-ci fait mouvoir le grand ressort, lequel pousse les aiguilles dans leur marche tout autour du cadran. Si votre montre va mal, il ne suffit pas de changer la position des aiguilles, il faut toucher le régulateur. Dieu demande un travail réel, venant du cœur. Il nous dit : « Enfants, n’aimons pas de parole, ni de langue, mais en action et en vérité » (1 Jean 3:18).

Comme nous devrions le bénir pour des paroles si touchantes ! Elles nous révèlent si bien son cœur aimant ! Il nous aime en action et en vérité, et rien autre ne saurait le satisfaire, soit dans notre conduite envers lui, soit envers nos semblables. Tout doit procéder directement du cœur.

« Et ces paroles que je te commande aujourd’hui, seront sur ton cœur », à la source même de la vie. Tout ce qui est dans le cœur sort par les lèvres et dans la vie. Combien donc il importe que le cœur soit rempli de la parole de Dieu ; tellement plein qu’il n’y ait plus de place pour les folies et les vanités de ce monde. Alors notre conversation sera toujours dans un esprit de grâce, assaisonnée de sel. « De l’abondance du cœur la bouche parle ». Nous pouvons donc juger, par ce qui sort de la bouche, de ce qui est dans le cœur. La langue est l’organe du cœur — l’organe de l’homme. « L’homme bon, du bon trésor, produit de bonnes choses, et l’homme mauvais, du mauvais trésor, produit de mauvaises choses » (Matt. 12:34-35). Quand le cœur est réellement gouverné par la parole de Dieu, toute la conduite le montre et il faut qu’il en soit ainsi, car le cœur est le ressort principal de tout notre être moral ; il est au centre de toutes ces influences morales qui gouvernent notre vie et dirigent notre carrière individuelle.

Dans toutes les pages du volume divin, nous voyons l’importance que Dieu attache à l’état du cœur vis-à-vis de Lui ou de sa Parole, ce qui est la même chose. Lorsque le cœur est vrai pour Dieu, tout va bien ; s’il devient froid et négligent pour la vérité, tôt ou tard un éloignement manifeste du chemin de la justice s’en suivra. Il y a donc une grande force dans cette exhortation, adressée par Barnabas aux nouveaux convertis d’Antioche : « Il les exhortait tous à demeurer attachés au Seigneur de tout leur cœur (ou du propos de leur cœur) » (Actes 11:23).

Exhortation nécessaire, maintenant comme alors. Ce « propos du cœur » est précieux à Dieu. C’est ce que nous osons appeler le grand régulateur moral. Il donne au caractère chrétien un sérieux qui devrait être souhaité par chacun de nous. C’est l’antidote divin contre la tiédeur, la mort, le formalisme, toutes choses haïssables aux yeux de Dieu. La vie extérieure peut être correcte et les principes tout à fait orthodoxes, mais si le propos du cœur manque, si tout l’être moral ne s’attache pas avec amour à Dieu et à son Christ, tout le reste est sans valeur.

C’est par le cœur que le Saint Esprit nous enseigne. C’est pourquoi l’apôtre priait pour les saints à Éphèse, que « les yeux de leur cœur (cardias) fussent éclairés », et encore : « que le Christ habite par la foi dans vos cœurs » (Éph. 1:18 ; 3:17).

Ainsi donc nous voyons l’harmonie parfaite de toute l’Écriture avec l’exhortation contenue dans notre chapitre : « Et ces paroles, que je te commande aujourd’hui, seront sur ton cœur ». S’il les eût gardées, combien Israël aurait évité d’égarements, et surtout ce terrible péché national de l’idolâtrie dans lequel il retomba si souvent ! Si les précieuses paroles de l’Éternel eussent trouvé leur place dans leur cœur, ils n’eussent pas eu peur de Baal ou d’Ashtaroth. En un mot, toutes les idoles des païens auraient été estimées pour ce qu’elles valaient, si la parole de l’Éternel avait été gardée dans le cœur d’Israël.

Remarquons ici comme tout cela est caractéristique du livre du Deutéronome. Il ne s’agit pas seulement ici de certaines observances religieuses, de sacrifices, de rites et de cérémonies. Tout cela y a sans doute sa place, mais ce n’est nullement la chose principale. La Parole est l’objet capital dans le Deutéronome. C’est la parole de l’Éternel sur le cœur d’Israël. Le lecteur doit bien saisir cela, s’il désire avoir la clef du Deutéronome. Ce n’est point un livre de cérémonies ; c’est un livre d’obéissance morale. Il enseigne, presque à chaque page, que le cœur qui aime, apprécie et honore la parole de Dieu, est prêt à tout acte d’obéissance, soit pour offrir un sacrifice, soit pour observer un certain jour. Il pouvait arriver qu’un Israélite se trouvât en un lieu ou au milieu de circonstances où il ne pouvait adhérer strictement aux rites et aux cérémonies de sa religion ; mais il ne pouvait jamais être placé dans un milieu où il ne pût aimer, révérer la parole de Dieu, et lui obéir. Fût-il emmené captif aux bouts de la terre, rien ne pouvait lui enlever le précieux privilège de répéter ces paroles précieuses et d’agir en conséquence : « J’ai caché ta parole dans mon cœur, afin que je ne pèche pas contre toi ».

Dans leur court commentaire, ces paroles renferment le grand principe du livre du Deutéronome, et nous pouvons ajouter le grand principe de la vie divine en tous temps, et en tous lieux. Il ne saurait jamais perdre sa force et sa valeur morales. Il subsiste à toujours. Il était vrai au temps des patriarches, pour Israël en Canaan, pour Israël dispersé jusqu’aux bouts de la terre, vrai pour l’Église entière, vrai pour chaque croyant individuel au milieu des ruines désolées de l’Église. En un mot, l’obéissance sera toujours le devoir sacré, le grand privilège de la créature — une obéissance simple, immédiate, à la parole du Seigneur. C’est là une grâce pour laquelle nous pouvons bénir sans cesse notre Dieu. Il nous a donné sa Parole, et il nous exhorte à laisser cette Parole habiter dans nos cœurs, et gouverner toute notre vie et toute notre conduite.

« Et ces paroles que je te commande aujourd’hui, seront sur ton cœur. Tu les inculqueras à tes fils, et tu en parleras, quand tu seras assis dans ta maison, et quand tu marcheras par le chemin, et quand tu te coucheras, et quand tu te lèveras et tu les lieras comme un signe sur ta main, et elles te seront pour fronteau entre les yeux, et tu les écriras aussi sur les poteaux de ta maison et sur tes portes ».

Tout cela est magnifique : la parole de Dieu cachée dans le cœur, et découlant du cœur en douces instructions pour les enfants et en sainte conversation dans le sein de la famille ; la parole brillant dans tous les actes de la vie journalière, de sorte que tous ceux qui passaient par les portes ou entraient dans la maison, pouvaient voir que la parole de Dieu était la bannière de tous ses habitants.

C’est ainsi qu’il en devait être jadis pour Israël, c’est ainsi qu’il en devrait être maintenant des chrétiens. En est-il ainsi ? Est-ce de la sorte que nous enseignons nos enfants ? Nous efforçons-nous toujours de rendre la parole de Dieu attrayante pour leurs jeunes cœurs ? La voient-ils briller dans notre vie journalière, influencer notre humeur, notre caractère, nos habitudes, nos occupations, nos affaires ? C’est ce que signifient ces expressions : « lier la Parole comme un signe sur la main et un fronteau entre les yeux » ; « l’écrire sur les poteaux de la maison et sur les portes ».

Il ne sert pas à grand-chose de nous efforcer d’enseigner la parole de Dieu à nos enfants, si nos vies ne sont pas gouvernées par elle. Ce précieux volume ne doit pas être un simple livre d’école qu’il s’agirait d’apprendre comme une tâche. Nos enfants devraient voir que nous vivons dans l’atmosphère de l’Écriture, et qu’elle forme le sujet de notre conversation dans nos moments de loisir, au sein de nos familles.

Mais n’avons-nous pas sujet d’être humiliés, lorsque nous réfléchissons au caractère habituel de nos conversations, soit à table, soit dans le cercle de la famille ? Combien peu s’y trouvent les éléments de Deutéronome 6:7 ! Combien, au contraire, de causeries oiseuses et de plaisanteries qui ne sont point bienséantes ! Que de médisances sur nos frères, nos voisins, nos connaissances ! Que de babil futile !

D’où cela provient-il ? Simplement de l’état de notre cœur. La parole de Dieu, les commandements et les préceptes de notre Seigneur et Sauveur Jésus Christ n’habitent pas dans nos cœurs, et par conséquent, ils ne sont pas remplis, et ne débordent pas en fleuves de grâce et d’édification.

Quelqu’un dira-t-il que le chrétien n’a pas besoin de considérer ces choses ? Mais alors que signifie l’exhortation suivante : « Qu’aucune parole déshonnête ne sorte de votre bouche, mais celle-là qui est bonne, propre à l’édification selon le besoin, afin qu’elle communique la grâce à ceux qui l’entendent ». Et celle-ci : « Soyez remplis de l’Esprit, vous entretenant par des psaumes et des hymnes et des cantiques spirituels, chantant et psalmodiant de votre cœur au Seigneur ; rendant toujours grâces pour toutes choses, au nom de notre Seigneur Jésus Christ, à Dieu le Père » (Éph. 4:29 ; 5:18-20).

Ces paroles étaient adressées aux saints à Éphèse, et assurément elles nous concernent aussi. Il se peut que nous ne nous rendions pas compte quel degré nous manquons de maintenir notre conversation à un niveau spirituel. C’est dans nos familles et dans nos relations journalières, que le manque de spiritualité se remarque surtout. Aussi avons-nous grand besoin des paroles d’exhortation citées plus haut. Il est évident que le Saint Esprit prévit ce besoin et y pourvut dans sa grâce. Écoutez ce qu’il dit « aux saints et fidèles frères en Christ qui sont à Colosses » : « Que la paix du Christ, à laquelle aussi vous avez été appelés en un seul corps, préside dans vos cœurs ; et soyez reconnaissants. Que la parole du Christ habite en vous richement, — en toute sagesse vous enseignant et vous exhortant l’un l’autre, par des psaumes, des hymnes, des cantiques spirituels, chantant de vos cœurs à Dieu dans un esprit de grâce » (Col. 3:15, 16).

Quel tableau délicieux de ce que devrait être toute vie chrétienne ! C’est le développement de ce qui se trouve dans notre chapitre, où nous voyons l’Israélite au milieu de sa famille, la parole de Dieu découlant de son cœur en tendres instructions à ses enfants, où nous le voyons dans sa vie journalière, dans toutes ses occupations au dedans ou au dehors, sous l’influence bénie des paroles de l’Éternel.

Ayons donc un cœur rempli de la paix de Christ, de la parole de Christ, de Christ lui-même. Il ne faut rien moins que cela. Commençons avec le cœur, et quand il sera entièrement occupé des choses célestes, nous en aurons vite fini avec toute espèce de médisances et de plaisanteries.

« Et il arrivera, quand l’Éternel, ton Dieu, t’aura introduit dans le pays qu’il a juré à tes pères, à Abraham, à Isaac et à Jacob, de te donner : de grandes et bonnes villes que tu n’as pas bâties, et des maisons pleines de tous biens que tu n’as pas remplies ; et des puits creusés que tu n’as pas creusés, des vignes et des oliviers que tu n’as pas plantés ; et que tu mangeras, et que tu seras rassasié ; alors prends garde à toi, de peur que tu n’oublies l’Éternel qui t’a fait sortir du pays d’Égypte, de la maison de servitude » (vers. 10-12).

Au milieu de toutes les bénédictions de la terre de Canaan, ils devaient se souvenir de Celui qui les avait tirés de la maison de servitude. Ils devaient se rappeler aussi que toutes ces choses leur étaient données gratuitement. Le pays et tout ce qu’il contenait devenait leur partage, en vertu des promesses de Dieu à Abraham, à Isaac et à Jacob. Les villes bâties, les maisons remplies, les puits creusés, les vignes et les oliviers prêts pour la récolte, tout était don gratuit de la grâce souveraine. Tout ce qu’ils avaient à faire, c’était de prendre possession avec une foi simple, et de garder à toujours dans leurs cœurs le souvenir du tendre Donateur. Ils devaient penser à Lui et trouver dans son amour le vrai motif d’une vie d’obéissance filiale. De quelque côté qu’ils tournassent leurs regards, ils voyaient les preuves de sa grande bonté, les fruits abondants de son amour merveilleux. Chaque ville, chaque maison, chaque puits, chaque vigne et chaque olivier leur parlaient de la grâce de l’Éternel et leur offraient la preuve évidente de sa fidélité inviolable à sa promesse.

« Tu craindras l’Éternel, ton Dieu, et tu le serviras, et tu jureras par son nom. Vous n’irez point après d’autres dieux, d’entre les dieux des peuples qui seront autour de vous ; car l’Éternel, ton Dieu, qui est au milieu de toi, est un Dieu jaloux ; de peur que la colère de l’Éternel, ton Dieu, ne s’embrase contre toi, et qu’il ne te détruise de dessus la face de la terre » (vers. 13-15).

Deux grands motifs sont placés, dans notre chapitre, devant la congrégation : « l’amour », au vers. 5, et la « crainte », au vers. 13. Nous trouvons ces motifs dans toute l’Écriture, et on ne saurait leur donner trop d’importance comme mobiles de la vie et de la conduite du chrétien. « La crainte de l’Éternel est le commencement de la sagesse ». Nous sommes exhortés à être « tout le jour dans la crainte de l’Éternel » (Prov. 9:10 ; 23:17). C’est le refuge moral contre le mal. « Et il dit à l’homme : Voici, la crainte du Seigneur, c’est là la sagesse, et se retirer du mal est l’intelligence » (Job 28:28).

Le livre divin abonde en passages qui montrent la grande importance de la crainte de Dieu. « Comment », dit Joseph, « ferais-je ce grand mal, et pécherais-je contre Dieu ? » Le chrétien, qui marche habituellement dans la crainte de Dieu, est préservé de commettre toute espèce de mal. La réalisation constante de la présence divine doit être une protection efficace contre toute tentation. Que de fois nous voyons la présence d’un chrétien spirituel, mettre un frein à la légèreté et à la folie ; et si telle peut être l’influence d’un de nos semblables, combien plus puissante doit être celle de la présence de Dieu réalisée par une âme ?

Lecteur chrétien, efforçons-nous de vivre comme étant en la présence immédiate de Dieu ; alors nous serons préservés du mal sous mille formes diverses ; nous y sommes exposés journellement, et nos dispositions nous y poussent. La pensée que les yeux de Dieu sont sur nous, aurait sur nos vies et nos paroles une influence beaucoup plus puissante que la présence de tous les saints sur la terre et que celle de tous les anges du ciel. Cette crainte de l’Éternel, dont l’Écriture parle tant, deviendrait pour nous un rempart contre toute mauvaise pensée ou action, contre tout ce qui est mal, quelle qu’en soit la forme.

Nous vivons, nous nous mouvons, et nous sommes peu en la présence de Dieu (Actes 17:28). Si nous nous rappelions que Dieu nous voit, et qu’il entend chacune de nos paroles, qu’il connaît chacune de nos pensées, chacun de nos actes, comme nous nous conduirions différemment !

C’est alors que nous pourrons montrer la vaste influence de l’amour qui nous « étreint ». Nous entrerons dans la sainte activité que cet amour produit toujours. « L’amour du Christ nous étreint », dit l’apôtre, « en ce que nous avons jugé ceci, que si un est mort pour tous, tous donc sont morts, et qu’il est mort pour tous, afin que ceux qui vivent ne vivent plus pour eux-mêmes, mais pour celui qui pour eux est mort et a été ressuscité » (2 Cor. 5:14-15).

Plût à Dieu que tout cela fût plus pleinement réalisé parmi nous, et que la crainte et l’amour de Dieu fussent continuellement dans nos cœurs avec leur puissance sanctifiante ! Alors notre vie journalière serait à sa louange et en bénédiction pour tous ceux avec lesquels nous sommes appelés à être en contact.

Le vers. 16 de notre chapitre demande une attention toute spéciale. « Vous ne tenterez point l’Éternel, votre Dieu, comme vous l’avez tenté à Massa ». Ces paroles furent citées par notre Seigneur, lorsqu’il fut tenté par Satan à se jeter du haut du temple : « Alors le diable le transporte dans la ville sainte, et le place sur le faîte du temple, et lui dit : Si tu es Fils de Dieu, jette-toi en bas, car il est écrit : Il donnera des ordres à ses anges à ton sujet, et ils te porteront sur leurs mains, de peur que tu ne heurtes ton pied contre une pierre » (Matt. 4:5, 6).

Ce passage est très remarquable. Il prouve que Satan peut citer l’Écriture, lorsque cela lui convient. Mais il omet une clause importante : « De te garder en toutes tes voies ». Or il n’entrait point dans les voies de Christ de se jeter du faîte du temple. Ce n’était pas le chemin du devoir. Il n’avait pas reçu de commandement de Dieu à ce sujet, et, par conséquent, il refuse de le faire. Il n’avait pas besoin de tenter Dieu, de le mettre à l’épreuve. Il avait, comme homme, la confiance en Dieu la plus entière, la plus grande assurance en sa protection.

De plus, il n’allait pas quitter le sentier du devoir afin de se convaincre si Dieu aurait soin de lui ; et cela nous enseigne une importante leçon. Nous pouvons toujours compter sur la protection de Dieu, tant que nous sommes sur le chemin du devoir. Mais si nous choisissons notre propre route, si nous recherchons notre plaisir ou notre intérêt, c’est une coupable présomption que de dire que nous comptons sur Dieu.

Sans doute, notre Dieu est plein de grâce et d’amour et ses compassions sont sur nous, lors même que nous nous écartons du chemin du devoir ; mais cela ne touche en rien ce que nous avançons, savoir que nous ne pouvons compter sur la protection divine que lorsque nous marchons dans le sentier de l’obéissance. Si un chrétien expose sa vie en escaladant les Alpes simplement pour son plaisir, a-t-il le droit de croire que Dieu prendra soin de lui ? Que sa conscience réponde. Si Dieu nous appelle à traverser un lac en tourmente pour aller prêcher l’Évangile ; s’il nous ordonne de traverser les Alpes en vue d’un service spécial à lui rendre, alors, assurément, nous pouvons nous confier à sa main puissante pour nous protéger contre tout mal. Le grand point, pour chacun de nous, c’est d’être trouvé dans le chemin du devoir. Il se peut qu’il soit étroit, rude et solitaire, mais il n’en est pas moins ombragé par les ailes du Tout-Puissant, et illuminé par la lumière de sa face.

Avant de quitter le sujet suggéré par le vers. 16, remarquons ce fait intéressant que notre Seigneur, dans sa réponse à Satan, ne fait aucune remarque sur sa fausse interprétation du Ps. 91:11. Au lieu de dire à l’ennemi : Tu as omis une clause importante du passage que tu viens de rapporter, il cite simplement un autre passage, comme faisant autorité pour sa propre conduite. C’est de cette manière qu’il vainquit le tentateur et qu’il nous laissa un exemple béni.

Remarquons encore que le Seigneur Jésus ne vainquit pas Satan par son pouvoir divin. S’il en eût été ainsi, il ne pourrait être un exemple pour nous. Mais lorsque nous le voyons, comme homme, se servir de la Parole seule pour arme, et par elle remporter la victoire, nos cœurs sont encouragés et consolés, et nous apprenons comment nous devons, dans notre sphère individuelle, agir et résister aux tentations. L’homme Christ Jésus vainquit en se confiant simplement en Dieu et en obéissant à sa Parole.

Fait rempli d’encouragement et de consolation pour nous ! Satan ne pouvait rien sur Celui qui ne voulait agir que sur l’autorité divine et par la puissance de l’Esprit. Jésus ne fit jamais sa propre volonté, quoique, nous le savons, cette volonté fut absolument parfaite. Il descendit du ciel, ainsi, qu’il nous le dit lui-même en Jean 6, non pour faire sa volonté, mais la volonté du Père qui l’avait envoyé. Du commencement à la fin, il fut un serviteur parfait. Sa règle de conduite était la parole de Dieu, sa puissance pour agir était le Saint Esprit ; son seul motif d’action, la volonté de Dieu ; par conséquent le prince de ce monde n’avait rien en Lui. Satan, avec toutes ses ruses, ne pouvait lui faire quitter le chemin de l’obéissance ou la place de dépendance.

Lecteur chrétien, souvenons-nous que notre Seigneur et Maître nous a laissé un exemple, afin que nous suivions ses traces. Puissions-nous les suivre avec zèle, pendant le peu de temps qui nous reste, avec l’aide du Saint Esprit, comprendre davantage que nous sommes appelés à marcher comme Jésus a marché ! Il est notre grand modèle en toutes choses. Étudions-le mieux, afin de le reproduire plus fidèlement.

Nous terminerons cette longue section, en vous priant de lire attentivement les versets 17 à 25 du chapitre qui vient de nous occuper ; ce passage, d’une puissance, d’une plénitude et d’une profondeur remarquable, est aussi très caractéristique du livre tout entier du Deutéronome.

La parole de Dieu est placée devant l’âme dans chaque page, dans chaque paragraphe de ce livre. C’est le grand sujet de tous les discours du législateur et celui qui lui tient le plus au cœur. Son but est de glorifier la parole de Dieu sous tous ses aspects, soit sous la forme de témoignages, de commandements, de statuts ou d’ordonnances, et de démontrer l’importance morale, l’urgente nécessité d’une obéissance entière, complète et zélée, de la part du peuple. « Vous garderez soigneusement les commandements de l’Éternel, votre Dieu ». Et plus loin : « Tu feras ce qui est droit et bon aux yeux de l’Éternel ».

Nous voyons ici se dérouler devant nos yeux ces principes éternels qu’aucun changement de dispensation, de milieu, ou de circonstances, ne peut altérer. « Ce qui est droit et bon » sera toujours d’une application universelle et permanente. Cela nous rappelle les paroles de l’apôtre Jean à son ami bien-aimé Gaïus. « Bien-aimé, n’imite pas le mal, mais le bien ». Il se pouvait que l’assemblée fût dans un triste état, que beaucoup de choses affligeassent le cœur de Gaïus ; Diotrèphe se comportait d’une manière impardonnable envers le vénérable apôtre et envers d’autres ; tout cela était vrai et il se pouvait qu’il y eût des choses pires encore. Que devait faire Gaïus ? Simplement imiter ce qui était droit et bon ; ouvrir son cœur, sa main et sa maison à tous ceux qui apportaient la vérité ; chercher de toute manière à aider la cause de Christ.

C’est aussi ce que doit faire tout vrai disciple de Christ, en toutes circonstances. Il se peut que nous soyons en petit nombre, peut-être même presque seuls, mais n’importe ; nous devons imiter ce qui est bon, coûte que coûte. Nous devons nous retirer de l’iniquité, nous purifier des vases à déshonneur, fuir les convoitises de la jeunesse, nous détourner des professants sans vie ; puis, « poursuivre la justice, la foi, l’amour et la paix ». Dans l’isolement ? Non, mais « avec ceux qui invoquent le Seigneur d’un cœur pur » (2 Tim. 2:22). Je puis me trouver seul pour un temps ; mais il ne peut y avoir d’isolement aussi longtemps que le corps de Christ est sur la terre, et jusqu’à ce qu’il vienne nous prendre. Nous pouvons donc toujours espérer de trouver ici ou là des âmes qui invoquent le Seigneur d’un cœur pur ; c’est notre devoir de les chercher, et les ayant trouvées, de marcher avec elles dans une sainte communion « jusqu’à la fin ».


9 - Chapitre 7

« Quand l’Éternel, ton Dieu, t’aura introduit dans le pays où tu entres pour le posséder, et qu’il aura chassé de devant toi des nations nombreuses,… sept nations plus nombreuses et plus fortes que toi, et que l’Éternel, ton Dieu, les aura livrées devant toi, et que tu les auras frappées, tu les détruiras entièrement comme un anathème ; tu ne traiteras point alliance avec elles, et tu ne leur feras pas grâce ».

Le récit des voies de Dieu envers les nations, en rapport avec son peuple d’Israël, nous rappelle les paroles qui ouvrent le Psaume 101: « Je chanterai la bonté et le jugement ». Si d’une part nous voyons le déploiement de la grâce de Dieu envers son peuple, en vertu de Son alliance avec Abraham, Isaac et Jacob, de l’autre nous voyons l’exécution du jugement sur les nations à cause de leur méchanceté. Dans le premier cas se montre la souveraineté de Dieu ; dans le second sa justice ; sa gloire brille dans l’un et dans l’autre. Toutes les voies de Dieu, en grâce, comme en jugement, proclament ses louanges et seront à jamais célébrées par son peuple. « Grandes et merveilleuses sont tes œuvres, Seigneur, Dieu, Tout-puissant ! Justes et véritables sont tes voies, ô Roi des nations ! (*) Qui ne te craindrait, Seigneur, et qui ne glorifierait ton nom ? car seul tu es saint ; car toutes les nations viendront et se prosterneront devant toi parce que tes faits justes ont été manifestés » (Apoc. 15:3-4).


(*) « Nations », suivant les manuscrits les plus autorisés. Christ n’est pas appelé le « roi des saints ».


Voilà l’esprit avec lequel nous devons considérer les voies de Dieu en gouvernement. Il est des âmes, qui, se laissant influencer par une fausse et morbide sentimentalité, se sentent froissées en lisant les ordres donnés à Israël au sujet des Cananéens, au commencement de notre chapitre. Il leur semble qu’un Être tout bon et miséricordieux ne saurait commander à son peuple de détruire ses semblables sans leur faire aucune grâce, et même de passer des femmes et des enfants au fil de l’épée.

Ces personnes ne sont pas disposées à dire avec les saints, en Apoc. 15:3-4: « Justes et véritables sont tes voies, ô Roi des nations ». Elles n’approuvent point Dieu dans toutes ses voies ; elles vont même jusqu’à le juger. Elles se permettent de mesurer les dispensations du gouvernement divin d’après leurs faibles pensées ; de comparer l’infini avec ce qui a des limites, en un mot elles jugent Dieu d’après elles-mêmes.

C’est là une faute grave. Nous ne sommes pas compétents pour porter un jugement sur les voies de Dieu, et par conséquent c’est le comble de la présomption pour de pauvres mortels ignorants, d’essayer de le faire. Nous lisons au chapitre 7 de Luc, que « la sagesse a été justifiée par tous ses enfants ». Souvenons-nous de ces paroles et faisons taire tout raisonnement coupable. « Que Dieu soit vrai et tout homme menteur, selon ce qui est écrit : En sorte que tu sois justifié dans tes paroles, et que tu aies gain de cause quand tu es jugé » (Rom. 3:4).

Si le lecteur n’est pas au clair sur ce sujet, qu’il lise le magnifique Psaume 136.

Nous y voyons que la mort des premiers-nés des Égyptiens et la délivrance d’Israël, le passage de la mer Rouge et la destruction de l’armée du Pharaon, ainsi que l’anéantissement des Cananéens, pour donner leur héritage à Israël, — tout en un mot était la preuve de la bonté éternelle de Dieu (*). Et il en est et en sera toujours ainsi. Tout doit contribuer à la gloire de Dieu. Ne l’oublions pas, et laissons de côté tous les faux raisonnements. C’est notre privilège de justifier Dieu dans toutes ses voies, de courber la tête avec révérence à la vue de ses insondables jugements, et de demeurer fermement assurés que toutes les voies de Dieu sont bonnes. Nous ne les comprenons pas toutes ; ce qui est borné comprendrait-il l’infini ? Les dispensations de Dieu, les actes de son gouvernement, sont autant au-dessus de la raison humaine que le Créateur est au-dessus de la créature. Quel est l’esprit humain qui peut sonder les profonds mystères de la providence divine ? Pourquoi arrive-t-il, par exemple, qu’une ville entière remplie d’hommes, de femmes et d’enfants, soit en quelques heures engloutie sous des flots de lave brûlante ? Nous ne pouvons le dire, et cependant ce n’est qu’un fait entre mille dans l’histoire de l’humanité. Voyez, dans nos grandes cités, les milliers d’êtres humains qui vivent dans la misère la plus profonde et dans la plus grande dégradation morale. Pouvons-nous dire pourquoi Dieu le permet ? Sommes-nous appelés à le faire ? N’est-il pas évident que nous n’avons pas à discuter ces questions ? Si, dans notre ignorance et notre folie, nous nous mettons à raisonner sur les mystères inscrutables du gouvernement divin, nous ne pouvons nous attendre qu’à nous égarer complètement et même à tomber dans une incrédulité positive.


(*) Beaucoup de chrétiens trouvent de la difficulté à comprendre et à appliquer les expressions d’un grand nombre de Psaumes, qui appellent le jugement sur les méchants. Ce langage serait, en effet, tout à fait déplacé chez les chrétiens, qui sont exhortés à aimer leurs ennemis, à faire du bien à ceux qui les haïssent, et à prier pour ceux qui leur font du tort et les persécutent.

Mais ce qui serait totalement hors de place pour l’Église de Dieu, le peuple céleste, sous la grâce, était autrefois et sera dans l’avenir en parfaite harmonie avec la position d’Israël, le peuple terrestre, sous le gouvernement de Dieu. Aucun chrétien intelligent ne songerait un instant à appeler la vengeance sur ses ennemis ou sur les méchants. Il y aurait là une grossière inconséquence. Nous sommes appelés à être les exemples vivants de la grâce de Dieu envers le monde — à marcher sur les traces de Jésus doux et humble de cœur — à souffrir pour la justice — à ne pas résister au mal. Dieu use maintenant de patience et de miséricorde envers le monde. « Il fait lever son soleil sur les bons et sur les méchants, et envoie sa pluie sur les justes et sur les injustes ». Nous avons à l’imiter et à être « parfaits, comme notre Père qui est dans les cieux est parfait ». Un chrétien qui traiterait le monde sur le principe du juste jugement, donnerait une idée fausse de son Père céleste et mentirait à sa profession.

Mais plus tard, lorsque l’Église aura quitté la terre, il n’en sera plus ainsi. Dieu jugera les nations suivant la manière dont elles auront traité son peuple d’Israël.

Ce principe, bien compris, donnera au lecteur la clef des Psaumes prophétiques.


Nous comprendrons maintenant les instructions données au commencement de notre chapitre. Les Cananéens ne devaient pas trouver grâce aux yeux des Israélites. Leur iniquité était venue à son comble, et il ne restait plus pour eux que l’exécution du jugement divin. Tu les frapperas, et « tu les détruiras entièrement comme un anathème ; tu ne traiteras point alliance avec elles, et tu ne leur feras pas grâce. Tu ne t’allieras point par mariage avec elles, tu ne donneras point ta fille à leur fils, et tu ne prendras pas leur fille pour ton fils ; car ils détourneraient de moi ton fils, et il servirait d’autres dieux, et la colère de l’Éternel s’embraserait contre vous et te détruirait aussitôt. Mais vous leur ferez ainsi : Vous démolirez leurs autels, et vous briserez leurs statues, et vous abattrez leurs ashères, et vous brûlerez au feu leurs images taillées ».

Tels étaient les ordres donnés par l’Éternel à son peuple. Ils étaient clairs et compréhensibles. Pas de grâce pour les Cananéens, pas d’alliance avec eux, aucune union, aucune liaison quelconque ; un jugement sans miséricorde devait être leur part.

Nous savons, hélas ! que les Israélites ne tardèrent pas à négliger ces ordres sacrés. À peine avaient-ils posé leurs pieds dans le pays de Canaan qu’ils firent alliance avec les Gabaonites. Josué lui-même tomba dans le piège. Les vêtements déchirés et le pain moisi de ce peuple rusé, trompèrent les principaux de la congrégation, et les firent agir en directe opposition avec le commandement de Dieu. S’ils eussent été gouvernés par l’autorité de la Parole, ils ne seraient pas tombés dans cette faute grave et n’auraient pas traité alliance avec un peuple qui aurait dû être complètement détruit. Mais ils jugèrent d’après l’œil de la chair, et ils en recueillirent les fruits (*). L’obéissance implicite est la meilleure sauvegarde contre les ruses de l’ennemi. Le récit des Gabaonites était sans doute fort plausible, et tout leur aspect donnait un air de vérité à leurs assertions, mais rien de tout cela n’aurait dû avoir le moindre poids aux yeux de Josué et des principaux d’Israël. Ils devaient se rappeler les commandements de l’Éternel, et s’en tenir à sa parole. Au lieu de le faire, ils raisonnèrent et agirent d’après ce qu’ils voyaient. La raison n’est pas un guide pour le peuple de Dieu ; il doit être uniquement et entièrement dirigé et gouverné par sa Parole.


(*) Il est instructif de voir que les vieux vêtements, le pain moisi et les paroles rusées des Gabaonites, accomplirent ce que les murs de Jéricho n’avaient pu faire. Les ruses de Satan sont plus à redouter que sa puissance. « Revêtez-vous de l’armure complète de Dieu, afin que vous puissiez tenir ferme contre les artifices du diable ». Si nous réfléchissons aux diverses parties de l’armure complète de Dieu, nous verrons clairement qu’elles se rangent sous ces deux chefs : obéissance et dépendance. L’âme qui est réellement gouvernée par la Parole, et qui se confie entièrement en la puissance de l’Esprit, est parfaitement équipée pour la lutte. C’était ainsi que l’Homme Christ Jésus remportait la victoire sur l’ennemi. Le diable ne pouvait rien sur un homme, qui était parfaitement obéissant et parfaitement dépendant. Suivons en cela, comme en toutes choses, notre divin modèle.


C’est là un privilège des plus grands, car il est à la portée du plus simple et du plus ignorant des enfants de Dieu. La parole du Père, la voix du Père, l’œil du Père, suffisent pour guider le plus jeune et le plus faible des membres de sa famille. Ce qu’il nous faut, c’est un cœur aimant et obéissant. Il n’est pas besoin d’une vaste intelligence, ni d’une grande science, car alors, que deviendrait la grande majorité des chrétiens ? Si les savants, les penseurs, les gens instruits étaient seuls capables de tenir ferme contre les ruses de l’adversaire, la plupart d’entre nous devraient renoncer à la lutte.

Mais, grâces à Dieu, il n’en est pas ainsi ; au contraire, en étudiant l’histoire du peuple de Dieu à travers les âges, nous voyons que la sagesse et la science humaines, quand elles ne sont pas laissées à leur vraie place, deviennent des pièges, et ceux qui les possèdent, des instruments d’autant plus dangereux entre les mains de l’ennemi. Par qui ont été introduites la plupart des hérésies qui ont troublé l’Église de Dieu depuis des siècles ? Non par les simples et les ignorants, mais par les savants et les intelligents. Et dans le passage du livre de Josué que nous venons de citer, qui est-ce qui fit alliance avec les Gabaonites ? Le commun du peuple ? Non, mais les principaux de l’assemblée. Tous évidemment commirent la faute, mais les principaux d’Israël donnèrent l’exemple. Les chefs et les conducteurs de l’assemblée tombèrent dans les pièges du diable, pour avoir négligé « d’interroger la bouche de l’Éternel ».

« Tu ne traiteras point alliance avec elles ». Rien n’était plus simple que cela. De vieux vêtements, des souliers raccommodés et du pain moisi pouvaient-ils changer la signification de l’ordre divin, ou enlever à la congrégation l’obligation d’une obéissance implicite ? Non, assurément. Rien ne saurait jamais être une excuse pour diminuer, si peu que ce soit, l’obligation d’obéir à la parole de Dieu. Si nous rencontrons des difficultés ou des circonstances embarrassantes, si nous ne savons souvent de quel côté nous tourner, que devons-nous faire ? Raisonner ? discuter ? agir d’après notre propre jugement ou celui de tel autre ? Certainement non ; mais nous avons à nous attendre à Dieu patiemment, humblement, avec foi, et assurément il nous montrera notre chemin. « Il fera marcher dans le droit chemin les débonnaires, et il enseignera sa voie aux débonnaires » (Ps. 25:9). En marchant ainsi, nous serons préservés de tout faux pas et gardés jusqu’au royaume éternel de notre Seigneur et Sauveur Jésus Christ.

Au vers. 6 de notre chapitre, Moïse place devant le peuple la raison morale pour laquelle il devait rester entièrement séparé des Cananéens et les exterminer : « Car tu es un peuple saint, consacré à l’Éternel, ton Dieu ; l’Éternel, ton Dieu, t’a choisi, afin que tu sois pour lui un peuple qui lui appartienne en propre, d’entre tous les peuples qui sont sur la face de la terre ».

Le principe posé ici est de la plus grande importance. Pourquoi Israël devait-il être entièrement séparé des Cananéens, et refuser absolument de faire aucune alliance avec eux ? Pourquoi devait-il démolir leurs autels, briser leurs statues et abattre leurs ashères ? Simplement, parce qu’il était un peuple saint. Et qui l’avait fait tel ? l’Éternel. Il les avait choisis et son amour reposait sur eux ; il les avait sauvés et les avait mis à part pour lui, et ainsi il avait le droit de prescrire ce qu’ils devaient être et comment ils devaient agir. « Soyez saints, car moi je suis saint ».

Ce n’était nullement sur le principe de : « Tiens-toi loin, ne me touche pas, car je suis saint vis-à-vis de toi » (Ésa. 65:5). Ils ne valaient pas plus que les autres nations, c’est évident par ce qui suit : « Ce n’est pas parce que vous étiez plus nombreux que tous les peuples, que l’Éternel s’est attaché à vous et vous a choisis ; car vous êtes le plus petit de tous les peuples ; mais parce que l’Éternel vous a aimés et parce qu’il garde le serment qu’il a juré à vos pères, l’Éternel vous a fait sortir à main forte, et t’a racheté de la maison de servitude, de la main du Pharaon, roi d’Égypte » (vers. 7, 8).

Que ces paroles étaient bien ce qui convenait aux enfants d’Israël ! Ils devaient se souvenir que tous leurs privilèges, leur dignité, et leurs bénédictions, provenaient non de ce qu’ils étaient en eux-mêmes, mais de ce que l’Éternel les avait aimés dans sa grâce souveraine, et avait traité alliance avec leurs pères, — « alliance éternelle, à tous égards bien ordonnée et assurée ».

Il y avait là un antidote divin contre tout orgueil et toute suffisance, et c’était aussi la base sûre et ferme de leur bonheur et de leur sécurité morale. Tout reposait sur la stabilité immuable de la grâce de Dieu. Toute vanterie humaine était ainsi rendue impossible. « Mon âme se glorifiera en l’Éternel ; les débonnaires l’entendront et se réjouiront » (Ps. 34:2).

Dieu veut que nulle chair ne se glorifie devant Lui. Il abaisse toute prétention humaine et l’orgueil du cœur de l’homme. Israël devait se souvenir de son origine, de sa condition précédente — « de servitude en Égypte » — « le plus petit de tous les peuples ». Il n’était nullement meilleur que les nations qui l’entouraient, et par conséquent ne pouvait expliquer sa grandeur et son élévation que par l’amour gratuit de Dieu et sa fidélité à son serment. « Non point à nous, ô Éternel ! non point à nous, mais à ton nom donne gloire, à cause de ta bonté, à cause de ta vérité » (Ps. 115:1).

« Connais donc que c’est l’Éternel, ton Dieu, qui est Dieu, le Dieu fidèle, qui garde l’alliance et la bonté jusqu’à mille générations à ceux qui l’aiment et qui gardent ses commandements, et qui récompense en face ceux qui le haïssent, pour les faire périr : il ne différera pas à l’égard de celui qui le hait ; il le récompensera en face » (vers. 9, 10).

Deux faits de la plus haute importance sont mis ici devant nous ; l’un rempli de riches consolations et de précieux encouragements pour ceux qui aiment Dieu en sincérité ; l’autre d’une grande solennité pour ceux qui le méprisent. Tous ceux qui aiment Dieu et gardent ses commandements peuvent compter sur sa fidélité et sa grâce en tout temps et en toutes circonstances. « Toutes choses travaillent ensemble pour le bien de ceux qui aiment Dieu, de ceux qui sont appelés selon son propos » (Rom. 8:28). Si, par sa grâce infinie, l’amour de Dieu est dans nos cœurs et sa crainte devant nos yeux, nous pouvons avancer avec courage et avec une joyeuse confiance, assurés que tout sera bien et doit être bien. « Bien-aimés, si notre cœur ne nous condamne pas, nous avons de l’assurance envers Dieu ; et quoi que nous demandions, nous le recevons de lui, parce que nous gardons ses commandements et que nous pratiquons les choses qui sont agréables devant lui » (1 Jean 3:21-22).

C’est là une vérité éternelle pour Israël, comme pour l’Église. Le chapitre 7 du Deutéronome, aussi bien que le chapitre 3 de 1 Jean, proclament la même grande vérité pratique, savoir que Dieu prend plaisir en ceux qui le craignent, qui l’aiment et gardent ses commandements.

Y a-t-il là quoi que ce soit de légal ? Nullement. L’amour et le légalisme n’ont rien de commun ; ils sont aussi éloignés l’un de l’autre que les pôles. « C’est ici l’amour de Dieu, que nous gardions ses commandements, et ses commandements ne sont pas pénibles » (1 Jean 5:3). Les motifs, le caractère et l’esprit de notre obéissance, sont tout l’opposé du légalisme. Il est des personnes toujours prêtes à crier au légalisme, lorsqu’on leur parle d’obéissance. Elles sont dans une grave erreur. S’il était question d’acquérir par notre obéissance la position et la relation d’enfants de Dieu, alors l’accusation de légalisme serait pleinement justifiée. Mais donner ce nom à l’obéissance chrétienne c’est, nous le répétons, une grave erreur. L’obéissance ne peut précéder la relation filiale ; mais cette relation doit toujours être suivie de l’obéissance.

Occupons-nous maintenant de la vérité solennelle que nous présente le vers. 10 de notre chapitre : « Il ne différera pas à l’égard de celui qui le hait ; il le récompensera en face ». Si ceux qui aiment Dieu sont tendrement encouragés, au v. 9, à garder ses commandements, le v. 10 fait entendre un sérieux avertissement à ceux qui le haïssent.

Le temps vient où Dieu agira en personne, face à face avec ses ennemis. Qu’il est terrible de penser qu’il y a des hommes qui haïssent Dieu — qui haïssent Celui dont le nom est « lumière » et « amour », la source de toute bonté, l’auteur et le donateur de tout don parfait, le Père des lumières ; Celui dont la main libérale supplée aux besoins de toute créature, qui entend le cri du corbeau et apaise la soif de l’âne sauvage ; Celui qui est infiniment bon, le seul sage, le Dieu parfaitement saint, le Seigneur de toute force et puissance, le Créateur de toutes choses, et Celui qui a le pouvoir de jeter l’âme et le corps dans la géhenne.

Pensez, lecteur, à ce que c’est que de haïr un Être tel que Dieu ! Or, nous savons que tous ceux qui n’aiment pas doivent haïr. Peut-être ne croit-on pas cela ; peu de personnes conviendront qu’elles haïssent vraiment Dieu ; mais, dans cette grande question, il n’est pas de terrain neutre ; il nous faut être pour ou contre, et en général les hommes ne tardent pas à montrer sous quel drapeau ils servent. Il arrive le plus souvent que l’inimitié du cœur envers Dieu se montre par la haine pour son peuple, pour sa Parole, son culte, son service. Que de fois nous entendons proférer des paroles telles que celles-ci : « Je hais les mômiers ». — « Je déteste la religiosité et les prêcheurs ». Pour dire vrai, c’est Dieu lui-même que l’on hait. « La chair est inimitié contre Dieu, car elle ne se soumet pas à la loi de Dieu, car aussi elle ne le peut pas » ; et cette inimitié se fait jour à propos de tout ce qui concerne Dieu. Tout cœur inconverti recèle une inimitié positive contre Dieu. Tout homme, dans son état naturel, hait Dieu.

Or, Dieu déclare « qu’il ne différera pas à l’égard de celui qui le hait, il le récompensera en face ». Parole solennelle, à laquelle on devrait prêter une plus sérieuse attention. Les hommes n’aiment pas l’entendre ; beaucoup affectent et font profession de ne pas y croire. Ils cherchent à se persuader et à persuader aux autres que Dieu est trop bon, trop tendre, trop miséricordieux, pour traiter ses créatures avec sévérité. Ils oublient que les voies de Dieu en gouvernement sont aussi parfaites que ses voies en grâce. Ils s’imaginent que le gouvernement de Dieu laissera passer ou traitera légèrement le mal et ceux qui le font.

C’est là une fatale erreur et qui, tôt ou tard, portera ses fruits douloureux. Il est vrai, et Dieu en soit béni, que, dans sa grâce souveraine, il peut nous pardonner nos péchés, effacer nos transgressions, couvrir nos fautes, nous justifier parfaitement, et répandre dans nos cœurs l’esprit d’adoption. Mais c’est une chose entièrement différente. C’est la grâce régnant par la justice, en vie éternelle, par Jésus Christ, notre Seigneur. C’est Dieu, dans son amour merveilleux, donnant une justice au pauvre pécheur qui méritait l’enfer, et qui sait et sent et reconnaît que lui-même n’a aucune justice, ni n’en pourrait avoir. Dieu, dans son amour infini, a trouvé un moyen par lequel il peut être juste et justifier celui qui croit simplement en Jésus.

Mais comment tout cela a-t-il été accompli ? Est-ce en laissant de côté le péché, comme s’il n’était rien ? Est-ce en lâchant les rênes du gouvernement divin, en abaissant la mesure de la sainteté divine, ou en diminuant en quoi que ce soit les exigences de la Loi ? Non, tout au contraire. Il n’aurait jamais pu y avoir une manifestation plus solennelle de la haine de Dieu pour le péché, ou de son intention irrévocable de le condamner et de le punir éternellement ; il n’aurait jamais pu y avoir une revendication plus glorieuse du gouvernement divin, une exposition plus parfaite de la sainteté, de la vérité et de la justice divines ; jamais la loi n’aurait pu être plus glorieusement défendue ou plus complètement établie que par le plan glorieux de la rédemption — projeté, exécuté et révélé par l’éternelle Trinité dans l’Unité — projeté par le Père, exécuté par le Fils et révélé par le Saint Esprit.

Si nous désirons voir dans toute sa réalité le gouvernement de Dieu, sa colère contre le péché, et le vrai caractère de sa sainteté, nous n’avons qu’à contempler la croix, à écouter ce cri d’angoisse qui sortit du cœur du Fils de Dieu et retentit au milieu des ténèbres du Calvaire : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » Jamais semblable question n’avait été faite auparavant, jamais il n’en fut fait de semblable dès lors, et cette question ne se fera ni ne pourrait plus se faire. Soit que nous considérions Celui qui la fit, Celui à qui elle était adressée, ou la réponse, elle demeure unique dans l’éternité. La croix est la mesure de la haine de Dieu contre le péché, tout comme elle est la mesure de son amour pour le pécheur. C’est la base impérissable du trône de grâce, le terrain divinement juste, sur lequel Dieu peut pardonner nos péchés, et nous constituer parfaitement justes en un Christ ressuscité et glorifié.

Mais si les hommes méprisent la croix, et persistent dans leur haine contre Dieu, tout en disant qu’il est trop bon et trop clément pour punir les méchants, que deviendront-ils ? Voici la réponse : « Qui désobéit (àpéithon) au Fils ne verra pas la vie, mais la colère de Dieu demeure sur lui » (Jean 3:36) (*).


(*) Ce verset 36 de Jean 3 est un passage d’une immense importance. Non seulement il expose la grande vérité que tous ceux qui croient au Fils de Dieu ont le privilège d’avoir la vie éternelle, mais en outre il coupe à leur racine deux des principales hérésies actuelles : l’universalisme et l’hérésie de ceux qui prétendent que les méchants seront anéantis. L’unisersalisme fait profession de croire qu’à la fin, tous seront restaurés et bénis. Il n’en sera pas ainsi, dit notre passage ; car ceux qui n’obéissent pas au Fils « ne verront pas la vie ».

Les autres affirment que tous ceux qui sont sans Christ périront comme les animaux. Il n’en sera pas ainsi car « la colère de Dieu demeure » sur les désobéissants. La colère qui demeure est tout à fait incompatible avec l’anéantissement.

Il est intéressant et instructif de remarquer la différence entre les mots ho pistéuon, « celui qui croit », et ho apeithôn, « celui qui n’obéit pas ». Ils nous donnent les deux côtés du sujet de la foi.


Pouvons-nous croire un seul instant qu’un Dieu juste eût livré à la mort son Fils unique et bien-aimé, ses délices de tous les jours, alors que ce Fils était fait péché pour nous, pour laisser ensuite échapper les pécheurs impénitents ? Jésus, l’Homme parfait, saint et sans tache, — le seul Homme parfait, qui ait jamais marché sur la terre, — a dû souffrir pour les péchés, le juste pour les injustes ; est-ce pour que les méchants, les incrédules, ceux qui haïssent Dieu et désobéissent au Fils, soient sauvés et bénis et introduits dans le ciel ? Et l’on voudrait affirmer cela sous le prétexte que Dieu est trop bon et trop clément pour punir éternellement les pécheurs ! Lorsque Dieu a dû donner, abandonner et frapper son Fils bien-aimé afin de sauver son peuple de leurs péchés, est-ce que les pécheurs, les moqueurs et les rebelles pourraient être sauvés dans leurs péchés ? Le Seigneur Jésus est-il mort pour rien ? L’Éternel l’a-t-il froissé et a-t-il caché sa face de Lui sans nécessité ? Pourquoi toutes les horreurs du Calvaire ? pourquoi les trois heures de ténèbres ? pourquoi le cri d’angoisse : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » Pourquoi, si les pécheurs peuvent aller au ciel sans cela ? Quelle inconcevable folie ! Jusqu’où peut aller la crédulité des hommes, pourvu qu’il ne s’agisse pas de la vérité de Dieu ! Le pauvre cœur humain affectera de croire la plus monstrueuse absurdité, afin d’avoir une excuse pour rejeter le simple enseignement de la sainte Écriture. Ce que les hommes ne songeraient jamais à attribuer à un bon gouvernement humain, ils n’hésitent pas à l’attribuer au gouvernement du Dieu seul sage, seul vrai et seul juste. Que penserions-nous d’un gouvernement qui ne pourrait ou ne voudrait pas punir les méchants et les criminels ? Voudrions-nous vivre sous ce gouvernement ?

Le verset qui nous occupe renverse complètement toutes les théories que les hommes, dans leur folie et leur ignorance, ont avancées touchant le gouvernement de Dieu, et réfute les arguments par lesquels ils cherchent à l’affaiblir. « C’est l’Éternel, ton Dieu, qui est Dieu, le Dieu fidèle qui… récompense en face ceux qui le haïssent, pour les faire périr ; il ne différera pas à l’égard de celui qui le hait ; il le récompensera en face ».

Oh ! si les hommes voulaient écouter la parole de Dieu ! s’ils voulaient croire à ses avertissements si solennels et si clairs au sujet de la colère à venir, du jugement et des peines éternelles ! Si, au lieu de chercher à se persuader à eux-mêmes et à d’autres qu’il n’y a pas d’enfer, pas de ver qui ne meurt point ni de feu qui ne s’éteint point, pas d’éternel tourment, ils écoutaient la voix qui les avertit de s’enfuir, avant qu’il soit trop tard, vers le refuge que leur présente l’Évangile ! Là serait la vraie sagesse. Dieu dit qu’il rendra la pareille à ceux qui le haïssent. Qu’elle est terrible la pensée de cette rétribution ! Qui pourrait l’affronter ? Le gouvernement de Dieu est parfait, et parce qu’il est tel, il est impossible qu’il laisse le mal sans le juger. Rien n’est plus simple que cela. Toute l’Écriture, de la Genèse à l’Apocalypse, le présente en termes si clairs et si positifs que c’est le comble de la folie pour les hommes d’essayer de discuter la chose. Combien il est plus sage et plus sûr de fuir la colère à venir, que de nier qu’elle viendra ou qu’elle sera éternelle dans sa durée. C’est en vain qu’on essaie de raisonner en opposition à la vérité de Dieu. Toute parole de Dieu subsistera à toujours. Nous voyons les dispensations de son gouvernement à l’égard de son peuple d’Israël et à l’égard des chrétiens maintenant. Laissait-il passer le mal chez son peuple terrestre ? Non, au contraire, il leur appliquait continuellement sa verge, et cela précisément parce que c’était son peuple, ainsi qu’il le dit par le prophète Amos : « Écoutez cette parole que l’Éternel prononce sur vous, fils d’Israël, sur la famille entière que j’ai fait monter du pays d’Égypte, disant : Je vous ai connus, vous seuls, de toutes les familles de la terre ; c’est pourquoi je visiterai sur vous toutes vos iniquités » (Amos 3:1, 2).

Le même principe est appliqué aux chrétiens dans la première épître de Pierre : « Car le temps est venu de commencer le jugement par la maison de Dieu ; mais s’il commence premièrement par nous, quelle sera la fin de ceux qui n’obéissent pas à l’évangile de Dieu ? Et si le juste est sauvé difficilement, où paraîtra l’impie et le pécheur ? » (4:17-18).

Dieu châtie les siens parce qu’ils sont les siens, et « afin qu’ils ne soient pas condamnés avec le monde » (1 Cor. 11:32). Les enfants de ce monde cheminent paisiblement, mais leur jour vient, — un jour sombre et terrible, — un jour de jugement et d’inexorable colère. Les hommes peuvent raisonner et discuter là-dessus, mais l’Écriture est claire et positive : « Dieu… a établi un jour auquel il doit juger en justice la terre habitée, par l’homme qu’il a destiné à cela » (Actes 17:31). Le grand jour des rétributions est près, où Dieu rendra la pareille à chacun en face.

Il est profondément édifiant de remarquer de quelle manière Moïse, ce serviteur bien-aimé et honoré de Dieu, conduit par le Saint Esprit, place les solennelles réalités du gouvernement de Dieu devant les Israélites, afin d’agir sur leurs consciences. Écoutez-le plaider et exhorter : « Et tu garderas les commandements, et les statuts et les ordonnances que je te commande aujourd’hui, pour les pratiquer. Et, si vous écoutez ces ordonnances, et que vous les gardiez et les fassiez, il arrivera que l’Éternel, ton Dieu, te gardera l’alliance et la bonté qu’il a jurées à tes pères. Et il t’aimera, et te bénira, et te multipliera ; et il bénira le fruit de ton ventre, et le fruit de ta terre, ton froment, et ton moût, et ton huile, et la portée de ton gros bétail, et l’accroissement de ton menu bétail, sur la terre qu’il a juré à tes pères de te donner. Tu seras béni plus que tous les peuples il n’y aura, parmi toi et parmi tes bêtes, ni mâle ni femelle stérile ; et l’Éternel éloignera de toi toute maladie, et il ne mettra sur toi aucune des plaies malignes de l’Égypte, que tu as connues, mais il les mettra sur tous ceux qui te haïssent. Et tu consumeras tous les peuples que l’Éternel, ton Dieu, te livre ; ton œil ne les épargnera pas, et tu ne serviras pas leurs dieux, car ce serait un piège pour toi » (vers. 11-16).

Quel plaidoyer puissant et touchant ! Remarquez le contraste : Israël devait « écouter », « garder » et « faire ». L’Éternel devait « aimer », « bénir » et « multiplier ». Hélas ! Israël manqua totalement et honteusement à ce que l’Éternel demandait de lui, sous la loi et sous le gouvernement, et par conséquent, au lieu de la bénédiction et de l’accroissement, il n’y eut pour lui que jugement, malédiction, stérilité, dispersion et désolation.

Mais, béni soit le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ, si Israël a failli sous la loi et sous le gouvernement, Lui n’a pas fait défaut dans sa riche et précieuse grâce et sa miséricorde. Il gardera l’alliance qu’il a jurée à leurs pères. Pas une de ses promesses ne tombera à terre ; il les accomplira à la lettre. Et s’il ne peut le faire en vertu de l’obéissance d’Israël, il le fera à cause du sang de l’alliance éternelle, du précieux sang de Jésus, son Fils éternel. Gloire et honneur à son nom adorable !

Non, le Dieu d’Israël ne peut laisser une seule de ses précieuses promesses tomber à terre. Que deviendrions-nous s’il le faisait ? Quelle assurance, quel repos, quelle paix pourrions-nous avoir, si l’alliance de l’Éternel avec Abraham manquait en un seul point ? Il est vrai qu’Israël a perdu tous ses droits. S’il s’agit de prérogative selon la chair, Ismaël et Ésaü ont des droits antérieurs. S’il s’agit d’obéissance légale, le veau d’or et les tables brisées racontent sa triste histoire. S’il s’agit de gouvernement en vertu de l’alliance de Sinaï, les enfants d’Israël n’ont pas une seule excuse à mettre en avant.

Mais Dieu reste le même en dépit de la lamentable infidélité d’Israël. « Les dons de grâce et l’appel de Dieu sont sans repentir » (Rom. 11:29), et c’est pourquoi « tout Israël sera sauvé ». Dieu tiendra certainement son serment à Abraham, malgré toute la ruine de la postérité d’Abraham. Soyons-en fermement convaincus, quoiqu’on puisse dire de contraire. Israël sera restauré et béni, et il se multipliera dans la terre à laquelle il est affectionné. Un jour les Israélites reprendront leurs harpes suspendues aux saules, et, à l’ombre de leurs vignes et de leurs figuiers, ils chanteront les louanges de leur Dieu-Sauveur, durant le glorieux sabbat millénaire qui les attend. Tel est le témoignage invariable de l’Écriture, et il s’accomplira jusqu’aux moindres détails, pour la gloire de Dieu et en vertu de l’alliance éternelle.

Revenons à notre chapitre, dont les derniers versets demandent une attention toute particulière. Il est touchant de voir de quelle manière Moïse cherche à encourager le peuple au sujet des nations qu’il pouvait redouter en Canaan. Il comprend ses craintes et cherche à les dissiper. « Si tu dis dans ton cœur : Ces nations sont plus nombreuses que moi, etc. », lisez v. 17-26.

Le grand remède pour toutes les craintes causées par l’incrédulité est simplement d’avoir l’œil fixé sur le Dieu vivant ; alors le cœur est élevé au-dessus des difficultés de quelque nature qu’elles soient. On ne saurait nier qu’il n’y ait des difficultés et des influences fâcheuses de toute espèce. Bien des personnes affectent de parler légèrement des épreuves et des difficultés. Cela prouve, non la connaissance qu’elles ont de Dieu, mais leur profonde ignorance des sérieuses réalités de la vie. Elles voudraient nous persuader qu’il ne faudrait pas sentir les peines, les chagrins, les difficultés de la route. Autant vaudrait nous dire que nous ne devrions pas avoir de tête sur les épaules, ou de cœur dans notre poitrine. De telles personnes ne peuvent point encourager ceux qui sont abattus, car elles sont tout à fait incapables de comprendre les âmes qui passent par la lutte, ou qui sont aux prises avec les difficultés de la vie.

Comment Moïse s’efforce-t-il d’encourager les cœurs de ses frères ? « Tu ne t’épouvanteras pas », dit-il, non parce qu’il n’y avait pas d’ennemis de difficultés ou de dangers, mais parce que « l’Éternel, ton Dieu, est au milieu de toi, un Dieu grand et terrible ». C’était là le vrai encouragement : les ennemis étaient là, mais Dieu est un refuge assuré. C’est ainsi que Josaphat, pressé par l’ennemi, cherchait à encourager lui-même ses frères : « Ô notre Dieu ! ne les jugeras-tu pas ? car il n’y a point de force en nous devant cette grande multitude qui vient contre nous, et nous ne savons ce que nous devons faire, mais nos yeux sont sur toi » (2 Chr. 20:12).

Voilà le précieux secret. Les yeux reposent sur Dieu ; sa puissance intervient et tout est réglé. « Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? » Moïse va au-devant des craintes qui s’élèvent dans le cœur d’Israël. « Ces nations sont plus nombreuses que moi ». Oui, mais elles ne sont pas plus fortes que « le Dieu grand et terrible ». Quelles nations pourraient lui résister ? Toutes avaient un terrible compte à rendre à cause de leurs iniquités ; la coupe était comble ; le moment de la rétribution était arrivé, et le Dieu d’Israël allait les exterminer devant son peuple.

Israël, par conséquent, n’avait pas lieu de craindre la puissance de l’ennemi ; l’Éternel était avec lui ; mais il y avait une chose qui était bien plus à redouter, c’était l’influence séductrice de l’idolâtrie. Aussi l’Éternel dit-il : « Vous brûlerez au feu les images taillées de leurs dieux ; tu ne désireras pas l’argent ou l’or qui sont dessus, et tu ne les prendras pas pour toi ». « Quoi », serait porté à dire, plus d’un cœur, « devons-nous détruire l’or et l’argent qui ornent ces images ? Ne pourrait-on en tirer un bon parti ? N’est-ce point dommage de détruire quelque chose d’aussi précieux ? Passe encore de brûler les images, mais pourquoi ne pas épargner l’or et l’argent ? »

Ah ! c’est justement de cette manière que le pauvre cœur est porté à raisonner, et c’est ainsi que nous nous séduisons nous-mêmes, lorsque nous sommes appelés à juger et à abandonner ce qui est mal. Nous nous persuadons que nous pouvons faire quelque réserve, et qu’il nous est permis de choisir et de faire des distinctions. Nous sommes prêts à abandonner une partie du mal, mais non pas tout. Nous sommes d’avis de brûler le bois de l’image, mais d’épargner l’or et l’argent.

Fatale illusion ! « Tu ne désireras pas l’argent ou l’or qui sont dessus, et tu ne les prendras pas pour toi, de peur que par là tu ne sois pris dans un piège ; car c’est une abomination pour l’Éternel, ton Dieu ». Il faut que tout soit détruit. Retenir un atome de la chose maudite, c’est tomber dans le piège de l’ennemi et nous associer avec ce qui est une abomination aux yeux de Dieu, quelque estime que les hommes en fassent.

Or, d’après le dernier verset du chapitre, introduire une abomination dans la maison était devenir anathème soi-même. Combien cela est solennel ! Le comprenons-nous bien ?

Que le Seigneur garde nos cœurs séparés de tout mal, et fidèles pour Lui !


10 - Chapitre 8

« Vous prendrez garde à pratiquer tous les commandements que je vous commande aujourd’hui, afin que vous viviez, et que vous multipliiez, et que vous entriez dans le pays que l’Éternel a promis par serment à vos pères, et que vous le possédiez. Et tu te souviendras de tout le chemin par lequel l’Éternel, ton Dieu, t’a fait marcher ces quarante ans, dans le désert, afin de t’humilier, et de t’éprouver, pour connaître ce qui était dans ton cœur, si tu garderais ses commandements, ou non » (vers. 1, 2).

Il est à la fois rafraîchissant et encourageant de jeter un regard en arrière sur toute notre course terrestre. Nous y pouvons voir la main fidèle de notre Dieu, qui nous a conduits et guidés ; ses tendres et sages dispensations à notre égard, et ses délivrances merveilleuses dans les moments de détresse et de difficultés. Que de fois, lorsque nous ne savions plus que devenir, n’est-il pas venu à notre aide pour nous frayer notre chemin, calmer nos craintes, et remplir nos cœurs de chants de louange et d’actions de grâces !

Mais il ne faut pas confondre cette précieuse vue rétrospective avec la triste habitude de regarder en arrière à nos voies, à nos progrès, à nos services, lors même que nous admettons, d’une manière générale, que ce n’est que par la grâce de Dieu que nous avons pu accomplir quelque chose pour Lui. Tout cela ne conduit qu’à entretenir la satisfaction de soi-même, ce qui est la ruine de toute vraie spiritualité. S’occuper de soi, d’une manière quelconque, est une chose des plus pernicieuses ; c’est le coup de mort de la communion. Tout ce qui tend à placer le moi devant l’âme doit être jugé et rejeté d’une manière décisive, car la faiblesse et la stérilité en sont la conséquence. Regarder en arrière à ce que nous avons fait ou obtenu par nos efforts est tout ce que l’on peut imaginer de plus misérable. Ce n’était certes pas là ce que Moïse exhortait le peuple à faire, lorsqu’il leur disait « de se souvenir de tout le chemin » par lequel l’Éternel, leur Dieu, les avait fait marcher.

Arrêtons-nous un moment à ces remarquables paroles de l’apôtre, en Phil. 3: « Frères, je fais une chose oubliant les choses qui sont derrière, et tendant avec effort vers celles qui sont devant, je cours droit au but pour le prix de l’appel céleste de Dieu dans le Christ Jésus » (vers. 14).

Quelles sont les « choses » dont parle le bienheureux apôtre ? Mettait-il en oubli les précieuses dispensations de Dieu envers son âme durant sa carrière terrestre ? Non, nous avons la preuve évidente du contraire. Écoutez ce qu’il dit devant Agrippa : « Ayant donc reçu le secours qui vient de Dieu, me voici debout jusqu’à ce jour, rendant témoignage aux petits et aux grands » (Actes 26:22).

De même aussi, en écrivant à Timothée, son enfant bien-aimé et son compagnon d’œuvre, il passe en revue le passé et parle des persécutions et des souffrances qu’il a endurées, mais il ajoute « Et le Seigneur m’a délivré de toutes ». Et encore : « Dans ma première défense, personne n’a été avec moi, mais tous m’ont abandonné : que cela ne leur soit pas imputé. Mais le Seigneur s’est tenu près de moi, et m’a fortifié, afin que par moi la prédication fût pleinement accomplie, et que toutes les nations l’entendissent ; et j’ai été délivré de la gueule du lion » (2 Tim. 4:16, 17).

À quoi donc l’apôtre fait-il allusion, quand il parle « d’oublier les choses qui sont derrière ? » Il veut parler de toutes les choses qui n’avaient pas rapport à Christ, dont la chair pouvait se glorifier, sur lesquelles le cœur naturel pouvait se reposer et qui ne pouvaient être que des obstacles à la course ; ces choses-là devaient être oubliées dans l’ardente poursuite des grandes et glorieuses réalités qui étaient devant lui. Ni Paul, ni aucun autre enfant de Dieu et serviteur de Christ, n’a jamais eu le désir d’oublier une seule des circonstances de sa carrière terrestre, qui témoignaient de la bonté, de la tendresse et de la fidélité de Dieu. Au contraire, ce sera toujours une de nos plus douces jouissances de nous rappeler les dispensations bénies de notre Père envers nous, pendant que nous traversons le désert pour nous rendre dans notre patrie éternelle.

Qu’on ne s’y méprenne pas, nous n’approuvons en aucune manière l’habitude de s’appesantir sur ses propres expériences. Cela ne sert qu’à affaiblir. Gardons-nous-en comme de l’une des nombreuses causes qui tendent à diminuer la vie spirituelle et à éloigner nos cœurs de Christ. Mais nous n’avons pas à craindre le résultat produit par un coup d’œil rétrospectif sur les voies et les dispensations du Seigneur envers nous. C’est un exercice béni, qui aura toujours pour effet de nous sortir de nous-mêmes et de nous remplir de reconnaissance et d’actions de grâces.

Pourquoi Israël était-il exhorté à « se souvenir de tout le chemin », par lequel l’Éternel, son Dieu, l’avait fait passer ? C’était assurément pour faire éclater son cœur en louanges pour le passé, et fortifier sa confiance en Dieu pour l’avenir. Il doit toujours en être ainsi. Nous le louerons pour tout ce qui est passé, et nous nous confierons en Lui pour tout ce qui est à venir. Puissions-nous le faire de plus en plus, et nous avancer jour après jour, louant et nous confiant, nous confiant et louant. Voilà les deux choses qui contribuent à la gloire de Dieu, ainsi qu’à notre paix et à notre joie en Lui. Quand l’œil se repose sur les « Ében-Ézer », qui sont tout le long de la route, le cœur éclate en joyeux « Alléluia » à Celui qui nous a secourus jusqu’ici, et qui veut nous secourir jusqu’au bout. Il a délivré, il délivre maintenant, et il délivrera par la suite. Chaîne bénie ! Chacun de ses anneaux est une délivrance divine.

Et ce ne sont pas seulement les grâces signalées et les grandes délivrances, dont nous avons été les objets de la part de notre Père, que nous devons nous rappeler avec reconnaissance, mais aussi ce qui, dans son sage et fidèle amour, était destiné à nous « humilier » et à nous « éprouver ». Toutes ces choses sont pleines de riches bénédictions pour nos âmes. Ce ne sont pas, comme on dit quelquefois, « des grâces déguisées », mais des grâces évidentes et palpables, pour lesquelles nous aurons à louer Dieu durant l’éternité bienheureuse qui nous attend.

« Tu te souviendras de tout le chemin », de chaque étape du voyage, de chaque scène de la vie du désert, de toutes les dispensations de Dieu du commencement à la fin, et de leur but spécial, qui était « de t’humilier et de t’éprouver, pour connaître ce qui était dans ton cœur ».

Que c’est merveilleux de penser à la grâce patiente et à l’amour déployés dans les dispensations de Dieu envers son peuple dans le désert ! Quelle précieuse instruction nous offre cette merveilleuse histoire ! Nous avons aussi à être humiliés et éprouvés, afin de connaître ce qui est dans nos cœurs. Cela nous est de la plus grande utilité morale.

Dans les premiers temps de notre vie chrétienne, nous connaissons peu ce qui est dans nos cœurs. Nous sommes superficiels en toutes choses ; mais, en avançant dans la carrière pratique, nous saisissons mieux la réalité des choses ; nous découvrons la profondeur du mal qui est en nous ; le vide et la complète vanité de tout ce qui est dans le monde ; et nous comprenons la nécessité de dépendre entièrement et constamment de la grâce de Dieu. Tout cela est propre à nous rendre humbles et défiants à l’égard de nous-mêmes, et à nous amener à nous appuyer avec la simplicité d’un enfant, sur Celui qui seul peut nous préserver de toute chute. En croissant ainsi dans la connaissance de nous-mêmes, nous comprenons mieux la grâce, mieux aussi l’amour merveilleux du cœur de Dieu, sa tendresse envers nous, sa patience infinie pour supporter toutes nos faiblesses et nos manquements, les soins touchants qu’il a pour nous, son intervention continuelle en notre faveur, et les diverses circonstances par lesquelles il a trouvé bon de nous faire passer pour le bien et le profit de nos âmes.

L’effet pratique de tous ces exercices d’âme est de donner de la profondeur, de la fermeté et de la douceur au caractère ; on est ainsi délivré des notions et théories vaines, d’une étroitesse exagérée ou de l’extrême contraire ; on est rendu compatissant, patient et rempli d’égards pour les autres ; on est gardé de porter des jugements trop sévères, on pèse avec indulgence les actions des autres, et l’on cherche à leur attribuer les meilleurs motifs dans les cas qui peuvent paraître équivoques. Ce sont là des fruits précieux des expériences du désert.

« Et il t’a humilié, et t’a fait avoir faim ; et il t’a fait manger la manne que tu n’avais pas connue et que tes pères n’ont pas connue, afin de te faire connaître que l’homme ne vit pas de pain seulement, mais que l’homme vivra de tout ce qui sort de la bouche de l’Éternel » (vers. 3).

Ce passage offre un intérêt et une importance toute spéciale, par le fait que c’est la première citation de notre Seigneur dans sa lutte avec Satan, dans le désert. Pourquoi notre Seigneur cite-t-il le Deutéronome ? Parce que c’était justement le livre qui, mieux que tout autre, s’adaptait à la condition où Israël se trouvait alors. Israël avait totalement failli, et ce fait se constate d’un bout à l’autre du Deutéronome. Mais, bien que la nation eût manqué, le chemin de l’obéissance était ouvert à tout fidèle Israélite. C’était le devoir et le privilège de quiconque aimait Dieu, de s’en tenir à sa Parole, en tout temps et en toutes circonstances.

Notre bien-aimé Seigneur garda avec une fidélité parfaite la position de l’Israël de Dieu. L’Israël selon la chair avait tout perdu par sa faute ; Jésus était là, dans le désert, comme le véritable Israël de Dieu, pour faire face à l’ennemi avec la simple autorité de la parole de Dieu. « Or Jésus, plein de l’Esprit Saint, s’en retourna du Jourdain et fut mené par l’Esprit dans le désert, étant tenté par le diable quarante jours. Et il ne mangea rien pendant ces jours-là ; et lorsqu’ils furent accomplis, il eut faim. Et le diable lui dit : Si tu es Fils de Dieu, dis à cette pierre qu’elle devienne du pain. Et Jésus lui répondit, disant : Il est écrit que « l’homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole de Dieu » (Luc 4:1-4).

Scène merveilleuse ! L’homme parfait, le véritable Israël, était dans le désert, entouré de bêtes sauvages, jeûnant pendant quarante jours, et tenté par le grand ennemi de Dieu, des hommes et d’Israël. Il n’en était pas pour le second Adam comme pour le premier ; il n’était pas entouré des délices d’Éden, mais de toute l’aridité, de toute la désolation d’un désert. Il y était seul, endurant la faim, mais il y était pour Dieu.

Béni soit son nom, il était aussi là pour l’homme ; pour lui montrer de quelle manière il faut résister à l’ennemi dans toutes ses tentations et comment il faut vivre. Ne nous imaginons pas que notre adorable Sauveur rencontra l’adversaire en tant que Dieu souverain. Il était Dieu, cela est vrai, mais s’il avait soutenu la lutte seulement comme tel, il n’y aurait pas eu d’exemple pour nous. Il aurait été bien inutile de nous dire que Dieu avait été capable de vaincre et de mettre en fuite une créature formée par sa propre main. Mais lorsque nous voyons Celui qui était devenu homme, semblable à nous en toutes choses à part le péché, souffrant la faiblesse et la faim, entouré des conséquences de la chute, et pourtant triomphant complètement de cet ennemi terrible, c’est là ce qui est si consolant et si encourageant pour nous.

Et comment en triompha-t-il ? C’est la grande et importante question pour nous. Comment l’Homme Christ Jésus a-t-il vaincu Satan dans le désert ? Ce ne fut pas comme le Dieu Tout-Puissant, mais comme l’homme obéissant, n’ayant d’autre arme que la parole de Dieu dans son cœur et dans sa bouche, et par elle réduisant Satan au silence. C’est ainsi que le second Adam remporta la victoire sur le terrible ennemi de Dieu et de l’homme, et c’est ainsi qu’il est un exemple pour nous.

Remarquons aussi que notre Seigneur ne raisonne pas avec Satan. Lorsque notre divin modèle rencontre toutes les tentations de l’ennemi, il ne se sert que de l’arme que nous avons tous en notre possession, savoir la parole de Dieu écrite.

Nous avons dit « toutes les tentations », parce que dans les trois cas, la réponse invariable de notre Seigneur est : « Il est écrit ». Il ne dit pas : « Je sais », — « je pense », — « je sens », — « je crois », ceci ou cela ; il en appelle simplement à l’Écriture, au livre du Deutéronome en particulier, à ce livre même dont les incrédules ont osé mettre en doute l’authenticité, mais qui est tout spécialement le livre pour tout homme obéissant, au milieu de la ruine universelle et sans remède.

Cela est d’une grande importance pour nous, bien-aimé lecteur. C’est comme si notre Seigneur avait dit à l’ennemi : Il ne s’agit pas de savoir si je suis le Fils de Dieu ou non, mais de savoir comment l’homme doit vivre, et la réponse à cette question ne se trouve que dans la Sainte Écriture, et elle s’y montre claire comme le jour, indépendamment de toute question qui me concerne. Quoiqu’il en soit de moi, l’Écriture est la même : « L’homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu ».

Voilà la seule position vraie, sûre et heureuse pour l’homme, celle où il écoute dans une humble dépendance, « toute parole qui sort de la bouche de Dieu ». Position bénie où l’âme est placée en contact immédiat et personnel avec le Seigneur lui-même par le moyen de sa Parole. Nous voyons ainsi que la Parole est absolument nécessaire au chrétien. Nous ne pouvons nous en passer. Comme la vie naturelle est soutenue par le pain, de même la vie spirituelle est entretenue par la parole de Dieu. Se nourrir ainsi n’est pas seulement recourir à la Bible pour y trouver des doctrines, ou pour y voir nos opinions confirmées ; c’est, bien plus, c’est y chercher ce qui soutient la vie de l’homme nouveau, c’est-à-dire la nourriture, la lumière, les directions, la consolation, l’autorité, la force, en un mot tout ce dont l’âme peut avoir besoin.

Observons en particulier la force de l’expression « toute parole ». Comme elle nous montre bien que nous ne pouvons nous passer d’une seule des paroles sorties de la bouche de Dieu. Il nous les faut toutes. Nous ne savons à quel moment surgira telle ou telle difficulté qui trouvera sa solution dans l’Écriture. Il se peut que nous n’ayons pas jusque-là remarqué particulièrement le passage qui s’adapte à cette difficulté, mais quand elle se présente, si notre âme est en bon état, l’Esprit de Dieu nous fournit par la Parole le texte dont nous avons besoin, et nous y voyons une force, une beauté, une profondeur, une convenance morale, que nous n’y avions jamais vues auparavant. L’Écriture est un trésor divin, et par conséquent inépuisable, par lequel Dieu pourvoit abondamment à tous les besoins de son peuple, et à ceux de chaque croyant en particulier, de sorte qu’il n’y a pas une phase dans l’histoire de l’Église, pas une difficulté sur la route d’un chrétien, à laquelle il ne soit pourvu dans le saint Livre. Avec quel soin ne devrions-nous donc pas l’étudier dans son entier, le méditer, l’approfondir et le garder soigneusement dans nos cœurs, étant ainsi « parfaitement équipés », et prêts à nous en servir quand l’occasion s’en présente, que ce soient les tentations du diable, ou les convoitises du monde et de la chair, ou bien que nous ayons à suivre le sentier de bonnes œuvres que Dieu a préparées afin que nous y marchions.

Remarquons surtout l’expression : « de la bouche de Dieu ». Elle est des plus précieuses ; elle approche l’Éternel tout près de nous. Dieu parle pour que nous vivions par sa Parole ; elle nous est donc absolument indispensable, et nos âmes ne peuvent pas davantage, vivre sans elle que nos corps ne peuvent subsister sans nourriture. En un mot, ce passage nous enseigne que la vraie position de l’homme, son seul lieu de repos, de refuge, et de force se trouve dans une dépendance habituelle de la parole de Dieu.

La vie de foi que nous sommes appelés à vivre est celle de dépendance et d’obéissance, c’est celle que Jésus a réalisée parfaitement ici-bas. Ce précieux Sauveur ne faisait pas un pas, ne prononçait pas une parole, sans l’autorité de la parole de Dieu. Évidemment, il eût pu changer la pierre en pain, mais il n’avait pas de commandement de Dieu à cet égard, et, par conséquent, pas de motif pour agir. Les tentations de Satan étaient donc sans force sur Lui. L’adversaire ne pouvait rien sur un homme qui ne voulait agir que d’après l’autorité de la parole de Dieu.

Il est intéressant et profitable aussi de remarquer que notre Seigneur ne cite pas l’Écriture dans le but de réduire l’ennemi au silence, mais simplement comme autorité pour sa position et sa conduite. C’est en cela que nous manquons si souvent. Nous citons fréquemment la parole de Dieu pour avoir la victoire sur l’ennemi, mais nous la laissons moins agir sur nos propres âmes, par son autorité et sa puissance, et ainsi elle perd son action sur nos cœurs. Là Parole doit être pour nous comme le pain pour l’homme affamé, ou comme la boussole pour le navigateur ; c’est d’elle qu’il faut nous nourrir et c’est d’après elle que nous devons agir, penser et parler. Plus il en sera ainsi, plus nous en connaîtrons la valeur infinie. Qui est-ce qui connaît le mieux la valeur réelle du pain ? Est-ce un chimiste ? Non, mais un homme affamé. Un chimiste peut l’analyser et dire de quoi il se compose, mais c’est l’homme qui a faim qui en éprouve la valeur. Qui est-ce qui connaît le mieux la valeur réelle d’une boussole ? Est-ce le professeur de marine ? Non, mais c’est le marin qui navigue le long d’une côte inconnue et dangereuse. Ce ne sont là que de faibles images de ce que la parole de Dieu est pour le vrai chrétien. Il ne peut s’en passer ; elle lui est absolument indispensable dans chacune de ses relations, dans toute sa sphère d’activité. Elle nourrit et soutient sa vie intérieure, elle le guide dans sa vie pratique. Dans toutes les circonstances de sa vie publique ou domestique, dans la solitude du cabinet, au sein de sa famille, au milieu de ses affaires, c’est dans la parole de Dieu qu’il cherche direction et conseil. Et jamais elle ne fait défaut à qui s’en tient uniquement à elle. Nous pouvons nous confier en l’Écriture sans l’ombre d’une crainte. À quelque moment ou dans quelque occasion que nous la consultions, nous y trouvons ce dont nous avons besoin. Sommes-nous dans l’épreuve ? notre cœur est-il brisé, dans le deuil ? qu’est-ce qui nous consolera et nous calmera, sinon les douces paroles que le Saint Esprit a tracées pour nous ? Une phrase de la Sainte Écriture donne plus de vraie consolation que toutes les lettres de condoléances possibles. Sommes-nous découragés et abattus ? La parole de Dieu vient au-devant de nous avec ses belles et encourageantes assurances. Sommes-nous dans la pauvreté ? Le Saint Esprit applique à nos cœurs mainte promesse bénie des pages inspirées, nous rappelant celui qui est « le possesseur des cieux et de la terre » et qui, dans sa grâce infinie, s’est engagé à « suppléer à tous nos besoins, selon ses richesses en gloire, par le Christ Jésus ». Sommes-nous harassés et troublés par les opinions diverses des hommes, ou par des difficultés religieuses de toute espèce ? Quelques versets de la Sainte Écriture répandront des flots de lumière divine dans le cœur et la conscience, et nous donneront un repos parfait, en répondant à toute question, en nous faisant connaître les pensées de Dieu, et en mettant fin à toutes les divergences d’opinions, par la seule autorité compétente et divine.

De quel prix est donc la Sainte Écriture ! Quel trésor nous possédons dans la parole de Dieu ! Combien nous devrions bénir son saint nom de nous l’avoir donnée ! Et le bénir aussi pour tout ce qui sert à nous faire comprendre davantage la plénitude, la profondeur et la force de ces paroles de notre chapitre : « L’homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu ». Que ces paroles sont précieuses pour le cœur du croyant ! Celles qui suivent ne le sont guère moins : nous y voyons mentionnée en termes touchants la tendre sollicitude de l’Éternel pour son peuple durant toutes les pérégrinations dans le désert. « Ton vêtement », dit-il, « ne s’est point usé sur toi, et ton pied ne s’est point enflé, pendant ces quarante ans ».

Quelle grâce merveilleuse éclate dans ces paroles ! l’Éternel prenant soin de son peuple, jusqu’à voir que leurs vêtements ne s’usent point ou que leurs pieds ne se foulent point ! Non seulement il les nourrissait, mais il les vêtait et condescendait même à s’inquiéter de leurs pieds, de peur que le sable du désert ne les blesse. Et durant quarante années il veilla ainsi sur eux avec toute la tendresse d’un père. De quoi l’amour n’est-il pas capable pour celui qui en est l’objet ? L’amour de l’Éternel pour son peuple assurait à celui-ci toute bénédiction. Si seulement Israël l’avait compris ! Depuis l’Égypte jusqu’en Canaan, il n’y avait rien à quoi Il ne répondît, quels que fussent les besoins des Israélites, et cela parce qu’il les avait pris sous sa protection. Ayant l’amour infini et la toute-puissance pour eux, que leur manquait-il ?

Mais l’amour de Dieu envers les siens se manifeste de diverses manières. Il ne pourvoit pas seulement aux besoins de leur corps, à la nourriture et au vêtement, mais il s’occupe aussi de leurs besoins intellectuels et spirituels. C’est ce que le législateur rappelle au peuple en disant : « Connais dans ton cœur, que, comme un homme châtie son fils, l’Éternel, ton Dieu, te châtie » (v. 5).

Nous n’aimons pas la discipline, elle « n’est point un sujet de joie, mais de tristesse ». Un fils ne demande pas mieux que de recevoir la nourriture et le vêtement de la main de son père, et d’avoir tous ses besoins prévenus par sa sollicitude, mais il n’aime pas à lui voir prendre la verge. Et cependant cette verge redoutée est peut-être ce qu’il y a de meilleur pour le fils, en produisant ce qu’aucun bienfait matériel ou aucune bénédiction terrestre n’aurait pu faire. Il se peut qu’elle le corrige d’une mauvaise habitude, le délivre d’une dangereuse tendance, le sauve d’une influence pernicieuse, et devienne ainsi une grande bénédiction morale et spirituelle pour laquelle il sera à jamais reconnaissant. Le grand point, c’est que le fils reconnaisse l’amour et la sollicitude du père dans la discipline et le châtiment, aussi bien que dans les divers bienfaits matériels qui sont journellement semés sur sa route.

C’est précisément en cela que nous manquons si fort lorsqu’il s’agit des voies de notre Père en discipline. Nous jouissons de ses bienfaits et de ses grâces ; nous sommes heureux de recevoir, jour après jour, de sa main libérale, amplement et au-delà de ce qu’il faut à nos besoins ; nous aimons à penser aux nombreuses délivrances qu’il nous a accordées quand nous étions dans les difficultés, et, jetant un regard en arrière sur le chemin par lequel il nous a conduits, à voir les « Ében-Ézer » qui rappellent les secours obtenus tout le long de la route.

Tout cela est fort bien et fort profitable, mais nous courons le danger de nous reposer sur les grâces, les bénédictions et les bienfaits qui découlent en si riche profusion du cœur de notre Père et de sa main libérale. Nous sommes portés à nous reposer sur ces choses, et à dire avec le psalmiste : « Et moi, j’ai dit dans ma prospérité : Je ne serai jamais ébranlé. Éternel ! par ta faveur, tu as donné la stabilité et la force à ma montagne » (Ps. 30:6, 7). Il est vrai que c’est « par ta faveur », cependant nous sommes portés à être occupés de notre montagne, et de notre prospérité ; nous laissons ces choses se placer entre nos cœurs et le Seigneur, et ainsi elles deviennent des pièges pour nous. De là la nécessité de la discipline. Notre Père veille sur nous, dans son fidèle amour ; il voit le danger et il envoie l’épreuve, d’une manière ou d’une autre. Peut-être sera-ce un télégramme nous annonçant la mort d’un enfant bien-aimé, ou la faillite d’une banque qui engloutit toute notre fortune terrestre. Ou bien il se peut que nous soyons couchés sur un lit de maladie, ou appelés à veiller auprès de celui de quelque parent bien cher.

En un mot, nous pouvons avoir à passer par de grandes eaux, qui semblent terribles à nos pauvres et faibles cœurs. L’ennemi nous souffle tout bas : « Est-ce là de l’amour ? » Sans la moindre hésitation, et sans réserve, la foi répond : Oui, tout est amour, amour parfait, et sagesse ineffable. J’en suis certain dès à présent ; je n’attends pas à plus tard pour le savoir, lorsque je regarderai en arrière du sein de la gloire ; je le sais maintenant et je le reconnais avec joie, à la louange de cette grâce infinie qui m’a tiré des profondeurs de ma ruine, et qui daigne s’occuper de mes fautes et de mes péchés, afin de m’en délivrer pour me rendre participant de la sainteté céleste et conforme à l’image de ce Sauveur béni, qui « m’a aimé et s’est donné pour moi ».

Lecteur chrétien, c’est la manière de répondre à Satan et de faire taire les murmures qui peuvent s’élever dans nos cœurs. Nous devons toujours justifier Dieu, toujours considérer ses dispensations en discipline à la lumière de son amour. « Connais donc dans ton cœur que, comme un homme châtie son fils, l’Éternel, ton Dieu, te châtie ». Nous ne voudrions assurément pas être sans ce gage et cette preuve bénie de notre relation filiale. « Mon fils, ne méprise pas la discipline du Seigneur, et ne perds pas courage quand tu es repris par lui ; car celui que le Seigneur aime, il le discipline, et il fouette tout fils qu’il agrée. Vous endurez des peines comme discipline : Dieu agit envers vous comme envers des fils, car qui est le fils que le père ne discipline pas ? Mais si vous êtes sans la discipline à laquelle tous participent, alors vous êtes des bâtards et non pas des fils. De plus, nous avons eu les pères de notre chair pour nous discipliner, et nous les avons respectés ; ne serons-nous pas beaucoup plutôt soumis au Père des esprits, et nous vivrons ? Car ceux-là disciplinaient pendant peu de jours, selon qu’ils le trouvaient bon ; mais celui-ci nous discipline pour notre profit, afin que nous participions à sa sainteté. Or aucune discipline, pour le présent, ne semble être un sujet de joie, mais de tristesse ; mais plus tard, elle rend le fruit paisible de la justice à ceux qui sont exercés par elle. C’est pourquoi, redressez les mains lassées et les genoux défaillants, et faites des sentiers droits à vos pieds, afin que ce qui est boiteux ne se dévoie pas, mais plutôt se guérisse » (Héb. 12:5-13).

Il est à la fois intéressant et profitable de remarquer de quelle manière Moïse place devant la congrégation d’Israël les divers motifs qui devaient le porter à l’obéissance, motifs basés sur le passé, le présent et l’avenir, et qui avaient tous pour but de contribuer à réveiller et à fortifier leur sentiment des droits de l’Éternel sur eux. Ils avaient à « se souvenir » du passé, à « considérer » le présent, et à anticiper l’avenir ; et tout cela, pour agir sur leurs cœurs, et les conduire à une sainte obéissance envers Celui qui avait fait, qui faisait, et qui voulait faire de si grandes choses pour eux.

Le lecteur attentif ne manquera pas de remarquer que l’un des traits caractéristiques de ce beau livre du Deutéronome, est de mettre en avant les principes moraux. C’est une preuve évidente qu’il n’est pas une simple répétition de ce que nous avons dans l’Exode, et qu’au contraire, il a un domaine, une mission et un but qui lui sont propres.

« Et garde les commandements de l’Éternel, ton Dieu, pour marcher dans ses voies et pour le craindre » (vers. 6). Les Israélites devaient se rappeler l’histoire merveilleuse de ces quarante années de désert, les leçons, les humiliations, les épreuves qu’ils avaient rencontrées, puis les soins constants du Seigneur, la manne venant du ciel, l’eau du rocher, sa sollicitude même pour leurs vêtements et pour leurs pieds, et enfin la discipline nécessaire pour le bien de leurs âmes. Que de puissants motifs moraux pour obéir ! Mais, en outre, ils devaient regarder en avant, et trouver dans le brillant avenir qui les attendait, aussi bien que dans le passé et dans le présent, le fondement sûr et ferme des droits de l’Éternel à leur obéissance respectueuse et volontaire.

« Car l’Éternel, ton Dieu, te fait entrer dans un bon pays, un pays de ruisseaux d’eau, de sources, et d’eaux profondes, qui sourdent dans les vallées et dans les montagnes ; un pays de froment, et d’orge, et de vignes, et de figuiers, et de grenadiers, un pays d’oliviers à huile, et de miel ; un pays où tu ne mangeras pas ton pain dans la pauvreté, où tu ne manqueras de rien ; un pays dont les pierres sont du fer, et des montagnes duquel tu tailleras l’airain » (vers. 7-9).

Quel tableau délicieux de ce qui les attendait ! Quel contraste avec l’Égypte qui était derrière eux et le désert qu’ils avaient traversé ! La terre de l’Éternel était devant eux dans toute sa beauté, avec ses côteaux couverts de pampres, ses vallées distillant le miel, ses fontaines jaillissantes et ses torrents écumeux. Que cette perspective était rafraîchissante ! Quel contraste avec les poireaux, les aulx et les oignons de l’Égypte ! Oui, tout était différent ! C’était le pays de l’Éternel, et cela voulait dire qu’il produisait et contenait tout ce dont ils pouvaient avoir besoin. À la surface une riche profusion ; dans les profondeurs de la terre des richesses et des trésors inépuisables.

Combien l’Israélite fidèle devait désirer d’entrer dans ce riche pays et d’échanger le sable du désert contre ce bel héritage ! Le désert, il est vrai, avait ses expériences bénies, ses saintes leçons, ses précieux souvenirs. C’est là qu’ils avaient connu l’Éternel sous un aspect que Canaan même ne pouvait leur présenter ; mais cependant le désert n’était pas Canaan, et comment tout véritable Israélite n’aurait-il pas soupiré après le moment de poser son pied dans le pays de la promesse, ce pays que Moïse dépeint d’une manière si captivante ? « Un pays », dit-il, « où tu ne mangeras pas ton pain dans la pauvreté, où tu ne manqueras de rien ». Que pouvait-on dire de plus ? La main de l’Éternel allait les introduire là où il serait divinement pourvu à tous leurs besoins. La faim et la soif y seraient inconnues. La santé, l’abondance, la joie, la paix, la bénédiction devaient être la portion assurée de l’Israël de Dieu, dans ce bel héritage où il était sur le point d’entrer. Tout ennemi serait vaincu, tout obstacle enlevé ; « le bon pays » ouvrirait ses trésors pour l’usage du peuple ; arrosé continuellement par les pluies du ciel et réchauffé par son soleil, il produirait avec abondance tout ce que le cœur pouvait souhaiter.

Quel pays et quel héritage ! Quelle patrie ! Il va sans dire que nous le considérons maintenant au point de vue divin ; nous le voyons comme il était dans la pensée de Dieu et comme il sera pour Israël durant le glorieux millénium qui l’attend. Nous n’aurions qu’une bien pauvre idée du pays de l’Éternel, si nous n’y pensions que comme à celui possédé autrefois par Israël, même dans les jours brillants de son histoire, et comme il était au moment des splendeurs du règne de Salomon. Nous devons regarder en avant, « aux temps du rétablissement de toutes choses » (Actes 3:21), pour avoir une idée juste de ce que sera le pays de Canaan pour l’Israël de Dieu.

Or, Moïse parle du pays au point de vue divin. Il le présente comme donné de Dieu, et non comme possédé par Israël ; et cela fait une immense différence. D’après sa belle description il n’y avait en Canaan, ni ennemis, ni fâcheuses circonstances, on n’y voit que fertilité et bénédictions. Voilà ce qu’il aurait dû être et voilà ce qu’il sera pour la postérité d’Abraham, en vertu de l’alliance faite avec leurs pères — l’alliance nouvelle et éternelle, basée sur la grâce souveraine de Dieu et ratifiée par le sang de la croix. Aucune puissance de la terre ou de l’enfer ne peut empêcher l’accomplissement de la promesse de Dieu. « Aura-t-il dit, et ne fera-t-il pas ? » Dieu accomplira, à la lettre, tout ce qu’il a promis, malgré l’opposition de l’ennemi et la chute déplorable de son peuple. Quoique la postérité d’Abraham ait failli sous la loi et sous le gouvernement, le Dieu d’Abraham leur donnera cependant la grâce et la gloire, parce que ses dons et son appel sont sans repentance.

Moïse comprenait parfaitement tout cela. Il savait ce qui en serait de ceux qui étaient devant lui et de leurs enfants après eux, durant bien des générations ; aussi regardait-il en avant vers ce bel avenir où le Dieu de l’alliance déploierait, aux yeux de toute la création, les triomphes de sa grâce dans ses dispensations à l’égard de la postérité d’Abraham, son ami.

Toutefois, le serviteur de l’Éternel, fidèle au but qu’il avait devant les yeux dans tous les merveilleux discours du commencement de notre livre, continue à exhorter l’assemblée, et à lui montrer de quelle manière ils auraient à se comporter dans le bon pays où ils allaient entrer. Il leur parle de l’avenir comme il l’avait fait du passé et du présent, en s’efforçant de profiter de tout pour leur rappeler ce qu’ils devaient à Dieu qui avait si tendrement pris soin d’eux durant tout leur voyage, et qui allait les introduire et les planter sur la montagne de son héritage. Écoutons ses touchantes exhortations :

« Et tu mangeras, et tu seras rassasié, et tu béniras l’Éternel, ton Dieu, à cause du bon pays qu’il t’a donné ». Que c’est simple ! que c’est beau ! Rassasiés des fruits de la bonté de l’Éternel, ils devaient bénir et louer son saint nom. Il aime à être entouré de cœurs débordant du doux sentiment de sa bonté et éclatant en chants de louange et d’actions de grâce. Il dit : « Celui qui sacrifie la louange, me glorifie » (Ps. 50:23). La plus faible louange s’élevant d’un cœur reconnaissant monte comme un parfum de bonne odeur jusqu’au trône et jusqu’au cœur de Dieu.

Souvenons-nous en, bien-aimé lecteur. Pour nous, comme pour Israël, la louange est bienséante. Notre premier privilège est de louer l’Éternel. Chaque fois que nous respirons, un Alléluia devrait s’échapper de nos cœurs. C’est à cet exercice béni que le Saint Esprit nous exhorte fréquemment. « Offrons donc, par lui, sans cesse à Dieu un sacrifice de louanges, c’est-à-dire le fruit des lèvres qui confessent son nom » (Héb. 13:15). N’oublions jamais que rien ne réjouit le cœur et ne glorifie le nom de notre Dieu, comme un esprit de louange chez son peuple. Il est bon d’exercer la bienfaisance et de faire part de nos biens. Dieu prend plaisir à de tels sacrifices. C’est un de nos grands privilèges de faire du bien, quand nous en avons l’occasion, à tous les hommes, et particulièrement à ceux de la maison de la foi. Nous sommes appelés à être des canaux de miséricorde, entre le cœur de notre Père et toutes les formes de la misère humaine que nous rencontrons journellement sur notre route. Tout cela est vrai, mais n’oublions pas que la place la plus élevée appartient à la louange. C’est elle qui occupera nos facultés purifiées durant les âges glorieux de l’éternité, alors que les sacrifices d’une active bienfaisance ne seront plus nécessaires.

Mais le fidèle législateur ne connaissait que trop bien la tendance du cœur humain à oublier, à perdre de vue le divin Donateur et à se reposer sur ses dons. C’est pourquoi il adresse à l’assemblée les paroles qui suivent, — paroles si profitables pour eux et pour nous. Écoutons-les avec un saint respect et un esprit docile.

« Prends garde à toi, de peur que tu n’oublies l’Éternel, ton Dieu, pour ne pas garder ses commandements, et ses ordonnances, et ses statuts, que je te commande aujourd’hui ; de peur que, quand tu mangeras, et que tu seras rassasié, et que tu bâtiras de bonnes maisons et y habiteras, et que ton gros et menu bétail se multipliera, et que l’argent et l’or te seront multipliés, et que tout ce qui est à toi se multipliera, alors ton cœur ne s’élève, et que tu n’oublies l’Éternel, ton Dieu, qui t’a fait sortir du pays d’Égypte, de la maison de servitude ; qui t’a fait marcher dans le désert grand et terrible, désert de serpents brûlants et de scorpions, une terre aride où il n’y a point d’eau ; qui a fait sortir pour toi de l’eau du roc dur ; qui t’a fait manger dans le désert la manne que tes pères n’ont pas connue, afin de t’humilier et afin de t’éprouver, pour te faire du bien à la fin, — et que tu ne dises dans ton cœur : Ma puissance et la force de ma main m’ont acquis ces richesses. Mais tu te souviendras de l’Éternel, ton Dieu, que c’est lui qui te donne de la force pour acquérir ces richesses, afin de ratifier son alliance, qu’il a jurée à tes pères, comme il paraît aujourd’hui. Et s’il arrive que tu oublies en aucune manière l’Éternel, ton Dieu, et que tu ailles après d’autres dieux, et que tu les serves et que tu t’inclines devant eux, je rends témoignage aujourd’hui contre vous que vous périrez entièrement : comme les nations que l’Éternel fait périr devant vous, ainsi vous périrez, parce que vous n’aurez pas écouté la voix de l’Éternel, votre Dieu » (vers. 11-20).

Tout cela s’adresse à nous, comme jadis à Israël. Nous sommes peut-être disposés à nous étonner de la fréquente répétition des avertissements et des exhortations, mais ne sentons-nous pas profondément que nous avons nous-mêmes un besoin urgent d’avertissement, d’admonestation et d’exhortation ?

Et quant à ces grands faits que Moïse ne cesse de rappeler au peuple, pouvaient-ils jamais perdre leur valeur morale et leur puissance ? Assurément non. Israël pouvait les oublier, ou négliger de les apprécier, mais les faits restaient les mêmes. Comment de tels faits auraient-ils pu perdre leur influence sur un cœur possédant une seule étincelle d’amour sincère pour Dieu ? Et pourquoi nous étonner de voir Moïse les rappeler si souvent et s’en servir comme d’un puissant levier pour agir sur les cœurs ? Moïse sentait pour lui-même la puissance morale de ces choses, et il désirait que d’autres la sentissent aussi. Pour lui elles étaient précieuses au-delà de toute expression, et il s’efforçait de les rendre telles à ses frères. Son but unique et constant était de placer devant eux, de toute manière, les droits qu’avait l’Éternel à leur obéissance joyeuse et implicite.

Cela explique ce qui pourrait sembler à un lecteur superficiel, la trop fréquente répétition des scènes du passé dans ces remarquables discours de Moïse. En les lisant, nous nous souvenons des belles paroles de Pierre, dans sa seconde épître : « C’est pourquoi je m’appliquerai à vous faire souvenir toujours de ces choses,… Mais j’estime qu’il est juste, tant que je suis dans cette tente, de vous réveiller en rappelant ces choses à votre mémoire,… mais je m’étudierai à ce qu’après mon départ vous puissiez aussi en tout temps vous rappeler ces choses » (1:12-15).

Qu’il est remarquable de voir l’unité d’esprit et de but chez ces deux vénérables serviteurs de Dieu ! L’un et l’autre connaissaient la disposition du pauvre cœur humain à oublier ce qui concerne Dieu, le ciel et l’éternité, et ils sentaient l’importance suprême et la valeur infinie de ce dont ils parlaient.

Est-ce qu’un véritable Israélite aurait jamais pu se lasser d’entendre raconter ce que l’Éternel avait fait pour lui en Égypte, à la mer Rouge et dans le désert ? Jamais. De tels sujets étaient toujours nouveaux et précieux pour son cœur. Le chrétien, de même, pourrait-il jamais se lasser de la croix et de toutes les grandes et glorieuses réalités qui se groupent autour d’elle ? Pourrait-il jamais se lasser de Christ, de sa personne et de son œuvre ? Jamais, non jamais, durant toute l’éternité bienheureuse. A-t-il besoin d’autre chose ? La science peut-elle ajouter à Christ ? Le savoir humain peut-il ajouter quoi que ce soit au grand mystère de la piété, qui a pour base Dieu manifesté en chair et pour faîte un Homme glorifié dans le ciel ? Y a-t-il quelque chose au delà ? Non, assurément.

Prenons un ordre de choses moins élevé, considérons les œuvres de Dieu dans la création. Nous lassons-nous jamais du soleil ? Sommes-nous jamais fatigués de la mer ? Elle n’est cependant point nouvelle. Il est vrai que le soleil est souvent trop éblouissant pour la faible vue de l’homme, et que la mer engloutit souvent, en un instant, les œuvres dont il s’enorgueillit, mais néanmoins le soleil et la mer ne perdent jamais leur puissance et leur charme.

Et que sont toutes ces choses, comparées aux gloires qui se groupent autour de la personne et de la croix de Christ ? Que sont-elles à côté des grandes réalités de cette éternité qui nous attend ?


11 - Chapitre 9

« Écoute, Israël : Tu passes aujourd’hui le Jourdain, pour entrer, pour posséder des nations plus grandes et plus fortes que toi, des villes grandes et murées jusqu’aux cieux, un peuple grand et de haute stature, les fils des Anakim, que tu connais et dont tu as entendu dire : Qui peut tenir devant les fils d’Anak ? »

Ces paroles : « Écoute, Israël », sont comme la clef du livre que nous étudions, et en particulier de ces premiers discours qui nous ont occupés jusqu’ici, et le chapitre qu’elles ouvrent, présente, en effet, des sujets d’une fort grande importance.

Tout d’abord, le législateur met sous les yeux des enfants d’Israël, en termes solennels, ce qui les attend à leur entrée dans le pays. Il ne leur cache pas qu’ils auront à rencontrer de sérieuses difficultés et des ennemis redoutables. Ce n’était point qu’il voulût les décourager ; son but était de les avertir et de les préparer. Nous verrons bientôt quelle devait être cette préparation, mais le fidèle serviteur de Dieu sentait qu’avant tout, il était absolument nécessaire de placer devant ses frères le véritable état des choses.

On peut envisager les difficultés de deux manières — au point de vue humain, ou au point de vue divin ; avec un esprit d’incrédulité, ou bien avec le calme et la paix d’une entière confiance en Dieu. Nous avons un exemple de la première disposition d’esprit, dans le récit des espions incrédules, en Nomb. 13, et un exemple de la seconde au commencement du chapitre qui nous occupe maintenant.

Nier que le peuple de Dieu ait à rencontrer de nombreuses difficultés, ne serait pas de la foi, mais de la présomption, du fanatisme, ou le fruit d’un enthousiasme charnel. Il est toujours bon de savoir ce que l’on fait, et l’on ne doit pas se lancer aveuglément dans un chemin où l’on n’est pas préparé à entrer. Un paresseux incrédule dira : « Le grand lion est dans le chemin » ; un aveugle enthousiaste s’écriera : « Non, il n’y a rien de semblable ». L’homme de foi dira : « Quand même il y aurait des centaines de lions sur la route, Dieu est puissant pour les disperser ».

Mais comme grand principe pratique et d’une application générale, il est de toute importance pour les enfants de Dieu, de considérer sérieusement et calmement toute ligne de conduite ou toute sphère d’action, avant de s’y engager. Si cela se faisait davantage, nous ne verrions pas autant de naufrages spirituels autour de nous. Que signifient ces paroles si solennelles adressées par le Seigneur aux multitudes qui l’entouraient ? « Et se tournant, il leur dit : Si quelqu’un vient à moi, et ne hait pas son père, et sa mère, et sa femme, et ses enfants, et ses frères, et ses sœurs, et même aussi sa propre vie, il ne peut être mon disciple. Et quiconque ne porte pas sa croix, et ne vient pas après moi, ne peut être mon disciple. Car quel est celui d’entre vous qui, voulant bâtir une tour, ne s’asseye premièrement et ne calcule la dépense, pour voir s’il a de quoi l’achever ? de peur que, en ayant jeté le fondement et n’ayant pu l’achever, tous ceux qui le voient ne se mettent à se moquer de lui, disant : Cet homme a commencé à bâtir, et il n’a pu achever » (Luc 14:26-30). Paroles bien propres à faire réfléchir ! Combien de tours inachevées s’offrent à nos regards, quand nous contemplons le vaste champ de la profession chrétienne, — que d’occasions de moquerie pour le spectateur ! Que de gens qui se font disciples, par une sorte d’impulsion subite, ou sous l’action d’une influence humaine, sans bien comprendre ni bien peser tout ce qu’implique leur détermination ! Il s’en suit que quand les difficultés viennent à surgir, que les épreuves se présentent et que le sentier devient étroit, rude, solitaire, ils se détournent, prouvant par là qu’ils n’avaient jamais réellement calculé la dépense, jamais pris ce chemin selon la pensée de Dieu, jamais bien compris ce qu’ils faisaient.

De tels cas sont fort tristes. Ils font un grand tort à la cause de Christ, donnent à l’ennemi l’occasion de blasphémer, et tendent à décourager ceux qui ont à cœur la gloire de Dieu et le bien des âmes. Mieux vaudrait ne jamais entrer sur ce terrain que d’y entrer pour l’abandonner ensuite par incrédulité ou par un esprit de mondanité.

Nous pouvons ainsi comprendre la sagesse et l’utilité des paroles qui ouvrent notre chapitre. Moïse annonce fidèlement aux enfants d’Israël ce qui les attendait, non pas pour les décourager, mais afin de les préserver de la confiance en soi-même, qui laisse sans force au moment de l’épreuve, et de les engager à s’appuyer sur le Dieu vivant, qui ne manque jamais au cœur qui se confie en Lui.

« Et sache aujourd’hui que l’Éternel, ton Dieu, c’est lui qui passe devant toi, un feu consumant : c’est lui qui les détruira, et lui qui les abattra devant toi ; et tu les déposséderas, et tu les feras périr subitement, comme l’Éternel te l’a dit ».

Voilà la solution divine de toutes les difficultés, quelque grandes qu’elles soient. Qu’étaient, devant l’Éternel, les nations puissantes, les villes murées, les grandes cités ? Comme de la poussière balayée par le vent. « Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? » Les choses mêmes qui effrayent et tourmentent le cœur timide, sont des occasions pour Dieu de déployer sa puissance, et de triomphe pour la foi. La foi dit : « Si Dieu est devant moi et avec moi, je puis aller partout ». De sorte que la seule chose qui glorifie réellement Dieu, c’est la foi qui peut se confier en Lui, s’appuyer sur Lui et le louer ; en même temps elle est la seule chose qui donne à l’homme la place qui lui convient, celle de complète dépendance de Dieu, place qui assure la victoire et produit la louange.

Mais n’oublions pas que, dans la victoire même, il y a un danger moral, — c’est celui de tomber dans l’orgueil, — piège terrible pour nous pauvres mortels. Dans la lutte, nous sentons notre complète impuissance, et il est bon pour nous que le moi et tout ce qui lui appartient soit entièrement abaissé, car nous trouvons alors Dieu dans toute la plénitude de ce qu’il est, pour nous donner une victoire sûre et certaine, et la louange en est le résultat.

Mais nos cœurs rusés et mauvais sont enclins à oublier d’où nous sont venues la force et la victoire. De là la valeur et l’à propos des paroles d’exhortation suivantes, adressées par le fidèle serviteur de Dieu aux cœurs et aux consciences de ses frères : « Ne parle pas en ton cœur (c’est toujours là que commence le mal), quand l’Éternel ton Dieu, les aura chassés de devant toi ; disant : C’est à cause de ma justice que l’Éternel m’a fait entrer pour posséder ce pays. Mais c’est à cause de la méchanceté de ces nations que l’Éternel les dépossède devant toi ».

Hélas ! qu’il est terrible de penser que nous sommes capables de dire en nos cœurs des paroles comme celles-ci : « À cause de ma justice ! » Oui, lecteur, nous en sommes tout aussi capables que les Israélites, vu que nous ne sommes pas meilleurs qu’eux, et les dangers ou les tentations contre lesquels l’Esprit de Dieu nous met en garde, ne sont pas imaginaires. Nous sommes vraiment capables de faire des dispensations de Dieu à notre égard, une occasion de propre justice. Au lieu de voir dans les délivrances qu’il nous accorde, un sujet d’actions de grâces, nous nous en servons pour nous glorifier nous-mêmes.

Pesons donc sérieusement les paroles d’exhortation que Moïse adresse au peuple ; elles sont un souverain remède contre la propre justice, aussi naturelle à notre cœur qu’à celui d’Israël : « Ce n’est point à cause de ta justice, ni à cause de la droiture de ton cœur que tu entres pour posséder leur pays ; car c’est à cause de la méchanceté de ces nations que l’Éternel, ton Dieu, les dépossède devant toi, et afin de ratifier la parole que l’Éternel a jurée à tes pères, à Abraham, à Isaac, et à Jacob. Et sache que ce n’est pas à cause de ta justice que l’Éternel, ton Dieu, te donne ce bon pays pour le posséder ; car tu es un peuple de cou roide. Souviens-toi, et n’oublie pas comment tu as excité à colère l’Éternel, ton Dieu, dans le désert : depuis le jour où tu es sorti du pays d’Égypte, jusqu’à votre arrivée en ce lieu, vous avez été rebelles contre l’Éternel » (vers. 5-7).

Nous trouvons dans ce paragraphe deux grands principes que nous avons besoin de bien saisir. Premièrement, Moïse rappelle au peuple que leur entrée en possession du pays de Canaan avait lieu en vertu de la promesse faite à leurs pères. C’était placer la chose sur un fondement que rien ne pouvait ébranler.

Quant aux sept nations, c’était à cause de leur méchanceté que Dieu, dans l’exercice de son juste gouvernement, allait les chasser. Tout propriétaire a le droit de mettre dehors de mauvais tenanciers ; or les nations cananéennes non seulement n’avaient pas rendu à Dieu ce qu’elles lui devaient (voyez Rom. 1), mais elles avaient souillé le pays à tel point que Dieu ne pouvait plus les supporter, et c’est pourquoi il allait les chasser, sans que cela eût rapport à ceux qui viendraient après. L’iniquité des Amoréens était venue à son comble, et le jugement devait suivre son cours. Les hommes raisonnent sur le fait qu’un Être tout bon pût ordonner l’extermination de villes entières, avec leurs habitants ; mais dans le gouvernement de Dieu, nous avons une réponse à tous ces arguments. Dieu sait ce qu’il doit faire, sans avoir à demander conseil à l’homme. Il avait supporté la méchanceté des sept nations jusqu’à ce qu’elle fût devenue intolérable ; la terre elle-même ne pouvait plus l’endurer. Patienter plus longtemps aurait été sanctionner les plus honteuses abominations, et cela était moralement impossible. La gloire de Dieu exigeait l’expulsion des Cananéens.

Mais la gloire de Dieu demandait aussi que les descendants d’Abraham fussent mis en possession du pays, pour l’occuper à toujours comme le tenant du Dieu Tout-Puissant et Souverain, possesseur des cieux et de la terre. La possession du pays de la promesse par Israël et le maintien de la gloire divine étaient intimement liés ensemble. Dieu avait promis de donner la terre de Canaan à la postérité d’Abraham en possession éternelle. N’en avait-il pas le droit ? Les incrédules mettront-ils en doute le droit de Dieu de faire ce que bon lui semble de ce qui est à Lui ? Refuseront-ils au Créateur et gouverneur de l’univers un droit qu’ils réclament pour eux-mêmes ? Le pays appartenait à l’Éternel ; il l’avait donné à toujours à Abraham, son ami, et à sa postérité. Il ne pouvait manquer à sa promesse. Toutefois les Cananéens ne furent point troublés dans leur possession de la terre en question jusqu’à ce que leur méchanceté fut devenue absolument intolérable.

En second lieu, les Israélites n’avaient aucun motif de se vanter, comme Moïse le leur montre bien nettement, en leur rappelant les principaux traits de leur histoire d’Horeb à Kadès-Barnéa ; le veau d’or, les tables de l’alliance brisées, Tabhéra, Massa et Kibroth-Hattaava, et il termine par ces paroles bien propres à les humilier : « Vous avez été rebelles à l’Éternel depuis le jour que je vous ai connus ».

C’était parler franchement au cœur et à la conscience. Moïse leur dévoile clairement et par des faits, ce qu’ils étaient, révélation humiliante ! Il leur rappelle ainsi combien de fois ils avaient été près d’une ruine complète. Avec quelle force accablante les paroles suivantes devaient-elles frapper leurs oreilles : « Et l’Éternel me dit : Lève-toi, descends promptement d’ici, car ton peuple, que tu as fait sortir d’Égypte, s’est corrompu ; ils se sont vite détournés du chemin que je leur avais commandé, ils se sont fait une image de fonte. Et l’Éternel me parla, disant : J’ai vu ce peuple, et voici, c’est un peuple de cou roide. Laisse-moi, et je les détruirai, et j’effacerai leur nom de dessous les cieux ; et je ferai de toi une nation plus forte et plus nombreuse qu’eux » (vers. 12-14).

Paroles bien propres à abaisser leur vanité naturelle et leur propre justice ; et combien leurs cœurs auraient dû être touchés quand Moïse leur rappelle ces mots sortis de la bouche de l’Éternel : « Laisse-moi, et je les détruirai ! » Ils pouvaient voir par là combien ils avaient été près d’une entière destruction ! Ils s’étaient peu doutés de tout ce qui s’était passé entre l’Éternel et Moïse, sur le sommet du mont Horeb ! Ils avaient été au bord d’un affreux précipice ; un instant encore et ils y tombaient. Ils avaient été sauvés par l’intercession de Moïse, de celui-là même qu’ils avaient accusé de s’arroger trop de droits sur eux. Oh ! comme ils s’étaient trompés et l’avaient mal jugé ! L’homme même qu’ils avaient accusé de chercher à être prince sur eux, était celui qui avait refusé l’occasion que Dieu lui offrait de devenir le chef d’une nation plus puissante et plus grande qu’eux ! Et, en outre, ce même homme avait ardemment supplié que s’ils n’étaient pas pardonnés et amenés dans le pays, son nom fut effacé du livre.

Qu’il est merveilleux de voir ce que Dieu produit dans le cœur de ses serviteurs ! En repassant toutes les choses que Moïse leur rappelle, les Israélites pouvaient comprendre quelle insigne folie il y aurait eu à dire : « C’est à cause de ma justice que l’Éternel m’a fait entrer pour posséder ce pays ». Comment ceux qui avaient fait une image de fonte auraient-ils pu parler ainsi ? Ne devaient-ils pas plutôt reconnaître qu’ils ne valaient pas mieux que les nations qui allaient être chassées de devant eux ? Car qui les avait fait être différents ? Et à quoi devaient-ils d’avoir été délivrés d’Égypte, nourris dans le désert, et d’être bientôt introduits dans le pays de Canaan ? Uniquement à la grâce souveraine de Dieu et à la stabilité éternelle de l’alliance faite avec leurs pères, « alliance bien ordonnée et assurée » (2 Sam. 23:5), alliance ratifiée et scellée par le sang de l’Agneau, en vertu duquel tout Israël sera encore sauvé et béni dans son propre pays.

Lisons maintenant les touchantes paroles par lesquelles se termine notre chapitre :

« Et je me prosternai devant l’Éternel, les quarante jours et les quarante nuits pendant lesquels je me prosternai devant lui ; car l’Éternel avait dit qu’il vous détruirait. Et je suppliai l’Éternel, et je dis : Seigneur Éternel ! ne détruis pas ton peuple, et ton héritage, que tu as racheté par ta grandeur, que tu as fait sortir d’Égypte à main forte ! Souviens-toi de tes serviteurs, d’Abraham, d’Isaac, et de Jacob ; ne regarde pas à la dureté de ce peuple, et à sa méchanceté, et à son péché ; de peur qu’on ne dise dans le pays d’où tu nous as fait sortir : Parce que l’Éternel ne pouvait pas les faire entrer dans le pays qu’il leur avait promis, et parce qu’il les haïssait, il les a fait sortir pour les faire mourir dans le désert. Or ils sont ton peuple et ton héritage, que tu as fait sortir par ta grande puissance et par ton bras étendu ».

Quelle puissante intercession pour Israël ! Quelle abnégation à l’égard de lui-même ! Moïse refuse l’honneur qui lui est offert de devenir le fondateur d’une nation plus grande et plus puissante qu’Israël. Son seul désir est que l’Éternel soit glorifié et Israël pardonné, béni et introduit dans la terre promise. Il ne pouvait supporter la pensée d’un blâme jeté sur ce nom glorieux, si cher à son cœur, et il ne pouvait non plus consentir à voir la destruction d’Israël. C’étaient là les deux choses qu’il redoutait, mais quant à sa propre gloire, il ne s’en souciait aucunement. Ce bien-aimé serviteur ne s’inquiétait que de la gloire de Dieu et du salut de son peuple, et quant à ce qui le concernait lui-même, il était dans une tranquillité parfaite, assuré que sa bénédiction personnelle était liée d’une manière indissoluble à la gloire divine.

Combien cette intercession si vive et si pleine d’amour de son serviteur, était plus en harmonie avec les pensées de Dieu, que l’accusation d’Élie contre Israël, quelques centaines d’années plus tard ! Elle nous rappelle l’office béni de notre grand souverain sacrificateur, qui est toujours vivant pour intercéder pour nous.

Il est beau et vraiment touchant d’observer de quelle manière Moïse insiste sur le fait que le peuple était l’héritage de l’Éternel, et qu’il l’avait tiré du pays d’Égypte. L’Éternel avait dit : « Ton peuple, que tu as fait sortir d’Égypte ». Mais Moïse dit : « Ils sont ton peuple et ton héritage, que tu as fait sortir d’Égypte ». Cette scène n’est-elle pas de toute beauté, et n’offre-t-elle pas le plus profond intérêt ?


12 - Chapitre 10

« En ce temps-là, l’Éternel me dit : Taille-toi deux tables de pierre comme les premières, et monte vers moi sur la montagne, et fais-toi une arche de bois ; et j’écrirai sur les tables les paroles qui étaient sur les premières tables que tu as brisées, et tu les mettras dans l’arche. Et je fis une arche de bois de sittim, et je taillai deux tables de pierre comme les premières ; et je montai sur la montagne, les deux tables dans ma main. — Et il écrivit sur les tables, selon ce qu’il avait écrit la première fois, les dix paroles que l’Éternel vous avait dites sur la montagne, du milieu du feu, le jour de la congrégation ; et l’Éternel me les donna. Et je me tournai, et je descendis de la montagne, et je mis les tables dans l’arche que j’avais faite, et elles sont là, comme l’Éternel me l’avait commandé » (vers. 1-5).

Le vénérable serviteur de Dieu ne se lassait point de rappeler au peuple les mémorables scènes du passé. Pour lui, elles restaient toujours fraîches et précieuses ; il trouvait en elles un trésor inépuisable pour son propre cœur et un puissant levier moral pour le cœur d’Israël.

Cela nous rappelle les paroles que l’apôtre adressait à ses bien-aimés Philippiens : « Vous écrire les mêmes choses n’est pas pénible pour moi, et c’est votre sûreté ». Le cœur naturel, changeant et léger comme il l’est, désire toujours quelque chose de nouveau, mais le fidèle apôtre trouvait son bonheur à développer et à approfondir tout ce qui se rapporte à la personne et à la croix de son adorable Seigneur et Sauveur Jésus Christ. Il avait trouvé en Christ tout ce qu’il lui fallait pour le temps et pour l’éternité. La gloire de sa Personne avait complètement éclipsé toutes les gloires de la terre et de la nature. Il pouvait dire « Les choses qui pour moi étaient un gain, je les ai regardées, à cause de Christ, comme une perte » (Phil. 3:7).

Voilà le langage d’un vrai chrétien, d’un homme qui avait trouvé en Christ un objet qui le satisfaisait pleinement. Que pouvait offrir le monde à un tel homme ? Qu’il est déplorable et humiliant de voir un chrétien se tourner vers le monde, pour y chercher des jouissances, des amusements ou des passe-temps ? Cela prouve tout simplement, qu’il n’a pas trouvé que Christ fût suffisant pour son cœur. Nous pouvons poser ce principe certain, que le cœur qui est rempli de Christ n’a de place pour rien d’autre. Il n’est pas question de savoir si certaines choses sont bonnes ou mauvaises, mais le cœur ne les désire pas ; il ne s’en soucie point ; il a trouvé sa portion présente et éternelle dans la personne bénie de Celui qui remplit le cœur de Dieu et qui remplira l’univers tout entier des rayons de sa gloire durant l’éternité.

Ces tables brisées ! Quel fait remarquable et rempli d’instruction pour le peuple Que de choses il rappelait ! Oserait-on dire que nous n’avons ici qu’une simple répétition des faits racontés dans l’Exode ? Non, si l’on a la moindre foi en la divine inspiration du Pentateuque. Le chapitre 10 du Deutéronome remplit un vide et a sa portée propre. Le législateur y présente aux enfants d’Israël des scènes et des circonstances passées, de manière à les graver sur les tables de leur cœur. Il leur fait connaître la conversation qui eut lieu entre l’Éternel et lui ; il leur raconte ce qui se passa, durant ces quarante mystérieuses journées, sur la montagne environnée de nuages, et l’allusion de l’Éternel aux tables rompues, — image frappante de la complète impuissance de l’homme à garder l’alliance qu’il a traitée. Car pourquoi ces tables furent-elles brisées ? Parce qu’ils avaient honteusement manqué à ce que Dieu demandait d’eux. Les tables brisées devaient prouver à Israël le fait solennel que, en tant qu’il s’agissait de leur alliance, ils étaient complètement ruinés, irrémédiablement perdus ; ils avaient fait banqueroute quant à la justice.

Mais les secondes tables, Dieu en soit béni, racontaient une histoire bien différente. Elles ne furent pas brisées. Dieu en prit soin. « Et je me tournai, et je descendis de la montagne, et je mis les tables dans l’arche que j’avais faite, et elles sont là, comme l’Éternel me l’avait commandé ».

Fait béni ! « Elles sont là ! » Oui, cachées dans l’arche qui parlait de Christ, de Celui qui seul a magnifié la loi et l’a rendue honorable (voyez Ésaïe 42:21), qui en a établi chaque point pour la gloire de Dieu et pour la bénédiction éternelle de son peuple. Ainsi, tandis que les fragments brisés des premières tables disaient la triste et humiliante histoire de la ruine totale d’Israël, les secondes tables enfermées intactes dans l’arche annonçaient la vérité glorieuse que Christ est « la fin de la loi pour justice à tout croyant », « au Juif premièrement, et au Grec ».

Nous ne voulons pas dire qu’Israël comprît la profonde signification et la vaste application de ces faits merveilleux. Comme nation, ils ne les comprirent certainement pas alors, mais ils les comprendront plus tard, par la grâce souveraine de Dieu. Il peut y avoir eu des exceptions, des âmes isolées qui comprenaient quelque chose des pensées de Dieu ; mais là n’est pas la question maintenant. Nous devons chercher à reconnaître et à nous approprier la précieuse vérité exposée dans ces deux couples de tables, savoir la ruine de tout ce qui a été mis entre les mains de l’homme et la stabilité éternelle de l’alliance de Dieu en grâce, ratifiée par le sang de Christ, et qui sera manifestée dans tous ses résultats glorieux dans le royaume à venir, lorsque le Fils de David régnera d’une mer à l’autre, et de la rivière aux bouts de la terre ; lorsque la postérité d’Abraham possédera la terre promise, et que toutes les nations de la terre se réjouiront sous le règne bienfaisant du Prince de la paix.

Perspective glorieuse pour le pays maintenant désolé d’Israël et pour notre pauvre terre ! Le Roi de justice et de paix gouvernera alors selon sa volonté. Tout mal sera retranché d’une main puissante, car ce gouvernement sera sans faiblesse, et aucune langue rebelle n’osera s’élever avec insolence contre ses décrets et ses actes. Les démagogues insensés n’oseront pas troubler la paix du peuple ou insulter la majesté du trône. Tout abus sera redressé, tout élément de trouble sera neutralisé, toute pierre d’achoppement sera ôtée, et toute racine d’amertume sera arrachée. Les pauvres et les indigents seront rassasiés, oui, il sera pourvu à chacun d’une manière divine ; la douleur, la fatigue, la pauvreté seront inconnues ; le désert et le lieu aride se réjouiront, et le lieu solitaire s’égayera et fleurira comme une rose.

Lecteur, quels événements glorieux doivent encore s’accomplir dans ce pauvre et triste monde, pécheur et esclave de Satan ! Qu’il est rafraîchissant d’y penser ! Quelle consolation pour le cœur au milieu de la misère morale, de la dégradation et de tous les maux physiques, qui nous entourent de tous côtés ! Dieu soit béni, le jour approche rapidement où le prince de ce monde sera précipité de son trône au fond de l’abîme, où le Prince du ciel, Emmanuel, étendra son sceptre béni sur tout l’univers de Dieu, et où le ciel et la terre se réjouiront à la lumière de sa face glorieuse. Combien nous avons sujet de nous écrier « Seigneur, hâte les temps ! »

« Et les fils d’Israël partirent de Beéroth-Bené-Jaakan pour Moséra. Là mourut Aaron, et il y fut enseveli ; et Éléazar, son fils, exerça la sacrificature à sa place. De là ils partirent pour Gudgoda, et de Gudgoda pour Jotbatha, un pays de ruisseaux d’eaux. — En ce temps-là, l’Éternel sépara la tribu de Lévi, pour porter l’arche de l’alliance de l’Éternel, pour se tenir devant l’Éternel, pour faire son service, et pour bénir en son nom, jusqu’à ce jour. C’est pourquoi Lévi n’a point de part ni d’héritage avec ses frères ; l’Éternel est son héritage, comme l’Éternel, ton Dieu, le lui a dit » (vers. 6-9).

Il ne faut pas que le lecteur se laisse troubler par des doutes quant à l’ordre chronologique de ce passage. C’est simplement une parenthèse dans laquelle le législateur groupe d’une manière frappante et saisissante, des circonstances choisies avec soin dans l’histoire du peuple, et témoignant à la fois du gouvernement et de la grâce de Dieu. La mort d’Aaron montre le premier ; l’élection et l’élévation de Lévi présentent la seconde. Ces deux faits sont mentionnés ensemble, non point chronologiquement, mais pour le grand but moral qui était toujours présent à l’esprit de Moïse, but que la raison incrédule ne saurait comprendre, mais qui a toute sa valeur pour le cœur et l’intelligence de celui qui étudie sérieusement les Écritures. Qu’elles sont méprisables les chicanes des incrédules, quand on les considère à la brillante clarté de l’inspiration divine ! Quel misérable état que celui d’un esprit qui s’efforce de trouver dans des différences chronologiques, un défaut au volume divin, au lieu de saisir la vraie pensée et l’intention de l’auteur inspiré !

Mais pourquoi Moïse rappelle-t-il ainsi, d’une manière qui paraît brusque, justement ces deux événements de l’histoire d’Israël ? Simplement pour pousser le cœur du peuple à l’obéissance. Dans ce but, il choisit et groupe les faits selon la sagesse qui lui est donnée. Devons-nous nous attendre à trouver dans ce serviteur de Dieu, enseigné de Lui, la mesquine minutie d’un simple copiste ? Les incrédules affectent de le faire, mais les vrais chrétiens en savent plus long. Un simple scribe peut copier des événements dans leur ordre chronologique ; un véritable prophète choisira les événements de manière à agir sur le cœur et la conscience. Ainsi, tandis que le pauvre incrédule tâtonne dans les ténèbres qu’il s’est créées lui-même, le lecteur pieux trouve son plaisir dans les gloires morales de ce volume incomparable, qui demeure comme un rocher contre lequel viennent se briser les vagues impuissantes de l’incrédulité.

Nous ne reviendrons pas sur les circonstances auxquelles il est fait allusion dans la parenthèse mentionnée ci-dessus ; nous nous en sommes occupés autre part ; nous nous bornerons ici à faire remarquer au lecteur, le point de vue deutéronomique des faits. Moïse s’en sert pour donner plus de force au dernier appel qu’il adresse au cœur et à la conscience du peuple, en lui montrant la nécessité absolue d’une obéissance implicite aux statuts et aux droits du Dieu de leur alliance. Voilà pourquoi il rappelait le fait solennel de la mort d’Aaron. Les enfants d’Israël devaient se souvenir que, malgré sa position élevée comme souverain sacrificateur d’Israël, Aaron mourut pour avoir désobéi à la parole de l’Éternel. Combien il était donc important qu’ils prissent garde. Le gouvernement de Dieu ne devait pas être traité à la légère, et le fait même de la haute position d’Aaron, rendait d’autant plus nécessaire que son péché fût jugé, afin que d’autres en aient de la crainte.

Puis ils devaient aussi se souvenir des dispensations de l’Éternel envers Lévi ; dispensations dans lesquelles la grâce brille d’un si merveilleux éclat. Lévi, le fier, le cruel, le volontaire Lévi, est tiré du fond de sa ruine morale et rapproché de Dieu, « pour porter l’arche de l’alliance de l’Éternel, pour se tenir devant l’Éternel, pour faire son service, et pour bénir en son nom ».

Pourquoi ce qui se rapporte à Lévi est-il associé à la mort d’Aaron ? Simplement pour montrer les conséquences bénies de l’obéissance. Si la mort d’Aaron faisait voir le terrible résultat de la désobéissance, l’élévation de Lévi témoignait des fruits précieux de l’obéissance. Écoutons ce que le prophète Malachie dit à ce sujet : « Et vous saurez que je vous ai envoyé ce commandement, afin que mon alliance subsiste avec Lévi, dit l’Éternel des armées. Mon alliance avec lui était la vie et la paix, et je les lui donnai pour qu’il craignît ; et il me craignit et trembla devant mon nom. La loi de vérité était dans sa bouche, et l’iniquité ne se trouva pas sur ses lèvres ; il marcha avec moi dans la paix et dans la droiture, et il détourna de l’iniquité beaucoup de gens » (chap. 2:4-6).

Ce passage remarquable jette une grande clarté sur le sujet qui nous occupe. Il nous dit positivement que l’Éternel contracta une alliance de vie et de paix avec Lévi, à cause de son respect pour son nom, dans la triste occasion du veau d’or qu’Aaron (lui-même un Lévite du plus haut rang) avait fait.

Pourquoi Aaron fut-il jugé ? À cause de sa rébellion aux eaux de Meriba (Nomb. 20:24). Pourquoi Lévi fut-il béni ? À cause de son obéissance au pied du mont Horeb (Ex. 32). Pourquoi les trouvons-nous associés en Deutéronome 10 ? Afin d’imprimer sur le cœur et la conscience des Israélites, la nécessité d’une obéissance implicite aux commandements du Dieu de leur alliance. Que l’Écriture est parfaite dans toutes ses parties Comme elles se lient bien entre elles, et qu’il est évident pour le lecteur pieux que ce beau livre du Deutéronome a sa place assignée de Dieu dans les Écritures, et qu’il a un but spécial ! Combien il est clair que cette cinquième division du Pentateuque n’est ni une contradiction, ni une répétition, mais une application divine des livres précédents, divinement inspirés aussi ! Et lorsque les écrivains incrédules osent insulter les oracles de Dieu, ils ne savent ni ce qu’ils disent, ni ce qu’ils font, ils s’égarent, ne connaissant pas les Écritures, ni la puissance de Dieu (*).


(*) Nous avons dans les écrits humains, de nombreux exemples de ce qui se trouve en Deut. 10:6-9, et à quoi les incrédules objectent. Supposons un auteur désireux d’attirer l’attention sur quelque grand principe d’économie politique. Il n’hésitera pas à choisir des faits, quelque éloignés qu’ils puissent être les uns des autres dans l’histoire, et à les réunir pour démontrer sa thèse. Les incrédules font-ils objection à cela ? Non, quand cela se rencontre dans les écrits des hommes, mais bien lorsque cela arrive dans l’Écriture, parce qu’ils haïssent la parole de Dieu, et ne peuvent supporter la pensée qu’il a donné à ses créatures une révélation écrite de ses conseils. Mais il l’a donnée néanmoins, béni soit-il ! Et nous l’avons dans toute sa beauté et son autorité divine, pour consoler nos cœurs et éclairer notre route, au milieu des ténèbres et de la confusion que nous traversons pour arriver à la gloire.


Au verset 10 de notre chapitre, Moïse revient au sujet de son discours : « Et moi, je me tins sur la montagne comme les jours précédents, quarante jours et quarante nuits ; et l’Éternel m’écouta aussi cette fois-là : l’Éternel ne voulut pas te détruire. Et l’Éternel me dit : Lève-toi, va, pour marcher devant le peuple, et qu’ils entrent dans le pays que j’ai juré à leurs pères de leur donner, et qu’ils le possèdent ».

En dépit de tous les obstacles, l’Éternel voulait accomplir sa promesse faite aux pères, et mettre Israël en pleine possession du pays qu’il avait juré à Abraham, à Isaac et à Jacob, de donner à leur postérité en héritage perpétuel.

« Et maintenant, Israël ! qu’est-ce que l’Éternel, ton Dieu, demande de toi, sinon que tu craignes l’Éternel, ton Dieu, pour marcher dans toutes ses voies, et pour l’aimer, et pour servir l’Éternel, ton Dieu, de tout ton cœur et de toute ton âme, en gardant les commandements de l’Éternel, et ses statuts, que je te commande aujourd’hui, pour ton bien ? » C’était pour leur bien, pour leur prospérité et leur bénédiction, qu’ils devaient marcher dans la voie des commandements divins. Le sentier de l’obéissance du cœur est le seul qui conduise au vrai bonheur, et, Dieu en soit béni, ce sentier peut toujours être suivi par ceux qui aiment le Seigneur. Dieu nous a donné dans sa précieuse Parole, la révélation parfaite de ses pensées, et il nous a donné ce qu’Israël n’avait pas, son Saint Esprit pour habiter dans nos cœurs, et pour nous faire comprendre et apprécier cette Parole (*). Nos obligations sont donc beaucoup plus grandes que celles d’Israël. Nous sommes appelés à une vie d’obéissance par tout ce qui peut agir sur le cœur et sur l’intelligence.


(*) Il est en même temps la puissance de la vie que nous possédons (Note du trad).


Et c’est notre prospérité que d’être obéissants. Il y a vraiment une « grande récompense » à garder les commandements de notre bon Père. Tous ses soins pour nous, son amour constant, sa tendre sollicitude, ses dispensations merveilleuses à notre égard, ne sont-ce pas autant de motifs pour attacher fortement nos cœurs à Lui, et affermir nos pas dans le sentier d’une obéissance filiale ? De quelque côté que nous tournions nos regards, nous rencontrons les preuves évidentes de ses droits sur les affections de nos cœurs et sur toutes les facultés de notre être racheté. Et plus nous répondrons, par sa grâce, à ses droits précieux, plus aussi notre sentier sera lumineux et heureux. Il n’y a rien dans ce monde de plus béni que le chemin et la part d’une âme obéissante. « Grande est la paix de ceux qui aiment ta loi ; et pour eux il n’y a pas de chute » (Ps. 119:165). L’humble disciple qui trouve nourriture et breuvage à faire la volonté de son Seigneur et Maître, possède une paix que le monde ne peut ni donner ni ôter. Il se peut qu’il soit incompris et mal jugé, il se peut qu’on l’appelle étroit, exclusif, et pire encore ; mais rien de tout cela ne l’émeut. L’approbation de son Seigneur le dédommage de tous les reproches sous lesquels les hommes voudraient l’accabler. Il sait ce que valent les pensées des hommes ; pour lui, elles sont comme la balle que le vent chasse au loin.

Dans les derniers versets de notre chapitre, le législateur semble élever toujours plus haut les motifs de l’obéissance, et presser de plus près le cœur du peuple. « Voici », dit-il, « à l’Éternel, ton Dieu, appartiennent les cieux, et les cieux des cieux, la terre et tout ce qui est en elle. Cependant l’Éternel s’est attaché à tes pères pour les aimer ; et il vous a choisis, vous, leur semence, après eux, d’entre tous les peuples, comme il paraît aujourd’hui ». Quel merveilleux privilège que celui d’être choisis et aimés par le Possesseur du ciel et de la terre ! Quel honneur d’être appelés à le servir et à Lui obéir ! Assurément il n’y a rien de meilleur ou de plus élevé en ce monde. Être identifiés et associés avec le Dieu Tout-Puissant, être appelés de son nom, être son peuple particulier, sa propriété, le peuple de son choix, mis à part d’entre toutes les nations de la terre, pour être les serviteurs de l’Éternel et ses témoins ! Que pouvait-il y avoir de meilleur que cela, nous le demandons, sauf ce que possède l’Église de Dieu et le croyant individuellement ?

Il est certain que nos privilèges sont plus élevés, vu que nous connaissons Dieu d’une manière plus intime, plus profonde, plus élevée qu’Israël. Nous le connaissons comme le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ, et comme notre Dieu et notre Père. Nous avons le Saint Esprit demeurant en nous, versant l’amour de Dieu dans nos cœurs, et nous amenant à crier : Abba, Père. Tout cela est bien plus précieux que tout ce que le peuple terrestre de Dieu connut ou put connaître ; et puisque nos privilèges sont plus grands, ses droits à notre entière et complète obéissance sont plus étendus aussi. Chaque appel fait à Israël devrait retentir avec une double force dans nos cœurs, bien-aimés lecteurs chrétiens ; chaque exhortation à eux adressée, devrait nous parler avec bien plus de puissance encore. Nous sommes sur le terrain le plus élevé qu’une créature puisse occuper. Ni la postérité d’Abraham sur la terre, ni les anges de Dieu dans le ciel, ne pourraient dire ce que nous disons, ou connaître ce que nous connaissons. Nous sommes unis et associés à toujours avec le Fils de Dieu ressuscité et glorifié. Nous pouvons adopter le langage merveilleux de 1 Jean 4:17, et dire : « Comme il est, Lui, nous sommes, nous aussi, dans ce monde ». Assurément il ne saurait y avoir rien de plus élevé que cela en privilège et en dignité, sauf d’être rendus conformes de corps, d’âme et d’esprit, à son image adorable, ainsi que nous le serons bientôt, par la grâce infinie de Dieu.

N’oublions donc pas que nos obligations se mesurent d’après nos privilèges. Ne repoussons pas ce terme salutaire « d’obligation », sous prétexte qu’il sent le légalisme. C’est tout le contraire ; il serait impossible de concevoir quelque chose de plus éloigné du légalisme que les obligations qui résultent de la position chrétienne. On se trompe grandement en criant sans cesse au légalisme, lorsque les saintes responsabilités de notre position nous sont rappelées. Nous croyons que tout chrétien vraiment pieux, goûtera les appels et les exhortations que le Saint Esprit nous adresse au sujet de nos obligations, puisqu’elles reposent toutes sur des privilèges qui nous sont accordés par la grâce souveraine de Dieu, en vertu du précieux sang de Christ, et par le ministère du Saint Esprit.

Écoutons encore les puissants appels de Moïse ; ils ont leur utilité pour nous, malgré l’accroissement de nos lumières, de nos connaissances et de nos privilèges.

« Circoncisez donc votre cœur, et ne roidissez plus votre cou ; car l’Éternel, votre Dieu, est le Dieu des dieux, et le Seigneur des seigneurs, le Dieu grand, puissant, et terrible ; qui ne fait point acception de personnes, et qui ne prend pas de présents ; qui fait droit à l’orphelin et à la veuve, et qui aime l’étranger pour lui donner le pain et le vêtement ».

Moïse ne parle pas seulement ici de ce que Dieu fait, mais de Lui-même, de ce qu’il est. Il est le Dieu des cieux, le Grand, le Puissant et le Terrible. Mais il a un cœur plein d’amour pour la veuve et pour l’orphelin, pour ces pauvres êtres privés de leurs soutiens naturels. Dieu ne les oublie pas et en prend soin d’une manière toute spéciale ; ils ont des droits à son amour et à sa protection. « Dieu dans sa demeure sainte est le Père des orphelins et le Juge des veuves » (Ps. 68:5). « Celle qui est vraiment veuve, et qui est laissée seule, a mis son espérance en Dieu, et persévère dans les supplications et dans les prières, nuit et jour » (1 Tim. 5:5). « Laisse tes orphelins, moi, je les garderai en vie, et que tes veuves se confient en moi » (Jér. 49:11).

Quelle riche provision il y a ici pour la veuve et l’orphelin ! Quels soins admirables Dieu a pour eux ! Combien n’y a-t-il pas de veuves qui sont plus heureuses que lorsqu’elles avaient leurs maris ! Combien d’orphelins qui sont mieux soignés que du temps de leurs parents ! Dieu en prend soin ; et cela suffit. Des milliers de maris et de parents sont tels, qu’il vaudrait mieux n’en point avoir ; mais Dieu ne manque jamais à ceux qui demeurent dans sa dépendance. Il est toujours fidèle à son nom, quel que soit le titre qu’il prenne. Que toutes les veuves et que tous les orphelins s’en souviennent pour leur consolation et leur encouragement.

Le pauvre étranger n’est pas oublié non plus. « Il aime l’étranger, pour lui donner le pain et le vêtement ». Que c’est précieux ! Notre Dieu prend soin de tous ceux qui sont privés de soutiens terrestres, d’espérances humaines, d’appuis selon la chair. Tous ceux-là peuvent s’attendre à Lui d’une manière spéciale. Il ne manquera pas, dans son amour, de répondre à leurs besoins.

Mais il faut le connaître pour se confier en Lui. « Et ceux qui connaissent ton nom, se confieront en toi ; car tu n’as pas abandonné ceux qui te cherchent, ô Éternel ! » (Ps. 9:10). Ceux qui ne connaissent pas Dieu, préféreront de beaucoup à ses promesses, une police d’assurance, ou une pension du gouvernement. Mais le vrai croyant trouve dans cette promesse l’appui assuré de son cœur, parce qu’il connaît et aime Celui qui a promis et qu’il se confie en Lui. Il se réjouit à la pensée de dépendre entièrement de Dieu, et ne voudrait, pour rien au monde, changer de position. La chose même qui tourmenterait le plus un incrédule, est pour l’homme de foi, le sujet de la plus grande joie de son cœur. Il sera toujours prêt à s’écrier : « Mais toi, mon âme, repose-toi paisiblement sur Dieu ; car mon attente est en Lui. Lui seul est mon rocher » (Ps. 62:5). Position bénie ! Précieuse part ! Puisse le lecteur la connaître comme une divine réalité, une puissance divine dans son cœur par la puissance du Saint Esprit ! Alors il sera indépendant des choses terrestres, ayant trouvé tout ce qu’il lui faut pour le temps et pour l’éternité, dans le Dieu vivant et en son Christ.

Remarquons quelle est la provision que Dieu fait à l’étranger ; elle est fort simple : « le pain et le vêtement ». Mais c’est assez pour un véritable étranger, comme l’apôtre le dit à son fils Timothée : « Nous n’avons rien apporté dans le monde, et il est évident que nous n’en pouvons rien emporter. Mais ayant la nourriture et de quoi nous couvrir, nous serons satisfaits » (1 Tim. 6:7-8).

Lecteur chrétien, réfléchissons à cela. Quel remède contre la vaine ambition et la convoitise ! Quelle heureuse délivrance de la poursuite fiévreuse des biens de la terre, dans le commerce et la spéculation, et de l’esprit avide du siècle où nous vivons ! Si nous nous contentions de la portion divine faite à l’étranger, quelle différence pour nous ! Combien notre vie journalière serait plus calme et plus régulière ! Que notre manière de vivre et nos goûts seraient plus simples ! nos esprits moins mondains ! Comme nous laisserions de côté le luxe et l’amour du confort, qui prévalent tellement aujourd’hui parmi les chrétiens ! Nous nous bornerions à avoir de quoi nous nourrir et nous vêtir, afin d’être à la gloire de Dieu, ses serviteurs, et de maintenir nos corps dans la condition du travail. Aller au delà, soit dans le manger, soit dans le boire, c’est se laisser aller aux « convoitises de la chair qui font la guerre à l’âme ».

Combien n’y en a-t-il pas dans le monde chrétien, comme on l’appelle, qui, à l’égard de la boisson spécialement, se laissent aller à ces convoitises honteuses, se dégradent et ruinent leurs corps et leurs âmes ! Nous ne voulons pas prêcher une croisade contre les boissons spiritueuses. Le mal n’est que dans l’abus que l’on en fait. L’apôtre lui-même prescrit à Timothée de prendre « un peu de vin, à cause de son estomac et de ses fréquentes indispositions ». Mais chacun est responsable de marcher dans la crainte de Dieu, par rapport au manger et au boire. Un malade peut avoir besoin d’une nourriture fortifiante, est-ce à dire qu’il doive être un gourmand ? Certainement non : le mal n’est pas dans la prescription d’un médecin, mais dans la misérable convoitise du cœur.

Là est la racine du mal, et le remède se trouve dans cette précieuse grâce de Dieu qui, tout en apportant le salut à tous les hommes, enseigne à ceux qui sont sauvés à « vivre sobrement, justement et pieusement, dans le présent siècle » (Tite 2:12). Et qu’on se souvienne que « vivre sobrement » veut dire bien davantage que de pratiquer la tempérance dans le manger et dans le boire ; cela y est impliqué, sans doute, mais l’expression embrasse encore tout le gouvernement intérieur du cœur, — des pensées, de l’humeur, de la langue. La grâce qui nous sauve ne nous dit pas seulement comment nous devons vivre, mais nous l’enseigne, et si nous suivons son enseignement, nous serons parfaitement satisfaits de la portion de l’étranger.

Il est intéressant et édifiant à la fois, de remarquer comment Moïse place Dieu lui-même devant le peuple comme modèle à imiter. L’Éternel « aime l’étranger », dit-il, puis il continue « pour lui donner le pain et le vêtement. Et vous aimerez l’étranger ; car vous avez été étrangers dans le pays d’Égypte ». Non seulement ils devaient avoir le divin modèle devant leurs yeux, mais ils devaient aussi se souvenir de leur histoire et de leurs expériences passées, afin que leurs cœurs eussent de la sympathie et de la compassion envers le pauvre étranger. Le devoir et le privilège de l’Israël de Dieu était de se mettre à la place des autres et de tenir compte de leurs sentiments. Il devait être le représentant moral de Celui dont il était le peuple, et dont le nom était réclamé sur lui. Il devait l’imiter en suppléant aux besoins et en réjouissant les cœurs de l’orphelin, de la veuve et de l’étranger. Et si le peuple terrestre de Dieu était appelé à cette belle ligne de conduite, combien plus le sommes-nous, « nous qui sommes bénis de toute bénédiction spirituelle, dans les lieux célestes en Christ ». Puissions-nous nous tenir davantage en sa présence, et nous abreuver de plus en plus de son Esprit, afin de refléter plus fidèlement ses gloires morales sur tous ceux avec lesquels nous sommes en contact !

Les lignes qui terminent notre chapitre nous donnent un beau résumé de l’enseignement pratique qui a attiré notre attention. « Tu craindras l’Éternel, ton Dieu ; tu le serviras, et tu t’attacheras à Lui, et tu jureras par son nom. Lui est ta louange, et Lui est ton Dieu, qui a fait pour toi ces choses grandes et terribles que tes yeux ont vues. Tes pères sont descendus en Égypte au nombre de soixante-dix âmes ; et maintenant l’Éternel, ton Dieu, t’a fait devenir comme les étoiles des cieux, en multitude ».

Tout cela est bien propre à nous encourager moralement, en liant nos cœurs à l’Éternel lui-même, par le moyen de tout ce qu’il est, de toutes ses merveilleuses dispensations et de ses voies en grâce. C’est, nous pouvons bien le dire, le ressort caché de tout vrai dévouement. Dieu veuille que soit l’auteur, soit le lecteur, le réalisent toujours !


13 - Chapitre 11

« Tu aimeras donc l’Éternel, ton Dieu, et tu garderas ce qu’il te donne à garder, et ses statuts, et ses ordonnances, et ses commandements, toujours. Et vous savez aujourd’hui,… car je ne parle pas à vos fils, qui n’ont pas connu et n’ont pas vu le châtiment de l’Éternel, votre Dieu, sa grandeur, sa main forte, et son bras étendu, et ses signes et ses œuvres, qu’il a faits au milieu de l’Égypte, au Pharaon, roi d’Égypte, et à tout son pays ; et ce qu’il a fait à l’armée de l’Égypte, à ses chevaux et à ses chars, sur lesquels il a fait déborder les eaux de la mer Rouge, lorsqu’ils vous poursuivaient, et l’Éternel les a fait périr, jusqu’à aujourd’hui ; — et ce qu’il vous a fait dans le désert, jusqu’à ce que vous soyez arrivés en ce lieu-ci ; et ce qu’il a fait à Dathan et à Abiram, les fils d’Éliab, fils de Ruben, quand la terre ouvrit sa bouche, et les engloutit, avec leurs maisons et leurs tentes et tout ce qui était à leur suite, au milieu de tout Israël ; car ce sont vos yeux qui ont vu toute la grande œuvre de l’Éternel, qu’il a faite ».

Moïse sentait qu’il était de toute importance que les grandes œuvres de l’Éternel demeurent toujours devant les yeux des enfants d’Israël, et restent profondément gravées dans leur mémoire. Le pauvre esprit humain est vagabond et le cœur léger, et malgré tout ce qu’Israël avait vu des jugements de Dieu sur l’Égypte et sur Pharaon, il était en danger de les oublier, et de laisser effacer l’impression qu’ils avaient été destinés à produire sur lui.

Nous sommes portés à nous étonner que les Israélites puissent oublier les scènes mémorables de leur séjour en Égypte, — le fait que leurs pères y étaient descendus, une petite poignée d’hommes, et qu’ils s’y étaient accrus malgré de formidables obstacles, tellement qu’ils étaient devenus, avec l’aide de leur Dieu, aussi nombreux que les étoiles du ciel.

Et ces dix plaies sur la terre d’Égypte ! Qu’elles avaient été terribles et solennelles, et bien propres à donner une idée de la grande puissance de Dieu, du néant de l’homme, malgré toute sa prétendue sagesse, sa force et sa gloire, et à montrer l’insigne folie qu’il y a à vouloir s’opposer au Dieu Tout-Puissant ! Qu’était toute la puissance du Pharaon et de l’Égypte, en présence de l’Éternel, le Dieu d’Israël ? En un instant, tout avait été plongé dans la ruine et la désolation. Tous les chariots d’Égypte, toute la pompe et la gloire, toute la valeur et la puissance de cette antique et fameuse nation — tout avait été englouti dans les profondeurs de la mer.

Et pourquoi ? Parce qu’ils avaient osé toucher à l’Israël de Dieu ; ils avaient osé s’opposer au dessein arrêté et aux conseils du Très-Haut. Ils avaient tenté d’écraser ceux en qui il avait mis son bon plaisir. Il avait juré de bénir la postérité d’Abraham, et aucune puissance de la terre ou de l’enfer ne pouvait annuler son serment. Pharaon, dans son orgueil et dans la dureté de son cœur, avait cherché à contrecarrer les conseils divins, mais ce fut pour sa perte. Son pays entièrement bouleversé, et lui-même et sa puissante armée engloutis dans la mer Rouge : exemple solennel pour tous ceux qui chercheraient dorénavant à s’opposer aux conseils de l’Éternel en bénédiction envers la semence d’Abraham, son ami.

Et ce n’était pas seulement ce que l’Éternel avait fait à l’Égypte et au Pharaon, que le peuple devait se rappeler, mais encore ce qu’il avait fait parmi eux. Quelle leçon que le jugement exécuté sur Dathan et Abiram et leurs familles ! Quel châtiment terrible leur fut infligé ! Et pour quelle raison ? À cause de leur rébellion contre ce que Dieu avait établi. Dans le récit que nous donne le livre des Nombres, le lévite Coré joue le rôle principal ; ici il n’est pas mentionné, mais bien deux Rubénites, membres de la congrégation, parce que Moïse cherche à agir sur l’ensemble du peuple, en plaçant devant eux la conséquence terrible de l’insubordination chez deux d’entre eux, deux simples membres, comme nous dirions, et pas seulement chez un Lévite occupant une place privilégiée.

Ainsi, soit que l’attention des Israélites fût attirée sur les dispensations divines envers les autres peuples ou envers eux-mêmes, le but de Moïse était toujours d’imprimer dans leurs cœurs et leurs esprits, le sentiment profond de l’obéissance. Voilà à quoi tendaient toutes les répétitions, les commentaires et les exhortations du fidèle serviteur de Dieu, qui allait bientôt quitter le peuple d’Israël. C’est pour cela qu’il remonte bien loin en arrière dans leur histoire, choisissant, groupant, commentant les faits, citant celui-ci, omettant celui-là, selon qu’il était guidé par l’Esprit de Dieu, et tout est rapporté pour parler avec une force et une clarté merveilleuses à la conscience du peuple, afin d’établir fermement les droits de l’Éternel à leur obéissance absolue.

« Vous garderez donc tout le commandement que je vous commande aujourd’hui, afin que vous soyez forts, et que vous entriez, et que vous possédiez le pays dans lequel vous passez pour le posséder, et afin que vous prolongiez vos jours sur la terre que l’Éternel a juré à vos pères de leur donner, à eux et à leur semence, un pays ruisselant de lait et de miel ».

Je prie le lecteur de remarquer la liaison pleine de beauté morale qui existe entre ces deux parties de l’exhortation : « Vous garderez donc tout le commandement » — « afin que vous soyez forts ». On acquiert une grande force en obéissant sans réserve à la parole de Dieu. Nous serions disposés à choisir certains commandements ou préceptes qui nous conviennent, et à en laisser d’autres ; mais de quel droit le ferions-nous ? Ne serait-ce pas de la volonté propre et de la rébellion ? Un serviteur a-t-il le droit de décider auxquels des ordres de son maître il veut obéir ? Assurément non ; chacun des ordres est revêtu de l’autorité du maître et demande, par conséquent, l’attention du serviteur. Nous pouvons ajouter, que plus le serviteur obéira implicitement, respectant chacun des ordres qui lui sont donnés, quels qu’ils soient, plus il croîtra dans l’estime et la confiance de son maître. Nous savons tous combien il est précieux d’avoir des serviteurs en qui nous pouvons nous fier, qui se font un plaisir d’exécuter nos désirs, qu’il n’est pas nécessaire de suivre constamment, mais qui connaissent leur devoir et l’accomplissent. Ne devrions-nous donc pas avoir à cœur de réjouir notre Maître bien-aimé par une obéissance entière à tous ses commandements ? Quel privilège merveilleux pour de pauvres créatures telles que nous, de pouvoir réjouir le cœur de Celui qui nous a aimés et s’est donné pour nous ; mais il en est ainsi, béni soit son nom ! Il prend plaisir à ce que nous gardions ses commandements, et cette pensée devrait nous porter à étudier sa Parole, afin d’apprendre toujours plus ce que sont ses commandements pour les faire.

Les paroles de Moïse, citées plus haut, rappellent à notre mémoire la prière de l’apôtre pour « les saints et fidèles frères en Christ, qui étaient à Colosses ». « C’est pourquoi nous aussi, depuis le jour où nous en avons entendu parler, nous ne cessons pas de prier et de demander pour vous que vous soyez remplis de la connaissance de sa volonté, en toute sagesse et intelligence spirituelle, pour marcher d’une manière digne du Seigneur, pour Lui plaire à tous égards, portant du fruit en toute bonne œuvre, et croissant par la connaissance de Dieu : étant fortifiés en toute force, selon la puissance de sa gloire, pour toute patience et constance, avec joie, rendant grâces au Père qui nous a rendus capables de participer au lot des saints dans la lumière ; qui nous a délivrés du pouvoir des ténèbres, et nous a transportés dans le royaume du Fils de son amour, en qui nous avons la rédemption, la rémission des péchés » (Col. 1:9-14).

En tenant compte de la différence entre ce qui est terrestre et ce qui est céleste — entre Israël et l’Église — il y a une grande ressemblance entre les paroles de Moïse et celles de l’apôtre. Les unes et les autres sont de nature à montrer la beauté et le prix d’une obéissance de cœur envers Dieu. Elle est précieuse au Père et à Christ, et cette considération devrait suffire pour créer et fortifier dans nos cœurs le désir d’être remplis de la connaissance de sa volonté, pour marcher d’une manière digne de Lui, pour Lui plaire à tous égards, portant du fruit en toute bonne œuvre, et croissant par la connaissance de Dieu. Comme nous l’avons déjà dit, cela devrait nous pousser à une étude plus diligente de la parole de Dieu, afin d’apprendre toujours mieux à connaître sa volonté, ses pensées, ce qui Lui plaît, en regardant à Lui pour pouvoir l’accomplir. Alors nos cœurs seraient gardés près de Lui, et nous trouverions toujours plus d’intérêt à sonder les Écritures, non seulement pour croître dans la connaissance de la vérité, mais dans la connaissance de Dieu, de Christ, — dans la connaissance intime, personnelle, pratique, de tout ce qui est renfermé dans Celui en qui habite toute la plénitude de la Divinité corporellement. Oh ! puisse l’Esprit de Dieu éveiller en nous un plus vif désir de connaître et de faire la volonté de notre Seigneur et Sauveur Jésus Christ !

Arrêtons-nous maintenant un moment sur le tableau de la terre promise, que Moïse met devant les yeux du peuple. « Car le pays où tu entres pour le posséder n’est pas comme le pays d’Égypte d’où vous êtes sortis, où tu semais ta semence et où tu l’arrosais avec ton pied comme un jardin à légumes. Mais le pays dans lequel vous allez passer pour le posséder est un pays de montagnes et de vallées ; il boit l’eau de la pluie des cieux, — un pays dont l’Éternel, ton Dieu, a soin, sur lequel l’Éternel, ton Dieu, a continuellement les yeux, depuis le commencement de l’année jusqu’à la fin de l’année » (vers. 10-12).

Quel contraste frappant entre l’Égypte et Canaan ! L’Égypte n’avait pas de pluie des cieux ; tout y était travail humain. Il n’en était pas ainsi dans le pays de l’Éternel ; le pied de l’homme n’y avait rien à faire, car l’Éternel lui-même en prenait soin, et l’arrosait de la pluie de la première et de la dernière saison. Le pays d’Égypte dépendait de ses propres ressources, le pays de Canaan ne dépendait que de Dieu — de ce qui descendait des cieux. « Ma rivière est à moi », tel était le langage d’Égypte. « La rivière de Dieu » était l’espérance de Canaan.

Le Psaume 65 nous présente une belle description du pays de l’Éternel, dans son état de bénédiction : « Tu as visité la terre, tu l’as abreuvée, tu l’enrichis abondamment : le ruisseau de Dieu est plein d’eau. Tu prépares les blés, quand tu l’as ainsi préparée. Tu arroses ses sillons, tu aplanis ses mottes, tu l’amollis par des ondées, tu bénis son germe. Tu couronnes l’année de ta bonté, et tes sentiers distillent la graisse. Ils distillent sur les pâturages du désert, et les collines se ceignent d’allégresse. Les prairies se revêtent de menu bétail, et les plaines sont couvertes de froment » (vers. 9-13).

Qu’il est beau de voir Dieu lui-même répandre ainsi l’abondance sur son peuple, et verser les rayons de son soleil et ses ondées rafraîchissantes sur les collines et les vallées du pays d’Israël ! Cela Lui était agréable, et c’était à la gloire de son nom.

C’est ainsi qu’il en aurait toujours été, si Israël avait marché dans l’obéissance à la loi de Dieu. « Et il arrivera que, si vous écoutez attentivement mes commandements que je vous commande aujourd’hui, pour aimer l’Éternel, votre Dieu, et pour le servir de tout votre cœur et de toute votre âme, alors je donnerai la pluie de votre pays en son temps, la pluie de la première saison et la pluie de la dernière saison ; et tu recueilleras ton froment, et ton moût, et ton huile ; et je donnerai l’herbe dans tes champs, pour ton bétail ; et tu mangeras, et tu seras rassasié » (vers. 13-15).

Rien de plus simple, que ce pacte entre le Dieu d’Israël et l’Israël de Dieu. Le privilège d’Israël était d’aimer et de servir l’Éternel ; la prérogative de l’Éternel était de bénir et de faire prospérer Israël. Le bonheur et l’abondance devaient être les résultats assurés de l’obéissance. Le peuple et son pays étaient entièrement sous la dépendance de Dieu ; tout ce dont ils avaient besoin devait venir du ciel, c’est pourquoi, aussi longtemps qu’ils marchèrent dans l’obéissance, les pluies bienfaisantes arrosèrent leurs champs et leurs vignes, les cieux distillèrent la rosée et la terre, à son tour, fut fertile et bénie.

Mais, en revanche, lorsque Israël oublia l’Éternel et ses commandements, les cieux devinrent d’airain et la terre de fer ; la stérilité, la désolation, la famine et la misère, furent les tristes fruits de la désobéissance. Comment pouvait-il en être autrement ? « Si vous êtes de bonne volonté et que vous écoutiez, vous mangerez des biens du pays ; mais si vous refusez, et que vous soyez rebelles, vous serez consumés par l’épée ; car la bouche de l’Éternel a parlé » (Ésa. 1:19-20).

Il y a dans tout cela une instruction pratique pour l’Église de Dieu. Quoique nous ne soyons pas sous la loi, nous sommes appelés à l’obéissance, et dans la mesure où, par grâce, nous y marchons, nous sommes bénis spirituellement, nos âmes sont arrosées, rafraîchies, fortifiées, et nous portons les fruits de justice qui sont, par Jésus Christ, à la gloire et à la louange de Dieu.

En rapport avec ce sujet, lisons le commencement du chap. 15 de Jean (vers. 1-10), passage qui demande la sérieuse attention de tout sincère enfant de Dieu.

Ce passage a été le sujet de maintes controverses théologiques, et cependant il est aussi clair que pratique et n’a besoin que d’être pris dans sa simplicité toute divine. Si l’on y cherche un sens qui ne s’y trouve pas, il devient obscur, et l’on en perd la véritable application. Nous avons donc ici Christ, le vrai cep, prenant la place d’Israël qui était devenu pour l’Éternel le plant dégénéré d’un cep étranger. La scène de la parabole est évidemment sur la terre et non dans le ciel ; il n’y a dans le ciel, ni vignes, ni cultivateurs. En outre, notre Seigneur dit : « Je suis le vrai cep ». L’image est très claire. Ce n’est point la Tête et ses membres, mais un cep et ses sarments. De plus, le sujet de la parabole est aussi clair que la parabole elle-même ; il ne s’agit pas de la vie éternelle, mais de porter du fruit. Si on se souvenait de cela, on comprendrait mieux ce passage si souvent mal interprété.

En résumé, l’image du cep et de ses sarments nous enseigne que le secret pour porter du fruit, c’est de demeurer en Christ, et le moyen de demeurer en Christ, c’est de garder ses commandements. « Si vous gardez mes commandements, vous demeurerez dans mon amour ; comme moi j’ai gardé les commandements de mon Père, et je demeure dans son amour ». Cela simplifie tout. Le moyen de porter du fruit en sa saison, c’est de demeurer dans l’amour de Christ, et nous montrons que nous sommes dans cette position bénie, en gardant ses commandements dans nos cœurs et en y obéissant volontairement. Il ne s’agit pas de nous agiter, poussés par nos propres pensées, ni de faire des efforts avec un zèle tout charnel, pour montrer notre dévouement ; non, il s’agit de quelque chose d’entièrement différent ; c’est la calme et sainte obéissance du cœur envers notre Seigneur bien-aimé, afin de lui être agréables et de glorifier son nom.

Lecteur, méditons sérieusement ce grand sujet du cep et de ses fruits, et puissions-nous le comprendre mieux ! On se trompe souvent sur ce sujet. Il est à craindre que bien des choses qui passent pour du fruit dans la chrétienté, ne soient pas reconnues pour tel dans la présence de Dieu, car Dieu ne peut reconnaître comme fruit que ce qui provient directement du fait qu’on demeure en Christ. On peut se faire un nom parmi les hommes, par son zèle, son activité et son dévouement ; on peut se distinguer comme grand prédicateur, avoir le nom de bon ouvrier dans la vigne, être un grand philanthrope ou réformateur d’abus ; on peut employer sa fortune à aider aux œuvres de bienfaisance chrétienne, et avec tout cela ne pas produire une seule grappe de fruit qui soit acceptable au cœur du Père.

Et, d’un autre côté, il se peut que notre lot ici-bas soit de rester dans l’obscurité et la solitude ; il se peut que le monde et l’église professante tiennent fort peu compte de nous ; il peut sembler que nous ne laissons qu’une bien faible trace sur les sables du temps, mais si nous demeurons en Christ, dans son amour, si nous serrons ses précieuses paroles dans notre cœur, et que nous obéissions de bon cœur à ses commandements, alors nous porterons du fruit en sa saison, notre Père sera glorifié, et nous croîtrons dans la connaissance pratique de notre Seigneur et Sauveur Jésus Christ.

À la fin de notre chapitre, Moïse insiste auprès du peuple en termes solennels, sur l’urgente nécessité de la vigilance et du zèle en ce qui concernait les statuts et les jugements de l’Éternel, leur Dieu. Le fidèle serviteur de Dieu, véritable ami du peuple, était infatigable dans ses efforts pour l’encourager à cette obéissance du cœur, qu’il savait être pour Israël la source du bonheur et de la prospérité ; et de même que notre Seigneur avertit ses disciples en leur montrant le jugement solennel du sarment stérile, de même Moïse avertit le peuple des conséquences certaines et terribles de la désobéissance.

« Prenez garde à vous, de peur que votre cœur ne soit séduit, et que vous ne vous détourniez, et ne serviez d’autres dieux et ne vous prosterniez devant eux ». Nous voyons là la pente fatale qui conduit au mal. Le cœur séduit — voilà le commencement de tout déclin. « Et que vous ne vous détourniez ». Les pieds suivent toujours le cœur : de là vient la nécessité de garder le cœur avec soin. C’est la citadelle de tout l’être moral ; tant qu’on la garde pour le Seigneur, l’ennemi n’obtiendra aucun avantage, mais aussitôt qu’on la néglige, tout est perdu, et l’on se détourne. L’éloignement secret du cœur se montre par les faits : on sert et l’on adore « d’autres dieux ».

« Et que la colère de l’Éternel ne s’embrase contre vous, et qu’il ne ferme les cieux, en sorte qu’il n’y ait pas de pluie, et que la terre ne donne pas son rapport, et que vous périssiez rapidement de dessus ce bon pays que l’Éternel vous donne ». Quelle stérilité, quelle désolation il doit y avoir, lorsque le ciel est fermé ! Pas d’ondées rafraîchissantes, pas de rosée bienfaisante, aucune communication entre le ciel et la terre. Hélas ! combien de fois Israël n’eut-il pas à éprouver la terrible réalité de ces paroles : « Il change les fleuves en désert, et les sources d’eaux en sols arides, la terre fertile en terre salée, à cause de l’iniquité de ceux qui y habitent » (Ps. 107:33-34).

La terre stérile et le désert ne sont-ils pas l’image frappante d’une âme qui a perdu la communion, pour avoir désobéi aux précieux commandements de Christ ? Une telle âme n’a pas de communication rafraîchissante avec le ciel — pas d’ondées bienfaisantes — pas de sentiment de la valeur de Christ pour le cœur, pas de ministère béni du Saint Esprit pour l’âme ; la Bible semble un livre scellé ; tout est sombre, triste et désolé. Rien dans le monde de plus misérable qu’une âme dans cet état ! Puissions-nous, cher lecteur, n’en jamais faire l’expérience ! Puissions-nous incliner nos oreilles pour écouter les ferventes exhortations adressées par Moïse au peuple d’Israël ! Leur à propos est si frappant, elles sont si utiles, si nécessaires, dans ces jours de froide indifférence et d’insubordination positive. Elles placent devant nous le remède divin aux maux auxquels l’Église de Dieu est exposée en ce moment même — moment critique et solennel au-delà de toute conception humaine.

« Et mettez ces miennes paroles dans votre cœur et dans votre âme, et liez-les pour signes sur vos mains, et qu’elles soient comme des fronteaux entre vos yeux ; et vous les enseignerez à vos fils, en leur parlant, quand tu seras assis dans ta maison, et quand tu marcheras par le chemin, et quand tu te coucheras, et quand tu te lèveras ; et tu les écriras sur les poteaux de ta maison et sur tes portes, afin que vos jours et les jours de vos fils, sur la terre que l’Éternel a juré à vos pères de leur donner, soient multipliés comme les jours des cieux qui sont au-dessus de la terre » (v. 18-21).

Jours bénis ! et combien le cœur de Moïse désirait que le peuple pût jouir de beaucoup de jours semblables ! La condition était bien simple. Il ne s’agissait pas d’un joug pesant à porter, mais du précieux privilège de garder les commandements de l’Éternel, leur Dieu, dans leurs cœurs, et de vivre dans la pure atmosphère de sa sainte Parole. Tout dépendait de cela. Toutes les bénédictions du pays de Canaan — de ce bon pays, découlant de lait et de miel, de ce pays sur lequel les yeux de l’Éternel se reposaient toujours avec une tendre sollicitude — tous ses fruits précieux, tous ses rares privilèges, devaient être à eux à perpétuité, à la seule et simple condition d’obéir à la parole du Dieu de leur alliance.

« Car si vous gardez soigneusement tout ce commandement que je vous commande, pour le pratiquer, en aimant l’Éternel, votre Dieu, en marchant dans toutes ses voies et en vous attachant à Lui, l’Éternel dépossédera toutes ses nations devant vous ; et vous prendrez possession de nations plus grandes et plus fortes que vous ». En un mot, une victoire sûre et certaine les attendait ; la destruction de tous leurs ennemis et de tous les obstacles, et une entrée triomphante dans la terre promise, leur étaient assurées à condition qu’ils obéissent cordialement aux statuts et aux commandements les plus précieux, qui eussent jamais été adressés au cœur de l’homme — statuts et jugements qui tous étaient la voix même de leur Libérateur.

« Tout lieu que foulera la plante de votre pied sera à vous : votre limite sera depuis le désert et le Liban, depuis le fleuve, le fleuve Euphrate, jusqu’à la mer d’occident. Personne ne pourra tenir devant vous ; l’Éternel, votre Dieu, mettra la frayeur et la crainte de vous sur la face de tout le pays que vous foulerez, comme il vous l’a dit ».

Là était le côté divin de la question. Tout le pays était devant eux, dans sa longueur et sa largeur ; ils n’avaient qu’à en prendre possession comme d’un don gratuit de Dieu ; ils n’avaient qu’à poser leur pied avec foi et confiance sur ce bel héritage, que la grâce souveraine leur avait destiné. Nous voyons tout cela accompli dans le livre de Josué, au chapitre 11, où nous lisons : « Et Josué prit tout le pays, selon tout ce que l’Éternel avait dit à Moïse ; et Josué le donna en héritage à Israël, selon leurs distributions, selon leurs tribus. Et le pays se reposa de la guerre » (*) (verset 23).


(*) Il est hors de doute que ce fut par la foi que Josué prit tout le pays, et il ne pouvait prendre moins. Mais quant à la possession de fait, le chap. 13, vers. 1, montre « qu’il restait un très grand pays à posséder ».


Mais, hélas ! il y avait aussi le côté humain de la question. La possession de Canaan, promise par l’Éternel, et réalisée par la foi de Josué, était une chose ; Canaan possédé par Israël était une autre chose toute différente. De là, la grande différence qu’il y a entre Josué et les Juges. En Josué, nous voyons la fidélité infaillible de Dieu quant à sa promesse ; dans les Juges, nous voyons les misérables chutes d’Israël, dès le début, Dieu avait donné sa parole que nul ne pourrait subsister devant eux, et l’épée de Josué — type du grand Capitaine de notre salut — accomplit cette promesse jusqu’à un iota et un trait de lettre. Mais le livre des Juges nous raconte le triste fait qu’Israël ne put pas chasser l’ennemi, ni prendre possession de l’héritage divin, dans toute sa royale magnificence.

Eh bien ! la promesse de Dieu a-t-elle fait défaut ? Non, mais ce qui se montre, c’est la complète impuissance de l’homme. À « Guilgal », l’étendard de la victoire flottait au-dessus des douze tribus, ayant leur invincible capitaine à leur tête. À « Bokim », le peuple pleure sur la lamentable ruine d’Israël.

Nous voyons partout ces deux choses dans le volume divin, et elles ne sont nullement difficiles à comprendre. L’homme ne sait pas s’élever à la hauteur de la révélation divine, et prendre possession de ce que la grâce lui donne. Cela est aussi vrai dans l’histoire de l’Église que dans celle d’Israël. Dans le Nouveau Testament, comme dans l’Ancien, nous avons les Juges et Josué.

Nous voyons la même chose dans l’histoire de chaque individu, membre de l’Église. Où est le chrétien, dont la vie soit à la hauteur de ses privilèges spirituels ? Où est l’enfant de Dieu, qui n’a pas à déplorer combien peu il apprécie réellement les grands et saints privilèges de l’appel dont Dieu l’a appelé ? Mais cela n’anéantit pas la vérité de Dieu. Sa parole subsiste dans toute son intégrité et reste stable à jamais. De même que dans le cas d’Israël, le pays de la promesse était sous leurs yeux dans toute son étendue et dans toute sa beauté, et, qu’en outre, ils pouvaient compter sur la fidélité et la toute-puissance de Dieu pour les y faire entrer et leur en donner la pleine possession, — de même, nous sommes « bénis de toutes bénédictions spirituelles dans les lieux célestes en Christ » ; il n’y a aucune limite aux privilèges qui sont liés à notre position, et la jouissance que nous en avons dépend de la foi qui nous fait prendre possession de tout ce que Dieu, dans sa grâce souveraine, a fait nôtre en Christ.

N’oublions jamais que c’est le privilège du chrétien de vivre à la hauteur de la révélation divine. Il n’y a pas d’excuse pour une marche relâchée, pour une vie superficielle. Nous n’avons pas le droit de dire que nous ne pouvons pas réaliser la plénitude de notre portion en Christ, que la bannière est trop élevée, les privilèges trop vastes, que nous ne pouvons espérer de jouir de bénédictions si merveilleuses dans notre état actuel d’imperfection.

Tout cela n’est pas autre chose que de l’incrédulité, et devrait être considéré comme tel par tout vrai chrétien. La question est : la grâce de Dieu nous a-t-elle accordé ces privilèges ? la mort de Christ nous y a-t-elle donné droit ? Le Saint Esprit a-t-il déclaré qu’ils sont le partage du membre le plus faible du corps de Christ ? S’il en est ainsi — et l’Écriture le déclare — pourquoi n’en jouirions-nous pas ? Du côté de Dieu, il n’y a pas d’obstacles. C’est le désir de son cœur que nous possédions la plénitude de notre portion en Christ. Écoutons les vœux ardents que forme l’apôtre en faveur des saints à Éphèse, et de tous les saints (Éph. 1:18-23).

Cette merveilleuse prière nous montre avec quelle ferveur l’Esprit de Dieu souhaite que nous comprenions et jouissions des glorieux privilèges de la vraie position chrétienne. Par son précieux et divin ministère, il voudrait maintenir nos cœurs à cette hauteur bénie, mais, hélas ! comme Israël, nous l’affligeons par notre coupable incrédulité, et nous privons nos propres âmes d’incalculables bénédictions.

Toutefois, le Dieu de toute grâce, le Père de gloire, le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ, accomplira chaque trait de lettre de sa précieuse Parole, à l’égard de son peuple terrestre, aussi bien que de son peuple céleste. Israël jouira pleinement de toutes les bénédictions qui lui sont assurées par l’alliance éternelle, et l’Église goûtera les fruits excellents de tout ce que l’amour éternel et les conseils divins ont préparé pour elle en Christ. De plus, le Consolateur peut et veut mettre chaque croyant dans la jouissance actuelle de l’espérance du glorieux appel de Dieu et dans la puissance pratique de cette espérance, pour détacher le cœur des choses présentes et pour le mettre à part pour Dieu, en vraie sainteté.

Puissent nos cœurs désirer avec plus d’ardeur la complète réalisation de ces choses, et puissions-nous vivre davantage comme ceux qui trouvent leur part et leur repos dans un Christ ressuscité et glorifié ! Que Dieu, dans son infinie bonté, le fasse au nom et pour la gloire de son Fils Jésus Christ !

Les derniers versets de notre chapitre terminent la première section du livre du Deutéronome. Elle consiste, comme le lecteur l’aura remarqué, en une série de discours adressés par Moïse à la congrégation d’Israël. Les dernières exhortations, en parfait accord avec le reste, insistent sur la nécessité de l’obéissance, sujet sur lequel ne se lasse pas de revenir le serviteur de Dieu, dans ses touchants discours d’adieu au peuple.

« Regarde, je mets aujourd’hui devant vous la bénédiction et la malédiction : la bénédiction, si vous écoutez les commandements de l’Éternel, votre Dieu, que je vous commande aujourd’hui ; la malédiction, si vous n’écoutez pas les commandements de l’Éternel, votre Dieu, et si vous vous détournez du chemin que je vous commande aujourd’hui, pour aller après d’autres dieux, que vous n’avez pas connus. Et il arrivera que, quand l’Éternel, ton Dieu, t’aura fait entrer dans le pays où tu vas pour le posséder, tu mettras la bénédiction sur la montagne de Garizim, et la malédiction sur la montagne d’Ébal. Ces montagnes ne sont-elles pas de l’autre côté du Jourdain, par-delà le chemin du soleil couchant, qui traverse le pays des Cananéens qui habitent dans la plaine, vis-à-vis de Guilgal, à côté des chênes de Moré ? Car vous allez passer le Jourdain pour entrer, pour posséder le pays que l’Éternel, votre Dieu, vous donne ; vous le posséderez, et vous y habiterez. Et vous prendrez garde à pratiquer tous les statuts et les ordonnances que je mets aujourd’hui devant vous » (vers. 26-32).

Nous avons ici le résumé de tout. La bénédiction est liée à l’obéissance, la malédiction à la désobéissance. La montagne de Garizim est vis-à-vis de la montagne d’Ébal — fertilité et stérilité. — Nous verrons, quand nous en serons au chapitre 27, que la montagne de Garizim et ses bénédictions sont entièrement laissées de côté ; les malédictions de la montagne d’Ébal frappent l’oreille d’Israël, tandis qu’un silence terrible règne sur la montagne de Garizim. « Tous ceux qui sont sur le principe des œuvres de loi, sont sous malédiction » (Gal. 3:10). La bénédiction d’Abraham ne peut venir que sur ceux qui sont sur le terrain de la foi. Mais nous développerons ce sujet par la suite.


14 - Chapitre 12

Nous commençons ici une nouvelle section du Deutéronome. Les discours renfermés dans les onze premiers chapitres, ayant établi le principe si important de l’obéissance, nous en venons à l’application pratique de ce principe dans la vie du peuple, une fois entré en possession du pays. « Ce sont ici les statuts et les ordonnances que vous garderez pour les pratiquer dans le pays que l’Éternel, le Dieu de tes pères, te donne pour le posséder, tous les jours que vous vivrez sur la terre ».

Il est de la plus grande importance que le cœur et la conscience soient amenés à reconnaître l’autorité divine, indépendamment des questions de détails. Ceux-ci trouveront leur place une fois que le cœur aura appris à s’incliner, avec une soumission complète et absolue, devant l’autorité suprême de la parole de Dieu.

Nous avons vu dans notre étude des onze premiers chapitres, que le législateur s’efforce d’amener le cœur d’Israël dans cette condition si essentielle. Il fallait, avant tout, que le grand principe fondamental de toute moralité fût parfaitement établi au plus profond de l’âme. Voici quel est ce principe qui nous regarde aussi, nous chrétiens : c’est que le devoir absolu de l’homme est de se soumettre entièrement à la parole de Dieu, quoi qu’elle lui commande, et qu’il en comprenne la raison ou non. Le seul point important et concluant est : Dieu a-t-il parlé ? S’il a parlé, cela suffit. Il n’est pas besoin d’autre chose.

Tant que ce principe n’est pas entièrement établi, ou plutôt tant que le cœur n’est pas gouverné complètement par sa force morale, nous ne sommes pas en état de nous occuper des détails. Si on laisse agir la volonté propre, si l’on permet à l’aveugle raison d’élever la voix, alors le cœur commencera à soulever des questions, et les difficultés surgiront comme autant de pierres d’achoppement sur le sentier de l’obéissance.

« Eh quoi ! » s’écrie-t-on peut-être, « ne devons-nous pas faire usage de notre raison ? Pourquoi donc nous a-t-elle été donnée ? » À cela il y a deux réponses : d’abord, notre raison n’est pas ce qu’elle était quand Dieu l’a donnée à l’homme. Rappelons-nous que le péché est venu ; l’homme est un être déchu ; sa raison, son jugement, son intelligence, tout son être moral ont fait naufrage, et de plus, c’est l’oubli de la parole de Dieu qui a causé toute cette ruine.

En second lieu, si la raison était dans son état normal, elle le prouverait en se soumettant à la parole de Dieu. Mais elle n’est pas saine ; elle est aveugle et complètement pervertie ; elle n’est d’aucune autorité dans les choses spirituelles, divines, ou célestes.

Si ce simple fait était bien compris, mille difficultés seraient aplanies et mille questions résolues. C’est la raison qui fait les incrédules. Satan murmure à l’oreille de l’homme : « Vous êtes doué de raison, pourquoi ne pas vous en servir ? Elle a été donnée pour qu’on s’en serve en toutes choses. Vous ne devez pas donner votre assentiment à quelque chose que votre raison ne peut comprendre. Comme homme, vous avez le droit de soumettre tout au jugement de votre raison ; ce ne sont que les fous ou les idiots, qui acceptent avec une aveugle crédulité tout ce qu’on leur présente ».

Quelle sera notre réponse à des suggestions si rusées et si dangereuses ? Celle-ci qui est bien simple et bien concluante : La parole de Dieu est au-dessus de la raison, autant que Dieu est au-dessus de la créature, ou que les cieux sont au-dessus de la terre. Par conséquent, lorsque Dieu parle, tous les raisonnements doivent se taire. S’il ne s’agit que de la parole de l’homme, du jugement de l’homme, de l’opinion de l’homme, alors, en effet, la raison peut exercer son influence, ou, pour parler plus correctement, nous devons l’employer pour juger ce qu’on nous dit, d’après le seul modèle parfait, la parole de Dieu. Mais si on permet à la raison de discuter la parole de Dieu, l’âme sera immanquablement plongée dans les ténèbres de l’incrédulité, d’où la descente dans les profondeurs terribles de l’athéisme n’est que trop facile.

En un mot, nous devons serrer dans nos cœurs cette grande vérité, que la seule base solide pour l’âme est la foi en l’autorité suprême, la majesté divine et la toute-suffisance de la parole de Dieu. C’était sur ce terrain que se tenait Moïse, quand il parlait au cœur et à la conscience d’Israël. Son unique et grand but était d’amener le peuple à une entière soumission à l’autorité divine. Vouloir soumettre chaque précepte, chaque statut, en un mot toute institution de la Parole, au contrôle de la raison humaine, c’est rejeter l’autorité divine, l’Écriture, l’assurance et la paix. Lorsque, au contraire, l’âme est amenée par l’Esprit de Dieu à cette soumission absolue à l’autorité de la parole de Dieu, alors chacun de ses commandements, chaque phrase même de son précieux Livre, est reçue comme venant directement de Lui-même, et revêt toute l’importance que son autorité comporte. Il se peut que nous n’ayons pas une pleine intelligence de chaque statut, mais là n’est pas la question ; il nous suffit de savoir qu’il vient de Dieu ; il a parlé — cela suffit. Aucun fondement solide de vraie moralité ne peut être posé, tant que ce grand principe n’a pas été saisi et que l’âme ne le possède pas pleinement.

Les pensées que nous venons de développer, pourront servir à donner au lecteur l’intelligence du rapport qu’il y a entre le chapitre que nous avons sous les yeux et la première division de ce livre, et l’aider à comprendre la portée des premiers versets du chapitre 12.

« Vous détruirez entièrement tous les lieux où les nations que vous déposséderez auront servi leurs dieux sur les hautes montagnes et sur les collines et sous tout arbre vert ; et vous démolirez leurs autels, et vous briserez leurs statues ; et vous brûlerez au feu leurs ashères, et vous abattrez les images taillées de leurs dieux, et vous ferez périr leur nom de ce lieu-là » (vers. 2-3).

Le pays appartenait à l’Éternel ; les Israélites n’y étaient que ses tenanciers ; c’est pourquoi leur premier devoir, en en prenant possession, était de détruire toute trace de l’ancienne idolâtrie. Ceci était absolument indispensable, quelque intolérante que puisse paraître à la raison humaine cette manière d’agir envers la religion d’autrui. Nous l’accordons sans hésitation, c’était intolérant ; mais comment le Dieu vivant et vrai aurait-il pu ne pas l’être envers les faux dieux et l’idolâtrie ? Ce serait un vrai blasphème de supposer un instant, qu’il eût pu permettre le culte des idoles dans son pays.

Comprenons bien la chose. Ce n’est pas que Dieu, dans sa miséricorde, ne soit pas patient envers le monde ; nous avons tous, présente à l’esprit, l’histoire des six mille années durant lesquelles sa longanimité s’est exercée d’une manière si merveilleuse, depuis les jours de Noé, et ne s’est pas lassée malgré le rejet de son Fils bien-aimé.

Tout cela est en dehors du grand principe exposé dans notre chapitre. Israël avait à apprendre qu’en prenant possession du pays de l’Éternel, son premier devoir était d’en effacer toute trace d’idolâtrie. Le nom du Dieu qui devait être « leur seul Dieu » était invoqué sur les Israélites. Ils étaient son peuple, et il ne pouvait leur permettre d’avoir communion avec les démons. « Tu rendras hommage au Seigneur, ton Dieu, et tu le serviras Lui seul ».

Au point de vue des nations incirconcises, cela pouvait paraître très intolérant, bigot même. Elles pouvaient se vanter de leur liberté, et se glorifier de leur manière si large de rendre un culte qui admettait « plusieurs dieux et plusieurs seigneurs ». Il y aurait eu, selon eux, plus de largeur d’esprit à laisser à chacun ses propres idées en matière de religion, et le choix libre de l’objet et du mode de son culte. Ou bien encore, comme à Rome plus tard, ériger un Panthéon dans lequel tous les dieux du paganisme trouvent place, eût été, selon eux, la preuve évidente d’une civilisation bien plus avancée, plus brillante et plus raffinée. « Qu’importe, eussent-ils dit, la forme de religion d’un homme, ou l’objet de son culte, pourvu que lui-même soit sincère ! Tout se trouverait être bien à la fin. Le grand but pour chacun est de travailler au progrès matériel, de contribuer à la prospérité nationale, moyen des plus sûrs de sauvegarder les intérêts individuels. Il faut bien que chaque individu ait une religion, mais quant à la forme de cette religion, elle est immatérielle. La question importante n’est pas : Qu’est votre religion ? mais : Qu’êtes-vous, vous-même ? »

Ces idées pouvaient convenir admirablement à l’esprit charnel des nations incirconcises, mais quant à Israël, il avait à se souvenir de cette vérité imposante : « L’Éternel, ton Dieu, est un seul Éternel », et encore : « Tu n’auras point d’autres dieux devant ma face ». Telle était leur religion : adorer le seul Dieu vivant et vrai, leur Créateur et leur Rédempteur. Auprès de Lui, tout vrai adorateur, chaque membre de cette assemblée circoncise, dont le grand et saint privilège était d’appartenir à l’Israël de Dieu, trouvait largement place. Peu devait leur importer l’opinion ou les observations des nations qui les entouraient. Que savaient-ils des droits du Dieu d’Israël sur son peuple circoncis ? Étaient-elles compétentes pour rien décider au sujet d’Israël ? Sûrement pas : leurs pensées, leurs raisonnements et leurs arguments n’avaient donc aucune valeur. Israël ne devait pas même y prendre garde ; son devoir tout simple était de s’incliner devant l’autorité suprême et absolue de la parole de Dieu, qui demandait que toute trace d’idolâtrie fût entièrement abolie dans ce bon pays qu’ils avaient le privilège d’habiter. Il ne s’agissait pas seulement d’en finir avec l’idolâtrie en mettant en pièces les images taillées, pour élever à leur place des autels au vrai Dieu, mais comme l’Éternel l’avait dit : « Vous ne ferez pas ainsi à l’Éternel, votre Dieu ; mais vous chercherez le lieu que l’Éternel, votre Dieu, choisira d’entre toutes vos tribus pour y mettre son nom, le lieu où il habitera, et vous y viendrez ; et vous apporterez là vos holocaustes, et vos sacrifices, et vos dîmes, et l’offrande élevée de vos mains, et vos vœux, et vos offrandes volontaires, et les premiers-nés de votre gros et de votre menu bétail. Et là, vous mangerez devant l’Éternel, votre Dieu, et vous vous réjouirez, vous et vos maisons, dans toutes les choses auxquelles vous aurez mis la main, dans lesquelles l’Éternel, ton Dieu, t’aura béni » (vers. 4-7).

Quelle grande et importante vérité ces mots révélaient à l’assemblée d’Israël ! Le seul lieu où ils devaient rendre leur culte était choisi par Dieu et non par l’homme. Son habitation, le lieu où se trouvait Sa présence, devait être le grand centre d’Israël ; c’est là qu’ils devaient apporter leurs sacrifices et leurs offrandes, offrir leur culte, et trouver leur joie en commun.

Cela peut paraître exclusif, et l’est en effet. Il n’en pouvait être autrement. Puisqu’il avait plu à Dieu de choisir un lieu pour y établir sa demeure au milieu de son peuple racheté, il était de toute nécessité que la célébration de leur culte se fît exclusivement là. C’était une exclusion divine, dans laquelle toute âme pieuse et aimant l’Éternel trouvait ses délices. Elle pouvait dire de tout son cœur : « Éternel ! j’ai aimé l’habitation de ta maison, et le lieu de la demeure de ta gloire ». Et encore : « Combien sont aimables tes demeures, ô Éternel des armées ! Mon âme désire, et même elle languit après les parvis de l’Éternel ; mon cœur et ma chair crient après le Dieu vivant… Bienheureux ceux qui habitent dans ta maison ; ils te loueront sans cesse !… Car un jour dans tes parvis vaut mieux que mille. J’aimerais mieux me tenir sur le seuil dans la maison de mon Dieu, que de demeurer dans les tentes de la méchanceté » (Psaumes 26 et 84).

Cette demeure de l’Éternel devait être chère au cœur de tout vrai Israélite. La volonté propre aurait pu désirer aller ici et là ; le cœur vagabond soupirer après un changement ; mais tout adorateur vrai et dévoué ne pouvait trouver satisfaction, bénédiction, joie et repos, que dans le lieu où se trouvait la présence de son Dieu et où il avait mis son nom ; sur le terrain où l’autorité de sa précieuse Parole était reconnue. Rechercher un autre lieu de culte eût été non seulement abandonner la parole de l’Éternel, mais sa sainte demeure.

Nous voyons le développement de ce principe dans tout notre chapitre. Moïse rappelle au peuple que, dès le moment où il entrerait dans le pays de l’Éternel, il fallait renoncer à tout l’esprit d’indépendance et de volonté propre qui les avait caractérisés dans les plaines de Moab ou dans le désert. « Vous ne ferez pas selon tout ce que nous faisons ici aujourd’hui, chacun ce qui est bon à ses yeux ; car, jusqu’à présent, vous n’êtes pas entrés dans le repos et dans l’héritage que l’Éternel, ton Dieu, te donne. Mais lorsque vous aurez passé le Jourdain, et que vous habiterez dans le pays que l’Éternel, votre Dieu, vous fait hériter, et qu’il vous aura donné du repos à l’égard de tous vos ennemis, à l’entour, et que vous habiterez en sécurité, alors il y aura un lieu que l’Éternel, votre Dieu, choisira pour y faire habiter son nom ; vous apporterez tout ce que je vous commande… Prends garde à toi, de peur que tu n’offres tes holocaustes dans tous les lieux que tu verras ; mais dans le lieu que l’Éternel choisira dans l’une de tes tribus, là tu offriras tes holocaustes, et là tu feras tout ce que je te commande » (versets 8-14).

Nous voyons ainsi que, non seulement quant à l’objet, mais aussi quant au lieu et à la forme du culte, Israël avait à s’en tenir absolument au commandement de l’Éternel. Dès le moment où, ayant traversé le fleuve de la mort, ils avaient, comme peuple racheté, posé le pied sur le pays que Dieu leur donnait en héritage, il ne pouvait plus être question de volonté propre quant au culte à Lui rendre. Une fois en jouissance du pays de l’Éternel et du repos dans ce pays, leur service raisonnable et intelligent devait être une obéissance absolue à sa Parole. Les choses qui s’étaient passées dans le désert ne pouvaient être tolérées en Canaan. Plus leurs privilèges étaient grands, plus grande aussi devenait leur responsabilité.

Il se peut maintenant que des libéraux, comme ils se nomment, — ceux qui prétendent à la liberté d’action et de volonté, au droit de jugement privé en matière de religion, — déclarent que tout ce qui vient d’attirer notre attention est extrêmement étroit et tout à fait incompatible avec les lumières de notre siècle. Nous leur répondrons simplement ceci : Dieu n’avait-il pas le droit de prescrire à son peuple la manière de Lui rendre culte, et de lui préciser le lieu où il voulait rencontrer Israël ? Il faut, ou bien nier son existence, ou admettre son droit absolu et incontestable à fixer le temps et le lieu où son peuple devait s’approcher de Lui. Serait-ce une preuve d’intelligence, de haute culture d’esprit, ou de largeur d’idées, de refuser à Dieu ses droits ?

Si donc Dieu a le droit de commander, est-ce de l’étroitesse ou de la bigoterie de la part de son peuple d’obéir ? Telle est la question à résoudre ; elle est aussi simple que possible. La seule vraie largeur d’idées et de cœur est d’obéir aux commandements de Dieu, et il n’y avait aucune étroitesse de la part d’Israël à aller offrir les sacrifices au lieu qui lui était prescrit, et à refuser d’aller ailleurs. Les gentils incirconcis pouvaient aller où bon leur semblait, mais non pas le peuple de Dieu.

Quel privilège inestimable pour tous ceux qui aimaient Dieu et s’aimaient l’un l’autre, que de s’assembler au lieu où son nom était magnifié ! Et quel touchant effet de sa grâce, que son désir de son peuple autour de Lui-même, de temps en temps ! Ce fait nuisait-il aux droits personnels et aux privilèges domestiques des Israélites ? Non, au contraire, ils en étaient considérablement accrus. Dieu, dans sa bonté infinie, prenait soin de tout, trouvait ses délices à répandre la joie et la bénédiction sur son peuple, individuellement et collectivement, comme nous le lisons : « Quand l’Éternel, ton Dieu, aura étendu tes limites, comme il te l’a promis, et que tu diras : Je mangerai de la chair, parce que ton âme désirera de manger de la chair, tu mangeras de la chair, selon tout le désir de ton âme. Si le lieu que l’Éternel, ton Dieu, aura choisi pour y mettre son nom est loin de toi, alors tu sacrifieras de ton gros et de ton menu bétail, que l’Éternel t’aura donné, comme je te l’ai commandé, et tu en mangeras, dans tes portes, selon tout le désir de ton âme ; comme on mange de la gazelle et du cerf, ainsi tu en mangeras : celui qui est impur et celui qui est pur en mangeront également » (versets 20-22).

Ne voyons-nous pas ici la bonté et les tendres compassions avec lesquelles Dieu agissait en vue du bien et des jouissances de chacun ? La seule restriction était celle-ci : « Seulement, tiens ferme à ne pas manger le sang, car le sang est la vie ; et tu ne mangeras pas l’âme avec la chair. Tu n’en mangeras pas, tu le verseras sur la terre, comme de l’eau. Tu n’en mangeras pas, afin que tu prospères, toi et tes fils après toi, parce que tu auras fait ce qui est droit aux yeux de l’Éternel » (vers. 23-25) (Le grand principe de l’abstention du sang a été traité dans nos « Notes sur le Lévitique », que le lecteur pourrait revoir). La question n’est pas à quel point les Israélites comprenaient ces choses ; ils n’avaient qu’à obéir, afin de prospérer eux et leurs enfants après eux ; il s’agissait de reconnaître les droits souverains de Dieu.

Après avoir fait cette exception, le législateur reprend le sujet si important du culte public. « Toutefois les choses que tu auras sanctifiées, qui seront à toi, et celles que tu auras vouées, tu les prendras, et tu viendras au lieu que l’Éternel aura choisi ; et tu offriras tes holocaustes, la chair et le sang, sur l’autel de l’Éternel, ton Dieu, et le sang de tes sacrifices sera versé sur l’autel de l’Éternel, ton Dieu, et tu en mangeras la chair » (vers. 26-27).

Si la raison ou la volonté propre pouvaient parler, elles diraient peut-être : « Pourquoi devaient-ils tous aller au même lieu ? Ne pouvait-on pas avoir un autel à la maison, ou, sinon, un dans chaque ville principale, ou au centre de chaque tribu ? » Nous répondrions : Dieu avait commandé autrement ; c’en était assez pour tout vrai Israélite. Lors même que nous serions incapables, vu notre ignorance, de voir le pourquoi des choses, la simple obéissance est une obligation et un devoir, et si nous marchons humblement, joyeusement et simplement, dans ce sentier d’obéissance, nos âmes seront assurément éclairées, et nous trouverons une abondance de bénédictions ineffables dans cette proximité de Dieu où nous serons, et qui n’est connue que de ceux qui aiment à garder ses commandements.

Oui, cher lecteur, telle est la manière de répondre à tous les raisonnements et à toutes les questions de l’esprit charnel, qui ne se soumet pas à la loi de Dieu, et aussi ne le peut. Sommes-nous appelés à rendre compte aux incrédules et aux raisonneurs du motif qui nous fait agir ? Non, ce n’est pas notre affaire ; ce serait une perte de temps et de peine, d’autant plus que ces personnes sont entièrement incapables de nous comprendre. Comment un incrédule, par exemple, ou un esprit charnel, comprendrait-il pourquoi il était commandé aux douze tribus d’Israël, d’adorer devant un seul autel, de s’assembler dans un seul lieu, réunis autour d’un seul centre ? Impossible ; la grande raison morale d’une institution aussi belle, est au-dessus de sa compréhension.

L’homme spirituel, au contraire, en voit aisément toute la beauté : l’Éternel rassemblait son peuple bien-aimé autour de Lui-même, afin qu’ils se réjouissent ensemble devant Lui, et que Lui-même pût trouver une joie particulière en eux. Cela n’était-il pas des plus précieux pour le cœur de tous ceux qui aimaient réellement le Seigneur ?

Si le cœur était froid et indifférent envers Dieu, peu lui importait le lieu de culte ; mais tout cœur aimant et sincère, depuis Dan jusqu’à Beër-Shéba, se rendait avec joie au lieu que l’Éternel avait désigné pour invoquer son nom, et où il devait rencontrer son peuple. « Je me suis réjoui quand ils m’ont dit Allons à la maison de l’Éternel ! Nos pieds se tiendront dans tes portes, ô Jérusalem ? » (Ps. 122:1-2) — centre de Dieu pour Israël.

Nous avons ici les doux épanchements d’un cœur qui aimait l’habitation du Dieu d’Israël — son centre béni, le lieu de rassemblement des douze tribus d’Israël — ce lieu auquel était associé, dans l’esprit de chaque vrai Israélite, tout ce qu’il y avait de beau et de réjouissant en rapport avec le culte de l’Éternel, et la communion de son peuple.

En étudiant le seizième chapitre de notre livre, nous aurons l’occasion de revenir sur ce beau sujet ; terminons cette division-ci en citant les derniers versets du chapitre que nous avons sous les yeux.

« Quand l’Éternel, ton Dieu, aura retranché devant toi les nations vers lesquelles tu entres pour les posséder, et que tu les posséderas, et que tu habiteras dans leur pays, prends garde à toi, de peur que tu ne sois pris au piège pour faire comme elles, après qu’elles auront été détruites devant toi, et de peur que tu ne recherches leurs dieux, en disant : Comment ces nations servaient-elles leurs dieux ? et je ferai de même, moi aussi. Tu ne feras pas ainsi à l’Éternel, ton Dieu ; car tout ce qui est en abomination à l’Éternel, ce qu’il hait, ils l’ont fait à leurs dieux ; car même ils ont brûlé au feu leurs fils et leurs filles à leurs dieux. Toutes les choses que je vous commande, vous prendrez garde à les pratiquer. Tu n’y ajouteras rien, et tu n’en retrancheras rien » (v. 29-32).

La précieuse parole de Dieu devait former comme un enclos sacré autour de son peuple, au-dedans duquel ils pussent jouir de sa présence, et trouver leurs délices dans l’abondance de sa miséricorde et de sa grâce ; lieu où ils devaient être entièrement à part de tout ce qui était contraire à la sainteté de Celui dont la présence était à la fois, leur gloire, leur joie et leur sauvegarde morale, contre tout piège et toute abomination.

Mais, hélas ! ils ne persistèrent pas ; bien vite ils abattirent les murs de cette enceinte et se détournèrent des saints commandements de Dieu. Ils firent les choses mêmes qu’il leur était dit de ne pas faire, et eurent bientôt à en récolter les terribles conséquences. Nous reviendrons plus tard sur ce sujet.


15 - Chapitre 13

Ce chapitre contient des principes d’une grande importance ; il se divise en trois parties distinctes, dont chacune réclame une attention particulière. Il est hors de doute que ces paroles s’adressaient d’abord à Israël, mais elles ont été écrites pour notre instruction aussi, et plus nous les étudierons soigneusement, plus nous reconnaîtrons que les enseignements qu’elles renferment ont une portée générale.

« S’il s’élève au milieu de toi un prophète, ou un songeur de songes, et qu’il te donne un signe ou un miracle, et que le signe arrive, ou le miracle dont il t’avait parlé lorsqu’il disait : Allons après d’autres dieux, des dieux que tu n’as point connus, et servons-les ; tu n’écouteras pas les paroles de ce prophète, ni ce songeur de songes, car l’Éternel, votre Dieu, vous éprouve, pour savoir si vous aimez l’Éternel, votre Dieu, de tout votre cœur et de toute votre âme. Vous marcherez après l’Éternel, votre Dieu ; et vous le craindrez, et vous garderez ses commandements, et vous écouterez sa voix, et vous le servirez, et vous vous attacherez à Lui. Et ce prophète, ou ce songeur de songes sera mis à mort, car il a parlé de révolte contre l’Éternel, votre Dieu, qui vous a fait sortir du pays d’Égypte et vous a rachetés de la maison de servitude, afin de te pousser hors de la voie dans laquelle l’Éternel, ton Dieu, t’a commandé de marcher ; et tu ôteras le mal du milieu de toi » (vers. 1-5).

Nous voyons ici comment Dieu prévoit tous les cas de fausse doctrine et de fausse influence religieuse. Nous savons tous combien le pauvre cœur humain se laisse facilement séduire par toute sorte de signes ou de miracles, surtout lorsque ces choses sont en rapport avec la religion. Cela s’est vu non seulement en Israël, mais partout et dans tous les temps. Tout ce qui est surnaturel ou qui semble s’élever au-dessus des lois ordinaires de la nature agit toujours fortement sur l’esprit humain. Un prophète s’élevant du milieu du peuple, et accompagnant sa doctrine de miracles, de signes et de prodiges, était sûr d’être reçu et écouté, et d’acquérir de l’influence.

C’est de cette manière que Satan a travaillé dans tous les temps, et il continuera avec succès jusqu’à la fin de ce siècle, pour tromper et entraîner à leur destruction éternelle ceux qui ne veulent pas recevoir les précieuses vérités de l’Évangile. « Le mystère d’iniquité », qui a travaillé pendant vingt siècles dans l’Église professante, sera consommé en la personne de « cet inique, que le Seigneur Jésus consumera par le souffle de sa bouche et qu’il anéantira par l’apparition de sa venue ; duquel la venue est selon l’opération de Satan, en toute sorte de miracles et signes et prodiges de mensonge, et en toute séduction d’injustice pour ceux qui périssent, parce qu’ils n’ont pas reçu l’amour de la vérité pour être sauvés. Et à cause de cela, Dieu leur envoie une énergie d’erreur pour qu’ils croient au mensonge, afin que tous ceux-là soient jugés qui n’ont pas cru la vérité, mais qui ont pris plaisir à l’injustice » (2 Thes. 2:8-12).

Dans le chapitre 24 de Matthieu, le Seigneur met aussi ses disciples en garde contre cette même influence : « Alors, si quelqu’un vous dit : Voici, le Christ est ici, ou : Il est là, ne le croyez pas. Car il s’élèvera de faux christs et de faux prophètes et ils montreront de grands signes et des prodiges, de manière à séduire, si possible, même les élus. Voici, je vous l’ai dit à l’avance » (Matthieu 24:23-25).

Nous voyons encore au chapitre 13 de l’Apocalypse, la seconde Bête montant de la terre, le grand faux-prophète, l’Antichrist, faisant de grands miracles, « en sorte que même elle fait descendre le feu du ciel sur la terre, devant les hommes. Et elle séduit ceux qui habitent sur la terre, à cause des miracles qu’il lui fut donné de faire devant la Bête, disant à ceux qui habitent sur la terre de faire une image à la Bête qui a la plaie de l’épée et qui a repris vie » (Apoc. 13:13-14).

Chacun de ces trois passages de la Sainte Écriture se rapporte à des événements qui auront lieu après que l’Église aura été enlevée de ce monde. Nous ne poursuivrons pas ce sujet, notre but, en citant ces versets, étant de faire voir au lecteur jusqu’où la puissance de Satan peut aller quant aux signes et aux miracles pour séduire et détourner de la vérité, et en même temps de montrer la seule sauvegarde divine et, par conséquent, parfaite contre la puissance de déception de l’ennemi.

Le cœur humain n’a absolument aucune force pour résister à l’influence des « grands signes et miracles » faits pour soutenir l’erreur la plus mortelle ; la seule chose qui puisse fortifier l’âme et la rendre capable de résister au diable et à toutes ses tromperies, c’est la Parole de Dieu ; posséder ce précieux trésor dans le cœur, est le secret divin pour être préservé de toute erreur, fût-elle appuyée par les prodiges les plus étonnants.

Dans le passage de la seconde épître aux Thessaloniciens que nous avons cité, nous voyons que la raison pour laquelle le monde sera séduit par les signes et les prodiges de mensonge de « ce Méchant », est « qu’ils n’ont pas reçu l’amour de la vérité pour être sauvés ». C’est l’amour de la vérité qui garde de l’erreur, quelque persuasive et fascinante qu’elle soit, soutenue même par la puissance évidente de signes et de miracles. Habileté, facultés intellectuelles, science, etc., tout cela est parfaitement impuissant en face des machinations et des ruses de Satan. La plus haute intelligence humaine devient facilement la proie des ruses du serpent.

Mais, béni soit Dieu, les artifices, la subtilité, les signes et les prodiges de mensonge, en un mot, tous les moyens que Satan peut employer, sont sans aucune puissance sur un cœur gouverné par l’amour de la vérité. Même un petit enfant qui connaît, croit et aime la vérité, est tout particulièrement protégé contre la puissance séductrice du Méchant.

Quand dix mille faux prophètes s’élèveraient et accompliraient les miracles les plus extraordinaires, pour prouver que la Bible n’est pas la parole inspirée de Dieu, ou que notre Seigneur Jésus Christ n’est pas Dieu au-dessus de toutes choses, béni éternellement, ou pour combattre la vérité glorieuse que le sang de Jésus Christ, le Fils de Dieu, purifie de tout péché, ou pour détruire quelque autre vérité révélée dans la Sainte Écriture, cela n’aurait aucun effet quelconque sur le plus simple enfant en Christ, dont le cœur est gouverné par la parole de Dieu. Si un ange même venait à descendre du ciel, pour prêcher quelque doctrine contraire à ce que la parole de Dieu nous enseigne, Dieu même nous autoriserait à prononcer anathème sur lui, sans discussion ou arguments quelconques. Quelle grâce ineffable que cette sécurité morale et ce repos qui appartiennent au plus simple et au plus illettré des enfants de Dieu ! Nous ne sommes pas appelés à analyser les fausses doctrines, ni à considérer les preuves avancées en leur faveur ; nous rejetons fermement les unes et les autres, simplement parce que nous avons la certitude de la vérité dans le cœur, et que nous l’aimons. « Tu n’écouteras pas les paroles de ce prophète, ni ce songeur de songes, car l’Éternel, votre Dieu, vous éprouve, pour savoir si vous aimez l’Éternel, votre Dieu, de tout votre cœur et de toute votre âme ».

C’était là, cher lecteur, le point important pour les Israélites ; et il en est de même pour nous. Pour eux comme pour nous et pour tous, et toujours, la vraie sécurité morale est d’avoir le cœur fortifié par l’amour de la vérité, qui n’est qu’une expression différente de l’amour de Dieu. L’Israélite fidèle, qui aimait l’Éternel de tout son cœur et de toute son âme, avait pour tous les faux prophètes qui pouvaient surgir, cette réponse toute prête : « Tu n’écouteras pas ». Lorsqu’on ne prête pas l’oreille à l’ennemi, il n’atteindra pas le cœur. Les brebis suivent le Berger ; « car elles connaissent sa voix. Elles ne suivront point un étranger », — en dépit des signes et des miracles, — « mais elles s’enfuiront loin de lui ». Pourquoi ? Est-ce parce qu’elles sont capables de discuter et d’analyser ? Non, grâces et louange en soient à Dieu ! mais « parce qu’elles ne connaissent pas la voix des étrangers ». Le simple fait de ne pas connaître sa voix, est une raison suffisante pour ne pas suivre le faux prophète.

Tout ceci est bien propre à consoler et à encourager les brebis du troupeau de Christ. Elles entendent la voix de leur fidèle et bon Berger, peuvent se rassembler autour de Lui et trouver en sa présence un vrai repos et une sécurité parfaite. Il les fait reposer dans de gras pâturages, et les conduit le long des eaux tranquilles de son amour. L’état de faiblesse dans lequel elles peuvent se trouver, n’est pas un obstacle au repos et à la bénédiction, tout au contraire, cette faiblesse même les pousse à chercher un refuge dans les bras du Tout-Puissant. Une fois reconnue, elle est moins à redouter qu’une force illusoire, puisée dans une vaine confiance en notre propre sagesse, notre intelligence et nos connaissances scripturaires. Ayons soin, seulement, de nous tenir bien près du Seigneur, dans le sentiment de notre propre faiblesse, de notre néant ; serrons sa précieuse Parole dans nos cœurs, qu’elle soit la nourriture journalière de nos âmes, le pain vivant de l’homme intérieur.

Venons-en maintenant au second paragraphe de notre chapitre, où le peuple de l’Éternel est mis en garde contre un autre piège du diable. Combien ils sont nombreux et variés ! Quels terribles dangers ils offrent au peuple de Dieu ! Mais, béni soit son saint nom, dans sa Parole il a amplement pourvu à tout.

« Si ton frère, fils de ta mère, ou ton fils, ou ta fille, ou la femme de ton cœur, ou ton ami, qui t’est comme ton âme, t’incite, en secret, disant : Allons, et servons d’autres dieux, des dieux que tu n’as point connus, toi, ni tes pères, d’entre les dieux des peuples qui sont autour de vous, près de toi, ou loin de toi, d’un bout de la terre à l’autre bout de la terre, tu ne t’accorderas pas avec lui et tu ne l’écouteras pas ; et ton œil ne l’épargnera pas, et tu n’auras pas pitié de lui, et tu ne le cacheras pas ; mais tu le tueras certainement : ta main sera la première contre lui pour le mettre à mort, et la main de tout le peuple ensuite ; et tu l’assommeras de pierres, et il mourra, car il a cherché à t’entraîner loin de l’Éternel, ton Dieu, qui t’a fait sortir du pays d’Égypte, de la maison de servitude ; et tout Israël l’entendra et craindra, et ne fera plus une pareille méchante action au milieu de toi » (vers. 6-11).

Nous avons ici quelque chose tout à fait différent encore du faux prophète ou du songeur de songes. Des milliers d’âmes, peut-être, qui auraient résisté à l’influence de ceux-ci, céderaient à la puissance attrayante et séductrice des affections naturelles, tant il est difficile d’y résister. Un œil simple, un propos arrêté du cœur, et un dévouement complet, sont choses indispensables pour agir fidèlement vis-à-vis de ceux qui sont liés à nos cœurs par de tendres affections. Résister à un prophète avec lequel on n’a aucune relation personnelle, n’est pas une épreuve à comparer à celle d’avoir à agir avec une ferme décision, envers une épouse bien-aimée, un cher frère, ou un intime ami.

Mais quand les droits de Dieu, de Christ, de la vérité, sont en jeu, il ne doit pas y avoir d’hésitation. Si quelqu’un cherchait à se servir des liens d’affection pour nous détourner de l’obéissance à Christ, nous devrions lui résister avec une entière fermeté. « Si quelqu’un vient à moi, et ne hait pas son père et sa mère, et sa femme, et ses enfants, et ses frères, et ses sœurs, et même aussi sa propre vie, il ne peut être mon disciple » (Luc 14:26).

Il est très important pour nous de bien comprendre ce côté de la vérité, et de lui donner la place qui lui appartient, car la pauvre raison aveugle ne peut que le pervertir pour ceux qui lui prêtent l’oreille. Hélas ! elle est un agent dont Satan se sert constamment pour exercer son pouvoir dans les choses de Dieu. En matières humaines et terrestres, la raison peut avoir sa valeur ; mais dans tout ce qui appartient au domaine divin et céleste, elle est non seulement sans valeur, mais positivement pernicieuse.

Quel est donc, demandera-t-on, le vrai sens moral de Luc 14:26, et de Deut. 13:8-10 ? Ces passages ne signifient assurément pas que nous devons être « sans affection naturelle », caractère particulier de l’apostasie des derniers jours. Dieu, lui-même, a établi nos relations naturelles, et à chacune d’elles répondent des affections, dont l’exercice et le déploiement sont en harmonie avec la pensée de Dieu. Le christianisme n’est pas incompatible avec nos relations naturelles, mais il introduit une puissance par laquelle les responsabilités qui se rattachent à ces relations, sont comprises et accomplies à la gloire de Dieu. De plus, le Saint Esprit nous a donné dans les épîtres les instructions les plus détaillées, relatives aux maris, aux femmes, aux parents, aux enfants, aux maîtres et aux serviteurs, mettant ainsi la sanction divine sur ces relations et les affections qui en découlent.

Tout cela est clair ; mais comment le faire accorder avec ce qui nous est dit en Luc 14 et Deutéronome 13 ? En y faisant attention, nous verrons qu’il y a entre ces passages et ce qui nous occupe, une harmonie divine ; ils s’appliquent uniquement à des cas où nos relations et nos affections naturelles se placent entre nous et les droits de Dieu et de Christ ; alors il faut y renoncer, car si elles s’emparent d’un domaine entièrement divin, la sentence de mort doit être prononcée sur elles.

En contemplant la vie du seul homme parfait qui ait jamais marché sur notre terre, nous pouvons voir de quelle manière divine il répondait à ce que réclamait son double titre d’homme et de serviteur. Il pouvait dire à sa mère : « Femme, qu’y a-t-il entre moi et toi ? » et plus tard, au moment convenable, recommander cette mère avec une tendresse exquise, aux soins du disciple qu’il aimait. Comme aussi il pouvait dire à ses parents : « Ne saviez-vous pas qu’il me faut être aux affaires de mon Père ? » et, en même temps, retourner avec eux à Nazareth, et leur être soumis. C’est ainsi que les préceptes des Saintes Écritures, et les voies parfaites de Christ, nous enseignent comment répondre justement aux droits de la nature et à ceux de Dieu.

Il se peut cependant encore, que le lecteur éprouve une grande difficulté à concilier le commandement de Deut. 13:9-10, avec un Dieu d’amour et avec la grâce, la débonnaireté et la tendresse déployées dans le Nouveau Testament. Prenons garde encore ici, d’écouter la raison qui prétend toujours pouvoir s’immiscer dans ce que prescrit, d’une manière absolue, le gouvernement divin. En réalité, elle ne fait que démontrer ainsi son aveuglement et sa folie.

Pour venir en aide à toute âme sincère qui ne serait pas au clair sur cette question, rappelons-nous ce que, dans notre examen des premiers chapitres de ce livre, nous avons dit au sujet des dispensations gouvernementales de Dieu envers Israël et envers les nations. Il est aussi très important de faire la différence entre les deux économies de la loi et de la grâce. Si cette différence n’est pas clairement saisie, des passages comme celui de Deut. 13:9-10, offriront de grandes difficultés. Le grand principe caractéristique de l’économie juive était la justice, et celui du christianisme, la grâce, pure, sans mélange. Cette vérité une fois bien comprise, toute difficulté tombe. Il était parfaitement juste, conséquent, et en harmonie parfaite avec les pensées de Dieu, qu’Israël tuât ses ennemis ; l’Éternel le lui avait commandé, comme aussi d’exécuter le jugement, même jusqu’à la mort, envers tout membre de l’assemblée qui aurait cherché à les attirer après de faux dieux, comme nous le lisons ici. Agir ainsi était tout à fait en accord avec les grands principes de gouvernement et de loi, sous lesquels les Israélites étaient placés, selon la sagesse de Dieu. Nous voyons le même principe dans tout l’Ancien Testament. Le gouvernement de Dieu en Israël, et son gouvernement dans le monde en rapport avec Israël, étaient sur le principe de la justice ; et dans l’avenir, il en sera de même. « Je susciterai à David un Germe juste ; et il régnera en roi, et prospérera, et exercera le jugement et la justice dans le pays » (Jérémie 23:5).

Dans le christianisme, nous voyons tout autre chose. Le Nouveau Testament, les enseignements et les actes du Fils de Dieu, nous placent sur un terrain entièrement nouveau, dans une atmosphère toute nouvelle ; en un mot, c’est la grâce dans toute sa pureté.

Prenons comme exemple de cette doctrine de la grâce, un ou deux passages de ce qui est appelé le Sermon sur la montagne : « Vous avez ouï qu’il a été dit : Œil pour œil, et dent pour dent. Mais moi, je vous dis : Ne résistez pas au mal ; mais si quelqu’un te frappe sur la joue droite, présente-lui aussi l’autre ; et à celui qui veut plaider contre toi et t’ôter ta tunique, laisse-lui encore le manteau ; et si quelqu’un veut te contraindre de faire un mille, vas-en deux avec lui. Donne à qui te demande, et ne te détourne pas de qui veut emprunter de toi. Vous avez entendu qu’il a été dit : Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi. Mais moi, je vous dis : Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous haïssent, et priez pour ceux qui vous font du tort et vous persécutent, en sorte que vous soyez les fils de votre Père qui est dans les cieux ; car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et envoie sa pluie sur les justes et sur les injustes… Vous, soyez donc parfaits, comme votre Père céleste est parfait » (Matthieu 5:38-48).

Notre intention n’est pas de nous arrêter sur ces beaux passages ; nous les avons simplement cités au lecteur, pour lui faire voir la différence immense qui existe entre l’économie juive et l’économie chrétienne ; ce qui était parfaitement juste et conséquent de la part d’un Juif, pouvait être exactement le contraire pour un chrétien.

Cela est tellement simple qu’un enfant le comprendrait, et cependant plusieurs des bien-aimés de Dieu paraissent n’être pas au clair sur ce sujet. Il leur semble tout à fait légitime, pour des chrétiens, d’aller en justice ou à la guerre, et de se mêler au monde. Nous demanderons à de telles personnes : « Où cela est-il enseigné dans le Nouveau Testament ? Y trouvons-nous une seule parole sortie des lèvres de notre Seigneur Jésus Christ, ou de la plume du Saint Esprit, pour le sanctionner ? » Comme nous l’avons dit à propos d’autres questions qui se sont présentées dans notre étude de ce livre, il est inutile de dire : « Nous pensons de telle ou telle manière ». Nos pensées n’ont aucun poids. Dans tout ce qui a rapport à la foi et à la conduite chrétiennes, la question est : « Que dit le Nouveau Testament ? » Qu’est-ce que nous enseigne notre Seigneur et Maître, et comment a-t-il agi ? Il nous enseigne que son peuple d’aujourd’hui ne doit pas agir comme son peuple d’Israël. Justice était le principe de l’ancienne économie ; grâce est celui de la nouvelle.

De nombreux passages des Écritures nous montrent que tel était l’enseignement de Christ. Et comment agissait-il Lui-même ? Maintenait-il ses droits ? Exerçait-il une puissance mondaine ? Recourait-il à la loi ? Se vengeait-il ou rendait-il la pareille ? Quand ses pauvres disciples, avec une complète ignorance des principes célestes, et un oubli total de sa manière d’agir, lui demandent dans une occasion où un certain village de Samaritains refusa de le recevoir : « Seigneur, veux-tu que nous disions que le feu descende du ciel et les consume, comme aussi fit Élie ? » Quelle fut sa réponse ? « Se tournant, il les censura fortement, et dit : Vous ne savez de quel esprit vous êtes animés ! Et ils s’en allèrent à un autre village » (Luc 9:54-56). C’était parfaitement en accord avec l’esprit, le principe et la dispensation dont Élie était le représentant, de faire descendre le feu du ciel afin de consumer les hommes envoyés par un roi impie, pour arrêter le prophète. Mais notre Seigneur Jésus Christ était le parfait et divin représentant d’une tout autre dispensation. Du commencement à la fin, sa vie a été une vie de renoncement et de soumission. Jamais il n’a fait valoir ses droits. Il vint sur cette terre, pour représenter Dieu, pour être, de toute manière, la parfaite expression du Père. Le caractère du Père se montrait avec éclat dans son regard, ses paroles, ses actes, ses mouvements même.

Tel était Christ, le Seigneur, lorsqu’il était ici-bas parmi les hommes, et tel était son enseignement. Il faisait ce qu’il enseignait, et enseignait ce qu’il faisait. Ses paroles exprimaient ce qu’il était, et ses voies démontraient ses paroles. Il vint pour servir et pour donner, et toute sa vie a été marquée par ces deux caractères, de la crèche à la croix.

Jésus n’est-il pas notre grand exemple en toutes choses ? Notre caractère et notre carrière comme chrétiens, ne doivent-ils pas être formés d’après ses enseignements et ses voies ? Comment apprendrions-nous la manière dont nous devons marcher ici-bas, si ce n’est en écoutant ses paroles et en regardant à ses voies parfaites ? Si nous, chrétiens, devons être guidés et gouvernés par les principes et les préceptes de la loi mosaïque, alors assurément nous devrions recourir à la loi, maintenir nos droits, nous engager à combattre pour détruire nos ennemis. Qu’en serait-il alors de l’exemple de notre adorable Seigneur et Sauveur, et des enseignements du Saint Esprit dans le Nouveau Testament ? Le lecteur ne convient-il pas que se conduire ainsi, serait pour le chrétien agir en flagrante opposition avec les enseignements et l’exemple de son Seigneur et Sauveur ?

Ici, de nouveau, on nous posera l’ancienne question si souvent répétée : « Que deviendraient le monde, ses institutions, la société, si de tels principes dominaient universellement ? » L’historien incrédule, en parlant des premiers chrétiens et de leur refus de se joindre à l’armée romaine, demande ironiquement : « Que serait devenu l’empire entouré de tous côtés, comme il l’était, par les barbares, si chacun s’était permis des idées aussi pusillanimes ? » Nous répondrons que, si ces principes spirituels et célestes dominaient universellement, il n’y aurait ni guerres, ni combats, et ainsi nul besoin ni de soldats, ni d’armées, ni d’agents de police ; il ne se commettrait pas de forfaits, il n’y aurait pas des différends au sujet de propriétés, et par conséquent aucun besoin de cours de justice, de juges ou de magistrats ; en un mot, le monde tel qu’il est maintenant finirait ; les royaumes de la terre deviendraient les royaumes de notre Seigneur et de son Christ.

Mais le simple fait est que ces principes en question ne sont pas du tout pour le monde, d’autant moins que le monde ne pourrait les adopter ou s’y conformer un seul instant ; cela amènerait une rupture complète de tout le système de choses actuel, la dissolution de toute la constitution sociale telle qu’elle existe maintenant.

C’est pourquoi les objections des incrédules tombent comme en poussière à nos pieds, ainsi que les questions et les difficultés basées là-dessus ; elles sont sans aucune force morale. Les principes célestes ne sont pas pour ce « présent siècle mauvais », ils sont pour l’Église qui n’est pas du monde, comme Jésus n’est pas du monde. « Si, dit notre Seigneur à Pilate, mon royaume était de ce monde, mes serviteurs auraient combattu, afin que je ne fusse pas livré aux Juifs mais maintenant mon royaume n’est pas d’ici » (Jean 18:36).

Remarquez le mot « maintenant ». Bientôt les royaumes de ce monde deviendront ceux de notre Seigneur ; mais maintenant il est rejeté, et tous ceux qui Lui appartiennent sont appelés à être rejetés comme Lui, à le suivre hors du camp, et à marcher comme des pèlerins et des étrangers ici-bas, attendant le moment où il viendra pour les prendre à Lui, afin que là où Il est, ils y soient aussi.

Ce qui produit la terrible confusion actuelle, c’est l’effort continuel de Satan pour mêler le monde et l’Église ; c’est là une de ses ruses spéciales, et qui a contribué plus qu’on ne s’en doute, à détruire le témoignage de l’Église de Dieu, et à en empêcher les progrès. C’est ce qui bouleverse tout, et confond des choses qui diffèrent essentiellement et sont en opposition flagrante avec le vrai caractère de l’Église, sa position, sa marche et son espérance. Nous entendons parfois cette expression : « le monde chrétien ». Qu’est-ce que cela veut dire ? C’est simplement l’effort d’unir deux choses qui, dans leur source, leur nature et leur caractère, sont aussi différentes que la nuit et le jour. C’est vouloir coudre une pièce de drap neuf à un vieux vêtement, ce qui, comme nous le dit notre Seigneur, ne fait que rendre la déchirure plus grande.

Le but de Dieu n’est pas de christianiser le monde, mais d’appeler son peuple hors du monde, pour être un peuple céleste, gouverné par des principes célestes, formé pour un but céleste, et réjoui par une espérance céleste. Tant que nous n’avons pas compris cela, et que la vérité quant à l’appel et à la marche de l’Église n’est pas réalisée en puissance vivante dans l’âme, il y aura de graves erreurs dans notre œuvre, notre marche et notre service. Nous ferons un faux usage des Écritures de l’Ancien Testament, non seulement quant aux sujets prophétiques, mais dans ce qui se rapporte à toute notre marche pratique ; il est impossible de calculer la perte qui peut résulter de n’avoir pas compris la vocation, la position et l’espérance de l’Église de Dieu, son association, son identification, son union vivante avec un Christ rejeté, ressuscité et glorifié.

Nous ne pouvons nous étendre davantage sur ce sujet si précieux et si intéressant ; toutefois, nous indiquerons encore au lecteur quelques exemples de la manière dont l’Esprit cite et applique l’écriture de l’Ancien Testament. Lisez, entre autres, le passage suivant du beau Psaume 34: « La face de l’Éternel est contre ceux qui font le mal, pour retrancher de la terre leur mémoire ». Puis, remarquez la manière dont le Saint Esprit cite ce passage dans la première épître de Pierre : « La face du Seigneur est contre ceux qui font le mal » (chap. 3:12). Il n’y a pas un mot d’exterminer. Pourquoi cela ? Parce que le Seigneur n’agit pas maintenant sur le principe de retrancher le méchant de la terre ; il agissait ainsi sous la loi, et il le fera dans son royaume plus tard ; mais maintenant il agit en grâce et en longue patience. Sa face est aussi décidément contre tous ceux qui font le mal, qu’elle l’a été ou le sera, mais non pas maintenant pour retrancher de la terre leur mémoire. L’exemple le plus frappant de cette merveilleuse grâce, de cette clémence, et de la différence entre les deux principes sur lesquels nous nous sommes arrêtés, est démontré dans ce fait que les hommes même qui, de leurs mains méchantes, ont crucifié son Fils unique et bien-aimé, au lieu d’être retranchés de la terre, ont été les premiers à entendre le message de pardon plein et gratuit par le sang de la croix.

Il peut paraître à quelqu’un, que nous donnons trop d’importance à une simple phrase de l’Ancien Testament ; ne le croyez pas. N’eussions-nous que ce seul exemple, ce serait une grave erreur de le traiter avec indifférence. Le fait est qu’il y a quantité de passages du même caractère que celui que nous avons cité plus haut, et qui montrent tous le contraste entre les économies juive et chrétienne, et aussi entre le christianisme et le royaume à venir.

Dieu agit maintenant en grâce envers le monde, et nous devrions faire de même, si nous désirons être semblables à Lui, ce à quoi nous sommes appelés. « Vous, soyez donc parfaits, comme votre Père céleste est parfait » (Matt. 5:48). Et encore : « Soyez donc imitateurs de Dieu comme de bien-aimés enfants, et marchez dans l’amour, comme aussi le Christ nous a aimés et s’est livré Lui-même pour nous, comme offrande et sacrifice à Dieu, en parfum de bonne odeur » (Éph. 5:1-2).

Voilà notre modèle. Nous sommes appelés à suivre l’exemple de notre Père, à l’imiter. Il ne place pas le monde sous la loi, il ne maintient pas ses droits avec la main forte du pouvoir. Bientôt il le fera ; mais, maintenant est le jour de grâce, il répand ses bénédictions en riche profusion, sur ceux dont la vie entière est inimitié et rébellion contre Lui.

Tout cela est merveilleux, et nous chrétiens, nous sommes appelés à agir d’après ce glorieux principe moral. On dira peut-être : « Comment pourrions-nous vivre dans ce monde, et diriger nos affaires d’après de tels principes ? Nous serions volés, ruinés ; des gens mal intentionnés prendraient avantage sur nous, s’ils savaient que nous n’en appelons pas à la justice ; ils prendraient nos biens, emprunteraient notre argent, ou occuperaient nos maisons, et refuseraient de nous payer. En un mot, nous ne pourrions cheminer dans un monde comme celui-ci, si nous ne maintenions pas nos droits. Pourquoi y a-t-il des lois, sinon pour apprendre aux gens à se bien conduire ? Les puissances ordonnées de Dieu, ne le sont-elles pas dans le but de maintenir la paix et le bon ordre au milieu de nous ? Que deviendrait la société, si nous n’avions pas des soldats, des magistrats et des juges ? Et si Dieu a établi de telles choses, pourquoi, nous, son peuple, n’en profiterions-nous pas ? Et non seulement cela, mais qui est plus capable d’occuper des places d’autorité et de puissance, ou de manier l’épée de la justice, que le peuple de Dieu ? »

Il y a sans doute beaucoup de force apparente dans toute cette suite d’arguments. Les puissances qui existent sont établies de Dieu. Le roi, le gouvernement, le juge, le magistrat sont, chacun à sa place, l’expression de la puissance de Dieu. C’est Dieu qui revêt chacun du pouvoir qu’il a ; c’est Lui qui a mis l’épée en la main du prince, pour punir ceux qui font le mal et louer ceux qui font bien. Tout cela est très facile à saisir. Le monde, tel qu’il est maintenant, ne pourrait subsister un seul jour, si l’ordre n’était maintenu par la main forte des autorités. Nous ne pourrions pas vivre, ou du moins, la vie serait intolérable, si les malfaiteurs n’étaient tenus en respect par l’épée de la justice.

Mais, on admettant tout cela pleinement, comme tout chrétien intelligent et enseigné par l’Écriture doit le faire, cela ne touche en rien à la question de la marche du chrétien dans ce monde. Le christianisme reconnaît pleinement toutes les institutions gouvernementales du pays, mais le chrétien n’a pas à s’en mêler, ce n’est pas son affaire. Où qu’il se trouve, et quels que soient le caractère ou les principes de gouvernement du pays qu’il habite, c’est son devoir de reconnaître son autorité, de payer les impôts, de prier pour les autorités, d’honorer les magistrats dans leur charge, de respecter les lois, de prier pour la paix du pays, et de vivre en paix avec tous, autant que cela lui est possible. Notre Maître, béni soit son saint Nom, nous en a Lui-même donné un parfait exemple.

Dans sa remarquable réponse aux Hérodiens, il reconnaît le principe de la soumission aux autorités qui existaient : « Rendez donc les choses de César à César, et les choses de Dieu à Dieu » (Matt. 22:21). Et non seulement cela, mais nous le trouvons aussi payant le tribut, quoiqu’il en fût libéré personnellement. Ils n’avaient pas le droit de l’exiger de Lui, comme il le montre à Pierre. L’on pourrait dire : « Pourquoi ne réclamait-il pas ? » Aurait-il voulu réclamer ou accuser ? Non ; écoutez la réponse admirable qu’il fait à l’apôtre : « Mais afin que nous ne les scandalisions pas, va-t’en à la mer, jette un hameçon, et prends le premier poisson qui montera ; et quand tu lui auras ouvert la bouche, tu y trouveras un statère ; prends-le, et donne-le-leur pour moi et pour toi » (Matt. 17:27).

Ici nous revenons à notre thèse, savoir : Quel est le sentier du chrétien dans ce monde ? Il doit suivre son Maître, l’imiter en toutes choses. Faisait-il valoir ses droits ? Recourait-il à la loi ? Essayait-il de gouverner le monde ? Se mêlait-il des affaires politiques ou judiciaires ? Se servait-il de l’épée ? Consentait-il à être juge ou arbitre, même lorsqu’on l’y appelait ? Toute sa vie n’a-t-elle pas été, du commencement à la fin, une vie de renoncement et d’abnégation ?

Nous laissons le lecteur chrétien chercher lui-même dans son cœur, la réponse à ces questions, et cela pour que l’effet pratique en soit produit dans sa marche. Nous espérons aussi que les vérités présentées ci-dessus, lui donneront l’intelligence de passages semblables à celui de Deut. 13:9-10. L’opposition à l’idolâtrie, et la séparation d’avec le mal, aussi nécessaires assurément pour nous que pour Israël autrefois, ne se déploient pas de la même manière. L’Église est appelée impérativement à rejeter le mal et ceux le commettent, mais pas de la même manière qu’Israël : il n’est pas de son devoir de lapider les idolâtres et les blasphémateurs, ou de brûler les sorciers. L’église de Rome a agi sur ce principe, et des protestants même — ceci à la honte du protestantisme — ont suivi son exemple (*).


(*) La mort de Servet, brûlé on 1553, à cause de ses opinions théologiques, est une terrible tache dans l’histoire de la Réformation, et de l’homme qui a sanctionné un procédé aussi antichrétien. Les idées de Servet étaient, il est vrai, entièrement fausses, il soutenait l’hérésie d’Arius qui est un blasphème contre le Fils de Dieu. Mais, faire mourir lui ou quelque autre à cause d’une fausse doctrine, était un péché flagrant contre l’esprit et les principes de l’Évangile, un fruit déplorable de l’ignorance quant à la différence essentielle qui existe entre le Judaïsme et le Christianisme.


L’Église n’est pas appelée à se servir de l’épée temporelle. Cela lui est positivement défendu ; ce serait un démenti net donné à sa vocation, à son caractère et à sa mission. Lorsque Pierre, dans son zèle ignorant et charnel, tira l’épée pour défendre son Maître, celui-ci le reprit par ses paroles fidèles, et l’enseigna par son acte de miséricorde : « Remets ton épée en son lieu ; car tous ceux qui auront pris l’épée, périront par l’épée » (Matt. 26:52). Ayant ainsi réprimandé son disciple bien intentionné mais peu intelligent, il répara sa faute en guérissant le mal. « Les armes de notre guerre ne sont pas charnelles, mais puissantes par Dieu pour la destruction des forteresses, détruisant les raisonnements et toute hauteur qui s’élève contre la connaissance de Dieu, et amenant toute pensée captive à l’obéissance du Christ » (2 Cor. 10:4-5).

L’église professante s’est complètement fourvoyée quant à cette grande et importante question. Elle s’est unie au monde, et a cherché à soutenir la cause de Christ au moyen d’une action mondaine et charnelle ; dans son ignorance, elle a essayé de maintenir la foi chrétienne en la reniant d’une manière honteuse, dans la pratique. Des hérétiques placés par ses ordres sur le bûcher, voilà une terrible tache sur les pages de l’histoire de l’Église, et on ne peut se faire une juste idée des terribles conséquences résultant de la fausse notion, que l’Église est appelée à prendre la place d’Israël et à agir d’après ses principes (*). C’est ce qui a faussé complètement son témoignage et lui a ôté son caractère essentiellement spirituel et céleste ; c’est ce qui l’a conduite dans une voie qui aboutit à ce que nous lisons dans Apoc. 17 et 18. Que celui qui lit comprenne.


(*) Ce sont deux choses toutes différentes pour l’Église, de tirer instruction de l’histoire d’Israël ou de prendre la place de ce peuple, d’agir selon ses principes et de s’approprier ses promesses. La première est un devoir et un privilège de l’Église, l’autre est une fatale erreur dans laquelle elle est tombée.


Nous espérons que ce qui a été dit plus haut engagera nos lecteurs à bien considérer à la lumière du Nouveau Testament le sujet qui vient de nous occuper et que Dieu, dans sa bonté infinie, se servira de ce moyen pour les amener à voir clairement le sentier d’entière séparation dans lequel, comme chrétiens, nous sommes appelés à marcher dans le monde, mais non pas comme étant du monde ; notre Seigneur Jésus Christ n’en était pas. Cette vérité une fois comprise résoudra quantité de difficultés, et fournira un grand principe général qui pourra s’appliquer à beaucoup de détails de la vie pratique.

Terminons maintenant notre étude sur le chapitre 13 du Deutéronome, en examinant le contenu des derniers versets.

« Si dans l’une de tes villes que l’Éternel, ton Dieu, te donne pour y habiter, tu entends dire : Des hommes, fils de Bélial, sont sortis du milieu de toi, et ont incité les habitants de leur ville, disant : Allons, et servons d’autres dieux, des dieux que vous n’avez pas connus ; alors tu rechercheras, et tu t’informeras, et tu t’enquerras bien ; et si c’est la vérité, si la chose est établie, si cette abomination a été commise au milieu de toi, tu frapperas certainement par le tranchant de l’épée les habitants de cette ville ; tu la détruiras entièrement, et tout ce qui y sera, et toutes ses bêtes, par le tranchant de l’épée. Et tout son butin, tu le rassembleras au milieu de sa place, et tu brûleras tout entiers au feu la ville et tout son butin, à l’Éternel, ton Dieu ; et elle sera un monceau perpétuel, elle ne sera plus rebâtie. Et il ne s’attachera rien de cet anathème à ta main, afin que l’Éternel revienne de l’ardeur de sa colère, et qu’il te fasse miséricorde, et ait compassion de toi, et qu’il te multiplie, comme il a juré à tes pères, quand tu écouteras la voix de l’Éternel, ton Dieu, pour garder tous ses commandements que je te commande aujourd’hui, afin de pratiquer ce qui est droit aux yeux de l’Éternel, ton Dieu » (vers. 12-18).

Nous avons ici une instruction des plus solennelles et de la plus haute importance, et ce que le lecteur doit bien remarquer, c’est qu’elle est basée sur une vérité d’une indicible valeur, celle de l’unité nationale d’Israël. Voilà ce qui donne une force réelle à ces paroles. Un cas d’erreur grave se présente dans une des cités d’Israël, et la question qui se présente est : « Toutes les villes étaient-elles atteintes par le mal d’une seule ? » (*)


(*) Il est important de remarquer que le mal dont il est question était de nature très grave, une tentative de détourner le peuple du seul Dieu vivant et vrai, ce qui atteignait le fondement même de l’existence nationale d’Israël. La question n’était pas simplement locale ou municipale, mais nationale.


Assurément, puisque la nation était une. Les villes et les tribus n’étaient pas indépendantes les unes des autres, mais unies ensemble par un lien sacré d’unité nationale, unité qui avait son centre dans le lieu où se trouvait la présence de Dieu. Les douze pains sur la table d’or dans le sanctuaire, formaient le beau type de cette unité, et tout vrai Israélite la reconnaissait et s’en réjouissait. Les douze pierres dans le Jourdain ; les douze pierres au bord de ce fleuve ; les douze pierres d’Élie au mont Carmel, toutes représentaient la même grande vérité — l’unité indissoluble des douze tribus d’Israël. Le bon roi Ézéchias reconnut cette vérité, lorsqu’il ordonna l’holocauste et le sacrifice pour le péché, pour tout Israël (2 Chr. 29:24). Le fidèle Josias agit aussi d’après cette vérité, lorsqu’il ordonna une réforme dans tous les pays qui appartenaient aux enfants d’Israël (2 Chr. 34:33). Paul, dans son remarquable discours devant le roi Agrippa, rend témoignage à la même vérité, quand il dit : « Espérance… à laquelle nos douze tribus, en servant Dieu sans relâche nuit et jour, espèrent parvenir » (*) (Actes 26:7).


(*) Il peut être intéressant pour le lecteur de savoir que dans le passage ci-dessus, le mot rendu par « douze tribus » est dans le grec au singulier. Cela donne certainement une expression bien vivante à la grande idée d’unité indissoluble, si précieuse à Dieu, et par conséquent précieuse pour la foi.


En anticipant le glorieux avenir, nous voyons cette même vérité briller d’un éclat céleste, dans le chapitre 7 de l’Apocalypse, où les douze tribus sont scellées et réservées pour le repos, la bénédiction et la gloire, en compagnie d’une foule innombrable d’entre les nations. Et finalement, dans le chapitre 20 de l’Apocalypse, nous voyons les noms des douze tribus, écrits sur les portes de la sainte cité, siège et centre de la gloire de Dieu et de l’Agneau.

Ainsi, depuis la table d’or du sanctuaire jusqu’à la cité d’or, descendant du ciel d’auprès de Dieu, nous avons une chaîne merveilleuse de preuves évidentes de cette grande vérité, l’unité indissoluble des douze tribus d’Israël.

Et si l’on demande où cette unité peut se voir et comment Élie, Ézéchias, Josias, ou l’apôtre Paul ont pu la voir, nous répondrons que c’était par la foi. En regardant au-dedans du sanctuaire, ils pouvaient voir les douze pains signifiant à la fois que chaque tribu était distincte, et qu’elles formaient cependant une unité parfaite. Rien de plus beau ; la vérité de Dieu doit subsister à toujours. L’unité d’Israël se voyait dans le passé et sera vue à l’avenir ; et quoique, semblable à l’unité plus élevée de l’Église, elle soit invisible maintenant, la foi croit et maintient cette vérité et la confesse en face de toutes les influences contraires.

Voyons un instant l’application pratique de cette glorieuse vérité, telle qu’elle nous est présentée dans les derniers versets de Deut. 13. — Le bruit se répand dans une ville située tout au nord du pays d’Israël, qu’une erreur grave est enseignée dans une ville du sud, — erreur pernicieuse tendant à détourner ses habitants du vrai Dieu.

Qu’y a-t-il à faire ? La loi est aussi positive que possible ; le sentier du devoir est si clairement tracé qu’il suffit d’un œil simple pour le voir et d’un cœur dévoué pour y marcher. « Alors tu rechercheras, et tu t’informeras, et tu t’enquerras bien » (vers. 14). Ceci est bien clair.

Quelques-uns des habitants de la ville auraient pu dire : « Que nous importe cette erreur enseignée si loin de nous ? Grâces à Dieu, ce mal n’est pas au milieu de nous, c’est une affaire entièrement locale, chaque ville a sa propre responsabilité. Peut-on exiger que nous examinions chaque erreur enseignée dans le pays ? nous y perdrions inutilement le temps consacré à nos travaux ; il y a assez à faire pour nous à garder nos frontières. Quant à l’erreur, nous la condamnons certainement, et si quelqu’un venait ici pour l’enseigner, nous lui fermerions nos portes ; notre responsabilité ne va pas au delà ».

Et maintenant, quelle serait la réponse d’un Israélite fidèle, à tous ces arguments, quelque plausibles qu’ils paraissent au jugement naturel ? Il dirait que raisonner ainsi est simplement renier l’unité d’Israël ; que, si chaque tribu avait voulu se placer sur un terrain indépendant, le souverain sacrificateur n’avait plus qu’à ôter les douze pains de dessus la table d’or de devant l’Éternel et à les disperser ici et là, puisque le peuple s’étant divisé en fragments indépendants n’ayant aucun terrain national, c’en était fait de l’unité que figuraient les pains sur une seule table.

L’Israélite fidèle pourrait continuer à répondre, qu’en outre le commandement est des plus distincts et explicites : « Tu rechercheras, et tu t’informeras, et tu t’enquerras bien ». Israël étant restreint à ces deux grands principes, l’unité de la nation et le commandement de Dieu, il était impossible à quelques individus du peuple de dire : « Il n’y a pas d’erreur enseignée au milieu de nous », à moins de se séparer du reste de la nation ; car le peuple tout entier était compris dans ces paroles : « Si cette abomination a été commise au milieu de toi ». Une erreur enseignée à Dan, affectait également les habitants de Beër-Shéba. Pourquoi cela ? Parce qu’Israël était un. Tout Israélite devait se sentir affecté par l’erreur, et ne pouvait ni se croiser les bras, ni conserver une froide indifférence ou une coupable neutralité. Il était enveloppé dans ce mal et ses affreuses conséquences, jusqu’à ce qu’il s’en fût purifié en le jugeant avec une inflexible décision et une sévérité impitoyable.

Et si tout cela était vrai pour Israël, à combien plus forte raison pour l’Église de Dieu ! Là où il s’agit de Christ, soyons sûrs que tout ce qui ressemble à de l’indifférence est haïssable aux yeux de Dieu. Les desseins éternels et le conseil de Dieu sont de glorifier son Fils, de sorte que tout genou se ploie devant Lui, et que toute langue confesse qu’il est Seigneur à la gloire de Dieu le Père : « Afin que tous honorent le Fils comme ils honorent le Père » (Jean 5:23).

Par conséquent, si Christ est déshonoré, si des doctrines sont enseignées qui portent atteinte à la gloire de sa personne, à l’efficacité de son œuvre, ou aux vertus de sa charge, nous devons rejeter fermement de pareilles doctrines. L’indifférence ou la neutralité dans tout ce qui touche à la personne de Christ, est jugée comme crime de haute trahison au tribunal du ciel. S’il s’agissait de notre propre réputation, de notre caractère personnel, ou de notre famille, nous ne resterions pas indifférents ; nous serions très sensibles à la moindre accusation concernant nous-mêmes ou ceux qui nous sont chers. Combien plus profondément encore ne devrions-nous pas sentir la moindre atteinte à ce qui concerne la gloire, l’honneur, le nom et la cause de Celui à qui nous devons tout dans le présent et tout dans l’avenir éternel, Celui qui a mis de côté sa gloire, pour venir dans ce pauvre monde, mourir sur la croix d’une mort ignominieuse, pour nous sauver des flammes éternelles de l’enfer ! Pourrions-nous être indifférents à son égard, rester neutres en ce qui le concerne ? À Dieu ne plaise !

Non, lecteur, cela ne doit pas être. L’honneur et la gloire de Christ doivent nous tenir plus à cœur que tout le reste : réputation, propriété, famille, amis, tout doit être mis de côté, si les droits de Dieu sont compromis. Tout lecteur chrétien ne convient-il pas de cela, de toute l’énergie de son âme ? Assurément, déjà maintenant ; et que sera-ce quand nous le verrons face à face, dans la pleine lumière de sa gloire morale ? Avec quels sentiments envisagerons-nous l’idée d’indifférence ou de neutralité par rapport à Lui ?

Avons-nous tort en déclarant que la vérité qui touche de plus près à la gloire de la Tête est celle de l’unité de son corps, l’Église ? Certes pas. Si la nation d’Israël était une, le corps de Christ est un ! Et si l’indépendance ne convenait pas en Israël, combien moins dans l’Église de Dieu ! Le fait est que l’idée d’indépendance ne peut être maintenue un instant, à la lumière du Nouveau Testament. Nous pourrions aussi bien attester que la main est indépendante du pied, ou l’œil de l’oreille, que d’affirmer que les membres du corps de Christ sont indépendants l’un de l’autre. « Car de même que le corps est un et qu’il a plusieurs membres, mais que tous les membres du corps, quoiqu’ils soient plusieurs, sont un seul corps, ainsi aussi est le Christ. Car nous nous avons tous été baptisés d’un seul Esprit pour être un seul corps, soit Juifs, soit Grecs, soit esclaves, soit hommes libres ; et nous avons tous été abreuvés pour l’unité d’un seul Esprit… Or vous êtes le corps de Christ, et ses membres chacun en particulier » (1 Cor. 12:12-27).

Nous n’essayerons pas de commenter ces merveilleuses paroles, nous désirons seulement appeler l’attention du lecteur chrétien sur la vérité spéciale qui y est mise en évidence et qui concerne intimement tout vrai croyant sur la surface de cette terre, savoir qu’il est membre du corps de Christ.

Cette grande vérité pratique comprend à la fois les plus hauts privilèges et les plus grandes responsabilités. Ce n’est pas simplement une doctrine vraie, un principe sain ou une opinion orthodoxe ; c’est un fait vivant destiné à être une puissance divine dans l’âme. Le chrétien ne peut plus se considérer comme personne indépendante, n’ayant ni association, ni lien vital avec d’autres. Il est lié d’une manière vivante ainsi que tous les enfants de Dieu, à tous les vrais croyants, à tous les membres de Christ sur toute la surface de la terre.

« Nous avons tous été baptisés d’un seul Esprit pour être un seul corps ». L’Église de Dieu n’est pas une simple société, une association ou une confrérie ; elle est un corps, uni par le Saint Esprit à la Tête dans le ciel, et tous ses membres sur la terre sont indissolublement liés ensemble. Il s’ensuit naturellement que tous les membres du corps sont affectés par l’état et la marche de chacun. « Si un membre souffre, tous les membres souffrent avec lui », c’est-à-dire tous les membres du corps. Si le pied est malade, la main le sent. Comment ? Par la tête. Ainsi en est-il dans l’Église de Dieu ; si quelque chose va mal chez un individu, tous les membres le sentent par la Tête avec laquelle tous sont en relation vivante, par le Saint Esprit.

Quelques-uns de nos lecteurs trouvent peut-être cette vérité très difficile à saisir, et cependant elle est clairement révélée dans la page inspirée, non pour être critiquée, ou soumise en aucune manière au jugement humain, mais simplement pour être crue. C’est une révélation divine, aucun esprit humain n’aurait jamais conçu une telle pensée ; mais Dieu l’a révélée, la foi l’accepte et marche dans la puissance bénie de cette vérité.

Le lecteur pourrait encore demander : « Comment est-il possible que l’état d’un seul croyant affecte ceux qui ne le connaissent point ? La réponse est : « Si un membre souffre, tous les membres souffrent avec lui ». Tous les membres de quoi ? D’une assemblée locale ou d’une société qui, par hasard, connaît la personne en question, ou est en relation avec elle ? Non, mais il s’agit des membres du corps où qu’ils soient. En Israël même, où l’unité n’était que nationale, nous avons vu que s’il existait quelque mal dans une de leurs villes, tout le peuple en était atteint et affecté. Lorsque Acan pécha, par exemple, quoiqu’il y eût des milliers de gens totalement ignorants du fait, l’Éternel dit : « Israël a péché », et toute l’assemblée, à cause de cela, subit une humiliante défaite.

La raison peut-elle saisir cette vérité ? Non, mais la foi le peut. Si nous écoutons la raison, nous ne croirons rien ; mais si, par la grâce de Dieu, nous n’écoutons pas la raison, nous croirons ce que Dieu dit, parce qu’il le dit.

Oh ! bien-aimé lecteur chrétien, quelle immense vérité que cette unité du corps ! Quelles conséquences pratiques en découlent ? Comme elles sont évidemment calculées pour produire la sainteté dans la vie et la marche ! Combien cela doit nous rendre vigilants sur nous-mêmes, nos habitudes, nos voies, tout notre état moral ! Combien aussi cela doit nous rendre soigneux de ne pas déshonorer la Tête à laquelle nous sommes unis, contrister l’Esprit par lequel nous sommes liés les uns aux autres, ou blesser les membres avec lesquels nous sommes formés en un seul corps !

Malgré notre désir de prolonger notre méditation sur une des plus belles, des plus profondes et des plus puissantes vérités qui méritent toute notre attention, il nous faut terminer ce chapitre. Veuille le Seigneur, par son Saint Esprit, faire que cette vérité devienne une puissance vivante dans l’âme de tout vrai croyant sur la surface de la terre !


16 - Chapitre 14

« Vous êtes les fils de l’Éternel, votre Dieu : Vous ne vous ferez pas d’incisions, et vous ne vous ferez pas de tonsure entre les yeux, pour un mort. Car tu es un peuple saint, consacré à l’Éternel, ton Dieu, et l’Éternel t’a choisi, afin que tu sois pour lui un peuple qui lui appartienne en propre, d’entre tous les peuples qui sont sur la face de la terre » (vers. 1-2).

Ce commencement du chapitre met devant nos yeux la base de tous les privilèges et de toutes les responsabilités de l’Israël de Dieu. On sait qu’il faut être dans une relation avant de pouvoir connaître les affections qui s’y rapportent, ou de pouvoir remplir les devoirs qui s’y rattachent. Si un homme n’est pas père, aucun raisonnement, aucune explication ne pourra lui faire comprendre les sentiments ou les affections d’un cœur de père ; mais dès le moment où il est entré dans cette relation, il sait ce qui en est.

Il en est ainsi dans les choses de Dieu. Nous ne pouvons comprendre les affections ou les devoirs d’un enfant de Dieu, jusqu’à ce que nous soyons sur ce terrain. Il nous faut être chrétiens avant de pouvoir accomplir les devoirs d’un chrétien. Même lorsque nous sommes chrétiens, ce n’est que par la grâce du Saint Esprit que nous pouvons marcher comme tels ; mais il est clair que si nous ne sommes pas sur le terrain chrétien, nous ne pouvons rien savoir des affections ou des devoirs du chrétien.

Or c’est évidemment la prérogative de Dieu de prescrire à ses enfants comment ils doivent se conduire, tandis qu’à eux incombe le grand privilège et la sainte responsabilité de chercher en toutes choses son approbation. « Vous êtes les fils de l’Éternel, votre Dieu. Vous ne vous ferez pas d’incisions ». Ils n’étaient plus à eux-mêmes ; ils Lui appartenaient, c’est pourquoi ils n’avaient pas le droit de se faire aucune incision ou de se défigurer pour les morts. Dans son orgueil et sa volonté propre, l’homme naturel pourrait dire : « Pourquoi ne pouvons-nous pas faire comme les autres ? Quel mal peut-il y avoir à nous faire des incisions ou à nous raser entre les yeux ? C’est seulement l’expression de notre douleur, un témoignage d’affection donné à de bien-aimés défunts ; assurément il ne saurait y avoir rien de moralement mauvais là-dedans ».

À cela il n’y avait qu’une réponse simple, mais concluante : « Vous êtes les fils de l’Éternel, votre Dieu ». Ce fait change tout. Les pauvres gentils, ignorants et incirconcis, pouvaient se défigurer, en tant qu’ils ne connaissaient pas Dieu, et n’étaient pas en relation avec Lui ; mais quant à Israël, ils étaient sur le terrain saint et élevé de proximité avec Dieu, et ce fait devait donner le ton et le caractère à toutes leurs habitudes. Ce n’était pas pour devenir enfants de Dieu qu’ils étaient appelés à s’abstenir de certaines coutumes ou habitudes, ou à en adopter d’autres. Cela aurait été, comme l’on dit, commencer par la fin, mais étant ses enfants, leur devoir était d’agir comme tels.

« Tu es un peuple saint, consacré à l’Éternel, ton Dieu ». Il n’est pas dit : Vous devriez être un peuple saint. Comment auraient-ils jamais pu être par eux-mêmes un peuple saint, précieux à l’Éternel ? Impossible. S’ils n’étaient pas son peuple, aucun effort venant d’eux-mêmes n’aurait jamais pu les rendre tels ; mais Dieu, dans sa grâce souveraine, conformément à son alliance avec leurs pères, les avait faits ses enfants, un peuple particulier d’entre toutes les nations qui étaient sur la terre. Telle était la base solide de l’édifice moral d’Israël. Toutes leurs habitudes, leurs usages, leurs actes, leur nourriture, leurs vêtements, tout ce qu’ils faisaient, tout ce dont ils s’abstenaient, devait découler du grand fait qui ne provenait pas plus d’eux que leur naissance naturelle, savoir, qu’ils étaient de fait les enfants de l’Éternel, leur Dieu, le peuple de son choix, un peuple qui était sa propriété spéciale.

Or c’est un immense privilège d’avoir l’Éternel si près de nous, et s’intéressant ainsi à toutes nos habitudes et toutes nos voies.

Sans doute, pour l’homme naturel qui ne connaît pas le Seigneur et n’est pas en relation avec Lui, la seule idée de sa sainte présence, la pensée d’être si près de Lui, serait intolérable. Mais pour tout vrai croyant, pour celui qui aime réellement Dieu, il est infiniment précieux de penser qu’il est si près de nous, et de savoir qu’il s’intéresse aux moindres détails de notre vie, qu’il s’occupe de nous de nuit comme de jour, endormis ou éveillés, à la maison ou au dehors ; en un mot, que sa sollicitude pour nous surpasse celle de la plus tendre mère pour son nourrisson.

Tout cela est merveilleux et assurément, si nous le réalisions plus pleinement, notre vie serait toute différente et notre témoignage tout autre. Quel saint privilège, quelle précieuse réalité de savoir que le Seigneur, dans son amour, nous suit constamment dans notre sentier et que son œil veille sur nous dans toutes nos occupations. Que ce sentiment devienne une puissance vivante dans le cœur de chaque enfant de Dieu !

Depuis le verset 3 jusqu’au verset 20, nous avons la loi relative aux bêtes nettes et aux impures. Les principes qui s’y rapportent ont déjà attiré notre attention dans le chapitre 11 du Lévitique (*). Mais il y a une différence très importante entre ces deux portions des Écritures. Dans le Lévitique, les instructions sont données premièrement à Moïse et à Aaron, tandis que dans le Deutéronome, elles sont données directement au peuple. Cela caractérise parfaitement les deux livres. Le Lévitique peut être appelé le guide du sacrificateur ; dans le Deutéronome, au contraire, les sacrificateurs sont laissés à l’arrière-plan ; le peuple occupe la première place. On le voit clairement dans tout le livre, de sorte qu’il n’y a pas le moindre fondement à l’assertion qui prétend que le Deutéronome n’est qu’une répétition du Lévitique. Rien n’est plus éloigné de la vérité. Chaque livre a son sujet propre, son but spécial, son œuvre à lui. Toute personne qui étudie diligemment les Écritures, reconnaît cette vérité avec bonheur. Les incrédules sont volontairement aveugles ; ils ne peuvent rien voir.


(*) Nous prions le lecteur de voir dans nos « Notes sur le Lévitique », chap. 11, ce que nous croyons être le sens scripturaire des versets 4-20 de notre chapitre.


Au verset 21 de notre chapitre, la distinction entre l’Israël de Dieu et l’étranger est présentée d’une manière frappante : « Vous ne mangerez d’aucun corps mort ; tu le donneras à l’étranger qui est dans tes portes, et il le mangera ; ou tu le vendras au forain ; car tu es un peuple saint, consacré à l’Éternel, ton Dieu ». Le grand fait de la relation d’Israël avec l’Éternel, les séparait entièrement de toutes les nations qui sont sous le soleil. Ce n’était pas qu’ils fussent en eux-mêmes le moins du monde meilleurs ou plus saints que les autres ; mais l’Éternel était saint, et ils étaient son peuple : « Soyez saints, car moi je suis saint ».

Les gens du monde ont souvent l’idée que les chrétiens sont très pharisiens en se séparant des autres, et refusant de prendre part aux plaisirs et aux amusements du monde ; mais en réalité ils ne comprennent pas la question. Le fait est que lorsqu’un chrétien participe aux vanités et aux folies d’un monde de péché, c’est comme si un Israélite avait mangé quelque bête morte d’elle-même. Dieu soit loué, le chrétien a pour se nourrir quelque chose de meilleur que les pauvres choses mortes de ce monde. Il a le pain vivant qui est descendu du ciel, la vraie manne ; et non seulement cela, mais il mange « du crû du pays de Canaan » (Josué 5:12), type de l’Homme ressuscité et glorifié dans les cieux. Le pauvre mondain inconverti ne connaît absolument rien de ces choses si précieuses ; il se nourrit de ce que le monde peut lui offrir. La question n’est pas si les choses sont bonnes ou mauvaises en elles-mêmes, car personne n’aurait jamais songé au mal qu’il peut y avoir à manger quelque animal mort de lui-même, si Dieu n’avait dit qu’il ne fallait pas le faire.

C’est le point important pour nous. On ne peut s’attendre à ce que le monde voie ou sente comme nous, touchant ce qui est bien ou mal ; c’est notre affaire de considérer les choses à un point de vue divin. Beaucoup de choses qu’un mondain peut faire sans inconséquence, ne pourraient pas même être touchées par un chrétien, et cela parce qu’il est chrétien. La question que le vrai croyant doit se faire chaque fois qu’une chose se présente devant lui est simplement : « Puis-je faire ceci à la gloire de Dieu ? Le nom de Christ peut-il y être associé ? » Si non, il ne doit pas y toucher.

En un mot, le mobile et la pierre de touche en toute occasion pour le chrétien, c’est Christ. Cela rend tout très simple. Au lieu de se demander si telle ou telle chose s’accorde avec notre profession, nos principes, notre caractère ou notre réputation, nous avons à nous demander : Est-ce que cela s’accorde avec Christ ? Tout ce qui est indigne de Christ est indigne d’un chrétien. Cela bien compris deviendra une règle pratique applicable à mille détails. Si le cœur est franchement à Christ, si nous marchons selon les instincts de la nature divine, fortifiés par l’action de l’Esprit, et guidés par l’autorité des Saintes Écritures, touchant ce qui est bien ou mal, ces questions ne nous troubleront pas dans notre vie journalière.

Avant de citer au lecteur les beaux versets qui terminent le chapitre, nous désirons attirer son attention sur la dernière partie du verset 21: « Tu ne cuiras pas le chevreau dans le lait de sa mère ». Le fait que cette prescription est donnée en trois endroits différents, prouve qu’elle a un intérêt spécial et une importance pratique. Que signifie-t-elle ? Quelle instruction devons-nous en tirer ? Nous croyons que ce passage nous enseigne très clairement que le peuple du Seigneur doit éviter soigneusement tout ce qui est contraire à la nature. Or, c’était évidemment agir contrairement à la nature de faire cuire un animal dans ce qui était destiné à le nourrir. La parole de Dieu attache partout une grande importance à ce qui est selon la nature, à ce qui est convenable. « La nature même ne vous enseigne-t-elle pas ? » (1 Cor. 11:14) dit l’apôtre inspiré à l’assemblée de Corinthe.

Il y a dans la nature certains sentiments et certains instincts que le Créateur y a placés et qu’il ne faut jamais outrager. On peut poser en principe qu’aucun acte faisant violence aux susceptibilités propres à la nature, ne peut être de Dieu. L’Esprit de Dieu peut souvent nous conduire au delà et au-dessus de la nature, mais jamais contre elle.

Voyons maintenant les derniers versets de notre chapitre qui renferment quelques instructions particulièrement pratiques. « Tu dîmeras exactement tout le rapport de ta semence, que ton champ produira chaque année. Et tu mangeras devant l’Éternel, ton Dieu, au lieu qu’il aura choisi pour y faire habiter son nom, la dîme de ton froment, de ton moût, et de ton huile, et les premiers-nés de ton gros et de ton menu bétail, afin que tu apprennes à craindre toujours l’Éternel, ton Dieu. Et si le chemin est trop long pour toi, de sorte que tu ne puisses les transporter, parce que le lieu que l’Éternel, ton Dieu, aura choisi pour y mettre son nom, sera trop éloigné de toi, parce que l’Éternel, ton Dieu, t’aura béni : alors tu les donneras pour de l’argent, et tu serreras l’argent dans ta main, et tu iras au lieu que l’Éternel, ton Dieu, aura choisi ; et tu donneras l’argent pour tout ce que ton âme désirera, pour du gros ou du menu bétail, ou pour du vin ou pour des boissons fortes, pour tout ce que ton âme te demandera, et tu le mangeras là, devant l’Éternel, ton Dieu, et tu te réjouiras, toi et ta maison. Et tu ne délaisseras pas le Lévite qui est dans tes portes, car il n’a point de part ni d’héritage avec toi. — Au bout de trois ans, tu mettras à part toute la dîme de ta récolte de cette année-là, et tu la déposeras dans tes portes. Et le Lévite, qui n’a point de part ni d’héritage avec toi, et l’étranger, et l’orphelin, et la veuve, qui seront dans tes portes, viendront, et ils mangeront et seront rassasiés ; afin que l’Éternel, ton Dieu, te bénisse dans tout l’ouvrage de ta main que tu fais » (vers. 22-29).

Ce passage, profondément intéressant, est d’une haute importance, en ce qu’il place devant nous, avec une grande simplicité, la base, le centre et les traits pratiques de la religion nationale et domestique d’Israël. Le grand fondement du culte d’Israël était le fait que soit eux, soit leur pays, appartenait à l’Éternel. Le pays était à Lui, ils n’en étaient que les tenanciers. Ils étaient appelés à rendre périodiquement témoignage à cette précieuse vérité, en donnant fidèlement la dîme de ce que produisait leur pays. « Tu dîmeras exactement tout le rapport de ta semence, que ton champ produira chaque année » (vers. 22).

Ils reconnaissaient ainsi, d’une manière pratique, les droits de l’Éternel comme possesseur de la terre, et ne devaient jamais perdre de vue qu’ils n’avaient aucun autre maître que l’Éternel, leur Dieu. Tout ce qu’ils étaient et tout ce qu’ils avaient Lui appartenait. Tel était le solide fondement de leur culte national, — de leur religion.

Le centre de leur culte est indiqué tout aussi clairement. Ils devaient se rassembler au lieu que l’Éternel avait choisi pour y mettre son nom. Précieux privilège, pour tous ceux qui aimaient vraiment ce glorieux Nom ! Nous voyons dans ce passage, comme aussi dans plusieurs autres portions de la parole de Dieu, quelle importance Dieu attachait aux rassemblements périodiques de son peuple autour de Lui-même. Il prenait plaisir à voir son peuple bien-aimé assemblé en sa présence, heureux en Lui, et les uns et les autres, se réjouissant ensemble dans leur lot commun, et se nourrissant dans une douce et fraternelle communion, du fruit du pays de l’Éternel. « Tu mangeras devant l’Éternel, ton Dieu, au lieu qu’il aura choisi pour y faire habiter son nom, la dîme de ton froment,… afin que tu apprennes à craindre toujours l’Éternel, ton Dieu » (vers. 23).

C’était le seul lieu de rassemblement pour tous les Israélites sincères, pour tous ceux qui aimaient vraiment l’Éternel. Tous ceux-là prenaient plaisir à venir en foule dans le lieu béni où ce nom révéré était invoqué. Ceux qui ne connaissaient pas le Dieu d’Israël, et ne se souciaient pas de Lui, pouvaient trouver étrange de voir ce peuple parcourir souvent une longue distance, pour apporter ses dîmes dans un lieu particulier. Quelqu’un demandera peut-être à quoi cela servait et pourquoi ne pas manger ces dîmes à la maison ? Mais cela montrerait simplement l’ignorance de la chose, et l’entière incapacité d’en apprécier la valeur. La grande raison morale pour l’Israël de Dieu de voyager ainsi jusqu’à la place désignée, se trouvait dans cette glorieuse devise : Jéhovah-Shamma, « l’Éternel est là ». Si un Israélite avait décidé de propos délibéré de rester chez lui, ou d’aller à quelque endroit de son propre choix, il n’aurait rencontré là ni l’Éternel, ni ses frères, et aurait ainsi dû prendre seul son repas. Une telle conduite aurait attiré un jugement de la part de Dieu ; c’eût été une abomination. Il n’y avait qu’un seul centre, choisi non par l’homme, mais par Dieu lui-même. L’impie Jéroboam, pour servir ses vues politiques et égoïstes, eut la présomption de contrevenir au commandement divin et plaça des veaux d’or à Béthel et à Dan ; mais le culte offert en ces endroits, l’était aux démons et non pas à Dieu. C’était un acte audacieux de méchanceté qui fit tomber sur lui et sur sa maison le juste jugement de Dieu ; et nous voyons plus tard, dans l’histoire d’Israël, que faire comme « Jéroboam, fils de Nebath », caractérise l’iniquité de tous les méchants rois.

Quant à tous les Israélites fidèles, on était sûr de les trouver réunis autour du centre divin et nulle part ailleurs. On ne les aurait pas entendu présenter toutes sortes d’excuses pour rester chez eux ; on ne les aurait pas vus courant ici et là, à des endroits de leur propre choix ou de celui des autres ; non, vous les auriez trouvés rassemblés là où l’Éternel avait mis son nom et là seulement. Était-ce par étroitesse ou bigoterie ? Non, c’était par crainte de Dieu et par amour pour Lui. Du moment que l’Éternel avait désigné un lieu où il voulait rencontrer son peuple, assurément son peuple devait s’y rendre.

Non seulement il avait désigné un lieu, mais dans sa bonté infinie, il avait pourvu aux moyens de rendre ce lieu aussi accessible que possible pour son peuple d’adorateurs, comme nous le voyons ici : « Et si le chemin est trop long pour toi, de sorte que tu ne puisses les transporter, parce que le lieu que l’Éternel, ton Dieu, aura choisi pour y mettre son nom, sera trop éloigné de toi, parce que l’Éternel, ton Dieu, t’aura béni alors tu les donneras pour de l’argent, et tu serreras l’argent dans ta main, et tu iras au lieu que l’Éternel, ton Dieu, aura choisi… Et tu le mangeras là, devant l’Éternel, ton Dieu, et tu te réjouiras, toi et ta maison » (vers. 24-26).

Cela est d’une grande beauté. L’Éternel, dans ses tendres soins et sa sollicitude, tenait compte de tout ; il ne voulait pas laisser la moindre difficulté sur le chemin de son peuple, quand il s’agissait de son rassemblement autour de Lui. Il trouvait sa joie à voir son peuple racheté, heureux en sa présence ; et tous ceux qui aimaient son nom, répondaient avec délices au désir de son cœur en se rassemblant autour de ce centre divin.

Un Israélite qui aurait négligé l’occasion bénie de se réunir avec ses frères, au lieu et au moment désignés par l’Éternel, aurait prouvé qu’il n’avait pas de cœur pour Dieu ni pour son peuple, ou ce qui était pire, qu’il restait volontairement absent. Il aurait pu prétendre qu’il était heureux chez lui, heureux ailleurs, mais ç’aurait été un faux bonheur, puisqu’il se serait trouvé dans un sentier de négligence volontaire à l’égard de ce que Dieu avait établi.

Tout cela est rempli d’instructions précieuses pour l’Église de Dieu ! La volonté de Dieu, maintenant non moins qu’alors, est que son peuple se réunisse en sa présence, sur un terrain et autour d’un centre, que Lui-même a indiqués. C’est ce qui ne saurait être mis en question par quiconque possède une étincelle de lumière divine dans son âme. Les instincts de la nature divine en nous, la direction de l’Esprit Saint, et les enseignements des Saintes Écritures, tout conduit le peuple de Dieu à se rassembler pour l’adoration, la communion et l’édification. Quoique les dispensations de Dieu puissent différer, il y a certains grands principes et certains traits caractéristiques qui demeurent toujours ; et le rassemblement de nous-mêmes est assurément de ce nombre. Que ce soit sous l’ancienne ou sous la nouvelle économie, le rassemblement du peuple de l’Éternel est d’institution divine. Or cela étant, ce n’est pas de notre bonheur, de notre jouissance qu’il s’agit en aucune manière, quoique nous sachions bien que tous les vrais chrétiens seront heureux de se trouver à la place que Dieu leur a désignée. Il y a toujours joie profonde et bénédiction dans l’assemblée du peuple de Dieu.

Il est impossible de ne pas être réellement heureux, lorsque nous sommes réunis en la présence du Seigneur. C’est le ciel sur la terre pour les bien-aimés de l’Éternel, pour ceux qui aiment son nom, sa personne, pour ceux qui s’aiment l’un l’autre, que d’être réunis ensemble autour de sa table, autour de Lui-même. Quel bonheur plus grand peut-il y avoir que de rompre le pain ensemble, en commémoration de notre bien-aimé et adorable Sauveur ; d’annoncer sa mort jusqu’à ce qu’il vienne ; de faire monter dans un saint concert nos actions de grâces et nos louanges à Dieu et à l’Agneau ; nous édifiant, nous exhortant et nous consolant l’un l’autre, selon les dons et la grâce qui nous sont dispensés par la Tête ressuscitée et glorifiée de l’Église ; de répandre nos cœurs dans une douce communion, en prières, en supplications, en intercessions pour tous les hommes, pour les rois et toutes les autorités, pour toute la maison de la foi, l’Église de Dieu, le corps de Christ, pour l’œuvre du Seigneur, et ses ouvriers sur toute la terre ?

Où y aurait-il un vrai chrétien, dans un bon état d’âme, qui ne prendrait tout son plaisir en ce que nous venons de mentionner, et ne dirait du fond de son cœur qu’il n’y a rien de comparable de ce côté-ci de la gloire ?

Mais, je le répète, il ne s’agit pas de notre bonheur ; c’est une chose toute secondaire. En ceci, comme en toute autre chose, nous devons être guidés par la volonté de Dieu, telle qu’elle est révélée dans sa sainte Parole. La question pour nous est simplement celle-ci : Est-il selon la pensée de Dieu que ses enfants se rassemblent pour le culte et l’édification commune ? S’il en est ainsi, malheur à tous ceux qui, pour une raison quelconque, refusent de propos délibéré, ou négligent par indifférence de le faire ; non seulement il y a une grande perte pour leurs âmes, mais ils déshonorent Dieu, contristent son Esprit et font injure à l’assemblée de son peuple.

Ce sont là des choses très importantes et qui demandent l’attention sérieuse de tous ceux qui appartiennent au Seigneur. C’est assurément la volonté de Dieu que les siens se réunissent en sa présence. Nous sommes exhortés, dans le chapitre 10 de l’épître aux Hébreux, à ne pas abandonner le rassemblement de nous-mêmes. Une valeur, un intérêt et une importance particulière se rattachent à l’assemblée. La vérité qui s’y rapporte commence à luire pour nous dans les premières pages du Nouveau Testament. Ainsi, dans Matt. 18:20, nous lisons ces paroles de notre Seigneur : « Là où deux ou trois sont assemblés en mon nom, je suis là au milieu d’eux ». Nous avons ici le centre divin « Mon nom ». Cela répond au « lieu que l’Éternel choisira pour y placer son nom », paroles si constamment répétées et sur lesquelles il est tant insisté dans le livre du Deutéronome. Il était absolument nécessaire qu’Israël se réunît en cet unique lieu. Nulle alternative n’était laissée au peuple. C’était « le lieu que l’Éternel, ton Dieu, choisira », et aucun autre.

Il n’en est pas autrement pour l’Église de Dieu. Il ne s’agit pas de choix humain, ni d’un jugement ou d’une opinion d’homme. Tout est divin. Le terrain de notre rassemblement est divin, car c’est la rédemption accomplie. Le centre autour duquel nous sommes rassemblés est divin, car c’est le nom de Jésus. La puissance par laquelle nous sommes rassemblés est divine, car c’est le Saint Esprit, et l’autorité sous laquelle notre rassemblement s’effectue est divin, car c’est la parole de Dieu.

Tout cela est aussi clair que précieux, et tous nous avons besoin de simplicité de foi pour accepter cette vérité et agir en conséquence. Raisonner nous conduit dans l’obscurité ; écouter les opinions humaines, c’est se plonger dans une perplexité désespérante entre toutes les sectes et les partis en lutte dans la chrétienté. Notre seul refuge, notre seule ressource, notre seule force, notre seule autorité, c’est la précieuse parole de Dieu. Ôtez-la, et nous n’avons absolument rien. Donnez-nous ce trésor, et plus rien ne nous manque.

La vérité quant à notre rassemblement est aussi claire, aussi simple et aussi incontestable que la vérité concernant notre salut. C’est le privilège de tous les chrétiens d’être aussi sûrs qu’ils sont rassemblés sur le terrain de Dieu, autour du centre de Dieu, par la puissance de Dieu, et sous l’autorité de Dieu, qu’ils le sont d’être compris dans le cercle béni du salut de Dieu.

Si l’on demande comment nous pouvons être assurés d’être autour du centre de Dieu, nous répondrons simplement : par la parole de Dieu. Comment Israël pouvait-il avoir une certitude quant à l’endroit choisi de Dieu, pour qu’ils s’y rassemblassent. Par son commandement précis. Manquaient-ils de directions ? Non certes ; sa Parole était aussi claire et aussi distincte quant au lieu de leur culte que par rapport à tout autre chose. Il n’y avait lieu à aucune incertitude. La chose était placée si clairement devant eux, que la mettre en question n’aurait pu être que le fait de l’ignorance ou d’une désobéissance positive.

Les chrétiens seraient-ils donc moins bien instruits qu’Israël quant au lieu où ils ont à adorer, quant au centre et au terrain de leur rassemblement ? Sommes-nous laissés dans le doute ou l’incertitude quant à cette question ? Chacun peut-il la décider suivant ce qui lui semble le mieux ? Dieu ne nous a-t-il donné aucune instruction positive et définie sur un sujet aussi important ? Pourrions-nous croire un seul instant que Celui qui, dans sa grande miséricorde, a condescendu jusqu’à donner à son peuple d’autrefois des directions touchant des choses que, dans notre prétendue sagesse, nous jugerions indignes d’être mentionnées, que ce Dieu laisserait maintenant son Église sans une direction précise quant au terrain, au centre et aux traits caractéristiques du culte à Lui rendre ? C’est tout à fait impossible. Toute âme spirituelle doit rejeter avec décision et énergie une semblable pensée.

Non, bien-aimé lecteur chrétien, vous savez que notre Dieu, plein de grâce, ne saurait agir ainsi avec son peuple céleste. Il est vrai qu’il n’existe actuellement aucun lieu particulier désigné, pour que tous les chrétiens s’y rendent périodiquement afin d’y adorer. Il y avait un tel lieu pour le peuple terrestre, et il y en aura un plus tard pour Israël rétabli dans sa terre, et pour les nations : « Et il arrivera, à la fin des jours, que la montagne de la maison de l’Éternel sera établie sur le sommet des montagnes, et sera élevée au-dessus des collines ; et toutes les nations y afflueront ; et beaucoup de peuples iront, et diront : Venez, et montons à la montagne de l’Éternel, à la maison du Dieu de Jacob, et il nous instruira de ses voies, et nous marcherons dans ses sentiers. Car de Sion sortira la loi, et de Jérusalem, la parole de l’Éternel » (Ésaïe 2:2-3). Et encore : « Et il arrivera que tous ceux qui resteront de toutes les nations qui seront venues contre Jérusalem, monteront d’année en année pour se prosterner devant le roi, l’Éternel des armées, et pour célébrer la fête des tabernacles. Et il arrivera que, celle des familles de la terre qui ne montera pas à Jérusalem pour se prosterner devant le roi, l’Éternel des armées,… sur celle-là, il n’y aura pas de pluie » (Zac. 14:16-17).

Voici deux passages tirés, l’un du premier, l’autre de l’avant-dernier des prophètes divinement inspirés, nous reportant par avance au temps glorieux où Jérusalem sera le centre choisi de Dieu pour Israël et pour toutes les nations. Et nous pouvons affirmer en toute confiance, que le lecteur trouvera tous les prophètes d’accord et en pleine harmonie avec Ésaïe et Zacharie, sur cet intéressant sujet. Appliquer de tels passages à l’Église ou au ciel, c’est faire violence aux déclarations les plus claires et les plus belles qui soient jamais parvenues à l’oreille de l’homme ; c’est confondre les choses terrestres avec les célestes, et donner un démenti aux paroles des prophètes et des apôtres.

Multiplier les citations est inutile. Il est prouvé dans toute l’Écriture que Jérusalem était et sera le centre terrestre choisi de Dieu, pour son peuple et pour toutes les nations. Mais actuellement, c’est-à-dire depuis le jour de la Pentecôte où le Saint Esprit descendit pour former l’Église de Dieu, le corps de Christ, jusqu’au moment où notre Seigneur Jésus Christ descendra du ciel pour enlever les siens de la terre, il n’y a ni lieu, ni ville, ni localité sacrée, ni centre terrestre pour le peuple de Dieu. Parler aux chrétiens de lieux saints ou de terrains consacrés, leur est aussi étranger — ou au moins le devrait être — qu’il l’eût été pour un Juif d’entendre dire que son lieu de culte était le ciel.

Que le lecteur prenne le chapitre 4 de l’évangile de Jean ; il y trouvera, dans le discours merveilleux de notre Seigneur avec la femme de Sichar, une précieuse instruction sur ce sujet : « La femme lui dit : Seigneur, je vois que tu es un prophète. Nos pères ont adoré sur cette montagne-ci, et vous, vous dites qu’à Jérusalem est le lieu où il faut adorer. Jésus lui dit : Femme, crois-moi l’heure vient que vous n’adorerez le Père, ni sur cette montagne, ni à Jérusalem. Vous, vous adorez, vous ne savez quoi ; nous, nous savons ce que nous adorons ; car le salut vient des Juifs. Mais l’heure vient, et elle est maintenant, que les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité ; car aussi le Père en cherche de tels qui l’adorent. Dieu est esprit, et il faut que ceux qui l’adorent, l’adorent en esprit et en vérité » (versets 19-24).

Ce passage met entièrement de côté la pensée qu’il puisse y avoir maintenant un lieu de culte spécial. « Le Très-haut n’habite point dans des demeures faites de main ; selon que dit le prophète : Le ciel est mon trône, et la terre est le marchepied de mes pieds. Quelle maison me bâtirez-vous, dit le Seigneur, et quel sera le lieu de mon repos ? Ma main n’a-t-elle pas fait toutes ces choses » (Actes 7:48-50). Et encore : « Le Dieu qui a fait le monde et toutes les choses qui y sont, lui qui est le Seigneur du ciel et de la terre, n’habite pas dans des temples faits de main ; et il n’est pas servi par des mains d’hommes, comme s’il avait besoin de quelque chose, lui qui donne à tous la vie et la respiration et toutes choses » (Actes 17:24-25).

L’enseignement du Nouveau Testament touchant le culte est très clair, du commencement à la fin ; et le lecteur chrétien doit sérieusement y faire attention, chercher à le comprendre, et soumettre tout son être moral à son autorité. Dès les temps les plus reculés de l’histoire de l’Église, il y a toujours eu une forte et fatale tendance à retourner au judaïsme, non seulement quant à la justice devant Dieu, mais aussi quant au culte. C’est ainsi que les chrétiens ont été placés non seulement sous la loi quant à la vie et à la justice, mais aussi, jusqu’à un certain point, sous le rituel lévitique pour l’ordre et le caractère de leur culte. Nous avons traité le premier sujet dans les chapitres 4 et 5 de ces « Notes » ; mais le dernier n’est pas moins important dans son effet sur l’ensemble et le caractère de la vie et de la conduite chrétiennes.

Il faut nous souvenir que le grand but de Satan est de faire déchoir l’Église de la place excellente qui lui appartient, quant à sa position, sa marche et son culte. À peine l’Église était-elle établie le jour de Pentecôte, qu’il a commencé à y introduire des principes de corruption et de ruine, et il n’a cessé durant dix-huit siècles de poursuivre son œuvre. En présence même des paroles si claires, citées plus haut, en rapport avec le caractère du culte que le Père cherche maintenant, et quant au fait que Dieu n’habite pas dans des temples faits de mains, nous avons vu dans tous les temps cette forte tendance à retourner à l’état de choses existant sous l’économie mosaïque. De là ce désir d’avoir de grands bâtiments, un rituel imposant, un ordre sacerdotal, des services splendides, des chœurs, etc., toutes choses qui sont en opposition directe avec la pensée de Christ et les enseignements les plus précis du Nouveau Testament. L’Église professante, en tout cela, s’est entièrement éloignée de l’Esprit du Seigneur et a méconnu son autorité, et cependant, chose triste et étrange à la fois, elle en appelle à ces choses comme preuves des progrès merveilleux du christianisme. Certains de ses docteurs disent même que l’apôtre Paul avait une faible idée de la grandeur que l’Église atteindrait, et que s’il voyait une de nos cathédrales avec ses vastes nefs et ses vitraux, et s’il entendait le son des orgues et les voix des chœurs, il serait surpris du changement et des progrès opérés depuis le temps où les disciples se réunissaient dans la chambre haute, à Jérusalem ! (*)


(*) Il faut se rappeler que l’auteur n’a pas seulement en vue l’église romaine dans ce passage, mais aussi ce nombreux parti que, dans l’église anglicane, on nomme les ritualistes (Note du trad).


Quelle séduction de l’ennemi, cher lecteur ! L’Église a progressé, il est vrai, mais dans la fausse direction, pas en avant, mais en arrière, loin de Christ, loin du Père, loin de l’Esprit, loin de la Parole.

J’aimerais adresser au lecteur cette seule question : Si l’apôtre Paul arrivait ici ou ailleurs, un dimanche, où trouverait-il ce qu’il trouva en Troade en pareil jour, il y a deux mille ans, comme cela nous est rapporté dans les Actes, chap. 20, vers. 7 ? Où trouverait-il des disciples rassemblés simplement par le Saint Esprit, au nom de Jésus, pour rompre le pain en mémoire de Lui, annonçant ainsi sa mort jusqu’à ce qu’il vienne ? Tel était alors l’ordre divin, et tel il doit être maintenant. Nous ne pouvons croire que l’apôtre acceptât rien d’autre. Il chercherait seulement ce qui est selon l’ordre divin. Où donc le trouverait-il ? Où pourrait-il aller et trouver la table de son Seigneur, dressée comme il l’avait commandé Lui-même, la nuit où il fut trahi ?

Nous ne pouvons autrement que croire que l’apôtre Paul insisterait pour avoir la table et la cène de son Seigneur, telles qu’il l’avait reçu directement du Seigneur dans la gloire, et comme il l’a transmis par l’Esprit, dans son épître aux Corinthiens, chap. 10 et 11, — épître adressée « à tous ceux qui en tout lieu invoquent le nom de notre Seigneur Jésus Christ, et leur Seigneur, et le nôtre » (1 Cor. 1:2). Nous ne pouvons croire que l’apôtre enseignât l’ordre de Dieu dans le premier siècle, et acceptât le désordre de l’homme dans le vingtième. L’homme n’a aucun droit de mêler du sien à une institution divine. Il n’a pas plus l’autorité de changer un seul iota ou un trait de lettre à ce qui se rapporte à la cène, qu’Israël ne l’avait de changer quoi que ce fût à l’ordonnance de la pâque.

Nous répétons notre question, et nous supplions le lecteur de la peser sérieusement et d’y répondre en présence de Dieu et à la lumière de sa Parole : Où l’apôtre trouverait-il cela à Londres, à Paris ou dans quel endroit que ce soit dans toute la chrétienté, le premier jour de la semaine ? Où pourrait-il aller prendre place à la table de son Seigneur, dressée au milieu d’un rassemblement de disciples réunis sur le terrain d’un seul corps, autour d’un seul centre, le nom de Jésus, par la puissance du Saint Esprit et sous l’autorité de la parole de Dieu ? Où trouverait-il une sphère dans laquelle il pourrait exercer ses dons sans une autorité, un appel, ou une consécration humaine ? Nous posons ces questions, afin d’exercer le cœur et la conscience du lecteur. Nous sommes pleinement convaincus qu’il y a des endroits, ici et là, où Paul pourrait trouver ces choses réalisées, quoique dans la faiblesse et avec bien des manquements, et nous croyons qu’une solennelle responsabilité est imposée au lecteur chrétien de les découvrir aussi. Hélas ! hélas ! ils sont en petit nombre et bien disséminés en comparaison de la masse des chrétiens qui se réunissent d’une autre manière. On nous dira peut-être que si les gens savaient que c’est l’apôtre Paul, ils lui permettraient volontiers d’exercer son ministère. Mais il ne demanderait ni n’accepterait leur permission, puisqu’il nous dit clairement, au chapitre 1 des Galates, que son ministère était « non de la part des hommes, ni par l’homme, mais par Jésus Christ, et Dieu le Père qui l’a ressuscité d’entre les morts » (1:1).

Non seulement cela, mais nous pouvons être sûrs que l’apôtre insisterait pour que la table du Seigneur fût dressée sur le terrain divin d’un seul corps, et il ne pourrait consentir à participer à la cène du Seigneur que selon l’ordre divin tel qu’il est donné dans le Nouveau Testament. Il n’accepterait rien d’autre que la réalité divine. Il ne pourrait admettre aucune intrusion de l’homme dans une institution divine ; il n’accepterait non plus aucun nouveau terrain de rassemblement, ni aucun nouveau principe d’organisation. Il répéterait ses propres paroles inspirées : « Il y a un seul corps et un seul Esprit » ; et aussi : « Nous qui sommes plusieurs, sommes un seul pain, un seul corps ; car nous participons tous à un seul et même pain ». Ces paroles s’appliquent à « tous ceux qui en tout lieu invoquent le nom de notre Seigneur Jésus Christ » ; et ces paroles sont vraies dans tous les temps de l’existence de l’Église sur la terre.

Il est important que le lecteur soit tout à fait au clair quant à cette question. Le principe de Dieu quant au rassemblement et à l’unité, ne doit à aucun prix être abandonné. Dès l’instant que les hommes commencent à organiser, à former des sociétés, des églises, ils agissent en opposition directe avec la parole de Dieu, la pensée de Christ, et l’action actuelle du Saint Esprit. L’homme pourrait tout aussi bien se mettre à former un monde qu’à former une église ; c’est une œuvre essentiellement divine. Le Saint Esprit descendit le jour de la Pentecôte, pour former l’Église de Dieu, le corps de Christ ; et c’est la seule Église, le seul corps que l’Esprit reconnaisse ; toute autre organisation est contraire à Dieu, quelque sanctionnée et défendue qu’elle pût être par des milliers de vrais chrétiens.

Que le lecteur nous comprenne bien. Nous ne parlons pas de salut, de vie éternelle, ou de justice divine, mais du vrai terrain de rassemblement, du principe divin sur lequel la table du Seigneur doit être dressée, et la cène célébrée. Des milliers de bien-aimés enfants de Dieu ont vécu et sont morts dans la communion de l’église de Rome ; et l’église de Rome n’est pas l’Église de Dieu, mais une horrible apostasie ; et le sacrifice de la messe n’est pas la cène du Seigneur, mais une misérable invention du diable. Si, dans l’esprit du lecteur, la question était simplement celle-ci : Quelle somme d’erreurs peut-on sanctionner sans perdre le salut de son âme ? il serait inutile de poursuivre le grand et important sujet dont nous nous occupons. Mais quel est le cœur attaché à Christ qui pourrait se contenter d’être placé sur un terrain aussi bas ? Que penserait-on d’un Israélite qui, content d’être fils d’Abraham et de jouir de sa vigne, de son figuier et de ses troupeaux, n’aurait jamais eu la pensée d’aller adorer au lieu que l’Éternel avait assigné pour y invoquer son nom ? Où était le fidèle Juif qui n’aimât pas ce lieu sacré ? « Éternel ! j’ai aimé l’habitation de ta maison, et le lieu de la demeure de ta gloire » (Ps. 26:8).

Et lorsque, à cause du péché d’Israël, le gouvernement national eut pris fin et que le peuple eut été mené en captivité, nous entendons les exilés sincères d’entre eux élevant leurs cris de lamentation dans ces paroles si touchantes et si éloquentes du Ps. 137:1-7: « Auprès des fleuves de Babylone, là nous nous sommes assis, et nous avons pleuré quand nous nous sommes souvenus de Sion », etc.

Et encore, dans le sixième chapitre de Daniel, nous trouvons cet homme aimé de Dieu, ouvrant dans son exil, sa fenêtre du côté de Jérusalem, trois fois le jour, pour prier, quoiqu’il sût bien que la fosse aux lions serait son châtiment. Mais pourquoi se tourner ainsi du côté de Jérusalem ? Était-ce par une superstition juive ? Non, c’était une application magnifique du principe divin, un témoignage rendu au milieu des tristes et humiliantes conséquences de la folie et du péché d’Israël. Jérusalem, il est vrai, était en ruines ; mais les pensées de Dieu concernant Jérusalem n’étaient pas en ruines ; elle était toujours le centre divin, pour son peuple terrestre. « Jérusalem, qui es bâtie comme une ville bien unie ensemble en elle-même ! C’est là que montent les tribus, les tribus de Jah, un témoignage à Israël, pour célébrer le nom de l’Éternel. Car là sont placés les trônes de jugement, les trônes de la maison de David. Demandez la paix de Jérusalem ; ceux qui t’aiment prospéreront. Que la paix soit dans tes murs, la prospérité dans tes palais ! À cause de mes frères et de mes compagnons, je dirai : Que la paix soit en toi ! À cause de la maison de l’Éternel, notre Dieu, je rechercherai ton bien » (Ps. 122:3-9).

Jérusalem était le centre pour les douze tribus d’Israël, aux jours d’autrefois, et il en sera ainsi à l’avenir. Appliquer le passage ci-dessus et d’autres semblables à l’Église de Dieu maintenant, ou à son avenir sur la terre ou dans le ciel, c’est simplement mettre les choses sens dessus dessous, confondre ce qui est essentiellement différent, et ainsi faire un tort incalculable soit à l’Écriture, soit aux âmes. On ne peut se permettre de prendre des libertés aussi inexcusables avec la parole de Dieu.

Jérusalem était et sera le centre terrestre pour le peuple de Dieu ; mais maintenant l’Église de Dieu ne devrait reconnaître d’autre centre que le nom infiniment précieux et glorieux de Jésus. « Là où deux ou trois sont assemblés en mon nom, je suis là au milieu d’eux ». Précieux centre ! C’est celui-là seul que le Nouveau Testament montre, autour de celui-là seul que le Saint Esprit rassemble. Peu importe où nous sommes réunis, à Jérusalem, à Rome, à Londres, à Paris ou à Canton ; la question n’est pas , mais comment on se rassemble.

Mais souvenons-nous que ce doit être une chose d’une réalité divine. Il ne sert à rien de professer d’être réunis au nom de Jésus, si nous ne le sommes pas réellement. Les paroles de l’apôtre au sujet de la foi, peuvent s’appliquer avec une égale force à la question de notre centre de rassemblement : « Mes frères, quel profit y a-t-il si quelqu’un dit » qu’il est réuni au nom de Jésus ? (Jac. 2:14). Dieu agit par des réalités morales, et, tandis qu’il est parfaitement clair qu’un homme qui désire être vrai en Christ, ne peut absolument pas consentir à reconnaître quelque autre centre ou terrain de rassemblement que son Nom, cependant il est très possible, hélas ! et combien souvent cela arrive, que des personnes font profession d’être sur ce terrain saint et béni, tandis que leur esprit, leur conduite, leurs habitudes, en un mot toute leur vie et leur caractère, prouvent qu’elles ne connaissent pas la puissance de leur profession.

L’apôtre dit aux Corinthiens : « Pas en parole, mais en puissance » (1 Cor. 4:20), paroles d’une grande importance, assurément, et bien nécessaires en tout temps, mais particulièrement utiles en rapport avec l’important sujet placé devant nous. Nous désirons ardemment placer sur la conscience du lecteur chrétien, la responsabilité où il est de considérer ce sujet dans un saint recueillement en présence du Seigneur et à la lumière du Nouveau Testament. Qu’il ne le laisse pas de côté sous prétexte que ce n’est pas une question essentielle. Au contraire, elle l’est au plus haut degré, en tant que cela concerne la gloire de Dieu et le maintien de sa vérité, et c’est la seule pierre de touche pour décider ce qui est essentiel et ce qui ne l’est pas. Était-il essentiel pour Israël de se rassembler au lieu que Dieu avait désigné ? Était-ce une chose à discuter ? Chacun pouvait-il se choisir un centre pour lui-même ? Pesez votre réponse à la lumière de Deut. 14. Il était absolument essentiel que l’Israël de Dieu s’assemblât autour du centre du Dieu d’Israël, cela ne peut être mis en question. Malheur à l’homme qui aurait prétendu tourner le dos au lieu où l’Éternel avait mis son nom. Il aurait bientôt été forcé de reconnaître son erreur. Et si cela était vrai pour le peuple terrestre, n’est-ce pas également vrai pour l’Église et pour le chrétien individuellement ? Assurément. Nous sommes tenus par tout ce qu’il y a de plus élevé et de plus sacré, de répudier tout terrain de rassemblement, sauf celui du seul corps, tout centre excepté le nom de Jésus, toute puissance de rassemblement autre que le Saint Esprit, toute autorité de rassemblement sinon la parole de Dieu. Puissent tous les bien-aimés de Dieu, en tout lieu, être amenés à considérer ces choses dans la crainte et l’amour de son saint nom !

Nous terminerons en citant le dernier paragraphe de notre chapitre, dans lequel nous trouverons quelques enseignements très pratiques : « Au bout de trois ans, tu mettras à part toute la dîme de ta récolte de cette année-là, et tu la déposeras dans tes portes. Et le Lévite, qui n’a point de part ni d’héritage avec toi, et l’étranger, et l’orphelin, et la veuve, qui seront dans tes portes, viendront, et ils mangeront et seront rassasiés ; afin que l’Éternel, ton Dieu, te bénisse dans tout l’ouvrage de ta main, que tu fais » (vers. 28-29).

Nous avons ici une scène de famille bien touchante, qui met en lumière le caractère divin, et fait resplendir les rayons de la grâce et de la miséricorde du Dieu d’Israël. Le cœur est réjoui en respirant l’air vivifiant d’un passage comme celui-là. Quel contraste frappant avec le froid égoïsme de la scène qui nous entoure. Dieu enseignait à son peuple à penser à tous les nécessiteux et à prendre soin d’eux. Les dîmes Lui appartenaient, mais il laissait aux siens le délicieux privilège de les employer de manière à réjouir le cœur des autres.

Il y a une douceur particulière dans ces mots « viendront », « mangeront », et « seront rassasiés ». Comme cela peint bien la grâce de notre Dieu ! Il prend son plaisir à répondre aux besoins de tous. Il ouvre sa main, et rassasie à souhait toute créature vivante. Et non seulement cela, mais il trouve son plaisir à faire des siens les canaux à travers lesquels la grâce, la bonté et la sympathie de son cœur, découlent pour tous. Combien cela est précieux ! Quel privilège d’être des donateurs de la part de Dieu, les dispensateurs de sa bonté et de sa grâce. Plût à Dieu que nous entrions plus pleinement dans les profondeurs de ces vérités ! Puissions-nous respirer davantage l’atmosphère de la présence divine, et alors nous réfléchirons plus fidèlement le caractère divin !

Comme le sujet si profondément intéressant et pratique des vers. 28 et 29, nous sera présenté de nouveau dans notre étude du chap. 26, nous ne nous y arrêterons pas davantage pour le présent.


17 - Chapitre 15

« Au bout de sept ans, tu feras relâche. Et c’est ici la manière du relâche : tout créancier relâchera sa main du prêt qu’il aura fait à son prochain ; il ne l’exigera pas de son prochain ou de son frère, car on aura proclamé le relâche de l’Éternel. Tu l’exigeras de l’étranger ; mais ta main relâchera ce que ton frère aura de ce qui t’appartient, sauf quand il n’y aura point de pauvre au milieu de toi ; car l’Éternel te bénira abondamment dans le pays que l’Éternel, ton Dieu, te donne en héritage pour le posséder, pourvu seulement que tu écoutes attentivement la voix de l’Éternel, ton Dieu, pour prendre garde à pratiquer tout ce commandement que je te commande aujourd’hui. Car l’Éternel, ton Dieu, te bénira, comme il t’a dit ; et tu prêteras sur gage à beaucoup de nations, mais toi tu n’emprunteras pas sur gage ; et tu domineras sur beaucoup de nations, et elles ne domineront pas sur toi » (versets 1-6).

Combien il est édifiant de voir la manière dont le Dieu d’Israël cherchait toujours à attirer à Lui le cœur de son peuple par le moyen des sacrifices, des solennités et des institutions variées du rituel lévitique. Il y avait l’agneau offert soir et matin, chaque jour ; il y avait le saint sabbat, chaque semaine ; la nouvelle lune, chaque mois ; il y avait la pâque, chaque année ; les dîmes tous les trois ans ; l’année de relâche, tous les sept ans ; et enfin le jubilé, tous les cinquante ans.

Tout cela est du plus profond intérêt, a pour nous une précieuse signification, et enseigne à nos cœurs une précieuse leçon. L’agneau du matin et du soir, nous le savons, représentait « l’Agneau de pour Dieu qui ôte le péché du monde ». Le sabbat est le type du repos qui reste pour le peuple de Dieu. La nouvelle lune préfigure d’une manière admirable le temps où Israël restauré reflétera les rayons du Soleil de justice sur les nations. La pâque était le mémorial perpétuel de la délivrance d’Israël de la servitude d’Égypte. L’année des dîmes représentait le fait de la possession du pays par l’Éternel, ainsi que la manière touchante dont son revenu devait être employé à subvenir aux besoins de ses ouvriers et de ses pauvres. L’année sabbatique était la promesse d’un heureux temps où toutes les dettes seraient éteintes, où l’on serait libéré des emprunts et débarrassé de tout fardeau. Enfin, le jubilé était le type magnifique du temps du rétablissement de toutes choses, où le captif sera rendu libre, où l’exilé rentrera dans son foyer longtemps abandonné, et où le pays d’Israël et la terre entière se réjouiront sous le gouvernement bienfaisant du Fils de David.

De toutes ces institutions ressortent deux traits principaux et caractéristiques, savoir la gloire de Dieu, et la bénédiction de l’homme. Ces deux choses sont unies ensemble par un lien divin et — éternel. Dieu a tout ordonné, de manière à ce que sa gloire et la bénédiction de sa créature fussent liées ensemble indissolublement, vérité qui procure une joie profonde à nos cœurs, et nous aide à comprendre mieux la force et la beauté de cette parole bien connue : « Nous nous glorifions dans l’espérance de la gloire de Dieu » (Romains 5:2). Lorsque cette gloire brillera dans toute sa splendeur, alors assurément, les bénédictions, le repos et la félicité atteindront leur plein et éternel développement.

Nous voyons un beau type et une figure de cet heureux moment dans la septième année. C’était « le relâche de l’Éternel », dont l’influence bénie était sentie par chaque pauvre débiteur, depuis Dan jusqu’à Beër-Shéba. L’Éternel accordait à son peuple l’immense privilège d’avoir communion avec Lui, en faisant chanter de joie le pauvre débiteur. Il voulait enseigner à celui qui désirait l’apprendre, la profonde bénédiction qu’il y a à pardonner tout, sans réserve. C’est ce en quoi Lui-même prend plaisir, béni soit à jamais son nom grand et glorieux !

Mais hélas ! le pauvre cœur humain n’est pas à la hauteur de ces choses ; il n’est pas pleinement préparé à marcher dans ce chemin céleste, il est malheureusement empêché par un misérable égoïsme, de saisir et de pratiquer le principe divin de la grâce ; la chair ne se sent pas tout à fait à l’aise dans cette atmosphère céleste, elle n’est pas propre à être le vase et le canal de cette grâce royale qui brille avec tant de splendeur dans toutes les voies de Dieu. Cela n’explique que trop bien les exhortations renfermées dans les versets suivants : « Quand il y aura au milieu de toi un pauvre, quelqu’un de tes frères, dans l’une de tes portes, dans ton pays que l’Éternel, ton Dieu, te donne, tu n’endurciras pas ton cœur, et tu ne fermeras pas ta main à ton frère pauvre ; mais tu lui ouvriras libéralement ta main, et tu lui prêteras sur gage, assez pour le besoin dans lequel il se trouve. Prends garde à toi, de peur qu’il n’y ait dans ton cœur quelque pensée de Bélial, et que tu ne dises : La septième année approche, l’année de relâche, et que ton œil ne soit méchant contre ton frère pauvre, et que tu ne lui donnes pas, et qu’il ne crie contre toi à l’Éternel, et qu’il n’y ait du péché en toi. Tu lui donneras libéralement, et ton cœur ne sera pas triste quand tu lui donneras ; car à cause de cela l’Éternel, ton Dieu, te bénira dans toute ton œuvre, et dans tout ce à quoi tu mettras la main. Car le pauvre ne manquera pas au milieu du pays ; c’est pourquoi je te commande, disant : Tu ouvriras libéralement ta main à ton frère, à ton affligé et à ton pauvre, dans ton pays » (vers. 7-11).

Les sources profondes de l’égoïsme de nos pauvres cœurs sont ici mises à découvert et jugées. Il n’y a rien de tel que la grâce, pour manifester les racines cachées du mal dans la nature humaine. L’homme doit être renouvelé dans les profondeurs les plus intimes de son être moral, avant de pouvoir devenir le vase de l’amour divin ; et, même, ceux qui sont ainsi renouvelés par la grâce ont à veiller continuellement contre les formes hideuses d’égoïsme dont notre nature déchue se revêt. La grâce seule peut maintenir le cœur ouvert à tous les besoins qui peuvent se présenter chez l’homme. Il est nécessaire que nous demeurions bien près des fontaines de l’amour céleste, pour devenir des canaux de bénédiction au milieu de la scène de misère et de désolation dans laquelle nous sommes appelés à vivre.

Combien sont belles ces paroles : « Tu ouvriras libéralement ta main ! » Elles respirent l’air même du ciel. Un cœur ouvert et une main généreuse sont de Dieu. « Dieu aime celui qui donne joyeusement » (2 Cor. 9:7). Dieu donne à tous libéralement et ne fait pas de reproches (Jac. 1:5). Et il veut bien nous accorder le privilège d’être ses imitateurs. Merveilleuse grâce, dont la pensée seule remplit le cœur d’admiration, d’amour et de louange. Nous ne sommes pas seulement sauvés par grâce, mais nous demeurons dans la grâce, nous en respirons l’atmosphère même, et sommes appelés à être la manifestation vivante de cette grâce, non seulement pour nos frères, mais pour toute la famille humaine. « Ainsi donc, comme nous en avons l’occasion, faisons du bien à tous, mais surtout à ceux de la maison de la foi » (Gal. 6:10).

Lecteur chrétien ! appliquons-nous diligemment à retenir dans nos cœurs ces enseignements divins. Nous n’en goûterons la valeur réelle qu’en les pratiquant. La misère humaine, les douleurs, les nécessités se présentent à nous sous mille formes diverses ; partout nous voyons des cœurs brisés, des esprits abattus, des foyers vides. Chaque jour, dans nos allées et venues, nous rencontrons la veuve, l’orphelin et l’étranger. Comment nous comportons-nous à l’égard de tous ces souffrants ? Nos cœurs restent-ils froids et insensibles envers eux ? Leur fermons-nous nos mains ? Ou bien cherchons-nous à agir dans l’esprit de miséricorde de l’Éternel, qui donnait « l’année de relâche ? » Rappelons-nous que nous sommes appelés à réfléchir la nature et le caractère de Dieu, et à être directement les canaux de communication entre le cœur plein d’amour de notre Père et tous les besoins de l’homme. Nous ne devons pas vivre pour nous-mêmes ; ce serait le plus triste démenti donné aux principes et aux traits moraux de ce christianisme glorieux que nous professons. C’est notre saint et grand privilège, oui, c’est notre mission spéciale, de répandre autour de nous la lumière bénie du ciel auquel nous appartenons. Où que nous soyons, dans le cercle de la famille, aux champs, au marché, à la fabrique ou au comptoir, partout, ceux qui sont en contact avec nous devraient voir la grâce de Jésus briller dans nos actes, nos paroles, nos regards mêmes. Et si alors se présente à nous quelque besoin, quelque souffrance à soulager, si nous ne pouvons autre chose, donnons au moins un mot consolant, une larme ou un soupir de vraie sympathie à celui qui souffre.

Lecteur, en est-il ainsi de nous ? Vivons-nous assez près de la source de cet amour divin, et respirons-nous l’air même du ciel, de telle sorte que le précieux parfum en soit répandu tout autour de nous ? Ou bien manifestons-nous l’odieux égoïsme de notre nature, le caractère et les dispositions impies de notre humanité déchue et corrompue ? Quel objet difforme qu’un chrétien égoïste ! il est une contradiction constante, un mensonge vivant. Le christianisme qu’il professe ne fait que mettre en relief l’affreux égoïsme qui gouverne son cœur et se montre dans ses actes.

Que le Seigneur veuille accorder à tous ceux qui ont la profession et le nom de chrétiens, de se conduire de telle manière dans la vie journalière qu’ils soient une épître sans tache de Christ, connue et lue de tous les hommes ! De cette manière, l’incrédulité sera privée d’un de ses plus puissants arguments, d’une de ses objections les plus graves. Rien ne fournit un prétexte plus plausible à l’incrédulité que la vie inconséquente des chrétiens.

Ce n’est pas qu’une excuse pareille puisse avoir la moindre valeur devant le tribunal de Christ ; car quiconque aura eu à sa portée les Saintes Écritures sera jugé d’après elles, n’y eût-il pas un seul chrétien conséquent sur toute la surface de la terre. Néanmoins, les chrétiens sont responsables de faire luire leur lumière devant les hommes, en sorte qu’ils voient leurs bonnes œuvres et qu’ils glorifient notre Père qui est dans les cieux (voyez Matt. 5:16). Notre vie de chaque jour doit être comme un exposé et un exemple des principes célestes que la parole de Dieu nous enseigne, de telle façon que l’incrédule n’ait pas le moindre prétexte à mettre en avant.

Puissions-nous prendre ces choses à cœur ! Nous pourrons alors bénir Dieu pour cette méditation sur la belle institution du « relâche de l’Éternel ».

Nous citerons maintenant le passage concernant le serviteur hébreu. Nous sentons toujours davantage combien il est important de présenter le langage même du Saint Esprit. Bien que nous pussions renvoyer le lecteur à sa Bible, nous savons que souvent on éprouve une certaine répugnance à interrompre sa lecture pour chercher les passages indiqués ; d’ailleurs il n’y a rien de tel que la parole de Dieu, et le but des quelques remarques que nous offrons, est simplement d’aider le lecteur chrétien à comprendre et à apprécier les Écritures que nous citons.

« Si ton frère, un Hébreu, homme ou femme, t’a été vendu, il te servira six ans, et, la septième année tu le renverras libre de chez toi. Et quand tu le renverras libre de chez toi, tu ne le renverras pas à vide. Tu lui donneras libéralement de ton menu bétail, et de ton aire, et de ta cuve : tu lui donneras de ce en quoi l’Éternel, ton Dieu, t’aura béni » (vers. 12-14).

Avec quelle beauté ressort ici la grâce ineffable de notre Dieu ! Il ne veut pas qu’on laisse aller le frère à vide. La liberté et la pauvreté ne seraient pas en harmonie morale. Le frère devait être renvoyé libre et comblé, émancipé et doté non seulement de sa liberté, mais d’une fortune à lui.

Cela est vraiment divin ; il n’est pas nécessaire de dire à quelle école s’enseigne une morale aussi exquise. Elle porte le cachet même du ciel, et exhale le parfum du paradis de Dieu. N’est-ce pas ainsi que Dieu a agi envers nous ? Toute louange en soit à son nom glorieux ! Non seulement il nous a donné la vie et la liberté, mais il pourvoit à tout ce dont nous pouvons avoir besoin pour le temps présent et pour l’éternité. Il nous a ouvert les trésors inépuisables du ciel ; il a donné son Fils bien-aimé pour nous et à nous ; pour nous, afin de nous sauver, et à nous, pour nous rendre heureux ; il nous a donné tout ce qui appartient à la vie et à la piété ; tout ce dont nous avons besoin pour la vie présente et pour celle qui est à venir nous est abondamment et parfaitement dispensé par la main libérale de notre Père céleste.

N’est-il pas profondément touchant de voir l’expression même du cœur de Dieu dans la manière dont il voulait que le serviteur hébreu fût traité ? « Tu lui donneras libéralement ». Non par obligation, ni chichement, mais d’une manière digne de Dieu. Son peuple dans ses actes doit être le reflet de Lui-même ; nous sommes appelés à la haute et sainte dignité d’être ses représentants moraux. C’est merveilleux, mais sa grâce infinie l’a voulu ainsi. Il ne nous a pas seulement délivrés des flammes éternelles de l’enfer, mais il nous appelle à agir pour Lui, et à Lui être semblables dans un monde qui a crucifié son Fils. Non seulement il nous a conféré cette sublime dignité, mais il nous a enrichis de manière à pouvoir la soutenir. Les ressources inépuisables du ciel sont à notre disposition. « Toutes choses sont à nous » (voyez 1 Cor. 3:22), par sa grâce infinie. Oh ! puissions-nous réaliser mieux nos privilèges, et ainsi nous acquitter plus fidèlement de nos saintes responsabilités !

Le motif présenté au peuple au verset 15 de notre chapitre, est bien touchant et admirablement calculé pour réveiller ses affections et ses sympathies. « Et tu te souviendras que tu as été serviteur dans le pays d’Égypte, et que l’Éternel, ton Dieu, t’a racheté ; c’est pourquoi je te commande ces choses aujourd’hui ». Le souvenir de la grâce de l’Éternel qui les avait rachetés du pays d’Égypte, devait être le mobile permanent et tout-puissant de leur manière d’agir envers le frère pauvre. C’est un principe infaillible ; rien de moins élevé ne pourra subsister. Si nous cherchons nos mobiles ailleurs qu’en Dieu lui-même et dans ses dispensations envers nous, ce sera bientôt fait de notre vie pratique. Ce n’est qu’autant que nous garderons devant nos cœurs la merveilleuse grâce de Dieu déployée envers nous dans la rédemption qui est dans le Christ Jésus, que nous serons capables d’exercer une vraie et active bienveillance, soit envers nos frères, soit envers ceux de dehors. De simples sentiments de compassion provenant de nos propres cœurs, ou éveillés par les chagrins, la détresse et les besoins de notre prochain, s’évanouiront bientôt. C’est dans le Dieu vivant lui-même que nous trouverons des mobiles continuels d’action.

Au verset 16, se présente le cas où un serviteur préférerait rester avec son maître : « Et s’il arrive qu’il te dise : Je ne sortirai pas de chez toi (car il t’aime, toi et ta maison, et il se trouve bien chez toi), alors tu prendras un poinçon et tu lui en perceras l’oreille contre la porte, et il sera ton serviteur pour toujours ».

En comparant ce passage avec Exode 21:1-6, nous remarquerons une différence provenant, comme nous pouvions nous y attendre, du caractère distinctif de chaque livre. Dans l’Exode, le trait typique est mis en relief ; dans le Deutéronome, c’est le trait moral. De là vient que, dans ce dernier livre, l’écrivain inspiré omet tout ce qui a rapport à la femme et aux enfants, comme étranger à son but, quoique si essentiel à la beauté et à la perfection du type d’Exode 21. Nous mentionnons cela simplement comme une des nombreuses preuves que le Deutéronome est loin d’être une répétition aride des livres qui précèdent. Il n’y a ni répétition d’un côté, ni contradiction de l’autre, mais une merveilleuse variété en parfait accord avec le dessein de Dieu et son but dans chaque livre. Et c’est à la confusion des écrivains incrédules, qui dans leur méprisable étroitesse et leur ignorance ont eu la témérité impie de lancer leurs traits contre cette magnifique portion des oracles de Dieu.

Dans notre chapitre, donc, nous avons l’aspect moral de cette intéressante institution. Le serviteur aimait son maître, et était heureux avec lui. Il préférait un esclavage perpétuel et la marque de cette servitude, auprès d’un maître qu’il aimait, à la liberté loin de lui avec un don de sa libéralité. Cela, naturellement, parlait en faveur du maître et de l’esclave ; c’est toujours bon signe quand des relations semblables sont de longue durée, tandis qu’en thèse générale, un changement perpétuel est preuve que quelque chose ne va pas moralement. Sans doute, il y a des exceptions ; et dans les relations de maître à serviteur, comme dans toutes les autres, il y a deux côtés à considérer. Il faut examiner, par exemple, si c’est le maître qui change continuellement de domestiques, ou si c’est le domestique qui change de maîtres. Dans le premier cas, les apparences seraient contre le maître ; dans le second, contre le serviteur.

Le fait est que nous avons tous à nous juger à ce sujet. Ceux d’entre nous qui sont maîtres ont à considérer s’ils cherchent réellement le bien, le bonheur et l’intérêt de leurs serviteurs. Rappelons-nous, relativement à nos serviteurs, que nous avons à penser à autre chose qu’à la quantité d’ouvrage que nous pouvons tirer d’eux. Même en ayant pour principe le commun adage « vivre et laisser vivre », nous sommes tenus de chercher de toute manière, à rendre nos serviteurs heureux, à leur faire sentir qu’ils ont un foyer sous notre toit, et qu’il ne nous suffit pas d’avoir le travail de leurs mains, mais que nous désirons aussi l’affection de leurs cœurs. On demandait une fois au chef d’un très grand établissement : « Combien de cœurs employez-vous ? » Il secoua la tête, et avoua avec un chagrin réel combien il y a peu de cœur dans les relations de maître à serviteur. De là, cette expression banale « employer des mains ».

Mais le maître chrétien est appelé à agir d’après un principe plus élevé ; il a le privilège d’être un imitateur de son maître, Christ. S’il s’en souvient, tout sera bien réglé dans ses relations avec son serviteur ; il aura soin d’étudier son divin Modèle, afin de reproduire son caractère dans tous les détails de la vie pratique journalière.

Il en est de même du serviteur chrétien. Aussi bien que son maître, il doit étudier le grand exemple mis devant lui dans le sentier et le ministère du seul vrai Serviteur qui ait jamais marché sur cette terre. Il est appelé à suivre ses traces, à s’abreuver de son Esprit, à étudier sa Parole. Il est très frappant de voir que le Saint Esprit donne plus de directions aux serviteurs qu’à toutes les autres relations prises ensemble. C’est ce que le lecteur peut voir d’un coup d’œil dans les épîtres aux Éphésiens, aux Colossiens et à Tite. Le serviteur chrétien peut orner l’enseignement qui est de notre Dieu Sauveur, en ne détournant rien et en n’étant pas contredisant. Il peut servir le Seigneur dans les devoirs les plus ordinaires de la vie privée, d’une manière aussi efficace que l’homme appelé à parler à des milliers d’âmes sur les grandes réalités de l’éternité.

Ainsi, quand maître et serviteur sont tous deux gouvernés par des principes célestes, cherchant chacun à servir et glorifier leur seul Seigneur, ils marcheront heureusement ensemble. Le maître ne sera pas sévère, absolu, exigeant ; le serviteur ne cherchera pas son propre intérêt, ne sera pas emporté, arrogant ; chacun d’eux remplissant fidèlement ses devoirs respectifs, contribuera au bien-être et au bonheur de l’autre, à la paix et au bonheur de tout le cercle domestique. Plût à Dieu que dans chaque maison chrétienne sur cette terre, il y eût plus de conformité avec le modèle céleste ! Alors la vérité de Dieu serait justifiée, sa Parole honorée, et son Nom glorifié dans nos relations domestiques et notre vie pratique.

Au verset 18, nous avons une parole d’avertissement qui nous révèle très fidèlement, mais avec une grande délicatesse, une des choses qui se trouvent au fond du pauvre cœur humain. « Ce ne sera pas à tes yeux chose pénible de le renvoyer libre de chez toi, car il t’a servi six ans, ce qui te vaut le double du salaire d’un mercenaire ; et l’Éternel, ton Dieu, te bénira dans tout ce que tu feras ».

Ces paroles sont très touchantes. Voyez comment le Dieu haut élevé condescend à plaider auprès d’un cœur d’homme, — du cœur d’un maître, — la cause de son pauvre serviteur, et établit les droits de celui-ci ! C’est comme si nous demandions une faveur pour Lui-même. Il n’omet rien de ce qui peut être en faveur du serviteur, rappelant au maître la valeur de ses six années de service, et l’encourageant par la promesse d’un surcroît de bénédictions comme récompense de sa générosité. C’est d’une beauté parfaite. L’Éternel ne veut pas seulement que l’acte de générosité s’accomplisse, mais qu’il soit fait de manière à réjouir le cœur de l’esclave. Il ne pense pas seulement à l’action en elle-même, mais à la manière dont elle est faite. Nous pouvons parfois nous astreindre à faire quelque bonne action ; nous agissons par devoir, et tout le temps il nous semble dur d’avoir à la faire ; ainsi tout le charme de cette action est ôté. C’est la générosité du cœur qui donne à l’acte sa valeur. Nous devrions faire le bien, de manière que celui qui en est l’objet soit assuré que notre propre cœur y trouve aussi sa joie. Voici la manière divine d’agir : « Et comme ils n’avaient pas de quoi payer, il quitta la dette à l’un et à l’autre » (Luc 7:42). « Il fallait faire bonne chère et se réjouir » (Luc 15:32). « Il y a de la joie devant les anges de Dieu pour un seul pécheur qui se repent » (Luc 15:10). Oh ! puissions-nous refléter mieux cette précieuse grâce du cœur de notre Père !

Avant de terminer nos remarques sur cet intéressant chapitre, nous en citerons le dernier paragraphe. « Tu sanctifieras à l’Éternel, ton Dieu, tout premier-né mâle qui naîtra parmi ton gros bétail ou ton menu bétail. Tu ne laboureras pas avec le premier-né de ta vache ; et tu ne tondras pas le premier-né de tes brebis : tu le mangeras, toi et ta maison, devant l’Éternel, ton Dieu, d’année en année, au lieu que l’Éternel aura choisi. Et s’il a un défaut corporel, s’il est boiteux ou aveugle, s’il a un mauvais défaut quelconque, tu ne le sacrifieras pas à l’Éternel, ton Dieu ; tu le mangeras dans tes portes ; celui qui est impur et celui qui est pur en mangeront également, comme de la gazelle et du cerf. Seulement, tu n’en mangeras pas le sang ; tu le verseras sur la terre, comme de l’eau » (vers. 19-23).

On ne pouvait offrir à Dieu que ce qui était parfait, — le premier-né mâle, sans tache, figure de l’Agneau de Dieu offert sans nulle tache à Dieu, sur la croix pour nous, — fondement impérissable de notre paix, et précieuse nourriture de nos âmes en présence de Dieu. C’était la chose divine : l’assemblée se groupant autour du centre divin, faisant la fête dans la présence de Dieu, mangeant de ce qui était le type de Christ qui est, à la fois, notre sacrifice, notre centre et notre nourriture. Hommage éternel à son nom glorieux !


18 - Chapitre 16

Nous arrivons maintenant à l’une des parties les plus profondes et les plus étendues du livre du Deutéronome. L’écrivain inspiré nous y présente ce qu’on peut appeler les trois grandes fêtes principales de l’année juive, savoir : la Pâque, la Pentecôte et la fête des Tabernacles, ou la Rédemption, le Saint Esprit et la gloire. Nous avons ici une vue plus restreinte de ces belles institutions que celle qui est donnée dans le Lévitique (chap. 23), où l’on compte avec le sabbat, huit fêtes ; mais si nous considérons le sabbat à part, comme étant le type du repos éternel de Dieu, il y a sept fêtes, savoir : la Pâque, la fête des pains sans levain, la fête des premiers fruits, la Pentecôte, la fête des trompettes, le jour des propitiations, et la fête des Tabernacles.

Tel est l’ordre des fêtes dans le livre du Lévitique qui, comme nous l’avons remarqué dans nos études sur ce Livre, peut être appelé « le guide du sacrificateur ». Mais dans le Deutéronome, qui est surtout le Livre du peuple, nous avons moins de détails rituels, et le législateur se borne à ces grands traits moraux et nationaux, qui s’adaptent au peuple et présentent de la manière la plus simple le passé, le présent et l’avenir.

« Garde le mois d’Abib, et fais la pâque à l’Éternel, ton Dieu ; car au mois d’Abib, l’Éternel, ton Dieu, t’a fait sortir, de nuit, hors d’Égypte. Et sacrifie la pâque à l’Éternel, ton Dieu, du menu et du gros bétail, au lieu que l’Éternel aura choisi pour y faire habiter son nom. Tu ne mangeras pas avec elle de pain levé ; pendant sept jours tu mangeras avec elle des pains sans levain, pains d’affliction, parce que tu es sorti en hâte du pays d’Égypte, afin que, tous les jours de ta vie, tu te souviennes du jour de ta sortie du pays d’Égypte. Et il ne se verra pas de levain chez toi, dans toutes tes limites, pendant sept jours ; et de la chair que tu sacrifieras le soir du premier jour, rien ne passera la nuit jusqu’au matin. — Tu ne pourras pas sacrifier la pâque dans l’une de tes portes, que l’Éternel, ton Dieu, te donne ; mais au lieu que l’Éternel, ton Dieu, aura choisi pour y faire habiter son nom, là tu sacrifieras la pâque, le soir, au coucher du soleil, au temps où tu sortis d’Égypte ; et tu la cuiras et la mangeras au lieu que 1’Eternel, ton Dieu, aura choisi ; et le matin tu t’en retourneras, et tu t’en iras dans tes tentes. Pendant six jours tu mangeras des pains sans levain ; et, le septième jour, il y aura une fête solennelle à l’Éternel, ton Dieu tu ne feras aucune œuvre » (vers. 1-8).

Ayant donné beaucoup de détails sur les grands principes de cette fête fondamentale, dans nos « Notes sur l’Exode », nous devons y renvoyer le lecteur s’il désire étudier le sujet. Mais il y a certains traits particuliers au Deutéronome sur lesquels nous sentons de notre devoir d’attirer l’attention. Et d’abord, remarquons le soin mis ici à spécifier le « lieu » où la fête devait se célébrer. L’importance pratique en est grande. Le peuple ne devait pas choisir le lieu lui-même. Au point de vue humain, il pouvait sembler assez peu important de savoir où et comment la fête devait être célébrée, pourvu qu’elle le fût. Mais que le lecteur réfléchisse sérieusement et pèse mûrement la chose, et il se convaincra qu’un jugement d’homme n’était d’aucun poids dans l’affaire ; il s’agissait de pensée et d’autorité divines. Dieu avait le droit de prescrire et de décider où il voulait rencontrer son peuple, et c’est ce qui nous est démontré dans le passage cité plus haut, où trois fois il répète ces mots : « Au lieu que l’Éternel, ton Dieu, aura choisi ».

Est-ce une vaine répétition ? Que personne ne soit assez téméraire pour le penser, encore moins pour l’affirmer. La chose est tout à fait nécessaire. Et pourquoi ? À cause de notre ignorance, de notre indifférence et de notre volonté propre. Dieu, dans sa bonté infinie, prend un soin spécial à graver sur le cœur, la conscience et l’intelligence de son peuple, qu’il voulait avoir un lieu particulier où la mémorable et importante fête de la pâque devait être célébrée.

Remarquons que c’est seulement dans le Deutéronome qu’il est insisté sur le lieu de la célébration. Nous n’avons rien de cela dans l’Exode, parce que là on la célébrait en Égypte ; il n’en est pas fait mention dans les Nombres, parce que là elle était célébrée dans le désert. Mais, dans le Deutéronome, tout est établi avec autorité et d’une manière définie, parce que ce livre renferme les instructions qui convenaient au peuple fixé dans le pays. C’est une autre preuve frappante que le Deutéronome est très loin de n’être qu’une répétition stérile des livres précédents.

La raison capitale pour laquelle il est si fortement insisté sur « le lieu », dans les trois grandes solennités rapportées dans notre chapitre, est celle-ci, que Dieu voulait rassembler autour de Lui-même le peuple qu’il aimait, afin qu’ils pussent faire la fête ensemble en sa présence, que Lui pût se réjouir en eux, et eux en Lui, et les uns dans les autres, ce qui ne pouvait se faire qu’au lieu désigné de Dieu. Tous ceux qui désiraient s’approcher de l’Éternel et rencontrer son peuple, tous ceux qui désiraient un culte et une communion selon Dieu, se rendaient avec reconnaissance au centre choisi de Dieu. Quelqu’un aurait pu dire : « Ne puis-je pas faire la fête au sein de ma famille ? Quelle est la nécessité de ce long voyage ? Lorsqu’il y a sincérité de cœur, le lieu importe peu ». La seule réponse est que la preuve la meilleure et la plus claire de droiture de cœur sera le désir simple et sérieux de faire la volonté de Dieu. Il suffisait à celui qui aimait et craignait Dieu de savoir que Dieu avait désigné un lieu où il se trouverait avec son peuple ; c’est là que toute âme droite voulait se rendre. Sa présence seule pouvait procurer joie, force et bénédiction, à toutes les grandes réunions nationales. Ce n’était pas le simple fait de se réunir en très grand nombre, trois fois l’an, pour faire la fête et se réjouir ensemble, ce qui aurait pu favoriser l’orgueil humain, la satisfaction propre et l’excitation. Non, mais se réunir pour rencontrer l’Éternel, s’assembler devant Lui, au lieu qu’il avait choisi pour faire habiter son Nom, était une joie profonde pour tout cœur vrai et loyal dans les douze tribus d’Israël. Celui qui volontairement serait resté à la maison, ou serait allé ailleurs qu’à l’endroit désigné par l’Éternel, n’aurait pas seulement négligé et insulté son Nom, mais aurait fait acte de rébellion contre son autorité suprême.

Après avoir parlé brièvement du lieu de la fête, jetons un coup d’œil sur la manière de la célébrer. Là aussi, comme on pouvait s’y attendre, nous trouverons ce qui caractérise notre Livre. Le trait principal ici est « les pains sans levain » ; mais le lecteur remarquera le fait intéressant que ce pain est appelé « le pain d’affliction ». Pourquoi cette désignation ? Nous comprenons tous que le pain sans levain est le type de cette sainteté de cœur et de vie si absolument essentiels à la jouissance d’une vraie communion avec Dieu. Nous ne sommes pas sauvés par une sainteté personnelle ; mais, grâces à Dieu, nous sommes sauvés pour la sainteté. Elle n’est pas le fondement de notre salut, mais un élément essentiel à notre communion. Le levain toléré est le coup de mort de la communion et du culte.

Nous ne devons jamais, un seul moment, perdre de vue ce grand principe, dans la vie de sainteté personnelle et de piété pratique que nous sommes tenus et qu’il est notre privilège, comme rachetés par le sang de l’Agneau, de mener de jour en jour, au milieu de la scène et des circonstances que nous traversons dans notre pèlerinage vers le ciel, notre repos éternel. Parler de communion et de culte, tandis qu’on vit dans un péché connu, est la triste preuve que nous ne connaissons rien de ces deux choses. Pour jouir de la communion avec Dieu, ou de la communion des saints, pour adorer Dieu en esprit et en vérité, il faut vivre d’une vie de sainteté personnelle, d’une vie de séparation d’avec tout mal connu. Prendre notre place dans l’assemblée du peuple de Dieu, et avoir l’air de participer à la communion et au culte qui lui appartiennent, tout en vivant dans un péché secret, ou en tolérant le mal chez les autres, c’est souiller l’assemblée, contrister le Saint Esprit, pécher contre Christ, et attirer sur soi le jugement de Dieu, qui juge maintenant sa maison et châtie ses enfants, afin qu’ils ne soient pas condamnés avec le monde.

Cela est bien solennel et appelle la sérieuse attention de tous ceux qui désirent réellement marcher avec Dieu, et le servir avec révérence et avec crainte. Autre chose est d’avoir saisi, par l’intelligence, la doctrine qu’enseigne le type, ou d’avoir sa grande leçon morale gravée dans le cœur et pratiquée dans la vie. Puissent tous ceux qui professent avoir leur conscience purifiée par le sang de l’Agneau, chercher à observer la fête des pains sans levain. « Ne savez-vous pas qu’un peu de levain fait lever la pâte tout entière ? Ôtez le vieux levain, afin que vous soyez une nouvelle pâte, comme vous êtes sans levain. Car aussi notre pâque, Christ, a été sacrifiée ; c’est pourquoi célébrons la fête, non avec du vieux levain, ni avec un levain de malice et de méchanceté, mais avec des pains sans levain de sincérité et de vérité » (1 Cor. 5:6-8).

Mais que devons-nous comprendre par cette expression : « les pains d’affliction ? » Ne penserions-nous pas que les chants de joie, de louange, et de triomphe, seraient mieux en rapport avec une fête commémorative de la délivrance de l’esclavage et du joug des Égyptiens ? Sans doute, et il y a, en effet, un sujet de profonde et réelle joie, de reconnaissance et de louange, lorsque nous réalisons la vérité bénie d’une pleine délivrance de notre condition première avec toutes ses conséquences. Mais on voit très clairement que tels n’étaient pas les traits dominants de la fête pascale, puisqu’ils ne sont pas même nommés. Nous avons « les pains d’affliction », mais pas un mot de joie, de louange, ou de triomphe.

Pourquoi donc ? Quelle est la grande leçon morale donnée à nos cœurs par ces « pains d’affliction ? » Nous croyons qu’il y a là une figure de ces profonds exercices de cœur que le Saint Esprit produit, en nous représentant avec puissance ce qu’il en a coûté à notre adorable Seigneur et Sauveur pour nous délivrer de nos péchés et du jugement que ces péchés méritaient. Nous avons aussi un type de ces exercices d’âme, dans « les herbes amères » d’Exode 12, et on en voit de nombreux exemples dans l’histoire des enfants d’Israël qui étaient amenés, par l’action puissante de la Parole et de l’Esprit de Dieu, à se châtier eux-mêmes et à « affliger leurs âmes » en présence de Dieu.

Qu’il nous souvienne aussi que dans ces saints exercices, il n’y a pas de vestige d’élément légal, ou d’incrédulité ; loin de là. Quand un Israélite mangeait des pains d’affliction avec la chair rôtie de l’agneau de pâque, cela exprimait-il le moindre doute ou la moindre crainte quant à son entière délivrance ? Assurément non. Il était dans le pays ; il se réunissait avec ses frères au lieu même désigné par Dieu, en sa propre présence ; comment aurait-il pu douter de son entière délivrance du pays d’Égypte ?

Mais bien qu’il n’eût ni doute, ni crainte quant à sa délivrance, il devait manger les pains d’affliction ; c’était l’élément essentiel de la fête pascale : « Parce que tu es sorti en hâte du pays d’Égypte, afin que, tous les jours de ta vie, tu te souviennes du jour de ta sortie du pays d’Égypte » (vers. 3).

C’était une œuvre très profonde et très réelle. Les Israélites ne devaient jamais oublier leur sortie du pays d’Égypte, mais en garder le souvenir, dans la terre promise, à travers toutes les générations. Ils devaient faire la commémoration de leur délivrance par une fête, emblème de ces saints exercices qui caractérisent toujours la vraie piété chrétienne.

Nous désirons appeler la sérieuse attention du lecteur chrétien sur l’ensemble de la vérité indiquée par « les pains d’affliction ». Cela est très nécessaire pour ceux qui professent être versés dans ce qu’on appelle la doctrine de la grâce. Les jeunes chrétiens surtout courent grand risque, en cherchant à éviter le légalisme et l’esprit de servitude, de se jeter dans l’extrême opposé, le relâchement — ce piège terrible. Les chrétiens âgés et expérimentés ne sont pas si exposés à tomber dans ce triste mal ; ce sont les jeunes gens qui, parmi nous, ont un si grand besoin d’être solennellement avertis.

Ils entendent beaucoup parler du salut par grâce, de justification par la foi, d’affranchissement de la loi, et de tous les privilèges particuliers à la position chrétienne. Il est à peine nécessaire de dire que toutes ces choses sont d’une importance capitale, et qu’il est impossible d’en entendre trop parler. Des milliers de chers enfants de Dieu restent jour après jour dans les ténèbres, le doute et une servitude légale, par ignorance de ces grandes vérités fondamentales.

Mais, d’un autre côté, combien y en a-t-il qui ont saisi par l’intelligence les principes de la grâce et qui, à en juger par leurs habitudes, leurs manières, leur genre de vie, connaissent bien peu la puissance sanctifiante de ces grands principes, leur influence dans le cœur et dans la vie !

Pour en revenir à la doctrine de la fête pascale, il n’eût pas été selon la pensée de Dieu que quelqu’un essayât de célébrer la fête sans les pains sans levain, « les pains d’affliction ». Une telle chose n’aurait pas été tolérée en Israël. C’était un ingrédient absolument essentiel. Soyons donc assurés que, pour nous aussi, chrétiens, une partie intégrale de la fête que nous sommes appelés à célébrer, est de cultiver la sainteté personnelle et cette condition d’âme si bien exprimée par « les herbes amères » d’Exode 12, ou par « les pains d’affliction » du Deutéronome, et dont ces derniers paraissent être la figure permanente pour le pays. Nous avons grand besoin de ces sentiments, de ces affections spirituelles, de ces profonds exercices d’âme que le Saint Esprit produit en révélant à nos cœurs les souffrances de Christ, — ce qu’il Lui en a coûté pour effacer nos péchés, ce qu’il a enduré pour nous, lorsque les flots et les vagues de la juste colère de Dieu contre nos péchés, ont passé sur Lui. Nous manquons malheureusement beaucoup (s’il est permis de parler pour d’autres) de cette profonde contrition qui provient d’un cœur occupé spirituellement des souffrances et de la mort de notre précieux Sauveur. Autre chose est d’avoir la conscience purifiée par le sang de Christ, autre chose d’avoir la mort de Christ appliquée spirituellement au cœur, et la croix de Christ appliquée d’une manière pratique à tout le cours et le caractère de notre vie.

Comment se fait-il que nous puissions si légèrement commettre des péchés en pensées, en paroles et en actes ? Comment peut-il y avoir tant de légèreté, d’insoumission, d’indulgence pour soi-même, tant d’aises charnelles, tant de ce qui est superficiel et frivole ? N’est-ce pas parce que la chose dont « les pains d’affliction » sont le type, manque dans nos fêtes ? Nous n’en saurions douter. Nous craignons qu’il n’y ait un manque déplorable de profondeur et de sérieux dans notre christianisme. On parle et l’on discute trop sur les profonds mystères de la foi chrétienne ; il y a trop de connaissance intellectuelle sans puissance intérieure.

Nous devons apporter à cela la plus sérieuse attention. Nous ne pouvons nous empêcher de penser qu’une des causes de ce triste état de choses ne soit une certaine manière de prêcher l’évangile, suivie, sans doute, avec les meilleures intentions, mais qui n’en est pas moins pernicieuse dans son effet moral. C’est très bien de prêcher le simple évangile ; il ne peut être plus simplement proposé que Dieu ne l’a fait par son Saint Esprit dans l’Écriture. Mais nous sommes persuadés qu’il y a une défectuosité très grave dans le genre de prédication dont nous parlons. Elle manque de profondeur spirituelle, de sainte gravité. Dans l’effort fait pour combattre le légalisme, il y a une tendance au relâchement. Or si le légalisme est un grand mal, le relâchement en est un encore plus grand. Il importe de se tenir en garde contre ces deux formes de mal. La grâce est le remède contre le premier, et la vérité contre le dernier ; mais la sagesse et l’intelligence spirituelles sont nécessaires pour nous rendre capables de maintenir les deux à leur place et les appliquer convenablement. Si, par exemple, nous rencontrons une âme profondément exercée sous l’action puissante de la vérité, travaillée par le ministère du Saint Esprit, il s’agit dans ce cas de verser les consolations de la pure et précieuse grâce de Dieu, telle qu’elle est déployée dans le sacrifice divinement efficace de Christ. Voilà le remède divin pour un cœur brisé, un esprit contrit, une conscience convaincue de péché. Lorsqu’un sillon profond a été creusé par le soc spirituel, il ne nous reste qu’à y jeter la semence incorruptible de l’évangile de Dieu, avec l’assurance qu’elle y germera et portera du fruit en sa saison.

Mais, d’un autre côté, Si nous voyons une personne sans sérieux et n’annonçant en rien un cœur brisé, parler avec emphase de la grâce, en s’élevant hautement contre le légalisme, et en cherchant d’une manière tout humaine à montrer un moyen facile d’être sauvé ; c’est le cas d’appliquer solennellement la vérité au cœur et à la conscience.

Nous craignons qu’il n’y ait beaucoup de ce dernier élément dans l’église professante. Pour parler le langage de notre type, il y a une tendance à séparer la pâque de la fête des pains sans levain, c’est-à-dire à se reposer sur le fait qu’on est délivré du jugement, et à oublier l’agneau rôti, les pains de sainteté, et les pains d’affliction. En réalité, ces choses ne peuvent être séparées, puisque Dieu les a réunies ; c’est pourquoi nous ne pouvons croire qu’une âme puisse réellement jouir de la précieuse vérité que « notre pâque, Christ, a été sacrifiée », et ne pas chercher à célébrer « la fête avec des pains sans levain de sincérité et de vérité ». Quand le Saint Esprit déploie devant nos cœurs quelque chose de la profonde bénédiction, du prix et de l’efficace de la mort de notre Seigneur Jésus Christ, il nous amène à méditer sur le mystère de ses souffrances, à repasser dans nos cœurs tout ce par quoi il a dû passer pour nous, tout ce qu’Il Lui en a coûté pour nous sauver des conséquences éternelles du péché auquel, hélas ! nous nous laissons aller si souvent avec légèreté. Or c’est là un travail très profond et saint, qui conduit l’âme à ces exercices dont « les pains d’affliction », dans la fête des pains sans levain, étaient l’image. Il y a une grande différence entre les sentiments que nous éprouvons en nous occupant de nos péchés, et ceux qui proviennent de la vue des souffrances de Christ pour ôter ces péchés.

Nous ne pouvons, il est vrai, jamais oublier nos péchés, et la profondeur de l’abîme d’où nous avons été tirés ; mais c’est une chose de considérer l’abîme, et une autre bien différente et plus profonde de penser à la grâce qui nous en a retirés, et à tout ce qu’il en a coûté à notre précieux Sauveur. C’est de cela surtout qu’il nous est si nécessaire de garder continuellement le souvenir dans nos cœurs. Nous sommes si légers, si prompts à oublier !

Nous avons bien besoin de regarder à Dieu, et de lui demander instamment de nous rendre capables d’entrer plus profondément et d’une manière plus pratique dans les souffrances de Christ, et d’appliquer la croix à tout ce qui en nous Lui est contraire. C’est ce qui donnera plus de profondeur à notre piété, plus de délicatesse à nos consciences, ce qui produira une aspiration intense vers la sainteté de cœur et de vie, une séparation pratique d’avec le monde, en toutes choses, une sainte soumission, une vigilance jalouse sur nous-mêmes, nos pensées, nos paroles, nos voies, en un mot sur toute notre conduite dans la vie journalière. Combien cela donnerait au christianisme un caractère différent de celui que nous voyons autour de nous, et qu’hélas ! nous montrons dans notre propre histoire personnelle ! Puisse l’Esprit de Dieu, par son ministère direct et puissant, nous faire toujours mieux comprendre ce que signifient « l’agneau rôti », « les pains sans levain », et « les pains d’affliction » (*).


(*) Le lecteur trouvera des remarques plus détaillées sur la pâque et la fête des pains sans levain, dans les Notes sur l’Exode 12 et Nombres 9. Dans ce dernier chapitre particulièrement, il verra le rapport qui existe entre la pâque et la cène, sujet du plus profond intérêt et d’une immense importance pratique. La pâque anticipait la mort de Christ ; la cène la rappelle. Ce que la pâque était pour l’Israélite fidèle, la cène l’est pour l’Église. Si ces vérités étaient mieux comprises, cela aiderait à combattre le relâchement, l’indifférence et l’erreur, qui dominent maintenant quant à la table et à la cène du Seigneur.

Il doit paraître étrange à celui qui vit habituellement dans la sainte atmosphère des Écritures, de voir la confusion de pensées et la diversité de pratique à l’égard de ce sujet si important, présenté d’une manière si claire et si simple dans la parole de Dieu.

Il ne peut être mis en question par quiconque s’incline devant l’Écriture, que les apôtres et l’Église primitive se réunissaient le premier jour de la semaine pour rompre le pain. Il n’y a pas même une ombre de fondement dans le Nouveau Testament à vouloir limiter cette ordonnance si précieuse à être célébrée une fois par mois, ou tous les trois ou six mois. On ne peut considérer cela que comme une intervention humaine dans une institution divine. Nous savons qu’on cherche à se prévaloir de ces paroles « Faites ceci, toutes les fois, etc. » (1 Cor. 11:26) ; mais nous ne voyons pas comment elles peuvent servir de base à un argument quelconque, devant ce que nous lisons dans les Actes des Apôtres, chap. 20:7. Le premier jour de la semaine est, incontestablement, le jour où l’Église doit célébrer la cène.

Le lecteur chrétien admet-il cela ? Et s’il l’admet, agit-il en conséquence ? C’est une chose sérieuse de négliger une ordonnance spéciale de Christ, établie par Lui dans des circonstances si touchantes, la nuit même où il fut trahi. Tous ceux qui aiment le Seigneur Jésus Christ en sincérité, désirent assurément se souvenir de Lui, de cette manière spéciale, selon ses propres paroles : « Faites ceci en mémoire de moi » (1 Cor. 11:24). Pouvons-nous comprendre que quelqu’un, aimant réellement Christ, puisse vivre dans une négligence habituelle de ce précieux mémorial ? Si un Israélite avait négligé de célébrer la pâque, il aurait été « retranché ». Mais c’était la loi et nous sommes sous la grâce, dira-t-on. C’est vrai, mais est-ce une raison pour négliger le commandement de notre Seigneur ?

Nous recommandons ce sujet à l’attention sérieuse du lecteur. Il embrasse bien plus que la plupart d’entre nous ne le pensent. L’histoire entière de la cène dans ces vingt derniers siècles est remplie d’intérêt et d’instruction. La manière dont on a traité la table du Seigneur est un index moral de la vraie condition de l’Église. Dans la mesure où l’Église s’est éloignée de Christ et de sa Parole, elle a négligé et perverti la précieuse institution de la cène. D’un autre côté, toutes les fois que l’Esprit de Dieu a agi avec puissance dans l’Église, la cène a trouvé sa vraie pace dans le cœur des siens.

Nous ne pouvons nous étendre davantage sur ce sujet dans une simple note ; nous avons désiré seulement le présenter au lecteur, et nous espérons qu’il sera conduit à l’étudier pour lui-même. Nous ne doutons pas qu’il n’y trouve intérêt et profit.


Considérons maintenant brièvement la fête de la Pentecôte qui suit la Pâque. « Tu compteras sept semaines ; depuis que la faucille commence à être mise aux blés, tu commenceras à compter sept semaines, et tu célébreras la fête des semaines à l’Éternel, ton Dieu, avec un tribut d’offrande volontaire de ta main, que tu donneras selon que l’Éternel, ton Dieu, t’aura béni. Et tu te réjouiras devant l’Éternel, ton Dieu, toi, et ton fils, et ta fille, et ton serviteur, et ta servante, et le Lévite qui est dans tes portes, et l’étranger, et l’orphelin, et la veuve, qui sont au milieu de toi, au lieu que l’Éternel, ton Dieu, aura choisi pour y faire habiter son nom. Et tu te souviendras que tu as été serviteur en Égypte, et tu garderas et tu pratiqueras ces statuts » (vers. 9-12). La pâque représente la mort de Christ. La gerbe des prémices est le type frappant de Christ ressuscité. Et, dans la fête des semaines, nous avons en figure devant nous la descente du Saint Esprit, cinquante jours après la résurrection.

On comprend que nous parlons de ce que ces fêtes nous communiquent des pensées de Dieu à notre égard, indépendamment de l’intelligence qu’avait Israël de leur signification. Notre privilège est de considérer toutes ces institutions typiques à la lumière du Nouveau Testament ; et nous sommes remplis d’admiration devant la beauté, la perfection divine et l’ordre de tous ces types merveilleux.

Non seulement cela, mais nous voyons — ce qui a une immense valeur pour nous — comment les Écritures du Nouveau Testament se relient à celles de l’Ancien ; nous voyons la belle unité du volume divin, et combien il est manifeste qu’un seul et même Esprit ait inspiré le tout, du commencement à la fin. Nous sommes ainsi fortifiés intérieurement dans notre foi en la précieuse vérité de la divine inspiration des Saintes Écritures, et nos cœurs sont gardés contre toutes les attaques blasphématoires des écrivains incrédules. Nos âmes s’élèvent jusqu’au sommet de la montagne où les gloires morales du livre divin brillent sur nous dans tout leur éclat céleste, et d’où nous pouvons voir rouler à nos pieds les nuages et le brouillard glacial des pensées de l’incrédulité ; elles ne peuvent nous affecter, car elles sont bien loin au-dessous du niveau où, par la grâce infinie de Dieu, nous sommes placés. Les écrivains incrédules ne savent absolument rien des gloires morales de l’Écriture, mais il y a une chose dont la certitude fait trembler, savoir qu’un moment passé dans l’éternité anéantira les pensées de tous les incrédules et athées qui ont divagué en parlant ou en écrivant contre la Bible et son Auteur.

En examinant les détails de cette fête si intéressante des semaines ou de la Pentecôte, nous sommes frappés de la différence qu’elle présente avec la fête des pains sans levain. En premier lieu, il est parlé d’une « offrande volontaire ». Nous avons ici une figure de l’Église formée par le Saint Esprit, et présentée à Dieu comme « une sorte de prémices de ses créatures » (Jac. 1:18).

Nous nous sommes arrêtés sur ce trait du type dans les « Notes sur le Lévitique », chap. 23, c’est pourquoi nous n’y revenons pas ; nous nous bornerons à ce qui est spécial au caractère du Deutéronome. Le peuple devait offrir un tribut d’offrande volontaire, selon que l’Éternel, son Dieu, l’avait béni. Il n’y avait rien de semblable dans la Pâque, parce que cette fête préfigurait Christ s’offrant Lui-même pour nous en sacrifice ; et non pas une offrande venant de nous. La fête de Pâque nous rappelle notre délivrance du péché et de Satan, et ce que cette délivrance a coûté. Nous y voyons les souffrances profondes de notre précieux Sauveur préfigurées par l’agneau rôti. Nous nous souvenons que nos péchés étaient sur Lui. Il a été froissé pour nos iniquités, jugé à notre place, et cette pensée conduit à une profonde contrition du cœur, à ce que nous pouvons appeler la vraie repentance chrétienne. Car il ne faut jamais oublier que la repentance n’est pas la simple émotion passagère d’un pécheur qui ouvre pour la première fois les yeux sur son état, mais que c’est l’état moral permanent du chrétien à la vue de la croix et de la passion de notre Seigneur Jésus Christ. Si l’on comprenait mieux cette vérité, si l’âme y entrait plus pleinement, on verrait dans la vie et le caractère chrétiens une profondeur et une solidité qui manquent, hélas ! à la plupart d’entre nous.

Mais, dans la fête de Pentecôte, nous voyons la puissance du Saint Esprit et les effets divers de sa présence bénie en nous et avec nous. Il nous rend capables de présenter nos corps et tout ce que nous avons en offrande volontaire à notre Dieu, selon qu’il nous a bénis. Ceci, il est à peine nécessaire de le dire, ne peut être produit que par la puissance du Saint Esprit ; et c’est pourquoi le type frappant nous en est présenté non dans la Pâque qui préfigure la mort de Christ, ni dans la fête des pains sans levain, qui démontre l’effet moral de cette mort sur nous, en repentance, en jugement de soi-même, et en sainteté pratique ; mais, dans la Pentecôte, type reconnu du don précieux de l’Esprit Saint.

Or c’est l’Esprit qui nous rend capables de saisir les droits de Dieu sur nous — droits qui ne peuvent être mesurés que par l’étendue de la bénédiction divine. Il nous donne de voir et de comprendre que tout ce que nous sommes et tout ce que nous avons appartient à Dieu. Il nous donne de prendre plaisir à nous consacrer à Dieu tout entier, âme, esprit et corps, ce qui est vraiment « une offrande volontaire » ; il n’y a pas un atome de servitude, car « là où est l’Esprit du Seigneur, il y a la liberté » (2 Cor. 3:17).

En résumé, nous avons ici l’esprit et le caractère moral de toute la vie et de tout le service chrétiens. Une âme sous la loi ne peut en comprendre ni la force ni la beauté, parce qu’elle n’a jamais reçu l’Esprit. Les deux choses sont tout à fait incompatibles. C’est ce que l’apôtre dit aux pauvres assemblées égarées de Galatie : « Je voudrais seulement apprendre ceci de vous : avez-vous reçu l’Esprit sur le principe des œuvres de loi ou de l’ouïe de la foi ?… Celui donc qui vous fournit l’Esprit et qui opère des miracles au milieu de vous, le fait-il sur le principe des œuvres de loi ou de l’ouïe de la foi ? » (Gal. 3:2, 5). Le précieux don de l’Esprit est une conséquence de la mort, de la résurrection, de l’ascension, et de la glorification de notre adorable Seigneur et Sauveur Jésus Christ, et ne peut ainsi avoir quoi que ce soit de commun avec les « œuvres de loi » de quelque nature qu’elles soient. La présence du Saint Esprit sur la terre, son habitation avec tous les vrais croyants et en eux est une grande vérité caractéristique du christianisme, qui n’était pas et ne pouvait pas être connue dans les temps de l’Ancien Testament. Elle ne l’était même pas des disciples durant la vie de notre Seigneur sur la terre. Il leur dit Lui-même, à la veille de les quitter : « Toutefois je vous dis la vérité : Il vous est avantageux que moi je m’en aille ; car si je ne m’en vais, le Consolateur ne viendra pas à vous ; mais si je m’en vais, je vous l’enverrai » (Jean 16:7).

Cela prouve de la manière la plus concluante que ceux-là même qui jouissaient du grand et précieux privilège de vivre dans la compagnie personnelle du Seigneur, devaient être placés dans une position plus avantageuse encore par son départ et la venue du Consolateur. Nous lisons encore : « Si vous m’aimez, gardez mes commandements ; et moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre Consolateur, pour être avec vous éternellement, l’Esprit de vérité, que le monde ne peut pas recevoir, parce qu’il ne le voit pas et ne le connaît pas ; mais vous, vous le connaissez, parce qu’il demeure avec vous et qu’il sera en vous » (Jean 14:15-17). Nous ne pouvons ici essayer d’entrer avec détails dans ce sujet si vaste ; l’espace nous manquerait, quelque bonheur que nous eussions à le faire. Il faut nous borner à relever un ou deux points suggérés par la fête des semaines, telle que notre chapitre nous la présente.

Nous avons fait allusion au fait si intéressant que l’Esprit de Dieu est la source vivante et la puissance d’une vie de dévouement et de consécration personnelle préfigurée par « le tribut d’une offrande volontaire ». Le sacrifice de Christ est le fondement, et la présence du Saint Esprit la puissance de la consécration du chrétien à Dieu — esprit, âme et corps. « Je vous exhorte donc, frères, par les compassions de Dieu, à présenter vos corps en sacrifice vivant, saint, agréable à Dieu, ce qui est votre service intelligent » (Rom. 12:1).

Mais il y a un autre point du plus profond intérêt présenté au verset 11 de notre chapitre : « Et tu te réjouiras devant 1’Eternel, ton Dieu ». Nous n’avons rien de semblable dans la Pâque, ni dans la fête des pains sans levain. La joie n’aurait été en rapport moral ni avec l’une ni avec l’autre de ces fêtes. Il est vrai que la Pâque est la base même de toute la joie que nous pouvons réaliser ou que nous réaliserons jamais ici-bas ou dans l’éternité, mais cette fête nous fait toujours penser à la mort de Christ, à ses souffrances, à ses douleurs, à tout ce qu’il a enduré quand les vagues et les flots de la juste colère de Dieu passaient sur son âme. C’est sur ces profonds mystères que nos cœurs devraient surtout se fixer quand nous sommes réunis autour de la table du Seigneur, et que nous célébrons la fête qui rappelle sa mort jusqu’à ce qu’il vienne.

Mais, dans la fête de Pentecôte, la joie était un des traits dominants. Nous n’y voyons ni « herbes amères », ni « pains d’affliction », parce que cette fête est le type de la venue de l’autre Consolateur, de la descente du Saint Esprit procédant du Père, et envoyé par Christ ressuscité, monté en haut, et glorifié dans le ciel, pour remplir le cœur des siens de louange, d’actions de grâce et d’allégresse, les amenant dans une pleine et heureuse communion avec leur Chef glorifié, dans son triomphe sur le péché, la mort, l’enfer, Satan, et toutes les puissances des ténèbres. La présence de l’Esprit est liée à la liberté, la lumière, la puissance et la joie. C’est ainsi que nous lisons : « Les disciples étaient remplis de joie et de l’Esprit Saint » (Actes 13:52). Les doutes, la crainte et la servitude légale s’enfuient devant le précieux ministère du Saint Esprit.

Mais il nous faut distinguer entre son œuvre en nous et son habitation en nous ; entre l’acte par lequel il vivifie et le fait qu’il est le sceau mis sur nous. La première lueur de conviction de péché dans l’âme est le résultat de l’action de l’Esprit. C’est son opération bénie qui conduit à toute vraie repentance, et cela ne produit pas la joie. C’est une chose bonne, nécessaire, et même absolument indispensable, mais loin de donner de la joie, elle produit une profonde douleur. Mais quand, par la grâce, nous sommes rendus capables de croire en un Sauveur ressuscité et glorifié, alors le Saint Esprit vient faire sa demeure en nous comme sceau de notre acceptation et arrhes de notre héritage.

Or cela nous remplit d’une joie inexprimable et glorieuse ; et étant ainsi comblés nous-mêmes, nous devenons des canaux de bénédiction pour d’autres. « Celui qui croit en moi, selon ce qu’a dit l’Écriture, des fleuves d’eau vive couleront de son ventre. Or il disait cela de l’Esprit qu’allaient recevoir ceux qui croyaient en Lui ; car l’Esprit n’était pas encore, parce que Jésus n’avait pas encore été glorifié » (Jean 7:38-39). L’Esprit est la source de la puissance et de la joie dans le cœur du croyant. Il nous qualifie, nous remplit, et nous emploie pour être des vases qui administrent la bénédiction aux pauvres âmes altérées qui nous entourent. Il nous unit à l’Homme dans la gloire, nous maintient dans une communion vivante avec Lui, et nous qualifie pour être, dans notre faible mesure, l’expression de ce qu’il est. Chaque mouvement du chrétien devrait répandre la bonne odeur de Christ. Si quelqu’un prétend être chrétien et montre un caractère profane, des sentiments égoïstes, un esprit d’avarice, de convoitise et de mondanité, un cœur ambitieux, jaloux, envieux ou orgueilleux, il renie sa profession, déshonore le saint nom de Christ, et jette l’opprobre sur ce glorieux christianisme qu’il professe et duquel nous avons le beau type dans la fête des semaines, — fête spécialement caractérisée par la joie, — joie qui a sa source dans la bonté de Dieu, qui se répand au près et au loin, et qui embrasse dans son cercle béni tout ce qui est souffrant ou nécessiteux. « Et tu te réjouiras devant l’Éternel, ton Dieu, toi, et ton fils, et ta fille, et ton serviteur, et ta servante, et le Lévite qui est dans tes portes, et l’étranger, et l’orphelin, et la veuve, qui sont au milieu de toi » (vers. 11).

Que cela est beau ! Quelle perfection de sentiments ! Oh ! si le monde pouvait en voir l’anti-type plus fidèlement reproduit par nous ! Où sont ces eaux rafraîchissantes qui devraient jaillir de l’Église de Dieu ? Où sont ces épîtres de Christ connues et lues de tous les hommes ? Où pouvons-nous voir dans les voies du peuple de Dieu une reproduction de la vie de Christ, telle que nous puissions nous écrier : « Voilà du vrai christianisme » ? Oh ! puisse l’Esprit de Dieu réveiller dans nos cœurs un désir plus intense d’être plus conformes à l’image de Christ, en toutes choses ! Qu’il daigne revêtir de sa toute-puissance sa Parole que nous avons dans nos mains et dans nos maisons, afin qu’elle parle à nos cœurs et à nos consciences, et nous conduise à juger et nous-mêmes, et nos voies, et nos associations, à la clarté de sa céleste lumière, et qu’ainsi le nombre augmente de ces vrais témoins entièrement dévoués à Jésus et rassemblés en son nom en dehors de tout, pour attendre sa venue !

Nous nous arrêterons maintenant un moment sur la belle institution de la fête des tabernacles, qui complète d’une manière si remarquable la série des vérités présentées dans notre chapitre.

« Tu célébreras la fête des tabernacles pendant sept jours, quand tu auras recueilli les produits de ton aire et de ta cuve. Et tu te réjouiras dans ta fête, toi, et ton fils, et ta fille, et ton serviteur, et ta servante, et le Lévite, et l’étranger, et l’orphelin, et la veuve, qui sont dans tes portes. Tu feras pendant sept jours la fête à l’Éternel, ton Dieu, au lieu que l’Éternel aura choisi, car l’Éternel, ton Dieu, te bénira dans toute ta récolte et dans tout l’ouvrage de tes mains ; et tu ne seras que joyeux. Trois fois l’an tout mâle d’entre vous paraîtra devant l’Éternel, ton Dieu, au lieu qu’il aura choisi : à la fête des pains sans levain, et à la fête des semaines, et à la fête des tabernacles ; et on ne paraîtra pas devant l’Éternel à vide, mais chacun selon ce que sa main peut donner, selon la bénédiction de l’Éternel, ton Dieu, laquelle il te donnera » (vers. 13-17).

Nous avons ici le type frappant et magnifique de l’avenir d’Israël. La fête des tabernacles n’a pas encore eu son antitype. La Pâque et la Pentecôte ont eu leur accomplissement dans la précieuse mort de Christ, et la descente du Saint Esprit ; mais la troisième grande solennité nous porte en avant, vers les temps « du rétablissement de toutes choses, dont Dieu a parlé par la bouche de ses saints prophètes de tout temps » (Actes 3:21). Que le lecteur remarque d’abord particulièrement le moment où cette fête devait se célébrer. C’était « quand tu auras recueilli les produits de ton aire et de ta cuve » ; en d’autres termes, c’était après la moisson et la vendange ; et il y a une différence très marquée entre ces deux choses. L’une parle de grâce, l’autre de jugement. À la fin du siècle, Dieu assemblera son froment dans son grenier ; et alors la vendange sera foulée, dans un jugement terrible.

Nous avons, au quatorzième chapitre de l’Apocalypse, un passage très solennel se rapportant au sujet placé devant nous. « Et je vis : et voici une nuée blanche, et sur la nuée quelqu’un assis, semblable au Fils de l’homme, ayant sur sa tête une couronne d’or et dans sa main une faucille tranchante. Et un autre ange sortit du temple, criant à haute voix à celui qui était assis sur la nuée : Lance ta faucille et moissonne car l’heure de moissonner est venue, parce que la moisson de la terre est desséchée. Et celui qui était assis sur la nuée mit sa faucille sur la terre, et la terre fut moissonnée » (vers. 14-16). Là nous avons la moisson ; et ensuite : « Un autre ange sortit du temple qui est dans le ciel, ayant lui aussi une faucille tranchante. Et un autre ange, ayant pouvoir sur le feu », emblême du jugement, « sortit de l’autel et, en jetant un grand cri, il cria à celui qui avait la faucille tranchante, disant : Lance ta faucille tranchante et vendange les grappes de la vigne de la terre, car ses raisins ont mûri. Et l’ange mit sa faucille sur la terre, et vendangea la vigne de la terre, et jeta les grappes dans la grande cuve du courroux de Dieu. Et la cuve fut foulée hors de la ville ; et de la cuve il sortit du sang jusqu’aux mors des chevaux, sur un espace de mille six cents stades » (vers. 17-20). Espace équivalant à toute la longueur du pays de la Palestine !

Or ces figures apocalyptiques placées devant nous d’une manière si caractéristique, sont des scènes qui doivent se passer avant la célébration de la fête des tabernacles. Christ assemblera son froment dans son grenier céleste, et après cela il viendra et fera fondre ses jugements sur la chrétienté. Ainsi, chaque section du volume inspiré, Moïse, les Psaumes, les prophètes, les évangiles, — c’est-à-dire les actes de Christ, — les actes du Saint Esprit, les épîtres et l’Apocalypse, tous tendent à établir d’une manière incontestable le fait que le monde ne sera pas converti par l’Évangile, que l’état de choses sur la terre n’ira pas en s’améliorant, mais au contraire ira de mal en pis. Le temps glorieux préfiguré par la fête des tabernacles, doit être précédé par la vendange de la vigne de la terre, dont les grappes seront jetées et foulées dans la grande cuve du courroux du Dieu Tout-Puissant.

Comment se fait-il que devant une telle quantité de preuves divines, fournies par chaque section du canon inspiré, les hommes persistent à nourrir le vain espoir d’un monde converti par l’Évangile ? Que signifient « le froment rassemblé et la cuve foulée » ? Assurément, ce n’est pas un monde converti. On nous dira peut-être que nous ne pouvons baser quelque chose sur les types mosaïques et les symboles apocalyptiques. Peut-être bien, si nous n’avions que des types et des symboles. Mais quand les rayons accumulés de la lumière céleste de l’inspiration convergent sur ces types et ces symboles et en révèlent la profonde signification à nos âmes, nous les trouvons en parfaite harmonie avec les voix des prophètes et des apôtres, et les enseignements vivants de notre Seigneur lui-même. En un mot, tous parlent le même langage, tous enseignent la même leçon, portent le même témoignage, non équivoque, à la solennelle vérité qu’à la fin du siècle présent, au lieu d’un monde converti, préparé pour un millenium spirituel, il y aura une vigne couverte de ces grappes entièrement mûres pour la cuve de la colère du Dieu Tout-Puissant.

Oh ! si tous, hommes et femmes dans la chrétienté, avec ceux qui les enseignent, pouvaient appliquer leurs cœurs à ces solennelles réalités ! Puissent ces choses entrer dans leurs oreilles et pénétrer dans les profondeurs de leurs cœurs, de telle manière qu’ils jettent au vent les illusions qu’ils chérissent, et acceptent à la place la vérité de Dieu si pleinement et clairement établie !

Mais nous devons terminer cette division de notre Livre, et, auparavant, rappeler au lecteur chrétien que nous avons à montrer dans notre vie de chaque jour l’influence bénie de toutes les grandes vérités présentées dans les trois types intéressants que nous venons de méditer. Le christianisme est caractérisé par ces trois grands faits fondamentaux, la rédemption, la présence du Saint Esprit et l’espérance de la gloire. Le chrétien est sauvé par le précieux sang de Christ, scellé par le Saint Esprit, et il attend le Sauveur.

Oui, bien-aimé lecteur, ce sont des faits bien établis, des réalités divines, de grandes vérités fondamentales. Ce ne sont pas simplement des principes ou des opinions, mais des vérités destinées à être une puissance vivante dans nos âmes, et à briller dans nos vies. Voyez combien ces choses solennelles, sur lesquelles nous nous sommes arrêtés, sont essentiellement pratiques ; remarquez aussi quels accents de louange, d’actions de grâce, de joie et de bénédiction se faisaient entendre dans l’assemblée d’Israël, lorsqu’elle était réunie autour de l’Éternel au lieu qu’il avait choisi. La louange et les actions de grâce montaient à Dieu, et les flots bénis d’une généreuse bienfaisance découlaient du cœur sur tous ceux qui étaient dans le besoin. « Trois fois l’an tout mâle d’entre vous paraîtra devant l’Éternel, ton Dieu,… et on ne paraîtra pas devant l’Éternel à vide, mais chacun selon ce que sa main peut donner, selon la bénédiction de l’Éternel, ton Dieu, laquelle il te donnera » (vers. 16-17).

Quelles paroles ! Ils ne devaient pas se présenter devant la face de l’Éternel à vide ; ils devaient venir le cœur plein de louange et les mains pleines des fruits de la bonté divine, pour réjouir les cœurs des ouvriers du Seigneur et ceux de ses pauvres. L’Éternel rassemblait son peuple autour de Lui, pour le remplir de joie et d’allégresse et faire d’eux les canaux de ses bénédictions pour les autres. Ils ne devaient pas rester sous leur vigne et sous leur figuier, et là se féliciter mutuellement des richesses variées qui les entouraient. Cela aurait pu être juste et bon à sa place ; mais cela n’aurait pas pleinement répondu à la pensée et au cœur de Dieu. Non ; trois fois l’an ils devaient se lever et se rendre au lieu que l’Éternel avait désigné pour les rassembler, et là entonner leurs alléluias à l’Éternel, leur Dieu, et là aussi, faire participer libéralement ceux qui étaient dans le besoin à tout ce qui leur avait été accordé. Dieu accordait à son peuple le magnifique privilège de réjouir le cœur du Lévite, de l’étranger, de la veuve et de l’orphelin. C’est là l’œuvre à laquelle il prend Lui-même son plaisir, béni en soit à jamais son nom, et il voulait faire partager ce bonheur à son peuple. Il voulait qu’on connût, qu’on vît, et qu’on sentît que le lieu où il rencontrait son peuple était une sphère de joie et de louanges, et un centre d’où des fleuves de bénédiction devaient déborder dans toutes les directions.

Toutes ces choses ne renfermeraient-elles pas une instruction pour l’Église de Dieu ? Ne parlent-elles pas au cœur de celui qui écrit et de ceux qui lisent ces lignes ? Assurément, et puissions-nous en faire notre profit ! Puisse la grâce ineffable de Dieu agir sur nos cœurs, de telle sorte qu’ils soient remplis d’adoration et que nos mains soient pleines de bonnes œuvres. Si les ombres et les types de nos bénédictions donnaient lieu à tant d’actions de grâce et d’active bienfaisance, combien plus puissant devrait être l’effet des bénédictions elles-mêmes !


Mais, hélas ! est-ce que nous réalisons nos bénédictions ? Est-ce que nous nous les approprions ? Est-ce que nous les saisissons avec la force que donne une foi simple ? C’est là tout le secret. Trouve-t-on beaucoup de chrétiens de profession dans la pleine et entière jouissance de ce dont la Pâque était un type, savoir la délivrance du jugement et de ce présent siècle mauvais ? Les voit-on dans la pleine et entière jouissance de leur Pentecôte, c’est-à-dire de l’habitation en eux du Saint Esprit, qui est le sceau, le gage, l’onction et le témoin ? Demandez à la grande majorité des professants s’ils ont reçu le Saint Esprit, et voyez ce qu’ils vous répondront. Et le lecteur, quelle réponse fera-t-il ? Peut-il dire : « Oui, Dieu soit béni, je sais que je suis lavé dans le précieux sang de Christ, et scellé du Saint Esprit » ? Il est à craindre qu’un nombre de personnes comparativement petit, dans la multitude de professants qui nous entourent, connaissent ces précieuses vérités qui, néanmoins, sont le privilège assuré du membre le plus infime du corps de Christ.

De même quant à la fête des tabernacles, combien peu en comprennent la signification ! Il est vrai qu’elle n’a pas encore été accomplie, mais le chrétien est appelé à vivre dans la puissance actuelle de son antitype. « Or la foi est l’assurance des choses qu’on espère et la conviction de celles qu’on ne voit pas » (Héb. 11:1). Notre vie doit être gouvernée et notre caractère formé par la double influence de la « grâce » dans laquelle nous sommes, et de la « gloire » que nous attendons.

Mais si les âmes ne sont pas établies dans la grâce, si elles ne savent pas même que leurs péchés sont pardonnés ; si on leur enseigne que c’est de la présomption que d’être assuré de son salut, et qu’il convient de rester dans l’humilité et de vivre dans des doutes et des craintes perpétuelles ; si on leur dit que personne ne peut être sûr de son salut avant de paraître devant le tribunal de Christ, comment pourraient-elles se tenir sur un terrain chrétien, manifester les fruits de la vie chrétienne, ou chérir ce qui est l’espérance propre du chrétien ? Si un Israélite avait douté qu’il fût fils d’Abraham, ou membre de la congrégation de l’Éternel, ou dans le pays, comment aurait-il pu célébrer la fête des pains sans levain, celle de la Pentecôte, ou celle des tabernacles ? Elles n’auraient eu pour lui ni sens, ni valeur ; nous pouvons même affirmer qu’aucun Israélite n’aurait pu avoir une pensée aussi absurde.

Comment se fait-il donc que des chrétiens professants, dont plusieurs sont de vrais enfants de Dieu, nous n’en doutons pas, semblent ne jamais pouvoir prendre possession du terrain chrétien ? Leur vie se passe dans le doute et la crainte. Leurs exercices et leurs services religieux, au lieu d’être l’expression de la vie qu’ils possèdent et dont ils jouissent, sont accomplis par eux comme une obligation légale et une préparation morale à la vie à venir. Beaucoup d’âmes, vraiment pieuses, demeurent toute leur vie dans cet état, et quant à « la bienheureuse espérance » que la grâce a mise devant nous pour réjouir nos cœurs et pour nous détacher des choses présentes, elles ne la comprennent pas, ou ne s’y arrêtent pas. Elles la traitent de simple utopie, caressée par quelques enthousiastes ici et là. Elles attendent le jour du jugement, au lieu d’attendre « l’étoile brillante du matin ». Elles prient pour le pardon de leurs péchés et demandent à Dieu de leur donner son Saint Esprit, tandis qu’elles devraient se réjouir dans l’assurance qu’elles possèdent la vie éternelle, la justice divine et l’Esprit d’adoption.

Tout cela est en opposition directe avec l’enseignement clair et simple du Nouveau Testament, c’est entièrement étranger à l’esprit du christianisme, propre à détruire la paix du chrétien et à empêcher tout culte vrai et intelligent, tout service ou témoignage. Il est certes impossible de se présenter devant le Seigneur, le cœur rempli d’actions de grâces pour des privilèges dont on ne jouit pas, ou les mains pleines de bénédictions que l’on n’a jamais réalisées.

Nous appelons sur cet important sujet la sérieuse attention de tous les enfants de Dieu dispersés dans l’église professante. Nous les supplions de sonder les Écritures et de voir s’il s’y trouve un seul passage autorisant les âmes à être tenues toute leur vie dans les ténèbres, le doute et l’esclavage. Il s’y trouve de solennels avertissements, des appels pressants, de sérieuses exhortations, cela est vrai, et nous en bénissons Dieu ; nous en avons besoin et nous ne devons pas les négliger. Mais que le lecteur comprenne bien que c’est le précieux privilège du plus jeune enfant en Christ de savoir que ses péchés sont pardonnés, qu’il est accepté en un Christ ressuscité, scellé du Saint Esprit, et héritier de la gloire éternelle. Telles sont, par la grâce infinie et souveraine, ses bénédictions assurées et certaines, bénédictions que l’amour de Dieu lui accorde, pour lesquelles le sang de Christ l’a rendu propre, et que le témoignage du Saint Esprit lui assure.

Veuille le souverain Pasteur et surveillant des âmes amener tous ses bien-aimés, les agneaux et les brebis du troupeau racheté par son sang, à connaître par l’enseignement de son Saint Esprit, quelles sont les choses qui leur sont gratuitement données de Dieu ! Et puissent ceux qui les connaissent en quelque mesure, apprendre à les connaître plus pleinement et en manifester les fruits précieux par une vie d’entier dévouement à Christ et à son service !

Il est fort à craindre que plusieurs d’entre nous qui faisons profession de connaître les plus hautes vérités de la foi chrétienne, ne soyons pas à la hauteur de notre profession ; nous n’agissons pas d’après le principe posé au verset 17 de notre chapitre : « Chacun selon ce que sa main peut donner, selon la bénédiction de l’Éternel, ton Dieu, laquelle il te donnera ». Nous semblons oublier que, quoique nous n’ayons rien à faire et rien à donner pour notre salut, nous pouvons cependant faire beaucoup pour le Sauveur et donner beaucoup pour ses ouvriers et ses pauvres. Il y a un grand danger d’exagérer le principe que nous n’avons rien à faire ou à donner. Si, dans les jours de notre ignorance et de notre légalisme, nous avons travaillé et donné d’après un principe faux et avec un faux objet en vue, nous ne devons, sûrement, pas faire moins et donner moins, maintenant que nous faisons profession de savoir que nous sommes, non seulement sauvés, mais bénis de toutes bénédictions spirituelles en un Christ ressuscité et glorifié. Nous avons à prendre garde de ne pas nous contenter de la simple compréhension intellectuelle et de la profession verbale de ces grandes et glorieuses vérités, alors que le cœur et la conscience n’en auraient jamais senti l’action bénie, et que la conduite et le caractère n’en auraient pas subi la sainte et puissante influence.

Nous présentons en toute affection au lecteur ces considérations pratiques, en l’engageant à les examiner avec prière. Nous ne voudrions pas blesser, offenser, ou décourager le plus faible agneau du troupeau de Christ. En outre, nous assurons le lecteur, que nous ne jetons la pierre à personne ; nous écrivons simplement, comme en la présence immédiate de Dieu, et faisons entendre à l’Église un mot d’avertissement à l’égard de ce que nous sentons être un danger pour nous tous. Nous croyons que, de tous côtés, nous avons le plus grand besoin de considérer nos voies, de nous humilier devant le Seigneur à cause de nos nombreux manquements, de nos fautes et de nos inconséquences, et de chercher auprès de Lui la grâce d’être, en ces jours sombres et mauvais, plus vrais, plus entièrement dévoués et plus décidés dans notre témoignage.


19 - Chapitre 17

Nous devons nous rappeler que la division de l’Écriture en chapitres et en versets est un arrangement entièrement humain, souvent fort commode sans doute pour aider aux recherches, mais qui assez fréquemment ne se justifie pas et brise la liaison des sujets. Ainsi nous voyons à l’instant, que les versets qui terminent le chapitre 16 se lient beaucoup plus à ce qui suit qu’à ce qui précède.

« Tu t’établiras des juges et des magistrats, selon tes tribus, dans toutes tes portes que l’Éternel, ton Dieu, te donnera, pour qu’ils jugent le peuple par un jugement juste. Tu ne feras pas fléchir le jugement ; tu ne feras pas acception de personnes ; et tu ne recevras pas de présent ; car le présent aveugle les yeux des sages, et pervertit les paroles des justes. La parfaite justice, tu la poursuivras, afin que tu vives et que tu possèdes le pays que l’Éternel, ton Dieu, te donne » (v. 18-20).

Ces paroles nous enseignent une double leçon ; elles nous présentent d’abord la justice impartiale et la parfaite vérité qui caractérisent toujours le gouvernement de Dieu. Chaque cas est jugé selon ses propres mérites et sur le terrain des faits qui s’y rattachent. Le jugement est si clair et simple qu’il n’y a pas lieu à faire une seule question ; toute discussion est inutile. Et si un murmure s’élève, le silence est imposé par ces mots : « Mon ami, je ne te fais pas tort ». Ceci s’applique en tout temps au saint gouvernement de Dieu, et nous fait soupirer après le moment où ce gouvernement sera établi d’une mer à l’autre mer, et du grand fleuve au bout de la terre.

Mais, d’un autre côté, les lignes que nous venons de citer, nous montrent ce que vaut le jugement de l’homme quand il est laissé à lui-même. On ne peut s’y fier un seul instant. L’homme est capable de « faire fléchir le jugement, de faire acception de personnes, de recevoir des présents » ; de donner de l’importance à quelqu’un à cause de sa position et de sa fortune. Puisqu’il est mis en garde contre tout cela, il est évident qu’il est capable d’agir de la sorte. Ne l’oublions pas ; si Dieu défend à l’homme de dérober, il est évident que le vol est dans sa nature.

Par conséquent, la justice humaine et le gouvernement humain sont susceptibles de la plus grossière corruption. Les juges et les magistrats, laissés à eux-mêmes, et s’ils ne sont dirigés par des principes divins, sont capables de se détourner de la justice par amour du gain ; de favoriser un méchant parce qu’il est riche, et de condamner un homme juste parce qu’il est pauvre ; de prononcer un verdict en opposition directe avec les faits les plus évidents pour obtenir un avantage quelconque, argent, influence, popularité ou pouvoir.

Pour le prouver, il n’est point nécessaire de nommer des hommes tels que Pilate et Hérode, Félix et Festus ; nous n’avons pas besoin de chercher plus loin que le passage cité pour voir ce qu’est l’homme, même lorsqu’il est revêtu des insignes officiels, assis sur le trône du gouvernement ou sur le siège judiciaire.

Plusieurs en lisant ces lignes, diront peut-être, comme Hazaël : « Mais qu’est ton serviteur, un chien, pour qu’il fasse cette grande chose ? » Mais qu’ils se souviennent que le cœur humain est la terre nourricière de tout péché, de toutes les méchancetés, les abominations et les choses viles et méprisables qui se sont commises et se commettent dans ce monde ; la preuve irréfutable en est donnée dans les ordres, les commandements et les défenses qui se lisent dans les pages sacrées du volume inspiré.

Et c’est ce qui nous fournit une réponse à cette question, si souvent répétée : « Qu’avons-nous à faire avec la plupart des lois et des institutions de l’économie mosaïque ? Pourquoi de telles choses sont-elles mentionnées dans la Bible ? Se peut-il qu’elles soient inspirées ? » Oui, elles le sont, et elles se trouvent dans les pages sacrées, afin que nous voyions, comme dans un miroir parfait, de quels matériaux moraux nous sommes faits, de quelles pensées nous sommes capables, quelles paroles et quels actes pourraient procéder de nous.

Cela n’a-t-il pas son importance ? N’est-il pas profitable, par exemple, de voir dans quelques-uns des passages de ce livre du Deutéronome si beau et si profond, que la nature humaine est capable, et que, par conséquent, nous sommes capables de faire des choses qui nous placent moralement au-dessous du niveau des brutes ? Assurément, et il serait bon que beaucoup de ceux qui marchent dans leur orgueil pharisaïque, enflés de leur soi-disant dignité et de leur haute moralité, apprennent cette leçon si profondément humiliante.

Mais quelle beauté morale, quelle pureté, quelle délicatesse et quelle élévation dans les ordonnances divines pour les enfants d’Israël ! Ils ne devaient pas se détourner de la justice, mais la laisser avoir son cours égal et droit sans égard à l’apparence des personnes. Le pauvre en haillons devait être traité tout comme le riche. L’arrêt du tribunal ne devait être influencé par aucune partialité ni aucune prévention, et la robe du juge ne devait pas être souillée de la moindre tache de corruption.

Oh ! quel beau temps pour cette pauvre terre qui gémit maintenant, quand elle sera gouvernée par les lois admirables qui se lisent dans les pages inspirées du Pentateuque ; quand un roi régnera en justice et que les princes présideront avec équité ! « Ô Dieu ! donne tes jugements au roi, et ta justice au fils du roi. Il jugera ton peuple en justice, et tes affligés avec droiture » (Ps. 72). — On ne se détournera pas de la justice, il n’y aura pas de corruption, ni de partialité.

Le cœur soupire après le temps heureux où tout cela sera réalisé, où la terre sera remplie de la connaissance de l’Éternel, comme les eaux couvrent la mer, où le Seigneur Jésus prendra sa grande puissance et entrera dans son règne, et où l’Église, dans le ciel, reflétera les rayons de sa gloire sur la terre. Alors les douze tribus d’Israël se reposeront sous la vigne et sous le figuier dans leur terre promise, et toutes les nations de la terre se réjouiront sous le gouvernement paisible et bienfaisant du Fils de David. Grâces et louanges soient à notre Dieu, ces choses auront lieu avant qu’il soit longtemps, aussi certainement que son trône est dans les cieux. Encore un peu de temps et tout se réalisera, selon les conseils éternels et les promesses immuables de Dieu ; et jusqu’à ce moment, cher lecteur chrétien, puissions-nous vivre dans la constante et sérieuse attente de ce temps heureux et béni, et traverser ce monde impie comme des étrangers et des pèlerins qui n’y ont ni place, ni part, répétant sans cesse cette prière : « Viens, Seigneur Jésus ».

Dans les dernières lignes du chapitre 16, Israël est mis en garde contre toute imitation des coutumes religieuses des nations environnantes. Les Israélites devaient éviter avec soin tout ce qui pouvait les faire tomber dans les abominables idolâtries des nations païennes qui les entouraient. L’autel de Dieu devait être complètement distinct et séparé de ces ashères ou idoles femelles objets de cultes infâmes (*). En un mot, tout ce qui pouvait éloigner le cœur du seul Dieu vivant et vrai, devait être évité avec soin.


(*) Il peut être intéressant pour le lecteur de savoir qu’en parlant de l’autel de Dieu, dans le Nouveau Testament, le Saint Esprit n’emploie pas le même mot que pour désigner un autel païen ; il se sert d’un mot comparativement nouveau et inconnu aux auteurs classiques. L’autel païen est bômon (Actes 17:23). L’autel de Dieu est thusiastérion. Le premier ne se rencontre qu’une fois ; le second vingt-trois fois. C’est avec ce soin jaloux que le culte du seul vrai Dieu est préservé du contact souillé de l’idolâtrie païenne. On demandera peut-être pourquoi il en est ainsi, ou ce qu’un nom pouvait faire à l’autel de Dieu ? Nous répondrons que le Saint Esprit a plus de sagesse que nous, et quoique le mot païen fût devant lui, — mot court et commode, — il refuse de l’employer pour désigner l’autel du seul Dieu vivant et vrai.


De plus, il ne suffisait pas de conserver une forme extérieure correcte ; les statues et les ashères pouvaient être détruits, et la nation pouvait reconnaître le dogme de l’unité de Dieu, et malgré cela il pouvait y avoir dans le culte un manque complet de sincérité et de dévouement à Dieu ; c’est pourquoi nous lisons : « Tu ne sacrifieras à l’Éternel, ton Dieu, ni bœuf, ni mouton qui ait un défaut corporel, quoique ce soit de mauvais ; car c’est une abomination pour l’Éternel, ton Dieu ».

Ce qui était parfait pouvait seul convenir à l’autel de Dieu et répondre à son cœur. Lui offrir une chose avec un défaut, c’était faire preuve d’un manque total de cœur pour Lui et du sentiment de ce qui Lui est dû. Lui offrir un sacrifice imparfait, c’était proférer l’horrible blasphème que tout était assez bon pour Lui.

Écoutons les accents d’indignation de l’Esprit de Dieu par la bouche du prophète Malachie 1:7-14.

Tout cela ne dit-il rien à l’église professante ? Assurément. N’y a-t-il pas dans notre culte, privé ou public, un déplorable manque de cœur, de vraie dévotion, de profond sérieux, de sainte énergie, de sincérité d’intention ? N’y a-t-il pas beaucoup de choses qui correspondent à l’offrande de ce qui est boiteux ou malade, de ce qui est défectueux et méprisable ? N’avons-nous pas à nous juger pour notre sécheresse, notre froideur, nos distractions, même à la table du Seigneur ? Combien souvent nos corps seuls sont à la table, tandis que nos cœurs légers et nos pensées vagabondes en sont bien éloignés ! Que de fois nos lèvres profèrent des paroles qui ne sont pas la vraie expression de nos sentiments ! Nous exprimons plus que nous ne sentons. Nous chantons ce que nous n’éprouvons pas.

Lecteur chrétien, considérons ces choses, le sujet tout entier du culte et du dévouement, en la présence divine et en regard de cette grâce qui nous a sauvés du feu éternel. Réfléchissons calmement à tous les droits, précieux et puissants, que Christ a sur nous. Nous ne nous appartenons pas, nous avons été achetés à grand prix. Ce n’est pas seulement ce que nous avons de meilleur, mais c’est tout ce que nous possédons que nous devons à Celui qui s’est donné pour nous. Ne le reconnaissons-nous pas ? Et si nos cœurs le reconnaissent, alors puissent nos vies l’exprimer ! Puissions-nous montrer toujours plus distinctement à qui nous sommes et qui nous servons ! Puissent nos cœurs, nos têtes, nos mains, nos pieds, notre être tout entier, Lui être consacré dans un dévouement sans réserve, par la puissance du Saint Esprit et selon l’enseignement des Écritures. Dieu veuille qu’il en soit ainsi de nous et de tous ses bien-aimés !

Un sujet très important et très pratique réclame maintenant notre attention.

« S’il se trouve au milieu de toi, dans une de tes portes, que l’Éternel, ton Dieu, te donne, un homme ou une femme qui fasse ce qui est mauvais aux yeux de l’Éternel, ton Dieu, en transgressant son alliance, et qui aille et serve d’autres dieux, et s’incline, devant eux, soit devant le soleil, ou devant la lune, ou devant toute l’armée des cieux, ce que je n’ai pas commandé ; et que cela t’ait été rapporté, et que tu l’aies entendu, alors tu rechercheras bien ; et si c’est la vérité, si la chose est établie, si cette abomination a été commise en Israël » ; — quelque chose concernant toute la nation — « tu feras sortir vers tes portes cet homme ou cette femme, qui auront fait cette mauvaise chose, l’homme ou la femme, et tu les assommeras de pierres, et ils mourront. Sur la déposition de deux témoins ou de trois témoins, celui qui doit mourir sera mis à mort ; il ne sera pas mis à mort sur la déposition d’un seul témoin. La main des témoins sera la première contre lui pour le mettre à mort, et la main de tout le peuple ensuite ; et tu ôteras le mal du milieu de toi » (vers. 2-7).

Nous avons déjà eu l’occasion de mentionner le grand principe exposé dans ce passage : savoir qu’il importe absolument d’avoir un témoignage suffisant avant de porter un jugement dans un cas quelconque. C’est une règle invariable dans le gouvernement divin ; nous la retrouvons partout dans l’Écriture ; elle est sûre et salutaire, et si nous la négligeons nous nous égarerons. Nous ne devrions jamais nous permettre de former un jugement sans le témoignage de deux ou trois témoins, encore moins d’exprimer ou d’agir d’après un jugement ainsi formé. Un seul témoin ne suffit pas pour arriver à une conclusion, quelque digne de foi qu’il puisse être. Nous pouvons être convaincus en nous-mêmes qu’une chose est vraie, parce qu’elle est affirmée par une personne en qui nous avons entière confiance, mais Dieu est plus sage que nous. Il se peut que ce témoin soit tout à fait droit et sincère et incapable de dire ce qui n’est pas, ou de porter un faux témoignage contre qui que ce soit ; mais nous devons nous en tenir à la règle divine : « Sur la déposition de deux témoins ou sur la déposition de trois témoins, la chose sera établie » (Deut. 19:15).

Plût à Dieu que cette règle fut plus suivie dans l’Église ! Son importance est incalculable dans tous les cas de discipline et dans tous ceux où se trouvent impliqués le caractère ou la réputation de qui que ce soit. Avant d’en arriver à une conclusion ou de porter un jugement, dans un cas donné quelconque, une assemblée doit avoir des évidences suffisantes. Si elles ne se montrent pas, que tous s’attendent à Dieu avec patience et confiance, et il suppléera certainement à ce qui manque.

Si, par exemple, il se trouve un mal moral ou une erreur de doctrine dans une assemblée de chrétiens, que cela ne soit connu que d’un seul, mais qu’il en soit parfaitement convaincu, que doit-il faire ? Attendre que Dieu fournisse d’autres témoins. Agir sans cela, c’est enfreindre un principe divin maintes fois répété dans la parole de Dieu avec toute la clarté possible. L’unique témoin devra-t-il se sentir froissé ou peiné parce que son témoignage n’est pas pris en considération ? Non, assurément, il ne doit pas s’attendre à ce qu’il le soit, et même il ne doit pas se présenter comme témoin avant de pouvoir ajouter à son témoignage celui d’un ou de deux autres. L’assemblée sera-t-elle jugée indifférente ou endormie, parce qu’elle refuse d’agir sur le témoignage d’un seul homme ? Non, le faire serait désobéir ouvertement au commandement divin.

Ce grand principe pratique ne se borne pas aux cas de discipline, ou aux questions en rapport avec les assemblées des enfants de Dieu ; il est d’une application générale. Nous ne devrions jamais nous laisser aller à porter un jugement ou venir à une conclusion, sans avoir la mesure d’évidence établie de Dieu ; si elle nous manque, notre devoir est d’attendre, et s’il y a nécessité pour nous de juger, Dieu nous fournira, en son temps, l’évidence nécessaire.

Ce sujet demande la sérieuse attention du lecteur, quelle que soit sa position. Nous sommes tous portés à juger sans réfléchir, à nous laisser guider par nos impressions, à nous laisser aller à des soupçons et à des préventions sans fondement. Soyons sur nos gardes contre tout cela. Nous avons besoin de calme, de sérieux et de sang-froid, lorsque nous formons et exprimons notre jugement sur les hommes et les choses. Sur les hommes, en particulier, car nous pouvons causer un grand tort à un ami, à un frère ou à un voisin, en exprimant une fausse impression ou une accusation non fondée, et devenir ainsi l’instrument par lequel la réputation d’un autre sera attaquée. Cela est coupable aux yeux de Dieu, et nous devons y veiller pour nous et le reprendre chez nos frères lorsque nous avons l’occasion de le faire. Si une personne en accuse une autre en son absence, nous devrions insister pour qu’elle prouve ou retire son accusation. En agissant de cette manière, on éviterait bien des médisances qui sont, non seulement inutiles, mais positivement coupables.

Avant de quitter ce sujet, nous ferons remarquer que l’histoire sacrée nous fournit plus d’un exemple où un homme juste a été condamné et où cependant on a suivi en apparence la règle de Deut. 17:6-7. Voyez le cas de Naboth, en 1 Rois 21 ; le cas d’Étienne, Actes 6 et 7, et par-dessus tout, le cas du seul Homme parfait qui ait jamais marché sur cette terre. Hélas ! les hommes peuvent avoir l’air de faire attention à la lettre des préceptes de l’Écriture ; ils savent citer ses paroles sacrées pour excuser l’injustice la plus flagrante et la plus choquante immoralité. Deux témoins accusèrent Naboth d’avoir blasphémé contre Dieu et le roi, et ce fidèle Israélite fut dépouillé de son héritage et mis à mort, sur le témoignage de deux menteurs soudoyés par les ordres d’une femme impie et cruelle. Étienne, un homme rempli du Saint Esprit, fut lapidé sous prétexte d’avoir proféré des paroles blasphématoires, sur la déposition de faux témoins, acceptée par les chefs de la religion qui, sans aucun doute, pouvaient s’appuyer sur l’autorité du chapitre 17 du Deutéronome.

Mais tout cela, en montrant ce qu’est l’homme et la religion humaine sans la conscience, n’affecte en rien la règle morale posée au commencement de notre chapitre. La religion sans la conscience ou la crainte de Dieu, est la chose qui dégrade, démoralise et endurcit le plus sous la voûte des cieux, et l’un de ses caractères les plus terribles est précisément celui-ci, que des hommes, sous son influence, n’ont pas honte ou ne craignent pas de se servir de la lettre de la Sainte Écriture, comme d’un manteau dont ils recouvrent la méchanceté la plus terrible.

Mais, béni soit notre Dieu, sa Parole brille devant nos âmes dans toute sa pureté céleste, sa vertu divine, sa sainte moralité, et renvoie à la face de l’ennemi toutes ses tentatives de trouver dans ses pages sacrées une excuse pour quoi que ce soit qui ne serait pas vrai, vénérable, juste, pur, aimable et de bonne renommée.

Passons maintenant au second paragraphe de notre chapitre : « Lorsqu’une affaire sera pour toi trop difficile à juger, entre sang et sang, entre cause et cause, et entre coup et coup, — des cas de dispute dans tes portes, alors tu te lèveras, et tu monteras au lieu que l’Éternel, ton Dieu, aura choisi ; et tu viendras vers les sacrificateurs, les Lévites, et vers le juge qu’il y aura en ces jours-là, et tu rechercheras, et ils te déclareront la sentence du jugement. Et tu agiras conformément à la sentence qu’ils t’auront déclarée, de ce lieu que l’Éternel aura choisi, et tu prendras garde à faire selon tout ce qu’ils t’auront enseigné. Tu agiras conformément à la loi qu’ils t’auront enseignée, et selon le droit qu’ils t’auront annoncé ; tu ne t’écarteras, ni à droite ni à gauche, de la sentence qu’ils t’auront déclarée. Et l’homme qui agira avec fierté, n’écoutant point le sacrificateur qui se tiendra là pour servir l’Éternel, ton Dieu, ou le juge, cet homme-là mourra, et tu ôteras le mal du milieu d’Israël ; et tout le peuple l’entendra, et craindra, et n’agira plus avec fierté » (vers. 8-13).

Dieu lui-même pourvoit ici à tout ce qui était nécessaire pour régler d’une manière parfaite tontes les questions qui pouvaient s’élever dans l’assemblée d’Israël. Elles devaient être portées en la présence de Dieu, au lieu qu’il avait choisi, et décidées par les autorités que Lui-même avait instituées. On était ainsi gardé contre la présomption et sa propre volonté. Tous les sujets de controverse devaient être définitivement réglés par le jugement de Dieu exprimé par le sacrificateur, ou par le juge établi de Dieu, dans ce but.

En un mot, c’était uniquement une affaire d’autorité divine. Il ne s’agissait pas qu’un homme s’élevât par sa volonté propre contre un autre ; cela ne convenait pas dans l’assemblée de Dieu. Chacun devait soumettre sa cause à un tribunal divin et s’incliner devant sa décision. Il ne pouvait y avoir de recours, vu qu’il n’y avait pas de tribunal plus élevé. Le sacrificateur ou le juge, établi de Dieu, parlait comme étant l’oracle de Dieu, et le plaignant, tout comme le défendeur, devaient se soumettre sans un murmure à sa décision.

Le lecteur voit clairement qu’aucun membre de la congrégation d’Israël n’aurait jamais eu l’idée de porter sa cause devant un tribunal des gentils. Cela aurait été une insulte positive faite à l’Éternel lui-même, qui était au milieu de l’assemblée pour juger toutes les causes qui pouvaient se présenter. Il était suffisant pour cela. Il connaissait les moindres détails, le pour et le contre, le commencement et la fin de toutes les discussions quelque embrouillées ou difficiles qu’elles fussent. Tous devaient regarder à Lui et apporter leurs causes au lieu qu’il avait choisi et pas ailleurs. On n’aurait pas eu un seul instant l’idée que deux membres de l’assemblée de Dieu pussent se présenter devant un tribunal d’incirconcis. Cela aurait supposé un défaut dans l’organisation établie de Dieu pour la congrégation.

Cela ne nous enseigne-t-il rien ? Comment les chrétiens doivent-ils décider leurs cas de discussion ? Est-ce en prenant le monde pour juge ? N’y a-t-il pas dans l’assemblée de Dieu tout ce qu’il faut pour régler les différends qui pourraient s’élever ? Écoutez ce que l’apôtre inspiré dit à cet égard à l’assemblée de Corinthe et à « tous ceux qui en tout lieu invoquent le nom de notre Seigneur Jésus Christ, et leur Seigneur et le nôtre », et, par conséquent, à tous les vrais chrétiens maintenant.

« Quelqu’un de vous, lorsqu’il a une affaire avec un autre, ose-t-il entrer en procès devant les injustes et non devant les saints ? Ne savez-vous pas que les saints jugeront le monde ? Et si le monde est jugé par vous, êtes-vous indignes des plus petits jugements ? Ne savez-vous pas que nous jugerons les anges ? et nous ne jugerions pas les affaires de cette vie ? Si donc vous avez des procès pour les affaires de cette vie, établissez ceux-là pour juges qui sont peu estimés dans l’assemblée. Je parle pour vous faire honte : ainsi il n’y a pas d’homme sage parmi vous, pas même un seul, qui soit capable de décider entre ses frères ? Mais un frère entre en procès avec un frère, et cela devant les incrédules. C’est donc de toute manière déjà une faute en vous, que vous ayez des procès entre vous. Pourquoi ne supportez-vous pas plutôt des injustices ? pourquoi ne vous laissez-vous pas plutôt faire tort ? Mais vous, vous faites des injustices et vous faites tort, et cela à vos frères. Ne savez-vous pas que les injustes n’hériteront point du royaume de Dieu ? Ne vous y trompez pas » (1 Cor. 6:1-9).

Nous avons ici des instructions divines pour l’Église de Dieu en tout temps. Ne perdons jamais de vue que la Bible est le Livre pour chaque étape de la carrière terrestre de l’Église. Il est vrai, hélas ! que l’Église n’est plus ce qu’elle était lorsque les lignes ci-dessus furent écrites par l’apôtre inspiré. Un immense changement s’est opéré dans sa condition. Il n’était point difficile dans les premiers temps de distinguer entre l’Église et le monde ; entre « les saints » et les « incrédules » ; entre « ceux du dedans » et « ceux du dehors ». La ligne de démarcation était profonde et distincte en ces jours-là ; on ne pouvait s’y méprendre. Si l’on considérait la société, au point de vue religieux, on voyait trois choses que l’on ne pouvait confondre : le paganisme, le judaïsme et le christianisme — le gentil, le Juif et l’Église de Dieu — le temple païen, la synagogue et l’assemblée de Dieu. L’assemblée chrétienne formait un contraste frappant avec tout le reste. Le christianisme était fortement et clairement professé en ces temps primitifs. Ce n’était point une affaire nationale ou paroissiale, mais une chose personnelle, une réalité vivante et pratique, une foi divine, une puissance vivante dans le cœur et se manifestant dans la vie.

Maintenant les choses ont totalement changé : l’Église et le monde sont tellement mélangés, que la grande majorité des professants aurait peine à comprendre la force et la vraie application du passage que nous venons de citer. Si nous leur parlions des « saints » entrant en procès « devant les injustes », ils croiraient entendre une langue étrangère. Le terme « saint » est même rarement employé dans l’église professante, sauf dans un sens ironique, ou lorsqu’on l’applique à ceux qui ont été canonisés par un respect superstitieux.

Mais la parole de Dieu et les grandes vérités qu’elle dévoile à nos âmes ont-elles subi quelque changement ? Les pensées de Dieu ont-elles varié, quant à ce qu’est l’Église et le monde, ou quant aux rapports qu’ils doivent avoir entre eux ? Ne sait-il pas qui sont les « saints » et qui sont les « injustes » ? N’est-ce plus une faute qu’un « frère entre en procès avec un frère, et cela devant les incrédules » ? En un mot, l’Écriture a-t-elle perdu sa puissance, son à-propos, sa divine application ? N’est-elle plus notre guide, notre autorité, notre seule règle parfaite et infaillible ? Le grand changement survenu dans l’état moral de l’Église, a-t-il enlevé à la parole de Dieu toute sa puissance d’application à nous — « à tous ceux qui en tout lieu invoquent le nom de notre Seigneur Jésus Christ » ? La précieuse Révélation de notre Père serait-elle devenue en quoi que ce soit une lettre morte, un écrit tombé en désuétude, un document appartenant aux temps passés ? Notre changement de condition a-t-il ôté à la parole de Dieu une seule de ses gloires morales ?

Lecteur, quelle réponse votre cœur fait-il à ces questions ? Nous vous engageons sérieusement à les peser en toute humilité et avec prière devant le Seigneur. Votre réponse sera l’indice exact de votre position réelle et de votre état moral. Ne voyez-vous pas clairement et n’admettez-vous pas pleinement que l’Écriture ne saurait jamais perdre sa puissance, et que les principes posés dans 1 Cor. 6 ne peuvent jamais cesser de lier l’Église de Dieu ? On ne saurait nier que tout est malheureusement bien changé, mais « l’Écriture ne peut être anéantie », et par conséquent, ce qui était « une faute » au premier siècle ne saurait être bien au vingtième ; il peut y avoir plus de difficulté à mettre en pratique les principes divins, mais nous ne devons jamais consentir à les abandonner ou à agir d’après des motifs moins élevés. Dès que l’on admettrait que parce que l’église responsable s’est égarée, il est impossible de bien marcher, le principe tout entier de l’obéissance chrétienne serait mis de côté. Il est tout aussi mal aujourd’hui qu’un « frère entre en procès avec un frère devant les incrédules », que ce l’était aux jours où l’apôtre écrivait son épître à l’assemblée de Corinthe (*). Il est vrai que l’unité visible de l’Église a disparu ; elle est dépouillée de bien des dons ; elle s’est éloignée de sa condition normale, mais les principes de la parole de Dieu ne peuvent pas davantage perdre leur puissance, que le sang de Christ sa vertu, ou sa sacrificature son efficacité.


(*) Il est bon de nous souvenir que partout où « deux ou trois » sont réunis au nom du Seigneur Jésus, en quelque faiblesse que ce soit, s’ils sont réellement dans l’humilité et la dépendance de Dieu, la sagesse spirituelle leur sera donnée pour juger tout ce qui pourrait s’élever entre des frères. Ils peuvent compter sur cette sagesse divine pour les guider dans le règlement de toute question ou différend, sans qu’il soit besoin d’en référer à un tribunal du monde.

Cette idée, sans doute, fera sourire les hommes du monde, mais nous devons nous en tenir à l’Écriture. Un frère ne doit pas entrer en procès avec un frère devant les incrédules. Voilà qui est clair et net. Il y a pour l’assemblée des ressources en Christ, la Tête et le Seigneur, pour le règlement de toutes les questions possibles.

Que les enfants de Dieu considèrent sérieusement ce sujet. Qu’ils voient d’abord s’ils sont réunis sur le véritable terrain de l’Église de Dieu, et alors, quoique ayant la conscience que les choses ne sont plus ce qu’elles étaient autrefois dans l’Église, quoique sentant leur grande faiblesse et tous leurs manquements, ils trouveront, néanmoins, que la grâce de Christ est toujours suffisante et que la parole de Dieu est pleine de toutes les instructions dont ils ont besoin, sans qu’il soit jamais nécessaire de recourir au monde pour avoir aide, conseil, ou jugement. « Là où deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là au milieu d’eux ».

Sûrement cela suffit à tout. Y a-t-il une seule question que notre Seigneur ne puisse résoudre ? Avons-nous besoin d’habileté naturelle, de sagesse mondaine, de grande science, de sagacité, quand nous avons Christ ? Non, assurément toutes ces choses ne seraient pour nous que comme l’armure de Saül pour David. Tout ce qu’il nous faut, c’est simplement de faire usage des ressources que nous avons en Christ. Nous trouverons certainement « au lieu où son Nom est invoqué », la sagesse sacerdotale pour juger toutes les causes qui peuvent s’élever entre des frères.

En outre, que les chers enfants de Dieu se souviennent que, dans les cas de difficultés locales qui peuvent surgir, il n’est point nécessaire de demander secours au dehors, d’écrire à droite et à gauche, ou de faire venir quelqu’un d’habile pour les aider. Sans doute que si le Seigneur envoie en un tel moment un de ses serviteurs bien-aimés, sa sympathie, ses conseils et son aide seront hautement appréciés. Nous ne désirons pas encourager à l’indépendance les uns des autres, mais nous insistons sur le fait que nous avons à dépendre complètement et absolument de Christ, notre Chef et notre Seigneur.


Rappelons-nous, en outre, qu’il y a des ressources de sagesse, de grâce, de puissance et de dons spirituels, mis en réserve pour l’Église en Christ, son chef, et qui sont toujours à la disposition de ceux qui ont assez de foi pour en faire usage. Il n’y a pas de limite dans ces ressources. Nous ne pouvons nous attendre à voir la maison de Dieu rendue à son état normal sur la terre, mais néanmoins c’est notre privilège de reconnaître quel est son vrai terrain, et c’est notre devoir d’occuper ce terrain et aucun autre.

C’est un changement merveilleux que celui qui s’opère dans toute notre condition, dans notre manière de voir les choses, dans nos pensées sur nous-mêmes et ceux qui nous entourent, du moment que nous posons notre pied sur le vrai terrain de l’Église de Dieu. Tout semble entièrement autre. La Bible paraît un livre nouveau. Nous voyons tout sous un nouveau jour. Des portions de l’Écriture que nous avons lues pendant des années sans intérêt et sans profit, brillent maintenant d’une lumière divine et nous remplissent d’étonnement, d’amour et de louange. Nous voyons tout à un autre point de vue ; notre horizon moral tout entier est changé ; nous avons échappé à la brumeuse atmosphère qui enveloppe toute l’église professante, et maintenant nous pouvons regarder autour de nous et distinguer clairement les choses à la lumière céleste des Écritures. Par le fait, il semble que c’est comme une nouvelle conversion, et nous découvrons alors que nous pouvons lire la Bible avec intelligence, parce que nous en avons la clef divine. Nous voyons que Christ est le centre et l’objet de toutes les pensées, des desseins et des conseils de Dieu de toute éternité, et alors nous sommes amenés dans cette merveilleuse sphère de grâce et de gloire que le Saint Esprit aime à dérouler dans la précieuse parole de Dieu.

Puisse le lecteur être amené à bien comprendre tout cela par le ministère immédiat et puissant du Saint Esprit ! Puisse-t-il être rendu capable de s’adonner à l’étude de l’Écriture et de s’abandonner sans réserve à son enseignement et à son autorité ! Qu’il ne prenne pas conseil de la chair ni du sang, mais qu’il se jette, comme un petit enfant, dans les bras du Seigneur, et cherche à être conduit en intelligence spirituelle et en conformité pratique à la pensée de Christ.

Voyons maintenant les versets qui, terminant notre chapitre, présentent une vue remarquable sur l’avenir d’Israël et anticipent le moment où il chercherait à se donner un roi.

« Quand tu seras entré dans le pays que l’Éternel, ton Dieu, te donne, et que tu le posséderas et y habiteras, et que tu diras : J’établirai un roi sur moi, comme toutes les nations qui sont autour de moi : tu établiras sur toi le roi que l’Éternel, ton Dieu, choisira ; tu établiras sur toi un roi d’entre tes frères ; tu ne pourras pas établir sur toi un homme étranger, qui ne soit pas ton frère. Seulement, il n’aura pas une multitude de chevaux, et il ne fera pas retourner le peuple en Égypte pour avoir beaucoup de chevaux ; car l’Éternel vous a dit : Vous ne retournerez plus jamais par ce chemin-là. Et il n’aura pas un grand nombre de femmes, afin que son cœur ne se détourne pas ; et il ne s’amassera pas beaucoup d’argent et d’or » (vers. 14-17).

Combien il est remarquable que les trois choses que le roi ne devait pas faire, furent précisément celles que firent, sur une grande échelle, les plus grands et les plus sages des monarques d’Israël. « Le roi Salomon fit une flotte, à Étsion-Guéber, qui est près d’Éloth, sur le bord de la mer Rouge, dans le pays d’Édom. Et Hiram envoya sur la flotte ses serviteurs, des matelots connaissant la mer, avec les serviteurs de Salomon. Et ils allèrent à Ophir, et y prirent de l’or, quatre cent vingt talents, et les apportèrent au roi Salomon ». « Et Hiram envoya au roi cent vingt talents d’or ». « Et le poids de l’or qui arrivait à Salomon dans une année était de six cent soixante-six talents d’or (à peu près trente tonnes), outre ce qui lui venait des commerçants ambulants et du trafic des marchands, et de tous les rois de l’Arabie, et des gouverneurs du pays ». Et plus loin : « Et le roi fit que l’argent, dans Jérusalem, était comme les pierres… Et, quant aux chevaux de Salomon, il les tirait d’Égypte… Mais le roi Salomon aima beaucoup de femmes étrangères… Et il avait sept cents femmes princesses, et trois cents concubines ; et ses femmes détournèrent son cœur » (1 Rois 9:10, 11).

Quelle triste histoire ! Quel commentaire de l’homme dans son état le meilleur et le plus élevé ! Voilà un homme doué de sagesse au-dessus de tous, entouré de bénédictions, de dignités, d’honneurs et de privilèges extraordinaires ; sa coupe était remplie jusqu’au bord, rien ne lui manquait de ce que ce monde peut donner pour contribuer au bonheur terrestre. Et non seulement cela, mais sa prière remarquable lors de la dédicace du temple, pouvait faire concevoir de lui les meilleures espérances, quant à son caractère personnel ou royal.

Mais, hélas il faillit de la manière la plus déplorable, sur tous les points que la loi de son Dieu avait définis si positivement et si clairement. Il lui avait été dit de ne pas s’amasser beaucoup d’argent, ni beaucoup d’or, et cependant il le fit. Il lui avait été dit de ne point retourner en Égypte pour faire un amas de chevaux, et cependant il fit chercher des chevaux en Égypte. Il lui avait été dit de ne pas prendre plusieurs femmes, et il en eut un millier et elles corrompirent son cœur. Tel est l’homme ! Oh ! combien peu l’on peut compter sur lui ! « Toute chair est comme l’herbe, et toute sa gloire comme la fleur de l’herbe ; l’herbe a séché et sa fleur est tombée » (1 Pierre 1:24). « Finissez-en avec l’homme, dont le souffle est dans ses narines, car quel cas doit-on faire de lui ? » (Ésa. 2:22).

Comment expliquer la triste et humiliante chute de Salomon ? En réponse à cette question, nous n’avons qu’à lire les versets qui terminent notre chapitre.

« Et il arrivera, lorsqu’il sera assis sur le trône de son royaume, qu’il écrira, pour lui, dans un livre, une copie de cette loi, faite d’après le livre qui est devant les sacrificateurs, les Lévites. Et il l’aura auprès de lui ; et il y lira tous les jours de sa vie, afin qu’il apprenne à craindre l’Éternel, son Dieu, et à garder toutes les paroles de cette loi, et ces statuts, pour les faire ; en sorte que son cœur ne s’élève pas au-dessus de ses frères, et qu’il ne s’écarte pas du commandement, ni à droite, ni à gauche ; afin qu’il prolonge ses jours dans son royaume, lui et ses fils, au milieu d’Israël » (vers. 18-20).

Si Salomon eût fait attention à ces précieuses et solennelles paroles, l’histoire de sa vie aurait été bien différente. Nous ne voyons nulle part qu’il ait écrit un double de la loi, et supposé qu’il l’ait fait, il n’y conforma assurément pas sa vie, bien au contraire, il s’en détourna ouvertement et fit les choses même qui lui étaient défendues. En un mot, la cause de toute la ruine et de tous les malheurs qui succédèrent si rapidement aux splendeurs du règne de Salomon, fut la négligence de la parole de Dieu.

Cela est solennel pour nous, de nos jours, et c’est ce qui nous porte à supplier le lecteur d’y faire attention. L’Église de Dieu, tout entière, a besoin d’être réveillée à cet égard. La négligence de la parole de Dieu est la source de tout mal, de toute confusion, de toutes les erreurs, sectes et schismes qui ont été et qui sont maintenant dans le monde. Et l’on peut ajouter, avec la même certitude, que le seul vrai et souverain remède pour notre triste position actuelle, sera de retourner chacun et chacune en particulier, à la simple autorité de la parole de Dieu, si déplorablement négligée. Que chacun considère combien il s’est éloigné, avec toute l’église professante, de l’enseignement simple et positif du Nouveau Testament, des commandements de notre bien-aimé Seigneur et Sauveur Jésus Christ. Humilions-nous sous la puissante main de notre Dieu, à cause de notre péché commun, tournons-nous vers Lui en nous jugeant nous-mêmes en sincérité, et, dans sa grâce, il nous restaurera, et nous bénira, et nous conduira dans le précieux chemin de l’obéissance qui est ouvert à toute âme vraiment humble.

Puisse le Saint Esprit, dans sa puissance irrésistible, mettre devant le cœur et la conscience de tout membre du corps de Christ, sur la surface de la terre, la nécessité absolue d’une soumission immédiate et entière à l’autorité de la parole de Dieu !


20 - Chapitre 18

Le paragraphe qui commence ce chapitre suggère une série de vérités éminemment intéressantes et pratiques.

« Les sacrificateurs, les Lévites, et toute la tribu de Lévi, n’auront point de part ni d’héritage avec Israël : ils mangeront des sacrifices de l’Éternel faits par feu, et de son héritage, mais ils n’auront point d’héritage au milieu de leurs frères. L’Éternel est leur héritage, comme il le leur a dit. Or c’est ici le droit des sacrificateurs de la part du peuple, de la part de ceux qui offrent un sacrifice, que ce soit un bœuf, ou un mouton : on donnera au sacrificateur l’épaule, et les mâchoires, et l’estomac. Tu lui donneras les prémices de ton froment, de ton moût et de ton huile, et les prémices de la toison de tes moutons. Car l’Éternel, ton Dieu, l’a choisi, lui et ses fils, d’entre toutes les tribus, pour qu’il se tienne toujours devant lui pour faire le service au nom de l’Éternel. Et si le Lévite vient de l’une de tes portes, de tout Israël où il séjourne, et qu’il vienne, selon tout le désir de son âme, au lieu que l’Éternel aura choisi, et qu’il serve au nom de l’Éternel, son Dieu, comme tous ses frères, les Lévites, qui se tiennent là devant l’Éternel, il mangera une portion égale, outre ce qu’il aura vendu de son patrimoine » (vers. 1-8).

Ici, comme partout ailleurs dans le livre du Deutéronome, les sacrificateurs sont classés avec les Lévites, d’une manière toute spéciale. Nous appelons l’attention du lecteur sur ce trait caractéristique de notre livre, mais nous ne nous y arrêterons maintenant qu’un moment, pour indiquer la raison de la différence que présente à cet égard le livre du Deutéronome avec l’Exode, le Lévitique et les Nombres. Nous croyons que cela vient de ce que, dans le Deutéronome, le but de Dieu est de mettre davantage en évidence l’assemblée d’Israël tout entière. C’est pour cela que nous y voyons rarement paraître les sacrificateurs dans leurs fonctions officielles. La grande pensée du Deutéronome, c’est la relation immédiate d’Israël avec l’Éternel.

Or, dans le passage qui nous occupe, les sacrificateurs et les Lévites sont associés ensemble et présentés comme les serviteurs de l’Éternel, entièrement dépendants de Lui, et intimement identifiés avec son autel et son service. Cela est d’un grand intérêt et ouvre un vaste champ de vérités pratiques à l’Église de Dieu.

En parcourant l’histoire du peuple d’Israël, nous pouvons remarquer que lorsque tout marchait bien, l’autel de Dieu était bien servi, et, comme conséquence, les sacrificateurs et les Lévites ne manquaient de rien. Si l’Éternel avait la part qui lui était due, ses serviteurs pouvaient être assurés d’avoir la leur. S’il était négligé, ils l’étaient aussi ; ils étaient liés ensemble. Le peuple devait apporter ses offrandes à Dieu, et Lui les partageait avec ses serviteurs. Les sacrificateurs et les Lévites ne devaient rien exiger ou demander du peuple, mais le peuple avait le privilège d’apporter ses dons à l’autel de Dieu, qui permettait à ses serviteurs de se nourrir des fruits provenant du dévouement de son peuple pour Lui-même.

Telle était l’intention divine de l’Éternel quant à ses serviteurs d’alors. Ils devaient se nourrir des offrandes volontaires présentées à Dieu par la congrégation tout entière. Il est vrai que nous trouvons un état de chose entièrement différent dans les sombres et tristes jours des fils d’Éli : « Et la coutume des sacrificateurs à l’égard du peuple était celle-ci : quand quelqu’un sacrifiait un sacrifice, le serviteur du sacrificateur venait lorsqu’on faisait bouillir la chair, ayant en sa main une fourchette à trois dents, et il piquait dans la chaudière, ou dans le chaudron, ou dans la marmite, ou dans le pot : le sacrificateur en prenait tout ce que la fourchette amenait en haut. Ils faisaient ainsi à tous ceux d’Israël qui venaient là, à Silo. Même, avant qu’on eût fait fumer la graisse », — la part spéciale de Dieu, — « le serviteur du sacrificateur venait, et disait à l’homme qui sacrifiait : Donne de la chair à rôtir pour le sacrificateur ; et il ne prendra pas de toi de la chair bouillie, mais de la chair crue. Si l’homme lui disait : On va d’abord faire fumer la graisse, puis tu prendras selon le désir de ton âme, alors il lui disait : Non, car tu en donneras maintenant sinon, j’en prendrai de force. Et le péché de ces jeunes hommes fut très grand devant l’Éternel car les hommes méprisaient l’offrande de l’Éternel » (1 Sam. 2:13-17).

Tout cela était déplorable et amena le terrible jugement de Dieu sur la maison d’Éli. Il n’en pouvait être autrement. Si ceux qui servaient à l’autel pouvaient se rendre coupables d’une iniquité et d’une impiété si grande, il fallait que le jugement eût son cours.

Mais l’état normal des choses, tel qu’il est décrit dans notre chapitre, offrait un contraste complet avec tout ce mal. L’Éternel s’entourait des offrandes volontaires de son peuple, et il en nourrissait ses serviteurs qui servaient à son autel. Par conséquent, lorsque les offrandes abondaient sur l’autel de Dieu, les sacrificateurs et les Lévites avaient une riche portion, une abondante provision ; tandis qu’au contraire, lorsque l’Éternel et son autel étaient négligés, les serviteurs de l’Éternel l’étaient aussi, dans la même proportion. Ils étaient, en un mot, intimement identifiés avec le culte et le service du Dieu d’Israël.

Ainsi, par exemple, dans les beaux jours du bon roi Ézéchias, où les cœurs étaient heureux et sincères, nous lisons : « Et Ézéchias établit les classes des sacrificateurs et des lévites, selon leurs classes, chacun selon son service, tant sacrificateurs que lévites, pour les holocaustes et pour les sacrifices de prospérités, pour faire le service et pour rendre grâces et pour louer aux portes des parvis de l’Éternel. Et il établit que la portion du roi serait prise sur ses biens, pour les holocaustes ; pour les holocaustes du matin et du soir, et pour les holocaustes des sabbats et des nouvelles lunes et des fêtes solennelles, comme il est écrit dans la loi de l’Éternel. Et il dit au peuple, aux habitants de Jérusalem, de donner la portion des sacrificateurs et des lévites, afin qu’ils s’attachassent à la loi de l’Éternel. Et quand la parole du roi se répandit, les fils d’Israël apportèrent en grande quantité les prémices du blé, du moût, et de l’huile, et du miel, et de tous les produits des champs ; et ils apportèrent la dîme de tout, en abondance. Et les fils d’Israël et de Juda, qui habitaient dans les villes de Juda, eux aussi apportèrent la dîme du gros bétail et du menu bétail, et la dîme des choses saintes, qui étaient consacrées à l’Éternel, leur Dieu, et ils les mirent par monceaux. Au troisième mois, ils commencèrent de faire les monceaux, et au septième mois ils achevèrent. Et Ézéchias et les chefs vinrent et virent les monceaux, et ils bénirent l’Éternel et son peuple Israël. Et Ézéchias s’informa auprès des sacrificateurs et des lévites au sujet des monceaux. Et Azaria, le principal sacrificateur, qui était de la maison de Tsadok, lui parla, et dit : Depuis qu’on a commencé d’apporter l’offrande dans la maison de l’Éternel, on a mangé et on a été rassasié, et il en est resté en abondance ; car l’Éternel a béni son peuple ; et ce qui reste, c’est cette grande quantité » (2 Chr. 31:2-10).

Que tout cela est beau et encourageant ! Le fleuve profond d’un entier dévouement coulait autour de l’autel de Dieu, portant dans son sein d’amples provisions pour les besoins des serviteurs de l’Éternel, et même il y avait des « monceaux » de reste. Nous pouvons être assurés que cela était agréable au cœur du Dieu d’Israël, comme aux cœurs de ceux qui, à son appel, s’étaient voués au service de son autel et de son sanctuaire.

Remarquons particulièrement les paroles suivantes : « Comme il est écrit dans la loi de l’Éternel ». Voilà quelle était l’autorité d’Ézéchias, le fondement sûr et ferme de toute sa conduite. Il est vrai que l’unité visible de la nation avait pris fin, et que l’état des choses, lorsqu’il commença son œuvre, était des plus décourageants ; mais la parole de l’Éternel, dans son application, était aussi vraie, aussi positive et aussi directe, aux jours d’Ézéchias, qu’aux jours de David ou de Josué. Ézéchias sentait, avec raison, que Deut. 18:1-8, s’appliquait à son temps et à sa conscience et que soit lui, soit le peuple, étaient responsables d’agir en conséquence, selon leur pouvoir. Les sacrificateurs et les Lévites devaient-ils souffrir de la faim, parce que l’unité nationale d’Israël avait cessé ? Non, assurément. Ils subsistaient ou tombaient avec la Parole, le culte et l’œuvre de Dieu. Les circonstances pouvaient changer, et l’Israélite se trouver dans une position où il ne lui serait pas possible d’observer tous les détails des cérémonies lévitiques, mais jamais il ne pouvait se trouver dans des circonstances où il ne pût avoir l’immense privilège d’exprimer largement le dévouement de son cœur au service, à l’autel et à la loi de l’Éternel.

Nous voyons donc constamment dans l’histoire d’Israël, que lorsque les choses allaient bien, il était abondamment pourvu à ce qui regardait le culte de l’Éternel, son service et ses serviteurs. Mais, au contraire, lorsque l’état moral baissait, que les cœurs se refroidissaient, que l’égoïsme prenait le dessus, alors tous ces grands objets étaient traités avec une froide indifférence. Voyez, par exemple, le chapitre 13 de Néhémie. Quand ce fidèle serviteur retourna à Jérusalem, après une absence de quelques jours, il vit avec un profond chagrin que, dans ce temps si court, bien des choses avaient mal été, et que, entre autres, les pauvres Lévites avaient été laissés sans nourriture. « Et j’appris que les portions des lévites ne leur avaient pas été données, et que les lévites et les chantres qui faisaient le service avaient fui chacun à son champ » (vers. 10). Il n’y avait pas de « monceaux » de prémices dans ces tristes jours, et ce n’était pas selon la loi de Dieu, ni selon son cœur, que des hommes dussent travailler et chanter sans avoir rien à manger. C’était un opprobre pour le peuple que les serviteurs de l’Éternel fussent obligés, par leur négligence, d’abandonner son culte et son service afin de ne pas mourir de faim.

C’était un état de choses déplorable, et Néhémie le sentit profondément, car nous lisons : « Et je querellai les chefs, et je dis : Pourquoi la maison de Dieu est-elle abandonnée ? Et je les rassemblai, et je les fis demeurer à leur poste. Et tout Juda apporta dans les magasins la dîme du blé, et du moût, et de l’huile. Et j’établis sur les magasins Shélémia, etc., car ils étaient estimés fidèles », — ils avaient droit à la confiance de leurs frères, — « et c’était à eux de faire les répartitions à leurs frères ». Il fallait des hommes éprouvés et fidèles pour occuper cette haute charge, et distribuer les fruits précieux du dévouement du peuple ; ils devaient prendre conseil ensemble, et veiller à ce que le trésor de l’Éternel fût fidèlement géré selon sa parole, et à ce qu’il fût pourvu aux besoins de ses vrais serviteurs, sans partialité.

Tel était l’ordre admirable prescrit par le Dieu d’Israël, ordre que tous les vrais Israélites, tels que Néhémie et Ézéchias, prenaient plaisir à observer. Le large fleuve des bénédictions coulait de l’Éternel vers son peuple, et retournait de son peuple à Lui, et c’est à ce fleuve que ses serviteurs devaient puiser abondamment pour tous leurs besoins. C’était un déshonneur pour Lui que les Lévites fussent obligés de retourner à leurs champs ; cela prouvait que sa maison était abandonnée, et qu’il n’y avait pas de quoi nourrir ses serviteurs.

Quelle leçon pouvons-nous tirer de tout cela ? Qu’est-ce que l’Église de Dieu peut apprendre de Deut. 18:1-8 ? Afin de répondre à ces questions, lisons le chapitre 9 de 1 Corinthiens, où l’apôtre traite le sujet si important de la manière dont l’Assemblée a à pourvoir aux besoins des serviteurs de Dieu, sujet bien peu compris par la grande masse des chrétiens de profession. La règle est aussi claire que possible. « Qui jamais va à la guerre à ses propres dépens ? Qui plante une vigne et n’en mange pas le fruit ? Ou qui paît un troupeau et ne mange pas du lait du troupeau ? Est-ce que je dis ces choses selon l’homme ? Ou la loi aussi ne dit-elle pas ces choses ? Car dans la loi de Moïse il est écrit : « Tu n’emmuselleras pas le bœuf qui foule le grain ». Dieu s’occupe-t-il des bœufs ? ou parle-t-il entièrement pour nous ? Car c’est pour nous que cela est écrit, que celui qui laboure doit labourer avec espérance, et que celui qui foule le grain doit le fouler dans l’espérance d’y avoir part. Si nous avons semé pour vous des biens spirituels, est-ce beaucoup que nous moissonnions de vos biens charnels ? Si d’autres ont part à ce droit sur vous, ne l’avons-nous pas bien plus ? Mais » — ici la grâce brille de tout son éclat — « nous n’avons pas usé de ce droit, mais nous supportons tout, afin de ne mettre aucun obstacle à l’évangile du Christ. Ne savez-vous pas que ceux qui s’emploient aux choses sacrées mangent de ce qui vient du temple ; que ceux qui servent à l’autel ont leur part de l’autel ? De même aussi, le Seigneur a ordonné à ceux qui annoncent l’évangile, de vivre de l’évangile. Mais » — ici encore la grâce montre sa sainte dignité — « moi je n’ai usé d’aucune de ces choses, et je n’ai pas écrit ceci, afin qu’il en soit fait ainsi à mon égard ; car il serait bon pour moi de mourir, plutôt que de voir quelqu’un anéantir ma gloire. Car, si j’évangélise, je n’ai pas de quoi me glorifier, car c’est une nécessité qui m’est imposée, car malheur à moi si je n’évangélise pas. Car, si je fais cela volontairement, j’en ai un salaire mais si c’est malgré moi, une administration m’est confiée. Quel est donc mon salaire ? C’est que, en évangélisant, je rends l’évangile exempt de frais, pour ne pas user comme d’une chose à moi, de mon droit dans l’évangile » (vers. 7-18).

Ce sujet si intéressant et si important est envisagé ici sous tous ses points de vue. L’apôtre proclame de la manière la plus claire et la plus positive, la loi divine à cet égard ; il n’y a pas à s’y méprendre. « Le Seigneur a ordonné à ceux qui annoncent l’évangile, de vivre de l’évangile », c’est-à-dire que de même qu’autrefois les sacrificateurs et les Lévites vivaient des offrandes présentées par le peuple, de même maintenant ceux qui sont réellement appelés de Dieu, doués par Christ, et préparés par le Saint Esprit à prêcher l’évangile, et qui se donnent entièrement à cette œuvre excellente, ceux-là, disons-nous, ont droit moralement à être entretenus quant à leurs besoins temporels. Non qu’ils aient à attendre de ceux auxquels ils prêchent la Parole, un paiement fixe. Il n’y a rien de pareil dans le Nouveau Testament. L’ouvrier doit s’attendre à son maître seul pour son entretien. Malheur à lui s’il regarde à l’Église ou à des hommes, quels qu’ils soient ! Les sacrificateurs et les Lévites avaient leur portion en l’Éternel et la recevaient de Lui ; il était le lot de leur héritage. Il est vrai qu’il voulait que les Israélites le servissent dans la personne de ses serviteurs. Il leur disait ce qu’ils devaient donner, et ils étaient bénis en donnant ; donner, était leur privilège aussi bien que leur devoir ; s’ils eussent refusé ou négligé de le faire, la sécheresse et la stérilité de leurs champs en aurait été la conséquence (Aggée 1:5-11).

Mais les sacrificateurs et les Lévites devaient s’attendre à l’Éternel seul. Si le peuple manquait à apporter ses offrandes, les Lévites devaient retourner à leurs champs et travailler pour leur entretien. Ils ne pouvaient pas entrer en procès au sujet des dîmes et des offrandes, leur seul recours devait être au Dieu d’Israël qui les avait consacrés à son service et leur avait donné ce service à accomplir.

Il en est de même des serviteurs du Seigneur maintenant ; ce n’est qu’à Lui seul qu’ils doivent s’attendre. Il faut qu’ils soient bien certains qu’ils ont été qualifiés et appelés par Lui pour l’œuvre, avant de s’y hasarder et de se donner entièrement au service de la prédication. Il faut qu’ils détournent complètement leurs yeux des hommes, de toutes les ressources venant des hommes, de tous les soutiens humains, et qu’ils s’appuient exclusivement sur le Dieu vivant. On voit les conséquences les plus déplorables résulter du fait que l’on a agi avec légèreté dans cette solennelle question des hommes, non appelés de Dieu, ni qualifiés pour son service, abandonnant leurs occupations pour se vouer à l’œuvre et vivre de foi, disent-ils. Des chutes déplorables en sont toujours le résultat. Les uns, lorsqu’ils commencent à voir les sérieuses réalités du chemin, sont si alarmés qu’ils perdent leur équilibre moral, et même parfois la raison pour un temps ; d’autres perdent la paix ; d’autres enfin retournent au monde.

Bref, nous sommes convaincus, par l’expérience de quarante années, que les cas sont fort rares où un chrétien puisse, en toute sécurité, abandonner la profession qui est son gagne-pain, afin de prêcher l’Évangile. Il faut, dans ce cas, que l’appel soit si clair et si distinct, que ce chrétien ne puisse que dire, comme Luther, à la diète de Worms : « Me voici je ne puis faire autrement ; que Dieu me soit en aide ! Amen ». Alors il pourra être parfaitement certain que Dieu sera avec lui dans l’œuvre à laquelle il l’a appelé, et qu’il suppléera à tous ses besoins, « selon ses richesses en gloire par le Christ Jésus ». Quant aux hommes et à ce qu’ils peuvent penser de lui et de sa manière de faire, il n’a qu’à les renvoyer à son Maître. Comme il ne leur demande pas de l’entretenir, il n’a aucun compte à leur rendre, et n’est responsable qu’envers son Maître.

Mais en considérant le beau passage de 1 Cor. 9, que nous venons de citer, nous voyons que l’apôtre, après avoir pleinement établi les droits qu’il avait à être entretenu, y renonce entièrement. « Mais moi je n’ai usé d’aucune de ces choses ». Il travaillait de ses mains, travaillait nuit et jour afin de n’être à charge de personne. « Ces mains », dit-il en Actes 20:34, « ont été employées pour mes besoins et pour les personnes qui étaient avec moi ». Il ne convoitait ni l’or, ni l’argent, ni la robe de personne. Il voyageait, il prêchait, il visitait de maison en maison, il était l’apôtre infatigable, le zélé évangéliste, le pasteur diligent ; il avait le soin de toutes les églises. N’aurait-il pas eu le droit d’être entretenu ? Assurément. L’Église de Dieu aurait dû être trop heureuse de pourvoir à tous ses besoins ; mais il ne fit jamais valoir ses droits, et même il y renonça. Il se nourrissait, lui et ses compagnons, par le travail de ses mains, et cela pour exemple, comme il le dit aux anciens de l’assemblée d’Éphèse : « Je vous ai montré en toutes choses, qu’en travaillant ainsi, il nous faut secourir les faibles, et nous souvenir des paroles du Seigneur Jésus, qui lui-même a dit : Il est plus heureux de donner que de recevoir » (v. 35).

N’a-t-on pas sujet de s’étonner de voir ce bien-aimé et vénéré serviteur de Christ, avec tous ses grands voyages, de Jérusalem et jusqu’en Illyrie, ses immenses travaux comme évangéliste, pasteur et docteur, trouver encore le temps de travailler de ses mains pour subvenir à ses besoins et à ceux des personnes qui l’accompagnaient ? Il occupait vraiment une haute position morale. Sa vie fut une censure constante contre toute espèce d’esprit mercenaire. Les allusions ironiques des incrédules à l’égard des ministres largement payés, ne pourraient pas s’appliquer à lui. Il ne prêchait certes pas pour de l’argent.

Et cependant il recevait avec gratitude l’aide de ceux qui savaient donner. Maintes fois, la chère assemblée de Philippes pourvut aux besoins de son vénéré et bien-aimé père en Christ, et cela ne sera jamais oublié. Des milliers de chrétiens ont lu le touchant récit du dévouement des Philippiens, et ont été rafraîchis par le parfum de leur sacrifice ; il est inscrit dans le ciel, où rien de semblable n’est jamais oublié, et même il est gravé sur le cœur de Christ. Écoutez comment l’apôtre laisse déborder son cœur reconnaissant, en s’adressant à ses enfants bien-aimés : « Or je me suis grandement réjoui dans le Seigneur de ce que maintenant enfin vous avez fait revivre votre pensée pour moi, quoique vous y ayez bien aussi pensé, mais l’occasion vous manquait ; non que je parle ayant égard à des privations, car, moi, j’ai appris à être content en moi-même dans les circonstances où je me trouve. Je sais être abaissé, je sais aussi être dans l’abondance ; en toutes choses et à tous égards, je suis enseigné aussi bien à être rassasié qu’à avoir faim, aussi bien à être dans l’abondance qu’à être dans les privations. Je puis toutes choses en Celui qui me fortifie. Néanmoins vous avez bien fait de prendre part à mon affliction. Or vous aussi, Philippiens, vous savez qu’au commencement de l’Évangile, quand je quittai la Macédoine, aucune assemblée ne me communiqua rien, pour ce qui est de donner et de recevoir, excepté vous seuls ; car, même à Thessalonique, une fois et même deux fois, vous m’avez fait un envoi pour mes besoins ; non que je recherche un don, mais je recherche du fruit qui abonde pour votre compte. Or j’ai amplement de tout, et je suis dans l’abondance ; je suis comblé, ayant reçu d’Épaphrodite ce qui m’a été envoyé de votre part,… un parfum de bonne odeur, un sacrifice acceptable, agréable à Dieu : mais mon Dieu suppléera à tous vos besoins selon ses richesses en gloire par le Christ Jésus » (Phil. 4:10-19).

Quel privilège que celui de pouvoir rafraîchir le cœur d’un tel serviteur de Christ à la fin de sa carrière et dans la solitude de sa prison à Rome ! Comme l’offrande des Philippiens était acceptable et venait à propos, et quelle dut être leur joie en recevant les témoignages de reconnaissance de l’apôtre ! Et qu’elle était précieuse l’assurance qu’il leur donnait que leur offrande était montée comme un parfum de bonne odeur jusqu’au trône et au cœur de Dieu ! Qui ne préférerait être un Philippien, suppléant aux besoins de l’apôtre, plutôt qu’un Corinthien mettant en doute son ministère, ou qu’un Galate lui brisant cœur ? Quelle immense différence ? L’apôtre ne pouvait rien recevoir de l’assemblée de Corinthe ; leur état ne le permettait point. Quelques membres de cette assemblée vinrent à son aide, et le fait est rapporté dans les pages inspirées, il est inscrit dans le ciel, et il sera abondamment récompensé dans le royaume à venir. « Or je me réjouis de la venue de Stéphanas, et de Fortunat, et d’Achaïque, parce qu’ils ont suppléé à ce qui a manqué de votre part ; car ils ont récréé mon esprit et le vôtre : reconnaissez donc de tels hommes » (1 Cor. 16:17-18).

Nous voyons donc très clairement que, soit sous la loi ou sous l’évangile, c’est selon la volonté et selon le cœur de Dieu que ceux qui sont réellement appelés par Lui à l’œuvre, et qui s’y dévouent entièrement et fidèlement, aient la sympathie cordiale et les secours matériels de ses enfants. Tous ceux qui aiment Christ considéreront comme un bonheur et un privilège de pouvoir Lui faire part de leurs biens dans la personne de ses serviteurs. Lorsqu’il était sur cette terre, il daignait accepter des secours de la part de ceux qui l’aimaient et qui avaient profité de son précieux ministère : « Des femmes aussi qui avaient été guéries d’esprits malins et d’infirmités, Marie, qu’on appelait Magdeleine, de laquelle étaient sortis sept démons, et Jeanne, femme de Chuzas, intendant d’Hérode, et Susanne, et plusieurs autres, qui l’assistaient de leurs biens » (Luc 8:2-3).

Femmes heureuses et privilégiées ! Quelle joie de pouvoir assister le Seigneur de gloire dans les jours de son humiliation et de ses besoins terrestres ! Leurs noms ont l’honneur d’être enregistrés dans les pages divines, inscrits par le Saint Esprit, et portés sur le fleuve du temps jusque dans l’éternité. Bien en prit à ces femmes de ne pas avoir dépensé leur argent en superfluités, ni de l’avoir entassé pour être en malédiction pour leurs âmes, comme c’est le cas lorsqu’on ne s’en sert pas pour Dieu !

Mais, d’un autre côté, nous voyons combien il est nécessaire que tous ceux qui agissent, soit au dedans, soit au dehors de l’assemblée, se gardent parfaitement libres de toute influence humaine, et ne s’attendent point à l’homme, de quelque manière que ce soit. C’est avec Dieu qu’ils doivent avoir à faire dans le secret de leurs âmes ; sans cela, ils succomberont certainement, tôt ou tard. Ils ne doivent s’attendre qu’à Lui pour subvenir à leurs besoins. Si l’Église les néglige, c’est elle qui y perdra le plus. S’ils peuvent subvenir à leurs besoins par le travail de leurs mains, sans nuire à leur service pour Christ, tant mieux ; évidemment c’est ce qui vaut le mieux, nous en sommes pleinement persuadés. Il n’y a rien de plus beau, moralement et spirituellement, que de voir un vrai serviteur de Christ entretenant lui-même et sa famille à la sueur de son front ou de son cerveau, et se donnant, en même temps avec zèle à l’œuvre du Seigneur, soit comme évangéliste, comme pasteur ou docteur. L’extrême opposé se montre à nous en la personne d’un homme qui, sans dons et sans vie spirituelle, embrasse ce qu’on appelle le ministère, comme toute autre profession ou moyen d’existence. La position d’un tel homme est moralement dangereuse et tout ce qu’il y a de plus misérable. Nous ne nous y arrêterons pas, vu que ce serait sortir de notre sujet, et préférons de beaucoup continuer notre chapitre.

« Quand tu seras entré dans le pays que l’Éternel, ton Dieu, te donne, tu n’apprendras pas à faire selon les abominations de ces nations : il ne se trouvera au milieu de toi personne qui fasse passer par le feu son fils ou sa fille, ni devin qui se mêle de divination, ni pronostiqueur, ni enchanteur, ni magicien, ni sorcier, ni personne qui consulte les esprits, ni diseur de bonne aventure, ni personne qui interroge les morts ; car quiconque fait ces choses est en abomination à l’Éternel ; et à cause de ces abominations, l’Éternel, ton Dieu, les dépossède devant toi. Tu seras parfait avec l’Éternel, ton Dieu. Car ces nations, que tu vas déposséder, écoutent les pronostiqueurs et les devins ; mais pour toi, l’Éternel, ton Dieu, ne t’a pas permis d’agir ainsi » (vers. 9-14).

Il se peut qu’en lisant ce passage, le lecteur se demande quelle application il peut avoir aux chrétiens de profession ? Nous lui demanderons à notre tour s’il n’y a pas des chrétiens de profession qui vont assister à ce que font des sorciers, des magiciens et des nécromanciens ? N’y en a-t-il pas qui s’occupent de tables tournantes, d’esprits frappeurs, de magnétisme animal ou de seconde vue ? S’il en est ainsi, le passage que nous venons de citer s’applique à eux et cela d’une manière solennelle. Nous croyons fermement que toutes ces choses sont du diable. Nous sommes persuadés que lorsqu’on se prête, d’une manière ou d’une autre, à la terrible évocation des esprits, on se place entre les mains de Satan pour être entraîné et trompé par ses mensonges. Qu’ont besoin des tables tournantes et des esprits frappeurs ceux qui ont entre les mains une révélation parfaite de Dieu ? Nul besoin, assurément. Et si, n’étant pas satisfaits d’avoir cette précieuse Parole, ils se tournent vers les esprits d’amis défunts ou d’autres, que peuvent-ils attendre, sinon que Dieu les abandonne à être aveuglés et égarés par de mauvais esprits qui paraissent et personnifient les défunts, et prononcent toute espèce de mensonges ?

Nous ne chercherons pas à approfondir ce sujet maintenant ; nous n’avons ni le temps, ni le désir de le faire ; mais nous nous sentons pressés de mettre le lecteur en garde contre le grand danger qu’il y a à consulter les esprits de ceux qui ne sont plus. Nous n’entrerons pas dans la question de savoir si les âmes peuvent revenir dans ce monde ; sans doute que Dieu pourrait le permettre s’il le jugeait à propos, mais nous laissons ce sujet de côté. Le grand point que nous devons toujours avoir devant nos cœurs, c’est la parfaite suffisance de la révélation divine. Qu’avons-nous besoin des esprits ? L’homme riche s’imaginait que si Lazare retournait sur la terre et parlait lui-même à ses cinq frères, cela produirait un grand effet sur eux : « Je te prie donc, père, de l’envoyer dans la maison de mon père, car j’ai cinq frères, en sorte qu’il les adjure ; de peur qu’eux aussi ne viennent dans ce lieu de tourment. Mais Abraham lui dit : Ils ont Moïse et les prophètes ; qu’ils les écoutent. Mais il dit : Non, père Abraham ; mais si quelqu’un va des morts vers eux, ils se repentiront. Et il lui dit : S’ils n’écoutent pas Moïse et les prophètes, ils ne seront pas persuadés non plus si quelqu’un ressuscitait d’entre les morts » (Luc 16:27-31).

Voilà ce qui tranche la question. Si les hommes n’écoutent pas la parole de Dieu, s’ils ne veulent pas croire ce qu’elle leur dit, d’une manière si claire et si solennelle, sur eux-mêmes, sur leur état actuel et sur leur destinée future, ils ne seraient pas persuadés non plus lors même que des milliers d’esprits reviendraient leur dire ce qu’ils ont vu, entendu et éprouvé dans le ciel ou dans l’enfer ; cela ne produirait sur eux aucun effet permanent ou salutaire. Cela pourrait causer une grande sensation, être le sujet de bien des conversations et remplir les journaux, mais cela s’arrêterait là. Les hommes n’interrompraient point leurs occupations et leurs plaisirs, leurs gains et leurs folies. « S’ils n’écoutent pas Moïse et les prophètes », — et nous pouvons ajouter Christ et ses saints apôtres, — « ils ne seront pas persuadés non plus, si quelqu’un ressuscitait d’entre les morts ». Le cœur qui ne se soumet pas à l’évidence des Écritures, ne sera convaincu par rien ; et quant au vrai croyant, il trouve dans l’Écriture tout ce dont il peut avoir besoin, et par conséquent il n’a que faire des tables tournantes, des esprits frappeurs, ou de la magie : « Et s’ils vous disent : Enquérez-vous des évocateurs d’esprits et des diseurs de bonne aventure, qui murmurent et qui chuchotent,… un peuple ne s’enquiert-il pas de son Dieu ? ira-t-il aux morts pour les vivants ? À la loi et au témoignage ! S’ils ne parlent pas selon cette parole, il n’y a pas d’aurore pour lui » (Ésaïe 8:19-20).

C’est là, qu’en tout temps et en tout lieu, est la ressource divine pour les enfants de Dieu, et c’est à cela que Moïse renvoie l’assemblée dans le magnifique paragraphe qui termine notre chapitre. Il leur montre clairement qu’ils n’ont aucun besoin de s’adresser aux devins, aux sorciers, aux enchanteurs, ou aux diseurs de bonne aventure, qui tous étaient en abomination à l’Éternel. « L’Éternel ton Dieu », dit-il, « te suscitera un prophète comme moi, du milieu de toi, d’entre tes frères ; vous l’écouterez, selon tout ce que tu demandas à l’Éternel, ton Dieu, à Horeb, le jour de la congrégation, disant : Que je n’entende plus la voix de l’Éternel, mon Dieu, et que je ne voie plus ce grand feu, afin que je ne meure pas. Et l’Éternel me dit : Ils ont bien dit ce qu’ils ont dit. Je leur susciterai un prophète comme toi, du milieu de leurs frères, et je mettrai mes paroles dans sa bouche, et il leur dira tout ce que je lui commanderai. Et il arrivera que l’homme qui n’écoutera pas mes paroles, lesquelles il dira en mon nom, moi, je le lui redemanderai. Seulement, le prophète qui prétendra dire en mon nom une parole que je ne lui aurai pas commandé de dire, ou qui parlera au nom d’autres dieux, ce prophète-là mourra. Et si tu dis dans ton cœur : Comment connaîtrons-nous la parole que l’Éternel n’a pas dite ? Quand le prophète parlera au nom de l’Éternel, et que la chose n’aura pas lieu et n’arrivera pas, c’est cette parole-là que l’Éternel n’a pas dite ; le prophète l’a dite présomptueusement tu n’auras pas peur de lui » (vers. 15-22).

Nous ne saurions hésiter à reconnaître dans ce prophète notre adorable Seigneur et Sauveur Jésus Christ. Au chapitre 3 des Actes, Pierre lui applique ainsi les paroles de Moïse : « Et qu’il envoie Jésus Christ, qui vous a été préordonné, lequel il faut que le ciel reçoive, jusqu’aux temps du rétablissement de toutes choses dont Dieu a parlé par la bouche de ses saints prophètes de tout temps. Moïse déjà a dit : Le Seigneur, votre Dieu, vous suscitera d’entre vos frères un prophète comme moi ; vous l’écouterez dans tout ce qu’il pourra vous dire ; et il arrivera, que toute âme qui n’écoutera pas ce prophète sera exterminée d’entre le peuple » (vers. 20-23).

Quel précieux privilège que celui d’écouter la voix d’un tel prophète ? C’est la voix de Dieu lui-même parlant par la bouche de l’Homme Christ Jésus, non du milieu des tonnerres et des éclairs, et du feu consumant, mais avec le son doux et subtil de l’amour et de la grâce qui rafraîchit le cœur brisé et l’esprit contrit, et tombe comme la rosée des cieux sur la terre altérée. Nous trouvons cette voix dans la Sainte Écriture, la précieuse révélation qui est placée si constamment et si puissamment devant nous dans notre étude de ce beau livre du Deutéronome. Ne l’oublions jamais ; la voix de l’Écriture est la voix de Christ, et la voix de Christ est la voix de Dieu.

Nous n’avons nul besoin d’autre chose. Si quelqu’un avait la prétention de venir avec une nouvelle révélation, ou quelque vérité nouvelle qui ne se trouve pas dans le volume divin, nous devrions le juger, lui et son enseignement, à la lumière de l’Écriture, et les rejeter entièrement. « Tu n’auras pas peur de lui ». Les faux prophètes se présentent d’habitude avec de hautes prétentions, des paroles pompeuses, et une apparence de dévotion. Ils tâchent de s’entourer d’une auréole de dignité et d’importance qui souvent en impose aux ignorants ; mais ils ne peuvent résister à la puissance scrutatrice de la parole de Dieu. Un simple passage de la Sainte Écriture leur enlève toute leur importance, et coupera à sa racine leur merveilleuse révélation. Ceux qui connaissent la voix du vrai Prophète n’en écouteront aucune autre ; ceux qui ont entendu la voix du bon Berger n’écouteront pas la voix d’un étranger.

Lecteur, prenez garde à n’écouter que la voix de Jésus.


21 - Chapitre 19

« Quand l’Éternel, ton Dieu, aura retranché les nations dont l’Éternel, ton Dieu, te donne le pays, et que tu les auras dépossédées, et que tu habiteras dans leurs villes et dans leurs maisons, tu sépareras pour toi trois villes au milieu de ton pays que l’Éternel, ton Dieu, te donne pour le posséder : tu t’en prépareras le chemin, et tu diviseras en trois parties le territoire de ton pays, que l’Éternel, ton Dieu, te donne en héritage ; et ce sera afin que tout homicide s’y enfuie » (vers. 1-3).

Quel remarquable mélange de « bonté et de sévérité », nous voyons dans ces quelques lignes ! Nous avons l’extermination des nations de Canaan, à cause de leurs iniquités qui étaient devenues intolérables, et à côté nous avons une preuve touchante de la bonté divine dans cet arrangement fait pour le pauvre meurtrier au jour de son angoisse, alors qu’il s’enfuit de devant le vengeur du sang. Le gouvernement et la bonté de Dieu, sont aussi divinement parfaits l’un que l’autre. Il y a des cas où la bonté ne serait qu’une pure tolérance du mal et de la rébellion, ce qui ne peut avoir lieu sous le gouvernement de Dieu. Si les hommes s’imaginent que, parce que Dieu est bon, ils peuvent continuer à pécher à tête levée, ils verront, tôt ou tard, combien ils se trompent.

« Considère donc », dit l’apôtre, « la bonté et la sévérité de Dieu ! (*) » Dieu exterminera certainement les méchants qui méprisent sa bonté et sa longue patience. Il est lent à la colère et d’une grande bonté, béni soit son saint nom ! Il supporta pendant de longues années les sept nations de Canaan, jusqu’à ce que leur méchanceté s’élevât jusqu’au ciel, et que la terre elle-même ne les pût plus supporter. Il supporta les iniquités des villes coupables de la plaine, et s’il se fût trouvé même dix justes dans Sodome, il l’aurait épargnée pour l’amour d’eux. Mais le jour d’une terrible vengeance arriva, et elles furent détruites.


(*) Le mot traduit par « sévérité » est apotomia qui, littéralement, veut dire « extermination ».


Il en sera de même avant longtemps de la chrétienté coupable : « Toi aussi tu seras coupé ». Le temps de la rétribution viendra, et il sera terrible ; rien qu’en y pensant le cœur tremble.

Mais remarquez comme la « bonté » divine brille dans ces premières lignes de notre chapitre. Voyez quelle peine notre Dieu se donne pour que la ville de refuge soit aussi accessible que possible pour le meurtrier. Les trois villes devaient être « au milieu du pays », et non dans des coins écartés, ou dans des endroits d’un accès difficile. Et non seulement cela, mais encore « tu t’en prépareras le chemin ». Et de plus : « Tu diviseras en trois parties le territoire de ton pays ». Tout devait être fait pour que le meurtrier pût échapper facilement. Le Seigneur daignait penser à l’angoisse du malheureux « s’enfuyant pour saisir l’espérance qui lui était proposée » (Héb. 6:18). La ville de refuge devait être rapprochée, tout comme « la justice de Dieu » est près du pauvre pécheur perdu, si proche qu’elle est à la portée de « celui qui ne fait pas des œuvres, mais qui croit en celui qui justifie l’impie ».

Il y a une douceur toute particulière dans cette recommandation : « Tu t’en prépareras le chemin ». Qu’elle émane bien de notre Dieu de grâce — « du Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ ! » Et cependant c’était le même Dieu qui exterminait les nations de Canaan par son juste jugement, et qui pensait ainsi en grâce au meurtrier. « Considère donc la bonté et la sévérité de Dieu ».

« Et voici ce qui concerne l’homicide qui s’y enfuira, pour qu’il vive : Celui qui aura frappé son prochain sans le savoir, et sans l’avoir haï auparavant, comme si quelqu’un va avec son prochain dans la forêt pour couper du bois, et que sa main lève la hache pour couper l’arbre, et que le fer échappe du manche et atteigne son prochain, et qu’il meure : il s’enfuira dans une de ces villes, et il vivra ; de peur que le vengeur du sang ne poursuive l’homicide pendant que son cœur est échauffé, et qu’il ne l’atteigne, parce que le chemin est long », — grâce exquise et touchante ! — « et ne le frappe à mort, quoiqu’il ne mérite pas la mort, car il ne le haïssait pas auparavant. C’est pourquoi, je te commande, disant : Sépare-toi trois villes » (vers. 4-7).

Nous avons ici la description la plus minutieuse de l’homme pour lequel était la ville de refuge. S’il n’y répondait pas, la ville n’était pas pour lui ; mais, dans le cas contraire, il pouvait avoir l’assurance la plus entière qu’un Dieu de grâce avait pensé à lui et lui avait procuré un lieu de refuge où il pourrait être en toute sécurité. Aussitôt que le meurtrier avait franchi les murs de la cité de refuge, il pouvait respirer librement et se reposer sans crainte. L’épée vengeresse ne pouvait l’y atteindre, aucun cheveu de sa tête n’y pouvait être touché.

Il était en sûreté, oui, en parfaite sûreté ; et de plus il en avait la parfaite certitude. Il n’espérait pas être sauvé, il était sûr de l’être. Il était dans la ville, et cela suffisait. Avant d’y arriver il avait eu de terribles angoisses, bien des doutes et des craintes et de pénibles combats. Il fuyait pour sauver sa vie, et ne pouvait songer à autre chose. Nous ne saurions nous représenter le meurtrier s’arrêtant dans sa fuite précipitée pour cueillir des fleurs au bord de la route. « Des fleurs ! » aurait-il dit, « qu’ai-je à faire de fleurs dans ce moment-ci ? Ma vie est en danger. Je m’enfuis de devant le vengeur du sang, et si je m’attarde à cueillir des fleurs, il pourrait m’atteindre. Non, la ville de refuge est le but unique de mes espérances ; rien d’autre ne saurait me charmer ou m’intéresser. Mon seul désir maintenant est d’être sauvé ».

Mais dès l’instant où il avait franchi les portes de la ville, il était sauvé, et il le savait. Comment le savait-il ? Par ses sentiments, par des preuves, des expériences ? Non, mais simplement par la parole de Dieu. Nul doute qu’il n’en eût le sentiment, la preuve et l’expérience, bien précieuses après ses efforts désespérés pour arriver, mais ce n’étaient point ces impressions qui étaient la base de son assurance, le fondement de sa paix. Il savait qu’il était sauvé, parce que Dieu le lui avait dit. La grâce de Dieu l’avait sauvé, et la parole de Dieu l’en rendait certain.

Nous ne saurions nous imaginer un meurtrier, une fois entré dans la ville, s’exprimant comme le font beaucoup de chrétiens au sujet de la certitude et de l’assurance du salut. Il ne se serait pas cru présomptueux d’être certain qu’il était en sûreté. Si quelqu’un lui avait demandé : « Êtes-vous certain d’être en sûreté ? » — « Oh ! » aurait-il répondu, « comment n’en serais-je pas certain ? N’étais-je pas un meurtrier ? N’ai-je pas fui vers cette ville de refuge ? Et l’Éternel, le Dieu de notre alliance, n’a-t-il pas dit : « Qu’il s’y enfuie pour qu’il vive ? » Oui, Dieu soit béni, je suis parfaitement certain d’être en sûreté. J’ai dû terriblement courir et lutter pour arriver. Souvent j’ai cru que le vengeur du sang allait me saisir, et je me croyais perdu, mais, dans sa grâce infinie, Dieu a voulu que l’accès de la cité fût si facile et la route si bonne, que, en dépit de tous mes doutes et de toutes mes craintes, m’y voici sain et sauf. La lutte est finie, mes angoisses sont passées. Je puis respirer librement maintenant et aller où bon me semble, en parfaite sécurité dans ce lieu de bénédiction, en louant le Dieu de notre alliance d’avoir, dans sa grande bonté, préparé un si précieux refuge pour un pauvre meurtrier tel que moi ».

Le lecteur peut-il s’exprimer de la même manière à l’égard de sa sûreté en Christ ? Est-il sauvé et le sait-il ? S’il ne l’est pas, puisse l’Esprit de Dieu appliquer à son cœur le type si simple du meurtrier entré dans la ville de refuge ! Puisse-t-il connaître « la ferme consolation » qui est la part assurée, parce qu’elle est divine, de tous ceux qui « se sont enfuis pour saisir l’espérance proposée » (Héb. 6:18).

En poursuivant l’étude de notre chapitre, nous verrons que le sujet des villes de refuge embrassait d’autres questions que celle du salut du meurtrier. Nous avons vu que, de ce côté-là, tout était parfaitement réglé ; mais la gloire de Dieu, la pureté de son pays et l’intégrité de son gouvernement, devaient être sauvegardés. Si l’on touchait à ces choses, il n’y avait plus de sécurité pour personne. Ce grand principe brille dans chacune des pages de l’histoire des dispensations de Dieu envers l’homme. Le vrai bonheur de l’homme et la gloire de Dieu sont indissolublement liés, et l’un et l’autre reposent sur le même fondement inébranlable, savoir sur Christ et son œuvre précieuse.

« Et si l’Éternel, ton Dieu, étend tes limites, comme il l’a juré à tes pères, et qu’il te donne tout le pays qu’il a promis de donner à tes pères, parce que tu auras gardé tout ce commandement que je te commande aujourd’hui, pour le pratiquer, en aimant l’Éternel, ton Dieu, et en marchant toujours dans ses voies, alors tu t’ajouteras encore trois villes à ces trois-là ; afin que le sang innocent ne soit pas versé au milieu de ton pays, que l’Éternel, ton Dieu, te donne en héritage, et qu’ainsi le sang ne soit pas sur toi. Mais si un homme hait son prochain, et lui dresse une embûche, et se lève contre lui et le frappe à mort, en sorte qu’il meure, et qu’il s’enfuie dans l’une de ces villes, alors les anciens de sa ville enverront et le prendront de là, et le livreront en la main du vengeur du sang ; et il mourra. Ton œil ne l’épargnera point ; et tu ôteras d’Israël le sang innocent, et tu prospéreras » (vers. 8-13).

Ainsi, soit qu’il s’agît de grâce pour le meurtrier involontaire, ou de jugement pour celui qui avait méchamment tué son prochain, la gloire de Dieu et les exigences de son gouvernement devaient être maintenues. Le meurtrier involontaire trouvait la provision de la grâce ; le coupable tombait sous la sentence d’une justice inflexible. Nous ne devons jamais oublier la solennelle réalité du gouvernement divin. Nous le rencontrons partout, et s’il était mieux reconnu, nous serions délivrés des vues erronées sur le caractère de Dieu. Prenons, par exemple, des paroles telles que celles-ci : « Ton œil ne l’épargnera point ». Qui les a prononcées ? l’Éternel. Qui les a fait écrire ? Le Saint Esprit. Que signifient-elles ? Un jugement solennel contre la méchanceté. Que les hommes se gardent de traiter à la légère ces choses si importantes, et que les enfants de Dieu prennent garde aussi de se laisser aller à raisonner follement sur des sujets entièrement au-dessus de leur portée. Qu’ils se souviennent que l’on trouve constamment la fausse sentimentalité alliée à l’audacieuse incrédulité, pour juger et critiquer les actes solennels du gouvernement divin. C’est là une considération bien sérieuse. Les méchants doivent s’attendre à un jugement certain de la part d’un Dieu qui hait le péché. Si un meurtrier volontaire prétendait profiter du refuge préparé par Dieu pour le meurtrier involontaire, la main de la justice s’emparait de lui et le mettait à mort sans merci. Tel était jadis le gouvernement de Dieu en Israël, et tel il sera dans un jour qui approche rapidement. Maintenant encore Dieu use de patience envers le monde ; c’est le jour du salut, le temps favorable. Mais le jour de la vengeance est proche. Oh ! combien, au lieu de raisonner sur la justice des dispensations de Dieu envers les méchants, les hommes feraient mieux de chercher un refuge en ce précieux Sauveur qui mourut sur la croix, afin de nous sauver des flammes du feu éternel ! (*)


(*) Nous renvoyons le lecteur aux « Notes sur le livre des Nombres », chapitre 35, pour de plus amples explications sur les villes de refuge.


Le verset 14 de notre chapitre nous offre une nouvelle preuve des tendres soins de Dieu pour son peuple, et de son touchant intérêt pour tout ce qui le concernait, directement ou indirectement. « Tu ne reculeras point les bornes de ton prochain, que des prédécesseurs auront fixées dans ton héritage lequel tu hériteras dans le pays que l’Éternel, ton Dieu, te donne pour le posséder ».

Ce passage pris dans toute sa portée et dans son application primitive, nous montre le cœur plein d’amour de notre Dieu, et nous fait voir de quelle manière merveilleuse il s’intéressait à toutes les circonstances de son peuple. Les bornes ne devaient pas être touchées. La part de chacun devait demeurer intacte selon les limites tracées autrefois. L’Éternel avait donné le pays à Israël, et, de plus, il avait assigné à chaque tribu et à chaque famille sa position, indiquée avec une précision parfaite, et marquée par des bornes si visibles qu’il ne pouvait y avoir aucune confusion, aucune collision d’intérêts, aucun motif de procès ou de chicane au sujet des propriétés. Les anciennes bornes étaient là, marquant la part de chacun de manière à empêcher tout prétexte de dispute. Chacun était comme tenancier du Dieu d’Israël, qui connaissait tout ce qui concernait sa petite propriété ; et chaque tenancier avait le bonheur de savoir que les yeux du Maître et Seigneur Tout-Puissant reposaient sur son petit domaine, et que sa main le protégerait contre celui qui voudrait s’y introduire. Il pouvait donc se reposer en paix sous sa vigne et sous son figuier, et jouir du lot qui lui avait été départi par le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob.

En voilà assez sur le sens littéral de ce beau passage ; mais il a aussi une signification spirituelle et profonde. N’y a-t-il pas, pour l’Église de Dieu et pour chacun de ses membres, des bornes spirituelles qui marquent avec une divine exactitude les limites de notre héritage céleste, bornes établies d’ancien temps par les apôtres de notre Seigneur et Sauveur Jésus Christ ? Oui, assurément, et Dieu les voit et ne permet pas qu’on les déplace impunément. Malheur à l’homme qui ose les toucher ! il aura à en rendre compte à Dieu. C’est une chose sérieuse que de nous mêler de ce qui concerne la position, la portion et l’espérance de l’Église de Dieu, et beaucoup le font sans s’en rendre compte.

Nous n’essaierons pas de déterminer quelles sont ces limites ; nous avons cherché à le faire dans le premier volume des « Notes sur le Deutéronome », de même que dans les quatre autres volumes précédents ; mais nous considérons qu’il est de notre devoir d’avertir, d’une manière solennelle, tous ceux que cela concerne, de prendre garde de faire, dans l’Église de Dieu, ce qui correspond au déplacement des bornes en Israël. Si quelqu’un en Israël avait proposé un nouvel arrangement dans l’héritage des tribus, pour diviser les propriétés d’après un nouveau principe et établir de nouvelles limites, quelle aurait été la réponse d’un Israélite fidèle ? Il aurait simplement répondu dans le langage de Deut. 19:14, et dit : « Nous ne voulons rien de nouveau ; nous sommes parfaitement contents de ces bornes sacrées et vénérées, que nos prédécesseurs ont plantées dans notre héritage. Nous sommes décidés à les conserver et à résister avec fermeté à toute innovation moderne ».

Telle aurait été la réponse d’un membre fidèle de l’assemblée d’Israël, et assurément le chrétien ne doit pas être moins décidé à répondre à tous ceux qui, sous prétexte de progrès et de développement, voudraient toucher aux bornes de l’Église de Dieu, et nous offrir les soi-disant lumières de la science et les ressources de la philosophie, au lieu des précieuses instructions de Christ et de ses apôtres. Grâces à Dieu, nous n’en avons nul besoin. Ayant Christ et sa Parole, que nous faut-il de plus ? Qu’avons-nous besoin des progrès et des développements humains, puisque nous avons « ce qui était dès le commencement » ? Que peuvent donner la science ou la philosophie à ceux qui possèdent « toute la vérité » ? Sans doute, nous désirons faire des progrès dans la connaissance de Christ, et voir sa vie plus pleinement manifestée en nous, mais la science et la philosophie ne peuvent nous aider pour cela, bien au contraire, elles ne feraient que nous entraver.

Lecteur chrétien, cherchons à demeurer près de Christ et de sa Parole. C’est notre seule sûreté dans ces mauvais jours. Séparés de Lui, nous ne sommes rien, nous n’avons rien, nous ne pouvons rien. En Lui nous avons tout. Il est la part de notre héritage et de notre breuvage. Puissions-nous savoir ce que c’est, non seulement d’être en sûreté en Lui, mais mis à part pour Lui, et satisfaits de Lui, jusqu’à ce jour glorieux où nous le verrons tel qu’il est, où nous Lui serons rendus semblables, et serons avec Lui pour toujours.

Les versets qui terminent notre chapitre demandent peu d’explications. Ils présentent une vérité pratique à laquelle les chrétiens de profession feront bien d’être attentifs, malgré toutes leurs lumières et leurs connaissances.

« Un seul témoin ne se lèvera pas contre un homme, pour une iniquité ou un péché quelconque, quelque péché qu’il ait commis : sur la déposition de deux témoins ou sur la déposition de trois témoins, la chose sera établie » (vers. 15).

C’est un sujet que nous avons déjà traité, mais sur lequel on ne saurait trop fortement insister. Nous pouvons juger de son importance, par le fait que non seulement Moïse y attire maintes et maintes fois l’attention d’Israël, mais que notre Seigneur Jésus Christ lui-même, et le Saint Esprit par l’apôtre Paul dans deux de ses épîtres, insistent sur ce principe de « deux ou de trois témoins », dans chaque cas qui se présente. Quelque digne de confiance qu’il soit, un seul témoin ne suffit pas. Si cette règle était mieux suivie, que de disputes et de débats seraient évités ! Nous pouvons, dans notre prétendue sagesse, nous imaginer qu’un témoin de toute confiance devrait suffire pour décider une question. Souvenons-nous que Dieu est plus sage que nous, et que notre vraie sagesse aussi bien que notre grande sécurité morale, est de nous en tenir fermement à sa Parole qui ne trompe jamais.

« Quand un témoin inique s’élèvera contre un homme, pour témoigner contre lui d’un crime, alors les deux hommes qui ont le différend, comparaîtront devant l’Éternel, devant les sacrificateurs et les juges qu’il y aura en ces jours-là ; et les juges rechercheront bien, et, si le témoin est un faux témoin, s’il a témoigné faussement contre son frère, alors vous lui ferez comme il pensait faire à son frère ; et tu ôteras le mal du milieu de toi. Et les autres l’entendront et craindront, et ne feront plus désormais une pareille méchante action au milieu de toi. Et ton œil n’épargnera point : vie pour vie, œil pour œil, dent pour dent, main pour main, pied pour pied » (vers. 16-21).

Nous voyons par ce qui précède combien Dieu hait les faux témoins, et nous devons nous rappeler que, quoique nous ne soyons pas sous la loi, mais sous la grâce, le faux témoin n’est pas moins haïssable aux yeux de Dieu ; et évidemment mieux nous comprendrons la grâce qui nous a été faite, plus nous aurons en horreur tout faux témoignage, toute calomnie et toute médisance, sous quelque forme que ce soit. Que le Seigneur nous préserve de toute chose semblable !


22 - Chapitre 20

« Quand tu sortiras pour faire la guerre contre tes ennemis, et que tu verras des chevaux et des chars, un peuple plus nombreux que toi, tu n’auras point peur d’eux ; car l’Éternel, ton Dieu, qui t’a fait monter du pays d’Égypte, est avec toi. Et il arrivera que, quand vous vous approcherez pour le combat, le sacrificateur s’approchera et parlera au peuple, et leur dira : Écoute, Israël ! Vous vous approchez aujourd’hui pour livrer bataille à vos ennemis : que votre cœur ne faiblisse point, ne craignez point, ne soyez point alarmés, et ne soyez point épouvantés devant eux ; car l’Éternel, votre Dieu, marche avec vous, pour combattre pour vous contre vos ennemis, pour vous sauver » (vers. 1-4).

Qu’il est merveilleux de se représenter l’Éternel comme un guerrier, combattant contre les ennemis de son peuple ! Beaucoup de personnes ne peuvent se faire à cette idée et comprendre qu’un Être tout bon puisse revêtir un semblable caractère. Cela vient de ce qu’elles ne font pas la différence des dispensations. Le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, maintient tout autant son caractère en combattant contre ses ennemis, que le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ en leur pardonnant. Et puisque c’est le caractère sous lequel Dieu se révèle qui donne à son peuple le modèle sur lequel il doit se former et d’après lequel il doit agir, Israël était tout aussi conséquent en exterminant ses ennemis, que nous le sommes en les aimant, en priant pour eux et en leur faisant du bien.

Si on se souvenait de ce principe si simple, on éviterait bien des malentendus et des discussions. Il est de toute évidence que l’Église de Dieu ne doit pas faire la guerre. Aucune personne, exempte de préjugés, ne peut lire le Nouveau Testament sans en être convaincue. Il nous est positivement commandé d’aimer nos ennemis, de faire du bien à ceux qui nous haïssent, et de prier pour ceux qui nous font du tort et nous persécutent. « Remets ton épée en son lieu ; car tous ceux qui auront pris l’épée, périront par l’épée ». Et dans un autre évangile : « Jésus donc dit à Pierre : Remets l’épée dans le fourreau ; la coupe que le Père m’a donnée, ne la boirai-je pas ? » (Jean 18:11). Et plus loin, notre Seigneur dit à Pilate : « Mon royaume n’est pas de ce monde. Si mon royaume était de ce monde, mes serviteurs auraient combattu », — cela aurait été parfaitement convenable pour eux de le faire, — « mais maintenant mon royaume n’est pas d’ici », et c’est pourquoi ce serait totalement inconséquent et mal pour eux de combattre.

Tout cela est si clair que nous n’avons qu’à dire : « Comment lis-tu ? » Notre bien-aimé Sauveur ne combattait pas ; il supportait avec douceur et patience toute espèce d’injures et de mauvais traitements, et ainsi nous a laissé un exemple afin que nous suivions ses traces. Si nous nous demandions avec sincérité : « Que ferait Jésus dans tel ou tel cas ? » cela mettrait fin à toute discussion sur ce point comme sur une foule d’autres. Il n’est nullement nécessaire de raisonner. Si les paroles et l’exemple de notre précieux Seigneur et l’enseignement positif de son Esprit par ses apôtres, ne sont pas suffisants pour nous guider, toute discussion est inutile.

Et si l’on nous demande ce qu’enseigne le Saint Esprit sur ce grand sujet pratique, écoutez ces paroles si claires et si pénétrantes : « Ne vous vengez pas vous-mêmes, bien-aimés ; mais laissez agir la colère », car il est écrit : « À moi la vengeance, moi je rendrai, dit le Seigneur ». « Si donc ton ennemi a faim, donne-lui à manger ; s’il a soif, donne-lui à boire, car en faisant cela tu entasseras des charbons de feu sur sa tête ». « Ne sois pas surmonté par le mal, mais surmonte le mal par le bien » (Rom. 12:19-21).

Telle est l’admirable morale de l’Église de Dieu, les principes de ce royaume céleste auquel tous les vrais chrétiens appartiennent. Est-ce qu’ils auraient convenu à Israël ? Certainement non. Si Josué eût traité les Cananéens d’après les principes posés en Rom. 12, c’eût été une inconséquence aussi positive que si nous agissions d’après les principes du chap. 20 du Deutéronome. D’où cela vient-il ? Simplement de ce que, au temps de Josué, Dieu exécutait le jugement en justice, tandis que maintenant il agit en grâce. Le principe selon lequel Dieu agit est le grand régulateur moral pour les enfants de Dieu de tous les temps, et cela, bien compris, met fin à toute discussion.

« Et quant au monde », demandera-t-on peut-être, « pourrait-il adopter le principe de la grâce, et se conduire d’après la doctrine du verset 20 de Rom. 12 ? » Non, la pensée seule en est absurde. Essayer de mêler les principes de la grâce avec la loi des nations, ou de faire entrer l’esprit du Nouveau Testament dans les systèmes d’économie politique, plongerait immédiatement la société civilisée dans une confusion irrémédiable. Et c’est en cela précisément que beaucoup de personnes excellentes et bien intentionnées se trompent ; elles voudraient contraindre les nations de la terre à adopter un principe qui serait la ruine de leur existence nationale. Le temps n’est pas encore venu où les peuples forgeront de leurs épées des socs, et de leurs lances des serpes, et ne s’adonneront plus à la guerre. Cet heureux temps viendra, lorsque cette terre qui gémit sera remplie de la connaissance de l’Éternel, comme les eaux couvrent la mer. Mais vouloir que les nations maintenant agissent d’après des principes de paix, c’est vouloir qu’elles cessent d’exister ; c’est une tentative parfaitement vaine et stérile. Nous ne sommes pas appelés à régler le monde, mais à le traverser comme étrangers et voyageurs. Jésus n’est pas venu pour redresser le monde ; il est venu pour chercher et sauver ce qui était perdu, et quant au monde, il a rendu ce témoignage que ses œuvres étaient mauvaises. Il viendra bientôt rétablir toutes choses. Il prendra sa grande puissance et régnera. Les royaumes de ce monde deviendront les royaumes de notre Seigneur et de son Christ. Il ôtera de son royaume tout ce qui est souillé et tous ceux qui font mal. Tout cela est vrai, Dieu soit béni, mais nous devons attendre son temps. Il est parfaitement inutile de chercher, dans notre ignorance, à amener un état de choses qui, d’après le témoignage de toute l’Écriture, ne peut être introduit que par la présence personnelle et le règne de notre adorable Seigneur et Sauveur Jésus Christ.

Mais revenons à notre chapitre. Les enfants d’Israël étaient appelés à combattre les batailles de l’Éternel. Dès l’instant où ils posèrent leurs pieds sur la terre de Canaan, ils eurent à faire la guerre à ses habitants. « Des villes de ces peuples-ci que l’Éternel, ton Dieu, te donne en héritage, tu ne laisseras en vie rien de ce qui respire ». C’était clair et formel. Non seulement la postérité d’Abraham devait posséder le pays de Canaan, mais encore elle devait être l’instrument pour exécuter le juste jugement de Dieu sur les coupables habitants dont les péchés s’étaient élevés jusqu’au ciel et étaient devenus tout à fait intolérables.

Si quelqu’un croit devoir justifier la manière dont Dieu agit envers les sept nations de Canaan, qu’il sache bien que ses efforts sont tout à fait superflus. Quelle folie pour de pauvres vers de terre de croire qu’ils peuvent entreprendre cette tâche, et quelle folie chez ceux qui demandent une justification ou une explication ! C’était un grand honneur conféré aux Israélites que d’avoir à exterminer ces nations coupables, honneur dont ils se montrèrent tout à fait indignes, vu qu’ils ne se conformèrent pas à ce qui leur avait été commandé. Ils laissèrent vivre un grand nombre de ceux qui auraient dû être entièrement détruits, et ceux-là devinrent les misérables instruments de leur propre ruine en les incitant aux mêmes iniquités qui avaient appelé sur eux les jugements divins.

Examinons un instant quelles étaient les qualités nécessaires à ceux qui combattaient les batailles de l’Éternel. Le commencement de notre chapitre est rempli d’instructions précieuses pour nous, dans les combats spirituels que nous sommes appelés à livrer.

Le lecteur remarquera que quand il fallait s’approcher pour combattre, le peuple était harangué d’abord par le sacrificateur et ensuite par les officiers. Cet ordre est très beau. Le sacrificateur exposait au peuple ses grands privilèges, puis les officiers venaient lui rappeler sa responsabilité. Tel est l’ordre divin. « Le sacrificateur s’approchera, et parlera au peuple, et leur dira : Écoute, Israël ! Vous vous approchez aujourd’hui pour livrer bataille à vos ennemis : que votre cœur ne faiblisse point ; ne craignez point, ne soyez point alarmés, et ne soyez point épouvantés devant eux ; car l’Éternel, votre Dieu, marche avec vous, pour combattre pour vous contre vos ennemis, pour vous sauver ».

Que ces paroles étaient belles et encourageantes ; tout à fait propres à bannir toute crainte et à inspirer le courage et la confiance au cœur le plus timide ! Le sacrificateur était l’expression même de la grâce de Dieu, son ministère un fleuve de consolations précieuses coulant du cœur du Dieu d’Israël vers chaque combattant. Ses paroles étaient bien ce qu’il fallait pour ceindre les reins de l’esprit et fortifier le bras le plus faible pour le combat. Il assure les Israélites que la présence divine les accompagne. Il n’y a ni question, ni condition, ni « si », ni « mais ». C’est une assertion positive. L’Éternel Dieu était avec eux ; et certes c’était suffisant. Peu importait le nombre ou la puissance de leurs ennemis ; ils ne seraient que comme la balle balayée par le vent en présence de l’Éternel des armées, du Dieu des armées d’Israël.

Mais le magistrat devait être écouté, aussi bien que le sacrificateur. « Et les magistrats parleront au peuple, disant : Qui est l’homme qui a bâti une maison neuve et qui ne l’a pas consacrée ? qu’il s’en aille et retourne en sa maison, de peur qu’il ne meure dans la bataille et qu’un autre ne la consacre. Et qui est l’homme qui a planté une vigne et n’en a pas joui ? qu’il s’en aille et retourne en sa maison, de peur qu’il ne meure dans la bataille et qu’un autre n’en jouisse. Et qui est l’homme qui s’est fiancé à une femme et ne l’a pas encore prise ? qu’il s’en aille et retourne en sa maison, de peur qu’il ne meure dans la bataille et qu’un autre ne la prenne. Et les magistrats continueront à parler au peuple, et diront : Qui est l’homme qui a peur et dont le cœur faiblit ? qu’il s’en aille et retourne en sa maison, de peur que le cœur de ses frères ne se fonde comme le sien. Et quand les magistrats auront achevé de parler au peuple, ils établiront les chefs des armées à la tête du peuple » (vers. 5-9).

Nous apprenons par là que deux choses étaient absolument essentielles à tous ceux qui combattaient les batailles de l’Éternel, savoir un cœur