COURTES MÉDITATIONS sur LES PSAUMES

considérés principalement sous leur caractère prophétique


Introduction et conclusion

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par J. G. BELLETT


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Table des matières abrégée :

1 - Avant-propos du traducteur

2 - Introduction

3 - Conclusion du Psaume 150

4 - Conclusion des Psaumes


Table des matières détaillée :

1 - Avant-propos du traducteur

2 - Introduction

2.1 - Les Psaumes et la communion — l’exemple de Christ

2.2 - Origine et portée des Psaumes

2.3 - Importance morale des aspects prophétiques des Psaumes

2.4 - Le Résidu d’Israël : ce qu’il est et ce qu’il sera

3 - Conclusion du Psaume 150

3.1 - Le bonheur qui est la part du croyant

3.2 - Ressources infinies à la disposition du croyant

3.3 - Joie du croyant

4 - Conclusion des Psaumes

4.1 - Les Psaumes dépeignent les sentiments de Jésus

4.2 - Les Psaumes et l’expérience chrétienne

4.3 - L’état incurable de l’homme

4.4 - Les Réveils et l’œuvre produite dans les cœurs

4.5 - Les Psaumes préparés à l’avance pour le Résidu Juif

4.6 - Le cœur de Christ pour Son peuple

4.7 - Antichrist et apostasie

4.8 - La vengeance de Dieu et les motifs actuels des saints

4.9 - Mettre nos âmes en harmonie avec les sentiments des Psaumes

4.10 - S’aider l’un l’autre à la compréhension des Psaumes

4.11 - Meubler son intelligence, ou apprendre la manière et les sentiments de Christ

4.12 - Danger de la connaissance superficielle sans effet sur le cœur et la marche

4.13 - Exercices spirituels personnels : leur importance et leur approfondissement

4.14 - S’approprier la Parole par la foi

4.15 - En vue de la gloire de Christ


1 - Avant-propos du traducteur

L’introduction et la conclusion de l’ouvrage dont nous présentons la traduction française intégrale avaient déjà été publiées dans le Messager Évangélique (année 1932, pages 261, 266, 289, 328).


L’auteur en est J.G. Bellett (1795-1864) dont nous avons également : La Gloire morale du Seigneur Jésus Christ, Le Fils de Dieu, Les Patriarches, Méditations sur l’épître aux Hébreux, etc.


J.N. Darby disait de lui qu’il était un homme d’une douceur qui attirait tout le monde, et qui avait un don particulièrement attrayant. Et certes, ce caractère se retrouve dans ces Méditations sur les Psaumes. Il vivait dans la communion de « l’Homme de la fontaine de Sichar, de Celui qui daigna s’arrêter pour parler à Zachée, de l’Homme du chapitre 8 de Jean, de l’Homme qui fut pendu à la croix, de l’Homme qui mourut », selon qu’il l’exprimait lui-même.


Que la lecture de ces pages, qui développent devant nous les conseils de Dieu à l’égard de Christ, nous amène à goûter une même communion, « avant que les gloires et les couronnes du royaume soient manifestées ».


Les passages en italique intercalés dans le texte sont des NOTES de l’auteur. Nous les avons laissées à la place où elles figurent dans l’original.

Mais quelques notes en bas de page, que l’on trouvera çà et là, nous ont paru indispensables et sont le fait de la présente traduction.


2 - Introduction

2.1 - Les Psaumes et la communion — l’exemple de Christ

Le Livre des Psaumes est un recueil de méditations, de prières et de louanges prononcées par diverses personnes en diverses circonstances, sous l’action du Saint Esprit. Ce titre de « Livre des Psaumes » lui est donné par une autorité inspirée (Actes 1:20).

Les Psaumes eux-mêmes sont ou commémoratifs, ou prophétiques, ou bien encore ils expriment les circonstances par lesquelles passe une âme. On y trouve aussi bien des confessions, des supplications, que des louanges. Le style en est doctrinal, historique aussi bien que prophétique. On y voit et on y entend le Seigneur Jésus, personnellement ou en esprit. Il en est quelques-uns auxquels on peut assigner une date et une place dans l’histoire du Seigneur : ils expriment ses sentiments dans une circonstance spéciale. Par exemple le Psaume 22. Mais il en est d’autres auxquels on ne peut attribuer un caractère aussi net ; ce sont alors des méditations ou des expériences moins définies.

Et c’est bien ce qui se voit dans la communion des saints avec Dieu. Parfois cette communion résulte des circonstances que l’on traverse ; d’autres fois elle suit le fil des pensées du croyant, amenées non pas par ce qui l’entoure présentement, mais par ce qu’il connaît de Dieu, de ses voies envers les hommes, ou de la manière dont Dieu s’occupe de son âme.

La vie du Seigneur Jésus a été une vie de communion constante et jamais interrompue. Son cœur était l’autel où le feu brûle continuellement (voir Lév. 6). Et ainsi, lors même qu’aucune circonstance particulière ne faisait ressortir sa communion avec Dieu, son âme était dans le sanctuaire ; le feu était entretenu par sa propre vertu.

Il faut remarquer que notre Seigneur a été solitaire dans l’adoration. Il est dit de lui qu’il se levait avant le jour, et s’en allait dans un lieu désert pour prier, ceci pour nous faire clairement comprendre qu’il priait seul. C’est ainsi qu’on lit : « Il se retira pour prier » ; « il passa toute la nuit à prier Dieu » ; « il priait seul ». On ne le voit pas une fois en prière avec les disciples, quoiqu’il approuvât leurs prières, leur enseignant à prier et les y encourageant.

Pourquoi donc en est-il ainsi ? S’il leur apprenait à prier et les y exhortait, et s’il priait lui-même, pourquoi ne se joignait-il pas à eux dans la prière ?

On peut répondre que ses prières avaient en elles un caractère qu’aucune autre ne pouvait avoir. Il fut exaucé « à cause de sa piété » (Héb. 5:7). Il n’avait besoin d’aucun médiateur, étant accepté à cause de ce qu’il était. Il ne se réclamait des mérites de personne, et n’avait pas besoin du propitiatoire avec le sang d’aspersion. Tel était le caractère de sa communion avec Dieu dans la prière ; aucun autre adorateur ne pouvait s’y associer. Il a prié, pour ainsi dire, dans un temple érigé spécialement pour cet adorateur qu’était le Fils de Dieu. Il a offert la prière sur un autel qui n’a pas son pareil. Nul modèle ne s’en trouvait en haut de la montagne. Il était un adorateur et un serviteur d’un ordre particulier, tout comme il était un sacrificateur d’un ordre particulier. Il ne devait pas le service, mais il l’apprit. Il ne devait pas l’adoration, mais il la rendit. Il fut le serviteur volontaire (Ex. 21:5 ; Héb. 5:8) et l’adorateur personnellement accepté. C’est ainsi qu’il pria seul.

Mais je n’ai nullement l’intention de dire que tous les Psaumes peuvent être mis dans la bouche du Seigneur Jésus. Rien ne justifierait cette pensée. Le Psaume 1, par exemple, n’est pas directement son langage, mais bien la description que Dieu lui-même fait de l’homme béni et prospère. Je ne doute pas que Jésus soit, dans un sens complet et parfait, l’homme bienheureux décrit ici ; mais le Psaume n’est pas prononcé par lui.


2.2 - Origine et portée des Psaumes

On parle communément des Psaumes comme des Psaumes de David, et à juste titre, car si Moïse, Éthan, Asaph et d’autres en ont composé quelques-uns, c’est David qui a été le plus souvent employé pour les écrire. Et en outre David, qui fut, par l’Esprit Saint, le vrai « maître de la lyre hébraïque », a fait des expériences plus riches et plus variées que n’importe lequel des saints de jadis. Il a connu toutes les souffrances pour la justice et toutes celles qui sont la conséquence du péché, les épreuves d’un martyr et aussi celles d’un pénitent. Il a connu aussi tous les degrés tant de l’humiliation que des honneurs. Sa vie, pleine de vicissitudes, a donné à l’Esprit nombre d’occasions d’exercer son âme. De tout cela pouvait bien sortir un livre comme celui des Psaumes.

2 Samuel 22 et 1 Chroniques 16 sont des exemples de la manière dont beaucoup de psaumes ont pris naissance. Ils contiennent des extraits de plusieurs psaumes. Et nous apprenons ainsi que les conditions dans lesquelles se sont trouvés David et d’autres saints hommes de Dieu, leurs circonstances et leurs actes, sont devenus autant d’occasions pour le Saint Esprit d’exprimer ou de révéler par leur moyen ce qui convenait à la circonstance, tout en allant bien au-delà. David délivré de Saül, l’arche amenée dans la tente préparée pour elle, sont des événements dont l’Esprit fait usage. Mais selon le champ et l’étendue de l’inspiration (car Il connaît la fin d’une chose depuis le commencement), l’Esprit embrasse des scènes plus grandes et encore lointaines. Le cantique d’Anne peut être considéré comme un psaume de cette sorte. Le fait qu’elle allait devenir mère donne au Saint Esprit l’occasion de l’employer comme son instrument, et il lui inspire des expressions qui, tout en célébrant son bonheur personnel, anticipent les intérêts et les joies du royaume de Dieu dans d’autres dispensations (1 Samuel 2).

C’est de là que beaucoup de psaumes tirent leur origine ; c’est, si j’ose dire, l’histoire de leur naissance, chacun en son lieu et en son temps. David est spécialement employé par l’Esprit à cet effet. Et à la fin de sa vie mémorable, si merveilleusement caractérisée par la puissance de Dieu et par l’Esprit de Dieu, il dit de lui-même et de ses cantiques : « David, le fils d’Isaï, a dit, et l’homme haut placé, l’oint du Dieu de Jacob, et le doux psalmiste d’Israël, a dit : l’Esprit de l’Éternel a parlé en moi, et sa parole a été sur ma langue » (2 Samuel 23:1-2). C’est ainsi qu’il a été employé ; il était le chantre, mais le Saint Esprit a composé la musique. Les cantiques de David étaient les « cantiques de l’Éternel », et par eux il a prophétisé, dirigé par l’Esprit. Sa langue a été le style d’un écrivain habile. Le Seigneur « disait en David » (Héb. 4:7).


2.3 - Importance morale des aspects prophétiques des Psaumes

Il y a une grande importance morale à apprendre les vérités prophétiques par les Psaumes ; elles ne sont pas traitées là comme pure doctrine, mais elles sont éprouvées dans les divers exercices de l’âme. Ainsi Paul nous enseigne qu’un « aveuglement partiel est arrivé à Israël », ou que « les branches ont été coupées ». C’est une vérité doctrinale qu’il nous faut comprendre et croire. Mais on trouve la même vérité dans les Psaumes (voir le Ps. 65), par exemple dans les mots : « Les iniquités ont prévalu sur moi ». Il ne s’agit pas ici d’une doctrine telle qu’elle peut être développée dans le style didactique des épîtres, mais de l’expression de ce qui brisait le cœur d’un pauvre Juif, lorsqu’il y pensait. De même « tout Israël sera sauvé » est un autre enseignement de l’apôtre Paul. Mais nous le retrouvons dans le même psaume 65 sous cette forme : « Nos transgressions, toi tu les pardonneras » (v. 3), non pas comme une simple déclaration, mais comme une heureuse anticipation dans le cœur de ce même Israélite affligé.

Il y a donc un profit moral à apprendre ces vérités par le moyen des Psaumes. Car nous avons tendance à saisir la vérité par l’intelligence, comme un objet ou une proposition, et à en parler de même. Mais dans les Psaumes la vérité est présentée en même temps que les exercices de l’âme. Les Psaumes sont, si j’ose m’exprimer ainsi, le cœur du divin volume. Ils se trouvent placés au centre du corps, là où l’on sent battre les artères, l’endroit d’où le sang sort et où il retourne, autrement dit où les affections du nouvel homme ont leur siège et leur exercice. Il est bon de se trouver là quelquefois : on y apprend à se servir des autres portions de la Parole.

Je n’ai pas besoin de dire que quelques-uns des psaumes sont des dialogues ; certains introduisent même plus de deux interlocuteurs ; d’autres apparaissent comme des méditations solitaires.

Certains aussi se trouvent être la suite logique les uns des autres, tels les chapitres d’un livre ; alors que d’autres doivent être lus isolément, sans relation avec les psaumes voisins.

Mais pour discerner ces choses, le sens spirituel doit être exercé (Héb. 5:14). La pensée de Dieu ne peut être connue, profitablement et saintement, que par l’Esprit de Dieu. Cependant, tant que nous sommes dans ce monde, il ne peut être question, pour chacun de nous, que de « connaître en partie » (1 Cor. 13:9).

Les esquisses suivantes n’ont d’autre propos que d’aider quelque peu à saisir la pensée de l’Esprit dans ces passages précieux, soit quant à leur portée prophétique, soit quant à leur portée morale, ou les deux à la fois. Car l’âme réalise très bien qu’elle ne boit que quelques gorgées de ces eaux vives et rafraîchissantes. Mais ce que nous pouvons bien désirer et rechercher avant tout, c’est que nous les communiquions sans les polluer ni les troubler, pour la bénédiction d’autres brebis du troupeau de Dieu. Qu’il en soit ainsi, Sauveur adorable !


2.4 - Le Résidu d’Israël : ce qu’il est et ce qu’il sera

Le mot de « résidu » se retrouvera maintes fois dans ces méditations. Je ferai simplement remarquer que ce mot est employé par les prophètes et les apôtres, et que les fidèles qu’il désigne sont souvent dans pensée de ceux-ci, alors même que le mot n’est pas utilisé. Ce mot se rapporte d’une manière générale au vrai Israël des derniers jours, ce troupeau fidèle qui, dans le temps de la complète apostasie de la nation, sera attaché au Seigneur, à la vérité et aux promesses de son alliance. En raison de cela, au moment où les jugements divins tomberont sur le peuple à cause de la transgression parvenue à son comble, il sera préservé comme Noé, pour la terre, et deviendra enfin la semence et le centre de la nation qui, acceptée et bénie, rendra culte aux jours du royaume.

Voyez ce mot : « résidu », ou « reste », ou « réchappés » dans : Ésaïe 1:9 ; 10:21-22 ; 11:11 ; Ézé. 14:22, Joël 2:32 ; Amos 5:15 ; Michée 2:12 ; 4:7 ; Sophonie 3:12-13 ; Zach. 8:12 ; Rom. 9:27 ; 11:5 et autres passages.

On trouve des types ou des échantillons de ce résidu à chaque époque de l’histoire de la nation. Les prophètes en parlent souvent, et le décrivent dans ses épreuves, dans sa repentance, dans sa foi et son obéissance, discipliné sous l’action de l’Esprit et sous la main de Dieu, dans ses larmes, ses expériences et ses délivrances. Les Psaumes ont beaucoup de rapports avec tout cela. (Voyez, entre autres : Ésaïe 6:13 ; 25-27 ; 33:15 ; 50:10 ; 59:9-15 ; 65:8-9 ; 66:2-5 ; Jérémie 31 ; Ézéchiel 6:8 ; 7:16 ; Osée 2:14 ; Joël 2:28 ; Zach. 12, 13 : Mal. 3:16.

Je suis toujours plus disposé à interpréter d’une manière générale les Psaumes comme les paroles du résidu l’Israël des derniers jours, sous la conduite de l’Esprit de Dieu, plutôt que comme l’expression du cœur du Seigneur Jésus, dans les jours de sa chair sur la terre. Mais n’était-il pas lui-même, pour ainsi dire, le résidu, le représentant de l’Israël de Dieu dans ce temps-là ?


3 - Conclusion du Psaume 150

3.1 - Le bonheur qui est la part du croyant

En relation avec ceci, et au terme de ces méditations, n’est-il pas encourageant de penser, bien-aimés, que notre part, et notre part à toujours, est la félicité ? Sans doute y a-t-il eu le Calvaire, le mépris du monde, le sépulcre et la mort ; mais ce sentier s’est terminé dans la joie et les délices éternelles. Pour un temps le chemin a longé les fleuves de Babylone, mais Jérusalem a été retrouvée — comme nous l’ont montré ces psaumes. La vallée de Baca a conduit à la maison de Dieu. « Vous avez de la tribulation », sans doute, « mais je vous reverrai », a annoncé Jésus.

Quant à notre droit à jouir de ce bonheur, il ne doit y avoir aucune réserve, aucun doute dans nos âmes. C’est la portion que Dieu lui-même nous a départie. Ne pas connaître ce bonheur sera le sort final réservé aux seuls rebelles. Notre titre à ce bonheur est de par Dieu lui-même, à cause du sang de Jésus, le Fils de Dieu, l’Homme-Dieu, donné pour nous, selon les richesses de la grâce divine ; et de notre côté, la foi considère, comprend ce titre et s’en réclame. Hésiterions-nous à nous en approprier les fruits et les résultats ? Absolument pas ! Pas plus qu’Adam n’aurait eu de raison de mettre en doute son droit à jouir du jardin d’Éden, sous prétexte qu’il ne l’avait jamais planté ! Pas plus que le camp d’Israël dans le désert n’aurait eu de motif pour mettre en doute son droit à boire de l’eau du rocher, sous prétexte qu’il n’en avait pas ouvert la source ! C’est pour Adam que le jardin avait été planté, c’est pour Israël que le rocher avait été ouvert, et de même, tout aussi simplement et sûrement, c’est pour des pécheurs que le Sauveur, et la joie qui accompagne son salut, ont été donnés. Il faut que nos âmes saisissent qu’il n’est pas question là de nos mérites mais de la gloire de Christ. C’est ce principe qu’il a établi lorsqu’il était ici-bas. Jamais Il n’amena un malade ou un estropié à se demander s’il avait en lui-même quoi que ce fût à faire valoir. Il lui demandait seulement de reconnaître la vertu et la gloire de Sa personne. « Le "si tu peux" c’est : Crois ! », c’est-à-dire si tu es prêt à me glorifier, à être mon débiteur pour cette bénédiction, alors reçois-la ; te la donner est mon plaisir (Marc 9:23).


3.2 - Ressources infinies à la disposition du croyant

Ensuite, quant à nos ressources, ce n’est pas seulement l’amour qui s’occupe de nous ; la puissance est aussi à notre disposition. L’amour aussi bien que la puissance seront l’objet de notre contemplation éternelle, eux qui, dès le commencement, « travaillent ensemble » pour nous, et nous apprennent à connaître quelles ressources merveilleuses sont les nôtres.

Considérons ainsi cet amour et cette puissance travaillant ensemble dans quelques scènes de la vie du Seigneur ici-bas. Cinq mille personnes sont nourries avec cinq pains et deux poissons. Nourries et rassasiées — et douze paniers de restes ! Quelle manifestation de la richesse du Seigneur du festin, aussi bien que de sa bonté ! Quelle satisfaction nos cœurs y trouvent ! Si, bénéficiant de la générosité de quelqu’un, nous avons lieu de craindre qu’il se soit privé à cause de nous, notre jouissance s’en trouve amoindrie. Cette crainte viendra à juste titre ternir notre joie tandis que nous sommes à sa table. Mais si nous savons que, outre ce qui est mis devant nous, il y a d’abondantes provisions dans la maison, de telles craintes ne sont plus permises. La pensée de la richesse, aussi bien que de l’amour de notre hôte, nous met parfaitement à l’aise. Et il doit en être ainsi quant à notre jouissance de Christ.

Ainsi, qu’Il se serve de sa puissance ou de ses richesses, ses ressources sont infinies. Considérons cela, quand la nacelle est en péril sur le lac de Galilée. Il se montre sur la montagne au-dessus de toutes les difficultés qui épouvantaient les disciples. Il marche sur ces vagues et au milieu de ces tourbillons de vent devant lesquels « toute leur sagesse » était « venue à néant » (Ps. 107:27). Quelle délivrance triomphante pour eux ! Le danger n’était rien en présence d’un tel sauveur. Qu’il lui était facile de mener leur barque au sein de la tempête, lui qui, sans barque aucune, était maître de la tempête ! La puissance était là, pleinement suffisante, comme auparavant il y avait eu du pain, en pleine suffisance, et il était impossible qu’ils périssent (voir Marc 6).

Voilà des échantillons de nos ressources ! Nous sommes à la charge d’un Seigneur qui non seulement nous aime, mais qui est riche. Nous avons à notre disposition une main forte, aussi bien qu’un bras étendu. Nous allons vers un médecin qui a pouvoir sur la mort comme sur la maladie. Comme le dit David, c’est de la « bonté de Dieu » que nous sommes les objets. Toute plénitude est en Jésus, notre Chef. Nous sommes nourris, secourus et guéris d’une manière qui convient à Celui dont les richesses, la puissance et la sagesse sont infinies. Ses ressources — les nôtres par conséquent — sont glorieuses et insondables ; il y a des morceaux de reste, à la disposition de quiconque a faim. Et le royaume à venir manifestera ces ressources en perfection.


3.3 - Joie du croyant

Ainsi, après avoir considéré notre titre et nos ressources, je dirai simplement ceci en rapport avec la joie elle-même : son caractère sera digne de Celui qui la donne, et, ainsi que nous l’entendons dans ces psaumes, elle s’exprimera en d’innombrables mélodies par des cœurs qui déborderont. Cette joie sera d’une qualité si rare que jamais elle ne lassera ; jamais elle ne cessera, mais elle sera constamment renouvelée avec la même fraîcheur qu’au premier moment.

Il y aura alors, comme nous le savons, plusieurs sphères de gloire. « Différente est la gloire des célestes, et différente est celle des terrestres ». Mais les deux seront glorieux — et la gloire est le fruit de l’amour, ou la manifestation de ce que l’amour a préparé pour son objet.

Il y eut autrefois des préfigurations de ce jour à venir. La joie d’Adam en Éden au jour de sa domination et de ses épousailles (Gen. 2) ; l’administration du pays par Joseph (Gen. 47) ; la rencontre de Jéthro avec le camp d’Israël à la montagne de Dieu (Ex. 18) ; la fête des tabernacles et l’année du Jubilé (Lév. 23, 25) ; la splendeur et le triomphe des jours de Salomon, quand les nations venaient à Jérusalem pour y apporter leur hommage et y trouver leur joie (2 Chr. 1-9) ; la sainte montagne où le Seigneur fut transfiguré, aux regards des saints célestes et terrestres (Matt. 17) : ce sont — parmi d’autres — quelques ombres passées, quelques échappées fugitives des gloires futures qui resplendiront ensemble, ou dans leurs sphères respectives. En esprit nous pouvons déjà chanter ces gloires, en les considérant dans leurs ordres respectifs, céleste et terrestre, comme en témoignent ces deux versets de cantique :


Matin de joie ! objet de l’espérance !

Les rachetés, hôtes de tes parvis,

Jadis raillés, en butte à la souffrance,

Avec Jésus maintenant réunis,

Chantent, ravis,

Le chant nouveau, sur des trônes assis.


Ô Roi des Rois ! que toute créature

Tombe à genoux devant ta majesté !

Reconnaissant ton sceptre de droiture,

Prosternez-vous, peuples, dans l’unité !

Alléluia !

Gloire à Dieu seul, et pour l’éternité !


Qu’il nous soit donné de soupirer après de telles joies : nos cœurs ici-bas ne peuvent se satisfaire de ce que nous en connaissons. C’est un bonheur ineffable que nous goûterons — nous devons avoir à cet égard une pleine et parfaite assurance, une confiance sans limite.

Mais il faut prendre garde à ceci : le bonheur que nous attendons doit être un bonheur selon la justice, un bonheur tel que Dieu puisse le garantir et Jésus lui-même le partager (voir méditation sur le Ps. 132). Et un tel bonheur ne peut se trouver sur la terre telle qu’elle est présentement. L’Évangile ne propose pas de bâtir un monde heureux, ou de refaire le jardin d’Éden ici-bas. Il faudra pour cela le retour de la gloire, et la présence du Seigneur. Car il n’y a de joies et d’espérances selon la justice que là où se trouve la gloire. Si la gloire s’en est allée de la terre, alors nos espérances ne peuvent plus être terrestres. Quand la gloire reviendra, alors reviendront avec elle les délices et l’attente de nos cœurs. Heureux temps où tout dira à nouveau la gloire de Dieu, et où sur la terre, « marchepied de ses pieds », il pourra trouver ses plaisirs, comme il les trouve dans les cieux, « son trône ». Ce sera alors une rébellion de la part des nations de ne pas trouver là leur joie. Il ne fallait pas manger le pain de deuil devant l’Éternel. De même, lorsqu’il sera dit de Jérusalem : « l’Éternel est là », si les nations n’y montent pas pour célébrer la fête des tabernacles, si elles ne veulent pas se réjouir devant l’Éternel, le Roi, il leur faudra subir la répréhension et le jugement.

Oh ! puissions-nous, avec des cœurs sevrés des choses d’ici-bas, et animés d’une ardente affection pour Lui, dire en vérité : « Viens, Seigneur Jésus ! ».


4 - Conclusion des Psaumes

4.1 - Les Psaumes dépeignent les sentiments de Jésus

Après avoir, dans notre mesure, considéré ce que l’Esprit de Dieu exprime dans le livre des Psaumes, nous pouvons nous poser la question : qu’est-ce que nous y avons trouvé ? ou peut-être même, qu’est-ce que nous n’y avons pas trouvé ? En effet, combien de sentiments de l’esprit renouvelé, combien d’actes de la discipline divine et d’expériences qui y correspondent dans le croyant, l’Esprit de Dieu n’a-t-il pas anticipé dans ce livre ? Avec quelle ampleur il a dépeint les sentiments de Jésus ! Ses cris, ses larmes, ses louanges, ses heures de solitude, ses épreuves de la part des hommes, ses consolations en Dieu, tout ce qu’il traversa est ressenti là dans toute sa profondeur et dans toute sa force. Nous voyons dans ce livre merveilleux ce qui se passait dans son âme lorsqu’Il se tenait, muet, devant l’homme, conduit comme un agneau à la boucherie ; nous y écoutons ce que ne pouvaient entendre ceux qui l’entouraient alors. Nous comprenons là ses pensées au sujet des hommes, l’adoration qu’il a rendue à Dieu avec tout l’encens de ses affections multiples et parfaites. Le Nouveau Testament nous dit qu’il a prié et chanté, mais le livre des Psaumes nous permet d’écouter ses prières et ses cantiques eux-mêmes.

En outre le mystère tout entier de Jésus s’y découvre, depuis la crèche jusqu’au trône de gloire, avec toutes ses joies et ses tristesses. Nous l’y trouvons en remontant aussi loin que le « rouleau du livre », où nous lisons qu’Il s’est livré lui-même dès avant la fondation du monde (Ps. 40). Le profond silence de l’éternité est rompu par ces mots : « Voici, je viens pour faire ta volonté ». Et de là nous le suivons dans le chemin qui le conduit jusqu’à l’éternité à venir. Nous le voyons prenant notre nature ; petit enfant dans les bras de sa mère ; dans la honte, la douleur et la pauvreté ; nous voyons ses dernières souffrances, la trahison de ses compagnons, le mensonge des faux témoins, la moquerie de ses ennemis, la lance, les clous et le vinaigre, et par-dessus tout l’abandon de Dieu. Tout cela passe devant nos yeux et devant nos cœurs dans ce livre. Puis nous le suivons dans les joies et les cantiques de sa résurrection, nous assistons à son ascension, quand il est salué et couronné d’honneur dans le ciel ; et enfin nous l’en voyons revenir pour juger les nations, et recevoir la domination glorieuse sur Israël et la terre entière. Les psaumes expriment tout cela, non pas, si l’on peut dire, rapporté simplement avec l’encre et la plume, mais en des lignes vivantes, comme autant de fragments du cœur rassemblés dans ce livre.


4.2 - Les Psaumes et l’expérience chrétienne

Ce ne sont là que quelques aperçus du contenu immense et merveilleux de ce livre. Et, comme nous l’avons déjà dit, il dépeint les expériences des saints qui, « ayant l’Esprit de Christ » et « le même esprit de foi » (2 Cor. 4:13-14), peuvent y trouver eux aussi leurs tristesses et leurs joies, et les méditations de leurs cœurs (*).


(*) En Ésaïe 50:10 et Matt. 11 :29, le Seigneur semble proposer ses propres expériences aux saints, comme un modèle de ce que les leurs devraient être. De même, entre autres, les Psaumes 27, 31, 34.

Aussi ce livre a-t-il été le compagnon de leurs âmes, alors que, souvent, toute autre lecture eût été inopportune.

Mais en lisant ce livre, nous devons nous souvenir que, ayant le Saint Esprit en nous, nos expériences doivent en découler. L’expérience chrétienne, c’est goûter le fruit de la présence de l’Esprit, selon les différentes manières par lesquelles, comme nous l’enseigne l’Écriture, il agit en nous. Combien riche devrait-elle être, puisque l’Esprit habite et agit en nous comme une onction, comme des arrhes et comme un témoignage. Quelle joie d’espérance, quelle grandeur d’intelligence, quelle force de foi devraient être les nôtres ! Quelle conscience de l’amour divin, quand le Saint Esprit lui-même répand cet amour dans nos cœurs ! Telle est l’expérience normale des saints, et si le livre des Psaumes reflète le cœur d’un Juif juste, le croyant est maintenant transporté au-delà, ou sur un autre terrain. Par exemple tandis que le psalmiste dit : « Ma chair frissonne de la frayeur que j’ai de toi, et j’ai craint à cause de tes jugements » (Ps. 119:120), le croyant doit maintenant faire l’expérience que « l’amour parfait chasse la crainte », et qu’il a « toute assurance pour le jour du jugement » (1 Jean 4:17-18). Alors que l’auteur du Ps. 119 supplie : « Ne me laisse pas être confus en mon espérance » (v. 116) ; le chrétien sait que « l’espérance ne rend point honteux » (Rom. 5:5). Dans de tels domaines, il va au-delà du psalmiste, et marche dans la lumière plus chaude et plus brillante du Nouveau Testament, avec la force du Saint Esprit en lui.

Ainsi, dans le psaume 112, toute prospérité terrestre est promise d’une manière absolue à l’homme pieux ; tandis que l’apôtre, en citant ce psaume (2 Cor. 9:8-11), dit seulement que la puissance de Dieu donne la prospérité, et prie pour qu’une certaine mesure en soit donnée aux saints de Corinthe (*).


(*) De même Pierre cite Osée ; mais il ne suit pas Osée jusqu’à promettre aux saints, comme le prophète le promet à Israël, qu’ils auront toute bénédiction sur la terre, — la terre exauçant le froment et le moût et l’huile, et eux exauçant Jizreël — mais il les exhorte à se conduire comme des gens qui ne sont qu’étrangers et pèlerins tant qu’ils demeurent sur la terre (cf. 1 Pierre 2:10-11 ; Osée 2:21-23).

On a fait plus d’une erreur en appliquant trop exactement le livre des Psaumes à l’expérience chrétienne. Plusieurs, tout en désirant sérieusement marcher avec Dieu, en ont fait une sorte de modèle pour eux-mêmes, et ont cherché à conformer leurs sentiments aux épreuves, consolations et autres expériences qui y sont décrites. Mais tel n’est pas l’usage qu’on doit en faire. Il faut plutôt trouver dans les psaumes comme le tableau varié de l’âme exercée par l’Esprit dans certaines conditions et certaines circonstances. Les circonstances, avec la grâce et l’énergie de l’Esprit, engendreront l’expérience, et non pas un effort quelconque de nos propres âmes.

C’est ce dont il faut, je crois, nous souvenir. Les psaumes n’ont pas été pour Jésus un modèle. Il n’a pas, par exemple, imité la joie ou la patience du Ps. 16, la confiance du Ps. 22, comme s’il modelait l’état de son âme d’après certains exemples. Ces psaumes sont plutôt les expressions anticipées, données par inspiration divine, de ce que seraient les sentiers de son esprit. Les circonstances qu’il traversait faisaient s’exprimer en un tel langage l’âme de l’homme parfait.

Pour revenir à notre sujet, quant aux différences entre le langage des Psaumes et celui du Nouveau Testament nous pouvons dire que tout est parfait à sa place, mais que tout fait ressortir de manière frappante une différence entre ce qui est céleste et ce qui est terrestre, personnes et choses. Nos expériences dépassent celles du livre des Psaumes, de même que nos espérances et notre appel dépassent ceux des livres des prophètes. Le thème normal de ces derniers, c’est la terre, son peuple, ses jugements, sa gloire. Et il ne faut pas s’attendre à ce que la pensée de l’Esprit occupe le psalmiste des choses célestes plus qu’il ne le fait dans les prophètes. Les saints trouvent dans ce livre bien des consolations, mais leur appel et la gloire qui sera leur part dans le ciel n’en sont pas le sujet. La Jérusalem du psalmiste n’est pas la Jérusalem d’Apocalypse 21, mais la Jérusalem du pays d’Israël. Et le peuple dont il est question dans ce livre est en général le peuple d’Israël ou ce résidu que nous avons longuement considéré dans ces méditations.

Nous pouvons mentionner ici quelques pensées en rapport avec cette notion d’un « résidu », dont il est si souvent parlé dans l’Écriture.


4.3 - L’état incurable de l’homme

L’état incurable de l’homme est la raison profonde de la formation d’un résidu. L’homme peut souffrir et pleurer sous la verge, mais il retourne toujours à sa méchanceté. Le livre des Juges en est la preuve. Le premier chapitre d’Ésaïe nous montre que l’idée d’un résidu en est la conséquence. En effet, le prophète nous dit que ceux qui avaient été élevés comme des enfants bien-aimés s’étaient rebellés, et qu’ensuite, châtiés comme des enfants désobéissants, ils avaient refusé de se repentir. Ils étaient incorrigibles. On leur avait joué de la flûte et chanté des complaintes, et ils n’avaient répondu ni à l’une ni aux autres. Alors l’Éternel ne peut agir que sur le principe de sa grâce souveraine envers un résidu, comme le dit le prophète : « Si l’Éternel des armées ne nous eût laissé un bien petit résidu, nous aurions été comme Sodome, nous ressemblerions à Gomorrhe » (Ésaïe 1:1-9).


4.4 - Les Réveils et l’œuvre produite dans les cœurs

Dans toute l’histoire d’Israël, l’Éternel a constamment montré cette souveraineté de sa grâce dans l’élection et la manifestation d’un résidu. Ces époques ont été appelées — à juste titre — des réveils. Les temps de Samuel, de David, d’Ézéchias, de Josias, de Zorobabel, d’Esdras, de Néhémie, sont autant de réveils ou de moments de renouveau spirituel après un état de maladie. Mais la condition présente d’Israël nous dit qu’à nouveau la fleur est devenue comme de la pourriture. Son été est fini (Jérémie 8:20). L’état du pays et du peuple en est la preuve. Mais il n’en sera pas toujours ainsi. Il y aura encore le plus grand réveil de tous. Ceux dont nous avons parlé n’ont été que des guérisons momentanées d’un système malade, qui portait en lui-même le principe de mort. Mais le dernier réveil sera complet et durable, car il sera selon la puissance de la vie de résurrection du Fils de Dieu. Tandis que l’on ne peut se fier à rien de ce qui vient de l’homme, et que rien ne demeure de ce qui lui est confié, en Christ toutes les promesses de Dieu sont oui et amen (2 Cor. 1).

Au temps de ce dernier et glorieux réveil d’Israël, il y aura une grande œuvre du Seigneur dans les cœurs, comme il y en a toujours eu dans tous les réveils. Samuel a été exercé dans son cœur avant d’être manifesté, et David de même, et Esdras, Néhémie et les autres, bien que de manière différente. L’Esprit de Dieu préparait l’instrument avant que la main de Dieu l’employât. Nous en avons un exemple en Samson : « Et l’Esprit de l’Éternel commença de le pousser, — à Mahané-Dan, entre Tsorha et Eshtaol » (Juges 13:25). Il en sera de même dans les jours qui viennent pour Israël : il y aura de nouveau un travail secret de l’Esprit dans les fidèles du résidu, choisi et tiré du milieu de la nation.

Les prophètes, à bien des reprises, nous annoncent que le peuple réveillé traversera de nombreux exercices d’âme : ils porteront l’indignation de l’Éternel parce qu’ils ont péché contre lui, — ils gémiront sur leur maigreur et confesseront qu’ils ne sont qu’un grappillage, — ils s’attendront au Dieu de leur salut — ils se souviendront de ses œuvres passées — ils seront un peuple affligé et pauvre, se retirant de l’iniquité et du mensonge, fermant les yeux pour ne pas voir le mal — ils viendront avec pleurs et supplications, — ils seront conduits dans le désert, et là, il leur sera parlé au cœur — ils retourneront et chercheront Dieu et David leur roi — ils prendront avec eux des paroles — ils reconnaîtront leurs offenses — ils parleront l’un à l’autre, etc. Tout cela nous est donné historiquement au sujet du résidu par les prophètes, tout comme les évangélistes nous donnent historiquement — comme des faits — les voies de Jésus. Mais ce livre des Psaumes, à sa place, nous donne par le même Esprit, les sentiments secrets de Jésus, et du résidu d’Israël selon l’élection, à travers les circonstances rapportées par les évangélistes et les prophètes.

Daniel, Esdras, Néhémie et d’autres sont des échantillons de ce résidu choisi du milieu d’Israël. Leurs âmes justes étaient exercées par Dieu au sujet de l’état de la nation et au sujet des oracles de Dieu. Josias également est exercé dans un jour où le jugement du peuple ne pouvait pas être détourné, mais où la semence juste devait être préservée (2 Chr. 34).

De même que les voix d’Aggée et de Zacharie stimulaient le peuple à travailler à la maison de Dieu, de même une attention renouvelée pour les paroles des prophètes réveillera et dirigera plus tard les cœurs des fidèles du résidu destinés par la grâce à devenir fils et citoyens de la Jérusalem terrestre (cf. Esdras 5).

Mais le fruit que Dieu veut comme toujours produire par toute cette discipline n’est autre que ceci : « ôter leur péché » (Ésaïe 27:9). Quand toute cette purification sera terminée, « l’offrande de Juda et de Jérusalem sera agréable à l’Éternel comme aux jours anciens » (Malachie 3:4). La vallée d’Acor sera une porte d’espérance, comme autrefois (cf. Josué 7 ; Osée 2) ; de l’épreuve et de la discipline sortiront pour eux la joie et l’honneur (assurément en vertu de ce sang de Jésus qui est la seule « source ouverte » pour tout péché, que ce soit le leur ou le nôtre (Zacharie 13:1). Leur désert produira de la vigne, ou deviendra un jardin de roses (Osée 2 ; Ésaïe 35). Acan sera ôté, et le pays sera conquis. Les rebelles doivent être exterminés, et alors le troupeau sera sauvé, et se couchera comme « sous l’ombre du Liban » (Osée 14:7), et David sera de nouveau leur berger.


4.5 - Les Psaumes préparés à l’avance pour le Résidu Juif

Ces simples considérations peuvent nous préparer à entendre, dans ce livre, la voix de ce peuple, le vrai Israël de Dieu. Ils seront amenés à y trouver ce qui conviendra à la condition de leurs âmes, selon les circonstances dans lesquelles leur obéissance à Dieu les placera. Car l’Esprit de Dieu qui sympathise avec son peuple, a composé ces psaumes pour son usage. Actes 4:25-27 nous en donne un exemple très simple et très clair. Là, en effet, les circonstances dirigent l’esprit des disciples (sous l’action du Saint-Esprit, certainement), de manière à mettre leurs âmes en communion avec le Psaume 2 ; et, sans effort et sans délai, ils trouvent dans cette écriture l’expression qui convient à leurs cœurs.

Ce n’est qu’un exemple de ce que nous voulons faire comprendre, à savoir que les psaumes sont préparés par l’Esprit de Christ pour son peuple Israël au jour de son réveil, qui sera en même temps le jour de son épreuve. Ainsi nous pouvons observer que le Psaume 78 a été écrit aussi pour d’autres générations futures, comme cela est annoncé dès les premiers versets. Moïse également nous dit que son cantique est pour toutes les générations du peuple, qu’il servira à leur bénédiction en portant témoignage contre eux, tout en les amenant à connaître la grâce de Dieu qui abonde et la miséricorde qui se glorifie vis-à-vis du jugement (Deut. 32). Toutes ces remarques confirment donc bien que les paroles prononcées autrefois par l’Esprit de Dieu dans les Écritures ont été préparées pour que son peuple en fasse usage, dans le jour à venir où son cœur sera touché. Un passage tel qu’Ésaïe 53 ne porte-t-il pas clairement ce caractère ? Nous nous y reconnaissons aujourd’hui dans ceux pour qui l’œuvre est faite, mais assurément les termes mêmes de ce chapitre montrent qu’Israël se les appliquera comme s’il avait été entièrement écrit pour eux au jour de leur repentance (voyez 1 Cor. 9:10).

Ainsi certains psaumes ont été écrits, nous n’en doutons pas, par l’Esprit de Christ, pour son peuple au jour de son réveil. Cela résulte de la sympathie de Christ pour son résidu élu, sympathie que nous pouvons nous attendre à trouver dans les Psaumes, car nous la trouvons continuellement dans les autres Écritures : « Dans toutes leurs détresses, il a été en détresse » (Ésaïe 63:9). — « Son âme fut en peine de la misère d’Israël » (Juges 10:16). — « Celui qui vous touche, touche la prunelle de son œil » (Zach. 2:8). Nous avons dans ce passage, la sympathie de l’Éternel pour son peuple présentée comme doctrine. Et plus encore dans les paroles de l’Éternel à David par Nathan : « Partout où j’ai marché au milieu de tout Israël, ai-je dit un mot à l’un des juges d’Israël à qui j’ai commandé de paître mon peuple, en disant : Pourquoi ne me bâtissez-vous pas une maison de cèdres ? » (1 Chr. 17:6). Car il ne voulait pas se reposer avant que son peuple se reposât, mais il voulait aller, comme il le dit dans ce même passage, « de tente en tente, et de demeure en demeure », marchant avec David : « J’ai été avec toi, partout où tu as marché ». Quel magnifique tableau de l’entière sympathie du Seigneur pour David et Son Israël ! Ses voies aussi ont montré cette sympathie. Quand Israël était dans la fournaise de l’Égypte, Dieu était dans le buisson de feu ; quand le peuple voyageait dans le désert, Lui était dans la nuée ; quand il était sous les murailles ennemies de Jéricho, Il se présentait comme le chef de l’armée. Plus tard nous Le voyons en campagne avec les juges et les sauveurs d’Israël. Et Debora encourage Barak en disant : « Lève-toi…, l’Éternel n’est-il pas sorti devant toi ? » (Juges 4:14). Voilà la sympathie. Le Seigneur parle et agit comme étant identifié avec Israël. De même encore, Il gardait le troupeau avec David, lorsque le lion et l’ours le rencontrèrent. Il était aussi lui dans la vallée d’Éla, quand le Philistin sortit contre lui.


4.6 - Le cœur de Christ pour Son peuple

Les Psaumes donc — dans la mesure où ils sont des expressions préparées par l’Esprit de Christ pour son peuple — font pour ainsi dire entendre la voix de Jéhovah-Jésus, parlant du buisson ardent, ou de la nuée, ou au bas des murailles de Jéricho, la veille de la bataille. Nous pouvons dire qu’en eux, Jésus est de nouveau avec Moïse et David, avec Josué et Gédéon ; comme aussi il est sensible au tranchant de l’épée du persécuteur, quand il dit : « Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu ? » Les expériences de l’âme de Jésus, soit dans sa propre histoire, soit dans ses sympathies pour son peuple, peuvent avoir été le sujet des anticipations de l’Esprit chez le psalmiste, tout autant que les faits et les circonstances de sa vie le furent chez les prophètes.

Ces sympathies sont véritablement profondes et ferventes ; elles nous aident à comprendre, comme toute l’Écriture, que lorsque le Seigneur retournera vers Israël, il le fera avec toute la ferveur du « premier amour ». Car ce n’est pas seulement qu’Il aime jusqu’à la fin celui qu’il aime, mais la manière dont il aime demeure la même jusqu’à la fin. Le premier amour ne se refroidit jamais, quand il s’agit de Lui. Rien ne peut changer l’amour de Dieu. Vérité bénie, qu’elle soit pour Israël, pour l’Église ou pour n’importe quel saint. Quand l’Éternel visita Israël aux jours du juste Josaphat, ce fut comme une restauration des jours de Salomon : les Gentils lui apportent des présents, ses hommes vaillants se tiennent devant lui, et la frayeur de l’Éternel tombe sur tout le monde à cause de Josaphat. Il se retrouvait là quelque chose des jours glorieux de Salomon. Et tout cela montre que la gloire d’autrefois était toujours là, prête à reparaître, retirée seulement comme derrière un léger voile. Il en est de même aujourd’hui ; qu’Israël apprenne seulement à dire : « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur », et la gloire reviendra.

Le Seigneur a-t-il changé ? Est-il devenu pour Israël comme un désert, ou un pays de ténèbres ? Ou bien se souvient-il encore de la grâce de la jeunesse de son peuple, de l’amour de ses fiançailles, quand tous ceux qui voulaient dévorer Israël l’offensaient Lui-même ? Certainement il se souvient. Et lorsqu’il reviendra, au jour de la repentance d’Israël, ce sera dans la plénitude de son premier amour, retrouvant en son peuple la grâce de sa jeunesse. Dans les affections de Dieu, l’amour se porte vers son même objet, et s’y porte avec sa première ardeur. C’est pourquoi Ésaïe, parlant du retour de l’Éternel à Sion, dit : « De la joie que le fiancé a de sa fiancée, ton Dieu se réjouira de toi » (És. 62). Il en est de même en Osée (2), en Sophonie (3) et dans toute l’Écriture. Et l’apôtre aussi dit : « En ce qui concerne l’élection, ils sont bien-aimés à cause des pères », paroles qui confirment que le premier amour subsiste toujours, et que c’est l’amour envers Abraham, Isaac et Jacob qui rassemblera le peuple et trouvera ses délices en lui, au jour de son alliance. La fin montrera que Dieu ne se repent pas d’avoir aimé son peuple ; et que la manière dont il aime ne change pas, pas plus que ne change l’objet de son amour, jusqu’à la fin.


4.7 - Antichrist et apostasie

Mais n’allons pas plus loin sur ce sujet ; considérons un autre point auquel ces méditations ont souvent fait allusion : la place que tient dans les psaumes l’inique, ou l’orgueilleux apostat des derniers jours.

Les prophètes parlent de lui à maintes reprises. Cela n’a rien d’étonnant. Car ce méchant porte à son comble l’apostasie humaine. Il occupe une place si importante dans l’accomplissement des desseins divins sur la terre, qu’il est représenté à travers toute l’Écriture, du commencement à la fin, par de nombreux types. Nimrod, Pharaon, Amalek, Balak, Adoni-Tsédek, Abimélec, Saül et Absalom, Nebucadnetsar, Haman et Hérode, en sont des figures qui jalonnent toute l’Écriture et qui nous le présentent sous les traits variés de son caractère ou de ses actes. Et enfin il apparaît sous le symbole de la Bête, à laquelle le dragon donne son pouvoir, et son trône et une grande autorité, et qui enfin tombe devant l’éclat de l’apparition du Seigneur.

L’inimitié de ce Roi qui agira selon sa volonté, l’orgueil de celui qui ne se soumet à aucune loi, seront la dernière expression de cette puissance du monde qui s’est opposée à Jésus et a toujours été en opposition et en révolte contre Dieu.

Nous pouvions donc nous attendre à trouver le grand apostat des derniers jours souvent mentionné dans les psaumes. Car, dans les Écritures prophétiques, l’Esprit de Dieu a toujours en vue la grande crise, les scènes finales si solennelles du conflit entre la lumière et les ténèbres, entre Christ et l’Ennemi ; l’on doit donc y voir aussi le résidu juif, ainsi que cet apostat et ses alliés, car chacun d’eux joue un rôle de premier plan dans cet affrontement. Cependant, nous ne devons pas oublier — nous devons même être pleinement conscients — que nous avons affaire, nous personnellement et d’une manière plus immédiate avec ces principes et ces œuvres d’iniquité qui conduisent à cette crise — le « mystère d’iniquité » — qui, avec une énergie plus ou moins grande, est à l’œuvre depuis les jours des apôtres. Et il est plus important pour nos âmes de connaître les faux principes qui sont à l’œuvre maintenant que de savoir beaucoup de choses sur l’Antichrist.


4.8 - La vengeance de Dieu et les motifs actuels des saints

Si les Psaumes ne sont pas appliqués ainsi dans leur caractère prophétique, une fausse direction sera donnée à l’âme du croyant. Tout comme une fausse direction a été imprimée, dans les jours qui nous ont précédés, aux esprits de nombreux enfants de Dieu qui lisaient l’histoire des guerres des Israélites comme si elles étaient le type de l’activité des saints au jour actuel : ils s’en servaient comme d’une justification pour prendre l’épée et aller au combat, comme s’ils combattaient pour le Seigneur. C’était du zèle, certes, mais mal dirigé. Ce n’est pas notre affaire d’en appeler au Vengeur, comme le fait le psalmiste, pour qu’il tire sa main de son sein, et qu’il élève ses pas vers les ruines perpétuelles (Ps. 74:3, 11). Au contraire, nous devons plutôt attendre notre héritage, en nous réjouissant de ce que le délai ou la patience de Dieu est salut pour d’autres (2 Pierre 3).

Lorsque le jour du Vengeur viendra, les saints chanteront (Apoc. 19). Pour l’instant, ils pleurent sur la corruption qui les entoure, et leurs larmes sont le fruit d’un esprit pieux. Mais quoi qu’il en soit, cette tristesse doit être mesurée. Nous pleurons sur une création souillée, sur un Éden disparu, sur une Canaan perdue, ou sur la ruine actuelle de la Chrétienté. Mais il faut de la mesure dans ce deuil. Jésus pleura sur les villes incrédules, mais il trouvait son soulagement dans les conseils de Dieu (Matt. 11). Paul pouvait être affligé à cause des faux docteurs, mais il trouvait sa consolation dans la sûreté du solide fondement de Dieu (2 Tim. 2). Samuel autrefois versait des larmes sur le péché de Saül et le déshonneur de l’Oint de l’Éternel, mais c’est l’Éternel lui-même qui les séchait (1 Sam. 16). Et dans les psaumes, Jésus, en sympathie avec les afflictions des justes quand l’iniquité est arrivée à son comble, attend le jugement et la revendication de ses droits, sachant qu’il y a ressource en Dieu contre tout le mal que l’homme peut faire. Ainsi, il désire la délivrance et la prospérité des justes, l’élévation des humbles, l’abaissement des orgueilleux, la revendication du nom de l’Éternel, et l’établissement de toutes choses en justice. Il peut dire, il est vrai : « Oh ! si mon peuple m’avait écouté » (Ps. 81:13), comme, dans les jours de sa chair, il s’est écrié : « Jérusalem, Jérusalem ! ». Pourtant son esprit dans les psaumes est généralement occupé des conseils justes et arrêtés de Dieu (Jérémie, dans le même esprit, en appelle au jugement : ch. 17). Car c’est la résistance à Dieu qu’Il voit, tout comme Paul, dans sa mesure, en Gal. 1:8 et 2 Tim. 4:14. Cette résistance, Il la voit en sympathie avec le résidu souffrant des derniers jours, quand l’iniquité est arrivée à son comble. Comme quelqu’un l’a écrit : « lorsque le temps de l’évangile sera terminé, Christ demandera le juste jugement contre le monde — c’est Christ réclamant la justice et la demandant (son esprit parlant généralement dans les humbles et les abaissés de la nation juive) contre l’homme orgueilleux et violent. Ce n’est pas David demandant à dominer sur ses ennemis, mais Christ qui demande le jugement parce que le temps est venu ».

Cela a été dit très justement, de beaucoup de choses que nous trouvons dans les psaumes, et explique tout naturellement des désirs qui ne sont pas et ne doivent pas être les motifs actuels de l’esprit renouvelé des saints.


4.9 - Mettre nos âmes en harmonie avec les sentiments des Psaumes

Le livre des Psaumes nous donne, on peut le dire, des fragments de l’histoire de la rédemption. Ils ne sont pas les paragraphes bien ordonnés d’une narration, ou d’une démonstration, ni d’un poème. Ce ne sont que des fragments, et de plus, dispersés ici et là. On peut pourtant découvrir de la méthode dans cette dispersion même. Il n’y a pas là désordre confus. L’apôtre désigne un psaume comme le second : c’est donc qu’il y a quelque ordre dans ce livre, un ordre que le Saint Esprit discerne. Nous avons ainsi trouvé, dans ces courtes méditations, quelques psaumes regroupés, tandis que d’autres se présentent isolés. Mais l’âme doit porter une sainte attention en assemblant ces fragments : il y faut une main prudente, et l’on ne peut passer sur le terrain où ils se trouvent qu’avec les pieds déchaussés. Assurément c’est une « terre sainte », puisque Jésus est là dans ses peines et dans ses joies. Les cordes de la harpe de David sont les cordes du cœur de Christ ; et quand elles résonnent, nous devrions garder le silence, le profond silence de gens qui écoutent une mélodie lointaine, car les accents de ce cœur s’élèvent bien au-dessus de ce monde brutal et bruyant.

Nos âmes devraient se mettre à leur diapason lorsqu’elles méditent les psaumes. À quelles tristesses, à quelles épreuves, à quelles tentations, à quels gémissements, à quelles prières et quelles méditations, à quelles joies, à quels cantiques, à quels cris de louange n’assistons-nous pas dans ce merveilleux livre ! Il est comme le siège des affections — le cœur, en quelque sorte, de tout le volume inspiré, ainsi que nous l’avons déjà dit. Et combien d’exercices de cœur n’a-t-il pas suscités chez les saints ! Quelles consolations et quels encouragements pour les enfants de Dieu dans ce livre ! Comme le joueur de harpe du prophète, il les a rendus capables de poursuivre leur route avec plus d’assurance et de joie ! La présence du roi d’Israël troublait l’esprit d’Élisée, et pour pouvoir prophétiser il lui fallait entendre la harpe d’un musicien (2 Rois 3:15). C’est bien l’effet qu’a produit pour plus d’un saint de Dieu cette harpe de David, cette harpe à plusieurs cordes, lorsque des occasions de tristesse se sont présentées. Tel a été son ministère de grâce, par le Saint Esprit, le Consolateur des saints, et tel il est encore aujourd’hui.

Mais comme nous l’avons dit, les sentiments dépeints dans ce livre sont essentiellement le retentissement dans l’âme des circonstances du chemin, des expériences de la vie réelle ; ce sont des événements véritablement vécus, qui nous sont donnés à connaître à travers ce qu’ils ont produit dans le cœur. On peut comparer les psaumes à un chant dont la musique serait la chose primordiale, le sujet n’étant que secondaire, quoiqu’il ait pu donner lieu à ce chant. De même les sentiments de l’âme sont l’élément primordial dans un psaume, quoique à travers eux apparaisse l’événement qui leur a donné naissance. Les Lamentations de Jérémie et le Cantique de Salomon en sont aussi deux exemples : le premier nous montre la profonde tristesse de l’Esprit en Jérémie, ou dans le résidu juste d’Israël, ou encore la tristesse de Christ lui-même ; le second, au contraire, les joyeux transports de l’âme qui a appris à trouver ses délices dans le Bien-Aimé et désire jouir davantage de sa présence. Et les circonstances auxquelles font allusion les expressions de ces livres nous en fournissent le ministère historique ou prophétique.

Le Livre des Psaumes nous rend donc un double service. Sous le rapport de la piété, il calme, apaise, réconforte nos âmes, il est le compagnon bienvenu de toutes nos épreuves ; sous celui de la prophétie, il nous enseigne les conseils et les œuvres de Dieu, et une grande partie de ce qu’ont été ou de ce que seront ses voies.


4.10 - S’aider l’un l’autre à la compréhension des Psaumes

Ces brèves méditations ont pour but de faire ressortir ces deux côtés dans les psaumes : les expériences de l’âme, et les circonstances qui leur ont donné naissance. Mais il ne s’agit là que d’esquisses. Et c’est ce que nous désirons ; car il n’est pas question de méditer pour d’autres. Notre communion mutuelle, comme saints, n’est pas une communion d’aveugles conduisant des aveugles, pas davantage de gens qui voient conduisant des aveugles. Nous sommes des enfants de lumière marchant ensemble, ensemble objets de la grâce du même Seigneur bien-aimé, source de lumière. Et la pensée d’un frère doit amener d’autres frères à méditer eux-mêmes la Parole, dans la dépendance du Saint Esprit qui est en eux. Ceci dit sans nier le don de grâce de l’un ou de l’autre pour enseigner ou exhorter ; ainsi qu’il est écrit : « Soit celui qui enseigne, qu’il s’applique à l’enseignement ; soit celui qui exhorte, à l’exhortation » (Rom. 12:8).


4.11 - Meubler son intelligence, ou apprendre la manière et les sentiments de Christ

Mais il y a des personnes qui courent après la connaissance. Sans cesse elles veulent meubler leur intelligence. Cette tournure d’esprit demande un effort continuel, et impose une contrainte incessante. Toute différente est la façon de faire de l’apôtre. Il désirait que le docteur se comporte le moins possible en docteur. Il pouvait s’intituler : « docteur des nations » (1 Tim. 2), mais son langage est plutôt celui d’un compagnon, d’un frère plein d’amour. « Car je désire ardemment de vous voir, afin de vous faire part de quelque don de grâce spirituel, pour que vous soyez affermis, c’est-à-dire pour que nous soyons consolés ensemble au milieu de vous, vous et moi, chacun par la foi qui est dans l’autre » (Rom. 1:11-12). « Je vous parle comme à mes enfants » dit-il encore (2 Cor. 6:13).

Et cette manière de l’apôtre n’est qu’une faible image du divin Maître lui-même. L’apôtre le donne à entendre lorsqu’il dit : « Je vous exhorte par la douceur et la débonnaireté du Christ » (2 Cor. 10:1). Cela nous fait voir quelle est, pour ainsi dire, la manière d’enseigner du Seigneur. Et il est précieux de savoir que telle était la manière du Fils de Dieu quand Il était au milieu des hommes. Il voulait inculquer à ses disciples le sentiment qu’ils étaient tout près de lui. Il n’agissait pas avec eux comme un protecteur ou comme un bienfaiteur, ainsi que les hommes agissent entre eux (Luc 22:25). L’homme est toujours disposé à accorder des faveurs s’il peut ainsi se faire reconnaître une position de supériorité. Mais le Seigneur introduit celui qui se confie en Lui dans sa proximité. Il s’assit sur la margelle du puits, à côté de la pécheresse dont il désirait remplir le cœur. Était-il un protecteur à la façon des hommes ? Montrait-il la condescendance d’un bienfaiteur ?

Je crois que, dans la mesure où nous saisissons quelque chose de cette disposition et de cette manière d’agir de Christ, nous goûtons quelque chose du ciel. Mais c’est d’avertissement aussi bien que de consolation que nous avons besoin : si cette façon d’agir est à remarquer chez notre Maître, la nôtre comme disciples est à considérer et à corriger.

On l’a dit — et nous devons y être attentifs — « il est grave de s’occuper d’une vérité sans qu’elle ait d’effet sur l’âme ».


4.12 - Danger de la connaissance superficielle sans effet sur le cœur et la marche

Dans une période paisible, il peut arriver que l’esprit se laisse aller à traiter la connaissance d’une manière superficielle et spéculative. Mais on ne saurait parvenir à une connaissance selon Dieu, on ne saurait saisir la vérité spirituellement, si l’intelligence en fait un objet de spéculation, comme s’il s’agissait de propositions que l’intellect assimile et discute.

De nos jours, le danger est de vouloir rendre la Bible « facile ». C’est une des marques particulières de la dispensation présente que la clarté et la plénitude de la révélation. Cela est vrai et très précieux. « Bienheureux sont vos yeux, car ils voient » (Matt. 13:16), dit le Seigneur. Pourtant il y a un piège et un danger dans la facilité avec laquelle la connaissance des choses de Dieu peut être acquise aujourd’hui. Nous pouvons nous complaire dans l’étude elle-même, sans être exercés, comme nous devrions l’être, pour marcher dans des affections plus ardentes, et une énergie morale plus profonde, car tel doit être le seul fruit de notre plus grande mesure de lumière et d’intelligence.

L’assemblée à Corinthe abondait en connaissance (1 Cor. 1:5), mais leur marche était si peu spirituelle que l’apôtre ne voulait pas leur parler comme à des hommes vraiment enseignés (1 Cor. 3:1). Cela nous montre combien le Seigneur a horreur que l’on s’occupe de la vérité sans qu’elle ait d’effet intérieur. Il peut y avoir chez les habitants des cieux de l’ignorance ou une connaissance incomplète ; mais ils ne possèdent pas de vérité qui n’ait d’effet sur eux. Les anges, ces créatures célestes, montrent qu’il y a des choses qu’ils ne connaissent pas, par le désir qu’ils ont de les apprendre (1 Pierre 1:12). Ils sont ignorants de certaines vérités, mais ils n’y sont pas indifférents. De même, des justes et des prophètes ont été ignorants, mais non indifférents (Matt. 13:17 ; Luc 10:24 ; 1 Pierre 1:10). Et dans la personne du patriarche Abraham, nous voyons comment, autrefois, des croyants, moins favorisés quant à la lumière et à la révélation de la vérité, furent remplis d’affections justes, de sorte que l’Esprit les transporta au delà des horizons de l’économie dans laquelle ils vivaient.

En parlant d’Abraham, le Seigneur déclara : il « a tressailli de joie de ce qu’il verrait mon jour ; et il l’a vu, et s’est réjoui » (Jean 8:56). Ce « tressaillement de joie » était ce qu’il éprouvait initialement : son intérêt était éveillé par ce qu’il lui était donné de discerner de Christ. Ce n’était encore que de pâles et rares lueurs ; mais elles captivaient son âme. Ce qu’il entrevoyait l’attirait puissamment. Le Seigneur récompensa un tel attachement, et accorda à son serviteur une vision plus complète. « Abraham, votre père, a tressailli de joie de ce qu’il verrait mon jour ; et il l’a vu ». Alors, comme nous le lisons ensuite, « il s’est réjoui ». Il faisait un juste usage de la connaissance reçue, tout comme il l’avait recherchée d’une juste manière. Ses affections avaient été engagées dans cette recherche, et ne furent ni refroidies ni émoussées, bien au contraire, quand cette connaissance lui fut donnée.

Voilà une connaissance recherchée et mise en pratique comme il convient. Ne pouvons-nous pas désirer qu’il en soit davantage ainsi en chacun de nous et au milieu de nous !


4.13 - Exercices spirituels personnels : leur importance et leur approfondissement

Peu de connaissance, accompagnée d’exercices spirituels personnels, vaut mieux que beaucoup de connaissance sans exercice. Comme le dit le proverbe : « Il y a beaucoup à manger dans le défrichement des pauvres » (Prov. 13:23). Car le peu qu’ils ont, les pauvres l’utilisent au mieux. Ils se servent de la bêche, de la houe et de la pioche ; ils retournent, sarclent et nettoient leur petit lopin de terre ; et leurs soins diligents en tirent abondance de nourriture. Nous devons être comme ces pauvres, défrichant sans relâche : il nous faut continuellement sonder les divins écrits et faire fructifier au mieux le peu que nous avons. Peut-être ne nous nourrissons-nous que de lait, mais si nous nous appliquons avec zèle à rejeter toute malice, et les hypocrisies, les envies, et les choses semblables, alors vraiment nous assimilerons notre nourriture, et nous prendrons notre accroissement (1 Pierre 2). Et c’est pourquoi, souvent, on trouve une plus grande jouissance de Christ chez ceux qui ont moins de connaissance, car ils sont diligents dans le « défrichement des pauvres ».

« Nous connaissons en partie et nous prophétisons en partie » (1 Cor. 13:9). Nous pouvons bien nous dire l’un à l’autre : « Je parle comme à des personnes intelligentes ; jugez vous-mêmes de ce que je dis » (1 Cor. 10:15). Dans un ouvrage comme celui-ci, où sont contemplées les affections du Seigneur et de ses saints, il y aura nécessairement bien des choses qui ne sauraient être goûtées que par le cœur. Qui n’a, parfois, en méditant sur le sentier du Seigneur, éprouvé de profondes émotions, dont un psaume fait entendre l’écho ; alors que, en d’autres temps, nous chercherions en vain les mêmes beautés, en nous étonnant peut-être qu’elles aient pu nous apparaître si lumineuses un jour ? Un croyant habitué à nourrir son âme de la personne du Seigneur, mettra peut-être un seul verset des Évangiles en parallèle avec un psaume tout entier ; et il trouvera dans une portion de ce livre l’expression des sentiments de son cœur vers Dieu, soit au cours d’une certaine activité, soit qu’il soit l’objet de malveillance. Un autre, selon la mesure de son discernement spirituel, trouvera un lien entre des expériences semblables et une portion ayant un tout autre caractère. Il ne pourrait guère en être ainsi d’aucune autre partie de l’Écriture ; car le livre des Psaumes n’est pas un livre doctrinal, mais le livre des expériences de l’âme.

Que rien, dans ces méditations, ne vienne amoindrir, si peu que ce soit, la valeur de ce livre. Leur seul but est d’accompagner les saints dans leur méditation personnelle, si, par l’Esprit, elles peuvent servir à leur faire trouver plus de joie et de lumière dans le Seigneur.

Le temps actuel est caractérisé par l’agitation de ceux qui courent après toujours plus de connaissance dans tous les domaines. Que nos âmes y prennent garde : le croyant doit toujours veiller pour ne pas se laisser gagner par l’esprit du siècle ! Et dans ces temps de lumière et de connaissance (fût-ce même la connaissance de Dieu), il nous faut nous souvenir qu’il ne suffit pas de manger, mais que, pour être nourri, il faut digérer la nourriture. Sous la loi, l’animal pur était celui qui ruminait. Et l’Esprit de Dieu, par la bouche du sage Salomon, a dit : « As-tu trouvé du miel ? manges-en ce qu’il t’en faut, de peur que tu n’en sois repu et que tu ne le vomisses » (Prov. 25:16).

Le Seigneur lui-même nous enseigne comment nous devrions cultiver la connaissance divine ou la connaissance de l’Écriture. Car, dans les Évangiles, en répondant aux questions, il ne semble jamais satisfaire la curiosité, mais il reçoit la demande comme quelqu’un qui non seulement avait l’oreille ouverte aux questions de son interlocuteur, mais qui lisait aussi dans son âme. Ses paroles : « J’ai beaucoup de choses à vous dire, mais vous ne pouvez les supporter maintenant », nous montrent que son but n’était pas d’augmenter la connaissance, mais de diriger la conscience et de nourrir l’esprit renouvelé suivant sa capacité croissante. Cela est divin. Questionner dans le seul dessein de recueillir de la connaissance, n’est que la vaine activité de l’intelligence purement humaine, telle qu’on la trouvait chez les philosophes d’Athènes (Actes 17:21).


4.14 - S’approprier la Parole par la foi

Rappelons-nous avant tout que nous devons, avec la connaissance, rechercher et cultiver cette foi par laquelle nous faisons nôtre ce que nous savons, et qui nous fait y trouver une joie et un intérêt personnels. C’est là pour nous la principale bénédiction. « La parole qu’ils entendirent ne leur servit de rien, n’étant pas mêlée avec de la foi dans ceux qui l’entendirent » (Héb. 4:2). Car c’est la foi qui nous fait ainsi nous approprier Dieu, qui fait que le Bien-Aimé et toute sa plénitude sont notre part, la retraite de nos cœurs. Cela est d’un immense prix. Dieu est une demeure pour nous — Il est à nous. Il est dit que nous demeurons en lui. La connaissance meuble la maison, mais la foi nous fait considérer tout ce qui, de grande ou de petite importance, est dans la maison, comme notre bien.

Oh ! puissions-nous avoir plus de foi ! Un « scribe » peut être très instruit ; il peut contempler la demeure de gloire, parler de sa richesse, décrire les trophées de David et les tentures de Salomon qui la décorent ; et malgré tout cela il peut n’être qu’un visiteur. Il peut passer à travers toute cette magnificence sans la foi qui se l’approprie, sans avoir dans son âme le sentiment qu’il est chez lui dans cet endroit magnifique. Alors qu’un autre peut s’entendre beaucoup moins à décrire ces tapis et à donner l’histoire de ces trophées, ou encore à évaluer l’or et l’argent de la maison, mais peut avoir cette foi précieuse qui, pour sa bénédiction, lui fait s’approprier tout ce qu’il voit, quoique avec faiblesse, en sorte qu’il n’est pas un visiteur, mais un enfant chez lui dans la maison de Dieu.

Il semble à propos de rappeler ces paroles prononcées il y a longtemps : « Voulez-vous savoir si les choses contenues dans la parole de Christ sont réelles ? Ne les lisez jamais seulement en vue d’acquérir de la connaissance. Cherchez dans chaque verset quelque rayon de la gloire et de la puissance de Christ. Ne comptez la connaissance pour rien, si elle n’est accompagnée de quelque révélation de la glorieuse présence de Christ et de son Esprit vivifiant. Ne parlez pas des vérités spirituelles pour en disserter, mais ayez en vue l’édification. N’accomplissez pas vos devoirs simplement par habitude, ou pour vous acquitter d’un service, mais considérez-les comme un moyen de communion plus intime avec Dieu ».

La grâce que nous pouvons demander, c’est : « Seigneur, augmente-nous la foi ».


4.15 - En vue de la gloire de Christ

Puissions-nous être comme l’argile dans la main du divin potier ! non pas à la disposition de l’homme pour devenir ce que ses pensées, sa sagesse ou sa religion voudraient faire de nous ; mais dociles dans la main du Seigneur, pour être façonnés par sa vérité et son Esprit, suivant sa pensée, gardés jusqu’à la fin dans la « simplicité quant au Christ » ; puis au temps voulu, être enlevés de l’atelier du potier, pour être placés comme des vases à honneur dans le sanctuaire de sa gloire à toujours. Qu’il en soit ainsi, Seigneur Jésus !

« Louez Dieu dans son saint lieu ! Louez-le dans le firmament de sa force ! Louez-le pour ses actes puissants ! Louez-le pour l’étendue de sa grandeur ! Louez-le avec le son retentissant de la trompette ! Louez-le avec le luth et avec la harpe ! Louez-le avec le tambourin et la danse ! Louez-le avec les instruments à cordes et le chalumeau ! Louez-le avec les cymbales sonores ! Louez-le avec les cymbales retentissantes ! Que tout ce qui respire loue Jah ! Louez Jah ! » (Ps. 150).

« À Celui qui nous aime, et qui nous a lavés de nos péchés dans son sang ; — et il nous a faits un royaume, des sacrificateurs pour son Dieu et Père ; — à lui la gloire et la force aux siècles des siècles ! Amen » (Apoc. 1:5-6).