Ritualisme et Christianisme

C. E. Stuart (Clarence Esme Stuart)


ME 1953 p. 70-77, 108-111, 128-132, 153-158, 188-195


Table des matières :

1 - La liturgie est apparue très tôt partout

2 - Dieu seul détermine comment on doit Lui rendre culte

3 - Le cérémonial Juif est-il un modèle pour les chrétiens ?

3.1 - Quatre éléments similaires chez les Juifs et chez les chrétiens

3.2 - Le culte chrétien est « en esprit et en vérité »

3.3 - Ne pas mélanger rites Juifs et culte chrétien

4 - Le souverain sacrificateur (différences Juifs-chrétiens)

5 - Le sanctuaire (différences Juifs-chrétiens)

6 - L’autel (différences Juifs-chrétiens)

7 - Le sacrifice (différences Juifs-chrétiens)

7.1 - Le sacrifice de Christ ne se répète pas

7.2 - Une œuvre parfaite et achevée

7.3 - Pas d’autel dans le lieu très saint

7.4 - L’autel chrétien et les sacrifices dont on sa nourrit

7.5 - La table du Seigneur n’est pas un autel

7.6 - Les sacrifices hors de la porte

8 - Se tenir à l’écart du ritualisme


1 - La liturgie est apparue très tôt partout

Les différentes églises de la chrétienté ont toutes, ou presque toutes, établi des règles pour les cérémonies du culte, règles dont l’origine remonte souvent à une haute antiquité. Dès que le dernier apôtre eut quitté la scène terrestre, nous voyons s’établir des formes et se créer une liturgie. En même temps qu’elle abandonnait son premier amour, l’Église introduisait toute une réglementation qui se développe avec le temps, et qui tout en usant de termes et de citations scripturaires, n’a plus guère de rapport avec le culte en esprit et en vérité tel que nous le révèle le Seigneur lui-même. Une des grandes églises protestantes de notre temps procède précisément à une refonte générale de sa liturgie, et il nous a paru que l’article ci-dessous, écrit il y a plus de soixante-dix ans, pourrait éclairer quelques-uns des points les plus méconnus par le christianisme professant, sans prétendre naturellement à traiter en son entier un sujet extrêmement vaste.


2 - Dieu seul détermine comment on doit Lui rendre culte

On ne trouve jamais dans l’Écriture la pensée que des assemblées, ou des églises, aient l’autorité de décréter des rites et des cérémonies touchant le culte public, ni que des individus soient libres de choisir pour eux-mêmes la façon dont ils s’approcheront de leur Dieu. Ce qui peut être mal à un moment donné peut être bon à un autre. Ce qui convient à une certaine dispensation peut ne pas être, dans la pensée de Dieu, en harmonie avec le caractère de la suivante. Caïn a eu tort de s’approcher avec les fruits du sol et non pas avec un agneau comme son frère Abel. Pourtant, des siècles plus tard, il fut ordonné aux enfants d’Israël de présenter leur corbeille de prémices (Deut. 26). Une offrande des fruits de la terre n’était pas mauvaise en elle-même, sinon Israël n’aurait jamais reçu l’ordre de la présenter ; mais c’est Dieu et non pas l’homme qui devait être le seul juge du moment et de l’occasion. Encore, aucune distinction n’est mentionnée avant la loi entre un holocauste et un sacrifice pour le péché ; mais après que Dieu eût communiqué à Moïse ce rituel détaillé qui est souvent appelé du nom de ce législateur, personne en Israël ne se serait risqué à suivre l’exemple de Job offrant un holocauste pour ceux qui avaient péché. La seule autorité pour ce changement des pratiques patriarcales c’est la révélation de l’Éternel à Moïse (Lév. 4:1). Job agissait justement en offrant des holocaustes pour ses fils, quand il pensait qu’ils avaient pu pécher. Mais un Israélite qui eût agi ainsi eût été dans une complète erreur. Job était aussi libre d’offrir pour ses enfants ; mais chacun en Israël devait apporter son offrande pour son propre péché, quand la loi l’ordonnait pour s’assurer le pardon divin. Aucune excuse basée sur l’antiquité de la coutume, ou sur la pratique des patriarches, n’aurait eu de valeur devant Dieu, du moment que les différentes lois concernant les sacrifices pour le péché et les holocaustes avaient été communiquées à son peuple. Car Dieu était le seul juge de ce que ses créatures devaient faire pour Lui rendre culte.

Ce principe demeure encore aujourd’hui. Et Il a établi dans la révélation écrite donnée à son peuple comment Il veut que le culte Lui soit rendu et quelles sont les marques caractéristiques d’un tel service.

Avant que la loi n’eût été donnée, les chefs de famille agissaient comme sacrificateurs, officiant, suivant que le besoin s’en faisait sentir ou qu’ils en avaient le désir, à des autels qu’ils avaient élevés dans le pays de leur séjour. Ainsi, les patriarches dressèrent des autels à Sichem, à Hébron, à Beër-Sheba, à Béthel et y offrirent des sacrifices ; aucun endroit particulier dans le pays n’était considéré comme leur sanctuaire. Et ce n’était pas là une prérogative réservée à la branche aînée des descendants d’Abraham. Job en fit ainsi dans sa famille, et Jéthro, semble-t-il, remplit cet office parmi son peuple (Exode 2:16). Mais la loi changea tout cela pour Israël et pour ceux qui partageaient sa condition. Un ordre régulier de sacrificature fut établi, limité à la famille d’Aaron, et un seul autel reconnu où les sacrifices et les offrandes pouvaient être normalement présentés (Lév. 17 ; Deut. 12:5, 6). Dès le commencement on avait eu recours à des autels et à des sacrifices ; maintenant un ordre de sacrificature et un sanctuaire étaient établis par Dieu, avec un rituel d’institution divine qui subsista en fait jusqu’à la mort et la résurrection du Seigneur Jésus Christ. Par sa mort la maison à Jérusalem fut laissée déserte (Matt. 23:38), car le Seigneur n’est plus jamais entré dans le temple après sa résurrection.

Le rituel mosaïque n’était qu’une « ombre » ; désormais, la substance même apparaissait. Les types allaient faire place aux choses qu’ils préfiguraient. Le modèle ou type montré à Moïse sur la montagne devait devenir une réalité substantielle pour les vrais enfants d’Abraham. Le souverain sacrificateur, plus grand qu’Aaron, était entré dans le lieu très-saint dans son sens le plus complet, et le peuple que Dieu reconnaissait maintenant devait sortir vers Christ hors du camp. Mais comment ? comme des exilés emportant avec eux tout ce qui avait eu de la valeur à leurs yeux, leur culte, leur rituel, leur sacrificature et leur sanctuaire ? ou comme un peuple sortant pour rencontrer le Seigneur et apprendre ce qu’Il avait à leur dire ? L’épître aux Hébreux nous donne la réponse à cette question, en exposant les traits caractéristiques qui sont communs au judaïsme et au christianisme, et en attirant en même temps l’attention d’une manière très précise sur les différences qui les séparent.


3 - Le cérémonial Juif est-il un modèle pour les chrétiens ?

3.1 - Quatre éléments similaires chez les Juifs et chez les chrétiens

Il y avait, en relation avec le cérémonial lévitique, quatre choses dont les Juifs pouvaient se prévaloir : un souverain sacrificateur, un sanctuaire, un sacrifice, un autel. Et il y a quatre choses, les mêmes, dont les chrétiens peuvent se réclamer. On pourrait donc penser à première vue que le christianisme n’est qu’un développement du judaïsme, et que le cérémonial, donné à Israël par le moyen de Moïse, est en quelque mesure un modèle pour l’ordre et le caractère du culte chrétien. Et effectivement on a cherché dans les commandements de Dieu dans l’Ancien Testament une justification des systèmes rituels et des vêtements sacerdotaux, sans penser que de telles pratiques aboutissent à nier les vérités de la foi. Mais on pourrait demander : Avons-nous donc tort d’oser copier ce que nous trouvons dans la Parole comme expressément autorisé par Dieu ? La réponse est simple. On peut faire de la vérité scripturaire un usage mauvais, jusqu’à saper la doctrine chrétienne. Les Galates en sont un exemple frappant et l’épître qui leur est adressée dénonce la fausseté d’une telle position. Leur pensée qu’ils devaient se rattacher à Abraham était juste, mais ils étaient dans l’erreur quant à la manière d’y arriver. Leurs docteurs insistaient sur la nécessité de se soumettre au rite de la circoncision, ordonnée de Dieu à Abraham et à sa semence, et sur l’observation de la loi donnée par Dieu à Moïse s’ils voulaient être sauvés. De telles raisons devaient paraître inattaquables et scripturaires aux âmes peu instruites. L’apôtre leur montre, et nous enseigne, qu’en réalité de pareilles doctrines renversent la foi chrétienne. S’il en était ainsi, Christ ne leur était d’aucun profit. Ils étaient déchus de la grâce.


3.2 - Le culte chrétien est « en esprit et en vérité »

Ainsi il peut être très dangereux d’en appeler aux pratiques scripturaires d’un autre âge. La manière dont on rendait culte avant l’introduction du christianisme n’est pas nécessairement un guide pour la vraie manière de le rendre aujourd’hui, et les expressions scripturaires qui prennent place dans une liturgie ne font pas que cette liturgie soit scripturaire en elle-même. Pour que notre culte soit scripturaire nous devons adorer Dieu en esprit et en vérité, c’est-à-dire en accord avec sa nature, et en conformité avec la révélation qu’Il nous a donnée. Rappelons-nous que telle est la déclaration du Seigneur au sujet du culte, lors de sa conversation avec la Samaritaine au puits de Sichar. Il met de côté, de la manière la plus catégorique, les prétentions des Samaritains au sujet de Garizim qu’ils plaçaient au-dessus de Jérusalem. Mais tout en revendiquant le droit du temple à Jérusalem, Il annonçait le changement qui allait se produire. Le culte juif était inséparablement lié à la maison et à l’autel. La sanction divine sur ce qui continuait alors à Jérusalem, c’est-à-dire l’observation du rituel mosaïque, était donnée expressément ici (Jean 4). Pourtant le Seigneur annonçait le changement imminent, et déclarait, sans que l’on pût s’y tromper, que la relation la plus étroite serait maintenue entre la révélation de Dieu et le caractère nouveau du culte. Non que ceci fût en soi-même quelque chose de nouveau. Dieu, cela est bien établi, ne peut accepter le culte de la part des hommes que s’ils le Lui rendent en stricte conformité avec la révélation qu’Il leur en a faite. C’est ce principe que Caïn a ignoré et auquel Abel s’est conformé. Nous savons tous avec quel résultat.


3.3 - Ne pas mélanger rites Juifs et culte chrétien

Un trait particulier du judaïsme était celui-ci : il y avait chaque année un acte remémoratif de péchés (Héb. 10:3). Dans le christianisme, au contraire, par une seule offrande, Christ a rendu parfaits à perpétuité ceux qui sont sanctifiés (Héb. 10:14). La perfection caractérise ce dernier cas, l’imperfection met un sceau indélébile sur le premier (Héb. 7:11, 19 ; 9:9 ; 10:1). Mélanger les deux, c’est les gâter les deux. Greffer un culte spirituel sur les rites juifs, c’est renoncer aux vérités fondamentales de la foi. L’âme perd ainsi de vue les traits distinctifs du christianisme ; et le caractère du rituel mosaïque, qui était de diriger les regards des hommes en avant vers un sacrifice qui devait être offert un jour, est perdu de vue. On stéréotype, pour ainsi dire, ce qui était destiné à disparaître devant la pleine lumière de la vérité, pour l’adapter à notre temps : le témoignage de l’œuvre accomplie de Christ, ainsi que ses résultats, sont niés ou à tout le moins voilés, lorsqu’on enseigne délibérément le renouvellement de l’offrande du sacrifice du Seigneur, et que, au lieu de parler à l’adorateur de la proximité dans laquelle il est placé maintenant vis-à-vis de Dieu dans le lieu très saint, on insiste sur la distance qui l’en sépare, comme si un certain éloignement était la juste position des vrais adorateurs chrétiens ! Que la loi ait l’ombre des biens à venir est vrai, mais l’Écriture qui le déclare ajoute : « non l’image même des choses » (Héb. 10:1) . Les rites et les cérémonies juives étaient les ombres de choses à venir, « mais le corps est du Christ », comme Paul l’écrivait aux Colossiens (2:17). Personne n’avait été plus zélé que cet apôtre pour le judaïsme ; mais dès qu’il est enseigné par l’Esprit Saint, il annonce que le rituel donné à Israël ne pouvait même pas préfigurer tout ce que l’on trouverait en Christ. « Le corps est du Christ ». Il ne dit pas : c’est Christ, car en Christ il y a bien plus que ce que les rites et les cérémonies de la loi pouvaient manifester. Cependant la loi avait une ombre de ces choses : elle enseignait à celui qui venait présenter une offrande et se tenait près de l’autel de l’holocauste, qu’il lui fallait un autel et un sacrifice pour régler la question de ses péchés et, année après année, en voyant le souverain sacrificateur entrer au dedans du voile, le peuple apprenait la nécessité d’une propitiation par du sang, celle d’un sanctuaire et encore celle d’un souverain sacrificateur. Ainsi elle proclamait hautement et intelligiblement ce dont l’homme avait besoin, bien qu’il lui fût impossible de lui fournir le vrai et définitif remède. Elle avait bien un sanctuaire, un autel, un sacrifice, une sacrificature, mais c’était là l’ombre, « non l’image même » de ces choses : bien qu’elle eût des points de ressemblance avec le sanctuaire, l’autel, le sacrifice, la sacrificature du christianisme, les contrastes avec ceux-ci étaient grands, nets et clairs.


4 - Le souverain sacrificateur (différences Juifs-chrétiens)

Tout d’abord, le souverain sacrificateur. Les Juifs pouvaient en appeler à la révélation divine pour justifier l’exercice des devoirs des charges sacerdotales par Aaron et ses successeurs, lorsque ceux-ci étaient dûment consacrés (Ex. 28:1 ; 29:29, 30 ; Nomb. 18:7). Ils n’avaient pas recherché la fonction ; Dieu avait choisi Aaron et avait limité la sacrificature à sa personne et à sa maison. Ils y entraient non seulement avec la sanction divine, mais par désignation divine. Les chrétiens, de leur côté, peuvent parler du souverain sacrificateur de leur confession (Héb. 3:1), lequel comme Aaron a été établi par Dieu pour cet office, mais avec cette différence qu’il a été désigné à l’avance pour cela dans la Parole, et est devenu Souverain Sacrificateur de Dieu avec serment. Dans les deux cas donc, nous trouvons un Souverain Sacrificateur choisi par Dieu et revêtu de son office par autorité divine expresse. Pourtant quelle différence entre eux ! La sacrificature d’Aaron se transmettait par succession, les individus ne pouvant demeurer à cause de la mort. Le Seigneur, parce qu’Il demeure éternellement, a une sacrificature qui ne se transmet pas. La loi constituait sacrificateurs des hommes sujets à des infirmités. Depuis la loi, par un serment de l’Éternel, un Fils, « consommé pour l’éternité », est le Souverain Sacrificateur que Dieu reconnaît maintenant. Aaron, en tant que pécheur, devait offrir des sacrifices pour lui-même comme pour le peuple, car il avait tout autant besoin de l’expiation. Le Seigneur a fait cela une fois pour toutes en se livrant Lui-même, ses actes et son sacrifice proclamant tous deux sa nature sans souillure et sans péché. Il s’est offert Lui-même ! Sacrifice unique et parfait. Il diffère donc d’Aaron par sa sacrificature non transmissible et par le sacrifice de Lui-même qu’Il a offert, et que ni Aaron ni ses fils n’eussent pu offrir ; Il lui est supérieur dans sa personne et par sa position. Aaron était frère de Moïse qui était serviteur sur la maison de Dieu, maison sur laquelle Christ est Fils. Christ est plus grand que Moïse, beaucoup plus grand qu’Aaron, lequel a été puni pour avoir parlé contre son frère. Mais plus que cela. Là où Aaron n’a jamais été, et où personne de sa semence ne sera jamais, c’est là que se trouve actuellement le Seigneur Jésus, — assis à la droite du trône de la majesté dans les cieux. Aaron et ses fils avaient leur place à l’autel de Dieu, et dans le sanctuaire de Dieu. Le Seigneur qui est entré comme Souverain Sacrificateur dans le vrai tabernacle, a sa place à la droite de Dieu. Puis Aaron était de la tribu de Lévi, le Seigneur de celle de Juda, « à l’égard de laquelle Moïse n’a rien dit concernant des sacrificateurs ». Différence immense. Ce n’est pas tant la question de la priorité d’une tribu qui importe, bien que, lorsque Juda accéda à la première place par l’avènement de David au trône, la sacrificature qui avait occupé cette première place dans les jours d’Éli, tomba dans une position considérée politiquement comme de second rang par rapport au trône, position d’où elle ne s’éleva plus ; mais la conclusion tirée de la sacrificature du Seigneur est celle-ci : « la sacrificature étant changée, il y a aussi par nécessité un changement de loi » (Héb. 7:12). Un changement radical a été ainsi introduit.

Avec cette écriture devant nous, allons-nous prendre le cérémonial lévitique comme modèle, d’après lequel tout naturellement nous devrions régler le culte chrétien ? Est-ce qu’une déclaration aussi catégorique de l’auteur sacré ne va pas arrêter l’attention du lecteur, et l’amener à chercher dans la Parole la pensée de Dieu au sujet du culte dans notre temps ? « La sacrificature étant changée ». Est-il tellement certain que Dieu sanctionne aujourd’hui ce qu’Il avait établi en Israël, une classe spéciale au milieu de son peuple, considérée comme une sainte sacrificature ? S’il y a eu changement de loi, ce changement n’affecte-t-il point la forme et le caractère du culte maintenant ? Ce sont là de sérieuses questions. Mais il est inévitable qu’elles se posent devant cette affirmation précise du Saint Esprit. Sûrement il ne serait pas sage l’homme qui considérerait de telles questions comme secondaires, ou qui ne voudrait pas les examiner à la lumière de la révélation de Dieu. En effet, si l’on sait ce que le Seigneur a fait pour son peuple en sa qualité de Souverain Sacrificateur, « ayant obtenu une rédemption éternelle » (Héb. 9:12), on voit clairement l’incapacité de la loi à rendre parfait. La répétition de ses cérémonies le disait assez ; mais l’entrée du Seigneur Jésus dans les lieux saints, une fois pour toutes, non par le sang de taureaux et de boucs, mais par son propre sang, ayant obtenu une rédemption éternelle, le confirme par contraste. Sous la sacrificature d’Aaron, la position tant des autres tribus que de celle de Lévi qui servait Aaron et ses fils, était marquée par la distance de Dieu (Nomb. 18:3, 4, 22). Nous, au contraire, nous nous approchons de Dieu par notre Souverain Sacrificateur (Héb. 7:25). Est-ce qu’un cérémonial institué par Dieu pour ceux qui devaient être tenus à distance de Lui, pourrait convenir à ceux auxquels tout au contraire il est permis de s’approcher ? « Christ a souffert une fois pour les péchés, le juste pour les injustes, afin qu’il nous amenât à Dieu » (1 Pierre 3:18). La loi considérait comme étrangers dans le sanctuaire tous ceux qui n’étaient pas Aaron ou ses fils (Nomb. 16:40). Les chrétiens sont-ils donc étrangers dans le sanctuaire ? Hébreux 10:19 répond catégoriquement : non ! Mais alors, qu’ils prennent garde de ne pas agir de telle manière qu’ils mettent une certaine classe de gens entre eux-mêmes et Dieu dont ils ont été approchés par le sang de Christ. Une sainte sacrificature, telle est la part de tous les chrétiens (1 Pierre 2:5). Notre privilège actuel est de nous approcher de Dieu, ayant accès auprès du Père par Jésus par un seul Esprit (Héb. 4:16 ; 7:25 ; Éph. 2:18). Entrer dans le lieu très saint est une faveur qui nous est accordée maintenant (Héb. 10:19). Ce qu’Israël, en tant que nation, n’a jamais été, et ne sera jamais ; ce qu’individuellement les Israélites ne pouvaient jamais faire ; la place qu’ils n’occuperont jamais, même au temps du millénium, comme Ezéch. 44:15 ; 46, 1-9 le montre clairement, — tout cela est notre part maintenant, à nous qui croyons, par l’œuvre parfaite du Seigneur Jésus Christ.


5 - Le sanctuaire (différences Juifs-chrétiens)

Mais nous donc, dont les privilèges, la position, le caractère sont tellement différents de ceux d’Israël, sommes-nous vraiment dans la pensée divine quand nous prétendons que le culte chrétien devrait être modelé sur une forme juive ? L’enseignement de l’Écriture au sujet du sanctuaire va nous aider à résoudre la question. Voyons donc ce second point.

Jusqu’à ce qu’Israël ait été racheté d’Égypte, nous ne trouvons jamais qu’il soit fait mention d’un sanctuaire en rapport avec le culte de Dieu. Les patriarches avaient leurs autels, les adorateurs d’idoles avaient déjà leurs temples ; mais un sanctuaire construit sur la terre pour Dieu, était, jusqu’après l’Exode, une chose inconnue et à laquelle on n’avait jamais pensé. Mais une fois la rédemption accomplie il fallait un sanctuaire. « Je lui préparerai une habitation », chantaient Moïse et Israël au moment même de leur délivrance de l’esclavage (Ex. 15:2). « Ils feront pour moi un sanctuaire, et j’habiterai au milieu d’eux » (Exode 25:8), telle était la déclaration pleine de grâce que Dieu leur faisait quelques mois plus tard en réponse à leur désir. Israël était donc autorisé à participer au travail de la construction, mais c’est Dieu qui avait révélé les dessins, les mesures et le modèle. Moïse devait tout faire d’après le modèle, ou le type, qui lui avait été montré sur la montagne (Exode 25:40 ; 26:30), comme plus tard David reçut par révélation toutes les directions nécessaires pour la maison que Salomon devait bâtir ensuite (1 Chron. 28:11-19). Les Juifs pouvaient donc parler d’un tabernacle où tout avait été ordonné selon la pensée de Dieu, et où Il avait habité jadis, d’une maison magnifique dont l’Éternel avait pris possession publiquement. Nous comprenons alors combien on a dû insister auprès des premiers chrétiens pour qu’ils n’abandonnassent pas ce sanctuaire qu’ils avaient reconnu à juste titre comme étant la maison de Dieu ; et nous pouvons nous représenter un Juif pieux, tel Saul de Tarse avant sa conversion, rappelant à ceux que, dans son aveuglement, il pouvait considérer comme des renégats, les ordres de Dieu à Moïse concernant l’établissement du tabernacle, et les suppliant de ne pas abandonner cette maison où lors de sa première dédicace, l’Éternel avait daigné habiter. Où trouveriez-vous dans le monde, aurait-il pu dire, un tabernacle ou un temple élevé par l’autorité de Dieu, et vers lequel son peuple doit se tourner ? Il semblait bien évident que Dieu n’avait reconnu qu’une maison et n’avait ordonné la construction que d’un seul tabernacle. Étaient-ils plus sages que Moïse ? Ou mieux instruits que David ou Salomon ? Il attendait leur réponse avec une pleine confiance dans la solidité de sa position. Que répondre ? Dieu n’avait-il plus de sanctuaire ? Et son peuple en était-il privé ? En aucune manière. Mais le chrétien pouvait à son tour citer les Écritures, et rappeler que Dieu avait un autre sanctuaire que Moïse avait vu sur la montagne. Le sanctuaire terrestre était la figure (Héb. 9:24), le céleste était la réalité (Héb. 8:5) ; le vrai tabernacle n’est pas fait de main, le Seigneur l’a dressé, non pas l’homme. Quoi que le Juif pût penser du tabernacle terrestre, et quelle que fût l’admiration du Gentil pour la magnificence du temple à Jérusalem, c’est à travers un tabernacle plus grand et plus parfait que celui qu’Aaron a jamais traversé, que le Seigneur Jésus Christ, comme Souverain Sacrificateur, a passé jusqu’au trône de Dieu (Héb. 4:14). Si l’on avait parlé au chrétien de l’antiquité de la maison, il aurait répondu en parlant de ce que Moïse avait vu avant que le tabernacle n’existât. Ainsi ni son ancienneté, ni le commandement exprès de Dieu pour sa construction, ne pouvaient ébranler le moins du monde le chrétien qui connaissait par l’Écriture et par l’enseignement apostolique le terrain sur lequel il avait par grâce pris position. Les Écritures de l’Ancien Testament lui rappelaient le vrai tabernacle d’en haut, celles du Nouveau le rendaient capables de résister à ceux qui voulaient le faire se conformer aux rites et cérémonies du tabernacle terrestre.

Les Hébreux devenus chrétiens devaient, certes, rompre toute relation avec le temple terrestre et ses cérémonies, mais c’était pour trouver la substance, bien meilleure que la figure, de tout ce qui leur était familier depuis leur enfance, d’autant plus que cela leur était devenu une réalité tout en restant invisible à l’œil mortel. Ils pouvaient abandonner sans regrets leur participation au culte célébré dans la maison terrestre, accepter même avec joie d’être reniés par leurs compatriotes, peut-être même de se trouver séparés de leur foyer, de leur parenté, de leur entourage. Ils n’avaient plus à attendre que le souverain sacrificateur sorte du lieu très-saint au jour des expiations, pour savoir qu’ils étaient acceptés de Dieu, puisqu’ils pouvaient y pénétrer eux-mêmes, hardiment, par le sang de Jésus. Personne, sinon le souverain sacrificateur, ne pouvait pénétrer derrière le voile dans le sanctuaire terrestre ; à eux il était donné de passer à travers le voile déchiré dans le sanctuaire et d’y adorer. L’ordre de choses terrestres maintenait un voile intact, et le chemin pour entrer dans les lieux saints n’était pas manifesté (Héb. 9:8). Mais ils savaient que tout cela avait été changé par la mort du Seigneur Jésus Christ, que le voile avait été déchiré, et qu’ils entraient ainsi dans la présence même de leur Dieu. Quel changement dans leur position ! Quels avantages sur les adhérents au judaïsme !

Le caractère du service prescrit pour le tabernacle terrestre pouvait-il convenir à ceux qui rendaient culte dans le tabernacle céleste ? Le langage de quelqu’un, qui ignorait que le voile était déchiré et qu’il était permis désormais de pénétrer dans le lieu très saint, aurait-il été le même que celui de l’homme qui savait cela et jouissait consciemment de ce privilège ? Impossible. Ce dernier rendait grâces pour quelque chose que le premier attendait encore. L’attente caractérisait l’un ; l’autre connaissait son acceptation. L’Exode et le Lévitique nous apprennent ce qui convenait à ceux qui n’entreraient jamais dans le lieu très saint. Tandis que le Seigneur nous enseigne par l’institution de la cène, le langage qui convient aux chrétiens, et ce que devraient être les sentiments de leur cœur, car Il institua un service entièrement différent de tout ce qu’avait connu son peuple sur la terre. Nous trouvons le caractère du culte chrétien dans sa conversation avec la Samaritaine, et c’est Lui-même qui nous en a enseigné la forme quand, ayant pris le pain et le vin, Il rendit grâces. Aucune prière n’était nécessaire pour consacrer les éléments, et il n’y eut pas besoin de trompettes ou de cymbales pour rendre plus solennel ce service eucharistique ; l’expression d’un cœur reconnaissant est ce que Dieu accepte, et les accents de la voix humaine sont la seule musique qui convienne.


6 - L’autel (différences Juifs-chrétiens)

Quel changement ! Depuis les jours d’Abel jusqu’à la mort du Seigneur Jésus, un autel de pierre, de métal ou de terre était indispensable pour le culte acceptable des saints de Dieu. Non seulement les patriarches avaient leurs autels, mais le résidu de retour de Babylone, sentit qu’il lui fallait un autel, avant même qu’il fût en état de reconstruire le temple. Ce fut sa première pensée, et il s’y mit immédiatement (Esd. 3:2, 3). Plus tard, lorsque Dieu reprendra Israël comme son peuple terrestre, un autel sur lequel on sacrifiera viendra au premier plan (Ezéch. 43:13-18). Mais si nous cherchons dans les Actes et les Épîtres (excepté Hébr. 13:10 dont nous parlerons plus loin), nous ne trouverons aucune mention du terme « autel » en rapport avec le christianisme. C’est d’autant plus remarquable, que dans l’Apocalypse, quand Dieu commence ses voies envers Juifs et Gentils, après l’enlèvement le l’Église, pour encourager ses saints sur la terre, Il emploie un langage qu’ils comprennent, et fait de fréquentes allusions au cérémonial mosaïque (Apoc. 6:9 ; 8:3, 5 ; 9:13 ; 11:1, 2 ; 16:7). Ce n’est donc pas que ce mot soit tombé en désuétude. Le Seigneur l’emploie, et Jean plusieurs fois dans l’Apocalypse, et dans un jour futur Juifs et Gentils le connaîtront parfaitement. Pourquoi donc ce silence au sujet de l’autel quand la Parole de Dieu s’adresse aux chrétiens ? Parce qu’ils rendent culte dans le lieu très-saint où ils sont entrés à travers le voile déchiré.

Hébreux 10:19 a une immense portée pour l’esprit d’un Juif et pour celui d’un homme instruit dans l’Écriture. Le lieu très-saint était l’endroit où Dieu demeurait dans la nuée de gloire entre les chérubins, sur le propitiatoire. Il n’y avait pas là d’autel, ni de chandelier, ni de table des pains de proposition, rien d’autre que l’arche avec le propitiatoire, le trône terrestre de Dieu. À l’intérieur du voile on n’offrait aucun sacrifice, il ne se faisait aucun service sinon celui du seul souverain sacrificateur quand il faisait aspersion du sang une fois sur le devant du propitiatoire et sept fois devant lui. Il entrait là après qu’un sacrifice eût été offert, dont il apportait le sang pour faire propitiation pour les péchés du peuple ; et pendant ce temps aucun autre sacrifice n’était offert sur l’autel dans le parvis : tous les sacrifices étaient suspendus jusqu’à ce qu’il réapparût au peuple qui se tenait dehors. Il en est ainsi avec Israël, et il en sera ainsi jusqu’à ce que le Seigneur rétablisse des relations directes avec eux.

Il faut encore noter quelque chose à cet égard. À partir du jour des expiations, et aussi longtemps que l’expiation portait effet, tout sacrifice propitiatoire cessait. Vérités capitales relatives au cérémonial mosaïque. Le service à l’autel cessait tant que le Souverain Sacrificateur se trouvait dans le lieu très-saint, et tout sacrifice pour faire propitiation cessait aussi longtemps que l’expiation ainsi opérée subsistait. Or le Seigneur, comme Souverain Sacrificateur reste encore dans le lieu très-saint — le ciel lui-même — ayant obtenu une rédemption éternelle. Les principes du rituel juif donc interdisent la pensée d’un service de sacrifices à l’autel tant que le Souverain Sacrificateur reste caché à la vue. Et certainement, dans les jours d’Aaron et de Moïse, on ne pouvait entretenir un seul instant l’idée d’offrir à Dieu un sacrifice pour les péchés du peuple, pendant que celui qui avait déjà été accompli gardait toute son efficacité. Qu’aurait-on pensé si un sacrificateur avait sacrifié à l’autel pendant qu’Aaron était au-dedans du voile ? Qu’aurait-on dit si Éléazar ou Ithamar avaient annoncé le renouvellement des sacrifices prescrits pour le jour des expiations, entre le dixième jour de Tisri d’une année, et le dixième jour du même mois de l’année suivante ? Un sacrificateur offrant à l’autel d’airain tandis qu’Aaron se trouvait au-dedans du voile, aurait été estimé coupable, à juste titre, de mépris à l’égard de l’œuvre du Souverain Sacrificateur de Dieu. Un sacrificateur qui aurait annoncé vouloir offrir un sacrifice propitiatoire pour les péchés du peuple, dans l’intervalle entre les deux jours des expiations, aurait montré d’un côté qu’il ne reconnaissait pas la validité de l’œuvre du Souverain Sacrificateur, de l’autre qu’il ne savait pas quelle différence existait en fait entre le Souverain Sacrificateur de Dieu et le reste des mâles de la maison d’Aaron. Eh bien, la Parole nous renseigne, sans doute possible, sur la validité permanente et éternelle du sacrifice propitiatoire du Seigneur Jésus Christ (Hébr. 7:27 ; 9:12 ; 10:10) ; aucun sacrifice ne pourra jamais prendre sa place et il n’appartient à personne d’assumer les devoirs de l’office de Souverain Sacrificateur à moins d’y être expressément appelé par Dieu (Hébr. 5:4).

Le ritualisme, comme on l’appelle, s’appuie sur les arrangements ecclésiastiques ordonnés de Dieu pour son peuple Israël. L’autel, la sacrificature spéciale d’une classe de chrétiens, et la place séparée dans la maison de Dieu, dont les laïcs sont exclus, montre clairement la pensée de ceux qui défendent ce système ; ils essaient en réalité de joindre judaïsme et christianisme, qui ne peuvent pas être unis. S’il est vrai — et personne n’en doute — que notre Souverain Sacrificateur est dans les cieux, les principes mêmes du cérémonial mosaïque condamnent absolument le trait capital du Ritualisme, savoir la prééminence donnée à l’autel. Et puisque par une seule offrande, Il a rendu parfaits ceux qui sont sanctifiés, l’essai que l’on fait d’amalgamer Judaïsme et Christianisme trahit l’ignorance des caractéristiques spéciales à chacun.

Car c’est dans le ciel même que le Seigneur est entré, « afin de paraître maintenant pour nous devant la face de Dieu » (Hébr. 9:24), et le seul sanctuaire que Dieu reconnaisse désormais est celui dans lequel Il se trouve. Quel doit donc être le caractère du culte dans le sanctuaire céleste, voilà la question qu’il faut résoudre avant d’admettre le ritualisme tel qu’il est pratiqué autour de nous comme la vraie forme du culte chrétien. Chacun accordera que des sacrifices d’animaux n’ont pas de place dans le ciel. Mais nous ne sommes pas laissés à nos propres conclusions sur ce point, car Apoc. 5 décrit d’un côté ce qui produit le culte, de l’autre côté comment il est rendu. La présence et l’action de l’Agneau qui a été immolé réveille les voix des anciens et les fait se prosterner, alors qu’auparavant ils étaient assis chacun sur son trône. L’adoration s’élève immédiatement dès que l’Agneau s’avance vers Celui qui est assis sur le trône ; et elle se traduit par la louange et l’action de grâces. Tel est le caractère du culte céleste partout dans ce livre. Quelle que soit la classe des êtres dans le ciel qui sont représentés adorant Dieu ou l’Agneau, c’est la louange qui l’exprime. La louange avec des instruments de musique peut former une part du culte du peuple terrestre de Dieu ; c’était le cas dans le service du tabernacle et du temple tel que David l’avait arrangé, mais c’était en rapport avec un service constamment célébré à l’autel (1 Chron. 16:39-42 ; 23:30, 31 ; 2 Chron. 5:12, 13 ; 7:6 ; 29:27, 28). D’autre part louange et actions de grâces, sans le service simultané à l’autel, est le vrai trait distinctif du culte céleste. L’instinct spirituel des croyants n’est-il pas d’accord avec cela ? En effet quel langage serait mieux approprié pour eux, que celui dont se servent les anciens pour s’adresser à l’Agneau ? (Apoc. 5). Qui est celui qui, ayant appris ce que l’œuvre accomplie du Seigneur Jésus Christ a fait pour lui devant Dieu, ne s’écrierait : « Je n’attendrai pas, pour chanter le cantique nouveau, de me trouver là-haut, le langage des saints dans le ciel me convient parfaitement pendant que je suis encore ici-bas » ? Les pensées, les sentiments qui animent les anciens, et les font se prosterner comme un seul homme devant l’Agneau, sont justement ceux auxquels son peuple, qui sait ce qu’Il a fait pour eux, peut s’associer et dans lesquels il peut entrer. La louange en rapport avec l’offrande de sacrifices sur l’autel, caractérisait le culte juif, établi finalement par David ; la louange sans service de sacrifices à l’autel caractérise le culte qui convient à des rachetés qui ont accès dans le sanctuaire céleste, là où le Seigneur remplit maintenant Son office.


7 - Le sacrifice (différences Juifs-chrétiens)

7.1 - Le sacrifice de Christ ne se répète pas

Diminuons-nous par là le service sacerdotal à l’autel ? Pour répondre à cette question, examinons maintenant la question du sacrifice. Judaïsme et christianisme ont de nouveau ici quelque chose de commun. Tous deux reconnaissent la nécessité d’un sacrifice, et d’un sacrifice fourni par Dieu. Cependant le rappel continuel de sa nécessité, comme d’un besoin non satisfait, était un élément essentiel du judaïsme ; la reconnaissance qu’il a été offert une fois pour toutes et a été accepté est la base fondamentale du christianisme. Les fils d’Aaron faisaient continuellement le service à l’autel de l’holocauste ; le Seigneur Jésus Christ a offert, une fois pour toutes, un sacrifice sur l’autel. Aaron et ses fils offraient de temps à autre des taureaux et des boucs. Le Seigneur s’est offert Lui-même, offrande différant en caractère et en mesure de toutes celles connues jusqu’alors et de toutes celles qui pourront jamais l’être. Car Il vit, pour ne plus mourir. Personne ne l’a amené à l’autel, personne ne l’a offert. Il est venu Lui-même comme victime ; Il s’est offert Lui-même (Héb. 9:14, 28) sur la croix. Et comme le sacrifice du Seigneur est entièrement différent de ceux d’Aaron et de ses fils, de même les conséquences qui en découlent diffèrent absolument. Dans leurs sacrifices il y avait chaque année un acte remémoratif de péchés (10:3). Lui, par une seule offrande, a rendu parfaits à perpétuité ceux qui sont sanctifiés (10:14). Il est entré par le sang dans le lieu très saint, et y reste, mais non pas pour s’offrir de nouveau, comme le souverain sacrificateur qui entrait chaque année avec le sang des victimes, car Il aurait alors fallu qu’il souffrît plusieurs fois depuis la fondation du monde (Héb. 9:26). Remarquons ces expressions. L’écrivain sacré ne peut admettre un instant l’enseignement d’une nouvelle offrande de Christ sous quelque caractère que ce soit ; car, bien que nous puissions distinguer (et il y a une distinction) entre le fait d’amener la victime (prospherim) et celui de l’offrir sur l’autel (anapherim) il s’ensuit, comme cela nous est enseigné, que s’Il s’était offert plusieurs fois, il eût fallu qu’Il souffrît plusieurs fois. Cela n’aurait aucun sens d’offrir un agneau sans compléter l’action en l’offrant sur l’autel. La mort doit intervenir si un animal est amené comme sacrifice pour le péché. Or Christ a été offert une fois pour porter les péchés de plusieurs (Héb. 9:28), et c’est en vertu de ce seul sacrifice que Dieu pardonne les péchés et les iniquités. « Or, là où il y a rémission de ces choses, il n’y a plus d’offrande pour le péché » (Héb. 10:18). Rien ne peut être plus clair. C’est pourquoi toute doctrine qui maintient l’offrande continue de Christ comme un sacrifice à Dieu pour le péché, que ce soit par Lui-même ou par d’autres, nie nettement l’efficacité permanente de son œuvre.


7.2 - Une œuvre parfaite et achevée

Combien le langage de l’Écriture est précis ! Nous n’avons plus à attendre un sacrifice pour le péché, nous n’avons plus besoin de sacrifice, parce que nous, qui sommes sanctifiés, sommes rendus parfaits à perpétuité. Un sacrifice non sanglant de Christ comme propitiation, tel qu’il est offert journellement dans la messe, n’a pas de sens et n’est pas scripturaire. « Plus d’offrande », voilà ce qui ferme la porte à de telles pensées. Et bien que des hommes puissent, dans leur enseignement, tirer une ligne entre le fait pour le Seigneur d’offrir son sacrifice continuellement, et de répéter le sacrifice en mourant de nouveau, le mot « offrande » (prosphora) exclut la pensée de l’un et ferme la porte à l’autre. Et le Seigneur n’a plus en vue aucun sacrifice pour le péché, car, nous est-il dit, Il s’est assis à perpétuité, comme ayant terminé cette œuvre (Héb. 10:12). Non qu’Il ait cessé de s’occuper des hommes sur la terre, car Il apparaîtra une seconde fois, sans péché, à salut à ceux qui l’attendent, étant maintenant assis à la droite de Dieu jusqu’à ce que ses ennemis soient mis pour marchepied de ses pieds. Les pleins résultats de son œuvre n’ont pas encore été manifestés, mais son caractère définitif et la part que nous y avons sont placés devant nous dans la Parole. Son attitude présente et son attente nous font comprendre comment Il estime sa propre œuvre.


7.3 - Pas d’autel dans le lieu très saint

Comment Dieu l’estime et quelles sont les conséquences qui en découlent, tout cela la Parole nous le déclare abondamment. Et nous qui le croyons, nous avons à prouver que nous acceptons le témoignage divin à ce sujet, en entrant avec hardiesse au-dedans du voile par le sang de Jésus, et en présentant à Dieu le sacrifice de louanges et d’actions de grâces. Nous devrions apporter des sacrifices à Dieu, bien qu’aucun service ne puisse maintenant être célébré à l’autel de l’holocauste. Le lieu très saint est l’endroit où nous adorons, et là il n’y a jamais eu et il n’y aura jamais d’autel sur lequel sacrifier. Aussi toute forme de culte qui fait de l’autel son centre n’est nettement pas chrétien dans son caractère, bien que le nom du Seigneur Jésus et son sacrifice puissent être sur les lèvres de ceux qui s’en réclament.


7.4 - L’autel chrétien et les sacrifices dont on sa nourrit

Mais l’on dira : « N’avons-nous donc pas d’autel ? » La Parole dit : « Nous avons un autel » (Héb. 13:10) ; ainsi nous n’avons pas à craindre, comme quelques-uns, la simple mention du mot. Nous avons un autel, nous devons avoir soin de maintenir cela. C’est un terme scripturaire, qu’il faut employer dans le sens scripturaire. « Nous avons un autel dont ceux qui servent le tabernacle n’ont pas le droit de manger ». Les Juifs pouvaient se moquer des chrétiens comme d’un peuple sans pays, sans nationalité, sans autel. Pourtant les chrétiens avaient tout cela et bien plus encore. Leur pays était céleste, ils étaient certainement le peuple de Dieu, et à eux aussi était un autel, mais aucun fils d’Aaron, comme tel, ne pouvait en recueillir le bénéfice. « Ceux qui mangent les sacrifices ont communion avec l’autel », trouvons-nous en 1 Cor. 10:18, et nous, chrétiens, nous mangeons de ce qui y a été sacrifié. Mais ce dont nous pouvons nous nourrir, le sacrifice pour le péché dont le sang a été porté dans le sanctuaire, était précisément ce que Dieu ne donnait pas à ceux qui servaient le tabernacle. Nous avons donc un autel pour manger de ce qui y a été une fois apporté, mais non pas pour y sacrifier. De sorte que si le mot autel suggère à l’esprit un service de sacrifices, l’avantage que nous en tirons, tel qu’il est défini dans le mot, fait ressortir immédiatement l’immense différence qu’il y a entre le christianisme et le judaïsme. Nous sommes privilégiés d’avoir part à ce à quoi les sacrificateurs ne pouvaient pas participer.

Combien le langage de la Parole est suggestif ici ! Manger, non pas sacrifier. Ceux auxquels l’épître était adressée doivent avoir bien compris la signification du mot : manger. Car avant que les sacrificateurs pussent participer à l’autel, il fallait que le sacrifice y eût été offert. On s’occupait d’abord de l’autel, ensuite les sacrificateurs pouvaient manger de ce qui restait. Mais personne ne pouvait avoir part aux corps des animaux offerts en sacrifice pour le péché, jusqu’à ce que le cérémonial, donné par Moïse, eût été dûment observé ! La mort devait intervenir, le sang recevoir sa destination, l’autel avoir sa part qui devait être consumée par le feu sacré, emblème du jugement divin, avant que les sacrificateurs pussent participer à ce que Dieu leur avait réservé. Ainsi quand nous apprenons de quoi nous nous nourrissons, de Celui qui a souffert hors de la porte, cela nous rappelle que Lui, le sacrifice, a déjà été offert : ainsi, si quelqu’un pensait offrir à Dieu le Seigneur Jésus Christ comme un sacrifice pour le péché en quelque manière que ce soit, sa pensée, son acte l’exclurait de ce privilège chrétien si distinctif. Pour lui le moment de manger le sacrifice n’est pas arrivé, et dans ce cas n’arrivera jamais. Il a abandonné, doctrinalement, le terrain chrétien, et avec lui le privilège qui, s’il croit au Seigneur, est réellement le sien.


7.5 - La table du Seigneur n’est pas un autel

Nous avons un autel, sur lequel, comme le terme l’indique, le sacrifice pour le péché était offert. Est-il correct d’appeler la table du Seigneur « l’autel », comme on le fait communément de nos jours ? Il peut être utile de nous rapporter une fois encore au cérémonial de Moïse. Les sacrificateurs sous la loi avaient part à l’autel, mais ils ne mangeaient pas à l’autel. Ils mangeaient le pain de leur Dieu dans un lieu saint, dans le parvis du tabernacle de la congrégation, mais ils ne le mangeaient pas sur l’autel. Ils y sacrifiaient, mais c’est ailleurs qu’ils mangeaient. Nous nous asseyons à la Table du Seigneur pour manger, mais l’endroit où les sacrificateurs devaient manger leur portion est indiqué en Lév. 10:12, 13, comme étant à côté de l’autel, donc tout à fait distinct de l’autel. Faire de l’autel leur table leur aurait paru à eux comme à tout Israël une chose monstrueuse.

Mais, pourrait-on répondre, l’autel n’est-il pas appelé dans l’Ancien Testament la Table de l’Éternel, la Table du Seigneur ? Malachie nomme ainsi l’autel de l’holocauste (1:7, 12), et Ézéchiel l’autel de l’encens (41:22 ; 44:16). Ce n’est pas difficile à comprendre, puisque sur ces deux autels la portion de l’Éternel était consumée par le feu qui descendait du ciel ; ainsi ce qui était brûlé sur l’autel de l’holocauste était appelé : « un pain de sacrifice par feu à l’Éternel » (Lév. 3:11). Mais bien que l’autel dans l’Ancien Testament ait pu être appelé la Table de l’Éternel, jamais dans le Nouveau Testament la Table n’est appelée autel. L’autel était la Table de l’Éternel, parce qu’Il se nourrissait pour ainsi dire du sacrifice qui y était brûlé. C’était sa Table, pour Lui seul. La Table du Seigneur dans le Nouveau Testament est celle que le Seigneur a dressée, à laquelle Il a présidé, mais de laquelle Il n’a pas mangé (Luc 22:19, 20). Il mangea la Pâque avec ses disciples ; mais ne participa pas, ne pouvait pas participer à la Cène avec eux. Nous avons une place à la Table du Seigneur, parce que nous avons un autel. Nous mangeons à l’une, nous nous glorifions de l’autre. Ainsi quoique dans l’Ancien Testament la Table du Seigneur et l’autel soient la même chose, ce qui dans le Nouveau est appelé Table du Seigneur est une chose très différente. L’autel de l’Ancien Testament est, rigoureusement parlant, la Table de l’Éternel, mais la Table de 1 Cor. 10:21 appartient à Celui qui, par sa position, sa dignité et son titre est le Seigneur.


7.6 - Les sacrifices hors de la porte

Sur l’autel, certaines parties du sacrifice pour le péché étaient consumées par le feu, et le reste, une fois que le sang avait été porté dans le sanctuaire, était brûlé hors du camp. Ainsi, pour nous nourrir de Celui dont le sang a été aspergé sur le propitiatoire ; nous devons sortir hors du camp, car Il a souffert hors de la porte. Ceux qui ont fait conduire le Seigneur au Calvaire n’ont certes pas pensé que l’Esprit de Dieu se servirait de ce fait historique pour fournir un argument et une illustration à une réelle séparation entre Juifs et chrétiens dans leur position sur la terre, dans leurs voies, dans leur culte. Le Seigneur Jésus a souffert hors de la porte ; ceux qui le confessent étaient exhortés à sortir vers Lui hors du camp, portant son opprobre. Mais en faisant cela, ils tournaient le dos au judaïsme avec toutes ses espérances, sa position terrestre et son cérémonial. Pour nous nourrir de Lui, qui est le sacrifice pour le péché, nous aussi nous devons le suivre là où Il a été, mais non pas pour manger à l’autel, chose inconnue même des Juifs, ni pour nous joindre à un nouveau service de sacrifice célébré à l’autel ; car cela impliquerait qu’Il a souffert plusieurs fois ce qui est faux (Héb. 7:27 ; 9:25, 26). Le rituel même donné de Dieu par Moïse devrait montrer aux hommes l’inconvenance de pareilles idées, car le corps de tout ce qui était offert en sacrifice pour le péché ne restait pas à l’autel, soit qu’il fût emporté hors du camp, soit que les sacrificateurs s’en nourrissent en un lieu saint dans le parvis du tabernacle.


8 - Se tenir à l’écart du ritualisme

En conclusion, le changement de loi rendu nécessaire par la souveraine sacrificature du Seigneur Jésus Christ, puis la déclaration emphatique « il n’y a plus d’offrande pour le péché », et aussi les cérémonies ordonnées par Moïse si elles sont correctement étudiées, devraient guider les âmes, de nos jours, pour les faire se tenir à l’écart de ce qu’on appelle le ritualisme sous ses différentes formes.